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Il a dit : “Mais chaque nuit, pour accroître l’édifice, l’exhausser, l’étendre et l’embellir, je m’en vais furtivement quérir de grosses pierres sous les arbres, je les débarrasse de la terre, des racines, des insectes, des larves, des cocons qui résident dans leurs cavités, et chaque nuit je trouve des fondations à consolider, des entablements à réparer, des murailles à la crête de créneaux édentés, des dallages inégaux, des marches périlleuses pour le voyageur nocturne de chaque nuit.” 1. Je pense à toi, j’en suis quelque chose 2. Je pense à toi entre, in between 3. Je pense à toi, sans l’illusion que l’on pourrait jamais échapper au sujet 4. Je pense à toi, je ne fais pas comme si 5. Je pense à toi, après tout c’est avec toi que j’ai appris le français, que j’ai appris à manier une langue, je n’ai jamais vibré que de l’inquiétude de connaître une langue, que de partager une langue avec toi 6. Je pense à toi, alors que repus les vivants errent dans leurs usines, les gens qui sont dans l’objet, ils sont eux face à leur devenir 7. Ton dernier souffle sera mon premier souffle ? 8. Je pense à toi, des plaques de peau, des lambeaux de muscles 9. Je pense à On Kawara 10. Je pense à toi, «à demi-mots, à bribes de mots, à toute vitesse» 11. Je pense à toi, ça ne va pas de soi 12. Je pense à toi, une électricité continue 13. Je pense à toi, le faire-part d’une naissance qui n’a pas peur de la vie – dont acte 14. Je pense à toi, où dois-je me rendre ? 15. Je pense à toi, je baigne dans la langue 16. Je pense à toi, c’est se retirer de l’ombre de l’autre 17. Je pense à toi, il faut repartir de là (un début) 18. Je pense à toi, en pareil cas, mais je ne sais si c’est le cas car on n’a encore rien dit 19. Je pense à toi, la perspicacité et l’injonction de chaque nouvelle phrase, une instauration 20. Je pense à toi, je le sais parce que j’étais là 21. Je pense à toi, non que j’aurais mon mot à dire 22. Je pense à toi, les traits tirés 23. Je pense à toi, c’est trop aléatoire 24. Je pense à toi, prononcer le mot adéquat moi qui 25. Je pense à toi, à moins que tout commence 26. Je pense à toi, en amont de l’action 27. Je pense à toi, lentement à vide 28. Je pense à toi, me quitte 29. Je pense à toi, un terrain d’entente 30. Je pense à toi, la phrase où va le mot phrase 31. Je pense à toi, I miss all that you know of me 32. Je pense à toi, j’en sais quelque chose mais quoi ? 33. Je pense à toi, Reality Is Not Il a dit : « Mais chaque nuit, pour accroître l’édifice, l’exhausser, 1l’étendre et l’embellir, je m’en vais furtivement quérir de grosses pierres sous les arbres, je les What It Used To Be 34. Je pense à toi, une pratique, je conquiers un corps de souffle 35. Je pense à toi, je me rassemble 36. Je pense à toi, recherche et débarrasse de la terre, des racines, des insectes, des larves, des cocons qui résident dans leurs cavités, et chaque nuit je trouve des fondations à consolider, développement 37. Je pense à toi, différence et intensité 38. Je pense à toi, est-ce que je vois ce que tout le monde voit ? 39. Je pense à toi, tel que cela ne fût des entablements à réparer, des murailles à la crête de créneaux édentés, des dallages inégaux, des marches périlleuses pour le voyageur nocturne de chaque jamais vécu 40. Je pense à toi, tandis que le ciel se couvre soudainement et qu’il n’est plus possible de voir ni la lune ni les étoiles ni les lueurs errantes que l’on nuit. ». 1. Je pense à toi, j’en suis quelque chose 2. Je pense à toi entre, in between 3. Je pense à toi, sans l’illusion que l’on pourrait jamais échapper au sujet peut observer, comme on le sait, dans cette région du monde sans jumelles ni télescope  41. Je pense à toi, ce sont des paroles que j’emploie dans une lettre 4. Je pense à toi, je ne fais pas comme si 5. Je pense à toi, après tout c’est avec toi que j’ai appris le français, que j’ai appris à manier une langue, je n’ai sans mention d’expéditeur 42. Je pense à toi, et je te vois clairement, je vois les doigts, les poignets, les yeux expressifs inexpressifs, je vois l’autre toi réfléchi sur jamais vibré que de l’inquiétude de connaître une langue, que de partager une langue avec toi 6. Je pense à toi, alors que repus les vivants errent dans leurs la vitre étamée de la baie, flottant léger sur le ciel de Chamarande, comme une photographie qui est truquée mais qui n’est pas truquée, flottant, flottant pensif usines, les gens qui sont dans l’objet, ils sont eux face à leur devenir 7. Ton dernier souffle sera mon premier souffle ? 8. Je pense à toi, des plaques de peau, sur le ciel de Chamarande, adressant des messages de la zone la plus froide, la plus glacée, sous la loi de quoi ? L’attraction ? 43. Je pense à toi, calme des lambeaux de muscles 9. Je pense à On Kawara 10. Je pense à toi, « à demi-mots, à bribes de mots, à toute vitesse » 11. Je pense à toi, ça ne va pas de incomplet 44. Je pense à toi, je le fais, je sais le faire, sans l’aide de personne, rien qu’en regardant 45. Je pense à toi, trottant sans peur au bord de la route soi 12. Je pense à toi, une électricité continue 13. Je pense à toi, le faire-part d’une naissance qui n’a pas peur de la vie — dont acte 14. Je pense à toi, où 46. Je pense à toi, je me rétracte et corriger un fragment précédent, lequel ? 47. Je pense à toi, la logique d’une idée 48. Je pense à toi, suis-je séparé de ce dois-je me rendre ? 15. Je pense à toi, je baigne dans la langue 16. Je pense à toi, c’est se retirer de l’ombre de l’autre 17. Je pense à toi, il faut repartir de là que je peux ? 49. Je pense à toi, dans chaque fragment c’est ton visage qui parle et prononce 50. Je pense à toi, d’ores et déjà 51. Je pense à toi et rien ne (un début) 18. Je pense à toi, en pareil cas, mais je ne sais si c’est le cas car on n’a encore rien dit 19. Je pense à toi, la perspicacité et l’injonction de chaque sera oublié après 52. Variation de toi = ligne mélodique de toi ? 53. Je pense à toi, qui vive fait long feu 54. Je pense à toi, quelque chose est raccord 55. Je nouvelle phrase, une instauration 20. Je pense à toi, je le sais parce que j’étais là 21. Je pense à toi, non que j’aurais mon mot à dire 22. Je pense à toi, les pense à toi, je ne peux pas y toucher 56. Je pense à toi en reconnaissance de cause 57. Je pense à toi à bout portant 58. Je ne pense qu’à ça 59. Je pense à traits tirés 23. Je pense à toi, c’est trop aléatoire 24. Je pense à toi, prononcer le mot adéquat moi qui 25. Je pense à toi, à moins que tout commence 26. Je toi, donc je suis à toi ? 60. Je pense à toi, émoi 61. Je pense à toi, je n’affirme pas, je ne m’approprie pas, je ne m’arroge pas 62. Je pense à toi, séparation, pense à toi, en amont de l’action 27. Je pense à toi, lentement à vide 28. Je pense à toi, me quitte 29. Je pense à toi, un terrain d’entente 30. Je pense à toi, la fissure, intervalle d’être 63. Je pense à toi, rien ne peut le ravir (ça) 64. Je pense à toi, ça ne séduit pas, ça n’attire pas 65. «Il pensait dans d’autres têtes ; et phrase où va le mot phrase 31. Je pense à toi, I miss all that you know of me 32. Je pense à toi, j’en sais quelque chose mais quoi ? 33. Je pense à toi, reality dans la sienne d’autres que lui pensaient. C’est cela la vraie pensée.» Bertolt Brecht 66. Je pense à toi, un silence avant de faire retour 67. Je pense à toi, esprit is not what it used to be 34. Je pense à toi, une pratique, je conquiers un corps de souffle 35. Je pense à toi, je me rassemble 36. Je pense à toi, recherche et de l’escalier 68. Je pense à toi, cela m’absorbe sans mettre en question, je flotte 69. Je pense à toi, j’habite un espace sans me fixer à une place assignée, c’est développement 37. Je pense à toi, différence et intensité 38. Je pense à toi, est-ce que je vois ce que tout le monde voit ? 39. Je pense à toi, tel que cela ne fût fatiguant 70. Je pense à toi, je veux bien aller avec toi 71. Penser à quand cela n’arrivera plus... 72. Je pense à moi, je te fais vivre à l’intérieur 73. Je pense à jamais vécu 40. Je pense à toi, tandis que le ciel se couvre soudainement et qu’il n’est plus possible de voir ni la lune ni les étoiles ni les lueurs errantes que l’on toi, suis-je pleuré ? 74. Je pense à toi n’est pas un mot d’ordre, est-ce que cela défait la syntaxe de ma langue ? 75. Je pense à toi, fausse promesse, chose due peut observer, comme on le sait, dans cette région du monde sans jumelles ni télescope  41. Je pense à toi, ce sont des paroles que j’emploie dans une lettre ? 76. Je pense à toi, je mets toi à la place de je, je mets je à la place de toi 77. Je pense à toi, des jours à te voir et à partir 78. Je pense à toi, à te voir comme sans mention d’expéditeur 42. Je pense à toi, et je te vois clairement, je vois les doigts, les poignets, les yeux expressifs inexpressifs, je vois l’autre toi réfléchi sur si je ne voyais pas, mais sans abdiquer mes yeux 79. Je pense à toi, je tire la leçon inapaisée qu’est le monde 80. Je pense à toi, parallélisme où l’une des deux la vitre étamée de la baie, flottant léger sur le ciel de Chamarande, comme une photographie qui est truquée mais qui n’est pas truquée, flottant, flottant pensif droites est de trop 81. Je pense à toi, comme si quelque chose n’existait pas 82. Je pense à toi, une présence ou son contraire 83. Je pense à toi, en haut, au sur le ciel de Chamarande, adressant des messages de la zone la plus froide, la plus glacée, sous la loi de quoi ? L’attraction ? 43. Je pense à toi, calme milieu ou en bas 84. Je pense à toi, ouvrir les yeux loin d’autres yeux 85. Je pense à toi, éléments et particules de langage, de gorge 86. Je pense à toi, si je incomplet 44. Je pense à toi, je le fais, je sais le faire, sans l’aide de personne, rien qu’en regardant 45. Je pense à toi, trottant sans peur au bord de la route cherche à préserver ta vie, ce n’est pas seulement parce que je cherche ainsi à préserver la mienne, mais parce que ce que je suis n’est rien sans ta vie 87. Je 46. Je pense à toi, je me rétracte et corriger un fragment précédent, lequel ? 47. Je pense à toi, la logique d’une idée 48. Je pense à toi, suis-je séparé de ce pense à toi, je saurai plus tard jusqu’à quel point et quelle mesure j’aurai bien fait le nécessaire 88. Je pense à toi, un jour nous nous trouverons face au fait que je peux ? 49. Je pense à toi, dans chaque fragment c’est ton visage qui parle et prononce 50. Je pense à toi, d’ores et déjà 51. Je pense à toi et rien ne accompli de l’aspersion de lumière malmenant l’ordonnance des feuilles 89. Je pense à toi, le soleil, quand a-t-il commencé et quand en verra-t-on la fin ? Il a sera oublié après 52. Variation de toi = ligne mélodique de toi ? 53. Je pense à toi, qui vive fait long feu 54. Je pense à toi, quelque chose est raccord 55. Je dit : “Ce soir, nous nous en éclaircissons, nous en aurons le coeur net. Nous avons cotisé pour nous procurer des voitures deux places, nous nous sommes pense à toi, je ne peux pas y toucher 56. Je pense à toi en reconnaissance de cause 57. Je pense à toi à bout portant 58. Je ne pense qu’à ça 59. Je pense à essouflés à recruter des cochers, mais enfin nous pouvons emmener d’ici avec nous tous ces personnages qui traînent dans nos dialogues et qui accaparaient toi, donc je suis à toi ? 60. Je pense à toi, émoi 61. Je pense à toi, je n’affirme pas, je ne m’approprie pas, je ne m’arroge pas 62. Je pense à toi, séparation, mes heures à ton détriment ; maintenant qu’ils sont mis en présence les uns des autres, ils ne sont plus redoutables comme ils étaient, mais à l’inverse, tout effafissure, intervalle d’être 63. Je pense à toi, rien ne peut le ravir (ça) 64. Je pense à toi, ça ne séduit pas, ça n’attire pas 65. « Il pensait dans d’autres têtes ; et rouchés, ils s’annulent par leur contrariété.” Nous restons ensemble. 90. Je pense à toi, souvent sans y songer nous cédons à une semblable motion de nos sens dans la sienne d’autres que lui pensaient. C’est cela la vraie pensée. » Bertolt Brecht 66. Je pense à toi, un silence avant de faire retour 67. Je pense à toi, esprit qui nous pousse l’un vers l’autre avec une force irrésistible ; sans nous être donné le mot nous atteignons simultanément nos postes d’observation favoris  (le de l’escalier 68. Je pense à toi, cela m’absorbe sans mettre en question, je flotte 69. Je pense à toi, j’habite un espace sans me fixer à une place assignée, c’est pavillon du Belvédère, l’Orangerie, la Ferme, le Buffet d’eau, le Jeu de l’oie, le Potager Contant d’Ivry, l’Auditoire, la Fabrique, la Glacière, le Cabinet des fatiguant 70. Je pense à toi, je veux bien aller avec toi 71. Penser à quand cela n’arrivera plus... 72. Je pense à moi, je te fais vivre à l’intérieur 73. Je pense à Grâces, les sous-bois...) 91. Je pense à toi comme si mes pensées se distillaient et se décantaient en ta présence, je rêve de franchir un pas qui ne serait jamais toi, suis-je pleuré ? 74. Je pense à toi n’est pas un mot d’ordre, est-ce que cela défait la syntaxe de ma langue ? 75. Je pense à toi, fausse promesse, chose le dernier 92. Je pense à toi, le vent qui souffle dans la vallée a dévié tous les sentiers du Domaine surs les accotements et les fait s’écarter aux abords du cours due ? 76. Je pense à toi, je mets toi à la place de je, je mets je à la place de toi 77. Je pense à toi, des jours à te voir et à partir 78. Je pense à toi, à te voir d’eau comme les nervures d’une feuille elliptique 93. Je pense à toi, le cours de la Juine est creusée dans le calcaire, telle une grande conque brisée ou bien comme si je ne voyais pas, mais sans abdiquer mes yeux 79. Je pense à toi, je tire la leçon inapaisée qu’est le monde 80. Je pense à toi, parallélisme où l’une une salle de concerts sans plafond sourcilleux, elle apporte jusqu’aux alcôves des chambres tièdes le soupir des amoureux du parc 94. Je pense à toi, il dit qu’”il des deux droites est de trop 81. Je pense à toi, comme si quelque chose n’existait pas 82. Je pense à toi, une présence ou son contraire 83. Je pense à toi, en croise des promeneurs silencieux, il y a un moment où l’on devient l’écho de leur sourde existence, et puis une attente, un court dévisagement, une autre attente, haut, au milieu ou en bas 84. Je pense à toi, ouvrir les yeux loin d’autres yeux 85. Je pense à toi, éléments et particules de langage, de gorge 86. Je pense à une lente retombée de l’air tentateur, on a oublié ces figures de figurants, ces yeux écarquillants, on répondrait à une question saugrenue que, oui, il y avait des toi, si je cherche à préserver ta vie, ce n’est pas seulement parce que je cherche ainsi à préserver la mienne, mais parce que ce que je suis n’est rien sans ta vie promeneurs et que sans doute ils cherchaient la fraîcheur des arbres dans les allées, et que sans doute ils s’étaient reposés sur un banc, car au bout du chemin 87. Je pense à toi, je saurai plus tard jusqu’à quel point et quelle mesure j’aurai bien fait le nécessaire 88. Je pense à toi, un jour nous nous trouverons face au c’est un autre sort qui attend chacun” 95. Je pense à toi, je ne te nomme pas de peur que ce nom même te transforme 96. « Cet ordre consiste principalement fait accompli de l’aspersion de lumière malmenant l’ordonnance des feuilles 89. Je pense à toi, le soleil, quand a-t-il commencé et quand en verra-t-on la fin ? Il à la digression sur chaque point qu’on rapporte à la fin pour la montrer toujours.» Blaise Pascal 97. Je pense à toi a le goût d’un surendettement 98. Je pense à a dit : « Ce soir, nous nous en éclaircissons, nous en aurons le coeur net. Nous avons cotisé pour nous procurer des voitures deux places, nous nous sommes toi, Is this what I was born for ? 99. Je pense à toi, This always happens 100. Je pense à toi, faire ce qu’on dit quand on le dit, où la rupture est fait entre ce essouflés à recruter des cochers, mais enfin nous pouvons emmener d’ici avec nous tous ces personnages qui traînent dans nos dialogues et qui accaparaient que l’on dit et ce que l’on fait quand on le dit 101. Je pense à toi, le dire de multiples fois et façons, comme recouper lecture sur lecture, le contenu devenant la mes heures à ton détriment ; maintenant qu’ils sont mis en présence les uns des autres, ils ne sont plus redoutables comme ils étaient, mais à l’inverse, tout effaméthode, comme questionner la question, lire la lecture, de nouvelles évaluations 102. Je pense à toi, l’ensemble des propositions ne se répondent pas, elles rouchés, ils s’annulent par leur contrariété. » Nous restons ensemble. 90. Je pense à toi, souvent sans y songer nous cédons à une semblable motion de nos sens se performent 103. Je pense à toi, le mouvement interne de la pensée vers d’autres pensées 104. Je pense à toi, pourquoi t’avoir choisi entre nous ? 105. Je qui nous pousse l’un vers l’autre avec une force irrésistible ; sans nous être donné le mot nous atteignons simultanément nos postes d’observation favoris (le pense à toi, la terre des allées entre les arbres est soit trop ferme, soit pas assez : où poser le pied ? 106. Je pense à toi, de deux choses l’une 107. Je pense pavillon du Belvédère, l’Orangerie, la Ferme, le Buffet d’eau, le Jeu de l’oie, le Potager Contant d’Ivry, l’Auditoire, la Fabrique, la Glacière, le Cabinet des à toi, je crois à ce que je n’ai ni vu ni touché 108. Je pense à toi, non pas ce qu’en sont les principes, mais ce qu’ils font – travaux pratiques 109. Je pense à Grâces, les sous-bois...) 91. Je pense à toi comme si mes pensées se distillaient et se décantaient en ta présence, je rêve de franchir un pas qui ne serait jamais toi, nous venons peser l’un contre l’autre – rien n’est pesé d’avance 110. Je pense à toi, de proche en proche 111. Je pense à toi => me faire connaître comment le dernier 92. Je pense à toi, le vent qui souffle dans la vallée a dévié tous les sentiers du Domaine sur les accotements et les fait s’écarter aux abords du cours je pense à toi, la puissance que j’ai de te connaître, de te penser 112. Je pense à toi, un toucher particulier 113. Je pense à toi, une pratique du corps de toi d’eau comme les nervures d’une feuille elliptique 93. Je pense à toi, le cours de la Juine est creusé dans le calcaire, telle une grande conque brisée ou bien une 114. Je pense à toi, qui fait parler l’autre ? 115. Nous pensons à toi : on passe de quoi à quoi ? 116. Je pense à toi, je cherche à découvrir une nouvelle image salle de concerts sans plafond sourcilleux, elle apporte jusqu’aux alcôves des chambres tièdes le soupir des amoureux du parc 94. Je pense à toi, il dit qu’« il de toi, une relecture 117. Un labyrinthe en ligne droite. Je parcours le Jeu de l’Oie. Chercher à posséder la capacité de se vriller dans les esprits des joueurs, croise des promeneurs silencieux, il y a un moment où l’on devient l’écho de leur sourde existence, et puis une attente, un court dévisagement, une autre attente, celui des promeneurs. 118. Je pense à toi, à travers toi, sortir de soi 119. C’est aussi (penser à) en sortir 120. Je pense à toi, je dévoile tout ce que cela me fait une lente retombée de l’air tentateur, on a oublié ces figures de figurants, ces yeux écarquillants, on répondrait à une question saugrenue que, oui, il y avait des découvrir, ce qui donne au texte une apparence d’excès, une impression de répétition sans issue, un flottement, une oscillation – spirale et circularité 121. Je promeneurs et que sans doute ils cherchaient la fraîcheur des arbres dans les allées, et que sans doute ils s’étaient reposés sur un banc, car au bout du chemin pense à toi, qu’est-ce qui vient en premier ? Soit c’est l’objet (ou toi) ou le donné qui construit le sujet, d’où se construit le sujet, soit c’est le sujet (ou je) qui soumet c’est un autre sort qui attend chacun » 95. Je pense à toi, je ne te nomme pas de peur que ce nom même te transforme 96. « Cet ordre consiste principalement d’abord le donné, c’est le plus-que-penser 122. Si je veux me relire, autant le faire jusqu’au bout 123. Je pense à toi, des greffes de toi pour des problèmes qui à la digression sur chaque point qu’on rapporte à la fin pour la montrer toujours. » Blaise Pascal 97. Je pense à toi a le goût d’un surendettement 98. Je pense ne sont pas toi 124. Je pense à toi, débordement du cours d’eau, cet embâcle dans la rivière où le texte fuit 125. Chacun (re)pousse l’autre 126. C’est au risque à toi, is this what I was born for ? 99. Je pense à toi, this always happens 100. Je pense à toi, faire ce qu’on dit quand on le dit, où la rupture est faite entre ce de le (se) perdre qu’il est possible de le faire 127. Je pense à toi, l’échec ne manque de rien, chaque allée est un silence profond 128. Je pense à toi sans que l’on dit et ce que l’on fait quand on le dit 101. Je pense à toi, le dire de multiples fois et façons, comme recouper lecture sur lecture, le contenu devenant la commune mesure 129. Je pense à toi, multiples replis/répliques 130. Je pense à toi, «ça n’allait pas loin, mais ça commençait» 131. Ce n’est pas parce c’est méthode, comme questionner la question, lire la lecture, de nouvelles évaluations 102. Je pense à toi, l’ensemble des propositions ne se répondent pas, elles réel que ça n’existe pas 132. Je pense à toi, sentences de phrases 133. Je pense à toi, le temps est dans les choses, dehors c’est dehors 134. Je pense à toi, se performent 103. Je pense à toi, le mouvement interne de la pensée vers d’autres pensées 104. Je pense à toi, pourquoi t’avoir choisi entre nous ? 105. Je voir dans les formes, le formant, non le formé. L’usinage, justement 135. Je pense à toi, je procède presque par numérotage, sans temps 136. Je pense à toi, où pense à toi, la terre des allées entre les arbres est soit trop ferme, soit pas assez : où poser le pied ? 106. Je pense à toi, de deux choses l’une 107. Je pense vont les mots quand ils ont été dits ? 137. Je pense à toi, les mots au moment où ils ont été dits n’essaient-ils pas d’apparaître le moins possible ? 138. Je pense à toi, je crois à ce que je n’ai ni vu ni touché 108. Je pense à toi, non pas ce qu’en sont les principes, mais ce qu’ils font — travaux pratiques 109. Je pense à à toi, une vie immatérielle, les yeux sont ouverts, une vie sans vie dedans 139. Je pense à toi, plus on coupe, on est coupés, plus on rentre dans l’action 140. toi, nous venons peser l’un contre l’autre — rien n’est pesé d’avance 110. Je pense à toi, de proche en proche 111. Je pense à toi => me faire connaître Je pense à toi, l’assimilation de la structure du parc, recherche d’un chemin 141. Je pense à toi, ça existe ensemble, superposer deux qui sont le même, simulcomment je pense à toi, la puissance que j’ai de te connaître, de te penser 112. Je pense à toi, un toucher particulier 113. Je pense à toi, une pratique du corps tanés 142. Je pense à toi, de nouvelles choses apparaissent mais les anciennes ne disparaissent pas 143. Je pense à toi, ma voix dit qu’elle s’entend, qu’elle de toi 114. Je pense à toi, qui fait parler l’autre ? 115. Nous pensons à toi : on passe de quoi à quoi ? 116. Je pense à toi, je cherche à découvrir une nouvelle est sortie d’elle, qu’elle s’est détachée, qu’elle parle seule, étrangère 144. Je pense à toi, sa façon de regarder 145. Je pense à toi, il est dans ta nature de image de toi, une relecture 117. Un labyrinthe en ligne droite. Je parcours le Jeu de l’Oie. Chercher à posséder la capacité de se vriller dans les esprits des manquer 146. Je pense à toi, The moment is the moment 147. Je pense à toi, Now/Where 148. Je pense à toi, Meet me by the lake 149. Je pense à toi, je joueurs, celui des promeneurs. 118. Je pense à toi, à travers toi, sortir de soi 119. C’est aussi (penser à) en sortir 120. Je pense à toi, je dévoile tout ce que cela suis très innocent, dit-on 150. Je pense à toi, à + (le plus est une X) 151. Je pense à toi, The lost things I didn’t see 152. Je pense à toi, un accord à effet immédiat me fait découvrir, ce qui donne au texte une apparence d’excès, une impression de répétition sans issue, un flottement, une oscillation — spirale et circularité 153. Je pense à toi, tordre le mot desiderata 154. Je pense à toi, To deserve, quel est le sens ? 155. Je pense à toi, un chemin entre deux arbres en forme de 121. Je pense à toi, qu’est-ce qui vient en premier ? Soit c’est l’objet (ou toi) ou le donné qui construit le sujet, d’où se construit le sujet, soit c’est le sujet (ou je) qui pulsation 156. Je pense à toi, jusqu’où plus que le monde 157. Faire machine avant, I suppose 158. La nuit l’air entre 159. Je pense à toi, je constitue, c’est cela soumet d’abord le donné, c’est le plus-que-penser 122. Si je veux me relire, autant le faire jusqu’au bout 123. Je pense à toi, des greffes de toi pour des probque tu veux dire ? 160. Je pense à toi, une mine de rien s’écroule pour rien 161. Je pense à toi, un pli tracé à la main 162. Je pense à toi, le prix pour le lèmes qui ne sont pas toi 124. Je pense à toi, débordement du cours d’eau, cet embâcle dans la rivière où le texte fuit 125. Chacun (re)pousse l’autre 126. C’est déposant restera fixe pendant un mois 163. Je pense à toi, retour à Ardban, ce serait beau 164. Et si je vais là, qu’est-ce que la langue va penser de moi ? au risque de le (se) perdre qu’il est possible de le faire 127. Je pense à toi, l’échec ne manque de rien, chaque allée est un silence profond 128. Je pense à toi 165. Une source adjacente, une vallée dépolie. 166. Je pense à toi, en expérience de cause 167. On marche à pas lents, on est enfermés entre des murs de sans commune mesure 129. Je pense à toi, multiples replis/répliques 130. Je pense à toi, « ça n’allait pas loin, mais ça commençait » 131. Ce n’est pas parce lumière. 168. Quand la lune vaporise les marais. 169. Je pense à toi, toujours quelqu’un écoute et toujours quelqu’un n’entend pas 170. Je pense à toi, ai-je le c’est réel que ça n’existe pas 132. Je pense à toi, sentences de phrases 133. Je pense à toi, le temps est dans les choses, dehors c’est dehors 134. Je pense à droit de parler ? Puis-je parler à mon tour ? 171. Je ne manque de rien, sans négation 172. Je donne ma parole 173. Je pense à toi, qu’apprendre de toi que toi, voir dans les formes, le formant, non le formé. L’usinage, justement 135. Je pense à toi, je procède presque par numérotage, sans temps 136. Je pense à d’autres ne peuvent pas ? 174. Toi – quoi ? 175. Qu’est-ce qui me donne le droit de parler ? 176. Je dis tout ce que tu me fais faire/dire 177. Et je connais le toi, où vont les mots quand ils ont été dits ? 137. Je pense à toi, les mots au moment où ils ont été dits n’essaient-ils pas d’apparaître le moins possible ? 138. Je puissance de te penser, de te comprendre 178. Je pense à toi, est-ce que je procède à une évaluation ? 179. Je pense à toi, il y a là de convoquée toute une pense à toi, une vie immatérielle, les yeux sont ouverts, une vie sans vie dedans 139. Je pense à toi, plus on coupe, on est coupés, plus on rentre dans l’action collectivité d’actes et de gestes surabondants 180. «Un toucher, un tact qui est comme une adresse : celui qui écrit ne touche pas sur le mode de la saisie, de 140. Je pense à toi, l’assimilation de la structure du parc, recherche d’un chemin 141. Je pense à toi, ça existe ensemble, superposer deux qui sont le même, la prise en main (du begreifen = saisir, s’emparer de, qui est le mot allemand pour “concevoir”), mais il touche sur le mode de s’adresser, de s’envoyer à la simultanés 142. Je pense à toi, de nouvelles choses apparaissent mais les anciennes ne disparaissent pas 143. Je pense à toi, ma voix dit qu’elle s’entend, touche d’un dehors, d’un dérobé, d’un écarté, d’un espacé.» Jean-Luc Nancy 181. A Chamarande, chaque chemin vaut pour lui-même – raccordements au qu’elle est sortie d’elle, qu’elle s’est détachée, qu’elle parle seule, étrangère 144. Je pense à toi, sa façon de regarder 145. Je pense à toi, il est dans ta nature pluriel d’hypothèses. Chaque ligne, qui se développe elle-même, est un commentaire composé et donné. Contient les germes de ce qui adviendra plus tard. de manquer 146. Je pense à toi, the moment is the moment 147. Je pense à toi, Now/Where 148. Je pense à toi, meet me by the lake 149. Je pense à toi, je Suspension de la promenade simple, celle qui se trouve dans le plan du Domaine, mais survol du graphique en parallèle, je me place en retrait du promeneur suis très innocent, dit-on 150. Je pense à toi, à + (le plus est une X) 151. Je pense à toi, the lost things I didn’t see 152. Je pense à toi, un accord à effet immédiat que je suis, c’est le miroir que je pose pour réfléchir. Mais le sol est trop ferme, parfois pas assez : où dans ce cas poser les pieds ? 182. De deux choses l’une 153. Je pense à toi, tordre le mot desiderata 154. Je pense à toi, to deserve, quel est le sens ? 155. Je pense à toi, un chemin entre deux arbres en forme de – je crois à ce que je n’ai ni vu ni touché – intégrées, élargies. Je suis dans la pratique des corps ? 183. J’emprunte la route de Cocatrix par laquelle on monte pulsation 156. Je pense à toi, jusqu’où plus que le monde 157. Faire machine avant, I suppose 158. La nuit l’air entre 159. Je pense à toi, je constitue, c’est cela de la Croix Boissier au grand chemin. J’emprunte le chemin qui passe près de la vidange du vignoble dudit Chamarande et mène au chemin des postiers. que tu veux dire ? 160. Je pense à toi, une mine de rien s’écroule pour rien 161. Je pense à toi, un pli tracé à la main 162. Je pense à toi, le prix pour le J’emprunte le grand chemin royal tendant de Paris à Orléans. J’emprunte le chemin qui conduit de la Croix Boissier au bois de notes. J’emprunte le chemin qui déposant restera fixe pendant un mois 163. Je pense à toi, retour à Ardban, ce serait beau 164. Et si je vais là, qu’est-ce que la langue va penser de moi ? conduit d’Etampes à Boissy St-Yon par les fourches et patibules de la haute justice du haut Chamarande. J’emprunte le chemin par lequel on va de la maison 165. Une source adjacente, une vallée dépolie 166. Je pense à toi, en expérience de cause 167. On marche à pas lents, on est enfermés entre des murs de de la poste à la ferme de Monfort. 184. Je pense à toi sans porte ni fenêtre 185. Je ne me déplace pas, je mets en pratique mon déplacement dans lumière 168. Quand la lune vaporise les marais 169. Je pense à toi, toujours quelqu’un écoute et toujours quelqu’un n’entend pas 170. Je pense à toi, ai-je le Chamarande. Je dévie, je déraille de ma direction initiale, je questionne le carrefour où je me trouve, je parcours un chemin que je n’aurais jamais pensé faire droit de parler ? Puis-je parler à mon tour ? 171. Je ne manque de rien, sans négation 172. Je donne ma parole 173. Je pense à toi, qu’apprendre de toi que jusque-là 186. Je pense à toi, je me colle à toi, et cette rencontre comme touché est parallèle au travail de la pensée 187. Je pense à toi, pas une explication d’autres ne peuvent pas ? 174. Toi — quoi ? 175. Qu’est-ce qui me donne le droit de parler ? 176. Je dis tout ce que tu me fais faire/dire 177. Et je connais le mais une implication, qui est une complication 188. Je pense à toi, tu manques à ma pensée, le la de l’intempestif 189. «Une surface événementielle miroitante» puissance de te penser, de te comprendre 178. Je pense à toi, est-ce que je procède à une évaluation ? 179. Je pense à toi, il y a là de convoquée toute une se déploie 190.  «Penser n’est pas l’écoulement spontané d’une capacité personnelle. C’est le pouvoir, durement conquis contre soi, d’être contraint au jeu du collectivité d’actes et de gestes surabondants 180. « Un toucher, un tact qui est comme une adresse : celui qui écrit ne touche pas sur le mode de la saisie, de monde. » Alain Badiou 191. J’essaie de répérer des occasions de pensée, de penser à toi. Il y en a ? 192. Quelque chose me tourmente, quelque chose qui la prise en main (du begreifen = saisir, s’emparer de, qui est le mot allemand pour “concevoir”), mais il touche sur le mode de s’adresser, de s’envoyer à la ne passe pas 193. Comment cesser de lire qui ? Nul ne le sait, nul qui ait pu me le dire ! 194. J’utilise je, je pense qu’il sera un vecteur de sortie ; à travers moi, touche d’un dehors, d’un dérobé, d’un écarté, d’un espacé. » Jean-Luc Nancy 181. À Chamarande, chaque chemin vaut pour lui-même — raccordements au sortir de soi. Penser à m’en sortir (de toi) 195. Où est la terre ferme ? Où la pleine mer des vagues ? Je déchiffre, je développe. Dont je suis inséparable. 196. pluriel d’hypothèses. Chaque ligne, qui se développe elle-même, est un commentaire composé et donné. Contient les germes de ce qui adviendra plus tard. Je me relis, je me relie au présent. Je pense à ta place. Pour des forces 197. La pensée reste, elle fait passer les autres pensées, en résonance 198. Tu me Suspension de la promenade simple, celle qui se trouve dans le plan du Domaine, mais survol du graphique en parallèle, je me place en retrait du promeneur donnes de la pensée quand je n’en ai pas. Je brise le socle qu’a créé ma naissance 199. Je pense à toi, can you speak your language ? 200. Je suis l’ami du que je suis, c’est le miroir que je pose pour réfléchir. Mais le sol est trop ferme, parfois pas assez : où dans ce cas poser les pieds ? 182. De deux choses l’une bois, de la forêt, en puissance du bois, de la forêt, des branches je suis l’ami, en puissance les feuilles torsadées, je sais lesquelles inviables, arbitraires, incon— je crois à ce que je n’ai ni vu ni touché — intégrées, élargies. Je suis dans la pratique des corps ? 183. J’emprunte la route de Cocatrix par laquelle on monte sistantes, qui ne tiennent pas l’instant en un instant, je suis l’ami des possibilités de forêt, de parc, en rapport avec la branche éparpillée, je tourne vers l’allée de la Croix Boissier au grand chemin. J’emprunte le chemin qui passe près de la vidange du vignoble dudit Chamarande et mène au chemin des postiers. centrale en direction du château, je suis son prétendant et son rival, en puissance l’apport du vent, jusque dans la pensée de l’air, un goût matériel pour la boue, J’emprunte le grand chemin royal tendant de Paris à Orléans. J’emprunte le chemin qui conduit de la Croix Boissier au bois de notes. J’emprunte le chemin qui le flux des ruisseaux, le vrac du cours d’eau, je suis la rivalité des prétendants qui ne savent plus où aller, se détourner. Je rentre. 201. Je n’ai pas de programme, conduit d’Etampes à Boissy St-Yon par les fourches et patibules de la haute justice du haut Chamarande. J’emprunte le chemin par lequel on va de la maison pas de discipline, cela n’amuse plus personne. Une faillite. 202. Chaque pas force un nouveau découpage. Je pense à toi pour ça. Je retaille, je réactive de la poste à la ferme de Monfort. 184. Je pense à toi sans porte ni fenêtre 185. Je ne me déplace pas, je mets en pratique mon déplacement dans ailleurs. 203. J’ai peur, pour donner une possibilité à la réalité en tant que telle. Inséparables. 204. J’extrais des propositions dans des phrases en général, Chamarande. Je dévie, je déraille de ma direction initiale, je questionne le carrefour où je me trouve, je parcours un chemin que je n’aurais jamais pensé faire prises pour ce qu’elles n’ont plus à dire. 205. On va discuter un peu ? Une tranche dans le chaos ambiant. 206. Je le fais non comme un fil tendu entre sujet et jusque-là 186. Je pense à toi, je me colle à toi, et cette rencontre comme touché est parallèle au travail de la pensée 187. Je pense à toi, pas une explication objet. J’exige un sol, pour le dire encore, je ne vois pas catégories précises. J’exige un sol qui serait comme un territoire mobile et tremblant. Qui serait la terre mais une implication, qui est une complication 188. Je pense à toi, tu manques à ma pensée, le la de l’intempestif 189. « Une surface événementielle miroien tant qu’elle se meut, qu’elle orbite, ni en repos, ni en stagnation, dans des contours locaux. Je redonne du territoire au territoire. On ne peut pas dire lequel tante » se déploie 190. « Penser n’est pas l’écoulement spontané d’une capacité personnelle. C’est le pouvoir, durement conquis contre soi, d’être contraint au est le premier. J’empreinte. Les références et projections changent de nature dans la nature du parc. 207. Sometimes I think, Sometimes I don’t 208. Je me jeu du monde. » Alain Badiou 191. J’essaie de répérer des occasions de pensée, de penser à toi. Il y en a ? 192. Quelque chose me tourmente, quelque chose promène dans le Domaine non pas le long d’une grille de mots, mais d’un réseau de lectures, on dirait un bibliothèque 209. Témoigner d’ores et déjà 210. Je qui ne passe pas 193. Comment cesser de dire qui ? Nul ne le sait, nul qui ait pu me le dire ! 194. J’utilise je, je pense qu’il sera un vecteur de sortie ; à travers pense à toi en 210 figures (ensuite que chacun s’égaille dans la campagne, dans sa campagne) 211. Non pas l’état d’une pensée mais plutôt une moire moi, sortir de soi. Penser à m’en sortir (de toi) 195. Où est la terre ferme ? Où la pleine mer des vagues ? Je déchiffre, je développe. Dont je suis inséparable. d’individuations 212. Tu penses dans ma tête 213. Déraillement, déviation, changement d’aiguillage 214. Passage de/du témoin. La lampe que je n’éteins pas 196. Je me relis, je me relie au présent. Je pense à ta place. Pour des forces 197. La pensée reste, elle fait passer les autres pensées, en résonance 198. Tu me pour écrire 215. Comme un écho pour une voix. La relation tendue, perdue, rendue possible. Je pense aussi à ce que je vois 216. Je pense à toi, je cherche la donnes de la pensée quand je n’en ai pas. Je brise le socle qu’a créé ma naissance 199. Je pense à toi, can you speak your language ? 200. Je suis l’ami du phrase qui te fait ne pas reculer 217. C’est d’abord dans cette pensée que je projette qui tu es. Il n’est rien de plus proche que cette pensée. Sa proximité est bois, de la forêt, en puissance du bois, de la forêt, des branches je suis l’ami, en puissance les feuilles torsadées, je sais lesquelles inviables, arbitraires, inconl’étalon de toute possibilité. C’est par la proximité de cette pensée que s’éprouve qui tu es pour moi. Je reviens toujours à la forme du retour à la pensée à toi sistantes, qui ne tiennent pas l’instant en un instant, je suis l’ami des possibilités de forêt, de parc, en rapport avec la branche éparpillée, je tourne vers l’allée “La parole est donc l’exercice qui entretient, travaille et nourrit le silence, qui fortifie l’absence qui se trouve à son principe comme à sa fin, et lui donne son centrale en direction du château, je suis son prétendant et son rival, en puissance l’apport du vent, jusque dans la pensée de l’air, un goût matériel pour la boue, nombre, sa mesure et son poids. Je ne parle, nous ne parlons que pour nous exercer à la remémoration du silence, à la pesée de l’absence : ce qu’on appelle le flux des ruisseaux, le vrac du cours d’eau, je suis la rivalité des prétendants qui ne savent plus où aller, se détourner. Je rentre. 201. Je n’ai pas de programme, penser. Comme un voyageur égaré qui s’avance dans une neige qui, à chacun de ses pas, s’accumule devant lui, devient de plus en plus dense et fait obstacle pas de discipline, cela n’amuse plus personne. Une faillite 202. Chaque pas force un nouveau découpage. Je pense à toi pour ça. Je retaille, je réactive ailleurs à sa marche, ainsi la parole éprouve, selon le degré de sa progression, la densité croissante du silence et l’incommensurable mesure de l’absence. Parvenue 203. J’ai peur, pour donner une possibilité à la réalité en tant que telle. Inséparables 204. J’extrais des propositions dans des phrases en général, prises pour aux confins de son royaume, à la limite des mondes, épuisée, elle tombe dans la neige et s’y ensevelit comme dans un linceul. Et c’est alors qu’elle sait – elle ne ce qu’elles n’ont plus à dire 205. On va discuter un peu ? Une tranche dans le chaos ambiant 206. Je le fais non comme un fil tendu entre sujet et objet. J’exige sait rien, elle ne sait que ce rien – ce dont elle ne peut parler, et qu’il lui faut taire.” Jacques Darriulat “C’est un peu la raison de cette dernière lettre que je vous un sol, pour le dire encore, je ne vois pas de catégories précises. J’exige un sol qui serait comme un territoire mobile et tremblant. Qui serait la terre en tant envoie – la nostalgie de ce «réel» capté lors de mes consultations à la bibliothèque du château, dans les traces laissées par d’autres chercheurs. Une dernière qu’elle se meut, qu’elle orbite, ni en repos, ni en stagnation, dans des contours locaux. Je redonne du territoire au territoire. On ne peut pas dire lequel est le lettre pour moi, lecteur inconnu, anonyme, de cartes postales, qui ne le suis déjà plus. Une fois publiée, cette lettre affichera mon nom, c’est une lettre qui premier. J’empreinte. Les références et projections changent de nature dans la nature du parc 207. Sometimes I think, sometimes I don’t 208. Je me promène s’adresse à des inconnus, mais qui, par sa publication – la publication de mon nom – s’adresse déjà à autre chose : une troisième adresse, une adresse à la dans le Domaine non pas le long d’une grille de mots, mais d’un réseau de lectures, on dirait une bibliothèque 209. Témoigner d’ores et déjà 210. Je pense à lecture, peut-être. Une dernière lettre aussi pour me rappeler qui j’étais et où je me situais, ce que je faisais alors – une lettre à moi même pour mes archives toi en 210 figures (ensuite que chacun s’égaille dans la campagne, dans sa campagne) 211. Non pas l’état d’une pensée mais plutôt une moire d’individuations personnelles. Une dernière lettre pour ceux à qui je tourne le dos, ce monde des lecteurs inconnus qui n’est déjà plus le mien.” To be continued (...) Frank Smith 212. Tu penses dans ma tête 213. Déraillement, déviation, changement d’aiguillage 214. Passage de/du témoin. La lampe que je n’éteins pas pour écrire 215. Comme un écho pour une voix. La relation tendue, perdue, rendue possible. Je pense aussi à ce que je vois 216. Je pense à toi, je cherche la phrase qui te fait ne pas reculer 217. C’est d’abord dans cette pensée que je projette qui tu es. Il n’est rien de plus proche que cette pensée. Sa proximité est l’étalon de toute possibilité. C’est par la proximité de cette pensée que s’éprouve qui tu es pour moi. Je reviens toujours à la forme du retour à la pensée à toi 218. « La parole est donc l’exercice qui entretient, travaille et nourrit le silence, qui fortifie l’absence qui se trouve à son principe comme à sa fin, et lui donne son nombre, sa mesure et son poids. Je ne parle, nous ne parlons que pour nous exercer à la remémoration du silence, à la pesée de l’absence : ce qu’on appelle penser. Comme un voyageur égaré qui s’avance dans une neige qui, à chacun de ses pas, s’accumule devant lui, devient de plus en plus dense et fait obstacle à sa marche, ainsi la parole éprouve, selon le degré de sa progression, la densité croissante du silence et l’incommensurable mesure de l’absence. Parvenue aux confins de son royaume, à la limite des mondes, épuisée, elle tombe dans la neige et s’y ensevelit comme dans un linceul. Et c’est alors qu’elle sait — elle ne sait rien, elle ne sait que ce rien — ce dont elle ne peut parler, et qu’il lui faut taire. » Jacques Darriulat 219. « C’est un peu la raison de cette dernière lettre que je vous envoie — la nostalgie de ce “réel“ capté lors de mes consultations à la bibliothèque du château, dans les traces laissées par d’autres chercheurs. Une dernière lettre pour moi, lecteur inconnu, anonyme, de cartes postales, qui ne le suis déjà plus. Une fois publiée, cette lettre affichera mon nom, c’est une lettre qui s’adresse à des inconnus, mais qui, par sa publication — la publication de mon nom — s’adresse déjà à autre chose : une troisième adresse, une adresse à la lecture, peut-être. Une dernière lettre aussi pour me rappeler qui j’étais et où je me situais, ce que je faisais alors — une lettre à moi même pour mes archives personnelles. Une dernière lettre pour ceux à qui je tourne le dos, ce monde des lecteurs inconnus qui n’est déjà plus le mien. » To be continued (…). Frank Smith

Qui [m’]accompagne

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SOMETIMES


2

I THINK L’extrême vide et l’extrême plein d’un paysage. Mémoire incessante, fantômes incessants, chaussures et livre à l’appui. Mère, monde et mélancolie. Est-ce que « penser à » peut vouloir dire « tenter d’entrer en communication avec », « parler à », « supplier », « engueuler », « effacer », « harceler », « être harcelée par », « se venger de », « détester silencieusement (alors que ça crie à l’intérieur) », « aimer, tout simplement aimer » ? Qui est « quelqu’un » ? : « Quelqu’une » ? « L’autre » ? « Soi-même » ? « L’étranger/l’étrangère en soi » ? (Dans le livre de mai, c’est le fils.)

Denise Desautels


SOMETIMES

Laurence Leblanc


3

I THINK

Stéphane Lempereur

Frédéric Nauczyciel


D

ans Le Banquet, il s’agit de dire ce qu’est l’amour, d’en faire l’objet d’une interrogation et d’un savoir. L’amour surgit comme une réalité problématique. Le questionnement de l’amour se déplace sur C : qui est Éros ? Poser cette question semble nécessaire pour répondre à celle de l’amour — et s’interroger sur Éros revient là encore à reconnaître un problème. Ce qu’est l’amour, chacun pourrait le savoir en l’éprouvant et définir Éros semblerait facile si l’on se reporte à la tradition. Cette facilité rendrait presque inutile tout discours prétendant parler d’Éros et de l’amour. En persistant à questionner, Platon maintient le caractère problématique d’Éros et de l’amour : quelque chose laisse la pensée inachevée. À l’intérieur du texte de Platon, la question « qu’est-ce que l’amour ? » devient « qui est Éros ? ». Cette dernière question se dédouble à son tour et signifie : « qui est Éros, est-ce un dieu, quelle est sa nature, etc. ? », en même temps que, de manière muette et étrange : « Éros peut-il être parmi nous ? ». L’enjeu du dialogue est de déterminer la nature de l’amour ; de déterminer la nature du dieu de l’amour, son identité ; d’identifier Éros parmi les hommes. Un questionnement implicite interroge les conditions de possibilité : est-il possible de soumettre l’amour au logos, d’en faire l’objet d’un savoir ; est-il possible de définir Éros, de dire son identité ; est-il possible qu’Éros soit parmi nous ? Peut-être que celui qui comprend le mieux ces questions et problèmes est Alcibiade, l’éphèbe ivre amoureux de Socrate.

Vouloir saisir l’amour par le discours paraît à la fois impossible et engendrer une prolifération du discours. Le dialogue relate un banquet qui est d’abord l’objet d’un discours puisqu’il est raconté par un des participants (Aristodème) à un autre qui n’y était pas (Phénix). Le Banquet s’ouvre sur un discours portant sur un ensemble de discours, le premier renvoyant à un discours passé, absent, objet d’un certain désir (celui de Phénix). Platon insiste sur la prolifération des discours : Phénix fait le récit de ce banquet à quelqu’un qui le répète à Glaucon, lequel à son tour demande à Apollodore de lui faire le récit du banquet pour s’assurer de la conformité de celui qui lui en a été fait. Le discours se répète selon des versions différentes qui se rapportent à un événement dont nous ne sommes pas certains qu’elles en disent la même chose. Le Banquet serait un texte sur les conditions et limites du discours mais également sur ce qui se soustrait au discours — l’amour, l’absent du discours. Le thème de la prolifération des discours est d’autant plus présent que, lors du banquet, plusieurs convives discourent tour à tour sur l’amour. Ces discours supposés porter sur un même objet (Éros) sont différents et se réfèrent à d’autres discours : Phèdre évoque Hésiode, Pausanias répète le discours de la tradition et Eryximaque celui de la médecine, Socrate rapporte les paroles de Diotime, etc. La pensée devient un labyrinthe de discours qui se multiplient, se répètent, se différencient, divergent — une bibliothèque de discours juxtaposés, croissant à partir d’un centre insaisissable, mobile comme un démon sautant de discours en discours pour les faire se multiplier, différer, se perdre dans le labyrinthe : Éros. Si celui-ci est le dieu de l’amour, il est aussi le démon du discours, de la pensée, les engageant dans une pullulation folle qui les désoriente, les empêche de se refermer sur leur objet. Cette prolifération labyrinthique de la pensée paraît impliquer plusieurs idées : penser ou parler, ce n’est pas dire la chose même mais répéter d’autres discours qui sont repris sans garantie que la reprise soit fidèle — comme celle, ici, du texte de Platon ; penser, c’est penser à, impliquant une absence qui est moins un manque qu’une force ; penser implique le rapport à ce qui empêche de penser, force à penser tout en empêchant la pensée ; la chose dont est supposé parler le discours échappe au discours, celui-ci visant d’autres discours mais ratant la saisie de la chose en excès par rapport au discours et à la pensée (le concept par définition inachevé, ouvert par un excès qui le limite et le relance dans un devenir sans fin ?). Sans doute Platon n’en reste pas là et la constatation de la prolifération des discours n’aboutit apparemment pas à un relativisme qui les rendrait équivalents : il s’agit de produire un type de discours qui, s’imposant par sa nécessité, permettrait l’intellection-contemplation de l’Idée, dévalorisant ainsi les autres types de discours. Mais cette valorisation n’empêche pas le phénomène étrange de la prolifération d’exister et ne l’explique pas de manière suffisante : invoquer l’opinion comme cause du discours dévalorisé repose sur une tautologie (« ils pensent mal parce qu’ils pensent par opinions, c’est-à-dire mal… ») ; ne rend pas raison de la possibilité d’une telle cause, c’est-à-dire de la possibilité, pour le discours, d’errer et de proliférer ; obscurcit l’idée que « penser mal » révèle peut-être la nature de la pensée comme affirmation de possibles, c’est-à-dire que la pensée, en rapport avec un impensable, un excès qu’elle ne peut réduire, demeure ouverte, proliférante, labyrinthique. De même, poser la nécessité de valoriser un type de discours contre les autres et établir que ce discours nécessaire permet de penser l’Idée opère un glissement de la logique du discours à l’être dont Kant — et déjà, à sa manière, Gorgias — a souligné le caractère abusif. Peut-être le discours de Platon n’est-il lui-même qu’un discours parmi d’autres, happé par le sans-fond du discours, le chaos qui l’anime — doute ou crise qui traverse le Parménide. Peut-être n’y a-t-il pas un discours de Platon mais une pluralité, tant celui-ci est ambigu et multiple. Peut-être Platon rencontre-t-il avec l’amour ce qui, plus clairement qu’ailleurs, empêche le discours dialectique de s’imposer, de se différencier, le renvoyant à la nature labyrinthique, au fond chaotique du discours, de la pensée.

philosophie et ce qui nécessite la pensée philosophique — la condamnant peut-être à l’impossibilité, à l’aporie. Ce chaos traverserait également Le Banquet où les discours s’enchaînent, se multiplient et cessent non lorsque la vérité philosophique impose son évidence mais pour des raisons très contingentes : le vin et le sommeil qui laissent malgré tout entrevoir, comme en rêve, la vision d’un Socrate continuant, presque mécaniquement, à discourir avec des invités à moitié endormis : « Ils se trouvaient forcés de l’admettre, même s’ils ne suivaient pas très bien la discussion ; ils dodelinaient de la tête. Le premier à s’endormir fut Aristophane, puis ce fut le tour d’Agathon ». Dans ces conditions, il apparaît que l’on ne peut penser Éros ou l’amour, le discours ne peut dire ce qu’ils sont, on ne peut que penser à l’amour, penser à Éros — penser à étant la formule de la pensée lorsque son objet excède ses possibilités et demeure insaisissable, absent car nomade et multiple, la pensée et le discours étant alors condamnés à proliférer selon un processus de reprise et de différentiation sans terme. Si la volonté de la philosophie platonicienne est de penser la chose en elle-même, il semble que Le Banquet, rejoignant le sophiste Gorgias, met en scène l’échec de cette volonté qui, avec l’amour-Éros, se heurterait à ce qui l’empêche et, en rapport avec une nouvelle force, lui imposerait une nouvelle forme : non pas penser la chose mais penser à la chose, irréductible à la pensée. N’est-ce pas ce penser à dont témoigne la dernière intervention du banquet, celle imprévue d’Alcibiade, ivre et répondant à la question par l’affirmation, apparemment sans rapport avec ce qui lui est demandé, de son amour pour Socrate ? Le discours d’Alcibiade a lieu après l’intervention de Socrate, celle-ci ne clôt donc pas l’interrogation : un autre discours suit auquel succèdent d’autres discours qu’interrompent seulement l’ivresse et le sommeil. On pourra bien sûr souligner que, lorsque Socrate parle, Alcibiade n’est pas présent, qu’il n’a pas entendu ses paroles et ne peut donc en reconnaître la vérité. On ne s’étonnerait pas qu’Alcibiade, invité à parler, réponde à la question de savoir ce qu’est Éros de manière incorrecte, en comprenant mal celle-ci et en lui substituant, dans son ivresse, une autre question qui serait : « quel est l’objet de ton amour, qui aimes-tu ? ». Pourtant, il n’est pas impossible que cette façon de comprendre la question soit la plus profonde. Dans l’éloge qu’il fait d’Éros, Socrate lie l’amour et Éros à l’absence et au manque : on aime ce qui n’est pas possédé et dont l’absence est vécue comme un manque. Mais la relation ainsi énoncée entre amour, absence et manque est rendue plus complexe : l’amour consiste moins à vouloir posséder qu’à vouloir posséder toujours, sans retour possible de l’absence et du manque. L’amour n’implique pas seulement la volonté de posséder un objet, il implique celle de l’éternité de l’objet et de sa possession, de ne jamais manquer ni souffrir. L’amour a pour finalité le bonheur, comme il a pour finalité non ce qui est en soi corruptible, comme le corps, mais ce qui dure toujours : la vérité immortelle, le royaume des Idées. L’amour éprouvé est un premier degré vers la connaissance, un mouvement qui serait le signe confus d’une tendance vers le vrai ne pouvant s’accomplir que par la philosophie, le philosophe réalisant au mieux ce mouvement et sa finalité. Cette tendance vers le vrai, qui est le mouvement de l’amour, est pensée dans le Phèdre comme souvenir nostalgique et obscur du royaume des Idées contemplé par les âmes avant leur insertion dans un corps : ce qui est absent et manque est la vérité vers laquelle chacun tend sans le savoir, le degré le plus haut de cette tension étant la philosophie, amour de la sagesse autant que mouvement même de l’amour, sagesse qui n’est telle que par l’accomplissement adéquat de l’amour. De fait, la plupart se trompent et, parce qu’ils ne le comprennent pas, confondent le mouvement vers l’absolu qui les anime avec un désir immédiat pour tel corps, tel visage, beau aujourd’hui et demain disparu. Même les bêtes seraient animées de ce mouvement que seul le philosophe peut réellement accomplir. Mais Alcibiade, sans avoir entendu ce discours, commence pourtant par soupçonner Socrate : « […] crois-tu un seul mot de ce que Socrate vient de dire ? Tu sais bien que c’est tout le contraire de ce qu’il disait qu’il voulait dire ». On pourrait penser qu’Alcibiade confond croyance et savoir, rhétorique et philosophie, et que sa remarque est l’indice de sa confusion. Mais, en même temps, cette remarque affirme la nature volatile du discours, l’impossibilité qu’il soit un moyen pour l’être d’être saisi, sa nécessaire instabilité : Alcibiade, après le discours philosophique de Socrate, l’élaboration d’une parole se voulant apparemment vraie et sans différence — bien que Socrate, durant son intervention, rapproche étrangement Diotime des sophistes et semble signaler lui-même l’ambivalence des propos qu’il rapporte : « Et elle, comme le ferait tout sophiste accompli, de me répondre » —, réintroduit par sa remarque la différence et le chaos dans le discours, niant non seulement ce que vient de dire Socrate mais la possibilité d’un rapport entre le discours et la vérité, d’un discours qui parviendrait à saisir l’objet dont il parle. Par cette remarque, Alcibiade signifie un autre type d’absence que celle qu’évoquait Socrate : l’absence du discours à lui-même, celle qui marque tout discours qui par nature s’absente de ce qu’il dit pour dire autre chose qui ne peut non plus être dit. Enfin, cette remarque d’Alcibiade rejoint ce qui structure la suite de son intervention : l’identité de Socrate et d’Éros car, comme l’ambigu, le mobile, l’insaisissable Éros, Socrate disant une chose qu’il ne dit pas, puisqu’il veut dire le contraire de ce qu’il dit, serait lui-même tantôt ceci et tantôt cela et, comme Éros, introduirait le chaos dans le discours. Alcibiade retourne ainsi l’argumentation de Socrate et désigne celui-ci comme étant Éros, dieu mobile, multiple et insaisissable pour la pensée, autant que le démon du discours. Dans toute son intervention, Alcibiade identifie Socrate à Éros, transformant la question « qui est Éros ? » en une autre question : « Éros peut-il être parmi nous et, si oui, qui est-il ? ». La question « qui est Éros ? » vise la nature du dieu, c’est-à-dire l’essence de l’amour : quelle est la nature d’Éros, qu’est-ce que l’amour ? La question transformée par Alcibiade substitue le « qui ? » au « qu’est-ce que ? ». Cette transformation de la question initiale nie la possibilité de la démarche ascensionnelle de Socrate : pas de ciel des Idées à contempler, ce qui est n’existe qu’ici-bas et ce qui existe ici-bas n’est pas, se perd au contraire dans le pluriel, le multiple, le divers, le devenir, la répétition, la différence. La pensée est déchargée de la question de l’essence et implique celle qui demande « qui ? » ou « quoi ? ». A cette question, il ne peut être répondu de manière univoque et certaine puisque le « qui » ou le « quoi » se reflètent dans la série infinie des « qui » ou des « quoi » possibles, rendant la pensée à son errance, à son chaos, à la prolifération des discours : l’objet de la pensée ne peut être saisi par elle et demeure en excès. A la question d’Alcibiade ne peut être répondu que par un je pense à, je pense à Socrate ou je pense à toi, Socrate qui devient la formule de la pensée même, penser étant toujours un je pense à toi. Socrate-Éros amoureux d’Alcibiade demeure, face à Alcibiade amoureux de Socrate, un être énigmatique, inatteignable, de même que Socrate laisse entre lui et Alcibiade une distance qui rend celui-ci hors d’atteinte — être hors d’atteinte définissant le mouvement même de l’amour, l’inverse de celui défini dans le discours de Diotime-Socrate où le mouvement philosophique de l’amour permet d’atteindre l’Idée. Socrate est perçu par Alcibiade comme un être toujours double, avec un « air de faux naïf qui lui est si caractéristique », un être qui demeure insaisissable, ambigu, incompréhensible. N’est-ce pas ainsi que Socrate est perçu par tous, insaisissable et multiple tel Éros (« À ton habitude, tu surgis à l’improviste, là où je m’attendais le moins à te trouver ») ? Socrate qui, par exemple, refuse apparemment de coucher avec Alcibiade mais n’hésite pas — innocemment ? — à s’allonger la nuit à ses côtés dans son lit ou, nu, à pratiquer la lutte avec ce dernier. Ou bien Socrate qui recherche les beaux garçons et se fait beau pour aller au banquet donné par Agathon (« je désire être beau pour aller chez un beau garçon ») : « Vous observerez en effet qu’un penchant amoureux mène Socrate vers les beaux garçons : il ne cesse de tourner autour d’eux, il est troublé par eux. D’un autre côté, il ignore tout et il ne sait rien, c’est du moins l’air qu’il se donne ». Mais en même temps, Alcibiade peut déclarer au sujet de Socrate : « Laissez-moi vous le dire : que le garçon soit beau, cela ne l’intéresse en rien, et même il a un mépris inimaginable pour cela ». Que veut Socrate ? Etre un objet de désir, amoureux des beaux garçons et jaloux de ses rivaux — un objet de désir qui en même temps persiste à maintenir l’absence dans le désir et travaille à demeurer lointain, ambigu, impossible à définir ? Il semble difficile de répondre tant son être paraît ambigu et multiple, tant ce qu’il manifeste n’est pas univoque. Dans Le Banquet ou d’autres dialogues, alors qu’il serait facile à Platon de dissiper l’ambiguïté, il la maintient pour en faire une définition récurrente qui, au lieu de clore le questionnement concernant ce qu’est Socrate et le statut de son discours, le laisse ouvert et indécidable. N’est-ce pas comme un être qui semble tantôt ceci et tantôt cela, dont le discours serait ambivalent, que Platon présente volontiers Socrate, son caractère énigmatique, déroutant et insaisissable étant, par exemple, souligné une fois de plus à la fin de ce dialogue ? Socrate, après avoir passé la nuit à parler, à écouter et à boire, semble capable de pouvoir parler encore et encore, sans cesse, comme une mécanique vivante et mystérieuse, un être possédé par une force singulière — celle du dieu sans doute, dont Platon est habité, dont il est la forme humaine et sensible et qui parle par sa bouche : encore un double — alors que tous les autres sont épuisés : « Socrate se rendit au Lycée, se lava et passa le reste de la journée comme s’il s’agissait de n’importe quelle journée. À la fin de la journée, vers le soir, il rentra chez lui pour se reposer ». Qui est Socrate ?

Jean-Phillipe Cazier Je pense à toi – L’amour

SOMETIMES Éros est tantôt ceci, tantôt cela, il ne cesse selon les discours de changer d’identité : il est un dieu, un démon, il est laid, il est beau, il est jeune, il est vieux, il est même double (Éros céleste et Éros vulgaire), etc. Il y a dans Le Banquet au moins cinq Éros différents. Il n’a pas d’identité fixe et évidente, il est, dans le texte, sans cesse autre que ce qu’il est et par là marqué par le nomadisme et l’absence. Cette pluralité d’Éros peut être rapportée autant à sa nature qu’au fait qu’il soit d’abord objet de discours. Si chacun peut faire l’expérience de l’amour, cette expérience n’est pas en elle-même une connaissance, celle-ci présupposant que l’on se place sur un autre plan que celui de l’expérience, autre plan qui, dans Le Banquet, est d’abord celui du discours, lequel est un moyen pour la contemplation, c’est-àdire une intellection non discursive. Même Socrate développe un discours qui est la répétition de celui de Diotime et du dialogue de celle-ci avec Socrate : penser, c’est répéter, faire proliférer un discours, et si pour Platon la pensée philosophique est animée du souvenir de l’Idée, dans Le Banquet penser est d’abord se souvenir de discours que, par ce souvenir, on multiplie. La question « qu’est-ce que l’amour ? » devient « qui est Éros ? », ce changement accompagnant l’exigence de passer du plan empirique à celui de la connaissance. Demander « qui est Éros ? » permet d’aborder la question de l’amour du point de vue de la connaissance : par-delà les expériences individuelles et subjectives de l’amour, sa définition n’est possible que par ce qui est commun à chaque amour particulier, identique en soi et pour tous, ce qui exige la détermination de l’amour en lui-même, c’est-à-dire d’Éros. La question « qui est Éros ? » marque ainsi un premier degré vers l’ascension dialectique — le problème étant, selon Socrate, que la plupart des intervenants ne semblent pas comprendre la question, y répondent par des opinions, des discours déjà constitués. Mais si la pluralité des discours brouille l’identité d’Éros, le fait est que celui-ci ne semble pas pouvoir être, même dans le cas du discours de Socrate — qui n’est pas le dernier discours et ne met pas fin à la prolifération —, autre chose que l’objet de discours multiples : si Le Banquet développe des discours sur l’amour et Éros, ce n’est pas seulement que la connaissance nécessite du discours mais parce qu’Éros serait d’abord celui auquel on ne se rapporte qu’en en parlant par l’intermédiaire de discours qui, comme dans une galerie de miroirs, se démultiplient à travers d’autres discours. Cette nécessité n’est-elle pas la conséquence de la nature même d’Éros et de l’amour ? Dans les paroles de Diotime rapportées par Socrate, Éros est défini comme un démon intermédiaire, tantôt ceci et tantôt l’inverse : « […] par nature il n’est ni immortel ni mortel. En l’espace d’une même journée, tantôt il est en fleur, plein de vie, tantôt il est mourant ». De même, il n’est « jamais ni dans l’indigence ni dans l’opulence », et « il se trouve à mi-chemin entre le savoir et l’ignorance ». Sa place est celle de l’entre-deux, « il interprète et il communique aux dieux ce qui vient des hommes », il relie les hommes entre eux, etc. Éros apparait comme ce qui, toujours au milieu, entre, n’est jamais ceci ou cela mais tantôt l’un ou l’autre, ce qui relie et assemble en demeurant lui-même hors identité, hors liaison, ailleurs et au-delà, en excès. Comment un tel démon pourrait-il être saisi dans le discours, comment ce qui varie sans cesse pourrait-il être pris dans la pensée, comment ce qui n’est pas pourrait-il être dit ? Éros échappe au discours et en parler donne lieu à une prolifération de discours dont aucun ne peut dire Éros, l’absent du discours. On pourrait même considérer qu’Éros est le dieu en même temps que le démon du discours qui, lui aussi, est tantôt ceci et tantôt cela, qui relie, transmet — discours qui ne peut être que répété, repris dans une prolifération différentiante à l’intérieur d’autres discours, sans terme. On retrouverait une reprise de ce que Gorgias, cité par Sextus Empiricus, dit du discours : « Car le moyen que nous avons de révéler, c’est le discours ; et le discours, il n’est ni les substances ni les êtres : ce ne sont donc pas les êtres que nous révélons à ceux qui nous entourent ; nous ne leur révélons qu’un discours qui est autre que les substances ». Parler de ce qui est condamne à répéter des discours proliférants, à errer à l’intérieur d’une bibliothèque-labyrinthe, et le discours lui-même, moyen de la révélation impossible de ce qui est, ne peut qu’excéder ce qui est dit, ne pouvant être dit que par un discours qui ne peut le dire, toujours autre que ce qui est dit, ailleurs. Parvenir à un discours qui ne prolifèrerait plus, qui ne serait l’objet d’aucune répétition, un discours sans différence possible, est sans doute le rêve de Platon — peut-être celui de la philosophie. Mais ce qui dans Le Banquet est mis en scène serait l’échec de ce rêve, son impossibilité lorsqu’il rencontre Éros ou le discours lui-même, irréductibles aux exigences du discours philosophique puisqu’affirmant la nature même du discours ou d’Éros : n’être pas, être entre, tantôt ceci et tantôt cela, puissance de répétition à l’infini, itération et différence. Ce serait ce rapport entre le discours et le chaos que Platon affronte dans le Cratyle : « Il arrive même à Platon de se demander si ce pur devenir ne serait pas dans un rapport très particulier avec le langage : tel nous paraît un des sens principaux du Cratyle. Peut-être ce rapport serait-il essentiel au langage, comme dans un ‘flux’ de paroles, un discours affolé qui ne cesserait de glisser sur ce à quoi il renvoie, sans jamais s’arrêter ? » (Deleuze, Logique du sens). Avec l’amour, Platon semble rencontrer un obstacle au discours et à la pensée autant qu’un moteur. C’est un obstacle similaire qu’il rencontre avec les sophistes mais aussi l’opinion qui ne cesse d’échapper à la pensée, qui est un mode de la pensée où celle-ci se fuit, disant tout et son contraire, l’entrainant dans une folie proliférante selon des tourbillons qui ne se fixent pas. L’opinion implique un excès par rapport à la pensée et au discours, un irréductible qui les laisse béants, signalant leur fond vide ou chaotique. Celui-ci serait à la fois ce qui empêche l’opinion d’accéder à la

L’amour et Éros demeurent un problème, moins en tant qu’ils posent des difficultés à la pensée que parce qu’ils l’entraînent dans un mouvement fou traversant toutes les limites et d’abord celles de la pensée et du discours. L’amour et Éros empêchent la pensée de saisir son objet et par eux le discours ne peut « atteindre à la clarté et à l’accord avec soi-même » (Phèdre). Au contraire, la pensée et le discours sont forcés à un nomadisme qui leur impose d’atteindre leur limite, de s’engouffrer sans repos dans le chaos qui les traverse. Si l’amour et Éros sont des problèmes, c’est surtout en tant qu’ils défont les limites de la pensée et du discours, les redistribuent selon les coordonnées obscures et mobiles du devenir. Ce n’est donc pas comme représentations difficiles ou obscures que l’amour et Éros sont problématiques, mais comme forces qui agissent sur la pensée et la désorientent, ruinant ses coordonnées, peut-être ses aspirations, pour la laisser aux prises avec un excès qu’elle ne peut saisir, qui sans cesse, comme Socrate, surgit ailleurs, pour d’autres pensées et d’autres discours — la pensée et le discours ne pouvant se soustraire au je pense à toi. C’est ce caractère problématique d’Éros que marque Platon lorsqu’il pose, dans Le Banquet, la question de l’amour et d’Éros, même si au premier abord l’amour et Éros ne sont des problèmes que pour la pensée commune et à cause des limites de celle-ci. Pourtant, l’intervention d’Alcibiade, qui clôt le texte, pourrait affirmer autre chose : Éros serait un problème aussi pour la philosophie, un problème qu’elle ne peut réduire aux coordonnées qui sont les siennes et qui demeure tel, ruinant autant les certitudes de l’homme du commun que celles auxquelles aspire le philosophe. Ce rapport à un objet sans cesse absent et mobile — c’est-à-dire un problème — est en même temps ce qui pousse la pensée à penser, à produire du discours, à la prolifération de la pensée liée à un excès qui efface l’être au profit du devenir. Incapable de rejoindre son objet, de se refermer sur sa saisie, la pensée ne peut que penser, continuer à penser, affirmant des possibles qui relancent la nécessité de la pensée. L’objet absent est ainsi moins un manque qu’une force qui agit sur la pensée et la force à penser selon un devenir qui, traversant le monde, n’a pas de limites. Dans ce mouvement, le problème demeure ce qui échappe au discours et à la pensée autant qu’il ne cesse de surgir dans le discours et la pensée dont il devient le cœur, le centre fuyant, mobile, absent — le dehors est dedans, producteur et destructeur de ce qu’il produit, au cœur de celui-ci et au dehors, infiniment. Selon la formule amoureuse du discours d’Alcibiade, la pensée ne cesse alors de répéter je pense à toi, un toi absent pour un je absent, un toi qui est toujours autre pour un je qui est toujours autre : formule même de la pensée et du discours — la formule de l’amour.


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Liliane Giraudon

Penser à quelqu’un qui est mort c’est quoi faire ? Les vivants, ils disent « pense à moi » mais les morts eux, se taisent. La vie n’est pas un argument. La vie ou plutôt l’existence travaille à défaire, séparer les vivants des morts. Quand je pense à ceux celles que j’aime il y a parmi tous ces corps, ces visages, ces voix, de plus en plus de morts. Ombres parmi les ombres les morts (dans le travail de la pensée que je fais pour les ranimer) sont aussi vivants que ceux qui avec moi occupent encore ce monde. À la différence des vivants ils ont dans ma pensée les évoquant une présence et une fraîcheur qu’aucun vivant ne saurait atteindre. Comme si c’était eux les vivants véritables. Comme si ma nécessité à les évoquer, ce travail de restauration auquel je me livre chaque fois que je les invoque provoquait une animation féroce entraînant une sorte de résurrection… C’est qu’ils n’ont plus aucune terre d’occupation en dehors de ma pensée. Ils errent, ne s’arrêtant que dans la pensée de ceux qui les accueillent. Éternels migrants en sursis. Nos têtes sont les caves où ils viennent encore un peu s’étendre. Ma grand-mère disait en riant « Je parle à mes morts » et nous pensions « Elle est folle ». Aujourd’hui c’est moi qui lui parle. Car je lui parle. Il m’arrive même de lui demander son avis. En ce sens je peux écrire que « penser à quelqu’un de mort c’est lui parler ». Ce que je ne fais pas nécessairement lorsque je pense à quelqu’un de vivant car à ce moment-là je prends mon téléphone ou je lui donne rendez-vous dans un café. Ce que je ne peux justement faire avec un mort.

I THINK

Pierre Oudart

Lattaquié, Syrie, février 1993

Claudine Lemaire


SOMETIMES


I THINK Claude Lévêque Nous irons jusqu’au bout, 2012

Néon blanc Écriture Hamza Aboudou 40 x 160 cm Photo Fabrice Seixas © ADAGP Claude Lévêque. Courtesy the artist and kamel mennour, Paris


Julie Desprairies & Marthe Léon Bürchen, Suisse, mars 2013

SOMETIMES


I THINK Laurie Anderson


Marc Cholodenko

SOMETIMES La main suspendue à un souvenir inopiné de l’ami disparu il fait effort pour penser à lui oubliant qu’à autrui on ne peut pas plus penser qu’à soi-même l’évocation seule étant capable de toucher ce qui est incarné comme l’indique sa main qui achève le geste d’effacer sa face pour y plaquer la confirmation renouvelée de sa réalité.


Catherine Weinzaepflen

j’ai vu écrit le nom d’une fillette qui s’appelait Père j’ai vu l’âge de Elisa Père morte à deux ans j’ai vu le lierre d’un vert neuf presque fluo recouvrir une tombe à l’horizontale j’ai vu le soleil blanc d’un printemps froid j’ai vu le garçon qui n’avait pas dormi j’ai vu ce garçon qui semblait sous l’effet de la drogue j’ai vu écrit paysag sur le camion blanc qui traversait le cimetière j’ai vu la tombe de Tristan Tzara enfin nettoyée j’ai vu les baskets jaunes garnies de clous j’ai vu la femme en noir menue qui tenait à la main un sac à deux anses j’ai vu le ciel chahuté entre bleu tendre et gris acier j’ai vu la reproduction d’un Déjeuner sur l’herbe de Alain Jacquet j’ai vu le grand portail vert en fer j’ai vu la petite porte adjacente j’ai vu la rue

I THINK je pense à Elisa

Antoine Dufeu

Sonia était ravissante. Sonia émerveillait sur son passage. Sonia retournait le cœur de tous ceux toutes celles qui l’aimaient. J’imagine qu’avec une seule dent Sonia m’aurait ravi pareillement.


F’

SOMETIMES Hugues Templier

Frédérique Guétat-Liviani

L’idée qui m’a occupé, c’est celle que dans « je pense à toi », tout n’est qu’une affaire interne, propre à chacun : c’est le « je » de la cocotte, l’espace clos, le lieu de la pensée. Le « toi » n’est plus vraiment important. Certes, grammaticalement, la phrase est transitive, il y a un complément du verbe d’action : c’est « toi ». Le « toi » qui fait sortir de soi, qui nourrit les désirs, les sentiments, qui relie au monde. La phrase a beaucoup tourné dans ma tête et j’ai fini par la trouver réflexive. Le « toi » n’est que le fruit de ma pensée, le verbe s’adresse à moi, finalement. Cette action m’appartient. Elle me contrarie, m’obsède, me procure du plaisir ou de la frustration, je ne la voit pas venir, elle est parfois éruptive ou bien je la recherche et la ritualise. Même si je ne la contrôle pas, cette action m’appartient.


SOMETIMES I THINK SOMETIMES I DON’T est une revue éphémère publiée dans le cadre de l’exposition « Milieux » (Domaine départemental de Chamarande, mai - septembre 2013), initiée au cours d’une résidence d’écriture par Frank Smith, dans le cadre du programme régional de résidences en Île de France. Remerciements à Frédérique Bazzoni, Laurent Bourdereau, Xavier Person, David Raynal et Julie Sicault Maillé. Conception graphique : Alexandre Rivault. www.jepenseatoi.net

I THINK

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n agitant nos mains, nous causons une vibration dans atmosphère ambiante. Désormais « Je pense à toi » n’est us à toi, et je veux de cette série de fragments collectifs, e compositions arborées et multiples — signes, traces, reuves, indices, legs, — dresser un plateau portatif, olatile et véloce, une mosaïque, une marqueterie agencée vec les herbes et les bois de toutes sèves de Chamarande. ous nous retrouvons ici, au mois de mai 2013 ! Sans oute ai-je la tête accaparée par le printemps : sans doute aut-il admettre, au coin du Domaine de la pensée, qu’il agit bien moins de la naissance d’une enquête que d’une ntative d’assassinat. D’une tension contre la pensée à toi entimentalement flottante en faveur de l’esprit qui passe ar le centre du corps et peut y capter quelque secret gique commandant tout un champ de forces. e cette recherche, il faut que je fasse conserve, que je sole de l’air du temps, que je l’enferme dans l’Orangerie. agitant nos mains, nousd’un causons une vibration dans haque penséeEn à toi est comme au bord précipice. l’atmosphère ambiante. Désormais « Je pense à toi » n’est haque pensée à toi est au bord de son précipice. plus toi, et je veux de cette série de fragments collectifs, a pensée déserte la àpensée. de compositions arborées et multiples — signes, traces, preuves, indices, legs, — dresser un plateau portatif, volatile et véloce, une mosaïque, une marqueterie agencée avec les herbes et les bois de toutes sèves de Chamarande. Nous nous retrouvons ici, au mois de mai 2013 ! Sans doute ai-je la tête accaparée par le printemps : sans doute faut-il admettre, au coin du Domaine de la pensée, qu’il s’agit bien moins de la naissance d’une enquête que d’une tentative d’assassinat. D’une tension contre la pensée à toi sentimentalement flottante en faveur de l’esprit qui passe par le centre du corps et peut y capter quelque secret logique commandant tout un champ de forces. De cette recherche, il faut que je fasse conserve, que je l’isole de l’air du temps, que je l’enferme dans l’Orangerie. Chaque pensée à toi est comme au bord d’un précipice. Chaque pensée à toi est au bord de son précipice. La pensée déserte la pensée.

SOMETIMES

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SOMETIMES I THINK SOMETIMES I DON'T 1  

Sometimes I Think Sometimes I Don’t 1 est une revue éphémère publiée dans le cadre de l’exposition « Milieux » (Domaine départemental de Ch...

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