RWANDA RĂSURRECTION ET MAIN DE FER
Le pays commémore le 30e anniversaire du génocide.
PARTITIONS
NOUR AYADI
LâAMOUR DE LâHARMONIE
CINĂMA MOHAMED BEN ATTIA
DANS LES NUAGES
GASTRONOMIE
LES ĂTOILES DE MORY SACKO
BUSINESS
Ă QUI PROFITE LâOR DE LâAFRIQUE ?
BASSIROU DIOMAYE FAYE devient le plus jeune président du pays. Soutenu par son mentor OUSMANE SONKO, il doit acter la rupture, répondre aux immenses attentes, prouver que le changement est possible. Un défi historique.
N° 45 1 - AV RI L 20 24 L 13888 - 451 - F: 4,90 ⏠- RD Fr ance 4, 90 ⏠â Af riqu e du Sud 49 ,9 5 ra nds (t ax es incl .) â Alg Ă©r ie 32 0 DA â All em ag ne 6, 90 ⏠â Au trich e 6, 90 ⏠â Be lg iq ue 6, 90 ⏠â Canada 9, 99 $C DO M 6, 90 ⏠â Es pagn e 6, 90 ⏠â Ăt at s- Un is 8, 99 $ â Gr Ăšce 6, 90 ⏠â It ali e 6, 90 ⏠â Lu xe mb our g 6, 90 ⏠â Mar oc 39 DH â Pa ys -B as 6, 90 ⏠â Po rt ug al con t. 6, 90 ⏠Royaume- Uni 5,50 ÂŁ â Suisse 8,90 FS â TOM 990 F CFP â Tunisie 7,50 DT â Zone CFA 3 000 FCFA ISSN 0998- 9307X0
REVOLUTION
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PA R ZYAD LI MAM
UNE NOUVELLE FRONTIĂRE VERTE Ă©dito
LâAfrique est au cĆur des enjeux stratĂ©giques de ce siĂšcle. Un continent immense, peuplĂ© de prĂšs de 1,2 milliard dâhabitants, avec une perspective de 2 milliards Ă lâhorizon 2050. Un continent Ă©mergent, mais oĂč la lutte contre la pauvretĂ© reste une urgence permanente. Un continent marquĂ© par une urbanisation rĂ©volutionnaire, qui bouleverse les schĂ©mas sociaux traditionnels, les flux commerciaux, les demandes de la population. Un continent, enfin, en premiĂšre ligne face au changement climatique, qui dâores et dĂ©jĂ impacte la vie et le travail de millions dâAfricains.
Dans ce continent de plus en plus peuplĂ© et urban isĂ©, la questi on agric ole reste pourtan t secondaire, alors quâelle devrait sâimposer comme une prioritĂ© majeure En Afrique, lâagriculture est au cĆur de tout, du pacte soc ial, le pivot des sociĂ© tĂ©s. Câest la princip ale sourc e de reve nus. PrĂšs de 60 % de la population travaillent la terre, au moins 300 millions de personnes, dont de trĂšs nombreuses femmes.
LâAfrique subsaharienne est la rĂ©gion qui connaĂźt la plus forte croissance agricole au monde. La production a plus que triplĂ© en valeur au cours des trente derniĂšres annĂ©es. Mais ce progrĂšs se fait par lâextension continue des surfaces cultivĂ©es et lâau gm entation de la main-dâĆuvre. Avec des consĂ©quences sur un environnement dĂ©jĂ fragile. La productivitĂ© et la production restent faibles, bien en deçà du potentiel et des besoins. En fin de compte, 60 % de la population active travaillent pour un secteur qui gĂ©nĂšre moins de 20 % du PIB de lâAfrique subsaharienne (400 milliards de dollars sur les 2 000 milliards du PIB). Le niveau de productivitĂ© de lâagriculture africaine Ă©quivaut en moyenne Ă un tiers de celui de lâAsie. Moins de 10 % des terres sont irriguĂ©es, contre plus de 40 % en Asie.
Le continent est Ă©galement devenu dĂ©pendant des importations. Leur valeur pourrait dĂ©passer, Ă lâĂ©chelle continentale, la barre des 110 milliards en 2025. Une affaire qui pĂšse lourdement sur les comptes publics. LâhĂ©ritage colonial a incitĂ© au dĂ©veloppement des cultures de rente (cafĂ©, cacao, cotonâŠ), aux dĂ©pens des cultures vivriĂšres. Ces « rentes », particuliĂšrement sensibles aux variations des marchĂ©s, ne participent pas Ă la sĂ©curitĂ© alimentaire du continent. En parallĂšle, les modes
de consommation ont Ă©tĂ© bouleversĂ©s avec lâapparition de produits « non africains », comme le blĂ©, le riz, le soja, devenus incontournables Et lâurbanisation crĂ©e une demande pour une alimentation diffĂ©rente, rapide, souvent Ă base de produits⊠importĂ©s.
Avec cette dĂ©pendance, lâAfrique subsaharienne sâexpose dangereusement aux fluctuations des marchĂ©s mondiaux et aux crises internationales. Lâexemple le plus rĂ©cent a Ă©tĂ© lâimpact de la guerre en Ukraine sur lâapprovisionnement et le prix du blĂ©. Les tensions sur le marchĂ© du riz (devenu un aliment de base) et le protectionnisme possible de certains grands producteurs, tels que lâInde, illustrent le risque. Le tout provoquant de fortes inflations et son corollaire de subventions publiquesâŠ
Lâag ricu lture rest e don c un enj eu maj eur, stratĂ©gique. Au XXIe siĂšcle, en 2024, malgrĂ© le labeur de millions dâAfricaines et dâAfricains, les questions de la souverainetĂ© et de la sĂ©curitĂ© alimentaire restent encore une urgence publique. La malnutrition, la sous-nutrition, les famines sont encore une rĂ©alitĂ© inacceptable. PrĂšs de 300 millions de personnes seraient Ă risque en 2025, selon la Banque africaine de dĂ©veloppement (BAD).
Il faut sortir de cette si tuatio n gĂ©nĂ©ra le de prĂ©caritĂ©. Placer lâagriculture au centre de politiques publiqu es de dĂ©velop peme nt. Sâappu yer, dâabo rd, sur le petit exploitant, pivot de lâagriculture africaine dâaujourdâhui, et favoriser son Ă©cosystĂšme. Agir sur la protection et la comprĂ©hension des sols, lâutilisation des engrais. Promouvoir les partenariats public-privĂ©, inciter Ă lâentrepreneuriat. Imaginer lâavenir, soutenir les produits et les cultures adaptĂ©s aux changements climatiques, penser Ă ce que cherchent, enfin, les consommateurs du monde riche â le bio, la nature, lâauthenticitĂ©âŠ
Les acteurs de la filiĂšre sont conscients de lâurgence de cette rĂ©volution agricole africaine. De la nĂ©cessitĂ© dâatteindre et de dĂ©passer cette nouvelle frontiĂšre verte. Le potentiel en matiĂšre dâemplois et de cercles positifs de croissance est rĂ©el, avec le dĂ©veloppement des hinterlands et des filiĂšres agro-industrielles compĂ©titives Lâagriculture, câest aussi un business rentable, avec la promotion de produits « grown in Africa » attractifs et compĂ©titifs. LâAfrique peut se nourrir et nourrir une partie du monde. â
AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24 3
3 ĂDITO
Une nouvel le frontiĂšre verte par Zyad Limam
6 ON EN PARLE
CâEST DE LâA RT, DE LA CU LT UR E, DE LA MODE ET DU DESIGN
Chez Hawa Paris, lâĂ©mancipation a du st yle
24 PA RCOURS
Karine Pédu rand par Astr id Kr ivian
27 CâEST COMMENT ?
Vive les scruti ns ! par Emmanuelle Pontié
52 LE DOCUMENT
Méditerranée, au cent re du monde par Catherine Faye
78 CE QU E JâAI APPRIS
Patricia Essong par Astr id Kr ivian
80 PORT FOLIO
Désirey Minkoh : Les espr its du Bwiti par Emmanuelle Pontié
96 VI VR E MIEUX
Cancer : le combattre su r tous les fronts par Annick Beaucou sin
98 VI NGT QU ESTIONS ĂâŠ
FidĂšle Ntoogue par Astr id Kr ivian
44
rrection et main de fer par Cédr ic Gouver neur 56
Ayadi :
r de lâharmon ie par Astr id Kr ivian 62
lâĂ©toile de Mor y Sacko par Luisa Nannipieri
68 Hemley Boum :
« La vie nâest pas facile pour les rĂȘveurs » par Astr id Kr ivian
74 Mohamed Ben Attia :
« Lâhom me dans les nuages, ça mâintĂ©resse » par Jean-Mar ie Chazeau
Afrique Magazine est interd it de diffusion en AlgĂ©r ie depuis mai 2018. Une dĂ©cision sa ns aucu ne just ifcation. Cette grande nation africaine est la seule du continent (et de toute notre zone de lect ure) Ă exercer une mesure de censure dâun autre temps. Le maintien de cette interd iction pĂ©nalise nos lecteu rs algĂ©riens avant tout, au moment oĂč le pays sâengage dans un grand mouvement de renouvellement. Nos am is algĂ©r iens peuvent nous retrouver su r notre site Internet : www.afriquemagazine.com
4 AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24
PHOTOS DE COUVERTURE : ANDREA FERRO/REDUX-REA
DRSYL VA IN CHERKAOUI N° 45 1 AV RI L 20 24 TEMPS FORTS 28 La révolution Sénégal par Zyad Limam
Boubacar Boris
:
Le
par Astr
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38
Diop
«
langage est politique »
id
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Rwanda : résu
Nour
Lâamou
Sous
P.06 P.38
FONDĂ EN 1983 (40e ANNĂE)
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AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24 5 SHUTTERST OCKCHRIS SAUNDERSPHILIPPE QUAISSE / PA SCOFRANCESCA MANT OV ANI/ĂDITIONS GALLIMARD
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P.62 P.68 P.44 P.74
BUSINESS
ON EN PA RL E
Câest ma inte na nt, et câes t de lâar t, de la cu lt ur e, de la mode, du de sig n et du voyag e
PrĂ©s entati on de la co ll ecti on Ha wa Pa ri s, Ă lâHĂŽte l de Vi ll e, dans la ca pi ta le, en fĂ©vri er 20 24
6 AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24
FA SH ION
CHEZ HAWA PARIS,LâĂMANCIPATION A DU STYLE
Le la bel imag iné pa r HAWA SA NGAR à allie économie ci rculai re et solida rité pour créer des piÚces versat iles de ca ractÚre.
CE NâEST pas tous les jours que lâon a lâoccasion de prĂ©senter sa premiĂšre collection dans les beaux salons de lâHĂŽtel de Ville de Paris. Pour lâĂ©quipe de Hawa, qui accueille 26 personnes en insertion, le dĂ©filĂ© du 1er fĂ©vrier dernier a Ă©tĂ© lâoccasion de dĂ©voiler les premiers rĂ©sultats dâun projet qui associe avec style la lutte pour lâĂ©mancipation et celle contre le gaspillage vestimentaire « La mode est un support dâactivitĂ© idĂ©al pour faire avancer ces deux combats qui me tiennent Ă cĆur », explique Hawa SangarĂ©, 48 ans, une formation en ethnopsychiatrie et des dĂ©cennies dâexpĂ©rience dans lâaccompagnement des personnes. Elle a créé la marque en janvier 2023 pour offrir un dĂ©bouchĂ© naturel aux couturiers et couturiĂšres de son chantier dâinsertion, H.A.W.A au fĂ©minin. Dans les ateliers installĂ©s au sein de la Manufacture Berlier, propriĂ©tĂ© de la ville, on apprend Ă upcycler des tissus de haute qualitĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©s dans les grandes maisons de couture. EncadrĂ©es par la directrice artistique Nicole Moore et deux expertes cheffes dâatelier, les Ă©quipes ont brodĂ© et cousu des vĂȘtements adaptĂ©s aux exigences les plus variĂ©es. Certaines piĂšces, comme la combinaison, sont unisexes. Dâautres, comme cette jupe qui se remonte et se descend,
peuvent se porter avec des talons ou des baskets, Ă vĂ©lo comme en soirĂ©e. Et les coloris, du bleu Ă©lectrique aux bleus, gris et noirs plus sobres, parlent tant aux personnalitĂ©s les plus exubĂ©rantes quâĂ celles plus classiques Le processus crĂ©atif est collaboratif et tire profit de la multiculturalitĂ© des employĂ©s. Une vraie valeur ajoutĂ©e, dâaprĂšs Hawa SangarĂ©, qui prĂŽne le mĂ©tissage et se dĂ©crit fiĂšrement comme une Franco-Parisienne dâorigine malienne. Elle pense dĂ©jĂ Ă la prochaine collection, une ode Ă la sensualitĂ© masculine et fĂ©minine matĂ©rialisĂ©e en satins, soies et dentelles issus des chutes de la marque de lingerie Chantelle. Et elle ne cache pas son envie dâouvrir un jour des ateliers sur le continent et de participer Ă la valorisation des savoir-faire africains. hawaparis. com â Luisa Nannipieri
Ha wa Sa ng aré lor s du dé fil é du 1er févri er
AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24 7
DR (2)
AG EN DA
ALLERSRETOURS
LâAFRICA MUSEUM se penche su rl âorigi ne de sescol lect ions acqu ises pendantlacolonisation.
ALORSQUE LA QUESTION DE LâOR IGINE, de la trajectoire et de lâavenir descollectionsgagnĂ©es dans descontextestroubles fait lâobjetdâune attention croissante dans lesdĂ©batssociĂ©taux et politiques,lâexposition« ReThinking Collections» (« Repenserles collections»)sâattache Ă©clairer lesenjeuxactuels et lesmultipl approchesdelarecherche de provena Masques, fĂ©tiches,instruments de musique, trophĂ©esdechasseetphoto dâexplorateurs interrogentles archives du passĂ©colonial, en lesconfrontantĂ lâhistoire oraledes peuples spoliĂ©s. PrĂ©sentĂ©eĂ Bruxelles et menĂ©een collaboration Ă©troiteavecdes cherche et desartistescongolais,ladĂ©marche permet ainsi de saisir lesdimensions politiqueousacrĂ©e desobjetscollectĂ©s volĂ©s, au traversdecarnets,delettres, dâinventaires et de tĂ©moignages vidĂ©os.Mais, par-delĂ cesnouvelles perspectives, quel avenir pour lescollections, provenant essentiellement de lâactuelle RĂ©publiquedĂ©mocratique du Congo,dansethorsles murs desmusĂ©es? â Catherine Faye
Gyelal uZau li Ma squ eT ib eita, CĂŽte dâIvoi re Créé par Sab u bi Boti
«RETHINKING COLLECTIONS», Africa Museum, Tervuren (Belgique), jusquâau 29septembre 2024 africamuseum.be
SO UN DS
ĂĂ©couter maintenant !
OU M
Dakchi , Su rella. En concer t les23et24avr il au Ca fé de la Da nse.
Lâunedes plus grandes figuresdelamusique marocaineactuelle, nourriedesouletde gospel commedemusique soufie, cĂ©lĂšbreune dĂ©cennie de carriĂšre internationale avec un album live enregistrĂ© Ă Marrakech.BaptisĂ© Dakchi,habitĂ©par sesfidĂšles musiciens, Ă lâoud,ausaxo, Ă latrompette,Ă la basseetaux percussions, il rev isite sestrois premiers disquesavecautant de fidĂ©litĂ© quedâinventivitĂ©
Abou Tall
Monsieur Saudade , Play Two. En concer tle30avr il au Tr ia non.
Câestlabossa-nova quâhonoresur cetalbum
Abou Tall,musicienparisien dâoriginecongolaise, quisâest fait connaĂźtre Ă travers le duoformĂ© avec sonfrĂšre Dadju, TheShinSekaĂŻ. ProfondĂ©ment attachéà ses origines africaines commeĂ lamĂ©lancoliesonore brĂ©silienne, il livreici de lâacoustique, dessentimentsetune sĂ©rĂ©nitĂ©retrouvĂ©e
Un biennommé MonsieurSaudade !
S.Pr iNoi r
La Cour des miracles, Believe.
Fort de plus de quinze ans de carriĂšre,lerappeur parisien revientavecun nouvel album, La Cour desmiracles,qui raconte lâeffervescenceĂ hautrisque de sesdĂ©buts artistiques et commerciaux,oĂčileut biendumal Ă sedĂ©faire de sesdĂ©mons. Laissant la part belle auxmĂ©lodies, le disque estsansdoute sonplusrĂ©ussi, imaginĂ© entrelaFranceetleSĂ©nĂ©gal,puis enregistrĂ© Ă Bruxelles â SophieRosemont
ON EN PA RL E 8A FR IQU EM AGA ZINE I 45 1âA VR IL 20 24
â¶ â· âž DR -J .-M. VA NDYCK/CC-BY 4.0 -D R-D R-D R
Le 2
DO CU
DAHOMEY (Bén in-Sénégal-France), de Mati Diop. En sa lles le 24 septem bre.
MATI DIOP,OURSDâORĂBERLIN
La rest it ut ionde26des 7000 objets royaux du BĂ©ni npar la France estaucĆu rde Dahome y,DOCUM EN TA IR ECONSACR ĂPAR
LE JU RY DE LA 74E BERLINALE, prĂ©sidĂ©par Lupita Nyongâo.
LA BERLINALEEST lâun desplusgrandsfestivals internationauxdecinĂ©ma,etaussilâundes plus politiques. PasĂ©tonnantque lefilmdeMatiDiop aittouchĂ©lejur y, prĂ©sidĂ©pourlapremiĂšre fois parune femmenoire (et premiĂšre AfricaineĂ recevoirunOscar en 2014 pour 12 Years ASlave), Lupita Nyongâo. Dahomey,secondlong-mĂ©trage de la cinĂ©aste franco-sĂ©nĂ©galaise aprĂšs Atlantique (Grand Prix du jury Ă Cannesen2019),adĂ©crochĂ© lâOurs dâor le 24 fĂ©vrier. Ce documentaireaccompagne le retour au pays dâunetoutepetitepartiedes collectionsroyales bĂ©ninoises raflĂ©eslorsdelacolonisation françaiseetconservĂ©esau musĂ©e du Quai Branly.Les politiques sont tenusĂ distance : ni lesprĂ©sidentsTalon et Macron,Ă lâorigine de cetaccord, ni lesspĂ©cialisteseuropĂ©ens et lesresponsablesdumusĂ©e ne sont interrogĂ©s.MaisMatiDiop redonne unevoixĂ ces trĂ©sorsenfermĂ©sdansdes caissesĂ Paris et quiretrouvent la lumiĂšre du continent, en faisantentendreenvoixoff quatre comĂ©diens quiincarnent leur Ăąme. Unevision poĂ©tique,qui donneaussi la parole auxjeunesBĂ©ninois: Ă lâoccasion de ce retour en grande pompe(tapisrouge et coupsdecanon), un dĂ©batĂ©tait ouvert Ă Cotonou surla
notion de restitution.Ăchangespassionnantsetvertigineux : pourquoi seulement26objetssur 7000 ?Pourquoi ceux-lĂ ? Commentles accueillir,les prĂ©ser ver, lesmontrer en Afrique? Faut-illes enfermer ?LemusĂ©e,inventĂ© parles EuropĂ©ens, peut-ilv raimentĂȘtretransposĂ© ici? Faut-iltout rĂ©cupĂ©rer ?ĂquelquesstationsdemĂ©tro de la Berlinale, dans lescollectionsafricaines exposĂ©es au Humboldt Forum, lesconditionsdupillagedechaqueobjet sont dĂ©sormais affichĂ©es, et despiĂšcesprestigieuses prĂȘtes Ă ĂȘtrerestituĂ©es au Nigeria. En confĂ©rence de presse, Mati Diop constataitque «lâemprise de lâOccident nâopĂšre plus du tout », heureuse quâĂ travers Dahomey,« sâentendecette bascule irrĂ©versible ». Son film sort en salles en France le 24 septembre, et la cinĂ©aste, quinâa pasmanquĂ©derappelerquâelle Ă©taitafro-descendante (dĂ©clarant en recevant sonprix: «Jemetiens iciensolidaritĂ© avec monpeupleduSĂ©nĂ©gal,qui se batpourladĂ©mocratie, pour la justice, et en solidaritĂ© avec la Palestine»), entend diff user sondocumentairepartout en Afrique, dans lescinĂ©mascommedansles universitĂ©setdansles villages.Comme unerĂ©appropriation,aprĂšs ce dĂ©butde restitution â Jean -Marie Chazeau(envoyĂ©spĂ©cial Ă Berlin)
AF RI QU EM AGA ZINE I 45 1â AV RI L2 02 4 9 XINHUA/REN PENGFEI/2024 ICON SPOR TDR
4fĂ©v ri er 2024 , l arĂ©a li satri ce dĂ©croch e lâOur sd âo rĂ l aB er l inal e pour son nouvea u documenta ire.
AT IBA JEFFERSON
RY TH ME S
SHABAKA FLĂTEENCHANTĂE
AprĂšsq uelq uessaisons de rĂ©flex ion, le JA ZZMA NBRI TA NN IQUE propose un prem iera lbum,Ă la fois solo et collaborat if,d âu ne ra re beautĂ© contemplat ive.
EN 1959,quelquesannĂ©esaprĂšs ses dĂ©buts au seindu prestigieuxlabel Blue Note, dont il acontribuéà lapatte sonore,RudyVan Gelder aconstruit sonproprestudioâ quia vu dĂ©filer John Coltrane (pour ALoveSupreme, tout de mĂȘme), Herbie Hancock, SonnyRollins ou encore MilesDav is.
Autant dâidoles hantantces murs entre lesquels estvenuenregistrer Shabaka Hutchings.FiguredelanĂ©o-scĂšne jazz londonienne, oĂč il sâestfaitconnaĂźtre grĂąceĂ son groupe Sons of Kemet, il apassĂ© unepartie de sonenfance Ă laBarbade,terre dâoriginedeses parents,avant de se dĂ©vouertrĂšstĂŽt Ă lamusique classiqueetaujazz, via la clarinette et surtout le saxophone. En 2024,câest un nouveaudĂ©part quâilsâoffre avec Perceiveits Beaut y, Acknowledgeits Grace (« Percevez sa beautĂ©,reconnaissezsagrĂące ») âne
fĂ»t-ce queletitre estprometteur! SâĂ©cartant du saxo au profit des flĂ»tes,Shabaka,qui ne gardeici queson prĂ©nom,enexploretoutle potentielmĂ©lodique et ry thmique, du shakuhachi nippon auxf lĂ»tes drones mayas de Teotihuacan, en passantpar lespifanos brĂ©siliens et lesquenassud-amĂ©ricaines
Autour de ce postulat,lemusicien invite au studio Rudy VanGelder descomplices artistesletemps de onze morceaux,dont lâhumilitĂ© nâefface guĂšreladextĂ©ritĂ© dĂ©ployĂ©e au grĂ© du pouvoirhypnotiquedes flĂ»tes enchantĂ©es.Onentenddoncles voix ou les instrumentsdeLianneLaHavas, la bassiste et contrebassiste Esperanza Spalding,A ndrĂ© 3000 dâOutKast, Floating Points,lemaĂźtredelâambient Laraaji,lechanteurMosesSumney, le poĂšte touche-Ă -toutSaulWilliams
SHABAKA, Perceive itsBeauty, Acknowledgeits Grace, Impu lse! Sort ie le 12 av ri l.
Si le casting estĂ©toilĂ©, le rĂ©sultat brilledâunminimalisme convoquant tant lâafrocentrismedecertainsde sesmodĂšles quenotre propre vĂ©cu Ă©motionnel. De la beautĂ© et de la grĂące, il sâagit bien de cela. â S.R.
AF RI QU EM AGA ZINE I 45 1â AV RI L2 02 4 11
DR
RĂ CI T
LE CHOIX DU PARDON
Grande figu re de la mode,FAR IDAK HELFA lĂšve le voilesur son en fa nce. Sa ns pathos.
OLLECTIF, bidjan, iddâartistes, Mali ka Ăd it ions.
ĂA SWINGUE ĂBABI!
Un voyagedansl âeffer vescence ar tsy DE LA PERLEDES LAGU NES.
LâĂDITRICE MAROC AINE Malika Slaoui se passionnepourlâart, lâAfriqueetses grandesmĂ©tropoles. Un tript yquecrĂ©atif et vivace quilâa amenĂ©e Ă crĂ©er la collection «nid dâartistes », soutenue par la fondationBankof Africa.AprĂšs Ca sablanca (2018) et Dakar (janvier 2023), le troisiĂšmeopusnousemmĂšneĂ AbidjanâBabi,pour reprendrelediminutif consacrĂ© âavecses 6millionsdâhabitants,ses villes dans la ville, sa scĂšneculturelleetintellectuellebouillonnante. Plasticiens, photographes, designers, st ylistes, Ă©crivains, musiciens, danseurs,slameurs,venus dâicietdâailleurs,partagent leurs Ă©motions et lesliens quiles unissent Ă laPerle deslagunes.Leliv re estprĂ©facĂ© parlâĂ©crivaineVĂ©roniqueTadjo,etles textes signĂ©s parleplasticien et sculpteurCĂ©lestinKoffi Yaosâintercalentavecles images du photographeR icky Lavern Martin.Aufil despages,secroisentprĂšs de 80 personnalitĂ©s, dâAboudiaĂ A mani,deJacobleuĂ Meiway, de Laetitia Ky Ă Georges MomboyeetLafalaise Dion.Legraphisme rĂ©solument contemporain accompagne cetteeffer vescence Ă©ditoriale quipermetderessentiraussiĂ quelpoint Abidjansâest imposĂ©e surlacarte desculturesdumonde â Zyad Limam
POUR LA PR EMIĂRE FOIS,lâancienne mannequin, rĂ©alisatrice et productrice de filmsdocumentaires racontelechaos de sonenfance, parcouruedev iolences, mais aussidâunformidableinstinctdesur vie. NĂ©edeparents algĂ©riens, Ă©levĂ©e dans la citĂ© desMinguettesĂ Lyon, Ă 16ans,ellef uitĂ Parispourv iv re en femmelibre. Extravagante,Ă lafois bad girl etglamour, Farida Khelfa estsublime.HabituĂ©e desnuits du Palace au dĂ©butdes annĂ©es1980, elle ne tardepas Ă taper dans lâĆildeJean-Paul Gaultier.TrĂšsv ite, câestlaconsĂ©cration Quatre dĂ©cenniesplustard, Ă lamortdesa mĂšre,lâheure estvenue dâ«écrire [son] histoire,avoir lâusagedes mots. Construire un pont surlaMĂ©diterranĂ©eentre la France et lâAlgĂ©rie. »UnrĂ©cit autobiographique lucide et poignant,Ă lâaune desmotsde Frantz Fanon, citĂ©senexergue :« Je ne suis pasprisonnierdelâhistoire.Jenedoispas y chercherlesensdemadestinĂ©e. » â C.F.
FAR IDA
K HELFA, Une enfance française, Albin Michel, 256 pages, 19,90 âŹ
12 AF RI QU EM AGA ZINE I 45 1âA VR IL 20 24 AMINA LAHRACH -D R-D R
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A
LE PAYS DESOISEAUX
Su rles hauteu rs de Ta nger,u ne matriarcheveutvendre la ma ison fa mi lialeetu nter ra in convoitĂ©par despromoteurs, qu iest aussiu nref ugeorn it hologique⊠UN EPRODUCT ION FĂBR ILEETENVOĂ TA NT E, au ry th me dâuneado qu i ne communiqueq uâĂ t ravers lesrĂ©seaux sociau x.
«CâEST UNESHĂHĂR AZADE2.0 quiraconte milleetune histoires»,rĂ©sumeLeĂŻla Kilani quandelleparle de sonnouveau film,r ythmĂ©par la voix off(en arabe) dâune adolescentedont lesincessantspostsetSMS sâaffichent(en français)ensurimpression Ă lâĂ©cran.Linaest volontairementmuettedepuis la mort de sa mĂšre,cequi ajoute Ă lâĂ©trangetĂ©decette jeunefilleetĂ lâatmosphĂšre dans laquelle baigne la grande maison bourgeoise oĂč elle habiteavecson pĂšre et sa grand-mĂšre.Unpromoteurjurederendre la famille milliardaire, et la matriarche profitedâune noce familialedansses murs pour fairesigner Ă tout le mondelavente de lâindivision.SeullepĂšre de Lina refuse,prĂ©fĂ©rant tout cĂ©der auxoiseaux quipeuplentlevaste terrain, dont descentaines de cigognes blancetnoir. Sa fillelance lâalerte surInternet. Un bidonvillesâest aussidĂ©veloppĂ© sur lespentesdecette collinetangĂ©roise, et le promoteurnereculedevantrienpouren manipulerles habitants⊠La jeunebonne de la maison va se retrouveraucĆurde lâaffrontement. FableĂ©colo,drame social et politique, thriller policier :tout se mĂ©lange dans unefer veuraccentuĂ©e parlamiseenscĂšne volontairementchaotique (unpeu trop «camĂ©ra Ă lâĂ©paule»,çatanguesur grandĂ©cranâŠ),maisqui dĂ©roulesubtilement un scĂ©nario fatalqui touche au fantastique. Commedans Surlaplanche (2012),qui lâavaitrĂ©vĂ©lĂ©e avec sesquatreouvriĂšrestangĂ©roises Ă latchatcheincomparable,la rĂ©alisatrice marocainemet en avantdes rĂŽlesdefemmesfortes, icitrĂšsdiffĂ©rentes, sur un rythmeeffrĂ©nĂ©, quipar vientpourtantĂ mĂ©nagerune placeĂ lapoĂ©sie. â J.-M.C
IN DIVISION (BIR DLAN D) (Maroc-France), de LeĂŻlaK ilan i. Avec If ha mMat het, Mustafa Sh imdat, Ba hiaBootia El Ou ma mi.Ensalles
AF RI QU EM AGA ZINE I 45 1â AV RI L2 02 4 13
DR (2)
FI CT ION
TERRITOIRE INTĂRIEUR
Au Cap, MAM E-DI AR RA NI ANG bouscu le lesconvent ions de la photog raph ie docu mentai re et du port ra it.
EX PLOR ATIONDELâESPACE, portraitsmĂ©taphoriques la reprĂ©sentant, installation filmique multi-Ă©cran⊠LâĆuvredelaphotographe autodidacte, nĂ©eĂ LyondâunpĂšre sĂ©nĂ©galais et dâunemĂšre francoivoirienne,secaractĂ©rise parune approche exploratoire,abstraite et subversive Ă travers la photographie et la crĂ©ation audiov isuelle immersive.EnA frique du Sud, «Selfasa ForgottenMonument» (« Le Soi commemonumentoublié»), sa premiĂšre exposition personnelle musĂ©ale, proposeune chorĂ©graphie spatiale,oĂčles paysages urbains, lesmises en scĂšnethéùtrales, lesf lousrĂ©vĂšlentpar toucheslâidentitĂ© toujours en mutation de lâartiste. Un mondeintimequi surprend, bouscule, interroge: «Comme uneespĂšcedechasseautrĂ©sordansunterritoire, et ce territoire,onvadireque câestmoi.» Plusencore, câestunactede mĂ©moiredontMame-Diarra NiangtĂ©moigne. TelunĂ©difice parlequel elle rĂ©sisteĂ lacatĂ©gorisationetaux hy pothĂšses surles gĂ©ographies et lesspĂ©cificitĂ©s. Au fildâune mĂ©tamorphose sans fin. â C.F.
MAME-DIARRANIANG,« Self as aForgotten Monument», ZeitzMOCAA,LeCap (Afrique du Sud),jusquâau7juillet2024. zeitzmocaa.museum
AU FILDES CONFIDENCES
Ci nq ua nte-si xrécits de Tu nisiensa nony mes, sous la plume DE MA RI EN IM IER.
QUITTERSATABLE,voyager et se frotter Ă une formedâĂ©criture, entrelanouvelle et le rĂ©cit, la fiction et le document. CâestprĂšsdeTunis quelâautrice de SirĂšne, couronnĂ©par lâAcadĂ©mie françaiseen1986, de La Reinedusilence,PrixMĂ©dicis 2004, et de Petite sĆur,paruen2022, estpartie Ă larencontre de parfaits inconnus,avides de partager leurs prĂ©occupations, leurs aspirations, leurs combats. «Ilsâagissaitau dĂ©part dâuneexpĂ©riencelittĂ©rairequi sâest transformĂ©e au fildutemps en aventure humaine. Puis en addiction.» Recueillir de maniĂšre fugace lesparoles de confidents secrets aquelque chosedepalpitant.Comme regarder parletroudâune serrure. Plus encore,ici,que ce soit partĂ©lĂ©phone,par Ă©crit ou dans un cafĂ©prĂšsdumarchĂ©, chacuneet chacun sâestlivrĂ© sans fard,afinque,quelque part,restent lestracesdâune histoire,petite ou grande.Etdevenant souvent, parlamagie de la plume, celledetouteune vie. â C.F.
MAR IE NIMIER, Confidences tunisiennes, Gallimard, 256pages,20,50 ⏠NAR RA TI ON
ON EN PA RL E 14 AF RI QU EM AGA ZINE I 45 1âA VR IL 20 24 MAME-DIARRA NIANG (2) -F RANCESCA MANT OV ANI/© GALLIMARD -D R
AR T
S
Ma me -D iar ra Niang, 6. Untitl ed (2 013)
Ma me -D iarraN iang, 6. Vive nc ia (2 016)
ROM AN
ĂCORPS PERDU
SCHOLAST IQUE
MUK ASONGArev ient avec la na rrat ion dâunev ie poig na nte. Lâ histoi re vraie de Ju lien ne,nĂ©e en ex il au Rwanda, sonproprepays, venueaumonde pour vivreĂ la vie Ă lamor t.
«PUIS, UN JOUR,derriĂšre sa barriĂšre, il luiavait lancĂ©: âMademoiselle, voulezvous prendreunverre de Martini ?â »Il suffitparfois de quelques mots,depiquerla curiositĂ©, et la rencontresefaitinĂ©vitable. Il en estainsi pour Julienne et «lâhomme au Martini ». Un personnage addictif, rĂ©incarnĂ©souslaplume de lâunedes grandesvoixdelalittĂ©rature rwandaise. Dans ce douziĂšmeouv rage,celle quiĂ©crit depuis prĂšs de vingtans surles pagesles plus sombres de lâhistoire du pays desmille collines dĂ©livrelatrajectoire enfouie dâune femmetroublante, dont leportraitennoir et blancirradie surle bandeauduliv re Unehistoirev raie,longtemps contenue,en gestation, enfinrĂ©vĂ©lĂ©e. La narration dâune destinĂ©e Ă lâexil, auxpassionsetblessures Telleune promesseque Scholastique Mukasongaseserait faiteĂ elle-mĂȘme et Ă lâhĂ©roĂŻnedecerĂ©cit romancĂ©,oĂč sâentremĂȘlentnaĂŻvetĂ©ettrahison, systĂšme colonial et patriarcat, contamination et sororitĂ©.Enexergue,quelquesmots, «pour toi, Julienne », saisissent dâemblĂ©e. DĂšslors, commeJulienne dans la vie, le lecteurse jetteĂ corps perdudansune histoire Ă la fois tragique et lumineuse. Sesillusions, sesdĂ©sillusions,safoi en quelquechose quiladĂ©passe, la fatalitĂ©.UnĂ©cheveau traversĂ©par un filrouge dĂ©terminant: dĂ©noncer lâinjustice. Et mettre enlumiĂšre la beautĂ© de la sincĂ©ritĂ©. DistinguĂ©e parleprixRenaudot 2012 pour NotreDame du Nil,leGrand Prix SGDL de la nouvelle 2015 pour Ce quemurmurent lescollines et le prix Simone de Beauvoir pour la libertĂ©des femmes 2021 pour Un si beau diplĂŽme!,celle quiatĂ©moignĂ© avecfer veur de la persĂ©cutionvĂ©cue par sesproches jusquâĂ leurextermination, lorsdugĂ©nocidedes Tutsi, met icienscĂšne lesanfractuositĂ©s de lâhumanitĂ©,ses fragilitĂ©s et lâĂ©motionqui la parcourt Ătravers unesublime solitude Funeste: «Lamorta pour tous un regard.Lamortv iendra et elle aura tesyeux. » â C.F.
SCHOLASTIQUE M UK ASONGA, Julienne, Ga llimard, 224 pages, 20,50 âŹ.
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FRANCESCA MANT OV ANI/© GALLIMARD -D R
ENTR E LA FIN DES ANNĂES 1960 et le dĂ©but des annĂ©es 2000, le photographe nigĂ©rian J.D. Ok hai Ojeikere a documentĂ©, Ă travers ses emblĂ©matiques sĂ©ries en noir et blanc « Hairst yles » et « Headdress », lâart Ă©phĂ©mĂšre des coiffures. Sensible Ă toutes les formes dâart, et notamment Ă celles qui sâintĂšgrent Ă la vie quotidienne, lâartiste travaille sur les changements sociaux et culturels amenĂ©s par lâindĂ©pendance. Et lâeffet de lâarrivĂ©e massive des perruques dans les annĂ©es 1950 nâĂ©chappe pas Ă son regard. Dans un souci dâabord ethnographique, puis purement
De ga uche à droi te et de haut en ba s : Ba nke (« He address ») ; Ife Bronze (c a. 1970) ; Suku Si ne ro Ki kp (c a. 1970).
TĂTES SCULPTĂES
La prem iÚre ex position person nel le à Pa ris du photog raphe nigérian J.D. OK HA I OJ EI KERE est un hy mne à la beauté éphémÚre des coiffu res du pays.
artistique, il immortalise les drapements des coiffes et les dĂ©tails des coiffures. Pour la premiĂšre fois, la Galerie du jour dâagnĂšs b. rĂ©unit dans une exposition personnelle saisissante une trentaine de tirages sur les 3 000 qui constituent les deux sĂ©ries. Lâobjectif du photographe y sublime la puissance abstraite des gĂ©omĂ©tries et des formes de ces « sculptures dâune journĂ©e », mais aussi le savoir-faire manuel des femmes et la richesse de la crĂ©ativitĂ© et des traditions du pays. â L.N.
« SCULPTURES FOR A DAY », La Galerie du jour, Paris (France), jusquâau 5 mai 2024 agnesb.eu
ON EN PA RL E 16 AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24 J.D. OKHAI OJEIKERE (3)
EX PO
Tisser les racines
Le jeune designer ABREHAM BR IOSCHI et Nodus inscrivent da ns des tapis de lu xe doui llets et chaleu reux les paysages et la cu lt ure des peuples ét hiopiens.
LâENTR EPRISE ITALIENNE de tapis haut de gamme Nodus Rug travaille avec des designers de renom pour concevoir des piĂšces de dĂ©co qui sont de vĂ©ritables Ćuvres contemporaines Mais elle sait aussi faire confiance aux jeunes artistes Ă©mergents. Câest le cas pour la sĂ©rie rĂ©alisĂ©e en collaboration avec Abreham Brioschi Ă lâoccasion de la Design Week milanaise. Dâorigine Ă©thiopienne, celui-ci sâest fait connaĂźtre pour ses chaises en bois qui Ă©voquent la culture de son pays de cĆur Pour Nodus, il a conçu trois tapis trĂšs particuliers. Le premier, Dancalia, renvoie aux paysages spectaculaires de la dĂ©pression de Danakil, avec ses sources chaudes aux couleurs surrĂ©alistes, ses volcans actifs et sa gĂ©ologie Ă©trange. Arrondi et irrĂ©gulier, il est dĂ©coupĂ© par des lignes blanches, qui font Ă©cho aux corniches de sel des vasques acides du Dallol Ses tonalitĂ©s chaudes transforment en accueillante piĂšce de design lâun des lieux les plus hostiles au monde. Les deux autres grands tapis rectangulaires de la sĂ©rie ont un aspect plus traditionnel, adouci par des angles courbes, et un coloris plus sobre, entre marron, beige et crĂšme. BaptisĂ©s Mursi et Suri, ils tirent leurs motifs des scarifications traditionnelles des peuples homonymes abrehamdesign.com â L.N.
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Les ta pis so nt rĂ© al is Ă©s ar ti san al em ent avec la te chniq ue du nĆud tib Ă©tai n. DR (2) Abreh am Br iosc hi
DE SI GN
CONTEMPORAINES DE NĂMES, NĂźmes (France), jusquâau 23 juin contemporainedenimes.com
NĂMES LANCE SES
CONTEMPORAINES
Ă travers des dialog ues intergĂ©nĂ©rat ionnels inĂ©d its entre les ar t istes, cette PR EM IĂRE TR IENNALE pose la question de lâ hĂ©ritage et de la transm ission. RE
LâĂDITION INAUGURA LE des Contemporaines de NĂźmes, une nouvelle triennale de crĂ©ation contemporaine diff usĂ©e dans toute la ville, a Ă©tĂ© officiellement lancĂ©e le 5 av ril dernier. La direction artistique de la manifestation a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă Anna Labouze et Keimis Henni, dĂ©jĂ aux manettes des Magasins gĂ©nĂ©raux Ă Pantin, qui font dialoguer des duos dâartistes Ă©mergents et Ă©tablis, sur le thĂšme « Une nouvelle jeunesse ». Parmi les artistes afrodescendants invitĂ©s, on retrouve la jeune dessinatrice NeĂŻla Czermak Ichti, qui met ses Ćuvres face Ă celles de lâicĂŽne de la peinture algĂ©rienne Baya, et le photographe belge Alassan Diawara, Ă©lĂšve de Malick SidibĂ©, en binĂŽme avec la Franco-A lgĂ©rienne Zineb Sedira Mais aussi AĂŻda BruyĂšre, nĂ©e Ă Dakar, qui imbibe son travail dâinfluences postcoloniales et afrofĂ©ministes Et les vidĂ©astes Rayane Mcirdi, qui suit le quotidien des jeunes de banlieue, et Valentin NoujaĂŻm, qui a rĂ©cemment sorti le court-mĂ©trage documentaire Pacific Club, sur la premiĂšre boĂźte de nuit parisienne Ă accueillir les Arabes de banlieue â L.N.
ON EN PA RL E 18 AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24
ND EZ -V OU S
Aïda Br uyÚre et Ju dy Ch ica go, « Pl ei ns feux ».
STĂPHANE RAMILLONDRDR
NeĂŻl a Czer mak Ichti et Baya, « Ri en ne me ma nque ». Delphine DĂ©nĂ©rĂ©az et Sonia Chiambret to, « CĆur en flammes ».
LA BELLE PROMESSE
RĂ©vĂ©lĂ©e pa rl âĂ©mission
TH EVOICE,lajeu ne chanteusef ra nçaise dâor ig ineivoir ienne sâaffi rmeavecu ndeu xiĂšme
EP plus queprometteu r, AU TOLYSE.
COMME sonnom lâindique, il sâagit deparlerdesoi âsansimpudeur, mais avecsincĂ©ritĂ©.Desâappuyersur la beautĂ© de la langue française, dâune structurepop urbaine, afin dâĂ©voquer la dualitĂ©amoureuse, mais aussi« la complexitĂ©deseconstruireentiĂšrement dans un pays quifinalementnâest que la moitiĂ© de moi-mĂȘme ». Ce quâelle expliciteclairementdanslemorceau «Nuages»: «Une partie de moisâest envolĂ©eentre ParisetlaCĂŽte dâIvoire. Dans ce projet,jâaicherchĂ© certaines sonoritĂ©set beats, certainsriffs de guitareetdes harmonies. Ayantgrandi en lisant de nombreuxlivres sur lâAfrique, jâai conscience de lâimportance quâyont la musiqueetles textes,et je me suis ici dĂ©vouĂ©eĂ cesmĂ©canismes harmoniques, Ă cet artde manier lesmotsqui me fascinenttantdanslâart ivoirien.» Le tout rehaussĂ© dâuntimbresinguliĂšrement mĂ©morable. â S.R.
ILLA, Autolyse, TheOrchad
UE
ILLA MUS IQ
DARIO HOL TZ -D R
CR ĂATI FS, RA FFI NĂS ET AFROLO ND ON IENS
Lâun rĂ©cemment Ă©toi lĂ©, lâautre tout juste ouvert, AKOKO ET AK AR A dĂ©cl inent en plusieurs nuances lâamou r dâAji Akokom i pour la cu isine dâAf rique de lâOuest.
AJI AKOKOMI, le fondateur de lâun des meilleurs restaurants afro-gastronomiques de Londres, a de quoi ĂȘtre fier Il vient dâobtenir sa premiĂšre Ă©toile Michelin pour Akoko (le nom dâun peuple yorouba), oĂč il propose depuis 2020 une cuisine crĂ©ative dâAfrique de lâOuest, jouant avec des ingrĂ©dients de qualitĂ© et des techniques de cuisson ancestrales. Comme le feu alimentĂ© avec du « kameeldoring », un bois trĂšs prisĂ© en Namibie pour la prĂ©paration du braai. Le menu dĂ©gustation, créé avec son chef exĂ©cutif Ayo Adeyemi, comprend de lâetor, purĂ©e dâignames du Ghana, frit et serv i avec Ćuf de caille fumĂ© et avocat, du sauci yohoss, une soupe de moules
sĂ©nĂ©gambienne avec tomates anciennes, ou du riz wolof maison, avec bĆuf et moelle du Lake District anglais. MĂȘme si le menu est disponible Ă prix rĂ©duit le midi, les chefs ont voulu offrir une expĂ©rience complĂšte plus accessible, en ouvrant leur deuxiĂšme resto en octobre. Akara, du nom du traditionnel beignet frit Ă base de haricot Ă lâĆil noir, offre un cadre plus informel et lumineux quâAkoko, oĂč la dĂ©co en terre cuite et argile Ă©voque un Ă©ternel coucher de soleil Et son menu saisonnier Ă la carte envoie tout autant Parmi les plats phare, on a forcĂ©ment les akaras, farcis au crabe et kuli kuli, au porc braisĂ©, au cĂ©leri-rave ou aux gambas, mais aussi le poulet de Lagos avec sauce citron ou pimentĂ©e, et les plantains avec poulpe grillĂ© et relish de piment. Ă tester avec les Ă©clectiques cocktails maison, comme le Plantain Old Fashioned akoko.co.uk/akaralondon.co.uk
ON EN PA RL E 20 AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24
SP OT S
â L.N.
JOHNCAREY2020JODI HINDS PHOT OGRAPHY 2022CHARLIE MCKA YJODI HINDS 2024 à Aka ra , on se dé lecte, entre autre s mets , du dé lici eu x poulet de La gos.
Akoko, to ut ju ste étoil é, propose un
e cu isi ne af ro -g as tro no
mi qu e poi ntue
En Tanzanie, des maisons qui soignent
Le projet STAR HOM ES fa it pa rt ie dâune recherche promet teuse qu i touche Ă sa fi n et qu i permet tra dâĂ©valuer lâimpact su r la sa ntĂ© dâune ha bitation adaptĂ©e.
ET SI LE DESIGN dâune maison pouvait aider Ă prĂ©venir le paludisme, les infections des voies respiratoires et la diarrhĂ©e ? Pour rĂ©pondre Ă cette question sur la base de donnĂ©es solides, une Ă©quipe interdisciplinaire dâarchitectes, de spĂ©cialistes de la santĂ© publique et dâentomologistes a lancĂ© il y a plus de dix ans le projet Star Homes dans 60 villages de la rĂ©gion rurale de Mt wara, dans le sud de la Tanzanie. Ici, en 2021, sont sorties du sol 110 maisons individuelles Ă deux Ă©tages, bĂąties sur des fondations solides et rĂ©sistant aux inondations, mais pour vues de murs constr uits avec 70 % de bĂ©ton en moins et de façades permĂ©ables Ă lâair et Ă la lumiĂšre naturelle, protĂ©gĂ©es par des moustiquaires Chaque habitation, conçue par le cabinet danois Ingvar tsen, puis confiĂ©e Ă une famille tirĂ©e au sort, est dotĂ©e de panneaux solaires et comprend des portes qui se ferment automatiquement dans la zone nuit, des toilettes pensĂ©es pour rĂ©duire la prolifĂ©ration des mouches, une cuve qui recueille lâeau de pluie tout en empĂȘchant lâaccĂšs aux moustiques, et une cuisine ventilĂ©e avec poĂȘle sans fumĂ©e. En attendant de lire les conclusions de la recherche, qui se termine cette annĂ©e, on sait que les donnĂ©es partielles sont trĂšs prometteuses. LâĂ©quipe espĂšre mĂȘme Ă©largir le projet aux quar tiers pĂ©riurbains et informels de villes, comme Dar es Salam, oĂč les effets positifs seraient considĂ©rables. â L.N.
Un e maison ty pe propo sé e dans le ca dre du proj et Star Ho me s, c on çu e pa r le cab in et In gvar ts en
AR CH I
JU L I E N LANOO
ĂLĂGANCE AU CĆUR DE LA VILLE OCRE
Sâoffr ir, au cent re de Ma rrakech, une escapade lu xueuse au sein de lâun des plus prestigieu x complexes de la vi lle. Su bl imĂ©s pa r lâar t et lâar t isanat locaux, les lieu x sauront ravi r les visiteurs les plus ex igea nts.
ON EN PA RL E
DE ST IN AT ION
SITUĂ DA NS LE QUARTIER de lâHivernage, le Es Saadi Marrakech Resort est un havre de paix, un lieu dâexception rĂ©solument moderne et ancrĂ© dans lâhistoire de la ville ocre Ici, le confort et le luxe sâallient au raffinement, Ă lâĂ©lĂ©gance de lâart et de lâartisanat traditionnel marocains, pour faire du sĂ©jour une expĂ©rience unique, magique â grĂące, aussi, Ă lâhospitalitĂ© du personnel. NichĂ© dans un jardin luxuriant de 8 hectares (composĂ© de palmiers, orangers, bougainvillĂ©es, oliv iers, roses de MarrakechâŠ), il rĂ©unit un palace, un hĂŽtel cinq Ă©toiles, huit ksars, dix villas avec piscine privĂ©e, sept restaurants, trois bars, deux spas et un Dior Institut, ainsi que dâincontournables temples de la fĂȘte : le casino, premier du pays, inaugurĂ© en 1952, et qui accueille les grands tournois de poker, le restaurant lâĂpicurien et la discothĂšque Theatro, ancien music-hall (JosĂ©phine Baker, parmi dâautres, a foulĂ© sa scĂšne). Depuis sa crĂ©ation en 1952, lâhĂŽtel historique a notamment accueilli la princesse Margaret dâAngleterre et les Rolling Stones ĂrigĂ© en 2009, le majestueux palace, dotĂ© dâune piscine lagon de 3 000 m2, est un Ă©poustouflant bijou architectural dâinspirations orientale et hispano-mauresque, qui cultive avec brio les jeux dâombre et de lumiĂšre, lâharmonie des couleurs, la mise en avant des matiĂšres nobles. Sa vertigineuse coupole est un chef-dâĆuv re de gebs, le plĂątre marocain sculptĂ©. La richesse du patrimoine culturel et le savoirfaire ancestral marocain sont mis Ă lâhonneur Ă travers le mobilier, la dĂ©coration, les ornements (tapis, textiles, cuirs, portes en bois sculptĂ©es, ferronneries, cĂ©ramiques, tadelakt, zelligeâŠ). On peut admirer sa collection dâĆuv res contemporaines dâartistes issus du royaume, du monde arabe et dâAfrique, dans un espace dâexposition dĂ©diĂ©, ainsi que dans le hall, les jardins, les suites, les couloirs, etc.
DR (3)
La prĂ©sidente du complexe, Ălisabeth Bauchet-Bouhlal, est une mĂ©cĂšne, collectionneuse dâart passionnĂ©e, actrice majeure de la vie artistique et culturelle marocaine, dĂ©corĂ©e en 2014 du grade dâofficier de lâordre du Wissam Alaouite par le roi Mohammed VI. essaadi.com â L.N.
AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24 23
Le Es Sa adi Ma rrakech Resor t met Ă lâhonn eu r une esth Ă©t iqu e toute ma rocaine
Karine Pédurand
LA COMĂDIENNE FR ANĂAISE
dâorigine guadeloupĂ©enne incarne avec puissance les textes de LĂ©onora Miano dans le spectacle Ce quâil faut dire. Une performance saisissante qui explore lâhistoire du colonialisme, son hĂ©ritage, les assignations identitaires. propos recueillis par Astrid Krivian
La comĂ©dienne porte Ă incandescence les mots puissants de LĂ©onora Miano dans le spectacle Ce quâil faut dire, mis en scĂšne par Catherine Vrignaud Cohen. En dialogue avec le jeu expĂ©rimental de la guitariste Triinu Tammsalu, Karine PĂ©durand incarne avec force et justesse ces textes explorant le colonialisme et son hĂ©ritage, les assignations identitaires, la relation entre lâAf rique et lâOccident, lâaltĂ©ritĂ©, les mĂ©moires Ă travers une amplitude dâĂ©motions, tantĂŽt avec malice, rĂ©volte ou apaisement, elle navigue sur une ligne tĂ©nue, Ă©v itant lâĂ©cueil du didactisme et donnant vie Ă cette parole politique, consciente, spirituelle. « Les questions soulevĂ©es font Ă©cho Ă mes rĂ©f lexions sur ma position dans ce monde, en tant que femme guadeloupĂ©enne, caribĂ©enne, française. Partir de soi est nĂ©cessaire pour trouver la justesse. Le plateau impose une mise Ă nu : il faut donc proposer de lâintime », souligne lâactrice, qui sâinterroge notamment sur le sens de cette classification des ĂȘtres selon leur couleur de peau « On nous impose des appellations, accompagnĂ©es de concepts de race, de couleur, dâidĂ©ologie, de caricatures, lesquels ne nous dĂ©finissent pas, ne nous correspondent pas. » Sensible Ă la nĂ©cessitĂ© de fraterniser, elle insiste sur lâimportance de rĂ©flĂ©chir ensemble aux enjeux de mĂ©moire collective, comme le dĂ©boulonnage des statues. « Les hĂ©ros des uns sont parfois les bourreaux des autres On doit tous mener une rĂ©flexion sur ces questions de reprĂ©sentation, de mĂ©moire Ă mettre en avant. » Lâactrice grandit en Guadeloupe, dans un quar tier populaire de Pointe-Ă -Pitre Ă la maison, avec des parents ouverts sur le monde, on Ă©coute du gwoka â une musique traditionnelle de lâĂźle â, du zouk, du jazz, de la chanson française ou brĂ©silienne. Marionnettiste, son pĂšre lâinitie aux ar ts de la scĂšne. Mais câest une fois adulte que les planches sâimposent Ă elle, aprĂšs une carriĂšre dans la communication et lâĂ©vĂ©nementiel, et Ă la tĂ©lĂ©vision, en tant quâanimatrice. Lors dâun stage de théùtre, elle se sent dans son Ă©lĂ©ment. Elle approfondit lâapprentissage auprĂšs du metteur en scĂšne et comĂ©dien Alain Verspan, qui lui apprend Ă respirer, Ă projeter sa voix, Ă maĂźtriser le placement de son corps dans lâespace â dĂ©jĂ amorcĂ© grĂące Ă la danse, quâelle pratique en amateur. AprĂšs avoir donnĂ© une reprĂ©sentation de Pluie et vent sur TĂ© lumĂ©e Miracle, de Simone Schwarz-Bart, qui laisse le public sans voix et saisi dâĂ©motion par sa vibrante interprĂ©tation, la comĂ©dienne rĂ©alise la puissance de cet ar t. Ă lâĂ©cole du TV I Actors Studio Ă New York, elle apprend plusieurs mĂ©thodes de jeu, puis se forme au conser vatoire Jean WiĂ©ner de Bobigny, en France, dont elle sort diplĂŽmĂ©e avec les fĂ©licitations du jury. Depuis, elle multiplie les rĂŽles au théùtre, au cinĂ©ma â notamment dans 3 Days To Kill, avec Kev in Costner â, et nourrit lâenvie de travailler en Af rique. Elle a dĂ©jĂ foulĂ© les planches au BĂ©nin, en 2016. « TrĂšs Ă©mue, je me suis sentie Ă la maison, tout en Ă©tant trĂšs loin de chez moi », confie celle qui retrace aussi son histoire familiale faite de mĂ©tissages. « Comme lâaffirme Ce quâil faut dire, nous sommes nos ancĂȘtres et notre descendance. Ce devoir de mĂ©moire, cet hommage Ă nos aĂŻeux est indispensable. » â Ce quâi l faut di re , du 14 au 15 av ri l 2024 , La Sc Ăšne Europe (Sai nt-Q uent in , France).
PA
24 AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24
RC OU RS
«Les héros des uns sont parfois les bourreaux des autres. On doit tous mener une réfexion sur les questions de représentation.»
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VIVE LES SCRUTINS !
Voter en Afrique, câest toute une histoire. Les scrutins sont rĂ©guliĂšrement entachĂ©s de fraudes et autres bourrages dâurnes massifs et bien basiques, ce qui dĂ©courage tout aussi massivement les citoyens. « Je vais aller prendre mes pieds pour mettre le papier dans une urne et, de toute façon, le prĂ©sident va repasser ! Câest pas la peine. » Des taux dâabstention abyssaux propulsent des chefs dâĂtat sortants vers de nouveaux mandats, repassant et repassant encore avec des scores immenses On a entendu certains intellectuels africains militer, au vu de cet Ă©tat de fait, pour une annulation des scrutins. Dâautres encore Ă©voquent une tradition de nĂ©potisme tellement ancrĂ©e dans les cultures quâimaginer pouvoir faire fonctionner un systĂšme dâalternance dĂ©mocratique sur le continent relĂšve du doux rĂȘve. Dâautres, enfin, vont mĂȘme jusquâĂ plĂ©bisciter les coups dâĂtat â seuls moyens, selon eux, de se dĂ©barrasser dâun prĂ©sident qui sâincruste. Certes, aucun pays, aucune histoire, nâest comparable
Et pour tant⊠Le SĂ©nĂ©gal vient de donner une leçon magistrale, contrant toutes ces idĂ©es reçu es et au tr es im ag es dâĂp inal su r le s ur nes af ri ca ine s. On sa it que le pa ys de la Tera nga a un e tr ad iti on Ă pa rt. Celle de la dĂ©mocratie Ă Dakar, on la respecte, on la nourrit, on la vĂ©nĂšre et on sâenorgueillit dâorganiser depuis des dĂ©cennies des scrutins transparents Cette fois -ci, câĂ©tait chaud. Un vote repor tĂ©, un prĂ©s id ent qui dit quâi l par t, puis qui fait mine d e rester un peu, des candidats en prison Eh bien, malgrĂ© les Cassandre to ut Ă co up su r le qui -v ive, la prĂ©si de nt ie ll e du 24 mars sâest dĂ©roulĂ©e dans le calme, avec un taux de participation Ă faire pĂąlir les voisins Et le rĂ©sultat est sans app el : lâalternance a gagnĂ© Place Ă un candidat neuf, qui incarne la rupture. Et finalement, peu impor te que Bassirou Diomaye Faye, pratiquement inconnu hier, Ă©levĂ© dans lâombre dâOusmane Sonko, le vrai leader charismatique empĂȘchĂ© de se prĂ©senter, rĂ©ussisse son mandat, sa mission Peu impor te comment il gouverne et sâil rĂ©pond au besoin de changement exprimĂ© clairement par la plus grande partie du peuple. Lâessentiel, câest quâil est bien placĂ© pour savoir comment ça marche, au cas oĂč il dĂ©cevrait les espoirs que les votants ont mis en lui. Et câest ça, la vraie « leçon de Dakar » ! â
AF RI QU E MA GA ZINE I 45 1 â AV RI L 20 24 27
PA R EM MAN UE LL E PON TI Ă CâEST COMMENT ? DOM
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