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MAROC:

NIGERIA

LE GÉANTAUDÉFI DE L’INSÉCURITÉ MUSÉE

AU CAIRE, SURLATRACE DESPHARAONS INTERVIEWS

◗ ABDALMALIK

◗ HAJARAZELL ET AMINADAMERDJI

◗ ERIGESEHIRI

PORTFOLIO COTONOU, NIDD’ARTISTES

L’AFRIQUE DU FUTUR

La révolution IA estenmarche. LesÉtats-Unis et la Chineinvestissent descentaines de milliards de dollars. Pour le continent, l’avenir se joue dèsmaintenant.

+ 20 PERSONNALITÉS QUIINCARNENT L’IA AFRICAINE.

Karim Beguir Cina Lawson
Ralph Mupita.
James Manyika.

Orange est là

Quand ils jouent

Dans les gradins ou derrièrevos écrans, Orange est làpour donneraccès à tous au football Africain

Là où tout se joue

INDÉPENDANCE DIGITALE!

Aujourd’hui, se joue sous nos yeux une rupture technologique d’une ampleur rare. Dans les pays «riches», «développés», l’intelligence artificielle est devenue le cœur battant d’une stupéfiante révolution néoindustrielle. Les États-Unis investissent des centaines de milliards de dollars dans les data centers, l’innovation, la création de modèles, la production de puces de plus en plus performantes, la recherche…

L’Europe et d’autres, comme les pays du Golfe (qui sont à la fois riches en énergie et en ressources financières), tentent de suivre La Chine s’est engagée dans une formidable bataille de survie pour produire des puces de «qualité américaine» et pour développer des modèles d’IA autonome

Ce mouvement est massif, profond, souvent brutal. Nvidia, Oracle, OpenAI, Microsoft, Google, Meta, Anthropic Dans la tech mondiale, les géants se livrent une bataille d’envergure stratégique et titanesque, tout en étant dépendants les uns des autres Les acteurs chinois rejoignent la danse, de Baidu à Alibaba, de Huawei à DeepSeek, un modèle d’IA «économique». Les start-up se multiplient, s’inscrivent dans ce flux, à la recherche de l’innovation disruptive et des milliards qu’elle pourrait rapporter. Dans ce nouveau monde, les États sont comme dépassés par la vitesse et l’ampleur. Ils cherchent à «réguler», à contrôler – sauf aux États-Unis, justement –, pendant que des méga-entreprises aux valorisations boursières astronomiques se disputent, en plus des parts de marché, de véritables positions de puissance. Elles investissent comme les empires ferroviaires du XIXe siècle, convaincues que les prochaines décennies appartiendront à ceux qui maîtriseront la data: les serveurs, l’énergie, les données, les modèles. C’est une course au gigantisme, à la vitesse, à la capacité

de calcul. Une course folle, avec des risques massifs de bulles financières. Une course que l’on peut critiquer, mais que l’on ne peut plus ignorer. La question n’est plus de savoir si l’IA va remodeler les économies, les institutions, les sociétés. Elle est déjà à l’œuvre, sans que l’on puisse en déterminer les limites réelles – on peut bien sûr se faire peur et se poser la question existentielle de son rapport à l’humain, avec un éventuel dark future à mi-chemin entre Terminator et Big Brother En attendant, et de manière plus prosaïque, si l’on peut dire, l’IA bouleverse la méthode, la productivité, les chaînes de valeur, les frontières du travail. Dans la finance, le conseil, la santé, l’industrie, la recherche, les médias, la sécurité, la construction, l’architecture, l’éducation, et tant d’autres Et, comme toujours, ceux qui maîtrisent la technologie organisent le monde et écrivent ses récits Face à cette formidable accélération productive, l’Afrique apparaît comme en apnée. Sur le continent, la transformation numérique est encore pensée en matière d’accès à Internet, d’accès à l’énergie de base, de projets pilotes, de structures administratives, de stratégies nationales sans grands moyens On parle beaucoup de «digitalisation» de l’économie, mais rarement de puissance computationnelle, de souveraineté des données ou de gouvernance algorithmique Alors que les pays riches construisent des cathédrales technologiques, l’Afrique reste cantonnée aux marges de cette nouvelle architecture du monde. Alors que nous nous évertuons à lutter contre la pauvreté, à construire des modèles industriels traditionnels (nécessaires), à créer des emplois par millions (une exigence incontournable), une partie du monde bascule dans une ère postindustrielle à marche forcée Ce décalage

PAR ZYAD LIMAM

immense favorise un risque systémique: celui d’un nouveau déclassement, d’une forme de néocolonialisme numérique, la création d’un fossé technologique et économique pratiquement irrattrapable. Dans son best-seller Homo Deus (2015), Yuval Noah Harari nous prévient. La révolution numérique et l’essor de l’IA ne suivront pas le même schéma que celui de la révolution industrielle du XIXe siècle: «Les technologies du XXIe siècle pourraient créer une division permanente entre des superpuissances technologiques et le reste du monde.»

Évidemment, l’Afrique pourrait espérer un leapfrog : sauter des étapes de développement, contourner les pesanteurs industrielles et financières, profiter de la chute du coût des modèles, de l’inventivité des usages mobiles. L’intelligence artificielle offre des possibilités uniques de transformation accélérée, sans passer par les phases lourdes et intermédiaires. C’est la fameuse analogie du téléphone fixe et du téléphone mobile. L’agriculture, la santé, l’éducation, la lutte contre le changement climatique, l’e-gouvernance, la finance, etc., connaîtront des sauts qualitatifs réels. Et surtout, les entreprises, des plus grandes aux plus modestes, pourraient gagner du terrain de manière inédite en matière de productivité et de compétitivité.

Ces bénéfices existent déjà, parfois avec une efficacité spectaculaire. Mais tout cela reste finalement et fondamentalement «utilitaire». Nous sommes intrinsèquement « clients » et destinés à le demeurer ad vitam æternam Avec une mosaïque de bonnes idées, mais sans colonne vertébrale IA, sans data center, sans suffisamment de réseaux et d’applications dédiés, sans une ambition à la mesure du défi Nous n’avons pas encore abordé l’IA comme un enjeu systémique de développement, d’émergence, d’indépendance dans le monde du futur Aujourd’hui, le continent, avec ses 54 pays et son 1,4 milliard d’habitants, représente moins de 1% de la capacité mondiale en data centers

Le déclassement économique structurel n’est pas le seul risque. L’autre danger réel pour l’Afrique est celui d’un déclassement cognitif Car l’IA n’est pas seulement une machine qui calcule : c’est une machine qui raconte, qui explique Elle produit du langage, et donc du sens Adopter massivement des modèles américains ou chinois revient à adopter aussi leurs biais, leurs catégories mentales, leur vision

du monde. C’est laisser d’autres définir les mots, les cadres et les références avec lesquels nos jeunes, nos administrations, nos entreprises penseront et travailleront. L’Afrique existe peu sur Internet, sur le fameux World Wide Web (www). Du coup, les modèles actuels connaissent mal nos réalités, nos langues, notre histoire, nos cultures. Le récit est fait par d’autres. Sans réaction africaine, les outils IA vont imposer – en douceur, mais avec une autorité croissante – une grille de lecture étrangère, qui deviendra la norme par simple omniprésence Ce n’est plus de la dépendance technique : c’est une vassalisation intellectuelle, où l’on se met à analyser, écrire, planifier, imaginer avec des schémas importés

L’objectif de cet édito n’est pas de proposer la formule magique pour s’en sortir. Ce serait présomptueux face à l’immensité de la tâche. Mais plus modestement de proposer quelques pistes d’action, de réflexion. Pour exister demain, imaginer les contours de cette Afrique du futur [voir p. 32-47] Oui, utilisons déjà les outils au maximum de leurs possibilités et de nos intérêts Mais entrons aussi en stratégie pour faire face à la vague et surfer Tout commence par les fondamentaux : l’infrastructure, la formation, la sensibilisation des jeunes générations, et surtout l’énergie. Sans électricité fiable, abondante et compétitive, l’IA restera un slogan importé. L’Afrique peut inventer un autre modèle, arrimée à son potentiel solaire et renouvelable. Le soleil n’est pas qu’un cliché de brochure touristique: c’est une ressource en or! Organiser, par exemple, des zones où converge ce mix énergétique – solaire, hydro, gaz de transition, stockage – et y adosser des campus numériques, des centres de données, des écoles, c’est déjà commencer à reprendre la main

Cette stratégie ne peut pas être pensée pays par pays, chacun dans sa bulle. Il nous faut une approche IA commune africaine, et non une addition de plans nationaux sans ressource et sans connexion entre eux. L’échelle pertinente est celle des blocs régionaux, des corridors énergétiques et numériques, des marchés agrégés. Le nouveau panafricanisme peut et doit avoir un contenu concret, digital, industriel Construire des ponts où circulent l’électricité, la fibre, les données, les talents. Harmoniser des règles, partager des infrastructures, lancer des projets communs. Là se trouve la seule réponse crédible à la puissance de

feu américaine ou chinoise: mutualiser les forces et les ressources, organiser le continent comme un espace connecté, et non comme une juxtaposition de petits marchés captifs.

Dans cette recomposition, dans cette bataille pour demain, le rôle des entreprises africaines sera décisif, et d’abord celui de nos «grandes maisons», celles qui ont déjà appris à jouer à l’échelle du continent, voire du monde: des groupes comme OCP, MTN, et d’autres encore dans le domaine du transport, de la banque, du commerce L’idée n’est pas de leur demander d’endosser une mission philanthropique, mais d’assumer pleinement leur rôle de premier de cordée À elles de développer leur intelligence digitale et artificielle, d’investir dans les infrastructures, de former leurs talents, de catalyser autour d’elles des start-up, des laboratoires, des universités, des centres de recherche. À elles de devenir leaders dans leur secteur, tout en entraînant

une chaîne d’acteurs locaux, de partenaires, qui feront émerger progressivement un véritable écosystème, une scène africaine émergente de l’IA

Tout cela peut sembler illusoire, infaisable. Mais nous n’avons pas le choix. Si l’on veut que le continent ne soit pas seulement un terrain d’expérimentation, mais un producteur de valeur et de sens dans le monde qui vient, c’est par là qu’il faut commencer. En liant énergie et data, souveraineté et coopération, entreprises et émergence réelle

Parce que ce qui se joue, c’est aussi la bataille la plus décisive: celle des esprits et du récit. L’Afrique doit lutter contre le biais cognitif qui la condamnerait à n’être qu’un utilisateur passif des outils des autres Il nous faut produire nos corpus, nos langues, nos récits, nos modèles, même modestes. Là encore, il ne s’agit pas d’ériger des murs, mais de s’inscrire dans l’humanité, de refuser une vassalisation douce, mais irréversible ■

Le sommet mondial de l’IA sur l’Afrique s’est tenu les 3 et 4 avril à Kigali, au Rwanda

Meilleurs vœux 2026 à nos lectrices, lecteurs et partenaires!

3 ÉDITO

Indépendance digitale! par Zyad Limam

8 ON EN PARLE

C’EST DE L’ART, DE LA CULTURE, DE LA MODE ET DU DESIGN Totems à porter

28 PARCOURS

Debora Lobe Naney par Astrid Krivian

31 C’EST COMMENT? Joyeuses fêtes (vraiment) à tous par Emmanuelle Pontié

70 CE QUE J’AI APPRIS

Xavier Le Clerc par Astrid Krivian

104 PORTFOLIO

À Cotonou, la force de l’art par Zyad Limam

122 VINGT QUESTIONS À…

Ethan Lallouz par Astrid Krivian

TEMPS FORTS

32 L’Afrique du futur par Cédric Gouverneur

48 Nigeria: au défi de l’insécurité par Moïse Gomis

54 Annobón: îlot de résistance par Catherine Faye

60 Tout ce que vous devez savoir sur la CAN 2025 par Zyad Limam

72 Sur les traces des pharaons par Catherine Faye

80 Hajar Azell et Amina Damerdji: deux écrivaines en mode interview par Hajar Azell et Amina Damerdji

86 Abd al Malik: «Regarder notre histoire droit dans les yeux» par Astrid Krivian

92 Francisco Bethencourt: «Ce que l’on retrouve toujours derrière le racisme est un projet politique» par Catherine Faye

98 Erige Sehiri: «Je raconte le réel» par Astrid Krivian

BUSINESS

112 Incontournables infrastructures

116 Carlos Lopes: «L’Europe a toujours été plus à l’aise avec une Afrique fragmentée»

118 Le Mozambique rallume le gaz naturel

119 L’Éthiopie teste avec succès le biochar

120 La contrebande coûte cher au Ghana

121 Le Sénégal refuse la restructuration de sa dette par Cédric Gouverneur

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ON EN PARLE

C’est maintenant, et c’est de l’art, de la culture, de la mode, du design et du voyage

Inspiré par l’univers de la Famille Addams, le créateur a revisité la silhouette de Morticia Addams dans cette «œuvre unique qui mêle mystère, élégance et profondeur culturelle».

Les masques en bois peint ornent et complètent une tenue colorée.

TOTEMS À PORTER

Spirituelle et urbaine, la collection-manifeste de JUDICAËL WAHOUIE jongle entre lignes sculptées et formes voluptueuses, valorisant

JOYEUSEMENT les masques ivoiriens.

«Totem d’étoffe» fait la jonction entre tradition et modernité.

LA NOUVELLE COLLECTION du designer ivoirien Judicaël Wahouie, «Totem d’étoffe», est un véritable manifeste. Elle est l’aboutissement d’un travail de réflexion qui a duré près de trois ans et qui est né d’une volonté de moderniser et de rendre plus accessibles les habits de cérémonie, les transformant en vêtements urbains, adaptés à des contextes formels comme quotidiens. Ils incarnent l’idée d’afroluxe, qui affirme et met en avant un héritage culturel et spirituel symbolisé visuellement par le masque. Ou mieux, les masques. Car le designer a travaillé avec les maîtres

menuisiers de Grand-Bassam pour miniaturiser et incruster habilement dans chaque pièce des masques en bois différents, issus des multiples régions et peuples de Côte d’Ivoire. Et si les tons clairs de la saison participent à faire ressortir la beauté de ces petites œuvres d’art sculptées à la main, les tissus témoignent également du brassage culturel cher au designer, qui se sert de pagnes tissés, sourcés dans le nord ou dans le sud du pays, mais aussi de cuir ou de similicuir. Un moyen de faire un clin d’œil à l’Europe et aux diasporas, qui ont su s’approprier depuis longtemps ces matières, les adaptant à leurs tenues. Judicaël Wahouie, trentenaire passé par Uniwax en début de carrière, a lancé sa marque éponyme il y a dix ans et ne s’est tourné vers le prêt-à-porter que très récemment Pourtant, sa façon de décliner structures et volumes, de jouer avec les contrastes entre textures et couleurs, ou son recours espiègle à des matières comme la toile de jute raffinée ou le raphia, que l’on retrouve encore dans cette collection, lui ont très vite permis de créer un style reconnaissable et glamour. Avec cette dernière capsule, caractérisée par des silhouettes bigarrées, où se côtoient pièces structurées et tenues vaporeuses et légères, il impulse une nouvelle identité à son label, qu’il imagine puissante, décidée et ancrée dans les traditions spirituelles du continent. ■ Luisa Nannipieri

JACQUELINE

CHABBI, LeCoran desLumières –L’histoire, lesconcepts, le divin et le Prophète, Grasset, 192pages,19€

LE LIVRE DÉMYSTIFIÉ

Un ouvragederéférence par l’unedes plus grandesspécialistes du MONDEMUSULMAN.

SURLACOUVERTURE, un désert,pourresituerleterrain d’originetrèsparticulier où naît la parole coranique. Et le titre, Le Corandes Lumières,enéchoàl’«islamdes Lumières» –expressiondésignant un islamlibéral et progressiste, compatible avec lesvaleurs de la République française. Pour connaîtreleCoran,ilfautencomprendrelecontexte. C’estl’objet de ce livre. Historienne, agrégéed’arabe,professeure honoraireà l’Université Paris-VIII,JacquelineChabbirénoveainsi l’approche de la genèse de l’islametduCoran parlebiais de l’anthropologie historique.Àcommencer parexpliciterque le Coranfaitpartie de la première périodedel’islam.Ladeuxièmesourcedelaloi musulmaneactuelle, soit la traditionprophétique,ayant été compilée seulementàpartirdu IIIe siècle (del’ère musulmane), dans unesociété complètement différente de celledel’origine en Arabie.Enremontant le coursdes événements,l’autrice livre iciuntexte àlaportéedetous, àlafoissavantetvivant, pour comprendre lesusages,les contresens et lesvéritablestraditions du livresacré desmusulmans,des grands concepts de l’islam auxdifférentsnomsduprophète, desidées reçues surle djihadisme àlareprésentationduBig Bang.Après Le Seigneur destribus, Le Corandécrypté, LesTrois Piliersdel’islam ou encore On aperdu Adam,cenouvelouvrage esttirédesachaîneà succès,«LesMotsduCoran», accessible surYouTube et sur Facebook,oùarabophones et non-arabophonesétudientet débattentaveclachercheuse. Unemanière fécondedemettre la lumièresur dessujetspleinsd’ombre ■ CatherineFaye

SOUNDS

Àécouter maintenant !

Obongjayar, Paradise Nowand Forever, SeptemberRecording/The Orchard.

Aprèslarévélationde

Some Nights IDream of Doors,ledeuxièmealbum du musicien nigérian, Paradise Now,nousa plongés, l’étédernier,dans un subconscient électro-poplabyrinthique et passionnant. Et un duoavecLittle Simz…Aujourd’hui,ilressort en version enrichie de plusieursinédits,dontle bien nommé«Give Me More»: «Put your claimonme/Wear me on your heart/ Or Iguarantee I’ll be gone,I’llbegone.»

Disiz, On s’en rappellera pas, CarréBleuProduction/ALSO

Mêlant protestsongs et influences shoegaze, sonoritéstechnoetfolk intimiste, le nouvel albumdeDisiz explore l’amour, bien sûr, revisite sonenfance,maisaussi la transmission et lesvertigesd’unmonde blessé.Fort de duos mémorables avec Theodora et LaurentVoulzy, On s’en rappellera pas résonnetantd’une quêtedesoi que d’unerecherche artistique.Superbe.

SalifKeita, TheGoldenVoice of Africa, Decca/Universal.

Nous l’avions récemment rencontré pour son dernieralbum en date, So Kono.Etforce estdeconstater que SalifKeita traverse lesdécennies sans démériter. En témoigne ce magnifique coffret TheGoldenVoice of Africa, quiréunitpourlapremièrefois enregistrementsenstudiopourIsland RecordsetEmarcyentre 1987 et 2012. Soro, Folon, M’Bemba ou encore Talé Indispensable, donc ■ Sophie Rosemont

CINÉ MA

RETOUR DE PLAGE

Sous le soleil de Sète, crème solaire, couscous et rêves de jeunesse sont toujours là, SEPT ANS APRÈS le premier volet de la saga d’Abdellatif Kechiche. Un opus réussi, sorti à la suite d’un intermède controversé…

LE HÉROS TIMIDE du premier volet de Mektoub My Love passait son été 1994 entre la plage, le restaurant tunisien de ses parents, les bars de quartier et la bergerie d’une amie. Dans cette suite, Amin a abandonné ses études de médecine à Paris pour se consacrer à des projets de cinéma et revient voir ses proches à Sète, où il rencontre aussi un producteur américain et son épouse, jeune actrice vedette d’un feuilleton hollywoodien Le mektoub, le destin, va frapper, mais la chronique enjouée du début va tourner au vaudeville dramatique… Plus court, plus narratif que le premier, cet épisode porte toujours la marque de fabrique d’Abdellatif Kechiche (Palme d’or en 2013 avec La Vie d’Adèle): des dialogues à moitié improvisés, un naturel et une fluidité dans de chaleureuses scènes de groupe, des gros plans sur des gens en train de manger, ou encore un regard souvent sensuel, parfois frontal, sur les corps nus… sauf que cette fois-ci, la parité est largement respectée! Peut-être un rééquilibrage à la suite des polémiques sur le male gaze, le regard masculin appuyé sur certaines parties du corps des femmes dans le premier opus, et surtout dans une suite expérimentale, jamais sortie en salles, et qu’Afrique

Magazine avait pu voir lors de son unique projection au Festival de Cannes en 2019, Mektoub My Love: Intermezzo Plus de trois heures dans une boîte de nuit où toutes les séquences étaient encore plus étirées qu’à l’habitude, dont une relation sexuelle non simulée sur fond d’alcool et de remix techno en boucle de «Voulez-vous» d’Abba. Titre ironique si l’on pense à la notion de consentement, l’actrice concernée n’ayant pas accepté, semble-t-il, que cette scène (tournée avec son véritable compagnon) soit utilisée de façon aussi explicite… Aujourd’hui, la polémique s’est un peu estompée, Ophélie Bau a approuvé ce Canto Due bien plus sage, dont le montage a été difficilement achevé par le cinéaste franco-tunisien, diminué par un AVC. En 2016 et 2017, il avait tourné 1000 heures d’images dans le sud de la France. La fin brutale de son nouveau film appelle un troisième volet, dont la matière se trouve peut-être dans ces rushes, si le destin – et le box-office – le veulent bien. ■ Jean-Marie Chazeau

MEKTOUB MY LOVE: CANTO DUE (France), d’Abdellatif Kechiche Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche En salles le 3 décembre

ŒUVR ES

PEINTURES URBAINES

Le Paris de BILAL HAMDAD s’invite au Petit Palais, revisitant l’approche impressionniste des grands maîtres du xixe siècle.

À TRAVERS une vingtaine de ses œuvres, dont deux inédites créées pour l’occasion, le peintre algérien Bilal Hamdad propose un dialogue avec les collections permanentes du Petit Palais. Ses peintures à l’huile, élaborées à partir de photographies, sont des interprétations contemporaines de scènes parisiennes. De grands formats qui font écho aux tableaux de maîtres de renom, tels Gustave Courbet, Fernand Pelez, Carolus-Duran, Benjamin Constant ou encore Léon Lhermitte. Scrutant la société comme celles des

impressionnistes au XIXe siècle, ses toiles rendent visibles les invisibles En mettant en lumière des anonymes, l’artiste fait naître un contraste saisissant avec l’effervescence urbaine. Sorties de métro, solitudes pressées, scènes de cafés sont saisies dans des cadrages serrés, travaillés dans un clair-obscur percutant. Ici, un marché éphémère s’agite, là, une silhouette traverse la rue. Dans cette exploration des entrailles de la capitale française transparaît une poésie du réel Celle de la solitude contemporaine. ■ C.F.

Rive droite, 2021.

Ci-contre, L’Angelus, 2021

Ci-dessous, L’Attente, 2020

«PANAME – BILAL HAMDAD», Petit Palais, Paris (France), jusqu’au 8 février 2026 petitpalais.paris.fr

INO CASABLANCA

UN SON EXTATIQUE

CE RAPPEUR D’ORIGINE MAROCAINE habille ses morceaux d’une poétique aussi sensible qu’immédiate. En témoigne son nouvel EP, Extasia.

DÈS SES QUATRE ANS, il s’amuse avec un violon. Fuyant la crise économique marocaine de 2008, la famille du futur Ino Casablanca s’installe à Montauban après un détour en Espagne. Loin de la boucherie tenue par son père, un berbère amazigh… Formé à l’école de la trap dans une France où le genre triomphe, le jeune garçon écoute en boucle PNL, Niska ou encore Alpha Wann… Avant d’être interpellé par la manière dont Rosalía, Nathy Peluso ou C. Tangana donnent un nouveau souffle aux traditions ibériques. Du Maroc, dont sa famille est originaire et auquel il est très attaché, à la France d’adoption, son itinéraire dessine une géographie affective dont les divers reliefs se retrouvent dans sa musique, traversée par des pulsations venues d’ailleurs: échos caribéens, références latines, et surtout l’influence assumée de la culture nord-africaine et d’icônes telles que Cheb Hasni. Figurant parmi les dix lauréats du prix Joséphine 2025,

l’artiste revient, trois ans après son premier effort, Demna (2022), et quelques mois à peine après le très élégant EP Tamara, avec les dix titres d’Extasia. Ici, il trouve son équilibre dans une écriture contemplative, reflet d’un quotidien qu’il observe avec lucidité. En témoigne cet album où, aux côtés d’instrumentistes comme OSO Mexico (à la guitare et à la basse) et Théo Baldy (claviers), il redonne du grain à moudre aux machines

Ainsi, le raï se digitalise sans perdre son âme, tandis que kompa moderne, zouk, rythmes latins et basses rap s’entrelacent. De quoi dessiner une cartographie sonore, qu’Ino Casablanca appelle «nouvo groove», où la fête sert de rempart à la mélancolie et où l’épure n’élude en rien la quête sonore – qu’il ne fait qu’entamer, vingt-cinq ans après sa naissance. À suivre… et de très près. ■ S.R.

INO CASABLANCA, Extasia, LCS Recordz.

FANTÔME DU PASSÉ

Surles traces D’UN PILOTE mystérieusement DISPARU.

UN SECRET,unsouterrain, un souvenir persistant.Toutesles familles en ont. Après Je me souviens de Falloujah,premier récitmultiprimé, Feurat Alanicontinue sonexploration du romanfamilial, miroir d’un roman national irakiencomplexe.Lorsque s’ouvre Le ciel estimmense,Taymour, dont le nomsignifie«volontéde fer»,s’apprête àparticiperàune émission de télévision russe: «Là, dans quelques minutes, sous ces lumières artificielles, je vais mettre desmotssur ce quepersonnedans ma famillen’a jamais oséévoquer au grandjour.»Unrécit haletant, pour tenter de reconstituer le puzzle d’un destin.Celui d’un oncledisparu, aviateur légendaire.Une odyssée, entrel’Iraketl’Union soviétique, desannées1960aux années 2000. Où l’histoire tourmentée d’un pays se mêle àune quêtedevérité. ■ C.F.

Le ciel estimmense, JC Lattès,272 pages, 20,90€

IMAGES

CARTOONING FORPEACE, EMMANUELLE HASCOËT(DIR.), La Bascule du monde, La Martinière, 144pages, 24,90€

Entre le rire et leslarmes

DessinsetPHOTOSDEPRESSEsefont face, provoquantsouriresetémotions.

LESDESSINATEURSdepresseetles photographes d’actualitésontdes témoins indispensables et courageuxdenotre époque:les premiers par laforce d’un traitacéré et engagé,les secondspar la puissancebrute de l’image instantanée. Crééeen2006àl’initiativedePlantuetKofiAnnan, l’association Cartooning forPeace,encollaboration avec leséditionsde laMartinièreetAmnesty International, achoisidemettreenmiroirces deuxapproches.Résultat: un livresouvent rude mais essentiel, La Bascule dumonde –Regards croisésdephotographesetdessinateursdepresse Le principe:une soixantainededuosphotographies-dessins de presse,présentés en vis-à-visautourd’événementsprécis. L’ensemble estéclairé parles textes du journalisteetpolitologue Pierre Haski. L’ouvrages’ouvre surunentretien croisé entreleprésident de Cartooning forPeace KaketlephotojournalisteGuillaume Herbaut, et se conclutpar unepostfaced’Amnesty International. La Basculedumonde estunouvrage engagé,qui metenlumière la complémentaritédeces deux journalismes de l’image. Parlamémoire et l’impactvisuelqu’ilsconvoquent, le lecteurmesurel’ampleur et la brutalité des bouleversementscontemporains:guerres en UkraineetàGaza, conflits auSoudanetenRépubliquedémocratiqueduCongo,crise desmigrants, défis climatiques. Photos et dessinss’y répondentdansundialogueà la fois maîtrisé et chaotique. Àl’image de notremonde. ■ Zyad Limam

FEURAT ALANI,

LA DOUCEUR EST UN COMBAT

Une

ode sans esbrouffe

À LA JEUNESSE LGBTQ+ MAROCAINE.

DIX ANS APRÈS L’Armée du salut, Abdellah Taïa place à nouveau l’homosexualité au cœur de son deuxième long-métrage, ce qui en avait scandalisé certains lors du Festival de Marrakech il y a un an. La seule «étreinte» qu’on y voit est celle de deux hommes allongés sur une plage, se tenant chastement par la main, mais c’est le naturel de cette attirance dans un pays qui la réprime qui a dérangé. Et puis en présentant son film, le cinéaste et écrivain marocain n’avait pas hésité à dénoncer l’exclusion des gays et des lesbiennes dans le royaume. Cabo Negro, c’est d’abord une station balnéaire du nord du Maroc où un Américain a l’habitude de louer une luxueuse villa. Son jeune amant venu de Casablanca l’y attend en vain, avec une amie lesbienne espérant être rejointe par sa copine… Dans ce cadre enchanteur, des rencontres avec d’autres exclus de la société vont progressivement montrer la générosité des deux délaissés. Même s’il faut en passer par la prostitution pour poursuivre ces drôles de vacances. Le Combat amoureux chapardé à la devanture d’une librairie dit tout de ce film réalisé au cordeau, alternant ombre et candeur, comme une révolution douce. Le résultat est sensuel, poétique et fraternel. ■ J.-M.C

CABO NEGRO (France, Maroc), d’Abdellah Taïa. Avec Oumaïma Barid, Youness Beyej, Julian Compan En salles le 3 décembre

FILM

MODE

INSPIRATIONCAN

La passionpourLEFOOTBALL d’un continententiertraduitedans unecollectionausymbolismeraffiné.

ÀL’OCCASIONdelaCoupe d’Afriquedes nations, l’Ivoirien Patrice Kouadioaimaginé unecollectioncapsule pour sonlabel Travel,basé àMarrakech.Une ligne, du nomde«MabroukLegacy» quientend bâtirunpontentre deux pays:laCôted’Ivoire, quiaremportéla dernière CAN, et le Maroc, l’hôte de cetteédition.Ila ainsiconfectionné des ensemblesélégantset décontractés.Les tonalitésécruetterracotta célèbrent la lumière, la terreetl’unité africaine, tandis queles silhouettespuisent dans l’universdufootballetsontrichesensymboles. Lemotif de l’«archi-kech»,qui évoque l’architecture de la villeocre, revientavecdes poches signatureetest brodésur lesvestespour évoquerletrophée du tournoi, quilie lesdeuxpeuples.Audos,ledessin de quatre figuresqui soulèventlacoupe autour d’un ballon,parcouru pardes lignes quicréentl’étoileduMaroc,représentel’union entreles équipesafricainesetincarne la métaphored’uncontinent rassemblépar la passionpourcesport. travel-archikech.com ■ L.N.

MA N

RO

FIANCÉ IDÉAL

L’histoire rocambolesque d’un jeuneCamerounais DEVENU FORTUNÉ PARACCIDENT.

UNEMALLETTEpleinedebillets de banque.TrentemillionsdefrancsCFA. Mais surtoutune mallette magique, ou devrait-on dire maléfique, dont le contenu resteinaltérable.Que l’on dépenseun ou cent millefrancs, la sommetotale ne fond pas. Trente millions de francs CFAàtoutjamais. Uneode àlacorne d’abondance? Mutt-Lon,qui signifie «l’homme du terroir»,nom de plume de l’écrivain camerounaisDanielAlain Nsegbe,revient avec un quatrièmeroman jubilatoire. Rien queletitre, La Société desbienheureux,etlacouverturesont unepromesse. Quelquechose entrela joie et la peur.Lemysticismeetleréel. Lauréatduprestigieux prix Ahmadou Kourouma en 2014 pour Ceux quisortent dans la nuit,Mutt-Lonn’enfinitpas d’alleretvenir entrehumouretsérieux, rationalitéetsorcellerie.Cette fois-ci, il nous entraîne dans uneaventurequi questionne:celle de Keman, dont la vie se trouve bouleverséeaprès qu’ila misla main surlafameuse mallette dans une Mercedes accidentée.Àquelprix? ■ C.F.

MUTT-LON, La Societédes bienheureux, Ifrikiya,268 pages, 8,50 €.

AVANCER, TOUJOURS

YANICK LAHENS, l’une des grandes voix de la littérature haïtienne, couronnée par l’Académie française.

«J’AI EMPORTÉ dans mon voyage vos vies enfouies dans ma chair, mon sang, mes muscles, bagages intimes et jusqu’à vos blessures muettes telles des ondes invisibles » Ce voyage, Yanick Lahens l’a tissé comme un hommage à l’espoir et à la ténacité de plusieurs générations de femmes D’Élizabeth, née en 1818 à La Nouvelle-Orléans, à Régina, issue d’un milieu modeste en Haïti un demi-siècle plus tard, elle croise deux histoires et deux époques. Ses «passagères de nuit» incarnent la persévérance et la dignité face aux tragédies de l’histoire Elles traversent les mers, marquées par la mémoire des bateaux négriers et la condition des femmes noires, mais portées par une même quête de liberté. Envers et contre tous. Née à Port-au-Prince en 1953, Yanick Lahens s’attache depuis plusieurs décennies à raconter la complexité de son pays, sa beauté et ses blessures. En 2014, elle reçoit le prix Femina pour Bain de lune, roman sur la mémoire et les destins croisés d’une famille haïtienne. Après treize ouvrages, dont un essai sur l’exil

et de nombreux articles et nouvelles, portant notamment sur la littérature et l’enfance haïtienne, la voici couronnée du grand prix du roman de l’Académie française, succédant ainsi au FrancoVénézuélien Miguel Bonnefoy, lauréat l’an dernier avec Le Rêve du jaguar. Une consécration pour une littérature exigeante, mêlant écriture subtile, poétique et engagée. Passagères de nuit s’inscrit dans la continuité du travail de l’autrice. Une œuvre de la résistance, où fiction et imaginaire s’interpénètrent: «Je vous ai inventées sur les sentiers du songe, imaginant aussi toutes ces femmes qui vous ont précédées, celles qui vous ont entourées.» Avec son talent de conteuse et son art de la description, Yanick Lahens explore encore une fois l’intime et l’universel, dans un clair-obscur où la détermination et la solidarité se dressent contre les violences. Vers l’affranchissement Et la lumière. ■ C.F.

YANICK LAHENS, Passagères de nuit, Sabine Wespieser, 232 pages, 20 €.

L’artdelatable chez Timuntu

Ce

nouveau conceptstore parisien imaginépar trois sœurscongolaises met l’ARTISANATAFRICAIN contemporain àl’honneur.

INAUGURÉ ÀPARIS CETÉTÉ,Timuntu estun concept store dédiéàlacréationafricaine,audesignetaux objets singuliers.Ilest né de la passiondetrois sœurs originairesduCongo-Brazzaville:Aline,Inèset Marcelle Matsika. Dans cetespacede110 m2,on trouve unesélection contemporainedemeublesd’objets de décoration,detextiles, de vanneries, d et de livres de créateursissus du contin diasporas. Mais aussiune première col dessinée parAline,la directrice artistiq comprend desluminairesenlaitonet v lances traditionnelles, ou destabouret pardes artisans sénégalais.Enprévisio find’année,laboutiquemet en avant d dont certainesexclusives, quifontla pa àl’art de la table. Desronds de serviett bronze représentant dessymbolesaka Ghana, desverressoufflésà la bouche

Maroc, desplateauxoudes bougeoirs congolaisenbois, ou encore despichet et descoupelles en grès modelésà la main et inspirés parlaculture du Mozambique,toutparticipe à créerune tablefestive,éléganteet résolument africaine. ■ L.N.

timuntu.com

les, dobjets de vêtements nent et des llection éponyme, que du lieu Elle verre inspirés des s en bois sculpté on des fêtes de des créations, art belle te en n du e au ts

Coussin motifchevronsvert et setdetable en raphia «goldenedition».

Vase touareg moucheté marron Verreetcarafeverts

Ci-dessus, pa

ierà bandes de couleur. Ci-dessous,bougies coupes zébrées.

VIVRE LIBRE

Il y a deux cents ans, le fils d’une esclave affranchie mène une longue BATAILLE pour sa propre ÉMANCIPATION devant les tribunaux français. Le nouveau film engagé d’Abd al Malik.

POUR SA SECONDE RÉALISATION, le rappeur Abd al Malik [voir interview p. 86-91] signe l’un des rares films français sur la période de l’esclavage. Après l’adaptation de son autobiographie, Qu’Allah bénisse la France (2014), le Parisien d’origine congolaise se place dans les pas du cinéaste antillobritannique Steve McQueen (12 Years a Slave, 2013) pour raconter une page sombre de l’histoire coloniale, éclairée par l’esprit des Lumières. Loin des films un peu fauchés du Guadeloupéen Christian Lara, ou de la pochade Case départ (2011) réalisée par Lionel Steketee, Fabrice Éboué et Thomas Ngijol. On n’est pas non plus aux côtés des nègres marrons prenant leur destin en main en fuyant, comme dans le tout récent Ni chaînes ni maîtres (2024) de Simon Moutaïrou, même si l’action se déroule aussi dans l’océan Indien. Furcy Madeleine vit sur l’île Bourbon (aujourd’hui La Réunion), et quand ce fils d’esclave apprend en 1817, à la mort de sa mère, qu’elle avait été affranchie par son

Romain Duris et Makita Samba incarnent respectivement le procureur Boucher et Furcy Madeleine.

Ici, aux côtés d’Ana Girardot

maître, il sait qu’il peut désormais revendiquer cette liberté pour lui. S’ensuit une longue bataille judiciaire et politique contre les propriétaires d’esclaves et l’État français, avec l’appui de quelques abolitionnistes blancs. Inspiré de l’enquête de l’écrivain Mohammed Aïssaoui (L’Affaire de l’esclave Furcy, 2010, Gallimard), le scénario n’évite pas les anachronismes, et l’interprétation est assez inégale. Vincent Macaigne se risque à jouer un méchant mielleux, tandis que dans le rôle-titre, Makita Samba, remarqué chez Jacques Audiard (Les Olympiades, 2021), se démène pour nous faire partager les émotions et le combat – par ailleurs très individualiste – de cet homme courageux. ■ J.-M.C

FURCY, NÉ LIBRE (France), d’Abd al Malik. Avec Makita Samba, Romain Duris, Ana Girardot

En salles en décembre aux Antilles et à La Réunion, le 14 janvier dans toute la France

AFFRES SUCRIÈRES

L’histoire méconnue des «ENGAGÉS» sur l’île de La Réunion.

INSTALLÉ dans une ancienne usine sucrière réunionnaise, le musée Stella Matutina explore un phénomène mondial: l’engagisme. Ce système d’utilisation de la main-d’œuvre a pris le relais de l’esclavage à la suite des abolitions de 1833-1834 dans l’espace colonial britannique et de 1848 dans l’espace colonial français. L’engouement de la métropole pour le sucre de canne et la fin programmée de l’esclavage ont été les deux facteurs d’appel de ces nouveaux travailleurs. Mais à La Réunion, sa mise en place est survenue plus tôt, à une période où l’esclavage était encore légal. De 1828 à 1933, près de 164000 «engagés» venus d’Inde, d’Afrique, de Madagascar et des Comores y ont été conduits. Les départs pouvaient être forcés, mais aussi volontaires, comme dans le cas de la majorité des Indiens fuyant des conditions socio-économiques difficiles. Par ailleurs, l’engagisme différait de l’esclavage en ce que les individus gardaient leur nom, leurs traditions culturelles, leurs rituels religieux et pour certains des liens avec leur région d’origine. Ainsi, les puissants cultes des ancêtres et la présence permanente des esprits, qui caractérisent la vie des Réunionnais, même chrétiens, en sont le plus profond héritage. L’exposition vient combler un vide mémoriel en donnant une visibilité et une reconnaissance à une histoire longtemps occultée. Le parcours, séquencé en huit chapitres,

retrace le destin des «engagés» depuis leur recrutement à leur sortie de l’engagisme. Les issues étant le rapatriement, la prolongation des contrats ou l’installation définitive à La Réunion, avec l’accès progressif à la citoyenneté française et à l’intégration sociale par l’école et la départementalisation. Aujourd’hui, la richesse et la diversité de la culture réunionnaise ne peuvent s’appréhender sans l’apport de ces personnes et le métissage qu’elles ont contribué à créer. Un nouvel éclairage pour comprendre les particularités de cette île de l’océan Indien ■ C.F. «LES ENGAGÉS DU SUCRE. L’ENGAGISME À LA RÉUNION, 1828-1938», musée Stella Matutina, Piton Saint-Leu (La Réunion), jusqu’au 4 avril 2027 museesreunion.fr

EXPO
Des femmes et jeunes filles hindoues en 1897
Des engagés comoriens à La Réunion, 1897

ON EN PARLE

Le cadre comme les assiettes du Golfe célèbrent la beauté de la Méditerranée.

LES INCONTOURNABLES À LA MARSA

DANS CETTE VILLE

CHIC, qui a gardé son caractère TRADITIONNEL, deux institutions sauront satisfaire tant les amoureux du poisson que les viandards.

CONNUE POUR SA CORNICHE, son élégance et son ambiance décontractée, La Marsa est une ville iconique de la banlieue nord de Tunis. Et Le Golfe, ouvert en 1955 sous le nom de Cabanon, est l’une de ses institutions gastronomiques Dans cette maison avec terrasse sur la plage, entre tons doux et textures naturelles, une cuisine solaire célèbre la Méditerranée et les influences italiennes. Aux côtés des spaghettis boutargue, le plat phare, on trouvera des spécialités tunisiennes comme la brick ou les œufs de seiche à la plancha. Les vendredis et les samedis, on peut y déguster des dîners gastronomiques dans un espace exclusif et intimiste: la table du Golfe. Le chef

The Kitchen, les carnivores seront ravis de déguster des viandes d’exception fumées au charbon de bois

Khaled Blassoued y sublime les saveurs tunisiennes avec créativité De la sériole de ligne avec leche de tigre et vinaigrette aji amarillo aux spaghettis de calamar, sauce beurre blanc et caviar de lompes noires, on reste côté mer. Côté terre, on passe à table chez The Kitchen. Cette steakhouse ouverte en 2015, qui a une deuxième adresse à Paris, propose des viandes d’exception, issues de bœufs Black Angus, Wagyu et Hereford, sélectionnées auprès de fournisseurs européens certifiés halal, puis maturées sur place selon un processus artisanal qui sublime leur tendreté et leur goût La déco chaleureuse de la salle et un service convivial et attentionné lui ont très vite permis de se faire une clientèle d’habitués, qui viennent savourer des short ribs, cuits à basse température puis fumés au charbon, ou une entrecôte Black Angus Reserve, saisie au Josper, un four espagnol au charbon de bois qui lui confère une saveur unique restaurantlegolfe.com/thekitchen.tn ■ L.N.

Chez

Écosystèmes scolaires

Cette école maternelle au CAMEROUN est un espace de vie et d’apprentissage fluide et immersif, en phase avec la nature et la culture locales.

À SOA, PRÈS DE YAOUNDÉ, est sortie de terre la première partie d’un complexe scolaire qui favorise la création d’un lien émotionnel fluide et intuitif avec les enfants. Le bâtiment a été construit en bois et en terre par les architectes de Urbanitree, un cabinet international né à Barcelone.

Et il répond à une commande précise des filles missionnaires de la Sainte Famille de Nazareth, qui appliquent une méthode pédagogique basée sur le concept du flow, où le jeu, les émotions et l’immersion totale des élèves sont au service de

l’apprentissage. Les architectes ont donc imaginé une école maternelle organisée tel un ensemble continu d’écosystèmes – montagne, savane, village et forêt – qui reconnectent les enfants à leur environnement et à leur culture. L’école se développe autour d’une cour et les différents espaces, reliés par un couloir, sont adaptés aux activités quotidiennes Avec sa grotte qui permet de s’isoler pour un moment d’introspection, la montagne

est un lieu d’inspiration et de création

Le village, avec sa chapelle, est dédié à la sociabilité, alors que la savane est un espace linéaire destiné au jeu. Lieu de transition ouvert sur l’extérieur, la forêt accueille un arbre artificiel que l’on peut habiter, près d’un petit bois naturel. La structure a été construite en azobé, un bois local résistant aux termites, et d’autres essences prisées à l’étranger, comme l’iroko, le sapelli, le doussié et le movingui, habillent l’intérieur. Dans les années à venir, l’institut devrait s’agrandir pour accompagner les élèves jusqu’à l’école secondaire. ■ L.N.

DE STINATION

Kruger: le roi des parcs a 100 ans

Devenu le PREMIER PARC NATIONAL D’AFRIQUE DU SUD en 1926, le Kruger offre toujours une expérience inoubliable au contact des «Big Five».

AVEC UNE SURFACE de 20000 km² environ, presque la même que la Slovénie, le parc national Kruger est le plus grand sanctuaire sauvage d’Afrique du Sud et l’un des plus vastes au monde. Située au nord-est du pays, à la frontière avec le Mozambique et le Zimbabwe, cette mythique aire protégée, née officiellement le 1er janvier 1926, est le lieu idéal où suivre la piste des «Big Five»: éléphants, lions, buffles, léopards et rhinocéros. Le parc est accessible toute l’année, mais la meilleure période pour observer la faune est la saison sèche hivernale. La végétation, luxuriante en été, se dégage, offrant une meilleure visibilité, et les animaux migrent vers les points d’eau, particulièrement animés à l’aube et au coucher du soleil.

La zone du parc national est entièrement clôturée, mais elle est entourée par d’autres régions extraordinaires, comme la Panorama Route, un territoire montagneux parsemé de gorges et de vues imprenables, ou les réserves privées le long de la frontière occidentale. Dans ces sanctuaires ouverts, où la conduite hors route, les promenades guidées dans la nature et celles nocturnes sont autorisées, opèrent les marques de safari de luxe les plus connues. On y trouve donc des lodges exclusifs, dotés de spa, salles de sport et restaurants haut de gamme. Comme ceux du Lion Sands, qui permet même de passer une nuit confortable à la belle étoile. Mais le Kruger est l’une de ces destinations accessibles à presque toutes les bourses. À l’intérieur du parc, on peut loger en tente ou en bungalow dans l’un des nombreux camps publics stratégiquement placés, comme les historiques camps du «triangle d’or»: Skukuza, Lower Sabie ou Satara, le paradis des lions. Ou opter pour une concession privée Par exemple au Imbali Safari Lodge, qui offre une vue directe sur les éléphants, ou à bord du Train on the Bridge – les suites suspendues sur la rivière Sabie du Kruger Shalati. Des expériences hors du commun pour des safaris inoubliables. ■ L.N.

PA RC OU RS

Debora Lobe Naney

L’ACTRICE IVOIRIENNE est à l’affiche de Promis le ciel d’Erige Sehiri, portrait de trois femmes migrantes en Tunisie. Pour son premier rôle, inspiré de son vécu, elle révèle l’étendue de son talent, incarnant un personnage lumineux et poignant dans toute sa complexité. propos recueillis par Astrid Krivian

La Star: c’est ainsi que la surnommait sa tante quand elle était enfant. «J’aimais rire, faire des blagues. J’étais à la fois turbulente et réservée, dans mon monde», se rappelle Debora Lobe Naney. Ce tendre sobriquet d’alors apparaît aujourd’hui comme une évidence, puisqu’à 29 ans, elle est à l’affiche du film Promis le ciel de la réalisatrice franco-tunisienne Erige Sehiri [voir interview p. 98-103], dans lequel elle fait ses premiers pas. Présenté au Festival de Cannes en mai dernier, il raconte le parcours de migration de trois femmes originaires d’Afrique subsaharienne en Tunisie, dans un climat d’hostilité et de racisme. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître: la présence et le talent de Debora illuminent le film. Son interprétation de Naney, une migrante qui vit de débrouillardises, est saisissante, explorant toute une palette d’émotions, à la fois bouleversante et solaire, oscillant entre la joie et le drame. Une performance couronnée à juste titre du Valois de la meilleure actrice au Festival d’Angoulême en 2025. Ce rôle est très inspiré de son propre vécu. Comme Naney, elle a quitté la Côte d’Ivoire pour tenter de gagner sa vie en Tunisie et offrir un avenir meilleur à sa fille, restée au pays. «Je me retrouve en elle. Faite de joie et de tristesse, elle cache beaucoup de choses qu’elle n’arrive pas à exprimer. La vie m’a donné tellement de coups que plus rien ne m’effraie. Je suis libre de faire ce que je veux. Je parle à Dieu et je retrouve le sourire; je suis en vie grâce à Lui. Mon personnage ne perd pas espoir malgré les problèmes. Elle se relève toujours pour son enfant, elle fonce, elle assume.»

Quand Erige Sehiri la rencontre lors d’un casting, Debora Lobe Naney s’apprête à traverser la Méditerranée. «J’ai essayé trois fois de prendre la mer… Je ne le conseille à personne. Notre situation ne nous permet pas de prendre l’avion, d’avoir des visas. On est obligés de passer par le désert, la Méditerranée, de compter sur nousmêmes, de faire de nombreux sacrifices » La cinéaste la convainc de renoncer et de participer au film Il se tourne à l’été 2024, à Tunis, dans la discrétion, afin de protéger les équipes dans un contexte de répression, d’arrestations Debora apprend à jouer en oubliant la caméra Et ses partenaires – l’actrice française Aïssa Maïga, l’artiste ivoirienne Laetitia Ky, le comédien tunisien Foued Zaazaa – l’encouragent dans ses moments de doute. «Malgré la fatigue, on finissait les journées avec le sourire. On fournissait tous des efforts pour bien faire.» Celle qui a grandi à Abidjan, adoptée par une mère solo, et qui rêvait enfant d’être mécanicienne d’avions prend conscience de la portée et des enjeux de Promis le ciel lors de la projection à Cannes «C’est important de raconter cette réalité pour la faire connaître au monde, mais aussi pour donner de l’espoir à certaines personnes. Il ne faut jamais baisser les bras, toujours croire en des lendemains meilleurs», estime l’actrice, bien décidée à poursuivre sa carrière dans le 7e art. Sa fille découvrira le film prochainement à sa sortie en Côte d’Ivoire «Je veux qu’elle soit brave, plus forte même que moi, et qu’elle sache que je me suis battue pour elle » ■

Promis le ciel Sortie en France le 28 janvier 2026, Jour2Fête.

«C’est important de raconter la réalité de la migration pour la faire connaître au monde, mais aussi pour donner de l’espoir à certaines personnes.»

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C’ESTCOMMENT?

JOYEUSES FÊTES (VRAIMENT) À TOUS

Voici revenu le temps des fêtes de fin d’année. Et quels que soient la culture ou le fuseau horaire sur lequel on surfe, on a du mal à échapper à l’excitation ambiante. Les commerces, les décorations, les réseaux sociaux vous attaquent déjà la pupille et le cerveau en novembre pour être bien sûrs que vous consommerez au maximum. En cadeaux inombrables, en guirlandes géantes lumineuses, en tenues de soirée scintillantes et en agapes opulentes. Certains tombent dans le panneau à fond et organisent des soirées mémorables ou s’offrent des voyages fous D’autres boudent carrément le truc, arguant que ces périodes de fiesta les stressent ou désespérant de les passer seuls, sans famille ou sans ami, stigmatisés par le mot d’ordre des sociétés de consommation: «Sortez, amusez-vous, et surtout dépensez!» On peut aussi faire partie des modérés, ne pas en faire une affaire d’État, et se dire que si l’on a une occasion sympa de se retrouver entre amis ou les moyens de s’offrir la soirée ou la destination de nos rêves, tant mieux, et sinon ce n’est pas bien grave. Ce qui est plus rude, c’est pour ceux qui ne peuvent pas du tout fêter le passage à la nouvelle année, faute de moyens

Noël est une période, y compris pour ceux qui sont censés le fêter, où l’impossibilité de faire comme les autres, qui prévoient, achètent et ne parlent en gros que de ça, est particulièrement pénible, et renforce un amer sentiment de marginalisation. Certes, en Afrique, de nombreuses distributions de cadeaux sont organisées pour les enfants autour du 25 décembre par les orphelinats, les comités d’entreprise, les fondations, les mairies et les institutions en tout genre. Mais ce n’est pas normal qu’une grande partie d’entre eux n’aient rien parce que leurs parents ne sont pas capables de leur offrir quoi que ce soit

Et il n’y a pas qu’en Afrique que l’on se retrouve chaque fin d’année dans cette situation. De nombreux pays «en voie de développement» dans le monde vivent le même cruel moment. Et de plus en plus de pays «développés», dont des pans entiers de la population sont abandonnés sur le côté de la route, offrent aujourd’hui un spectacle similaire. Certes, la pauvreté sévit toute l’année. Mais elle est peut-être encore plus saillante au moment de ces satanées fêtes de fin d’année. Je me rappelle qu’il y a une quinzaine d’années, j’étais allée voir une famille qui vivait dans un bidonville sordide, en banlieue d’une capitale en Afrique de l’Ouest, accompagnée par le patron d’une association qui lui venait en aide au quotidien. C’était à la même période. Et une petite fille m’avait accueillie tout sourire en me tendant une petite cuillère de sucre: «Aujourd’hui, c’est la fête Tiens, prends-en un peu!» En ces moments, je repense parfois à elle, et me dis que si je devais faire un vœu, ce serait qu’elle s’en soit sortie, qu’elle se trouve loin de cette précarité et de sa bien triste enfance, qu’elle ait trouvé un travail et fondé une famille – pourquoi pas? Et puisque c’est justement une période où l’on peut se permettre de faire des souhaits, même complètement fous et irréalisables, imaginons que le passage en 2026 ait le pouvoir insensé d’éradiquer non pas la pauvreté, mais au moins l’extrême pauvreté en Afrique.

Les États pourraient alors en faire leur absolue priorité dès le 1er janvier. En mettant les bouchées doubles sur les politiques sociales et les soutiens solides en tout genre: l’accès à la formation, à l’emploi, à la santé, au logement… Et certes, c’est un vœu pieux, comme on dit. Mais si, au moins, on en prenait un peu la direction, en réduisant le nombre de gens qui ne s’en sortent pas et viennent au monde sans beaucoup d’espoir que la donne change Pour qu’un jour, plus jamais, une petite fille n’ait qu’une cuillerée de sucre pour fêter la fin de l’année. Une excellente nouvelle année à tous. ■

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