YVES SAINT LAURENT
BETTY CATROUX YVES SAINT LAURENT Féminin singulier
Feminine singular
BETTY CATROUX
Féminin singulier Feminine singular
Qu’est-ce qui fascine tant Yves Saint Laurent chez Betty Catroux lors de leur rencontre en 1967 ? Voit-il en elle son idéal androgyne, l’attitude taillée pour son smoking ? Devine-t-il son alter ego, l’indépendance d’un caractère et, sous la nonchalance chic, la difficulté à être, les tentatives de fuite hors de la réalité ? Pressent-il qu’elle incarnera, mieux que quiconque, l’énigme fascinante et la longue silhouette affûtée Saint Laurent, sacrées à travers le monde et audelà des modes ? « Il a eu un coup de foudre, répond Betty. Il m’a demandé de défiler pour lui. Je lui ai ri au nez. Il a pris mon téléphone et on ne s’est plus jamais lâchés. » When they met in 1967, what was it about Betty Catroux that fascinated Yves Saint Laurent so much? Did he see in her his andro gynous ideal, the perfect shape for his tuxedo? Did he sense in her his alter ego, an independent personality and, behind the chic nonchalance, the complexity of being alive, the attempts to escape reality? Did he recognize that she would personify, better that anyone else, the fascinating enigma of Saint Laurent and his long silhouettes, celebrated around the world and immune to passing trends? “It was love at first sight,” Betty answers. “He asked me if I would model for him. I laughed out loud. He took my phone number, and from then on never let me go.”
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I met Betty Catroux at the opening of the Musée Yves Saint Laurent in Marrakech. What to expect? I didn’t know, really. You think you know everything about her: her allure, that strand of bright blond hair falling over dark glasses, that long, lean silhouette, slightly boyish yet very feminine—the so-called “bipolar” double of Monsieur Saint Laurent. A sort of abstract icon. In truth, she is all that and something else too: a woman who moves, thinks, laughs and embodies the spirit of Saint Laurent, just like that, without any great fanfare. Betty lives and breathes Saint Laurent. Everything that makes up the house’s aura—an allure, a mystique, an almost nefarious aspect, an elusive yet desirable nature—finds its powerful expression in Betty. I was very honored when she agreed to pose for my campaign. In the images shot by David Sims, she is simply herself. She is living proof of Saint Laurent’s timelessness and dynamism. Saint Laurent is to be worn, noticed, discussed; it is never lukewarm and that’s how it should be. This modernity, this edginess, is front and center in the exhibition dedicated to Betty and her style by the Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent and I extend my thanks to Madison Cox, its president, for granting me carte blanche on this occasion. There is a true lesson here, not only in allure but also in liberty and independence. In a time when people no longer take risks for fear of being judged amid an atmosphere of rampant puritanism, this lesson is more important than ever. A chiffon veil caressing a breast, a tuxedo jacket worn open over bare skin, riding boots, a man’s coat almost grazing the floor, a thick leather bomber jacket: all these details have their place in everyday life, on the street. Sex and seduction are also part of women’s personalities. This was true during Saint Laurent’s time and it must still be true today. Otherwise, what’s the point of talking about feminism? That said, don’t expect to find in this exhibition a definitive handbook on “How to become the perfect Saint Laurent woman.” With Betty, there is always also that mysterious side, that persistent ambiguity that resists all definition. More than just chic; more than just a body. Betty incarnates that shadow, full of tension and enigma, at the core of every one of us—and that Saint Laurent’s fashion is made to reveal and express to the fullest. A risk worth taking.
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« Ce sont ces fameuses séquences de rehab à l’Hôpital américain. On n’était pas dans la même chambre mais il venait me voir. Il avait la manie des cheveux propres, d’où le petit mot. On avait le même docteur. On n’attendait qu’une chose : sortir pour recommencer tout pareil. C’était le projet. » “There were those famous rehab sessions at the American Hospital. We weren’t in the same room, but he would come see me. He was obsessed with clean hair. We had the same doctor. We just had one thing in mind: to get out and start all over again. That was the project.” Betty Catroux
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les tentatives de fuite hors de la réalité, le goût des vertiges stupéfiants qu’il connaît tant ? Ou flaire-t-il encore un puissant et semblable instinct de séduction, déployé comme l’aphro disiaque nécessaire de l’existence ? « Il a eu un coup de foudre et il m’a draguée, se souvient- elle. Il avait son air de toujours s’ennuyer et comme il était farouche, il a envoyé un garçon de sa table m’accoster. Je me suis assise avec lui et il m’a fait les compliments habituels… Je l’ai trouvé follement sympathique, drôle, méchant. C’est vrai qu’on se ressemblait un peu. Il m’a demandé de défiler pour lui. Je lui ai ri au nez, alors que toutes les filles ne rêvaient que de ça. Il a pris mon téléphone et ne m’a plus jamais lâchée. » 1967 est un grand cru dans l’histoire des muses, ces créatures hors sol dotées d’un indéfinissable et irrésistible « je-ne-sais-quoi » qui enflamme l’imaginaire et l’inspiration des artistes. Serge Gainsbourg rencontre Brigitte Bardot à qui il offre un premier « Contact » et une chevauchée torride en « Harley Davidson » ; la brûlante Nico aux yeux de glace tombe Lou Reed qui lui écrit « I’ll be your mirror », extrait du mythique « The Velvet Underground & Nico » ; Leonard Cohen, obsédé par Suzanne Verdal, une danseuse hippie de Montréal, dégaine son hymne spleen « Suzanne » ; et Yves Saint Laurent s’entiche de Betty Catroux, son amazone ambiguë et affranchie, ligne de boa au zénith de sa pureté. « J’ignore le rôle d’une muse, dit-elle. C’est mystérieux et ça doit le rester. Je ne fais pas d’analyse. J’étais là, tant mieux pour Yves s’il était fou de moi et que je l’inspirais. Je dis toujours que je n’ai aucun talent si ce n’est le talent d’attirer les talents. Mon physique étrange, le fait que je ne ressemble à personne, c’est mon capital numéro un. » Une fille unique donc, au sens propre comme au figuré. Naissance au Brésil où elle vit jusqu’à l’âge de quatre ans. Sa mère, Carmen Saint, une mondaine en vue, grande séduc trice, y a épousé un Brésilien très riche avant de s’exiler à Paris, dans le charme délavé du XVIe arrondissement, où elle refait sa vie avec un industriel français. L’instinct très tôt affûté, Betty devine qu’elle est en fait la fille d’un « ami » de sa mère, Elim O’Shaughnessy, un diplomate américano- irlandais, sosie de Peter O’Toole qui, à chaque fois qu’il fait escale en France, l’emmène déjeuner au Ritz et la couvre de cadeaux. « Son extrême gentillesse et ma ressemblance frappante avec lui m’ont ouvert les yeux, raconte-t-elle. Ma mère n’a fait que confirmer ce que je soupçonnais. »
Sur la photo, elle est allongée nue, chez elle, à même un sofa en dentelle écrue recouvert d’un kilim sombre. Une vénus moderne, d’un mètre quatre-vingt-trois délié à la perfection. Le mystère sous la peau. Visage émacié, le regard ailleurs à l’ombre d’une frange blonde comme un morceau de soleil brisé, les cheveux à l’assaut d’un torse de garçon et des jambes kilométriques, interminables, dont le tracé sans faute aurait pu voir le jour sous la mine du crayon de Kiraz. Ce noir et blanc glacé et troublant de Betty Catroux est signé Helmut Newton. C’est le portrait étendard d’une muse inclassable. Il date de 1980. Treize ans plus tôt, dans le cadre Art déco du New Jimmy’s, boulevard du Montparnasse, un ex-club de striptease transformé en boîte à la mode, Betty, silhouette en I lézardée par des stroboscopes survoltés, danse avec sa petite copine de l’époque, son « unique relation homosexuelle ». Elle occupe l’espace de façon miraculeuse. L’esprit embrumé par la fumée de clopes, quelques vodka-tonic et les riffs du « Love Me Two Times » des Doors, elle ignore encore que cette nuit va changer sa vie. Yves Saint Laurent, blond platine, gabarit effilé en jean et cuir noir, assis à une table, ne la quitte pas des yeux. Et elle, que porte-t-elle ? « Aucune idée dit-elle, les vêtements ne m’ont jamais intéressée et la mode, je m’en moque. » Pourtant, elle n’ignore rien de l’identité du génie timide qui l’observe de loin dans l’obscurité. Comment pourrait-il en être autrement ? Dès 1957, Saint Laurent, vingt et un ans seulement, se frottait à la gloire en succédant triomphalement à Christian Dior. En 1961, il ouvrait sa propre maison, épaulé par Pierre Bergé, son compagnon et mentor, tenace et incisif. Le temps d’un éclair, le couturier inventait un style pur et essentiel, exprimait la libération d’une époque et jetait les bases de l’allure moderne. C’est le now look. Une série de séismes dans l’histoire de la mode : détournement habile de classiques masculins, le caban, le pantalon, la marinière ; ruée vers l’art, la collection Mondrian ; la révolution du smoking pour femme, et bientôt la saharienne pour les deux sexes. Mais cette nuit-là, qu’est-ce qui fascine tant Saint Laurent chez Betty Catroux ? Voit-il en elle son idéal andro gyne, l’attitude taillée pour son smoking qu’elle sera la première à porter sans rien en dessous, satin de la doublure à même la peau ? Devine-t-il son alter ego, l’indépendance d’un caractère, le voile de l’indifférence sur la pupille ? Pressent-il, sous la nonchalance chic, l’ennui de vivre, la difficulté à être,
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On se sent comme dans sa peau, dans mon cas, je me sentais enfin bien dans ma peau, c’est une merveille d’être en smoking Saint Laurent. C’est l’équilibre parfait. […] Je le porte toujours pareil, nue sous la veste, pas de chemise, pas de bijoux, rien. You feel like you’re wearing a second skin. In my case, I finally felt comfortable with my body; it is glorious to wear a Saint Laurent tuxedo. It’s the perfect balance.… I always wear it the same way: nude under the jacket, no shirt, no jewelry, nothing. Betty Catroux
Betty Catroux, années 1990. Photographie de Paolo Roversi. Betty Catroux, 1990s. Photograph by Paolo Roversi. p. 130-131 : De gauche à droite : M. Alain, Mme Colette, Mme Georgette, M. Jean-Pierre, M. Philippe, Mme Frédérique, Pierre Bergé, Amalia Vairelli, Moujik III, Yves Saint Laurent, Catherine Deneuve, Loulou de La Falaise, Anne-Marie Muñoz et Betty Catroux, salons du 5 avenue Marceau, Paris, 2000. Photographie d’Annie Leibovitz, parue dans Vogue (États-Unis), septembre 2000. Left to right: Mr. Alain, Ms. Colette, Ms. Georgette, Mr. Jean-Pierre, Mr. Philippe, Ms. Frédérique, Pierre Bergé, Amalia Vairelli, Moujik III, Yves Saint Laurent, Catherine Deneuve, Loulou de La Falaise, Anne-Marie Muñoz and Betty Catroux, haute couture salons at 5 avenue Marceau, Paris, 2000. Photograph by Annie Leibovitz, published in Vogue (US), September 2000.
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Carte de Betty Catroux adressée à Yves Saint Laurent. Card from Betty Catroux addressed to Yves Saint Laurent.
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