Les premiers secours en Anniviers Partie 3 : la colonne de secours
A
vez-vous déjà croisé dans la montagne, alors que vous vous promeniez tranquillement sur les sentiers d’altitude, une colonne d’humains aux visages concentrés qui grimpaient la pente à toute vitesse, sans effort apparent, l’air déterminé, volant vers un but mystérieux ? Ce jour-là, vous avez peut-être été dépassé par la colonne de secours d’Anniviers, comme ce fut mon cas il y a quelques années. Ce bref moment m’avait laissé un souvenir indélébile. À cette époque, je ne connaissais même pas l’existence de la colonne de secours et il émanait de ce groupe de marcheurs une aura indéfinissable. Ils semblaient obéir à un appel irrésistible et impérieux. L’injonction muette qui les avait mis en mouvement appartenait à un autre monde, celui des cimes à la beauté cruelle et lourde de menaces. La colonne de secours fascine, mais finalement qu’estce que c’est ? Le secours régional se divise en deux parties : la colonne de secours et les First, les premiers répondants, des habitants locaux formés aux premiers secours et prêts à intervenir lors d’un appel urgent au 144. Nous avons déjà parlé des First dans un texte intitulé Les premiers secours en Anniviers (partie 2) ; si vous avez raté l’article, vous pouvez le retrouver dans l’édition d’automne du journal Les 4 Saisons, numéro 56 (j’en profite pour vous dire qu’il est possible de consulter les anciens numéros de votre trimestriel préféré sur le site https://www.anniviers. org). Dès 1860, l’essor de l’alpinisme dans les Alpes apporta son lot d’accidents et de drames, obligeant de plus en plus souvent des sauveteurs à affronter les dangers de la haute montagne pour porter secours aux
Montée d’un talus
« conquérants de l’inutile ». Mais « le grand public – pas seulement en Suisse – peu enthousiaste, était contre le fait que les pouvoirs publics portent secours aux alpinistes en détresse1 ». C’est donc le club alpin suisse qui organisa en 1901 une unité de sauvetage interne au club, forma des sauveteurs, travailla à la prévention des accidents et défendit les valeurs de l’entraide en montagne. Mais par la suite, comme de plus en plus d’alpinistes qui n’étaient pas membres du club alpin faisaient tout de même appel à son service de secours, le club décida de créer, un siècle plus tard, en 2005, et en collaboration avec la Rega, la Fondation du secours alpin suisse. En Valais aujourd’hui, le sauvetage est assuré par une organisation propre au canton, l’OCVS ou Organisation Cantonale Valaisanne des Secours. Ne pas risquer une vie pour en sauver une autre La colonne de secours était donc à l’origine ce poste de sauvetage organisé par le club alpin. Mais pourquoi appeler cela une colonne ? Comme l’explique Emmanuel
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Zufferey, chef opérationnel du secours régional, « tout simplement parce qu’en montagne, on marche en colonne, car il n’y a souvent qu’un seul sentier, sur lequel le premier fait la trace tandis que les autres suivent derrière2 ». Quelques dizaines d’années plus tard, l’apparition des stations de ski, l’engouement pour la pratique des sports de neige fraiche et la problématique du sauvetage lors d’avalanches donna une nouvelle importance à la colonne de secours et un coup d’accélération à son développement. Les équipes de patrouilleurs et les guides des stations de ski faisaient autrefois tous partie de la colonne de secours locale et « c’était eux qu’on mobilisait quand il fallait envoyer quelqu’un au Grand Mountet pour descendre un mort ou un blessé2 ». Emmanuel se rappelle qu’autrefois la colonne de secours était aussi une colonne de numéros de téléphone. En cas d’accident, il fallait appeler chaque personne l’une après l’autre pour parvenir à réunir fastidieusement toute la colonne, avant de pouvoir partir au secours d’un alpiniste en détresse, car « pour porter un blessé du Grand Mountet jusqu’à Zinal,