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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

REFLEXION INITIALE SUR COMMENT METTRE EN OEUVRE LE DROIT A L’EAU DANS LES PAYS D’INTERVENTION WASH (ACF-IN)

Réalisé par Charlotte Benoit Stagiaire Droit à l’eau Sous la supervision de Julie Aubriot Direction Scientifique et Technique ACF-France Avril 2009

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Remerciements Ce mapping sur le droit à l’eau dans les pays d’intervention ACF-IN et les premières pistes avancées pour son opérationnalisation ont été rendues possibles grâce aux efforts et à la disponibilité de l’ensemble des membres de l’équipe WASH d’ACF-Fr, avec qui des discussions enrichissantes et constructives ont été partagées. Merci en particulier à ma directrice de stage, Julie Aubriot, chercheuse au sein de la direction Scientifique et Technique de ACF-France ainsi qu’à l’Expert WASH Dr. Jean Lapegue, de ladite direction.

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Table des matières Remerciements ................................................................................................ 3 Summary................................................................................................................... 5 Introduction .......................................................................................................... 7 Contexte de réalisation de l’étude ......................................................................................................... 7 Objectifs de l’étude ................................................................................................................................ 7 Méthode de travail ................................................................................................................................. 7 Rationale ................................................................................................................................................ 8

A – Les 9 missions ACF-IN championnes pour la reconnaissance du droit à l’eau ....................................... 11 Amérique latine : Colombie et Bolivie .................................................................................................. 11 Afrique.................................................................................................................................................. 14 Asie ...................................................................................................................................................... 16

B – Focus sur les 18 missions d’ACF- France..... 17 ère

1 « catégorie » : les 9 pays d’ACF-Fr, potentiels terrains d’action pour l’opérationnalisation du droit à l’eau........................................................................................................................................... 17 ème

2 « catégorie » : les 8 pays d’ACF-Fr où l’opérationnalisation du droit à l’eau sera difficile à mener. .................................................................................................................................................. 17

C – Autres missions d’ACF–Sp et ACF-US .............. 18 Court terme et transversal: sensibilisation et formation en interne...................................................... 23 Moyen terme : réalisation d’une étude de faisabilité approfondie ....................................................... 23 Long terme : mise en œuvre des projets pilotes.................................................................................. 24 Transversal : la recherche de financements........................................................................................ 24 Obstacles internes et externes à la mise en oeuvre du droit à l’eau ................................................... 25 Concrétisations prochaines pour ACF-IN ............................................................................................ 26 Conclusion ........................................................................................................................................... 26

ANNEXES ............................................................................................................... 27

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Summary Two years ago ACF-FR carried out an across-the-board study of the right to water that has enabled the Organization to acquire international recognition and an acknowledgement of its legitimacy on the overall issue of the right of water. In April 2009, ACF-FR began a preliminary study on how to best to ensure the application of the right of water, the main lines of which focus on: • Mapping ‘organize in a hierarchy’ and identify ACF-IN countries where the right of water could be applied by means of a study of legal systems and judicial frameworks and the level of development of civil society. • Proposing a strategy that would ensure the application of the right of water in cooperation with WASH team members and in light of individual and collective discussions with them. The following results have come out of the preliminary study on these two aspects: Hierarchy/mapping: ACF-IN countries of key importance

ACF-FR countries of prime importance

ACF-FR countries not selected

- Colombia - Bolivia - Nicaragua - Guatemala - Peru - Philippines - Congo - Kenya - Uganda

- Liberia - Burkina Faso - Sierra Leone - Ivory Coast - CAR - Bangladesh - Indonesia - Mongolia

- Afghanistan - Burma - Zimbabwe - Ethiopia - Somalia - Chad - Laos - Nepal

Reasons: - right of water admitted on a national and international levels - well organized civil society

Reasons: - stability and good level of governance - relatively well organized civil society

Reasons: - unfavourable internal situation (fragile States, etc.), or - closing of mission in progress

ACF-IN countries requiring further investigation - Armenia, Azerbaijan & Georgia - Mauritania - Mali - Guinea - Niger - Syria - Lebanon - Pakistan - Malawi Reasons: - Further investigation will be carried out for these countries

Proposed strategy: Timing Short term and Continuous (transversal) Medium-term

What? Training ACF staff

Feasibility study and kit of activities

Long -term

How? Training materials (booklets and self-training CD)

Why? Disseminate knowledge on the right to water

Temporary work contract / professional training, probable Time: 5 months. Work at Head Office before moving to the field

Based on two or three pilot countries prepare an ACF-IN methodological kit that could be duplicated including: - matrix of ‘feasibility study' of application of the right - potential activities that could be integrated across standard WASH projects

Identify pilot missions Conduct pilot projects Fund research

Long- term

Replication

Fund research

Right of water really made possible across standard WASH projects of the ACF-IN missions Duplicate on a pre-defined larger scale

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Introduction Contexte de réalisation de l’étude ACF-Fr entreprend la réalisation d’un mapping sur le droit à l’eau pour l’ensemble des pays d’intervention d’ACF-IN où des projets WASH sont menés (38). En effet, aujourd’hui, ACF-Fr est arrivé à un certain niveau de ‘maturité’ après près de deux années consacrées au thème du droit à l’eau, dans ses aspects avant tout théoriques, notamment via la réalisation de :  Une étude intitulée « The right to water : emergence, definition, current situation and stakeholders positions » et un papier de positionnement réalisés en 2007.  D’activités de plaidoyer via, par exemple, la présentation du positionnement d’ACF sur le droit à l’eau au Parlement européen en 2006 (AMECE).  La mise en œuvre d’un projet de formation des acteurs de l’eau avec le Global WASH Cluster (organisation et l’animation de cinq ateliers sur le droit à l’eau au cours des premiers mois de 2009 ; réalisation d’un CD d’auto formation ; réalisation d’un livre « the human right to water and sanitation in emergency situations : the legal framework and a guide to advocacy»). ème  Une active participation au 5 Forum Mondial de l’Eau à Istanbul en mars 2009 (coordination de la session officielle 4.14) Ces différentes activités ont permis à ACF-Fr d’acquérir un excellent positionnement au niveau international et une véritable légitimité sur la thématique du droit à l’eau. De ce fait, il est temps pour ACF de commencer à envisager de mettre en oeivre le droit à l’eau et de rapprocher cette thématique des activités WASH menées sur le terrain, alors qu’elle était jusqu’à présent plutôt développée ‘en parallèle’. Fort de ce constat, ACF-Fr a fixé l’opérationnalisation du droit à l’eau dans son plan d’action de 2009, faisant de cette thématique une priorité opérationnelle pour l’année à venir.

Objectifs de l’étude Ce document répond donc à deux objectifs : • Réaliser le mapping, c'est-à-dire étudier, pour l’ensemble des pays d’ACF-IN, le cadre légal et juridique et les mobilisations éventuelles de la société civile, en vue de « hiérarchiser » les pays où potentiellement le droit à l’eau pourrait être opérationnalisé. • Etablir des pistes d’action pour l’opérationnalisation du droit à l’eau au sein des missions de ACF, suite aux entretiens individuels & collectifs avec les membres de l’équipe WASH

Méthode de travail Notre démarche s’est distinguée en quatre étapes : • ETUDE - Le mapping sur le droit à l’eau a été réalisé pour les 38 pays où ACF-IN mène des projets WASH (6 en Amérique latine, 16 en Afrique et 16 au Proche et Moyen Orient et en Asie). Ce mapping a consisté à répertorier les pays dans lesquels le droit à l’eau est reconnu par l’Etat : c'est-à-dire étudier la constitution, les lois nationales et les éventuelles stratégies nationales instaurées pour la mise en oeuvre de ce droit. Ce premier volet s’est doublé par l’étude des mobilisations de la société civile pour la reconnaissance de ce droit. • ECHANGES - Au cours de l’étude, les premières pistes de proposition pour l’opérationnalisation du droit à l’eau ont fait l’objet de discussions avec les membres de l’équipe 1 WASH . • RESTITUTION - La restitution du travail a été réalisée en réunion technique le 23 avril 2009. • FINALISATION et DISSEMINATION de ce rapport, finalisé suite aux échanges individuels et collectifs réalisés avec l’équipe. Il convient de souligner que le temps imparti pour réaliser cette étude a été très court (1 mois). Il s’agit d’un premier travail de ‘déblayage’ qui mérite d’être approfondi et poursuivi (voir notamment dans la partie « propositions »).

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Entretiens avec Nicolas Guilbert (le 16/04/09), Lisa Rudge (le 16/04/09), Pierre Yves Rochat (le 22/04/09) et Jean Lapègue (le 22/04/09).

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Rationale Selon l’article “Right to water and access to water: an assessment”, réalisée par P.B. ANAND2, il n’y a pas de corrélation systématique entre la reconnaissance du droit à l’eau et l’augmentation effective du nombre de personnes ayant accès à l’eau. L’auteur illustre ses propos avec l’exemple de l’Afrique du Sud qui a reconnu depuis plus de dix ans le droit à l’eau : même si cette reconnaissance a tout de même contribué à diminuer l’insécurité hydrique, elle n’a pas permis d’augmenter de façon décisive le nombre de personnes ayant accès à l’eau. Néanmoins, dans d’autres pays tels que l’Ouganda ou l’Ethiopie, l’institutionnalisation et la mise en place du droit à l’eau se sont avérées positives en matière de meilleur accès à l’eau potable et à l’assainissement. En outre, il existe un lien positif entre ‘bonne gouvernance’ et accès à l’eau. Autrement dit, il apparaît qu’un haut niveau de «voice and 3 accountability» et la présence de mécanismes de contrôle et de garanties favorisent la mise en place de politiques et de stratégies nationales en matière d’eau et d’assainissement en faveur des personnes les plus démunies. Le droit à l’eau apparaît comme un levier important qui encourage et améliore ces «voice and accountability », et dans ce sens, peut contribuer à améliorer l’accès effectif à l’eau et à l’assainissement. Ainsi, institutionnaliser le droit à l’eau et l’inscrire dans la constitution sont une condition favorable pour atteindre l’objectif de réduction du nombre de personnes n’ayant pas accès aux besoins élémentaires en eau et assainissement. 4

Enfin, certains bailleurs de fonds internationaux tels que UN-Habitat, SDC , DFID ou encore la GTZ innovent en mettant en avant la volonté de financer des projets WASH avec une approche par le droit, c'est-à-dire en insistant et en se focalisant sur les aspects institutionnels, de gouvernance et de sensibilisation de la société civile aux droits relatifs à l’eau. Il s’agit d’une approche nouvelle qui se concrétise notamment par l’implication et l’appui de ces bailleurs dans les réformes du secteur de l’eau en partenariat avec les autorités nationales. Ce sont des projets réalisés en complémentarité avec des projets WASH plus traditionnels et opérationnels. C’est donc une formidable opportunité à saisir pour ACF en termes de nouvelles possibilités de financement et de diversification des bailleurs traditionnels. Bailleurs

UN-Habitat

SDC

DFID

GTZ

Position/activités sur le droit à l’eau UN Habitat :  a été l’un des leaders à Istanbul pour le droit à l’eau (coordinateur de l’ensemble des sessions droit à l’eau);  travaille de concert avec des ONG comme COHRE en impulsant des projets opérationnels et de recherches relatifs au droit à l’eau ;  a notamment publié le Manuel sur le droit à l’eau et à l’assainissement dont l’objet est d’assister les Décideurs politiques dans l’implantation du droit à 5 l’eau au niveau national (2008) . Le droit à l’eau est au cœur de l’approche de la coopération suisse qui favorise le renforcement des mécanismes de gouvernance et apporte un support pour réformer et élaborer des stratégies nationales en matière d’eau et 6 d’assainissement dans ses pays d’intervention . La SDC travaille notamment en collaboration avec des ONG internationales sur la sensibilisation et le plaidoyer en faveur du droit à l’eau. Le droit à l’eau est un aspect important dans la perspective des projets menés par DFID. Il favorise notamment le renforcement des mécanismes de gouvernance et des capacités des acteurs de l’eau dans ses pays d’intervention, en apportant un support aux gouvernements dans l’élaboration des plans d’action en matière d’eau et d’assainissement. (voir le positionnement de DFID sur le droit à l’eau/2006) Le droit à l’eau est au cœur de l’approche de la GTZ qui appuie les réformes du secteur de l’eau dans ses pays d’intervention, en partenariat avec les autorités locales (Kenya, Ouganda, RDC).

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Anand (P.B.) Right to water and access to water: an assessment, Journal of International Development, 2007, vol. 19, n°4, p. 511–526

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Cf. Rencontres au Forum Mondial de l’Eau à Istanbul entre ACF et ces deux bailleurs.

5 Cf Voir le manuel dans son intégralité intitulé ‘Manual on the right to water : a tool to assist policy makers and practitioners develop strategies for implementing the human right to water and sanitation’ rédigé en collaboration avec SDC et COHRE, disponible sur le site de UN-Habitat à l’adresse suivante www.unhabitat.org/pmss/getPage.asp?page=bookView&book=2536. 6 Pour plus d’informations, se reporter au site à l’adresse suivante : www.deza.admin.ch/ressources/resource_en_170500.pdf.

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PARTIE 1

Cartographie du droit à l’eau dans les pays d’ACF-IN

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A – Les 9 missions ACF-IN championnes pour la reconnaissance du droit à l’eau Parmi les 38 pays d’intervention d’ACF-IN, 6 reconnaissent explicitement le droit à l’eau à deux niveaux : international et national. Ils ont ratifié les instruments internationaux reconnaissant le droit à l’eau et ont inclus ce dernier dans la constitution et/ou les lois nationales. Ce sont : Pays - Colombie - Bolivie - Philippines - République démocratique du Congo (RDC) - Kenya - Ouganda

Siège ACF Madrid

New York

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La ratification des instruments internationaux reconnaissant le droit à l’eau est une première étape importante dans le processus de mise en place effective de ce droit au plan interne. Ainsi, parmi les 6 pays d’ACF-IN qui reconnaissent explicitement le droit à l’eau dans leur constitution, tous avaient préalablement ratifié les conventions internationales qui définissent et reconnaissent le droit à l’eau comme droit humain fondamental. Il s’agit de : • Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels (1966) (art. 11, 12) ; • Convention internationale sur les droits de l’enfant (1989) (article 24) ; • Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979) (article 14). Ces 6 Etats ont également ratifié les conventions régionales qui reconnaissent le droit à l’eau : • Amérique latine : le Protocole de San Salvador (protocole additionnel à la convention interaméricaine des droits économiques, sociaux et culturels en 1989) (article 11.1). • Afrique : la Charte africaine des droits et du bien être de l’enfant. (1979) (article 14). Globalement, il s’agit également de pays où : • Il y a une forte mobilisation sociale en faveur du droit à l’eau et/ ou ; • Un acteur extérieur (bailleur, etc.) intervient auprès des acteurs nationaux pour que le droit à l’eau soit reconnu.

 Le contexte d’émulation pour la reconnaissance du droit à l’eau dans ces six pays en ferait un terrain propice pour lancer les premières activités d’opérationnalisation du droit à l’eau.

Amérique latine : Colombie et Bolivie Le contient latino-américain jouit d’une « effervescence régionale » qui s’est précisée au cours de la dernière décennie. Quelques éléments : • Des réseaux transnationaux ont émergé en Amérique latine ces dernières années pour la reconnaissance du droit à l’eau : il s’agit par exemple du Réseau Vigilance Interaméricaine 8 pour la défense et le droit à l’eau (RED VIDA ) créé en 2003 qui regroupe 16 pays du continent latino-américain. Il œuvre pour la défense de l’eau comme bien public et comme 9 droit humain fondamental. Le Réseau centraméricain d’action de l’eau (FANCA ) défend le principe selon lequel l’accès à l’eau et à l’assainissement est un droit humain fondamental. 10 • Le Tribunal latino-américain de l’Eau a été créé en 1998. Sa priorité est de garantir l’approvisionnement en eau comme droit fondamental (ses décisions n’ont pas de caractère obligatoire). 7

Voir annexe 1 pour plus de détails. Voir le site Internet du réseau à l’adresse suivante : www.laredvida.org. Ce réseau est essentiellement composé d’organisations de consommateurs, d’organisations communautaires, d’organisations de femmes, d’activistes pour les droits de l’homme ou encore d’organisations indigènes. 9 Voir le site Internet du réseau à l’adresse suivante : www.fanca.co.nr. 8

10 Voir le site du Tribunal interaméricain de l’eau à l’adresse suivante : www.tragua.com Il s’agit d’une plateforme de justice alternative.

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• •

Au niveau des Etats, une solidarité régionale est présente et s’est notamment manifestée en mai 2007 à l’initiative d’Evo Morales qui réclamait l’adoption d’une convention interaméricaine sur l’Eau reconnaissant le droit à l’eau. Cette initiative n’a pas abouti. Cependant la même année, les ministres de l’Environnement de Bolivie, de Colombie, du 11 Pérou et d’Equateur ont adopté une déclaration ministérielle à travers laquelle ils « s’efforcent à rendre l’eau potable et les services d’assainissement accessibles à toutes les personnes, ce qui relève de la juridiction de chaque Etat, sur la base de la nondiscrimination, du partenariat et de la soutenabilité environnementale ». Lors des forums mondiaux de l’eau de Mexico (2006) et d’Istanbul (2009), les Etats latino-américains ont été particulièrement actifs en se prononçant en faveur du droit à l’eau. A Istanbul, une coalition menée par le Vénézuela, la Bolivie, Cuba, le Guatemala, le Honduras, le Panama et le Paraguay a joué un rôle clé dans la rédaction de la contre 12 déclaration qui reconnaît l’accès à l’eau et à l’assainissement comme un droit humain . Ils se sont engagés à mener les actions nécessaires pour la mise en oeuvre de ce droit. Les mobilisations pour la reconnaissance et l’application du droit à l’eau s’inscrivent dans des revendications plus larges de protection de l’environnement. Enfin, les mobilisations sont souvent liées à des revendications plus larges de lutte contre la privatisation des services d’eau.

A travers les tableaux qui suivent, nous allons étudier la situation du droit à l’eau en Colombie et en Bolivie. Nous pouvons également ajouter trois autres pays latino-américains dont les processus institutionnels sont moins avancés puisqu’ils n’ont pas reconnu explicitement le droit à l’eau, mais qui profitent largement de l’émulation régionale. Ce sont le Nicaragua, le Guatemala et le Pérou. Tableau 1 – Quelques éléments sur la reconnaissance du droit à l’eau en Bolivie Reconnaissance du droit à l’eau dans la constitution Nouveautés et lois en faveur du droit à l’eau

Mobilisations de la société civile

La Constitution a été adoptée le 25 janvier 2009 par référendum : • « Chaque personne a le droit à l’eau et à l’assainissement.» (article 16) • « Toute personne a droit à l’accès universel et équitable aux services basiques d’eau potable (…) l’accès à l’eau et à l’assainissement constitue des droits humains.» (article 20) Le Ministère de l’Eau a été crée en 2006 (premier d’Amérique latine), le ministre de l’eau Abel Mamani est très engagé pour le droit à l’eau. En outre, la Loi « Agua para la Vida » (l’eau pour la vie), rédigée en mai 2006, est toujours en discussion et le débat sur les amendements est en cours. Elle reconnaît le droit à l’eau et à l’assainissement comme un droit humain 13 fondamental . A partir de 2000, il y a eu de larges mobilisations sociales pour un accès à l’eau pour tous, notamment à Cochabamba. Cet évènement que l’on a appelé la «Guerre de l’eau » a débuté par la mobilisation contre la privatisation de l’entreprise de services publics d’eau de Cochabamba. Plus récemment, les ONG locales et les organisations communautaires se sont mobilisées pour l’adoption de la loi « Agua para la vida » (2006-2007).

Dans la même logique que la Colombie et la Bolivie, des initiatives sont menés au Pérou, au Guatemala et au Nicaragua en faveur du droit à l’eau : • •

Des mobilisations sociales dynamiques sont présentes dans ces pays. Celles-ci s’inscrivent dans une lutte plus large de protection des ressources naturelles. Ces trois pays ont tous ratifié les conventions internationales et régionales reconnaissant le droit à l’eau, mais ils n’ont pas explicitement reconnu le droit à l’eau dans leur constitution.

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Voir l’intégralité de la Déclaration de Santa Cruz de la Sierra à l’adresse suivante : www.comunidadandina.org/desarrollo/santa_cruz2007.pdf Cuba, l’Equateur, la Bolivie et le Vénézuela étaient déjà à l’initiative de la contre-déclaration à Mexico trois ans auparavant. 13 Voir l’intégralité de la loi « Agua para la vida » à l’adresse suivante : www.aguabolivia.org/fe/ForoAguaVida/LEYAGUAPARALAVIDA.html 12

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Tableau 2 – Quelques éléments sur la reconnaissance du droit à l’eau en Colombie Reconnaissance du droit à l’eau dans la constitution

Mobilisations de la société civile

Appuis extérieurs

Constitution, 1991 : « L’objet fondamental de l’Etat est de garantir les besoins insatisfaits en matière de santé, d’éducation, d’assainissement et d’eau potable.» (article 366) La cour constitutionnelle colombienne a d’ailleurs reconnu le droit à l’eau comme partie du droit à la vie, droit constitutionnel, dans un cas porté devant cette cour en 1992. 14 • Un rassemblement de 152 ONG a créé la plate-forme Ecofondo qui plaide pour la reconnaissance du droit à l’eau comme droit humain fondamental (2007). • Le CNDV (Comité National de Défense de l’Eau et de la Vie) a récolté plus de 2 millions de signatures émanant de citoyens colombiens (1,6 millions étaient nécessaires) pour qu’un référendum soit organisé afin de préciser et de compléter la section sur le droit à l’eau dans la constitution. Ces signatures ont été remises au Sénat (2008). Les articles et amendements sont en cours de discussion : le referendum aura lieu quand il y aura consensus sur ces amendements, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. En effet, les ONG souhaitent ajouter 4 articles dans la constitution relatifs au droit à l’eau : - « l’eau comme un droit fondamental pour tous les colombiens» - « la garantie d’un minimum vital» - « pas de privatisation des services d’approvisionnement d’eau et d’assainissement et que ces derniers soient réalisés par des entités publiques ou des organisations communautaires sans but lucratif » - « la garantie de la préservation effective de l’environnement pour qu’il y ait de l’eau saine ». C’est sur ces 2 derniers articles qu’il n’y a pas de consensus. Le référendum doit avoir lieu en 2009. Pour que les nouveaux articles explicitant et définissant précisément le droit à l’eau soient inscrits dans la constitution, il faudra 7,5 millions de « Oui ». Des personnalités latino-américaines ont apporté leur soutien au référendum (77 signatures ont été récoltées dont celle de l’uruguayen Eduardo Galeno) ; on remarque également le soutien actif de la fondation France Libertés (Danièle Mitterrand).

Globalement, l’émulation créée par les mobilisations de la société civile peut laisser supposer que le droit à l’eau, à l’image des autres pays du continent, sera reconnu prochainement dans les constitutions. Toutefois, les multiples et complexes blocages institutionnels devront être dépassés dans ces pays. Dans les tableaux qui suivent, la situation interne relative au droit à l’eau dans chacun des trois pays est explicitée : Tableau 3 – Quelques éléments sur la reconnaissance du droit à l’eau au Nicaragua Ratification des instruments internationaux Pas de reconnaissance explicite du droit à l’eau dans la constitution Lois nationales Mobilisations de la société civile

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Ratification du pacte international des droits économiques, sociaux et culturels. • Pas de ratification du Pacte de San Salvador. • Pas de mention explicite du droit à l’eau dans la constitution de 1987. • Cependant, le droit à l’alimentation dont le droit à l’eau est intimement lié est reconnu dans la constitution : « c’est le droit des Nicaraguayens d’être protégés contre la faim ». Pas de loi reconnaissant ou en faveur du droit à l’eau. Les mobilisations sociales pour la protection des ressources en eau sont intimement liées aux mouvements indigènes (l’eau et la terre sont les éléments vitaux).

Voir le site internet de la plateforme Ecofondo à l’adresse suivante : www.ecofondo.org.co.

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Tableau 4 – Quelques éléments sur la reconnaissance du droit à l’eau au Guatemala Ratification des instruments internationaux Pas de reconnaissance du droit à l’eau dans la constitution

Lois nationales Mobilisations de la société civile

Ratification du pacte international des droits économiques, sociaux et culturels. • Ratification du pacte de San Salvador. • Pas de mention explicite du droit à l’eau dans la constitution de 1987. • Cependant le droit à l’alimentation dont le droit à l’eau est intimement lié est reconnu dans la constitution : « l’Etat veillera à ce que l’alimentation et la nutrition de la population garantissent un niveau minimum de santé ». Blocages institutionnels, instabilité et corruption. De fortes mobilisations sociales liées aux mouvements de protection de l’environnement sont présentes.

Tableau 5 – Quelques éléments sur la reconnaissance du droit à l’eau au Pérou Ratification des instruments internationaux Pas de reconnaissance du droit à l’eau dans la constitution Lois nationales Mobilisations de la société civile

Ratification du pacte international des droits économiques, sociaux et culturels. • Ratification du pacte de San Salvador. • Pas de mention explicite du droit à l’eau dans la constitution de 1993. • Cependant, les droits à l’intégrité physique, à la santé et au bien être dont le droit à l’eau est intimement lié sont reconnus dans la constitution. Blocages pour instituer de nouvelles lois mettant en place le droit à l’eau et protégeant les citoyens face aux risques de pollution de l’eau. • Fortes mobilisations sociales dans le Nord du Pérou (Combayo) liées aux mouvements de lutte contre la pollution des ressources en eau et aux mouvements paysans pour la protection de leurs 15 terres . • Programme « De l’eau pour tous » lancé par le président Alan Garcia en 2006 avec pour objectif l’accès à l’eau pour tous d’ici la fin de son mandat.

Afrique En Afrique, l’émulation au niveau du droit à l’eau est moindre par rapport au continent latinoaméricain : on ne distingue pas de mobilisations sociales semblables aux mobilisations latinoaméricaines mais des acteurs extérieurs comme la GTZ mettent en place des programmes de réformes du secteur de l’eau dans ces pays. A travers les tableaux suivants, nous analysons la situation dans chaque pays africain d’intervention d’ACF-IN. NB : Avec les deux axes d’études choisis, la RDC reste dans la catégorie des « 9 pays en tête pour la reconnaissance du droit à l’eau » puisque effectivement le droit à l’eau est reconnu dans la constitution. Cependant, face à l’environnement politique incertain et à la destructuration quasi-totale de la population, à la désorganisation et au manque d’infrastructures dans le pays, l’implantation effectif du droit à l’eau est compromise et relève d’un véritable défi.

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Pour plus d’informations, lire l’article à l’adresse suivante : www.noticiasaliadas.org , 31 octobre 2007, n°20.

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009 Tableau 6 – Quelques éléments sur la reconnaissance du droit à l’eau au Kenya Reconnaissance du droit à l’eau dans la constitution

Lois et réformes du secteur de l’eau

Mobilisations de la société civile

Appuis extérieurs

Constitution (Draft 2006) : • « Chaque personne a le droit à l’eau en quantité suffisante et qualité satisfaisante.» (article 65) • « Chaque personne a le droit à un standard raisonnable d’assainissement.» (article 66) • Le Water Act 2002 : nouveau cadre institutionnel pour le secteur . • La Réforme du secteur initiée par le Ministère de l’Eau et de l’Irrigation (MEI) (octobre 2007) en lien avec les OMDs. La « National Water Services Strategy » (2007-2015) inclus l’accès à l’eau potable et l’assainissement comme droit humain fondamental. • Réseaux d’ONG locales qui se mobilisent pour faire reconnaître le droit à l’eau comme ANEW (African Civil Society Network on Water 16 and Sanitation ). Leur rôle est notamment de : - promouvoir le rôle de la société civile dans les prises de décisions ; - Plaidoyer pour que l’Etat s’engage à appliquer le droit à l’eau - créer une plate-forme de connaissances et d’expériences dans le domaine de l’eau et de l’assainissement. • Des ONG internationales sont également actives comme COHRE (www.cohre.org). Depuis 2005, le « Programme Droit à l’eau », en partenariat avec des ONG locales, a pour but : - de renforcer les capacités des acteurs dans le domaine WASH notamment dans les zones périurbaines et les bidonvilles, - de contribuer à développer des rapports critiques sur le droit à l’eau en ciblant les institutions des secteurs clé, notamment le ministère 17 de l’Eau et de l’Irrigation . - Enfin, COHRE fait de la sensibilisation auprès de la population civile pour l’informer de ses droits et réalise des campagnes de 18 formation et d’information . • La GTZ a appuyé la réforme du secteur de l’eau et de l’assainissement en milieu urbain (2002-2008) en partenariat avec le ministère de l’Eau et de l’Irrigation, à travers deux stratégies nationales mises en place : la National Water Ressource Management Strategy (NWRMS) et la National Water Service Strategy (NWSS) qui incluent le droit à l’eau. • La GTZ participe à promouvoir le droit à l’eau au Kenya à travers plusieurs actions concrètes : - Support au « New Water Services Regulator » (WASREB) qui garantit des standards minimums pour l’accès à l’eau potable et à l’assainissement; - établissement d’un ’pro-poor regulatory regime’ qui s’appuie sur les standards des droits de l’homme; 19 - support au WSTF (Water Services Trust Fund) en investissant pour une meilleure couverture du réseau en eau et assainissement à destination des plus pauvres et pour accomplir l’objectif n°7 des 20 OMD en défendant l’accès à l’eau comme un droit fondamental . • Dans un projet plus large, la GTZ finance également des projets pour renforcer les capacités des différents acteurs de l’eau, accroître la « bonne gouvernance » (checks and balances - accountability) et la transparence. NB : la GTZ ne mène pas directement des programmes « eau et 21 assainissement » et ne supporte pas directement d’ONG .

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Pour de plus amples informations, consulter le site à l’adresse suivante : www.freshwateraction.net/fan/web/w/www_14_en.aspx 17 Voir le site à l’adresse suivante: www.cohre.org/kenyawater. 18 Cf Annexe 2. « Demand your right to : safe, sufficient, accessible, affortable…water and sanitation ». 19 Il s’agit d’un mécanisme de financement mis en place en 2004 qui vise à réduire la pauvreté et implanter et faire appliquer les droits humains. 20 Voir le document ’Water Sector Reform in Kenya and the Right to water’ réalisé par le Ministère de l’Eau et de l’Irrigation en partenariat avec la GTZ. 21 Cf entretien avec Roland Werchota responsable du ‘Water Sector Development Programme’ de la GTZ au Kenya.

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

Tableau 7 – Quelques éléments sur la reconnaissance du droit à l’eau en RDC Reconnaissance du droit à l’eau dans la constitution

Appuis extérieurs

Draft Constitution 2006 : « Le droit d’accès à l’eau potable est garanti.» (article 48) • En avril 2009, lors des « days of the open door» du secteur de l’eau congolais, le droit à l’eau a de nouveau été avancé : « les participants, membres des institutions nationales (la Présidence de la République, Primature, Parlement, et Gouvernement), dirigeants et cadres des entreprises nationales, délégués des provinces, opérateurs du secteur privé national et international, délégués de la société civile, après avoir suivi et débattu des exposés riches en enseignements sur les politiques, opportunités et défis du secteur déclarent ce qui suit : 1. Reconnaissant que notre Constitution en son article 48 garantit le droit d’accès à l’eau potable à tout congolais afin de lui assurer la paix et une vie digne, le Gouvernement devra poursuivre et intensifier les efforts de mise en oeuvre de la réforme du secteur et de la stratégie telles que reprises 22 dans le DSCRP pour rendre effective sa vision de développement du secteur Approvisionnement en Eau potable, Hygiène et 23 Assainissement» . La GTZ soutient la mise en place du droit à l’eau et participe à la réforme du secteur de l’eau (projet 2005-2010) et à la reformulation de la politique de l’eau. Le but est également de renforcer l’implication et la participation des ministères et des institutions travaillant dans le domaine de l’eau dans les politiques mises en place.

Tableau 8 – Quelques éléments sur la reconnaissance du droit à l’eau en Ouganda Reconnaissance du droit à l’eau dans la constitution Stratégies nationales Mobilisations de la société civile

Appuis extérieurs

Constitution (1995) : « L’Etat doit s’assurer que tous les Ougandais ont le droit et l’opportunité d’avoir un accès à l’eau potable.» (article 14) Le ‘Poverty Eradication Action Plan’ mis en place par le gouvernement, prévoit d’atteindre un accès universel à l’eau et à l’assainissement d’ici 2015 (en lien avec les ODM). Des ONG locales oeuvrent pour la mise en œuvre et l’application du droit à l’eau et pour orienter les stratégies nationales. Il s’agit notamment de 24 USWASNET (Uganda Water and Sanitation Network) qui : - fédère 150 ONG locales et internationales travaillant en Ouganda dans le secteur de l’eau et de l’assainissement ; - travaille en collaboration avec le gouvernement ougandais. La GTZ a appuyé la réforme du secteur de l’eau et de l’assainissement en milieu urbain (2002-2008) en partenariat avec le ministère de l’eau et de l’environnement. Ainsi, - Une aide a été apportée à plusieurs institutions du pays pour établir un cadre institutionnel fiable pour le secteur de l’eau ; - Une assistance a été apportée à la réforme de la NWSC (National Water and Sewerage Corporation) qui est l’organe de décisions en matière d’eau et d’assainissement.

Asie Le seul pays en Asie qui reconnaît le droit à l’eau est les Philippines. En effet, la constitution de 1987 affirme « L’Etat doit faire tout son possible pour permettre l’accès aux besoins essentiels, à la santé et aux autres besoins sociaux et à moindre coût » (section 11). Cependant, il n’y a pas de stratégie nationale claire qui matérialise effectivement le droit à l’eau et peu de mobilisations sociales sont visibles. 22 23

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Document Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté. Cf. entretien avec Thomas Levin, Planning and Development Competence Center Water, GTZ à Kinshasa, le 24/04/09.

Pour plus d’informations, consulter le site à l’adresse suivante : www.uwasnet.org/.

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

B – Focus sur les 18 missions d’ACF- France Les 9 pays les plus avancés en termes de reconnaissance du droit à l’eau dépendent des sièges de Madrid et de New York, il convient dorénavant de s’intéresser plus particulièrement aux pays gérés par ACF-France, en dégageant les pays où l’opérationnalisation du droit à l’eau est potentiellement réalisable. Deux catégories ont été identifiées : la première regroupe les pays d’ACF-France où l’opérationnalisation du droit à l’eau peut être potentiellement réalisée ; la deuxième les pays où cette entreprise ne semble pas vraiment réalisable.

1ère « catégorie » : les 9 pays d’ACF-Fr, potentiels terrains d’action pour l’opérationnalisation du droit à l’eau • -

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• -

Pays africains d’intervention d’ACF-France : Le Libéria, le Burkina Faso, la Sierra Léone et la Côte d’Ivoire, la République centrafricaine (RCA). Ces quatre pays ont tous ratifié le pacte international des droits économiques, sociaux et culturels de 1966 ainsi que la charte africaine des droits et du bien être de l’enfant qui font référence implicite au droit à l’eau mais, Aucun ne mentionne explicitement le droit à l’eau dans sa constitution. Cependant, ces pays ont adopté des codes de l’eau, ce qui démontre une certaine volonté de mener une politique nationale cohérente pour l’eau et certains ont récemment mis en place des stratégies nationales qui intègrent le droit à l’eau : c’est notamment le 25 cas de la Sierra Léone . Quant à la Côte d’Ivoire, des plans en matière d’eau et d’assainissement ont récemment été adoptés, prenant en compte les populations vulnérables des quartiers précaires. Par contre, peu de mobilisations de la société civile en faveur de la reconnaissance du droit à l’eau sont visibles dans ces pays. Pays asiatiques d’intervention d’ACF-France : le Bangladesh, l’Indonésie et la Mongolie. Ces pays ont ratifié la convention internationale des droits économiques, sociaux et culturels mais, Aucune ne fait pas référence au droit à l’eau dans sa constitution. Il n’y a pas véritablement de stratégies nationales en faveur du droit à l’eau, notamment dû 26 aux blocages institutionnels, mais quelques mobilisations de la société civile sont visibles .

En somme, ces neuf pays sont des terrains d’action potentiels pour mener l’opérationnalisation du droit à l’eau. Il reste à approfondir l’étude en évaluant notamment la capacité des Etats à mettre en 27 place le droit à l’eau pour pouvoir sélectionner deux ou trois pays parmi eux .

2ème « catégorie » : les 8 pays d’ACF-Fr où l’opérationnalisation du droit à l’eau sera difficile à mener. L’Afghanistan, la Birmanie, le Zimbabwe, l’Ethiopie, la Somalie et le Tchad, tous gérés par ACFFr, sont dans des situations critiques où il apparaît difficile, peu pertinent ou même impossible de mener des projets d’opérationnalisation du droit à l’eau. Le manque de gouvernance et la non garantie des droits fondamentaux couplés à la difficulté de mobiliser le registre des droits de l’homme dans ces pays, démontrent qu’il n’est pas envisageable d’y mener une opérationnalisation du droit à l’eau. Quant au Laos et au Népal, les missions sont en cours de fermeture. 25 En Sierra Léone, le système institutionnel du pays est en train d’être entièrement restructuré : la Water and Sanitation Policy rédigée en mai 2008 intègre le droit à l’eau. D’ailleurs, il y a des pressions des bailleurs pour la mise en place de plans de développement en termes d’eau et d’assainissement. 26 Au Bangladesh notamment, les ONG locales jouent un rôle assez important : elles ont contribué à ce que la National Water Policy soit adoptée en 1999 et qu’en 2004, le National Water Management Plan soit mis en place. 27 Cf, l’entretien avec Pierre Yves Rochat : il est important de s’intéresser au degré de structuration du pays, c'est-à-dire à évaluer cette la volonté de l’Etat pour prendre en compte les populations les plus vulnérables dans sa stratégie nationale mais également d’évaluer les capacités matérielles de ce dernier pour mettre en œuvre des politiques pour un meilleur accès à l’eau et à l’assainissement.

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

Box 1 – Haïti : un « contre exemple » intéressant En termes d’opérationnalisation du droit à l’eau, Haïti apparaît comme un contre exemple intéressant : la situation interne est peu propice pour mener des projets liés au droit à l’eau mais cependant, des actions ont pourtant été menées dans ce sens. En effet, • L’Etat haïtien n’a ratifié aucune convention internationale reconnaissant le droit à l’eau et la constitution ne fait aucune référence explicite au droit à l’eau. • Cependant, la Section des droits de l’homme (SDH) de la MINUSTAH a lancé une « campagne pour le droit à l’eau » qui s’est déroulée d’octobre à décembre 2008, guidée par la volonté de lancer le débat avec les autorités étatiques. Celles-ci ont été réceptives au projet. Concrètement ont été mis en place : - Une campagne de sensibilisation et de formation sur la thématique de l’eau : réunions, forums de sensibilisation dans les écoles et les universités et autour des projets « eau et assainissement » réalisés par la communauté internationale. La campagne a été doublée d’interventions dans les médias. - Une campagne de plaidoyer auprès du gouvernement pour la ratification du PIDESC. • En outre, la « loi sur la réforme des services d’eau et d’assainissement » a notamment été votée le 26/01/09. On peut donc souligner que des pays comme Haïti où le contexte interne n’est pas forcément favorable, peuvent tout de même être le terrain d’action pour l’opérationnalisation du droit à l’eau. Cet élément est à prendre en compte pour ACF qui peut de façon pertinente envisager de mener l’opérationnalisation du droit à l’eau dans un pays où les facteurs initiaux plutôt favorables (reconnaissance légale et mobilisations de la population) ne sont pas systématiquement réunis.

C – Autres missions d’ACF–Sp et ACF-US Il est important de souligner que l’objet de cette étude est de dégager les pays les plus réceptifs et ‘avancés’ en termes de reconnaissance du droit à l’eau. Le très court temps imparti pour l’étude a amené à se focaliser avant tout sur les pays gérés par ACF-France. Il y a donc eu un parti pris de ne pas s’étendre sur les pays gérés par ACF- US et ACF- Spain. Cependant, un constat peut être établi: • En Asie : en Arménie, en Azerbaïdjan et en Géorgie, des initiatives internes sont réalisées en faveur du droit à l’eau, notamment à travers une société civile relativement organisée. • En Afrique : en Mauritanie, au Mali, en Guinée et au Niger, des Codes de l’eau ont été rédigés au cours de la dernière décennie. Ce sont d’ailleurs des pays qui ont ratifié toutes les 28 conventions internationales . Cependant, très peu de mobilisations sociales en faveur du droit à l’eau sont visibles dans ces pays. Dans ces 7 pays, il y a potentialité pour développer l’opérationnalisation du droit à l’eau mais un travail d’approfondissement et de discussions avec les sièges et les missions serait indispensable. Quant à la Syrie, le Liban, le Pakistan (gérés par le siège de New York) et le Malawi (géré par Madrid), nous ne disposons que de très peu d’informations.

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Tous les pays hormis la Mauritanie ont ratifié le pacte international des droits économiques, sociaux et culturels ; tous ont ratifié la charte des droits et du bien être des enfants.

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

Box 2 – Les territoires palestiniens occupés : une situation conflictuelle singulière Dans les territoires palestiniens occupés : 29 • Même si la « Palestinian Water Law n° 3» reconnaît le droit à l’eau, les autorités palestiniennes ne sont pas en mesures de faire appliquer et respecter ce droit, d’autant plus 30 que les palestiniens n’ont pas le contrôle de leurs ressources en eau . • Des acteurs étrangers, à l’initiative de COHRE notamment, mènent des actions dans le sens d’une reconnaissance et d’une application du droit à l’eau. Il s’agit de plaidoyer : - pour alerter la communauté internationale des violations des droits par l’Etat israélien. - en faveur du respect du droit à l’eau, composante du droit international et du droit 31 humanitaire , sachant qu’Israël ne respecte pas non plus les 3 conventions internationales 32 faisant référence au droit à l’eau précédemment mentionnées qu’il a ratifié . ACF-IN, à l’instar de l’atelier sur le droit à l’eau dans les territoires palestiniens qui va avoir lieu au deuxième semestre 2009, peut envisager de développer des actions de plaidoyer en collaboration avec d’autres acteurs travaillant déjà sur place, pour qu’effectivement la population ait un meilleur accès à l’eau et à l’assainissement dans cette région en proie à un conflit armé.

Cartographie du droit à l’eau dans les missions ACF-IN



Les 9 pays ACF-IN en tête pour la reconnaissance du droit à l’eau où l’opérationnalisation du droit à l’eau est envisageable.



Les 9 pays d’ACF-Fr où le droit à l’eau pourrait potentiellement être mis en place.



Les 11 pays d’ACF-IN gérés par ACF Madrid et NY où l’étude mérite d’être approfondie par les sièges.



Les 8 pays d’ACF-Fr écartés pour l’opérationnalisation du droit à l’eau du fait de la situation interne critique (manque de gouvernance et droits fondamentaux non garantis).

29 Cette loi date de 2002. L’article 2 mentionne que l’objectif est : « develop and manage the water resources, increasing their capacity, improving their quality and preserving and protecting them from pollution and depletion. This objective is fulfilled through sustainable development of water resources based on environmentally sound and enabling bases; the provision and satisfaction of societal and individual needs for water in an optimal and equitable way; and the protection of all water resources from pollution to secure water quality, an environment not harmful to human health or well-being, and sufficient water for production and self-renewal". 30 Cf. Entretiens avec Lara El-Jazarai, Legal Officer, Right to Water Programme, Centre on Housing Rights and Evictions (COHRE). 31 Ce sont les 4 conventions de Genève de 1949 et les deux protocoles additionnels de 1977. 32 Israël a ratifié le Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels, la convention sur les droits de l’enfant et la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ».

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

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PARTIE 2

Comment mettre en œuvre le droit à l’eau dans les missions ACF?

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009 Afin de mettre en place l’opérationnalisation du droit à l’eau, ACF-Fr doit avant tout intégrer le concept dans son approche stratégique traditionnelle. Grâce au mapping réalisé, enrichi des discussions avec les membres de l’équipe WASH, plusieurs points ont été identifiés et pourraient être autant d’éléments dans la mise en œuvre de l’opérationnalisation du droit à l’eau. La démarche s’appuie sur trois sous objectifs détaillées ci-dessous (court, moyen et long terme). La recherche de financements doit se développer en simultané.

Court terme et transversal: sensibilisation et formation en interne A court terme et de façon continue, un large travail de formation/sensibilisation doit être réalisé en interne. Il consistera en la dissémination de l’information et de la connaissance du droit à l’eau. Trois types de profils sont ciblés: • les chefs de mission (car responsables des stratégies pays); • les coordinateurs programmes et coordinateurs WASH chargés de la mise en œuvre des projets WASH sur le terrain. • Les experts WASH au niveau des sièges Modalités : Grâce aux 5 ateliers régionaux (Global WASH Cluster) sur le droit à l’eau réalisés au cours du premier semestre 2009, ACF-Fr dispose aujourd’hui d’un outil fonctionnel de formation au droit à l’eau et assainissement : compréhension des textes et plaidoyer, prêt à être utilisé. Sur cette base, une ou deux journée(s) de formation pourraient être menée(s) en adaptant l’outil dont ACF-Fr dispose aux besoins spécifiques liés à l’opérationnalisation du droit à l’eau. Il convient de souligner que la réceptivité et la sensibilité des interlocuteurs (en particulier de terrain) est un facteur clé qui sera déterminant pour choisir les pays d’intervention d’ACF-IN où l’opérationnalisation du droit à l’eau sera mise en place. En effet, la mise en œuvre droit à l’eau sera encouragée dans les pays où les chefs de missions/WASH seront disposés à intégrer l’opérationnalisation du droit à l’eau aux projets WASH traditionnels sur les missions.

Moyen terme : réalisation d’une étude de faisabilité approfondie Objectif : Il s’agit de réaliser une étude de faisabilité approfondie, à partir du présent travail pour, en s’appuyant sur les data existantes ainsi que deux ou trois missions pilotes ACF, d’ élaborer un kit méthodologique réplicable aux missions ACF-IN proposant : a) Une matrice de compréhension d’un contexte national/ local ‘droit à l’eau et à l’assainissement’ en terme de droit, de mise en œuvre de ce droit, et d’impact effectif en terme d’accès au service. b) un panel approprié de pistes concrètes d’activités opérationnelles axées sur le droit à l’eau pour chacun de ces pays. L’étude devra permettre d’avoir une vue d’ensemble de la situation interne des pays sélectionnés afin de pouvoir y mener l’opérationnalisation du droit à l’eau sous sa forme la plus appropriée. Modalités : Pour réaliser cette étude, un une personne en CDD pour une période de cinq mois pourrait être engagé. Contenu de la mission. La mission consisterait en : • a) Un travail de recherche et d’approfondissement du présent travail au siège; • b) Sélectionner 2/3 pays pilotes pour développer des activités opérationnelles en lien avec le 33 droit à l’eau . • c) Etude terrain dans chacun des deux/trois pays pour compléter l’étude; • d) Proposition d’un kit méthodologique grâce à l’étude de faisabilité dans les trois pays sélectionnés. Ce kit proposera, outre une matrice de lecture de l’avancée d’un pays sur l’échelle de l’accès au service de l’eau & assainissement, des pistes concrètes d’activités opérationnelles proposées aux missions, axées sur le droit à l’eau, et également des exemples 33 Il peut être envisageable de choisir un pays correspondant à chacune des situations c'est-à-dire : un pays où le droit à l’eau est explicitement reconnu, un pays où ce droit n’est pas reconnu et un pays où certaines initiatives sont menées mais où le droit à l’eau n’est pas pour autant reconnu.

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d’activités, résultats et objectifs en lien avec une approche par le droit. Cet outil sera testé dans chacun des pays sélectionnés ; e) Présentation des avancées et discussions avec les membres WASH d’ACF-IN; f) diffusion plus large au niveau du réseau (HOMs, Desks, Directeurs techniques et Opération) g) Recherche de financements : identification des bailleurs propices, compréhension et mise en cohérence avec leurs polices et leurs stratégies, enfin, des proposals devront être 34 rédigés à destination des bailleurs .

Long terme : mise en œuvre des projets pilotes La mise en œuvre de l’opérationnalisation du droit à l’eau ne doit pas être entendue comme un nouveau projet, détaché des projets WASH réalisés sur les missions ACF-IN. Au contraire, la mise en œuvre du droit à l’eau doit faire partie intégrante des projets WASH auxquels un volet ‘droit à l’eau’ serait transversalement ajouté. Ainsi, aux activités techniques, il s’agit d’ajouter en complémentarité une compétence «droit à l’eau », ou « approche par le droit» qui s’adresse aux institutions, autorités locales et à la population civile. Autrement dit, il s’agit de lier un projet ‘soft’ et un projet ‘hard’ classique. La mise en œuvre effective des projets pilotes dans les 2/3 pays sélectionnés s’effectuera à différents degrés selon l’état d’avancée de la connaissance/ reconnaissance/ mise en œuvre/ réalité en terme d’accès du droit à l’eau & assainissement dans les pays concernés. Dès à présent, quelques activités peuvent être identifiées : • •

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Plaidoyer : Dans les pays qui n’ont pas reconnu le droit à l’eau, l’opérationnalisation de ce droit se concrétise par du plaidoyer auprès de l’Etat concerné pour que le droit à l’eau soit 35 inscrit dans la constitution et les stratégies nationales . Sensibilisation et formation des institutions, autorités locales, société civile et populations cibles : La formation se concrétise par le renforcement des capacités de ces 36 acteurs locaux . Il s’agit que les acteurs liés au secteur connaissent leurs droits et devoirs, le mode d’application et d’opposition à ces droits, les mécanismes de coordination et de conciliation, phase préalable à toute hypothèse de mise en œuvre du droit.. Mise en place effective du droit à l’eau dans les pays où le droit à l’eau est déjà institué dans la constitution et les stratégies nationales. Réplication, rencontres inter-gouvernementales, meetings de réseaux pan-Africains

Transversal : la recherche de financements Trouver des financements est indispensable pour pouvoir réaliser l’opérationnalisation du droit à l’eau. La recherche de financements doit débuter dès l’étude de faisabilité et il peut être pertinent que le stagiaire ou la personne embauchée aide à la rédaction des proposals destinés aux bailleurs. • Les phases financées : si la phase transversale de formation en interne sur le droit à l’eau sera certainement financée sur mise de fond ACF, les phases d’étude de faisabilité, de mise en œuvre pilote et de réplication doivent idéalement être financées par des bailleurs de fonds. • Les bailleurs de fonds internationaux potentiels : le volet droit à l’eau peut bénéficier de financements de la part de bailleurs internationaux tels que DFID, UN-Habitat, SDC et la GTZ 37 qui ont été pré-identifiés et avec qui des discussions ont parfois déjà été engagées . Ces bailleurs financent déjà des projets «droit à l’eau», c'est-à-dire qu’ils se focalisent sur les aspects institutionnels. Ce ne sont pas uniquement des projets eau et assainissement techniques qu’ils financent mais ils influent et travaillent également de concert avec les autorités nationales pour que des réformes du secteur de l’eau soient entreprises. Les 38 financements apportés sont destinés à la mise en place de ces réformes . 34

Voir les détails explicités plus loin dans le document. Il peut être intéressant de s’inspirer d’actions précédemment menées par ACF, notamment en Asie pour le droit à la terre et de voir ce qui est actuellement réalisé par ACF-Londres pour le droit à l’alimentation. 36 Cela peut passer par des campagnes de promotion, des campagnes éducatives, par l’utilisation de la presse, etc. Cela peut également être réalisé à travers la distribution de publications d’ACF sur le droit à l’eau aux ONG locales. 37 ACF a notamment rencontré les bailleurs internationaux UN-Habitat et SDC au Forum Mondial de l’Eau d’Istanbul. 38 Comme cela a été explicité au cours de ce présent travail, les bailleurs de fonds peuvent financer et influencer pour réformer les institutions et favoriser plus de gouvernance dans le pays, en créant par exemple une autorité qui prend les décisions en matière d’eau et d’assainissement, ou en influençant les stratégies nationales en matière d’eau et d’assainissement ou encore influencer les autorités nationales pour que le droit à l’eau soit inscrit dans la constitution. 35

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009 • •

Les bailleurs de fonds français : au niveau national, ACF a déjà rencontré l’Agence de l’Eau 39 Artois Picardie qui est susceptible de financer des projets ACF en lien avec le droit à l’eau . Diversification des financements : ACF a été approché par Suez lors du Forum Mondial de l’Eau d’Istanbul. La question de la diversification des financements doit être posée et la pertinence de recevoir des fonds d’entreprises privées tels mérite attention et doit être étudiée. N’y a t il pas en effet un risque d’effet pervers et de perte de légitimité pour ACF de travailler avec ces entreprises, et ce, sur le thème du droit à l’eau et de la gouvernance ?

Le tableau suivant propose un résumé de la stratégie proposée pour l’opérationnalisation du droit à l’eau qui vient d’être explicitée : Tableau 9 – Résumé de la stratégie proposée (CT, MT, LT) Calendrier CT et continu

Quoi ?

Moyens ? Outil de formation Formation du personnel (documentation et ACF CD d’auto formation)

MT

Etude de faisabilité et kit activités

LT Mise en œuvre des projets pilotes LT

Réplication

Objectifs ? Disséminer les connaissances sur le droit à l’eau Elaborer à partir de deux ou trois pays pilotes un kit méthodologique ACF-IN réplicable intégrant : a) La matrice ‘étude de faisabilité’ de la mise en œuvre du CDD/stage, durée potentielle: 6 mois. Travail au siège et droit déplacements sur le terrain b) Les propositions d’activités intégrables transversalement aux projets WASH classiques de la mission Opérationnalisation Identification des effective du droit à l’eau missions pilotes transversalement à des projets WASH classiques Recherche de fonds dans les missions ACF-IN Répliquer à une échelle Recherche de fonds plus large définie

Obstacles internes et externes à la mise en oeuvre du droit à l’eau Le travail d’opérationnalisation du droit à l’eau n’est pas sans difficulté et plusieurs obstacles peuvent être prévisibles : • La méconnaissance des textes : manque de connaissance des droits et devoirs par les acteurs concernés, au niveau d’un pays • La réticence des gouvernements à inscrire le droit à l’eau dans leurs textes juridiques ou à les appliquer -politique de la « bonne intention » : les Etats peuvent avoir peur de l’opposabilité du droit à l’eau et des éventuelles sanctions qui pourraient en découler en cas de non respect de ce droit. • Identifier les personnes et les zones cibles pour l’opérationnalisation du droit à l’eau : dans la plupart des cas, les populations vulnérables n’ayant pas accès à l’eau se situent dans les zones péri-urbaines qui sont non cadastrées. Le risque est de voir les autorités refuser de mettre en place des stratégies nationales pour l’eau en faveur des personnes habitant dans ces zones, et donc de ne pas œuvrer pour améliorer l’accès effectif à l’eau et à l’assainissement des personnes les plus dans le besoin.

39 Cf. Fiche de rendez-vous avec l’Agence de l’Eau Artois Picardie, le 24/04/09 suite à la rencontre préalable au Forum mondial de l’Eau d’Istanbul.

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009 • •

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La faiblesse de la société civile : dans certains pays, notamment en Afrique, le peu d’organisation de la société civile peut être un blocage pour la mise en place effective du droit à l’eau. Le manque de moyens des Etats pour instituer et mettre en place effectivement le droit à l’eau : même si les bailleurs de fonds vont dans un premier temps accompagner les Etats à mettre en place des politiques pour l’application du droit à l’eau, la situation est plus incertaine quand les Etats devront assumer seuls cette responsabilité. Le risque est que l’accès effectif à l’eau et à l’assainissement des personnes les plus vulnérables ne soit pas forcément amélioré même si par ailleurs le droit à l’eau est reconnu. La difficulté d’intégrer l’approche « par le droit » aux stratégies ACF-IN peur d’une déresponsabilisation, peur d’un manque de savoir faire, peur de mettre à risque les projets de substitution classiques, peur de se positionner trop dans le plaidoyer La difficulté d’intégrer l’approche T-pack (Bailleur, institution, ONG) qui est nouvelle et propose un challenge opérationnel fort à ACF

Concrétisations prochaines pour ACF-IN Dans les mois à venir, plusieurs projets relatifs au droit à l’eau vont être menés par ACF. Ces activités s’inscrivent dès à présent dans le plan d’action 2009 : • Premier projet pilote en cours d’élaboration en Bolivie : dans le cadre d’un partenariat avec les Universités de Navarre et de San Simon, ACF-SP est en train de préparer son premier projet d’opérationnalisation du droit à l’eau en Bolivie, pays qui a explicitement reconnu le droit à l’eau dans sa constitution en janvier 2009. Ce premier projet qui concerne la province de Cochabamba, se concrétise par une étude de faisabilité sur les potentialités d’implantation du droit à l’eau en Bolivie, complétée d’un travail de recherche et d’analyse de la disponibilité, de l’accès et de l’utilisation de l’eau dans cette province. A terme, l’objectif est de permettre le renforcement des capacités des acteurs locaux40. • Atelier sur le droit à l’eau dans les territoires palestiniens en cours de préparation (2009): ACFFrance, en collaboration avec COHRE (www.cohre.org), animera l’atelier qui se tiendra au cours du semestre prochain. C’est une étape importante pour rencontrer les personnes travaillant sur le thème du droit à l’eau dans les territoires palestiniens et pour approfondir le débat sur ce thème dans les territoires. Cet atelier est l’opportunité pour ACF d’envisager de travailler en complémentarité avec des acteurs déjà présents dans des activités de plaidoyer dans cette région, à l’heure où un récent projet vise à établir un groupe de travail de plaidoyer en matière WASH41, coordonnant différents acteurs (UN, ONG locales et internationales etc.) et ayant pour finalité commune de garantir l’accès à l’eau et à l’assainissement aux palestiniens42.

Conclusion Au terme de ce travail, 18 pays ont pu être « pré-sélectionnés » pour mener potentiellement l’opérationnalisation du droit à l’eau: 9 d’entre eux sont gérés par les sièges de New York et Madrid et 9 sont gérés par le siège parisien. 8 autres (gérés par Paris) ont été écartés du fait d’une situation interne critique. Pour les autres pays gérés par ACF Madrid et New York, volontairement laissés de côté au profit des pays d’ACF-France, il convient de discuter avec les autres sièges et leurs missions, des projets relatifs au droit à l’eau qu’ils envisagent d’y mener. A partir de ce mapping, des propositions ont pu être exposées pour définir une stratégie pour mettre en oeuvre le droit à l’eau. C’est un projet inscrit dans le long terme qui nécessite d’approfondir le travail mené jusqu’ici et d’engager les ressources nécessaires pour mener à bien ce projet ambitieux. C’est le moment opportun pour véritablement lancer le début de cette opérationnalisation, le premier travail mené conjointement avec ACF-SP en Bolivie est encourageant et démontre qu’ACF-IN est sur la « bonne voie » : il faut se lancer dès à présent ! 40

Cf. Annexe 3 et 4. la Concept Note sur le droit à l’eau en Bolivie (projet mené en collaboration avec ACF-E) rédigée par Julie Aubriot et le document final rédigé par ACF-E. Pour de plus amples information, consulter le proposal ‘Establishment of a WASH Advocacy Task Force to support WASH sector activities and address current obstacles to water and sanitation provision in the occupied Palestinian territory’.

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Les actions de plaidoyer sont adressées aux autorités israéliennes et à la communauté internationale.

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

ANNEXES

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

Annexe 1 : Le droit à l’eau dans les conventions internationales Au niveau international -

La convention internationale sur les droits de l’enfant - article 24 : Tous les Etats d’intervention d’ACF-IN l’ont ratifié

1. Les États parties reconnaissent le droit de l'enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de services médicaux et de rééducation. Ils s'efforcent de garantir qu'aucun enfant ne soit privé du droit d'avoir accès à ces services. 2. Les États parties s'efforcent d'assurer la réalisation intégrale du droit susmentionné et, en particulier, prennent des mesures appropriées pour lutter contre la maladie et la malnutrition, y compris dans le cadre des soins de santé primaires, grâce notamment à l'utilisation de techniques aisément disponibles et à la fourniture d'aliments nutritifs et d'eau potable, compte tenu des dangers et des risques de pollution du milieu naturel.» -

La convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes article 14 : Tous les Etats d’intervention sauf la Syrie l’ont ratifiée

1. Les Etats parties tiennent compte des problèmes particuliers qui se posent aux femmes rurales et du rôle important que ces femmes jouent dans la survie économique de leurs familles, notamment par leur travail dans les secteurs non monétaires de l’économie, et prennent toutes les mesures appropriées pour assurer l’application des dispositions de la présente Convention aux femmes des zones rurales. 2. De bénéficier de conditions de vie convenables, notamment en ce qui concerne le logement, l’assainissement, l’approvisionnement en électricité et en eau, les transports et les communications. » -

Le pacte international des droits économiques, sociaux et culturels - articles 11, 12 : 5 pays d’intervention d’ACF-IN ne l’ont pas ratifié : Haïti, Mauritanie, Pakistan, Birmanie, Indonésie

Article 11 : 1. Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu'à une amélioration constante de ses conditions d'existence. Les Etats parties prendront des mesures appropriées pour assurer la réalisation de ce droit et ils reconnaissent à cet effet l'importance essentielle d'une coopération internationale librement consentie. 2. Les Etats parties au présent Pacte, reconnaissant le droit fondamental qu'a toute personne d'être à l'abri de la faim, adopteront, individuellement et au moyen de la coopération internationale, les mesures nécessaires, y compris des programmes concrets. Pour améliorer les méthodes de production, de conservation et de distribution des denrées alimentaires par la pleine utilisation des connaissances techniques et scientifiques, par la diffusion de principes d'éducation nutritionnelle et par le développement ou la réforme des régimes agraires, de manière à assurer au mieux la mise en valeur et l'utilisation des ressources naturelles. Article 12 : 1. Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit qu'a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu'elle soit capable d'atteindre. 2. Les mesures que les Etats parties au présent Pacte prendront en vue d'assurer le plein exercice de ce droit devront comprendre les mesures nécessaires pour assurer:  La diminution de la mortinatalité et de la mortalité infantile, ainsi que le développement sain de l'enfant;  L'amélioration de tous les aspects de l'hygiène du milieu et de l'hygiène industrielle;  La prophylaxie et le traitement des maladies épidémiques, endémiques, professionnelles et autres, ainsi que la lutte contre ces maladies;  La création de conditions propres à assurer à tous des services médicaux et une aide médicale en cas de maladie. » Au niveau régional le Protocole de San Salvador : 2 Etats latino-américains ne l’ont pas ratifié : Haïti et Nicaragua (Colombie : simple adhésion) : « Toute personne a le droit de vivre dans un environnement salubre et de bénéficier des équipements collectifs essentiels » (article 11.1). la Charte africaine des droits : tous les Etats africains l’ont ratifié. Tout enfant a le droit de jouir du meilleur état de santé physique, mental et spirituel possible. Les Etats parties à la présente charte s’engagent à poursuivre le plein exercice de ce droit, notamment en prenant les mesures aux fins ci après : (…) - assurer la fourniture d’une alimentation adéquate et d’eau potable (Art. 14).

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Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de stage –avril 2009

Annexe 2 : Exemple d’affiche réalisée dans le cadre de la campagne de promotion et de sensibilisation au droit à l’eau menée par COHRE au Kenya

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FR_Mise en oeuvre droit à l'eau  

Sous la supervision de Julie Aubriot Direction Scientifique et Technique ACF-France Avril 2009 Mise en œuvre du Droit à l’Eau – Rapport de s...

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