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VENDREDI

FRANCE

3 MAI 2019

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PARIS

La Pitié-Salpétrière n’a pas été attaquée Le scénario d’une attaque du service de réanimation de l’hôpital est battu en brèche par la vidéo d’un soignant qui montre l’arrivée de manifestants en état de panique. ne cinquantaine de manifestants ont fait irruption dans l’enceinte de l’hôpital PitiéSalpêtrière en marge du défilé du 1er Mai, un incident qualifié « d’attaque » par le ministre de l’Intérieur, dont la version a été battue en brèche, hier, par des témoignages et des vidéos relayées sur les réseaux sociaux, suscitant de vives critiques contre le gouvernement.

U

LES CRITIQUES… « Geste totalement irresponsable » pour le Premier ministre Édouard Philippe, « exaction inédite, inqualifiable » pour la ministre de la Santé Agnès Buzyn… Les condamnations se sont succédé depuis mercredi après l’intrusion de certains manifestants dans l’établissement du XIIIe arrondissement, initialement imputée par Christophe Castaner à des militants anticapitalistes d’ultra-gauche d’un black bloc. La tentative de certaines personnes de pénétrer dans le service de réanimation chirurgicale, empêchée par les soignants, a cristallisé les critiques. Depuis, la vidéo d’un des soignants du service de réanimation, relayée sur Facebook, est venue contredire la version d’une attaque et appuyer celle d’un mouvement de panique avancée par plusieurs témoins. Selon eux, des manifestants auraient pu chercher à se réfugier dans l’enceinte de l’hôpital pour

« Vous arrivez par un portail, vous ne savez pas à quel service vous avez affaire. Comment savoir que c'était une réanimation derrière les portes vitrées ? », a témoigné hier une aide-soignante du service de réanimation, Gwenaëlle Bellocq, sur BFMTV. échapper aux charges des forces de l’ordre ou à l’air saturé de gaz lacrymogènes. Elle montre des manifestants fuyant soudainement vers des soignants postés sur une passerelle qui dessert la sortie de secours du service de réanimation, alors que des policiers entrent sur le site. Après s’être repliés dans le bâtiment, les soignants bloquent la

porte tandis que les premiers manifestants arrivés sur la passerelle tirent sur la poignée. Ils sont une vingtaine au total, parmi lesquels quelques gilets jaunes, pour certains âgés, à qui les soignants expliquent pourquoi ils ne peuvent rentrer. Au bout d’une minute, des policiers arrivent sur la passerelle et commencent à les

NORD

Un adolescent tué par balle « Un quartier calme », « une famille sans histoires », « un garçon discret » : après la mort d’un adolescent âgé de 15 ans, tué par balle dans la nuit de mercredi à jeudi à son domicile à Aniche (Nord), les habitants du quartier exprimaient hier leur stupéfaction. Le jeune, originaire de Guyane en 2011, habitait au rez-de-chaussée d’une petite résidence HLM en briques rouges de cette ville de 10 000 habitants de l’ancien bassin minier du Nord, située entre Douai et Valenciennes. Dans le hall de l’immeuble, le sol était encore maculé de traces de sang hier matin. Sur la porte d’entrée de l’appartement, un scellé de la police : « Ne pas ouvrir […] Meurtre ». À l’issue d’échauffourées, mercredi soir, l’adolescent a été grièvement blessé par balle devant la porte de son domicile par trois hommes, dont deux portaient une cagoule, selon

évacuer dans le calme. « Il n’y avait rien de violent, en tout cas envers nous, a témoigné l’infirmier Jérôme Lecrecq. C’était plus un état de panique, la peur de se faire taper, de recevoir quelque chose de la police, qu’une attaque. » Le procureur de la République a d’ailleurs décidé, hier, de lever l’ensemble des gardes à vue rela-

CASTANER CRITIQUÉ Si les réactions politiques se sont d'abord concentrées sur l'exaction supposée à la Pitié, la communication gouvernementale s'est, depuis, retrouvée au centre des critiques de l'opposition, qui a sommé Christophe Castaner de s'expliquer. « Le ministre de l'Intérieur doit cesser de mettre de l'huile sur le feu et doit maintenant s'expliquer sur ses déclarations démenties par les faits », a tweeté Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat. « Monsieur Castaner est un menteur, en plus d'être un incompétent », a lancé à Marseille le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon. « S'il s'agit d'un mensonge délibéré, dans le seul et unique but de disqualifier et salir une mobilisation sociale, le ministre de l'Intérieur doit être démis de ses fonctions sans délai », a aussi estimé Benoît Hamon (Génération.s). La CGT de l'AP-HP a dénoncé l'amalgame fait entre le black bloc et les 80 000 manifestants qui ont défilé pacifiquement à Paris. tives à l’intrusion dans l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière selon le parquet de Paris. Trente-deux personnes avaient été placées en garde à vue après avoir tenté de s’introduire dans l’hôpital en marge de la manifestation du 1er Mai. L’enquête se poursuit pour faire la lumière sur les circonstances de l’incident.

En image

time a affirmé avoir vécu en direct l’attaque. « Mon cousin a sonné à ma porte. Ma fille a ouvert puis a refermé après un rapide échange avant que la sonnette retentisse à nouveau. Mon fils aîné a ouvert. Il a dit “Maman, viens !”, j’ai couru, les agresseurs nous ont bousculés et aspergés avec une bombe lacrymogène, puis j’ai entendu le coup de feu… Je ne sais même pas ce qu’ils voulaient à 21 heures », a-t-elle encore confié, décrivant son fils comme « son génie, un jeune hommequi ne cherche pas les bagarres ».

Ivenson, 15 ans, a été tué mercredi, vers 21 heures, dans l’appartement familial. AFP une source proche de l’enquête. Le trio a pris la fuite et la victime, touchée à la tête, a succombé à ses blessures dans la nuit. La mère de la vic-

UN ADULTE EN GARDE À VUE

TOURAINE

« Un jeune majeur, déjà connu des services de police, est en garde à vue depuis le début de la matinée, a déclaré hier soir le procureur de la République de Douai, Frédéric Teillet, les investigations continuent sur des coauteurs. » Le parquet de Douai a confié l’enquête à la police judiciaire de Lille.

Léonard de Vinci réactive l'amitié franco-italienne Le jour exact du 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci, Emmanuel Macron et son homologue italien Sergio Mattarella ont célébré, hier en Touraine, ce symbole de l'amitié franco-italienne, après des mois de tensions entre Paris et le gouvernement populiste de Rome. Le 2 mai 1519, le peintre et savant génial (né en 1452) s'éteignait dans le château du Clos-Lucé d'Amboise, trois ans après avoir été invité en France par François Ier. Les deux présidents se sont recueillis sur sa sépulture, avant de visiter le Clos-Lucé et, l’après-midi, le château de Chambord.

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