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en jeu une autre idée du sport la revue de l’UFOLEP

Avril 2018 - N° 31 - Prix 3,50 €

HORIZON Une loi pour le sport pour tous

UN AUTRE

FOOTBALL EST POSSIBLE

INVITÉE Anne-Sophie de Kristoffy


édito

2000-2018, l’Ufolep en mouvement

Ufolep

Par Philippe Machu, président de l’Ufolep

É

lu président de l’Ufolep pour la première fois en avril 2000 à Saint-Étienne, j’ai souhaité passer le témoin lors de l’assemblée générale de Bar-le-Duc, tout en restant actif au sein du comité directeur national. Entre temps, j’aurai accompagné les évolutions d’une fédération affinitaire qui n’a cessé de rechercher sa cohésion autour d’un projet social, sportif et citoyen. Dès 2001, notre premier projet national de développement s’est efforcé de fédérer toutes les initiatives départementales qui, à côté de compétitions ouvertes au plus grand nombre, accueillaient déjà des activités innovantes et développaient des actions « socio-sport ». L’Ufolep était alors étroitement liée à l’école par sa proximité avec l’Usep, dont j’ai assumé la présidence commune jusqu’à ce que, en 2004, la fédération sportive scolaire de la Ligue de l’enseignement prenne son indépendance. L’Ufolep s’est alors attachée à répondre aux nouvelles attentes en matière d’activités physiques et sportives, avec des préoccupations de santé et de bien-être plus marquées. Parallèlement, notre fédération a élargi son offre à de nouveaux publics, avec des actions ciblées sur les femmes, les seniors et les quartiers en difficulté sociale. C’est pourquoi, à partir de 2011, l’Ufolep s’est réorganisée autour de deux champs complémentaires : « sport éducation », dédié à une pratique associative et volontiers compétitive, et « sport société », qui regroupe des actions à la dimension sociale plus affirmée. Cette orientation a débouché depuis sur de nombreux partenariats avec les collectivités territoriales et des acteurs divers : Protection judiciaire de la jeunesse, Commissariat général à l’égalité des territoires, agences régionales de santé, MGEN, etc. En accord avec sa nouvelle devise, « Tous les sports autrement », l’Ufolep a aussi contribué à réunir les fédérations du sport pour tous dans la plateforme commune ID-Orizon. Parallèlement, sous le slogan « Société en mouvement », l’Ufolep s’engage aujourd’hui en son nom propre dans une démarche visant à conforter les missions de nos fédérations en les inscrivant dans la loi. Alors que la France se prépare à accueillir les Jeux olympiques en 2024, c’est donc une « Ufolep en mouvement » que je confierai à celui ou celle qui me succèdera. ●

coup de crayon par Jean-Paul Thebault

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sommaire

TF1

4 actualité Laura Flessel : « La France n’a pas la culture du sport » VuLuEntendu : Golden Globe, une épopée solitaire autour du monde, Peter Nichols (Glénat) ; Dans mes pas, Jean-Louis Étienne (Paulsen)

INVITÉE

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Anne-Sophie de Kristoffy, le sport à la mode de TF1

6 invitée 8 horizon 9 dossier 16 fédéral

Philippe Brenot

DR

Ex-étoile du patinage artistique, Anne-Sophie de Kristoffy dirige le service des sports de TF1. Elle détaille la façon dont le sport, notamment féminin, est abordé sur la chaîne et sur LCI.

HORIZON

Une loi pour le sport pour tous

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Sollicité par l’Ufolep, le député Sébastien Nadot a entrepris de déposer à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à modifier le Code du sport.

DOSSIER CPB Rennes

Un autre football est possible

Philippe Machu, Agen 2017

AG Ufolep de Bar-le-Duc : préparer l’avenir Rapport d’activité 2017 : fédérer, fédérer, fédérer Des commissions sportives réorganisées Licences à l’essai : premier bilan Les 19-20-21 mai, des nationaux sous le signe de la diversité

22 juridique Organisations d’épreuves : nouvelles règles Photos et vidéo : droit à l’image

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24 réseau Visages du multisport en Meuse ; Portrait : Jérémy, ufolépien pur Souche ; Instantanés : national individuel de GRS

28 histoires Morceaux choisis : « Chroniques d’un patachon », de Pierre de Régnier (La Table Ronde) Je me souviens : Martine Segalen L’image : « Jeune fille en tutu », par David Goldblatt (Centre Pompidou)

30 repères Le Ballon aux filles, tournoi féminin organisé par le Cercle Paul Bert de Rennes.

Des jeux, des enfants, des sports (Cahiers du sport populaire) ; Le sport dans la douleur (PUG) ; Les sports de nature (éditions du Croquant) L’actualité de l’Ufolep sur Twitter

La prochaine Coupe du monde de football, du 14 juin au 15 juillet en Russie, viendra rappeler la réussite planétaire de ce sport. Jusqu’à faire oublier que, derrière la vitrine clinquante du sportbusiness, le football reste un jeu simple et convivial. Oui, au plus près du terrain, un autre football est possible. en jeu “une autre idée du sport” est la revue de l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (Ufolep), secteur sportif de la Ligue de l’enseignement Ufolep-Usep 3, rue Récamier, 75341 Paris Cedex 07 Téléphone 01 43 58 97 71 Fax 01 43 58 97 74 Site internet www.ufolep.org Directeur de la publication Philippe Machu Rédacteur en chef Philippe Brenot Ont participé à ce numéro Baptiste Blanchet, Arnaud Jean, Pierre Chevalier, Benoît Gallet, Noémie Vincent, Vincent Bouchet, Isabelle Chusseau Photo de couverture Shutterstock Maquette Agnès Rousseaux Impression et routage Centr’Imprim, rue Denis Papin 36 100 Issoudun Abonnement annuel 13,50 € Numéro de Commission paritaire 1020 K 79982 Numéro ISSN 1620-6282 Dépôt légal Avril 2018 Tirage de ce numéro 8179 exemplaires

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actualité

Les gobee bikes au rebut

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septembre 2018, veut réunir l’ensemble de la population et « favoriser l’accès à la pratique des publics les plus éloignés ». Les actions ciblant les femmes, les personnes en situation de handicap, les jeunes, les seniors et les personnes détenues seront particulièrement encouragées. Les projets labellisés bénéficieront d’outils de communication, et pour certains du soutien financier du Centre national de développement du sport (CNDS) dans le cadre du programme « Héritage et société » (1).

Lifting pour la Coupe Davis

Terrains synthétiques : la sécurité sanitaire saisie Dès novembre, le mensuel So Foot alertait sur la toxicité des terrains synthétiques, suscitant l’inquiétude des pratiquants et des communes. Mais il aura fallu attendre un reportage d’Envoyé spécial diffusé le 22 février sur France 2 pour que le ministère des Sports annonce, quelques heures avant, qu’il saisissait l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) au sujet des

Fête du sport La Fête du sport, dont la première édition se tiendra du 21 au 23

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(1) La date limite de dépôt des dossiers était fixée du 31 mars. www.Fetedusport2018.gouv.fr

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L’entreprise hong-kongaise Gobee. bike a mis fin à son service de vélos en « free floating » (sans bornes) à Paris après quatre mois d’expérience. Elle avait déjà renoncé à son activité à Lille et Reims, à Bruxelles et en Italie. Près d’un millier de ses vélos auraient été « volés ou privatisés » et 3 400 « endommagés ». Ces bicyclettes vert pomme – elles sont jaune citron pour la startup concurrente Ofo, orange chez Obike et gris métallisé chez Mobike – étaient géolocalisables via une application pour smartphone et se louaient en scannant un code-barres, ce qui permettait de déverrouiller l’antivol, moyennant 50 centimes d’euro la demi-heure. L’usager déposait ensuite le cycle où il le souhaitait, sans l’attacher. Mais ces vélos étaient fragiles. À Reims, où la société avait déposé 400 cycles début novembre, il n’en restait plus début janvier que vingt en état de fonctionner. (Le Monde du 25 février)

risques liés à l’utilisation de pneus recyclés. La Mairie de Paris a pour sa part stoppé la construction de tout nouveau terrain synthétique. En vertu du même principe de précaution, des collectivités locales en Allemagne, en Suède et aux États-Unis ont interdit les granulats de pneus contenant des métaux lourds (zinc, plomb, chrome) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Ceci pour les remplacer par de nouveaux granulats utilisant notamment des fibres végétales, mais cinq fois plus chers…

Du 6 au 8 avril, la France affronte l’Italie en quarts de finale de la Coupe Davis. Et si la bande à Noah veut faire coup double, c’est l’année ou jamais. Dès 2019, la compétition créée il y a 118 ans subira un sérieux lifting si la Fédération internationale de tennis (ITF) entérine cet été la réforme concoctée par ses dirigeants. Finies les rencontres du groupe mondial disputées sur quatre week-ends de trois jours, de février à novembre. Place à une semaine de

« Nous sommes une nation qui aime le sport

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LAURA FLESSEL : « LA FRANCE N’A PAS LA CULTURE DU SPORT » prise et les milieux fermés : Ehpad, prisons, etc.

mais qui n’a pas la culture du sport. » C’est

Elle s’inquiète également de la baisse de l’acti-

le constat dressé par la ministre des Sports

vité physique chez les femmes et mentionne

dans une interview au Monde où elle rappelle

50 quartiers prioritaires de la politique de la

l’objectif de gagner 3 millions de pratiquants

ville ne disposant d’aucun équipement sportif.

d’ici 2024, soit un gain de 10 % au regard

« Nous allons accompagner ces territoires pour

des 34 millions actuels (dont 17 millions de

lutter contre cette inégalité » promet-elle.

licenciés). Laura Flessel insiste tout particuliè-

Laura Flessel réitère enfin l’objectif de créer

rement sur la lutte contre la sédentarité, en

sur le quinquennat 500 maisons sport-santé,

soulignant que « dix millions de personnes souffrent d’affec-

avec dans chaque région un « living lab » (laboratoire de vie)

tions de longue durée, 3 millions sont diabétiques, 55 % des

qu’elle présente comme devant servir de « trait d’union entre

Français ne pratiquent pas ou plus d’activité sportive ».

le monde médical et le monde sportif en formant des coachs

Outre un effort sur l’école et l’université, la ministre affirme

spécialistes de l’activité physique adaptée ». ●

sa volonté de développer la pratique dans le monde de l’entre-

(1) lemonde.fr du 26 février.

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compétition réunissant 18 équipes, fin novembre, dans un même lieu. Celles-ci s’affronteront en 6 poules de 3 d’où sortiront 8 nations, opposées en quarts puis en demifinales et finale. Chaque rencontre sera disputée sur une seule journée en deux simples et un double, au meilleur des trois sets. (L’Équipe du 27 février)

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Handballeurs ou gladiateurs ?

Rupture des ligaments croisés du genou, entorses de la cheville, fractures diverses, commotions cérébrales… Entre septembre et mifévrier, 51 joueurs de D1 de handball, soit plus d’un sur cinq, ont subi au moins un mois d’indisponibilité. Et c’est pire chez les deux premiers du classement, Montpellier et Paris, engagés en Ligue des Champions. « La multiplication des matchs, l’intensification de l’entraînement et la vitesse causent des traumas plus violents », observe le Dr Alain Simon. Le hand tend également à devenir un sport d’affrontement, jusqu’à ressembler à du rugby. Un rugby luimême de plus en plus accidentogène à force de singer le foot américain… (avec L’Équipe du 21 février)

L’arbitrage vidéo au Mondial russe Réunie à Zurich au siège de la Fifa, l’assemblée générale de l’Ifab, l’instance qui fixe les règles du football, a adopté à l’unanimité, samedi 2 mars, l’introduction de l’assistance vidéo à l’arbitrage. La VAR s’appliquera dès la Coupe du monde 2018 en Russie, dans quatre cas de figure : après un but marqué, sur une situation de penalty, pour un carton rouge direct ou pour corriger une erreur d’identité d’un joueur sanctionné. Dès la saison prochaine, le championnat de Ligue 1 utilisera cette innovation qui reste décriée par de nombreux observateurs. (lequipe.fr)

VuLuEntendu GOLDEN GLOBE, EN SOLITAIRE AUTOUR DU MONDE « Un homme, un bateau, l’océan ». En juin prochain, vingt voiliers dépourvus de tout équipement numérique quitteront le port britannique de Falmouth pour parader jusqu’aux Sables-d’Olonne. Puis ils gagneront le grand large pour disputer la seconde édition du Golden Globe, cinquante ans après le triomphe de Robin KnoxJohnston dans l’épreuve qui fonda le mythe de la course autour du monde en solitaire. L’ancien skipper Peter Nichols rend ici hommage aux neuf marins qui, pour la plupart, s’élançaient alors vers l’inconnu. En 313 jours de mer, Robin Knox-Johnston fut le seul à boucler ce tour du monde. Quant au Français Bernard Moitessier, se moquant des 5 000 livres de prix alors que la victoire lui était promise, il préféra poursuivre sa route vers Tahiti. Mais qui étaient les autres concurrents ? C’est l’aventure de ces anonymes qui est ici racontée, le destin le plus terrible étant celui de Donald Crowhurst, ingénieur en électronique de 36 ans, retrouvé suicidé dans son trimaran à la dérive. Il n’avait jamais quitté l’Atlantique, envoyant de fausses positions et rédigeant deux journaux de bord, un vrai et un faux… Avec pour vétéran Jean-Luc Van Den Heede, 72 ans, leurs héritiers d’aujourd’hui sont autrement expérimentés. Et l’édition de 2018 devrait prendre des allures de régate, en dépit de l’interdiction de tout ordinateur ou de tout téléphone satellite. ● Ph.B. Golden Globe, une épopée solitaire autour du monde, Peter Nichols, Glénat, 382 pages, 22 €.

DANS LES PAS DE JEAN-LOUIS ÉTIENNE Avant d’être un explorateur, fameux pour ses expéditions polaires dans les années 1980 et 1990, Jean-Louis Étienne est un homme qui marche. C’est ce que narre Dans mes pas, récit autobiographique dont les vingt-cinq chapitres sont autant de chemins de vie. Pour Jean-Louis Étienne, mettre un pied devant l’autre c’est s’évader, prendre la tangente, retrouver sa liberté. En vacances à la mer avec ses parents, il refuse les distractions du Club Mickey pour longer le rivage « dans la rumeur éternelle des vagues », jusqu’à ne plus distinguer « que des silhouettes tremblées entre les corolles vives des parasoles épars ». Et un beau jeudi, avec un copain et sur un coup de tête, il effectue d’une traite les 13 kilomètres séparant Castres de son village natal de Vielmur-sur Agout (Tarn), où son père conservait son atelier de taille de pierre. À d’autres moments, le scientifique réapparait derrière le conteur. « Quand l’homme est-il devenu bipède ? » se demande le biologiste, chirurgien et médecin du sport, avant de détailler les rouages de la « merveilleuse machine » à avaler les kilomètres qu’est le corps humain. Et ce marcheur invétéré de rendre hommage aux facteurs ruraux de la fin du xixe siècle qui, sacoche sur l’épaule, parcouraient en moyenne 27 kilomètres chaque jour. Avec un vrai talent d’écriture, Jean-Louis Étienne fait aussi partager ses randonnées préférées comme ses expéditions arctiques et celles de ses devanciers. Une façon de mesurer le chemin parcouru par un homme de 72 ans dont le tout premier diplôme était un CAP de tourneur-fraiseur. Dans un dernier chapitre intitulé « Marcher, coûte que coûte », Jean-Louis Étienne évoque une vieille dame obstinée qui, chaque début d’après-midi, remonte par six fois, canne à la main, le couloir de sa maison de retraite : 150 à 155 pas de 20 centimètres chacun, précise l’auteur. « Marcher jusqu’au bout de ses forces pour entretenir la fière indépendance de se mouvoir seul, marcher pour conquérir les dernières libertés jusqu’au terme de son chemin » écrit-t-il. Et l’on revoit alors comme en surimpression les images de l’homme qui, en mai 1986, courbé sous le poids de son traîneau, atteignit le pôle Nord à l’issue d’une équipée solitaire de 63 jours. ● Ph.B. Dans mes pas, Jean-Louis Étienne, Paulsen, 132 pages, 19,90 €.

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invitée

Directrice du service des sports depuis 2008

Anne-Sophie de Kristoffy, le sport à la mode de TF1 Ex-étoile du patinage artistique, Anne-Sophie de Kristoffy dirige le service des sports de TF1. Elle détaille la façon dont le sport, notamment féminin, est abordé sur la chaîne et sur LCI.

A

nne Sophie de Kristoffy, vous dirigez depuis dix ans le service des sports de TF1. En quoi cela consiste-t-il ? Disons que je suis à la tête d’une agence de douze journalistes, avec pour clients les éditions du 13 h, du 20 h et du week-end, et LCI notre chaîne d’information. Tous ces journaux ont des exigences et des temporalités différentes. Les JT de Jean-Pierre Pernaut et Gilles Bouleau possèdent leur propre sensibilité, tandis que la fin de semaine est à la fois un grand rendez-vous compétitif et le moment où les gens pratiquent pour eux-mêmes. Je propose des sujets au regard de l’actualité et des appétences de chacun. Pour son journal de 13 h, Jean-Pierre Pernaut voudra peut-être un sujet sur les femmes seniors, de préférence en province, qui n’ont jamais fait de sport mais ont l’envie de s’y mettre.

CHAMPIONNE DE PATINAGE ARTISTIQUE Anne-Sophie de Kristoffy, 56 ans, a été triple championne de France de patinage artistique en 1978, 1979 et 1980, sans toutefois participer aux Jeux olympiques de Moscou. Passée par une école d’attaché de presse, elle débute comme pigiste à L’ÉquipeMagazine et Libération avant de rejoindre en 1984 le service des sports de TF1, alors dirigé par Jean-Michel Leulliot. Elle y intervient lors des journaux télévisés et des retransmissions de patinage artistique. Parallèlement, ses reportages sont remarqués et obtiennent plusieurs récompenses. De 1994 à 1999, âge d’or du patinage artistique en France, elle produit et commente les grandes épreuves sur TF1, se formant au management dans l’exercice de ses nouvelles responsabilités. Elle crée ensuite une agence interne d’information sportive pour les rédactions de TF1 et LCI. Directrice-adjointe des reportages, elle est nommée en 2008 à la tête du service des sports. C’est à ce titre qu’Anne-Sophie Kristoffy a intégré la Conférence permanente du sport féminin installée en septembre 2017 par Laura Flessel, ministre des Sports, et Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. ●

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Vous êtes arrivée à TF1 en 1984 : le sport à la télé a beaucoup évolué depuis… Il n’y avait alors que trois ou quatre chaînes. On passait les buts du championnat de foot, on montrait les images d’un record du monde, et dans le meilleur des cas on rencontrait celui qui l’avait battu. Aujourd’hui, les buts, les téléspectateurs les ont vus, et l’info, ils l’ont déjà. À nous d’apporter une plus-value : obtenir une interview, décrypter les dessous d’une performance… Et, en l’absence d’actualité, nous proposerons un regard sur les pratiques du plus grand nombre, sous l’angle bien-être. Pour les Jeux olympiques d’hiver, le 13 h aura choisi par exemple de se rendre sur un terroir de montagne d’où est originaire une médaillée française… Oui, tout à fait. Ce qui dicte le 13 h, c’est l’émotion des Français et la fierté d’appartenir à une région. D’où vient ce champion ? On rencontrera son premier entraîneur, ses amis d’enfance, ses supporters… À 20 heures ou le week-end, on essaiera plutôt de comprendre comment, physiquement, techniquement, le champion s’est distingué de ses concurrents. Pour Martin Fourcade, on ira voir comment il s’est entraîné sur cette piste indoor en Allemagne, ou comment il a fait réaliser sa carabine sur mesure. Le 20 h, c’est aussi l’image insolite du skieur tongien Pita Taufatofua qui défile torse nu avec son drapeau lors de la cérémonie d’ouverture des JO d’hiver… Et les sujets de société : passent-ils autant à 13 h qu’à 20 h ? Oui, à ceci prêt qu’un reportage sur le running et la folie des marathons passera au 20 h, au public plus urbain. Avec son prisme tradition, le 13 h s’attachera à la région traversée par une épreuve ou à l’implication d’un club local. Quel lien établissez-vous avec les retransmissions télévisées des événements sportifs ? L’événement commande. C’est pourquoi, bien que ne possédant pas les droits de retransmission des Jeux olympiques, nous avons été très présents dans nos JT sur ceux de Pyeongchang, bien davantage même que France Télévisions. Après, quand nous possédons les droits, cela devient un événement du groupe et une histoire que chaque support va raconter à sa façon, afin de valori-


Christophe Chevalin / TF1

ser l’événement que nous diffusons en direct. Avec 28 matchs, la Coupe du monde de football en Russie est un enjeu capital, et toutes les éditions et toutes les chaînes vont entrer dans la danse. Car le foot peut aussi se décliner sur TMC dans l’émission Quotidien. Dans une récente interview (1), vous racontez vous être imposée à TF1 dans les années 1980 avec des sujets « un peu décalés » n’empiétant pas sur les « plates-bandes des garçons ». Est-ce à dire qu’il y avait des chasses gardées, ou une manière féminine d’aborder un sujet ? C’était surtout une façon plus sportive, car sur le plan professionnel, avant d’être une femme je suis une ancienne sportive de haut niveau. Quelle que soit la discipline, je conserve un œil aiguisé pour saisir ce qui se joue. Quand je vois Martin Fourcade jouant la médaille face à la cible, je sais ce qu’il a enduré et ce qu’il ressent. En tant que femme, je n’étais pas particulièrement motivée par le fait d’aller interroger les footeux dans les vestiaires. Je l’étais davantage par tout le reste, que mes collègues hommes ne faisaient pas. Combien y a-t-il de femmes dans votre service ? Ce chiffre va changer parce que le service des sports, qui comptait douze journalistes, sera élargi dès demain pour composer un grand service « sport et lifestyle », avec 38 personnes sous ma responsabilité. Ce service traitera de culture, de tourisme et de bien-être avec la même approche que celle appliquée au sport : au lieu de présenter classiquement une expo ou une idée de sortie, l’idée est d’aller chercher des histoires à partir de ces thèmes. Sinon, concernant les sports proprement dits, jusqu’à présent j’avais une seule femme à mes côtés, mon adjointe, plus Marine Marck sur LCI. Mais c’est surtout faute de candidates : dans les écoles de journalisme, peu d’étudiantes s’intéressent au sport. Ce qui peut s’expliquer par le fait qu’à l’antenne, le sport reste avant tout masculin. À l’instar de votre consœur Céline Géraud, présentatrice de Tout le sport sur France 3 et ancienne judokate, vous aviez la caution de votre carrière de patineuse. Une journaliste de sport n’est-elle crédible que si elle a connu la pratique de haut niveau ? C’est à la fois un avantage et un handicap auprès de ceux qui considèrent qu’une sportive a un cerveau gros comme un pois chiche. Oui, j’ai eu mon rendez-vous à TF1 parce que j’étais une championne, et j’ai profité du départ de la seule fille du service, qu’il fallait remplacer par une autre : c’était un gage. Mais ensuite, pour m’imposer sans rester cantonnée au patinage, il m’a fallu avoir des idées que mes collègues hommes n’avaient pas. Les idées d’une ancienne pigiste de Libération, qui dans les années 1980 a révolutionné la façon d’aborder le sport dans la presse… Totalement. Auprès de Jean-Pierre Delacroix, Libération a été mon école de journalisme. Le choix des angles, le soin apporté à l’écriture, tout ça c’est lui qui me l’a inculqué. Vous êtes membre de la Conférence permanente du sport féminin, où vous représentez, avec Céline Géraud pour France Télévisions, les éditeurs de ser-

vices audiovisuels. Quel est votre rôle ? Nous nous sommes réunis trois fois et avons principalement travaillé sur les « 24 heures du sport féminin », qui coïncidaient cette année avec le premier week-end des Jeux olympiques d’hiver (2). Ce rendez-vous annuel est l’occasion d’ancrer le sport féminin à la télévision, et de proposer aussi un regard féminin sur le sport. Moi, mon levier c’est TF1, et j’essaie de faire bouger les lignes à travers les sujets des journaux télévisés.

Anne Sophie de Kristoffy : « Je suis à la tête d’une agence de douze journalistes, avec pour clients les éditions du 13 h, du 20 h et du week-end, et LCI notre chaîne d’information. »

Chaîne emblématique du ballon rond, TF1 a longtemps délaissé le football féminin, avant d’acquérir les droits de la Coupe du monde féminine 2019 en France. Pourquoi ? Parce que le football féminin arrive à maturité, avec une équipe nationale performante, et que l’événement se déroule en France. Je considère avec Brigitte Henriques, secrétaire générale de la FFF, qu’il s’agit d’un événement majeur pouvant avoir un impact sur la société française, surtout diffusé sur TF1, chaîne de télévision leader et fédératrice. Je rappellerai que, le 18 décembre, la finale du championnat d’Europe de handball féminin remportée par la France contre la Norvège a attiré 4,3 millions de téléspectateurs, avec une part de marché de 25% et un pic à 6,9 millions en fin de rencontre. Les gens regardent l’événement, et ne zappent pas parce que ce sont des femmes qui jouent. Ils les soutiennent comme ils soutiendraient des hommes : parce qu’il y a un enjeu et qu’elles s’engagent dans leur sport avec autant d’exigence que leurs homologues masculins. ● Propos recueillis par Philippe Brenot (1) Parue dans Women Sports n°7 (janvier-février-mars 2018). (2) Rebaptisée cette année « Sport féminin toujours », cette mobilisation des médias audiovisuelles s’est déroulée les 10 et 11 février.

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horizon

Une loi pour le sport pour tous Sollicité par l’Ufolep, le député LREM Sébastien Nadot a entrepris de déposer une proposition de loi visant à modifier le Code du Sport.

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ors de l’élection présidentielle Le sport pour tous bientôt à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale ? l’an passé, l’Ufolep a défendu l’idée d’une loi modifiant le Code du Sport et instaurant pour les fédérations du sport pour tous une « délégation de puissance publique » comparable à celle dont bénéficient les fédérations olympiques ou unisports dotées d’une filière de haut niveau. «  Nous souhaitons placer la pratique physique et sportive du plus grand nombre au cœur des enjeux de société, résume le président de l’Ufolep Philippe Machu. Il s’agit de renforcer la légitimité des fédérations rapprochée du député (et professeur d’EPS) Sébastien et des pratiques qui concourent à l’éducation, à l’insertion Nadot (1) pour l’améliorer et le porter en son nom. sociale et professionnelle, à la santé et à la citoyenneté LA DÉMARCHE EST ENGAGÉE par le sport. » En attribuant aux fédérations sportives qui revendiquent Sébastien Nadot a présenté une proposition de loi auprès cette identité une mission de service public, l’État leur du groupe LREM, laquelle a ensuite été déposée début donnerait mission de développer des parcours adaptés mars au bureau de l’Assemblée nationale. Selon le pardédiés aux publics éloignés de la pratique sportive. Une cours législatif type, le texte sera examiné par la commission qui passe par la formation et l’emploi d’anima- mission parlementaire compétente en matière de sport, teurs et l’identification d’un réseau associatif capable qui désignera un rapporteur. Comme les autres membres d’intervenir sur tout le territoire, en particulier dans les de la commission, ce rapporteur pourra proposer des territoires en difficulté sociale, urbains ou ruraux. Cette amendements. Une fois le rapport adopté en commission, délégation de service public viendrait en appui de l’ac- le texte doit être inscrit à l’ordre du jour et examiné par tion de l’État et de ses dispositifs. l’Assemblée nationale après un délai de six semaines. S’il Afin de donner une traduction législative à sa démarche, est adopté, il sera transmis au Sénat, qui examinera à son l’Ufolep a travaillé sur un texte de loi. Puis elle s’est tour le texte… Parallèlement, l’Ufolep s’est rapprochée de parlementaires de tous horizons (2). Elle entend également associer tout le mouvement sportif avec l’appui du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) et de la plateforme La démarche initiée par l’Ufolep vise à ajouter dans le Code du ID-Orizon, qui réunit les fédérations du sport pour tous. Sport un nouvel article (L.131-23) venant après celui concernant Et elle souhaite rencontrer la ministre des Sports, Laura Flessel, afin de lui détailler son projet. les fédérations ayant une filière de haut niveau. Enfin, l’Ufolep a entrepris de mobiliser ses comités, ses Selon le texte de cet article, « les fédérations sportives agréées, associations et ses partenaires autour du concept de exerçant à titre principal une mission d’intérêt civique, d’insertion « Société en mouvement » (3). « Celui-ci rappelle l’enjeu et de santé à travers la diversification des pratiques et l’accessibide santé publique de l’accessibilité à la pratique physique et sportive pour tous, et la volonté de l’Ufolep de s’inslité aux activités physiques et sportives multidisciplinaires » rececrire dans une dynamique commune aux Jeux olympiques vraient délégation du ministre en charge des Sports pour : de Paris 2024, souligne Philippe Machu. Cette démarche • « organiser » rencontres et manifestations à caractère sportif vise à créer une nouvelle culture sportive en France et est ayant pour finalité « le sport pour tous, l’engagement citoyen, la bien dans l’ADN de notre mouvement : se montrer force de proposition et accompagner l’action publique pour plus santé ou l’insertion sociale et professionnelle par le sport » ; d’égalité et d’émancipation, à travers le sport. » ● • « former » les responsables d’associations et autres structures Isabelle Chusseau labélisées en charge d’accueillir et d’accompagner des publics prioichusseau.laligue@ufolep-usep.fr ritaires et destinataires de programmes d’État ;

AJOUTER UN ARTICLE AU CODE DU SPORT

• « réglementer » les parcours sportifs à visée d’engagement citoyen, de santé ou d’insertion sociale et professionnelle par le sport. ●

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(1) Lire son interview dans En Jeu n°30, février 2018. (2) Comme le sénateur (LR) Michel Savin ou le député (LREM) François Cormier-Bouligeon, qui préside le groupe d’études sur le sport de l’Assemblée nationale. (3) www.societeenmouvement.fr / #SocieteEnMouvement


Philippe Brenot / archives En Jeu

dossier Petits footballeurs du mercredi, Usep Paris.

Un autre football est possible La prochaine Coupe du monde de football, du 14 juin au 15 juillet en Russie, viendra rappeler la réussite planétaire de ce sport. Jusqu’à faire oublier que, derrière la vitrine clinquante du sport-business, le football reste un jeu simple et convivial. Oui, au plus près du terrain, un autre football est possible. Avril 2018

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À la veille du Mondial en Russie

Retrouver l’esprit du jeu Comment apprécier le foot quand on voit ce qu’il est devenu ? En oubliant le miroir déformant des médias pour retrouver les vertus d’un jeu synonyme d’ouverture culturelle, de lien social et de solidarité.

«L

e football est un jeu simple qui se joue à onze contre onze, et à la fin c’est le fric qui gagne. » Au regard de ce qu’est devenu le pied-balle, on est tenté de paraphraser l’avant-centre anglais Gary Lineker, qui lors de la Coupe du monde 1990 constatait, désabusé, l’éternelle supériorité de l’équipe d’Allemagne. Une équipe d’Allemagne tenante du titre remis en jeu à partir du 14 juin en Russie. Entre temps, la mondialisation est passée par là. Le football professionnel est devenu l’incarnation du capitalisme le plus débridé, à l’image du transfert record du prodige brésilien Neymar au Paris-Saint-Germain, l’été dernier : 220 millions d’€, pour un salaire estimé à 100 000 € par jour, même blessé... Grands championnats, Ligue des Champions, Euro ou Coupe du Monde, c’est bien l’argent qui gagne à chaque fois, qu’il s’agisse de clubs souvent financés par des émirs et des milliardaires, ou des toutes

puissantes Fifa et UEFA, hauts lieux de corruption et structures expertes en matière de défiscalisation de leurs compétitions. C’est précisément ce que raconte Comment ils nous ont volé le football, l’ouvrage cosigné en 2014 par François Ruffin (1). Devenu député, celui-ci continue d’ailleurs de « mouiller le maillot » pour défendre le foot d’en bas à la tribune de l’Assemblée nationale (lire page 13). RÉSISTANCE Car les amoureux du ballon rond ne se résignent pas à voir leur passion leur échapper. La résistance prend des formes diverses, y compris les plus culturelles : c’est « Stadium », cette pièce de théâtre où des supporters du RC Lens racontent leur passion (2)  ; ou l’exposition « Nous sommes foot », qui s’est achevée début février au Mucem de Marseille. « Et si nous revenions aux sources d’un sport qui, abîmé par le foot business, reste avant tout une pratique

et une passion populaires, capables de réunir une bande d’amis, d’unir un quartier, de rassembler une ville entière, de fédérer toute une nation, au-delà des fractures sociales et politiques qui, chaque jour, s’acharnent à la désunir ? », résumait Gilles Perez, l’un des deux commissaires, dans le dossier de presse. Dès 2011, le mouvement Tatane lançait un manifeste iconoclaste, avec le fantasque ancien international Vikash Dhorasoo comme figure de proue. Son but : préserver le plaisir du jeu et le lien social qui en découle en utilisant la fantaisie et le sens du démarquage. Animations étonnantes (jouer les mains dans le dos ou en inventant des règles folles), tournois de « brêles », match concert à la Philharmonie de Paris ont permis d’entretenir cet esprit frondeur (3). « Cet autre football n’est pas à créer, il existe déjà au sein de cet univers tellement vaste et fragmenté, celui d’une pratique massive et mondialisée. Même dans la façon de concevoir le foot professionnel, il y a d’énormes

LE BALLON ROND À L’UFOLEP cadre de son dispositif Ufo-Street, qui mêle

DR

En 2017 le football réunissait à l’Ufolep 15 064 licenciés au sein de 926 associations .

sa pratique à celle des cultures urbaines.

L’Ufolep organise une coupe nationale, la

Enfin, la fédération compte plusieurs par-

coupe Gauthier, et une « consolante », la

tenaires dans le domaine du football, dont :

coupe Delarbre, du nom d’un autre diri-

• Diambars, créé par les anciens pros

geant historique de la fédération. Leurs

Football à 7 dans l’Yonne.

finales opposent souvent des clubs du

Bernard Lama et Jimmy Adjovi Boco, et qui utilise le football comme outil d’éducation

Nord ou du Pas-de-Calais, départements où la pratique à

et de développement, en Afrique comme en France ;

11 demeure enracinée, tandis que l’Eure-et-Loir, la Haute-

• les Dégommeuses, association engagée dans la lutte contre

Loire et l’Yonne sont des bastions du foot à 7. Le futsal, lui

les discriminations ;

fédère 864 licenciés.

• le réseau ConviFoot, qui fédère une quarantaine de centres

Par ailleurs, l’Ufolep propose une pratique du foot à 5 dans le

de foot à 5. ●

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Archives En Jeu

Un autre football est possible

Beach football, Ufolep Playa Tour.

différences entre le Bayern Munich et le club hambourgeois de Sankt-Pauli, antifasciste et antiraciste selon ses statuts, estime Nicolas Ksiss-Martov, historien de la FSGT et journaliste à So Foot. En même temps, je ne me fais aucune illusion sur le foot-business. Mais on y trouve toujours des émotions : j’ai un enfant de 10 ans, et je vis ces émotions avec lui. Cela redonne une forme de fraîcheur. Mais je l’emmène voir le Red Star à SaintOuen, en National, plutôt que le PSG au Parc des Princes, en Ligue 1 : le spectacle n’est pas exceptionnel mais il y a de l’ambiance. » UN LIEN SOCIAL MOINS FORT ? Le football amateur n’est pas non plus un îlot préservé de tous les maux. Certes, on est loin des salaires et des minauderies de stars ou de l’actualité biannuelle du mercato, interminable sujet de débat sur les chaînes sportives. Mais les primes de matchs et les jalousies de vestiaires n’y sont pas absentes. La violence du terrain et des tribunes et l’intimidation des arbitres non plus. « Le club de foot est parfois le seul lieu avec l’école où se nouent des solidarités nonfamiliales, souligne le sociologue Williams Nuytens, coordonnateur du laboratoire Sherpas de l’Université d’Artois. Mais il faut

aussi faire le deuil d’un sport qui ressemblerait à une grande famille et où règnerait solidarité, protection et reconnaissance. » Les terrains de football sont aujourd’hui au cœur d’ambitions et d’enjeux de représentation sociale qui dépassent le jeu lui-même. Et il n’est pas sûr que tous les pratiquants chaussent les crampons par amour du jeu… « Ils me semblent aujourd’hui moins impliqués, et le lien social moins fort qu’avant. Ce football exige moins des licenciés, qui en revanche exigent toujours plus de lui : les joueurs veulent de meilleurs arbitres, de meilleurs terrains, de meilleurs dirigeants, comme les parents d’ailleurs. Alors oui, un autre football est possible, loin de celui du petit écran et des abonnements mensuels à BeIn Sport, loin de celui où les licenciés veulent beaucoup sans rien donner en retour. Mais quel chantier ! », estime l’auteur de Au pays des pieds carrés, « récit du football du dimanche » paru en 2006. AUTO-ARBITRAGE Et à l’Ufolep, règne-t-il un état d’esprit différent, comme le souhaiterait la commission nationale qui gère l’activité ? « On développe plusieurs types de football, en ville comme en campagne : foot à 11, foot Avril 2018

à 7 adultes ou vétérans, futsal, five… Ce qui les réunit, c’est l’attachement au respect de l’adversaire, de l’arbitre et avant tout de savoir perdre avec fair-play », résume Lionel Chariot, responsable de la CNS football. À la différence des districts de la très tatillonne Fédération française de football, chaque comité départemental est libre d’édicter son propre règlement. « En foot à 7, certains appliquent le hors-jeu et d’autres pas, mais nous allons de plus en plus vers l’auto-arbitrage » précise Lionel Chariot. C’est le cas en Eure-et-Loir, département phare avec ses 1  000 matchs disputés chaque année par une centaine d’équipes. Mais parce que cette « culture » de l’auto-arbitrage ne va pas forcément de soi, notamment pour les joueurs qui évoluent parallèlement dans des clubs affiliés à la FFF, il faut la transmettre. « En début de saison, les nouvelles équipes assistent à une réunion technique d’explication. Puis, après chaque rencontre, les deux équipes évaluent leur comportement. Cela donne lieu à un classement du fair-play : les deux équipes distinguées reçoivent en fin de saison un maillot spécial pour souligner leur état d’esprit. Et si une équipe a du mal à appliquer l’auto-arbitrage ou se comporte mal,

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Cercle Paul Bert de Rennes

son adversaire peut décider de ne pas disputer le match retour », explique le délégué départemental d’Eure-et-Loir, Morgan Leray. Pas besoin de commission de discipline : si l’incident se répète, les responsables de l’équipe en cause seront amenés à se questionner d’eux-mêmes…

Le Ballon aux filles, tournoi de printemps du Cercle Paul Bert de Rennes.

NOUVELLES PRATIQUES Le processus de diversification que connaît le foot – foot à 7, à 5, pratique libre, futsal, beach, free style, etc. – traduit à la fois un renouveau et une certaine remise en cause du modèle compétitif de la FFF, où le turn-over des licenciés va croissant. « On peut s’en inquiéter : la culture sportive n’a plus le temps de s’installer chez le licencié, pratiquant ou dirigeant », souligne Williams Nuytens. Des associations utilisent aussi la passion du ballon rond comme un outil de changement social. Comme l’Internationale Soissonnaise, un club créé en 2009 et qui, en plus de sa réussite sportive, prend intégralement en charge le soutien scolaire de ses jeunes licenciés en difficulté. Ou le Cercle Paul Bert de Rennes, club omnisports de 12 000 adhérents où, parmi d’autres disciplines, le football est aussi envisagé comme un outil d’intégration et de lien social. Actif dans les quartiers prioritaires de la ville, le service socio-sport du CPB anime par exemple à la prison des femmes des cycles de découverte comprenant du futsal. LES FILLES BOUGENT LE FOOT Au sein du club, le collectif « Le Ballon aux filles » organise aussi fin mai un tournoi de foot féminin, ouvert à toutes, mais qui recrute en particulier dans les collèges

en menant des actions de sensibilisation visant à lutter contre les stéréotypes et les préjugés sexistes qui collent encore au ballon rond. La possibilité de s’inscrire au dernier moment facilite la participation. « 11-15 ans et plus de 16 ans se succèdent le matin puis l’après-midi. Et les équipes ne peuvent compter plus de trois licenciées, ce qui permet de toucher un public nouveau, explique Camille Collet, responsable du socio-sport au CPB et élue nationale de l’Ufolep. Une jeune maman qui y avait participé mais n’osait pas s’inscrire en club est même à l’initiative d’un créneau de futsal dans un quartier. Après deux ans, il compte 25 joueuses de 16 à 52 ans, dont beaucoup de débutantes. » L’agglomération rennaise serait-elle la Mecque du foot féminin de demain ? Car le Cercle Paul Bert de la commune voisine de Bréquigny possède lui aussi une sec-

tion foot féminin qui réunit 150 membres, avec plusieurs équipes seniors et une école de foot. Une réussite qui s’explique par un travail de fond. « Ses membres cherchent à démocratiser la pratique féminine dans les écoles primaires afin que les filles s’approprient l’espace de la cour de récréation et n’aient pas peur de jouer avec les garçons » souligne Camille Collet. La féminisation du football – 165  000 femmes sur 2,2 millions de licenciés à la FFF, mais trois fois plus qu’en 2011 – rendra probablement le foot moins macho. Pour autant, s’afficher en short et crampons ne va pas de soi lorsque l’on est une fille dans un quartier populaire. Et encore moins lorsqu’on est lesbienne ou trans… Sauf chez les Dégommeuses, à la fois club de foot et association militante luttant contre le sexisme et les discriminations. « Être implanté depuis cinq ans dans Paris,

JUNIOR ASSOCIATION, FOOT FÉMININ ET CULTURE Le football, outil d’apprentissage de la vie associative ?

« Comme dans tout club, il y a une partie entraînement,

C’est particulièrement vrai pour la Junior Association

explique Inès Leprevost, 12 ans, trésorière. Mais moi, c’est

Football féminin et culture (FFC) fondée en 2014 à Loos-

le côté culturel en plus du foot qui m’a attirée. Cette année,

les-Lille (Nord) par des jeunes filles qui ne trouvaient pas

nous allons par exemple organiser un tournoi avec deux

en club chaussure de foot à leur pied.

écoles proches de notre collège Descartes. On va en profiter

Comme son nom le suggère, une Junior Association est un

pour créer des affiches et faire une exposition. Nous avons

dispositif souple qui permet à des jeunes de 11 à 18 ans

aussi le projet de partir au Maroc une semaine afin de ren-

de mettre en place des projets, avec l’aide d’un réseau qui

contrer d’autres équipes féminines. »

s’appuie notamment sur celui de la Ligue de l’enseigne-

Inès dit apprécier les réunions avec ses deux copines pré-

ment. Toutes collégiennes, les 15 membres de FFC, dont

sidente et vice-présidente. « On réfléchit ensemble, on pro-

ses 4 dirigeantes, sont épaulées par l’éducateur Mohamed

pose des choses. Et peut-être qu’un jour, je monterai ma

Kidari.

structure. » ● B.B.

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Un autre football est possible

au stade Louis-Lumière, nous a permis d’essuyer moins de remarques que sur d’autres terrains. D’autant plus qu’à l’époque nous étions la seule équipe féminine » se souvient Veronica Noseda, secrétaire générale. Les Dégommeuses est une association atypique dans la mesure où, tout en étant attachée à la progression technique, les entraînements et les matchs mélangent volontiers tous les niveaux et aussi les âges,

voire les sexes. Fidèle à sa fibre militante, les Dégommeuses a aussi un programme pour les femmes réfugiées. « Nous leurs payons le pass navigo pour qu’elles viennent s’entraîner avec nous  » précise Cécile Chartrain, la présidente. Comme quoi le football est un jeu simple qui se joue à onze contre onze et où, parfois, c’est la solidarité qui gagne. ● Baptiste Blanchet

(1) Co-écrit avec Antoine Dumini et paru en 2014 aux éditions Fakir, cet ouvrage de poche a remporté le prix des lycéens du livre économique. (2) Après avoir été jouée une semaine à guichets fermée au théâtre de la Colline, la pièce de Mohamed El Khatib est partie en tournée l’automne dernier. (3) À lire : Tatane, pour un football durable et joyeux, manifeste illustré par Pénélope Bagieu, Charles Berbérian, Bouzard et Jul (Gallimard, 2014)

Journaliste, réalisateur du documentaire «  Merci Patron  !  » et désormais député France Insoumise de la Somme, François Ruffin est un passionné de ballon rond. S’il avoue avoir du mal avec le foot-business, le Picard rend hommage aux bénévoles qui se démènent dans les clubs. François Ruffin, quel est votre rapport au football ? Malgré un emploi du temps chargé depuis que je suis député, je joue tous les dimanches matins en vétérans à Amiens, avec l’Olympique amiénois. Cela me permet de me décharger de toute agressivité, notamment celle qui existe parfois dans l’Hémicycle. Je ne suis pas très bon, mais j’aime ça ! Pour moi, le foot est aussi lié à l’intime et à l’expérience de la paternité : une sorte d’héritage filial qui parfois passe davantage par ce sport que par les paroles. Car certains pères ne sont pas très forts pour prononcer certains mots, dire leur affection. Mais regarder un match sur les genoux de son papa ou aller avec lui au stade crée un lien fort, des souvenirs communs. Dans les cours de récréation, le foot permettait aussi de s’intégrer. J’imagine que c’est toujours comme ça aujourd’hui. Il paraît que vous aviez le style du solide attaquant lensois Tony Vairelles mais que vous étiez inspiré par l’élégant néerlandais Johan Cruyff ou le très politique brésilien Socrates… On peut dire ça ! Vairelles n’était sans doute pas un grand joueur, mais j’aime ceux qui se battent sur tous les ballons. Quand j’assistais aux matchs au stade Bollaert, je voyais bien que Vairelles était limité technique-

ment. Mais il se donnait à 100%, il avait un côté « ouvrier du foot » qui me touchait. Socrates et Cruyff, je les ai découverts plus tard. Et mon vrai héros était Michel Platini. Je rêvais d’être le n°10 de la Juventus de Turin et des Bleus. Vous avez dit un jour que votre combativité vous venait du foot… Mon entrée en politique est récente puisque j’avais 42 ans quand j’ai été élu député. Mais oui, globalement j’aime bien la bataille. Quand nous avons créé Fakir, un petit journal à Amiens qui m’a valu plein d’ennuis et des procès, il y avait cette idée de lutte du petit contre les puissants. Vous avez raconté dans un livre comment le foot-business avait « volé » l’objet de votre passion… Pour moi, le football est un miroir grossissant de la société : une forme de caricature dans la mesure où pouvoir, argent et médias s’y concentrent. C’est pourquoi je pense que ce sport ne pourra pas régler ses problèmes seul, en dehors de la société civile. Suivez-vous les matchs à la télévision ? Pas vraiment. Je n’arrive pas, ou plus, à m’intéresser au foot de haut niveau car la part d’incertitude a été évacuée en raison d’une répartition de plus en plus inégalitaire des capitaux. Dans les années 1980, il y avait trois Coupes d’Europe et les vainqueurs changeaient d’une saison l’autre. Il y avait encore des épopées. Désormais, on retrouve quasiment toujours les mêmes équipes en quarts ou en demi-finales. En revanche, je continue à m’intéresser aux équipes nationales, car les joueurs Avril 2018

DR

François Ruffin : « Il faut reconnaître la fonction sociale des bénévoles »

François Ruffin, le 7 octobre 2017 à l’Assemblée nationale.

reviennent dans leur pays d’origine, et alors cet aspect financier s’efface un peu. Pourquoi avoir porté le maillot de l’Olympique Eaucourt à l’Assemblée nationale ? Pour rendre hommage au foot amateur et à ses bénévoles, avez-vous expliqué… Ayant évolué douze ans dans un petit club de campagne, à Ribemont-sur-Ancre, je voyais chaque semaine les maillots revenir lavés, repassés et pliés et cela me semblait magique. Tout le monde avait l’air de trouver ça normal, mais pas moi. Je suis donc allé demander à tous les bénévoles qui s’en chargeaient pourquoi ils le faisaient, comment, combien de temps ça leur prenait. Ils n’ont pas compris le sens de mes questions : pour eux ça allait de soi. Pourtant, il faut encourager ces bénévoles qui passent du temps à tenir la buvette, à accompagner les joueurs en voiture, à prendre soin du matériel. Il faut vraiment reconnaître leur fonction sociale. Quant au manque de moyens des clubs amateurs, je ne suis pas un spécialiste, mais je me demande parfois ce que fait la FFF de son pognon. Une plus grande part de la taxe sur les droits de retransmission télévisée pourrait être allouée aux petits clubs. ● B.B.

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Erwan Conq : « Le foot fauteuil a changé ma vie » Membre de l’équipe de France depuis dix ans, Erwan Conq tient tout de suite à le préciser : « Je ne fais pas de différence entre le football des valides et celui en fauteuil car dans les deux cas il s’agit de faire des passes, de marquer des buts. Je suis avant tout un passionné de foot qui voulait trouver une solution pour le pratiquer en l’adaptant à mon handicap », explique celui qui par ailleurs est salarié du Crédit Mutuel de Bretagne à Brest. Une équipe de foot fauteuil compte quatre joueurs : un gardien, deux joueurs offensifs placés sur les côtés et un défenseur, à la fois libero et meneur de jeu : le poste occupé par Erwan. En France, la discipline réunit un millier de pratiquants, dont 600 dans les championnats officiels. Tous utilisent un fauteuil électrique dans leur vie quotidienne.

Erwan a commencé à 14 ans, après avoir tapé le ballon avec ses copains valides jusqu’à 8 ans. Aujourd’hui âgé de trente ans, il a été sacré champion du monde en 2017 avec les Bleus. « Ce sport a changé ma vie. Quand on se sent isolé, déprimé, le sport est un facteur de bien-être et permet de trouver confiance en soi. » « Peu de gens en situation de handicap ont la chance de vivre de grandes compétitions », ajoute ce fan de Zidane, abonné au Stade Brestois, qui reconnaît toutefois qu’au niveau international l’ambiance change. « On ressent la pression du résultat, de l’enjeu, et parfois le respect se perd un peu. Lors de la demi-finale du Mondial 2017 Angleterre-États-Unis, après un but refusé certains joueurs ont menacé FF Handisport / Sportfile

Diagnostiqué myopathe à 8 ans, Erwan Conq a pu continuer à jouer grâce au foot fauteuil, et même devenir champion du monde avec la France.

Erwan Conq en action contre l’Angleterre.

l’arbitre. Heureusement, ces cas sont rares. » Erwan s’est également investi comme dirigeant au sein de la Fédération française handisport, et milite pour faire connaître sa discipline. « Dès que je peux, je participe à des démonstrations. Parfois, on met des fauteuils à disposition pour que les valides se rendent compte de la technicité de ce sport. » Avis aux amateurs.  ● B.B.

FOOTBALL, MON AMOUR Auteur de BD à succès, Tronchet est aussi l’auteur

naires. Une belle métaphore du vivre-ensemble. »

d’un Petit traité de footballistique (Albin Michel,

À 59 ans, après avoir évolué dans des clubs du

2004) et de Football, mon amour (J’ai lu, 2010).

Nord de la France puis dans la fameuse équipe de la bande dessinée (Bilal, Margerin, Druillet…)

« Avec mon premier livre, j’ai voulu raconter la

Tronchet continue de taper le ballon entre amis,

pratique modeste d’un footballeur du dimanche.

à 5 contre 5, sur synthétique. « À chaque match,

J’avais envie de faire partager ces moments

je joue ma vie. Il faudra m’abattre pour que je

simples où l’on joue sous la pluie, sous la neige

m’arrête un jour ! »

ou dans la boue avec le même plaisir », explique

Et le foot à la télé ? « Malgré les réserves sur le bar-

Tronchet, ailier gauche enthousiaste sous le nom

num qu’est devenu le football, il faut reconnaître

de Didier Vasseur.

qu’on n’a jamais atteint une telle maîtrise tech-

Pour l’auteur-dessinateur, la pratique du foot est un « exu-

nique. En Ligue des champions, certaines équipes atteignent un

toire » : « On est dans l’instant. On peut courir comme un fou

niveau invraisemblable sur le plan collectif et de la vitesse. Il

pour un ballon qu’on n’a aucune chance de récupérer, crier

m’est difficile de ne pas apprécier ce spectacle. »

sur ses partenaires, être de mauvaise foi. Ça permet aussi de

Mais pour ce supporter du RC Lens, le football reste associé à

mieux se connaître : si on est individualiste, ça se voit tout de

la chaleur des stades. « J’ai beaucoup de tendresse pour le for-

suite. Et si on est timide, il y a des chances qu’on manque ses

midable public du stade Bollaert, capable d’applaudir un but

contrôles de balle, par manque de confiance en soi. Et puis

adverse. Je peux comprendre que, de l’extérieur, on trouve abru-

c’est un sport d’équipe qui permet de faire l’expérience de la

tissants ces mouvements collectifs. Pour éprouver la force du sen-

solidarité et de comprendre que l’on n’est rien sans ses parte-

timent d’appartenance à une équipe, il faut l’avoir vécu. » ● B.B.

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Un autre football est possible

Les adieux d’un vétéran au foot Ufolep André Mathieu ne jouera pas le match de trop, et il en est bien désolé. En début de saison, pour la première fois depuis 37 ans il a dû renoncer à inscrire son équipe de Jullianges, un village de 400 habitants près de La Chaise-Dieu, dans le championnat départemental Ufolep de foot à 7. Un crèvecœur pour celui qui en était le pilier. « Ma première licence Ufolep, je l’ai prise en 1967, à l’âge de 17 ans, se souvient-il. On jouait alors à 11. Puis, en 1981, avec mes camarades nous avons engagé une équipe dans le championnat vétéran à 7 créé la saison précédente. » Ceci sur la base d’un accord tacite avec la FFF, qui gardait la main sur les championnats jeunes et adultes classiques. Pourtant, au début, cet instituteur rompu à toutes les pédagogies avait des doutes sur la règle de base qu’est l’auto-arbitrage : « Je n’y croyais pas trop. Mais ça a très bien

marché. Sur la durée, j’ai été confronté à un incident, pas davantage. Et, de nous-mêmes, nous avons aussi dû évincer de l’équipe un joueur au naturel charmant, mais qui sur un terrain devenait insupportable. » Même sans faire l’objet d’aucun point de règlement, la troisième mitemps est également de rigueur. « Elle prend généralement la forme d’un repas qui peut se prolonger », explique André Mathieu. Même si, avec l’évolution des modes de vie, « la tradition a un peu tendance à se perdre ». Infatigable milieu de terrain à ses grandes heures, au fil des ans André est descendu d’un cran pour se consacrer aux tâches défensives. « Je compensais ma condition physique déclinante par le coup d’œil et le placement », sourit-il. Et, en dépit de ses DR

À 68 ans, c’est la mort dans l’âme qu’André Mathieu s’est résolu à remiser ses crampons, faute de coéquipiers pour participer au championnat Ufolep de foot à 7 de Haute-Loire.

André Mathieu (debout, 2e à gauche) et l’équipe de Jullianges en 1986.

68 ans fêtés en décembre, lui qui de toute sa carrière n’a « jamais été blessé » serait volontiers reparti pour un tour. Mais son fils, nouveau poumon de l’équipe, a rencontré l’amour trop loin de Jullianges – situé à une quarantaine de kilomètres du Puy – pour revenir jouer en fin de semaine. Ainsi meurent les équipes de foot à 7, tandis que d’autres naissent… ● Ph.B.

EN HAUTE-LOIRE, FAIR-PLAY ET PRATIQUE DE TERROIR Lancé en 1980 avec une poignée d’équipes, le « critérium

Velay, la préfecture. L’auto-arbitrage est la règle cardinale, le

football vétérans » de l’Ufolep de Haute-Loire en réunit

hors-jeu n’a pas cours et les remplaçants, en nombre illimité,

aujourd’hui une soixantaine, réparties en six poules géo-

ont le loisir d’entrer à toute interruption de jeu. Les parties

graphiques. Petite singularité, trois d’entre elles sont des

sont de deux fois 35 minutes, la victoire vaut trois points, le

voisines du Cantal, du Puy-de-Dôme et de l’Ardèche.

nul deux, la défaite un et le forfait zéro. Mais le classement

Par la force des choses, le recrutement est très rural, même si

importe peu.

l’agglomération du Puy-en-Velay est devenue un riche vivier.

En Haute-Loire, le foot Ufolep se caractérise d’ailleurs par sa

« Le foot représente 700 des 3200 adhérents du comité. C’est

souplesse. « Les engagements d’équipes tardifs sont pris en

aussi le seul sport collectif parmi des activités dominées par

compte dans la mesure du possible, et ceux qui oublient de

les différentes gymnastiques et les sports de nature », explique

communiquer les résultats bénéficient d’une certaine man-

Josyane Varenne, déléguée départementale de l’Ufolep et

suétude » résume Josyane Varenne. La déléguée organise

secrétaire générale de la Ligue de l’enseignement.

aussi pour ses footeux un tournoi en salle en janvier, quand

Côté règlement, l’âge requis est de 35 ans mais deux jeunots

les terrains sont impraticables. Et celui de début septembre

de 32 ans ou plus sont admis, pour peu qu’ils jouent « dans

crée du lien entre des équipes qui ne se rencontrent pas

l’esprit ». Les équipes peuvent aussi aligner une ou deux fémi-

durant l’année.

nines. Les rencontres sont fixées au samedi à 18 heures, mais

Aussi, quand en 2014 le district de la FFF a tenté de les

on peut s’entendre pour jouer à un autre moment, y compris

attirer dans son giron, les équipes sont restées fidèles à la

en semaine : une dérogation très utilisée du côté du Puy-en-

convivialité du foot Ufolep. ● Ph.B.

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Utopies et ballon rond Du Mai 68 français au combat pour la démocratie des Corinthians de Sao Paulo dans les années 1980, le football a parfois rêvé de changer le monde avec un ballon.

FOOTBALL PROGRÈS Une nouvelle bouffée libertaire resurgit

quelques années plus tard avec le Mouvement Football Progrès incarné par un club amateur des Côtes-d’Armor, le Stade Lamballais, et son mentor, Jean-Claude Trotel : un apôtre du « football total » de l’Ajax d’Amsterdam, exéducateur sportif à l’Ufolep. Dans sa plateforme d’action élaborée en 1974, le MFP voulait «  lutter contre la conception conformiste du football caractérisée par la commercialisation croissante [et] par la recherche du résultat par tous les moyens ». Et prônait « une conception du football qui respecte la dignité du joueur, sa liberté d’expression, son plaisir de jouer, l’épanouissement de sa personnalité ». Mais le mouvement s’épuisa peu à peu. À l’étranger, le plus bel exemple de ces conceptions sociales et libertaires est probablement celui de la «  Démocratie corinthiane » au Brésil. En 1981, quand le sociologue et ex-syndicaliste universitaire Adilson Monteiro Alves devient président des Corinthians de Sao Paulo, il propose aux DR

«L

e football aux footballeurs » : il y a cinquante ans, au cœur de Mai 68, ce slogan contestataire a fleuri durant une semaine aux fenêtres de la très conservatrice Fédération française de football. Le 22 mai, menés par François Thébaud, rédacteur en chef du Miroir du football et proche du Parti communiste, une centaine de putschistes investissent le siège de l’avenue d’Iéna puis réussissent à convaincre Just Fontaine, héros de la Coupe du Monde en Suède dix ans plus tôt, d’accepter la présidence – très provisoire – de l’institution. Outre des revendications portant sur des contraintes réglementaires aujourd’hui disparues (dont l’interdiction pour un joueur de changer de club), ces révoltés du ballon rond veulent « libérer le football de la tutelle de l’argent des pseudos-mécènes incompétents » pour en faire « le sport de la joie, le sport du monde de demain ». Avant la fin du mois, tout était rentré dans l’ordre. Néanmoins, dès l’année suivante le contrat à vie – qui selon Raymond Kopa apparentait les footballeurs pros à des « esclaves » – était remplacé par le contrat à temps.

FC UNITED CONTRE FOOT-BUSINESS En 2005, lorsque l’homme d’affaires américain Malcom Glazer rachète Manchester United, des supporters entrent en résistance. On leur vole leur club ? Alors ils créeront le leur, dirigé démocratiquement par ses 5 000 membres, chacun possédant une part du club et des droits de vote égaux. Porté par cette ferveur, l’équipe attire les foules et enchaîne les montées, jusqu’à atteindre aujourd’hui l’équivalent d’une sixième division. Néanmoins le club finit par accepter Le sponsoring, même s’il refuse tout affichage sur son maillot. Puis des dissensions se font jour, certains dénonçant des entorses au refus du mercantilisme figurant parmi les sept principes du manifeste fondateur, un affichage malheureux avec un ministre conservateur, et un certain manque de transparence. Le FC United reste cependant un club à part. Et l’exemplarité un exercice difficile… ●

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Socrates (à g.), joueur emblématique de la démocratie corinthiane.

joueurs une redistribution des revenus plus égalitaire et les invite à se prendre euxmêmes en main sur le plan sportif. DÉMOCRATIE CORINTHIANE Les Corinthians deviennent le symbole du mouvement démocratique, dans un pays qui vit encore sous la botte des militaires. En 1983, lors de la finale du championnat régional, les joueurs entrent sur le terrain avec une banderole qui proclame : « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie ». Et ils gagnent 1-0, but de Socrates, leur joueur emblématique. « Nous exercions notre métier avec plus de liberté, de joie et de responsabilité. (…) Sur le terrain, on luttait pour la liberté, pour changer le pays. Le climat qui s’est créé nous a donné plus de confiance pour exprimer notre art », confiera celui-ci (2). Mais, l’année suivante, regrettant que l’expérience n’ait pas fait d’émules, Socrates part jouer en Italie. Et alors que le Brésil retrouve le chemin de la démocratie, les vieux dirigeants reprennent la direction du club. Fin du rêve… Ou peut-être pas. Car même si l’on considère que ces initiatives se soldèrent au final par un échec, toutes partageaient l’idéal du beau jeu. Or chacun sait que celui-ci ne meurt jamais. ● Ph.B. (1) Entraîneur-joueur : une utopie là aussi, vu d’une époque où les entraîneurs sont devenus des gravures de mode, chaussés de souliers vernis. (2) Citations et informations extraites de deux articles de Francis Huertas parus en 1998 dans France-Football et reproduites sur le site des Cahiers du football en avril 2004.


fédéral

Assemblée générale Ufolep des 14 et 15 avril 2018

Préparer l’avenir À Bar-le-Duc (Meuse), le comité directeur de l’Ufolep dressera un bilan de son action à mi-mandat. De leur côté, les représentants des comités trancheront d’importantes questions de gouvernance.

L

DR

vote, la représentativité des structures es débats de l’assemblée géné«  atypiques  » régies par le dispositif rale 2018 de l’Ufolep seront C3S, comme les maisons de retraites influencés par deux éléments ou les centres sociaux. Cette « mise en de contexte. Tout d’abord, c’est conformité » concerne à la fois l’élecla première AG depuis les élections prétion du comité directeur national et sidentielle et législatives du printemps des comités directeurs départementaux. dernier, avec la nomination d’un nouDeuxième proposition  : la création veau gouvernement et d’une ministre d’une conférence des régions amenée à des Sports dont la feuille de route, très débattre de sujets relatifs à l’actualité précise, a des implications directes pour fédérale. Cela répond à une demande notre fédération comme pour l’ensemble Natacha Mouton-Levreay, ancienne des présidents de régions. Il du mouvement sportif. L’autre élément vice-présidente. est d’ores et déjà envisagé que deux réside dans l’attribution à la France des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 : l’« Héritage » représentants de cette conférence des régions pourront promis doit être un appui pour le projet fédéral de l’Ufolep participer au comité directeur à titre consultatif. sur les questions d’inclusion, de mobilité, de santé et plus Troisième proposition : la création d’un club des partenaires, tant à l’échelon national que départemental et globalement de sport pour tous. régional. Le but : favoriser la coopération avec les strucBILAN DE MI-MANDAT. Pour tout comité directeur, tures qui accompagnent notre développement. Présentées l’AG de mi-mandat est un point d’étape attendu. Celui en janvier et février lors de réunions interrégionales préélu – et largement renouvelé – en 2016 aura à cœur de paratoires, ces trois propositions y ont fait l’unanimité. rendre compte en tribune des décisions prises depuis Il en est une quatrième : la possibilité de rémunérer les deux ans. « Fédérer », sa priorité affichée, sera illustrée dirigeants élus. Sur cette question d’importance, il est par les avancées juridico-pratiques en faveur de nos asso- apparu lors des réunions interrégionales une volonté ciations. Parallèlement, nous examinerons dans le détail d’ouvrir cette possibilité à des dirigeants nationaux, l’évolution de nos effectifs, au-delà de la légère érosion mais sans l’appliquer pour autant aux dirigeants départementaux ou régionaux. Deux votes distincts seront donc (-1,78%) de nos licenciés enregistrée la saison passée. proposés : l’un portant uniquement sur les membres du STATUTS ET GOUVERNANCE. Cela faisait longtemps que comité directeur national et un second pour l’échelon les statuts de nos instances statutaires n’avaient pas départemental et les instances déconcentrées. été revus. Or il était devenu indispensable de prendre en compte les évolutions de notre fédération et de son TARIFS ET ASSURANCE. Très concrètement, l’avenir de l’Ufolep passe aussi par les modalités et les coûts d’affitissu associatif. Première proposition : rendre effective, par le droit de liation et d’adhésion, dans un environnement de plus en plus concurrentiel. Autre chantier : le renouvellement du contrat d’assurance de notre fédération, qui s’ouvrira à Bar-le-Duc pour aboutir à un vote en 2019.

Accueillie les 14 et 15 avril à Bar-le-

DR

À BAR-LE-DUC, UNE AG HISTORIQUE Duc par le comité de la Meuse, la 71e assemblée générale de l’Ufolep sera forcément historique. Elle marquera en effet la fin du mandat de président de Philippe Machu, élu pour la

première fois à cette fonction en avril 2000 à l’AG de Saint-Étienne et reconduit quatre fois depuis. Philippe Machu, 75 ans, a souhaité passer le témoin à la tête de la fédération, tout en demeurant un élu national actif au sein du comité directeur de l’Ufolep. ●

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SOCIÉTÉ EN MOUVEMENT. Enfin, cette AG se fera le relai de notre campagne de lobbying « Société en mouvement ». Initiée il y a deux ans, cette démarche inédite à l’Ufolep se traduit aujourd’hui par une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale (lire page 8). Les réunions interrégionales ont également permis de constituer un réseau d’ambassadeurs de cette « Société en mouvement » sur chaque territoire. Tous ensemble, il nous reste à présent à susciter l’adhésion de l’ensemble de nos associations autour de ce projet visant à donner au sport pour tous la légitimité et les moyens de ses ambitions. ● Arnaud Jean, secrétaire général de l’Ufolep

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Rapport d’activité 2017

Fédérer, fédérer, fédérer

A

vec 338 171 licenciés en 2016-2017, en baisse de 1,78 %, l’Ufolep n’a pas encore stoppé l’érosion de ses effectifs entamée il y a six ans. En cela, elle ne se distingue pas des autres fédérations sportives, qui dans leur ensemble sont également en repli. « Fédérer, conquérir, former et adapter » est donc plus que jamais le quadruple objectif de la mandature en cours. Le paradoxe est que, dans le même temps, l’Ufolep a diversifié ses actions et touche davantage les publics les plus éloignés de la pratique sportive à travers des projets ciblés : les femmes, les seniors, et les habitants des zones de revitalisation rurale (ZRR) et des quartiers relevant de la politique de la ville (QPV). SERVICES AUX ASSOCIATIONS. La fidélisation des associations est un préalable à l’inversion de la courbe des licenciés. Celles-ci sont aujourd’hui 7 717, car si la saison passée 650 nous ont rejoint, 800 autres nous ont quitté. Seraient-elles restées si elles avaient disposé des nouveaux services que sont la généralisation de la digitalisation du dispositif d’affiliation et d’adhésion et le logiciel de comptabilité Basicompta ? Parmi ces outils pratiques figurent aussi un Guide de la vie fédérative (et ses outils de gestion) et les dispositifs HelloAsso (collecte en ligne des adhésions) et Engage Sport (inscription en ligne pour les manifestations sportives). LICENCE À LA JOURNÉE. Les associations de sports mécaniques, auto et moto, demandaient instamment la création d’une « licence à la manifestation » pour accueillir plus de participants sur nos épreuves et réduire la part des frais fixes : c’est chose faite, et cela le sera aussi ce printemps pour les épreuves cyclistes (1). ÉVÉNEMENTIELS. Parce que la notoriété d’une fédération

L’OFFRE MULTISPORT SE PRÉCISE En 2017, l’Ufolep a progressé dans la structuration de son offre multisport. Celle-ci se déploie désormais dans quatre champs clairement identifiés : l’éducation par le sport (qui réunit les activités d’éveil et périscolaires, les écoles de sport et le multisport nature) ; les actions à dimension sociétale (sport sénior, raids jeunes, séjours ANCV, actions dans les quartier) ; les événementiels ; la vie sportive (multisport à l’année ou pratiques complémentaires). On observera que si seulement 3 % des licenciés Ufolep ont une pratique identifiée comme « multisport » (associations adultes ou intergénérationnelles et écoles de sport pour enfants), 12 % pratiquent deux activités différentes, et 10 % trois disciplines ou plus. S’y ajoutent les 14 % d’adeptes des activités physiques d’entretien, où la variété est souvent la règle. ● B.G.

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Archives En Jeu

Comment enrayer l’érosion des licenciés ? L’Ufolep développe les services aux associations, crée des événements et étend ses partenariats.

Les activités cyclistes devraient bientôt profiter à plein des nouvelles licences à la manifestation.

et la visibilité de ses actions sont un gage de développement, l’Ufolep a développé ses organisations événementielles. Il y avait déjà une soixantaine de manifestations nationales (avec pour événements-phares les nationaux de cyclosport et de gymnastique) et le Playa Tour, qui fête cette année ses douze ans. Pour le public jeune, il y a désormais les plateaux éducatifs Kid-bike et le concept Ufo-Street, qui mixe foot à 5 et cultures urbaines. La Silver Run vise pour sa part les seniors, avec une course qui s’achève au cœur d’un village santé proposant des activités d’entretien et des tests physiques. Après une « première » mitigée à Lyon, la seconde édition se déroulera en juin à Toulouse (sous une nouvelle appellation). PARTENARIATS. Un partenariat a été noué avec le réseau ConviFoot, qui fédère des structures de foot à 5 : pas seulement pour jouer au ballon mais aussi pour accueillir sur ces installations des activités d’entretien, des écoles de sport et des sessions de formation. Autre partenariat : celui avec la Fédération nationale des comités des fêtes pour proposer des activités sportives au sein des associations adhérentes. FORMATION. Dans huit associations sur dix, les activités restent encadrées par des bénévoles qu’il convient de former. En 2016-2017, près de 40 000 journées de formation ont été comptabilisées. FINANCES. En 2017, notre compte de résultats dépasse les 5 millions d’€, avec un résultat d’environ 15 000 €. Y ont contribué de nouveaux financements émanant de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), du ministère de l’Intérieur sur la formation au secourisme, ou des partenaires économiques de la Silver Run. Dans une période de réduction drastique des financements d’État, la diversification des ressources est une priorité. Nous devrons également affiner le modèle économique de notre secteur « sport et société » dédié à des projets à dimension sociale. ● Pierre Chevalier, directeur technique national de l’Ufolep (1) Grâce à un travail mené en coopération entre l’Ufolep, la Ligue de l’enseignement et l’Apac, son secteur assurances.


Des commissions sportives réorganisées

L

es commissions nationales sportives sont un maillon essentiel de l’Ufolep. Chaque fois qu’une nouvelle activité se développe dans le giron de notre fédération multisport, une commission nationale est créée afin de la structurer. Parmi les dernières en date figurent la marche nordique et l’aïkido. Les CNS sont constituées de bénévoles désignés par le comité directeur national. Leurs missions : gérer la vie sportive (et organiser des compétitions nationales), et décliner le plan de formation fédéral (et aider les comités à organiser des sessions de formation). Depuis 2000, les CNS sont également invitées à construire un projet sur quatre ans en adéquation avec chaque plan national de développement. Or l’exercice est difficile pour des bénévoles déjà accaparés par les compétitions et la formation d’animateurs et d’officiels. VINGT-ET-UNE COMMISSIONS Pour améliorer ce fonctionnement, des disciplines d’une même famille ont été regroupées : activités d’expression, sports de raquettes, etc. Mais, trop souvent, la discipline la plus emblématique a monopolisé toute l’attention. Au sein des activités cyclistes, la route et le VTT ont fait de l’ombre au trial et au BMX. Et le motocross a éclipsé les catégories « 50 cm3 vitesse » et trial. Autre faiblesse : focalisées sur la compétition, les CNS ont parfois négligé les pratiques loisirs et les nouveaux publics. C’est pourquoi l’organisation des CNS a été complètement revue en 2017 à l’occasion d’un renouvellement (1) qui a acté la fin du « modèle unique ». Aujourd’hui, 21 activités relèvent d’une CNS, mais seules 8 sont consacrées à une seule discipline. Les 13 autres

Philippe Brenot

L’injonction à fédérer peut s’appuyer sur des CNS réorganisées en profondeur.

Membres des nouvelles CNS en charge de la communication.

sont organisées en groupes de travail amenés à se dissoudre quand leur mission est achevée. Les CNS sont ainsi « à géométrie variable », parce que d’une CNS à l’autre les exigences ne sont pas les mêmes. Car quand la CNS badminton gère une seule discipline, les activités cyclistes englobent les pratiques sur route (cyclosport, contre-lamontre, cyclotourisme), le VTT, le cyclocross, le bicross, le trial, les actions « vélo jeune » et « kid-bike » et le dispositif gouvernemental « savoir rouler », dans lequel notre fédération est engagée ! Le nombre de membres est indexé sur la diversité des tâches et des professionnels (délégués départementaux et agents de développement) peuvent apporter leur expertise. Autre évolution : la réduction du mandat des membres des CNS de 4 à 2 ans. Pas pour les fragiliser mais pour permettre la participation des étudiants et des actifs qui ne peuvent s’engager d’emblée pour une si longue durée. ● P.C. (1) Les membres des CNS ont été renouvelés à 40 %, avec un abaissement de la moyenne d’âge à 52 ans et une légère féminisation.

UNE FÉDÉRATION À 52 % FÉMININE ! ciés, en baisse de 1,78 % (-7400), essentiellement en catégories adultes (-7 182) et jeunes (-1002), alors que les enfants ont progressé (+784). Ces licenciés étaient répartis dans 7 717

Concernant les grandes tendances par activi-

Philippe Brenot / Archives En Jeu

Fin juin 2017, l’Ufolep comptait 338 171 licen-

tés, celles d’entretien sont en baisse, ainsi que les sports collectifs (foot, basket, rugby) et les activités cyclistes (malgré une augmentation chez les enfants et les jeunes). Léger repli éga-

associations (-160) : une baisse qui, pour un

lement en moto, mais bonne dynamique dans

tiers, s’explique par la perte de l’activité basket

les écoles de conduites. En auto, les effectifs

dans les Landes. En revanche, l’Aveyron a gagné

sont stables, grâce notamment à une augmen-

13 association, et les Côtes-d’Armor 15 (dont 9

tation du karting piste.

via la formule C3S). Globalement, 60 comités

Pour leur part, la gymnastique artistique et

sont en baisse, et 41 stables ou en augmentation.

la GRS sont en hausse, de même que la marche nordique

En ce qui concerne plus spécifiquement le dispositif C3S dédié

et l’éveil corporel. Trampoline, twirling-bâton, yoga, tai-

aux organismes n’ayant pas une vocation principalement

chi et tir à l’arc progressent aussi. Les activités les mieux

sportive, l’augmentation n’est pas à la hauteur de nos ambi-

orientées étant principalement féminines, l’Ufolep compte

tions avec 268 structures (+43) et 9 560 pratiquants (+1 260).

désormais 52 % de licenciées. ● P.C.

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En septembre puis janvier, près de 2 000 personnes ont profité de l’offre d’essai de nos activités au sein de nos associations. L’opération sera renouvelée la saison prochaine. Septembre et janvier sont deux mois propices aux bonnes résolutions, comme renouer avec la pratique sportive. Mais de là à s’engager d’emblée dans une pratique régulière en prenant une licence à l’année… Afin d’aider les hésitants à franchir le pas, l’Ufolep a conçu en 2017 une offre découverte reposant sur le bouche à oreille. Le principe : les licenciés Ufolep sont eux-mêmes les ambassadeurs de l’opération en invitant amis, voisins, collègues ou parents à découvrir une activité (activités d’entretien, sports collectifs ou individuels) en la pratiquant avec eux durant quatre semaines, dans leur association. Cette « licence à l’essai », d’un coût symbolique de 2 € en septembre, est devenue gratuite en janvier. GRATUITÉ ET AVANTAGES De leur côté, les associations bénéficiaient de divers services : couverture assurance organisateur et pratiquants, outils de promotion pour relayer l’offre dans la presse locale et sur les réseaux sociaux, matériels sportifs… Expérimentée par 210 associations dans 55 départements, l’offre a attiré 2 000 personnes. Mais il faudra attendre encore un peu pour savoir combien ont finalement pris une licence à l’année. Différentes formes de découvertes étaient proposées :

Nantes Floorball

Opération découverte : premier bilan

Nantes Floorball et Manuel alexandre ont recruté chez les enfants.

portes ouvertes sur trois séances consécutives (40 %), entrainements d’essai (30 %), initiations lors d’une fête des sports municipale (20 %), tournois et manifestations sportives ouvertes à tous (10 %). Vingt disciplines ont été concernées, celles qui en ont le plus profité étant les arts martiaux, les activités physiques d’entretien, le multisport, le volley-ball, la natation et le badminton. Outre le choix de la gratuité, les enquêtes de satisfaction ont permis d’aller plus loin dans la simplification administrative, avec « zéro engagement » en amont de la (première) séance. Autres demandes exprimées par les associations : des affiches (à coller dans les stades, salles et gymnases) et une information plus précoce. Il est question de reconduire cette opération de découverte dès le mois de juin 2018. Elle le sera en tout cas lors de la prochaine saison sportive. ● Benoît Gallet

« NOUS AVONS FIDÉLISÉ UNE DIZAINE DE NOUVEAUX ADHÉRENTS » Témoignages d’associations ayant participé à l’opération de

gymnase où nous avons notre créneau hebdomadaire ont été

découverte gratuite de nos activités en janvier.

arrachées… La prochaine fois, j’en placarderai ailleurs, et je m’efforcerai de faire passer l’information dans la presse locale. »

Michel Vigué, Marche Nordique Albi (Tarn, 310 adhérents, organisatrice de l’Episcopale Nordique en mai). « Nous avons fidé-

Denis Bocquillon, Rivery Sports Syclisme (Somme, 61 licenciés

lisé une dizaine de nouveaux adhérents, qui pour la plupart

route et VTT, dont 34 jeunes en école de vélo). « En janvier, avec

étaient âgés de plus de 60 ans et n’avaient plus aucune activité

le froid et après les fêtes, c’est la trêve chez les cyclistes. Seul

physique. Nous avons même orienté d’autres personnes vers

un jeune est venu faire un essai. Mais, au moins, il est resté !

diverses structures associatives ! Sinon nous avons apprécié les

Cette opération est une bonne idée, mais en septembre. »

supports de communication, que nous avons relayés sur notre site internet et les réseaux sociaux, avec le retour que l’on sait. »

Manuel Alexandre, Nantes Floorball (Loire-Atlantique, 70 adhérents, dont un tiers d’enfants et deux tiers d’adultes). « Janvier

Jeannine Garcia, Genergym +, Arinthod (Jura, 18 adhérentes

n’est pas forcément la meilleure période pour les adultes : beau-

femmes, 1 adhérent homme). « Pour une petite association

coup n’ont fait que passer car ils étaient déjà engagés dans une

de gym d’entretien comme la nôtre, située en zone rurale, à

autre activité. En revanche, 13 des 15 enfants venus sur notre

35 km de Lons-le-Saunier, recruter de nouveaux licenciés est

créneau jeune du samedi matin sont restés, dont beaucoup

vital, d’autant plus que nous devons prendre une assurance sup-

n’avaient jamais pratiqué en club. Mais les enfants c’est tou-

plémentaire pour l’usage du gymnase municipal. Mais personne

jours comme ça : est-ce que j’ai un copain avec moi ? est-ce que

n’est venu, peut-être parce que les affichettes apposées dans le

l’entraîneur est gentil ? Si c’est oui c’est gagné ! » ●

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Des nationaux de la diversité

P

as moins de douze manifestations nationales Ufolep se dérouleront, un peu partout en France, les 19-20-21 mai à l’occasion du week-end de la Pentecôte : GRS, tir à l’arc, gymnastique artistique, football, volley-ball, etc. Et toutes seront placées sous le signe de la diversité, avec des prises de paroles et des animations sur ce thème. L’Ufolep veut mettre ainsi en valeur la Charte pour la diversité dont elle est signataire. Une démarche qui entrera aussi en résonnance avec la Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et pour le développement, fixée au 21 mai par les Nations Unies et l’Unesco (1). AUX FONDEMENTS DU SPORT POUR TOUS À l’origine, la Charte « La diversité est une force pour la République » est une initiative de Dadou Kehl, secrétaire général de la Ligue de l’enseignement de Charente-Maritime. D’abord diffusée en région Poitou-Charentes, c’est aujourd’hui une initiative nationale à laquelle toute association, organisme, collectivité, entreprise ou personne individuelle peut s’associer. Aucune exigence, sinon celle de respecter les engagements énoncés par ce texte (2). La Ligue de l’enseignement a largement relayé cette initiative et l’Ufolep a elle-même signé cette charte par l’intermédiaire de son président, Philippe Machu, lors de son assemblée générale d’avril 2013. Depuis, des associations et des comités ont également pris l’initiative de la signer en leur nom propre. Les 19-20-21 mai, l’Ufolep souhaite profiter de manifestations qui drainent une foule de participants, d’accompagnateurs et de spectateurs pour sensibiliser le plus grand nombre à cette notion de diversité. Une diversité

Archives En Jeu

Les rassemblements Ufolep du week-end des 19-20-21 mai mettront en avant la Charte pour la diversité dont notre fédération est signataire.

Le volley-ball est l’une des disciplines qui relaiera le message de l’Ufolep sur la diversité.

qui est le fondement même du sport pour tous : un sport que l’on doit pouvoir pratiquer quels que soient son âge, son sexe, sa couleur de peau, sa culture, ses croyances et sa condition économique et sociale. Avec le soutien de l’association « La diversité est une force » dédiée à la promotion de la charte, et avec l’appui de jeunes volontaires en service civique, des jeux, des stands et des témoignages traduiront l’engagement de l’Ufolep et de l’ensemble de son réseau en faveur d’une diversité considérée, selon les propres termes de la charte, comme l’antithèse de « toute forme de discrimination », qu’elle soit « raciale, ethnique, physique, philosophique ou religieuse ». ● Ph.B. (1) Cette journée, que les États membres de l’Onu et la société civile sont invités à célébrer, est l’occasion de « mieux connaître et apprécier ce que nous devons aux autres cultures ». (2) Attention à ne pas confondre la « Charte pour la diversité » avec la « Charte de la diversité en entreprise » initiée en 2004 par Claude Bébéar et Yazid Sabeg, et par laquelle des entreprises s’engagent à mieux refléter, dans leurs effectifs, la diversité de la population française.

« LA DIVERSITÉ EST UNE FORCE POUR LA RÉPUBLIQUE » • Nous considérons  : Que les cultures, les

(…) Que la richesse d’une société repose sur

sports, les arts, au-delà des émotions et des

sa diversité et sur la participation de tous à

plaisirs qu’ils procurent, rapprochent les

la vie démocratique, sociale, économique et

cœurs comme les esprits et contribuent au

culturelle.

développement de la paix dans le monde.

• Pour ces raisons, je m’engage à :

Que les valeurs républicaines, véhiculées au

Promouvoir l’éducation pour la diversité,

sein de notre association, de notre entreprise

contre le racisme, et au-delà contre toutes les

ou de notre collectivité, sont sources d’enri-

formes de discriminations qui attentent à la

chissement et permettent une meilleure connaissance et

dignité de l’homme.

compréhension de la diversité culturelle de notre pays, et

Promouvoir l’universalisme républicain, la tolérance, le res-

ainsi de bien vivre ensemble.

pect et la laïcité comme principe du vivre ensemble. (…) ●

• Nous déclarons : (…) Que le racisme porte atteinte à la dignité et à l’intégrité des personnes et tire prétexte de toute

Pour télécharger la charte dans son intégralité :

différence pour engendrer la discrimination et l’exclusion.

http://pourladiversite.fr/la-charte-pour-la-diversite/

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La déclaration remplace l’autorisation : une « simplification » administrative qui n’allège pas forcément les contraintes des organisateurs Ufolep.

C’

est une évolution juridique qui concerne toutes les associations Ufolep organisatrices d’une épreuve sportive pour laquelle elles devaient solliciter une autorisation administrative auprès des services de l’État. Le décret n°20171279 du 9 août 2017 marque en effet le passage d’un régime d’autorisation à un régime de déclaration. Ce qui signifie le transfert de compétence d’une partie de la police des manifestations sportives de l’État vers les fédérations délégataires et agréées conventionnées (1). Le dossier (2) est à déposer en préfecture, laquelle est, avec la commune du territoire où se déroule la manifestation, l’autorité administrative compétente. Mais, préalablement au dépôt du dossier, l’organisateur doit obtenir un avis de la fédération délégataire de l’activité, qui rend un avis sous un délai d’un mois (sous peine d’être réputé favorable). Le dossier une fois complété, le préfet remet un récépissé et la manifestation peut avoir lieu. En effet, dans ce régime de déclaration, l’autorité administrative compétente ne peut empêcher la tenue d’une manifestation que par un arrêté d’interdiction motivé. CONVENTION INTERFÉDÉRALE En clair, au moment de monter leur dossier les organisateurs Ufolep doivent désormais se tourner vers la fédé-

LES SPORTS MÉCANIQUES ET LES AUTRES Une distinction est établie entre les manifestations avec « véhicules terrestres à moteurs » et les autres. Les manifestations qui ne sont ni moto ni auto sont soumises à déclaration dès qu’elles regroupent plus de 100 participants. Cette déclaration doit être effectuée un mois à l’avance si l’événement ne comporte ni classement ni chronométrage, deux mois à l’avance dans le cas de compétitions, et trois moins à l’avance si la manifes-

Archives En Jeu

juridique

Épreuves Ufolep : nouvelles règles

La convention Ufolep-FFM simplifiera les démarches des organisateurs d’épreuves moto.

ration « délégataire » de la puissance publique dans la discipline qui est la leur. Toutefois, cet avis n’est pas nécessaire si une convention nationale est établie entre la fédération délégataire et une fédération agréée. C’est le cas pour les sports motos entre l’Ufolep et la fédération française de motocyclisme (FFM), pour une année renouvelable. Ainsi, les manifestations moto Ufolep sont-elles dispensées de l’avis préalable de la FFM (3). Le décret prévoit par ailleurs de nouvelles obligations en matière de sécurité et d’homologation des circuits. Il instaure aussi un nouveau régime pénal, qui comprend la création d’une contravention de classe 5 (1 500 €) pour les organisateurs qui ne respectent pas les obligations du régime de déclaration et les exploitants de circuits non homologués. ● Tim Calvez tcalvez.laligue@ufolep-usep.fr (1) Application pour toutes les nouvelles demandes depuis le 14 décembre 2017, date qui marquait la fin du régime transitoire. À noter : les homologations de circuit déjà accordées restent valables jusqu’à leur expiration. (2) Sa composition est fixée par les arrêtés du 24 novembre 2017. (3) Elle restent cependant soumises à l’attribution du visa fédéral de l’Ufolep nationale, lequel est conditionné par l’inscription préalable de l’épreuve au calendrier fédéral. Ce visa doit lui-même être obtenu avant le dépôt du dossier en préfecture. Les demandes se font via la boîte mail visacourse@ufolep.org, avec un traitement des dossiers dans les 5 jours.

tation traverse plusieurs départements. Les manifestations auto et moto sont soumises à déclaration dès qu’elles rassemblent plus de 50 véhicules. Le délai de déclaration auprès des autorités compétentes est de deux mois avant la date de l’événement, ou de trois mois si la manifestation traverse plusieurs départements. Enfin, un régime d’autorisation est maintenu pour les sports mécaniques dans trois cas : si la manifestation se tient sur un circuit non-permanent, terrain ou parcours ; si elle se tient dans une discipline différente que celles pour laquelle le circuit est homologué ; si elle se tient sur une voie publique ouverte à la circulation publique. Dans le cas de l’autorisation, le délai pour la demander est de trois mois avant la date de l’événement. ● T.C.

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• MOTO. L’Ufolep a mis en œuvre des visioconférences (webinaires) pour informer ses associations moto sur les nouvelles procédures à suivre et le dossier de déclaration à remettre en préfecture. Deux d’entre elles ont été enregistrées et peuvent être visionnées. • AUTO. Aucune convention nationale n’a pu être signée avec la Fédération française de sport automobile (FFSA), qui émet de façon systématique des avis défavorables à l’endroit de toutes les manifestations Ufolep. • CYCLISME ET ATHLÉTISME. Le décret s’appliquant à toutes les disciplines sportives, des contacts ont été établis avec plusieurs fédérations, en particulier celles d’athlétisme (FFA) et de cyclisme (FFC) concernant les courses hors stades et les épreuves cyclistes.


Photos et vidéos : droit à l’image

V

ous organisez un événement sportif et vous souhaitez utiliser la photo prise par l’une de vos adhérentes afin d’en faire l’image principale de votre affiche de communication. Très bonne idée ! Cela permet d’avoir une photo représentative de votre association et de valoriser la créativité de votre licenciée. Toutefois, il faut veiller à plusieurs points avant de pouvoir l’utiliser pour une diffusion grand public non commerciale : 1.Demandez à votre adhérente l’autorisation d’utiliser sa photo pour votre campagne. 2.Vérifiez et validez le consentement des personnes identifiables sur la photo pour une utilisation sur : • l’objet de la campagne ; • le ou les supports de communication envisagés ; • la durée de diffusion (toute rediffusion d’une photo devra faire l’objet d’une nouvelle demande). Une fois que vous disposez de ces autorisations (la validation écrite par e-mail ou sur papier reste la meilleure option), il est possible d’utiliser la photo pour la promotion de votre événement sportif dans le respect des volontés exprimées par chacun. Vous souhaitez couvrir votre événement sur les réseaux sociaux avec des photos et des vidéos en « live » afin d’en faire profiter un large public. Vous êtes définitivement dans l’air du temps ! L’important est maintenant de connaître les bonnes pratiques de diffusion de contenu. 1. Profitez de la procédure d’inscription à votre événement pour demander aux participants de signer leur autorisation de droit à l’image, qui vaut pour la captation et la diffusion de contenu (case à cocher dans un formulaire en ligne ou formulaire écrit). 2. Informez les participants en amont de la tenue d’un live

Archives En Jeu

Le développement des réseaux sociaux exige de se montrer attentif aux règles du droit à l’image. Deux cas d’école. Quel droit à l’image sur un national de gymnastique ?

sur les réseaux sociaux, pour les sensibiliser et répondre aux questions éventuelles. Il est également très important d’informer pendant l’événement de la captation d’images et de leur diffusion, en précisant les supports. 3. Pendant l’événement, vous pouvez prendre des photos de l’environnement et de groupes de personnes tant qu’aucune d’entre elles ne semble attirer plus spécifiquement l’attention. Un texte descriptif permettra également de contextualiser l’ensemble. En revanche, la prise de vues d’une personne isolée, prise pour elle-même ou apparaissant hors contexte, peut être considérée comme une atteinte du droit à l’image si la personne n’a pas donné son accord pour diffusion. Attention : dans le cadre des personnes mineures, il vous faudra l’accord des parents ou des représentants légaux avant diffusion. Enfin, si malgré ces précautions une personne souhaite voir une photo retirée, soyez réactifs et supprimez-la des réseaux sociaux. ● Noémie Vincent nvincent.laligue@ufolep-usep.fr

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réseau

Du village de Triaucourt à Bar-le-Duc

Visages du multisport en Meuse

A

ffiliée à l’Ufolep depuis plus de trente ans, l’Argonne Club Triaucourt est l’exemple type d’une association devenue au fil des ans indispensable à la vie locale. Pour preuve : dans une commune de 500 habitants, l’ACT fédère 260 licenciés à travers une dizaine de sections (1).

AC Triaucourt

Le multisport se décline-t-il différemment à la campagne et en ville ? À l’occasion de l’AG de Bar-le-Duc, réponse avec deux associations qui ont su répondre aux aspirations des habitants de leur territoire.

DE SAINES OCCUPATIONS À sa création au printemps 1960, l’association se donnait pour but « l’entente cordiale entre tous les jeunes en leur donnant des occupations saines et variées ». Elle était alors un comité des fêtes, comme en témoignent ses premières activités : théâtre, bals (Mardi-gras, 14 Juillet et Saint-Sylvestre), fête des familles, Saint-Nicolas et sapin de Noël, voyages et cinéma. Puis apparurent les tournois sportifs : tennis de table, football, handball... C’est en 1983, avec l’arrivée d’un jeune président, que l’ACT devient une association multisport, étoffée de sections tennis, gymnastique volontaire, volley-ball et tir à l’arc. « Le tir à l’arc s’est développé sous l’impulsion d’un retraité parisien qui a ensuite formé des animateurs. Elle reste très dynamique, avec beaucoup d’enfants et de jeunes », insiste

Le « sport corpo », ça fait vieux jeu. D’ailleurs, il y a douze ans, l’Amicale des cheminots de Bar-le-Duc n’était plus qu’un souvenir. « Les gars me disaient :

Amicale des cheminots

LE FOOT À 7 RÉVEILLE LE SPORT CORPO

ça serait bien de relancer au moins une équipe de foot. Je me suis renseigné, et j’ai découvert le championnat Ufolep de foot à 7 » raconte Raynald Toussaint. « Nous qui avions l’habitude du foot à 11, nous nous sommes très vite faits à une formule qui favorise le jeu de passes. Moins de courses aussi, ce qui est appréciable quand on prend de l’âge. Et si on essaie de gagner, c’est vraiment du foot plaisir. Les tacles sont interdits, à la moindre faute le jeu s’arrête et le joueur s’excuse. Et les matchs se déroulent le lundi ou le jeudi soir, ce qui nous laisse le week-end de libre », souligne le cheminot. Le championnat réunit cette année douze équipes issues d’entreprises (principalement installées sur l’agglomération barroise), même si quiconque peut en faire partie. Il se déroule en deux temps, à l’automne puis au printemps, avec l’hiver une pratique en salle. Plus une coupe dont la finale se dispute en juin. ●

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Le tennis de table, incontournable à l’AC Triaucourt.

Dominique Jeannesson, qui à 66 ans préside toujours l’association. En revanche, d’une génération à l’autre le volley a disparu. Le tennis aussi, faute d’encadrement. C’est bien là le problème, lorsque l’on est situé à 35 km de Verdun comme de Bar-le-Duc : qui ferait 70 km allerretour pour une ou deux heures d’animation sportive ? En revanche, côté installations l’ACT n’a pas à se plaindre : elle monopolise la plupart des créneaux du gymnase et a accès à la salle des fêtes et aux salles de sport des écoles (pour le judo). Ses sections se sentent donc à l’aise, qu’il s’agisse du fitness, de la zumba (kid et adulte), de la gym (douce ou tonique) ou du badminton et du tennis de table, qui continuent de défendre l’honneur des sports de raquette. Et, à part le judo et certaines activités d’entretien et d’expression, le bénévolat est de rigueur. Est-ce parce que la population est vieillissante ? Le sportsanté s’est fait plus présent ces dernières années, avec la création d’un créneau de gymnastique « assise » pour les aînés les moins mobiles. Lesquels sont également les bienvenus à la nouvelle section « loisir » dédiée aux jeux de cartes et de société. L’ACT retrouvant là l’esprit des origines, pour un public qui a vieilli avec elle... La randonnée, elle, est apparue il y a six ans. « À la campagne, c’était nouveau. Même avec la nature à notre porte, ce n’était pas dans les habitudes » observe Dominique Jeannesson. Là aussi, à côté des randonneurs les plus sportifs, une « marche santé » affiche un rythme moins soutenu. Comme quoi, pour qu’une association dure, elle doit rester à l’écoute et en proposer pour tous les goûts. DANS LA FOULÉE DU RUNNING Créée en novembre 2004 dans la ville-préfecture, l’Association multisport barroise est pour sa part contemporaine de l’essor du roller et de la course à pied. S’y est vite greffée la pratique du badminton et du VTT (dis-


Association multisport barroise

paru depuis), avant que le trail et la marche nordique ne viennent élargir l’éventail des pratiques (2). La tardive vocation sportive de la nouvelle présidente de l’AMB, Véronique Becherini, 54 ans, en illustre la dynamique. « Au départ, explique cette éducatrice spécialisée, je ne pratiquais aucun sport. J’ai commencé à courir quand j’ai arrêté de fumer. Puis j’ai voulu aller plus loin et adhéré à l’AMB, où j’ai trouvé une association où l’on partage du sport tout en participant à la vie locale. » L’AMB organise en juin le Trail des Ducs, qui escalade rituellement l’un ou l’autre des deux promontoires qui caractérisent la topographie locale. Concurrents et bénévoles réunis, l’association est aussi très présente sur les courses locales comme la Fééria barisienne, disputée en nocturne. Et à courir à plusieurs, on en arrive à s’étonner soi-même. « On s’entraînait l’an passé pour notre trail quand l’un de nous a lancé, sur le ton de la boutade : si on participait à un marathon ? Et nous avons été plusieurs à terminer celui de Metz. Il y a un ou deux ans, cela m’aurait paru inimaginable ! » confie Véronique Becherini. La manière dont la marche nordique a rejoint l’association est également très symbolique. Bar-le-Duc n’ayant rien d’une métropole anonyme, avec ses bâtons Patrick Weber n’y passait pas inaperçu. Aussi se vit-il proposer de partager sa passion... Cela se traduit aujourd’hui par trois créneaux hebdomadaires, le soir en semaine et le samedi matin pour les plus motivés. Une section s’est même ouverte à 15 km de là, à Ligny-en-Barrois. De son côté, le badminton se maintient. Le roller aussi, avec une pratique en gymnase l’hiver et en extérieur aux beaux jours. « Mais l’état dégradé des chaussées est un frein » observe Véronique Becherini. Les plus mordus se consolent en participant à des manifestations, parfois lointaines, comme les 24 heures du Mans. Et demain ? Il est question de run and bike, ce qui ouvri-

rait peut-être la voie à un retour du VTT. Et, vieux serpent de mer, l’association est toujours prête à ouvrir une section escalade si un mur peut accueillir l’activité. ● Philippe Brenot

La course à pied est la principale section de l’AMB.

(1) En 1973, Triaucourt-sur-Argonne est devenu le village principal de la commune du Seuil-d’Argonne, qui depuis 2007 appartient à la communauté de communes de l’Aire à l’Argonne. (2) L’AMB a bénéficié de l’implication du délégué Ufolep-Usep de l’époque, Didier Perrin. Au 1er janvier, elle réunissait 189 licenciés (35 en roller, autant en badminton, 53 en marche nordique et 66 en course à pied). L’association n’accueille que des plus de 18 ans, à l’exception de grands adolescents pratiquant le roller en présence d’un de leurs parents.

DES ACTIVITÉS VARIÉES MAIS CONCENTRÉES SUR LA VILLE-PRÉFECTURE La Meuse

DR

Au sud d’un département tout en longueur,

Ufolep sur les bases sportives du lac de Gif-

Bar-le-Duc et ses environs réunissent la

faumont et du lac de Madine. En lien avec

très grande majorité des 55 associations

des centres et des foyers sociaux ou l’Asso-

et des 1 600 licenciés Ufolep de la Meuse.

ciation meusienne de prévention (jeunes

Depuis un brusque trou d’air en 2014, ces

en difficulté), elle propose aussi chaque

effectifs sont stables. « Malgré nos efforts,

mois une animation Ufo Street associant

l’éloignement rend difficile le développement

pratiques sportives et culturelles urbaines.

de nos activités au nord du territoire  »,

Épaulé par une éducatrice sportive, le

regrette le délégué départemental, Chris-

délégué

tophe Chaomleffel.

ailleurs auprès d’écoles de sport municipales,

Dans ce département rural où, à trois excep-

d’écoles publiques (activités périscolaires)

tions près – dont l’AC Triaucourt et l’AM Bar-

et d’un établissement spécialisé.

roise – les associations sont de petite taille

Côté partenariats l’Ufolep Meuse organise

et proposent une seule activité, le comité

chaque automne une «  marche dégus-

départemental

intervient

par

Ufolep organise quatre championnats (foot à 7, pétanque, ten-

tative  » avec l’Office du tourisme et un établissement de

nis de table et badminton), complétés dans chaque discipline

formation. « Le Comité départemental olympique et sportif et

par une coupe. Les activités physiques d’entretien complètent

le Conseil départemental sont aussi de proches partenaires »

ce « cinq majeur ».

insiste Gilles Taguel, qui préside à la fois l’Ufolep et la Ligue

Chaque été, l’Ufolep Meuse accueille deux étapes du Playa Tour

de l’enseignement de la Meuse. ● Ph.B. Avril 2018

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Portrait : Licencié depuis l’âge de huit ans

Jérémy, ufolépien pure Souche Gymnaste issu d’une lignée de dirigeants Ufolep, en 25 ans de bénévolat Jérémy Souche a vu le comité du Rhône glisser du tout compétition vers le loisir et le sport-santé.

À

DR

quoi cela tient-il, une En nombre de licenciés, le vocation de dirigeant ? comité a subi le contrecoup de À l’âge de huit ans, le l’essoufflement des pratiques petit Jérémy Souche compétitives. Mais une « nouvelle déménage avec ses parents à Frandynamique » se fait jour. Dans dix cheville, à l’ouest de Lyon. Or le ans, Jérémy en est convaincu, seul club qui accepte des recrues « la fédération offrira un visage en cours d’année est celui de gymtout à fait différent ». nastique, affilié à l’Ufolep. Jérémy Par la force des choses, la forlui restera fidèle jusqu’à ses vingtmation s’est elle aussi adaptée. cinq ans. « Comme pratiquant loisir « Avant, nous formions des offipuis comme animateur », précise ciels dans les disciplines compéticet agent GRDF, spécialisé dans tives. Aujourd’hui, nous proposons les interventions d’urgence sur les des formations qualifiantes comme fuites de gaz. le CQP et sommes présents sur la Entre temps, le jeune homme est santé ou le secourisme » souligne devenu un pilier de la formation Jérémy Souche. Jérémy Souche, licencié Ufolep départementale. « À 15 ans, j’ai comme son grand-père ! AH MES AÏEUX ! passé le 1er échelon du brevet fédéral, pour officier comme juge. Puis j’ai rejoint le groupe Curieusement, c’est il y a une quinzaine d’années seuledes formateurs en gymnastique. Et à 18 ans je suis entré ment que Jérémy a découvert que son engagement bénéau comité Ufolep du Rhône », explique-t-il sur le ton vole au sein de l’Ufolep n’était pas le fruit du hasard, de l’évidence. À 40 ans révolus, Jérémy Souche y siège mais la réalisation d’une destinée familiale remontant toujours. Et aussi au comité régional. Plus que jamais à trois générations. « À l’âge de 23 ans, je suis devenu impliqué dans la formation, il a seulement abandonné la entraîneur de gymnastique au Patronage laïque d’Oullins, casquette de « Monsieur Gymnastique » pour aborder la un club Ufolep historique. C’est là que j’ai rencontré mon épouse, Sandra, aujourd’hui impliquée dans la formation formation sous un angle plus large. gym départementale. Et c’est aussi là que j’ai appris, par NOUVELLE DYNAMIQUE une grande tante qui y avait été licenciée, que l’un des Aussi Jérémy Souche est-il bien placé pour juger de cofondateurs du PLO, en 1913, était mon arrière-grandl’évolution de la fédération dans le Rhône. « Il y a vingt- père, du côté maternel : Adrien Vergnon, employé des checinq ans, en comité directeur nous ne parlions que de mins de fer, resté adhérent jusqu’à sa mort, en 1954 ! ». l’organisation des compétitions. Si celles-ci font toujours Et, bon sang ne saurait mentir, son grand-père présida partie de nos activités, désormais nous débattons davan- la section basket-ball de l’Amicale laïque de Saint-Genistage du développement du sport-santé et du sport loisir » Laval, autre commune de ce territoire fertile de l’ouest lyonnais ! observe-t-il. Mais alors, comment expliquer ce saut d’une génération ? « Je crois que ma mère avait souffert de la trop grande implication associative de son père  », avance Jérémy Souche. Ce qui ne l’a pas empêchée d’inscrire son rejeton EN JEU, UNE AUTRE IDÉE DU SPORT LA REVUE DE L’UFOLEP au Gym Dans’ de Franchevillet… Et les trois enfants de Jérémy ? Marchent-ils dans les pas • 5 numéros par an ❒ 13,50 € (octobre, décembre, février, avril, juin) de leur père ? « Gaëtan, 11 ans, joue au foot, à la FFF car Mon adresse postale :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . il n’y en a plus à l’Ufolep du Rhône. Et Lydwine et Zélye, ..................................................................................................................... 9 et 7 ans, sont gymnastes dans le club de mes débuts. » Mon adresse e-mail (pour recevoir également gratuitement la version numérique de En Jeu) : À la FFG, en attendant que le destin ne leur adresse l’un ................................................................................................. de ces clins d’œil dont leur père a cessé de s’étonner. ● Je joins un chèque postal bancaire de la somme de. . . . . . . . . . . à l’ordre de EJ GIE À. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . , le. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Signature : Philippe Brenot

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Instantanés

Photos Caudre Vision

GRS : CONCOURS D’ÉLÉGANCE AU PAYS DE LA DENTELLE « Cité de la dentelle », Caudry (Nord) accueillait le

aux premiers secours était également proposée au

week-end des 20-21 janvier un spectacle qui vaut

public en marge des compétitions de ballon, mas-

tous les défilés de mode : le National individuel

sues, ruban, cerceau et corde.

Ufolep de gymnastique rythmique et sportive, qui

« Avec sa centaine de licenciés, le Gym Rythmique

a réuni 342 concurrentes au Palais des sports de

Caudry rayonne sur tout un territoire rural. Son dyna-

cette petite ville du Cambraisis. Celles-là repré-

misme est à l’image d’une activité qui fédère 1026

sentaient 68 clubs et 7 régions. Merci aux services

licenciées, soit 8 % de nos effectifs. Et chaque année

techniques de la municipalité, aux 85 bénévoles et

de nouvelles associations nous rejoignent » se réjouit

aux 130 juges officiels ou stagiaires. Une initiation

le délégué départemental, Thibaut Dourlen. ● Ph.B.

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)

histoires

Morceaux choisis P ierre de R égnier

Tennis sur bois avec Borotra

R

Agence Rol / Bibliothèque nationale de France

ien n’est plus rajeunisdonner sur son terrain préféré sant – tout au moins du la mesure de ses extraordinaires point de vue auquel je me moyens. place – que d’assister à un Il est souriant, mesuré dans le match de tennis. Vous avez tous, ralenti, déchaîné dans l’effort, et n’est-ce pas, plus ou moins joué au caoutchouté comme ses blanches tennis dans votre enfance et même semelles rebondissantes. (…) encore dans votre jeunesse ; sans De Buzelet est pâle, maigre, et être fanatique, et sans vivre complènerveux à l’excès sous un calme tement dans ce milieu assez spécial, apparent, une feinte sérénité. il suffit de le perdre de vue pendant C’est qu’il va essayer de faire quelque temps pour, chaque fois que une chose impossible, de réusl’on s’y retrempe, se trouver reporté sir un tour de force qui vaut du des siècles en arrière. mille contre un... Tout le monde Pour ma part, dimanche dernier, le sait, d’ailleurs, et pour nous, et afin que l’illusion fût complète, public, qui connaissons d’avance j’emmenai au Tennis Club de Paris le résultat, l’important est de voir ma petite amie Germaine, qui a à quelle sauce il sera mangé, car Jean Borotra en 1921, sans béret. quatorze ans et demi. il le sera. (…) Cette jeune enfant est naturellement en pleine crise de De Buzelet gagne son service, mais dès le second jeu, tennis : elle adore ça, passe sa vie sur les courts (…) et Borotra accélère et lui souffle le premier set, six-deux, possède [en la matière] une érudition surprenante. avec une stupéfiante rapidité. Il y avait fort longtemps que je n’avais pas vu Jean Tout le monde sait – et cette fois-ci tout le monde veut Borotra jouer sur bois et, comme je tenais à voir cette bien dire le monde entier – que Borotra joue les deux predernière finale des championnats de France sur courts miers jeux en chandail et sans béret ; après le deuxième couverts, je pensai avec juste raison que Germaine était jeu, il choisit, parmi trois ou quatre bérets qui nous tout indiquée pour m’y conduire. (…) semblent tous pareils, un béret privilégié qu’il coiffe avec Dès les premières balles, on se rend compte de l’incroyable amour, après lui avoir fait subir quelques préparations, Chroniques d’un patachon, vitesse qu’atteint Borotra quand il joue sur bois (…). comme celles de taper dessus et de l’épousseter ; il enlève Pierre de Régnier, Là-dessus, il est à son aise, et tels certains chevaux qui ensuite son chandail, et régulièrement, un long murmure La Table Ronde, 2014, 388 p., 19 S. vont mieux dans le terrain lourd ou le terrain sec, il peut d’admiration passe dans le public ; et si je rapporte ici cette manière de faire, c’est au cas, peu probable, espérons-le, où il se trouverait encore quelques malheureux pour l’ignorer, comme une dame qui se trouvait dimanche derrière nous et qui posait à son voisin des questions à ce « Jouisseur mélancolique et raté magnifique », Pierre de Régnier sujet, ce qui lui valut un regard supérieur de Germaine, (1898-1943) doit sa petite postérité à La Vie de Patachon, « un lourd de mépris et de pitié. (…) Au deuxième set, de Buzelet se ressaisit et le gagna après roman de 1930 nettement autobiographique qui évoque la vie débriune lutte violente, six-quatre. Borotra volait littéraledée d’une bande de fêtards des Années folles » résume l’éditeur de ment, il rattrapa des balles irrattrapables, faillit tomber, ces textes parus de 1930 à 1935 dans l’hebdomadaire Gringoire marcha sur les murs, sauta dans le public... Enfin, il fit du (1). Au fil de cette chronique mondaine, on prend un verre au Ritz, Borotra, et du meilleur, à tel point qu’après cela il enleva les deux derniers sets, six-deux, six-un, en moins d’une on s’attable chez Maxim’s et l’on court applaudir Damia, Joséphine demi-heure... Son rival, résigné, transpirant, mais toujours Baker ou Maurice Chevalier. On assiste aussi à des événements nerveux, laissait passer l’orage et se recroquevillait dans sportifs : courses à Longchamp, Auteuil ou Chantilly, match interun coin quand il voyait venir les terribles smashes et les national de rugby à Colombes, Coupe Davis à Roland-Garros… Ou non moins redoutables volées qu’il serait puéril d’esquisser même un seul geste pour essayer de les reprendre ; bien encore, toujours en tennis, cette finale du championnat de Borotra, en nage, sa chemise devenue rose collée au corps, France qui, en 1933, se disputait sur parquet pour la toute derallait de plus en plus vite à mesure que sa victoire s’avérait nière fois. Devant un public choisi et avec pour joueur vedette Jean imminente ; Germaine, d’un œil blasé, mais réjouie au fond Borotra, alias le « basque bondissant ». ● Ph.B. d’elle-même, approuvait en silence. ● (1) Qui n’avait pas encore basculé dans l’antisémitisme et la collaboration. © La Table Ronde

CHRONIQUES D’UN PATACHON

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je me souviens... Martine Segalen

) DR

J Née en 1940, Martine Segalen est ethnologue, spécialiste de la famille et des questions culturelles, aujourd’hui professeure émérite des universités. Elle a aussi analysé l’engouement pour la course à pied à partir de sa propre pratique, avec un groupe d’amis du Racing Club de France : Les Enfants d’Achille et de Nike, ouvrage visionnaire paru en 1994 et réédité l’an passé chez Métaillé (278 p., 19 €).

e me souviens que dans les années 1950 l’éducation physique et sportive des jeunes filles, c’était zéro. Et si à dix ans mon père m’a inscrite au club de judo de Neuilly, où nous habitions, étant la seule fille parmi les garçons ça n’a pas duré longtemps. Mais, à partir de treize ans, j’ai fait de l’équitation et du ski, assidument : membre de l’équipe « citadins » du Racing Club de France, celui d’avant Lagardère, je participais à de petites compétitions. Contre les Grenoblois par exemple, qui forcément étaient meilleurs que nous… Vers vingt ans, j’ai aussi passé les épreuves du décathlon moderne : course, patin à glace, équitation… J’ai beaucoup souffert en natation, à traîner un mannequin sur 50 m dos. Jeune mère de famille, de 1963 à 1966 j’ai vécu à NewYork, où je fréquentais un club de gym, Kounovsky Inc., animé par un immigré russe et situé 57e Rue et Madison. Cela n’existait pas encore de ce côté-ci de l’Atlantique et j’y ai vu pour la première fois une femme enceinte faire de la gym, ce qui était alors impensable en France. De retour à Paris, dans les années 1970 je me suis mise à la course à pied, de plus en plus sérieusement au fil des ans. Parallèlement je jouais un peu au tennis et je faisais du ski l’hiver et de la randonnée itinérante l’été, avec un groupe d’amis. Mon mari a aussi voulu nous convertir au vélo, mais les

femmes ont mis la pagaille : nous trouvions les côtes trop dures et ralentissions ces messieurs ! Alors nous les avons laissés entre hommes : ils partaient une semaine, et ne se changeaient pas très souvent… Je me souviens que je n’ai jamais été une grande spectatrice de sport : je me suis même endormie pendant un match de tennis avec Björn Borg ! En revanche je garde un souvenir très fort du Marathon de New York, en 1992. D’ailleurs j’ai décoré mes toilettes avec un poster d’une édition suivante, le dessin montrant les participants courant tout autour du World Trade Center. Cette affiche y côtoie toutes mes médailles… Plus récemment, à l’automne 2016, j’ai couru la 20e édition de La Parisienne avec ma fille, deux de mes petites filles et l’une de mes nièces. Trois générations réunies, et filmées par les caméras de télévision ! Je me souviens avoir essayé la marche rapide pour soulager mes genoux. Mais ça me fatigue davantage qu’un petit cross tranquille, alors j’ai repris la course à pied, à mon rythme. Et l’hiver j’ai remplacé le ski par les raquettes. Je me souviens du bonheur de courir avec des amis ou en famille. Et de ce trek au Népal, avec ma fille et ma petite fille, dont je suis revenue il y a quelques jours. Un effort partagé, la rencontre des gens qui vous hébergent, un col à plus de 3000 mètres et le lever de soleil sur la chaîne des Annapurna. ●

l’image

Jeune fille vêtue d’un tutu neuf sur le stoep [terrasse], Boksburg, 1980 © David Goldblatt

JEUNE FILLE EN TUTU, PAR DAVID GOLDBLATT Né en 1930 dans une famille d’immigrés juifs lituaniens fuyant les persécutions, David Goldblatt raconte à travers ses photos un pays, l’Afrique du Sud. Il fut le témoin de la mise en place de l’apartheid, puis de sa chute. De la petite ville de Boksburg, il explique par exemple : « Boksburg avait été façonnée par les rêves et les convenances des Blancs. La plupart de ses habitants se préoccupaient des questions familiales, sociales et civiques des citoyens respectables de n’importe quelle autre ville du monde, certains avec compassion, mais tous absorbés par la rigidité de leur statut de Blancs s’élisant mutuellement et faisant leurs propres lois. » Or c’est précisément ce qu’incarne cette grâcieuse « Jeune fille vêtue d’un tutu neuf sur le stoep [terrasse] ».● Rétrospective David Goldblatt (200 photographies dont une centaine de documents inédits issus des archives de l’artiste). Jusqu’au 7 mai 2018 au Centre Pompidou de Paris. www.centrepompidou.fr

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repères

JEUX, ENFANTS, SPORTS

Les éducateurs de la FSGT et du Journal de l’animation reviennent avec un second tome de leur ouvrage Des jeux, des enfants, des sports. Il réunit 70 fiches pratiques pour un public de 6-15 ans dans six nouvelles activités : acrosport, basket, double dutch (saut à la corde), skate, tennis de table et volley. Un chapitre novateur sur le principe des pratiques partagées handi-valides contribue à faire de cet ouvrage un outil utile pour une formation initiale ou continue d’animateur et d’éducateur sportif. Ce tome 2 conserve par ailleurs une approche éducative et ludique, en réunissant à la fois des sports « classiques » et des disciplines « innovantes ». Un ouvrage à mettre

DANS LA DOULEUR Tout comme l’on va parfois au travail en étant malade mais en se bourrant de médicaments pour tenir, combien de sportifs de haut niveau jouent blessés ou en repoussant de quelque manière que ce soit le seuil de la douleur ? C’est à cette réalité aux antipodes du sport plaisir et du sport-santé prônés par l’Ufolep que ce sont intéressés deux sociologues. Nourri de nombreux témoignages, leur ouvrage entend renouveler la réflexion sur « l’entrée dans le dopage » et éclairer ce « phénomène émergeant » : la consommation de médicaments antidouleur et le développement des pratiques d’« entraînement mental » dans le sport intensif. ● Ph.B. Le sport dans la douleur, par Thomas Bujon et Frédéric Mougeot, Presses universitaires de Grenoble, 2017, 108 pages, 19 €.

dans les mains de tout animateur Ufolep, tant pour ses contenus pédagogiques que pour la subtilité des mises en place pratiques. Vincent Bouchet Des jeux, des enfants, des sports, volume 2, co-édité par Les cahiers du sport populaire et le Journal de l’animation, 18 €. (www.fsgt.org)

SPORTS DE NATURE Ce petit ouvrage s’appuie sur trois enquêtes menées par les auteurs. La principale a été réalisée en 2014 en Aquitaine sur la question du « développement maîtrisé » des sports de nature. Les deux autres

études s’intéressaient plus directement aux pratiquants dans les Pays-de-la-Loire : des véliplanchistes et des kitesurfeurs pour l’une, un public large pour l’autre (VTT, trail, motocross, triathlon, etc.). Partant de la « diversité des usages sportifs de la nature » et des « formes de différenciations sociales » observées, l’ouvrage interroge les enjeux de l’action publique en matière de sports de nature. La difficulté de ces jeunes chercheurs à s’écarter du jargon sociologique le confinera malheureusement à un

L’ACTUALITÉ DE L’UFOLEP ET DE SES PARTENAIRES SUR TWITTER

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lectorat strictement universitaire. Sauf peutêtre pour les témoignages au langage peu châtié proposés en annexe. Ph.B. Les « sports de nature », une catégorie de l’action politique en question, Laetitia Audinet, Christophe Guibert, Arnaud Sébileau, éditions du Croquant, 2017, 108 pages, 12 €.


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En Jeu Ufolep n°31 avril 2018  

INVITÉE: Anne-Sophie de Kristoffy DOSSIER : Un autre football est possible HORIZON: Une loi pour le sport pour tous RÉSEAU: associations mul...

En Jeu Ufolep n°31 avril 2018  

INVITÉE: Anne-Sophie de Kristoffy DOSSIER : Un autre football est possible HORIZON: Une loi pour le sport pour tous RÉSEAU: associations mul...

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