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en jeu une autre idée du sport la revue de l’UFOLEP

Juin 2016 - N° 22 - Prix 3,50 €

1866-2016 UNE HISTOIRE DU SPORT DANS

LA LIGUE


édito

Des engagements partagés

Mélanie Gallard / Ufolep

Par Philippe Machu, président de l’Ufolep

S

ereine et résolue, l’assemblée générale de l’Ufolep a confirmé, fin avril à Port-Leucate, la cohésion de la fédération autour d’un projet qui vise à mettre le sport au service de tous les publics, à favoriser le bien-être, le plaisir de pratiquer, et à développer la citoyenneté. Les interventions de Véronique Moreira, nouvelle présidente de l’Usep, de Jean-Karl Deschamps et de Nadia Bellaoui, respectivement secrétaire national et secrétaire générale adjointe de la Ligue de l’enseignement, ont confirmé par ailleurs la place du secteur sportif dans le projet de la Ligue et une conception pleinement partagée par chacun d’un sport éducatif et social. Du niveau local à l’échelon national, l’heure est à présent à la mobilisation des compétences et des énergies pour construire, avec toutes les parties prenantes, des projets de terrain, tournés vers les besoins des publics et motivés par l’animation et la valorisation des territoires. Dans une relation renforcée avec tous les acteurs de notre réseau associatif, le nouveau comité directeur, largement renouvelé, devra s’organiser sans tarder. Et traduire dans son projet de mandature les grands axes qui contribueront à dessiner l’Ufolep de demain, appuyée à part égale sur ses deux secteurs, « sport éducation » et « sport et société ». ●

coup de crayon par Jean-Paul Thebault

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FORUM

Réforme territoriale : les réponses du ministère et notre démarche fédérale

Archives En jeu

À la veille de l’Euro 2016, organisé du 10 juin au 10 juillet en France, Patrick Mignon établit un parallèle avec la Coupe du monde 1998, à la lumière des enjeux d’intégration et de socialisation liés au ballon rond. Et aussi : L’Ufolep associée au « 11 Tricolore »

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Alors que l’Ufolep modifie les statuts de ses comités régionaux pour se conformer au redécoupage territorial, quelles stratégies ses associations doivent-elles mener pour exister sur le terrain ?

Patrick Kanner, hôte de l’Ufolep dans les Yvelines VuLuEntendu : Un Parfum de bonheur, Didier Daeninckx (Gallimard) ; Voici des ailes, Maurice Leblanc (Libretto) ; « Fair-Play » au théâtre du Rond-Point

6 invité 9 dossier 18 fédéral

AG de Port-Leucate : Philippe Machu réélu président de l’Ufolep ; un comité directeur national largement renouvelé

23 forum 26 réseau Boostrider

DOSSIER Sports et Loisirs de la Vie

4 actualité

Philippe Brenot

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Patrick Mignon, du Mondial à l’Euro, en quoi le football a-t-il changé ?

sommaire

Loraine Rabache / Louvre-Lens

INVITÉ

150 ans de sport à la Ligue de l’enseignement 9 L’association multisports Sports et Loisirs de la Vie, en Vendée : l’un des visages de l’Ufolep d’aujourd’hui.

Ufolep Rhône-Alpes : L’Électr’Enduro promeut le VTT électrique Instantanés : La famille du parkour se retrouve à Roubaix

28 histoires Morceaux choisis : « Les Couleurs de nos souvenirs », Michel Pastoureau (Point) Je me souviens : Daniel Rondeau L’image : « Roland-Garros », par Bruno Aveillan (La Martinière)

30 repères Sélection d’essais sur le football à l’occasion de l’Euro 2016

La Ligue de l’enseignement fête ses 150 ans. L’occasion de rappeler la place que les activités physiques et sportives y occupent et de questionner l’idéal d’un sport laïque, incarné depuis 1928 par l’Ufolep. en jeu “une autre idée du sport” est la revue de l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (Ufolep), secteur sportif de la Ligue de l’enseignement Ufolep-Usep 3, rue Récamier, 75341 Paris Cedex 07 Téléphone 01 43 58 97 71 Fax 01 43 58 97 74 Site internet www.ufolep.org Directeur de la publication Nelly Aradan Président du comité de rédaction Philippe Machu Rédacteur en chef Philippe Brenot Ont participé à ce numéro France Poret-Thumann, Philippe Machu, Pierre Chevalier, Noémie Vincent, Nicolas Armand, Marina Chaumond, Bruno Aguiar, fabrice Audebrand Photo de couverture Fête de « l’école laïque », Limoges, 14 juillet 1914, par JeanBaptiste Boudeau (détail), coll. Jean Jouhaud / Les Ardents éditeurs Maquette Agnès Rousseaux Impression et routage Centr’Imprim, rue Denis Papin 36 100 Issoudun Abonnement annuel 13,50 € Numéro de Commission paritaire 1015 K 79982 Numéro ISSN 1620-6282 Dépôt légal Juin 2016 Tirage de ce numéro 8525 exemplaires

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actualité

Playa Tour 2016

Vers une fédération française d’e-sport ? DR

Depuis sa création en 2007, l’Ufolep Playa Tour, rendez-vous multisports proposant aussi des ateliers culturels et citoyens, n’a cessé de grandir et d’évoluer. Cette tournée estivale des plages et des plans d’eau intérieurs (à la campagne et en milieu urbain), touchera cette année encore près de 20 000 personnes, touristes ou jeunes des structures sociales partenaires de l’événement. L’édition 2016 débutera le 22 juin, conjointement à Sillery (Marne) et à Strasbourg, et se concentrera tout particulièrement sur le mois de juillet, de Saint-Nazaire (LoireAtlantique) à Port-Leucate (Aude), et de Giffaumont (Meuse) à l’ÉtangSalé (La Réunion). Au mois d’août, le Playa Tour s’arrêtera notamment à Évry (Essonne) et, durant près

de trois semaines, sur la base de Marville (Seine-Saint-Denis). Soit, en tout, 26 étapes – de deux à quatre jours le plus souvent – qui mobiliseront un millier de bénévoles et d’animateurs professionnels dans 19 départements. Toujours avec des espaces de pratique aménagés sur des sites choisis, dans une démarche d’innovation sociale et d’accessibilité alliant activités sportives, ateliers de sensibilisation (prévention des addictions, développement durable…) et animations de soirée contribuant à la dimension festive.

France eSports, association regroupant les acteurs majeurs du sport électronique, est officiellement

née mercredi 27 avril dans les locaux du ministère de l’Économie et des Finances, en présence de la secrétaire d’État au numérique, Axelle Lemaire. France eSports réunit des organisateurs de tournois, des médias spécialisés et des syndicats professionnels du jeu vidéo. Elle a vocation à « structurer » la communauté de l’e-sport et constitue « une première étape pour favoriser son émergence comme un sport à part entière » a précisé la secrétaire d’État. À terme, c’est bien une fédération que souhaitent de nombreux joueurs et organisateurs, pour être à pied d’égalité avec les sports « classiques ». « On bute encore sur des conservatismes, ou l’argument erroné que l’e-sport ne nécessite pas d’effort physique », concède Matthieu Dallon, le président de l’association, qui estime que la création d’une fédération prendra encore « cinq à dix ans ». On ignore le point de vue du ministère des Sports… Les compétitions représentent en revanche un enjeu d’image et d’emploi aux yeux du gouvernement et du ministère de l’Économie, qui

PATRICK KANNER, HÔTE DE L’UFOLEP DANS LES YVELINES Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, s’est déplacé vendredi 15

sport féminin, l’accueil de jeunes

Noémie Vincent

Le ministre de la Ville, de la

en service civique ou l’application Tout Terrain pour smartphones –

avril à Chatou, où il a pu avoir un

qui favorise la reprise d’une acti-

large aperçu des actions menées

vité sportive en permettant à des

par l’Ufolep et le comité des

personnes isolées de se retrouver

Yvelines en matière de sport pour tous. Le ministre est notamment allé à la rencontre des partici-

pour pratiquer ensemble. Sur un atelier « Mam’en Sport » animé par l’Ufolep à Chatou.

De son côté, outre Mam’en Sport, le comité des Yvelines a détaillé plu-

pantes d’un atelier hebdomadaire du projet « Mam’en Sport »,

sieurs de ses initiatives, comme Inser’Sport (destinée aux béné-

qui depuis deux ans propose gratuitement des activités d’en-

ficiaires du RSA, en partenariat avec le conseil départemental)

tretien à des mères de famille, pendant que leurs enfants sont

et le sport des seniors. Ou bien encore les missions des volon-

confiés à des puéricultrices.

taires en service civique, ciblées pour certaines autour de l’Eu-

Dans un second temps, le ministre a participé à un échange

ro 2016, et le Raidy to Go, qui mènera cette année des jeunes

sous forme de table ronde avec une quinzaine de respon-

jusqu’à Rio à l’occasion des Jeux olympiques. Une initiative qui

sables nationaux, régionaux et départementaux de l’Ufolep,

a particulièrement intéressé le ministre.

dont Philippe Machu et Pierre Chevalier, président et direc-

Patrick Kanner a conclu l’échange en fixant deux rendez-vous :

teur national. Ce tour d’horizon a permis d’évoquer plusieurs

l’un sur une étape de l’Ufolep Playa Tour cet été, l’autre pour

actions menées en appui du plan « Citoyen du sport » impulsé

l’organisation d’un événement à l’occasion du lancement de

par le ministère : le dispositif Toutes sportives de promotion du

l’application Tout Terrain. ● Noémie Vincent

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Archives En Jeu

Rando raid VTT

L’association Pujols Rando Nature et l’Ufolep du Lot-et-Garonne organisent les 25 et 26 juin à Villeneuve-sur-Lot ce qu’ils présentent comme la « 1ère rando raid VTT en Aquitaine ». Un événement comme il en existe d’autres à l’Ufolep, mais révélateur d’un état d’esprit. Cette rando raid est en effet ouverte à tous, licenciés et non licenciés, avec des parcours allant de 10 à 35 km le samedi et de 40 à 120 km le dimanche. S’y ajoutent des parcours pédestres (balade, trail, marche nordique), une animation VTT Kid et une invitation au trial. Invité de marque également, le vélo à assistance électrique, tandis que sont autorisés vélos de route, de cyclo-cross, single speed et tandems. Enfin, l’événement repose sur un partenariat avec l’office de tourisme du Grand Villeneuvois.

Lutte contre la radicalisation Le plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme présenté le 9 mai par le Premier ministre Manuel Valls comporte une mesure sur la prévention de la radicalisation dans le champ sportif. Elle prévoit la création d’une mission d’appui nationale pilotée par l’Inspection générale de la Jeunesse et des Sports pour engager des contrôles dans les associations et les clubs sportifs. Une cinquantaine d’inspecteurs seront mobilisés sur ces contrôles qui pourront se traduire par la suspension des financements de l’État ou le retrait des agréments. Un guide d’information sera diffusé.

VuLuEntendu UN PARFUM DE BONHEUR, OU L’ESPRIT DE 36 Ce livre, explique Didier Daeninckx en avant-propos, est né de la découverte, par l’entremise du petit-fils de leur auteur, de photos prises au cœur des années 1930. Très vite, le romancier à la fibre sociale acquiert « la certitude que ces instantanés racontaient la période du Front populaire d’une manière tout à fait inédite ». Et d’expliquer : « Ils fixent en effet un groupe d’une vingtaine de jeunes gens et de jeunes filles passionnés de sport dont les histoires personnelles vont être bouleversées par une invention sociale majeure, celle du temps libre. Les 40 heures et les congés payés leur permettent d’échapper aux stades étriqués des périphéries pour aller s’ébattre sur les plages, grimper aux flancs des montagnes, glisser sur les pentes enneigées. » S’inspirant du « regard espiègle » de la jeune personne qui revient souvent devant l’objectif du photographe amateur, et s’appuyant sur les archives personnelles et intimes de trois autres femmes « ordinaires et remarquables », Didier Daeninckx invente le parcours d’une héroïne dont il imagine qu’elle se confie à lui, cinquante ans plus tard. Le texte – c’est sa vertu et sa limite – se veut pédagogique afin de restituer pleinement cet esprit de 1936 que son héroïne, Ginette Tiercelin, présente comme « un parfum de bonheur ». En cela, il colle parfaitement à des photos irradiées d’une joie neuve dans laquelle les corps se libèrent et exultent. Des photos qui accompagnent aussi les premiers pas de la toute jeune Fédération sportive et gymnique du travail (fondée en 1934), et sont le cœur battant de ce livre de lendemains qui chantent. ● Ph.B. Un parfum de bonheur, Didier Daeninckx, photographies de France Demay, Gallimard, 128 pages, 25 €.

VOICI DES AILES, FANTAISIE CYCLISTE C’était en 1898, au temps du cinéma muet, balbutiant, et des premiers élans suscités par la petite reine, jeune ingénue. C’était aussi au temps où Maurice Leblanc (1864-1941), d’abord journaliste, se cherchait. Le futur romancier de La Dent creuse et de L’Île aux trente cercueils n’avait pas encore inventé le personnage de gentleman cambrioleur qui ferait son succès. Inspiré peut-être d’un Maupassant croquant le lawn-tennis, il troussait un court roman à la gloire de la bicyclette : Voici des ailes, aimable marivaudage qui voit deux couples changer de partenaire au fil d’une randonnée les menant de Normandie jusqu’en Bretagne. L’argument est mince, le style plaisant, l’intrigue faible. « Voilà un petit livre charmant » résume Antoine de Caunes en préface. Un petit livre dont les meilleures pages sont celles qui exaltent ces engins racés, symboles d’une certaine modernité. « C’est un plaisir d’art réel, une émotion neuve que de contempler ces jolies bêtes de courses dont tous les détails indiquent la double destinée. Y a-t-il rien qui évoque plus l’idée de vitesse que ces deux roues égales, aux rayons ténus et vibrants comme des nerfs, deux jambes sans commencement ni fin ? Y a-t-il rien qui soit plus stable, plus solide d’aspect que ces reins d’acier, que cette échine rigoureuse, que tout cet appareil de muscles logiques et nécessaires ? » De ce genre de prose, Voici des ailes est agréablement parsemé. ● Ph.B. Voici des ailes, Maurice Leblanc, Libretto, 126 pages, 5,10 €.

LE FAIR-PLAY VU DU ROND-POINT « Avec Fair-Play, outre le clin d’œil à l’univers de Jacques Tati dont je suis un fan absolu, je voulais mettre en musique le corps du sportif, ses mouvements, ses états d’âme, épingler ses travers… Porter un regard tendre, poétique et critique sur son rêve de gloire, son mental d’acier, son physique, sa force, mais aussi ses faiblesses et parfois son ridicule. » Ainsi parle Patrice Thibaud du spectacle qu’il a créé il y a quatre ans et qu’il interprète lui-même, avec un acolyte, sur la scène du Théâtre du Rond-Point, à Paris. Cela vous dit ? ●

Rebecca Josset

voient là une opportunité pour la France de se positionner comme l’un des grands pays organisateurs de tournois, aux côtés de la Corée, de la Suède ou des États-Unis. (avec www.lemonde.fr)

Fair-Play, de et avec Patrice Thibaud, et avec Philippe Leygnac, Théâtre du Rond-Point, du 7 juin au 3 juillet. (www.theatredurondpoint.fr)

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invité

Sociologue du supportérisme et de la performance

Patrick Mignon, du Mondial à l’Euro, en quoi le football a-t-il changé ? À la veille de l’Euro 2016, organisé du 10 juin au 10 juillet en France, Patrick Mignon établit un parallèle avec la Coupe du monde 1998, à la lumière des enjeux d’intégration et de socialisation liés au ballon rond.

P

atrick Mignon, la France accueille l’Euro 2016 de football avec le souhait affiché des autorités politiques de renouer avec la fête populaire du Mondial 1998. Mais le contexte s’y prête-t-il ? La réponse est évidente : non. L’Euro survient dans le contexte d’une année 2015 marquée par les attentats qui ont endeuillé Paris et d’un pays qui vit sous le règne de l’état d’urgence, la compétition étant d’ailleurs ellemême l’un des arguments invoqués pour la prolongation de celui-ci. Cela « plombe » forcément l’ambiance. Par ailleurs, il convient de relativiser l’atmosphère de fête de l’été 1998. Ce fut surtout la fête à la fin et après, et celle-ci n’avait pas été préparée. Focalisés sur l’organisation de l’événement, ni l’État ni la Fédération française de football n’avaient anticipé un tel retentissement. Cela leur est tombé dessus sans qu’ils en perçoivent immédiatement les enjeux, notamment au regard de la problématique de l’intégration et des banlieues. D’une certaine manière, après la finale, c’était trop tard. Cela a changé entre-temps… Oui, parce que le football s’est un peu plus installé dans

LA PASSION DU FOOTBALL DÉCRYPTÉE Patrick Mignon, 65 ans, a effectué la majeure partie de sa carrière de sociologue à l’Insep, où il a notamment analysé les grandes enquêtes relatives à la pratique sportive des Français, jusqu’à sa retraite en fin d’année dernière. Il continue toutefois d’y animer des séminaires autour de la notion de performance et collabore, entre autres, à la revue Esprit. Patrick Mignon a également travaillé sur les cultures jeunes, sur le dopage et sur le supportérisme dans le football, sujet auquel il fut l’un des premiers à s’intéresser. La journée d’études qui lui était dédiée, fin avril au Louvre-Lens, a témoigné de l’influence qu’il a exercé sur plusieurs générations de chercheurs. À cet égard, il convient de citer l’ouvrage fondateur que fut La Passion du football (Odile Jacob, 1998), et dont la conclusion résume sa démarche : « Si la question n’est pas toujours d’aimer le football, elle est au moins d’en comprendre les différents enjeux et d’en connaître toutes les composantes. » ●

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les pratiques de loisir. La France demeure néanmoins un pays où la majorité des gens ne sont pas directement investis dans l’activité comme pratiquants ou supporters, et s’y intéressent seulement comme question générale. J’ajouterai que le concept de « fête » est utilisé comme un leitmotiv à forte connotation marketing, et permet au passage de stigmatiser les supporters ultras, certes parfois trop passionnés voire violents, mais pointés comme de simples hooligans, pour souligner qu’ils n’ont pas leur place dans le football. On souhaite une fête bon enfant et surtout une atmosphère festive, détendue, un prélude aux vacances estivales. Vous-même, dix-huit ans après, quel regard portezvous sur ce qui fut présenté par certains comme un moment de ferveur nationale, incarné par une équipe black-blanc-beur, quand d’autres n’y ont vu qu’une hallucination collective ? Affirmer que les Bleus de Zidane avaient fait davantage pour l’intégration que toutes les politiques menées jusqu’alors était illusoire et extravagant. Si l’équipe de France offrait un visage black-blanc-beur, cela traduisait avant tout le fait que le football était devenu un vecteur d’ascension sociale, en particulier pour les enfants d’immigrés, à défaut d’autres lieux de réalisation. Je pense néanmoins que ne voir là qu’une illusion collective est une autre exagération. On sait l’importance que peuvent avoir les émotions partagées, au-delà de l’illusion lyrique d’une France métissée où tout allait pour le mieux. Or, je le répète, cette émotion partagée a été insuffisamment travaillée et utilisée pour approfondir ces questions d’intégration par le sport. Notamment au sein des clubs, où l’on a continué à penser aux résultats sportifs davantage qu’aux enjeux sociaux : esprit associatif, esprit d’équipe, solidarités locales... 1998 a laissé des traces dans les mémoires, et cette ferveur aurait pu servir de base de travail, ce qui n’a pas été le cas. Dans La Passion du football, paru en mai 1998 ; vous évoquiez le « feel good factor » que peut susciter un tel événement et vous envisagiez le foot comme « mesure de l’état moral d’une nation ». Depuis, les Bleus sont devenus un baromètre de la cohésion nationale : les médias clament qu’il faut les « aimer » ou parlent de « divorce » avec les Français…


Les joueurs évoluent dans un sport professionnel aussi éthique que celui de la finance, comme l’a rappelé l’affaire d’évasion fiscale des Panama Papers, où apparaissent les noms de joueurs, de dirigeants… L’économie du sport, et en particulier celle du football, illustre la question posée avec acuité par la crise financière de 2007 : s’agit-il d’une économie réelle, reposant sur l’échange des biens et des produits, ou d’une économie-casino où s’échangent des produits financiers, avec des stratégies de rentabilisation maximale ? Or le football ressemble à plus d’un titre à une économie-casino. En outre, au-delà de la production d’un spectacle payant, les investisseurs recherchent de l’image, ce qui favorise les salaires mirobolants des joueurs. Certains d’entre eux s’efforcent alors de placer leur argent et d’échapper au fisc, ce qui explique qu’on pourrait les retrouver, joueurs ou dirigeants, dans les Panama Papers. Le monde du sport se réclame de valeurs fortes, mais parce qu’il est le sport le plus populaire et qu’il draine le plus d’argent, le football est aussi une organisation dont les acteurs maximisent leurs profits. Faut-il voir en lui l’incarnation du capitalisme mondialisé, comme le clament les tenants de la théorie critique du sport ? Le football est à l’avant-garde de tous les sports. Après s’être développé dans la seconde moitié du 19e siècle grâce à ce que l’on nomme la deuxième mondialisation, il incarne la troisième mondialisation, observée depuis les années 1980, et que traduit l’arrêt Bosman de 1995 sur la libre circulation des joueurs. Le football est le produit phare d’une économie du divertissement qui consiste à vendre du plaisir à l’échelle de la planète. À ce titre, il échappe à des règles éthiques ou de réglementation économique. En témoigne la défiscalisation de ses activités exigée par l’UEFA pour accorder à un pays l’organisation de l’Euro. Le Comité international olympique, la Fifa ou l’UEFA se comportent comme des entités extraterritoriales qui défendent leur droit de marque en profitant de la concurrence entre pays pour l’organisation des JO, d’un Mondial ou d’un Euro. Et contrôlent toutes les retombées de leurs événements, contribuant un peu plus à brider toute manifestation spontanée du public. Parallèlement, le football est entré au musée, comme l’illustre l’exposition dédiée au Racing Club de Lens au Louvre-Lens. Mais, justement, la culture dont

Loraine Rabache / Louvre-Lens

Cela met en évidence le fossé qui peut exister entre deux mondes : d’un côté celui du football, de l’autre celui de ceux qui ne s’intéressent pas au foot mais le commentent abondamment en tant qu’expression d’un état de la société, d’un état des mœurs. De fait, 1998 aidant, un intérêt s’est développé parmi le grand public et dans le monde politique : engageons-nous, en tant que président de la République, en tant que Premier ministre, à prendre en compte ce phénomène social… Mais l’affaire des quotas ou, plus récemment, l’affaire Benzema, ont troublé le jeu et ce « feel good factor », en rappelant ce qui fait mal : la question de l’intégration, des binationaux, du racisme… Avec cette question récurrente : « ces joueurs sont-ils de bons Français ? ». Cela complique la perception de l’équipe de France.

témoigne cette exposition – attachement à un club, un terroir, et forte identité ouvrière – n’est-elle pas désormais un objet de musée ? Non, je ne crois pas. L’exposition du Louvre-Lens participe à un mouvement bien identifié de « patrimonialisation » d’une activité « banale », qui autrefois n’aurait pas intéressé une telle institution. Elle traduit l’ouverture des grandes institutions culturelles à de nouveaux publics. Certes, on recueille plus facilement les traces d’objets et de pratiques en voie de disparition parce que les groupes qui les ont portés sont eux-mêmes en voie de disparition. Mais cela permet d’inscrire une mémoire de cette activité qui fut très profondément intégrée à la vie quotidienne des communautés ouvrières du Pas-de-Calais. Le football n’en est pas moins aujourd’hui à la fois une pratique très répandue et un pur spectacle qui intéresse le plus grand nombre. C’est toujours un sport très excitant dans l’opposition des équipes et le suspens intrinsèque au jeu – en particulier lors des grands événements internationaux. Le football permet aussi l’expression de sociabilités de nature diverse, locales, nationales ou transnationales. En cela, il reste un outil de communication entre les individus. ● Propos recueillis par Philippe Brenot

Patrick Mignon : « Le football demeure un outil de communication entre les individus. »

LES SUPPORTERS RECONNUS

Le Parlement a définitivement adopté, jeudi 28 avril, une proposition de loi concernant les relations avec les supporters. D’une part, elle institutionnalise le dialogue avec les supporters à travers une reconnaissance législative de leurs associations. De l’autre, elle accorde aux autorités des pouvoirs renforcés pour lutter contre les atteintes à l’ordre public et les violences commises par les hooligans. Au plan local, la loi prévoit la désignation par chaque club professionnel d’un ou plusieurs référents chargés des relations avec les supporters. Au plan national, elle prévoit la création d’une instance nationale du supportérisme, placée auprès du ministère chargé des Sports. ●

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En présence de François Hollande, l’Ufolep a participé le 29 mars à l’Insep à une animation dans le cadre de la mobilisation des jeunes autour de l’Euro.

Noémie Vincent

L’Ufolep associée au « 11 Tricolore »

L

e 30 mai 2015 au stade de France, François Hollande donnait le coup d’envoi du comité « 11 Tricolore ». Une opération conçue afin d’« utiliser, dans le meilleur sens du terme, l’Euro, pour que cela puisse être l’affirmation d’une ambition française, une ambition économique sûrement, une ambition culturelle, une ambition touristique mais également une ambition en termes de valeurs : qu’est-ce que nous avons à porter à l’occasion de l’Euro 2016 ? » Le dispositif « 11 Tricolore » repose sur onze domaines : emploi, citoyenneté, parité et féminisation, nouvelles technologies, environnement… Parmi les objectifs figure celui de « promouvoir l’esprit de dévouement à l’égard de la jeunesse ». Cette mission a été confiée à Nadia Bellaoui, secrétaire générale adjointe de la Ligue de l’enseignement et présidente du Mouvement associatif. La demi-journée organisée le 29 mars sur les installations de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), dans le bois de Vincennes, était une sorte de point d’étape de l’opération. Aux côtés de différents acteurs – dont la Fédération française de football et la FF de sport adapté, autres fédérations sportives présentes – l’Ufolep a pu montrer la façon dont elle envisage « autrement » la pratique du ballon rond (1). Des représentants du comité d’Eure-et-Loir ont ainsi expliqué que leur championnat de football à 7 s’appuyait sur l’au-

Le président de la République, entouré de Philippe Machu et de Nadia Bellaoui.

to-arbitrage. Un mode de fonctionnement qui traduit très concrètement la charte du fair-play que signe chacune de la centaine d’équipes participantes. Quatre jeunes volontaires en service civique impliqués dans des comités Ufolep – dans le Calvados, l’Ille-etVilaine et les Yvelines – ont également participé, avec Nadia Bellaoui, à un atelier sur l’engagement des jeunes et la citoyenneté. Parallèlement, ils ont co-animé des ateliers sportifs pour une cinquantaine d’élèves de CM2 de l’école parisienne de la rue de Tanger (19e), sous les yeux du président de la République. Lors de l’Euro, les deux volontaires des Yvelines animeront d’ailleurs des plateaux sportifs dans des quartiers concernés par la politique de la Ville (QPV). ● (avec Nicolas Armand) (1) Philippe Machu et Pierre Chevalier, président et DTN de l’Ufolep, menaient une délégation complétée par plusieurs membres de la direction nationale.

Le football a déjà eu les honneurs du Musée national du sport, de la Cité de

Louvre-Lens

POUR L’EURO, LES SANG ET OR ENTRENT AU LOUVRE-LENS intime entretenue par les supporters

l’histoire de l’immigration ou de mani-

avec leur équipe et la façon dont celle-ci

festations d’art contemporain. Mais,

fait partie de leur quotidien.

cette fois, il entre presque dans le saint

C’est par exemple la trompette de l’ani-

des saints : ce sont en effet les cimaises

mateur du kop, musicien dans une har-

de l’antenne lensoise du musée du Louvre

monie, ou le tabouret bricolé par un

qui l’accueillent, à travers des archives papier et vidéo et

père pour que son fils puisse voir le match, juché sur celui-

diverses reliques ou objets de culte des supporters du RC

ci. Ou bien le très customisé meuble de télévision autour

Lens, réunis notamment grâce à une collecte publique.

duquel se réunit à chaque match la famille d’Yvette, vieille

Pourquoi ce choix ? Parce que le club, historiquement lié aux

dame dont le salon déborde de son obsession bicolore. Nul

Houillères, est imprégné de la culture ouvrière du « meil-

chef-d’œuvre, pas même l’huile sur toile collée sur carton

leur public de France ». Et que le stade Bollaert-Delelis, que

de Pierre Even, représentant une action d’un derby Lille-

l’on peut apercevoir, jouxtant les terrils, depuis les baies

Lens des années 1960-1970. L’exposition « RC Louvre »

vitrées du musée, accueillera quatre matches de l’Euro.

lorgne plutôt du côté des arts et traditions populaires. Elle

Certes, l’exposition est modeste. Elle consiste principale-

n’en est pas moins particulièrement émouvante, témoi-

ment en deux espaces. Le premier s’intéresse à la mémoire

gnage d’une époque où la passion du football n’avait rien

collective, avec des témoignages de supporters ou d’anciens

de manufacturé. ● Ph.B.

joueurs et entraîneurs, des extraits de matches, des maillots, un album Panini... Le second s’appuie sur des objets

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faits main pour caractériser la relation

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RC Louvre, mémoires Sang & Or, Louvre-Lens, jusqu’au 7 novembre 2016. Entrée gratuite, tous les jours de 10h à 18h. (www.louvrelens.fr)


Archives En Jeu

dossier Épreuve VTT, catégories jeunes.

150 ans de sport dans la Ligue La Ligue de l’enseignement fête ses 150 ans. L’occasion de rappeler la place que les activités physiques et sportives y occupent et de questionner l’idéal d’un sport laïque, incarné depuis 1928 par l’Ufolep.

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De quoi l’Ufolep est-elle le nom ?

De l’activité physique dans un corpus laïque

Si les activités physiques ont toujours eu leur place au sein de la Ligue de l’enseignement, elles n’y ont jamais été une fin mais un moyen au service d’un projet éducatif, indissociable de la défense de la laïcité.

L

a Ligue de l’enseignement fête ses 150 ans. En quoi cela concerne-t-il l’Ufolep, se demanderont peut-être certains. Ils ignorent que, bien que fédération sportive à part entière, celle-ci appartient à ce grand mouvement d’éducation populaire. C’est là ce qui fonde sa spécificité. La naissance officielle de l’Ufolep, en 1928, ne fut en effet que le prolongement et l’institutionnalisation de pratiques physiques préexistantes au sein de la Ligue. Une hérédité qui se retrouve dans l’ambition, partagée avec l’Usep, fédération scolaire née en son sein en 1939, de former des « citoyens sportifs ». L’ordre des mots n’est d’ailleurs pas neutre : nom, « citoyen » ; complément, « sportif ». Même si, désormais, bon nombre

de pratiquants Ufolep ne découvrent qu’au fur et à mesure la place qu’occupent, au sein de la fédération dont ils sont adhérents, des valeurs forgées dans la défense de la République et de l’école publique, laïque, gratuite et obligatoire. PROMOUVOIR LA GYMNASTIQUE En 1866, lorsque Jean Macé fonde la Ligue de l’enseignement sous un Second Empire dont nul n’entrevoit encore la fin prochaine, il s’agit d’éduquer le peuple au suffrage universel. Le développement de l’activité physique ne figure pas au programme. Néanmoins, ce souci d’éduquer à la citoyenneté s’élargit bientôt à l’encouragement des activités physiques, afin de ne pas dissocier le corps et l’esprit.

Dès 1868, la toute jeune Ligue de l’enseignement mène ainsi une campagne en faveur de la création de salles d’éducation physique, dont elle fournit même les plans ! (1) Puis, dans les années 1880, dans une République rétablie et confortée après la crise du 16 mai 1877 et l’affirmation de la prééminence du Parlement, diverses publications de la Ligue témoignent d’un réel intérêt pour les activités physiques : en 1884, c’est un Abrégé de gymnastique à l’intention des « sociétés qui débutent » et une étude sur La gymnastique en Suisse ; en 1885, deux textes sur La question d’argent dans les sociétés de gymnastique et Le professeur et le moniteur de gymnastique ; en 1886, une brochure, Un gymnase pour cent francs, et une autre, dédiée aux Exercices corporels.

EN 1866, JEAN MACÉ, JOURNALISTE RÉPUBLICAIN… à celle fondée deux ans plus tôt en Belgique.

DR

Le 25 octobre 1866, le journal L’Opinion nationale publie un article dans lequel Jean Macé

Dans les jours qui suivent, Macé reçoit une lettre

appelle au rassemblement de tous ceux qui

du sergent de ville Larmier, qui lui déclare « vou-

désirent contribuer à l’enseignement du peuple.

loir faire partie, avec le cheminot Mamy et le tail-

C’est en fait une exhortation à la formation des

leur de pierre Petit, de cette Ligue ».

citoyens que lance ce journaliste républicain, professeur en Alsace depuis qu’en décembre 1851 le coup d’État du futur Napoléon III, sup-

Le 15 novembre, estimant suffisant le nombre Jean Macé, par Nadar.

de signatures, Jean Macé annonce la naissance officielle de la Ligue de l’enseignement. Un an

primant la République, l’a contraint à quitter la capitale.

plus tard, la Ligue compte 5000 membres répartis dans

Ayant constaté que le peuple peut élire un dictateur, il

72 départements, tandis que de nombreux « cercles de la

considère que, pour garantir la démocratie, « l’éducation

Ligue de l’enseignement » se constituent dans les princi-

au suffrage universel » est indispensable. Pour cela, il veut

pales villes du pays pour regrouper ces adhérents. ●

créer en France une Ligue de l’enseignement semblable

La Ligue de l’enseignement, Pierre Tournemire, Les Essentiels Milan, 2015.

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en jeu une autre idée du sport ufolep n°22


Archives En Jeu

150 ans de sport dans la Ligue

Football, département de la Seine, années 1950.

La question s’invite aussi aux congrès du mouvement. En 1889, on débat de « l’École normale civique de gymnastique de Joinville » et on écoute une communication sur « la gymnastique et les enfants au Havre ». L’année suivante, l’assemblée émet un vœu demandant que « l’enseignement de la gymnastique reçoive une sanction efficace au certificat d’études primaires ». En 1895, les activités physiques font l’objet de deux rapports. Portant sur l’éducation physique de la jeunesse, le premier fixe des catégories d’âge et demande l’interdiction de tout exercice qui, par une dépense excessive, pourrait être nuisible à la santé. Dans le second, le Dr Tissié s’appuie sur l’exemple de l’œuvre girondine d’éducation physique pour demander l’extension à toute la France des lendits du Sud-Ouest, qu’il a lui-même fondés. DÉFENDRE LA RÉPUBLIQUE Toutefois, « ce qui a vraiment conduit la Ligue à se préoccuper des activités physiques et sportives, c’est l’adhésion de sociétés dédiées à celles-ci, observe Pierre Tournemire, viceprésident en charge de la mémoire de la Ligue. Il faut se replacer dans le contexte de l’époque : adhérer à la Ligue, c’est adhérer à la République. De nombreuses sociétés sportives constituées autour de la gymnastique et du tir affichent cette adhésion, en opposi-

tion aux organisations confessionnelles. Elles manifestent ainsi une appartenance d’ordre idéologique, plus que sportif. » Adhérer à la Ligue est à la fois un engagement en faveur de la démocratie, de la laïcité, de l’enseignement public, du progrès en général, et contre « l’obscurantisme ». À cette époque où la République est encore fragile et contestée par une partie de l’opinion, c’est aussi partager une ferveur patriotique et revancharde, entretenue par la perte de l’Alsace-Lorraine après la guerre de 1870. C’est dans ce contexte que voient le jour, au début des années 1880, les « bataillons scolaires » un temps encouragés par la Ligue. L’idée était qu’il faut préparer les jeunes gens à devenir plus tard de bons soldats. « L’existence des bataillons scolaires a été brève. Mais ils ont donné naissance à la pratique physique et sportive à l’école et aux fêtes de jeunesse », souligne Pierre Tournemire. Dans ce combat contre l’église catholique, avec pour enjeu l’influence auprès des jeunes âmes, il faut en effet concurrencer les saints par l’érection de monuments aux grands hommes de la République, et trouver l’équivalent des processions religieuses. Or les mouvements gymniques se prêtent parfaitement aux fêtes de la jeunesse. « Cela fait plus sérieux que les danses, tout en offrant de jolis défilés et de belles exhibiJuin 2016

tions, avec ces jeunes gens musclés en justaucorps », note l’historien de la Ligue. DES « PETITES A », PUIS L’UFOLEP C’est toutefois la création d’amicales laïques autour des écoles publiques et, dès 1898, de « Petites A », qui va donner lieu à une pratique sportive élargie. Les amicales laïques visent à compléter la formation culturelle et civique des adolescents et des adultes tandis que les « Petites A » (Petites Amicales) sont des sociétés plus axées sur la pratique sportive. Elles sont 7 000 en 1909 et on y pratique le cross-country, l’athlétisme et le football. Le basket-ball apparaîtra en 1920, au lendemain d’une Grande Guerre qui, en dépit de la saignée opérée parmi les jeunes hommes, contribue à la diffusion des pratiques physiques et des sports anglais. Quelle place faire au sein de la Ligue à ce «  sport  » qui dépasse la seule éducation physique ? Jusqu’en 1910, le discours est résolument hostile. Mais, cette année-là, au congrès de Tourcoing, G. Brun, président des patronages laïques liés à la Ligue, plaide pour l’introduction du sport dans les œuvres de la Ligue. Mais, même au nom de la lutte contre les patronages religieux, il n’obtient pas la création d’une « organisation spéciale » chargée de mettre en place «  des championnats pour les différents

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sports ». Celle-ci ne voit le jour qu’en 1928, au congrès de Lille, sous le nom d’Union française des œuvres laïques de l’éducation physique. Pour cela, il aura fallu vaincre les réticences de ceux qui voient dans le sport une déviance de l’éducation physique – course aux records, recherche du spectacle, « tare morale » du professionnalisme – ou craignent d’attirer des « laïques incertains ». DU FRONT POPULAIRE À VICHY L’Ufolep naît dans un contexte fort différent de celui de l’avant-guerre. La Ligue de l’enseignement sort en effet du conflit très affaiblie dans ses effectifs et son influence. Elle trouve néanmoins un renouveau dans la riposte à l’offensive cléricale, laquelle se focalise sur la question de l’application de la législation scolaire dans les territoires « libérés » de l’Alsace-Moselle et le financement des écoles confessionnelles. En outre, elle se réorganise à partir de 1925 en créant, avec l’appui des élus républicains et des inspecteurs d’académie, des fédérations dans chaque département. Auparavant, la Ligue était à la fois « un réseau de pression agissant en faveur de l’école publique et de la laïcité de l’État » et « une nébuleuse d’associations visant à l’encadrement des loisirs péri et postscolaires  » (2). Devenue une « confédération » et portée par un grand rassemblement laïque, elle retrouve un rôle de premier plan. Ainsi, la Ligue est proche du gouvernement de Front populaire (1936-1938), qui partage ses aspirations dans le domaine de l’éducation et de l’accès aux loisirs. Jean Zay, élu d’Orléans et ministre de l’Éducation nationale, est l’un de ses militants. Par une circulaire datée du 1er février 1939, il créera l’Usep, commission scolaire de l’Ufolep char-

gée de développer la pratique physique et sportive des écoliers. Et son secrétaire d’État aux sports, Léo Lagrange, sera commissaire général de l’Ufolep en 1939. L’Ufolep organise des championnats et se développe rapidement en passant des accords avec des fédérations « dirigeantes » – basket-ball, football, athlétisme – dont elle se démarque toutefois sur le plan idéologique. Dans un contexte fascisant – celui de l’émeute parisienne du 6 février 1934 – elle affiche en revanche sa proximité avec la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) et enverra avec elle, à l’été 1936, une délégation aux Jeux ouvriers et républicains de Barcelone, censés faire contrepoids aux Jeux nazis de Berlin. On ne s’étonnera donc pas de la dissolution, en 1942, par le régime de Vichy, de la Ligue de l’enseignement et de son secteur sportif. VECTEUR DE LA SOCIÉTÉ DES LOISIRS Fédération multisports officiellement reconnue en 1946, l’Ufolep retrouve en quelques années environ 3 000 associations et plus de 60 000 licenciés. À la fin des années 1960, ce premier nombre n’a que peu augmenté, mais celui des licenciés a doublé. De son côté, portée par l’explosion de la population d’âge scolaire, l’Usep approche les 500 000 licenciés à la fin des années 1960. Davantage de moyens sont consacrés aux loisirs et, après le premier essor des années 1930, ceux-ci se pousuivent leur démocratisation. L’après-guerre est ainsi une période faste pour l’éducation populaire et les différents secteurs de la Ligue : l’Ufolep et les autres services constitués sur le même modèle – et avec le même suffixe – pour aider les associations à développer leurs activités en matière d’éducation artistique

(l’Ufolea), de cinéma (l’Ufocel puis l’Ufoleis) ou de séjours de vacances (l’Ufoval). DES AMICALES AUX CLUBS Mais les activités sportives vont bientôt prendre une place écrasante, au regard du nombre d’adhérents qu’elles fédèrent. « Institutionnellement, la rupture officielle c’est 1966, explique Pierre Tournemire. Lors du congrès du centenaire, la Ligue décide de se réorganiser en services sur les bases de territoires, les comités départementaux, et non plus autour d’activités. C’est la fin des Ufo. Sauf pour l’Ufolep, afin qu’elle puisse garder son statut de fédération sportive agréée, avec une identité juridique autonome. » Or si la licence est exigée de tout pratiquant sportif, beaucoup d’associations culturelles n’inscrivent pas tous leurs adhérents… Puis, à partir des années 1980, le nombre d’associations culturelles chute de manière régulière. « Beaucoup n’adhéraient plus à la Ligue par engagement militant mais pour des prestations de services, observe Pierre Tournemire. Et lorsque que ces prestations ne leur paraissaient plus à la hauteur du coût de l’affiliation… » L’Ufolep accueille en revanche toujours plus de pratiquants, notamment chez les jeunes. Elle élargit la palette des activités proposées, la gestion des championnats et des rassemblements nationaux étant assurée par des commissions nationales. Et si la pratique sportive au sein des amicales laïques marque le pas, les clubs unisports garnissent ses rangs, parfois sur le mode de la double licence permettant à la fois une pratique « délégataire » et « ufolépienne ». Au milieu des années 1980, l’Ufolep réunit ainsi plus de 11 000 associations et 450 000 licenciés. Et si les sports collectifs entament

LE TEMPS DES AMICALES ET DE L’UFOLEP-USEP Instituteur dans un village de l’Oise, le président de l’Ufolep,

Puis, en 1963, j’ai été nommé instituteur dans le village de

Philippe Machu, a animé une amicale. Témoignage.

Baron, où venait de naître une Amicale des anciens élèves affiliée à la Ligue de l’enseignement, avec des sections

« J’ai découvert l’Ufolep dans mon école de Chantilly à l’âge

sportives : tir, volley, tennis de table… Je me suis lancé

de dix ans. C’étaient les années 1950 et l’EPS enseignée en

dans la gestion de ces activités, qui d’ailleurs faisait partie

cours complémentaire était prolongée hors temps scolaire

de mon contrat : en acceptant le poste de directeur d’école,

par l’engagement de notre prof, Gaston Delberghe, qui

j’acceptais aussi ceux d’animateur de l’amicale et de secré-

est ensuite devenu délégué puis président du comité de

taire de mairie, m’avait précisé l’inspectrice ! Je suis resté

l’Oise. Mes premières émotions sportives, je les ai vécues

vingt-cinq ans à Baron, et je suis fier que l’amicale continue

sur une piste d’athlétisme et sur un terrain de football avec

d’animer ce village de 800 habitants, avec de nombreuses

l’Ufolep-Usep, car alors on ne faisait guère la différence.

activités sportives et culturelles ! » ●

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leur déclin, le dynamisme des pratiques individuelles (activités cyclistes et sports mécaniques chez les hommes, gymnastique sportive et d’entretien chez les femmes) le compensent largement. « On observe un changement dans la nature de l’adhésion, constate Pierre Tournemire. Pendant longtemps, on adhérait à l’Ufolep parce qu’on était membre d’une amicale ou d’une association attachée à la défense de l’école publique. Si on faisait du sport, c’était naturellement à l’Ufolep. Désormais, on y vient pour l’activité – parce que c’est moins cher, mieux organisé ou plus sympathique – mais plus par idéologie. Cela n’empêche pas de s’engager, de faire sien un idéal, mais ce n’est plus la motivation première. » Cela n’est pas sans conséquences sur les rapports entre la Ligue et l’Ufolep, à la fois partie prenante de celle-ci et dotée de l’autonomie propre à son statut de fédération sportive. Symboliquement, lors des congrès nationaux, il arrive que le discours du représentant de la Ligue, figure imposée de ces assemblées, tombe à plat s’il reste sur le mode du « Tous Ligueurs », sans faire le lien avec les réalités du terrain. Surtout si, au passage, l’intervenant dénonce les turpitudes du sport sans nuances et de manière un peu trop généralisatrice… Signe plus tangible d’un certain malaise, dans certaines fédérations départementales les relations se tendent. Les représentants de l’Ufolep se sentent snobés, alors même qu’ils représentent parfois plus de licenciés que tous les autres secteurs de la Ligue réunis. « C’étaient avant tout des querelles de pouvoir et des conflits de personnes, liés aux ambitions plus ou moins assumées de certains », relativise Pierre Tournemire. Ces dissensions, même isolées, trouvent toutefois un certain écho au niveau national et, à la rentrée 1999, un secrétaire national de la Ligue, Gilles Cavé, est nommé directeur de l’Ufolep afin de remettre de l’ordre dans la maison (lire page 15). ÉDUCATION ET SOCIÉTÉ À partir des années 2000, l’Ufolep cherche à concilier ses ambitions éducatrices et sociales avec les réalités de son tissu associatif et de pratiques qui se différencient insuffisamment de celles des fédérations délégataires. Elle se tourne vers les publics éloignés de la pratique : femmes, seniors, jeunes des quartiers défavorisés ou des zones rurales… Elle investit le sport-santé et promeut le concept de « plurisport », tourné vers le loisir. Symboliquement, elle

Archives Ufolep Isère

150 ans de sport dans la Ligue

Rassemblement laïque, piscine de Fontaine (Isère), juin 1961.

adapte sa devise : forgé dans les années 1980, le slogan « une autre idée du sport », plus politique, cède la place à « tous les sports autrement ». Parallèlement, l’érosion régulière de ses effectifs (3) conduit l’Ufolep à questionner le sentiment d’appartenance et ce en quoi son offre la distingue de ses concurrentes. Après quelques tâtonnements, elle trouve au début des années 2010 la formule consistant à développer conjointement un secteur « sport et éducation » appuyé sur sa base associative, et un secteur « sport et société » impulsé par ses comités départementaux, en partenariat avec des associations à vocation sociale, les collectivités et les services de l’État. De son côté, la Ligue de l’enseignement montre un intérêt renouvelé pour les pratiques sportives. « Quand on met l’activité au service d’un projet plus global, les liens redeviennent naturellement plus étroits » résume Pierre Tournemire. C’est pourquoi on peut penser que, à l’image de la place qui est désormais la leur dans la société, les pratiques physiques et sportives n’ont jamais été aussi présentes dans le projet de la Ligue. Mais comment pourrait-il en être autrement quand l’UfoJuin 2016

lep et l’Usep – confrontée depuis 2014 à l’impact de la Refondation et des nouveaux rythmes sur ses rencontres sportives scolaires – réunissent chacune plus d’un tiers des associations affiliées, et la très grande majorité des adhérents (4) ? Il ne reste plus qu’à faire pleinement partager ce projet aux associations et aux licenciés qui ont rejoint l’Ufolep, et par conséquence la Ligue, sans en connaître tous les soubassements idéologiques. Afin qu’ils puissent s’approprier, à leur façon, 150 ans d’histoire. ● Philippe Brenot (1) « L’éducation physique et la Ligue de l’enseignement de 1866 à 1928 », dans le supplément à Informations Ufolep-Usep n°119, avril 1978. Malheureusement, cet article non signé n’indique pas ses sources. (2) La Ligue de l’enseignement, 150 ans d’une histoire politique, Jean-Paul Martin, avec la collaboration de Frédéric Châtaignier et Joël Roman, à paraître fin 2016. Plusieurs développements de cet article en sont directement tirés. Profitons-en aussi pour expliciter la différence entre activités « périscolaires » (pour les écoliers en marge de l’école) et « postscolaires » (pour les anciens élèves et les amis de l’école publique). (3) 341 000 licenciés en 2014-2015. (4) Fin mars, le logiciel Affiligue recensait 22 591 associations (dont 7 750 pour l’Ufolep et 8 477 pour l’Usep) et 1 121 697 adhérents (dont 218 665 adultes et 103 947 jeunes à l’Ufolep et 37 914 adultes et 609 741 enfants à l’Usep).

en jeu une autre idée du sport ufolep n°22

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1978, la « doctrine » Belbenoit En avril 1978, Georges Belbenoit, inspecteur général de l’Éducation nationale et ancien président de l’Ufolep-Usep (1970-1976), signe dans le numéro du cinquantenaire de la revue fédérale un texte intitulé « Unité du sport, unité de l’éducation (permanente). Il y expose finement les questionnements du secteur « sport et plein air » de la Ligue de l’enseignement. Ceux-ci restent d’actualités. Extraits.

E

n adoptant, en 1967, la dénomination de « Ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente  », notre confédération se dotait, avec le concept d’éducation permanente, d’un cadre explicatif auquel pouvaient se rapporter toutes les activités. (…) Cet instrument devrait pouvoir nous aider (…) à clarifier nos idées dans le domaine encore controversé du sport et du plein air [et], comme l’a décidé l’assemblée générale de la Ligue à Creil le 10 décembre 1977, à définir les propositions du mouvement pour une politique générale du sport. CLARIFIER NOS IDÉES Clarifier nos idées, d’abord. Elles en ont besoin. L’unité du sport ne va pas de soi, ni, par suite, la position de l’Ufolep – voire de la Ligue – face à un problème mal défini. Bien qu’on puisse inventorier une gamme quasiment ininterrompue de pratiques intermédiaires, sport pour tous, sport de masse et sport de haut-niveau n’ont guère en commun que le mot sport.

Cette distorsion, entre l’unité d’étiquette et la variété des pratiques, favorise des confusions fructueuses pour les pêcheurs en eau trouble qui vivent du sport ; elle entretient aussi des malentendus entre amis : deux raisons d’élucider ce que nous mettons dans le terme de sport, de distinguer les pratiques qui correspondent à nos objectifs éducatifs et que nous voulons promouvoir de celles que nous récusons : du côté du « sport pour tous », lorsque l’insuffisance de l’engagement physique ou celle de l’engagement militant leur enlève à nos yeux toute valeur éducative et font de l’emploi du mot sport une mystification ; du côté d’une compétition exposée aux facteurs de dénaturation que l’on sait, l’argent, la politique, la projection inconsidérée des modèles du haut niveau, l’élitisme, la spécialisation prématurée… et finalement cette inversion des valeurs qui, sous des prétextes divers, subordonne (et parfois sacrifie) l’athlète à la performance, au lieu que sa réussite sportive ne devrait être qu’un des moyens de l’épanouissement de sa personne. (…) L’Ufolep m’a toujours paru balancer entre deux tentations et une ambition. Deux tentations antinomiques : ne pas lâcher la proie pour l’ombre, persévérer avec bonne conscience dans un comportement éprouvé de fédération sportive consacrant en fin de compte l’essentiel de ses efforts à la préparation et à l’organisation de compétitions, en comptant sur la qualité de son encadrement pour que le sport à l’Ufolep soit digne du cadre de la Ligue ; ou bien au contraire

LES ORIENTATIONS DU CINQUANTENAIRE Cette même année 1978, l’Ufolep

3. La conception de l’Ufolep va de la

adopte à l’AG de Saint-Étienne un

saine détente dans le cadre des loi-

texte d’orientation qui débute par

sirs jusqu’à la compétition si elle est

l’affirmation de cinq points :

formatrice, amicale et désintéressée. 4. L’Ufolep contribue à la défense et

1. L’Ufolep contribue à l’harmonieux

à l’extension des institutions éduca-

épanouissement de la personne hu-

tives et sociales laïques.

maine.

5. L’Ufolep entretient toutes relations

2. L’Ufolep veut donner à chacun, sans

utiles avec les pouvoirs publics et les

discrimination aucune, la possibilité

collectivités locales, les fédérations

de pratiquer librement les activités

sportives et de plein air, les organisa-

physiques et sportives de son choix.

tions culturelles laïques. ●

14

Juin 2016

en jeu une autre idée du sport ufolep n°22

se reconvertir délibérément dans les activités qui distinguent le plus l’Ufolep dans le monde sportif et qui font le moins double emploi avec les pratiques offertes par les autres fédérations. L’ambition bien sûr, c’est de concilier ces deux vocations sans rien abandonner, de reconquérir même, à des fins éducatives, toute la gamme des activités physiques, sportives et de plein air en les reprenant à un bout aux marchands de loisirs actifs, à l’autre aux industriels du sport spectacle (…). L’Ufolep, en tant que fédération sportive, expressément confirmée comme le « service sport et plein air » de la Ligue, se voit chargée (…) de « l’ensemble de l’organisation, de l’animation et du développement des activités physiques, sportives et de plein air ». Il n’empêche qu’à l’Ufolep même, et probablement aussi dans d’autres secteurs de la Ligue, cette consécration n’a pas toujours été accueillie sans méfiance ou sans arrièrepensée. La constitution du service sport et plein air pouvait fort bien apparaître comme une machine de guerre conçue pour obliger l’Ufolep à renoncer aux pompes et aux œuvres d’un sport de compétition irrémédiablement aliéné et de ce fait fondamentalement aliénant. Par une dynamique subtile, les nouvelles responsabilités finiraient par éliminer les pratiques anciennes. Le risque n’est pas nul, mais l’Ufolep a eu raison de relever le défi. (…) ●


150 ans de sport dans la Ligue

Ancien secrétaire national de la Ligue, Gilles Cavé est un bon connaisseur de l’Ufolep, pour en avoir été directeur national de décembre 1999 à juin 2002. Il livre une analyse fine et sans langue de bois des rapports Ligue-Ufolep.

G

illes Cavé, vous affirmez volontiers être tombé tout petit dans le « bain laïque »… C’est la vérité : ma mère était trésorière de l’amicale de Sion-les-Mines, au nord de la Loire-Atlantique, et tout jeune je me rendais utile lors des fêtes, je servais à la buvette… Mon premier film, je l’ai vu avec le cinéma itinérant de la Fédération des amicales laïques (Fal), et l’écolier que j’étais participait aux lendits Usep, avec la finale à Nantes, tous en blanc... Par la suite, j’ai toujours été à l’amicale laïque. J’y jouais même au foot, même si ça n’était pas en Ufolep. Jeune instituteur, vous avez continué… Sorti à vingt ans de l’École normale, j’ai fait de l’Usep dans les deux écoles où j’ai été nommé successivement. Puis j’ai participé au stage national de Talence : à l’époque, l’Usep était la commission scolaire de l’Ufolep. J’étais aussi adhérent de la Ligue de l’enseignement : pour moi, cela formait un tout. Vous avez ensuite été délégué Ufolep, puis directeur national… En 1977, je suis entré à la Fal comme délégué Ufolep, et j’ai vécu mon premier congrès l’année suivante... Je suis ensuite devenu délégué Usep puis, à 30 ans, secrétaire général de la fédération, avant d’intégrer le secrétariat national de la Ligue, à plein temps à partir de 1998. J’avais déjà en filigrane la mission d’opérer un rapprochement avec le secteur sportif, qui était alors l’Ufolep-Usep, même si dans la réalité du terrain les fédérations étaient distinctes. Et, au bout d’un an, j’ai remplacé Gérard Letessier au poste de directeur national. Pourquoi un « rapprochement » : l’Ufolep s’était éloignée de la Ligue ?

Ma mission était de x sortir des clivages qui avaient pu naître au niveau national entre l’une et l’autre. À mes yeux, c’était avant tout des histoires d’hommes, de pouvoir, dans un cadre structurel qui avait changé dans les années 1970 et que la loi sur le sport de 1984 avait renforcé, en reconnaissant l’Ufolep comme fédération sportive à part entière (1). C’était d’ailleurs un progrès. Mais cela a entraîné des autonomies, voire des indépendances de fonctionnement dans certains départements, avec des volontés d’exister davantage au sein du monde sportif : l’affinité a alors perdu du terrain, au profit de l’aspect purement sportif. L’Ufolep venait de connaître une période de fort développement et s’est sentie en capacité de rivaliser avec les fédérations délégataires, en oubliant qu’il aurait fallu être davantage sur le terrain du social et du loisir que de la compétition sportive. Mon arrivée à la direction nationale a coïncidé avec une forte interrogation entre les tenants d’une Ufolep plus axée sur les activités, elles-mêmes gérées par toute une structure avec des commissions techniques, et ceux qui développaient une approche illustrée par les projets socio-sport développés pour répondre à des problématiques sociales, notamment dans les quartiers difficiles. Archives En Jeu

DR

« Même projet, même mouvement »

Cet éloignement n’était-il pas aussi la conséquence du dédain parfois manifesté à l’égard du secteur sportif ? Si, et l’on peut même parler de mépris, car les torts étaient partagés. C’était heureusement loin d’être vrai partout, mais dans plusieurs fédérations certains responsables, convaincus d’être des acteurs politiques et se sentant investis de changer la société, voyaient les activités sportives comme très secondaires. Du genre : ce ne sont que des types qui poussent un ballon… Ces attitudes ont renforcé cet éloignement : mépris affiché d’un côté, refus de partager un projet global de l’autre. Juin 2016

Parmi les stagiaires de Talence, années 70.

Or, à l’inverse d’un mouvement olympique qui refuse de mélanger sport et politique, la Ligue affirme que celui-ci n’est pas neutre… Non, le sport n’est pas neutre, et il convient d’affirmer notre différence. J’ai l’expérience d’un département qui a développé très tôt, dans les amicales laïques, les écoles de sport et le multisports, autant d’activités qui ne nous enferment pas dans un mimétisme avec les fédérations délégataires. Et de la cohérence du projet découlait naturellement la cohésion au sein du mouvement. Le souci d’intégrer l’Ufolep au projet de la Ligue est également plus affirmé depuis quelques années… Sans doute. Les habitudes et les mentalités mettent du temps à évoluer, et ce n’est pas encore gagné partout. En revanche, ce qui a changé, c’est le regard porté par les comités sur le « national ». Longtemps, on pouvait entendre des réflexions du genre : « À Paris, ils ne nous servent à rien… » Aujourd’hui, la bonne entente qui règne entre la Ligue et l’Ufolep au niveau national a un effet positif auprès des départements. C’est pourquoi, à l’occasion de la réforme territoriale, nous avons décidé, en conseil d’administration de la Ligue (2), que l’Ufolep et l’Usep auraient voix délibérative au sein de nos nouvelles instances régionales. Il est également précisé que l’une et l’autre doivent participer à l’écriture du projet des Ligues régionales. C’est là un signe de reconnaissance. ● Propos recueillis par Philippe Brenot (1) Idem pour l’Usep, jusqu’alors « commission scolaire » de l’Ufolep. (2) Gilles Cavé est aujourd’hui chargé d’une mission sur l’accompagnement des dynamiques régionales.

en jeu une autre idée du sport ufolep n°22

15


année l’UFOLEP lance l’

Le sport, une question de « société »…

P

hilippe Machu, en quoi l’appartenance de l’Ufolep à la Ligue de l’enseignement fonde-t-elle sa spécificité ? La spécificité de l’Ufolep vient évidemment de sa filiation directe avec la Ligue. Elle est née de l’impulsion de « Ligueurs », malgré les réticences de ceux qui voyaient dans le sport l’expression d’une force physique mal contrôlée, propice aux dérives mercantiles et aux comportements violents. On peut d’ailleurs s’interroger sur leurs représentations du sport : des empoignades où l’on s’échangeait force horions… Ils se montraient réservés à l’égard d’un phénomène social qui leur semblait peu maîtrisé et encore peu répandu à l’époque. En accord avec les principes et la vocation

DR

Président de l’Ufolep, Philippe Machu siège aussi au conseil d’administration de la Ligue de l’enseignement, où il est en charge du dossier « sport et société ».

de la Ligue de l’enseignement, l’Ufolep s’est donc attachée à rendre plus éducative une pratique longtemps réservée aux jeunes hommes et volontiers jugée « barbare » ou « vulgaire », jusqu’à vouloir en

…MAIS AUSSI D’« AFFINITÉ » En 2015 à l’AG d’Orléans, Bernard

la limite aujourd’hui se trouve dans

Criner, vice-président de la Ligue, a

la liberté ou non d’exercer des choix,

exprimé sa conception de l’Ufolep,

et donc de choisir librement son par-

fédération sportive « affinitaire ».

cours, sa vie. L’égalité : oui, après bien des luttes, on

« Affinité :

goûts,

est arrivé à l’égalité des droits. Mais

de caractère, de sentiments, entre

on voit bien qu’elle ne suffit pas pour

deux ou plusieurs personnes.” Au

garantir une égalité réelle, une “égali-

regard de cela, c’est quoi notre affi-

té des possibles” comme disait un phi-

nité ? L’affinité, ce n’est pas l’activité !

losophe et, pour nous, comment ne pas

L’affinité, ce n’est pas faire du ten-

travailler cette question forte de l’éga-

nis ou du badminton ensemble ! Car

lité d’accès des citoyens, à l’éducation,

[sinon] toutes les fédérations “délé-

à la culture, à la santé, aux sports, aux

gataires” seraient aussi des fédéra-

loisirs, etc. La fraternité, [qui] ne se

tions “affinitaires” ! Non, l’affinité ce

limite pas (…) à la solidarité [et] ne

sont les valeurs qui nous sont com-

supporte pas les discriminations de

munes, et dont nous voulons qu’elles

toute nature, ni le racisme qui n’est,

structurent la société (…).

hélas, plus latent, mais avéré !

La laïcité en premier lieu, valeur essen-

Ces valeurs, appuyées sur l’éducation

tielle qui fonde notre République,

populaire, sont hautement portées par

mais ô combien récupérée et pervertie

la Ligue de l’enseignement et l’Ufo-

en ces temps troublés. (…) La liberté,

lep ! Voilà, chers amis, l’affinité qui

qu’on croit souvent acquise, mais dont

nous rassemble ! » ●

16

Juin 2016

“Harmonie

de

en jeu une autre idée du sport ufolep n°22

faire aujourd’hui un « droit » pour tous les publics, à l’heure où l’on met en avant les bienfaits de la pratique physique et sportive en matière de santé et de lien social. Justement, comment cette spécificité s’incarne-t-elle aujourd’hui ? Aujourd’hui, l’engouement pour le sport déborde très largement du cadre fédéral et, au-delà de millions d’individus, réunit les acteurs économiques, institutionnels, les collectivités locales, les organismes sociaux, etc. Mais comment utiliser cet intérêt en mettant la pratique sportive au service de la société ? C’est la question qui guide l’Ufolep, davantage que d’autres fédérations, en vertu de son appartenance à la Ligue. Car, pour nous, le sport s’inscrit dans un projet de société. Et plus concrètement ? L’Ufolep envisage le sport sous un angle plus général et avec une certaine distance, comme un moyen et non une fin. Par notre ancrage dans la société, nous percevons sans doute mieux que d’autres les attentes du public. Surtout, à la différence des fédérations délégataires, nous n’avons ni l’ambition ni la mission de gérer des compétitions de haut niveau. Nous ne sommes pas corsetés par des exigences de résultat sur la scène internationale ou la fabrique de champions. Libérés de ces contraintes, nous pouvons mettre toutes nos compétences en matière d’organisation des pratiques physiques et sportives au service des populations, et en particulier celles qui en sont le plus éloignées. ● Propos recueillis par Ph.B.


150 ans de sport dans la Ligue

Clubs fanions du sport laïque

I

ls arborent les patronymes de Jean Macé, Jules Ferry ou Paul Bert, souvenirs d’un temps où ce n’était pas seulement des équipes qui s’affrontaient sur les stades, mais aussi des idées. Au-delà de vieilles rivalité entre « laïcards » et «  calotins  », ces noms témoignaient également d’une conception éducative et pluraliste des activités sportives. Mais, au gré des évolutions de la société, l’idéal des débuts s’est étiolé et, motivées par la progression dans l’excellence, parfois jusqu’au plus haut niveau, ces sections sportives ont souvent pris leur indépendance. Si le nom est resté, qu’ont-elles encore de laïque aujourd’hui ? JULES FERRY AUX AUBRAIS Le Cercle Jules Ferry de Fleury-les-Aubrais – commune du Loiret fameuse pour la gare qu’Orléans refusa – est un bon exemple de compromis entre fidélité aux origines et adaptation aux réalités du temps. Quasihégémonique sur son territoire, ce club omnisports réunit 4 500 licenciés, dont 700 pour la section de gymnastique d’entretien, qui demeure affiliée à l’Ufolep. Depuis une modification des statuts opérée en 1986 pour des questions d’indemnisation, il faut d’ailleurs parler d’associations et non plus de sections. Dotées d’une comptabilité séparée, ces 18 associations indépendantes restent néanmoins affiliées à l’Union des Cercles Jules Ferry. C’est le cas du CJF Fleury Loiret Handball, qui joue les premiers rôles en D1 féminine dans la salle AlbertAuger, du nom de l’ancien président du club. Décédé en 2013 à l’âge de 91 ans, il en était membre depuis sa création en 1932 ! Symboliquement, le siège officiel du CJF est toujours sis à l’école qui l’a vu naître. « Son directeur était l’un des fondateurs et, en vertu de nos statuts, la directrice actuelle demeure vice-présidente de droit » précise Joëlle Gaucher, ancienne formatrice Ufolep d’activités physiques d’entretien (APE), qui préside « l’Union » depuis mars. Mais, au-delà de l’affiliation des APE et de la gymnastique artistique à l’Ufolep, que demeure-t-il de l’esprit laïque ? « Le club est géré par des bénévoles et les associations

sont attachées à ces trois initiales, CJF, relève Joëlle Gaucher. Et la notion de sport pour tous redevient d’actualité, quand engager des équipes et se déplacer coûte de plus en plus cher, tandis que nos subventions ont été réduites de 20% l’an passé. »

DR

Cercles Jean Macé, Jules Ferry, Paul Bert… Leur nom épouse celui des promoteurs de l’école publique (1). Mais, derrière la façade, que reste-t-il de cet héritage ?

JEAN MACÉ À INGRÉ ET BOURGES À quelques kilomètres de là, le Cercle Jean Macé d’Ingré est un autre bastion laïque, fier d’une histoire séculaire. « En novembre 1904, est-il rappelé sur son site Internet, s’ouvre à l’école de la Mairie un cours d’adultes qui regroupe rapidement une soixantaine d’élèves âgés de 13 à 27 ans. Ces cours ont lieu le soir après le travail et complètent l’instruction et l’éducation des jeunes. Une solide camaraderie y naît et, dans l’enthousiasme, est proposée la création d’un Cercle. Le 25 mars 1905, sont élaborés les premiers statuts de la société postscolaire : le Cercle Jean Macé est né. » Et de préciser : « Immédiatement, s’organisent des distractions variées : football, jeu de quilles, gymnastique, tir à la carabine, et la première séance théâtrale est présentée le 24 décembre 1905. » Mais les temps ont changé, et le Cercle s’est divisé en trois associations indépendantes : les activités culturelles (adhérentes de la Ligue du Loiret), le basket et le tennis de table. Tout en continuant d’arborer les initiales de Jean Macé, les deux dernières n’entretiennent plus aucune relation avec la Ligue ou l’Ufolep. « Hormis un barbecue annuel, l’Union qui statutairement réunit les trois entités n’a plus de réalité au quotidien » regrette Bernard Vignoles, président du CMPJM (2), qui « continue depuis 111

Les filles du CJF Fleury Handball jouent en D1

ans de défendre la laïcité au travers de ses sections culturelles et de loisirs. » Dans le département voisin du Cher, il est un club qui, pour sa part, a porté le nom de Jean Macé au firmament national et européen : le CJM Bourges Basket de Yannick Souvré puis de Céline Dumerc. Au départ, en 1967, le club réunit trois activités  : basket, escrime et tennis de table. « Il se positionne alors comme le rival du Cercle sportif de Bourges, d’obédience catholique. Puis, en 1994, le basket se sépare des autres sections et devient le CJM Bourges Basket » explique son président, Philippe Peyrot. En 2003, une société anonyme, Tango Basket, est ensuite créée afin de gérer l’équipe féminine professionnelle. « Mais cela demeure un seul et même club » insiste Philippe Peyrot. Et si plus rien ne relie celui-ci à l’Ufolep ou à la Ligue, « il reste les idées de la plupart des dirigeants, insiste le président. Beaucoup sont d’anciens enseignants et partagent toujours l’idéal laïque ». ● Ph.B. (1) Les clubs cités dans l’article n’en sont évidemment qu’un petit échantillon… (2) Cercle Municipal Postscolaire Jean Macé.

PAUL BERT, TOUJOURS ACTIF À RENNES Le Cercle Paul Bert de Rennes est l’un des meilleurs exemples de fidélité à l’idéal laïque de celui qui fut, en tant que ministre de l’Instruction publique en 1881-82, un promoteur de l’école publique tout aussi fervent que Jean Macé et Jules Ferry. Fort de 11 000 adhérents, le CPB ne réunit pas seulement près de la moitié des licenciés de l’Ufolep d’Ille-et-Vilaine autour d’une large palette d’activités à dominante loisir. Il mène également des actions à caractère social, en particulier dans les quartiers de la capitale bretonne. ●

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17


fédéral

AG élective de Port-Leucate (Aude) des 29 et 30 avril

Continuité et renouvellement La confortable réélection de Philippe Machu comme président de l’Ufolep confirme la large adhésion à un projet équilibré, entre assise associative et ambitions sociales, tandis qu’émergent de nouvelles têtes.

A

Philippe Brenot

Machu a repris les principaux points qui lors, cette AG Ufolep ? Un rapport Philippe Machu structuraient celui-ci : constat des dégâts moral et un budget qui passent liés à l’inactivité physique et des limites de comme des lettres à la poste, l’organisation actuelle du sport en France, l’accord parfait avec la Ligue de détermination à faire du sport « un droit » l’enseignement, et – comme dans la chanet souci de proposer, au nom de l’Ufolep, son – toujours le même président. Philippe des réponses adaptées à tous les publics. Machu a en effet été aisément réélu, samedi C’est pourquoi la fédération a choisi de ren30 avril, sur proposition du nouveau comiforcer « sa légitimité éducative et sociale » té directeur, avec plus de 90% des voix. Il en se réorganisant depuis 2012 en deux secentame ainsi un cinquième mandat à la tête teurs : « sport éducation », qui s’appuie sur d’une équipe largement renouvelée (à 40%) et sensiblement rajeunie (56 ans en moyenne), en parti- le tissu associatif, et « sport et société », principalement culier parmi les femmes, qui affichent dix ans de moins porté par les comités. Le rapport moral insistait notamment sur l’indispensable que les hommes. Le vote des deux rapports moral et financier et du budget adaptation des différents échelons de la fédération à la 2016 a également pris des allures de plébiscite pour le récente réforme territoriale (lire page 23 et suivantes) et projet politique et sa mise en œuvre : tous trois ont été sur les coopérations à développer, tant entre les comités approuvés à hauteur de 98%, sans avoir guère suscité de départementaux et régionaux Ufolep qu’avec les services de la Ligue et les collectivités locales. En conclusion de questions ou de prises de parole dans la salle. son intervention, Philippe Machu a résumé cette ligne AMBITIONS SOCIALES politique : « L’Ufolep s’est toujours affirmée fidèle à ses Dans son complément oral au rapport moral – adressé un origines affinitaires et citoyennes, émancipatrices et solimois plus tôt aux comités départementaux –, Philippe daires. Elle se veut aujourd’hui porteuse de combats nouveaux pour imposer dans notre pays le droit au sport pour tous et une vision du sport qui participe à une société plus juste et plus solidaire. Je suis heureux et fier de partager avec vous une telle ambition fédérale. » Les applaudisseCollège femmes (14 élues) : Natacha MOUTON-LEVREAY (93,37%, ments invitaient à penser que la réciproque était vraie. E), Marie-Christine LABUZAN-FAVÉRIAL (91,52%, S, médecin féNOUVEAUX PROFILS déral), Laetitia ZAPPELLA (87,92%, E), Haïfa TLILI (86,91%, E), Le moment fort de cette assemblée générale de l’Ufolep Camille COLLET (84,47%, E), Danièle ROUX (84,29%, S), Isabelle fut toutefois l’élection, pour quatre ans, du nouveau JACQUET (82,89%, E) ; Catherine BERRIT-SAUVAGE (80,32%, E), comité directeur. En vertu de la quasi-parité existant aujourd’hui parmi les licencié-es de la fédération, il réuSandrine MANET (79,13%, E), Michèle ROIG (78,08%, S), Henriette nit 14 femmes et 16 hommes, le renouvellement étant MANUEL (71,43%, S), Myriam WAGNER (67,86%, E), Anne MALLUplus marqué chez les femmes (plus de la moitié de nouRET (64,48%, S), Christelle LACOSTAZ (60,22%, S). velles élues, contre un quart chez les hommes). Collège hommes (16 élus)  : Arnaud JEAN (92,62%, E), Thierry Émergent également de nouveaux profils, comme celui de deux jeunes universitaires, engagées dans des proBROYDÉ (88,20%, S), Daniel GUÉRIN (88,01%, S), Philippe MACHU jets socio-sport en lien avec le réseau Ufolep : Haïfa Tlili, (85,23%, S), Alain BOUGEARD (80,56%, S), Jean-Claude DAUPHANT enseignante à l’université Paris-Descartes et partenaire de (67,93%, S), Bruno DOUILLARD (67,10%, E), Henri QUATREFAGES l’étude menée il y a deux ans sur la pratique des jeunes (66,25%, E), Denis FABRE (66,09%, S), Germain TICHIT (65,69%, filles dans les quartiers ; et Camille Collet, qui réalise une thèse en lien avec les projets à vocation sociale dévelopS), Georges LAVY (65,45%, S), Jean-Louis BORGNI (55,66%, S), pés par le Cercle Paul Bert de Rennes. Sur le même registre Régis FOSSATI (53,93%, S), Ludovic TRÉZIERES (52,56%, S), Jeandu socio-sport, on mentionnera l’action d’un autre nouvel Claude SABLÉ (52,15%, E), Gilles COUTURE (48,76% puis 46,57% au élu : Henri Quatrefages, président du comité de l’Hérault second tour, où il restait en lice avec quatre autres candidats, E). ● et longtemps instituteur dans le quartier de La Paillade, à (E : entrant-e ; S : sortant-e) Montpellier. Des expertises qui réunissent connaissances

LES 30 NOUVEAUX ÉLUS NATIONAUX

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Philippe Brenot

Le nouveau comité directeur… moins les absents sur la photo.

universitaires et expérience de terrain et contribueront à développer le secteur « sport et société ». On peut aussi s’arrêter sur les deux candidats les mieux élus dans chaque collège, qui sont l’une et l’autre des « entrants ». Animatrice à Calais d’une association multisports, Natacha Mouton-Levreay, 42 ans, est viceprésidente chargée du développement de l’Ufolep Pas-de-Calais. Dans sa profession de foi, elle affirmait son souhait d’apporter son expérience « dans le secteur sport et société et pour les thématiques des quartiers, du sport-santé, des seniors et du développement durable ». Une expérience forgée de surcroît « sur un territoire en proie à de nombreuses difficultés sociales ». De son côté, Arnaud Jean, 45 ans, est déjà connu du réseau, pour avoir été un permanent national très entreprenant avant de rejoindre il y a quelques années les bureaux parisiens du ministère des Sports. Tout en se plaçant dans le droit fil du projet actuel de l’Ufolep, il formulait à l’appui de sa candidature des pistes aux allures de programme en matière de développement associatif, de communication, de formation ou de gouvernance partagée. « Le comité directeur national doit être un lieu de concertation, de projet et d’innovation, très largement ouvert sur le réseau de notre fédération et à des collaborations » insistait celui qui est aussi adjoint au maire d’une commune de la banlieue d’Orléans. UNITÉ On retiendra enfin de cette 69e assemblée générale de l’Ufolep l’identité de vue et de projet résolument affichée entre la Ligue de l’enseignement et son secteur sportif. C’est ce que fit Jean-Karl Deschamps, secrétaire national, en évoquant en ouverture de l’AG des histoires « fondues » et en réaffirmant : « Nous ne sommes pas dans la même maison, nous sommes la même maison. » Puis il mentionna les collaborations en matière d’accompagnement conjoint du réseau (1), de formation, de développement durable ou d’offre de séjours touristiques. Le lendemain, Nadia Bellaoui, insista sur « l’énergie

incroyable » dégagée par l’assemblée. « Vous savez où vous allez, au nom de quelle histoire, et vous vous donnez les moyens de vos ambitions. Je n’en suis pas étonnée, et heureuse de le vivre avec vous » poursuivit ensuite celle qui, au lendemain du congrès des 150 ans de la Ligue, fin juin à Strasbourg, devrait en être la nouvelle secrétaire générale. « Cette assemblée générale montre que la Ligue de l’enseignement et l’Ufolep ont un agenda commun, alors même que la nouvelle présidente de l’Usep a exprimé sa volonté de s’agréger à cette dynamique », s’est également félicité Nadia Bellaoui. CHANTIERS De l’énergie, le nouveau comité directeur ne devra pas en manquer pour s’atteler aux dossiers qui l’attendent. À ce titre, le principal défi de la mandature sera de stopper l’érosion de la base associative de l’Ufolep – une perte de 10% des effectifs entre 2012 et 2015, de 380 000 à 341 000 adhérents, a rappelé le directeur technique national Pierre Chevalier dans son complément au rapport d’activité –, voire d’inverser la tendance, tout en développant un secteur « sport et société » dont le dynamisme ne se traduit pas en nombre de licences (1). Un enjeu au cœur du séminaire organisé les 21-22-23 mai, à La Rochelle, pour favoriser la cohésion entre élus et cadres permanents, affiner le projet politique et répartir les responsabilités de chacun. ● Philippe Brenot (1) La prise en compte de ces actions, qui touchent plusieurs dizaines milliers de personnes, doit être une priorité pour inverser la courbe des licences.

PRINCIPAUX VOTES Rapport moral : 98,46% (contre 0,45%, abstentions 1,09%). Rapport financier : 98,71% (contre 0,84%, abstentions 0,45%). Budget 2016 : 97,81% (contre 0,70%, abstentions 1,49%). Tarifs statutaires 2016-2017 : 78,93% (contre 15,49%, abst. 5,58%).

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Présente à l’AG de Port-Leucate, la nouvelle présidente de l’Usep a ouvert la voie à des collaborations communes.

Philippe Brenot

Dialogue renoué avec l’Usep Véronique Moreira

À

l’issue de l’AG élective d’Arras des 16 et 17 avril, Véronique Moreira, inspectrice de l’Éducation nationale, a succédé à Jean-Michel Sautreau à la tête de l’Union sportive de l’enseignement du premier degré. Outre le sens que pouvait revêtir sa présence à Port-Leucate, accompagnée du directeur national Benoît Lasnier, son discours prononcé en ouverture des travaux a traduit un net changement de ton à l’égard de la fédération dont l’Usep est historiquement issue. DÉVELOPPEMENT CONJOINT Après avoir présenté le concept de rencontre « sportive-associative » qui sous-tend le nouveau projet de l’Usep, Véronique Moreira a souligné que celui-ci s’inscrivait « dans une mission plus globale, commune à celle de l’Ufolep, à savoir contribuer à la formation d’un enfant éduqué, émancipé, libre, prêt à prendre sa place de citoyen éclairé dans la société ». Avant d’enfoncer le clou : « Nous devons envisager entre l’Usep et l’Ufolep des collaborations naturelles et d’autant plus efficaces que nous devons, de façon respective, assurer le développement de nos fédérations. » Des collaborations sont notamment envisageables en matière de sensibilisation aux premiers secours civiques ou dans le cadre des temps d’activités périscolaires (Tap) nés de la Refondation de l’école et de la réforme des rythmes. Ceci alors même que « 80% des projets éducatifs de territoire présentent des activités sportives » a rappelé

Véronique Moreira, tout en déplorant que l’Usep y soit « peu présente ». Dans son complément au rapport d’activité, le directeur technique national de l’Ufolep, Pierre Chevalier, souligna pour sa part combien la séparation opérée entre l’Usep et l’Ufolep, à l’issue de l’assemblée générale de Romans en 2004, avait contribué à fragiliser l’Ufolep en incitant les fédérations délégataires à rompre le « pacte de non-agression » qu’elles observaient jusqu’alors avec elle, en raison de leur souhait de collaborer avec la fédération sportive scolaire de la Ligue de l’enseignement. Rappelant que le modèle de développement de l’Ufolep était basé sur la « complémentarité entre des fédérations délégataires très orientées vers le haut niveau et des fédérations affinitaires tournées vers l’accessibilité », le DTN a estimé que ce nouveau contexte ne pouvait que favoriser des projets communs avec les autres fédérations, par exemple dans la déclinaison du plan ministériel « Citoyens du sport ». ● Ph.B.

MENACES SUR LA LIBERTÉ D’ADHÉSION : ASSOCIATIONS, VOS TÉMOIGNAGES ! la question orale d’Alain Ribet, président du comité de Haute-Garonne (photo),

statuer, et une réponse nous sera peut-

Philippe Brenot

Philippe Machu a répondu en tribune à

être apportée le 27 mai lors de la réunion du collège des fédérations affinitaires,

au sujet de la défense des associations

toutes concernées. Mais ne nourrissons

en « double affiliation » lorsqu’elles « se

pas trop d’espoirs.

trouvent en conflit avec les fédérations délégataires ».

Si la réponse n’est pas concluante, il nous

Alain Ribet (Haute-Garonne).

restera alors trois pistes à explorer : favoriser la concertation locale là où elle est

« La Loi Buffet de 2000 a ouvert une brèche juridique dans

possible ; créer au sein des clubs des sections spécialisées pour

laquelle les fédérations délégataires se sont engouffrées pour

cloisonner les adhésions (ce qui est très contraignant, nous

exiger de leurs associations qu’elles affilient tous leurs adhé-

en sommes conscients) ; enfin, intenter une action auprès du

rents, y compris ceux qui, par exemple, ne pratiquent qu’en

Conseil d’État, voire auprès de la Cour européenne de justice

Ufolep. Nous avons exposé le problème auprès du ministère des

comme l’envisage la FSCF, très déterminée. Mais c’est là une

Sports et une médiation a été menée au sein du Comité natio-

démarche longue et coûteuse, dans laquelle nous ne pour-

nal olympique et sportif français. En dépit de l’étonnement

rons nous engager qu’avec votre concours : aussi, faites-nous

manifesté par un juriste devant cette contrainte contraire à la

remonter des situations précises, avec des preuves écrites,

liberté d’adhésion, les conclusions de la commission chargée

afin d’étayer un dossier conséquent si nous devions aller en

de cette médiation sont restées floues. Le CNOSF doit à présent

justice. » ●

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en jeu une autre idée du sport ufolep n°22


L’assemblée générale s’est ouverte par un hommage à Frédéric Vauthier, délégué Ufolep-Usep du Gers, brutalement décédé début avril d’une crise cardiaque, à l’âge de 45 ans. La minute de silence observée par l’assemblée associait également deux militants récemment disparus : Guy Le Mener, président du comité Ufolep du Maine-et-Loire, et Christian Séguin, vice-président du comité de l’Aube.

Le rapport financier et le projet de budget ont été présentés par le trésorier national, Daniel Guérin. Et si la taille des diapositives projetées à l’écran n’a pu lui permettre d’en commenter toutes les finesses, les chiffres sont là : le budget réalisé pour l’année 2015 s’est établi à près de 4,3 millions d’euros (4 289 427 €) et fait apparaître un bénéfice de 30 291 euros. Le budget 2016 est pour sa part en légère progression par rapport au précédent, puisqu’il s’établit à hauteur de 4,76 millions d’euros (4 762 700 €). De saines finances saluées par le commissaire aux comptes, Olivier Souillard.

Lutte antidopage L’unique vœu soumis cette année à l’assemblée générale était présenté par le comité de l’Indre et portait sur la lutte antidopage. Constatant l’absence de contrôles sur les épreuves organisées par les comités départementaux et régionaux, tout en étant « de plus en plus souvent témoins de performances

par Philippe Machu, ne finirait jamais. Membre du comité directeur depuis 1992, à 67 ans Jean-Marie Vergne ne se représentait pas. Ce n’était pas le cas de la toujours vive et pimpante Henriette Manuel, réélue à Port-Leucate, et qui émut l’assemblée en retraçant son parcours sous la forme d’une adresse à sa mère : un savant dosage d’humour et de sentiment, proposé par la cadette d’une modeste famille cognaçaise de sept enfants. L’assemblée fut sensible au tendre et piquant message d’une militante à l’autorité naturelle, formée à l’école de l’éducation surveillée et qui, la passion du vélo aidant, devint factrice, avant de rejoindre la famille Ufolep en 1983 pour y créer un club cycliste. Après cela, nul ne s’étonnera que l’un de ses fils écrive des romans…

Statuts régionaux Les principaux échanges avec la salle auront porté sur le toilettage des statuts types des comités régionaux, rendu nécessaire par la réforme territoriale. Plusieurs mandataires se sont en effet montrés particulièrement tatillons concernant les formulations rappelées en tribune par Jean-Claude Dauphant. Celles-ci avaient pourtant fait préalablement l’objet de débats et de concertations, notamment lors des réunions régionales de l’automne dernier. Finalement, les différents articles ainsi retouchés ont tous été adoptés à une large majorité.

Médailles d’honneur En dépit de l’absence de Paulette Ronsin – habituelle maîtresse de cérémonie, et à laquelle le délégué du Loir-etCher Mohamed Benthanane adressa un facétieux clin d’œil –, la remise des deux médailles d’honneur fut un moment d’émotion. Ceci notamment grâce à la douce ironie de Jean-Marie Vergne, instituteur de formation mais surtout Charentais voyageur aux multiples engagements, et dont on aurait pu croire que le CV, scrupuleusement égrené

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Ils étaient présents Philippe Brenot

Philippe Brenot

Saines finances

Philippe Brenot

Ufolep Gers

Hommage

Philippe Brenot

En bref

douteurs sur nos compétitions », il proposait d’ajouter à l’un des articles du règlement médical la mention suivante : « chaque année sera inscrite au budget une ligne consacrée à l’organisation de contrôles antidopage sur des épreuves nationales, régionales ou départementales ». Le comité directeur a donné un avis favorable à ce vœu, tout en précisant, après confirmation par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), que 95 contrôles ont été réalisés en 2015 sur les épreuves organisées par l’Ufolep, révélant deux cas positifs. De plus, l’Ufolep négociera avec l’AFLD une convention qui permettra d’élargir le nombre de contrôles et de cibler des épreuves, à raison de 300 € par contrôle supplémentaire sollicité. Le vœu proposé par le comité de l’Indre a été adopté par 96,03% des voix.

Hormis les participants précédemment cités, se sont exprimés en tribune : Marie-Hélène Fabre, députée de l’Aude (photo) ; Jean-Jacques Camel, président de la Ligue 11 ; Jean-Marc Lafon, président de l’Ufolep 11. Étaient présents durant l’AG : Hélène Grimbelle, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement, et Roger Évrard, trésorier national de la Ligue et président de l’Apac. Ont assisté à la séance de clôture : Philippe Thiébault, DTN de la FF de motocyclisme ; Mr. Paulino (FSCF, Ligue Midi-Pyrénées) ; André Farizon (FF de la Retraite sportive) ; Jackie Silvestre (Cdos 11).

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Philippe Brenot

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7

1. Une banda a salué en fanfare les nouveaux élus avant d’animer la soirée festive du samedi. 2. En tribune : Jean-Jacques Camel (Ligue 11), Philippe Machu, Jean-Karl Deschamps (Ligue de l’enseignement), Véronique Moreira (Usep), Jean-Marc Lafon (Ufolep 11). 3. Prise de parole. 4. Nadia Bellaoui, secrétaire générale adjointe de la Ligue de l’enseignement. 5. Vote électronique pour l’élection du comité directeur. 6. À l’invitation de la salle, Philippe Machu n’a pas hésité à revêtir le maillot cycliste symbolisant la collaboration avec Vacances pour tous concernant des séjours sportifs. « C’est aussi cela, l’autre idée du sport de l’Ufolep » a commenté, admiratif, Jean-Karl Deschamps, secrétaire national de la Ligue, en regrettant que sa carrure ne lui permette de réaliser lui-même pareil exploit. 7. Merci à toute l’équipe de l’Aude et à celle du centre Rives de Corbières pour leur accueil et l’organisation sans faille de cette 69e AG de l’Ufolep. Pour le congrès de l’an prochain, rendez-vous à Agen (Lot-et-Garonne).

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forum

Quels changements pour les associations Ufolep ?

Réforme territoriale : les réponses du ministère

F

*France PoretThumann est sous-directrice de l’action territoriale, du développement des pratiques sportives et de l’éthique du sport, au sein de la Direction des sports.

rance Poret-Thumann*, dans le cadre de la réforme territoriale, la compétence sport reste partagée entre les échelons local, départemental, régional et national. Mais certains vont-ils prendre le pas sur d’autres ? Pour les collectivités locales, le sport n’est effectivement une compétence obligatoire pour aucun des trois niveaux. La loi portant nouvelle organisation territoriale de la République réaffirme cette situation en indiquant que « les compétences en matière de culture, de sport, de tourisme, de promotion des langues régionales et d’éducation populaire sont partagées entre les communes, les départements, les régions et les collectivités à statut particulier ». Il a en effet été considéré qu’en raison de la diversité des interventions existantes et de la fragilité des opérateurs, le sport méritait de demeurer un des domaines de compétences partagées. La question qui se pose actuellement est donc avant tout une question de gouvernance et non de clarification des compétences entre les différents acteurs. Il y a un consensus pour que chaque niveau puisse continuer à financer des équipements sportifs et à verser des subventions de fonctionnement aux acteurs du monde sportif. Toutefois, cette situation conduit à un foisonnement des initiatives des acteurs publics locaux qui ne sont pas forcément coordonnées entre elles. Aussi, le renforcement des outils de gouvernance partagée du sport sur les territoires est nécessaire. C’est le sens de la mise en place des schémas de développement du sport dans les régions que le ministère chargé des sports a initié. L’intervention conjointe de toutes les collectivités publiques (État et collectivités) appelle en effet une démarche active visant à assurer leur prise en compte mutuelle et leur coordination afin de rationaliser l’action publique et de partager les priorités essentielles.

Archives En Jeu

Alors que l’Ufolep modifie les statuts de ses comités régionaux pour se conformer au redécoupage territorial, quelles stratégies ses associations doivent-elles mener pour exister sur le terrain ? Le ministère des Sports a répondu par écrit à nos questions.

Quelles conséquences pour les associations ?

ment des territoires afin de se doter d’une stratégie qui prenne en compte les compétences et les enjeux relatifs à chaque niveau d’organisation territoriale (la commune, l’intercommunalité, le département, la région…). Le secteur associatif doit en effet bien s’organiser localement, en développant par exemple des stratégies inter-associations. Il en retirerait un plus grand pouvoir de négociation. Les collectivités y gagneraient quant à elles des interlocuteurs plus collectifs. De manière générale, les associations souhaitent que leur projet soit considéré dans son entier. Il leur appartient pour cela de faire davantage connaître et de mieux expliquer ledit projet. De leur côté, les élus des collectivités doivent mieux prendre en compte la globalité des démarches associatives, car ils ont intérêt à impliquer les associations dans les projets de territoire. Les associations sportives locales bénéficient pour l’essentiel des aides du secteur communal (communes, groupements de communes à fiscalité propre et syndicats intercommunaux) qui assume la majeure partie des dépenses publiques en faveur du sport. En 2012, cette contribution a atteint 10,8 milliards d’euros, soit près de Quels risques et quelles opportunités la réforme 30% de la dépense sportive nationale. ouvre-t-elle aux associations sportives locales  ? Le développement de l’intercommunalité est effectiComment exister dans un environnement où l’inter- vement porteur de changements culturels et organisacommunalité tend à supplanter la commune comme tionnels, dont les associations doivent tenir compte. L’intercommunalité favorise des systèmes sportifs locaux organe de décision ? Dans un contexte de réforme territoriale, les associations contrastés, qui s’appuient sur différentes formes de doivent bien comprendre l’organisation et le fonctionne- proximité, sur des logiques identitaires à ancrage terriJuin 2016

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En Jeu

Ufolep Playa Tour, été 2015.

torial ou sur le développement du partage des savoirs, sur l’accroissement de l’offre et des pratiques de qualité. La capacité qu’auront les associations à bien s’organiser localement et à développer des stratégies collaboratives paraît donc essentielle. Le département voit ses compétences renforcées en matière sociale. Or l’Ufolep développe depuis plusieurs années son secteur « sport et société » : cela peut-il être une opportunité pour les comités Ufolep de solliciter un accompagnement des projets ciblant les publics éloignés de la pratique ? Les départements interviennent prioritairement pour favoriser la pratique du sport de masse et fournir des aides à l’investissement, notamment pour les équipements sportifs municipaux. Le renfort de leurs compétences en matière sociale peut effectivement être une opportunité à saisir pour demander le soutien de projets en faveur de la réduction des inégalités d’accès à la pratique sportive. La réforme risque-t-elle d’avoir pour conséquence une diminution des aides de l’État et des collectivités territoriales envers les associations sportives ? Comme indiqué précédemment lors de l’évocation des schémas de développement du sport en région, il est nécessaire que ces acteurs publics coordonnent leurs actions. Il s’agit, à l’échelle d’un territoire, de disposer d’une vue prospective des besoins de la population concernée afin d’améliorer l’équilibre entre l’offre de pratiques et la demande, de renforcer les solidarités entre les acteurs, d’optimiser les aides de chacun par une priorisation des interventions. L’enjeu sera particulièrement de faire ressortir les territoires les plus carencés et les publics les plus éloignés, qui nécessitent une prise en compte renforcée. La réforme territoriale n’a donc pas pour conséquence directe une diminution des aides publiques aux associations, mais doit être l’occasion de mieux les coordonner et de les recentrer sur les publics et territoires prioritaires.

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Et pour les aides à l’emploi dont bénéficiaient les comités régionaux qui sont invités à fusionner ? La professionnalisation du mouvement sportif est une priorité forte de l’État, et ce depuis plusieurs années. Elle s’est notamment traduite par une augmentation sensible du nombre d’emplois soutenus par les crédits du Centre national de développement du sport (CNDS). L’effort est poursuivi en 2016, notamment pour l’aide à l’emploi d’éducateurs sportifs intervenant dans les quartiers prioritaires de la politique de la Ville (QPV), afin d’en diversifier l’offre sportive et de structurer les associations les plus fragiles impliquées dans ces territoires prioritaires. La fusion des comités régionaux n’entrainera pas automatiquement la diminution des aides à l’emploi. Comme le ministre et le secrétaire d’État chargés des sports l’ont indiqué dans une lettre adressée à l’ensemble des présidents de fédération, les délégués territoriaux du CNDS pourront continuer à allouer des subventions aux comités départementaux et régionaux actuels, dans le respect des orientations annuelles du CNDS, et ce jusqu’à fin décembre 2017. À compter du 1er janvier 2018, ils ne pourront le faire qu’au profit des instances déconcentrées des fédérations qui auront conduit à leur terme leur réorganisation territoriale. Aussi, les nouveaux comités régionaux bénéficieront des aides du CNDS, dont celles à l’emploi, dès la suppression des comités actuels. Les comités régionaux Ufolep préparent actuellement leur prochain projet de territoire : à quoi doivent-ils se montrer particulièrement vigilants ? Comme indiqué précédemment, les comités régionaux doivent identifier deux enjeux majeurs : le premier est de mener un diagnostic approfondi permettant d’identifier les territoires les plus carencés et les publics les plus éloignés afin de leur proposer une offre de pratique qui soit adaptée à leurs besoins. Pour mener à bien cet objectif, le deuxième enjeu est de renforcer la coordination des associations intervenant pour ces publics et ces territoires prioritaires. ●


Pour les régions, mais aussi les départements

La réforme, notre démarche

C

omme toute fédération sportive agréée par l’État, l’Ufolep est dans l’obligation d’appliquer la réforme territoriale. Mais, plutôt que de la subir, nous y avons vu l’occasion de revoir nos fonctionnements et d’envisager des évolutions structurelles. En outre, le fait de conserver le département comme échelon de proximité fort est de nature à nous rassurer. Notre fédération est en effet structurée à partir de ses comités départementaux, qu’il s’agisse de l’affiliation des associations, de l’adhésion des licenciés ou des mandats pour les assemblées générales. C’est également au niveau départemental que notre fédération s’est professionnalisée. Hors personnel administratif, nous comptons un peu plus de 300 professionnels, délégués ou directeurs départementaux et agents de développement. FUSION-ADHÉSION OU RAPPROCHEMENT En fonction de la situation de nos anciens comités régionaux sur le plan des finances, des ressources humaines et des conventions existantes avec l’État et les collectivités territoriales, il est proposé soit un scénario de fusion-adhésion, soit un traité de rapprochement. L’idée est de s’adapter aux réalités de chaque territoire. Cette approche sera aussi de mise pour l’élaboration du projet territorial, ce qui se justifie pleinement au regard de la diversité des situations.

UNE OPPORTUNITÉ À SAISIR Pour dialoguer avec les responsables de terrain et les décideurs institutionnels et apporter les réponses les plus adaptées aux besoins des publics, le projet territorial est un outil indispensable. Depuis des années, l’Ufolep invite aux coopérations inter-associatives. Elle oriente ses missions vers les territoires « carencés » et les publics les plus éloignés de la pratique sportive, tout en encourageant l’emploi associatif. Et en accélérant aujourd’hui l’adaptation de son orga-

En Jeu

L’Ufolep profite de la réforme pour réorganiser son action sur les territoires, en se fixant la rentrée 2016 pour échéance.

Réunion régionale, Poitiers, automne 2015.

Concernant le calendrier, nous nous sommes donné l’objectif ambitieux d’installer ces comités régionaux au territoire élargi – sauf exceptions – pour la rentrée sportive 2016. Pourquoi si vite ? Pour que cela coïncide avec notre plan national de développement quadriennal (20162020), dont la déclinaison régionale sera ainsi confiée à des équipes tout juste renouvelées. Parallèlement, nous avons aussi engagé auprès de nos comités une démarche de mutualisation et de contractualisation. Elle repose sur le constat suivant : l’échelon départemental ne peut se suffire à lui-même pour mettre en œuvre le projet national de développement. Concrètement, les départements qui ne travaillent pas encore ensemble doivent mutualiser leurs ressources afin de « démultiplier » l’impact de leurs actions sur des thématiques communes, la santé par exemple. C’est le cas en Centre-Val-de-Loire, où il existe un projet régional fort, partagé avec chacun des comités départementaux concernés. Pour résumer : on ne peut plus faire seul dans son coin. En outre, et même si ce n’est encore aujourd’hui qu’un projet, nous souhaitons aussi développer à un niveau « infra-départemental » – et tout particulièrement auprès des territoires ruraux – des projets globaux regroupant les différents secteurs de la Ligue de l’enseignement : sport, éducation, culture, vacances... ● Pierre Chevalier et Marina Chaumond, DTN et CTN de l’Ufolep

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nisation aux nouvelles régions, dès septembre

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prochain notre fédération sera prête à accompa-

Mon adresse postale :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

gner les politiques sportives territoriales. L’Ufolep doit donc saisir dès à présent l’opportunité offerte par la réforme territoriale. ● Philippe Machu, président de l’Ufolep

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Mon adresse e-mail (pour recevoir également gratuitement la version numérique de En Jeu) : .................................................................................................

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réseau

Ufolep Rhône-Alpes

L’Électr’Enduro booste l’e-VTT

D

édiée au VTT à assistance électrique, l’association Ufolep Boostrider organisait les 28 et 29 mai à Chapanost, près de Lyon, la deuxième édition de son Électr’Enduro (1). Après avoir réuni l’an passé une centaine de participants – et trois fois plus de spectateurs –, Boostrider a revu ses ambitions à la hausse et mis sur pied, avec l’appui de l’Ufolep RhôneAlpes, un événement sur deux jours, accessible à tous dès 16 ans.

L’épreuve permet de promouvoir le VTT électrique.

TOUS PUBLICS

Contact : pbrenot.laligue @ufolep-usep.fr Tél. 01 43 58 97 61

Élect’Enduro

Pionnière de l’e-VTT, l’association Boostrider organisait fin mai le 2e Électr’Enduro. Avec l’appui du comité Rhône-Alpes.

Samedi 28, l’ÉlectroBoost proposait de parcourir une boucle de 4 km le plus grand nombre de fois en l’espace de 2 h 16. « Tout l’intérêt réside dans la gestion conjointe de sa batterie et de son effort physique », souligne Cédric Godderidge, conseiller technique régional de l’Ufolep. Puis, dimanche 29, l’Électr’Enduro proprement dit consistait à réaliser le meilleur chrono sur deux boucles de 24 km. Parallèlement, une E-rando non compétitive invitait à découvrir le parcours 100% nature de la course, sans restriction d’accès. Un « village de la mobilité durable » accueillait également le public : essai de vélos à assistance électrique (VAE), sensibilisation aux transports doux, recharge de batterie sur des bornes solaires, exposition « sport et développement durable »… Si, avec sa vingtaine de licenciés, Boostrider est l’unique association exclusivement dédiée à l’e-VTT, l’intérêt des cyclistes et vététistes traditionnels est grandissant. « De plus en plus, nos clubs se positionnent sur le vélo à assistance électrique », assure Gaylord Sarazin, responsable des affiliations à l’Ufolep du Rhône. Le comité y voit également un moyen de rendre la pratique cycliste accessible au plus grand nombre. De son côté, le comité régional s’y intéresse tout particulièrement dans le cadre de son projet seniors. En outre, « cette pratique est compatible avec

les valeurs d’éco-responsabilité que nous défendons depuis plusieurs années », souligne Nils Ainas, chargé de mission. Plusieurs opérations de promotion de l’e-VTT sont ainsi menées au niveau régional, parallèlement au soutien apporté à l’Électr’Enduro : balisage de parcours sur les événements de pleine nature, secoureurs en e-VTT, participation à des salons ou initiation à l’activité lors des rassemblements Ufolep... « J’ai essayé le VTT électrique fin mars à l’occasion du rassemblement des organisateurs de l’Éco-Tour, et j’ai vraiment été surpris d’y prendre autant de plaisir. Il me semble intéressant de l’intégrer dans nos épreuves cyclistes traditionnelles, comme la Ligérienne », confie ainsi le délégué Ufolep de la Loire, Jean-Pierre Moreno. Reste toutefois à surmonter l’obstacle du coût de l’engin (à partir de 900 €) et à améliorer la question des batteries et de leur rechargement, au regard des aspects environnementaux. Mais le comité Rhône-Alpes y travaille, bien décidé à ne pas manquer le virage de l’e-VTT. ● Bruno Aguiar Valadão, chargé de mission développement durable (1) Voir En Jeu Ufolep n°15, février 2015. L’Avem (Association pour l’Avenir du Véhicule Electro-Mobile) est partenaire de l’événement. Pour plus d’infos : http://www.boostrider.com/electrenduro

UN ENJEU POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE L’Électr’Enduro s’inscrit dans le cadre de l’Éco-Tour 2016. Ce

est l’une des priorités de l’Ufolep Rhône-Alpes. En effet, dans

projet, porté par le comité régional Ufolep, regroupe sous ce la-

un événement sportif, le transport est le poste le plus concer-

bel des événements éco-responsables sur tout le territoire rhô-

né par l’émission de gaz à effet de serre (GES). Malgré les

nalpin. Les organisateurs qui en sont membres se réunissent

efforts déjà réalisés par les organisateurs, les déplacements

pour échanger sur les difficultés rencontrées en matière d’éco-

des sportifs, notamment les pratiquants de sports de pleine

conception et y apporter des solutions. Tous les bénévoles de

nature (avec souvent un accès aux espaces de pratique plus

l’association s’engagent également à agir en faveur de l’envi-

difficile) peuvent être optimisés. Or cela peut passer par le

ronnement, ainsi que les participants, sensibilisés dès l’ins-

recours au VAE.

cription à l’éco-responsabilité.

Au-delà, la popularisation du VAE et l’utilisation de ce dernier

Le développement du vélo à assistance électrique (VAE) et,

comme mode de transport quotidien est aussi une cause défen-

plus largement, la promotion des modes de mobilité douce,

due par l’Ufolep. ● BAV

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Parkour Reporter

Instantanés

LA FAMILLE DU PARKOUR RÉUNIE À ROUBAIX C’est à Roubaix (Nord) que la FPK, la fédération de par-

Parmi les nouveautés de cette édition nordiste figuraient

kour, organisait les 23 et 24 avril son rassemblement

des tables rondes sur les méthodes d’entraînement, le tra-

national. Chaque année, les traceurs – comme se sont

vail avec les publics spécifiques ou encore l’institutionna-

baptisés les adeptes de cette pratique de déplacement et

lisation de la pratique, ce dernier débat étant co-animé

d’escalade urbaine – se retrouvent pour partager leurs tech-

par le délégué Ufolep du Nord, Thibaut Dourlen. Étaient

niques et s’entraîner ensemble. Cette fois, c’est l’associa-

également proposés des ateliers et des workshops avec les

tion Parkour 59, affiliée à l’Ufolep, qui accueillait l’évé-

grands noms français de la discipline, et une rencontre avec

nement. Près de 700 pratiquants de France et d’Europe

des adeptes du freerunnig. Le grand public était lui aussi

se sont ainsi retrouvés au parc des sports de Roubaix et

convié à l’événement, notamment à travers des initiations

dans son vélodrome couvert, « le stab ». Tous ont pu s’exer-

pour les plus jeunes. ●

cer sur les équipements de l’association et sur une étonnante structure venue d’Allemagne, mais aussi – malgré le temps pluvieux – sur des « spots » à Roubaix et à Lille.

Fabrice Audebrand, vice-président de Parkour 59

Retrouvez l’événement sur facebook : parkour59 – UM team, ou sur Internet : www.parkour59.com

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)

histoires

Morceaux choisis M ichel P astoureau

Tour de l’Ouest

J

DR

e n’ai assisté au passage du Tour les lisais avec délectation. Ce sont ces de France qu’assez tard, vers l’âge classements interminables, imprimés de 20 ans, à la fin des années sur le papier médiocre d’un quotidien 1960. C’était dans le nord de la régional, qui m’ont donné de bonne Mayenne, au plus profond de la France heure le goût des listes et des strucprofonde, parmi une des plus belles tures de liste, un goût qui ne m’a plus campagnes qui puissent se voir. Je n’en quitté. garde cependant pas un souvenir très ému ni très distinct, juste une impresLes plus anciens résultats dont je me sion de palette confuse et de cacophonie souvienne datent de 1957 : les malices pénible : les coureurs sont passés devant du sport et de l’anthroponymie Les couleurs ont un peu passé… moi à une vitesse folle – impossible de avaient fait que cette année-là, penreconnaître un maillot ni d’identifier qui dant quelques jours, les deux coureurs que ce soit – et le tapage racoleur de la placés en tête du classement général caravane publicitaire était à la limite du s’appelaient Bihouée et Bihannic, supportable. L’attente avait été longue deux noms bien bretons aux consoet le plaisir fut absent. Une partie des rêves cyclistes de mon nances inoubliables. J’ai du reste vu ces deux coureurs enfance s’est éteinte au bord de cette route de campagne, sur leur vélo l’année suivante, à Lamballe, lors d’un critéla départementale 121. rium d’après-Tour (de l’Ouest) : Édouard Bihouée portait un maillot vert et blanc et Arthur Bihannic, un maillot Je me souviens en revanche de manière plus agréable rouge et blanc. du regretté Tour de l’Ouest, une épreuve d’arrière-saison qui traversait la Bretagne, la Vendée, le Maine et la Ma mémoire des compétitions cyclistes en cette fin des Normandie occidentale et qui fut supprimée en 1960. Elle années 1950 s’est construite autour des palmarès et des n’était pas réservée aux professionnels de premier plan ; maillots. Ces derniers affichaient des couleurs franches et les amateurs et les semi-professionnels, coureurs souvent étaient presque vierges de toute publicité : seul le nom de plus entreprenants et plus téméraires que ceux qui parti- l’équipe – souvent ceux des principaux sponsors réunis cipaient au Tour de France, pouvaient y prendre part. Les par un trait d’union – y figurait, relativement discret. Les échappées étaient nombreuses, et chaque étape connais- maillots étaient facilement reconnaissables et avaient, sait plusieurs retournements de situation. notamment auprès des enfants, des vertus classificatoires que les maillots actuels, confus, bariolés, souillés d’insLe journal Ouest-France en donnait un récit détaillé le criptions publicitaires, ne possèdent plus. Comment les Les couleurs de sportifs professionnels acceptent-ils de s’humilier de la nos souvenirs, Points lendemain et publiait de manière exhaustive les diffésorte, de se déguiser en histrions polychromes, de servir Histoire, 2015, 8,80 €. rents classements. Âgé d’une dizaine d’années à peine, je de supports vivants pour glorifier marques et produits ? Quelle image ont-ils d’eux-mêmes ? L’appât du gain tuet-il toute dignité ? De fait, en France, certains parmi les mieux payés gagnent en un an ce qu’un smicard gagne en Né en 1947 à Paris, Michel Pastoureau est l’auteur d’une thèse sur un millénaire ! Où sont passées les sobres tenues d’autrele bestiaire héraldique qui l’a mené à la chaire d’histoire de la symfois, lorsque le sport était encore le sport et que la prébolique médiévale de l’École pratique des hautes études. Auteur de sence de la couleur sur les maillots remplissait un triple rôle : déictique (qui est qui ?), esthétique, magique ? nombreux ouvrages, il est toutefois surtout connu comme histo-

LES COULEURS DU SOUVENIR

rien des couleurs depuis ses essais sur le Bleu, le Noir ou le Vert (Seuil, 2000, 2008, 2013). Dans Les Couleurs de nos souvenirs (prix Médicis essais 2010), celles-ci sont vues au prisme d’un essai autobiographique ordonné en chapitres consacrés aux vêtements, à la vie quotidienne, aux mots ou aux arts et lettres. Intitulé « Sur les terrains de sport », l’un d’eux met également en scène son expérience de goal de football scolaire, l’achat avorté d’un vélo ou bien encore l’émotion suscitée par les maillots des coureurs cyclistes du défunt Tour de l’Ouest. ● Ph.B.

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La plupart de ces maillots étaient alors bicolores, associant le blanc et une couleur de base (rouge, bleu, vert, jaune). L’orange et le violet étaient rares, et plus rares encore le rose, le gris et le brun. Quelques maillots étaient monochromes, mais le cuissard noir ou le short blanc donnaient à l’ensemble de la tenue la bichromie propre à toute panoplie emblématique. Heureuse époque où les maillots de quatre ou cinq couleurs n’existaient pas, et où les tissus synthétiques qui aujourd’hui font abominablement briller toutes les couleurs vives n’avaient pas encore fait leur apparition. Tout était mat, franc, uni, presque héraldique. ● © Seuil / Points


je me souviens... Daniel Rondeau

) DR

L

Journaliste, écrivain puis diplomate, Daniel Rondeau, 68 ans, est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages. Le dernier, Boxing-Club (Grasset, 134 p., 14 c), narre sa rencontre tardive avec le noble art, dans une petite salle d’Épernay. Extrait des premières pages.

a passion de la boxe m’a frappé sur le tard et sans avertissement. Voilà bien un sport auquel je n’avais jamais pensé. Enfant, j’avais tâté de tout, un peu. Brûler l’énergie vitale était une façon de m’accorder au rythme de l’univers, de mettre les pulsations de mon cœur au diapason des vibrations sismiques de la planète. Pendant les vacances, dans le village de mes grands-parents, à peine tombé de mon lit, je prenais mes jambes à mon cou et partais au petit trot par des chemins matutins. Sentir la terre sous mes pieds, dériver entre les vignes ensoleillées, retrouver la plaine et ses halliers, fouler la lumière des blés : j’appartenais au paysage et à l’été. Plénitude ! À cette époque, la télévision commençait à livrer à domicile les images du Tour de France. Chaque aprèsmidi de retransmission était un moment de communion avec mon père. Le lendemain, je sautais sur mon vélo et je m’imposais des épreuves (des pentes bien modestes) en pensant aux héros des Alpes et des Pyrénées. Le jour où Châlons fut ville étape du Tour de Champagne, j’attendais les coureurs le matin dans le hall de leur hôtel. Tout au long de l’année scolaire, je fréquentais avec une certaine assiduité la cendrée d’un petit stade et dès le mois de mai, en sortant des cours, j’allais nager dans les

eaux vertes de la Marne. Sports de garçon pauvre qui ne sait pas qu’il est pauvre mais a compris que les vraies richesses ne s’achètent pas. Mes parents m’avaient offert pour mon anniversaire une paire de chaussures à pointes, rouges avec des bandes blanches. Les chaussures que mon père, qui soutenait financièrement ses parents, n’avait jamais pu s’offrir quand il pratiquait l’athlétisme à l’École normale d’instituteurs. Une chute d’échelle a brisé ma foulée. Je me suis retrouvé cloué pour longtemps sur une planche en bois glissée sous mon matelas, avec le sentiment que la vie se dérobait, mais l’affection souriante de mes parents et la compagnie des livres m’ont aidé à garder un moral de fakir. Mes chaussures quasi neuves, désormais inutiles, sont restées dans leur boîte en carton d’origine, bien graissées et emballées dans du papier de soie. Je les ai retrouvées au fond d’un placard à la mort de mon père, les pointes un peu rouillées, malgré la graisse. J’ai repris le sport à l’âge où les autres décrochent. Jogging, tennis, squash. Sans jamais être bon en rien, c’était trop tard. Puis la boxe, à 56 ans. « Dommage que je ne t’aie pas rencontré plus tôt, m’a dit Jérôme, mon coach, j’aurais fait quelque chose de toi. » ● © Grasset

l’image

Bruno Aveillan

ROLAND-GARROS, par Bruno Aveillan (La Martinière)

Roland-Garros, Bruno Aveillan, préface de Nicolas Rey, 150 photos couleur et noir et blanc, La Martinière, 144 pages, 39 €.

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Entre deux échanges, le ballet des ramasseurs de balles de Roland-Garros est un spectacle en lui-même. Pleinement investis de leur rôle, ils cachent derrière la sobriété de leurs gestes l’exaltation intérieure qu’ils ressentent à fouler le même ocre que leurs idoles, et à cérémonieusement leur offrir d’un rebond calculé la balle jaune qui les renvoie aussitôt au rang de spectateur. Le seul instant où ils peuvent libérer ce trop plein d’émotions est lorsqu’ils brisent les lignes à toutes jambes pour se replacer au fond du court ou au plus près du filet, un genou à terre comme le sprinter dans ses starting blocks ou le vassal devant son seigneur. Avant de jaillir à nouveau pour effacer d’une course brève un service manqué. C’est cela que raconte « L’envol », l’une des photos les plus rêveuses de l’album composé par Bruno Aveillan. Lequel se caractérise par le sens du détail et des couleurs froides, métalliques, qui pourront surprendre ceux qui voient plutôt le stade de la porte de Saint-Cloud comme une palpitante fournaise. ● Ph.B.

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repères

FOOTBALL PROGRÈS

L’Euro 2016 s’accompagne d’une floraison d’ouvrages sur le football. Petite sélection critique.

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Dans les années 1970, l’esprit contestataire de Mai 68 trouva à s’exprimer dans le sport français sous la bannière du Mouvement Football Progrès. Principalement implanté en Bretagne, celui-ci s’incarnait dans le jeu offensif du Stade Lamballais, inspiré du « football total » de l’Ajax d’Amsterdam et orchestré par le regretté Jean-Claude Trotel, dont on apprend au détour d’une page qu’il fut un temps éducateur sportif à l’Ufolep… On relève d’ailleurs ici où là les connections établies avec des comités Ufolep et des amicales laïques, auprès desquelles le mouvement trouva parfois un appui face à l’hégémonie de la très conservatrice Fédération française de football. On s’en étonnera d’autant moins que, dans la plateforme d’action élaborée en février 1974, il est à la fois question de « lutter contre la conception conformiste du football caractérisée par la commercialisation croissante [et] par la recherche du résultat par tous les moyens dans les compétitions » et « d’élaborer et répandre une conception du football qui respecte la dignité du joueur, sa liberté d’expression, son plaisir de jouer, l’épanouissement de sa personnalité ». Une « autre idée du football », prolongée un

LE FOOTBALL DES NATIONS Loin de constituer « l’élément cristallisateur exclusif et permanent des fiertés nationales », les sélections sont le produit de « constructions historiques fort différentes » affirme cet ouvrage universitaire, qui en présente onze à l’appui de sa thèse, européennes (France, Allemagne, Belgique…) ou sud-américaines (Argentine, Brésil). Avec, en guise de conclusion, le regard de William Gasparini sur « Le football dans la construction européenne ». Celui-ci y note que le Championnat d’Europe des nations et la Ligue des Champions (jouée par des équipes de club « multinationales ») incarnent deux aspects de la construction européenne : « une Europe d’États membres défendant leur autonomie et une Europe du marché “libre et non faussé” promouvant la circulation des travailleurs, des capitaux, des biens et des services ». ● Le Football des nations, des terrains de jeu aux communautés imaginées, sous la direction de Fabien Archambault, Stéphane Beaud et William Gasparini, Publications de la Sorbonne, 266 pages, 18 €. À l’occasion de cette parution, l’Université de Strasbourg organise un colloque sur « Ce que l’Euro 2016 nous dit de l’Europe », vendredi 10 juin de 9 h à 17 h. Par ailleurs, Stéphane Beaud animera une conférence au Musée national de l’immigration, à Paris, mardi 7 juin à 18h30.

temps par le magazine Le Contre Pied, et ici contée par un membre et un sympathisant du mouvement. Ph.B. Le Mouvement Football Progrès et la revue Le Contre Pied, un combat des footballeurs amateurs, 1970-1980, Loïc Bervas et Bernard Gourmelen, L’Harmattan, 158 pages, 18,50 €.

À LA FRANÇAISE

Existe-t-il un style français, incarné par le jeu des Bleus, de Kopa à Zidane en passant par Platini ? Et comment s’estil façonné, au fil de quels débats tactiques, mais aussi de quelles joutes idéologiques ? Dû à la plume de Thibaud Leplat, membre de la rédaction de So Foot, cet essai intéressera avant tout les amateurs éclairés. La mise en perspective historique

en jeu une autre idée du sport ufolep n°22

– l’appel aux entraîneurs britanniques pour poser les bases dans les années 1930 – est passionnante, et l’ouvrage prend parfois le ton d’un traité de philosophie nourri des citations des grands penseurs en survêtement que furent Albert Batteux, Jean-Claude Suaudeau ou Michel Hidalgo. Car dans ce Football à la française, on joue moins avec ses pieds qu’avec sa tête. Pour preuve, cette pénétrante relecture de La Peste, de Camus, où un dialogue sur le rôle de demi-centre résume une façon d’être au monde. Football à la française, Thibaud Leplat, Solar, 436 pages, 18,90 €.

SMART STADIUM « Au cours d’un match de l’équipe du PSV Eindhoven (Pays-Bas), ses supporteurs brandissaient une banderole sur laquelle on pouvait lire : “Fuck Wi-Fi, support the team”. » Marc Perelman part de cette anecdote pour développer une réflexion sur la numérisation des stades observée

aujourd’hui. Qu’on ne se méprenne pas : ce franc-tireur de la Théorie critique du sport ne montre aucune sympathie pour les supporters ultras, inquiets que s’attiédisse encore l’atmosphère des stades ou de se voir cernés par des spectateurs rivés à leur tablette ou leur smartphone pour revoir une action ou s’enquérir d’autres résultats, jusqu’à perdre le fil de la partie. Non, ce qu’il s’emploie à démontrer, c’est que le caractère « asservissant » du sport de compétition se voit « décuplé par la numérisation du lieu même de sa pratique », achevant ainsi de « pulvériser » la conscience des individus. Smart stadium, le stade numérique du spectacle sportif, Marc Perelman, L’Échappée, 92 pages, 9 €.


Ufolep 22 juin 2016 hd  

EN JEU, UNE AUTRE IDEE DU SPORT, mensuel de l'Ufolep (n°22, juin 2016) /////////////////////////////// DOSSIER : Une histoire du sport à la...

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