Issuu on Google+

38

PDF certifié selon le profil Quebecor_CMJN_v6r4 _00AD6_WDI003_P038P040_TELETRAVAIL.indd 38

15/04/13 16:47

© Berti Hanna/REA

D’ANGERS, INITIÉ PAR L’ASSOCIATION MAINE LABS.

© xxxx

L’ESPACE DE COWORKING DE LA MAISON DES PROJETS


REPAIRES POUR BOHÈME-WORKERS Dominique Pialot

© Berti Hanna/REA

© xxxx

— COWORKING, TÉLÉTRAVAIL, TIERS-LIEUX… TOUTES SORTES D’ESPACES VOIENT LE JOUR À PARIS ET EN PROVINCE, EN VILLE ET EN ZONE RURALE. ILS REFLÈTENT ET PARFOIS ANTICIPENT LES FAÇONS DONT NOUS TRAVAILLERONS DEMAIN. —

Les premières expériences françaises modes de consommation, voire de vie, et travailler dans des lieux distants de leur s’inspirent de l’exemple californien, et montent des projets durables. » entreprise. Rien d’étonnant si l’on songe plus précisément de la Silicon Valley. Tout en conservant l’esprit collaboratif, au temps perdu, à la fatigue et au stress La Cantine, ouverte en 2008 dans le le principe du coworking peut prendre causés par les déplacements pendulaires, IIe arrondissement parisien sous l’égide de une forme plus généraliste en regroupant qui représentent en moyenne deux heures l’association Silicon Sentier (dédiée aux plusieurs types d’activités, à l’instar de la par jour en Île-de-France. Pas moins start-up de la nouvelle économie) et de la Mutinerie dans le XIXe arrondissement de 12 000 salariés de la région seraient Région Île-de-France, est le premier espace parisien. potentiellement concernés. Et le mouvement ne se limite pas à de coworking répertorié en France. Fondé Côté entreprises, elles sont 16 % à se l’agglomération parisienne, même si c’est comme il se doit sur la mutualisation déclarer prêtes à louer des bureaux en là qu’il reste dominant, avec une trentaine télécentres immédiatement. Elles aussi de l’espace, des équipements, des de lieux répertoriés dans le « Tour de compétences et un esprit collaboratif profiteraient d’économies considérables, France du télétravail », publié en mars propre à ce secteur d’activité. Depuis, la notamment en termes d’immobilier dernier par LBMG Worklabs. Certes, on le et d’énergie. En Île-de-France, le taux Cantine a essaimé dans d’autres villes, et trouve surtout au cœur de grandes villes, une centaine de « tiers-lieux » – un motd’occupation des bureaux n’est que de comme la Cordée à Lyon, mais aussi dans valise désignant toutes sortes d’espaces de 65 %, et la consommation d’énergie l’Orne ou le Maine-et-Loire. En plus des travail situés en dehors des sièges sociaux annuelle s’élève à 2,5 kWh par salarié. indépendants, qui constituent l’essentiel d’entreprises – ont ouvert en France. À comparer avec un taux d’occupation des locataires en zones urbaines, ces tiers« L’explosion des usages nomades de 95 % en télécentres, qui ramène la lieux accueillent aussi quelques salariés des nouvelles technologies, mais aussi consommation à 0,3 kWh par poste. d’entreprises en télétravail. de nouvelles formes de travail, plus La collectivité y gagnerait également : collaboratives et plus un salarié éloigné de 25 km autonomes, soutient le de son entreprise qui développement de ces lieux », travaillerait à proximité de 16 % DES ENTREPRISES SE DÉCLARENT observe Nathanaël Mathieu, son domicile deux jours PRÊTES À LOUER IMMÉDIATEMENT DES fondateur de LBMG Worklabs par semaine économiserait BUREAUX EN TÉLÉCENTRES. et du site Neonomade.fr, 512 litres d’essence par an, qui conseille entreprises et ce qui éviterait l’émission de territoires sur ces tiers-lieux. 2 tonnes de CO2. À multiplier par le nombre d’employés… Au fil des années, les En Seine-et-Marne, le acteurs de l’économie conseil général se montre sociale et solidaire s’y sont très volontariste dans le développement Ce créneau pourrait d’ailleurs générer regroupés, par exemple au sein de la de ces télécentres qui lui permettrait de une explosion des tiers-lieux si les Ruche (Paris, Xe), qui accueille dans son espace événementiel le comptoir réaliser d’importantes économies en grandes entreprises d’Île-de-France s’y général de nombreuses manifestations matière de transport, d’entretien des convertissaient. Selon une récente étude consacrées à ce secteur. « C’est logique, infrastructures ou de desserte de gares… menée par LBMG Worklabs pour le observe Nathanaël Mathieu, car ces Pas moins de 17 projets y sont portés compte de la Région, 89 % des personnes projets sont souvent portés par des par des associations ou des collectivités. interrogées se disent intéressées à moyen personnes qui militent pour de nouveaux Un premier espace de 1 000 m2 a ouvert ou long terme par la possibilité de WE DEMAIN INITIATIVE

PDF certifié selon le profil Quebecor_CMJN_v6r4 _00AD6_WDI003_P038P040_TELETRAVAIL.indd 39

39

15/04/13 16:47


LES ESPACES DE TRAVAIL COLLABORATIFS SONT FONDÉS SUR LA MUTUALISATION DES ESPACES, DES ÉQUIPEMENTS ET DES COMPÉTENCES.

doute ce qui rend les entreprises plutôt réticentes. « Le frein le plus important est managérial », confirme Robert Piana, adjoint au directeur financier de SNCF Transilien, à l’origine d’une expérience originale initiée à l’automne dernier. Trois appartements de chefs de gare de la ligne N (dans les gares de Rambouillet, La Verrière et Plaisir-Les Clayes) ont été transformés en onze postes de travail pour accueillir des salariés volontaires domiciliés à proximité, au maximum deux jours par semaine, charge à eux de prêter main-forte en gare en période de perturbation. Devant la satisfaction des participants – qui ont pu économiser ainsi une à deux heures par jour en temps de transport, se sont sentis plus autonomes et jugés sur leurs résultats –, mais aussi celle des personnels des gares concernées, et l’apparition d’un esprit de cohésion au sein de « communautés de lignes », l’expérience sera étendue aux 14 lignes de Transilien d’ici à la fin de l’année. Au-delà des opérateurs naturels tels qu’Orange ou Regus, ces pratiques émergentes intéressent d’autres industriels. Ainsi, Bouygues Immobilier travaille sur une offre commerciale proposant à la fois des tiers-lieux à part entière et des espaces au sein des sièges d’entreprises. Si les économies de charges et d’énergie se chiffrent aisément, il est plus complexe de quantifier le gain en termes de bien-être des salariés et donc de productivité. Surtout, ce n’est plus le

seul directeur immobilier ou des achats qu’il faut convaincre, mais la DRH, voire la direction générale. Manière de prouver que cela fonctionne, Bouygues met en œuvre ces solutions au sein de ses propres bureaux ou chez certains de ses clients comme Steria, SSII qui occupe le fameux Green Office, bâtiment à énergie positive situé à Meudon (92). « “Live Office” est une offre clé en main adaptée à chaque cas particulier, incluant le loyer, un contrat de performance énergétique et une garantie du niveau de charges », précise Emmanuel Desmaizières, directeur général immobilier d’entreprise. Avec des frontières perméables entre les espaces collaboratifs et de détente et un espace privatif réduit, « le gain d’espace peut atteindre facilement 30 %, avec une augmentation du confort des occupants », affirme-t-il. Dans un premier temps, c’est en ouvrant une partie de leur siège social à des indépendants, voire à des salariés d’autres entreprises que certains pionniers, à l’instar de la SSII Atos, expérimentent l’immobilier d’entreprise flexible. Mais des obligations de confidentialité et de sécurité freinent l’extension du mouvement... À l’autre extrémité du spectre, on commence à parler de « cloud working », pour désigner les entrepreneurs du Web qui ne sont reliés entre eux et avec leurs clients que par les nouvelles technologies, le temps de projets bien circonscrits, et travaillent nulle part et partout à la fois… À Berlin, où ils seraient particulièrement nombreux, on les surnomme « bohème digitale »… Une anticipation des modes de travail de demain ? ◆!

© Arnaud Robin/Divergence - Lydie Lecarpentier/REA

au sein de l’aéropôle de Roissy. Un autre, de la même dimension, ouvrira à Fontainebleau face au campus de l’Insead. Ses 80 postes de travail doivent accueillir des TPE, des indépendants, mais aussi des salariés de grandes entreprises. « Outre faire des économies sur le foncier et améliorer le bien-être de leurs salariés, les entreprises peuvent élargir leur bassin de recrutement avec le télétravail », affirme Anne-Sophie Calais, chef de projet à l’association IT 77, qui rassemble acteurs publics et privés, entreprises utilisatrices et opérateurs désireux de promouvoir le principe du télécentre. Ce sont en général les collectivités qui mettent les murs à disposition. Dans les zones semi-urbaines, la rentabilité est suffisante pour des gestionnaires privés. Un consortium regroupant la Caisse des dépôts, Orange et Regus s’est ainsi constitué pour prendre en charge un tiers du coût d’aménagement de certains projets. « Dans les zones plus rurales, nous étudions la possibilité d’héberger dans ces espaces de la formation à distance pour adultes et étudiants, explique Anne-Sophie Calais. Mais aussi des permanences d’EDF, de la Poste ou des caisses d’allocations familiales. » L’Île-de-France a lancé deux appels d’offres en 2011 et 2013, car l’existence d’un réseau sur l’intégralité de la région est un prérequis pour que les entreprises puissent proposer cette option à l’ensemble de leurs salariés. Mais c’est surtout un véritable bouleversement des modes de management qui s’impose, plus proche du mode projet que de l’organisation hiérarchique classique. Et c’est sans 40

PDF certifié selon le profil Quebecor_CMJN_v6r4 _00AD6_WDI003_P038P040_TELETRAVAIL.indd 40

15/04/13 16:47


We Demain initiative n°3 - Repaires pour bohème workers