Cinéma -----> Sorties du 13 octobre au 3 novembre
BURNING CASABLANCA SORTIE LE 3 NOVEMBRE
Premier long métrage percuté de mille tonalités et émotions, Burning Casablanca navigue, punk et libre, parmi les genres. Dans une ambiance baignée de rock, ce road movie s’arrime à un couple de musiciens qui fuit le passé dans le désert marocain. Après une traversée du désert, Larsen Snake (incendiaire Ahmed Hammoud), rock star désabusée, revient dans sa Casablanca natale et tombe amoureux de Rajae (Khansa Batma, illustre chanteuse marocaine), dont le timbre de voix enchanteur n’a d’égal que
le caractère ardent. Ensemble, ils traversent les nuits en musique. Mais, bientôt, souffrances et secrets du passé les rattrapent, et les voilà partis pour le désert. Après deux courts métrages fiévreux produits par La Fémis – où il fut élève en réalisation –, Carcasse et H’rash, Ismaël El Iraki poursuit un travail sur la création comme souffle libérateur avec Burning Casablanca, production hallucinée dans un Maroc qui s’embrase. Pensé comme un film des seventies, tourné en CinemaScope et porté par une bande-son pleine de fougue – on y retrouve l’excellent groupe The Variations –, le film exhale une énergie électrisante, tant dans son montage nerveux que dans ses dialogues surréalistes, quelque part entre le western et le cartoon. Entre vengeance et affirmation de soi, Larsen et Rajae, sulfureux duo, chantent leur implacable désir de liberté, nourri d’un féminisme évident.
Burning Casablanca d’Ismaël El Iraki UFO (2 h) sortie le 3 novembre
LAURA PERTUY
LE PARDON SORTIE LE 27 OCTOBRE
Suivant le parcours semé d’embûches d’une femme qui souhaite laver l’honneur de son mari injustement mis à mort, cette fiévreuse tragédie iranienne dresse un constat social amer, mais sublime le caractère de son héroïne par une mise en scène acérée.
Un an après l’exécution de son mari, Mina (jouée par Maryam Moghaddam, coréalisatrice du film) est convoquée par les autorités iraniennes qui l’informent que son époux était innocent du meurtre qui lui a valu sa condamnation à mort. Débute alors, pour cette veuve qui élève seule sa fille sourde et muette, une difficile bataille judiciaire visant à réhabiliter la mémoire de son défunt conjoint. C’est à ce moment que frappe à la porte de Mina un inconnu aux mystérieuses motivations (Alireza Sanifar), qui se présente comme
un ami du mari décédé… Pour aborder le sort des nombreuses victimes d’injustice en Iran, Le Pardon dépeint la détresse d’une femme qui connaît des problèmes financiers, subit des lois misogynes et souffre du manque de solidarité de la société envers les mères célibataires. En mêlant le parcours de l’héroïne à celui d’un homme rongé par la culpabilité et la duplicité, le film ménage pourtant, au cœur de la tragédie, un espace pour l’apaisement et la bienveillance. Et réussit, grâce à une mise en scène agile qui enferme les corps dans des lieux clos tout en permettant au regard de s’échapper vers l’extérieur, à dessiner une étroite voie de sortie à son héroïne. Le Pardon de Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha, KMBO (1 h 45), sortie le 27 octobre
DAMIEN LEBLANC
Au cœur de la tragédie, le film ménage un espace pour l’apaisement et la bienveillance. 52
no 183 – octobre 2021