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LA JALOUSIE

MAURICE POUR MÉMOIRE Dans La Jalousie, Philippe Garrel se penche une nouvelle fois sur la déliquescence d’un couple. Aussi juste que troublant, le film revisite son histoire familiale, comme les motifs phares de son cinéma.

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PAR QUENTIN GROSSET

n général, l’œuvre de Philippe Garrel s’écrit à la première personne du singulier. La Jalousie se particularise en ce que le cinéaste s’inspire de la vie de son père, le comédien Maurice Garrel. Décédé il y a deux ans, celui-ci a, par le passé, fait quelques irruptions dans le cinéma de son fils. Dans une très belle scène de son précédent film, Un été brûlant (2011), il surgissait tel un revenant aux côtés de son petit-fils Louis, dont le personnage avait tenté de se suicider. Il y avait peut-être là de la part de Philippe une dose de provocation envers Maurice. Mettre quelqu’un face à la mort d’un de ses proches, quand bien même celle-ci est fictionnelle, ce peut être brutal. Le fait que Louis Garrel incarne son grand-père dans La Jalousie aurait pu pareillement faire naître l’inconfort. Pourtant, il émane de ce film une certaine douceur : Louis Garrel, avec son jeu aérien, dissipe toute la violence contenue dans cette invocation d’un fantôme. De la même façon, la jeune Olga Milshtein, avec une drôlerie assez inédite dans le cinéma de Garrel, adoucit le

caractère tempétueux des amants joués par Louis Garrel et Anna Mouglalis. Le côté poignant de La Jalousie se situe dans les déchirements d’un couple qui se heurte à l’exiguïté. Garrel confronte l’histoire de son père à ses propres obsessions. Comme souvent chez le réalisateur, les héros sont des artistes mis en difficulté par leur peu de ressources économiques. L’un travaille plus que l’autre, et c’est peut-être l’une des explications, parmi bien d’autres, de la fameuse jalousie du titre. Au fil d’une narration qui s’écoule par fragments oniriques, Claudia s’enfièvre, de peur que Louis l’abandonne, jusqu’au point où elle lui dit sèchement : « Je te quitte. » Quelques ellipses ont suffi à changer le lien qui les unit. Et Philippe Garrel qui, avec une belle innocence, les regarde inéluctablement se séparer, de se réapproprier un épisode de l’histoire familiale en le faisant revivre par ses enfants. La Jalousie de Philippe Garrel avec Louis Garrel, Anna Mouglalis Distribution : Capricci Films Durée : 1h17 Sortie le 4 décembre

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Trois Couleurs # 116 - Novembre 2013  

Illustration de couverture : Sergio Albiac Rédacteur en chef : Etienne Rouillon Rédactrice en chef adjointe : Juliette Reitzer Direction Art...

Trois Couleurs # 116 - Novembre 2013  

Illustration de couverture : Sergio Albiac Rédacteur en chef : Etienne Rouillon Rédactrice en chef adjointe : Juliette Reitzer Direction Art...

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