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SONS

MANIÉRÉES EN BEAUTÉ — : « À ta merci » de Fishbach (Entreprise) «  En terrain tendre » de Maud Octallinn (La Souterraine) «  Nabie » de Fantôme (Nuun) «  Cavalier Seule » de Juliette Armanet

© YANN MORRISSON

(Barclay)

OFF

Fishbach

Fishbach,

la mort, ou quelque chose de plus intemporel, voire même androgyne, asexué. » L’ambitus très large de Maud Octallinn lui permet aussi de construire ses mélodies sur plusieurs octaves. « Parfois, ça sonne grandiloquent ou tragi-comique, mais c’est aussi une façon de faire coexister plusieurs personnages/idées au sein d’une chanson. » Sur En terrain tendre, exploration poétique et psychédélique d’un territoire intime (la carte du tendre) autant que deuil appelant une renaissance (« Enterre un tendre »), l’interprétation est au service d’une « vision dramatique de la musique qui m’aide à transmettre plus sincèrement mon message ». C’est ce mélange de lyrisme et de mise à nu qui frappe aussi sur Nabie de Fantôme, entre la jeune Regina Spektor (piano et parquet réverbérés) et Joanna Newsom (mélismes et harpe sacrée), quand sur Cavalier Seule Juliette Armanet joue piano avec les genres (masculin/féminin, variété/indé) et les affects, entre nostalgie et humour noir, romantisme et fantaisie. Ces jeunes femmes ne s’excusent pas d’être là. • WILFRIED PARIS

Juliette Armanet, Maud Octallinn, Fantôme : les premiers albums de ces artistes semblent révéler une tendance maniériste dans la chanson française actuelle, surtout féminine. On n’entendra pas ce maniérisme comme un défaut, mais plutôt comme un goût affirmé pour le détail, l’interprétation, l’expressivité, la performance vocale. Ces musiciennes aux sources d’inspiration eighties assumées (Mylène Farmer, Isabelle Adjani, Desireless, Véronique Sanson) s’éloignent ainsi du naturalisme pour amplifier les expressions et déformer la réalité vers l’outrance et une singulière folie, douce, dure, ou tendre. Sur À ta merci, intense patchwork de synth-pop noire, Fishbach joue ainsi d’une palette de tons variée, brouillant les pistes entre ambivalence et jeu de rôles social. « Parfois, je joue la chanteuse plus que je ne suis chanteuse. Et, selon la chanson, ce n’est pas la même personne qui parle. Ça peut n’être pas moi du tout, ou une jeune ingénue qui a juste envie de danser, ou l’incarnation de

SI TON ALBUM ÉTAIT UN FILM ? « J’adore l’eau, qui est très présente dans mon univers – dans mon nom, dans cet album, et dans mes chansons, comme « Mortel », avec le phare, le sémaphore, les bras de mer. Si mon album était un film, ce serait donc probablement un film d’aventure rétrofuturiste, réalisé

par David Lynch, avec Eva Green et Sean Penn, qui se déroulerait dans un début de xxe siècle imaginaire où les humains vivraient dans des cités sous-marines. On suivrait l’histoire d’une héroïne qui n’en est pas une, une femme multiple qui cherche l’air. La fin serait triste et romantique. » • FISHBACH

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TROISCOULEURS #147 - Hiver 2016  

Directeur de publication : Elisha Karmitz / Rédactrice en chef : Juliette Reitzer / Rédactrice en chef adjointe : Raphaëlle Simon / Directio...

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