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THE NEON DEMON

Après

Only God Forgives (2013), qui lorgnait déjà vers l’abstraction, Nicolas Winding Refn atteint un niveau de beauté plastique et sonore ahurissant avec un jubilatoire conte horrifique sur le milieu de la mode. L’intrigue de The Neon Demon est simplissime : à Los Angeles, l’innocente Jesse (Elle Fanning, au jeu d’une étonnante maturité) veut devenir mannequin, sans soupçonner que sa beauté et son magnétisme naturels susciteront la jalousie de ses consœurs et l’obsession d’une maquilleuse (Jena Malone), sa seule alliée dans la profession… Bain de sang (au sens littéral), nécrophilie et cannibalisme : le réalisateur danois pousse la provocation à l’extrême et laisse libre court à ses expérimentations formelles. « La beauté ne fait pas tout. Elle est tout. » Prononcée par un chasseur de têtes qui repère Jesse, cette maxime semble être le moteur du film. S’il jette un regard

ultra cynique sur ce monde de papier glacé, Winding Refn prend un plaisir évident à le filmer dans des plans fabuleusement composés, éclairés au néon et transcendés par la musique electro sombre et chaotique de Cliff Martinez, son complice depuis Drive (2011). Le réalisateur touche au sublime dans une séquence abstraite qui semble concrétiser les idées visuelles esquissées par Henri-Georges Clouzot pour son mythique film inachevé L’Enfer. On émerge de ce somptueux cauchemar les pupilles éclaboussées de lumières bleues, blanches, or et rouge sang. • TIMÉ ZOPPÉ

— : de Nicolas Winding Refn (1 h 57) avec Elle Fanning, Jena Malone… Sortie le 8 juin (The Jokers/Le Pacte)

3 QUESTIONS À NICOLAS WINDING REFN Comment avez-vous façonné ce curieux objet ? Je pense qu’en chaque homme sommeille une jeune fille de 16 ans. Je voulais en donner ma version dans un film d’horreur pour ados qui traite de la beauté et de la folie. J’ai ensuite tout simplement écrit le scénario dans l’ordre chronologique, en me basant sur des sortes de tableaux, d’images qui me venaient à l’esprit.

Qu’est-ce que le fait de vous focaliser sur des femmes a changé ? Rien. Je dirais simplement que c’était environ dix pour cent plus fun à faire que mes films précédents, qui étaient centrés sur des hommes, parce que les femmes sont plus agréables à filmer. Je ne fais rien de politique, je n’ai pas de programme. Mon approche des choses est purement visuelle. 68

Vous ne vous intéressez donc pas au sens de vos films ? Non, pas tant que ça. Je n’ai aucun intérêt pour l’information. Le plaisir de la créativité, c’est de réagir instinctivement, c’est-à-dire avant de comprendre. Je ne ferai décidément jamais des films aimables, comme la majorité de ceux que l’on voit. Je ne m’intéresse vraiment qu’à la réaction.