Taharat Hakodesh - Traduction du Maamar Tikoun Hayessod

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« Je viens par la présente recommander le travail de Yankel Bensimhon qui a eu l’initiative de diffuser au public les enseignements du grand Maître Rav Aharon Roth ìØ÷åöæ concernant l’importance de protéger son regard et la kedousha, tirés de son ouvrage de grande valeur ‘’Taharat Hakodesh’’. Il s’est efforcé de conserver l’esprit de l’œuvre originale dans un langage accessible aux francophones. Je suis certain que le mérite de l’auteur et les efforts du traducteur éveilleront les cœurs, particulièrement dans notre génération et dans notre pays où nous avons besoin de ‘hizouk. » Rav Mordekhaï Rottenberg àØèéìù




ä×äìì÷öæ ò××éæ


ì××÷åöæ Rav Aharon Roth zatsal, surnommé « Reb Aréléh », est né en 1894 à Ungvar en Hongrie. Dès son plus jeune âge il se distingue par sa piété hors du commun. Il s’impose de nombreuses restrictions, notamment dans son alimentation1. Il étudie auprès de l’Admour Rav Tsvi Elimélékh Chapira de Blazjov, le Admour de Kosson (Rav Yehossef Rottenberg), le Rav Yehoushou’a Heishel Fried haCohen de Kapish, le Admour de Be’lz (Rav Yssa’har Dov Roka’h) et quelques temps chez le Admour de Vijnitz (Rav Israël Haguer). En 1920 il fonde une première communauté nommée ‘’Yiré Hashem’’ dans la ville de Satmar en Roumanie2. Il enseigne avec énormément de ferveur, parle de la venue imminente du Machia’h, et grâce à ses encouragements la communauté se renforce dans la Emounah et dans la Tefila. Fuyant les honneurs qui le poursuivent, il monte à Jérusalem et fonde dans le quartier ‘’Méa Chéarim’’ une maison d’étude ‘’Beth Elimélékh’’ au nom de son Rav (Rav Tzvi Elimélé’h Chapira). Malheureusement à cause de graves problèmes de santé il est contraint de retourner à Satmar au bout de quatre ans (1929). Il se consacre particulièrement à la ferveur dans la prière, et insiste auprès de ses fidèles sur l’importance de répondre « Amen » avec concentration. De ce fait il change le nom de son mouvement ‘hassidique pour « Chomerei Emounim »3. En 1939 il repart en Israël et s’installe définitivement dans le quartier ‘’Méa Chéarim’’ où de nombreux ‘hassidim se rassemblent autour de lui. Il souffrit toute sa vie de nombreuses maladies et il quitta ce monde très tôt, peu avant l’âge de 53 ans, en 1947, à Jérusalem, s’effondrant lors de la préparation des matsot à la veille de Pessa’h. Par la suite son mouvement ‘hassidique s’est divisé en trois : la ‘hassidout ‘’Chomer Emounim’’, ‘’ Toldot Aharon’’ et ‘’ Toldot Avraham Its’hak’’. Il nous laisse de nombreux ouvrages, dont le plus connu est sans doute le ‘’Chomer Emounim’’, ouvrage fondamental sur la Emounah.

Que la mémoire du Tsadik soit une source de bénédiction

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Il a d’ailleurs rédigé un livre à ce sujet « Choul’han HaTahor » Ne pas le confondre avec le Admour de Satmar (Rav Yoël Teitelbaum) 3 Double lecture possible avec l’expression ‘’Ché-Omerei Aménim’’, ceux qui répondent Amen, tiré de Sanhédrin 110b 2

ì××÷åöææ



àéîùã àúòéñá - Avec l’aide d’Hashem, voici la traduction du Maamar Tikoun HaYessod tiré du Livre Taharat Hakodesh, écrit par Maran Harav Aharon Roth zatsal1. Ses enseignements sont donnés afin que chacun puisse accomplir le Tikoun HaYessod. Il donne également de nombreux conseils pour préserver ses yeux et ses pensées, particulièrement sur les détails de la techouva pour toute atteinte à la kedousha de la Brit Milah. Tout est écrit selon les enseignements qui lui ont été transmis par ses maîtres, tsadikim et ‘hassidim, et tout particulièrement selon les enseignements du Ba’al Chem Tov et des Tsadikim qui ont été ses élèves. L’objectif de ce livre est simple : permettre à tout celui qui s’y investit de réparer les dégâts qui résultent des atteintes à la Kedousha de la Brit Milah, et particulièrement l’émission de semence en vain. Je me permets de reprendre à mon compte une partie de l’introduction du Taharat Hakodesh : A la question « de quel droit vient-il parler du Tikoun Hayessod », je donnerai une réponse simple, à l’aide d’un exemple : si un Roi traverse un pont et que subitement un de ses enfants tombe dans l’eau glaciale du fleuve en contrebas, peu importe qui le sauvera. Même le plus rabaissé parmi les indigents est digne d’accomplir cette tâche, et il en sera récompensé. Quelqu’un oserait-il s’indigner que ce ne soit pas le Premier Ministre qui ait plongé dans les flots glacés ? Au contraire, quiconque ayant en sa possession un moyen de sauver cet enfant et qui ne le mettrait pas en œuvre immédiatement serait sévèrement puni. Je ne suis pas Rav. Je ne suis pas non plus un talmid h’akham qui refuse qu’on l’apelle Rav, loin de là. Je suis un jeune français dont le cœur brûle devant la « hefkérout », l’abandon et la déchéance de la jeunesse française. Je souffre de voir combien les jeunes sont touchés par le manque de tsniout de la société qui les attaque constamment, sans leur laisser un seul instant de répit. Le mode de vie authentique, selon les principes pour lesquels nos ancêtres ont sacrifié leur

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Il est également l’auteur du Chomer Emounim, Choul’han Hatahor, No’am Halevavot, Mévakech Emounah et Mitsvotékha Cha’achou’ay

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vie, est sans arrêt remis en question par une société dont les valeurs sont en totales opposition avec celles de la Torah. Dans notre génération dépravée où le regard ne cesse de passer d’une image à une autre, d’une obscénité à une autre encore pire, dans une génération où le Yester haRa’ n’a jamais été aussi fort, où le monde vit ses dernières heures avant la venue du Machia’h, il est important de ne pas abandonner ce combat primordial pour la Kedousha, car il est possible de réparer tout ce qui a été dégradé, même si cela a été fait volontairement et à de nombreuses reprises. Le Chomer Emounim enseigne que la source de la faute de « åøåúú àì » est le manque de Bitah’on (confiance) en Hashem. Bien souvent, la personne qui commet une avéra recherche à combler un mal-être, un sentiment d’abandon, alors qu’en réalité Hashem est présent et veille à chaque instant sur chacun de nous dans les moindres détails de notre existence, nous comblant à chaque instant d’un ‘hessed infini dont nous ne sommes pas dignes. La guemara Chabat enseigne2 « åúåà ïéòééñî øäèì àáä », celui qui veut se purifier, on l’y aide depuis le Ciel. Il faut constamment se renforcer et avoir confiance en Hashem, car dans ce combat, chaque garçon juif avance ‘main dans la main’ avec Lui. Et si on fait un tout petit effort, Hashem nous aidera de façon ‘’surnaturelle’’ à faire une techouva complète, comme l’enseigne le midrash Chir HaChirim Raba « ouvrez moi une porte de la taille du chas d’une aiguille (faites un tout petit effort de techouva) et moi j’agirai envers vous dans des proportions infiniment plus grandes « íìåà ìù åçúôë íëì çúôà éðàå èçî ìù äãåçë çúô éì åçúô ». Rav Aharon Roth zatsal rapporte un enseignement du Ba’al Chem Tov sur le verset des Téhilim (que l’on récite notamment pendant le Hallel) : « äúÈ Àå È" Çä ×ä éðÅ é Åò À! ø÷È éÈ åé ÈãéñÄ ÂçìÇ » : « Elle est précieuse aux yeux d’Hashem, la mort de Ses ‘hassidim ». Ce verset est difficile à comprendre à la première lecture, en quoi la mort d’un ‘hassid peut-elle être précieuse ? Au contraire, il est enseigné dans Ye’hezkiel « øÉî Áà äÈé Èç Àå •$øÀ Ç%îÄ ò È&øÈ á•& À! íàÄ é Ä$ ò È&øÈ Èä ú•î À! õÉ(çÀ àÆ íàÄ ä ÄåäÀé éÈðãÉ Âà í ËàÀð éÄðàÈ é Çç í ÆäéÅì Âà » « Dis leur que Moi Hashem je ne désire pas la mort des fauteurs mais qu’ils fassent techouva et qu’ils vivent » ou encore dans la Torah3, et c’est plus explicite encore « äÈåäÀé éÄð Âà í Æä È! é ÇçÈå í ÈãàÈ Èä íúÉÈ à ä Æ)ÂòéÇ ø Æ& Âà é ÇèÈ(&À îÄ úàÆ Àå éúÉÇ * Ëç úàÆ í+Æ øÀ Çî&• À », « Vous respecterez les mitsvot et par elles vous vivrez, Je suis Hashem ».

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Page 104a Vayikra 18,5


Si déjà Hashem ne veut pas la mort des réchaïm, et qu’en plus la Torah déclare que l’homme vivra par le mérite des mitsvot, comment est-il possible que la « mort » soit précieuse ? Le sens évident n’est donc pas le sens littéral. Le Ba’al Chem Tov dévoile que le mot « ø÷é »4 fait allusion au mot « éø÷ »5 (ils sont composés des mêmes lettres). Le verset s’explique alors de la façon suivante : les efforts que doit fournir un ‘vrai’ ‘hassid pour protéger ses yeux, ses pensées et sa Brit Milah sont surhumains. La perfection, au sens propre du terme, dans ce domaine demande des efforts constants et intenses. L’épreuve est si difficile que la difficulté à se surpasser pour ne pas tomber peut être comparée à une peine de mort. Lorsqu’un ‘hassid qui fait de tels efforts est victime d’une émission de semence nocturne, il en ressent une douleur terrible. Il s’imagine que tous ses efforts sont vains et qu’il n’a aucune valeur aux yeux d’Hashem. Cela est totalement faux, c’est l’argumentation du yetser hara’ : Hashem sait à quel point la lutte est difficile et combien d’efforts doivent être déployés pour se protéger, et ce cœur brisé de douleur est particulièrement précieux aux yeux d’Hashem, Qui le récompensera dans une mesure inimaginable. N’abandonne jamais tes efforts et sache que chaque avancée dans ce domaine est extrêmement précieux aux yeux d’Hashem. La guemara6 enseigne d’ailleurs que celui qui fait attention à ce qu’il regarde siègera dans les plus hauts sommets « ïåëùé íéîåøî àåä ». Je me suis un jour posé la question suivante : pourquoi au début des hagaot du àØîø 7 on trouve l’enseignement suivant :

Ø...íé÷éãöä úåìòîáå äøåúá ìåãâ ììë àåä ãéîú éãâðì ×ä éúéåù Ø A part l’explication que donne le àØîø lui-même (avoir conscience constamment de la présence d’Hashem), le Michna Beroura explique que cela consite à visualiser mentalement le Nom d’Hashem (äåäé ) avec en dessous la ponctuation du mot ‘’äàÈ øÄÀ é ’’ (soit äÈåäéÄ À – attention à ne pas lire ce Nom à haute voix). Sans rechercher de conséquence pratique ni halakhique, je me suis dit qu’en quelque sorte le àØîø vient nous dire allusivement que tout commence par faire attention à ce que l’on regarde. On ne doit pas laisser vagabonder ses yeux. On 4

Qui signifie « précieux » Qui signifie « émission de semence » 6 Makot 24a 7 Rabbi Moshé Isserless, auteur des ajouts sur le Choulh’an Arouh’ 5

ãåñéä ïå÷ú øîàî Î ùãå÷ä úøäè


doit les maîtriser et constamment placer le Nom d’Hashem en face de ses yeux. Le seul moyen de pouvoir mettre en pratique toutes les lois qui vont suivre dans le Choulh’an Aroukh est de faire attention à ses yeux. C’est le commencement d’une ‘avodat Hashem véritable. Evidemment il n’est pas possible du jour au lendemain d’arriver à visualiser constamment le Nom d’Hashem, mais au moins il faut avoir conscience qu’on ne peut laisser ses yeux comme un objet hefker. Et le Alef-Beth du bon juif qui veut prétendre mettre en œuvre ce qui suit dans le Choul’han Aroukh c’est de protéger ses yeux. D’un autre côté, il n’est pas possible de laisser libre cours à ses pensées. C’est d’ailleurs une des composantes de «åøåúú àì » d’après certains avis. Le Nefesh Ha’Hayim enseigne8 que celui qui médite des mauvaises pensées, c’est comme s’il élevait une idole dans le Kodesh haKodashim. Il rapporte notamment la guemara Yoma page 29b « äøéáòî åù÷ äøéáò éøåäøä », les mauvaises pensées sont pires que la faute elle-même. En plus de son regard, il faut préserver la kedousha de son cerveau, en faisant attention à ne pas se laisser aller à des rêveries et à des pensées qui nieraient l’omniprésence d’Hashem, ‘has véchalom. C’est donc la combinaison des deux efforts, préserver la kedousha de sa pensée et celle de ses yeux qui est un préalable à l’étude des lois du Choulh’an Aroukh, et plus globalement à l’étude de la Torah. Cela ne signifie absolument pas que ces lois ne sont pas applicables si une personne ne fait pas attention à ce qu’elle regarde, mais par contre celui qui ambitionne de devenir un vrai talmid ‘hakham doit considérer ce comportement comme naturel et s’efforcer de l’acquérir, même au prix d’immenses efforts. Le programme est donc difficile et ambitieux, mais il ne faut jamais abandonner ce combat, même si c’est dur et que parfois on peut ressentir que les limites sont atteintes. Chaque fois qu’un jeune homme essaie de faire techouva il donne énormément de satisfaction à Hashem, Qui apprécie chaque effort et même chaque intention de techouva, et Qui récompensera les efforts et consolera la peine qui peut être ressentie. Les efforts dans ce sens sont très précieux aux yeux d’Hashem. Lorsque j’ai présenté ce livre au Admour de Toldot Aharon9 àØèéìù, il s’est réjoui de la prochaine publication et m’a dit de transmettre au public que nous vivons de façon claire et certaine les derniers moments avant le dévoilement du 8 9

Cha’ar alef Rav David Kahan àØèéìù


Machiah’, et qu’il faut se renforcer dans la Emounah. Il a également dit que les juifs de France doivent travailler leur mida de « ãçô » (crainte d’Hashem). Il m’a dit que peut-être nous n’avons pas assez de crainte d’Hashem, sont arrivés des terroristes qui nous font vraiment comprendre ce que c’est que le ãçô. Ce livret n’est qu’une traduction partielle d’un livre extraordinaire de plusieurs centaines de pages10 - « Taharat hakodesh » - rempli de secrets et de paroles de renforcement. La lecture du livre en hébreu est infiniment préférable à celle de cette traduction mais si c’est difficile pour l’instant, mieux vaut accéder à la techouva par la ‘’petite porte’’ que de ne rien faire du tout. Il n’y a pas de livre sans erreur et je prie d’avance le lecteur de se montrer indulgent envers moi, de me signaler toute erreur et s’il le souhaite de me proposer une correction11. La traduction d’un livre de ‘hassidout est complexe, certains mots évoquant des concepts profonds difficilement traduisibles (voire intraduisibles). J’ai souvent mis des guillemets et des caractères en italique, si cela ne nuisait pas à la qualité de la lecture j’en aurais usé encore plus tant certains concepts sont dénaturés par une traduction, aussi fidèle soit-elle. J’ai volontairement pris le parti de supprimer de nombreux passages: des textes du Zohar principalement, ainsi que toutes les kavanot qui font appel à une « véritable » connaissance de la kabala, que je n’ai pas, et que je n’aurais pas traduit de toute façon car cela n’a aucun sens en français12. Aussi, dans cette traduction, de nombreux termes sont en hébreu. Ils sont traduits dans cette introduction ou alors la première fois qu’ils sont employés au cours du livre. La traduction a été librement adaptée à la langue française et parfois elle a fait l’objet de rajouts explicatifs. Elle respecte néanmoins le style direct originel du livre, comme si le Rav s’adressait au lecteur. Elle est destinée a priori à un ba’hour Yeshiva. Suivant le conseil de plusieurs de mes relecteurs, j’ai ajouté quelques histoires de ‘hiszouk entre les chapitres. Elles figurent dans des encadrés en gris et ne font évidemment pas partie des écrits du Rav Aharon Roth zatsal dans le Maamar Tikoun HaYessod.

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http://www.hebrewbooks.org/41665, sinon il coûte environ 35 shekels Mon adresse : taharathakodesh@gmail.com 12 C’est le cas notamment de toutes les kavanot d’après le Ari zal, « ïØç éòãåéì », d’après la ‘Hokhmat Hanistar 11

ãåñéä ïå÷ú øîàî Î ùãå÷ä úøäè


Un ba’hour qui commence ce livre doit savoir que le limoud approfondi de Guemara est le plus grand ‘’tikoun’’ possible. D’abord, parce que le fait d’être véritablement investi « òå÷ù » dans le limoud permet de se libérer l’esprit de toutes les contraintes et mauvaises pensées. Comme le dit la mishna dans Avot (6,2) « il n’y a d’homme libre que celui qui est en train d’étudier la Torah ». Liberté intellectuelle incluse. Ensuite parce que la kedousha qu’apporte le limoud est si forte qu’elle est à même de chasser toute l’impureté accumulée. Mais aussi parce que la guématria de 84 qu’on retrouvera tout au long du livre est avant tout celle de « óã », une « page » de guemara. Il va de soi que « manger des dapim » vaut infiniment plus que « jeûner » sans étudier. En dehors du séder il est donc possible de se consacrer à la lecture / l’étude de ce livre, mais celui qui consacrerait ne serait-ce qu’une partie de son seder à étudier - où à discuter de - cette traduction perdrait sans doute plus qu’il ne gagne : ‘’åãñôäá åøëù àöé ’’. Cette traduction/adaptation a donc pour objectif d’être un complément à la ‘avodat Hashem quotidienne d’un bah’our, en lui fournissant de nouvelles perspectives et en lui donnant des objectifs simples et réalisables, de façon à ce qu’il en ressente une satisfaction concrète et qu’il se renforce dans son étude de la Torah grâce à ce qu’il a accompli.


Avant de commencer à traiter de notre sujet, il faut définir ce qu’est le Tikoun haYessod, concept central de ce livre. En français, cela peut se traduire approximativement par « réparation des dégâts causés dans la Sefira du Yessod ». Cette traduction est incomplète et inexacte, elle n’est là que pour essayer de donner une idée de quoi il est question ici. Que sont les Sefirot ? L’objet de ce livret n’est pas d’en donner une traduction ou une explication, cela relève de la véritable kabala et n’a aucun sens en français. D’ailleurs, si un jour vous trouvez une traduction ou un cours de kabala en français, fuyez ! La kabala ne s’apprend ni dans une traduction française ni encore moins sur internet, c’est la transmission orale d’un maître à son élève de l’enseignement reçu par ses propres maîtres, après que cet élève ait prouvé sa virtuosité dans l’étude du Talmud et qu’il ait affiné ses qualités morales. De façon très approximative, on peut dire que les Sefirot sont les ‘’canaux’’ par lesquels le Or1 s’est propagé et ramifiée jusqu’à notre monde lors de sa Création, et par lesquels il continue de se propager et de se ramifier pour que notre monde existe. Elles sont rattachées à Hashem « comme la flamme qui sort d’une braise », elles ne sont donc pas constituées de « l’Essence-Même » d’Hashem, que représente la braise, mais telle la flamme elles Lui sont indissociablement liées, bien que différentes. Par des rapprochements de concepts, on peut trouver des idées qui permettent une meilleure compréhension, la Torah elle-même employant à de nombreuses reprises des images pour décrire une expression ou un comportement d’Hashem. Par exemple, il est écrit que « la Main d’Hashem » a frappé les égyptiens sur la Mer Rouge, Hashem est décrit comme « un Chaliah’ Tsibour enveloppé de son

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Terme qu’on traduit improprement en « lumière », mais qui fait allusion à la vie que Hashem procure au vivant, qui s’étend et fait vivre le monde sans perdre de sa úåîìù, sa « perfection ».


talith », ou encore « Ses cheveux sont noirs comme le corbeau »2, « Par le souffle de Sa bouche sont créées les Armées d’Hashem ». En aucun cas ces descriptions ne doivent être comprises au sens propre, ‘has véchalom. Un des principes fondamentaux de notre foi est que Hashem n’a pas de corps ni même la ressemblance d’un corps. Rambam enseigne que « La Torah s’exprime dans le langage humain, afin que l’homme puisse comprendre et approfondir ». Ce n’est donc pas l’exemple ou l’image qu’il faut retenir, mais la fonction abstraite à quoi cela fait référence, et à partir de là, approfondir l’idée que souhaite transmettre la Torah. Ainsi l’esprit humain limité peut essayer de comprendre des notions divines infinies Par exemple, dans le cas où il est écrit que « Ses cheveux sont noirs comme le corbeau »3, la Guemara ‘Haguiga 14a explique que cette expression est employée pour décrire le comportement d’Hashem lors de la sortie d’Egypte, sauvant le peuple d’Israël de la main des armées égyptiennes. L’image appropriée pour décrire un guerrier est celle d’un jeune homme plein de vigueur dont les cheveux sont encore noirs. Par contre, lorsque le comportement d’Hashem est celui d’un juge, Il est décrit comme un « Zaken », un « Vieillard » dont les cheveux sont blancs comme de la laine4. Dans le même ordre d’idée, les Sefirot sont associées à des images : celles des membres du corps humain. A nouveau, en aucun cas cela ne signifie que Hashem possède des membres ou même quelque chose qui ressemble à des membres. La Sefira du ‘Hessed (la Bonté) est associée à l’image du « bras droit », Guevoura (la Rigueur) au « bras gauche », Tiferet (la Splendeur) est associé à « la poitrine », Netsah’ (L’Eternité) à « la jambe droite », Hod (la Gloire) à « la jambe gauche ». La Sefira du Yessod (le Fondement) est associée à l’image de « la Brit Milah ».

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Ce sujet doit être approfondi dans le Rambam, au début des Hil’hot Yessodei Hatorah dont cette introduction est une rapide et incomplète synthèse. Egalement dans le Nefesh Ha’hayim, de Rav ‘Hayim de Volozhin, dans les premiers chapitres. 3 Chir Hachirim, 5, 11 4 Explication d’après le commentaire du Maharcha sur ‘Haguiga 14a

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De même que dans le corps humain la Brit Milah est située « en dessous » des autres membres, qui « reposent » en quelque sorte sur elle, les Sefirot « reposent » sur la Sefira de Yessod. Elle constitue donc la « base » des autres. Plus largement, on peut imaginer que ce sont les « fondations » sur lesquelles repose le « bâtiment » situé au-dessus. Aussi, il faut savoir que toutes les actions commises dans ce monde ont des répercussions dans les mondes supérieurs, ainsi que dans les Sefirot correspondantes. Par exemple, un acte de ‘Hessed a une répercussion ‘’positive’’ dans la Sefira de ‘Hessed. Il en va de même pour tous les comportements et toutes les Sefirot. Une ‘avéra en rapport avec la Brit Milah aura donc des répercussions dans la Sefira du Yessod, qui constitue « les fondations » sur lesquelles reposent les autres Sefirot. Or une personne qui fragilise les fondations d’un immeuble déstabilise inévitablement l’ensemble du bâtiment. Par ricochet, cela signifie que l’ensemble des autres Sefirot qui « reposent sur une base fragilisée par la faute» sont à leur tour déstabilisées. La particularité de cette Sefira du Yessod est donc son importance primordiale par rapport aux autres Sefirot qui lui sont toutes liées. Le tikoun5 des répercussions négatives des ‘avérot dans la Sefira du Yessod s’appelle donc, vous l’avez peut-être compris, tikoun haYessod : c’est l’objet de ce livre, avec l’aide d’Hashem. Certains appellent cette réparation le « tikoun haklali » (notamment les ‘hassidim Breslev qui en font un des points centraux de leur ‘avodat Hashem). Le terme tikoun haklali, qui signifie « réparation généralisée » se comprend à présent : celui qui parvient à faire le tikoun haYessod a ‘’remis en place’’ la base sur laquelle tiennent toutes les autres Sefirot, il a permis de stabiliser l’ensemble de l’édifice : il a donc fait en même temps le tikoun de toutes les autres Sefirot. D’autre part, le terme « nitsotsot » va être utilisé tout au long du livre en hébreu. Il fait référence à ce qu’on peut approximativement décrire comme des fragments de néchamot, la nechama elle-même étant une « partie » d’Hashem. Les nitsotsot sont donc des potentialités d’existence non encore réalisées, qui n’ont 5

A partir de maintenant ce terme ne sera plus traduit, il signifie «la réparation»


pas pu se dévoiler et jouer leur rôle sur terre. Comme cela sera expliqué plus longuement dans le livre, lorsqu’un homme faute, ces nitsotsot sont dirigées vers un endroit nommé ‘’klipa’’, terme qu’on peut traduire littéralement (et inexactement) en ‘’écorce’’. Plus simplement, on peut dire que la klipa est un endroit loin et isolé de la Kedousha. Pour des nitsotsot de Kedousha, le fait de s’y trouver est comparable à être emprisonné. De plus, le potentiel de Kedousha extraordinaire que représente chaque nitsots est placé à la disposition des forces qui sont en opposition avec la Kedousha, (qu’on nomme « ’hitsonim », littéralement « ceux qui sont à l’extérieur de la Kedousha »). Ces forces, bien qu’en apparente opposition avec la Kedousha, sont évidemment créées par Hashem Qui a fait en sorte que l’homme dispose du libre arbitre et qu’il puisse faire le choix d’aller vers le bien et avoir sa récompense. Un des objectifs du tikoun haYessod est de faire remonter toutes les nitsotsot de Kedousha depuis la klipa vers leur endroit originel. A partir de maintenant les propos qui vont suivre sont directement tirés du Maamar Tikoun haYessod.

efffacées Yehi ratson que nos ‘avérot soient pardonnées et effacées Que nous ayons tous le mérite de réaliser ce tikoun

äáäàá äøåú ãåîìú éøáã ìë úà úåùòìå øåîùì ãîììå ãåîìì

ãåñéä ïå÷ú øîàî Î ùãå÷ä úøäè


AVERTISSEMENT AU LECTEUR : Suivant le conseil des Rabanim àØèéìù qui ont relu ce livre avant sa publication, je me permets de préciser que la lecture de l’introduction est importante pour la compréhension du livre. Les kavanot qui impliquent une connaissance préalable de la Kabala ne figurent pas dans cette traduction.


Bien que j’aie déjà compilé tous les tikounim dans les maamarim précédents du livre1, j’ai pris le parti d’exposer les plus fondamentaux dans un abrégé clair car j’ai constaté que les ouvrages sur le sujet sont très volumineux. Le Karnot Tsadik2 par exemple rapporte 98 tikounim (sans doute avait-il l’intention d’annuler les 98 malédictions), j’ai même entendu qu’il y a un livre qui énumère tous les tikounim possibles, et qui en catalogue plusieurs centaines. Avec tout le respect que je dois à ces tsadikim, je ne vois pas quel bienfait ils ont procuré à leur peuple, particulièrement à notre génération. L’inventaire de tous les dégâts causés par cette ‘avéra présente un intérêt évident, car chacun peut prendre conscience de l’ampleur des dommages. Par contre, en ce qui concerne l’énumération des tikounim, cela ne sert presque à rien de faire un « catalogue », au contraire, cela rajoute de la souffrance à une souffrance existante. Dans notre génération, qui est donc cet homme qui peut les accomplir tous? En voyant cette abondance de tikounim les gens risquent de prendre peur en se disant « quand donc aurais-je le temps de les faire tous? », ils font marche arrière et ne font rien. Moi qui suis si insignifiant je n’ai pas trouvé le moindre intérêt à les compiler dans leur intégralité. Les tikounim sont exposés dans de nombreux ouvrages, comme par exemple dans le Séder Hayom où ils sont clairement et correctement expliqués. Le plus important de tous est sans conteste le Rechit ‘Hokhma3, qui s’est particulièrement étendu et a approfondi ce sujet de façon extraordinaire. Ses sources sont les paroles du Zohar, et les paroles de ‘Hazal4, dans la Guemara, ainsi que les paroles de son maître le tsadik Rabbi Moshé Cordovero, zatsal. Après lui

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Le livre Taharat Hakodesh est composé de plusieurs maamarim portant sur différents sujets Ouvrage écrit par le Rav Eliahou Mani (1818-1899), qui a entretenu une correspondance avec le Ben Ich ‘Haï au sujet des minhagim des kabalistes de Jerusalem 3 Du Rav Eliyahou Viedas 4 Utilisée en tant que telle tout au long du livre, cette expression signifie littéralement « Nos Sages, que leur mémoire soit une source de bénédiction » 2


on peut notamment trouver le livre Zéra’ Kodesh, le Yessod Yossef, ainsi que d’autres livres inspirés du Rechit ‘Hokhma. Mais même au sujet de ce livre extraordinaire qu’est le Rechit ‘Hokhma quelque chose m’intrigue : bien que ses paroles soient kodesh kodashim, si on s’intéresse à l’ordre des tikounim tel qu’il y est établi on voit qu’il emploie le mot « tikoun » au sujet du Chabat, des Téfilin, des Tsitsit ou encore des Bérakhot. Cela me pose un réel problème de sémantique : le terme n’est pas exact. Les actes dont il est question (chabat, tefilin etc.) relèvent du comportement fondamental et obligatoire que chaque juif se doit d’adopter, sans quoi il est un fauteur. Il n’existe aucune particularité à ces mitsvot par rapport aux 613 qui nous ont été données par la Torah ou par ‘hazal. Il ne me semble donc pas adéquat d’employer le mot « tikoun » pour ces mitsvot, je préfère réserver ce terme à un comportement qui se situe au-delà de ce à quoi nous obligent déjà les 613 mitsvot. J’ai pensé que peut-être les séfarim hakedoshim5 qui employaient le terme de tikoun en rapport avec le Chabat avaient l’intention de recommander plus de ferveur ou de méticulosité dans son accomplissement. Mais les lois du chabat sont déjà si complexes qu’il est inenvisageable qu’un homme simple réussisse à accomplir le chabat avec la multitude de détails et les infinies particularités qu’il possède6, notamment surveiller sa parole et ses pensées en plus de ses actions. N’est-il pas dit dans le Talmud Bavli7 que « le chabbat est [si complexe] qu’il ressemble à des montagnes suspendues à un cheveu [et que toutes ses lois ne s’apprennent qu’au travers de nombreuses déductions] ? » Egalement au sujet des Téfilin, il est enseigné que le fait de les porter équivaut à toute la Torah - comme cela est rapporté dans le Tour - et qu’il faut les porter avec une joie intense, qu’il faut faire attention de ne pas perdre sa concentration au point d’oublier que l’on porte sur soi les Téfilin (hesse’h hada’at). Rabbi ‘Hayim 5

Expression employée pour qualifier des livres dont la kedousha est si forte qu’il est possible (voire certain) qu’ils aient été écrits avec l’inspiration d’Hashem (le Roua’h haKodesh) 6 Cet homme qui est sous l’emprise du yetser hara’ n’est pas encore au niveau de se consacrer aux « rigueurs » dans l’accomplissement du chabat. Il faut faire les choses dans l’ordre : d’abord cet homme doit arrêter de fauter tout en respectant les lois obligatoires du chabat (on emploie l’expression « mé’ikar hadin », ce qui relève de la stricte Loi obligatoire), et ensuite il peut commencer à faire des ‘’’houmrot’’, des rigueurs qui ne sont pas obligatoires d’après la stricte Loi, précisément afin de réaliser un ‘’tikoun’’. Mais on ne peut imaginer qu’une personne qui est encore « loin » doive, dès le départ, respecter l’intégralité des ‘houmrot du chabat. 7 Haguiga, 10a ãåñéä ïå÷ú øîàî Î ùãå÷ä úøäè


Vital rapporte dans le Sefer Haguilgoulim que notre Maître le Ari zal a vu un tsadik qui était puni parce qu’il se « déconcentrait » pendant qu’il portait ses téfilin. Aussi au sujet des Tsitsit, il est recommandé de les regarder constamment, de les porter avec joie, allégresse et crainte d’Hashem. Mais celui dont le cœur est « refroidi » de la Kedousha, il est évident qu’il se tient éloigné de toutes ces choses (chabat, téfilin et tsitsit). Il n’est pas encore à-même d’accomplir les détails rigoureux de mitsvot qu’il n’accomplit peut-être pas encore, même si on lui disait qu’il réalise par cela tous les tikounim du monde. On ne peut pas non plus s’imaginer que tous ces livres n’aient été écrits que pour des tsadikim parfaits, en leur recommandant plus de méticulosité et d’attention, car si c’était le cas, cela aurait été dit de façon explicite. De même un tsadik accomplit déjà les mitsvot avec plus d’attention que la normale, il le fait dans la joie, et cela ne fait aucune différence pour lui s’il fait la mitsva parce qu’Hashem le lui a ordonné ou parce qu’il accomplit un quelconque « tikoun ». J’ai parcouru les livres des tsadikim élèves du Ba’al Chem Tov, et j’y ai trouvé qu’il n’y a pas la moindre mitsva qui, dans son accomplissement, ne soit pas également un tikoun HaYessod. Par exemple la mitsva de Souka, les quatre espèces à Soukot, la mitsva de manger la matsa, la Tefila, le respect des jours de fête (y compris le ‘hol hamo’ed), et plus généralement toute sim’ha ressentie lors de l’accomplissement d’une mitsva. Note du traducteur : le passage précédent est fondamental. Il sera approfondi au chapitre 13. Sans aucun doute, s’il n’y avait qu’un seul passage du livre à retenir, ce serait celui-là.

Toutes les mitsvot ayant trait au ‘Hessed, comme visiter un malade, aider financièrement une jeune fille à se marier, ou celle de raccompagner un individu, ou –léhavdil8– accompagner un mort en marchant derrière le corps, qui constituent un tikoun pour les ‘avérot accomplies avec les pieds. Les danses lors d’un mariage sont appelées « rikoudin kadichin chel mitsva »9 et sont un tikoun pour les « hanches » qui ont pu être endommagées par la faute10. Aussi le 8

Terme signifiant : « que ne soit faite aucune comparaison entre les deux situations ». Des danses accomplies dans la kedousha pour la mitsva, par exemple pour réjouir un jeune marié le soir de son mariage (évidemment, on parle de danses séparées, le contraire n’étant pas seulement un ‘’non-tikoun’’ mais une ‘avéra) 10 Ce terme est une allusion pudique à la Brit elle-même 9


rassemblement pour une séoudat mitsva où sera formé le Nom « ãØçé » « Youd – ‘Heth – Daleth », et où s’accomplira le verset « ãØçé åðöá÷å »« Vekabetsenou Ya’had »11. De même voyager pour aller rendre visite à son Rav. Et ainsi de suite sans que l’on puisse compter. En vérité, toutes les mitsvot sont un tikoun haYessod, car le mot « Brit / úéøá » équivaut, en ajoutant la valeur du mot luimême, à 61312. Ainsi, de même que celui qui « endommage » sa Brit « endommage » toute la Torah, l’accomplissement de tous les commandements sert à « réparer » la Brit.

11Et

rassemble les égarés dispersés : dans la Amida, à la bénédicition « Téka’ Béchofar » : Littéralement ces mots font référence au peuple d’Israël dispersé entre les nations. La prière est qu’Hashem rassemble tous ceux qui sont dispersés d’entre les nations. A un niveau plus élevé, cela fait référence à tous ceux qui se sont « égarés » dans ce monde ci à cause de leurs ‘avérot nombreuses pour lesquels on prie qu’ils reviennent à la techouva. Enfin d’après le sens le plus profond, cette demande concerne les nechamot provenant de la kedousha dispersées entre les klipot à cause de l’émission de semence en vain. Pour ces trois choses nous prions, comme cela sera expliqué plus longuement au chapitre 6 avec l’aide d’Hashem. 12 612=ú!é!ø!á / 400=ú ,10=é ,200=ø ,2=á / Le mot lui-même vaut « 1 » (c’est ce qu’on appelle le ‘’collel’’) Total = 613 ãåñéä ïå÷ú øîàî Î ùãå÷ä úøäè


Mon fils, ouvre ton cœur et approfondis ces paroles car alors, avec l’aide d’Hashem, béni soit Son Nom, tu comprendras véritablement comment réaliser le tikoun de ta nechama. Je ne suis pas venu pour abonder en tikounim, mais je compte te rapporter uniquement les plus fondamentaux que chaque juif peut supporter, à la seule condition qu’il veuille faire le tikoun de sa nechama. Ceci exclut donc tous ceux qui se laissent porter par la vie, qui n’ont aucune envie d’améliorer leur condition (ici-bas et dans le monde à venir) et qui n’ont aucune crainte à la vue des dommages considérables qu’ils ont causés par cette ‘avéra terrible. Le Ari zal dit d’ailleurs à son sujet qu’elle entraîne des conséquences bien pires que toutes les autres ‘avérot. Celui qui approfondit la véritable kabala sait un petit peu à quel point les dégâts sont effrayants. A chaque fois qu’elle est commise, cette faute fait entrer de la kedousha dans les klipot et donne de la vitalité à des ‘hitsonim. Ces ‘hitsonim s’attachent à l’homme qui les a créés durant sa vie, ils sont appelées « ses fils», car ils sont porteurs d’un nitsots qui aurait du habiter le corps d’un enfant conçu dans la Kedousha. A sa mort ils ne le laisseront tranquille qu’après avoir obtenu un remboursement de cette existence, en lui faisant subir des souffrances sans mesure et dont on ne peut imaginer la teneur 1. Il est retranché du Monde Futur, comme cela est rapporté dans le Talmud traité « Kala » car il est comme un animal qui n’a pas de part au Monde Futur, et il ne se relèvera pas lors de la résurrection des morts, à moins qu’il n’ait fait techouva. Il est considéré comme un meurtrier, et encore bien plus, son statut est comparable à celui des pires réchaïm qui ont commis les plus graves fautes. Si tu souhaites approfondir encore le sujet, consulte le maamar Pgam HaYessod, notamment le 22ème pgam, et cette lecture te laissera sans doute tremblant et bouche bée.

1

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les enfants d’un mort ne marchent pas juste derrière le cercueil lors de l’enterrement


Si c’est ainsi, qui est le fou et l’idiot borné qui se dira qu’il n’a rien à craindre et qu’il peut vivre en paix ? En vérité il jette sa nechama dans les profondeurs du Chéol2 pour l’éternité, et il ne cherche même pas un tikoun pour sa nechama. Comment est-il possible d’être si inconscient alors même qu’aucun d’entre nous ne sait à quelle heure il sera apellé à rendre des comptes pour chacune de ses fautes ? On voit d’ailleurs chaque jour des hommes forts et en bonne santé qui quittent ce monde sans le moindre signe avant-coureur. Tout ceci est encore plus valable dans notre génération sur laquelle s’applique le verset « et le matin tu te demanderas ‘’quand viendra le soir’’ et le soir tu diras ‘’quand viendra donc le matin’’ tant tu seras effrayé par les choses terribles que verront tes yeux »3. Le seul souci est que même après avoir pris conscience de l’ampleur des dégâts, celui qui voudrait faire le tikoun de sa nechama et qui ouvrirait un livre serait tellement submergé par le nombre de tikounim à réaliser qu’il désespérait avantmême d’avoir commencé. Bien souvent, le yetser hara’ montre à celui qui souhaite faire techouva le passage du Zohar qui affirme qu’il n’est pas possible de faire techouva sur la ‘avéra consistant à émettre de la semence en vain, comme je l’ai entendu de la bouche de plusieurs ignorants. Malheur à celui qui rappelle ce Zohar en livrant cette interprétation erronée ! Le monde est bâti sur la Techouva. Même la techouva du roi Ménaché qui a érigé une idole dans le Sanctuaire et qui a fait tous les actes les plus répugnants au monde a été acceptée par Hashem. Quant à A’hav au sujet duquel il est dit « Et il surpassa facilement les ‘avérot de Yerov’am »4, sa techouva a également été acceptée par Hashem, comme il est écrit « As-tu vu que A’hav s’est incliné devant Moi ? »5. Yérov’am lui-même qui a

2

Le Chéol peut se traduire par « l’abîme », le lieu où souffriront les fauteurs qui n’ont pas fait techouva, ‘has véchalom. 3 Devarim, 28 : « äàÆ øÀ •Ä ø Æ• Âà •éÆðé Åò äàÅ øÀ Ç!î• Ä ã Èç Àô•Ä ø Æ• Âà • Àá ÈáÀì ã Çç Ç•îÄ ø÷ÉÆ • ï•Å Äé éîÄ ø ÇîàÉ • áøÆ Æò Èá• ,áøÆ Æò ï•Å Äé éîÄ ø ÇîàÉ • ø÷ÉÆ • Ç• ». Ce livre a été écrit vers 1930 au moment où ont été votées les premières lois antijuives en Hongrie, bien avant la Shoah qui décimera d’ailleurs l’intégralité des juifs de la ville de Satu Maré (Satmar). La situation des juifs était déjà catastrophique à ce moment-là. Malheureusement ce verset demeure d’actualité. 4 Rois I, 16,31 5 Rois I, 21,29 ãåñéä ïå÷ú øîàî Î ùãå÷ä úøäè


fait fauter l’intégralité du peuple d’Israël s’est vu proposer par Hashem de faire techouva. Elicha Ben Avouya, le maître de Rabbi Méïr a été nommé « A’her » après avoir commis une faute d’une exceptionnelle gravité. A son sujet une voix céleste a proclamé « Revenez, enfants égarés, à l’exception de A’her »6. Tous les mekoubalim enseignent qu’à cet instant il n’a pas été décrété qu’il ne pourrait pas faire techouva mais qu’il ne recevrait aucune aide d’Hashem pour faciliter sa techouva. Cependant, s’il avait fait un effort extraordiaire il aurait pu revenir vers Hashem, et il n’y a aucun doute sur l’acceptation de sa techouva par Hashem si elle avait été sincère. Quelques instants avant sa mort il a d’ailleurs exprimé des regrets pour ses actes au point que son élève Rabbi Méïr s’est exclamé « Il semble que mon maître est mort en faisant techouva ». Dans le Zohar lui-même il y a une réfutation explicite et à de nombreuses reprises de l’avis de qui semble dire qu’il n’existe pas de techouva possible sur la ‘avéra de zéra’ lévatala, l’émission de semence en vain, comme le rapporte le Rechit ‘Hokhma. Tout fauteur qui se retire de la ‘avéra la techouva lui est possible. De plus, le Ra’aya Méhemna expose dans le Zohar7 qu’il existe au Gehinam une « chambre » spéciale réservée à ceux qui ont eu des relations interdites, aux meurtriers, à ceux qui ont des relations avec une femme nida, une esclave, une goya ou une femme qui se livre à la ‘avéra, ainsi que pour chacune des ‘avérot de la Torah. Mais il poursuit en citant le verset « J’ai effacé ta ‘avéra comme on dissipe un écran de fumée et tes ‘avérot comme un nuage. Reviens à Moi car Je t’ai liberé »8. On apprend de là-bas que la techouva a la force d’effacer à la fois les conséquences de la ‘avéra mais aussi les actes d’accusation qui auraient pu justifier une condamnation : l’amnistie est intégrale. Les racines de la ‘avéra sont effacées, cet effacement se fait « en haut » et « en bas », il ne reste aucun dégât ni aucun souvenir de cette faute après la techouva. Ainsi il ne reste aucun motif de condamner au Guehinam cet homme qui a fait techouva. On voit donc que la techouva efface toutes les conséquences des ‘avérot.

6

Talmud Bavli, Haguiga 15a. Zohar parachat Vayikra, 16 8Yechayaou, 44, 22 : «•é•Ä Àìà Ç Àâ é Ä• ,é ÇìàÅ ä Èá•• ;•éúåàÉ Æ • Çç ïÈð ÈòÆë Àå ,•é Æò•È À! á ÈòÈë éúé Ä çÄ Èî ». 7


Il est rapporté en de nombreux autres endroits dans le Zohar qu’il n’y a aucun doute quant à l’acceptation d’une techouva sincère, il est formellement interdit de prétendre le contraire. Celui qui proférerait un tel mensonge serait un fauteur qui entraîne la communauté à fauter. Il empêche ceux qui le souhaitent de faire techouva, alors que c’est sur eux que tient le monde, comme il est dit « Pour un seul individu qui a fait techouva on pardonne les ‘avérot du monde entier »9. Il faut bien intégrer l’idée que le tikoun de la Brit n’est pas une chose facile, car celui qui a causé un dommage à sa Brit a indirectement dégradé tous les membres de son corps, tant d’un point de vue physique (leur vigueur est diminuée) que d’un point de vue spirituel. De plus, cette ‘avéra ne ressemble à aucune autre, car une ‘avéra « classique » n’endommage que le membre concerné par la ‘avéra alors que la ‘avéra réalisée avec la Brit endommage tous les membres, comme nous l’enseignent de nombreux ouvrages de kabala. En effet, comme je l’ai expliqué précedemment (et comme cela est rapporté dans l’introduction) le Yessod est la base de tous les autres membres du corps. Une ‘avéra liée à la Brit a pour conséquence inévitable de déstabiliser tous les autres membres du corps. Le corps tout entier repose sur des fondements déstabilisés. Il est d’ailleurs ramené au nom de médecins et de scientifiques qu’il est physiquement impossible d’émettre la moindre goutte de semence sans que l’ensemble des membres et des nerfs n’ait « donné son accord » à cela. Une convergence totale de la concentration de tous les membres et de l’esprit est necessaire. Ainsi une personne qui ressent une excitation mais qui n’a pas l’intention d’avoir une relation physique, sa pulsion disparaît car tous ses membres et tous ses nerfs doivent simultanément ressentir la même pulsion : si il est ‘’déconcentré’’ ou qu’il n’en a pas envie, même une excitation involontaire disparaîtra rapidement10. Le renouvellement des générations, et par là-même, la survie du monde entier dépendent de cette force qui pousse l’homme à accomplir la mitsva de äéáøå äéøô, se multiplier et fructifier en donnant naissance à des enfants. Cette pulsion qui renferme un potentiel de création extraordinaire est donc celle qui permet au 9

Talmud Bavli, Yoma 86b.

10 Le Rav enseigne dans un autre maamar qu’au cas où cela arriverait, il faut se pincer une autre

partie du corps, le bras par exemple : la concentration sur la douleur ressentie dans le membre pincé fait disparaître l’excitation immédiatement ãåñéä ïå÷ú øîàî Î ùãå÷ä úøäè


monde d’exister. On comprend donc qu’il n’existe aucun désir plus puissant que celui qui incite l’homme à perpétuer l’existence du monde en amenant des nechamot pour peupler ce monde. Mais cette force sublime de kedousha est convoitée par les ‘hitsonim qui veulent la détouner à leur profit. C’est pourquoi les ‘hitsonim cherchent à tout prix à extirper de l’homme des précieuses gouttes de semence, afin d’en tirer leur force et leur vitalité. Ce sujet est longuement traité et détaillé dans de nombreux ouvrages de kabala. Par ailleurs, l’homme s’appelle « ‘Olam Katan »11. Celui qui protège sa Brit en s’appliquant à se préserver par tous les moyens possibles12 possède une force extraordinaire qui influence spirituellement les Mondes supérieurs. En effet, c’est sur la Brit que tient le Monde, comme il est écrit « Si ce n’était pour Mon alliance jour et nuit, Je n’aurais pas institué les règles de fonctionnement du Ciel et de la Terre »13. Ainsi, celui qui respecte sa Brit s’appelle « Tsadik Yessod Olam »14 car c’est sur lui que tient le Monde15. Celui qui atteint véritablement ce niveau peut s’en réjouir, et c’est sans aucun doute une grande source de satisfaction pour ses ancêtres. Ce titre n’est pas réservé à celui qui n’aurait jamais fauté : même celui qui fait le tikoun de sa Brit par la techouva mérite le titre de Tsadik. Et s’il fait une techouva véritablement parfaite il peut avoir le titre de Tsadik Yessod ‘Olam16. L’abondance apparente de tikounim fait dire à celui qui veut commencer les réparations propres à la techouva « quand aurais-je la possibilité de faire tous ces tikounim ? En aurais-je seulement la force » ? Il se rétracte alors et ne répare rien. Mon fils, tend l’oreille et écoute car je t’aiguillerai avec l’aide d’Hashem sur la voie de la vérité, si tu veux sauver ta nechama et ne pas disparaître de ce monde.

11Olam

Katan : Monde de taille réduite. Comme c’est expliqué dans le maamar Chemirat haBrit : cela passe notamment par le fait de protéger son regard dans la rue des images indécentes et des femmes impudiques, et aussi par une surveillance accrue de sa façon de parler pour ne pas dire ni lachon hara’ ni enfreindre l’interdit de onaat devarim (entre autres interdits graves liés à la parole). 13 Yermyahou, 33 : « éúîù àì ,õøàå íéîù úå÷åç äìéìå íîåé éúéøá àì íà ». 14 Tsadik Yessod Olam : Juste sur lequel repose le Monde. 15 Talmud Bavli, Haguiga, 12b. 16 Il en ressort ainsi du Réchit ‘Hokhma, du Zéra’ Kodesh et également du Sour Méra’, qui tient cet enseignement de la bouche de son maître le ‘Hozé de Lublin. 12


Dans ce petit abrégé l’essentiel de ce que nous allons voir est basé sur les enseignements du Ari haKadosh, qui a percé les secrets les plus profonds de la Torah et nous les a dévoilés pour pouvoir faire le tikoun des nechamot d’Israël. Aussi nous étudierons les enseignements de grands tsadikim dont la crainte d’Hashem dépasse tout ce qu’il est possible d’imaginer, comme nous le verrons plus loin avec l’aide d’Hashem.

En résumé : La techouva est possible : · · · · ·

Pour chaque juif sans exception A tout moment Pour toutes les ‘avérot Non seulement les fautes sont pardonnées Mais en plus les actes d’accusation sont effacés

ãåñéä ïå÷ú øîàî Î ùãå÷ä úøäè


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