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21 MARS 13 Hebdomadaire Paris OJD : 86040 Surface approx. (cm²) : 1063 N° de page : 60-62 1 RUE LULLI 75002 PARIS - 01 40 54 11 00

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Histoire Quand Napoléon gouvernait l'Europe 1811 Tout part de l'Empereur, tout remonte à lui. Il ne tolère que des exécutants : ministres, préfets, généraux, commissaires généraux de police... Tous obéissent et rendent compte. Bousculés, accablés par ses lettres et instructions. A la naissance du roi dè Rome, fils de Napoléon, l'Europe est faite, et elle est napoléonienne. À la France proprement dite se sont ajoutés la Bel gique, divisée en départements des la Revolution, le Luxembourg, la Hollande annexée le 13 decembre 1810, les villes de la Hanse dont Hambourg, la rive gauche du Rhin avec Trèves, Coblence et Mayence, Geneve, Turin et le Piémont, Gênes, la Toscane, Rome, après l'arrestation du pape en 1809, sans oublier les Provinces Illyriennes (Tneste, la Croatie et la Dalmatie) qui disposent d'un statut spécial La Catalogne suivra en 1812. La France est passée de 83 départements en 1790 à 130 en 1811. C'est déjà une petite Europe, « la France-Europe », selon Mme de Staël Maîs Napoléon est aussi roi d'Italie avec Milan comme capitale, médiateur de la Confédéi ation helvétique et protecteur de la Confédération du Rhin, qui a remplacé le Saint Empire romain germanique et englobe tous les États allemands, de la Saxe à la Bavière À cette Confedération est rattache le duche de Varsovie Viennent ensuite les pays vassaux. Napoléon a place sur le trône de Madrid son frere aîné Joseph, et ses ti oupes se battent au Portugal. Le beau-frèi e de l'Empereur, le prince Murât, est roi de Naples. Si Napoléon n'a ceint rn la couronne d'Espagne ni celle de Naples, c'est pour faire croire al'independance de ces deux royaumes ou régnaient encore au début du siècle les Bourbons. En réalité Berthier, chef d'étatmajor de Napoléon, le rappelle à Murât : « Pourvoi, sujets, soyez rm, pour l'Empereur, soyez vice *. roi » Principal allie : le Danemark On aurait pu aussi compter sur la Suede qui choisit comme prince héritiei un maréchal français, mais Beinadotte vajouer un jeu très personnel. Comment gouverner un empire qui englobe * ainsi la plus grande partie de l'Europe contmentaie, à l'exception de la Russie et de l'Autriche (encore son souverain est il le beau père de Nape léon) ? Au sommet, l'Empereur. Tout part de lui, tout remonte à lui. Il ne tolère que des exécutants • ministres, préfets, gênéraux, commissaires géne raux de police . Tous obéissent et rendent compte, stimulés, bousculés, accablés par ses lettres et insARMEE 3068075300507/GOP/OTO/2

tructions. Sa correspondance a ce sujet ne comprend pas moins de vingt huit volumes de six cents pages chacun. Une réédition en cours par la Fondation Napoléon n'arrive en huit énormes tomes qu'a l'année 1808 Tous les sujets sont abordes, de la levée des conscrits a l'état des routes, des depôts de mendicité au budget de l'Opéra de Paris. Dictées le plus souvent

L'empereur préside le Conseil d'État et le Conseil des ministres mais il travaille et décide seul, s'appuyant sur la secrétairerie d'État. sur un ton sec et autoritaire, ces lettres sont claires et précises. On pourrait se contenter de cette correspondance pour écrire l'histoire du Consulat et de l'Empire. Aux lettres s ajoutent les ordres donnés oralement ou sous la forme d'apostilles. Reste le problème de la transmission et de l'exécution. À moins que les lettres ne soient ache minées par la malle poste, les courriers partent à cheval de Paris (maîs Napoléon n'y a séjourné que 900 jours en dix ans) ou des lieux où se trouve l'Empereur (residences impériales, villes qu'il visite, champs de bataille). Celui ci préside bien sûr le Conseil des ministres, Ie Conseil d'État, de nombreux conseils d'adminis tration, maîs il travaille et décide seul, s'appuyant sur la secrétairerie d'État

Avoir Napoléon etl'Europe, lapins importante exposition surlesujet depuisplusde quarante ans Trois cents pièces et documents réunis pourillustrer l'ambition européenne de l'Empereur. Musee del'Armêe, Pans Vif, du27mars aul4juillet.

Ci dessous, manuscrit deNapoleon. Ici des pages dictées au maréchal Bertrand et auxgeneraux Montholon etGourgaud. (Adjuge 250 000 euros en 2004.)

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« Chaque jour, note Ie baron Pain, qui tut secrétaire de Napoléon, un procès-verbal enregistrait les actes de la journée. Dès le lendemain, les principales dispositions de chaque acte étaient dépouillées sur de petits bulletins destinês à présenter aux recherches les noms propres, les noms de lieux... et recueillis par ordre alphabétique dans les tiroirs d'un casier, formantlerépertoirelepluscompletdontlamémoired'un gouvernement puisse être armée. » Napoléon a aussi à sa disposition des livrets constamment mis à jour sur la situation de ses régiments ou l'état de ses finances, sans oublier les bulletins quotidiens que lui adresse son ministre de la Police. Lors de ses déplacements, Napoléon, qui a toujours un secrétaire auprès de lui, ARMEE 3068075300507/GOP/OTO/2

"Bonaparte, travaille dans sa berline. À la portière droite, chepremier vauche un écuyer prêt à emporter ses instructions. consul Dans chaque endroit où il s'arrête, est reconstifranchissant tué le cabinet des Tuileries avec les documents essenles Alpes", tiels. Même organisation sur le champ de bataille. En par David 1813, à Leipzig, à la veille de s'engager dans un com(musêe bat décisif pour l'avenir de l'Allemagne, Napoléon del'Histoire trouve le temps de signer la pension d'une veuve de de l'art commissaire de police et de ratifier des élections à de Vienne). l'Institut. La transmission des ordres est facilitée à l'intérieur de l'Empire par ce que l'on a appelé la centralisation napoléonienne. La France est divisée en départements, en arrondissements de police géne-

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France des Français au service des souverains vassaux, qui voient ainsi leurs couronnes menacées. Enfin le Blocus continental, qui vise à interdire l'entrée des marchandises anglaises sur le sol européen, pour mieux ruiner l'industrie de "la perfide Albion", enferme l'Europe dans des barrières douanières de plus en plus rigoureuses, favorisant une unification économique du continent. Pour mieux marquer les esprits et montrer qu'il est le maître de l'Europe, Napoléon signe le décret instituant le Blocus continental à Berlin, ceux qui le renforcent à Milan et celui qui réorganise la Comédie-Française à Moscou.

Ce qui va faire éclater le Grand Empire en 1813, c'est l'explosion du sentiment national, en Espagne puis en Allemagne.

raie, en sénatoreries et en divisions militaires. Partout règne une stricte hiérarchie. Les instructions adressées au préfet sont répercutées au sous-préfet puis au maire. La gendarmerie à cheval est souvent utilisée pour ces transmissions. Hors des ISO départements, les rois d'Espagne, de Naples, de Westphalie et le vice-roi d'Italie, Eugène de Beauharnais, tous de la famille impériale, sont considérés comme de simples vassaux. Leurs ministres et leurs conseillers sont en majorité français. Les lettres que Napoléon envoie à ses frères et à son beau-frère ne ménagent guère la susceptibilité de ces souverains. Les critiques fusent. À Murât, Napoléon écrit : «Souvenez-vous queje ne vous aifait roi que dans l'intérêt démon système. » Dans une autre missive, il le tance brutalement : «fai vu des décrets de votre part qui n'ont pas de sens. Vous sacrifiez à une fausse popularité. » Les reproches se multiplient au point que Murât soupire : « // est quand même cruel d'avoir toujours à se justifier. » À Kassel, Jérôme n'est pas mieux loti. Roi de Hollande, Louis, excédé, a préféré abdiquer. Auprès des souverains étrangers, ce sont les ambassadeurs qui servent d'intermédiaires. En 1810, la domination de Napoléon se fait pressante sur les États vassaux et satellites. Leur autonomie se réduit. L'Empereur exige partout l'adoption du code civil, l'abolition de la féodalité, la laïcisation des institutions et davantage de soldats, soit par la conscription soit par la fixation de contingents. En même temps, doivent être entrepris de grands travaux, notamment des routes et des canaux. La tendance à l'unification des lois et à la simplification géographique par la multiplication des annexions ne cesse de s'affirmer. Le décret du 26 août 1811 proclame l'allégeance inaliénable à la ARMEE 3068075300507/GOP/OTO/2

À lire Dejean Tulard: le Grand Empire, Albin Michel, 480pages, 18,25 €; Napoléon chef deguerre, Tallandier, 384pages, 24 €.

Mais la volonté de l'Empereur se heurte à de nombreux obstacles. Celui de la langue a certainement compté, mais les élites parlaient français et les documents officiels sont le plus souvent bilingues. La franc-maçonnerie permet aussi des rapprochements au sein des loges, surtout en Allemagne. Peu de heurts religieux, l'Espagne mise à part en raison de l'organisation des cultes. Le commercede l'argent est confronté à la diversité des monnaies. Faute de temps, Napoléon n'a pas créé de monnaie unique. Édouard Dégrange publie en 1808 un Traité du changea l'usage des commerçants. La difficulté vient des distances. Selon V État général des postes et relais, il faut de Paris huit jours pour atteindre Toulouse, cinq pour Bordeaux et Lyon, quatre pour Strasbourg. Les délais sont de huit jours pour Milan et quinze pour Naples. Si Napoléon se décide à quitter Moscou, en 1812, c'est que ses liaisons avec Paris sont menacées et même interrompues. Plus rapide que les estafettes et les voitures de poste, le télégraphe relie Paris à Lille, Anvers et Amsterdam tandis qu'une autre ligne joint la capitale à Strasbourg et une troisième Paris à Lyon, Turin et Milan. Le personnel administratif ou militaire trop éloigné du pouvoir n'ose prendre des initiatives de peur d'être désavoué. De là, la passivité des plus timorés. Et n'oublions pas que nombreux sont les maires qui ne savent ni lire ni écrire et qu'il faut les faire assister de secrétaires de mairie itinérants. Mais ce qui va faire éclater le Grand Empire en 1813, c'est l'explosion du sentiment national, d'abord en Espagne dès 1808, puis en Allemagne après le désastre essuyé en Russie par Napoléon en 1812. La Hollande, les États italiens, la Suisse se soulèvent à leur tour contre les autorités françaises au nom du droit des peuples à disposer d'euxmêmes. L'erreur de Napoléon : n'avoir pas utilisé le référendum lors de ses annexions. Une nouvelle Europe se dessine au congrès de Vienne en 1815 sur les ruines de l'Empire napoléonien. Faute d'avoir tenu compte à son tour du principe des nationalités, elle ne survivra pas aux révolutions de 1830 et de 1848. Jean Tulard, membre de l'Institut

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