Issuu on Google+

n°3

samedi 15 et dimanche 16 septembre 2012

le Quotidien de la Biennale l’InvItatIon au rÊve

édito la XXvIe Biennale des antiquaires, officiellement ouverte au public depuis vendredi, va connaître ce week-end son pic d’affluence. aux acheteurs et collectionneurs venus du monde entier, s’ajoute le public parisien, aimanté par la présence de ces quelque huit mille œuvres d’art, dans un écrin scénographié par Karl lagerfeld. plus que jamais, une invitation au rêve, au cœur de ce que la capitale peut offrir de meilleur. un goût poussé à l’extrême, une exigence dans le choix, la qualité des pièces présentées qui rapellent à chaque visiteur que l’émerveillement se cultive, s’entretient au contact de la beauté, et qu’il est le premier et le plus accessible des trésors.

©François tomasi

The 26th Biennale des Antiquaires, officially opened to the public since Friday, will witness its peak attendance this weekend. Buyers and collectors from all around the world will join the Parisian public, magnetized by the presence of some eight thousand works of art, encased in a set designed by Karl Lagerfeld. More than ever, this event constitutes an invitation to dream, at the heart of what the city offers best. Taste taken to the extreme, a high level of demand in selection, quality of the pieces showcased, all remind each visitor that wonder is to be cultivated, that it grows in contact with beauty, and that it is the first and most accessible of treasures. L.B.

événement / EVENT

intervieW

un éCrivain, un Jour / A WRITER, A DAY

voluptueusement art déco

Galerie de Jonckheere

le lYrIsme du léGumIer

Voluptuously Art Deco

Georges de Jonckheere, dont la galerie est spécialisée dans la vente de tableaux flamands des xve, xvie et xviie siècles, revient sur sa passion et commente trois coups de cœur de la Biennale.

écrin d’exception, la Biennale célèbre l’art déco sous le soleil de la sensualité, des matières, des couleurs, et d’une grâce inédite dont les meubles, les tableaux, les bijoux et objets précieux sont les messagers. Jewel of exception, the Biennale celebrates Art déco in sunny sensuality, materials, colours, and with unique grace, all showcased by furniture pieces, paintings, precious objects and jewelry. p. 2-3

Georges De Jonckheere, whose gallery is specialised in the sale of Flemmish paintings of the 15th, 16 th and 17th centuries, talks about his passion and shares three personal favorite works of the Biennale. p. 6

corneille de lyon (vers 1500-1575), Portrait d’un homme au toquet à plume et au pourpoint noir.

pendule art déco en citrine, ébonite, diamant et émail, maurice couet pour cartier, paris, 1920.

Corneille de Lyon (ca. 1500-1575), portrait of a man with feathered capand black doublet.

Art deco clock, citrine, ebonite, diamond, and enamel mystery clock by Maurice Couet for Cartier, Paris, 1920.

Galerie de JonCkHeere, stand s01

sieGelson, stand n23

The Lyricism of the Legumier emmanuelle pireyre, qui vient d’écrire une pièce de théâtre, Laissez-nous juste le temps de vous détruire (maison de la poésie, paris, 2012), fait revivre sarah Bernhardt à travers ce légumier orné d’animaux extravertis. Emmanuelle Pireyre, who has just written the play leave us time to destroy you (Maison de la Poésie, Paris, 2012), brings Sarah Bernhardt back to life through this legumier decorated with extroverted animals. p. 8

edmond lachenal (1855-1930), légumier du service de sarah Bernhardt. Edmond Lachenal (1855-1930), Legumier from Sarah Bernhardt’s service. Galerie vaUClair, stand Ms09-10

1

QB_samedi_15-16_exe.indd 1

14/09/12 19:35


eileen gray

événement

la lIGne sensuelle

voluptueusement art déco

The Sensual Line

Voluptuously Art Deco

eileen Gray, plateau en laque orange à décor géométrique noir, brun et gris, 1920.

Large orange lacquered tray with black, brown and grey lacquered geometric details, 1920.

Galerie vallois, stand s30

«L

e passé ne projette que des ombres », affirmait eileen Gray (1878-1976), artiste spécialiste de la laque, designer de mobilier et architecte née en Irlande. en 1971, sa « pirogue » créée en 1919 pour suzanne talbot, rue de lota, à paris, est la première pièce vendue par Bob et cheska vallois qui inaugurent alors leur galerie rue de seine. Figure atypique, travaillant autant la laque que les structures d’acier tubulaire, eileen Gray deviendra célèbre quatre ans avant sa mort avec la vente doucet (1972). le 24 février 2009, un fauteuil au dragon de la collection Yves saint laurent-pierre Bergé était adjugé à paris 21,9 millions d’euros, devenant le meuble le plus cher de l’histoire. d’une élégance suprématiste, ce plateau, comme toutes les pièces d’eileen Gray présentées à la Biennale cette année par la galerie vallois, figurera dans la rétrospective que consacrera le centre pompidou à l’artiste au printemps 2013.

“t

he past only projects shadows”, said Eileen Gray (1878-1976), an artist specializing in lacquer, furniture design and architecture born in Ireland. In 1971, her “Canoe” created in 1919 for Suzanne Talbot, rue de Lota in Paris, was the first piece sold by Bob and Cheska Vallois who at the time inaugurated their gallery on rue de Seine. An atypical figure working as much with lacquer than tubular steel structures, Eileen Gray became famous four years before her death, with the Doucet sale (1972). On February 24, 2009, a Dragon armchair by Eileen Gray from the Yves Saint Laurent-Pierre Bergé collection, was auctioned off for 21.9 million Euros, thus becoming the most expensive piece of furniture in history. Of a supremacist elegance, this tray, as with all works by Eileen Gray presented at the Biennale this year by the Galerie Vallois, shall be included in the retrospective devoted to the artist by the Centre Pompidou in spring 2013. L.B.

Eileen Gray, table en chêne et sycomore, poignées en ivoire par Inagaki, 1920. Eileen Gray, sycamore and oak table with ivory handles by Inagaki, 1920. vallois, stand s30

François pompon, Grande Panthère noire en pierre calcaire de lens, 1931.

François Pompon, large Black panther, Lens limestone, 1931.

Univers dU Bronze, stand Mn13

«A

ller au-delà des lignes pour mettre en valeur la couleur et la matière. Célébrer le luxe absolu des années vingt… » Inspiré par la scénographie de Karl lagerfeld, michel Giraud (n14) a choisi de mettre en scène « l’appartement d’un collectionneur donnant sur la place de l’Étoile ». dans son stand de 30 m2, le parti pris est celui de la laque, dont la rareté, assortie d’une restauration très délicate, donne à ces pièces leur valeur d’exception. du guéridon de sornay à la table d’appoint au chien endormi de Jean dunand (1925), il s’agit d’abord de réinterpréter les arts décoratifs à la lumière d’un désir contemporain : un goût plus assumé pour la profusion et le mouvement, la sensualité exaltée par le détail – le galbe d’un vase en dinanderie de cuivre de claudius linossier, les pieds boule facettés en bronze d’une console au serpent d’albert cheuret (1925-1930) –, que les faisceaux lumineux du décor révèlent dans un halo intimiste. tout se passe comme si en 2012, quarante ans exactement après la redécouverte de l’art déco par l’europe et les étatsunis, une envie retrouvée d’apparat discret supplantait le goût radical de l’épure. en marge d’une modernité fonctionnelle, arabesques et bois sculptés dorés participent à cet attrait du merveilleux. une histoire d’affinités électives et de correspondances entre haute couture et art de vivre que défend encore la galerie mathivet (s27). ainsi est réinterprétée pour l’occasion la loge d’actrice réalisée pour Jeanne lanvin dans le cadre de l’exposition de 1925 par son décorateur attitré, armandalbert rateau. c’est exactement là, au Grand palais, qu’un chroniqueur de la revue Art et Industrie remarquait : « Un mannequin, vêtu d’une magnifique robe de Jeanne Lanvin, assis devant une console laquée, s’admire dans un miroir de Rateau.» Ici, comme chez univers du Bronze (mn13) où la Grande Panthère noire de François pompon s’avance, lascive et puissante, la beauté n’a d’écho que la volupté retrouvée. laurence Benaïm

« C’est le mouvement qui détermine la forme (…). Ce que j’ai essayé de rendre, c’est le sens du mouvement. Au Jardin des plantes, je suis les animaux quand ils marchent. Ce qui est intéressant, c’est l’animal qui se déplace.» “Movement determines shape (...). What I have tried to convey is the sense of movement. At the Jardin des Plantes, I follow animals as they walk. The interesting factor is the animal as he moves.”

François PomPon

2

QB_samedi_15-16_exe.indd 2

14/09/12 19:35


3 Questions À

Jean dunaud, table d’appoint au chien endormi.

PIERRE RAINERO, DIRECTEUR DU PATRIMOINE CARTIER

Jean Dunaud, sleeping dog side table.

3 questions to Pierre rainero, heritage Director at Cartier

Galerie MiCHel GiraUd, stand n14

Broche en platine, Platinum, enamel, onyx émail, onyx et diamants, and diamonds brooch, cartier, 1925. Cartier, 1925. Cartier, stand P05

collier étoile Filante en or blanc et diamants.

en quoi cartier se définit-il comme le joaillier de l’art déco ? Cartier est le pionnier de l’Art déco. Dès 1904, soit plus de vingt ans avant l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, le travail sur la géométrie et l’abstraction marque cette recherche de beauté, née de la juxtaposition des formes, de l’usage de la couleur et des volumes.

Étoile Filante necklace in white gold and diamonds. CHanel, stand n18

Quelles sont les pièces majeures et les inspirations liées à cette époque ? Ce sont les pièces mettant en valeur les jeux d’oppositions et de contrastes, autour d’une gamme colorielle très précise : le noir et le blanc (onyx et diamants) ; le noir, le blanc et le vert (émeraudes) ; le noir, le blanc et le rouge (corail ou rubis). peut-on dire que les principes stylistiques liés à cette période ont été fondateurs ? Oui, car tout le XXe siècle et le début du XXIe siècle sont marqués par ces jeux d’opposition, qu’il s’agisse de géométrie et d’abstraction, de transparence et d’opacité, avec notamment le cristal de roche. Ce principe fondateur ne sera défié que dans les années cinquante, par la courbe et l’inspiration organique.

In what aspects does Cartier define itself as the Art deco jeweler? cartier is the pioneer of art deco. as early as 1904, more than twenty years before the 1925 International exposition of modern Industrial and decorative arts, work on geometry and abstraction signaled this search for beauty, born from the juxtaposition of form, color and volume.

armand-albert rateau, fauteuil en chêne sculpté, vers 1925.

What are the major pieces and inspirations related to this period? the pieces highlighting a play on oppositions and contrasts around a very precise colour range: black and white (onyx and diamonds); black, white and green (emerald); black, red, white with coral or rubies.

Armand-Albert Rateau, carved oak chair, 1925. Galerie MatHivet, stand s27

“t

o go beyond the lines to highlight colour and material. celebrate the absolute luxury of the twenties…” Inspired by Karl Lagerfeld’s scenography, Michel Giraud (N14) chose to stage “a collector’s apartment overlooking the place de l’étoile”. On his stand of 30m², his bias leans towards lacquer media whose scarcity, coupled with very delicate restoration, truly gives these pieces their exceptional value. From the Sornay pedestal table to the sleeping dog side table by Jean Dunand (1925), the goal is first and foremost to reinterpret the decorative arts in the light of a contemporary desire: an embraced taste for profusion and movement, sensuality enhanced by details – the curve of a copperware vase by Claudius Linossier, the bronze multi-faceted spherical feet of a serpent console table by Cheuret Albert (1925-1930) – that the luminous beams of the decor sublimate in an intimate halo. It’s as if in 2012, precisely forty years after the rediscovery of Art deco in Europe and the United States, a revived desire for discrete ceremonial had supplanted the radical taste for the pared down. On the sidelines of a modern functionalism, arabesques and carved gilded woods have their share in this attractive enchantment. Galerie Mathivet (S27) still defends a history of elective affinities and correspondence between haute couture and art de vivre.Thus for the occasion we can admire a reinterpretation of the dressing room made for actress Jeanne Lanvin’s as part of the 1925 Exhibition by her designer of choice, Armand-Albert Rateau. It is precisely here, at the Grand Palais, that a columnist for the magazine art and Industry wrote: “a model, wearing a beautiful dress by Jeanne lanvin, sitting at a lacquered console, admires himself in a mirror by rateau.” Just like at Univers du Bronze (MN13) where François Pompon’s Great Black panther strides along, lascivious and powerful, beauty only echoes in revived voluptuousness. Laurence Benaïm

Can one say that the stylistic principles associated with this period were cornerstone? Yes, because the entire 20th century and early 21st century are inspired by this play on opposition, whether it be between geometry and abstraction, transparency and opacity, with in particular rock crystal. this founding principle will only really be challenged in the fifties by the curve and organic inspiration.

cHIFFres clés Key figures 4,5 m ètres : c’est la distance à laquelle la nacelle s’élève au-dessus du terre-plein central du Grand palais / 4.5 meters: height to which the hot air-balloon rises above the median of the Grand Palais.

albert cheuret (1884-1966), console au serpent, 1925-1930. Albert Cheuret (1884-1966), Snake console table, 1925-1930. Galerie MiCHel GiraUd, stand n14

250 m2 : la superficie du stand de cartier, le plus grand de la Biennale / 250 m²: surface area of the Cartier booth, the largest of the Biennale. 1 milliard de clous auront été nécessaires à la mise en place de l’événement / 1 billion nails were necessary for the setting up of the event.

3

QB_samedi_15-16_exe.indd 3

14/09/12 19:36


leurs 3 CouPs De Cœur

galeriste

une passIon Flamande

their 3 fAvorites

georges et François De Jonckheere, galerie De Jonckheere, stand s01

A Flemish Passion

charlotte perriand & ateliers Jean prouvé. Bibliothèque « nuage », 1956. aluminium, frêne, tôle d’acier pliée laquée.

Charlotte Perriand & Ateliers Jean Prouvé. “Cloud” bookcase 1956. Asymmetric bookcase in aluminum, ash, lacquered steel.

Galerie downtown, stand s04

« Élégance de la forme, noblesse du matériau : ce mobilier aux lignes épurées reflète le nouvel esprit que nous avons souhaité insuffler à notre galerie genevoise. » “elegance of form, nobility of materials: this sleek furniture reflects the new spirit that we wish to instill to our gallery in Geneva.”

Quelles sont vos pièces majeures présentées à la Biennale ? Nous présentons cette année une œuvre majeure de Jan Brueghel le Vieux, représentant une Crucifixion. Ce cuivre a été acheté au peintre par la famille italienne auprès de qui nous avons acquis l’œuvre. Nous renouons également lors de cette édition avec les rencontres de maîtres : maîtres anciens côtoient artistes modernes.

What are your major pieces showcased at the Biennale? this year we are presenting a major work by Jan Brueghel the elder, depicting a crucifixion. this copper was purchased from the painter by the Italian family from which we acquired the work. For this edition, we are also renewing with the encounter of the masters: older masters appear alongside modern artists.

Quelle est celle qui vous tient plus particulièrement à cœur ? Pourquoi ? Nous sommes extrêmement enthousiastes de la présentation d’une série de huit Proverbes de Pieter Brueghel le Jeune réunis par un amateur.

Which piece is particularly close to you heart? Why? We are particularly excited about the presentation of a series of 8 proverbs by pieter Brueghel the Younger gathered by an amateur.

Pourriez-vous expliquer votre attachement à la peinture flamande ? La peinture flamande représente de manière bonhomme les plaisirs de l’existence : qui ne pourrait y être sensible ?

Could you explain your attachment to Flemish painting? Flemish painting represents in a good-natured way the pleasures of life: who wouldn’t be sensitive to that?

Comment entretenez-vous la même passion depuis plus de trente ans ? La magie des tableaux anciens, c’est la découverte de trésors, petits et grands ; cet aspect du métier est singulièrement grisant.

How have you maintained the same passion for over thirty years? the magic of old paintings, is the discovery of treasures, large and small, this aspect of the job is the most exhilarating.

en quoi est-il important que la peinture flamande soit présente à la Biennale ? La peinture flamande, avec la peinture impressionniste, est certainement la plus largement connue et appréciée des collectionneurs. Il suffit d’être présent à la Biennale pour réaliser combien les visiteurs apprécient cette peinture et la commentent avec pertinence.

Why is it important for Flemish painting to be represented at the Biennale? Flemish painting, like impressionist painting, is certainly the most famous painting among the collectors. at the Biennale, you realize how much the visitors like and comment it, with very much revelance.

Comment les artistes flamands ont-ils abordé la peinture de commande ? Anvers tient une place prédominante pour le marché de l’art au xviie siècle ; les œuvres sont produites en nombre et exportées dans toute l’Europe. Les peintres sont à l’origine de l’émergence d’un goût pour la peinture de tous genres. Rapidement, la volonté d’orner les appartements de ces images symbolisant la bonhommie locale se fait sentir et les ateliers répondent à cette demande. Mais la peinture de commande existe déjà bien avant ; l’art n’aurait pas pu se développer sans les mécènes qu’étaient déjà à l’époque médiévale le clergé et les princes. La particularité flamande réside davantage en une peinture plaisante, qui s’adresse à une catégorie émergente de la société.

How did the Flemish artists start the commissioned painting? antwerp is a prevailing place for the art market in 17th century; many works are made and sent to the whole europe.the painters themselves create a taste for all kinds of painting. Quickly, images representing local bonhomie ornate all the apartments, furnished by the workshops. But the commissioned painting was there before; art wouldn’t have been there without the clergy and the princes, patrons of the arts since the middle age. Flemish painting is more a pleasant painting, aimed at an emerging part of the society. Interview: C.H.A.

lajos Kassák, Décor de scène, 1926. collage sur carton.

Lajos Kassák, stage set, 1926. Collage on cardboard.

Galerie le MinotaUre, stand n34

« Insolite, ce collage de 1927 pourrait appartenir à un cabinet de curiosités moderne. » “unusual, this 1927 collage could very well belong to a modern cabinet of curiosities.”

Jean dubuffet (1901-1985). Personnage dans un paysage, août 1960. encre de chine sur papier.

Jean Dubuffet (1901-1985). Figure in a landscape, August 1960. India ink on paper.

Galerie zlotowski, stand n13

« Nous aimons cet artiste que nous présentons aussi sur notre stand par une tête de vieillard. » “We love this artist that we also represent at our stand by an old man’s head.”

6

QB_samedi_15-16_exe.indd 6

14/09/12 19:36


ils sont venus À la Biennale / THEY CAME TO THE BIENNALE

Billet D’Humeur

nicolas sarkozy (ci-contre avec rené Bouchara), aperçu jeudi 14 septembre 2012 à la XXvIe Biennale des antiquaires, ainsi que mick Jagger et calvin Klein.

collier ceinture en aiguesmarines et rubis,verdura pour paul Flato, new York, 1935.

Brûle-parfum en forme de chimère, bronze,vietnam, époque Giao chi (Ier siècle avant J.-c., IIIe siècle après J.-c.). Chimera shaped incense burner, bronze,Vietnam, Giao Chi era (1st century BC, 3rd centur y AD). CHristoPHe HioCo, stand H15

Aquamarine and ruby belt necklace,Verdura, for Paul Flato, New York, 1935.

© luc castel

sieGelson, stand n23

Nicolas Sarkozy (here with René Bouchara), seen on September 14th 2012 at the 26th Biennale des Antiquaires, as well as Mick Jagger and Calvin Klein.

nIcolas sarKoZY et rené BoucHara

FolIes douces

Paris PenDant la Biennale

le BrunCH / tHe BrunCH

shangri-la Hotel

Sweet Follies

c’est l’un des plus savoureux brunchs de paris. légumes croquants, salades parfumées, soupes à la citronnelle… sous une coupole majestueuse, le shangri-la Hotel multiplie les promesses gustatives inspirées de l’asie.

« Paris est une ville de modes.Tenir y est un tour de force », écrivait Jean cocteau. c’est aussi la capitale d’un art de vivre que cette XXvIe Biennale célèbre d’une manière assez exceptionnelle. lors du dîner de gala, ces tables revoilées de tulle blanc, aux centres fleuris d’hortensias mauves, roses et bleu calcédoine, avaient quelque chose d’irréel. aussi impalpable que l’air circulant dans ce paris suggéré d’une manière si subtile par Karl lagerfeld. pavés en trompe-l’œil, monuments calligraphiés dans l’espace, arcades de stuc, nous sommes à la Biennale comme dans un décor où les objets, les tableaux, les joyaux, les sculptures échangent des correspondances secrètes, irréductibles à des modes.assez magnétiques pour qu’une femme en talons eiffeliens se dirige d’un pas de reine vers le bracelet en calcédoine de la duchesse de Windsor (siegelson, n23), ou vers le somptueux collier ceinture d’aiguemarine deverdura créé pour madame cole porter. Que carlo perrone commente avec émotion la patine vieux rose des miroirs de claude lalanne chez JeanGabriel mitterrand (JGm Galerie, n11). Que les rêves les plus fous côtoient les invitations au songe, à la retraite spirituelle, dans un lieu décidément unique au monde.

This is one of the tastiest brunches in Paris. Crunchy vegetables, fragrant salads, lemongrass soups... Under a majestic dome, the Shangri-La Hotel offers multiple tasty promises inspired by Asia..

© galerie les Filles du calvaire, paris / paul Graham

Paul graham À l’occasion de son deuxième anniversaire, le Bal présente deux séries de cette figure majeure de la photographie britannique contemporaine, quelques mois après la rétrospective que lui a consacrée la Whitechapel Gallery de londres. On the occasion of its 2nd anniversary, the BAL presents two sets of this major figure in contemporary British photography, a few months after the retrospective dedicated to him at the Whitechapel Gallery in London..

Jusqu’au 9 décembre 2012, 6 impasse de la défense, 75018. www.le-bal.fr

LE MUSÉE / THE MUSEUM

intérieurs romantiques Quatre-vingt vues d’intérieurs du xixe siècle européen, réunies par le collectionneur eugène v. thaw. l’occasion de pénétrer dans l’intimité des intérieurs les plus raffi nés. 80 interior decoration scenes from 19th century Europe gathered by collector Eugene V. Thaw. The opportunity to enter into the intimacy of the finest and refined interiors.

WeeK-enD gourmanD

diplômé d’Hec, Jean-andré-charial célèbre depuis toujours une gastronomie provençale de haut vol dans son établissement l’oustau de Baumanière, aux Baux-de-provence. pour son menu, il a choisi deux plats signatures de l’oustau : l’agneau de lait des pyrénées à la menthe et à la coriandre et le rouget. Formé entre paris, londres et new York auprès de roger vergé et Gaston lenôtre, Jacques chibois célèbre, au sein de sa maison la Bastide saint-antoine à Grasse une cuisine créative, gourmande et ensoleillée.au menu donc, fine salade de girolles, crémeux d’œuf et glace au foie gras, filet de saint-pierre, poitrine de canette, conclu par l’enchantement d’une pomme d’amour tiède à la florentine de pistaches.

10 avenue d’Iéna, 75016. Brunch de 11 h 30 à 15 h 30. tél. : 01 53 67 19 91.

LA GALERIE / THE GALLERY

“paris is a city of fashions. surviving there is a feat,” wrote Jean Cocteau. It is also the capital of a lifestyle that the 26th Biennale celebrates in quite an exceptional way. During the gala dinner, tables veiled with white tulle and garnished with purple, pink and blue chalcedony hydrangea centerpieces made for a slightly surreal setting. As intangible as the air circulating around this Paris so subtly suggested by Karl Lagerfeld. Trompe-l’oeil cobblestones, monuments calligraphied into the space, stucco archways, the Biennale makes us travel into a setting where the objects, paintings, jewels and sculptures exchange secret correspondence, irreducible to fashions. Magnetic enough for a woman in Eiffel-tower like heels to stride queen-like towards the Duchess of Windsor’s chalcedony bracelet (Siegelson, N23) or Verdura’s magnificent aquamarine belt necklace created for Mrs. Cole Porter. May Carlo Perrone emotionally comment on the dusty pink patina of mirrors by Claude Lalanne at Jean-Gabriel Mitterrand’s (JGM Galerie, N11). May the wildest of reveries live alongside invitations to access dreams, spiritual retreats, in a venue decidedly unique in the world. L.B.

le restaurant épHémÈre

météo Du Jour WEATHER OF THE DAY

© cooper-Hewitt, national design museum, smithsonian Institution, photo matt Flynn

r

LE DÎNER / THE DINNER

Jusqu’au 13 janvier 2013, musée de la vie romantique, 16 rue chaptal, 75009. www.vie-romantique.paris.fr

la Dame de Pic Jean-andré cHarIal (15 septemBre)

triplement étoilée dans son restaurant de valence, anne-sophie pic investit paris et sa rive droite, avec une nouvelle adresse gastronomique à découvrir.

JacQues cHIBoIs (16 septemBre)

TA graduate of the HEC business school, Jean-André Charial has always celebrated a high-flying Provençal cuisine in his restaurant l’Oustau Baumanière in Baux-de-Provence. For his menu, he chose two of Oustau’s signature dishes Pyrenees suckling lamb with mint and coriander and the red mullet. Trained between Paris, London and New York, with Roger Vergé and Gaston Lenôtre, Jacques Chibois celebrates in his restaurant La Bastide Saint-Antoine in Grasse, a creative cuisine, tasty and sunny. So on the menu one will find fine chanterelle mushroom salad with creamy egg and foie gras ice cream, filet of John Dory, duck breast, and to conclude by the enchantment of a warm candied apple with a pistachio Florentine. C.H.A

Having been awarded three stars in her restaurant in Valence, Anne-Sophie Pic has now taken over Paris and its right bank, with a new gastronomic address to discover. Karine Porret

20 rue du louvre, 75001.

le Quotidien de la Biennale Le Quotidien de la Biennale est édité par le syndicat national des antiquaires www.sna-france.com conception et réalisation : stiletto éditions www.stiletto.fr directrice éditoriale : laurence Benaïm design : christophe renard et nathanaël day Impression : point 44, France, 2012. tous droits réservés.

le Quotidien de la Biennale is published by the Syndicat National des Antiquaires www.sna-france.com Conception and edition: Stiletto Éditions www.stiletto.fr Editor: Laurence Benaïm Design: Christophe Renard with Nathanaël Day Printed: Point 44, France, 2012. All rights reserved.

7

QB_samedi_15-16_exe.indd 7

14/09/12 19:36


un oBJet, un éCrivain

le lYrIsme du léGumIer Par emmanuelle Pireyre

The Lyricism of the Legumier

Edmond Lachenal (1855-1930) Legumier from Sarah Bernhardt’s service. European barbotine ware and Bernard Palissy followers.

edmond lachenal (1855-1930) légumier du service de sarah Bernhardt. Barbotines européennes et suiveurs de Bernard palissy.

Galerie vaUClair, stand Ms09-10

u

n jour, sarah Bernhardt commanda de la vaisselle à edmond lachenal qui créa pour elle un service orné d’animaux extravertis, colorés, projetés en volume vers le dehors. au centre de sarah Bernhardt, il y avait sa voix d’un lyrisme étrange, voix antiréaliste et animée d’un vibrato permanent, projetée en volume vers le dehors. autour de la voix, le reste étonnait à l’avenant : le corps de sarah Bernhardt, ses cheveux crépus, ses gestes prémédités, ses robes blanches, jaune serin, noires, luxueuses, les ornements lourds qu’elle portait sur scène, les objets sophistiqués qui l’entouraient, meubles, vaisselle à animaux, fourrures d’animaux, animaux vivants, chiens, tigres, lionceaux, tortues. enfant, sarah Bernhardt avait été confiée à une famille bretonne et passa ses premières années parmi les animaux de la ferme. adulte, sa ménagerie zoologique se prolongeait par ce qu’elle nommait aussi sa ménagerie, un certain nombre d’hommes qui l’entouraient et subvenaient à ses dépenses. en poésie contemporaine, le pendant du légumier de sarah Bernard est le petit bidon du poète performeur christophe tarkos, mort en 2004. À l’ère de l’objet industriel produit en série, la voix de christophe tarkos visite et habite un petit bidon inexpressif par lui-même. la voix de tarkos ne vibre pas et n’est pas prolongée par les objets qui l’entourent ; il y a une solitude plus grande de la voix au milieu des objets de consommation de masse. le petit bidon n’est pas hostile, il est la modestie même, c’est un petit bidon gentil, qui reste sur la table, un support neutre pour les creusements de la spirale orale de tarkos. le légumier animalier de sarah Bernhardt est l’antithèse d’un petit bidon.

O

ne day, Sarah Bernhardt ordered a set of dishes by Edmond Lachenal. He then created for her a dinnerware service adorned with three dimensional extrovert and colourful animals. At the heart of Sarah Bernhardt was her voice which was full of a strange lyricism, an antirealist voice animated by permanent vibrato, volume projected outwards. Wrapped around this voice, the rest astonished to match: Sarah Bernhardt’s body, her curly hair, her premeditated gestures, her luxurious white, canary yellow or black dresses, the heavy ornaments she wore on stage, the sophisticated objects she surrounded herself with, furniture, animal ornamented dishes, animal furs, live animals, dogs, tigers, lions, turtles. As a child, Sarah Bernhardt had been entrusted to a family from Brittany and thus spent her early years amongst farm animals. As an adult her zoological collection extended to what she referred to as her menagerie: a certain number of men who surrounded her and paid for her expenses. In contemporary poetry, the counterpart of Sarah Bernardt’s legumier would be the small container of the poet/performer Christophe Tarkos who passed away in 2004. In the era of industrial mass-produced objects, the voice of Christophe Tarkos visits and lives in a small container which, in itself, is expressionless. Tarkos’ voice does not vibrate and is not extended by the surrounding objects, and thus the voice faces greater loneliness when it finds itself in the midst of objects of mass consumption. The small container is not hostile, it is modesty itself, it is a nice little can which remains on the table, a neutral media for the excavations of Tarkos’ oral spirals. Sarah Bernhardt’s animal legumier is the antithesis of such a small container.

Emmanuelle Pireyre est née en 1969. Elle a publié Congélations et Décongélations et Mes vêtements ne sont pas des draps de lit (Maurice Nadeau, 2000 et 2001). En 2006, Comment faire disparaître la terre ? sort au Seuil. Emmanuelle Pireyre écrit pour France Culture et a récemment publié une pièce de théâtre, Laissez-nous juste le temps de vous détruire. Son nouveau roman, féerie générale, sort ce mois-ci aux Éditions de L’Olivier. Il est sélectionné pour le prix Wepler et le prix Médicis.

emmanuelle Pireyre was born in 1969. she wrote Freezing and Thawing and My Clothes are not Bed Linen (Maurice Nadeau, 2000 and 2001). in 2006, How to Make the Earth Disappear? was published by Éditions du seuil. emmanuelle Pireyre writes for france Culture, and has recently published a play, Leave us Time to Destroy You. her new novel, General Enchantment, is released this month by publisher Éditions de L’olivier. it is selected for the Wepler Prize and the Medicis Prize.

Coordination : Stéphanie Des Horts

8

QB_samedi_15-16_exe.indd 8

14/09/12 19:36


N°3 Le Quotidien de la Biennale-Paris 2012