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Alphabets Le magazine de l’université Stendhal - Grenoble 3  - N°9

Entretien avec un… chasseur de vampires ■ Économie de la connaissance ou sociétés de l’interprétation ? La place des études littéraires ■ Rencontre avec l’écrivain ukrainien Andreï Kourkov ■


Sommaire

Édito 3

L’insertion professionnelle après les études en master à l’université Stendhal

Le renouveau des humanités Si d’aucuns les croyaient désuettes voire dépassées, les humanités – du latin litterae humaniores, littéralement les lettres qui rendent plus humains – semblent plus d’actualité que jamais. Les appréhendant au sens large, Yves Citton nous démontre que les disciplines auxquelles elles renvoient ont encore un avenir, notamment parce qu’elles forment les esprits de demain à la réflexion et à l’interprétation. C’est d’ailleurs à cet exercice que se livre Andreï Kourkov en analysant en filigrane dans son dernier roman la société ukrainienne actuelle. C’est également ce qui anime dans un registre plus onirique, mais non moins intéressant, le travail de recherche de Jean Marigny, qui nous emmène en voyage au pays des vampires pour comprendre certaines croyances qui sous-tendent l’imaginaire de nos sociétés. C’est encore le travail de fond de tout journaliste ayant saisi le rôle et l’impact cruciaux de l’information et de ce fait la responsabilité sociale des média. Et si certains se bornaient encore à penser que les humanités ne mènent à rien, l’enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés de master devrait les convaincre du contraire.

Actualité

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Formation Le master de l’École de journalisme de Grenoble : une formation dynamique et reconnue par la profession

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Recherche Entretien avec un… chasseur de vampires

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Thèses

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Perspectives Économie de la connaissance ou sociétés de l’interprétation ? La place des études littéraires

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Livres

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Coup d'œil Rencontre avec l’écrivain ukrainien Andreï Kourkov

Bonne lecture !

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Agenda

Alphabets Le magazine semestriel de l’université Stendhal - Grenoble 3 - N°9 - Tirage : 6000 exemplaires - Parution : novembre 2010. Dépôt légal à parution - ISSN : 1772-1873. Directrice de la publication : Lise Dumasy. Rédactrice en chef : Dominique Abry. Comité de rédaction : Alain Guyot, François Mangenot, Chantal Massol, Georges Tyras. Responsable éditoriale : Nadia Samba. Ont collaboré à ce numéro : Oana Blagan, Yves Citton, Alena Caldarone, Isabelle Després, Denise Faivre, Mathilde Gerthoffer, Alice Joisten, Élisabeth Lavault-Olléon, Rachel Martin, Arnaud Noblet, Nathalie Pignard-Cheynel et les entités suivantes : CRI, ELLUG, service culturel, UFR des Lettres et arts, UFR des Sciences de la communication, UFR de Langues. Graphisme et réalisation : Service communication / Aline Girodet. Fabrication : Coquand Imprimeur. Crédits photographiques : © Université Stendhal / Éric Chamberod, Gilles Galoyer, Aline Girodet, Bérangère Haëgy. © Association Droujba-38. © Gallimard. © Stéphane Lagoutte pour L'Express. © Albert-Joseph Pénot. © Costa / Leemage.

Contact : Université Stendhal - Grenoble 3 - Service communication BP 25 - 38040 Grenoble cedex 9 - France. Tél. : 04 76 82 43 49 - Courriel : ais@u-grenoble3.fr


Actualités

L’insertion professionnelle après les études en master à l’université Stendhal Pour répondre à une demande nationale du ministère, l’observatoire du Bureau d’aide à l’insertion professionnelle (BAIP) de l’université Stendhal a réalisé une grande enquête sur l’insertion professionnelle des anciens étudiants diplômés ayant obtenu leur master en 2007. Le questionnaire en ligne portait sur leur situation professionnelle 30 mois après le diplôme (soit au 1er décembre 2009), sur leur parcours depuis la sortie de l’université et sur leur appréciation de leur situation actuelle et de leur formation . Sur les 350 diplômés de master cette année-là, 263 ont renseigné le questionnaire ; ce taux de réponse de 76 % permet d’avancer des résultats significatifs. Il est à souligner que les diplômés de 2007 sont en majorité des femmes (72 %), qu’ils étudiaient dans le cadre de la formation initiale (84 %) et que plus d’un quart d’entre eux venait de l’étranger (26,4 %). Une insertion professionnelle rapide Les résultats de l’enquête vont à l’encontre d’un certain nombre d’idées reçues : tout d’abord, les filières « arts, lettres et langues » permettent une bonne insertion professionnelle, le chômage étant faible. Au moment de l’enquête, 85,5 % des diplômés sont en emploi* et parmi ceux qui ne sont pas en emploi, la moitié est en reprise d’étude ou en inactivité choisie. Il est à noter que le délai moyen d’obtention du premier emploi est court : un mois et demi en moyenne. 30 % des diplômés ont été recrutés dans l’organisme qui les avait accueillis en stage au cours du master. Depuis l’obtention de leur diplôme, leur situation professionnelle a évolué favorablement : le pourcentage d’emplois stables, faible 3 mois après les études, est majoritaire 30 mois après les études. Enfin, 40 % ont gardé le même emploi.

cadres (catégorie A), 15 % de niveau technicien (catégorie B). Les emplois qualifiés sont donc bien représentés et sont très variés : formateur, enseignant, traducteur, chef de projet en traduction, coordinateur de projets internationaux, administrateur des ventes, directeur de communication, journaliste, webmaster, éditeur, rédacteur en chef, chef de projet en conception pédagogique, réalisateur documentaire… Ces différents métiers reflètent la variété des objectifs professionnels des masters de l’université, les diplômés de master professionnel étant les plus nombreux. Une large majorité de diplômés satisfaits de leur emploi et de leur formation L’enquête montre que 83,5 % des diplômés sont globalement satisfaits de leur emploi. Le niveau de responsabilité et le contenu de l’emploi sont les facteurs déterminants de cette appréciation générale. Ils sont moins satisfaits de leur niveau de rémunération (salaire moyen à 1515 euros par mois) mais cela influence peu l’appréciation globale. En ce qui concerne la formation de master, près de 90 % des diplômés l’ont classée entre utile et très profitable. ■

Une grande diversité de métiers dans le public et le privé et des emplois qualifiés Si les filières de lettres ont tendance à être plus représentées dans la fonction publique que d’autres filières, les diplômés de master de 2007 sont néanmoins plus nombreux à travailler dans le secteur privé : parmi ceux qui ont un emploi, 43 % travaillent dans le privé, 35 % dans le secteur public, 16 % sont embauchés dans des associations et environ 6 % travaillent en profession libérale ou indépendante. Certains anciens étudiants de l’université Stendhal devenus enseignants dans l’éducation nationale ne sont pas représentés dans cette enquête car celle-ci portait sur le devenir des diplômés ayant intégré le marché du travail après leur master 2. Ceux qui sont passés par l’IUFM pour devenir professeur des écoles ou pour préparer le CAPES ne font pas partie de la population enquêtée et c’est également le cas de ceux qui ont réussi le concours du CAPES ou de l’agrégation sans valider un master.

Pour retrouver les résultats détaillés de l’enquête ainsi que des témoignages d’anciens diplômés, consultez le site de l’observatoire : www.u-grenoble3.fr/observatoire/

Plus de la moitié des emplois occupés correspondent à un niveau cadre ou ingénieur : dans le secteur privé, 51 % sont cadres, 22 % techniciens. Dans la fonction publique, 68 % sont

* Taux d’emploi calculé pour une population cible constituée de diplômés de moins de 28 ans, en formation initiale et de nationalité française (critères du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche).

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Formation

Le master de l’École de journalisme de Grenoble : une formation dynamique et reconnue par la profession Au sein de l’université Stendhal, l’École de journalisme de Grenoble (EJDG), département de l’UFR des Sciences de la communication délivre un master professionnel en journalisme, qui fait partie des 13 formations françaises reconnues par la Commission paritaire nationale de l'enseignement du journalisme (CPNEJ). Cette formation vise à former des journalistes professionnels, qui aient notamment un niveau élevé de culture générale, un savoir-faire pratique et une conscience de la responsabilité sociale des médias.

L’objectif principal du master Journalisme est de former des journalistes capables de travailler dans les quatre grandes familles de supports : presse écrite, radio, télévision, presse électronique et sur les principales thématiques grand public que sont l’information générale, et les grandes rubriques (économie, société, politique, sport…) Ce master vise également à développer chez les futurs journalistes la capacité d’analyse, la réflexion et l’esprit critique. Par ailleurs, en faisant travailler les étudiants régulièrement en situations réelles pour développer leurs compétences et leur expérience, cette formation permet aussi la prise de conscience des contraintes techniques, économiques, juridiques, éthiques qui encadrent le travail des journalistes. Un accès essentiellement sur concours S’étalant sur deux ans, le master journalisme s’adresse aux étudiants titulaires d’un bac + 3 (licence) ou à des personnes ayant effectué une validation des acquis de l'expérience. Le master est accessible sur concours. L’épreuve nationale de recrutement comprend un questionnaire, un exercice de synthèse, une épreuve d'anglais et un entretien oral. Une vingtaine de places sont ouvertes au concours. Environ 300 candidats s’y présentent chaque année.

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Des locaux et du matériel adaptés Installée dans les locaux de l’Institut de la communication et des médias (ICM), l’École de journalisme de Grenoble met à la disposition des étudiants ateliers informatiques, réseau haut débit, salles de presse, studios son et vidéo…


Formation Des partenariats solidement ancrés dans le milieu professionnel Au fil des ans, l’École de journalisme de Grenoble a développé des partenariats avec des médias locaux et nationaux, offrant ainsi aux étudiants l’opportunité de travailler sur des cas réels en bénéficiant d’un encadrement pédagogique et professionnel privilégié. Du secrétariat de rédaction pour Le Progrès, des podcasts vidéos pour Grenews, des débats et une revue de presse pour RCF (Radios chrétiennes francophones), une émission hebdomadaire pour Radio Campus, des reportages pour Télégrenoble… : ce sont là quelques exemples de partenariats mis en œuvre tout au long de l’année. L’École de journalisme de Grenoble est par ailleurs partenaire du journal Libération pour l’organisation du Forum « Un nouveau monde ». Encadrés par Ludovic Blécher, rédacteur en chef à Libération, responsable du site libe.fr et enseignant associé à l’université Stendhal, les étudiants en 2e année de master couvrent cet événement de grande ampleur pour le site Internet du journal. Reportages thématiques, interviews des prestigieux intervenants, comptes-rendus des débats ou encore papiers d’ambiance : c’est dans un esprit multimédia que les étudiants réalisent l’ensemble de leurs productions (écrits, images, podcasts audio et vidéo). Partenaire de L'Express, l’École de journalisme de Grenoble permet à ses étudiants de participer à l’opération Défi L’Express - Grandes Écoles. Conception, recherche d’informations, réalisation d'interviews, prise de vues photographiques, recherche d’annonceurs, mise en page : les étudiants réalisent entièrement un numéro hors série, vendu comme supplément régional.

Témoignage de Margaïd Quioc, diplômée 2009 du master Journalisme « J'ai suivi le master de l'EJDG avec une spécialisation en télévision. Nous avions des sessions de cours pratiques en reportage toutes les deux semaines, ce qui m'a permis de bien maîtriser les bases du métier : filmer, rédiger les commentaires, poser sa voix, monter un reportage... Comme mes camarades, j'ai pu approfondir et tester ces connaissances sur le terrain grâce à un stage perlé sur l'année à Télégrenoble. Cette formation, très en lien avec le milieu professionnel, m'a permis de trouver rapidement du travail, dès ma sortie de l'école en avril à LCM, une chaine de télévision locale marseillaise. J'y travaille encore actuellement, en CDD, et je viens d'obtenir ma carte de presse. »

De bons résultats en matière d’insertion professionnelle Sur les 30 étudiants des promotions 2007 et 2008, tous, en novembre 2009, avaient un emploi dans le journalisme, 13 en CDI, 16 en CDD et 1 pigiste régulier. Sur les 18 étudiants de la promotion 2009, 1 est en CDI, 8 sont en CDD, 4 sont pigistes réguliers, 4 sont pigistes irréguliers et en recherche d’emploi (et 1 n’a pas répondu à l’enquête). Les diplômés de l’École de journalisme de Grenoble sont nombreux à avoir intégré des médias importants en France et même à l’étranger : France 2, France 3, France 24, Radio France, Europe 1, la Tribune de Genève, lefigaro.fr, lemonde.fr, etc. ■

Mélissa Theuriau, une diplômée renommée Après des débuts sur LCI, puis sur Paris Première, Mélissa Theuriau, ancienne étudiante de l'université Stendhal, travaille actuellement à M6 (émission Zone interdite).

Des étudiants de l’EJDG lauréats de nombreux concours En 2010, ils ont été récompensés pour la qualité de leurs productions : - Alexandre Moncayo, lauréat 2010 du Prix Rotary du Jeune reporter d’images TV avec son sujet “Une vie de roi au Ghana” - Nicolas Lemonnier remporte le concours La Page d’or du quotidien sportif L’équipe - Guillaume Chièze, 2e prix de la bourse Dumas – RTL - Dix étudiants ont remporté le prix de la meilleure interview dans le cadre du Défi L’Express - Grandes Écoles.

Contacts : Claudine Carluer, directrice du master Arnaud Noblet, responsable pédagogique du master http://ecolejournalismegrenoble.wordpress.com/ejdg/ Tél.: 04 56 52 87 30

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Recherche

Entretien avec un… chasseur de vampires Comment expliquer cette constante fascination pour les vampires, depuis l’Antiquité jusqu’à notre époque si rationnelle ? Les intellectuels avaient pourtant conclu à un « désenchantement du monde », à travers le déclin des croyances religieuses et magiques. Mais pourra-t-on jamais se débarrasser complètement de tout ce qui apporte du mystère dans la vie et nous permet de vagabonder librement dans notre imaginaire ? Abordons le sujet avec Jean Marigny, professeur émérite à l’université Stendhal, passionné de littérature fantastique et… d’histoires de vampires.

La Chauve-souris (1910) - Albert-Joseph Pénot

Chauve-souris vampires suçant le sang d'hommes endormis les nuits de pleine lune - Gravure 19e siècle

Les entités assoiffées de sang ont toujours existé, sous diverses dénominations, dans l’imaginaire collectif de tous les peuples. Mais les vampires au vrai sens du terme sont un produit de l’espace européen. « Le vampire est incontestablement né de fantasmes liés au sang, ce précieux liquide qui symbolise la force vitale et dont la perte par blessure constitue un danger mortel », précise Jean Marigny.

rumeurs concernant des défunts, surtout excommuniés, dont le corps était resté intact dans leur tombe, commencent à se diffuser notamment dans les pays nord européens, en Islande et dans les îles britanniques. À cet effet, la nuit d’Halloween — fête traditionnelle d’Europe du Nord, récupérée par les Nordaméricains —, les morts sortiraient de leur tombe. Cette nuit-là, il faut les contenter et prendre des précautions.

Dans la Grèce antique, le sang constituait un lien avec le monde des morts. Chez les Hébreux, le sang était à la fois sacré et marque de l’impureté. Avec le christianisme, le sang acquiert une symbolique purificatoire à travers le sacrifice de Jésus. Mais cela a permis aussi des interprétations païennes. Ainsi, des sorciers et même certains médecins affirment que le sang des jeunes filles vierges retardent les effets de la vieillesse et combattent plusieurs sortes de maladies.

Dans l’Europe de l’Est, les manifestations de vampirisme prennent une ampleur extraordinaire à partir du XVIe siècle, notamment pendant les épidémies de peste. Jean Marigny offre une explication à ce phénomène : les victimes de la maladie étaient enterrées en hâte pour éviter la contagion, sans s’assurer de leur mort clinique. Il arrivait de découvrir des jours plus tard des cadavres ensanglantés, ce qui amenait à penser qu’ils s’étaient transformés en vampires, alors qu’ils avaient dû souffrir une douloureuse agonie en essayant de sortir de leur cercueil. Un personnage historique emblématique des histoires de vampires est le controversé voïvode roumain Vlad Tepes — dit l’Empaleur — qui a vécu au XVe siècle et a inspiré le roman de Bram Stocker, Dracula. Réputé pour sa cruauté, il a libéré temporairement le pays des envahisseurs turcs et a perpétré simultanément des atrocités innommables qui lui ont valu la réputation de vampire. Autre exemple célèbre : au début du XVIIe siècle, la comtesse Erzsébet Bathory est jugée en Hongrie pour avoir enlevé et saigné jusqu’à la mort des centaines de jeunes paysannes.

La croyance des « revenants en corps » naît avec l’idée de la vie après la mort apportée par le christianisme. Les pêcheurs peuvent sauver leur âme en se repentant si, avant leur mort, ils reçoivent les derniers sacrements et sont enterrés selon la coutume. Les vampires sont « des âmes en peine », car ils sont suspendus entre le monde des vivants et l’au-delà. Ceux qui se transforment en vampire sont ceux qui n’ont pas respecté les prescriptions de la religion et sont ainsi punis. À la différence des fantômes, les vampires gardent leur enveloppe charnelle, ce qui les rend beaucoup plus dangereux pour les humains. À partir du XIe siècle, des

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Recherche

Selon les chroniques de l’époque, elle éprouvait un grand plaisir à boire leur sang et même à se baigner dedans pour garder sa beauté et sa jeunesse. Elle est ainsi entrée dans la légende, donnant lieu à une rumeur selon laquelle elle serait devenue vampire. Erzsébet Bathory a inspiré des écrivains suscitant ainsi plusieurs personnages de vampire dans la littérature. Les superstitions liées aux vampires se sont beaucoup amplifiées dans l’Europe de l’Est du XVIIe siècle, et raréfiées en Occident. Selon Jean Marigny, ce fait serait dû à l’isolement des régions d’Europe de l’Est par rapport aux nouvelles idées et découvertes de la Renaissance, ainsi qu’à des causes religieuses. Si, en Europe Occidentale, l’Inquisition mène une lutte impitoyable contre les hérésies et les superstitions, l’Église orthodoxe est beaucoup plus tolérante. C’est à partir du XVIIIe siècle que les principales caractéristiques des vampires se sont profilées : le vampire en tant que « revenant en corps » sort la nuit de sa tombe, suce le sang des mortels pour prolonger sa vie. Ses victimes deviennent à leur tour des vampires après leur mort.

Les vampires dans la fiction La littérature fantastique nous permet de sonder les terrains instables de nos fantasmes, de nos peurs et angoisses sans que nous soyons sanctionnés par les lois de la moralité et les conventions sociales. « La fonction du surnaturel est de soustraire le texte à l'action de la loi et par là même de la transgresser. », affirmait Tzvetan Todorov dans Introduction à la littérature fantastique. Les vampires hantent toujours les imaginations. Présents au départ sur le terrain des superstitions, ils ont rejoint celui des livres par le biais du romantisme, de la poésie allemande et de la littérature anglaise. Dans cette dernière, le vampire est séducteur, soit don Juan soit femme fatale. La littérature fantastique naît « dès lors que l’on a rejeté les croyances du passé », car « pour l’homme moderne, les vampires ne sont pas effrayants parce qu’ils existent, mais parce qu’ils concrétisent ses craintes et désirs les plus secrets », précise Jean Marigny. La révolution industrielle triomphante et la science positiviste chassent les superstitions et les rêves irrationnels des époques précédentes. Pourtant, le célèbre roman Dracula de Bram Stocker, paru en 1897 dans l’Angleterre victorienne, connaît un vif succès auprès du public à sa sortie. Il respecte la morale victorienne dans le sens où il illustre la confrontation entre la vertu et le vice. Ainsi, venu d’un pays lointain, Dracula incarne l’étranger venu troubler l’ordre de la société anglaise ; Bram Stocker en fait un personnage démoniaque. Mais le véritable mythe de Dracula est né en 1931 à Hollywood, avec le film homonyme de Tod Browning. C’est l’Amérique de la crise économique, où les étrangers sont rendus responsables de tous les maux de la société. Le rôle de Dracula est interprété par Bela Lugosi, dont le fort accent hongrois, le teint blafard et le sourire malsain exacerbent inconsciemment la xénophobie de l’Amérique en crise. « L’étranger symbolise le mal dans la société », nous dit Jean Marigny. Des valeurs politiques, sociales, éthiques ont ainsi été projetées sur ce personnage qui s’y prête si bien de par sa nature ambiguë. Dans les années 50, le mythe de Dracula s’internationalise et des films sur les vampires sont tournés dans de nombreux pays.

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L’intérêt du public pour ces créatures a été relancé par le roman Entretien avec un vampire d’Anne Rice, qui propose une vision ‘‘humanisante’’ du vampire, avec tous les bouleversements des valeurs qui accompagnent les années 70. Ainsi, la figure du vampire évolue avec les époques et attire aujourd’hui un public de plus en plus nombreux, ce qui a contribué à donner naissance à un type de littérature spécifique, la “bitlit” (combinaison du mot anglais to bite qui signifie mordre et du raccourci de littérature).

Entre fascination et horreur Le personnage du vampire compte de nombreuses facettes. Détestable, car il a le pouvoir d’enlever la vie sans que la victime puisse se défendre. Fascinant, car puissant et charismatique. Seul de par sa nature exceptionnelle, qui ne lui permet pas de partager des relations d’amitié. Damné, car il erre éternellement dans ce monde sans y appartenir. Versatile, le vampire se manifeste comme un être excessif et entier, sa sensualité et sa cruauté sont totales et sans concessions. C’est pourquoi il est par essence un asocial, un marginal. Cependant, une image « démocratisée » du vampire émerge aujourd’hui. Il n’est plus le personnage effrayant qu’on fuit, mais un héros. Il ne vit plus en reclus, mais se mêle aux habitants des villes. Il est souvent presque agréable, même s’il garde ses habitudes caractéristiques : il aime toujours sortir la nuit et se nourrit de sang. Petit à petit, le vampire s’humanise, devenant un personnage sympathique et gentillet, constate non sans regret l’auteur de Sang pour sang. Serait-il le reflet d’une société individualiste qui semble consacrer l’exception au lieu de la condamner, alors qu’à d’autres époques, il était le symbole du mal absolu, car incontrôlable et menaçant la vie de la communauté même ? Certains adultes n’aiment pas voir ou lire des récits relatant des atrocités. D’autres, au contraire, en sont particulièrement friands. Interrogé à ce sujet, Jean Marigny explique qu’il faut toujours interposer un écran entre soi et la fiction. La propension de certains jeunes à confondre le réel et le fictif lui paraît dangereuse ; le public le plus sensible aux histoires de vampires étant en effet les adolescents. Si la problématique du populaire film Twilight captive ce public, c’est parce que les adolescents peuvent s’identifier au vampire surhomme doté de pouvoirs extraordinaires. Ce film est une allégorie de l’ambivalence de la sexualité comme attraction et source d’angoisse. De paria, celui qu’on ne veut pas être, le vampire devient ainsi celui que l’on rêve d’être, car il est beau, puissant, immortel et doté de grandes qualités intellectuelles. À chaque fois que le vampire semble disparaître de la littérature et de l’imaginaire collectif, il est relancé et métamorphosé. Sa pérennité vient du fait qu’il se situe au centre de l’existence humaine entre la vie, la mort, la sexualité, en étant en quelque sorte notre image déformée dans un miroir. L’intérêt pour le vampire, explique Jean Marigny, resurgit dans les moments de crise et de transformation ; or justement, on ressent aujourd’hui comme un air nouveau, annonçant une transition entre un monde en déclin vers un autre monde…


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Jean Marigny est né en 1939 à Cherbourg (Manche). De 1975 à 1999, il enseigne à l’université Stendhal  la littérature anglaise et américaine et fonde le Groupe d’études et de recherches sur le fantastique (GERF) qui deviendra ensuite le Centre de recherche sur l’imaginaire. Auteur d’une thèse sur le vampire dans la littérature anglo-saxonne soutenue en 1983, il a publié de nombreux articles sur ce sujet ainsi que des essais et des anthologies. Passionné de fantastique, il écrit lui-même des nouvelles dont quatre ont été publiées à ce jour. Principales publications : • Sang pour sang, le réveil des vampires, Paris, GallimardDécouvertes, 1992. Réédité et remis à jour en 2010. • Le Vampire dans la littérature du XXe siècle, Paris, Honoré Champion, 2003 (Grand Prix de l’Imaginaire 2004)

• Dracula (en collaboration avec Céline du Chéné), Paris, Larousse, collection « Dieux, mythes et héros », 2009.

Zoom sur… Les êtres fantastiques des Alpes Nombreuses sont les histoires de fantômes, d’apparitions humaines ou animales, de manifestations de bruits inexpliqués, dans les récits traditionnels des Alpes françaises, Savoie et Dauphiné. Aucun lieu n’en est exempt, que ce soient les lieux naturels, forêts, chemins, ponts, où les passants rencontrent, de nuit, des dames blanches mais aussi bien d’autres humains et animaux fantastiques ; les demeures des hommes, maisons, granges, chalets d’alpages habités d’étranges personnages ; voire les lieux saints, église ou chapelle où se manifeste parfois un prêtre fantôme. Ces apparitions sont souvent interprétées comme des morts qui reviennent pour expier une faute, réparer un dommage, réclamer des prières. On revoit le défunt tel qu’il était de son vivant, assis près du feu, au champ, à la grange, vêtu de blanc ou de noir suivant le sort qui lui est réservé dans l’au-delà. On rencontre aussi des processions des morts qui suivent des itinéraires précis dans la montagne. Des bruits fantômes perturbent les maisons ou certains lieux : bruit d’un métier à tisser, de fléaux qui battent dans la grange, de lavandières qui lavent au ruisseau. Des animaux que l’on pense tout d’abord réels s’avèrent appartenir au monde surnaturel : un pigeon laisse deviner à un homme qu’il n’est autre que sa femme morte depuis peu, un aigle survole inlassablement un col où un homme a été assassiné, un bovin noir perturbe un alpage où une malversation a été commise… Bien d’autres êtres surnaturels peuplent ce “Monde fantastique dans le folklore des Alpes françaises”, révélé par Charles Joisten à partir des récits qu’il avait recueillis au cours de plus de vingt années de recherche à partir des années 1950.

Ce monde est maintenant devenu accessible grâce à la parution, en cinq volumes, de l’intégralité de l’enquête, avec indexation des récits sur le Motif Index de Stith Thompson : Charles Joisten, Êtres fantastiques du Dauphiné, édition préparée par Nicolas Abry et Alice Joisten. Patrimoine narratif de l’Isère (2005), des Hautes-Alpes (2006) ; de la Drôme (2007), de la Savoie (2009) et de la Haute-Savoie (2010), édités par le musée Dauphinois.

À savoir… En octobre dernier l’université Stendhal accueillait un colloque international intitulé : « Fantômes, revenants, poltergeists, mânes » organisé par le Centre de recherche sur l’imaginaire en partenariat avec l’université d'Afrique du Sud (UNISA, Pretoria), le Réseau international des Centres de recherche sur l'imaginaire et l’université de Taiwan. Des actes paraîtront ultérieurement.

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Thèses Sami Oueslati « Modélisation pour l’hypertextualisation automatique des documents techniques : utilisation des indices paralinguistiques et linguistiques » Sous la direction de Caterina Manes Gallo Sciences de l’information et de la communication, 23/02/2010

Ramona Nkosinathi Kunene « Étude interlangue du développement narratif multimodal chez l’enfant âgé de 6 à 12 ans en contexte de l’isizulu et du français » Sous la direction de Jean-Marc Colletta Sciences du langage, 23/07/2010

Silvia Audo Gianotti « Un écrivain américain de langue française. Julien Green : bilinguisme et auto-traduction » Sous la direction de Marinette Matthey et Valéria Gianolio Didactique et linguistique, université de Turin (Italie), 05/03/2010

Isabelle Bassil - Grappe « Conception et évaluation d’une formation de formateurs au français sur objectifs spécifiques à partir d’une approche sociolinguistique » Sous la direction de Jacqueline Billiez Sciences du langage, 20/09/2010

Pauline Vachaud « Écrire la voix des autres. La responsabilité de la forme dans la littérature française contemporaine » Sous la direction de Claude Coste Langue et littérature françaises, 11/06/2010

Émilie Mondolini « Télévision et publics pré-scolaires : de la réception et des enjeux industriels et politiques » Sous la direction d’Isabelle Pailliart Sciences de l’information et de la communication, 04/11/2010

Raoul Germain Blé « Médias et Communication pour le développement en Afrique noire à l’heure de la mondialisation » Sous la direction de Bernard Miège Sciences de l’information et de la communication, 21/06/2010

Marie-Louise N’tsame « Communication publique et VIH Sida au Gabon : les enjeux de la prévention » Sous la direction d’Isabelle Pailliart Sciences de l’information et de la communication, 18/11/2010

Zeinab Khalil « L’Internet politique au Liban : vers un nouvel espace de conflit » Sous la direction de Bernard Miège Sciences de l’information et de la communication, 23/06/2010

Chloë Salles « Mutations d'une presse de "référence" : évolution des stratégies d'acteurs à partir de représentations et de pratiques journalistiques sur l'Internet. Les blogs au cœur des repositionnements de la presse écrite, le cas du journal "Le Monde". » Sous la direction de Bertrand Cabedoche Sciences de l’information et de la communication, 19/11/2010

Georgeta Secrieru Miron « Les legs de Beckett dans la dramaturgie française contemporaine » Sous la direction de Bernadette Bost Lettres et arts, 30/06/2010 Christelle Combe Celik « Pratiques discursives dans une formation en ligne à la didactique du français langue étrangère. » Sous la direction de François Mangenot Sciences du langage, 02/07/2010 Dominique Holzle « La relation esthétique : sentiment et désir de fiction dans les romans galants et libertins au XVIIIe siècle » Sous la direction de Jean-François Perrin Lettres et arts, 03/07/2010 Wahiba Romdhani « Les textes italiens de l’historicité à la littérarité. Les cas de Antonio Gramsci et Ignazio Silone » Sous la direction de Christophe Mileschi Études italiennes, 05/07/2010 Kerrie McKim « Sites Internet, approche par les tâches et apprentissage du lexique en langue » Sous la direction de François Mangenot Sciences du langage, 05/07/2010 Rachid Baccouche « Andrien Salmieri. Une triple appartenance culturelle » Sous la direction de Christophe Mileschi Langues, littératures et civilisations étrangères, 06/07/2010

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Claude Bourguignon « Stratégies romanesques et construction des identités nationales — Essai sur l'imaginaire post colonial dans quatre fictions de la forêt. » Sous la direction de Michel Lafon Études hispaniques et hispano-américaines, 22 /11/2010 Laurie Schmitt « Dissonances d’une presse quotidienne en mutations. Enjeux de l’intégration des photographies d’amateurs au sein des pratiques journalistiques. » Sous la direction d’Isabelle Pailliart Sciences de l’information et de la communication, 22/11/2010 James Costa « Revitalisation linguistique : Discours mythes et idéologies. Approche critique de mouvements de revitalisation en Provence et en Écosse » Sous la direction de Marinette Matthey Sciences du langage, 24/11/2010 Nadja Cohen « Place et effets du cinéma dans le discours poétique de la Modernité (1910-1930) » Sous la direction de Jean-Pierre Bobillot Littérature française, 01/12/2010 Claudio Chiancone « L’école de Melchiorre Cesarotti dans le cadre du premier Romantisme européen » Sous la direction de Enzo Neppi Études italiennes, 02/12/2010


Perspectives

Économie de la connaissance ou sociétés de l’interprétation ? La place des études littéraires En parlant de « société de l'information » ou d'« économie de la connaissance », on laisse souvent penser que le savoir se réduit à une masse de données segmentées et commercialisables comme n'importe quelle marchandise. Yves Citton révise notre imaginaire du savoir, en montrant que les Humanités, souvent considérées comme poussiéreuses, cultivent une compétence incontournable, celle de l'interprétation. Voilà une bonne dizaine d’années qu’experts et décideurs se gargarisent de « société de l’information » et d’« économie de la connaissance ». Ils n’ont pas tort de signaler une profonde transformation dans la façon dont nos sociétés produisent leurs richesses. En parlant d’« information » et de « connaissance », ils nous fourvoient toutefois doublement. D’une part, ils réduisent l’intelligence, qui est par essence collective, à ses produits individualisables, brevetables et marchandisables : les « informations » et les « connaissances » ne reçoivent de valeur économique, dans les modèles dominants, que si elles peuvent être formalisées, isolées, capturées par des mécanismes qui les soustraient à la libre circulation. D’autre part, plus subrepticement, ils nous font imaginer que cette intelligence repose sur une logique binaire : une « information » est censée pouvoir se résoudre en « bits », c’est-à-dire en séquences de 0 et de 1 ; une « connaissance » est vraie ou fausse, brevetable ou non, source de profit ou de perte. Or si cette logique marchande gérant des « données » sur le mode binaire, qui domine nos représentations actuelles de « l’économie de la connaissance », peut être pertinente du point de vue d’un chef d’entreprise (et de ses actionnaires), elle est profondément inadéquate pour rendre compte de l’importance et de l’omniprésence diffuse des multiples formes d’intelligence dont se trament nos vies sociales et psychiques. En se gargarisant du vocabulaire de « l’information » et de la « connaissance », on s’aveugle à ce qui est au cœur de cette intelligence vécue collectivement par chacun d’entre nous : l’activité (toujours un peu subjective) d’interprétation. Alors que les notions d’« information » et de « connaissance » nous induisent à croire que nous faisons face à des « données » objectives, remettre l’interprétation au cœur de nos productions de richesses rappelle qu’aucune « donnée » ne se donne d’elle-même à l’observation, mais qu’elle est toujours produite en fonction d’un certain point de vue qui est toujours intéressé – autrement dit : en fonction d’un certain cadre interprétatif. Cette « donnée » majeure de notre imaginaire social actuel, le PIB, résulte d’un cadre interprétatif qui valorise certaines formes d’activités (rémunérées, salariées, monétarisées), mais qui en ignore d’autres (le travail ménager, le bénévolat, les hobbies, etc.). C’est seulement du point de vue de cette interprétation (très particulière) de l’activité et du bonheur humains que l’idéologie économiste mesure (et, ce faisant, dirige) notre « croissance »…

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L’importance cruciale de la notion d’interprétation se retrouve au cœur même de ce que la « nouvelle économie » du productivisme cognitif valorise au plus haut point. Ce qui, à en croire ses théoriciens, justifie les (injustifiables) inégalités de revenus promues par le néolibéralisme, ce ne sont ni des « informations », ni des « connaissances » : un spéculateur boursier est susceptible de finir en prison s’il dispose d’« informations » ou de « connaissances » privilégiées. Si tel trader, tel PDG, tel chanteur ou tel sportif engrange ses revenus par millions, ce n’est pas parce qu’il « sait » quelque chose que nous ignorons, c’est – nous explique-t-on – parce qu’il parvient mieux que nous à « pressentir », à « deviner », à « anticiper » tel mouvement boursier, tel débouché, tel goût du public ou telle opportunité de marquer un "goal". Il s’agit beaucoup moins ici de « données » ou de « savoir » objectifs (relevant de la logique binaire du vrai/faux), que d’intuition, d’imagination, bref d’interprétation, avec tout ce que cela implique d’irréductiblement situé, subjectif, nuancé, informel. À propos des "humanités" Humanités vient d’une expression latine chère à la Renaissance « litterae humaniores », littéralement « les lettres qui rendent plus humains ». Ce terme marquait l’importance accordée à l’étude des langues et des textes classiques dans l’éducation et défendait l’idée de posséder une culture capable d’orienter l’homme dans son existence. Yves Citton emploie Humanités au sens large, renvoyant aussi bien à la littérature et aux langues vivantes et anciennes qu’à l’histoire, la philosophie, la géographie ou le droit.


Perspectives

Le clivage entre connaissance et interprétation nous place au cœur des conflits politiques. Les politiques des gouvernements actuels se caractérisent par le fait qu’elles veulent nous réduire à être des gestionnaires de « données » : leur « économie de la connaissance » a besoin de lecteurs disciplinés et de machines calculatrices à deux pattes et à raisonnements binaires, auxquelles on apprendra à lire et à compter « comme il faut ». Il conviendrait toutefois surtout de promouvoir des cultures de l’interprétation : des formes de vie qui sachent remettre en question les cadres interprétatifs qui font émerger leurs « données ». Le paradoxe est que « l’économie de la connaissance » se nourrit précisément de ce que les politiques actuelles (qui s’en réclament) tendent à étouffer, à savoir les interprétations inventrices sortant des cadres établis (le "thinking outside the box" vanté par les bonnes pratiques managériales). Le même paradoxe se manifeste par la dévalorisation actuelle des domaines relevant des « Humanités » (lettres, arts, philosophie, sciences humaines et sociales), par rapport aux « disciplines scientifiques » (sources de profits marchands et de découvertes brevetables). Jamais nous n’avons eu autant besoin de valoriser l’interprétation inventrice, ainsi que les Humanités qui nous aident à la cultiver ; jamais les politiques en vigueur ne les auront autant négligées. Les études littéraires (mais aussi historiques, philosophiques), loin d’être des disciplines condamnées au statut d’ancienneté patrimoniale, sont bien au cœur des mécanismes productifs et des luttes socio-politiques de notre époque. Dans nos salles de classe littéraires, nous pratiquons, analysons, expliquons, nourrissons – nous cultivons – de façon réfléchie le geste d’interprétation inventrice qui fait le propre des cultures humaines, de leurs transmissions et de leurs innovations. Lire ensemble une page d’Édouard Glissant, d’Isabelle de Charrière, de Borges ou de Sterne, c’est créer une micro-communauté interprétative qui prend en charge de réinventer collectivement nos significations sociales. Se confronter à l’altérité de l’œuvre littéraire, à travers l’exercice de l’explication de texte, c’est se donner l’occasion de reconfigurer nos sensibilités, nos catégories intellectuelles, nos modes d’argumentations, sur la base d’un « inouï » dont le texte est toujours porteur (au titre d’un postulat qui fonde les études littéraires).

Dès lors que cet exercice d’explication de texte se pratique dans le cadre d’un débat interprétatif, l’espace des études littéraires devient un lieu de négociation dans lequel nos différents points de vue, émanant d’origines culturelles et de positionnements sociaux divers, peuvent s’écouter et se confronter en neutralisant leur conflictualité potentielle par leur recours commun aux mots du texte et à leur signification généralement consensuelle – puisque, hormis des points de tension qui apparaissent justement lors d’un tel exercice, nous parlons bien, en gros, « la même langue ». Interpréter le même texte en y projetant des sensibilités et des modes de raisonnements différents, discuter de ces interprétations en essayant d’expliciter leurs ressorts, leurs présupposés, leurs implications : voilà l’alchimie sur laquelle reposent les études littéraires. Et voilà pourquoi celles-ci méritent d’être reconnues comme accomplissant un travail, non pas marginal ou obsolète, mais plus que jamais essentiel au devenir (non catastrophique) de nos sociétés vouées à être multiculturelles et à devoir redéfinir « le sens » de leurs interdits, de leurs finalités, de leurs espoirs et de leurs craintes.

Loin d’être cantonné à la binarité du vrai/faux, un tel travail présuppose une attitude caractérisée à la fois par le pluralisme et par une nécessité d’articulation problématisante. Le pluralisme reconnaît que plusieurs perceptions a priori contradictoires d’une même réalité peuvent être également vraies, dès lors qu’elles relèvent de points de vue différents (une pastèque est verte si on la regarde du dehors, rouge si on l’ouvre). Dans la mesure où la pratique réfléchie de l’interprétation permet d’expliciter ces points de vue différents qui pré-conditionnent notre perception du monde (ainsi que les significations à l’aide desquelles on s’y repère), elle tend à faire émerger des problèmes là où on ne voyait que des oppositions ou des contradictions. Or c’est précisément cette capacité de problématisation qui souffre d’un déficit cruel et inquiétant au sein de notre époque « en mal de sens ». Que ce sens soit toujours à (re)construire, c’est le premier principe que met quotidiennement en pratique l’enseignant de littérature. Que cette construction du sens soit au cœur des conflits et des impasses actuelles, et que la pratique des études littéraires constitue un lieu stratégique central et incontournable du devenir de nos sociétés, voilà ce qu’il nous faut apprendre à affirmer bien plus fortement. Yves Citton est professeur de littérature à l’université de Grenoble et chercheur au CNRS (UMR LIRE). Il vient de publier L’Avenir des Humanités. Économie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ? aux Éditions de La Découverte.

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Entre le monde hellénistique, né de la conquête d’Alexandre le Grand, et l’Empire romain, le dialogue a pris des formes variées que ce livre à plusieurs voix veut explorer. Pour recréer ce dialogue, spécialistes de l’histoire hellénistique et de l’histoire romaine interviennent conjointement sur les dynamiques du pouvoir monarchique dans l’Orient gréco-romain. La réflexion porte d’abord sur l’élaboration des cadres spatio-temporels, par lesquels les Rois et le Prince expriment et façonnent leur contrôle virtuellement illimité des populations gouvernées. On explore ensuite comment, dans un univers parcouru par des multiples tensions locales, la diffusion de la correspondance officielle, la multiplication des images des monarques et de leurs proches ainsi que la circulation des monnaies perpétuent la représentation et la reproduction du pouvoir central. Sont enfin examinés la littérature de cour et les cultes civiques voués aux Rois et au Prince, deux phénomènes qui donnent à voir tour à tour la vitalité et la créativité de l’idéologie dynastique dans ses variantes hellénistique et romaine.

Depuis les créatures artificielles du XIXe siècle jusqu’à l’actuelle littérature électronique, ce livre démontre que, contrairement à bien des idées reçues, la littérature a toujours été attentive à l’évolution technologique. Ouvrage publié avec le soutien du Centre Gustave Glotz, unité mixte de recherche du CNRS.

ISBN 978-2-84310-156-4 ISSN 1621-1235 Prix 25 E

Ivana Savalli-Lestrade et Isabelle Cogitore

Sous la direction d’Ivana Savalli-Lestrade et Isabelle Cogitore

Des Rois au Prince

(iv e siècle avant j.-c. - iie siècle après j.-c.)

Des Rois au Prince Pratiques du pouvoir monarchique dans l’Orient hellénistique et romain (IVe siècle avant J.-C. – IIe siècle après J.-C.)

Pratiques du pouvoir monarchique dans l’Orient hellénistique et romain

Pratiques du pouvoir monarchique dans l’Orient hellénistique et romain

Des Rois au Prince Pratiques du pouvoir monarchique dans l’Orient hellénistique et romain

Sous la direction d’Ivana Savalli-Lestrade et Isabelle Cogitore

Bénédicte Coste

Bénédicte Coste

THE EXCITEMENT OF THE LITERARY SENSE

L’ouvrage explore la mise en scène symboliste en France à la fin du XIXe siècle. Il décrit les décors des peintres Nabis, les musiques de scène, le jeu des comédiens et souligne la fécondité artistique d’un théâtre réputé impossible. (

Pour un théâtre spectral

Bénédicte Coste

Cet ouvrage s’inscrit dans le cadre de la redécouverte, dans l’espace francophone, de l’œuvre critique de Walter Pater (18391894). Il est consacré à sa critique littéraire très souvent négligée en dépit de sa richesse et de l’éclairage qu’elle apporte sur les questions essentielles de l’analyse et la réexion littéraires. À travers une lecture où l’œuvre dialogue avec la psychanalyse, il fait ressortir la pertinence actuelle des écrits patériens. Pater reformule en effet les notions établies de la critique pour les inscrire dans une perspective historique et subjective où la littérature devient nouage du temps et du sujet. Qu’il évoque les grands auteurs romantiques que sont Wordsworth et Coleridge, qu’il fasse le portrait littéraire de Mérimée ou de Lamb, qu’il élabore une approche du style et une vision tout à fait singulière de l’histoire littéraire, Pater est le talentueux critique de l’ère de l’autonomisation littéraire où la question de l’esthétique se redouble de celle de l’éthique. Bénédicte Coste enseigne la traduction à City University, Londres.

WALTER PATER CRITIQUE LITTÉRAIRE

Cet ouvrage traite de la critique littéraire de Walter Pater, essayiste et portraitiste victorien. À travers un dialogue avec la psychanalyse, il fait ressortir la pertinence actuelle de ses écrits sur les questions littéraires essentielles.

Les Affamées et autres nouvelles

Patricia Eakins Présentées et traduites par Françoise Palleau-Papin

Le patois et la vie traditionnelle aux Contamines-Montjoie

Volume I

La nature, les activités agro-pastorales et forestières Après plusieurs ouvrages écrits en collaboration avec Claudette Germi sur la toponymie alpine de tradition écrite et orale, Hubert Bessat présente ici le patois et la vie traditionnelle de son village natal, Les Contamines-Montjoie (Haute-Savoie), fruit d’une enquête dialectale de longue durée auprès de nombreux témoins dont c’était autrefois la langue usuelle des travaux et des jours. Ce recueil de mots patois, d’expressions et de récits vécus se propose de restituer, en deux volumes, le milieu montagnard, les travaux saisonniers, les faits et gestes ainsi que les étapes de la vie passée des habitants du village : en somme le versant ethnolinguistique d’un patrimoine local également mis en valeur par l’Association mémoire et patrimoine des Contamines-Montjoie. Ce premier volume envisage, sous forme thématique, l’environnement naturel (climat, relief ), la flore, la faune et toutes les activités agro-pastorales et forestières. Chacun des dix chapitres est précédé de notes introductives, historiques ou ethnographiques. Sous chaque entrée lexicale sont aussi évoquées les éventuelles survivances du patois dans les termes du français local et dans les noms de lieux de tradition orale ou écrite. Un index alphabétique des mots patois (avec leur signification usuelle) renvoie aux paragraphes de l’ouvrage, et un index de tous les noms de lieux fait référence aux trente secteurs délimitant la localisation des toponymes sur le territoire communal. Quelques clichés des paysages du Val Montjoie et des activités traditionnelles du village viennent compléter l’ouvrage.

L’écrivaine américaine contemporaine Patricia Eakins révise les légendes et les contes populaires, scientifiques ou ethnographiques pour en faire des récits étranges et enchanteurs. Hubert Bessat

ISBN 978-2-84310-163-2 ISSN 2105-9497 Prix 27 C

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Le patois et la vie traditionnelle aux Contamines-Montjoie - Volume I La nature, les activités agro-pastorales et forestières

Le patois et la vie traditionnelle aux Contamines-Montjoie

autres nouvelles

Patricia Eakins Présentées et traduites par Françoise Palleau-Papin Collection « Paroles d’Ailleurs » 2010 – 216 p. – 11,50 cm x 17,50 cm ISBN 978-2-84310-166-3 ISSN 1286-5485 Le patois et la vie traditionnelle aux Contamines-Montjoie Prix : 15 €

Bénédicte Coste Collection « Esthétique et représentation : monde anglophone (1750-1900) » 2010 – 258 p. – 14 cm x 21,50 cm ISBN 978-2-84310-162-5 ISSN 1957-9683 Prix : 26 €

THE EXCITEMENT OF THE LITERARY SENSE

ISBN 978-2-84310-162-5 ISSN 1957-9683 Prix 26 €

Les Affamées et

La Grèce hellénistique et l’Empire romain dialoguent ici selon trois axes : l’espace et le temps, les vecteurs du pouvoir que sont les documents écrits et les représentations imagées, puis la diffusion à travers la littérature et la religion.

Walter Pater critique littéraire The excitement of the literary sense

WALTER PATER CRITIQUE LITTÉRAIRE

( 1 890 - 1 896)

ESTHÉTIQUE ET REPRÉSENTATION : MONDE ANGLOPHONE (1750-1900)

L A S C È NE SY M BOL IST E

COLLECTION

Mireille Losco-Lena

Mireille Losco-Lena

Mireille Losco-Lena Hors collection 2010 – 232 p. – 14,50 cm x 21 cm ISBN 978-2-84310-157-1 WALTER PATER CRITIQUE LITTÉRAIRE Prix : 28 €

Sous la direction d’Ivana Savalli-Lestrade et d’Isabelle Cogitore Collection « Des Princes » 2010 – 360 p. – 15 cm x 23 cm ISBN 978-2-84310-156-4 ISSN 1621-1235 Prix : 25 €

(iv e siècle avant j.-c. - iie siècle après j.-c.)

La scène symboliste (1890-1896) Pour un théâtre spectral

langues gestes Paroles

ins

re de la littérature ce recueil, elle révise ulaire, mythologique, ur donner des récits tement étrange. Ses stalgique d’un passé gie subversive, d’une elle revisite le conte n, le conte fantastique ui des Lumières du n ou le conte inuit, la nsel et Gretel, le récit ou le conte africain, , et nous surprendre s donnent faim d’un elles restent à notre re.

Des Rois au Prince

collection

es

Isabelle Krzywkowski Nouvelle collection « Savoirs littéraires et imaginaires scientifiques » 2010 – 328 p. – 14 cm x 21,50 cm ISBN 978-2-84310-151-9 ISSN 2108-6001 Prix : 31 €

LA SCÈNE SYMBOLISTE (1890-1896)

heuse à l’université Lyon 2-Lumière,

Machines à écrire Littératures et technologies du XIXe au XXIe siècle

Patricia Eakins

it l’apparition d’un théâtre e, qui découvre Maeterlinck, Hauptmann, et dont les scéniques jouent un rôle mise en scène moderne. Le buts du Théâtre de l’Œuvre le Théâtre de la Rose-Croix les spectacles d’Édouard xpérimentation radicale, ectaculaires de l’époque. atisme, de pénombre, de orent une théâtralité qu’on actéristique essentielle est de disparition. Non encore n scène, la scène symboliste llaboration entre poètes, d Vuillard, Maurice Denis , musiciens et comédiens, tiel ; ils œuvrent ensemble suscitent en leur temps un rouvent dans notre actuel

Ouvrages des Ellug

Les Affamées et autres nouvelles

90-1896) AL

Livres

I La nature, les activités agro-pastorales et forestières

Hubert Bessat

Hubert Bessat Collection « Langues, Gestes, Paroles » 2010– 321 p. – 14 cm x 21,50 cm ISBN 978-2-84310-163-2 ISSN 2105-9497 Prix : 27 € L’ouvrage présente un recueil de mots, d’expressions et de récits en dialecte de ce village savoyard. Sous forme thématique, ce premier volume envisage les domaines du milieu naturel et des activités agropastorales et forestières.


Livres

Revues des Ellug Ferments d’Ailleurs Transferts culturels entre Lumières et romantismes

’Ailleurs

Ferments d’Ailleurs

ulturels romantismes

Transfert culturels entre Lumières et romantismes

Ferments d’Ailleurs

siècle au Romantisme est un oire culturelle européenne. n pourrait s’attendre à des différences (le Romantisme peuple et de la nation ?), on ’époque, comme l’ébauche mmunes par la fertilisation rce de problématiser ce que s interculturels en prenant es nationales pour ainsi dire urrence l’étranger qu’elles ce procès particulièrement orie. Surtout, en se fondant és aux littératures anglaise, s’attache à montrer le travail sibilités et des textes, de ces des idées et spécialistes de efforts de manière féconde ntir et à mieux comprendre e européenne.

tion de rançois Genton

Sous la direction de Denis Bonnecase et François Genton

fiques

dans l’imaginaire américain du xixe siècle

Discours et objets scientifiques

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7

Cet ouvrage s’efforce de problématiser ce que l’on pourrait appeler les transferts interculturels pendant la transition du XVIIIe siècle au Romantisme, en prenant comme champ d’études les littératures nationales pour ainsi dire ensemencées par l’Autre, en l’occurrence l’étranger qu’elles accueillent.

Discours et objets scientifiques Dans l’imaginaire américain du XIXe siècle

e Maniez

ujourd’hui comme des elles constituent deux nterrogent mutuellement naire de l’Amérique du ature comme un simple l’époque, cet ouvrage lesquelles discours et transformés ou subvertis de d’auteurs marquants , brownson, Whitman, travaux ici rassemblés on de la science et de ens étroits et complexes ; ils soulignent enfin les l’usage de métaphores américains de l’époque.

Sous la direction de Denis Bonnecase et François Genton Hors collection 2010 – 367 p. – 14,50 cm x 21 cm ISBN 978-2-84310-172-4 Prix : 28 €

Discours et objets scientifiques dans l’imaginaire américain du xixe siècle sous la direction de

ronan Ludot-Vlasak et claire Maniez

Sous la direction de Ronan Ludot-Vlasak et Claire Maniez Collection « Esthétique et représentation : monde anglophone (1750-1900) » 2010 – 236 p. – 14 cm x 21,50 cm ISBN 978-2-84310-171-7 ISSN 1957-9683 Prix : 26 € Cet ouvrage explore les modalités selon lesquelles science et technologie se trouvent tour à tour ou simultanément interrogées, poétisées, métaphorisées ou subverties par l’écriture littéraire dans l’imaginaire américain du XIXe siècle.

Cahiers d’études italiennes, Novecento… e dintorni, n° 11, 2010, 259 p. Littérature et nouveaux mass médias Études écossaises, n° 13, 2010, 189 p. Exil et Retour Féeries, n° 7, 2010, 264 p. Le Conte et la Fable Gaïa, n° 13, 2010, 244 p. Iris, n° 31, 2010, 193 p. L’Impensé symbolique ILCEA, n° 12, 2010, parution en ligne, sur le site « http://ilcea.revues.org », La FASP : dix ans après… ISBN 978-2-84310-180-9 ILCEA, n° 13, 2010, parution en ligne, sur le site « http://ilcea.revues.org », Les voies incertaines de la démocratisation Transitions, consolidations, transformations démocratiques : retours critiques et regards croisés Europe/Amérique latine Sous la direction de Almudena Delgado Larios et Franck Gaudichaud ISBN 978-2-84310-181-6 Lidil, n° 41, 2010, 169 p. Énonciation et rhétorique dans l’écrit scientifique Recherches & Travaux, n° 76, 2010, 147 p. Écrire en temps de détresse : le roman maghrébin francophone

Pour plus d’informations : www.u-grenoble3.fr/ellug

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Livres

Autres éditeurs Pallas, revue d’études antiques Kaina pragmata : mélanges offerts à Jean-Claude Carrière Textes réunis par Malika Bastin-Hammou et Charalampos Orfanos Presses universitaires du mirail, 2009 228 p. - Prix : 25 € ISBN : 978-2-8107-0068-4. ISSN : 0031-0387 Cet ouvrage, consacré à la figure de l’helléniste militant Jean-Claude Carrière, rassemble des travaux relevant des grands axes qui ont guidé ses recherches : la comédie ancienne, avec son ouvrage majeur Le Carnaval et la politique, l’historiographie et les mythographes – il fut en effet l’éditeur de la Bibliothèque d’Apollodore. Parce qu’il fut également très engagé dans la défense des Humanités, deux articles en forme d’hommage rappellent son rôle de trublion systématique et efficace dans ce domaine.

Barthes Textes présentés par Claude Coste Points, 2010, 608 p. - Prix : 12 € ISBN 978-2-7578-2206-7 “Théoricien, critique, essayiste, Roland Barthes (1915-1980) dialogue avec tous les mouvements intellectuels de son époque : marxisme, brechtisme, phénoménologie, structuralisme, post-structuralisme… Audelà de cette passion du placement, l’œuvre entière trouve son unité dans la récurrence de quelques questions fondamentales qui la traversent de part en part : qu’est-ce que ça signifie ? Qui suis-je ? Quels sont les pouvoirs et les devoirs de la littérature ?”

L'avenir des humanités Yves Citton La Découverte - 2010 - 204 p. - Prix : 17 € ISBN 978 2 707 16009 6 En parlant de « société de l'information » ou d'« économie de la connaissance », on laisse souvent penser que le savoir se réduit à une masse de données segmentées et commercialisables comme n'importe quelle marchandise. Yves Citton révise notre imaginaire du savoir, en montrant que les Humanités, souvent considérées comme poussiéreuses, cultivent une compétence incontournable, celle de l'interprétation.

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La Fabrique du corps humain : la machine modèle du vivant Sous la direction de Véronique Adam et de Anna Caiozzo. CNRS MSH-Alpes 2010, 388 p. - Prix : 12,96 € ISBN 978 2 914 24236 3. Ce volume est le fruit d’un colloque organisé par le Centre de recherche sur l'imaginaire (CRI) en mai 2009 à la MSH-Alpes. Cette rencontre a permis une réflexion sur le fonctionnement imaginaire du corps et son anatomie pour appréhender la figure complexe de l’automate.

Les contrats en droit espagnol Terminologie et contrats-types Sandrine Rol-Arandjelovic Arcades édition 2010 - 333 p. Prix : 12 € ISBN : 978-2-9522489-6-9 Rédigé par Sandrine Arandjelovic-Rol, maître de conférences en espagnol à l’université Stendhal-Grenoble 3, et Janine Dorandeu, ce livre constitue un outil pédagogique spécifique puisqu’il s’agit d’un ouvrage de droit de spécialité. Il comprend des modèles de contrats-types rédigés en espagnol et une terminologie contractuelle dans les deux langues (espagnol, français).

Tombeau pour Swinburne Denis Bonnecase et Sébastien Scarpa, Paris, éditions Aden, collection « Tombeau » 2010. 512 p. - Prix : 35 € ISBN : 978-2-84840-053-2 Tout au long de sa vie, Algernon Charles Swinburne (1837-1909) fit œuvre de transgression, d’abord par son comportement, mais aussi par son exploration décisive des ressources du signifiant. Cet ouvrage collectif, composé d’articles critiques et de traductions inédites, rend hommage à celui qui sut atteindre cette pointe extrême de l’intensité poétique révélant la sublimité de l’être humain dans son rapport à la langue.


Livres

Bois Brésil : poésie et manifeste Oswald de Andrade Traduit du portugais (Brésil), préfacé et annoté par Antoine Chareyre Édition bilingue, illustrations de Tarsila do Amaral Paris, Éditions de la Différence, hors collection, 2010, 398 p. - Prix : 30 € ISBN : 978-2-7291-1898-3 Oswald de Andrade (1890-1954), membre fondamental du Modernisme brésilien des années 1920, fut le promoteur d’une « poésie d’exportation » refondée dans la réalité brésilienne comme dans l’avant-gardisme européen. Après le manifeste de 1924, c’est à Paris, où il séjourna souvent, qu’il publia en 1925 son recueil dédié à l’ami Blaise Cendrars. L’ouvrage, première traduction française, est aussi la première édition critique de ce recueil essentiel.

Une poétique de la radicalité : Essai sur la poésie d’Oswald de Andrade Haroldo de Campos Traduit du portugais (Brésil) et révisé par Antoine Chareyre Dijon, Les Presses du Réel, collection « L’écart absolu – poche », 2010 96 p. - Prix: 9 € ISBN : 978-2-84066-365-2 Le poète, théoricien, critique et traducteur Haroldo de Campos (1929-2003), membre fondateur du mouvement concrétiste brésilien, fut notamment l’un des principaux responsables de la redécouverte, au Brésil, de l’œuvre d’Oswald de Andrade. L’ouvrage reprend la longue préface qu’il consacra en 1966 à la première réédition posthume des œuvres poétiques du précurseur moderniste, pour accompagner l’édition française du recueil Bois Brésil.

Poèmes modernistes et autres écrits : anthologie, 1921-1932 Sergio Milliet Choix, traduction du portugais (Brésil), présentation et notes par Antoine Chareyre Toulon, Librairie La Nerthe, « Collection Classique », 2010, 224 p. - Prix : 20 € ISBN : 978-2-916862-17-0 Sergio Milliet (1898-1966), membre un peu oublié du Modernisme brésilien des années 1920, vécut quelques temps entre le Brésil et l’Europe, laissa une belle poésie bilingue, quelques traductions et articles des deux côtés de l’Atlantique, et rentra au Brésil en 1925. L’ouvrage rassemble l’essentiel de sa poésie d’alors, un récit de voyage et un choix d’articles significatifs de la même époque — textes originaux français ou traduits du portugais.

Cocktails : poèmes choisis Luís Aranha Choix, traduction du portugais (Brésil), présentation et notes par Antoine Chareyre Toulon, Librairie La Nerthe, « Collection Classique », 2010, 126 p. - Prix : 20 € ISBN : 978-2-91-6862-18 Luís Aranha (1901-1987), membre confidentiel du Modernisme brésilien des années 1920, publia en tout et pour tout cinq poèmes en revue et abandonna aussitôt toute prétention littéraire. Son œuvre saisissante, largement inédite, fut tardivement redécouverte et réunie en volume au Brésil. L’ouvrage propose une sélection de ses poèmes les plus audacieux, suivie d’une longue étude de son ami d’alors, le poète et critique Mario de Andrade.

Les 500 exercices de phonétique Dominique Abry et Marie-Laure Chalaron avec corrigés et CD MP3 Hachette, 2010, 192 p. - Prix : 20,90 € ISBN : 9782011556981 Cet ouvrage permet de travailler le système phonétique du français en quatre étapes : observation et perception, entraînement articulatoire, rythmique et intonatif, phonie-graphie, interprétation de textes poétiques. Il est accompagné en début d'ouvrage de conseils pour les enseignants pour construire des parcours d'apprentissage pour leurs apprenants selon leurs langues d'origine.

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Coup d'œil

Rencontre avec l'écrivain ukrainien Andreï Kourkov Rédacteur, gardien de prison, caméraman ou scénariste, Andreï Kourkov a exercé de nombreux métiers, mais depuis la sortie de son roman "Le Pingouin", paru en France en 2000 et traduit dans le monde entier, il est connu et reconnu par un très large public. Dans le cadre de son cycle de conférences sur les cultures slaves, l’Institut des langues et cultures d’Europe et d’Amérique et l’association Droujba-38 ont reçu ce célèbre écrivain ukrainien de langue russe pour une rencontre inédite à l’université Stendhal. Né à Saint-Pétersbourg en 1961 dans une famille communiste, Andreï Kourkov vit dès sa petite enfance à Kiev, la capitale ukrainienne. Andreï Kourkov est un écrivain de la ville et, tout comme l’œuvre de Victor Hugo est imprégnée de Paris, et celle de Dickens de Londres, les romans de Kourkov sont emplis des mystères de Kiev. Si de la plupart de ses romans se dégage également une dominante sensorielle, le froid pour Le pingouin, l’odeur de cannelle pour Le caméléon, le blanc pour Laitier de nuit, c’est l’humour, parfois grinçant, mais toujours salvateur de l’auteur qui en est le dénominateur commun et permet de dépasser l’atmosphère parfois noire et pesante, très nette dans ses premiers romans. Rappelons qu’Andreï Kourkov a commencé sa carrière littéraire au cours de son service militaire durant lequel il était gardien de prison à Odessa. Son premier roman paraît en 1991 à Kiev, deux semaines avant la chute de l’Union Soviétique. Du chaos qui s’ensuivit jusqu’à l’espoir porté par la Révolution orange – à laquelle il participe –, Andreï Kourkov est marqué par l’histoire de son pays et semble toujours garder le doigt sur le pouls de celui-ci et rendre dans ses livres la mesure de son évolution.

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Abordant l’intrigue de son dernier roman Laitier de nuit sans la dévoiler entièrement, Andreï Kourkov révèle notamment que si l’héroïne a pour prénom Irina, elle aurait aussi pu s’appeler Ukraine ! Sur une note joviale mais lucide, il évoque les liquides – très présents dans son œuvre – et souligne qu’il y en a trois dans cet ouvrage : le sérum « anti-frousse », qui a des effets secondaires inattendus, puisqu’il rend les hommes politiques plus honnêtes, le lait de chèvre offert aux orphelins qui, ne sachant plus qu’en faire, le transforment en fromage et surtout le lait maternel de l’héroïne, Irina, qui le marchande pour survivre. Le lait est le liquide de l'énergie vitale, celui qui permet la croissance des hommes. Mais au lieu de le donner aux bébés, eux qui sont l’avenir, Irina le vend aux corrompus, aux gens qui essaient de profiter de toutes choses humaines pour leur intérêt personnel. Désenchanté face à la situation actuelle et l’avenir politique de son pays, Andreï Kourkov faisait ce constat amer : « Aucun des hommes et femmes politiques ukrainiens actuels n’est, selon moi, digne de confiance, et quel que soit celui qui l’emportera aux élections de février 2010, il n’obtiendra pas l’adhésion de l’ensemble de la société. » Malgré cela, Andreï Kourkov estime que l’Ukraine a déjà montré, lors de la Révolution orange, qu’elle était capable de se rassembler, de prendre son destin en main et d’obtenir des changements. ■

Bibliographie • Le Pingouin. Éd. Liana Levi, 2000/ Seuil points, 2001, traduit par Nathalie Amargier • Le Caméléon. Éd. Liana Levi, 2001/ Seuil Points, 2002, traduit par Christine Zeytounian-Belous • L’Ami du défunt. Éd. Liana Levi, 2002/ Seuil points, 2003, traduit par Christine Zeytounian-Belous • Les Pingouins n’ont jamais froid. Éd. Liana Levi, 2004, traduit par Nathalie Amargier • Le Dernier Amour du président. Éd. Liana Levi, 2004, traduit par Annie Epelboin • Laitier de nuit. Éd. Liana Levi collection « Littérature étrangère », 2010, traduit du russe par Paul Lequesne


Agenda

Colloques, séminaires et conférences Ces événements ont lieu, pour la plupart, dans les locaux de l’université Stendhal à Saint Martin d’Hères sauf mention contraire.

Vendredi 10 décembre 2010 Traductions du théâtre humaniste : Antonio Loschi Salle G 205 Séminaire « Humanisme, Renaissance, Baroque Italiens » organisé par le GERCI * : serge.stolf@u-grenoble3.fr

Du 1er octobre 2010 au 16 janvier 2011 Faites don de vos sms à la science ! Le Centre de l'oralité alpine et le LIDILEM souhaitent constituer un corpus de sms réels afin d'étudier ce langage. Envoyezleur des copies de vos sms et tentez ainsi chaque semaine de gagner des cadeaux ! Inscrivez vous en envoyant un sms au 31014 (numéro non surtaxé) débutant par sms05 suivi de votre numéro de portable. Vous recevrez un sms vous expliquant la démarche. * : sms-alpins@u-grenoble3.fr

Vendredi 14 janvier 2011 Texte et image Séminaire organisé par le GERCI * : filippo.fonio@u-grenoble3.fr

Vendredi 19 novembre 2010 Le pontife romain dans les Commentarii de Pie II-Piccolomini Salle G205 Séminaire « Humanisme, Renaissance, Baroque Italiens » organisé par le GERCI * : serge.stolf@u-grenoble3.fr

Mercredi 30, jeudi 31 mars et vendredi 1er avril 2011 Intellectuels et politique en Italie dans la transition du Fascisme à la République (1940-1948) Grande Salle des colloques Colloque international organisé par le GERCI et l’UMR Triangle, avec le soutien du CRHIPA * : christian.del-vento@u-grenoble3.fr

Jeudi 25 et vendredi 26 novembre 2010 On ne naît pas … on le devient Grande salle des colloques Les Gender Studies et le cas italien, des années 70 à aujourd’hui. Entre libération sexuelle et nouveaux tabous. Colloque organisé par le Groupe d'études et de recherches sur la culture italienne (GERCI) * : filippo.fonio@u-grenoble3.fr Jeudi 25 et vendredi 26 novembre 2010 Cinéma, art vidéo et poésie : les images au miroir des images Maison des langues (salle J. Cartier) Organisé par Traverses 19-21 (ECRIRE) * : didier.coureau@u-grenoble3.fr Jeudi 25, vendredi 26 et samedi 27 novembre 2010 Montherlant : théâtre, roman et caetera... Université Sorbonne nouvelle 13 rue de Santeuil, Paris 5e Colloque international organisé par le centre Écritures de la modernité (Paris 3) et Traverses 19-21 (Grenoble 3) * : claude.coste@u-grenoble3.fr

Pour plus de détails sur ces événements :

www.u-grenoble3.fr rubrique Actualités

Vendredi 21 janvier 2011 Giovanni Colombani et le modèle épistolaire Salle G205 Séminaire « Humanisme, Renaissance, Baroque Italiens » organisé par le GERCI * : serge.stolf@u-grenoble3.fr

Jeudi 26 mai 2011 Manuscrits, inédits, journaux intimes, correspondances dans les littératures du Rio de la Plata Colloque international organisé par l'ILCEA * : habiba.naili@u-grenoble3.fr Jeudi 16 et vendredi 17 juin 2011 Le récit d'enquête Journée d’études organisée par l'ILCEA * : habiba.naili@u-grenoble3.fr Ateliers de conversation en langues étrangères Proposés en 13 langues du niveau découverte au niveau intermédiaire ou avancé, les ateliers de conversation permettent d'exercer et d'améliorer ses compétences de compréhension, expression et interaction orales dans la langue visée. Nouvelle session de février à avril 2011 Inscription à l’accueil du Centre d’apprentissage en autonomie (CAA), du 10 janvier au 04 février 2011. • Tarifs étudiants (selon critères) 24€ les 8 ateliers, 12€ les 4 ateliers • Tarifs public extérieur 56€ les 8 ateliers, 28€ les 4 ateliers

Événements à l’Amphidice Service culturel : 04 76 82 41 05 www.u-grenoble3.fr/amphidice Entrée libre sauf mention contraire

Mardi 16 novembre 2010 à 19h30 Concert du Bicentenario Mexico 2010 Organisé par l’association Maguey Contact : associationmaguey@yahoo.fr Mardi 23 novembre 2010 à 20h00 La prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs Par la Compagnie « Les aériens du spectacle ». Plein tarif : 10€ / étudiants : 3,50€ Jeudi 25 novembre 2010 à 19h30 Huit et demi Film de Frederico Fellini, 1963 (VOST) suivi d’un débat. Soirée organisée par l’association Dolce cinema Jeudi 2 décembre 2010 à 19h30 Moulin rouge Comédie musicale présentée par l’association Les ailes du Moulin Mercredi 8 décembre 2010 à 15h00 Quelqu’un pour veiller sur toi Par la compagnie La Simandre Représentation organisée par le CUEF – CPEE Vendredi 10 décembre 2010 à 20h00 Concert de musique classique donné par l’Ensemble des clarinettes de Voiron et la Petite Philharmonie sous la direction de Bruno Delaigue Jeudi 16 décembre 2010 à 19h30 Les arts du spectacle en chantier Présentation de travaux des étudiants en licence Arts du spectacle. Mise en voix et mise en espace des pièces de Chris Lee et Nathalie Papin, auteurs invités de l’université.

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A comme...

La salle de spectacles de l'université Stendhal

« Sans un élément de cruauté à la base de tout spectacle, le théâtre n'est pas possible. » Antonin Artaud


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