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C. E X P O S É

I.

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GÉOGRAPHIQUE

introduction.

L e s deux parties ayant, dans les mémoires transmis à l'arbitre, procédé à un examen détaillé des matériaux cartographiques relatifs à la Guyane et des indications fournies sur les conditions géographiques de cette contrée par les relations de v o y a g e s ou autres documents, pour en tirer des conclusions probantes touchant la situation du Japoc ou V i n c e n t Pinçon du traité d'Utrecht, l'arbitre se trouve également conduit à étudier en détail ce côté de la question. Cette recherche forme le complément nécessaire de l'exposé historique. Il y a lieu tout d'abord de fixer quelques points de vue généraux qui domineront l'examen des questions spéciales. D e plus, il sera indispensable de procéder à une étude détaillée des cartes principales. L e but de la discussion des questions d'ordre général est de montrer de quels principes l'arbitre est parti pour établir les faits d'ordre géographique et pourquoi, selon lui, ces principes doivent servir de règle. En ce qui concerne l'examen détaillé des cartes prin­ cipales, l'arbitre sait a v e c quelle prudence il faut faire usage des vieilles cartes comme moyen de preuve.


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Il y a soixante-dix ans environ, Alexandre de Humboldt ) appréciait justement le c a r a c t è r e général des anciennes cartes de la manière suivante : « L e s cartes géographiques expriment les opinions et les connaissances, plus ou moins limitées, de celui qui les a construites ; mais elles ne retracent pas l'état des décou­ vertes. C e que l'on trouve figuré sur les cartes (et c'est surtout le cas de celles des X I V , X V et X V I siècles), est un mélange de faits avérés et de conjectures présentées comme des faits. Ce serait sans doute méconnaître les progrès de la géographie et les causes qui les ont hâtés, que de jeter de la défaveur sur les procédés ingénieux de l'art qui combine ; les résultats de ces procédés ne sont à craindre que là où, dans le tracé des cartes, on n'offre pas les moyens de reconnaître ce qui a été vu et ce que l'on a simplement supposé pouvoir exister. » Dans son étude sur le développement de la cartogra­ phie de l'Amérique jusqu'en 1570 ) , le D Sophus R u g e attire également l'attention sur les imperfections que pré­ sentent les anciennes cartes des Espagnols et des Portugais. Cela dit, il faut ajouter que, néanmoins, un examen de toutes les anciennes cartes du territoire contesté est indis­ pensable à l'intelligence de la question litigieuse. C'est ainsi seulement qu'on reconnaîtra l'origine des divergences d'opi­ nion constatées plus tard parmi les géographes et l'impor­ tance qu'il convient de leur attribuer. L'histoire de la car­ tographie est un complément nécessaire de l'histoire du pays, et, d'une manière générale, de celle du litige. e

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) A. de Humboldt, E x a m e n critique de l'histoire de la géographie du Nouveau Continent, 1831, I, pp. 326 et 327. ) Petermanns Mitteilungen, Ergänzungsband X X I I I , 1893. 2


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1. P r e m i è r e c o n n a i s s a n c e du

territoire contesté.

V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon, de Palos, navigateur de pro­ fession comme ses deux frères aînés, homme expérimenté et entreprenant, qui avait été déjà l'un des compagnons de Colomb dans son premier voyage, avait, en décembre 1495, obtenu de la couronne d'Espagne la permission d'organiser une expédition dont il serait le chef. Henry Harrisse tient pour vraisemblable que cette expédition a eu lieu, mais il fait observer qu'aucun document ne permet d'en donner une preuve certaine ). 1

La nouvelle de la découverte que Colomb avait faite à la côte de Paria, parvenue en Espagne au mois de dé­ cembre 1498, détermina Y . Y. Pinzon à entreprendre, lui aussi, une expédition. Les récits de Colomb avaient d'ailleurs excité l'imagination de ses contemporains au sujet de la beauté et de la richesse du pays découvert. Plusieurs com­ pagnons du grand navigateur sollicitèrent et obtinrent de la cour l'autorisation de poursuivre l'exploration de ce pays, à leurs frais et moyennant l'obligation de v e r s e r à la cou­ ronne un quart ou un cinquième des bénéfices de l'expé­ dition ) . L e premier d'entre eux, Alonso de Hojeda ), fut prêt à partir au printemps de 1496. Il avait l'appui du puissant évêque de B u r g o s , J u a n Rodriguez de F o n s e c a , qui s'occupait a v e c beaucoup d'activité de ces entreprises d'outre-mer, et il s'était entouré de compagnons tels que Juan de la C o s a et Amerigo V e s p u c c i . Vint après l'expé2

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) Henry Harrisse, T h e Discovery of North A m e r i c a , P a r i s et Londres, 1892, page 671. ) Navarrete, Coleccion de los v i a g e s . . . , Madrid 1829, I I I , pp. 3 et suiv. ) Navarrete traite de l'expédition de Hojeda dans 1. c , III, pp. 4 et suiv. 2

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dition d'Alonso Niño et de Cristobal G u e r r a ). E t à la fin de l'année 1499, V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon fit voile vers le même but ; son compatriote Diego de L e p e le suivait immé­ diatement. On possède, sur le voyage de V . Y . Pinzon, des données nombreuses et en partie dignes de foi, puisées aux sources contemporaines. M. F . I, page 240, note 1, précise, de la manière suivante, l'indication de ces sources : « 1° L a capitulation (acte de donation) de V i c e n t e Yañez Pinzon, datée du 5 septembre 1501 (publiée par M. da Silva, dans son livre l'Oyapoc et l'Amazone, t. II, page 479) ) ; 2" une relation a b r é g é e dans l'écrit de Fracanzano, intitulé P a e s i novamente ritrovati e Novo mondo (Vicence 1507) ; 3° une autre relation, dans le livre de P i e r r e Martyr d'Anghiera, de Orbe Novo, 1 décade, chap. I X (première édi­ tion en 1516) ; 4° les dépositions des témoins devant le F i s c a l à l'occasion du procès contre D i e g o Colon, publiées par Navarrete, Coleccion de los viages y descubrimientos (Madrid, 1829), tome III, pp. 547 et suiv. ; 5° Oviedo, Historia g e n e r a l y natural de las Indias : livre 21, ch. 3 ; livre 24, ch. 2. » Si l'on cite encore le fait que la « R e a l provision » en faveur de V i c e n t e Yafiez Pinzon et de ses neveux,, du 5 décembre 1500 (Navarrete, 1. c , III, pages 82 et suivantes), et l'acte de Charles-Quint, du 23 septembre 1519 (ibidem, pages 145 et suivantes), font aussi mention du voyage de V . Y . Pinzon; si l'on constate en outre que la « relation » citée ci-dessus sous le n° 2 n'est, pour la partie touchant l'objet de la pré­ sente sentence que la reproduction d'un écrit antérieur, à savoir du «Libretto de tutta la navigatione del R e de S p a g n a 2

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) Navarrete,

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1. c , III, page 11.

) V o i r M. B . II, pp. 1-3.


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de le isole, e terreni nuovamente trovati » par le secrétaire d'ambassade vénitien, Angelo T r e v i s a n (Venise 1504), et que cet écrit a son origine dans un travail de P i e r r e Martyr; si. l'on mentionne enfin la relation, de seconde main, de L a s Casas, dans son Historia de las Indias (t. III, chap. C L X X I I I , pages 448-451) datant du milieu du X V I siècle, rémunéra­ tion des documents concernant le v o y a g e de V . Y . Pinzon peut être considérée comme complète. a) L e document le plus authentique est sans doute la capitulation royale du 5 septembre 1501, dont, vu leur connexion avec l'objet du litige, les paragraphes les plus importants sont reproduits ci-après ), bien que cette pièce ait été discutée ailleurs ) d'une façon détaillée : . . . « V o u s êtes allé faire des découvertes sur la Mer Océane, du côté des Indes, où à l'aide de Dieu Notre Seigneur, et par votre habileté, votre travail et vos efforts, vous avez découvert certaines îles et des terres continen­ tales auxquelles vous avez donné les noms suivants : S a n t a Maria de la Consolacion et R o s t r o Hermoso ; e t . . . de là vous avez longé la côte qui v a vers le Nordouest jusqu'au grand fleuve que vous avez nommé S a n t a Maria de la Mar-Dulce, et, toujours vers le Nordouest, tout le long de la terre jusqu'au Cap de S a n V i c e n t e . . . ; vous serez notre Capitaine et Gouverneur des susdites terres, ci-dessus nommées, de la susdite pointe de Santa Maria de la Consolacion, le long de la côte, jusqu'à Rostro Hermoso, et, de là, de toute la. côte qui v a au Nordouest jusqu'au susdit fleuve que vous avez nommé S a n t a Maria de la Mar-Dulce a v e c les îles qui se trouvent à l'embouchure du susdit fleuve qui s'appelle M a r i n a t a m b a l o . . . » e

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) D ' a p r è s la traduction française figurant dans M. B . II, pp. 2 et suiv. ) V o i r ci-dessus, page 86.


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A cette capitulation royale se joint tout d'abord la « R e a l provision » en faveur de V i c e n t e Variez Pinzon et de ses neveux, Arias Perez et Diego Fernandez, du 5 dé­ c e m b r e 1500, où il est dit que les susnommés ont rapporté c e qui suit : « il peut y avoir une année, un peu plus ou un peu moins, qu'ils équipèrent quatre caravelles pour aller faire des découvertes aux I n d e s . . . , où ils découvrirent six cents lieues de terre ferme au delà des mers et beau­ coup d'îles... Ils rapportèrent de ce v o y a g e 350 quintaux de bois du Brésil » ) . L e troisième acte royal ayant trait entre autres à l'ex­ pédition de V . Y . Pinzon en 1500, est la « R e a l provision » en faveur des « descendientes de los Pinzones », du 23 sep­ tembre 1519. P a r elle, Charles-Quint octroie à la famille Pinzon l'autorisation de porter des armoiries, en raison des ser­ vices rendus touchant les découvertes. Cette pièce men­ tionne en toutes lettres le nom de V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon et cite que lui et les siens « découvrirent six cents lieues de terre ferme et trouvèrent le grand fleuve et le Brésil» ) . L e mérite de ces découvertes devait être symbolisé sur les armoiries ; elles représentent : « trois caravelles de forme naturelle voguant sur la mer ; de chacune d'elles s'élève une main montrant le premier pays qu'ils trou­ vèrent ainsi et découvrirent » ) . 1

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) . . . « D i c i e n d o . . . , puede haber un anó poco mas ó menos, que ar­ maron cuatro carabelas para descobrir en las partes de las Indias... en que descubrieron seiscientas leguas de tierrafirme en ultramar, allende de muchas i s l a s . . . F a s t a tanto que hayan vendido trescientos é cincuenta quintales de brasil que trujeron del dicho viage. » ) « Descubrieron seiscientas leguas de tierra-firme, é hallaron el g r a n rio y el Brasil. » ) « T r e s carabelas al natural en la mar, é de cada una de ellas s a l g a una mano mostrando la primera tierra que asi hallaron é descu­ brieron. » 2

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b) L e s documents les plus dignes de foi sont, après ces actes royaux, les dépositions ayant trait au voyage de Y . Y. Pinzon, faites par les témoins dans le procès de Colomb. Voici un résumé tiré des actes, tels qu'ils figurent dans Navarrete ), 1. c. III, pages 538 et suivantes : 1. La découverte de Paria par Colomb est dûment établie. Sont témoins : Alonso de Hojeda, Pedro de Ledesma, Juan Rodriguez, Juan Quintero (pages 539 et suivantes), c e s trois derniers compagnons de Colomb dans ce voyage. 2. Il est établi que, plus tard, Cristobal Guerra et Pero Alonso Niño ont fait d'autres découvertes sur la même côte (pages 540-542). Sont témoins : Andres de Morales, qui dit : « Cristobal Colon fut le premier qui y arriva ; toutefois, il n'alla pas si loin que Cristobal Guerra et Pero Alonso Niño » ; puis G a r c i a Hernández ; Alonso de Hojeda, qui atteste la présence de Guerra et de Niño près de Paria, mais qui fait valoir son droit de priorité (page 541) ; Nicolas Perez, compagnon de Hojeda, confirme cette assertion, de même que Rodrigo de la Bastidas, lequel ajoute que Niño a accompagné Colomb, lors de la découverte de Paria (page 542). 1

3. E n ce qui concerne son propre voyage dans c e s contrées a v e c Juan de la C o s a et Amerigo Vespucci, Alonso de Hojeda constate que sa découverte est la première après celle de Colomb ; « il découvrit au sud la tierra firme et la longea pendant environ 200 lieues jusqu'à P a r i a et il fit voile à travers la boca del D r a g o et, là, il apprit que 1

) « Probanzas hechas por el fiscal del R e y en el pleito que siguió contra el Almirante de Indias D . D i e g o Colon. » Nous n'avons pas à notre disposition la nouvelle édition des actes de la Coleccion de documentos ineditos de ultramar, 2 série, t. Y I I 1 , 2 D e L o s Pleitos de Colon, Madrid 1894. e

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l'Amiral avait touché l'île de la Trinidad » ; il découvrit sur toute cette tierra firme 200 lieues avant P a r i a et, au delà de Paria, jusqu'à las perlas, et de las perlas jusqu'à Quinquibacoa » (page 544) ). 4. Viennent ensuite les attestations sur le voyage de Rodrigo de la Bastidas et de Juan de la C o s a (pages 545 et suivantes). 5. Dans l'interrogatoire du fiscal royal sur le voyage de « Vicenti Anes Pinson », il est question de la côte décou­ verte par lui jusqu'à la « parte de levante » (c'est-à-dire jusqu'à la L i g n e de démarcation entre le Portugal et l'Es­ pagne), et ensuite cette côte est désignée plus exactement par ces mots : « jusqu'à la Punta que l'on nomme S t a Cruz et S. Agustin, et de là l'embouchure du grand fleuve, où ils trouvèrent l'eau douce qui pénétrait dans la mer » (page 547) ) . V . Y . Pinzon lui-même déposa le premier comme suit ) : 1

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) « Descubrió al mediodia la tierra firme é corrió por ella ansi 200 leguas hasta P a r i a , é salió por la boca del D r a g o , é allí conosció que el Almirante habia estado en la isla de la Trinidad . . . F u é descubriendo . . . en toda esta tierra firme 200 leguas antes de P á r i a , é de la de P á r i a hasta las perlas, é desde las perlas hasta Quinquibacoa. » ) « S i saben que V i c e n t i A ñ e s Pinzon é los que con él fueron á descubrir, descubrieron hácia la parte de levante a la costa que está descubierta, hasta la punta que llaman de S t a Cruz é de S . Agustin, é de aqui entre la boca del rio grande donde hallaron el agua dulce que entraba en la mar. » ) « V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon, capitan de S. S. A . A. vecino de Sevilla en T r i a n a , de mas de 50 años de edad, declaró en la misma ciudad en 21 de Marzo de 1513, que sabe lo contenido en esta pregunta como en ella se contiene : lo cual sabe porque este testigo es el mismo V i c e n t e Yañes Pinzon, é sabe é es verdad que descubrió desde el cabo de Consolacion, que es en la parte de Portugal é agora se llama cabo de S. Agustin é que descubrió toda la costa, é luego corriendo al occidente la cuarta de nurueste, que asi se corre la tierra; é que descubrió é halló la mar dulce, é que sale 40 leguas en la mar el agua dulce, 2

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« V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon, capitaine de L e u r s Majestés, habitant T r i a n a (Séville), âgé de plus de 50 ans, déclare dans cette même ville, le 21 mars 1513, qu'il est ren­ seigné sur la. teneur de la question. Il est renseigné là-dessus, attendu que ce témoin, c'est V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon lui-même ; et il sait, et c'est la vérité, qu'il découvrit à partir du cabo de Consolacion, qui est dans le lot du Portugal et s'appelle maintenant cabo de S. Agustín, et qu'il découvrit toute la côte, et que, continuant immédiatement sa route vers l'ouest-quart-nord-ouest, suivant la direc­ tion du rivage, il découvrit et trouva la mar dulce, et que l'eau douce s'avance jusqu'à 40 lieues au large et il découvrit également ce pays, qui se nomme Paricura, et il longea la côte jusqu'à la costa del Dragon, et là, ce témoin apprit la nouvelle que ledit D . Cristobal Colon était parvenu jusqu'à ladite boca del D r a g o . . . . » (page 547). Juan de Ungria ó Umbria, pilote dans le voyage de V . Y . Pinzon, dépose, le 1 décembre 1515, à Séville, que « V i c e n t e Yañez », avec quatre vaisseaux équipés par lui et ses parents, fit des découvertes à partir « du rio de Saltes », qu'ils découvrirent 800 lieues de pays le long d'une côte courant du nord-ouest au sud-est, et « qu'ils y trou­ vèrent de l'eau douce qui pénétrait à plus de 20 lieues en avant dans la mer » (page 547). Anton Hernandez Colmenero, qui se trouvait sur le même vaisseau que V . Y. Pinzon, dépose, le 25 septembre 1515, à Séville, qu'il vit comment V . Y . Pinzon et ses com­ pagnons parvinrent jusqu'à « la parte de levante » en par­ tant des îles du Cap V e r t , qu'ils prirent la route entre le er

é asimismo descubrió esta provincia que se llama Paricura, é corrió la costa de luengo fasta la costa del Dragon, e que allí halló este testigo la nueva que el dicho D . Cristobal Colon habia llegado á la dicha boca de D r a g o . . . . »


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sud-ouest et le sud, qu'ils découvrirent la tierra firme, et que ledit V . Y . Pinzon monta dans le canot de son navire en ne laissant personne aller a v e c lui à terre, à part les notaires qui se trouvaient sur le vaisseau par l'ordre du roi, notre maître. Ceux-ci débarquèrent a v e c ledit V i c e n t e Yafiez, et le témoin vit comment ledit V i c e n t e Yafiez prit possession de ladite tierra firme au profit et au nom du roi, notre maître. Ceci se passa par devant lesdits notaires, confor­ mément aux instructions dudit V i c e n t e Yanez. E t la prise de possession ayant eu lieu, le témoin vit comment ledit V i c e n t e Yafiez érigea des bornes-frontières (hiso mujones de tierra) et donna un nom à la contrée ; le témoin ne se souvient pas de ce nom. E t la prise de possession y ayant eu lieu, ils découvrirent plus loin cette côte dans la direction du nordouest et ils pénétrèrent dans un fleuve où ils trouvèrent de l'eau douce qui se déversait à 30 lieues en avant dans la mer, et ils s'emparèrent dans le fleuve d'un « macajo », et comme les vaisseaux étaient à l'ancre, la mer s'éleva soudain et souleva en mugissant les navires à quatre brasses de hauteur. E t dans cette région, ils trouvèrent beaucoup d'hommes de couleur qui s'approchèrent sans défiance du lieu où étaient ledit V i c e n t e Yañez et ses gens. E t de ce grand fleuve, ils remirent à la voile et firent des découvertes le long de la côte de la tierra firme jusqu'à P a r i a . . . (page 548). 1

Garcia Hernandes ), médecin accompagnant V . Y . Pinzon en qualité de notaire royal (escribano de S. A.), dépose, le 1 octobre 1515 : « V i c e n t e Y a ñ e z découvrit la côte de P a r i a jusqu'à la Punta de Santa Cruz et débarqua er

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) D'après la nouvelle édition des Probanzas, il s'appelle G a r c i a F e r r a n d o ; R . B . I, page 27, observe au sujet de cette déposition: « l a lecture intégrale de sa déposition... montre qu'elle est des plus obscures ».


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avec quelques-uns de ses gens et avec quatre notaires de S a Majesté, un de chaque navire, et il coupa des branches d'arbre et but de l'eau, et pour marquer la souveraineté de S a Majesté et désigner sa possession, ses gens firent des croix et donnèrent un nom à l'endroit, en se référant à ce jour Rostro-hermoso, jour auquel ledit pays fut décou­ vert. Ils demeurèrent là quelques jours, et partirent en prenant la direction du nord-ouest, naviguant le long de la côte jusque vers le dit Paria, et d'après les décla­ rations des pilotes, il se trouva qu'il y avait sept cent cinquante lieues de ce Rostro-hermoso jusqu'à la baie de Paria. » Chemin faisant, ils pénétrèrent « dans un golfe com­ posé de deux baies, l'une du côté de la mer, l'autre du côté de la terre », où ils faillirent périr. Ils donnèrent à ce golfe le nom de « la boca de los L e o n e s ». Poursuivant leur route dans la direction du nord-ouest, ils arrivèrent à un « rio grande » ; les pilotes disaient que la distance jusqu'à ce fleuve était de quarante lieues. Ils trouvèrent « esta agua dulce » si bonne « qu'elle ne pou­ vait être meilleure » ; ils vidèrent leurs barriques d'eau et les emplirent à nouveau pour la suite du voyage. Ils ten­ tèrent de pénétrer « le secret de ce fleuve », mais ils ne purent aborder à la « tierra anegada » et n'osèrent s'aven­ turer plus loin « por la bajeza de la t i e r r a » . « E t de là, ils continuèrent leur route vers Paria ». V . Y . Pinzon, selon les déclarations des pilotes, découvrit 750 lieues de Rostrohermoso à P a r i a (pages 548-550). Pedro Ramires, compagnon de V . Y . Pinzon, dépose le 19 septembre 1515: Ils partirent de S. Antonio (l'île la plus occidentale des Caboverdiennes) dans la direction du sud-sud-ouest ; ils pensaient ne trouver la terre qu'après trois ou quatre mois de navigation, mais au bout de qua-


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torze jours, ils abordèrent la tierra firme et arrivèrent à un « cap auquel ils donnèrent le nom de Rostro-hermoso, et ils jetèrent l'ancre et débarquèrent, et de là, ils ne purent aller plus loin, rebroussèrent chemin et se dirigèrent jusqu'à P a r i a en suivant la c ô t e . . . ; dans ce voyage, ils rencon­ trèrent un grand fleuve, qui était si grand que son eau douce pénétrait jusqu'à 40 lieues en avant dans la mer ; ils la goûtèrent et trouvèrent de l'eau douce » (page 550). Diego Hernandez Colmenero (neveu de V . Y . Pinzon), capitaine d'un des vaisseaux de l'expédition, dépose : Ils firent route du Cap V e r t jusqu'à ce qu'ils découvrirent la «tierra firme», et là ils continuèrent leur voyage, naviguant le long de la côte et découvrant Rostro-hermoso, « que le pusieron al tiempo ». Il y a 800 lieues de côtes jusqu'à Paria. « V i c e n t e Yañez et le témoin prirent possession du pays pour L e u r s Majestés et coupèrent un grand nombre de branches d'arbre ; ils firent, comme signe de prise de possession, des croix en quelques points principaux et posant d'autres croix „ de maderos " » (pages 550 et sui­ vantes) ). Garcia Hernandez, de Huelva ) , membre de l'expé­ dition, vit « comment ledit V i c e n t e Yañez Pinzon, lui et ses compagnons, découvrirent jusqu'à la «parte de levante» à la côte, qui a été découverte jusqu'à la punta que l'on nomme de S a n t a Cruz et de S a n Agustin, et le témoin vit ensuite comment il s'engagea dans l'embouchure du grand fleuve..., où ils prirent de l'eau douce, et le témoin dit qu'il but de celle qui pénètre dans la m e r . . . E t jamais personne ne 1

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) « E cortaron muchos ramos de arboles ; en algunos principales lugares hacian cruces en señal de posesion é poniendo otras cruces de maderos. » ) D e Huelva, pour le différencier du médecin et notaire royal désigné sous le même nom par Navarrete. 2


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découvrit cette côte que ledit V i c e n t i - a ñ e s . . . ; et dans ce fleuve, beaucoup d'Indiens vinrent à Vicenti-añes et se que­ rellèrent et combattirent avec lui et ses compagnons. E t lorsqu'ils eurent découvert cette île-là, ledit Vieenti-añez et ses compagnons et le témoin parvinrent à un rio negro sur la même côte, le long de laquelle ils avancèrent, et faisant voile le long de la côte, ils débarquèrent аvеc leurs canots pour aller chercher du bois ou échanger quelques objets qu'ils prirent avec eux; et lesdits Indiens tuèrent sept ou huit des gens de l'expédition ; mais ledit Vicenti-añez demeura sur le vaisseau » (page 551). Manuel de Valdovinos dépose, le 19 septembre 1515 : « V i c e n t e Yañez découvrit, partant du Cap V e r t dans la direction du sud-sud-ouest, et ils trouvèrent environ cinq cents lieues d'une terre où aucun vaisseau n'était encore parvenu et qui n'avait pas encore été découverte, et V i c e n t e Yañez donna le nom de Rostro-hermoso à ce lieu, dont on dit maintenant qu'il s'appelle Santa Cruz et San Agustín, et il prit possession pour le roi; et de là ils naviguèrent vers le nord-ouest, rencontrant le long de la côte un grand nombre de fleuves et de havres, et ils parvinrent «en un rio grande anegado», auquel ils donnèrent le nom de P a r i c u r a ; là, ils arrivèrent dans la mer où l'eau douce du fleuve se déverse à une distance de plus de trente lieues; et de là, ils continuèrent leur route en longeant la côte jusqu'à P a r i a » (page 552). Hernando Esteban, membre de l'expédition de L e p e , dépose que, lors des deux expéditions de V . Y . Pinzon et de L e p e , « l'un marchait presque sur les traces de l'autre » (page 552). Andrés Morales répond affirmativement à la question, attendu que sur ce point il entendit Yañez lui-même et Diego de L e p e , le découvreur, qui mourut au Portugal, et


475 que, d'après leurs indications, il fit une carte de la décou­ verte pour l'évêque F o n s e c a ) (page 552). 6. Au sujet de l'expédition de Diego de Lepe, Juan de Rodrigues, pilote de l'expédition, dépose « que L e p e découvrit toute la côte du cap S. Agustin à Paria, ce qui fait 600 lieues, où ils entrèrent dans le grand fleuve et dans le Marañon » ) (page 553). D'après la déposition d ' A l o n s o Rodrigues de la Calva, qui prit également part à l'expédition, ils franchirent, avec deux navires, environ 500 lieues à partir des îles du Cap V e r t dans la direction du sud-ouest et abordèrent dans une baie à laquelle ils donnèrent le nom de S a n t a Julia, d'où ils firent voile vers l'ouest jusqu'au « rio de Marañon » ; L e p e poussa ses découvertes le long de la côte jusqu'à P a r i a (page 553). Juan G o n z a l e z , Portugais, qui participa également au voyage, atteste que L e p e découvrit la « parte de levante », « suivit la côte du rio grande jusqu'à un autre fleuve qui s'appelle le rio grande de S a n t a Catalina, ce qui fait plus de 300 lieues» (page 553). Fernando Estéban, autre compagnon de Lepe, vit comment ce dernier prit possession pour le roi et la reine de Castille, comment il coupa des branches d'arbre et planta des croix en signe de possession (page 554). Cristobal Garcia, autre participant au voyage, parle du Marañon et d'un fleuve S. Julian, où ils prirent posses­ sion (page 554). 1

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) « . . . S a b e l o porque lo oyó al mismo Y a ñ e z y a Diego de L e p e , descubridor, que murió en Portugal, y por sus informaciones hizo una figura del descubrimiento para el obispo F o n s e c a . » ) « . . . . D i c e que L e p e descubrió desde el cabo de S . Agustin hasta P á r i a toda la costa que es 600 leguas, donde entran el rio grande y el Marañon. » 2


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Luis de Valle, autre participant, rapporte qu'ils des­ cendirent à terre près de Rostro-hermoso et qu'ils prirent possession; ils ont été également au Marañon (page 554). Arias Peres, neveu et compagnon de Pinzon, dit que L e p e «explora la côte que le témoin et V i c e n t e Y a ñ e z ont découverte ». e) L e s premières descriptions du voyage de V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon remontent à Petrus Martyr ab Angleria qui a raconté lui-même ce voyage dans le livre: « D e rebus Oceanicis et Orbe novo decades t r e s » , de 1516. Il donne à son récit une sorte d'authenticité par cette phrase : « . . . a Vicentio Annez, navium patrono, littorum omnium illorum perito..., quaecunque gesta sunt, intellexi » ) . l

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Voici un extrait du passage relatif au voyage ) : « Vincentiagnes, de son nom de famille Pinzon, et Arias Pinzon, son neveu, qui avaient accompagné l'amiral Colon dans son premier v o y a g e . . . . , quittent le port (de Palos) vers le 1 décembre 1499. L e 13 janvier, ils partent de celle des îles du Cap V e r t que les Portugais, leurs possesseurs, nomment île de St-Jacques. » Après un voyage de 300 lieues, ils perdent de vue l'étoile polaire; ils franchissent encore 240 lieues. « Enfin, le 26 janvier, ils aperçoivent de loin la terre . . . Ils s'en approchent, débarquent et y restent deux j o u r s ; et comme ils ne parvenaient alors à apercevoir aucun homme, bien qu'ils trouvassent des traces de pieds d'hommes sur le sol du rivage, ils s'éloignèrent après avoir gravé les noms royaux et les leurs propres sur les arbres et les pierres de la rive. » er

1

) Petrus Martyr, 1. c , D e c . II, lib. VIL fol. 16. Nous citons d'après l'édition de B â l e de 1533. 2

) Petrus

Martyr,

1. c , D e c . I, lib. I X , fol. 2(1 et suiv.


477

«Non loin de cette p l a c e » , ils trouvèrent un campe­ ment d'Indiens; les Indiens s'enfuirent. « Poursuivant leur route par mer, ils découvrent un autre fleuve, non suffisamment profond, toutefois, pour donner passage aux caravelles. » L à eut lieu un combat a v e c les Indiens. « Ils cinglent vers le nord-ouest. Ils avaient parcouru 40 lieues environ , lorsqu'ils trouvèrent une mer dont l'eau était si douce qu'ils purent emplir leurs barriques d'eau fraîche . . . » Ils virent « descendant de montagnes très étendues, a v e c une puissance formidable, les impétueuses masses d'eau de fleuves réunis » ) . D a n s la région baignée par ces eaux, il y a, disent-ils, plusieurs îles favorisées par la fécondité du sol et remplies d'habitants. Ils rapportent « que les indigènes de cette région du littoral sont doux et sociables» ) . Mais ils n'ont ni or, ni pierres ; ils ne sont bons qu'à être em­ menés comme esclaves ; 36 d'entre eux furent emmenés. « L e s indigènes appellent la contrée Maritambal, mais la région du côté oriental de ce fleuve est nommée Camamoro, celle du côté occidental P a r i c o r a . . . . Naviguant en ligne droite, ils atteignirent la partie nord de ce fleuve et, longeant la courbure du rivage, ils jouirent de nouveau de la vue de l'étoile polaire ).» l

2

3

« Toute cette côte est la côte de Paria, dont nous avons dit que Colon lui-même, l'auteur de cette si grande découverte, l'avait trouvée, côte parée par des unions 1

) « . . . Defluere magno impetu e vastis motibus concursus.» 2

rapidos

fluminum

) «Hujus tractus incolas mites sociabilesque esse referunt.» ) « Hujus fluminis septentrionem recta captantes, sic exigente litorum inflexu, arcticum recuperarunt polum.» 3


478

(efforts communs en vue des découvertes?). On dit quecette côte est réunie et n'en forme qu'une avec l'Os D r a conis, et qu'elle appartient aussi, ainsi qu'il a été dit ailleurs, au reste de la côte, comme Cumana, Manacapena, Curiana, Cauchieto, Cachibachoa, et c'est pourquoi c'est le conti­ nent de l'Inde située sur le Gange. » « Et, partis du promontoire où l'étoile polaire disparaît à la vue, et ayant fait environ 300 lieues d'une traite vers l'ouest, ils arrivèrent du côté de Paria, ils racontèrent qu'à peu près au milieu de leur voyage, ils avaient rencontré un fleuve, du nom de Maragnonius, si large que j e supposai qu'ils avaient raconté des fables. Mais questionnés plus tard par moi pour savoir si ce n'était pas là un bras de mer pénétrant dans les terres, ils répondirent que les eaux de c e gouffre étaient douces et que plus on en remontait le courant, plus elles étaient douces, et que ce fleuve était rempli d'îles et poissonneux. Ils allèrent jusqu'à prétendre qu'il avait plus de trente lieues de large et qu'il se précipitait en un cours impétueux dans la mer qui reculait devant sa poussée furieuse. J e crois que c'est le fleuve dont l'amiral Colon, par­ courant c e s côtes, fait mention. Nous aurons un jour des indications plus certaines à cet égard . . . Ils descendirent à terre en différents l i e u x . . . Ces deux Pinzon, l'oncle et le neveu, ont horriblement souffert dans c e v o y a g e ; ils avaient longé la côte de P a r i a sur une distance de 600 lieues déjà et, comme ils le croient eux-mêmes, étaient parvenus au delà de la ville de Cataij et de la côte indienne de l'autre côté du Gange, lorsqu'au mois de juillet, une tempête soudaine éclata a v e c une vio­ lence telle que des quatre caravelles qu'ils avaient, deux sombrèrent sous leurs yeux.


479

Ils revinrent à Palos, leur patrie, le 30 septembre. » 11 est clair que ce récit se compose de deux parties séparées l'une de l'autre par c e p a s s a g e : « Toute cette côte — située sur le Gange. » L a première partie prend fin a v e c la mention de la réapparition de l'étoile polaire aux yeux des voyageurs. La deuxième partie commence par la relation de la même circonstance, mais sous forme négative, c'est-à-dire qu'elle met en relief le fait que, jusqu'au point indiqué, l'étoile po­ laire n'était pas visible aux voyageurs. 11 ne restait à l'auteur qu'à raconter la suite du voyage à partir de ce point, où finit la première partie et où com­ mence la deuxième. Il fit ce récit a v e c cette brève indication sous forme participiale : « Du promontoire... se dirigeant vers P a r i a » , et il y joignit une remarque des voyageurs sur le merveilleux phénomène qui les avait en général frappés pendant leur voyage, remarque touchant le « grand fleuve ». Il fit donc un retour en arrière et traita encore une fois du grand fleuve. Mais on interpréta Pierre Martyr comme s'il avait parlé d'un deuxième grand fleuve, en tout semblable au premier, et qui aurait été découvert dans l'expédition de Y . Y. Pinzon entre le point où réapparut l'étoile polaire et Paria. Cette interprétation figure en premier lieu dans L a s C a s a s , puis se maintint, avec une grande ténacité, dans les publications subséquentes. L a façon dont Las Casas a utilisé en général les rap­ ports originaux, ressort de son récit de l'expédition de V i c e n t e Yañez Pinzon ainsi conçu : 1

) Las Casas, Historia de las Indias, édition de Madrid 1875, t. III, chap. C L X X I I I , pp. 448-451.


480

«...Au commencement de décembre 1499, Vicente Yañez Pinzon partit de Palos en expédition de découvertes, a v e c quatre vaisseaux équipés à ses frais (car c'était un homme dans une situation fortunée). Il fit route vers les Canaries et de là vers les îles du Cap V e r t . D e Santiago, l'une de ces îles, ils continuèrent leur voyage, le 13 janvier 1500, el'abord vers le sud, puis vers l'ouest. Après avoir, selon leur dé­ claration, fait 700 leguas, ils perdirent de vue l'étoile po­ laire et passèrent l'équateur. Ils essuyèrent ensuite une ter­ rible tempête, au cours de laquelle ils se crurent perdus. Ils franchirent encore 240 leguas vers l'ouest et, le 26 jan­ vier, ils aperçurent la terre dans le lointain. C'était le promontoire actuellement nommé S . Agustin et qui est appelé par les Portugais «terre du Brésil » (tierra de Brasil) : V i c e n t e Yañez lui donna alors le nom de « cabo de Consolacion ». Ils trouvèrent l'eau trouble et blanchâtre comme l'eau de riviere. Ils jetèrent la sonde et constatèrent une profondeur de 16 coudées. Ils descendirent à t e r r e ; toutefois personne ne se montra; on ne releva que les traces des habitants qui avaient fui à la vue des navires. V i c e n t e Yañez prit possession de ce pays au nom des rois de Castille, en coupant des branches et des arbres, et en parcou­ rant le rivage et en accomplissant d'autres actes semblables de prise de possession... Ils poursuivirent leur route et trouvèrent une riviere peu profonde (un rio bajo), où leurs vaisseaux ne purent entrer ; ils jetèrent l'ancre à l'embouchure ou à proximité et ayant pris place en aussi grand nombre que possible dans les canots ), ils remontèrent avec précaution la rivière pour se mettre en rapport avec les indigènes et pour pénétrer les mystères de cette contrée. Bientôt ils virent, 1

1

) «salieron

en las barcas,

con que entraron

en el rio. *


-

481

sur une pente du rivage, une quantité d'indigènes nus, aux­ quels ils envoyèrent un homme armé jusqu'aux dents, afin de les persuader, par toutes les démonstrations possibles d'amitié, de s'approcher et d'entrer en pourparlers. L'en­ voyé s'approcha d'eux quelque peu et leur lança une sonnette pour les a m o r c e r et les attirer plus près ; ils lui jetèrent un bâton doré d'une longueur de deux empans et, tandis qu'il se baissait pour le ramasser, ils se précipitèrent sur lui pour le faire prisonnier, en le cernant de toutes parts. Mais il se défendit si énergiquement a v e c son épée et son bouclier qu'il les tint en respect, jusqu'à ce que ceux restés dans les canots qui étaient encore en vue et dans le voisinage vinssent à son secours. L e s Indiens se jetèrent de nouveau sur les blancs a v e c tant de rapidité et lancèrent une grêle de flèches si drue qu'ils en tuèrent 8 ou 10, 11 même suivant quelques-uns, avant que ceux-ci aient pu se prêter secours mutuellement, et ils en blessèrent encore beaucoup. Ils courent ensuite aux canots, entrent dans l'eau et les entourent ; ils attaquent a v e c tant d'impétuosité qu'ils s'emparent même des rames. Ils leur emmenèrent un canot et en tuèrent les gardiens à coups de flèches ; mais les blancs, g r â c e à leurs lances et à leurs épées, massacrent la plupart d'entre eux, c a r ces indigènes n'avaient pour se défendre que leur peau nue. Lorsque les nôtres virent combien les choses tournaient mal a v e c ces Indiens, ils naviguèrent en descendant la côte sur une distance de 40 lieues vers l'ouest. L à , ils trouvèrent dans la mer une telle quantité d'eau douce qu'ils en em­ plirent toutes leurs barriques vides. Ainsi que le déclare V i c e n t e Yañez devant le tribunal, dans le procès mentionné à plusieurs reprises ), cette eau douce s'étendait sur une ]

l

) Il s'agit ici du procès de D i e g o Colon. 31


482 distance de 40 leguas (d'autres qui étaient avec lui disent 30) en avant dans la mer (et encore beaucoup plus loin, selon l'opinion presque générale de ceux que j ' a i entendus parler de ce fleuve à cette époque). Surpris de rencontrer une si énorme quantité d'eau douce, et dans le dessein d'en pénétrer le secret, ils se dirigèrent vers la terre. Ils trouvèrent beaucoup d'îles baignées par ces eaux, toutes d'une grâce, d'une fraîcheur et d'un charme extrêmes, et, ainsi que le relatent ceux qui ont pris part à ce voyage, pleines d'indigènes peints qui vinrent ingénument à eux, comme si, toute leur vie, ils avaient eu d'amicales relations a v e c eux. C e fleuve est le célèbre Marañon; j'ignore de qui ou pourquoi il a reçu ce nom. L a largeur de son embou­ chure, raconte-t-on, est de 30 leguas, et d'aucuns prétendent qu'elle est encore beaucoup plus considérable. Pendant que les vaisseaux étaient à l'ancre dans ce fleuve retentit un mugissement terrible causé par la formidable poussée de l'eau douce et de l'eau de mer qui lui faisait résistance, et l'eau souleva les vaisseaux à quatre hauteurs d'homme, ce qui les mit en grand danger. Cependant, comme dans ce pays et ce fleuve de Marañon et chez ses habitants il n'y avait ni or, ni perles, ni autres choses utilisables pour les­ quelles les Espagnols étaient venus, ils décidèrent d'emme­ ner prisonniers 36 de ces hommes innocents et sans dé­ fiance, dont ils avaient pu s'emparer, bien qu'ils aient dû avouer eux-mêmes que ces indigènes étaient montés en toute confiance à bord de leurs vaisseaux. . . . . D e là, du rio Marañon, ils descendirent le long de la côte dans la direction de P a r i a et découvrirent, chemin faisant, un autre fleuve puissant, quoique moins considérable que le Marañon, et comme l'eau potable s'é­ tendait de nouveau jusqu'à 25 ou 30 leguas en avant dans la mer, ils nommèrent le fleuve Rio dulce. J e crois que


483

1

ce cours d'eau est un bras du grand fleuve Juyapari ), qui forme la Mar dulce ou le Golfo dulce entre Paria et l'île de la Trinidad. J e crois aussi que c e Rio dulce, que V i c e n t e Y a ñ e z découvrit dans cette partie de son voyage, est le même que celui aux bords duquel habitent les tribus pai­ sibles que nous appelons Aruacas (Araouaques)...»

2. Développement de la c a r t o g r a p h i e de l'Amérique du

Sud

2

jusqu'au c o m m e n c e m e n t du dix-septième siècle ) .

Depuis les Croisades, l'horizon des populations d'oc­ cident s'était élargi ; l'attraction que les pays lointains 1

) L e rio Juyapari ou, selon Oviedo, Huyapari, est l ' O r é n o q u e , qui, après que Colomb fut venu dans son voisinage (1498), fut exploré de plus près par les expéditions de J u a n B a r r i o de Quexo et D i e g o de Ordaz ; voir Oviedo, Historia de las Indias, édition de Madrid, 1851, t. II, pp. 211 et suiv. ) Ont été surtout utilisés pour la rédaction de ce chapitre : Henry Harrisse, T h e Discovery of North A m e r i c a , P a r i s and London 1 8 9 2 ; Henry Harrisse, T h e Diplomatic History of A m e r i c a , London 1897 ; Hamburgische Festschrift zur E r i n n e r u n g an die Entdeckung Amerikas, H a m b u r g 1892 ; D r . Sophus Ruge, D i e E n t w i c k l u n g der Kartographie von A m e ­ rika bis 1570; a paru dans les D r . A . Petermanns Mitteilungen, E r g ä n ­ zungsband X X I I I , 1 8 9 3 ; D r . A. Breusing, D i e nautischen Instrumente bis zur Erfindung des Spiegelsextanten, B r e m e n 1890 ; Eugen Gelcich, Studien über die Entwickelungs-Geschichte der Schiffahrt, L a i b a c h 1882; D r . H. Wagner, D a s R ä t s e l der Kompasskarten im L i c h t e der G e ­ samtentwickelung der S e e k a r t e n ; publié dans les Verhandlungen des elften deutschen G e o g r a p h e n t a g e s zu B r e m e n , Berlin 1896; Dr. R. Wolf, Handbuch der Astronomie, ihrer Geschichte und Litteratur, Zürich 1891 ; 2


484

exerçaient sur elles depuis cette époque se manifestait par un goût prononcé pour les aventures et aussi par un sérieux désir de s'instruire. C'est la réunion de ces deux facteurs qui détermine le courant intellectuel dont Le souffle anime l'époque des découvertes. Parmi les riverains de la Méditerranée, les Italiens et les Catalans furent les premiers à fournir des marins intrépides dont la naviga­ tion dans l'Atlantique, de côtière qu'elle était, devint de la navigation de haute mer. C e progrès se rattache des plus étroitement au perfectionnement des méthodes nautiques par le compas et à l'établissement de cartes marines. Ce sont les Italiens qui, dans l'art de dresser les cartes marines, ont montré le chemin aux autres peuples naviga­ teurs. Ils s'appuyaient eux-mêmes sur des connaissances traditionnelles qui remontaient jusqu'à l'antiquité classique. D è s le X V siècle, la science de Ptolémée se réveilla et g a g n a de l'influence. L e s cartes de Ptolémée constituèrent dès lors et pour longtemps la base des représentations graphiques du globe terrestre, et celles-ci devinrent ellesmêmes le point de départ et les inspiratrices des grandes découvertes. T e l est le cas notamment de la carte du mé­ decin florentin Toscanelli, envoyée en 1474 à la cour de e

A. E. Nordenskiöld, Résumé of an E s s a y on the E a r l y History of Charts and Sailing Directions, dans le R e p o r t of the Sixth International Geographical Congress, held in London 1895, paru à Londres, 1896; Oscar Peschcl, Geschichte der E r d k u n d e bis auf A . von Humboldt und C a r l Ritter, München 1865; J . G. Kohl, D i e beiden ältesten G e n e r a l k a r t e n von A m e r i k a , W e i ­ mar 1860 ; Gabriel Marcel, Reproductions de C a r t e s et de G l o b e s relatifs à l a découverte de l'Amérique, P a r i s 1894; Konrad Kretschmer, Die Entdeckung A m e r i k a s in ihrer Bedeu­ tung für die Geschichte des Weltbildes, mit einem A t l a s von 40 Tafeln in Farbendruck, Berlin 1892.


485

Portugal. L a côte orientale de l'Asie et la côte occidentale de l'Europe y étaient représentées l'une faisant face à l'autre. Toscanelli voulait démontrer par là que le plus court chemin pour se rendre aux Indes était celui de l'ouest. C'est d'après cette carte que Christophe Colomb conçut son projet d'expédition. 1 . Les premières et les plus importantes représentations cartographiques ayant trait à l ' A m é r i q u e ont été faites en E s p a g n e et en Portugal. C'est seulement vers le milieu du X V I siècle qu'apparaissent les premières cartes marines d'origine française, que suivirent les cartes marines alle­ mandes et anglaises. Il n'est parvenu jusqu'à nous qu'une faible partie des plus anciens portulans d'Amérique; en effet, les cartes antérieures étaient souvent détruites lorsque leur contenu ne concordait plus avec les derniers résultats des voyages d'exploration, qui se succédaient rapidement. Parmi les exemplaires qui ont été conservés, les originaux sont r a r e s ; la plupart sont des copies, des reproductions, des compi­ lations, peut-être de troisième et de quatrième main. Ils sont par conséquent presque tous dépourvus d'originalité, mais c e défaut ne leur enlève pas toute valeur. Quelque nombreuses que soient, surtout dans le détail, les fautes de copie et les erreurs clans le dessin et dans les noms que ces travaux présentent, ils sont en somme meilleurs qu'on ne pourrait le supposer à première vue. Dans beaucoup de cas, il y a à la base non seulement un original, mais plusieurs, et la carte résultant de la combinaison de ces sources représente dès lors souvent une sélection arbitraire de données d'une importance et d'une sûreté inégales. e

Ainsi, dans nombre de tracés de côtes, on peut consta­ ter un manque presque incompréhensible d'examen critique des matériaux utilisés et, en même temps, les effets d'une


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certaine négligence et d'une imagination fantaisiste. Il ne faudrait pas considérer cependant de ce point de vue toutes les anciennes cartes ; il est tout un groupe de ces c a r t e s qui révèle, à un haut degré, un esprit de pénétration, une appréciation consciencieuse et un t r a v a i l critique. a) L e s cartes de provenance espagnole méritent d'être considérées en première ligne. Il existait depuis longtemps à Cadix une école, pourvue à l'origine d'un personnel italien, où s'enseignait l'art de la navigation. Au commen­ cement du X V I siècle, des marins basques, notamment, y étaient attachés. Quand les premiers grands voyages de découvertes attirèrent l'attention, les maîtres de cet établisse­ ment firent des cartes d'après les relations de Colomb, des Pinzon, de Hojeda, de L e p e et d'autres. Colomb et ses pilotes s'occupèrent eux-mêmes d'exécuter des esquisses cartographiques; mais le fait seul est connu, les dessins ont été perdus. V r a i est-il qu'il n'y eut que très peu de ces travaux qui sortirent de l'Espagne ; on sait cependant que l'amiral italien Malipiero a possédé une copie authen­ tique d'une carte due à la main m ê m e de Colomb. Hojeda aussi put se procurer la copie d'un tracé provenant du troisième v o y a g e de Colomb, t r a c é qu'il prit аvеc lui lors de sa première expédition. e

Des premières cartes espagnoles du Nouveau Monde, l'une existe encore en copie ; c'est celle de Juan de la Cosa, datant de 1500; ce cosmographe accompagna Colomb, déjà dans son premier voyage, et porta plus tard le titre de maître de cartographie (maestro de h a c e r cartas). S o n travail est une œuvre remarquable. L'auteur représente excellemment cette ancienne école de navigation de Cadix, qui prépara celle de Séville. Parmi les nombreux marins qui accompagnèrent Co­ lomb, il y en eut beaucoup qui s'adonnèrent à cet art


487 nouveau (et facile à apprendre !) de dessiner des cartes. Ils ne le firent pas tous avec la même conscience et la même habileté ; aussi vit-on bientôt circuler des représen­ tations cartographiques qui se contredisaient et qui même, par la grande inexactitude de certaines de leurs informa­ tions, faisaient courir des dangers à la navigation. Chacun pouvait à son gré faire des cartes et les répandre. L'état intervint donc pour remédier à cette situation fâcheuse. En 1503 se fonda, avec siège à Séville, la Casa de Contratacion de las Indias. C'était un établissement d'état qui devait diriger toutes les affaires concernant le Nou­ veau Monde, et qui avait son école spéciale de pilotes et de cosmographes. L a Casa était chargée aussi d'exercer un contrôle rigoureux sur tous les pilotes espagnols et, d'une façon générale, sur les affaires maritimes, tâche dont s'acquittait auparavant l'évêque Rodriguez de F o n s e c a . Le 6 août 1508 fut émis l'ordre royal de dresser une cartemodèle officielle, partout valable, qui, sous la désignation de «Padron real», revêtait un c a r a c t è r e obligatoire; il était interdit, en effet, sous peine de 50 doublons d'amende, d'employer à bord d'autres cartes que celle-là. Une com­ mission composée des hommes les plus capables et les plus éprouvés fut chargée de la confection de ce Padron real. En même temps, un bureau cartographique central fut institué à la C a s a a v e c la mission de maintenir à jour les cartes officielles et d'exécuter des copies d'après le Padron real. L'institut cartographique était sous la direc­ tion d'un piloto-mayor, qui avait à sa disposition un étatmajor de. pilotes royaux. E n outre des pilotes, le gouver­ nement nommait des cosmographes royaux qui, selon Harrisse ), formaient deux classes spéciales, dont l'une était 1

1

) Harrisse.

Discovery of North A m e r i c a , 1. c , page 260.


488

attribuée à la C a s a de Contratacion et l'autre au Conseil des Indes, a v e c un cosmografo-mayor à leur tête. L e titre « de S u Majestad » semble avoir été conféré aux pilotes et aux cosmographes r o y a u x ; il se pourrait aussi que ce fût là une distinction particulière. Malgré cette centralisation du travail, l'établissement des cartes marines ne pouvait et ne devait pas être ré­ s e r v é exclusivement au bureau cartographique de la C a s a . On ne se proposait pas d'ailleurs de g a r d e r le secret sur les découvertes faites dans les pays d'outre - mer ) ; c e qu'on voulait en centralisant, c'était supprimer les cartes de moindre valeur. E n tout cas, l'ordre interdisant m ê m e au piloto-mayor de dresser des cartes et de les vendre pour son compte ne dura pas longtemps, c a r déjà en 1512 le piloto-mayor d'alors, J u a n Diaz de Solis, fut autorisé, ainsi que son pilote J u a n V e s p u c c i , à se livrer à cette indus­ trie. L ' a r t nautique continua d'être enseigné publiquement à Séville, à Cadix et à P a l o s ; on pouvait se procurer des cartes à des prix fixés, et bientôt même il ne fut plus défendu aux particuliers d'exercer cette industrie lucrative. Mais, par mesure de sécurité, leurs cartes étaient soumises à l'examen et à l'approbation de la Casa. Quand elles avaient obtenu l'approbation officielle, elles pouvaient être mises en vente. 1

L e s pilotes du royaume étaient obligés, en vue de la tenue à jour du Padron real, de noter sur leurs cartes toute découverte de quelque importance, comme celle des îles, des côtes, des baies, des ports et d'en faire rapport, aussitôt après leur retour en Espagne, au piloto-mayor, sur quoi c e dernier devait reporter sur sa mappemonde les résultats 1

) S a u f toutefois lorsqu'on découvrait une importante et qu'il fallait éviter qu'un autre état ne prît les devants.

route

d'accès


-

489

des explorations. L e piloto-mayor ne devait cependant admettre sur la grande carte aucun renseignement des marins sans que ceux-ci eussent prêté serment et sans qu'il eût entendu les témoins qu'ils avaient à produire ). L a C a s a réunit ainsi un riche matériel de descriptions et de croquis, et c'est sur cette base documentaire que reposent les cartes officielles; le travail des cartographes consistait donc dans l'art de combiner a v e c justesse les relations de v o y a g e et les observations que les navigateurs leur fournissaient. 1

L e souci qu'avait le gouvernement de g a g n e r à son service des hommes de valeur ressort du fait qu'il appela de nombreux étrangers de renom, pour la plupart des Portugais. Parmi eux, Reinel, senior et junior, Simon de Acazaba, les Faleiros, Diogo Ribeiro, Antonio Maurio de Rome, Sebastiano Cabotto, également d'origine italienne. Il faut attribuer à ces éléments de nationalité non espagnole le fait que la nomenclature des cartes officielles elles-mêmes est souvent écrite dans un espagnol incorrect, avec des réminiscences d'italien et de portugais. L e premier piloto-mayor fut Amerigo Vespucci, nommé en 1508. A côté de lui se trouvaient les pilotes r o y a u x J u a n Diaz de Solis et V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon. Une carte établie vraisemblablement par Andres de Morales, mais aujourd'hui perdue, fut déclarée alors Padron real. E n 1515 ) , la C a s a de Contratacion demanda au roi l'autorisation de réunir une grande Junta pour soumettre à un examen approfondi les travaux de cartographie existants. L a raison en était dans un litige avec le Portugal, ayant 2

1

) V o i r l'ordonnance royale du 6 août 1508, communiquée en extrait dans R . B . I, pp. 47 et suiv. ; J. G. Kohl, 1. c , page 27. ) Il est douteux qu'en 1514, comme l'admet Kohl, de Solis ait été chargé d'établir un Padron real. 2


490

pour cause des violations de territoires que se reprochaient réciproquement les deux parties ; on donnait à cette affaire une grande importance. L a J u n t a eut lieu, mais on ne sait rien du résultat de ses travaux, ni du Padron real déclaré valable ou établi à nouveau qui devait fixer la Ligne de démarcation. L a C a s a de Contratacion a e x e r c é une influence déci­ sive sur l'ensemble de la cartographie espagnole. L e s cartes devaient porter, sous son contrôle serré, une empreinte plus ou moins uniforme, d'où est résulté le type particulier que l'on désigne généralement sous le nom de type sévillan, sans qu'il faille comprendre sous ce terme exclusivement les cartes espagnoles officielles. C a r il est évident que malgré les interdictions le contrôle de l'état était éludé, de sorte que des cartes étaient en usage qui n'étaient pas munies de l'approbation officielle. Depuis Colomb, les rivages loin­ tains de l'océan avaient attiré aussi des voyageurs qui par­ taient sans autorisation du gouvernement ; les données qu'ils recueillaient ne parvenaient pas à la C a s a et ne figuraient pas dans la c a r t e du piloto-mayor. F e r n a n d Colomb, le fils du découvreur, raconte dans ses Colloques que la Casa n'a pas toujours été à l'abri de la vénalité et que, par suite d'un protectionnisme inspiré par la spéculation, il était difficile à ceux qui n'avaient pas d'attaches a v e c l'institut d'obtenir pour leurs cartes l'appro­ bation officielle exigée par l'état. Voilà qui explique qu'il y avait de nouveau en circulation un grand nombre de cartes qui ne concordaient ni entre elles ni a v e c le Padron real, et, par là, créaient la confusion. C'est alors qu'en 1526, le 6 octobre, Charles-Quint or­ donna le remaniement du P a d r o n real et c h a r g e a F e r n a n d Colomb de commander c e travail à Ribeirô; F . Colomb lui-même n'était ni cosmographe praticien, ni cartographe.


491

-

Mais la carte demandée se fit longtemps attendre, car le 20 mai 1535, la reine Isabelle, agissant pour son époux, adressait une réclamation à F . Colomb pour le presser d'activer l'achèvement de l'œuvre. Colomb apparemment n'accordait plus grande attention à cette affaire ; Ribeiro lui-même était mort entre temps et, par suite, le travail avait passé en d'autres mains. L e 17 août 1535, J u a n Suarez da Carvajal, à qui était alors confiée la haute surveillance de la Casa, réunit une commission de pilotes et de cosmo­ graphes, et il n'y a guère à douter que le Padron real de 1536, connu sous le nom de Padron du piloto-mayor Alonso de Chaves, ne soit précisément l'œuvre examinée et approu­ vée par cette commission. Oviedo en donna en 1536 une description détaillée et critique. Il est douteux que Chaves ait exécuté entièrement de sa main le Padron real à lui attribué ; on ne se trompera guère en admettant qu'il n'a fait qu'achever le travail de son prédécesseur Ribeiro. C'est ce que confirme aussi l'analyse spéciale de la carte reconstruite d'après la description d'Oviedo ). Malheureuse­ ment cette œuvre de la cartographie espagnole est perdue. 1

En r e v a n c h e , deux autres cartes officielles ont été conservées dans un excellent état : la carte de Weimar, datée de 1527, et la carte de Ribeiro, de 1529. L a première renferme l'indication qu'elle a été construite par un cosmo­ graphe de S a Majesté ; la seconde porte le nom de Ribeiro. L'approbation officielle ne figure pas sur ces cartes. Quel­ que semblable que puisse paraître le dessin dans certaines parties — par exemple dans le tracé des côtes de Guyane — les deux documents ne proviennent pas de la même main, comme l'a démontré J . G. Kohl dans son étude sur ce sujet. L a carte de W e i m a r et celle de Ribeiro sont des ]

) V o i r A n n e x e s , planche n° 2.


492

œuvres d'une exactitude étonnante qui mettent en lumière l'activité de la Casa. Elles doivent être regardées comme les avant-coureurs du Padron real de 1536 et elles ont, comme il est dit ci-dessus, un c a r a c t è r e officiel. Il n'y a pas à douter qu'elles n'aient été établies à la Casa de Contratacion. Ces cartes officielles de source espagnole sont aussi des documents importants pour l'histoire politique; il suffit de rappeler ici la Ligne de démarcation. Elles révèlent un examen approfondi et consciencieux et une appréciation judicieuse des matériaux utilisés. L e s autres cartes, non officielles, ne peuvent pas prétendre à la même valeur, quoique, parmi elles, il s'en trouve aussi qui aient de l'im­ portance, surtout à cause de leur influence sur les cartes ultérieures ; tel est, en première ligne, le cas de la c a r t e dite Carte de Turin, dont l'auteur est resté inconnu et qui a été élaborée vers l'an 1523. Malgré le développement considérable de la carto­ graphie espagnole et malgré les travaux, en partie supé­ rieurs, qu'elle produisit, son influence ne dépassa guère les frontières du pays. L e s cartes portugaises étaient déjà connues en F r a n c e et en Allemagne, que les F r a n ç a i s et les Allemands ignoraient encore les cartes espagnoles contemporaines. L e s cartographes italiens hésitèrent long­ temps aussi à marquer sur leurs cartes les découvertes des Espagnols et des Portugais. Vesconte de Majollo fut le premier qui entra dans cette voie ; ses cartes, qui datent de 1519 et 1527, appartiennent en général au type sévillan. A côté de celles-ci, il convient de mentionner la c a r t e d'Ottomano Freducci. D e s cartes de Sebastiano Cabotto (piloto-mayor) et de Diego Gutierres (cosmographo de S u Majestad), il résulte que, vers le milieu du X V I siècle déjà, la C a s a de Contra­ tacion n'était plus à la même hauteur qu'autrefois. Son ime


493

portance diminuait avec la puissance espagnole. Cabotto et Gutierrez ont commis dans leurs cartes des erreurs qu'ils auraient pu éviter par un examen attentif ; ils ont donné lieu de la sorte à des conceptions fautives qui se repro­ duisirent dans nombre de travaux postérieurs. Plus d'un siècle après, nous trouvons encore, vers l'année 1660, une carte officielle espagnole qui a pour auteur Sebastian de Ruesta, mais elle n'a été conservée qu'en copie. Il n'est plus possible d'établir la concordance de cette carte a v e c les cartes antérieures de la Casa de Contratacion ; la nomenclature aussi, sauf de r a r e s excep­ tions, est sans rapport avec l'ancien type sévillan. b) Pour ce qui concerne le territoire en litige, les cartes portugaises de la première époque du développement de la cartographie de l'Amérique du Sud n'ont pas l'importance des cartes espagnoles. L a côte de la Guyane rentrait dans la démarcation espagnole ; elle était donc située en dehors de la sphère immédiate des intérêts portugais. Pour cette région, les cartes portugaises sont moins exactes. Elles figurent des formes pour ainsi dire stéréotypées, qui se maintiennent. L a plus ancienne carte portugaise encore existante fut commandée à un cartographe vivant à Lisbonne par Alberto Cantino, envoyé d'Hercule d'Este, duc de F e r r a r e . Elle date vraisemblablement de 1502 et elle a une étroite parenté avec la carte du cartographe gênois Nicolay de Canerio, dont l'œuvre paraît avoir été élaborée en Por­ tugal vers l'année 1504. L e s deux cartes ont été visible­ ment établies d'après les mêmes matériaux et elles con­ cordent à quelques points près. Plus que les cartes marines espagnoles, les anciennes cartes marines portugaises ont contribué à répandre dans le reste de l'Europe les connaissances géographiques. Depuis


494

e

le X I I siècle, d'actives relations s'étaient établies entre le Portugal d'une part, l'Allemagne et les P a y s - B a s d'autre part. On cite des Allemands qui, en Portugal, arrivèrent à des situations importantes. Martin Behaim, marchand de Nuremberg, élève de Regiomontanus, fut c h a r g é en 1484 de fournir des instruments nautiques pour une expédition portugaise qu'il accompagna lui-même comme cosmographe. D e retour dans son pays, il répandit les connaissances qu'il avait acquises en Portugal et l'initia par son célèbre globe de Nuremberg à l'idée que Toscanelli se faisait de la terre. L a cosmographie de Ptolémée eut de bonne heure sa renaissance en Allemagne. P a r l'apparition des cartes por­ tugaises se développa, sur cette base, la cartographie lusitano-germanique, qui trouva son centre dans l'école de Saint-Dié, fondé par le duc R e n é II. C'est là que se distingua particulièrement Martin Waldseemüller, par la construc­ tion d'un globe, datant de 1507, et par différentes cartes qui furent publiées en 1513 dans l'édition de Ptolémée dite édition de Strasbourg. E n 1508 déjà, parut la carte de Johannes Ruysch, dans l'édition de Ptolémée publiée à R o m e . A ces cartographes se rattachèrent dans la suite Schöner et Sebastian Munster. L'importance de leurs oeuvres réside dans la vue d'ensemble qu'elles donnent du monde, mais elles n'étaient pas à l'usage des navigateurs. L'influence de la cartographie portugaise se fit sentir de bonne heure en F r a n c e également. L'atlas portugais conservé à la bibliothèque Riccardiana de F l o r e n c e et qui doit dater de 1540 à 1550 témoigne d'une certaine parenté avec la carte de Nicolas Desliens, de 1541, laquelle est considérée comme la plus ancienne œuvre que l'on pos­ sède de la cartographie française relative à l'Amérique. L ' é c o l e française de marine qui existait vraisemblablement à Dieppe fut d'abord sous l'influence de l'école italienne, et,


495

ensuite, principalement sous celle de l'école portugaise. C'est de Dieppe qu'en 1523 l'Italien Giovanni V e r r a z a n o entreprit son expédition vers l'ouest (la Chine) ; plus tard, il fut suivi par le hardi découvreur J a c q u e s Cartier. Outre la carte de Desliens, qui est déjà le résultat d'un assez long développement cartographique, on trouve parmi les travaux français les plus remarquables de cette époque, les cartes de Pierre Desceliers, de 1546 et 1550, qui puisent également à des sources portugaises, mais qui s'inspirent aussi de Ribeiro. Si l'influence de la cartographie portugaise se fit sentir ainsi en Allemagne et en F r a n c e , où la cartographie prit plus tard un développement considérable, en revanche il faut constater qu'il n'existait, dans les premiers temps des découvertes, que très peu de rapports entre la cartographie espagnole et la cartographie lusitanienne. L e s deux nations ayant été à certaines époques des rivales acharnées, il est facile de comprendre que l'influence réciproque des deux cartographies ne pouvait pas être bien grande. Cha­ cun des deux états cherchait à c a c h e r aussi longtemps que possible ses découvertes à l'autre, et le Portugal alla même jusqu'à décréter la peine de mort pour toute communication illicite de secrets de ce genre. Toutefois ce fut une excep­ tion, et non pas la règle. L e fait que les cartes marines portugaises n'étaient pas des documents secrets ressort clairement de leur diffusion au dehors. Cependant jusque vers le milieu du X V I siècle, la cartographie espagnole et la cartographie portugaise se développent indépendamment l'une de l'autre. Il y avait bien des points de contact là où les territoires d'exploration étaient limitrophes, et ici il y a lieu de mentionner la découverte, importante pour le Por­ tugal, de la côte sud-est du Brésil (Ilha da vera Cruz) par Pedralvarez Cabrai en l'an 1500, découverte qui, par ses e


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conséquences, joue un grand rôle dans la cartographie aussi. L a cartographie portugaise gagne de l'influence en Espagne, même sur les cartes officielles, vers le milieu du X V I siècle. Mais, autant qu'on peut en juger, cette influence, pour pénétrer en Espagne, semble avoir passé par la F r a n c e ; c'est la cartographie française, et surtout son représentant Desliens, qui a servi d'intermédiaire. c) Depuis le milieu du X V I siècle les cartes sévillanes se répandirent à l'étranger plus abondamment qu'aupa­ ravant, alors qu'en E s p a g n e même, les nouvelles produc­ tions de la cartographie commençaient déjà à perdre de leur valeur. D è s ce moment, on remarque de plus en plus, dans les cartes nouvellement construites, l'influence simul­ tanée des différentes tendances cartographiques, mais sou­ vent aussi et parallèlement, des efforts pour soumettre à un examen critique les matériaux dont on disposait. Tandis qu'au commencement du X V I siècle, dans les pays alle­ mands, on utilisait surtout des cartes portugaises, c'est l'école de Séville qui l'emporte dans la seconde moitié du siècle, et cela précisément auprès des représentants les plus autorisés de la cartographie. Il faut citer en première ligne Gérard Mercator. D a n s sa « Nova et aucta terræ descriptio ad usum navigantium emendate accomodata, Duisburgi mense augusto 1569», il c r é a la première carte marine de style moderne, à laquelle il donna comme base la projection appelée plus tard, de son nom, projection de Mercator. S e s oeuvres cartographiques, par le grand soin apporté à leur élaboration, tiennent le premier rang parmi les cartes de cette époque. A côté de Mercator, Abraham Ortelhis a de l'importance pour la suite, mais il r e s t a infé­ rieur à Mercator dans le choix et l'utilisation des matériaux qu'il avait à sa disposition. A v e c ces deux hommes s'ouvre tout un cycle de cartographes qui sont les représentants — e

e

e


497 plus ou moins indépendants — du type sévillan, en ce sens que la plupart d'entre eux suivent les traces de Mercator et d'Ortelius. L e s cartes dressées par eux et livrées à la publicité généralement sous forme d'atlas peuvent être grou­ pées sous le nom générique de mappemondes de la seconde moitié du XVI siècle. A côté de ces mappemondes, il existe un autre groupe qui continue l'école portugaise. Il se distingue par un dessin moins moderne. P a r m i ces travaux se placent des portulans d'ancien style d'une facture vraiment superbe. Un trait par­ ticulier, touchant la côte de Guyane, est propre aux portu­ lans de ce groupe et peut servir pour les caractériser : le coude brusque de la côte au Cap de Nord sur la rive occi­ dentale de l'Amazone, et qui fait saillie comme un genou. En outre, sur ces cartes le tracé du rivage guyanais est dirigé presque directement vers l'ouest ; enfin elles donnent à l'embouchure de l'Amazone une haute latitude septentrio­ nale. L e s cartes portugaises diffèrent essentiellement sur ces points des cartes sévillanes et elles sont, pour cette raison, faciles à distinguer de celles-ci. Comme représentants prin­ cipaux de ce type il faut mentionner les cartes riches en couleur de Diogo Homem et Andreas Homo, et de Vas Dourado. e

d) L e s groupes de cartes dont il a été parlé jusqu'ici peuvent être réunis sous la désignation de cartes à nomenclature romane. A la fin du siècle, il s'opère une évolu­ tion ; une nouvelle phase de la cartographie commence, caractérisée par le fait que les dénominations des indigènes sont utilisées comme noms géographiques. A partir du commencement du X V I I siècle, apparaissent les cartes à nomenclature indienne. Ce changement, qui s'opère en somme d'une façon étonnamment rapide, est la conséquence des voyages de W a l t e r Ralegh en 1595, L a u r e n c e Keymis e

32


498

en 1596, Charles L e i g h en 1604, R o b e r t Harcourt en 1608 et d'autres; c'est l'époque où les Anglais, les Hollandais et les F r a n ç a i s cherchent à s'établir dans le pays. Il y aura lieu de considérer ultérieurement de plus près cette nouvelle période de l'histoire de la cartographie guyanaise. Il ne s'agissait ici que de jeter un coup d'oeil sur le développement de la cartographie de l'Amérique du Sud pendant le siècle qui a suivi la découverte du Nouveau Monde. 2. Pour pouvoir examiner en détail les cartes sous le rapport technique, il est nécessaire de connaître la genèse de leur construction. L e s moyens qui ont servi à les lever, leur degré d'exactitude et enfin le but qu'elles se propo­ saient sont autant d'éléments qui doivent être pris en con­ sidération pour la comparaison de ces cartes entre elles. a) L e s cartes marines du Nouveau Monde ont ce trait commun a v e c les portulans du X I I I au X V siècle qu'elles portent un réseau de lignes droites disposées sys­ tématiquement et qui, partant de points centraux déter­ minés, divisent toute la surface du dessin. S u r les cartes du X V I siècle, les points centraux sont constitués par des roses des vents, du milieu desquelles sortent les rayons de direction. D ' a p r è s Nordenskiold c e n'était pas le c a s pour les anciens portulans ; ceux-ci n'ont qu'exceptionnellement une rose des vents ; jamais on n'y voit de système de r o s e s des vents. Depuis la fin du X V siècle ou le commencement du X V I , les cartes sont graduées, c'est-à-dire qu'elles sont pourvues de coordonnées géographiques ; par là, apparaît alors nettement le principe mathématique de la représenta­ tion cartographique. L e s cartes dont il est principalement question ici sont des cartes plates construites d'après le e

e

e

e

1

) Nordenskiold,

1. c , p. 693.

e


499 —

principe qu'avait imaginé Marin de T y r ; leur système de projection peut être qualifié de projection cylindrique equi­ distante. L e s parallèles de latitude et les méridiens sont perpendiculaires les uns aux autres, ordonnés en sys­ tèmes de lignes droites parallèles qui forment un réseau quadratique, le cylindre de projection étant tangent à la terre à l'équateur où les degrés de longitude et les degrés de latitude ont la même grandeur. L e s cartes plates ont pour le navigateur l'inconvénient que les lignes de même angle de route, les loxodromies, y apparaissent non comme des lignes droites, mais comme des courbes. Mercator remédia à cet inconvénient, en employant le premier, en 1569, la méthode des latitudes croissantes d'après laquelle les loxodromies se projettent sous forme de lignes droites. Cependant les cartes plates restèrent encore longtemps en usage, parce que l'avantage du procédé de Mercator n'était pas apprécié à sa valeur. b) L e s anciennes cartes d'Amérique sont des levés de côtes, faits à bord du bateau pendant qu'on passait à la voile devant le rivage. D e là vient que l'établissement des cartes se base, en principe, sur la tâche essentielle de l'art nautique, qui est la détermination du point du navire. E n combinant les itinéraires des différentes expéditions, on par­ vint à construire des cartes d'une plus grande étendue que les levés individuels. L'utilisation méthodique des obser­ vations et des déterminations exécutées dans la même région par des expéditions différentes permit d'atteindre un résultat dont l'exactitude surpassait celle des détermi­ nations individuelles des positions ; en effet, les fautes inévi­ tables étaient de la sorte corrigées dans une certaine mesure. C'est sur ces bases que travaillait la C a s a de Contratacion, par exemple. Aucune des cartes conservées ne peut être considérée comme un levé vraiment original, dans le sens


500 —

moderne du mot ; les plus anciennes n'existent plus et celles qui viennent après ont déjà un c a r a c t è r e de compilation. Ce mode de procéder devait aussi conduire à ceci qu'une faute grossière renfermée dans une c a r t e pouvait se p r o ­ p a g e r outre mesure, surtout si l'auteur était un cartographe considéré. L e s moyens employés pour la détermination astro­ nomique du point étaient à l'origine des plus primitifs. D e s astronomes, et parfois aussi des navigateurs, connaissaient sans doute des méthodes pour procéder à ces opérations, mais ils manquaient d'instruments appropriés qui permis­ sent, surtout sur un navire ballotté, de faire des -obser­ vations suffisamment exactes, et les méthodes n'étaient pas assez perfectionnées au point de vue pratique ; ils n'avaient pas non plus des tables marines d'un maniement facile. On peut se faire une idée de l'ignorance des marins, si l'on songe qu'ils ne savaient pas distinguer entre les loxodromies et les grands c e r c l e s de la sphère, et qu'à l'origine ils ne tenaient pas m ê m e compte du fait que les cercles parallèles diminuent de grandeur dans la direction du pôle. L a détermination du point du navire se faisait, comme aujourd'hui, de deux manières : par l'estime de la route et au moyen d'observations astronomiques. L a première méthode consiste en ceci que la distance parcourue était estimée à compter du point de départ connu et que la direction de la route suivie était notée, d'où l'on peut déduire la position du point où se trouve le navire. On se servait aussi de tables qui donnaient le nombre de leguas qu'il fallait parcourir dans les différentes directions de route pour franchir un degré de latitude. D'après Gelcich ) , la 1

1

) Hamburgische Festschrift, Gelcich,

1. c , p. 19.


501

première table de ce genre se trouve dans un ouvrage por­ tugais, lequel figure parmi les incunables de la bibliothèque royale de Munich; elle existe aussi, selon lui, dans la Suma de Geographia de Martin Fernandez de Enciso. D e sem­ blables indications se trouvent également dans la carte de Sebastian de Ruesta, datant de l'an 1660 environ ; les dis­ tances respectives y sont inscrites sur les rumbs de la rose de compas, d'où il appert que le procédé était encore employé dans le milieu du X V I I siècle. L e s deux tables adoptent le chiffre de 17 / leguas pour l'arc de 1° du méridien. L e tableau ci-après reproduit pour l'espace d'un qua­ drant la table de l'ouvrage portugais et de Enciso et la compare aux indications de Ruesta et aux valeurs exactes. e

1

2

Différence de latitude = Directions

Point cardinal (N ou S ) 1 rumb 2 » 3 » 4 » 5 » er

e

e

e

e

6

e

e

»

7 » Point cardinal (E ou W )

Ouvrage portug'ais et E n c i s o 1516 1

177 / 17 /

1

2

5

6

6

3

3

24 / 31 / 46 / 87 / — 4

3

4

1

7

1

6

17 /

2

18 18 / 21 / 24 / 31 / 45 / 89 / — 1

1

19 / 21 / 1

Carte de Ruesta vers 1660

2

1

20

3

4

1

2

3

4

2

3

1 °

Valeur exacte

17.5 17.8 18.9 21.1 24.7 31.5 45.7 89.7 00

Il résulte de ce tableau que les distances de Ruesta se rapprochent beaucoup des chiffres exacts.


502

En vue des côtes, ce procédé fournissait de très bons résultats, p a r c e que l'art de l'estime s'était développé jus­ qu'à la virtuosité. En revanche, en pleine mer, l'appréciation était très peu sûre. C'est seulement a v e c l'invention du loch, au moyen duquel se mesure la vitesse du bateau, qu'un grand progrès fut réalisé dans ce domaine. L e loch est décrit pour la première fois, dans son principe, par Nikolaus K r e b s de Kues (le cardinal Nicolaus de Cusa), dans un opuscule intitulé : « D e staticis experimentis dialogus » ) . Mais ce n'est que vers la fin du X V I siècle qu'il trouva son emploi général dans la navigation. Une autre méthode pour le calcul de la route parcourue — particulièrement important en haute mer — s'appuie sur les déterminations de latitude. L a distance franchie à la voile était calculée d'après les latitudes relevées deux jours de suite à midi et d'après l'angle de route tenu. C e procédé offrait un avan­ tage sur la simple estime, mais il ne peut pas du tout être employé dans les cas où la route suivie a la direction est-ouest. l

e

Quant aux relèvements de directions par le compas, il y a lieu de remarquer que les déviations de l'aiguille aimantée avaient été vraisemblablement observées déjà avant Colomb, mais ce fut M e r c a t o r seulement qui, en 1546, trouva la loi de la variation de la déclinaison aux diffé­ rentes longitudes. c) L a détermination du point du navire, à l'aide d'obser­ vations astronomiques, consiste à en fixer la latitude et la longitude. L e s instruments employés pour les observations étaient primitivement l'astrolabe et l'anneau astronomique et, en 1

) Cet opuscule est annexé à l ' A r c h i t e c t u r a Vitruvii éditions de Strasbourg, de 1543 et 1550.

dans les deux


503

outre, le quadrant ou quart de cercle dont Colomb déjà fit usage. Mais ces instruments ne donnaient que des résultats peu sûrs ) ; ils ne permettaient que des mesures dans les plans verticaux et ne pouvaient pas servir pour les mensura­ tions dans des plans quelconques du ciel, par conséquent pour la détermination des distances entre les étoiles. Ce fut l'instrument dit bâton de J a c o b (arbalestrille, baculus astronomicus) qui, le premier, satisfit à ces e x i g e n c e s ; il était déjà connu au X I V siècle pour les mesures astrono­ miques sur terre, mais il ne fut probablement utilisé par les marins que dans la seconde moitié du X V I siècle. T o u ­ chant la précision des mesures obtenues avec le bâton de J a c o b , Edward W r i g h t , dans la préface de son ouvrage « Certain errors in Navigation detected and corrected, London 1599», dit: « T h e eccentricitie of the eye m a y cause error in taking the height of 10, 20, 30 minutes, y e a of an whole degree and more sometimes, if the height be much, the staffes small and the eccentricitie of the eye great. » 1

e

e

C'est seulement en 1731, donc après la conclusion de la paix d'Utrecht, que fut inventé l'instrument nautique par excellence, le sextant à réflexion ; jusqu'à ce moment, on avait toujours dû opérer avec des instruments plus ou moins imparfaits ) . 2

1

r

) L e D A. Breusing, 1. c , pp. 33 et 34, dit au sujet de l'astrolabe : « D a s s die Beobachtung auf dem schwankenden Schiffe selbst in einer geübten und testen Hand sehr schwierig war, ist selbstverständlich. E s mögen dabei Fehler von ganzen Graden nichts Ungewöhnliches gewesen sein. » Mais l'anneau astronomique et le quadrant ne donnaient pas une plus grande précision. 2

) V o i r pour plus amples détails, notamment pour la description complète des différents instruments, l'ouvrage du D A. Breitsing, 1. c , pp. 33 et suiv. r


504 — e

P o u r fixer la latitude, on se servait, au X V I et au X V I I siècle, de deux méthodes, dont l'une reposait sur la mesure de la hauteur de l'étoile polaire, et l'autre sur la mesure des hauteurs méridiennes du soleil. L e s déter­ minations au moyen de l'étoile polaire donnaient générale­ ment de meilleurs résultats que les observations méri­ diennes du soleil ; de bonne heure déjà, des tables, assuré­ ment primitives, avaient été établies sur la distance de l'étoile polaire au pôle nord. L e s déterminations par les pas­ sages du soleil au méridien devaient donner des résultats moins exacts, parce que cette méthode exige la connais­ sance de la déclinaison du soleil, ce qui compliquait le procédé. Il est à croire d'ailleurs que les observations n'avaient souvent pas lieu à midi précis, pas même à un midi approximativement exact. e

e

Jusque vers le commencement du X V I siècle, les navi­ gateurs employaient encore les T a b l e s Alphonsines, dont la disposition était d'ailleurs très peu pratique. Plus tard, ce sont les tables de Regiomontanus, modifiées quelque peu, qui furent généralement utilisées; on pouvait y trouver, sans aucun calcul, la déclinaison du soleil. Pendant assez longtemps les marins manquèrent d'as­ surance dans l'emploi des instruments astronomiques, sur­ tout lorsqu'ils constataient des différences a v e c les relève­ ments faits au moyen du compas et qu'ils ne pouvaient pas reconnaître quels étaient ceux des résultats obtenus qui pouvaient être acceptés a v e c le plus de confiance. Il est par conséquent fort possible que les plus anciennes cartes d'Amérique étaient purement loxodromiques. Il semble même que c'est le doute sur la sûreté des indications de l'aiguille aimantée et des déterminations astronomiques qui doit avoir conduit à une double échelle des latitudes. F e r nand Colomb dénonça cette erreur et releva l'étrangeté


505

des cartes marines pourvues de deux équateurs et de quatre tropiques L'exactitude dans la fixation de la latitude laissait donc encore beaucoup à désirer au commencement du X V I siècle. C'est ainsi que le médecin Jean, attaché à l'expédi­ t i o n de Cabrai, se plaignait au roi Emmanuel que les mensurations faites à bord avec des astrolabes donnaient lieu à des erreurs de 4 à 5 ° ). Mais on doit admettre que, jusque vers la fin du X V I siècle, ces erreurs dépas­ saient rarement un degré. Nous avons, datant du X V I I I siècle, une indication de Douwes ), d'après laquelle les déterminations de latitude par la hauteur du soleil au mé­ ridien différaient souvent les unes des autres de 10', même lorsqu'elles émanaient des meilleurs observateurs. e

2

e

e

3

Mais ce serait une erreur de croire que les cartes témoignaient d'emblée de l'exactitude avec laquelle les lati­ tudes pouvaient être fixées à l'époque de leur publication. Il ne faut pas oublier qu'en général le nombre des points déterminés était peu considérable et que les corrections passaient très lentement dans les cartes. C'est ce que prouve entre autres la carte de F r a n c e par Sanson, datée de 1658, qui renferme encore des erreurs de latitude allant jusqu'à 1 / . (Voir R . B . I, carte annexe aux pages 62 et suivantes.) L e s déterminations de longitude réussissaient encore beaucoup moins que celles de latitude ; aussi Gelcich, Ham­ burgische Festschrift, page 64, peut-il dire a v e c raison : « Alles in allem genommen waren die Breitenbestimmungsmethoden aus Nordstern- und Meridianhöhe die einzigbrauchbaren astronomischen Rechnungsarten der Seeleute». 1

2

1

2

3

) Hamburgische Festschrift, Gelcich, page 39. ) V o i r Hamburgische Festschrift, Gelcich, page 59. ) Cité d'après le D A. Breusing, 1. c , page 44. r


506

d) L e but des cartes dont il est question ressort de leur origine ; ce sont des levés de côtes, qui devaient servir en première ligne à la navigation. C e n'est que peu à peu que leur destination s'élargit. Aussi ces cartes doivent-elles tenir compte de tous les éléments importants pour la con­ duite d'un navire ; une exactitude absolue touchant la déter­ mination de la position géographique n'est pas indispensable pour cela et il n'était pas possible non plus de l'atteindre. L e but principal d'un levé de côtes consiste à fournir une carte claire, utilisable par le marin en toutes circonstances, une c a r t e qui suffise pour la conduite du vaisseau, même par un ciel couvert, alors que les observations astronomiques sont impossibles ) . T e l est le principe moderne, et si l'on considère combien toute détermination astronomique était incomparablement plus difficile à l'époque dont il s'agit, il est clair que l'aspect physique de la côte était alors, pour ainsi dire, le seul élément déterminant. Le navigateur devait être mis à même de voir par la carte en quels points les écueils et les bas-fonds menaçaient son bâtiment; il devait connaître les îles, les baies, les lieux de mouillage et les points où il pouvait faire de l'eau douce. Pour conduire un navire le long de la côte, il fallait avoir une description du littoral, c a r il n'existait pas alors, pour ces parages, d'instruc­ tions nautiques écrites. C e qui intéressait avant tout le marin, c'étaient les points de repère d'après lesquels il pouvait se diriger, les promontoires saillants, les collines, les montagnes non éloignées de la côte qui constituaient presque uniquement ses moyens d'orientation. C'étaient ses points d'appui. Il est clair, par conséquent, qu'il leur accordait la plus grande attention et qu'il ne négligeait pas de les porter sur sa carte. L a côte du Contesté en fournit un exemple frappant. 1

1

) Ernst

Mayer,

Ü b e r Küstenaufnahmen, Leipzig, 1880.


507

D e l'Amazone en allant vers le nord-ouest le rivage se déroule plat, uniforme, et sa ligne monotone n'est inter­ rompue que par une seule colline, elle-même de faible hauteur, le Mont Mayé. Puis apparaissent, visibles de loin, diverses montagnes. Elles indiquent la route à suivre pour atteindre l'embouchure de l'Oyapoc actuel. L e u r haute importance pour le navigateur est évidente, et la mention de ce point de repère sur la carte marine répond au but essentiel de celle-ci. C'est pourquoi la carte de Juan de la Cosa signale déjà les : « Planosas » et les « Motes » (qu'on remarque le pluriel) ; ces montagnes, qui aujourd'hui comme au temps de Cosa dominent le rivage, sont un excellent terme de comparaison pour l'examen des cartes anciennes. Kohl observe fort justement à ce propos ) : « Die alten Schiffer, noch in höherem Grade Gewohnheitsmenschen als die heutigen, wichen ungern von einem einmal erprobten W e g e ab, und zwar aus guten Gründen, weil sie nicht wissen konnten, ob nicht rechts und links tausend unbe­ kannte Gefahren lägen. Sie setzten auf die sie leitenden Kartenkopien genau die Küstenbeschreibung ihres V o r ­ gängers nieder, vergassen nicht die « Waldgipfel » (arboledas) oder die « Bergspitzen » (montañas) oder den flachen « Sandstrand » (arenas) etc., die er als Merkzeichen bald hier und bald da angegeben hatte, behielten auch sorg­ fältig seine übrigen Namen bei, die für sie zum Zurecht­ finden ebenso wichtige Merkzeichen waren ». e) Comme Kohl l'indique dans le passage ci-dessus de son ouvrage, la nomenclature des anciennes cartes est fréquemment en relation avec la navigation. T r è s souvent, elle est de nature purement descriptive, en ce sens qu'elle exprime les c a r a c t è r e s apparents de la côte ou de la mer. 1

1

) J. G. Kohl,

1. c , page 35.


508

Cette nomenclature s'inspire aussi, à l'occasion, d'aventures particulières au v o y a g e du découvreur ou des conditions du pays et de ses habitants ou encore de phénomènes natu­ rels spéciaux. L e s indications de cette sorte ne devaient pas être à l'origine des dénominations proprement dites, mais plus tard elles ont souvent été prises pour telles, et cela en partie parce que la raison première de c e s appellations n'apparaissait plus par suite des altérations qu'elles avaient subies dans les copies. Il n'est pas r a r e que de telles dési­ gnations aient été traduites dans une autre langue et repor­ tées sur de nouvelles cartes ou tout au moins pliées à une forme facilitant leur prononciation dans cette langue. D e s faits de ce genre compliquent la r e c h e r c h e de la dénomi­ nation primitive. L e s localités nouvelles recevaient souvent le nom du saint que le calendrier indiquait pour le jour de la décou­ v e r t e ; on employait de même aussi les noms des grandes fêtes de l'église ). E n revanche, il n'arrive qu'exceptionnel­ lement qu'un nom rappelle une personnalité déterminée. On peut citer comme exemples le Rio de J o h a n de L i s bona dans Chaves, le Rio Oregliana dans Martines, la T i e r r a de solis de la carte de W e i m a r , mais surtout le Rio de Vicente Pinzon, d'une si haute importance pour la présente étude ) . 1

2

L a suite ininterrompue des explorations eut pour con­ séquence une augmentation constante des noms. Il arri­ vait souvent aussi que des noms différents étaient donnés au même objet par des explorateurs successifs, d'où ré­ sultaient parfois, dans une carte ultérieure, deux objets différents. 1

) V o i r ci-dessus, page 83, note 3, et page 84, note 1. ) V o i r ci-dessus, page 90.

2


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Quelques exemples permettent de montrer quelles mo­ difications les noms étaient susceptibles de présenter : la B a y a de todos sanctos, sur la côte orientale du Brésil, devint sur les cartes allemandes une Abatia omnium sanc­ torum, une A b b a y e de tous les saints. D e Arrecifes (récifs), la carte de Turin fait une Punta de aricefe, Cabotto un Rio de aracife, Ortelius sur sa carte jusqu'ici inconnue, datée de 1564, un Rio Arefice. Dans la carte de Turin se trouve un Cabo de L o e s t e ; le même cap apparaît sur la carte de Ribeiro sous le nom de C. daloeste, sur la carte de Chaves sous celui de Cabo del Hueste, et Ortelius en fait, en 1564, un C. Peste. V a z Dourado marque dans ses cartes de 1568 et de 1571 une Costa descuberta qui devient dans Teixeira, en 1627, une Costa de sierta. L e Cabo de corrientes (Cap des courants) apparaît dans Gutierrez sous le nom de Cabo de corryntes et dans Mercator, en 1569, sous celui de Cabo de coryntes. En outre, certains noms subissaient des déplacements sur les cartes, apparaissant tantôt ici, tantôt là, à des endroits différents. Ces déplacements ont lieu parfois pour des noms isolés, parfois pour des groupes entiers de noms. Dans cer­ tains cas, ils peuvent avoir pour effet final que le même nom figure deux ou trois fois sur la même carte. Mais ils ne sont pas uniquement la conséquence d'un placement arbitraire de la nomenclature ; ils ont quelquefois leur cause dans des erreurs affectant le dessin des grandes formes de la côte. Il faut donc que l'examen des cartes porte aussi sur ce point. A voir maintes cartes, on ne peut se défendre de l'im­ pression que la ligne de côte a été arbitrairement allongée, simplement pour pouvoir y placer toute la série des noms. Au surplus, il n'est pas impossible que les cartes renfer­ ment quelquefois des indications intentionnellement fausses


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et des noms défigurés, dus aux chefs des nombreuses expé­ ditions clandestines qui cherchaient, autant que possible, à tenir s e c r è t e la connaissance des territoires d'où ils tiraient leur butin. Ces diverses considérations expliquent pourquoi la nomenclature des nombreuses cartes répandues dans le c o m m e r c e arriva peu à peu à être absolument confuse. L a création du Padron real et le contrôle officiel e x e r c é par la C a s a de Contratacion ne portèrent remède à ce mal que pour peu de temps et ne purent jamais l'empêcher tout à fait. Mais les cartes sévillanes officielles ont au moins cet avantage qu'elles témoignent, pour la nomenclature comme pour le dessin, d'un procédé systématique, de sorte qu'elles offrent une sûreté qui dépasse de beaucoup celle des autres œuvres cartographiques datant de la même époque. Elles rendirent la stabilité à la nomenclature, notam­ ment pour les points d'une certaine importance, et fixèrent ainsi la localisation des noms pour une période assez longue. C e fait trouvera sa confirmation pour le R i o de V i c e n t e Pinzon en particulier. 3. Méthode suivie dans l'examen des anciennes c a r t e s .

Pour tirer des conclusions des matériaux cartographi­ ques si abondants mis à la disposition de l'arbitre, il faut comparer les anciennes cartes entre elles et a v e c les cartes modernes. Un moyen essentiel d'établir l'enchaînement des an­ ciennes cartes et de se rendre compte des particularités de chacune d'elles consiste dans la comparaison systéma­ tique de la nomenclature, liée à son étude analytique. L ' e x ­ posé qui précède aura démontré que cette méthode doit


511

être employée a v e c circonspection. Il est toujours indis­ pensable de considérer en même temps le tracé de la côte, dans l'ensemble comme dans le détail, pour ne pas perdre de vue ce qui constitue la base de la carte : le dessin et ses proportions. E n outre il sera également nécessaire de tenir compte des c a r a c t è r e s physiques de la côte, qu'il faut placer au premier plan, c a r ce sont eux principalement qui aident à établir le contact avec les cartes modernes. L e travail de comparaison a pour but final le report des anciennes cartes sur la carte moderne afin de pouvoir iden­ tifier leurs points fondamentaux. Pour atteindre ce résultat, les mémoires français s'ap­ puient presque exclusivement sur les données de latitude qu'ils reportent telles quelles sur la carte moderne. Il n'est pas possible à l'arbitre d'admettre ce principe, qui pourrait, à la rigueur, être accepté si les latitudes marquées dans les anciennes cartes étaient d'une exactitude relativement grande et si l'équateur y occupait une position concordante et invariable. Un coup d'œil jeté sur les cartes convainc du contraire et montre qu'il y a eu de longs tâtonnements dans la recherche de la position exacte de l'équateur. Il faut remarquer qu'en général les déterminations de latitude constituent la base mathématique la plus e x a c t e des cartes ; mais pour la zone dont il s'agit, dans le voi­ sinage de l'équateur, il n'en est justement pas ainsi. L a méthode la plus sûre des navigateurs du X V I * siècle pour la fixation de la latitude était basée, comme on l'a vu, sur l'observation de l'étoile polaire ; mais, dans la zone guyanaise précisément, il est impossible d'appliquer cette méthode. C a r il est confirmé par des navigateurs expéri­ mentés que, à l'œil nu, l'étoile polaire ne devient visible qu'à environ 7° au nord de l'équateur. A v e c les instru­ ments perfectionnés dont on se sert de nos jours, les


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déterminations de latitude ne peuvent plus se faire exacte­ ment au-dessous de 10° à 12" de latitude nord. Hammer écrit ) : « F ü r nördliche Breiten < 12° versagt (mit Rücksicht auf die Unsicherheit der Refraktion) der Polarstern, und auf der südlichen Himmelshalbkugel ist bekanntlich kein hellerer Polarstern vorhanden » ) . L e s anciens navigateurs ne pouvaient pas non plus par l'observation du soleil obte­ nir des résultats suffisamment sûrs. Même leur meilleur instrument, le bâton de J a c o b , qui d'ailleurs ne fut employé que relativement tard, pèche par un manque de précision notable dès qu'il s'agit de mesurer de grands angles de hauteur. L e s déterminations par les instruments plus an­ ciens, l'astrolabe, l'anneau astronomique et le quadrant, étaient encore bien plus défectueuses ; les résultats étaient tout à fait insuffisants pour les observations faites dans le voisinage du zénith, observations qui d'ailleurs étaient presque impossibles. L a zone de la côte de Guyane se trouve donc dans une position extrêmement défavorable pour les déterminations de latitude faites à cette époque, ce qui explique que ce rivage ait été représenté si tardive­ ment dans s a position exacte. 1

2

L a méthode de la F r a n c e qui fonde sa démonstration directement sur les données de latitude, est, pour c e s mo­ tifs, insuffisante. Si, en dehors de la zone des latitudes in­ certaines, on pouvait adopter comme points fixes deux

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) Geographisches j a h r b u c h , X X I I . B a n d , 1899, page 59.

2

) D a n s les A n n a l e n der Hydrographie, 1889, pp. 156—163, le D F. Boite évalue à + 3 ' l'erreur probable des observations de l'étoile polaire faites avec les moyens actuels ; la plus petite latitude déterminée par l'étoile polaire était ici de 7 ° 4 5 ' N. — D ' a p r è s A. Magnac, Nou­ velle navigation astronomique P a r i s 1877, les relèvements de latitude par l'observation des étoiles n'ont qu'une exactitude approximative de 5' à 15'. r


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points facilement reconnaissables de la carte moderne, et si, sur cette base, on pouvait réduire la section de la côte comprise entre les points correspondants des anciennes cartes, pour opérer alors avec les latitudes ainsi corrigées, on introduirait au moins un élément méthodique dans les comparaisons et les matériaux cartographiques acquerraient l'homogénéité nécessaire. D e nombreux essais entrepris dans cette direction ont démontré que ce procédé pour l'examen critique des cartes d'après les données de latitude est aussi défectueux. Il fallait donc partir d'un autre prin­ cipe pour les recherches. L e s marins possédaient, on le sait, une habileté éton­ nante pour apprécier les distances, aussi longtemps qu'ils ne perdaient pas de vue la côte qui leur offrait des points d'appui. L e s cartes étaient obtenues en mettant bout à bout les sections de route évaluées à l'estime et en tenant compte de leur direction azimutale et des latitudes obser­ vées directement. S'appuyant sur cette méthode de levé, si l'on peut s'exprimer ainsi, l'arbitre procédera à la com­ paraison en ramenant à une ligne droite la ligne de côte des anciennes cartes et en la superposant sur la ligne de côte des cartes modernes développée également en ligne droite. On obtiendra alors par mensuration des nombres directement proportionnels. Mais pour cela, il faut discuter avant tout la question de l'échelle et de l'unité de longueur des anciennes cartes de l'Amérique. Il est regrettable de ne posséder là-dessus aucune étude détaillée à laquelle il eût été possible de se référer. F o r c e est de se contenter ici de quelques indica­ tions. Il s'agit d'abord de déterminer la longueur attribuée à la legua hispano-portugaise. Dans son rapport de 1495 relatif à la Ligne de démarcation prévue par le traité de Tordesillas, F e r r e r dit, au sujet de la longueur de la 33


514

1

legua ) , qu'elle correspond à quatre milles, le mille à huit stades. T h o m a s Duran, Sebastiano Cabotto et J u a n V e s p u c c i donnent exactement les mêmes valeurs dans leur préavis col­ lectif ( P a r e c e r ) à la conférence de Badajoz en 1524 et insis­ tent sur le fait que cette legua est, en Portugal comme en Espagne, communément employée par les marins ) . Mais on ne sait pas avec certitude quelle longueur il faut attri­ buer au stade dont il est ici question. Harrisse se prononce pour le stade olympique, qui est regardé comme mesurant 192.27 m ) ; il serait plus exact, toutefois, de prendre pour b a s e un stade plus petit, celui de 185 m que Nordenskiöld ) appelle « S t a d i u m m a r i n u m » et. q u ' i l fait égal à 0.1' ; il déduit ce même chiffre du Periplus de S c y l a x , qui remonte à 500 ans environ avant Jésus-Christ. J o r d a n ) adopte aussi la même valeur de 185 m. E n la prenant comme longueur du stade, on obtient pour le mille 1480 m; c'est la longueur du mille romain connu, sur lequel, d'après H. W a g n e r ), est tout 2

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1

) Navarrete, 1. c , I I , page 101 ; Harrisse, T h e Diplomatie History of A m e r i c a , 1. c , page 92. ) Navarrete, 1. c , I V , page 339 : « L o que communmente usan los marineros ansi en P o r t u g a l , como en Castilla T. ) D i e A u s g r a b u n g e n zu Olympia. V . Übersicht der Arbeiten und Funde vom W i n t e r und F r ü h j a h r 1879—1880 und 1880—1881, heraus­ gegeben von E. Curtius, F. Adler, G. Treu und W. Dörpfeld, Berlin 1881, page 37. 2

3

4

) A. E. Nordenskiöld, 1. c , page 686. ) D r . W.Jordan, Handbuch der Vermessungskunde, S t u t t g a r t 1896, III, page 2. J o r d a n s'appuie sur Karsten, A l l g e m e i n e Encyklopädie der Physik, Leipzig 1869, I, pp. 433 et 441. ) H. Wagner, 1. c , page 76. Sur la carte de l'Italien V e s c o n t e de Majollo, datant de 1519, 74 miglia équivalent à 1 °. D'après cette donnée, si l'on prend pour longueur du degré 111.3 km, la longueur du miglio se chiffre à 1.5 km, valeur qui renferme encore l'erreur d'estimation quant au nombre de miglia qu'il laut pour équivaloir à 1°. Néanmoins, il en résulte une bonne concor­ dance, ce qui confirme d'autre part l'exactitude de l'hypothèse de Majollo. 5

6


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simplement b a s é e la lieue marine (legua) du temps des découvertes. Nordenskiold ) tire de recherches très étendues, qui portent sur 19 anciens portulans, la valeur de 5.83 km pour la lieue marine (legua). En adoptant la valeur de 1480 m pour le mille, on obtient d'après F e r r e r , T h o m a s Duran, Sebastiano Cabotto, J u a n Vespucci 5.92 k m ) pour la legua, c e qui correspond assez bien au résultat de Nordenskiold. Cependant il s'agit de tenir compte non seulement de la longueur de la l g u a , mais encore de l'idée que les carto­ graphes se faisaient de la grandeur de la terre, en d'autres termes, de r e c h e r c h e r quel nombre de leguas ils attribuaient au degré équatorial. S u r ce point particulier, les cosmogra­ phes et les cartographes du X V I siècle étaient encore dans une grande incertitude, c e qui se déduit très clairement des efforts tentés pour fixer la L i g n e de démarcation. Jusqu'en 1524 (Junta de Badajoz), on donnait au degré une longueur de 14 / , 15, 16 / , 17 / et même 21 / leguas ) ; mais plus 1

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) Nordenskiold, 1. c., pp. 690—692.

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) Nordenskiöld écrit, 1. c , page 6 9 2 : S u c h a unit (à savoir la lieue marine comptée pour 5.83 km) has no simple relation either to the Italian miglia, the Roman milliaria, or the stadia of the Stadiasmos. But it is almost identical with the ancient Catalan « legua ». Cette relation avec le mille romain et le stade résulte cependant des explications ci-dessus. H. Wagner, 1. c , pp. 76 et 91, admet que dans les portulans du moyen â g e le mille romain de 1480 m a servi seulement pour la côte atlantique, tandis que pour les côtes de la Méditerranée le mille n'a été compté que pour une longueur de 1250 m environ, ce qui, en fin de compte, si la relation indiquée ci-dessus doit être considérée comme établie, abou­ tirait à deux stades de longueurs différentes. V o i r à ce sujet Ernst Steger, Untersuchungen über italienische S e e k a r t e n des Mittelalters auf Grund der kartometrischen Methode, Dissertation, Göttingen 1896. 3

) D a n s son préavis, F e r n a n d Colomb rejette les vues d'Aristote, S t r a bon, Macrobe, Eratosthène, Maxime et Ptolémée sur la grandeur de la terre et il tient pour exacte l'opinion de Tebit, Alméon et Alfragano, adoptée


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tard, l'opinion d'après laquelle le degré équatorial contenait 17 / leguas prévalut généralement, en sorte que ce chiffre peut être regardé comme la valeur moyenne usuelle. S i l'on prend pour base la valeur, trouvée plus haut, de 5.92 km, et que l'on considère le degré équatorial comme égal à 111.3 km, on obtient 18.8 leguas au degré. L'estima­ tion à 17.5 leguas était donc assez juste; l'erreur s'élève à 6.9 % seulement, ce qui est un chiffre faible pour une esti­ mation de longueur. 1

2

Il est clair que des indications présentant de si grandes différences sur le nombre de leguas compté pour le degré ) ne permettent pas de se servir de l'échelle de chaque c a r t e en adoptant pour la legua une valeur fixe et invariable, car de cette façon on se trouverait en constante contradic­ tion a v e c les données de latitude ) , qui doivent concorder a v e c l'échelle en ceci que la longueur d'un degré doit cor1

2

aussi par P e d r o de Aliaco et J u a n de P e c a n , comme aussi par le premier A m i r a l des Indes, ainsi qu'en témoignent de nombreux écrits de sa main: ceux-ci donnent tous au degré une longueur de 56 milles et / , ce qui tait 14 leguas et / de mille, d'où il résulte que la circonférence terrestre mesurerait 5100 l e g u a s ; voir Navarrete, 1. c , I V , pp. 333 et suiv. ; Thomas Duran, Sebastiano Cabotto et Juan Vespucci comptent 17 / » leguas au degré, voir Navarrete, 1. c , I V , page 339 ; Ferrer, dans son préavis, compte pour le degré 21 / « leguas. Enciso observe : « A s each degree is estimated to be in length six­ teen leagues and a half and one-sixth, the circumference of the entire globe is three hundred and sixty degrees, amounting to six thousand lea­ gues. » Cité d'après Harrisse, T h e Diplomatic History of America, 1. c , page 104. 2

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1

) On sait que la première mesure de la t e r r e faite sur une base sûre a été exécutée par Snellius ; il a décrit son procédé en 1617 ; l'incer­ titude de l'estimation antérieure est par conséquent bien compréhensible. 2

) Mais ce désaccord atteindrait des valeurs beaucoup plus grandes que l'incertitude dans la détermination des latitudes, surtout lorsqu'on se rapproche des latitudes plus élevées, parce que le désaccord croît proportionnellement à la latitude.


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respondre à 111.3 km ) . Au surplus, dans la reproduction, l'échelle n'est pas indiquée sur toutes les cartes. L e s degrés de latitude constituent donc l'échelle de beaucoup la plus exacte et la plus sûre et elle est indépendante de la notion de la grandeur du globe. Si l'on ajoute alors le nombre de leguas qui, sur une carte donnée, équivalent au degré, on a par là l'opinion du cartographe sur les dimensions de la terre. Dans ses recherches, l'arbitre a, pour se rattacher à la manière de voir des anciens cosmographes, adopté d'une façon constante le chiffre de 17 / leguas au d e g r é ; donc 17.5 leguas = 111.3km, 1 legua = 6.36 k m ) . 1

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2

L a valeur de la legua se trouve ainsi portée de 5.92 km à 6.36 km, ce qui a précisément pour cause l'erreur d'esti­ mation que l'on faisait alors en n'admettant pour le degré que 17.5 leguas au lieu de 18.8. Logiquement il semble devoir résulter de ce qui pré­ cède que les cartes sont défigurées, et par conséquent inexactes, dans la mesure où elles attribuent un trop petit nombre de leguas au degré, parce que de cette façon — si aucune réduction n'a été faite — la ligne de côtes de­ vient trop longue., et que, par suite, le continent paraît trop large. C'est bien ce qui se présente dans la plupart des c a r t e s ; presque toutes donnent à la portion de côtes

1

) D'après les données de Bessel sur les éléments de l'ellipsoïde terrestre, la longueur d'un degré équatorial = 111.3 km ; nous prenons la même longueur aussi pour les degrés de latitude. E n réalité, la longueur du degré de latitude n'est é g a l e à celle du degré équatorial que du 54° au 55° ; la longueur du degré de latitude de 0° à 1° serait = 110.6 km ; mais il n'est pas nécessaire, dans la présente étude, de tenir compte de ces petites différences. 2

) D'après le « Handbuch der Navigation des hydrographischen A m t e s des Reichs-Marine-Amts », Berlin 1891. page 15, la lieue portugaise mo­ derne (legoa) = 6173.0 ; la legua maritima espagnole = 5555.6 . m

m


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considérée ici une trop grande longueur. Toutefois on con­ state aussi des allongements qui sont non pas systématiques, mais arbitraires ; il en a été question à propos de la no­ menclature. Enfin il est clair que les côtes orientées dans la direction nord-sud concorderont plus exactement que celles orientées dans la direction est-ouest, attendu que, pour c e s dernières, le contrôle des distances au moyen des latitudes fait défaut. T e l est le cas en particulier pour la Guyane, où, de plus, les latitudes ne pouvaient être obtenues que d'une manière insuffisante. On peut, du reste, supposer que les cartographes se servaient aussi d'un autre procédé : la carte était t r a c é e tout d'abord provisoirement d'après les distances estimées, les directions respectives et les latitudes mesurées ; alors seule­ ment le dessin obtenu de cette façon était réduit sur le c a n e v a s de la carte définitive dont l'échelle avait été établie au préa­ lable dans le rapport considéré comme juste a v e c le r é s e a u des degrés. D e la sorte rien n'était changé dans les propor­ tions, et le dessin comme tel restait exact, qu'on ait compté trop ou trop peu de leguas au degré. C'est de cette méthode parfaitement e x a c t e que s'est probablement servie la C a s a de Contratacion, comme on le v e r r a d'une manière plus détaillée lors de l'examen de la carte de W e i m a r et des cartes de Ribeiro et de Chaves. Si donc l'on mesure la ligne de côte des anciennes cartes au moyen de l'échelle déduite du r é s e a u des lignes de latitude, et si l'on compare cette longueur a v e c celle de la portion correspondante des c a r t e s modernes, la diffé­ rence entre c e s deux longueurs représente numériquement l'exactitude absolue des anciennes cartes, laquelle peut s'exprimer en pour-cent. L a portée des valeurs obtenues est limitée, naturellement, à la portion de côte considérée (qui ne doit pas être de trop petite dimension). On exprime


519

alors les différentes parties de la ligne en pour-cent de la longueur totale; on fait de même sur la carte moderne et, par comparaison, on obtient ainsi une réduction des anciennes cartes à la carte moderne. Cette réduction permet d'indi­ quer sur la carte moderne la position respective des points des anciennes cartes. L e redressement en ligne droite de la ligne de côte peut se faire sur les anciennes cartes où il y a altération des longueurs par suite de la projection, sans qu'il y ait lieu de s'occuper de la déformation de l'image, c a r pour la région considérée, située si près de l'équateur (à une distance maximum de 10° N et S ) , l'altération est égale à zéro. Dans ce procédé, le choix des points qui marquent les extrémités de la section à comparer doit être fait avec un grand soin ; il ne peut porter que sur des points faciles à identifier et susceptibles d'être déterminés sur toutes les cartes. C'est le Cap S. Augustin qui a été choisi en pre­ mière ligne ; il fut, dès les premières expéditions, le point le plus important et le plus connu de l'Amérique du Sud et a été, de bonne heure déjà, fixé astronomiquement. Comme il servait de point de repère pour reconnaître la situation de la L i g n e de démarcation, sa position avait un intérêt général L e choix de la seconde extrémité a été

1

) L e Cap S . Augustin est déjà cité dans le procès de Colomb, Navarrete, 1. c. I I I , page 5 4 7 : « L o cual sabe porque este testigo es el mismo V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon, é sabe é es verdad que descubrió desde el cabo de Consolacion, que es en la parle de Portugal é agora se llama cabo de S. Agustin».... V o i r ci-dessus, pp. 82 et suiv. et page 470. A m e r i g o Vespucci, lors de son second voyage, a déterminé astronomiquement le Cap S . Augustin, Hamburgische Festschrift, Ruge, 1. c , page 54. « D a s Cap S . Augustin ist der erste Punkt in der neuen W e l t , dessen L a g e man wegen der Demarkationslinie astronomisch genau


520

déterminé exclusivement par l'examen des cartes. Déjà sur les plus anciennes, on reconnaît l'île de la Trinidad, qui a été assez tôt placée dans sa position exacte. Comme point fixe a été pris le promontoire situé au sud de la Punta Galeota qui, sur Stieler, Handatlas, carte n° 90, édition de 1900, est situé entre la B o c a Cuicuina et la B o c a Araguapichc. Pour abréger, ce point a été désigné par X . Il est facile à trouver sur presque toutes les anciennes cartes ; dans Chaves, il porte le nom de C. Anegado. Cette étude embrasse donc toute la côte nord-est de l'Amérique du Sud, ce qui était dicté déjà par cette raison que les objets géographiques situés entre les susdits points e x t r ê m e s ont été souvent confondus entre eux, déplacés, etc. ; qu'il suffise de rappeler à ce propos l'important problème du Maranon-Maranhão. Malheureusement, les cartes soumises à l'arbitre ne s'étendent pas toutes assez loin pour qu'il soit toujours possible de faire porter l'examen sur tout l'espace compris entre les deux points indiqués. On a dû, pour plu­ sieurs cartes, s'en tenir à une portion de moindre étendue; en c e qui concerne ces dernières, on expliquera dans chaque c a s comment il a été procédé. Pour la mesure de la ligne de côte d'après les levés actuels, les cartes employées ont

zu bestimmen suchte. . . Wichtig" war auch die W a h r n e h m u n g , dass vom Cap Augustin aus die K ü s t e der neuen T i e r r a firme nach Südwesten verlief», S. Ruge, 1. c , page 17. D'après Herrera, II, I, X I I , il s'agissait principalement, à l'occasion de la J u n t a de 1515, de fixer la longitude géographique du Cap S . A u ­ gustin et sa distance aux îles du Cap V e r t , pour pouvoir déterminer par là à quelle distance la L i g n e de démarcation devait être tracée à l'ouest de ces îles, G. Kohl, 1. c , page 29. D ' a p r è s Enciso : « F r o m F u e g o Island to Cape S t . Augustine there are four hundred leagues, and Cape S t . Augustine is in 8° (d'après Stieler, Handatlas, de 8° 24') on the other side of the equator », cité d'après Harrisse, T h e Diplomatic History of A m e r i c a , 1. c , page 105.


521

os

été les n 90 et 91 de l'atlas de Stieler, édition de 1900. Il va sans dire que, dans le développement en ligne droite, il n'a pas été tenu compte de toutes les petites indentations de la côte, mais seulement du tracé général. Il y a lieu d'ob­ server que pour la baie de Maranhão, les mesures ont été prises horizontalement, de l'île de S Anna vers Alcantara, en ligne droite. L a manière dont la côte a été mesurée à l'embou­ chure de l'Amazone demande encore quelque éclaircisse­ ment. Ici la mesure a été prise de l'île Tijoca au cap Magoari et de là à la pointe de terre située sur la rive occidentale de l'Amazone par 50° 30' de longitude ouest de Greenwich; ceci, dans le but de se rapprocher le plus possible des anciens t r a c é s cartographiques, tels qu'ils ap­ paraissent dans la carte de W e i m a r , les cartes de Ribeiro et de Chaves, celles de Mercator, etc., ainsi que dans toutes les cartes où la côte au nord de l'Amazone affecte la forme caractéristique du genou. Il a été rarement nécessaire de s'écarter de cette méthode de mensuration, et chaque fois le fait s e r a signalé. L e tableau ci-après donne le s c h é m a fondamental du redressement en ligne droite de la ligne de côte sur la carte de Stieler. t a


522

Stieler, Handatlas, cartes

n

os

90

et 9 1 , édition de

Pour-cent de la longueur totale

Distances en km

Indication des sections

Cabo de S. Agostinho à I. de S Anna à I. T i j o c a à C. do Norte de M a r a c a à C. d'Orange

1900

1348

34.0

557

14.0

542

13.6

265

6.7

1258

31.7

ta

à 1

Point X ) 3970 km

Longueur totale

100.0%

1

) C e point est situé entre la B o c a Cuicuina et la B o c a A r a g u a p i c h e .

II Cartes à nomenclature

romane.

1. De a)

J u a n de

la Cosa à

Orellana.

C A R T E DE JUAN DE L A C O S A , D E

1500.

Parmi les cartes parvenues jusqu'à nous, la plus an­ cienne ayant trait au v o y a g e de V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon a pour auteur le pilote Juan de la Cosa ), compagnon de 1

l

) A. B . I, n° 1.


523

Colomb, et plus tard maître de cartographie à l'école des marins de Cadix. Toutefois, l'exemplaire conservé pourrait bien n'être qu'une des nombreuses copies de la carte origi­ nale, ce que tend d'ailleurs à confirmer la date erronée de 1400 qu'il porte ) . Juan de la Cosa prit part au premier voyage de Colomb, ainsi qu'à sa seconde expédition ; il accompagna Hojeda en 1499 et Rodrigo de Bastidas en 1501. Il entre­ tenait des relations personnelles a v e c V i c e n t e Yañez Pinzon et Diego de L e p e et il utilisa leurs levés, ainsi que ceux de Colomb, de Hojeda et de Nino, pour l'établissement de sa carte. Petrus Martyr ab Angleria, 1. c , D e c . II, lib. X , fol. 40, C et D, s'exprime comme suit au sujet de la carte de J u a n de la C o s a : Il s'est rendu auprès de l'évêque de B u r g o s (Fonseca), confugium hujus navigationis, s'est enfermé avec lui dans une chambre et ils ont étudié ensemble plusieurs cartes de navigation (plures chartas navigatorias), à savoir une carte dressée par les Portugais (a Portugalensibus depicta), à l'établissement de laquelle Americus Vespucius Florentinus doit avoir prêté son concours (in qua dicitur manum imposuisse Americus Vespucius Florentinus) ; Colomb, de son vivant, commença une deuxième carte pendant qu'il traversait ces contrées (alteri Colonus vivens, cum ea perlustraret loca, dédit initium). Ils étudièrent en outre les navigatoria membrana de tous ceux des Castillans qui se croyaient capables de pouvoir mesurer les pays et les côtes. Parmi les cartes qu'ils trouvèrent, les plus dignes d'être recommandées sont celles qu'avaient établies Joannes de la Cossa, compagnon de F o g e d a , dont nous 1

1

) V o i r Sophus

Ruge,

1. c , pp. 34 et 35.


524

avons dit qu'il avait été assassiné par les Caramaviriens, près de Carthagène, et un autre capitaine de navire du nom d'Andreas Morales. ( E x omnibus commendatiores servant, quos Joannes ille de la Cossa, F o g e d a e comes, quem a Caramavirensibus apud Carthaginis portum peremptum diximus, ædiderat, et gubernator alius navium, nomine Andreas Morales.) Il a, avec l'évêque de Burgos, mesuré les litora sur c e s cartes. Les deux investigateurs avaient sans doute sous les yeux cette carte de Morales qui ne nous a pas été con­ servée, et au sujet de laquelle Andreas Morales, témoignant dans le procès de Colomb, déclarait qu'il avait exécuté, d'après les données de Yañez et de L e p e , « una figura del descubrimiento para el Obispo F o n s e c a » ). La carte de Juan de la Cosa était probablement la carte d'octobre 1500, c'est-à-dire la carte qui fait l'objet de la présente étude renfermant les résultats des expéditions de Hojeda, de L e p e , et en partie ceux aussi du v o y a g e de V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon. a) Quelques indications prises parmi les noms de la carte de Cosa, en suivant la direction de la route parcourue par V i c e n t e Yañez Pinzon du sud au nord, méritent une mention particulière. 1. P. fermoso, « b e a u promontoire», se rattachant sans doute au « R o s t r o hermoso », point où V i c e n t e Yañez Pinzon crut avoir atteint la démarcation espagnole; voir ci-dessus, pages 87, 94. 2. Rio de bazia bariles, qui peut se traduire par « fleuve du vidage des tonneaux », réminiscence de la déposition du médecin Garcia Hernandez concernant la mer d'eau douce découverte par Pinzon ; voir ci-dessus, page 472. 1

l

) Navarrete,

1. с. III, page 5 5 2 ; voir ci-dessus, pp. 474, 4 / 5 .


3

525

o

R una faut qui, par

de se fallo buatruz, altération de « Rio do se falló cruz », fleuve où fut trouvée une croix, indication qu'il probablement faire remonter à un récit de de L e p e , venant après V . Y. Pinzon, trouva une croix érigée ce dernier pour marquer la prise de possession. 4. Costa plaida, au lieu de costa placida, côte paci­ fique, désignation qui, probablement, d'après la situation du lieu, fait allusion au caractère pacifique des Indiens que Pinzon trouva dans cette contrée. Pierre Martyr dit déjà : « Hujus tractus incolas mites sociabilesque esse referunt» ) . 5. Mas alta la mar que la tierra, la mer est plus élevée que la terre, phénomène caractéristique, surtout pendant la saison des pluies, pour la région avoisinant l'embouchure de l'Amazone. 6. G. de S M , abréviation de Golfo (?) de S a n t a Maria, désignant, comme on le verra tout à l'heure, le golfe de Santa Maria de la Mar-Dulce de V . Y . Pinzon, embouchure du fleuve des Amazones. 7. El macarlo, altération de el macareo ) , le mascaret, c'est-à-dire la pororoca, en souvenir, certainement, de l'in­ cident du voyage de V . Y. Pinzon à l'embouchure du grand fleuve et au sujet duquel Colmenero, témoin dans le procès de Colomb, rapporte : « lorsque les navires furent à l'ancre, la mer s'éleva soudain et souleva en mugissant les vais­ seaux à quatre brasses de hauteur» ) . 8 . Costa anegada, côte noyée, correspondant aux «terres noyées » d'auteurs postérieurs et caractérisant la côte con1

t

a

2

3

1

) V o i r ci-dessus, page 477. ) Macarto, ainsi que macareo, manquent dans le dictionnaire de l'Académie espagnole. P a r contre, le terme de macareo désigne en portugais le phénomène connu sous le nom de mascaret et peut bien avoir passé dans le langage des marins espagnols. ) Navarrete, 1. c. III, page 5 5 2 ; voir ci-dessus, page 471. 2

3


526 testée. Pinzon étant probablement arrivé à la S a n t a Maria de la Mar-Dulce vers le 25 mars 1500, soit au milieu de la saison des pluies il a dû remarquer la particularité de la côte noyée. L a C o s t a anegada doit être c h e r c h é e immé­ diatement après le Cap de Nord ) . 9. Tierra de S. Anbrosio, terre de Saint-Ambroise. 10. Las planosas, les « plaines », terme étranger à la langue espagnole moderne, mais ne prêtant néanmoins à aucune équivoque. 11. Motes (mõtes), ancienne orthographe de montes, montagnes. b) L e s noms de la c a r t e de J u a n de la C o s a ne sont en majeure partie, comme le montrent les exemples cités, que des expressions descriptives ayant pour but de mar­ quer, à l'usage des navigateurs postérieurs, le c a r a c t è r e général de la région. L a baie dessinée sous la ligne de l'équateur et portant le nom de « Golfo de S a n t a Maria » doit être considérée comme l'embouchure du fleuve des Amazones, c a r des îles et le nom de « E l m a c a r t o » — allusion au phénomène de la pororoca — figurent dans le golfe. D e même la « Costa plaida » (placida) et la mention « Mas alta la mar que la tierra », la « Plaia anegat » et la distance du Cap d'Orange, reconnaissable à sa configuration, au Golfo de S a n t a Maria ne permettent pas de douter que celui-ci ne doive être regardé comme l'embouchure du fleuve nommé plus tard Amazone. Seul fait défaut, à l'ouest de l'embouchure du 2

1

) V o i r ci-dessus, page 84, note 1. ) V o i r la carte marine de Mouchez, n° 2729, édition de 1896, qui, immédiatement à l'ouest du Cap de Nord, porte cette mention : « terres marécageuses entièrement inondées dans la saison des pluies » ; voir aussi les Instructions nautiques de T a r d y de Montravel 1851, page 82, et T h e South A m e r i c a Pilot I, page 513. 2


527

fleuve, le nom caractéristique : côte de Paricura, qui plus tard constitue un signalement certain pour l'embouchure de l'Amazone. L a carte de Juan de la C o s a ne mentionne pas le nom de V i c e n t e Yaftez Pinzon ; celui du saint, S. Vincent, manque également. Da Silva II, pages 391, 392, rend probable que le Cap de San Vicente de la « Capitulation » de Vicente Yañes Pinson, non mentionné sur la carte de Juan de la Cosa, doit être cherché immédiatement au nord de la tierra de S. Anbrosio de cette carte, tandis que d'Avesac ) voit dans cette «tierra de S. Anbrosio» le futur Cap d'Orange ). l

2

Enfin, cette carte porte déjà, immédiatement au nord de S. Anbrosio, le vocable « Motes » et, au sud de celui-ci, le mot « Planosas » ; non seulement ces désignations indi­ quent clairement qu'ici la plaine est interrompue par des montagnes, mais la situation réciproque de la plaine et des montagnes concorde exactement a v e c l'aspect actuel du pays. Il convient de relever que la carte de Juan de la C o s a figure, au sud du Golfo de S a n t a Maria ou de l'embou­ chure de l'Amazone, une deuxième embouchure fluviale a v e c une large baie et des îles. A côté d'un navire attaché à la terre, au sud de l'équateur et de part et d'autre de la « Liña meridional », on lit sur la carte cette notice : « E s t e cauo se descubrio en ano de mil y I I I I X C I X por castilla syende de(s)cvbridor vicentiañs ». c) L a carte de J u a n de la C o s a porte, dans la marge inférieure, une échelle dont 14 divisions environ correspon1

) D'Avesac, L e s voyages de A m é r i c V e s p u c e au compte de l ' E s ­ pagne, P a r i s 1858, pp. 128 et 129. ) R . B I, page 30. 2


528

— 0

dent à la grandeur d'un d e g r é ; c'est-à-dire que 1 est égal à environ 14 leguas. Cosa, comme Colomb d'ailleurs, dont il subit l'influence, se fait donc une idée beaucoup trop faible des dimensions de la terre ; le mot bien connu de C o l o m b : il mondo é poco, est caractéristique à cet égard. La longueur d'un degré a été déterminée sur la carte de Cosa par la distance du tropique du C a n c e r à l'équateur. L e C a p S. Augustin ne se trouve pas désigné sur la carte ; en revanche, le dessin de la côte permet de recon­ naître le Cap S. Roque actuel. C'est le promontoire sans nom dessiné par C o s a à environ 10° 1 2 ' S., par lequel passe la première parallèle noire à la large et bleue « L i ñ a meridional » et marquée à l'ouest de celle-ci. Ce cap est situé à côté de la P. fermoso et c'est à lui que se rap­ porte l'inscription « este cauo » mentionnée ci-dessus ; il s'ensuit derechef que l'on n'a pas à faire ici au Cap S. Au­ gustin que Pinzon considérait comme appartenant encore à la démarcation portugaise. L a « Liña meridional » paraît figurer la Ligne de démarcation. D'après la méthode ex­ posée ci-dessus, pages 518 et suivantes, on obtient, en par­ tant du cap décrit que nous désignons par Y, le tableau suivant :


529

C a r t e de J u a n de la C o s a 1500 Indication des sections

Point Y

Distances en Distances enleguaset enpour-cent de la kilomètres longueur totale

1

Point A )

2

Point B )

3

Longueur totale

15 km au sud-est du C. d'Orange 5.8 Embouchure du Sinnamarie

à.

9.2 175 km à l'ouest du Maroni

y 4 164 1. 1043 km

Point X )

11.8

y 701. 114 km

Pointe près de L a s planosas

86 km au sud-est du C. R a s o do Norte

y 441. = 280 km

Pointe située près de E l m a c a r t o

51.7

Y 901. = 572 km

1

C. S. R o q u e

A

394 1. = 2508 km

Points correspondants sur Stieler Voir tableau, page 530

21.5

Y 762 1. = 100.0% 4848 km

3

Point X ) d'après Stieler 3518 km

) L e point A est la pointe orientale de la grande baie sans nom; c'est le point d'où part un pavillon espagnol. ) L e point B est la pointe orientale du grand golfe, située sous l'équateur, près du nom Y s l a s de S t . elmo. ) L e point X est l a pointe située au sud de la Trinidad, voir page 520. 34 2

3


530

Dans la méthode de mesure, on a dû s'écarter du s c h é m a général exposé à la page 522, et cela à cause de la manière dont C o s a a dessiné l'embouchure de l'Amazone ; on a ici mesuré directement de B à E l m a c a r t o . Pour tenir compte de ce fait, la mesure, sur la carte moderne, a été prise en ligne droite de T i j o c a au C. R a s o do Norte. Cette modification conduit au tableau ci-après touchant les cartes n 90 et 91 de Stieler, 1900 : os

Stieler, Handatlas Cartes n 90 et 91, édition de 1900 os

Distances Indication des sections en km

en pour-cent de la longueur totale

C. S. R o q u e ta

I. de S

1022

29.1

557

15.8

416

11.8

265

7.5

1258

35.8

Anna

I. T i j o c a C. do Norte de M a r a c a C. d'Orange Point X Total

3518

100.0%

D'après J u a n de la Cosa, l'on obtient pour la longueur totale 762 1. = 4848 km, au lieu de 3518 km, soit un allonge­ ment de 1330 km ou de 38 %• Cette carte possède donc, au point de vue absolu, un faible degré d'exactitude. Néan­ moins, vu l'époque à laquelle elle a été établie, elle doit être considérée comme un travail remarquable. E n tout cas, aucun des dessins cartographiques antérieurs n'embrassait, à beaucoup près, un territoire aussi étendu.


531

Ce qui frappera dès l'abord dans l'examen du tableau, c'est l'inexactitude de la situation relative de l'embouchure de l'Amazone, qui vient se placer entre le C. d'Orange et le Sinnamarie; le milieu de l'embouchure tombe à 8 7 km au nord-ouest du C. d'Orange. L a côte, comme d'ailleurs on peut s'en rendre compte à première vue, subit une profonde altération entre l'Amazone et le C. S. Roque, ce qui explique la situation très au nord-ouest de la pointe située près de L a s planosas. L e tableau synoptique suivant fournit quelques indica­ tions sur les latitudes adoptées par Cosa : Latitude Indication des points

Point Y Point A Point B Pointe près de L a s pla­ nosas Point X Pointe orientale de la Trinidad Boriguen

d'après Juan de l a Cosa

d'après Stieler 1900

10° 1 2 ' S 2° 3 5 ' S sous l'équateur

5° 3 0 ' S 2° 16' S 0° 3 8 ' S

4° 5 0 ' N 13° 2 5 ' N

40 2 0 ' N 9° 3 4 ' N

14° 2 5 ' N env. 10° 2 0 ' N Circulo c a n c r o env. 18° N

On a admis dans c e tableau que A s'identifie avec l'île de S Anna, B a v e c Tijoca, la pointe près de L a s planosas a v e c le C. d'Orange, et, en raison du dessin de Cosa, on a considéré sur Stieler la P Mayaro comme la pointe orien­ tale de la Trinidad. L'île Boriguen coupée par le tropique du C a n c e r correspond évidemment à l'île de Porto-Rico. L e tableau montre que les latitudes indiquées par Cosa ta

a


532

s'écartent fortement, en général, des latitudes réelles ; chose singulière, ce n'est que dans le voisinage immédiat de l'équateur que les latitudes de Cosa concordent presque com­ plètement a v e c celles de la carte moderne. Cosa, contrairement aux cartographes postérieurs, a redressé trop fortement toute la côte nord-orientale. L a différence entre les latitudes de Cosa et les latitudes réelles étant aussi grande au sud qu'au nord de l'équateur, il paraît plausible que la situation e x a c t e de l'équateur est due à un pur hasard. D'ailleurs, les latitudes indiquées sur la carte de Cosa ne paraissent guère être basées sui­ des déterminations astronomiques; les différences sont trop considérables. C'est pourquoi il semble permis d'admettre que la carte de C o s a est une c a r t e loxodromique (c'est-àdire une carte reposant sur des directions déterminées au moyen du compas), mais sans correction de la déclinaison de l'aiguille. Il est très vraisemblable que de telles cartes aient été dressées aux premiers temps des découvertes, et celle de C o s a pourrait bien constituer l'un de c e s spécimens r a r e s ). 1

b)

L E R I O DE V I C E N T E

PINZON

DES PLUS ANCIENNES

CARTES.

On a vu ci-dessus, page 466, que la Capitulation de 1501 cite déjà un Cap de San Vicente dans une position qu'il faut c h e r c h e r au nord-ouest du grand fleuve « Santa Maria de la Mar-Dulce ». S u r les cartes aussi apparaît de bonne heure le nom de Vicente, tantôt comme nom du saint, 1

) V o i r H. Wagner, 1. c , page 8 6 : « V o n loxodromischen K a r t e n wird man höchstens im eigentlichen Zeitalter der Entdeckungen, den ersten J a h r z e h n t e n des 16. Jahrhunderts, als einer vorübergehenden P h a s e der E n t w i c k e l u n g ohne D a u e r , sprechen können. »


533

tantôt lié au nom de Yañez Pinzon, et désignant parfois une montagne, parfois un fleuve. Ce nom figure tantôt au nord-ouest, tantôt au sud-est de l'Amazone. E t cependant toutes ces positions différentes semblent être en corrélation a v e c le v o y a g e de découverte de V i c e n t e Yañez Pinzon. Si l'on examine de près les cartes des premières qua­ rante années du X V I siècle, on peut les grouper de la manière suivante. 1. Cartes avec Vicente au sud-est de l ' A m a z o n e . a) L'atlas de Kretschmer renferme à la planche V I I I la reproduction de deux cartes qui doivent avoir été établies peu après 1502. L a première a pour auteur Nicolaus de Canerio. Elle indique les deux grandes baies qui, sur la carte de Juan de la Cosa, figurent l'une comme Golfo de Santa Maria et l'autre, au sud de celui-ci, comme une embouchure fluviale sans nom, s'élargissant aux propor­ tions d'une baie, cependant toutes deux sans mention de nom ; le dessin de c e s baies est analogue à celui de Cosa. L e s mots « T o d o esto mar he de aqua dolce » sont inscrits au-dessus de la baie située plus à l'ouest et dans laquelle se jette un « R i o grande». P r è s de la baie orientale, on lit les mots « Gorffo fremoso » et « Canibales ». Puis se suivent, en allant vers l'est, les noms : San R o c h o — S a n t a Maria de Gracia — Monte de san Vicenso — S Maria de rabida — Cabo de S a n t a Croxe ; ce cap forme la pointe orientale du Brésil et porte un pavillon portugais. Un « Porto de s. uisenso », marqué beaucoup plus au sud, sort du cadre de cette étude, attendu qu'il n'est en tout cas pas dans le territoire de découverte de V . Y . Pinzon. e

t a

L'auteur de la seconde carte n'est pas connu. Elle est semblable à la première et indique dans une position cor­ respondante les noms suivants : San rocche — S a n t a Maria de agrodia — Monte de S. Uincenso — S. Maria de rapida —


534

Capo de Sancta t. Elle mentionne, tout au sud, une « Punta de san uincêtio ». Dans l'atlas de Kretschmer figure également, à la planche I X , la carte de Johannes Ruysch, tirée de l'édition de Ptolémée de 1508. Cette carte, elle aussi, indique le « Mons S. Vìncenti», et le marque au sud du Rio grande, quelque peu dans l'intérieur des terres et un peu au nord du Cabo de S a n c t a C r o x e , qui n'est pas nommé. L e R i o grande a son embouchure un peu au nord de 5 ° N. A l'est de celui-ci se trouve une baie sans nom, a v e c des îles. Immédiatement à l'ouest du R i o grande débouche un Rio de los A v e s . Enfin, à la planche X I I , K r e t s c h m e r donne encore une « Tabula Terrae Novae », tirée de l'édition de Ptolémée de 1513 (carte de Waldseemüller). Elle indique le R i o grande de la même manière que la carte de Canerio, a v e c cette remarque « Hoc mare est de dulci aqua » et, plus au sud-est : Gorffo fremoso et Canibales. Plus loin, vers l'est : S. rocho — S. maria de g r a c i a — Mons S. Vicecis — S. Maria de rabida — C. SctT crucis. T o u t au sud: « P o r de s. uincëtio ». Majollo aussi, dans sa carte de 1527, marque un « S . Visenso » entre S Maria lagoardia et S. Maria. Pour l'explication du « Mont de saint Vincent », il pa­ raît indiqué de se référer au passage suivant de Pierre Martyr, 1. c , D e c . II, lib. V I I I , fol. 3 9 : «Intra jactam lineam (se. Alexandri V I ) , licet negent nonnulli, cadit ejus terrae cuspis sancti Augustini Caput appellata. Propterea non licet Castellanis figere pedem in ejus terrae initio. R e g r e s s u s ergo inde est Vincentius Annez, habito ab incolis, quod Ciamba provincia ferax auro ad aliud latus montium altorum, quos ante oculos habebant, ad meridiem jaceret. » L a relation que la nomenclature des cartes citées plus haut établissait ici, pour le Mons S. Vincenti, entre le San V i n a


535

cente et le navigateur V i c e n t e Yañez Pinzon, est facile à saisir. Canerio marque immédiatement au sud-est de ce nom, sur le Cabo de Santa Croxe, un pavillon portugais et fait ainsi allusion au récit du voyage de V i c e n t e Pinzon. L e s cartes de Ruysch et de Waldseemuller se révèlent également sur ce point comme des copies de modèles por­ tugais. b) L a carte dite de Weimar, de 1527, et celle de Diogo Ribeiro, de 1529, renferment de même le nom de V i c e n t e ; toutefois ces cartes désignent par ce nom, non pas une montagne mais une riviere, et il se rapporte non pas au saint, mais au découvreur. L a carte de W e i m a r marque au sud-est de l'Amazone un « R. de uicenteanes pinçon », celle de Ribeiro un « R. de uicete pĩson». L e s deux cartes se trouvent à la bibliothèque du grandduc de W e i m a r ) . On n'est pas d'accord sur l'auteur de celle de 1527. Kohl, qui l'a publiée dans ses « Generalkarten », et qui pour la discuter a réuni de nombreux matériaux, admet, 1. c , pages 14-22, qu'elle est l'œuvre de Fernand Colomb, le fils de l'Amiral. Harrisse (voir R u g e , 1. c , page 49) lui donne comme auteur Nuño Garcia de Toreno, cosmographe royal d'Espagne, qui vivait à cette époque. Sophus Ruge, 1. c , page 50, désigne cette carte comme ta première carte marine espagnole officielle parvenue jusqu'à nous, en quoi il est aussi d'accord a v e c Kohl. Elle porte le titre suivant : « Carta Universal, en que se contiene todo lo que del Mundo se a descubierto fasta aora, hizola un cosmographo de S u Majestad. Anno M D X X V I I en Sevilla ». R . B . I, page 54, est donc évidem­ ment dans l'erreur quand elle attribue cette carte égalel

1

) V o i r aussi M. F . I, pp. 2o2 et suiv.


536

ment à Diogo Ribeiro. Toutefois, le doute subsiste encore sur l'auteur de c e document. L a carte de W e i m a r porte un « R. de uicenteanes pinçon » au sud-est de l'Amazone ) . L a partie de la carte de Diogo Ribeiro de 1529 qui concerne l'Amérique se trouve dans A. B . I, n° 4, et dans Kretschmer, planche X V ) . Cette carte de Ribeiro con­ corde en général avec la carte de W e i m a r . Elle désigne le Vicente Pinzon de cette m a n i è r e : « R . de uicête pĩson », dans la liste des noms suivants, lus du sud au nord : 1

2

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17.

C. de. S. Agustín, espagnol, « Cap de saint Augustin ». P. nambuco = Pernambuco. C de S. Roque, espagnol, « Cap de saint R o c h ». Arboledas, espagnol, « b o c a g e s » , «bois peu touffus». P. del pracel, correspondant à l'espagnol punta del placer. Tierra de pairo, incompréhensible ; voir terra do prairo de la carte de Turin. B. hmosa = bahía hermosa, espagnol, « belle baie ». C. del aguada, espagnol, « Cap de l'aiguade ». B. apracelada, « baie renfermant des bancs de sable » ou « baie agréable ». C. negro, espagnol, « C a p n o i r » . R. de uicête pĩson = R i o de V i c e n t e Pinzon. Furna, portugais, « baie ». Caleta, altération probable de tierra cálida, « contrée très chaude ». C. del monte, espagnol, « Cap de la montagne ». C. daloeste, pour Cabo del oeste, « Cap de l'ouest». R. de la trenidad. Marañon. 1

2

) M. F . I, page 253 : « R . de Vicentjanès pinçon ». ) V o i r aussi M. F . I, pp. 252 et suiv., R . F . , page 245.


537

L a carte de W e i m a r et celle de Ribeiro font passer la Ligne de démarcation par le côté oriental de l'embouchure du Rio de la Plata, au sud, et par une « F u r n a grande », au nord. L a question de cette F u r n a grande s e r a reprise plus tard en détail. Il est à noter seulement ici qu'elle se trouve à l'ouest du Marañon de Ribeiro, immédiatement à l'ouest du C. blanco et sous la ligne de l'équateur. L a Ligne de démarcation elle-même est facile à reconnaître par les pavillons des deux puissances qui sont placés au bas de la carte des deux côtés de la ligne. L e pays à l'ouest de celle-ci est attribué à l'Espagne ; tout ce qui est situé à l'est est attribué au Portugal. L e V i c e n t e Pinzon de la carte de W e i m a r et de celle de Ribeiro se trouve en territoire portugais et ce territoire s'étend encore passable­ ment à l'ouest de l'embouchure du Marañon. Ainsi, ces cartes déjà admettent, pour la démarcation, une position notablement plus à l'ouest que celle indiquée sur la carte de Juan de la Cosa 1). L a carte de Ribeiro concorde presque exactement a v e c la carte de W e i m a r pour la nomenclature et le dessin du territoire en question ; les divergences entre les deux cartes sont d'ordre tout à fait secondaire ) . Il faut conclure de toutes deux qu'elles ne marquent pas le V i c e n t e Pinzon dans l'idée d'en faire un fleuve frontière. 2

1

) Kohl, 1. c , page 132, considère la F u r n a grande comme étant le bras gauche de l'embouchure de l'Amazone et il fait ainsi passer la L i g n e de démarcation de la carte de W e i m a r et de celle de Ribeiro par l'embouchure du grand fleuve. On verra plus tard pourquoi il n'est pas possible de se r a n g e r à cette manière de voir. ) Kohl, pp. 5 et suiv., voit dans ces deux cartes deux documents essentiellement différents. Non seulement, selon lui, elles ont été compo­ sées à des époques et par des auteurs différents, mais d'après des maté­ riaux en partie tout autres. Ces divergences ne peuvent pas se constater pour le territoire dont il est question ici. 1


538

2. Cartes avec Vicente au nord-ouest de l ' A m a z o n e . a) Vesconte Majollo (A. B . I, n° 3) indique, en 1527, loin au nord-ouest de l'Amazone, un «Rio de visenty J a n e s ». Majollo (nommé aussi V e s c o n t e di Maggiolo, voir R u g e , 1. c , page 48) est un cosmographe d'origine italienne. Une première carte de cet auteur date de 1511 (Ruge, 1. c , page 39) ; une seconde, de 1519 (A. B . I, n° 1 a) ; mais ces deux cartes ne portent ni l'une ni l'autre un V i c e n t e Pinzon. Sur la carte de 1527, la côte, à partir du Cap San Agustino, est tracée assez directement vers l'ouest ; l'em­ bouchure de l'Amazone est déplacée de plusieurs degrés au sud de l'équateur, de sorte que le R. de visenty J a n e s , malgré sa distance relativement grande de l'Amazone, se trouve situé encore un peu au sud de l'équateur. V o i c i les observations qu'il y a lieu de faire au sujet de cette carte de Majollo: a) L e fleuve des Amazones a v e c ses îles y est marqué sous la désignation de « Paricuria la dulse », et, immédiate­ ment à l'ouest, on lit « Costa de Paricuria ». A l'est de l'embouchure de l'Amazone, se trouve un « C. bianco » ; plus loin, figure derechef une large embou­ chure fluviale sans nom, accompagnée à l'est d'un « C. blancho ». Puis vient, toujours dans la direction de l'est, un « Rio fresco », suivi d'une baie a v e c embouchure fluviale « Maranon ». A l'ouest de l ' A m a z o n e , après la Costa de Paricuria, viennent les noms suivants : V i s t o de lesso, nom altéré qui appartenait primitive­ ment à la désignation a n t é r i e u r e : Costa de Paricura vista de lexos, « côte de P a r i c u r a qui ici a été vue de loin » ; à comparer a v e c la carte de Turin. Mas de fondo, corruption de «Visto no mas del fondo» de la carte de Turin, «le fond n'était plus visible».


539 Rio de nauida, ancienne orthographe pour Rio de Navidad, « fleuve de Noël ». Alcipelagos, pour l'espagnol : archipiélagos, archipel. L a s planas, correspondant bien au terme antérieure­ ment e m p l o y é : « L a s planosas». B a r e r a s vermeias, glaisières d'argile rouge, correspon­ dant vraisemblablement au « Cabo rosso » de la première carte de Majollo. P. blancho, pour punta blanca, « cap blanc ». Populacion, ici dans le sens d'habitations, village indien ; synonyme de « aldea » en espagnol. Rio salado, « fleuve salé ». Rio de visenty Janes. Populacion. Rio dulce . . . Evidemment, pour cette carte, Majollo s'est servi aussi de la carte de Turin. b) R. F . , page 244, remarque à propos de cette carte de Majollo : « Il faut reconnaître que V e s c o n t e place le rio Vicentianes dans une position qui nous est défavorable, beaucoup trop près du rio Dulce, si bien qu'on peut le prendre pour l'Oyapoc, mais la carte de V e s c o n t e est si défectueuse comme tracé et surtout comme localisation des légendes que l'on ne peut guère attacher de valeur à un document aussi inexact». D'après la présente étude, ce jugement sur Majollo ne paraît pas justifié. Pour se faire une idée de l'exactitude des cartes de Majollo, le mieux est de les comparer avec la carte moderne. On trouvera ci-après, pour les cartes de 1519 et de 1527, les tableaux dressés selon le procédé décrit aux pages 518 et suivantes.


540 —

C a r t e de V e s c o n t e de M a j o l l o 1519 Indication des sections

Points

Distances Distances en en léguas et en pour-cent de la longueur totale kilomètres

R. de elli maralion

1

Point A )

2

Point M )

Longueur totale 1

2

3

191 km au nordouest de S Anna t a

17.2 318 km au nordouest de Tijoca 3.8 71 km au sud-est du C. do Norte (Maraca)

Y A

18.0

Y

147 1. = 935 k m Anegados

10.3

Y

119 1. = 757 k m 2

ta

Y

25 1. = 159 k m C. bianco

218 km à l'est de S Anna (R. Parnahyba)

À.

114 1. = 725 km Point B )

28.5

Y

68 1. = 432 k m

22.2

Y

662 1. = 4210 km

Voir tableau, page 5 2 2

Cabo de S. A g o s tinho

C S . Agostino 189 1. = 1202 km

correspondants sur Stieler

377 km au nordouest duC.d'Orange (60 km à l'ouest du Maroni) Point X

100.0%

d'après Stieler 3970 km

) L e point A est la pointe orientale de la baie près du R i o de pero. ) L e point B est l a pointe orientale près de L a mare dolce. ) L e point M est le milieu de la grande baie ( F u r n a grande).


541

C a r t e de

Vesconte 1527

Indication des sections

S. Agustino

de

Majollo Points

Distances en Distances en leguas et en pour-cent de la longueur totale kilomètres

Maranon

Pointe orientale de la baie près du C. blancho

443 km à l'est de S Anna (R. Aracaty-assu) t a

10.2 40 km à l'est de S Anna

Y

ta

л 124 1. = 789 km

Pointe orientale près de Paricuria la dulse

22.8

Y

61 1. = 388 km

20.7 226 km au nordouest de Tijoca

Y A

21 1. = 134 km

3.5

Pointe occidentale du fleuve vers la Costa de paricuria

175 km au sud-est du C. do Norte (Maraca) 163 1. = 1037 km

Rio de visenty Janes

Longueur totale

27.2 639 km au nordouest du C.d'Orange (40 km au nordouest du Corentyne)

Y

94 1. = 598 km Costa sola

Voir tableau, page 5 2 2

Cabo de S. A g o s tinho

À

137 1. = 871 km

correspondants sur Stieler

15.6

Y

600 1. = 100.0% 3817 km

Point X d'après Stieler 3970 km


542

Il résulte de ces t a b l e a u x : 1. pour la carte de 1519, du C. S. Agostino jusqu'à Ane­ gados, une longueur totale de 662 1. = 4210 km, au lieu de 3970 km, soit un allongement de 240 km = 6 . 1 % ; 2. pour la carte de 1527, de S. Agustino à Costa sola, une longueur totale de 600 1. = 3817 km, au lieu de 3970 km, soit un raccourcissement de 153 km = 3 . 9 % . L e s deux cartes témoignent donc d'un haut degré d'exactitude touchant la longueur de la ligne totale; bien peu de cartes de cette époque les égalent à ce point de vue. L a carte de 1527 se recommande aussi à l'attention parce que c'est un des r a r e s tracés connus, accusant un raccourcissement de la ligne de côte. Aussi bien, contrairement à l'opinion de R . F . , le t r a c é (c'est-à-dire l'allure générale et les proportions de la ligne de côte) est suffisamment exact. L e s deux cartes repré­ sentent d'une façon claire et non équivoque, sauf qu'elles les déplacent quelque peu, les deux grandes échancrures de la baie de Maranhão et de l'embouchure de l'Amazone ; la carte de 1527 cependant, c o m m e le montre le tableau ci-dessus, a v e c plus d'exactitude relative que celle de 1519. L e s deux dessins ont c e défaut commun de n'assigner qu'une trop faible largeur à l'embouchure de l'Amazone. L a côte au nord-ouest de l'Amazone affecte des formes moins e x a c t e s et plus vagues que la côte située au sud-est de ce fleuve; cependant, sur c e point encore, la carte de 1527 est supérieure à la carte précédente. L a F u r n a grande est représentée de façon fort différente dans les deux documents. Cette baie qui sur la carte de 1519 se creuse profondément, apparaît sur la carte de 1527 comme une ligne doucement arquée vers l'intérieur des terres. Mais aussi la situation de la F u r n a par rapport à l'ensemble de la côte est changée. Comme le R i o de visenty J a n e s se


543 —

trouve à peu près au milieu de la baie et qu'il correspond par conséquent, au point M de la carte de 1519, la différence de la position ressort directement des tableaux ; elle est de 262 km. L a Furna, sur la carte de 1527, est déplacée d'autant - dans sa position relative — vers la Trinidad E t non seulement le Rio de visenty J a n e s n'occupe pas la position de l'Oyapoc, comme R . F . , page 244, l'admet, mais même il est situé à 639 km plus au nord-ouest. L'équateur passant par la Furna grande dans les deux tracés, il est clair que les indications de latitude doivent différer considé­ rablement sur les deux cartes. Voici, pour permettre la comparaison, la latitude de quelques points pris dans la carte de 1527, la plus importante pour le présent litige : Latitude Indication

des

points

d'après

Majollo

1527

S. Agustino Milieu de l'embouchure Paricuria la dulse Rio de visenty J a n e s . . . Costa sola

6° 16' S 4° 12' S env. 0° 30' S 4° 25'N

d ' a p r è s Stieler

1900

8° 24' S

— — 9°34'N

L a carte de Majollo de 1519 offre un intérêt particulier par la légende qui accompagne son échelle; au-dessous de celle-ci on lit : « da vno quadro alartro (al altro) sono milia cento ; da vno ponto alarto sono milia vinty » (d'une division à l'autre il y a 100 milles, d'un point à l'autre il y a 20 milles). L e nombre de milia au degré étant de 74, une milia est égale à 1.5 k m , au lieu du chiffre exact 1.48. On a déjà fait ressortir plus haut, page 514, note 6, l'exac­ titude de cette donnée; aucun cosmographe de l'époque n'a fourni de la grandeur du degré une estimation aussi


544

e x a c t e que Majollo. Malheureusement l'échelle manque à la c a r t e de 1527. D e s t r a c é s et des proportions des dessins de Majollo, on doit conclure qu'il a mis à contribution de très bonnes cartes espagnoles antérieures et avant tout les c a r t e s officielles de Séville, ce qui n'exclut pas, de la part de ce cartographe, l'utilisation de sources portugaises, telles que Canerio. Une autre raison d'admettre qu'il a recouru aux c a r t e s officielles de Séville réside dans le degré d'exac­ titude de la longueur absolue (voir plus loin la discussion touchant les cartes officielles de Séville), mais quant à l'exactitude d'estimation de la longueur du d e g r é , c'est certainement à Majollo lui-même qu'en revient le mérite. Ces qualités de l'œuvre de Majollo rendent d'autant plus étranges l'arbitraire et le manque de compréhension a v e c lesquels il a traité la nomenclature. Il y a lieu, sur ce point, de se ranger à l'avis de R . F . , page 244. L e s dénominations principales, c'est-à-dire celles qui se rapportent à l'Amazone, sont bien à leur place ; mais, par exemple, quoique la baie de Maranhão soit fidèlement représentée, le Maranon, sur la carte de 1527, et le R . de elli maralion, sur celle de 1519, sont placés loin à l'est de la baie, à laquelle seule ils peuvent se rattacher. L a carte de 1527 laisse, entre l'Amazone et le Maranhão, un long espace dépourvu de noms, tandis que la carte de 1519 en place un assez grand nombre entre ces deux points. Mais l'exemple le plus frap­ pant est celui du C. S. Agustino qui, dans le dessin de 1519, est représenté comme une langue de terre s'avançant loin en mer, dans une position très e x a c t e d'après la carte moderne, tandis que la carte de 1527, tout en la dessinant aussi, marque en cet endroit le R . de S. fransisco qui, en réalité, est situé beaucoup plus au sud. S u r cette carte de 1527, S. Agustino est placé sensiblement plus au nord, à peu près dans la position du Cap S. Roque sur les cartes


545

modernes, alors que celui-ci, indiqué sous le nom de S. Rocho, est repoussé beaucoup trop loin vers l'Amazone. Telle est la raison du raccourcissement de la ligne de côte constaté plus haut. Ce n'est pas le dessin, c'est la nomenclature qui en est la cause b) L a plus ancienne carte qui signale un « Rio de uicõtiãns» dans une position analogue serait, d'après quelques auteurs, celle d ' O t t o m a n o Freducci, qui est reproduite dans R. B . I, en annexe à page 84. D'après E . Casanova, elle doit dater de 1514 ou de 1515; d'autres admettent qu'elle a été construite en tout cas avant 1520 ). Nous la tenons pour plus récente, sans vouloir décider si elle a été faite avant ou après la carte de Majollo de 1527. L a carte de F r e d u c c i n'a pas de caractère officiel. Elle reste bien en arrière de la carte de W e i m a r et de celle de Ribeiro et, par son dessin purement schématique des côtes, elle est de beaucoup infé­ rieure à celles de Majollo. L a carte d ' O t t o m a n o Freducci fournit les données sui­ vantes : a) Au milieu de l'embouchure de l'Amazone, on dé­ couvre une grande île qui porte le nom de « P a r i c u r a ». Viennent ensuite au nord-ouest de l'Amazone : 2

Majollo,

1527

Costa de paricuria V i s t o de lesso Mas de fondo — Rio de nauida 1

Freducci Costa de paricura V i s t o de lexos Nouisto Mal del fondo Baia Rio de nauidat

) C e raccourcissement a aussi une certaine influence sur les pro­ portions indiquées dans les tableaux. ) V o i r aussi R . B . I, pp. 82 et suiv. 35 2


546 Majollo, 1527 Alcipelagos L a s planas B a r e r a s vermeias

— Freducci Arcipelago L a s planoxas B a r a n g a s uerneias

11 manque dans la série des noms de Majollo, c e u x de « B a i a » et de « Nouisto » ; ce dernier se rattache au nom « Mal del fondo » qui le suit, et rappelle le « V i s t o no mas del fòdo » de la c a r t e de Turin. Mais, à cela près, la série des noms est la même et n'offre que des différences de peu d'im­ portance. Dans la carte de F r e d u c c i également l'Amazone est caractérisé d'une façon plus précise par le mot Paricura. b) Au sud-est de l'Amazone se suivent les noms : C. bianco — Rio fresco — Maranon — C° negro. Majollo a d'abord un « C. bianco » à l'est de l'embouchure de l'Ama­ zone, ensuite une grande baie a v e c embouchure fluviale sans nom, puis près les uns des autres : C. blancho — Rio fresco — Maranon — C. negro. C e dernier, dans la carte de F r e ­ ducci, est éloigné du Marañon. Donc, ici aussi, il y a con­ cordance des noms, a v e c des différences dans leur localisa­ tion et dans le dessin de la côte. y) Après la série des noms cités à « viennent: Majollo, 1527 Freducci •

P. blancho Populacion — Rio salado Rio de visenty J a n e s Populacion Rio dulce

Arenai Poblasion Esteros Ponta blancha R i o salado R i o de uicõtiãns Esteros P l a i a bancha Rio salado Rio de la buelta


547 L e Rio de la buelta de F r e d u c c i ne se trouve pas dans Majollo, mais il figure par contre sur la carte de Turin sous la forme: « R i o da b o i t a » . d) F r e d u c c i a encore d'autres particularités qui rap­ pellent la carte de Turin; mais il n'est pas possible non plus de dire laquelle de ces deux cartes est la plus ancienne. En revanche, Freducci se distingue de Majollo et de la carte de Turin par le dessin de la côte, dessin tracé d'une façon toute machinale, presque en ligne droite du sud-est au nord-ouest, à partir du coude près du Cap de S a n Agustin jusqu'au Rio dulce. Il procède tout aussi arbitrairement pour les distances qui séparent les noms les uns des autres. L e tableau ci-après, construit d'après la méthode adoptée, donne à ce sujet des éclaircissements suffisants.


548 -----

Carte d'Ottomano

Freducci Points

I n d i c a t i o n des

sections

Distances Distances en en leguas et en pour-cent de la kilomètres longueur totale

C. de S. Agostinho

C. de seo. agustino 179 1. = 1138 km Maranon

24.1 422 km à l'est de S Anna

y 59 1. = 375 km

t a

7.9 1 19 km à l'est de | S Anna

C. blanco

ta

401. = 254 km R i v e occidentale du grand fleuve

5.4 88 km à l'ouest de S Anna

y

t a

219 1. = 1393 km R . de uicõtiãns

29.4 19 km au sud-est du C. d'Orange

y 247 1. = 1572 km

33.2 Point X

Anegados Longueur totale

correspondants sur Stieler

744 1. = 4732 km 1 0 0 . 0 %

d'après Stieler 3844 km


549

Pour la comparaison de la carte de Freducci, il a été calculé, d'après Stieler, un nouveau schéma qui ne se différencie toutefois du schéma usuel que sur ce point, à savoir que la distance de T i j o c a au C. do Norte a été mesurée directement, parce que le procédé habituel de mensuration ne peut pas s'appliquer au dessin de l'embou­ chure de l'Amazone de Freducci. Freducci donne une lon­ gueur totale de 744 1. = 4732 km à la ligne de côte qui mesure sur Stieler 3844 km, d'où résulte un allongement de 888 km ou de 23.1 % . Pour comprendre combien est inexacte la conception de Freducci, il suffit de considérer le tableau, sans plus amples explications ; on retiendra seulement, sans insister sur ce point, que son R . de uicõtiãns, par la situa­ tion qu'il occupe, correspond à l'Oyapoc. Ceci constaté, la carte de Freducci peut, sans incon­ vénient, être laissée de côté pour la suite de la présente recherche. c) L a carte de Turin (A. B . I, n° 2), à laquelle on donne la date de 1523, et que Harrisse, R u g e et d'autres tiennent pour fort importante comme ayant été établie directe­ ment sur des sources de première main, marque aussi le Rio de V i c e n t e Pinzon au nord-ouest de l'Amazone ; mais elle le place sensiblement plus près de ce fleuve que ne le font tes cartes de Majollo et de F r e d u c c i ) . L e fleuve des Amazones est figuré sans nom, simple­ ment par une grande et large ouverture, mais il est déter­ miné d'une manière certaine par le nom de « Costa de paricura », inscrit à l'ouest ). Il a son embouchure sous environ 2 ° de latitude sud. 1

2

1

) V o i r aussi M. F . I, pp. 250 et suiv., R . F . , page 244. ) V o i r M. F . I, page 250, où il est dit au sujet de la dénomination de « Costa de P a r i c u r a » de la carte de Turin : « C e nom équivaut à un 2


550 —

A une certaine distance de sa rive gauche, on lit le mot « Motas », qui rappelle celui de « Motes » de J u a n de la Cosa, et immédiatement au sud se trouve le Rio de Vicetianes. La riviere V i c e t i a n e s apparaît ici (1523) pour la première fois conjointement a v e c les « Motas ». Partant de la costa de paricura, on lit en allant v e r s l'ouest : 1

2

V i s t o ) de lexo ) Visto no mas del fondo ) L a s planosas P l a y a de b a x o s (« plage des bas-fonds ») Costa de palma Rio de vicetianes Motas Rio das canoas (« riviere des canots ») Furna P ô t a llana (« pointe plate ») etc. 3

Appliquant à la carte de Turin le procédé de compa­ raison indiqué déjà plusieurs fois, on obtient le tableau ci-contre : L a carte ne renferme pas la dénomination de Cap S. Augustin ; de plus, le dessin de la côte est si défectueux dans cette région qu'il n'est pas possible d'y trouver des points d'appui sûrs pour déterminer la position de ce cap. On est. donc, pour la comparaison a v e c la carte moderne,

signalement : c'est celui par lequel, dans sa déposition personnelle devant le F i s c a l , V i n c e n t Pinzon désigne la province immédiatement contigue à la m e r d'eau douce ». V o i r en outre M. F . I, page 251, note. ) M. F . I, page 251 : vista. 1

2

) V o i r ci-dessus, page 538, le nom: visto de lesso de Majollo.

3

) V o i r ci-dessus, page 538, le nom: mas de fondo de Majollo.


551

Carte de Turin v e r s 1523

Indication des sections

Points

Distances Distances en en leguas et en pour-cent de I; longueur totale kilomètres

Costa de spichel

49.3 180 km au nordouest de T i j o c a

t

16 1. = 102 km

2.1

Pointe occidentale du grand fleuve sans nom

253 km au nordouest de T i j o c a 58 1. = 369 km

7.8 84 km au sud-est du C. Cachipour, ou environ 27 km au nord-ouest du Counani

R. de V i c ê t i a n e s

304 1. = 1933 km

40.8

Point X

Montespeso Longueur totale

V o i r tableau, p a g e 5 5 2

R. Sioba 368 1. = 2340 km

Pointe orientale du grand fleuve sans nom

correspondants sur Stieler

746 1. = 4744 km

100.0%

d'après Stieler 3468 km


552

réduit à s'attacher au contour de la côte uniquement, afin d'obtenir deux points identiques sur les deux cartes. A cet effet, le dessin de la c a r t e de Turin n'offre pas d'autre moyen que d'identifier le point de la côte désigné sous le nom de Costa de spichel a v e c le point marqué dans Stieler sous le nom de R. Sioba. S u r cette base, on obtient pour Stieler le schéma suivant, dans lequel il a été tenu compte des formes de la c a r t e de Turin en mesurant, sur la carte de Stieler, de T i j o c a au C. do Norte de M a r a c a directement; voir aussi le tableau de la page 530.

Stieler,

Handatlas, cartes

n

o s

90

et 91, édition

de 1 9 0 0

Distances Indication des sections en km

en pour-cent de la longueur totale

972

28.0

557

16.1

416

12.0

265

7.6

1258

36.3

3468

100.0

R. Sioba ta

I. de S

Anna

I. Tijoca C. do Norte de M a r a c a C.

d'Orange

Point X Total

L a carte de Turin donne à la portion de côte considérée une longueur totale de 746 1. = 4744 km, au lieu de 3468 k m ; on constate ainsi un allongement de 1276 km ou de 3 6 . 8 % . L e degré d'exactitude absolue de cette carte est donc très


553

faible. L e tracé de la côte procède également d'une con­ ception peu précise : on y cherche en vain les formes caractéristiques de ce rivage. L e dessin entier est plutôt uniforme et fait de routine ; il est beaucoup moins expressif que celui de Majollo, par exemple. Pour ces raisons, la manière de voir de Harrisse et de Ruge, qui croient que ce document a été dressé d'après des matériaux de pre­ mière main, ne saurait être acceptée, bien qu'il témoigne d'une plus grande unité dans la nomenclature que la plupart des autres. Malgré les inexactitudes qui, comme il est ex­ posé dans l'introduction, sont à prévoir lorsqu'il s'agit de c e s travaux anciens, une carte établie directement d'après les sources ne pourrait pas présenter une altération de 3 6 . 8 % . L e dessin de l'extrême pointe orientale du Brésil semble remonter à la carte de Majollo 1519. D'après sa position relative, le grand fleuve sans nom correspond exactement à l'Amazone ; de plus, sur sa rive occidentale figure le nom signalétique de « Costa de paricura » ; toutefois, la largeur donnée à son embouchure est beaucoup trop faible et, d'après le tableau, elle ne représente que le 2 % de la longueur totale, au lieu du 1 2 % . L e s Motas y sont marquées trop loin au sud-est de 4 . 5 % de la longueur totale, et à une place où il n'existe pas de montagnes. Il ne faut donc pas accorder une trop haute valeur à la carte de Turin. Cependant elle a une importance qui n'est pas à méconnaître, tant au point de vue de s a grande influence sur des cartes postérieures, qu'en ce qui concerne les faits de la cause : Elle rattache le R . de Vicêtianes aux Motas, une des particularités physiques les plus remar­ quables de la côte. S i par cette phrase qu'on lit dans M. F . I, page 251 : « Or le premier nom de riviere qui succède à l'Ouest à celui de P a r i c u r a est le Rio de Vicëtianes», M. F . veut dire que la carte de Turin représente par cette riviere


554

le R i o A r a g u a r y ou tout au moins le Carapaporis, il y a lieu de répondre à cela que la dite carte marque aussi aux mots « V i s t o de lexo » une embouchure fluviale qui semble convenir beaucoup mieux au Canal de Carapaporis. L a carte de Turin n'a pas d'échelle, ce qui empêche d'autres r e c h e r c h e s . L e tableau ci-après fournit quelques indications quant aux données de latitude de la carte :

Latitude Indication d e s points d'après la carte de Turin j d ' a p r è s S t i e l e r 1 9 0 0

Costa de spichel Embouchure du fleuve sans nom R. de V i c ê t i a n e s Montespeso

. . . grand . . . . . .

8° 6 '

S

5° 8 '

2° 5 4 ' S 2° 4 8 ' S 8° 3 6 ' N

S

— 9° 3 4 ' N

d) Une haute importance doit être accordée au Padrori real q u ' A l o n s o de Chaves dressa en l'année 1536, et sur l'établissement duquel quelques indications ont été données ci-dessus, à la page 491 ) . Ainsi qu'il a été dit, la carte même de Chaves est perdue et la connaissance n'en a été conservée que par une description précise que Gonsalo Fernandes de Oviedo y Valdés, P r i m e r Cronista del Nuevo Mundo, en a faite aux chapitres 3 et suivants du XX0I livre de son « Historia generai y natural de las Indias », datée de 1537. L e s passages importants figurent dans le texte espagnol original et en traduction française dans R . B . I V , pages 1-9, II, pages 1-12. l

e

1

) V o i r aussi M. F . I, pp. 256 et suiv., R . B . I, pp. 56 et suiv.


555

Dans cette description, Oviedo fournit les noms et, pour différents points, la latitude qu'il a empruntés à la carte. E n outre, il donne en lieues (leguas) la longueur des sections successives de la côte. D e s descriptions spé­ ciales, portant sur certaines parties de la région, proviennent probablement de renseignements émanant de V i c e n t e Yañez Pinzon, avec lequel Oviedo se vante à plusieurs reprises d'avoir entretenu des relations personnelles. D e plus, Oviedo indique la direction d'un certain nombre de sections de la côte. M. F . I, page 257, donne l'esquisse d'une partie de la carte, et le Brésil a suivi son exemple en reconstituant dans A. B . II, n° 1, la carte d'Alonzo de Chaves, du Cap S Au­ gustin jusqu'au R . Huyapari. L e s deux parties attachent une grande importance aux données d'Oviedo ; et même il est dit dans M. F . I, page 256 : « C'est à partir de cette date qu'on trouve la riviere Vincent Pinzon occupant, in­ variablement, la même place sur les cartes émanées ou inspirées des ateliers de Séville ». C'est pourquoi il a été, pour cette carte également, procédé à une reconsti­ tution aussi exacte que possible, qui figure comme annexe à la présente sentence ). Une comparaison avec la carte de W e i m a r et avec celle de Ribeiro montre que la carte de Chaves concorde a v e c elles sur un grand nombre de points ; le Padron real de Chaves doit être considéré comme une suite et un développement du type des cartes de W e i m a r . Etant donnée la haute portée de la carte de Chaves, on reproduit ci-après la série de ses noms pour toute la côte, du Cap de S. Augustin à l'Orénoque : t

1

1

) V o i r A n n e x e s , planche n° 2.


A.

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31.

Du

556

C A B O D E S . A U G U S T I N AU F L E U V E DES A M A Z O N E S .

C. de Sanct Augustin. R. de Fernambuco, « port ou riviere de P e r n a m b o u c » . R. de las Virtudes ou : Rio de las Piedras. B. de Sancto Domingo. R. Epifiaca, incompréhensible. C. Primero, « premier promontoire ». C. del Placel, « cap du bas-fond ». B. de Sanct Rafael. C. y Bahia de Sanct Miguel. R. de Sanct Miguel. C. Corço, « promontoire du chevreuil » (?). B. de Arrecifes, « baie des récifs ». C. Blanco, « cap blanc ». Angla de Sanct Lúcas, « baie de S t . L u c a s » . El Aguada, « l'aiguade ». P" Primera, « premier promontoire ». Golpho de Negros, « golfe des nègres ». Playa del Placel, « p l a g e du bas-fond». Playa de las Pesquerias, « plage des pêcheries ». P del Palmar, « promontoire du bois de palmiers ». R. del Placél, «fleuve du bas-fond». T i e r r a de Humos, « pays des brumes ». B. de Sanct Vicente, « baie de S t . V i n c e n t ». C. del Hueste, « cap occidental ». P de Allende, « promontoire d'au delà ». P de Corrientes, « pointe des courants ». P de F u m o s ó Humos, « pointe des brumes ». C. de Corrientes, « promontoire des courants ». R. Naubor, incompréhensible. R. Segundo, « deuxième rivière ». F. de Johan de Lisbona. ta

ta

ta

ta


557 —

B. de Todos Sanctos, « baie de tous les saints ». C. de los Esclavos, « promontoire des esclaves ». R. de Navidad, « riviere de Noël ». 35. R. Marañon, se llamó un tiempo Mar dulce.

32. 33. 34.

B.

Du

FLEUVE DES

AMAZONES A

L'ORÉNOQUE.

R. de los Esclavos, « riviere des esclaves » R. de las Arboledas, «riviere des bois». Costa de Laxas, «côte des pierres plates». C. Blanco, « c a p b l a n c » . P de la Fuma, «pointe de la b a i e » . R. de Aldea, «riviere du village» ) . R. de las Píanosos, « riviere des plaines ». R. de la Vuelta, « riviere du virement ». P del Placel, «pointe du bas-fond». 45. R. de Vicente Pinçon. 46. Las Montañas, «les montagnes». 47. Furna, « b a i e » . 48. Aldea, «village». 49. R. Baxo, «riviere peu profonde». 50. P de la Arboleda, «pointe du bois». 51. La Playa, «la p l a g e » . 52. R. Salado, «riviere s a l é e » . 53. La Fuma, « la baie ». 54. R. Verde, « riviere verte ». 55. Arrecife, « récif ». 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44.

1

).

ta

2

ta

ta

1

) A noter que les désignations Cabo de los Esclavos et Rio de los Esclavos se rapportent très vraisemblablement au souvenir de la razzia d'indigènes faite ici par V i c e n t e Yañez Pinzon, voir ci-dessus, page 477. ) D a n s R . B . I V , page 6, il manque le passage suivant, qui est dans R . B . II, page 9 : «plus à l'Ouest la riviere qu'on appelle A l d e a ». Cependant ce passage figure réellement dans Oviedo. 2


558

56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65.

R. del Placel, «riviere du bas-fond». La Playa, «la p l a g e » . Tierra llana, « p a y s plat». R. Dulce, «riviere douce». Monte-espesso, «forêt é p a i s s e » . R. de Canoas, «riviere des c a n o t s » . R. Salado, «riviere s a l é e » . C. Anegado, « promontoire noyé ». El Palmar, «le bois de palmiers». R. Huyapari = Orénoque.

L a reconstruction du Padron real d'Alonzo de Chaves figurant aux Annexes, planche n° 2, n'est autre chose que la traduction graphique de la description d'Oviedo, faite en s'en tenant rigoureusement à celle-ci et en écartant toute donnée non fournie par Oviedo. Afin d'éviter tout arbitraire, il n'a pas été tenu compte, pour établir le tracé de cette reconstitution, de toutes les mesures qui n'étaient pas déterminées d'une manière pré­ cise ; en revanche, ces indications complémentaires ont été mentionnées sur la c a r t e pour que celle-ci soit la reproduction fidèle de tous les renseignements. Il résulte de la description — et Oviedo l'expose en détail dans un autre passage de son œ u v r e — que la longueur du degré équivaut à 17 / l e g u a s ) . L a construction ne peut s'exécuter complètement que par la coordination des 1

2

1

) Oviedo, 1. c., édition de Madrid, 1851, t. II, page 1 2 6 : « P e r o los grados que acqui se assientan, son conformes al assiento de la tierra, por donde discurro ; declarando quanto se alçan los polos sobre el horiconte, y quanto está ó dista el puerto ó isla, ó promontorio, ó rio apar­ tado de la línia equinoçial, conforme á la cuenta de las 17 / L e g u a s por grado, de Norte á S u r ; pero no cómo se corren ó navegan las costas por sus diferentes entradas ó salidas ó puntas : que ha de ser por los rumbos é quartas diversas, como está dicho. » 1

2


559

données de distances et de latitude, notées très conscien­ cieusement par Oviedo ; il en fournit la série, sans lacune, pour toute la longueur de la côte dont il s'agit. L e s indi­ cations qu'il joint à celles des distances et qui portent sur les directions de la ligne de côte sont moins complètes ; il n'en donne que par exception pour la partie située à l'est du Marañon, et il serait impossible d'établir le dessin a v e c l'aide seule des distances et des azimuts. L e s azimuts ne constituent, par conséquent, qu'un élément complémentaire, de haute valeur toutefois, c a r ils peuvent servir à con­ trôler l'exactitude, non pas de la carte de Chaves, mais de la description d'Oviedo. S i l'on considère qu'Oviedo donne les azimuts seulement dans des quarts de quadrant, soit à des intervalles de 22°.5, les limites entre lesquelles la direction peut osciller sont de ± 11°.25, et, cette amplitude admise, la concordance, telle qu'elle résulte des flèches rouges indiquées sur la carte, est bonne. Il importe de relever qu'une description qui permet de reconstituer sans changements ou additions arbitraires une carte de cette étendue revêt une grande valeur. L e s points obscurs n'y sont qu'en petit nombre, comme on peut en juger par la représentation graphique qui les signale. Malgré la préci­ sion des mesures, un sentiment d'incertitude naît à l'égard de la partie comprise entre C. Blanco et P del Placél (vers le R . de la Vuelta), quoique les éléments donnés n'autorisent qu'une seule construction. Afin de la rendre plus facilement comparable avec le tracé moderne, la carte est pourvue d'un système de méridiens représentés en poin­ tillé ; il a été jugé utile de transporter au milieu du dessin, sur la rive occidentale du R . Marañon, le point de départ de la division d'après les degrés de longitude, c'est-à-dire de placer celui-ci à l'endroit où Oviedo lui-même opère une récapitulation des distances indiquées depuis le Cap ta


560

S. Augustin. Nous fixons la position de ce méridien à 50° 3 0 ' à l'ouest de Greenwich. A l'aide du canevas, les différences de longitude et de latitude peuvent dès lors être obtenues : 1 en les prenant directement sur la reconstitution gra­ phique, 2° en tenant compte des azimuts donnés (indications de direction). o

L e tableau placé sur la carte annexe traite par ces procédés quelques-unes des sections les plus importantes de la ligne de côte ; on peut en déduire le degré de con­ cordance des indications d'Oviedo. L e s données c o r r e s ­ pondantes de la carte moderne ont été laissées de côté, attendu qu'il ne s'agissait ici que de présenter un aperçu de la connexion qu'offrent entre eux les renseignements fournis par Oviedo dans sa description. Il ressort indubitablement de l'ensemble de la carte et des données de distances que le grand fleuve R . Marañon représente le fleuve des Amazones. Il manque bien, sur sa rive occidentale, la significative Costa de paricura, mais l'identification a v e c la M a r - D u l c e est tout aussi caractéristique. Oviedo ) dit : « E s t e embocamiento, queton señalada cosa hizo Dios en el mundo, se llamó un tiempo Mar dulçe». L e phénomène caractéristique de l'ex­ pansion des eaux douces de l'Amazone au large de son embouchure trouve aussi son expression dans c e s mots ) : « Entran las aguas de aqueste rio con mucho impetu en la mar, y dentro della, diez ó doce leguas, se coje deste rio agua dulçe». L e R . de Navidad représente le R . P a r a ; c'est ce qui ressort directement de la suite de cette cita­ tion : « é aquel embocamiento haçe allá dentro dos b r a ç o s prencipales, y al mas oriental llaman rio de Navidad, y 1

2

1

) R . B . I V , page 4.

2

) R . B . I V , page 4.


-

561

el mas occidental es el que guarda el proprio nombre de Marañon, y es el mas principal». L e lien qui existe entre les origines étymologiques du mot Navidad et des déno­ minations de Belém, P a r a , Presepio qui apparaissent plus tard, confirme cette opinion et offre un moyen de détermi­ nation relative pour le Marañon. Sur la carte de Chaves, comme sur la carte de Turin, le R. de V i c e n t e Pinçon est situé immédiatement à l'est des montagnes, des « Montañas », qui sont, comme il a été démon­ tré antérieurement, un point de repère sûr pour la côte guyanaise. e) Il a déjà été dit que la carte reconstituée de Chaves offre, dans le dessin et la nomenclature, une parenté qui ne peut être méconnue a v e c deux autres cartes sévillanes officielles, la carte de W e i m a r de 1527 et la carte de R i beiro de 1529; c'est pourquoi ces trois cartes officielles seront soumises conjointement à un examen approfondi portant sur leurs proportions et leurs rapports réciproques. V o i c i tout d'abord un relevé de la nomenclature de ces cartes, du Marañon au golfe de Paria. Carte

de

Weimar.

Chaves.

Ribeiro.

Maranhon Costa de paricura Visto de lexo R. de pascua Arboledo Costa de basos C. blanco Ffurna grãde Aldea

Marañon Costa de paricura Uisto de lexos R . de pascua Arboledo Costa de lajas C. blanco F u r n a grande Aldea

R . de la buelta

R . de la buelta

R . Marañon R . de los E s c l a v o s

R . de las Arboledas Costa de L a x a s C. B l a n c o P de la F u r n a R . de A l d e a R . de las Planosas R . de la V u e l t a P del P l a c é l ta

ta

1

) V o i r le Mémorial de P a r e n t e , M. B . II, pp. 1/ et 18.

36


— Curte

de

Weimar.

562

— Chaves.

Ribeiro.

R . baxo Montañas Fuma C. lanco Aldea R . baxo Arboledas

R . baxo Motañas Furna C. blanco Aldea R . baxo Arboledas

R . salado

R . salado

R . v. de Areciffes R . de la b a r c a P. baxa T i e r r a llana R . dulce Monte aspesso R . de canoas R . salado Palmar Anegados Camari

R . uerde Areçifes R . de la barca P . baxa T i e r r a llana R . dulçe Mote espesso R . de canoas R . salado Palmar Anegados Camari

R . de V i c e n t e Pincon L a s Montañas Furna Aldea R. Baxo P de la A r b o l e d a L a Playa R . Salado L a Furna R. Verde Arrecife ta

R . del Placel L a Playa T i e r r a llana R . Dulce Monte-espesso R . de Canoas R . Salado C. Anegado E l Palmar R . Huyapari

L a quasi identité de la nomenclature des deux de W e i m a r et de Ribeiro saute aux yeux. L e rapport de ces deux cartes a v e c celle de Chaves est non évident. Du tableau synoptique qui précède, il comme résultat essentiel et certain, que le R. baxo à côté des Montañas sur les cartes de Weimar Ribeiro est identique au R. de Vicente Pinçon de

cartes étroit moins ressort, marqué et de Chaves.

Pour procéder à une analyse plus serrée, ces cartes seront soumises à la méthode usuelle de comparaison; le tableau ci-joint renferme les résultats de cette opération (page 563).


563 —

Carte de W e i m a r 1527

Points

correspondants sur

Indication des sections

C. de s. agostim

Distances en Distances en leguas et en pour-cent de la kilomètres longueur totale

1841. = 1170 km

l

2

C. blanco

Milieu de la Furna grande

R. baxo à l'est des montañas

Point X Longueur totale 1

115 km au sud-est du C. do Norte (Maraca)

A

20 1. = 127 km

83 km au sud-est du C. do Norte (Maraca)

A

34 1. = 216 km

4.6 28 km au sud-est du C. d'Orange

Y A

R. baxo à l'est des mötafias

Point X

Y

100.0%

d'après Stieler 3970 km

Point X

48 km au nord-ouest du C. do Norte (Maraca)

) Correspond au C. de los Esclaves de Chaves : pointe orientale du Maranon.

4 km à l'ouest du C. d'Orange

A

2

607 1. = 3860 km

163 km au nordouest de Tijoca

A

3.1

286 km au nordouest de Tijoca

Y

8.5 S3 km au nord-ouest du C. do Norte (Maraca)

Y A

70 1. = 445 km

10.8

5.6 R. de Vicente Pinçon

Point X 100.0%

d'après Stieler 3970 km

C. Anegado Longueur totale

246 km à l'ouest du C. d'Orange (76 km à l'est du Maroni)

Y A

165 1. = 1049 km

31.6

Y

Longueur totale

C. Blanco

17.4

3.3

Y

192 1. = 1221 km

32.4

34.7

Y

55 1. = 350 km

11.1

75 km au nord-ouest Milieu de la Furna grande du C. do Norte

Y

R. de los Esclavos

522

ta

20 1. = 127 km

16 km au nord-ouest de Tijoca

A

V o i r tableau, p a g e

28 km au nord-ouest de S Anna 112.51.= 715 km

C. de los Esclavos

Stieler

C. de S. Agostinho

A

B. de San et Vicente

4.3

Y

Distances en Distances en leguas et en pour-cent de la kilomètres ongueur tota'e

225 1. = 1431 km

155 km à l'est de Tijoca

A

A

4.3

Indication des sections

14.0

Y

C. blanco

522

ta

Y

67 1. = 426 km

9.3

Y

603 1. = 3834 km

2

Costa de paricura )

V o i r tableau, p a g e

correspondants

sur

155 km à l'est de S Anna

A

Points

Stieler

30.1

Y

26 1. = 165 km

56 km au nordouest de Tijoca

Y

195 1. = 1240 km

1

R. dela trenidad )

4.3

A

281. = 178 km

R. de uicête pïson

Carte d'Alonzo de Chaves 1536

C. de S. Agostinho C.de Sanct Augustin

A

85 1. = 541 km

115 km à l'est de Tijoca

A

26 1. = 165 km

C. de s. agustin

14.6

Y

56 1. = 356 km

Indication des sections

Distances en Distances en leguas et en pour-cent de la kilomètres longueur totale

183 1. = 1164 km ta

261. = 165 km

Costa de paricura )

522

139 km à l'est de S Anna 881. = 560 km

R. de la trenidad )

V o i r tableau, p a g e

correspondants sur

30.5

R. de Vicenteanes pinçon

Points

Stieler

C. de S. Agostinho

A

Carte de Ribeiro 1529

25.5 Point X

Y

647.51. = 4118 km

100.0%

d'après Stieler 3970 km

) Correspond à la position du R . de los Esclavos de Chaves sur la rive occidentale du Maranon.


564 —

Sur la carte de Weimar, la longueur totale est de 603 1. = 3834 km, au lieu de 3970 km, ce qui représente un raccourcissement de la ligne de côte de 136 km, c'està-dire de 3.4 %. Sur la carte de Ribeiro, la longueur totale est de 607 1. = 3860 km, au lieu de 3970, soit un raccourcissement de la côte de 110 km, c'est-à-dire de 2 . 8 % . Sur la carte de Chaves, la ligne de côte atteint une longueur de 647.5 1. = 4118 km, au lieu de 3970 km, soit un allongement de 148 km ou de 3.7 % . L e s trois cartes sont donc, en ce qui concerne la sec­ tion de côte considérée, des œuvres d'une remarquable exactitude absolue; elles concordent bien entre elles dans le détail aussi, sans que cette concordance soit complète. L e fleuve Marañon occupe indubitablement la place de l'Amazone ; dans la carte de W e i m a r et dans celle de Ribeiro, il est repoussé un peu à l'est. L e R. de la trenidad, qui correspond certainement au R. de Navidad ) de Chaves, se trouve, sur la carte de Weimar, à une distance du point de départ (C. de S. Augustin) équivalant à 45.1 % de la ligne totale ; sur la carte de Ribeiro, cette distance est de 44.1 % ; sur le tracé de Chaves, elle est, pour le point correspondant, le C. de los Esclavos, de 52.1 % ; d'après Stieler, la distance du point correspondant, c'est-à-dire de Tijoca, au C. de S. Agostinho, est le 48.0 % de la lon­ gueur totale. Dans le C. blanco de Chaves, on reconnaît le C. do Norte (Maraca), ce que la reconstitution graphique rendait déjà vraisemblable. L e dessin de la carte de Weimar et de celle de Ribeiro est beaucoup moins clair sur ce point, quoiqu'on puisse y reconnaître aussi que l'embouchure du Marañon ne doit pas occuper seulement l'étroit espace com1

1

) Nom qui s'explique facilement par une lecture fautive de trenidad.


565

pris entre R . de la trenidad et Costa de paricura, mais que la portion de côte jusqu'à V i s t o de lexos en fait aussi partie. L e s c a r t e s accusent quelque différence dans l'empla­ cement des Monta fias et, par suite, des rivieres situées à côté. S u r l a carte de W e i m a r et sur celle de Ribeiro, la position des Montañas concorde a v e c celle des montagnes situées à l'ouest de l'Oyapoc ; la riviere R . baxo, à l'est des Montafias, est par conséquent, sur les deux cartes, l'Oyapoc actuel, c a r la position et l a particularité phy­ sique qu'offre la côte sont en concordance. Chaves assigne à son R. de V i c e n t e Pinçon et aux montagnes situées sur la rive occidentale de celui-ci une position beaucoup plus éloignée v e r s l'ouest ; sur son tracé, c e cours d'eau figure à 76 km à l'est du Maroni. E t cependant, il a en vue le même fleuve que la carte de W e i m a r et celle de Ribeiro, comme suffisent à le démontrer la présence des montagnes et la comparaison de la nomenclature. C e n'est pas déli­ bérément que le fleuve a été déplacé v e r s l'ouest, mais simplement, comme la preuve peut en être faite, ensuite d'une incorrection dans le dessin de la ligne de côte pour la section dont il s'agit. Comme il a été montré lors de la première discussion de c e s documents, la carte de W e i m a r et celle de Ribeiro placent, la première, un R . de V i c e n t e a n e s pinçon, la seconde,, un R . de uicete pison, entre le C. S. Augustin et le Marañon (c'est-à-dire au sud-est de l'Amazone), c e qui semble appuyer l'opinion d'après laquelle la riviere R . de V i c e n t e Pinçon ne se rattacherait pas à un lieu déterminé et apparaîtrait tantôt au nord-ouest, tantôt au sud-est de l'Amazone. Mais la riviere portant le nom de V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon sur la c a r t e de W e i m a r et celle de Ribeiro est représentée sur la c a r t e de Chaves a v e c quelque modification, c'est-à-dire c o m m e une baie, la B a h i a de S a n c t V i c e n t e , dont le nom


566

rappelle celui du saint; or, d'après notre tableau, cette position n'est nullement une position incertaine: le lieu mar­ qué est la baie de Maranhão. Sur Chaves, tout doute à ce sujet est impossible; quant à la carte de Weimar et à celle de Ribeiro, elles accusent un raccourcissement de la section du C. S. Augustin au Maranon (c'est-à-dire l'Amazone), dont il faut tenir compte (il en sera question plus loin) et qui a pour effet un déplacement vers l'est. Un l'ait digne d'atten­ tion et que met en lumière le tableau, c'est la concordance parfaite de la distance relative de la riviere de V . V. Pinzon au R. de la trenidad sur les cartes de Weimar et de Ribeiro, avec celle de S Anna à Tijoca ; la distance considérée est, sur la carte de W e i m a r le 14.6 %, sur celle de Ribeiro le 14.0% et sur celle de Stieler le 14.0% de la longueur totale. Chaves donne à ce rapport une valeur moins exacte, à savoir 1 7 . 4 % ; en revanche, dans son dessin, la distance du C. de Sanct Augustin à la B . de Sanct Vicente con­ corde exactement avec la longueur S. Agostinho — S Anna de Stieler; sur Chaves, cette section représente 3 4 . 7 % de la longueur totale et sur Stieler 3 4 . 0 % . Si donc l'on con­ sidère séparément la section de côte S. Augustin-Tijoca, les distances relatives concernant la riviere Pinzon, prises sur la carte de Weimar et sur celle de Ribeiro avec Tijoca comme point de départ, conduisent exactement à la baie de Maranhão ; on aboutit au même résultat avec les distances de Chaves, en partant du point fixe C. S. Augustin. Il va de soi que, dans chaque cas, c'est la partie non con­ sidérée de la section totale S. Augustin-Tijoca, qui supporte l'erreur déjà mentionnée, telle qu'elle apparaît dans le ta­ bleau. On peut, avec assez de certitude, faire remonter ) ta

t a

1

1

) Voir Kohl, 1. c , page 133. D'après l'exposé ci-dessus, la manière de voir de M. F . I, page 254, selon laquelle il ne s'agirait ici que d'une correction insuffisante, ne saurait donc être acceptée.


567

à la rencontre sanglante des compagnons de Pinzon a v e c les indigènes, le nom de ce R. de V i c e n t e Pinzon placé au sud-est (ou B . de S a n c t V i ç e n t e comme écrit Chaves). Mais baie et fleuve ne sont point devenus des désignations définitives et disparaissent plus tard de la nomenclature cartographique. P o u r pousser plus loin dans le détail l'étude de la représentation de la côte guyanaise, la ligne totale com­ prise entre le C. S. Augustin et le point X (C. Anegado) s e r a divisée en deux sections, dont la première va du C. S. Augustin à la rive gauche du Marañon (Costa de paricura), tandis que la seconde s'étend de là jusqu'au point X . L e tableau ci-contre indique, pour chacune de c e s deux sections, les proportions des anciennes cartes en r e g a r d des données correspondantes de la carte moderne. D a n s les trois cartes, la côte guyanaise est étirée ; dans la carte de W e i m a r , l'allongement est de 1 0 . 7 % ; dans celle de Ribeiro, il est de 1 3 . 7 % ; dans celle de C h a v e s , de 5.3 %. Il n'y a pas lieu de s'occuper de cette extension pour le moment; les mesures données par les anciennes c a r t e s pour la côte guyanaise seront reportées, sans aucune ré­ duction quelconque, sur la carte moderne, de façon à obtenir un aperçu direct des proportions des tracés. P o u r cette opération, le point X constitue le meilleur point de départ, car, à l'autre extrémité de la section guyanaise, sur la rive g a u c h e du Marañon (Amazone), il n'y a pas de point qui se laisse déterminer aussi exactement, il va sans dire que l'excédent de longueur débordera, sans compensation, au delà de l'extrémité libre (ici, l'embouchure du fleuve des Amazones). C e procédé est appliqué dans le tableau cidessous, page 570.


Différence avec

C. Anegado

290 1. = 1844 km

93 km = 5.3 % Point X

Point Z

C. de S. Agostinho

R. de los Esclavos

Raccourcissement

Indication des sections

Point Z

2274 km

55 km = 2.4 %

Allongement

Différence avec la carte moderne

os

3131. = 239 km 1990 km = 13.7%

294 1. = 1870 km

t

349 km = 15.7 %

1751 km

2219 km

Distances en kilomètres

Stieler, cartesn 90 et 91 1900

R. de los Esclavos

C. de Sanct Augustin

Distances en leguas et en kilomètres

Carte d'Alonzo de Chaves 1536

Point X

Différence avec

Distances la carte moderne en leguas et en kilomètres Allongement Raccourcissem

568

[ndication des sections

Point X

3051.== 188 km 1939 km = 10.7 %

Costa de paricura

C. de S. Agustin

Costa de paricura

324 km = 14.6%

t

Indication des sections

Costa de paricura

2981.= 1895 km

Distances la carte moderne en leguas et en kilomêtres Allongement Raccourcissem

Carte de Ribeiro 1529

Costa de paricura

C. de S. Agostini

Indication des sections

Carte de Weimar 1527

— —


569

L e s sections indiquées sur ce tableau n'ont pas été déterminées d'une façon arbitraire, mais elles correspondent aux sections successives de la reconstitution de Chaves, voir Annexes, planche n° 2; il serait impossible de choisir d'autres points de comparaison, attendu que les données de distance nécessaires feraient défaut. P a r conséquent, pour la carte de Weimar aussi bien que pour celle de Ribeiro, les sections s'imposent. L e tableau fournit une vue générale des véritables rapports de grandeurs et de position des cartes. Il s'en suit que le R. baxo, qui dans la carte de W e i m a r et dans celle de Ribeiro est à l'est des Montafias, coïncide exactement avec l'embouchure actuelle de l'Oyapoc à l'est des montagnes bien connues. On obtient donc le même résultat qu'avec les premiers tableaux comparatifs dressés sur une autre base. Les Montañas sont incontestablement les montagnes situées sur la rive occidentale de l'Oyapoc. Cela signifie pour les deux cartes que la section comprise entre le point X et l'Oyapoc est juste, au point de vue absolu ; en outre, la position relative, rapportée à la ligne totale allant du point X au C. S. Augustin, est également exacte, et c'est là, en tout cas, une constatation fort remarquable. L e tableau montre de plus, d'une façon très précise, que l'allongement noté plus haut doit être cherché exclusivement dans la portion de côte comprise entre le R. baxo (Oyapoc) et la rive gauche du Marañon (point Z). L e R. de Vicente Pinçon de Chaves tombe de nouveau à l'ouest du C. d'Orange, à 210 km de ce cap; le tableau fournit la preuve que, néanmoins, il doit, sans doute possible, être identifié avec le R . baxo. Toutes les sections de côte situées entre le R. de Vicente Pinçon et le C. Anegado sont trop courtes comparées à celles des cartes de W e i m a r et de Ribeiro ; quant au C. blanco, de nouveau il concorde mieux. L a position relative du R. de


570 Comparaisons avec les cartes modernes, (L'atlas employé est le Handatlas Stieler, cartes n 90 et 91, édition de 1900.) os

Ribeiro 1529

C a r t e de W e i m a r 1527 Indication des sections

Distances en leguas et en kilomètres

Sections reportées sur la carte moderne

Point X

Point X

Indication des sections

96 1. = 611 km

179 km au sud-est R. dulce de la B o c a de Navios

Y A

R. Dulce

941. = 598 km Y A

10 km à l'ouest du C. d'Orange

R. baxo à l'est des Môtanas

Y A

Sections reportées sur la carte moderne

Point X 223 km

179 km au sudest de la Boca de Navios

Y A

90 1. = 572 km 58 km à l'ouest du R. B a x o Maroni

Y A

130 km au sud-est de la Boca de navios R. Suriname (136 km à l'ouest du Maroni)

401. = 254 km

55 1. = 350 km

56 1. = 356 km R. baxo à l'est des Montañas

Y

Distances en l e g u a s et en kilomètres

C. Anegado

431 = 273 km

46 km à l'ouest du R. baxo Maroni

R. baxo

Indication des sections

Sections reportées sur la carte moderne

Point X

Point X

431. = 273 km R. dulce

Distances en leguas et en kilomètres

Chaves 1536

28 km à l'ouest du C. d'Orange

R. Sinnamarie (210 km à l'ouest du C. d'Orange)

R. de Vicente Pinçon 20 1. = 127 km

541. = 343 km

541. = 343 km

ta

P

80 km au nord-ouest du C. d'Orange (Approuague)

del Placel 50 1. = 318 km

6 km au nord-ouest du C. R a s o do C. blanco Norte

C. blanco 56 1. = 356 km Rive gauche du Marañon 1

Cajary (188 km au sud-ouest du point Rive gauche du Marañon Z) ) 1

Y

22 km au nordouest du C. Raso C. Blanco do Norte 551. = 350 km

67 1. = 426 km Y

27 km au nord-ouest du C. de Nord de Maraca

240 km au sud-ouest R. de los E s ­ clavos du point Z ) 1

Y

R. Anauarapucú, (93 km au sud-ouest du point Z) ) 1

) Point sur la rive occidentale de l'Amazone, correspondant au R . de los Esclavos de Chaves ; d'après ce que nous avons admis, c'est, sur Stieler, le point où passe le méridien 50° 30' à l'ouest de Greenwich; voir Annexes, planche n° 2.


571

Vicente Pinçon, rapportée à la ligne C. Anegado-S. Augustin, est à 246 km à l'ouest du C. d'Orange ; ainsi sa position absolue qui, calculée avec le C. Anegado comme point de départ, tombe à 210 km à l'ouest du C. d'Orange, est encore quelque peu plus exacte. Si l'on détermine les longueurs relatives des sections de la côte guyanaise, en les exprimant en pour-cent de la ligne totale comprise entre le C. Anegado (point X ) et le R. de los Esclavos, les divergences des cartes entre elles apparaissent encore plus clairement. Cette comparaison est donnée par le tableau çi-après.


Longueur totale

Costa de paricura

C. bianco

R. baxo à l'est des Montanas

R. baxo

R. dulce

Point X

Indication

1527

Carte de Ribeiro 1529

100.0%

18.3

17.7

(64.0)

18.4

31.5

14.1

Longueur totale 100.0%

Longueur totale

C. Blanco

R. de Vicente Pinçon

R. Baxo

R. Dulce

R. de los Esclavos

21.2

17.4

(61.4)

17.7

29.9

13.8

C. Anegado

Indication des sections

1536

100.0%

19.0

24.1

(56.9)

13.8

31.0

12.1

Distances en pour-cent de la longueur totale

Carte d ' A l o n z o de Chaves

Costa de paricura

C. bianco

R. baxo à l'est des Môtanas

R. baxo

R. dulce

Point X

Distances en Distances en pour-cent de pour-cent de des sections Indication des sections la longueur la longueur totale totale

Carte de Weimar

— 572 —


573 Il en résulte que la carte de Chaves pèche par un raccourcissement relatif assez important de la côte située au nord-ouest du R. de Vicente Pinçon, raccourcissement qui apparaît de la façon la plus frappante sur la section allant du R. Baxo au R. de Vicente Pinçon; le tableau indique qu'à partir du C. Anegado (point X ) les distances relatives au R. de Vicente Pinçon sont : sur la carte de W e i m a r le 6 4 . 0 % , sur celle de Ribeiro le 6 1 . 4 % et sur celle de Chaves le 56.9 % de la ligne totale. L a carte de Stieler donne, pour la même section, du point X au Cap d'Orange, 7 1 . 9 % . Il n'y a rien de surprenant à ce que la carte de Weimar et celle de Ribeiro ne concordent pas plus exacte­ ment entre elles et avec celle de Stieler, puisque, pour l'en­ semble de la section guyanaise, les cartes de Weimar et de Ribeiro accusent un allongement respectif de 10.7 % et de 13.7 %, et qu'il a été établi plus haut que la section située au nord-ouest entre le point X et Montañas, a sili­ ces cartes une longueur exacte au point de vue absolu. Naturellement l'excédent de la longueur totale entraîne, pour cette section également, une réduction proportionnelle dans le calcul des pour-cent. L e s mesures de différentes sortes opérées sur les cartes permettent de comparer ces documents les uns aux autres. On constate en premier lieu que les trois cartes possèdent un très haut degré d'exactitude absolue 1

) L a remarque de Ruge, 1. c., page 59, d'après laquelle presque toutes les données de distances d'Oviedo seraient trop grandes, n'est par conséquent pas exacte. Nous nous trouvons également en désaccord avec J. G. Kohl, 1. c , pp. 131 et 132. Kohl incline à admettre que le R . dulce représente la Boca de Navios ; d'après notre tableau, page 570, cette con­ clusion paraît hasardée, car il montre que le point dont il s'agit est situé, sur la carte de W e i m a r et sur celle de Ribeiro, à 179 km au sud-est de la Boca de Navios. E n outre, Kohl croît reconnaître l'Essequibo dans le R . verde; nous appuyant également sur le tableau, page 570, nous trou-


574

Mais celle de Chaves est en général plus uniformément e x a c t e que la carte de W e i m a r et celle de Ribeiro ; la cause en est que Chaves a représenté plus exactement l'embouchure de l'Amazone. D'après le tableau, page 568, les cartes de W e i m a r et de Ribeiro présentent, pour la section brésilienne de la côte, un raccourcissement assez considérable qui est respectivement de 14.6 % et de 15.7 °/o, vons que la carte de W e i m a r place le R . verde à 65 km à l'est du Corentyne, position d'où l'on compte, dans la direction nord-ouest, 254 km jusqu'à l'Essequibo ; sur R i b e i r o , le R . verde est à 46 km à l'est du Corentyne, soit à 235 km de l'Essequibo. Nous ne pouvons pas non plus identifier le R . salado, près du R . verde, avec le B e r b i c e ; sur la carte de W e i m a r , on obtient le point correspondant à 33 km à l'ouest du Suriname, c'està-dire à 236 km à l'est du Berbice, et, sur la carte de Ribeiro, à 49 km à l'ouest du S u r i n a m e ou à 220 km à l'est du Berbice. K o h l admet que le R . baxo nord-occidental représente le Corentyne ; le tableau de la page 570 place le R . baxo de la carte de W e i m a r à 46 km, et celui de Ribeiro à 58 km à l'ouest du Maroni, c'est-à-dire respectivement à 286 km et 274 km à l'est du Corentyne. Nous ajoutons que d'après nos mesures, le R . de la barca de la carte de W e i m a r coïncide exactement avec le B e r b i c e ; sur la carte de Ribeiro, on ne sait avec certitude à quel point rattacher la désignation de R . de la barca, et l'on obtient par suite deux valeurs qui conduisent l'une à 73 km à l'ouest, l'autre à 17 km à l'est du Berbice. Nos résultats concordent avec ceux de Kohl en ceci que le R . baxo, situé à l'est des Montafias, est l'Oyapoc. Mais il en résulte, si l'on suit Kohl, que la distance du R . baxo au R . baxo à l'est des Montafias, qui est sur la carte de W e i m a r de 56 1. = 356 km et sur Ribeiro de 55 1. = 350 km, devrait correspondre à une distance de 654 km sur la carte moderne. Kohl voit dans la F u r n a grande l'embouchure de l'Amazone. D u R . baxo à l'est des Montafias jusqu'au milieu de la F u r n a grande, la carte de W e i m a r accuse 28 1. = 178 km, celle de R i b e i r o 34 1. = 216 km ; sur la carte moderne, la distance du C. d'Orange au milieu de l'île Caviana (que nous avons adoptée comme milieu de l'embouchure de l'Amazone) est de 495 km. D u milieu de la F u r n a grande au milieu du Marañon, que Kohl considère comme étant le R i o P a r a , la carte de W e i m a r accuse 94 1. = 598 km, Ribeiro 96 1. = 611 k m ; sur la carte moderne, on compte du milieu de Caviana au milieu du R i o P a r a 222 km. Il résulte clairement de ces chiffres que, m a l g r é la haute opinion qu'il a des cartes décrites par lui, Kohl a gravement méconnu leur exactitude.


575

en regard d'un allongement assez important aussi, affectant la section guyanaise de la côte, et se montant respective­ ment à 10.7 % et à 13.7 °/o ; ces altérations du dessin en sens contraire donnent en se combinant un excellent résultat d'ensemble. Il en est autrement dans la carte de Chaves, où la section brésilienne de la côte accuse, comme aussi la section guyanaise, un léger allongement, qui est de 2.4 % pour la première section et de 5.3 % pour la seconde, et où le résultat d'ensemble concorde beaucoup mieux avec les résultats partiels que ce n'est le cas dans la carte de Weimar et celle de Ribeiro. Les trois cartes renferment dans la section brésilienne de la côte une distance relative très exacte. Dans la carte de Weimar et dans celle de Ribeiro, c'est la partie comprise entre la riviere méridionale de Vicente Yañez Pinzon et l'Amazone ; l'altération (qui est ici un raccourcissement) tombe sur la partie située entre le C. S. Augustin et la riviere Pinzon, c'est-à-dire la baie de Maranhão. Sur la carte de Chaves inversément, cette dernière partie de la côte a la dimension relative exacte, tandis que l'altération (qui est ici un allongement) atteint la partie située entre la baie de Sanct Vicente et l'Amazone. L e s trois cartes présentent un allongement dans la section guyanaise de la côte; c'est sur Chaves qu'il est le plus faible ; sur toutes trois, l'allongement affecte principalement la partie située entre le C. d'Orange et l'Amazone ; dans la carte de Weimar et dans celle de Ribeiro, il porte même exclusivement sur cette partie, de sorte que ces deux cartes possèdent une section de côte relativement grande qui est exacte au point de vue absolu. Pour la côte guyanaise, Chaves est un peu en arrière des deux autres cartes quant à l'exactitude des proportions. Sur son tracé, la principale altération (allongement) affecte également la zone de la côte plate et basse, dangereuse pour la navi-


576

gation et, pour cette raison, peu visitée, située entre les «montagnes» et l'Amazone. Mais il n'a pas figuré la partie nord-ouest de la côte, des montagnes jusqu'au C. Ane­ gado, avec autant d'exactitude que le font les cartes de W e i m a r et de R i b e i r o ; il a r e s s e r r é cette portion de côte et lui a fait subir un raccourcissement qui n'est pas sans importance. S u r les cartes de W e i m a r et de Ribeiro, le dessin de la côte concorde presque en tous points. Mais un examen plus attentif fait découvrir cependant une foule de petites différences. Ainsi la carte de W e i m a r porte dans l'embou­ chure de l'Amazone, au nord de l'île allongée, trois îles plus petites ; Ribeiro en indique quatre. S u r la carte de W e i m a r , la F u r n a grande est dessinée plus profonde, mais aussi moins large que sur la carte de Ribeiro ; dans cette dernière, elle renferme nombre de petites îles, qui manquent sur la carte de W e i m a r , etc., etc. Dans les deux cartes, les formes de la côte offrent peu d'originalité ; les traits caractéristiques sont représentés dans Majollo d'une façon plus originale, plus accentuée, voire même avec quelque exagération. On sait qu'en cartographie un travail de combinaison minutieuse et de compensation conduit à un effacement ou tout au moins à une atténuation des formes m a r q u a n t e s ; cela a été le cas, comme le fait est facile à reconnaître, pour les cartes de W e i m a r et de Ribeiro. L e s lignes prin­ cipales sont devenues, à la vérité, plus exactes, mais aussi plus uniformes. On ne voit pas, par exemple, sur la carte de W e i m a r ni sur celle de Ribeiro, l'échancrure c a r a c t é ­ ristique de la baie de Maranhão. Au point de vue du des­ sin, Chaves ne peut guère faire l'objet d'une critique, puis­ que la connaissance du détail des formes de sa carte manque complètement. L a figure de la côte, en général, n'est pas meilleure que dans les deux autres cartes, mais


577

un grand progrès se constate dans la représentation de l'embouchure de l'Amazone. La carte de Weimar et celle de Ribeiro sont pourvues d'échelles qui conduisent à ce résultat concordant, que les deux cartes adoptent comme longueur d'un degré 14.4 leguas en moyenne ). L'erreur d'estimation sur la grandeur du degré, erreur qui ressort de ce chiffre, remonte très pro­ bablement à Fernand Colomb qui jouissait à cette époque d'une haute autorité et qui avait reçu du roi la mission de faire procéder à la construction du nouveau Padron real et d'en surveiller l'exécution. La donnée des cartes concorde avec le préavis qu'il soumit en 1524 à la Junta de Badajoz et dans lequel il se prononçait pour que l'on comptât 14 / leguas comme longueur du degré, tandis que, déjà à ce moment, Cabotto et d'autres combattaient cette opinion et préconisaient le chiffre de 17 / leguas. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la carte de Chaves est basée sur cette dernière évaluation. L e Padron real de 1536 se montre donc, sur ce point aussi, supérieur à ses devanciers ). 1

1

6

1

2

2

1

) Kohl, 1. c , page 3, écrit : « Beide Karten sind genau nach demselben Masstabe angelegt. Auch ist auf beiden der Grad eines grössten Kreises gleich gross, nämlich zu 17 / spanischen Leguen angenommen. » Nous ne nous expliquons pas par quel procédé de mensuration Kohl est arrivé à ce résultat. ) S i l'on voulait adopter comme équivalent de la legua une mesure de longueur uniforme et exactement déterminée (ce qu'elle est bien aussi en réalité), la concordance qui, en fait, existe pour la longueur totale de la côte entre les cartes de W e i m a r et de Ribeiro d'une part, et celle de Chaves d'autre part, serait tout simplement impossible, étant données les divergences d'opinion sur la grandeur du degré. S i , au lieu de prendre pour base le chiffre admis par nous de 17.5 leguas, nous adoptions 14.4 leguas au degré, il en résulterait pour une même section de côte une différence de longueur de 17.7 %. Nous référant à ce que nous avons dit précédemment, nous voyons dans le fait que — malgré les différences signa­ lées sur le nombre de leguas compté au degré — la concordance existe 1

2

2


578

L e tableau ci-contre permet enfin de comparer les lati­ tudes de quelques points correspondants dans les trois c a r t e s qui viennent d'être discutées. c)

MAR-DULCE-MARAÑOX.

1. D'après ce qui précède, le Golfo de S a n t a Maria de Juan de la C o s a est le futur fleuve des Amazones que de la C o s a fait déboucher sous la ligne de l'équateur. Mais Juan de la C o s a dessine, au sud de son Golfo de Santa Maria, une deuxième baie a v e c des îles et une embouchure fluviale ; à cette baie-là, il ne marque pas de nom. Il est dit, dans la capitulation de 1501, que V i c e n t e Y a ñ e z Pinzon avait donné le nom de « S a n t a Maria de la Mar-Dulce » au grand fleuve dont l'eau douce pénètre si avant dans la m e r ; cette mention aussi concorde a v e c la dénomination de «Golfo de S a n t a Maria» dans la carte de Juan de la Cosa. Mais que représente la baie méridionale sans nom de Juan de la C o s a ? On a voulu voir en elle l'embouchure du Rio P a r a , bras oriental de l'embouchure de l'Amazone ; d'autre part, on l'a considérée comme la baie actuelle de Maranhão. L a première opinion est celle d'Oscar P e s c h e l , qui, dans son ouvrage : « Geschichte des Zeitalters der Ent­ deckungen, I I édition, 1<S77 », dit en note à la page 2 4 3 : e

pour la longueur totale, une preuve réelle que les échelles de ces cartes n e peuvent pas servir à l'établissement des distances en leguas d'après la valeur précédemment discutée de cette unité de mesure, mais qu'elles expriment seulement l'opinon qui prévalait alors quant au nombre de leguas nécessaire pour faire un degré. L e s unités pour la mesure des longueurs doivent donc, avant tout, s'appuyer sur les parallèles de lati­ tude, et non pas sur les échelles de lieues. Enfin, par le fait de ces différences entre les cartes de W e i m a r , de R i b e i r o et de Chaves, se confirme la manière de voir énoncée plus haut touchant le procédé probablement employé à la C a s a de Contratacion pour la construction des cartes.


579

Carte de W e i m a r

Indication des points

C. de s. agostim

Carte de Ribeiro

Latitude

Indication des points

Latitude

7 5 4 ' S C. de s. agustin . . 8° 0' S o

Embouchure du MaEmbouchure du Maranhom . . . . 1° 18' S rañon 1° 1 2 ' S R. baxo à l'est des R. baxo à l'est des montañas . .. . 1°42'N motañas . . . .

10

Point X

8°24'N

8°24'N Point X

Carte d'Alonzo

de Chaves

Indication des points

Latitude

42'N

Atlas de Stieler 1 9 0 0

Indication des points

Latitude

C. de Sanct Augustin 8° 30' S C. de S. Agostinho 8° 2 4 ' S Embouchure du R . Marañon . . . . 2° 30' S R. de Vicente Pinçon 1°30'N C. Anegado

.

. . 8° 0'N Point X

9°34'N

37


580

«Auf Juan de la Cosas K a r t e ist der Amazonenstrom und der Rio P a r a , sowie die von beiden gebildete Insel ele las J u a n e s oder Marajo auf den ersten Blick zu erkennen.» Cette manière de voir est partagée par Kohl, 1. c , page 132. Après avoir exposé pourquoi il voit dans la «Furna grande» l'embouchure principale (occidentale) du Marañon, il con­ tinue ainsi: «die ganze ostwärts laufende Küste von «furna grande » bis « paricura » würde demnach die Küste der grossen St. Johannesinsel und der übrigen Inseln des Marañondelta vorstellen, und die darauf enthaltenen Namen : « C. Blanco » (weisses Cap), « Costa de C a s a s » (Küste mit Wohnungen), « Arboledo » (Gehölz), « Rio de palcua » (?), « V i s t o de lexos » (gesehen von weitem), würden demnach A r m e des Marañon zwischen jenen Inseln und andere Ufer­ punkte dieser Inseln bezeichnen. » La large embouchure que la carte de W e i m a r et celle de Ribeiro désignent du nom de « Marañon » serait tout simplement, d'après Kohl, le bras oriental du grand fleuve, bras appelé aujourd'hui « riviere de P a r a ». L a direction du voyage de Pinzon et le dessin de la grande embouchure dans les deux cartes parleraient également en faveur de cette version. «Auch die K a r t e von Cosa — dit Kohl — scheint für diese Ansicht zu sprechen. » Mais le point décisif serait la Ligne de démarcation. Finale­ ment, Kohl avoue que son hypothèse présente cet incon­ vénient « qu'il reste entre la furna grande (embouchure principale) et le Marañon (Para) une longueur de côte de 85 leguas, alors que la ligne de côte extérieure des îles de l'estuaire de l'Amazone n'offre en réalité qu'un développe­ ment de 45 leguas. Toutefois, cette erreur de nos cartes est plus admissible que l'autre ) ». 1

1

) . . . « dass zwischen der furna grande (Hauptmündung) und dem Maranon ( P a r a ) ein Küstenstrich von 85 L e g u a s L ä n g e bleibt, während


581

-

En examinant les choses de près, on est conduit, malgré l'autorité de Peschel et de Kohl, à considérer cette inter­ prétation de la carte de Cosa comme n'étant pas con­ cluante. Malheureusement, la lacune qu'offre cette carte à l'est de la baie sans nom rend excessivement difficile une réponse péremptoire. En comparant la carte de Juan de la Cosa avec la carte moderne et en prenant telles quelles les distances données par Cosa sur sa carte et mesurées conformément au procédé discuté antérieurement, sans tenir compte pour le moment de la situation relative par rapport à l'étendue totale des côtes, on trouve que le Golfo de Santa Maria de Cosa occupe à peu près, sur la carte moderne, l'espace compris entre le Cabo Raso do Norte et le Cap Magoari, pointe orientale de l'île de Marajo. Sur Cosa, la largeur du Golfo atteint 280 km, et, sur Stieler, la distance du C. Magoari au C. Raso do Norte est de 276 km. Si l'on prend sur Stieler la distance de Tijoca à l'île de Santa Anna, située près du promontoire s'avançant à l'est de la baie de Maranhão, c'est 557 km; si l'on mesure sur Juan de la Cosa du promontoire situé sous l'équateur, à l'est du Golfo de Santa Maria, et qui doit correspondre à Tijoca, jusqu'au cap dessiné sous une forme très accusée à l'est de la baie sans nom, l'on obtient une longueur de 572 km. L a distance du Cabo Raso do Norte à la Punta Santa Anna est sur Stieler de 833 km et sur Cosa (jusqu'au cap situé à l'est de la baie sans nom) de 852 km. Si, en revanche, dans la portion du littoral qui, sur de la Cosa, est située entre le Golfo de Santa Maria et la baie sans nom, on voulait voir l'île de Marajo, on aurait d'après Stieler 195 km

der Saum der Deltainseln des Stromes in der T h a t nur eine Entwicklung von etwa 45 Leguas darbietet. Doch ist dieser Irrtum unserer Karten noch eher zulässig als der andere ».


582 contre 369 sur Juan de la Cosa. Ces chiffres, empruntés directement à la carte de Cosa, indiquent que la baie sans nom de Juan de la Cosa correspond vraisemblablement à la baie actuelle de Maranhão, que le cap situé à l'est de ladite baie sans nom correspond à la ). de S Anna actuelle, et que, par conséquent, l'on ne peut guère considérer cette baie méridionale comme étant le Rio Para actuel. L e fait que V i c e n t e Variez Pinzon a reconnu non seule­ ment le Rio Para, mais aussi le bras principal du grand fleuve, est prouvé par ses récits et ceux de ses compagnons touchant la Mar-Dulce. L e dessin figurant l'embouchure flu­ viale dans là carte de W e i m a r et celle de Ribeiro ne sau­ rait appuyer la version d'après laquelle la grande embou­ chure fluviale doit représenter le Rio Para. La grande largeur de celle-ci et les îles qui y sont marquées contre­ disent, a priori, cette manière de voir. Il ressort en outre de l'exposé qui précède (voir les tableaux) que cette embou­ chure représente non pas le Rio Para, mais l'Amazone. On ne peut décidément pas s'appuyer sur la Ligne de démarcation pour la présente discussion, comme les déve­ loppements de l'exposé historique l'ont prouvé. Et, en fin de compte, comment expliquer, dans l'hypothèse de Kohl, la situation de la « Furna grande » par rapport aux « Montañas » ? Autant la portion de côte de la Furna au Marañon serait trop grande — deux fois à peu près —, autant celle qui va de la Furna aux Montañas serait raccourcie, et l'on devrait donc faire violence à la carte dans les deux direc­ tions, ce qui ne saurait se justifier. ta

Il résulte de ce qui précède que l'on doit admettre comme fondée l'hypothèse d'après laquelle la carte de Juan de la Cosa a été i n e x a c t e m e n t interprétée par les cartographes postérieurs, et que sa baie sans nom correspond à la baie actuelle de Maranhão.


583

A vrai dire, on ne sait pas jusqu'à quel point la carte de Juan de la Cosa a été mise à contribution par les carto­ graphes postérieurs. Mais la note inscrite par Ribeiro ) sur sa carte de 1529, d'après laquelle cette côte aurait été visitée une ou deux fois immédiatement après la découverte de l'Amérique méridionale et n'aurait été revue par personne depuis lors, autorise à croire que les cartographes qui sui­ virent de la Cosa ont, jusqu'en 1540 environ, purement et simplement puisé dans les cartes établies par les premiers découvreurs ou dressées d'après leurs données. Parmi ces sources, la carte de Juan de la Cosa occupa une place mar­ quante. C'est par elle seulement que peut s'expliquer la question Marañon-Maranhão, ainsi que celle de la « Furna grande». Une comparaison de ce document avec les cartes ultérieures de cette époque montre en effet que les succes­ seurs de Cosa prirent sa baie méridionale sans nom pour­ la Mar-Dulce, le Marañon, et qu'ils firent du Golfo de S Maria une grande baie, la «Furna grande». Majollo, dans ses cartes de 1519 et de 1527, place la baie sous l'équateur, puis, au sud-est, une large embou­ chure fluviale qu'il nomme en 1519 La mare dolce, et en 1527 Paricuria la dulse; cette embouchure fluviale, accom­ pagnée à gauche de la Costa de paricuria, est située à 2° S environ sur la carte de 1519, et à 4° S environ sur celle de 1527. Il dessine ensuite plus à l'est une autre embou­ chure fluviale, à laquelle il ne donne aucun nom, et finale­ ment un Rio de elli maralion en 1519, un Maranon en 1527. On ne voit pas clairement où il emprunte ces derniers; il est probable qu'il n'a pas puisé directement dans la carte de Cosa, car la sienne diffère trop de celle-ci. La carte de Turin porte, sous 2° S, une large embou1

ta

1

) V o i r M. F . I, page 255.


584

chure fluviale sans nom, accompagnée à gauche de la Costa de paricura. La carte de W e i m a r figure la Furna grande sous l'équateur et, par 2 ° S, un grand fleuve à large em­ bouchure, nommé Maranhon, accompagné à gauche de la Costa de paricura. Ribeiro concorde en cela avec la carte de W e i m a r , sauf qu'il donne au grand fleuve le nom de Marañon. Chaves ressemble à c e s deux c a r t e s ; toutefois, il n'indique pas de Furna grande, mais seulement une P de la Furna, et il ajoute au Rio Marañon la désignation: Mar dulçe. Il est donc constant que pour toutes ces cartes la grande embouchure fluviale est le cours d'eau appelé plus tard fleuve des Amazones, la Mar-Dulce de V i c e n t e Yañez Pinzon. La carte de W e i m a r et celle de Ribeiro entendent également par là toute l'embouchure de l'Amazone et non pas seulement le Rio P a r a . Cela ressort incontestablement des considérations suivantes : Le fleuve des cartes de W e i m a r et de Ribeiro, comme le fleuve sans nom de la carte de Turin, est le seul grand fleuve de toute la côte nord-orientale ; il renferme des îles et il a sur la rive occidentale la Costa de paricura « qui l'accompagne fidèlement à l'Ouest » (M. F . I, p a g e 253). M. F . I, page 250, parlant de la carte de Turin, considère à juste titre cette paricura comme « un signalement». Conséquemment, elle doit posséder la même qualité dans les cartes de W e i m a r et de Ribeiro. On voit par les cartes de Majollo et par les écrits de P i e r r e Martyr et d'Oviedo que la Mar-Dulce reçut de bonne heure le nom de Marañon, Maragnon, Maragnonus. Du fait seul que la «Furna grande» est située sous l'équateur, on ne peut conclure qu'elle repré­ sente réellement le bras septentrional de l'Amazone. Il faut retenir en outre que la carte de W e i m a r et celle de Ribeiro mentionnent près de la Furna grande une «Aldea», c'est-àta


585

dire un village, dénomination qui placée dans une embou­ chure de fleuve n'a pas de sens ), et finalement que Ribeiro assimile son Maranon à la Mar-Dulce de V . Y. Pinzon par la remarque suivante, inscrite à l'ouest de ce fleuve: « L e Rio de Maranon est très grand, et les navires y entrent pour faire de l'eau douce; jusqu'à vingt lieues en mer ils puisent de l'eau douce » (voir M. F . I, page 255). Cette obser­ vation ne se justifiant que pour l'Amazone, et, d'après Tardy de Montravel (Revue coloniale, août 1847, pages 409-410, citée dans R. B . I, page 51), seulement entre le Cap Magoari et le Cap de Nord, on doit reconnaître que la carte de Weimar et celle de Ribeiro confondent la baie méridionale sans nom de Juan de la Cosa avec son embouchure du fleuve des Amazones, la Mar-Dulce. Mais les deux cartes placent cette embouchure à l'endroit qui lui revient en réalité dans l'ensemble des côtes. Tout d'abord il faut encore revenir à la carte de Chaves. L e s déductions tirées de l'examen de ce document dans M. F., appellent une nouvelle étude des faits. Il est dit dans M. F. I, page 2 5 9 : « L'erreur que laissait entrevoir la carte de Diego Ribero s'affirme ici : l'embouchure du Marañon est portée sensiblement au sud de sa position véritable, à une latitude qui tient probablement à une confusion de noms, puisqu'elle équivaut, en réalité, à celle de la baie de Maranhão. Mais la vaste échancrure, la Furna, qui s'ouvre entre le cap Blanco et la pointe del Placel, ne permet pas de mécon­ naître, entre l'Équateur et le 1 degré de latitude Nord, l'amorce de la véritable embouchure du grand fleuve. Cherchons, à partir de la pointe del Placel, la première riviere qui se présente vers l'Ouest-Nord-Ouest : nous trou1

e r

1

) V o i r également R . B . I, page 52.


586

vons à une distance de 20 lieues, entre 1 degré et demi et 2 degrés de latitude nord, le Rio de Vicente Pinson. » Ainsi, l'embouchure de l'Amazone ne devrait pas con­ corder avec l'embouchure du Marañon dans la carte de Chaves, c a r Chaves aurait confondu un fleuve Maranhão a v e c le Marañon, et l'embouchure du véritable Marañon serait plutôt représentée par la « F u r n a » , comprise entre le C a b o Blanco et la P del Placel. Pour prouver le bienfondé de ces assertions, M. F . s'appuie sur les indica­ tions de latitude fournies par Oviedo. Oviedo donnant à l'embouchure du Marañon une latitude de 2 / au sud de l'équateur, cette embouchure ne peut pas, d'après M. F . , être celle de l'Amazone, mais vraisemblablement par suite d'une erreur - on voulait, par là, représenter le Maranhão. L a « F u r n a » étant marquée entre l'équateur et 1 de latitude nord, elle représente manifestement la large baie de l'embouchure de l'Amazone. Telle est l'argumen­ tation de M. F. ta

1

2

0

Il a été dit antérieurement ce qu'il faut penser des dé­ terminations de positions géographiques faites à cette époque et démontré qu'on ne peut en tirer aucune conclusion posi­ tive. D e ce que, sur la carte de Chaves, le Rio Marañon est situé sous 2 / °de latitude sud, c'est-à-dire sous le parallèle de la baie actuelle de Maranhão, il ne s'en suit pas forcément que ce ne soit pas le Marañon, et le fait que la F u r n a se trouve placée sous l'équateur, là où les cartes modernes font figurer l'embouchure de l'Amazone, ne prouve pas non plus que la Furna doive, en réalité, représenter cette embouchure. Oviedo ) fournit des renseignements si détaillés sur 1

2

1

1

) Oviedo, 1. c., R . B . II, pp. 5 et suiv., 11 et suiv. ; I V , pp. 4 et suiv., 8 et suiv.


587

--

la question du Maranon de la carte de Chaves qu'aucun doute ne saurait subsister. 11 dit clairement, et en s'appuyant sur la déposition orale de Vicente Yañez Pinzon lui-même, que le Marañon est identique à la Mar-Dulce. Il dit de l'embouchure du Rio Marañon qu'elle ne se com­ pose pas d'un seul bras. Il parle des nombreuses îles qui se trouvent dans l'embouchure et dont les cartes n'indi­ quent que quelques-unes sans les nommer, ainsi que des nombreux bas-fonds. Il relate la puissance avec laquelle les eaux de ce fleuve se déversent dans la mer et le fait qu'on peut puiser de l'eau douce encore à 10 ou 12 lieues en mer. Il mentionne que l'embouchure comprend deux bras princi­ paux, dont celui de l'est est désigné sous le nom de Rio de Navidad, tandis que celui de l'ouest conserve le nom de Marañon. Cette embouchure, une des choses les plus remarquables que Dieu ait créées au monde, se serait appelée autrefois Mar-Dulce, précisément parce que l'on trouve encore de l'eau douce très avant dans la mer ; Vicente Yañez Pinzon l'aurait découverte en 1500 et il aurait raconté à Oviedo lui-même qu'il avait puisé de l'eau douce à une distance de 30 lieues au large de l'embou­ chure de ce fleuve. C'est bien là le tableau complet et caractéristique de l'embouchure du fleuve des Amazones. Mais en ce qui concerne la latitude, Oviedo-Chaves tomba dans la même erreur que ses prédécesseurs Freducci, Majollo, les auteurs de la carte de Turin et de la carte de Weimar, ainsi que Ribeiro. C'est sur ce point, c'est-à-dire sur la latitude, que l'erreur existait, mais elle ne portait pas sur le fleuve que l'on avait en vue. Les considérations qui suivent viennent encore à l'appui de cette interprétation touchant la détermination de l'em­ bouchure de l'Amazone sur la carte d'Oviedo-Chaves :


588

Majollo établit une distinction précise entre la MarDulce avec « Paricura » à l'ouest, et la baie du Maranon, au sud-est; Freducci également. La carte de Weimar et celle de Ribeiro ont la Paricura ; leur Marañon est par conséquent la Mar-Dulce. 11 figure à la même place que celui de Chaves ; ce Marañon de Chaves est donc aussi la Mar-Dulce. Or, le seul fleuve répondant à ces indications est l'Amazone. Juan Lopez de Velasco, 1571-1574 dans sa « G e o ­ grafia de las Indias », cite en partant du nord: Rio de V i c e n t e Pinzon 2 / N, Rio de la Vuelta, L a s Planosas, Furna grande : « prés du Cabo Bianco, à l'entrée et embou­ chure du Rio de Orellana, du côté occidental». 11 place par conséquent la « Furna grande » à l'ouest, l'embouchure du Rio de Orellana (Amazone) à l'est du Cabo Bianco, et les distingue clairement l'une de l'autre. 3

0

4

L a description d'Oviedo indique enfin qu'il faut entendre par la Furna une large baie bien ouverte, dont la côte est fermée et nettement tracée à l'intérieur, et qui, suivant l'interprétation graphique de M. F . lui-même (I, page 257), reçoit des fleuves côtiers, le R i o Aldea et le Rio de las Planosas, ce qui exclut l'hypothèse d'une puissante embou­ chure fluviale. 2. Dans ce qui précède, il a été constaté que les carto­ graphes postérieurs à J u a n de la Cosa commirent une grave confusion. Cette erreur, dans laquelle ils demeurèrent ancrés, resta sans conséquence sur leurs cartes en c e sens que le grand fleuve y occupe la position relative exacte par rap­ port au reste de la côte. Comment cette erreur a-t-elle pu être commise ? 1

) R . B . II, page 1 4 ; I V , page 11.


589

La carte de Juan de la Cosa, à laquelle il faut revenir, accuse une altération considérable dans la partie de la côte située à l'est du fleuve des Amazones. Il ressort du tableau comparatif ci-dessus que sa baie suffisamment caractérisée pour pouvoir être identifiée avec l'embouchure de l'Amazone occupe la position relative suivante : elle embrasse l'espace compris entre le point situé à 15 km au sud-est du C. d'Orange et l'embouchure du Sinnamarie. La pointe orientale (désignée par A dans le tableau) de sa baie sans nom, dans laquelle débouche un fleuve, est située à 86 km au sud-est du cap continental C. Raso do Norte, par conséquent directement dans l'embouchure de l'Amazone. L e s cartographes posté­ rieurs qui utilisèrent la carte de Cosa devaient donc, s'ils tenaient compte des données fournies par les navigateurs sur les distances côtières et leurs rapports réciproques, arriver forcément, vu les proportions du dessin de Cosa, à cette conclusion que sa baie sans nom représentait la MarDulce. En outre, la présence du puissant cours d'eau se dé­ versant dans la baie contribuait à la confusion en tendant à faire croire qu'il s'agissait du « grand fleuve ». On sait de quelle haute considération jouissait le «maître de carto­ graphie », et combien, dans ce temps-là, on aimait à s'ap­ puyer, les yeux fermés, sur des autorités lorsqu'on se trou­ vait en présence de questions difficiles ; aussi, s'explique-t-on que pour la position de l'équateur l'on s'en soit tenu scru­ puleusement à Cosa, dont l'autorité paraissait être un sûr garant d'exactitude. L'équateur demeura indissolublement lié à la grande baie, l'embouchure de l'Amazone de Cosa. Mais comment la cartographie en vint-elle, après Cosa, à enlever de la place qui leur avait été attribuée à l'origine les noms seulement, tandis qu'elle laissait l'équateur au même endroit? Ce point reste inexpliqué. Peut-être a-t-on supposé que Cosa lui-même avait simplement commis une erreur


590

dans le placement des noms, ce qui expliquerait la situation non modifiée de l'équateur. L a baie sous l'équateur, laquelle, d'après le dessin de Cosa, peut être réellement prise pour une baie, a, dans la suite, reçu une position des plus variables. Personne, semble-t-il, n'a rien su de précis à cet égard, et cependant on ne voulait pas la supprimer. Sur la carte de Majollo 1519, son point central se trouve, d'après le tableau cidessus, page 540, à 377 km au nord-ouest du C. d'Orange (60 km à l'ouest du Maroni). S u r la carte de Majollo, 1527, le Rio de visenty J a n e s occupe à peu près le milieu de la b a i e ; il est situé à 639 km au nord-ouest du C. d'Orange (40 km au nord-ouest du Corentyne). L a carte de Turin n'a pas de Furna grande; Freducci n'en a point dessiné non plus. La carte de W e i m a r place le milieu de la baie (en se basant toujours sur les tableaux comparatifs) à 75 km au nord-ouest du C. do Norte, et la carte de Ribeiro à 48 k m ; il est im­ possible de tirer de Chaves une indication précise à ce sujet. C e qui frappe dans la revue des documents cartographiques, c'est que la Furna n'est représentée que sur les cartes offi­ cielles et sur celles qui accusent avec celles-ci un degré de parenté très rapproché (Majollo). Il est donc a supposer que la confusion doit remonter à un ancien padron real, peut-être à celui de 1508. Enfin, une question s'impose: une autre baie, qui pour­ rait correspondre à la baie de Maranhão, n'avait-elle pas été dessinée dans la partie manquante, à l'est de la baie sans nom de C o s a ? On verra plus loin comment, sur la base de la relation de v o y a g e d'Orellana, l'embouchure de l'Ama­ zone a été replacée à l'ouest, dans la situation primitivement exacte que lui avait attribuée Cosa. Il y aura lieu d'examiner alors le point suivant: la Furna grande disparaît-elle dès que l'Amazone apparaît à l'ouest du Maranon ? On peut par


-

591

-

anticipation répondre affirmativement à cette question et ajouter que l'embouchure de l'Amazone réapparaît alors exactement sous l'équateur, comme dans Cosa. Si Cosa, dans la partie manquante de sa carte, avait marque une autre baie qui correspondrait à la baie actuelle de Maranhão, il n'y aurait eu, dans la confusion de cette baie avec l'embouchure du Marañon — confusion qui devait avoir pour conséquence l'apparition, à l'ouest de celle-ci, d'une deuxième embouchure fluviale plus puissante encore aucune raison de supprimer la Furna grande. Car Cosa avait, entre la baie devenue la Furna grande et celle qui aurait disparu de sa carte, dessiné la baie sans nom avec le grand fleuve qui s'y jette. En revanche, si aucune baie ne figurait dans la partie manquante de la carte de Cosa, le grand fleuve, par la confusion dont il vient d'être parlé, devait déboucher dans son ancien estuaire qui était devenu la Furna. La disparition de la Furna grande constitue par conséquent une preuve qu'aucune autre baie n'était marquée dans la partie manquante de la carte de Cosa, et que la baie sans nom avec le fleuve qui y aboutit, située au sud-est de la Mar-Dulce, représente la baie de Maranhão et non le Rio Para. 3. Précisant le point de vue adopté par l'arbitre, il y a lieu d'adhérer à la manière de voir de M. F., lorsqu'il dit que la baie de Maranhão aurait été confondue avec l'em­ bouchure du fleuve des Amazones dans la carte de Weimar et dans celles de Ribeiro et de Chaves. Il faut ajouter toute­ fois que cette erreur était commune à tous les cosmographes connus de cette période, qu'elle n'existait que par rapport à la carte de Cosa et qu'elle ne provenait pas de la situation cm fleuve des Amazones, lequel, sur ces cartes, est figuré à sa place exacte. La large baie désignée sous le nom de «Furna grande» est une réminiscence de l'embouchure pri­ mitive de l'Amazone de Juan de la Cosa.


592 Mais la question de savoir quelle influence cette erreur a e x e r c é e sur le dessin des côtes en général et sur le place­ ment des noms en particulier n'est pas pour autant résolue ; elle exige encore un examen spécial. C a r on peut supposer que le déplacement de l'embouchure de l'Amazone vers le sud-est a eu son contre-coup sur le tracé des côtes de la région avoisinante. L'arbitraire a v e c lequel différents cartographes de l'époque ont traité la nomenclature rend cette question extrêmement difficile à résoudre et l'on est obligé de s'en tenir aux points nettement établis. V o i c i les faits qui peuvent être considérés comme décisifs : a) La caractéristique Costa de Paricura participe au déplacement vers le sud-est. Elle ne figure pas sur Juan de la Cosa ; on ne connaît son origine que d'après les récits du voyage de V i c e n t e Yaflez Pinzon. Mais il est hors de doute qu'elle est située sur la rive gauche de l'embouchure de l'Amazone. Majollo, Freducci, la carte de Turin, la carte de W e i m a r et Ribeiro l'ont tous déplacée a v e c le fleuve vers le sud-est ; ce n'est que dans ChavesOviedo que le nom manque, mais il ne figure nulle part sur cette carte. b) Las planosas de Juan de la Cosa participent également au déplacement vers le sud-est. S u r la carte de Turin, elles se trouvent à peu près au milieu de l'espace compris entre l'embouchure de l'Amazone et le Rio de V i c e t i a n e s ; sur la carte de Majollo, 1527, elles occupent également, sous le nom de « L a s planas », le milieu de la section située entre l'embouchure de l'Amazone et le Rio de V i s e n t y J a n e s ; sur celle de Chaves, elles sont devenues un « R i o de las Planosas », qui débouche juste au point de la côte où les Mémoires français voudraient placer l'embouchure de l'Amazone.


593

c) Les « Motes » de Juan de la Cosa lorsqu'elles sont figurées sur les cartes ultérieures — suivent aussi le déplacement. Elles sont marquées sur la carte de Turin sous le nom de Motas, sur celle de Weimar sous le nom de Montañas, dans Ribeiro sous la dénomination de Môtañas, et dans Chaves sous celle de L a s Montañas, à peu près à la même distance relative du grand fleuve que celle à laquelle elles se trouvent de la Mar-Dulce dans Juan de la Cosa. d) La «Furna grande», là où elle est reconnaissable, revêt le caractère d'une côte continue. Ribeiro, que M. F . invoque en premier lieu, fait figurer sur cette côte, d'accord avec la carte de Weimar, une «Aldea» (village, habitations); à cette place, Chaves fait déboucher un Rio de Aldea, un Rio de las Planosas et un Rio de la Vuelta. L a carte de Turin ne porte pas cette Furna, et l'on serait fort embar­ rassé d'y placer, comme le demandent les Mémoires fran­ çais, l'embouchure primitive de l'Amazone. En général, après Chaves, la baie disparaît, même sur les cartes de ceux qui, postérieurement au voyage d'Orellana, conservent à l'em­ bouchure de l'Amazone la position méridionale (position erronée d'après la carte de Cosa). On arrive donc à la conclusion que le déplacement de l'embouchure de l'Amazone vers le sud-est a conduit les cartographes des 40 premières années du XVI siècle à déplacer dans le même sens la côte tout entière et que, par suite, il n'est pas admissible de se contenter de ramener l'Amazone dans la «Furna grande» en laissant tout le reste dans une situation inexacte. e


594

2. L'Amazone d'Orellana et le développement de la c a r t o g r a p h i e jusqu'à la fin du

e

XVI

siècle.

En 1541 et 1542, Francisco de Orellana descendit le fleuve des Amazones ; il rapporta en Europe la nouvelle de son v o y a g e et la connaissance du fleuve puissant qui, de l'ouest à l'est, développe ses longs méandres à travers le Nouveau Monde. Différentes cartes parues à cette époque donnent une idée nette de la façon dont les cartographes contemporains d'Orellana ont interprété les indications fournies par lui. Il convient de distinguer à cet égard les cartes d'origine sévillane de celles qui remontent à des sources portugaises. a)

C A R T E S DE SEBASTIANO

DE

C A B O T T O ET DE D I E G O

1544

ET

GUTIERREZ,

1550.

1. L a carte de Sebastiano Cabotto (A. F . , n° 1, A. B . I, n° 6) porte le nom de son auteur et la date de 1544 Ruge, 1. c , page 67, présume que cette carte a été g r a v é e à Anvers. A-t-elle été publiée sur l'ordre de la Casa de Contratacion ? L e doute subsiste sur ce point. Quoi qu'il en soit, Cabotto ayant été, de 1518 à 1547 (avec de longues interruptions toutefois), piloto-mayor de la Casa, sa carte mérite d'être prise en considération, bien que, sous le rapport de l'exécution, elle reste en arrière de la carte de W e i m a r de 1527 et de celle de Ribeiro de 1529. Harrisse, dans son ouvrage intitulé : John and Sebastian Cabot, London 1896, page 288, appelle cette carte « the ) V o i r Annexes, planche n° 5.

1


595

— t h

most imperfect of all the Spanish maps of the X V I cen­ tury which have reached us» (R. B . I, page 67). En revanche, M. F . I, page 261, note 1, dit: « T e l qu'il est, néanmoins, ce document est un des plus remarquables que nous ait laissés la cartographie du X V I siècle ». e

L e parallèle suivant montre que, pour établir sa carte, Cabotto s'est principalement servi du Padron real de Chaves. On lit sur: Chaves 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31.

E l Aguada P Primera Golpho de Negros Playa del Placel Playa de las Pesquerias P del Palmar R. del Placél Tierra de Humos B . de Sanct Vicente C. del Hueste P de Allende P de Corrientes P de Fumos ó Humos C. de Corrientes R. Naubor R. Segundo R. de Johan de Lisbona

32. 33. 34. 35. 36.

B. C. R. R. R.

ta

Cabotto Aguada Primera

ta

P. del palmar Baya de fumos Rio del placel

ta

Tierra baxa de Corrientes

t a

ta

de Todos Sanctos de los Esclavos de Navidad Mavañon de los Esclavos

Rio de nabar Rio segundo Rio de juan de lisbon C. de fumos Baya de todos Santos Rio de los escla Maragnon Rio de los esclavos 38


596

Caballo

Chaves 37. R. de las Arboledas 38. Costa de L a x a s 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51.

C. Blanco P de la Furria R . de Aldea R . de las Planosas R . de la Vuelta P del Placel R. de Vicente Pincon Las Montañas Furna Aldea R. Baxo P de la Arboleda La Playa

Rio de pesqua Arboleda Rio de arecife C. blanco

ta

Amazonas

ta

Rio de uincenanes Montaguas Furna Aldea queina Rio baxa

ta

Playa

L a concordance dans la suite des noms saute aux yeux ). Quelques divergences s'expliquent comme suit : 1

os

L e s n 21 et 22 de Chaves sont intervertis dans Cabotto ; celui-ci a laissé de côté les n 23 et 24 de Chaves, et, au lieu du n° 2 5 , il a une tierra b a x a , tirée sans doute de cartes antérieures ; Cabotto place le n° 27 de Chaves après le n° 31 du même ; du n" 33, Cabo de los Esclavos, Cabotto fait un Rio de los E s c l a v o s ; le Rio de pesqua de Cabotto correspond au R. de pasqua de Ribeiro, il manque dans la carte de Chaves ; le Rio os

1

) M. F . I, page 261, reconnaît également cette concordance, en disant de la carte de S . Cabotto, qu'elle « ne s'éloigne guère de la carte d'Alonzo de Chaves ».


597

de arecife de Cabotto peut provenir de cartes plus an­ ciennes. Ce qui frappe avant tout dans la carte de Sebastiano Cabotto, c'est la construction du canevas. On a l'impression que Cabotto pourrait avoir cherché à le construire par une projection sinusoïdale (projection sinusoïdale de N. Sanson). L e s parallèles de latitude, horizontaux et situés à égale distance les uns des autres, les méridiens incurvés, conver­ geant dans la direction des pôles en se rapprochant du méridien central tracé en ligne droite, caractérisent ce système de projection dont le but est de représenter les degrés de longitude, aux différentes latitudes, dans leur longueur véritable (c'est-à-dire sans l'altération qu'offrent les cartes plates). Mais Cabotto a commis une grosse faute en donnant aux degrés de longitude à l'équateur une lon­ gueur égale aux 63% des degrés de latitude, au lieu de leur assigner la même valeur. L e s proportions admises par Cabotto à l'équateur correspondent à celles qui existent à la latitude de 49-50°. L e canevas de Cabotto accuse des proportions exactes pour la latitude de 58-60°, où la lon­ gueur d'un degré de longitude est le 52 % du degré de latitude. Dans le voisinage de l'équateur, près du bord occi­ dental de la carte (voir A. B . 1, n° 6), on lit l'indication « milliaria 62 / ». Cette mention ne peut guère avoir d'autre signification que celle-ci, à savoir qu'un degré de longitude comprend 15 / leguas (voir plus haut l'exposé touchant cette question). Mais il convient de faire remarquer qu'en 1524, à Badajoz, Sebastiano Cabotto, conjointement avecThomas Duran et Juan Vespucci, représentait l'opinion que 17 / leguas doivent équivaloir à un degré. Si l'on admet que les degrés de latitude de Cabotto sont calculés à raison de 17 / leguas, la longueur de 15 / leguas représente 89 % de ce chiffre; ainsi ce rapport n'offre pas de concordance 1

2

6

8

1

2

1

5

2

8


59S

— 1

a v e c le dessin qui indique 6 5 % )• Les reproductions pré­ sentées de la carte de Cabotto ne renfermant pas d'échelle, il n'est pas possible de poursuivre les recherches sur ce point. Pour appliquer la méthode de comparaison jusqu'ici suivie, deux moyens se présentent, qui seront utilisés l'un et l'autre : a) L a carte est considérée comme si l'échelle des latitudes seule était donnée, ou, ce qui revient au même, comme si l'échelle des longitudes concordait avec celle des latitudes. C'est le cas ordinaire. b) On tient compte de la disproportion qu'offre l'échelle des longitudes par rapport à l'échelle des latitudes. D a n s 1

) L a déclaration ci-après, que Cabotto fit également à la conférence de Badajoz, montre comment il faut peut-être comprendre sa c a r t e : « Moins on attribue de lieues au degré, plus la circonférence de la terre est petite, ce qui est tout à fait dans l'intérêt de L e u r s Majestés» (Navarrete, 1. c , I V , page 339) ; qu'on veuille bien remarquer l'accord qui existe entre cette déclaration de Cabotto et sa carte. Harrisse relate dans T h e Diplomatie History of America, 1. c , page 9 4 : « . . . w e see Sebastian Cabot, the Pilot Major of Spain, recommend to Philip II. a method of his own invention for taking the longitude at sea, which, if ever applied, would have caused errors actually amounting to sixty degrees, that is, one-sixth of the circumference of the globe ! » Harrisse renvoie sur ce point à son ouvrage: J o h n Cabot, the D i s c o v e r e r of North America, and Sebastian his Son, London 1S96, pp. 296-308. Il semble ressortir de cela, ou bien que Cabotto ne possédait pas sur ces questions un jugement très net, ou bien qu'il a intentionnellement présenté la chose autrement qu'il ne la consi­ dérait lui-même. S a carte et sa déclaration de Badajoz mentionnée ci-dessus semblent parler en faveur de cette dernière supposition. On est continué dans cette opinion par le principe suivant que formulèrent les astronomes et les pilotes espagnols à Badajoz et qui est reproduit dans Navarrete, 1. c , I V , page 349: «Il est notoire en cosmographie qu'un nombre plus petit de lieues sur les parallèles éloignés de l'équateur correspond à un nombre plus grand de d e g r é s . . . Chaque cercle parallèle est d'autant plus petit qu'il s'éloigne davantage de l'équateur ». Il s'en suit que l'on connaissait, au moins d'une manière générale, les proportions réelles.


599

Carte de S. Cabotto 1544

Indication des sections

1

2

Points

Distances en Distances en leguas et en pour-cent de la kilomètres Longueur totale

236 1. = 1501 km

t a

51 1. = 324 km

16 1. = 102 km Rio de uincenanes 161 1. = 1024 km

Point X

Longueur totale ) Tableau ) Tableau ) L e nom trouve à l'est du ) L e point ) L e point ) L e point 3

4

5

6

570 1. = 3625 km

100.0 %

d'après Stieler 3970 km

3.5 195 km au nordouest de Tijoca

5

369

km

7.7 40 km au sud-est du C. do Norte (Maraca)

C. blanco 10.7

119 km à l'ouest du C. d'Orange

6

Point C ) 25 1. 159 km

3.3

190 1. = 1208 km

25.4

250 km au nordouest du C. d'O­ range (72 km à l'est du Maroni)

Rio de uincenanes

28.3

Point X

56 km a l'ouest de Tijoca

Point B )

2.8 135 km à l'ouest du C. d'Orange

8.0

4

801. = 509 km 24 km à l'ouest du C. d'Orange

6

ta

Point A )

9.0

Point C )

294 km à l'ouest de S Anna

58 1. = 67 km au sud-est du C. do Norte (Maraca)

C. blanco

Point X Longueur totale

V o i r tableau, page 5 2 2

41.4

Rio segundo

8.6

correspondants sur Stieler

C. de S. Agostinho

261. = 165 km 131 km au nordouest de Tijoca

5

491. = 312 km

3

2.9

Point B )

D i s t a n c e s e n Distances en leguas et e n pour-cent de la kilomètres longueur totale

60 1. = 382 km 16 km a l'ouest de Tijoca

4

Points

C. de S. agustin )

7.0

Point A ) 17 1. = 108 km

Indication des sections

310 1. = 1972 km 294 km à l'ouest de S Anna

40 1. = 254 km

1

V o i r t a b l e a u , p a g e 522

41.4

Rio segundo

2

correspondants sur Stieler

C. de S. Agostinho

3

C. de S. agustin )

Carte de S. Cabotto ) 1544

Point X 749 1. = 4764 km

100.0 %

d'après Stieler 3970 km

dressé d'après la méthode a. dressé d'après la méthode b. de C. de S. agustin est assez difficile à déchiffrer, car il tombe juste dans la bande où la carte est endommagée. «C. de S a» se méridien principal, « gustin » est repoussé quelque peu vers l'équateur, à l'ouest du même méridien. A est la pointe orientale de la baie dans laquelle se jette le Rio maragnon. B est la pointe occidentale de la baie dans laquelle se jette le R i o maragnon, pointe située au nord-ouest de A , près du Rio de pesqua. C est la pointe occidentale de l'embouchure du grand fleuve sans nom, un peu au nord de l'équateur.


-

600 —

cette intention, on a opéré de la manière suivante : la côte a été divisée en petites sections formant autant que possible des lignes droites, de telle sorte que la ligne de côte de chaque section peut être considérée comme l'hypoténuse d'un triangle rectangle dont les deux autres côtés repré­ sentent la différence de longitude, soit de latitude, des points extrêmes, Puis, considérant la différence de longitude comme ayant 6 5 % de sa valeur réelle, on a fixé la longueur cor­ respondant à cette valeur réelle. La différence de latitude restant la même, on obtient de la sorte un nouveau triangle dont l'hypoténuse représente la longueur de la section de côte corrigée. D e cette manière, il a été tenu compte du rapetissement qu'a subi la côte sur la carte de Cabotto. Voici ci-contre les tableaux résultant de l'application de ces deux méthodes : Mesurée d'après la méthode a, la longueur totale, conformément au tableau précédent, est de 570 1. = 3625 km, au lieu de 3970 km, ce qui correspond à un raccourcisse­ ment de 3)45 km, soit de 6.5 %• D'après la méthode b, la longueur totale est de 7491. = 4764 km, au lieu de 3970 km, d'où un allongement de 764 km = 20.0 %. L a question de savoir quel tableau donne les résultats les plus exacts reste pendante; toutefois, d'après ce qui a été dit, il semble que ce soit le deuxième. 11 y a lieu de remarquer que les distances relatives, exprimées en pour-cent, ne peuvent pas concorder exacte­ ment sur les deux tableaux, attendu que par la méthode b ce sont les sections de côte orientées dans la direction est-ouest qui éprouvent le plus grand allongement, tandis que celles qui ont la direction nord-sud n'en subissent aucun. Il résulte des tableaux que le point A s'identifie avec Tijoça et que, par conséquent, le Rio maragnon, avec la


601

l a r g e baie formée par son embouchure, occupe la place de l'Amazone actuel. Toutefois, ainsi que le montrent les tableaux, on ne peut g u è r e considérer la baie à l'est du R i o m a r a g n o n , dans laquelle débouche le R i o segundo, c o m m e étant la baie de Maranhão. Mais qu'en est-il du l a r g e et grand fleuve le long duquel Cabotto n'a pas m a r q u é de nom, mais qui, sans aucun doute, doit repré­ senter l'Amazone ? Il se trouve déplacé beaucoup trop à l'ouest, dans une situation relative tout-à-fait inexacte, et il occupe à peu près la position relative que J u a n de la Cosa avait assignée à son G. de S a n t a Maria, à son A m a ­ zone, c'est-à-dire à la M a r - D u l c e . D ' a p r è s le tableau con­ cernant la c a r t e de C o s a , l'embouchure de l'Amazone va, sur cette carte, d'un point situé à 10 km au sud-est du C. d'Orange jusqu'au S i n n a m a r i e ; son milieu (en situation relative) tombe par suite à 87 km au nord-ouest du C. d'O­ range. E t , c o m m e dans la c a r t e de J u a n de la Cosa, l'em­ bouchure de l'Amazone dans celle de Cabotto se trouve e x a c t e m e n t sous l'équateur. Elle prend la place qu'occupe, sur les c a r t e s officielles antérieures de W e i m a r et de Ri­ beiro, la baie dont la position est intimement liée à l'équa­ teur, c'est-à-dire la Furna grande. S u r la c a r t e de W e i m a r , le milieu de la F u r n a grande est situé à 75 km au nordouest du C. do Norte ; sur celle de Ribeiro à 48 km au nord-ouest du même cap. Dans la c a r t e de Cabotto, le milieu du grand fleuve tombe, d'après la méthode a, à 111 km au nord-ouest du C. do Norte, et d'après la méthode à 172 km de c e cap. C a b o t t o n'a plus de Furna grande. C o m m e il a été expliqué précédemment, les c a r t o g r a p h e s postérieurs à C o s a , en utilisant les données de s a c a r t e , ont commis une e r r e u r qui, en principe, a été rectifiée sur la c a r t e de Cabotto, mais dont la suppression équivaut, en réalité, d'après c e qui vient d'être dit, à une faute g r o s -


602

sière. D'ailleurs le fait que, par la réintégration de l'Ama­ zone dans sa position première, les proportions de la carte de Cosa sont rétablies et que la Furna grande a disparu, prouve que Cosa, dont la carte a été évidemment con­ sultée, n'avait figuré aucune autre baie dans la partie man­ quante de son dessin, et que sa baie sans nom avec l'em­ bouchure du grand fleuve représente, non pas le Rio Para, mais la baie de Maranhão. Le Rio de uincenanes, reconnaissable aussi par les Montagnas qui l'accompagnent à l'ouest comme étant le fleuve Vincent Pinçon des cartes officielles antérieures, occupe sur la carte de Cabotto la même place que sur celle de Chaves. Dans cette dernière, il est situé à 246 km au nord-ouest du C. d'Orange; d'après la première méthode employée pour l'examen comparatif de la carte de Cabotto, il se trouve à 135 km, et d'après la deuxième, à 250 km au nord-ouest de ce cap ; la concordance avec Chaves est dès lors évidente. L e tableau suivant indique la latitude de quel­ ques points de la carte de Cabotto.

C a r t e de S. C a b o t t o 1544 Indication des points

C. de S. agustin Point A ) Embouchure du grand fleuve Rio de uincenanes Point X 1

1

Latitude

. . . . .

9°6' S 2 30' S sous l'équateur 1 °0' N 8° 24' N 0

) D'après l'exposé précédent, ce point est ident ique au cap Tijoca.


603

C e tableau a c c u s e , entre le point A et le Rio de uin­ cenanes, une différence de latitude de 8° 30'. O r le point A représente l'embouchure de l'Amazone dans sa position relative e x a c t e . Si l'on part de l'hypothèse que l'équateur passe par c e point, il y a c o n c o r d a n c e entre la latitude du Rio de uincenanes et celle que J o d o c u s Hondius 1598, T h é o ­ dore de B r y 1599, j o a n n e s de L a e t 1625, R o b e r t Dudley 1646, Nicolas S a n s o n 1650, P i e r r e Duval 1664 et Guillaume de l'Isle 1700, par exemple, admettent pour le W i a p o c o L ' e x p o s é qui précède dispense de parler du t r a c é des c ô t e s en général dans la c a r t e de Cabotto. L e dessin de son Maragnon, qui rappelle fortement la baie Ho maranha de la c a r t e de la R i c c a r d i a n a , offre seul de l'intérêt; on constate aussi sur la c a r t e de Cabotto la p r é s e n c e des deux fleuves caractéristiques et il se peut que c e c a r t o ­ graphe, pour son dessin tout au moins, ait aussi utilisé la c a r t e de la R i c c a r d i a n a ou un prototype de cette dernièreL ' e x a m e n de la c a r t e de C a b o t t o fournit la réponse à la question du rapport existant entre le Marañon de C h a v e s et l'Amazone de Cabotto. On a vu que Chaves identifie le Marañon avec la Mar-Dulce. Cabotto maintient le Marañon de C h a v e s , qui se présente sur sa c a r t e sous le nom de Maragnon, entre deux R i o de los e s c l a v o s , tandis que C h a v e s le situait entre un C a b o et un R i o de los E s c l a v o s . L e R i o de pesqua de Cabotto figure c o m m e R i o de pasqua sur la c a r t e de R i b e i r o et sur celle de W e i m a r , immédiatement à l'ouest de la Costa de paricura et du Marañon. L a con­ c o r d a n c e saute a u x yeux. D a n s le Maragnon de C a ­ botto, on reconnaît le Maranhom et Marañon de la c a r t e de W e i m a r et de R i b e i r o , le Marañon, la Mar-Dulce de 1

) V o i r le tableau, pp. 728, 729.


604

Chaves-Oviedo. Mais Cabotto dessine l'Amazone comme une ligne sinueuse se déroulant régulièrement et aboutissant sous l'équateur, et inscrit cette légende : « Rio de las Amasonas descubrio Francesco de Orellana . Orellana étant revenu de son voyage en 1542 et la carte de Cabotto étant datée de 1.544, il y a toute apparence que Cabotto crut qu'Orellana avait découvert un nouveau fleuve dont l'embouchure était déjà connue de Cosa qui avait voulu la figurer sur sa carte par la large baie de S Maria. C'est ce fleuve que Cabotto introduisit dans sa carte. Après son Maragnon qui, comme il a été démontré, concorde, quant à la position, avec le Marañon de Chaves, viennent dans l'ordre suivant sur la carte de C a b o t t o : Rio de los esclavos — Rio de pesqua — Arboleda - Rio de areeife - C. blanco Amazonas. Sur la carte de Chaves, par contre, on lit : R. de los Esclavos — R . de las Arboledas Costa de Laxas C. Blanco. L e Cabo blanco figure dans Cabotto comme dernier cap à droite du fleuve des Amazones. A la place occupée par l'em­ bouchure de l'Amazone de Cabotto, on rencontre les noms suivants dans Chaves : P de la Furna - R. de Aldea R . de las Planosas — R . de la Vuelta P del Placél. Viennent ensuite, sur la carte de Chaves, le Rio de Vicente Pinçon et Las Montañas. Sur celle de Cabotto, le Rio de uincenanes, également avec les Montagnas, fait immédiatement suite à l ' A m a z o n e , sur la rive gauche de ce fleuve. Il est manifeste que les noms de la carte de Chaves qui manquent dans celle de Cabotto ont dû céder la place au nouveau Rio de las Amasonas dont le dessin emprunte une grande largeur. Mais après avoir ainsi violemment fait place à l'Amazone, Cabotto suit de nonta

ta

ta


-

605 —

veau Chaves; il écrit en complète concordance avec lui: « Uincenanes » ), Montagnas, Furna, Aldea, Rio baxo. Il résulte de cette comparaison que Cabotto a ajouté le Rio de las A m a z o n a s au t r a c é antérieur de C h a v e s , sans s'inquiéter davantage des modifications que cette adjonction entraînait. Il laissa, p a r défaut de jugement, le Marañon et le V i c e n t e Pinzon avec les Montagnas à la place qu'ils avaient o c c u p é e jusqu'alors. ) Si Cabotto avait reconnu que son Rio de las A m a ­ zonas et le Marañon des c a r t e s antérieures ne constituaient qu'un seul et m ê m e cours d'eau, et s'il axait voulu placer c e fleuve sous l'équateur, il aurait dû déplacer v e r s le nord, dans une mesure correspondante, le dessin cartographique tout entier ; le Rio de V i c e n t e Pinzon eût été alors transporté également de 2 / ° plus au Nord. Il est absolument inadmissible de dire que Cabotto, rectifiant l'erreur de s e s prédécesseurs, a rendu à l'Ama­ zone la position qui lui appartient, o c c u p é e p a r c e fleuve dans la c a r t e de J u a n de la Cosa déjà et que c e faisant il a également rétabli les noms à leur place e x a c t e . Il a été montré précédemment que, lors du transport de la Mar-Dulce dans sa position méridionale, les autres noms se sont déplacés a v e c elle. Or, Cabotto e s c a m o t e une por1

2

1

2

1

) Chaves-Oviedo écrit : « R i o de V i c e n t e Pinçon ». M a l g r é la différ e n c e dans leur orthographe, on est d'accord sur l'identité des deux noms. V o i r p. ex., dans M . F . I , le tableau page 263, qui d'ailleurs n'est pas toujours e x a c t . 2

) L a c a r t e de Desceliers, de 1550 ( A . B . I, n° 9 ) , sur l a q u e l l e l ' A m a z o n e s e trouve r e p r é s e n t é de l a m ê m e façon typique, illustre c e t t e manière de procéder. L e s noms de C. de buelta, R . de F u m o s , R . do p r a c e l , mall abry sont restés dans son embouchure. O n voit clairement comment le grand fleuve a été introduit par une correction sur l a carte, sans q u e le reste du dessin ait été modifié. Cabotto a procédé de la même manière, seulement il a supprimé l e s noms absorbés par le fleuve.


606

-

tion de côte et supprime toute une série de noms qui, jusqu'alors, avaient appartenu à cette partie.du littoral. On est en droit de se demander ce qu'il est advenu du fragment de côte que Cabotto a mis de c ô t é ? Chaves n'a-t-il pas placé son Vincent Pinçon en tenant compte, précisément, de la position qu'il attribuait à la Mar-Dulce, soit au Marañon, en un mot au fleuve de sa carte qui doit être identifié avec l'Amazone actuel? Que signifient les « Montagnas » de Cabotto dans le voisinage de l'Amazone, à une place où il n'y eut jamais de montagnes ? Si la simple comparaison de Cabotto et de Chaves montre déjà nettement les choses sous leur véritable aspect, elles apparaissent sous un jour non moins clair lorsqu'on compare Cabotto аvеc les cartes modernes. Ainsi, pour interpréter Cabotto d'une façon exacte, on est obligé ou d'enlever son Amazone de la carte, de le con­ sidérer comme n'existant pas, ou de reporter son Vincent Pinçon vers le nord-ouest, à une distance égale à la longueur de côte supprimée. 2. L a carte de Diego Gîdierres, 1550 (A. F., n° 2, A. В . I, n 7 et <S), porte, d'après A. F . , n° 2, le titre sui­ vant: « Diego Gutierrez cosmógrapho de Su Maj me fizo en Seuilla, año de 1550». Il est vraisemblable que Gutierrez succéda en 1549 à Cabotto comme piloto-mayor de la C a s a de Contratacion. La carte de Gutierrez, par les noms qu'elle porte au sud-est du « R . de las Amazonas », remonte à Cabotto et à Chaves, tandis que par ceux placés au nord-ouest du grand fleuve, elle rappelle les cartes de la Riccardiana et de Desliens. L'embouchure de l'Amazone est entièrement dessinée d'après la carte de Desliens et la baie de Maranhão avec ses deux cours d'eau caractéristiques, d'après Desliens et la Riccardiana. L'influence des cartographes portugais et os

d


607

français se révèle ainsi clairement sur la c a r t e de Gutierrez, et c o m m e cette influence revêt de l'importance dans la question qu'il s'agit d'examiner spécialement ici, il faut entrer dans quelques détails au sujet de cette c a r t e . U n e comparaison de Gutierrez a v e c Cabotto et C h a v e s , pour la nomenclature au sud-est de l'Amazone, conduit au tableau ci-après, dont les noms se suivent clans la direction du sud-est au nord-ouest : l

Gutierrez ) Palmares Placel C. (?) del P l a c é l T é r a de S a n ui cente C . del ueste C . de fumos Placel C . de C o r y n t e s

Chaves ta

P del P a l m a r R . del P l a c e l T i e r r a de H u m o s B . de S a n c t V i c e n t e C. del H u e s t e ta

P P p C. R. R. R. B. C. R. R. R.

t a

ta

R. R. ... B C. a

de de de de de

Naubor ? fumos todo S t o s los esclauos

Marañon R i o de los esclauos

de A l l e n d e de C o r r i e n t e s de Fumos ó H u m o s de C o r r i e n t e s Xaubor Segundo de J o h a n de Lisbona de T o d o s S a n c t o s de los E s c l a v o s de Navidad Marañon de los E s c l a v o s

V i s t o de l e x o s (laxos ) R . de las A r b o l e d a s N o eujsto mas

1

Cabotto P . del parmar B a y a de fumos R i o del placel

Tierra baxa de Corrientes

R i o de n a b a r R i o segundo R i o de j u a n de lisbon B a i a de todos S a n t o s Rio de los e s c l a . . . • Maragnon R i o de los esclavos R i o de pescua Arboledo

) D ' a p r è s A . B . I, n° 8 ; la c a r t e de A . F . , n° 2, diffère quelque peu dans l'orthographe, mais elle est plus c l a i r e . A partir du M a r a ñ o n , on lit dans l a direction du nord-ouest: R i o de los esclauos, V i s t o de lexos, no eujsto mas, que el fondo, R ° de pascua, C o s t a de arboledas (?), C o s t a de lajas (?), C. bianco.


608 Gutierrez ...

f

Chaves

Cabotto

...

Costa de laxa Costa de L a x a s С. B l a n c o С. Blanco R. de las Amazonas P de la F u r n a Rio grrande de las Ama­ zonas

Rio de arecife C. blanco

ta

Amazonas

On ne saurait méconnaître que, pour cette partie de la côte, Chaves en première ligne, et Cabotto pour quelques noms, ont servi de base à Gutierrez. Le Marañon de Gu­ tierrez correspond au Marañon ou Mar-Dulce de Chaves ; c'est par conséquent l'Amazone. En revanche, le Rio de las Amazonas de Gutierrez, qui, comme sur la carte de Cabotto, débouche au nord-ouest du C. blanco, correspond au faux Amazone, tel que Cabotto le figure dans sa carte d'après Orellana. On verra, lors de la discussion de la carte de Nicolas Desliens, que Gutierrez, tant dans le dessin de l'embouchure de l'Amazone que dans le tracé de la côte située au nord-ouest de celle-ci et dans la nomenclature, n'a pas suivi la carte de Cabotto, mais celle de Desliens. C'est alors seulement qu'on pourra montrer que le Rio de Vicente Pinzon de Gutierrez, dessiné par celui-ci près de l'Amazone, sous le nom de Rio de ui

cente pinçon est emprunté à la carte de Desliens à laquelle, par con­ séquent, il convient de se référer pour ce qui le concerne. 11 n'est pas possible de procéder à un examen de la carte de Gutierrez sur la base de la méthode appliquée aux cartes dont il a été parlé jusqu'ici. L e s chiffres sui­ vants permettent quelques comparaisons:


609

D e la Punta anegada au Rio de uicente pinçon, Gutierrez a c c u s e 163 leguas et C a b o t t o (sans allongement des distances) 161 leguas. Du R. de uicente pinçon au C. C o r a , Gutierrez a 14 leguas, Cabotto 16. L ' e m b o u c h u r e de l'Amazone, du C. Cora au C. blanco, mesure 40 leguas d'après Gutierrez, 51 d'après Cabotto et 38 d'après Desliens.

b)

C A R T E S PORTUGAISES DU X V I

ET FRANÇAISES E

DU

MILIEU

SIÈCLE.

J u s q u ' à présent, il a été question presque exclusive­ ment des c a r t e s de l'école sévillane. A partir de 1540, apparaissent au premier plan aussi des c a r t e s portugaises et des c a r t e s françaises concordant a v e c c e l l e s - c i sur nombre de points. Elles sollicitent l'intérêt, tout d'abord en c e qui c o n c e r n e la question de l'Amazone ; en outre, le R i o de V i c e n t e Pinzon se présente chez elles sous un j o u r nouveau. Il s'agit ici des c a r t e s de Nicolas Desliens, de celle dite de la Riccardiana, des c a r t e s de Pierre Desceliers, de Diogo Homem et d ' A n d r é a s Homo. 1. P a r m i c e s c a r t e s , celle de Nicolas Desliens (A. B . I, n° 5), qui porte la date de 1541, occupe une place spéciale. Toutefois, sur cette carte, le dessin de l'Amazone concorde à tel point a v e c celui de Cabotto, qui rapporte e x p r e s s é ­ ment à Orellana la découverte de c e fleuve, qu'on doit for­ c é m e n t admettre ou bien que la carte de Desliens n'a été terminée qu'en 1543 ou 1544, ou bien que le fleuve des A m a ­ zones y a fait l'objet d'une adjonction ultérieure. R u g e , I. c , p a g e 61, considère la c a r t e de Desliens c o m m e « la plus ancienne c a r t e française connue sur parchemin dans le style des portulans ». Malheureusement la reproduction présentée à l'arbitre est très difficile à déchiffrer; cependant voici c e qu'elle permet de reconnaître :


610

L e cours inférieur de l'Amazone est représenté avec les mêmes sinuosités d'une régularité géométrique que dans Cabotto. L'embouchure est située sous l'équateur. Comme nom du fleuve, on lit « R . grand », « Mer doulce », « R . grand des amazones ». L a rive droite aboutit à un « C. blanc », la rive gauche à un « C. Cora ». L e « Marañon » des cartes antérieures est porté au sud-est de l'Amazone et se recon­ naît à deux fleuves caractéristiques qui se jettent dans la baie et qui rappellent le dessin de la Riccardiana. En mettant en parallèle les séries des noms relevés sur les cartes de Desliens et de la Riccardiana, on obtient le tableau suivant pour la côte située au sud-est de l'Ama­ zone : Desliens

Riccardiana

C. des basses C. d. ?

C. das baixas Costa Çusa B . do Ilheo Costa vista B . de s. J o à Costa descuberta Môtanhas Aneguados C. de baxas R. fresco Atalaia Rio de mal Elhacon C. de buelta R. de fumos R. du pcel Malabrigo R. de baixas

B . de lisboa B . S. J a n Costa descou Montagnes

— —

R. fresco Attallay R . de ? Ansse C. de volta R. de fumos R. de pascoa

— Coste des basses


611

Desliens Coste dellagoas Coste de arboledas C o s t e de lo g o a s C. blanc

Riccardiana R. de nunho C. baixo

A p r è s le C. blanc de Desliens vient, dans sa carte, le R. grand des amazones, que la R i c c a r d i a n a n'a pas. J u s ­ qu'ici, Desliens a évidemment suivi la R i c c a r d i a n a ou une c a r t e semblable. Il intercale toutefois dans le voisinage de l'embouchure de l'Amazone un certain nombre de noms nouveaux. U n e comparaison de la nomenclature des deux c a r t e s de Desliens et de Gutierrez, pour la partie de la côte située au nord-ouest de l'Amazone, montre en r e v a n c h e que la c a r t e de Gutierrez, pour cette portion de c ô t e , procède de celle de Desliens ou d'une c a r t e similaire; c'est c e que confirme le tableau suivant : Desliens C. C o r a R. danes pinçon I

R. de aidea R. de barq R. de sol R. V e r t e Basses Ansse Forillans R. de la barqua

Gutierrez C. C o r a R° de ui vente pinçon R° del aidea R" de la b a r c a R" salado R ° verde

Los fara llonas R° de la \ barca


612

Desliens Praia basse T e r r a llana R . doulce

R. R. C. C.

de canoas sallado des basses aneguada

Gutierrez ta

P baxa T e r a llana R° duce Monte as | paço J R° de canoas R. salado pta

.

megada

L a carte de Desliens datant de 1540 à 1545 et celle de Gutierrez de 1550, il faut bien admettre ou que Gutierrez a travaillé d'après Desliens pour cette section de la côte, ou que leurs deux cartes dérivent du même original. Une comparaison avec la Riccardiana, que Desliens rappelle sous beaucoup de rapports aussi pour cette section, vient à l'appui de la première hypothèse ; elle est corroborée également par le fait que Gutierrez concorde avec la carte de Desliens dans les divergences que celle-ci présente avec la Riccardiana. L a concordance parfaite du dessin de l'em­ bouchure de l'Amazone prouve également que Gutierrez, pour cette partie de sa carte, procède directement de Desliens. D'autre part, ce dernier qui, à première vue, paraît s'éloigner de la Riccardiana en ce qui concerne la partie située au nord-ouest de l'Amazone, la suit également pour cette section, comme le montre le parallèle suivant : Riccardiana R. del caciq R. de vecëte R . de anes

Desliens C. Cora R. danes pinçon 39


613 Desliens

Riccardiana R. bueno R. verde Furna 1

Arecifes ) R. de p c e l T e r a baixa Rio dulce Mõte especo R. de c a n o a s R. salado Costa baxa Palmar Aneguado

R. de aldea R. de sol R. verde \ Basses | ansse Forilloas ) R. de la barqua Praia b a s s e T e r r a llana R. doulce 1

C. de c a n o a s R. sallado C. des b a s s e s C.

aneguada

D e cet e x p o s é il r e s s o r t ceci : Desliens r e p o s e essen­ tiellement sur la R i c c a r d i a n a pour la totalité de la c ô t e ; Gutierrez repose sur C h a v e s et en partie aussi sur C a b o t t o pour la portion située au sud-est de l'Amazone, sur D e s ­ liens et indirectement par conséquent sur la R i c c a r d i a n a pour la partie située au nord-ouest de c e fleuve. L ' A m a z o n e d'Orellana ne figure pas dans la R i c c a r d i a n a . Desliens, Cabotto et Gutierrez l'ont dessiné d'une façon semblable, mais ne lui ont pas donné une position concordante sur leurs c a r t e s . L a comparaison de la c a r t e de Nicolas Desliens a v e c Stieler donne les résultats consignés dans le tableau suivant :

1

) A r e c i f e s et F o r i l l o a s ont l a m ê m e signification

(récifs).


614

Nicolas Desliens 1543—1544 (?)

Points

correspondants

sur

Indication des sections

Distances en leguas et en kilomètres

C. S. augustin

Distances en pour-cent de la longueur totale

C. de S. Agostinho

A

2731. = 1736 km

Stieler

V o i r tableau, page 522

38.2 167 km à l'ouest de S Anna

1

Point A )

t a

951.= 604 km

13.3 139 km au nord-ouest de Tijoca

2

Point B ) 1291. = 821 km

18.1 52 km au nord-ouest du C. d'Orange

y

C. blanc

A

381. = 242 km

(Mer doulce)

5.3 262 km au nord-ouest du C. d'Orange

y

C. Cora

A

211. 134 km

2.9

1591. : km

22.2

3

R. danes pinçon ) loi

y

C. des basses Longueur totale 1

377 km au nord-ouest du C. d'Orange (53 km à l'ouest du Ma­ roni) Point X

7151. = 100.0% d'après Stieler 3970 km 4548 km

) L e point A est, sur le dessin de Desliens, la pointe à l'est de la langue de terre avec le nom Assension, pointe correspondant à la moderne I. de S Anna. ) L e point B est la place où apparaît encore faiblement un cours | d'eau qui a été effacé du dessin. Ce point se trouve, sur A . B . I, n° 5, à 29 mm à l'est du C. bianco. ) On ne peut établir d'une façon précise à quelle embouchure I fluviale ce nom se rapporte. ta

2

8


615

La longueur totale se monte à 715 1. = 4548 km, au lieu de 3970, et a c c u s e ainsi un allongement de 578 km = 1 4 . 6 % . E n reportant la c a r t e de Desliens sur la c a r t e moderne, l'Amazone vient donc se p l a c e r e n c o r e à l'ouest du C a p d'Orange, tandis que le V i c e n t e Pinzon tombe à 53 km à l'ouest du Maroni. La comparaison montre que Desliens, procédant c o m m e Cabotto, a introduit l'Amazone dans l'ancien dessin des côtes sans s'inquiéter des c o n s é q u e n c e s résultant de c e fait. Mais dans Desliens et Cabotto le t r a c é des côtes est essentiellement différent quant aux proportions, ainsi qu'il ressort suffisamment de la comparaison des tableaux, p a g e s 599 et 614. L e s formes caractéristiques de la baie désignée par Ho maranha sur la Riccardiana se re­ trouvent dans la c a r t e de D e s l i e n s ; toutefois, il est impos­ sible de déchiffrer le nom placé à côté. En c e qui c o n c e r n e le Rio de Vicente Pinson, il résulte de la comparaison de la nomenclature de Desliens a v e c celle de la R i c c a r d i a n a que le R. danes pinçon de Desliens correspond au R. de v e c e t e et au R. de anes de la R i c c a r ­ diana. S u r les deux c a r t e s , les Montagnas manquent à cette place. On v e r r a plus loin que le Rio de v e c ë t e de la Riccardiana, reporté sur la c a r t e moderne, vient tomber à 146 km à l'ouest du Maroni, tandis que d'après le tableau précédent il est situé dans Desliens à 53 km à l'ouest du Maroni. Cette différence dans la position rela­ tive s'explique par le fait que Desliens, ainsi qu'il r e s s o r t d'ailleurs de la comparaison de la nomenclature, a utilisé, outre la R i c c a r d i a n a , d'autres s o u r c e s encore, que son dessin des côtes diffère essentiellement de celui de la Riccardiana, et que sa c a r t e présente un allongement de 1 4 . 6 % , tandis que celui de la Riccardiana n'est que de 4 % . Il résulte de c e s considérations qu'on est fondé à identi­ fier le R . danes pinçon de Desliens a v e c le R. de v e c ë t e


616

et le R. de anes de la Riccardiana. Desliens a ajoute le mot pinçon de son propre chef, peut-être parce qu'il a confondu le R. de vecète de la Riccardiana avec le R. de Vicente Pinçon de Chaves. Cela explique aussi la concep­ tion de Gutierrez et l'on comprend dès lors pourquoi ce dernier n'a point placé de Montagnas à côté de son R. de ui-cente-pinçon. Dans la carte de Desliens figure enfin un Rio fresco, et cela, d'après la nomenclature, en concordance également avec la Riccardiana. Il est situé à 36 leguas = 226 km à l'ouest du point de la côte désigné par B sur le tableau; par suite, sa position relative est à 202 km au sud-est du Cabo do Norte (Maraca). L a question du Rio fresco ne pourra être traitée complètement que lors de la discussion touchant la Riccardiana. Alors il y aura lieu de tenir compte tout particulièrement des proportions inexactes du dessin de la côte sur la carte de Desliens. 2. Une importance spéciale s'attache à la carte dite de la Riccardiana et aux cartes de Pierre Desceliers. La «Riccardiana» (Atlas Kretschmer, planches X X X V I I et X X X V I I I ) doit son nom à la bibliothèque Riccardiana à Florence, où elle est conservée. C'est un atlas de 25 cartes, dont les deux planches indiquées ont trait au territoire con­ testé. Sans avoir de caractère officiel, la Riccardiana est un exemplaire typique de la cartographie portugaise; par la configuration des côtes, elle permet de reconnaître qu'elle dérive de Canerio, etc. Ruge, 1. c , page 73, estime que cet atlas date de 1540 à 1550. Il est en tout cas antérieur aux cartes de Desliens et Desceliers qui, tous deux, ont travaillé d'après la Riccardiana. Deux cartes de Pierre Desceliers sont à examiner. L'une, datée de 1546, dite carte de Henri II (Ruge, 1. c., page 67), n'a pas été versée au débat. Mais on trouve dans M. F . I,


617

p a y e 275, une reproduction de s a nomenclature pour la côte dont il s'agit. La seconde c a r t e porte la date de 1550; e l l e est reproduite dans A. B. I . n° 9. S a nomenclature c o n c o r d e assez e x a c t e m e n t a v e c celle de la première. D e s c e l i e r s , selon R u g e , est r e g a r d é c o m m e le c r é a t e u r de l'hydrographie française. Il a travaillé d'après la R i c c a r ­ diana ou d'après un modèle concordant a v e c elle. L e tableau ci-après met en parallèle les noms de la Riccardiana et de la carte de D e s c e l i e r s 1550, r e l e v é s de l'est à l'ouest. L e s points sur lesquels la c a r t e de D e s c e l i e r s de 1546, selon le tableau de M. F . I, p a g e 275, a c c u s e des divergences a v e c celle de 1550 font l'objet d'une note spéciale. Riccardiana

Desceliers

Ho maranha Finare T e r r a dos fumos Punta do pracel Costa apçeiada R. de S m a r c e l ) B . de do leite R. de S paulo C. das b a i x a s C o s t a Çusa B. do Ilheo Costa vista a

2

a

1550

Marignan C. do P. de pcel R. B. R. C.

2

de S. Paulo ) de diogo leite S Marcial des b a s s e s t

4

B a i a s pequas ) 5

B. de Lisbon ) l

) D e s c e l i e r s 1546 a « P i n a t e » et « R . de famus ». ) L e s noms de R . de S M a r c e l et R . de S P a u l o vertis sur D e s c e l i e r s 1546 et 1550. M. F . I, p a g e 275, é c r i t : au lieu de diogo leite. ) D e s c e l i e r s 1546 a « Coste c a i a ». ) D e s c e l i e r s 1546 a « B a y e de l'Islet ». ) M a n q u e sur D e s c e l i e r s 1546. 2

3

4

5

a

a

sont inter­ Drogolerte,


Riccardiana B. de S. J o à Costa descuberta Môtanhas Aneguado C. de baxas R. fresco Atalaia Rio de mal Elhacon ) C. de buelta R. de fumos R. do pcel Malabrigo R. de baixas R. de nunho C. baxo R. del caciq R. de vecëte R. de aues R. bueno R. verde 2

618

Descelier

s

1550

B . de S. Ihan Coste descouuerte Monta ignés Anegat ) C. des basses R. fresco Atallaca R. de mal Ansse en même C. de buelta ) temps embou­ R. de fumos chure de R. du pcel l'Ama­ Mallabry zone R. des basses R. de munho C. des basses R. de caciq ) R. de vincente ) R. de anes ) R. de bueno ) R. verde l

3

4

5

6

7

L a concordance des deux cartes dans la nomenclature est à peu près complète. L e tableau ci-dessous, page 620, 1

) Desceliers 1546 a « Anegadas ». ) « E l h a c o n » tire probablement son origine du mot « Ancon », qui dé­ signe en espagnol une petite baie propre au mouillage. L e nom correspond donc également au mot français « ansse ». ) Desceliers 1546 a « C. de la tournée » (?). ) Desceliers 1546 a « R . du cacique ». ) Desceliers 1546 a « R . de Vincent ». ) Desceliers 1546 a « R . des oiseaux » (?). ) Desceliers 1546 a « R . de bien » (?). 2

3

4

5

6

7


619

dressé d'après la méthode usuelle, fera facilement saisir la corrélation existant entre elles. D'après ce tableau, la longueur totale de la portion de côte mesurée est, pour la Riccardiana, de 649 leguas = 4128 km, au lieu de 3970 km; l'allongement est donc de 158 km ou de 4 . 0 % . Desceliers, pour cette longueur totale accuse 656 leguas = 4173 km, au lieu de 3970 km, soit un allongement de 203 km ou de 5.1 % . L e s trois faits suivants revêtent une importance toute particulière. a) L'Amazone du type Orellanien ne figure pas dans la Riccardiana. Cette carte n'a que le «Ho m a r a n h a » , mais il est repoussé à l'est de l'Amazone par rapport à la carte moderne. L e côté gauche de l'embouchure, formé par la T i e r r a do fumos, est situé à 71 km à l'ouest de T i j o c a . Le Ho maranha de la Riccardiana est donc évidemment l'Amazone. Desceliers 1550 marque l'Amazone; quoique c e fleuve n'y présente pas les sinuosités e x a g é r é e s qu'on re­ marque dans Cabotto, on reconnaît facilement qu'il est dessiné d'après la conception Orellanienne. On voit que Desceliers n'a introduit qu'après coup le grand fleuve dans la carte et qu'il a procédé absolument de la même manière que Cabotto, a v e c cette différence toutefois qu'il laissa subsister les noms occupant antérieurement la place du fleuve nouvellement introduit. L a position qu'il lui donne ressort clairement du tableau précédent, qui montre en outre que Desceliers se rattache complètement à la R i c ­ cardiana pour le reste du dessin. L e Marignan de D e s c e ­ liers occupe une position semblable à celle du Ho maranha de la Riccardiana. b) En ce qui concerne le R i o de V i c e n t e Pinzon, la grande différence que c e s cartes présentent a v e c celles de Séville saute aux yeux. C'est en vain que dans la R i c c a r -


620 Carte de Pierre

C a r t e d e la R i c c a r d i a n a Points

sur D i s t a n c e s en

Indication des sections

Rio

V o i r tableau,

page 5 2 2

C. S. augustin

ta

9.1

1

C. àpcelada )

D i s t a n c e s en leguas et en pour-cent de la kilomètres l o n g u e u r totale

234 km à l'est de Tijoca (322 km au nord-ouest de S Anna)

34.6 24 km à l'ouest de S Anna

A

67 1. = 426 km 1

C. du pracel )

ta

10.2 128 km à l'est de Tijoca (429 km au nord-ouest de S Anna)

y A

ta

50 1. = 318 km 77 1.= 490 km

126 km au sud-est du Cap d'Orange (55 km au sud du Cachipour) 20 km au sud-est du C. d'Orange

175 km au nordouest du C. d'O­ range 7.4

R. de vecëte 129 1. = 821 km

Longueur totale 1

2

468 km au nordouest du C. d'O­ range (146 km à l'ouest du Maroni)

Mallabry (rive occi­ dentale du grand fleuve)

R. de vincente

Point X 100.0%

d'après Stieler 3970 km ta

Longueur totale

14.6 83 km au nordouest du C. do Norte (Manica)

y A

3.2 56 km au sud-est du C. d'Orange

y A

18 1. = 114 km

2,8 56 km au nordouest du C. d'O­ range

y A

31 1. = 197 km

4.7 242 km au nordouest du C. d'O­ range

y A

7.2

y A

121 1. = 770 km Coste basse

44 km au nordouest de Tijoca

A

47 1. = 299 km

19.9

y 649 1. = 4128 km

Ansse (rive orien­ tale du grand fleuve)

4.9

Malabrigo 48 1. = 305 km

R. fresco

4.3

y

21 1. = 134 km

2.7

Elhacon 32 1. = 204 km

2

Point A )

3.5

R. fresco 17 1. = 108 km

C. do (fumos ?)

96 1. = 611 km C. do Norte (Maraca)

2

Costa baxa

km au nordouest de Tijoca

11,8

Point A ) 23 1. = 146 km

ta

28 1. = 178 km

7.7 71

Fumos

V o i r tableau, p a g e 5 2 2

C. de S. Agostinho

A

y

R. Grande

Stieler

en

227 1. = 1444 km 40 km a l'est de S Anna

59 1. = 375 km

Indication des sections

33.0

grande

correspondants

sur Dislances

C. de S. Agostinho

C. de satagosto 214 1. = 1361 km

Points

Stieler

Distances en

leguas et en pour-cent d e la kilomètres longueur totale

Desceliers

correspondants

18.4

y 656 1. = 4173 km

528 km au nordouest du C. d'O­ range (206 km à l'ouest du Maroni)

Point X 100.0%

d'après Stieler 3970 km

) Ces points correspondent, d'après le dessin, à l'île de S Anna de la carte moderne. ) L e point A est le point situé entre les noms de Costa descuberta et Môtanhas, respectivement Coste descouuerte et Montaignes.


621

diana et Desceliers, on cherche cette riviere dans la situa­ tion relative qu'elle occupe sur Chaves comme aussi sur Cabotto. Mais, en revanche, apparaît loin au nord-ouest, un « R . de v e c ë t e » (Riccardiana), ou « R . de vincente » (Desceliers), inconnu des cartes de Séville. Il est accom­ pagné d'un groupe de noms qui semble lui appartenir : à droite, le R . del caciq, à gauche, le R. de anes ou aues et le R . bueno. D e s « Montanhas » ne lui sont pas adjointes. C'est à juste titre que M. F. I, pages 27b et suivantes déclare que ce R. de vecëte ou R. de vincente n'est pas le Rio de V i c e n t e Pinzon qui nous occupe. Il a été constaté pré­ cédemment que parfois le nom du saint et le nom du navigateur se rencontrent déjà sur les plus anciennes cartes. Il n'est pas impossible non plus que le mot «Vi­ cente » ait formé à l'origine, avec le terme « anes » placé au-dessous, un seul nom: Vicenteanes, et que, sous cette forme, il se soit rapporté à V i c e n t e Yañez Pinzon. Mais cette riviere est beaucoup trop éloignée de l'Amazone, c'est-à-dire du Maranha ou Marignan, pour qu'elle puisse être identifiée avec le Rio de V i c e n t e Pinzon de la carto­ graphie officielle espagnole. D e plus, les noms voisins de la riviere, le R. de caciq et le R. bueno — totalement étrangers aux cartes espagnoles — de même que l'absence des « M o n t a g n a s » , indiquent qu'on ne peut reconnaître le fleuve contesté dans ce R . de vecete ou vincente sep­ tentrional. c) Enfin, un « R . fresco » porté sur ces cartes mérite d'être examiné de plus près. Il se trouve dans le voisinage des «Montanhas» (Montaignes), qui sont situées plus à l'est et à côté desquelles on lit « Costa descuberta » (Coste descouuerte). Le Portugal, dans ses mémoires de 1698 et 1699, a prétendu que le Rio de V i c e n t e Pinzon serait identique à un Rio fresco qui prendrait sa place sur quel-


622

1

ques c a r t e s ). D ' a u t r e part, le v o i s i n a g e des m o n t a g n e s et la mention de la « c ô t e d é c o u v e r t e » appellent aussi l'attention sur c e R i o f r e s c o . Un R i o fresco figure déjà clans Majollo 1527 et dans F r e d u c c i , m a i s c e s d e u x c a r t e s le m a r q u e n t au sud-est de l a M a r - D u l c e , c'est-à-dire à une p l a c e qui ne c o r r e s p o n d en tout c a s pas aux indications des m é m o i r e s p o r t u g a i s . S u r la R i c c a r d i a n a et D e s c e l i e r s , en r e v a n c h e , le Rio f r e s c o apparaît au nord-ouest du « H o m a r a n h a » (Marignan), p a r c o n s é q u e n t , d ' a p r è s l ' e x p o s é qui p r é c è d e , au nord-ouest de l ' A m a z o n e a c t u e l . P a r c o n t r e , clans la c a r t e de D e s c e l i e r s de 1550, il est situé au sud de son (faux) A m a z o n e . D ' a p r è s M. F . 1, p a g e 275, il doit, sur la c a r t e de 1546, s e t r o u v e r au nord de l ' A m a z o n e ; m a i s c o m m e la s é r i e des n o m s c o n c o r d e dans les deux c a r t e s de D e s c e l i e r s , c e d é p l a c e ­ m e n t v e r s le c ô t é nord-occidental du g r a n d fleuve ne p e u t s e c o n c e v o i r que si D e s c e l i e r s en 1546 a m a r q u é son A m a ­ zone b e a u c o u p plus au sud-est qu'en 1550. L a c a r t e de 1546 n ' a y a n t p a s été r e m i s e à l'arbitre, il ne s a u r a i t obtenir un résultat positif s u r c e point. C e l a d'ailleurs est indifférent, attendu que, pour pouvoir p o r t e r un j u g e m e n t m o t i v é sur les c a r t e s de D e s c e l i e r s , l'on doit faire en tout c a s a b s t r a c ­ tion de son A m a z o n e . L a c o m p a r a i s o n a v e c la c a r t e m o d e r n e m o n t r e que le R i o f r e s c o de la R i c c a r d i a n a et de D e s c e l i e r s s e t r o u v e en r a p p o r t étroit a v e c le R i o cle V i c e n t e Pinzon. D ' a p r è s la R i c c a r d i a n a , il t o m b e à 55 km au sud du C a c h i p o u r , et d ' a p r è s D e s c e l i e r s , à 56 k m au sucl-est du C a p d ' O r a n g e , soit un peu au nord-ouest clu C a c h i p o u r . A n t i c i p a n t s u r les c o n s t a t a t i o n s u l t é r i e u r e s , il y a lieu de s i g n a l e r ici déjà que, clans la c a r t e cle J a n v a n D o e t de 1585 (A. B . I, 1

) V o i r ci-dessus, pp. 200, 2 2 0 .


623

n° 30), le Rio freseo tombe à 12 km au sud-est du Cap d'Orange. D'autre part, il a été dit ci-dessus à la page 616, que le Rio fresco de Desliens vient se placer à 202 km au sud-est du C a b o do Norte (Maraca). Desliens ne con­ cordant, en ce qui touche les proportions du dessin, que très imparfaitement a v e c la Riccardiana, tandis que Desceliers conserve beaucoup plus exactement les dimensions de cette dernière carte, il s'ensuit une notable différence entre la position du Rio freseo de Desliens et celle de cette riviere dans la Riccardiana, Desceliers et van Doet. Mais la. Riccardiana, Desceliers et van Doet fournissent l'explica­ tion du fait que le Rio freseo a pu être identifié avec le Cachipour. L a « Costa descuberta » représente par conséquent la côte ou une partie de la côte du Contesté actuel. Seule la situation des Montanhas (Montaignes) reste en question. Ou bien, il s'agit ici d'un déplacement de noms remontant déjà à une époque antérieure, ou bien l'on doit admettre, aussi dans ce cas, que les Montagnas correspondent réellement aux montagnes situées près de l'embouchure de l'Oyapoc, ce qui conduirait alors à assimiler le Rio freseo, sinon à l'Oyac près de Cayenne, du moins — et cela d'accord avec R. B . I, page 86, — à l'Approuague actuel. Comme la Riccardiana, de même que les cartes de Desliens et de Desceliers, reste très inférieure aux cartes officielles espa­ gnoles au point de vue de l'exactitude du dessin général de la côte, une telle erreur est parfaitement possible ; c'est pourquoi il convient de ne pas attribuer aux résultats acquis par la méthode employée l'importance que l'on est fondé à leur donner lorsqu'il s'agit des cartes officielles espagnoles. 3. Enfin les cartes de Diogo Homem et Andreas Homo méritent une attention particulière.


624

I a été soumis à l'arbitre trois c a r t e s différentes de D i o g o Homem, P o r t u g a i s qui vivait à V e n i s e ; les deux plus anciennes, datées de 1558, c o n c o r d e n t approximativement, tandis que la troisième, de 1568, diffère essentiellement des deux autres. L a p r e m i è r e s e trouve reproduite dans A . B . I, n" 11, la deuxième dans A . B . I, n° 12 et dans A. P . , n° 3, et la troisième dans A . B . I, n" 17". a) Il convient d'examiner en premici" lieu les deux c a r t e s de 1558, en prenant pour b a s e l'exemplaire reproduit dans A. B . I, n" 12, dont la nomenclature est plus claire que celle de l'exemplaire de A . B . I, n° 11. Il r e s s o r t de la nomenclature que cette c a r t e procède en première ligne de la Riccardiana ou d'une c a r t e c o n c o r ­ dant a v e c c e t t e dernière. C'est seulement dans la partie influencée par l'introduction du nouvel A m a z o n e que l'on constate des d i v e r g e n c e s qui montrent c a t é g o r i q u e m e n t que, pour cette section, D i o g o H o m e m a puisé aux s o u r c e s sévillanes. C e t t e portion de la côte doit donc être traitée à part. L e parallèle suivant montre la c o n c o r d a n c e de cette c a r t e a v e c la R i c c a r d i a n a : Riccardiana Ho maranha Pinare T e r r a dos fumos Punta do pracel Costa apçelada R. de S m a r c e ] B . de do leite R . de S paulo ) C. das b a i x a s a

a

1

1

Diogo Homem 1558 O maranham Baia T e r r a dos fumos Costa aparcelada R. de S à migell B . de dioguo leite R. de S a m Palo R . das b a i x a s

) L a c o n c o r d a n c e dans la suite des trois derniers noms indique que c'est la R i c c a r d i a n a et non pas D e s c e l i e r s , qui a été mise à contribution.


Riccardiana Costa Çusa B . do Costa B . de Costa

Ilheo vista S. J o ä descuberta

625

Diogo Hontem P. da Costa R. do Costa B . de Costa

1558 costa susa do parçell Ilheo baixa S. J o h a m descuberta

Ici se place l'Amazone de Diogo Homem et, en passant toute une série de noms à l'ouest du fleuve, on reprend l'énumération au point où la Riccardiana et Homem con­ cordent de nouveau. Loin au nord-ouest se trouvent les noms suivants:

Riccardiana Malabrigo R. de baixas de nunho C. b a x o R. del caciq R. de v e c ë t e R. de aues R. bueno

Diogo Homem 1558 C. de S F r Playa R. de nuno C. de muchas b a x a s R. del saquine R . de V a

c o

te

R. bueno

Il ressort tout d'abord de ce parallèle et de la compa­ raison du dessin cartographique, que Diogo Homem a em­ prunté le groupe de noms : R . del saquine — R . de V — R. bueno — à la Riccardiana ou à une carte similaire et que, par conséquent, d'après ce qui a été dit antérieure­ ment, il n'y a pas lieu de s'occuper davantage du R . de V de Homem. Après avoir établi ci-dessus la concordance avec la Riccardiana, on passera à l'examen détaillé des points sur lesquels il y a divergence. L a comparaison portant sur la te

e


626

partie de la c ô t e qui n'a pas e n c o r e été prise en considé­ ration donne le tableau suivant : Riccardiana Costa descuberta Motan bas Aneguado C. de b a x a s R . fresco Atalaia R i o de mal Elhacon C. de buelta R. de fumos R. de pcel —

— Malabrigo

Diogo

Homem

1558

Costa descuberta ( E m b o u c h u r e de l'Ama­ zone d'après le type Cabotto) Plata C. blanco F a r i n a (furna) grande Aldea Planosa R. de la buelta Plaiall R . de V pinto Montanhas Arboledo R. da furna C. do pracell B . de m u c h a s islas C. de S. F r e

c o

On tentera vainement de découvrir une connexion entre c e s deux séries de noms. E l l e s sont complètement étran­ g è r e s l'une à l'autre, bien que quelques noms, tels que Mon­ tanhas, la F u r n a grande et E l h a c o n , le R. de la buelta et le C. de buelta, le C. do pracell et le R. do pcel, figurent dans les deux c a r t e s . Mais la p r é s e n c e du R. de V pinto a c c o m p a g n é des Montanhas, la F u r n a grande, la Planosa, l'Aldea et le R . de la buelta rappellent immédiatement le P a d r o n real de C h a v e s . S i l'on met en parallèle les noms de C h a v e s et de D i o g o H o m e m 1558, on obtient les séries suivantes : e


627

Chaves

Diogo

R. de los E s c l a v o s R. de las Arboledas Costa de L a x a s C. Blanco P de la Furna R . de Aldea R. de las Planosas R. de la Vuelta P del Placél R. de V i c e n t e Pinçon L a s Montañas Furna Aldea R. Baxo P de la Arboleda

Homem

1558

Embouchure de l'Amazone Plata C. blanco Farina grande Aldea Pianosa R. de la buelta Plaiall R . de V pinto Montanhas Arboledo ) R. da turna C. do pracell B . de muchas islas

ta

ta

te

1

t a

L e s deux séries concordent à de petites divergences près ; tout ce que l'on peut dire, c'est que Homem n'a peutêtre pas utilisé la carte même de Chaves, mais une carte établie sur le modèle de celle-ci. Si l'on considère encore que Diogo Homem place le nom de « L a s amazonas » à côté du grand fleuve ) , qu'il écrit à l'embouchure de celui-ci: « M a r e aque dulcis», et qu'il figure avec vigueur cette m e r d'eau douce par un ton bleu foncé, on voit clairement de quels points de vue il est parti dans l'établissement de s a carte. Diogo Homem est, autant qu'on peut en juger, le 2

1

ta

) Arboledo correspond à la P de la Arboleda de Chaves, le R . da furna à la F u r n a , le C. do pracell au R . B a x o . E n revanche, la B . de muchas islas est d'origine portugaise. ) A. B . I, n» 11. 2


628

premier qui reconnut que la Mar-Dulce des Sévillans est identique à l ' A m a z o n e d ' Orellana. Il cherche en conséquence à faire concorder l'Amasone avec les cartes de Séville. Il croit pouvoir atteindre ce but en suivant, à partir du Marañon — Mar-Dulce de Chaves et dans la direction du nord-ouest, la nomenclature de ce cartographe. Si l'on c o m p a r e , suivant la méthode habituelle, la c a r t e de D i o g o H o m e m de 1558 a v e c la c a r t e moderne, on ob­ tient le tableau ci-contre : L a longueur totale est ainsi de 701 leguas, soit 4458 k m , au lieu cle 3970, d'où il résulte que, par rapport à la c a r t e moderne, la c a r t e de D i o g o H o m e m 1558 a c c u s e pour la partie considérée un allongement cle 488 km, ou cle 12.3%. C e tableau montre que D i o g o Homem, clans sa c a r t e cle 1558, établit une distinction — e x a c t e en principe — entre la baie cle Maranhão et l ' A m a z o n e — M a r - D u l c e . Il r e p o u s s e trop à l'ouest la baie de Maranhão et dessine l'embouchure cle l'Amazone à s a place e x a c t e , mais en lui donnant une b e a u c o u p trop faible largeur. Il place le R i o de V i c e n t e Pinzon à 95 km à l'ouest clu C a p d ' O r a n g e , c e qui con­ c o r d e a v e c C h a v e s . L e R. cle V septentrional tombe à 691 k m au nord-ouest clu C a p d'Orange et doit être vrai­ semblablement identifié a v e c le C o r e n t y n e actuel. te

Il

résulte de ces considérations que Diogo Homem 1558, se basant sur les cartes officielles espagnoles de l'époque de Chaves, a introduit le Rio de Vicente Pinson dans la cartographie portugaise en l'identifiant avec l'Oyapoc actuel. b) Il est singulier que D i o g o H o m e m , clans sa c a r t e de 1568, ait abandonné cette conception, qui doit être c o n ­ sidérée c o m m e tout à fait e x a c t e , et se soit r a p p r o c h é de la version de Desliens-Cabotto-Gutierrez. En cela, il suit


Carte

de

Diogo 1558

Indication des sections

629

Homem Points correspondants sur Stieler

Distances Distances en en leguas et en pour-cent de la kilomètres longueur totale

C. de S. agostinho

V o i r tableau, p a g e 5 2 2

C. de S. Agostinho 212 1. = 1348 km

30.2 ta

T e r r a de S. V

151 km à l'est de S Anna

t e

68 1. = 432 km

9.7 234 km à l'ouest de S Anna

Pointe orientale de Omaranham

ta

103 1. = 655 km

14.7 262 km au nordouest de Tijoca

1

Point A ) 31 1. = 197 km

4.4

82 1. = 522 km

11.7

103 km au sud-est du C. do Norte (Maraca)

2

Point B )

te

R. de V

95 km à l'ouest du C. d'Orange

pinto 105 1. = 668 km

R. de

C.

te

V

raso Longueur totale l

15.0

100 1. = 636 km y 701 1. = 4458 km

14.3

691 km au nordouest du C. d'O­ range (38 km au nord-ouest du Corentyne) Point X

100.0%

d'après Stieler 3970 km

) L e point A est la pointe orientale du grand fleuve. ) L e point B est la pointe occidentale du grand fleuve.

2

40


630

visiblement l'exemple d'Andreas H o m o , qui, dans sa c a r t e de 1559 déjà, s e p l a c e à c e point de vue ). 1

S u r les c a r t e s d'Andreas H o m o 1559 et de D i o g o Hom e m 1568, l'embouchure de l'Amazone affecte une l a r g e u r plus g r a n d e que sur la c a r t e de H o m e m 1558. L e « R . de V i c e n t e PTzon » d'Andreas H o m o ou « R . de uicente pinte» de D i o g o H o m e m 1568 est r a m e n é plus près de l'Amazone, et cependant les « Montanhas » l ' a c c o m p a g n e n t . L e « R. de V » septentrional disparaît, tandis que D i o g o H o m e m con­ s e r v e au sud la T i e r r a de S a n V i c e n t e . e

D ' a p r è s R u g e , 1. c , p a g e 84, D e s l i e n s aurait servi de modèle à la c a r t e de D i o g o H o m e m de 1568 pour la côte nord-orientale de l'Amérique du sud. E n tout c a s , il devrait en ê t r e de m ê m e pour la c a r t e d'Andreas H o m o en p r e m i è r e ligne. Mais la question n'est p a s si facile à résoudre. Il importe tout d'abord de p r o c é d e r à l'examen des deux c a r t e s selon la méthode de c o m p a r a i s o n adoptée, en com­ m e n ç a n t par la c a r t e de 1568, c a r elle seule permet, vu son étendue, d'appliquer c e p r o c é d é . D ' a p r è s le tableau ci-contre, la c a r t e de D i o g o H o m e m 1568 a c c u s e une longueur totale de 742 1. = 4720 km, au lieu de 3970, soit un allongement de 750 km, ou de 1 8 . 9 % . L e s proportions des sections de la côte sont totalement modifiées p a r r a p p o r t à la c a r t e de 1558. L e point A , pointe orientale du grand fleuve ( M a r e aque dulcis), se trouve, en position relative, d é p l a c é de 417 k m v e r s l'est et figure dès lors à 155 k m à l'est de T i j o c a . L e R . de uicente pinte est r a p p r o c h é de la pointe occidentale du g r a n d fleuve, c'est-à-dire de la P . del p a c e l , dans une m e s u r e telle qu'il a subi dans s a position relative, p a r rapport à la c a r t e de

1

) A . B . II, n° 2, et M. F . I, a n n e x e à p a g e 278.


631

C a r t e de

Diogo 1568

indication des sections

Homem Points correspondants sur Stieler

Distances Distances en en leguas et en pour-cent de la kilomètres longueur totale

C. de S. agostinho

C. de S. Agostinho 187 1. = 1189 km

25.2 349 km à Test de S Anna

T e r r a de S. bicente

Pointe orientale près d'Omaran­ ba m

t a

58 1. = 369 km

7.8 40 km à l'est de S Anna ta

82 1. = 522 km

11.1 155 km à l'est de Tijoca

1

Point A ) 61 1. = 388 km

8.2

30 1. = 191 km

4.0

3241. = 2061 km

43.7

369 km au sud-est du C. do Norte (Maraca)

2

P. del pacel )

R . de uicente pinte

C. raso (près de p. anegada) Longueur totale 1

V o i r tableau, page 5 2 2

y 742 1. = 100.0% 4720 km

210 km au sud-est du C. do Norte (Maraca) [475 km au sud-est du C. d'Orange] Point X d'après Stieler 3970 km

) L e point A est l a pointe orientale du grand fleuve. ) P . del pacel correspond au point B du tableau relatif à la carte de Homem 1558, par conséquent à la pointe occidentale du grand fleuve. 2


632

1558, un déplacement de 570 km vers le sud-est. La c o m ­ paraison des t a b l e a u x touchant les deux c a r t e s de 1558 et de 1568 met é g a l e m e n t en relief des d i v e r g e n c e s notables pour les a u t r e s parties de la c ô t e ; aussi peut-on dire que c e s deux c a r t e s diffèrent à tel point l'une de l'autre dans le dessin des c ô t e s et dans les proportions des diverses sections qu'on ne saurait plus g u è r e établir de lien e n t r e elles. E n c e qui c o n c e r n e le t r a c é des c ô t e s , il ne peut donc p a s être question d'un type H o m e m . P o u r pouvoir r e c o n n a î t r e à quelles considérations et à quelles influences H o m e n a obéi dans l'établissement de deux c a r t e s très s e m b l a b l e s par l'aspect extérieur, mais si différentes dans les proportions, il faut e x a m i n e r con­ jointement la c a r t e d ' A n d r e a s H o m o , c a r elle se p l a c e en date entre les d e u x c a r t e s de Diogo H o m e m , et son exécution graphique fait supposer de prime a b o r d qu'elle é m a n e du m ê m e atelier que celles-ci. D a n s le tableau qui suit, p a g e 633, les n o m s des trois c a r t e s H o m e m sont m i s en parallèle. On voit clairement par c e tableau que les trois c a r t e s H o m e m a c c u s e n t une g r a n d e c o n c o r d a n c e dans leurs noms. P o u r la partie c o m p r i s e entre O m a r a n h a m et l'Amazone, la c a r t e d ' A n d r e a s H o m o e s t liée étroitement à celles de D i o g o H o m e m de 1558 et 1568, tenant, pour ainsi dire, à peu p r è s le milieu entre elles; la c a r t e d'Andreas H o m o et celle de D i o g o H o m e m de 1568 sont un peu plus p a u v r e s de n o m s que la c a r t e de 1558. A n d r e a s H o m o a s s i g n e au g r a n d fleuve le nom d'Amazone ( R . g r a n d e de S . J o de las A m a z o n a s ) , que D i o g o H o m e m 1568 adopte é g a l e m e n t sous la f o r m e : « R . de S . J o a m de las a m a z o n a s » . Au-dessus de l ' e m b o u c h u r e figure, dans la c a r t e de 1568 c o m m e sur celle de 1558, la « M a r e aque dulcis », a v e c laquelle le fleuve e s t e x p r e s s é m e n t identifié.


-

te

co

1

Diogo

Homem 1568 A . B . I, n° 17 a

1

Chaves )

Omaranham B grosa T e r a dos fumos Costa apracelada R . de sam migel B . de diogo leite R . de S . palos R . das laxas a

Costa R . de B . de B . de

d. pracel S à o migel diogo leite S. palos

Costa apraçalam B . de ilhes

R . do estremio (?) R. grande de S. jo de las Amazonas

Costa desc (?) M a r c aqne dulcis R. de S. Joam de las amazonas

l'Amazone

Costa do pracel B . do Ilheo Costa baixa

de

Plata C. blanco F a r i n a (furna) grande Aldea Planosa R . de la buelta Placell R . de V pinto Montanhas Arboledo R . da furna C. do pracell B . de muchas islas C de S . Fr Playa R . de Nuno

Embouchure

l'Amazone

Embouchure de

2

Omarankào

l'Amazone

Omaranham Baia T e r r a dos fumos Costa aparcelada R . de Sa Migell B . de dioguo leite R . de S a m P a l o R . das baixas P . da costa susa Costa do parcell R . do Ilheo Costa baixa B . de S. J o h a m Costa descuberta Mareacue dulcis )

Andreas Homo 1559 A . B . II, n° 2

Embouchure de

Diogo H o m e m 1558 A . B . I, n° 12

633

Este e m b o c a m i e n to se llamó un tiempo Mar dulce R. M a r a ñ o n R . de los E s c l a v o s R . de las Arboledas Costa de L a x a s C. B l a n c o P de la F u r n a R . de Aldea R . de las Planosas R . de la V u e l t a P del P l a c e l R.de Vicente Pinçon L a s Montañas t a

ta

pta (do) pracel R . de vicente pîzon Montanhas

P . del pacel R . de uicente pinte Montagnas

Islas R . baxo Arbo(ledas) C. de los Islas R. Salado

Aldea Riboxo Arboledas R . salso

Furna Aldea R . Baxo P de la Arboleda La Playa R . Salado t a

) Chaves, comme cela a été dit antérieurement, ne peut entrer en ligne de compte pour la partie située au sud-est de l'Amazone. C'est la Riccardiana qu'il faut considérer comme source pour cette section de la côte, ainsi que l'a montré précédemment la comparaison de cette carte avec celle de D i o g o Homem 1558. ) S u r la carte A . B . I, n° 11, datant aussi de 1558, on lit: « M a r e aque dulcis» et cela au-dessus de l'embouchure, et en outre, sur la rive droite de celle-ci: « R . de S . Joã de las amazonas». 2


634

A u nord-ouest de l'embouchure de l ' A m a z o n e , toute une s é r i e de noms, qui se trouve sur la carte de D i o g o H o m e m 1 5 5 8 , manque sur les c a r t e s de 1559 et 1568; c e sont: Plata C. blanco Farina grande - - Aldea Planosa - R. de la buelta. Puis la c o n c o r d a n c e des trois c a r t e s a v e c C h a v e s est complète pour les n o m s : pta (do) pracel (P. del pacel) R. de vicente pizon (R. de uicente pinte) - - Montanhas (Montagnas). D a n s la p o r t i o n qui suit, les dénominations divergent quelque peu. 11 n'y a pas lieu d'en poursuivre l'examen. D'après la suite des noms, il est établi que, malgré sa proximité de l'Amazone, le R. de vicente pison (R. de uicente pinte), aussi bien sur la carte d'Andréas Homo que sur celle de Diogo Homem 1568, doit être considéré connue identique au R. de V pinto de Diogo Homem 1558 et par là au R. de Vicente Pinçon de Chaves. La présence des montagnes à l'ouest confirme cette manière de voir. e

Le tableau suivant, p a g e 635, p e r m e t t r a de mieux j u g e r des différences dans la position du R. de V i c e n t e Pinçon sur les deux c a r t e s de D i o g o H o m e m et d'Andréas Homo. Il comprend la partie de la c ô t e r e p r é s e n t é e p a r A n d r e a s H o m o , reproduit directement les dimensions des c a r t e s pour ies différentes sections, et e x p r i m e celles-ci en pour-cent de la longueur totale, allant ici du C. raso à la pointe orien­ tale près de M a r a n k ã o . C e tableau montre que les longueurs totales des c a r t e s de 1559 et de 1568 concordent p re s q u e e x a c t e m e n t , mais qu'elles présentent une différence de près de 500 km p a r r a p p o r t à la c a r t e de 1558. L a c a r t e de Diogo Homem de 1568 s'appuie manifestement sur celle d'Andreas Homo, bien qu'elle offre, relativement à c e t t e dernière, des diffé­ r e n c e s parfois notables. D a n s les proportions si diffé­ r e n t e s qu'accusent les trois c a r t e s , la pointe occidentale de


635

Distances en leguas et en kilomètres, ainsi Indication des sections d'après Andreas H o m o

qu'en pour -cent de la longueur totale Diogo Homem 1558

A n d r e a s Homo 1559

°/o

Diogo Homem 1568

%

C. raso 205 1. = 298 1. = 324 1. = 65.2 59.7 48.7 1895 km 1304 km 2061 km R; de V i c e n t e pizon 82 1. = 522 km

19.5

49 1. = 312 km

9.8

30 1. = 161 km

6.0

Pointe occidentale (287 1. = (347 1. = (354 1 . = (71.2) (68.2) (69.5) du grand fleuve 1826 km) 2207 km) 2252 km) (Amazone) 7.3

75 1. = 477 km

15.1

61 1. = 388 km

12.3

103 1. = 24.5 655 km

77 1. = 490 km

15.4

82 1. = 522 km

16.5

31 1. = 197 km Pointe orientale du grand fleuve (Amazone)

Pointe orientale près d'Omarankâo Longueur totale

499 1. = 497 1. = 421 1. = 100.0 100.0 100.0 3162 km 3174 km 2678 km


636

l'embouchure de l'Amazone a p p a r a î t c o m m e un point sta­ b l e ) ; elle o c c u p e sur les trois c a r t e s p r e s q u e e x a c t e m e n t la m ê m e position relative et divise par conséquent la longueur totale en parties r e s p e c t i v e m e n t é g a l e s sur toutes trois. L ' e x a m e n c o m p a r a t i f de la p r e m i è r e partie qui c o m m e n c e au C. r a s o p e r m e t de se rendre c o m p t e de la manière dont le R. de V i c e n t e Pinzon s'est déplacé dans la direc­ tion de l'Amazone. L a distance de 48.7 % de la longueur totale, à laquelle il se trouve du C. r a s o sur la c a r t e de 1558, a u g m e n t e déjà sur celle de 1559, où elle est de 59.7 % , et s ' a c c r o î t e n c o r e sur la c a r t e de 1568 pour atteindre 6 5 . 2 % . L e s distances m e s u r é e s de la rive occidentale de l'Ama­ zone ont diminué dans la m ê m e proportion. L e s chiffres montrent clairement que c e s conceptions différentes, touchant la situation du R. de V i c e n t e Pinzon, ne sont point dues au hasard, c e qui ressort d'ailleurs tout aussi nettement de la comparaison de la n o m e n c l a t u r e sur le tableau cidessus. Celui-ci permet d'établir que la c a r t e de 1559 ne diffère p a s , dans le principe, de la c a r t e de 1568, mais que toutes deux s'écartent essentiellement de la p r e m i è r e c a r t e de D i o g o H o m e m , datée de 1558. L e tableau p r é c é d e n t (page 635) indique en outre la modification qu'a subie l'em­ b o u c h u r e de l'Amazone, située dans la deuxième p a r t i e ; dans la c a r t e de 1559, s a l a r g e u r relative atteint le double de celle qu'elle possède sur la c a r t e de 1558. E l l e dimi­ nue de nouveau quelque peu sur la c a r t e de 1568. Il est donc clair que les proportions devront être inégales aussi dans la dernière section de la d e u x i è m e partie. 1

l

) M a i s seulement pour la l o n g u e u r totale ici c o n s i d é r é e ; si l'on prend le C. de S . agostinho c o m m e point e x t r ê m e , les proportions sont absolument différentes, c o m m e le montrent les t a b l e a u x pour les c a r t e s de 1558 et 1568.


637

Si, pour expliquer la distance du R. de Vicente Pinzon à l'Amazone, on prend comme unité la section de côte comprise entre la rive occidentale de l'Amazone et le C. raso, on obtient pour cette distance le chiffre de 8.5 % sur la carte de 1568, dans laquelle le R. de V i c e n t e Pinzon est situé le plus près de l'Amazone. Parmi les cartes dont il peut être question ici, celle de Cabotto est la seule qui accuse une position relative semblable, avec une dis­ tance de 9.0 % d'après les mesures prises directement sur la carte, et de 10.2 % d'après les mesures augmentées conformément à la méthode précédemment décrite. La c a r t e de Homem 1558 donne 2 8 . 6 % ) Andreas Homo 14.1 % , Desliens 11.6 % , Desceliers 2 8 . 0 % . Il ressort de c e s chiffres que Diogo Homem, dans sa carte de 1568, passe de Chaves à Cabotto. Au Padron real de 1536, il a, en 1568, préféré comme offrant plus de garantie la carte de Cabotto publiée plus tard. Ce fait est pleinement confirmé par la comparaison de la nomenclature et par l'absence, sur la carte de 1568, de la portion située à l'ouest de l'Amazone, qui figure dans la carte de 1558. Cabotto, pour placer son fleuve des Amazones, supprime les mêmes noms portés sur le Padron real de Chaves à l'ouest de la Mar-Dulce. Un seul nom, retranché comme les autres par Cabotto, est resté dans la carte de Diogo Homem. La P. del placel de Chaves est épargnée par l'Amazone de Homem 1568; elle té­ moigne clairement que, pour cette carte encore, Homem a aussi utilisé Chaves en ce qui concerne la nomenclature, tout en modifiant le dessin d'après Cabotto. il résulte de ce qui précède qu'Andreas Homo obéit complètement quant à la nomenclature, et a v e c une certaine hésitation en ce qui concerne le dessin, à la conception de Cabotto, ou plutôt à sa façon arbitraire de procéder, tandis que Diogo Homem 1568 se rattache entièrement à Cabotto


638

par le dessin et moins, en r e v a n c h e , p a r la nomenclature. L e s c a r t e s de H o m o et de H o m e m elles-mêmes sont d e s e x e m p l e s de dessins arbitraires dont les auteurs ne se ren­ daient pas suffisamment c o m p t e de c e qu'ils faisaient figurer sur leurs c a r t e s . S'il en était autrement, c o m m e n t D i o g o H o m e m eût-il pu donner, s u r s a c a r t e de 1568, un allonge­ ment excessif précisément à la partie de la c ô t e dont il avait, suivant en cela l'exemple de Cabotto, supprimé toute une portion, les noms y c o m p r i s ? L e s autres proportions d e s dessins de H o m e m conduisent à la m ê m e conclusion. Toutefois, les trois cartes dont il vient d'être parlé proviennent des mêmes sources, à savoir : la Riccardiana, le Padron real de Chaves et, en outre pour ce qui a trait au dessin des deux plus récentes, Cabotto — non pas Desliens connue l'admet Ruge. Toutes les trois, malgré la situation différente, reproduisent, pur leur R, de Vicente Pinzon avec les montagnes à l'ouest, le R. de Vicente Pinçon de Chaves et par conséquent l'Oyapoc. c)

AUTRES

CARTES

DU

XVI

e

SIÈCLE. e

L e s c a r t e s datant de la deuxième moitié du X V I siècle correspondent, dans leur g r a n d e majorité, à deux types nette­ ment a distinguer. On peut donc les g r o u p e r en deux c a t é ­ g o r i e s ; il suffira de c a r a c t é r i s e r les principales de c e s c a r t e s et de c l a s s e r les autres. 1. L e premier groupe est constitué p a r les cartes portugaises qu'on appellera cartes à cote coudée (Kniekarten). L e s c a r a c t è r e s distinctifs de c e s c a r t e s ont été signalés à la p a g e 497. C e sont : le coude brusque de la côte au C a p de Nord sur la rive occidentale de l'Amazone, et qui fait saillie c o m m e un genou, puis le t r a c é du r i v a g e g u y a -


639

nais dirigé presque directement vers l'ouest, et enfin la haute latitude septentrionale de l'embouchure de l'Amazone. a) Quelques cartes paraissent appartenir à un type de transition, en ce sens que, d'une part, elles relèvent la côte immédiatement à l'ouest de l'Amazone aussi fortement que les cartes à côte coudée proprement dites, tandis que, d'autre part, elles ne possèdent pas la saillie particulière à ces dernières, mais se rapprochent plutôt de Chaves quant à la forme des côtes, et présentent un double coude de la ligne du rivage, avec une baie intermédiaire. L a carte cle Bartholomeu Velho, de 1561 (A. B . I, n° 14), apparaît comme la plus ancienne carte cle ce g e n r e ; sa nomenclature est malheureusement presque indéchiffrable. Il faut renoncer à discuter cette carte de plus près, vu l'impossibilité de la lire ) . L e s cartes (espagnoles) de Bartholomeo Olives de Mallorca, de 1562 et 1580 (A. B . I, n° 15, et II, n° 6), d'ail­ leurs fort peu importantes, offrent le même c a r a c t è r e . Enfin, c'est ici que se place la carte cle Joan Martines, cle 1582 (A. B . I, n° 28). L a nomenclature de cette carte a. subi de telles mutilations qu'une comparaison avec les cartes antérieures ne conduit à aucun résultat. On ne peut que constater une confusion extraordinaire, tant dans la locali­ sation que clans l'orthographe des noms. Néanmoins, la méthode usuelle de comparaison a été aussi appliquée à cette carte et il en est résulté le tableau suivant : l

1

) V o i r aussi R . F . , page 250.


— Carte de J o a n 1582 Indication des sections

640 —

Martines Points correspondants sur Stieler Distances Distances en en leguas et en pour-cent de !a kilomètres longueurtotale

C. d. S. aguitino

Voir tableau, page 5 2 2

C. cle S. A g o s t i n h o 257 1. = 1635 km

37.5 186 km au ouest de S

1

Point A ) 124 l. — 788 k m

802 km au nordouest cle T i j o c a 84 l. = 534 k m

12.2 20 km au sucl-est clu C. d ' O r a n g e

Y A

74 1. = 471 k m

10.8

147 1. = 935 k m

21.4

409 k m à l'ouest du C. d ' O r a n g e (87 km à l'ouest du Maroni)

R. d'uicente

Y

C. t a s s a L o n g u e u r totale 1

nordAnna

18.1

Pointe orientale de l'Oregliana Rio

P . dl. p r a c e l l

t a

686 1. = 4363 k m

Point X 100.0%

d'après S t i e l e r 3970 k m

) L e point A est l a pointe qui, d'après le dessin, c o r r e s p o n d à l'actuelle I. de S A n n a , c'est-à-dire l a pointe située à l'ouest du R i o maandhibco. ta


641

Ce tableau indique une longueur totale de 6861. = 4363 km, au lieu de 3970 km, ce qui correspond à un allongement de 393 km = 9.9 %• L'Amazone, désigné sur la carte sous le nom de Oregliana Rio, se trouve rejeté à l'ouest, de sorte que la pointe occidentale de l'embouchure arrive à 20 km au sud-est du C. d'Orange. Reporté sur la carte moderne, le R . d'uicente tombe à 409 km à l'ouest du C. d'Orange ou à 87 km à l'ouest du Maroni. En faisant coïncider la P. de pracell, c'est-à-dire la pointe occidentale de l'embou­ chure de l'Amazone, a v e c le C a b o do Norte (Maraca), on constaterait que le Rio de V i c e n t e Pinzon tomberait encore, si l'on prend les distances fournies directement par la carte, à 206 km, et si l'on se base sur les distances relatives, à 164 km à l'ouest du C. d'Orange. P a r rapport à la section de la côte située à l'ouest de l'Amazone, le R i o de V i c e n t e Pinzon occupe donc une position qui, comparée à celle qu'il a sur la carte de Chaves, n'est que très peu modifiée. b) L e Portugais Fernão Vas Dourado apparaît — pour la première fois en 1564 — comme le principal représentant du groupe des cartes à côte coudée ; un grand nombre de cartes de cet auteur, datant de 1564, 1568, 1570, 1571 et 1580, ont été remises à l'arbitre ). S u r toutes les cartes de V a z Dourado, la rive gauche de l'Amazone accuse une saillie vers le nord, jusqu'à 3 ° et 4 ° de latitude septentrionale, où la côte, décrivant presqu'un angle droit, prend la direction de l'ouest. A partir du Cap de Nord, facilement reconnaissable g r â c e à ce tracé particulier de la ligne du rivage, se lisent, de l'est à l'ouest, les noms suivants: L a s planosas R comprido (fleuve allongé ou étendu) — Cabo baxo — Plaia — R de V pinçon (pimço, pimcom, picom) — Montanhas — Plaia — Arboledas — R° de la b a r c a — Montanhas, 1

o

o

te

os

os

) A . B . I, n 18% 18 , 22 , 2 2 , 26 2 6 ; A . B . II, n 3 et 4.

1

b

a

b

a

b


642

- -

e t c . L e s Montanhas a c c o m p a g n e n t le V i c e n t e Pinzon, sur sa rive g a u c h e , dans toutes les c a r t e s de D o u r a d o . L a nomenclature est portugaise, a v e c des r é m i n i s c e n c e s de la R i c c a r d i a n a et de D i o g o H o m e m . L e Rio de pascua, que les c a r t e s de W e i m a r et de R i b e i r o placent au nord-ouest du Marañon, figure immédiatement au sud-est de l'Amazone dans celles de V a z D o u r a d o . C e r t a i n s noms, tels que L a s planosas, C a b o b a x o , P l a i a , Rio de la b a r c a , témoignent é g a l e m e n t d'une utilisation des s o u r c e s sévillanes. L a c o m p a r a i s o n des c a r t e s de V a z D o u r a d o de 1568 et de 1580 a v e c la c a r t e moderne donne le tableau suivant :


Carte

de Fernao

643

Carte

1

V a z Dourado )

1568

Points

de Fernao

sur Stieler Indication d e s sections

C. de S. agostinho

Distances Distances e n en leguas e t e np o u r - c e n t d e l a kilomètres longueur totale

2

Point A )

56 km à l'ouest de Point A ) S Anna

y

2

ta

75 km à l'ouest de S Anna

y

ta

24.5 48 km au sud-est du C. do Norte (Maraca) 10.2

131 km au nord- Lias planozas (poin­ ouest du C. d'O­ te occidentale du Rio Damazonas) range

Las planozas (pointe occidentale du Rio Damazonas) 49 1. = 312 km

6.8 401 km au nordouest du C. d'O­ R° de V pin... range (82 km à l'ouest du Maroni)

61 km au nord-ouest du C. d'Orange 47 1. m 299 km

6.4

168 1. = 1068 km

23.0

345 km au nordouest du C. d'O­ range (23 km à l'ouest duMaroni)

e

R. de V e . pimcon 156 1. = 992 km

21.6

y 721 1. = 4586 km

Point X 100.0 %

d'après Stieler 3970 km

Point X

Ponta anagada Longueur totale

V o i r tableau, page 5 2 2

35.6

A

75 1. = 477 km

10.7

correspondants sur Stieler

C. de S. Agostinho

A

28 km au sud-est Costa baxa (pointe orientale du Rio du C. do Norte Damazonas) (Maraca) 77 1. = 490 km

Longueur totale

Distances Distances e n e n leguas et e np o u r - c e n t d e l a longueur totale kilomètres

180 l. = 1145 km

25.5

Costa baixa (pointe orientale du Rio Damazonas)

P. aneguada

Points

263 1. = 1673 km

35.4

A

184 1. = 1170 km

Indication des sections

C. de S. Agostinho C. de S. agostinho

A

255 1. = 1622 km

Voir tableau, page 5 2 2

V a z Dourado

• 1580

correspondants

733 1. = 4662 km

100.0%

d'après Stieler 3970 km

) Cette c a r t e s e c o m p o s e d e d e u x f e u i l l e s n ' a y a n t p a s t o u t à f a i t l a m ê m e é c h e l l e ; p a r s u i t e , u n e réduction a d û ê t r e f a i t e préalablement. .) L e p o i n t A e s t l a pointe qui, d ' a p r è s l e d e s s i n , correspond à l ' a c t u e l l e T. d e S Anna, et s e t r o u v e u n p e u à l ' o u e s t d u R d o s f u m o s .

1

2

ta

o


644 —

On obtient ainsi pour la carte de 1568 une longueur totale de 721 1. = 4586 km, au lieu de 3970 km, d'où résulte un allon­ gement de 616 km = 15.5 % . L a carte de 1580 accuse une lon­ gueur totale de 733 1. = 4662 km, au lieu de 3970 km, ce qui représente un allongement de 692 km = 1 7 . 4 % . L'exactitude absolue de ces cartes n'est par conséquent pas très grande. Deux autres cartes de V a z Dourado, de 1564 et d'environ 1570, ne comprennent qu'un fragment de la partie de la côte prise en considération. Elles ne peuvent donc pas être dis­ cutées comme les deux cartes dont il est question plus haut; si l'on met en parallèle les distances mesurées direc­ tement sur ces cartes de 1564 et d'environ 1570, on obtient le tableau suivant: Carte de F e m à o Vaz D o u r a d o Carte de F e r n a o V a z D o u r a d o 1564 ( A . B . II, n° 3) environ 1570 (A. B . II, n° 4) Indication des sections en

Distances leguas et en kilomètres

Razo (près de la Trinidad)

Indication des sections

P. anegada 161 1. = 1024 km

t e

R. de V . picom

y A

A

159 1. = 1011 km R. de uicete pimcom

49 1. = 312 km Llas pllanozas

Distances en leguas et en kilomètres

y A

47 1. = 299 km Llas pllanosas

y

210 1. = 1336 km

Longueur totale

206 1. = 1310 km

Carte de Dourado 205 1. = 1304 km 1568

Carte de Dourado 1580

215 1. = 1367 km

Longueur totale


645 D ' a p r è s les t a b l e a u x qui précèdent, les c a r t e s de 1568 et de 1580 témoignent d'une grande c o n c o r d a n c e dans leur disposition. L a baie de Maranhão a sa situation e x a c t e ; en r e v a n c h e , l'embouchure de l'Amazone se trouve r e p o r t é e fortement à l'ouest. S u r la c a r t e de 1568, le R i o de V i cente Pinzon est situé à 401 k m , et sur celle de 1580, à 345 km au nord-ouest du C a p d ' O r a n g e (c'est-à-dire à 8 2 , r e s p e c t i v e m e n t 23 k m à l'ouest du Maroni). C e dé­ placement v e r s l'ouest est en majeure partie motivé par celui du fleuve des A m a z o n e s dans le m ê m e sens, c a r si l'on m e s u r e de la rive occidentale de l'embouchure de l'Amazone jusqu'au Rio de V i c e n t e Pinzon, on obtient des distances qui, r e p o r t é e s à partir du C a p de Nord de Maraca, conduisent à l ' O y a p o c . D ' a p r è s Stieler, il y a 265 km du C a p de Nord de M a r a c a au C a p d ' O r a n g e ; de L a s planozas de D o u r a d o au Rio de V i c e n t e Pinzon, on trouve 812 km sur la c a r t e de 1568 et 299 km sur celle de 1580, ou, en considérant les distances relatives, 270, soit 254 km. L e C a b o do Norte de M a r a c a doit être pris c o m m e la pointe occidentale de l'embouchure de l'Amazone, attendu que d'après les c a r t e s à c ô t e coudée, le territoire de l'île de M a r a c a se r a t t a c h e à la t e r r e continentale. Il y a u r a lieu de revenir plus tard sur c e point d'une manière plus détaillée. L e s distances de L l a s pllanozas au Rio de V i c e n t e Pinzon dans les c a r t e s de V a z D o u r a d o de 1564 et 1570 con­ cordent également, c o m m e le montre le deuxième tableau, a v e c celles indiquées par les c a r t e s de 1568 et 1580. Enfin, le fait que sur toutes les c a r t e s de V a z D o u ­ rado, les M o n t a g n a s se trouvent à g a u c h e de son R i o de V i c e n t e Pinzon, confirme l'opinion que le Rio de Vicente Pinson de Vaz Dourado est identique à l'Oyapoc du Capd'Orange.


646

LA version portugaise sur la position du Rio de Vicente Pinzon concorde, par conséquent, dans la deuxième moitié du XVI siècle, avec la conception de la cartographie officielle, espagnole. c) D'autres cartes de la même période accusent une divergence touchant le Rio de Vicente Pinzon, en ce sens qu'elles le placent plus au nord-ouest, sans l'accompagner des Montagnas, mais comme un fleuve important qui vient de l'intérieur en décrivant un grand arc. Ces cartes don­ nent également au Cap de Nord la forme caractéristique d'un coude brusque (Knieform) et le relèvent, tout comme Dourado, jusqu'à 3°—4° de latitude nord. Ce sont princi­ palement des cartes néerlandaises qui appartiennent à cette catégorie, comme par exemple Jan van Doet (1585), Arnold Florentin van Langeren (1596 et au delà), Cornelis Wytfliet (1597 et au delà). Cornelis de Jode (1593) ) diffère quelque peu. Sur la carte de Jan van Doet figurent, à partir du C. de Nord et dans la direction de l'ouest, les noms sui­ vants : C. do Norte — C. dos Ilheos — R. Fresco— Atalaya - R. de Mal - Elancon — C. de Buelta - R. de Fumos — R . do Praçel — C. Corientes — R. das Baixas — R. de Nuno — R. del Cacique — R. de Vincête pinco — Ancones — Aldea, etc. L a série des noms se présente comme suit dans Florentin van Langeren : C. do Norte — R. do Pracel — Rio dos Fumos — Atalaya — B . de Canoas — Rio Apracelado - R . de Monthana — R. de Arboledas - - Rio de Canoas — Rio de Caribes — C. de Corientes — Costa Braua — R. de Cacique — Rio de Vinçente Pinçon — R. de Lagartos — R . de Ancones — C. los Farilhones — Aldea, etc. e

1

1

) A . В . I, n 30, 36, 41, 42. os

41


647

Cornelis Wytfliet m a r q u e : C. de Norte — R. de P r a c e l A t a l a y a - E l Ancon — C. de Buelta R. de fumos — R. de C o r r i e n t e s — R. de B a i x a s — R . de Niño - R. de Vincente Pinçon — R . de l a g a r t o s — A n c o n e s — R . de Canoas, etc. C'est dans c e s c a r t e s qu'on voit pour la première fois le nom de « C a b o do Norte » et quelques petites îles a c c o m ­ pagnant c e cap au nord. Du C a b o do Norte jusqu'au R i o de V i c e n t e Pinzon, la côte se dirig-e directement ou presque directement v e r s l'ouest, de sorte que l'embouchure de c e c o u r s d'eau est située à la m ê m e hauteur que le C a p de Nord, sous environ 4 ° de latitude nord. Mais la distance de la riviere à l'Amazone est b e a u c o u p plus grande que dans les c a r t e s de V a z D o u r a d o et de C h a v e s . L e s M o n t a g n a s font défaut ; en r e v a n c h e , sur quelques-unes est m a r q u é le R i o del cacique qui, dans la R i c c a r d i a n a et dans les c a r t e s de D e s c e l i e r s et de D i o g o H o m e m 1558, est voisin du R i o de V e c ë t e (Vicente). L a nomenclature de c e s c a r t e s néer­ landaises s'inspire en partie de la R i c c a r d i a n a et de D e s ­ celiers. U n e comparaison montre que le groupe de noms R i o del C a c i q u e R i o de V i c e n t e Pinzon de c e s c a r t e s c o r r e s p o n d au R . de v e c ë t e de la R i c c a r d i a n a . aa) L a c a r t e de J a n van D o e t (A. B . I, n° 30) frappe p a r c e qu'elle fait figurer un Rio fresco tout près du C. de N o r d ; aussi exige-t-elle un e x a m e n spécial. E n c o m p a r a n t la nomenclature de c e t t e c a r t e a v e c celle de la R i c c a r d i a n a et de D e s c e l i e r s , on obtient le tableau ci-contre :


— Riccardiana Ho

maranha

Pinare T e r r a dos furrios Punto do pracel Costa apcelada R. de S marcel B. de do leite R. de S paulo C. das baixas Costa Cusa B. do Ilheo Costa vista B . de S. JoA Costa descuberta Motanhas Aneguado a

a

C. de baxas R. fresco Atalaia Rio de mal Elhacon C. de buelta R. de fumos R. do pcel Malabrigo R. de baixas R. de nunho C. baxa R. del caciq R. de vécete R. de anes R. bueno

1

Jan

648

-

van Doet, 1583)

O maranham J . de S. Sebastian Cidade de Nazare T e r r a de Fumos P. de Pracel R. de Samarcal B. de dio goletto R. de S. Paulo C. das Baixas Costa Cusa B. do Ilheo

Desceliers,

1550

Malignan

R. et P . de pcel R. B. R. C.

de s. paulo de diego leite S Marcial des basses t

B a i a s pequas B . de Lisbon B. de S. Ihan B. de S. Juan Coste descouverte Embouchure de l'AMontaignes mazone ) C. do Norte. T e r r a de Anegat Pescadores P . dos Ilheos C. des basses R. Fresco if. fresco Atalaia Atallaia R. de mal R. de mal Ansse Elancon C. de buelta C. de buelta Embouchure R. de fumos R. de fumos de l'Amazone R. do Praçel R. du pcel Mallabry C. Corientes R. des basses R. das Baixas R. de mimho R. de Nuno R. des basses R. de caciq R. del Cacique R. de Vincente Pinco R. de vincente R. de anes Ancones R. de bueno Aldea 1

) L a carte de Desceliers 1516 place l'embouchure de l'Amazone après « Coste découverte», ainsi qu'on l'a dit antérieurement en se basant sur l'indication de M. F . I, page 275. J a n van Doet aurait donc, sur ce point, suivi Desceliers 1546 tandis que, pour le reste, il copie la Riccardiana.


649

On constate d e r e c h e f sur les trois c a r t e s une c o n c o r ­ d a n c e presque complote des s é r i e s de noms. E t l'on r e ­ connaît é g a l e m e n t la façon t o u t arbitraire dont l'embou­ c h u r e de l'Amazone y a été introduite. Mais, fait essentiel, la seule comparaison de la n o m e n c l a t u r e montre clairement déjà que le Rio fresco des trois c a r t e s constitue un seul et m ê m e fleuve. L e t a b l e a u que l'on obtient en c o m p a r a n t , d'après la méthode jusqu'ici suivie, la c a r t e de J a n van D o e t a v e c la c a r t e moderne s e trouve ci-contre, p a g e 650. L a longueur totale de la c ô t e c o n s i d é r é e s e monte à 742 leguas = 4719 km, au lieu de 3970 km, c e qui équivaut à un allongement de 749 km, ou de 1 8 . 9 % . On voit d'après c e tableau que, c o m m e sur V a z D o u ­ rado, la baie de Maranhão a p p a r a î t dans une position rela­ tive assez e x a c t e , quoique un peu d é p l a c é e v e r s l'ouest, et que l'embouchure de l'Amazone, toujours c o m m e dans V a z D o u r a d o , a été r e p o u s s é e dans la m ê m e direction. L e C. do Norte t o m b e à 107 km et le R i o fresco à 12 km au sudest du C a p d ' O r a n g e . 11 peut, à p r e m i è r e vue, p a r a î t r e étonnant que le R i o fresco, dont la distance au C a b o do Norte, m e s u r é e sur la c a r t e , n'est que de 111 km (en g r a n d e u r relative 95 km), soit, dans le t a b l e a u ci-contre, si r a p p r o c h é du C a p d ' O r a n g e ) . L a raison en est que, dans le tableau, la situation relative est e x p r i m é e p a r rapport à la c ô t e entière, et que, p a r suite, le C a b o do Norte de la c a r t e ancienne ne coïncide p a s a v e c le C. do Norte ( M a r a c a ) de la c a r t e moderne. Il y a lieu de plus d'attirer l'attention sur la c o n c o r d a n c e r e m a r 1

1

) E n p r e n a n t le C. do N o r t e ( M a r a c a ) c o m m e point de départ, 111 k m conduisent à 2b km au nord-ouest du C o u n a n i ; 95 km, à 10 km au n o r d ouest de c e t t e riviere.


650

C a r t e de J a n van 1585 Indication des sections

Doet Points correspondants sur Stieler

Distances Distances en en leguas et en pour-cent de la kilomètres longueur totale

C. de S. Augustino

C. de S. Agostinho 263 1. = 1672 km

35.4 56km aunord-ouest de S Anna

1

C. Aparcelado ) Pointe orientale du fleuve des Ama­ zones (près de B . de S. Juan)

ta

124 1. = 789 km

16.7 163 km au nordouest de Tijoca

100 1. = 636 km

13.5 107 km au sud-est du C. d'Orange

C. do Norte 17.51. = 111 km

2.4 12km au sud-est du C. d'Orange

R. F r e s c o 129.5 1. = 824 km

17.4

108 1. = 637 km

14.6

R. de Vincete pinco

Aneguada Longueur totale 1

S

ta

V o i r t a b l e a u , page 5 2 2

y 742 1. = 4719 km

679 km à l'ouest du C. d'Orange (25 km à l'ouest du Corentyne)

Point X 100.0%

) L e C. Aparcelado correspond, A n n a de la carte moderne.

d'après Stieler 3970 km

d'après le dessin, à l'île de


651

quablc que présentent, en c e qui c o n c e r n e la situation relative du R i o fresco, la R i c c a r d i a n a et les c a r t e s de D e s celiers et de van D o e t , quelque différent d'ailleurs que puisse être, sur c e s c a r t e s , le dessin des côtes. Desliens, en re­ vanche, ainsi qu'on l'a vu plus haut à la page 616, repousse le R i o fresco beaucoup plus au sud-est. On peut r e m a r q u e r à c e propos, c o m m e déjà pour la R i c c a r d i a n a et la c a r t e de D e s c e l i e r s , que des dénominations de lieu c o n s e r v e n t leur position relative beaucoup plus sûrement que des points m ê m e marquants de la côte, tels qu'embouchures fluviales importantes, caps, etc. Ainsi s'ex­ plique c e fait assez fréquemment constaté que des noms occupant à peu près la m ê m e position relative figurent tantôt à g a u c h e , tantôt à droite de points g é o g r a p h i q u e s caractéristiques, à l'égard desquels toute confusion est pour ainsi dire exclue. S a n s entrer dans le détail de c a s parti­ culiers, il suffit de se r a p p e l e r certains noms de m ê m e consonnance qui, selon la c a r t e consultée, apparaissent à g a u c h e ou à droite du fleuve des A m a z o n e s . bb) L a c a r t e de Cornelis de Jodc, de 1593, diffère quelque peu des p r é c é d e n t e s . Abandonnant la forme ca­ ractéristique du coude à angle droit, de J o d c donne de la côte, au nord de son Rio g r a n d e (Amazone), un t r a c é ori­ ginal qui rappelle plutôt la c a r t e de C h a v e s . L e c ô t é droit et le côté g a u c h e de l'embouchure de l'Amazone sont situés à peu près à la m ê m e latitude et sous l'équateur ; quelques îles s'étendent en avant de l'estuaire. L a c ô t e m ê m e court au nord-ouest jusqu'à 4 / ° lat. N et tourne ensuite à l'ouest. Quelques îles sont situées é g a l e m e n t près du c a p où le r i v a g e c h a n g e de direction ; c e cap porte le nom de Ç. de N o r t e ; sur son côté occidental, on lit: C. R a x o ; puis viennent dans la direction de l'ouest: C. B l a n c o et C. B a i x o . A l'ouest du C a b o do Norte s e s u c 1

2


652 cèdent: Las planosas — F u m a comprida - R. de la buelte L. planosas R. de Vincete pinçon — R . de montanas, etc. Ici réapparaît donc le nom de Montagnas, appliqué cette fois à un fleuve. Ceux de Las planosas, Furna et R. de la buelta de Chaves se montrent aussi de nouveau, En revanche, le groupe de noms de l'Atalaya fait défaut. Comprido est vraisemblablement emprunté à Vaz Dourado, Tout porte à croire par conséquent que Cornelis de Jode a travaillé d'après Chaves et Vaz Dourado. Mais par la comparaison de sa carte avec la carte actuelle, on constate que son Rio de Vicente Pinzon se trouve reporté très au nordouest. Si l'on considère enfin que le cours du Rio de Vicente Pinzon de J o d e correspond à celui de van Doet, de van Langeren et de Wytfliet, on reconnaît dans cette carte un essai de combinaison des cartes hollandaises avec celles des Portugais. L e tableau ci-après, dans lequel la carte de Jode est comparée avec la carte moderne, permettra de se faire une idée plus complète de celle-là.


Carte de Cornelis de 1593 Indication

des sentions

653

Jode Points

Distances en Distances en leguas et en pour-cent de la longueur totale kilomètres

320 1. = 2035 km

44.5

C. de leste de S. Maria

130 km à l'est de Tijoca 147 1. = 935 k m

L o n g u e u r totale

135 km au sud-est du C. d'Orange 12.0 341 km à l'ouest du C. d ' O r a n g e (19 km à l'ouest du Maroni)

y

166 1. = 1056 k m P. A n e g a d a

20.4

Y

86 l. = 547 km R. de V i n c e t e pin­ çon

Voir tableau, p a g e 522

C. de S. Agostinho

1 C. de S. Augustino

C. d. Norte

correspondants sur Stieler

23.1 Point X

Y

719 1. 4573 km

d'après S t i e l e r 3970 km

100.0%

L a c a r t e de Cornelis de J o d e a c c u s e donc un allonge­ ment de 6 6 3 km, ou de 1 5 . 2 % . 2. L e s e c o n d g r o u p e est constitué par les mappemondes de la deuxième moitié du X VI siècle. 11 est prin­ cipalement r e p r é s e n t é par Gérard Mercator (Gerhard K r a m e r ) et Abraham Ortelius (Abr. Ortelz). e


654

L e s découvertes avaient provoqué un développement considérable des connaissances géographiques qui fit naître de bonne heure la pensée de réunir en un travail d'en­ semble les matériaux épars dans les nombreuses cartes spéciales. C'est le but que se proposèrent en particulier G. Mercator et . Ibr. Ortelius, dans leurs œuvres monu­ mentales, qui contribuèrent essentiellement à faire du Rio de Vicente Pinzon un des fleuves les plus connus de l'Amé­ rique méridionale. Il est évident que les mappemondes portent l'em­ preinte de leur origine. En établissant sa carte, le compi­ lateur était obligé de faire un choix dans la multitude des noms que renfermaient les anciennes cartes marines ; seules les choses d'une certaine importance étaient reproduites. De l'avis général, Mcrcator notamment a procédé avec le plus grand soin dans l'élaboration de ses cartes. M. F . I, pages 264 et suivantes, et R. F., page 253, le reconnaissent sans réserve: «Nous avons... montré tout le prix qu'il faut attacher aux décisions, toujours si mûrement réfléchies, de ce grand géographe ) » . a) L e Rio de Vicente Pinson est représenté sur la carte de Gérard Mercator de 1569 (A. B . I, n° 16, A. F., n° 4), comme un grand fleuve nettement marqué. M. F . I, page 265, observe que, parmi tous les noms que Mercator trouva sur les anciennes cartes espagnoles, « celui de la riviere de Vincente Pinçon lui a paru l'un des plus im­ portants et des mieux fixés, puisqu'il l'a reproduit à sa position traditionnelle de 1 degré et demi environ de lati­ tude Nord ». A ce sujet, il y a lieu de remarquer ce qui suit : Un caractère propre aux cartes de Mercator et d'Ortelius, c'est 1

1

) R . F . , page 253.


655 de faire d é b o u c h e r le fleuve des A m a z o n e s sous 2°—3° latitude sud. Elles se trouvent sur c e point en opposition irréduc­ tible a v e c C a b o t t o et son groupe, a v e c Diogo Homem et a v e c les c a r t e s à côte coudée dont il vient d'être question. Il est incontestable que M e r c a t o r et Ortelius se sont ins­ pirés des c a r t e s de l'école sévillane et en particulier du P a d r o n real de C h a v e s . La position méridionale que Mer­ c a t o r et Ortelius assignent à l'embouchure de l'Amazone ne peut s'expliquer que par l'influence de C h a v e s , de Ribeiro, de la c a r t e de W e i m a r , en un mot de toute la c a r t o g r a p h i e ancienne de Séville. La c a r t e citée de Gérard Mercator de 1569 est établie pour la p r e m i è r e fois d'après la projection nommée plus tard projection de M e r c a t o r - c'est-à-dire d'après la méthode des latitudes croissantes. La nomenclature est espagnole et procède de p r é f é r e n c e du Padron real de C h a v e s , c o m m e l'indique le tableau suivant :


— Gérard

Mercator

656 — 1569

Chaves

1

1536 )

éventuellement

W e i m a r ou Terra de humos Terra de S. Vicente C. de alinde C. de coryntes Todos santos C. de los esclavos Orellana Amasones ) — Marañon R. de pascua ) R. de arboledas C. blanco R. de Vincente Pincon Aldea de arboledas C. de la barca R. salado R. verde Ancon ) R. de la barca ) Punta baxa T e r r a llana R. dulce 2

Ribeiro

ta

P de Allende P de Corrientes B. de Todos Sanctos C. de los Esclavos Marañon Mar-Dulce ta

fluvius

3

R. de las Arboledas C. Blanco R. de Vicente Pinçon P de la Arboleda ) ta

4

R. Salado R. Verde

5

6

R. del Placel-la playa Tierre llana R. Dulce

1) Nous ne comparons que les noms portés dans la carte de Mercator. Il est évident que Mercator a laissé de côté nombre de noms in­ diqués dans Chaves. V o i r pp. 556 et suiv. ) Mercator écrit en avant de l'embouchure du grand fleuve : « Maranon fluuius inuentus fuit a Vincentio Y a n n e s Pinçon an : 1499, et an : 1542 totus a fontibus fere ad ostia usq. nauigatus a Francisco Oregliana leucis 1660, mensibus 8, dulces in mari feruat aquas usq. ad 40 leucas. » ) R . de pascua ne se trouve pas dans la carte de Chaves, mais bien dans celles de W e i m a r et de Ribeiro. ) Dans le voisinage : Aldea. ) L e s cartes de W e i m a r et de Ribeiro marquent une Furna à cette place. ) R . de la barca ne ligure pas sur Chaves, mais bien sur les cartes de W e i m a r et de Ribeiro. 2

3

4

6

6


657

La c o m p a r a i s o n de la c a r t e de M e r c a t o r 1569 a v e c la c a r t e moderne donne le tableau ci-contre. C e tableau montre que M e r c a t o r assigne à la côte une longueur totale de 646 1. = 4109 km, au lieu de 3970 k m ; elle p r é s e n t e donc un allongement de 139 km = 3.5 %• ( C h a v e s a c c u s e un allongement de 3 . 7 % . ) La c a r t e de M e r c a t o r porte au sud-est de l'Amazone une T e r r a de S . V i n c e n t e qui, par réduction de cette c a r t e à la c a r t e actuelle, se place à 222 km au nord-ouest de S Anna. L e nom rappelle le R . de v i c e n t e a n e s pinçon de la c a r t e de W e i m a r . le R. de uicete pïson de Ribeiro et la B. de S a n c t V i c e n t e de C h a v e s , bien que la position relative de cette T e r r a de S . V i n c e n t e soit autre que celle des noms analogues sur les c a r t e s espagnoles. L e C. de los e s c l a u o s (pointe orientale de l'embouchure de l'Amazone) tombe à 214 km au nord-ouest de T i j o c a ; la pointe occidentale de l'embou­ c h u r e de l'Amazone, à (>7 km au sud-est du C. do Norte (Maraca). L ' e m b o u c h u r e de l'Amazone est r e p r é s e n t é e trop étroite et s a forme diffère du dessin de la c a r t e de W e i m a r et de celle de R i b e i r o . E l l e ne paraît pas non plus con­ c o r d e r e x a c t e m e n t a v e c le t r a c é de C h a v e s , tel qu'on le connaît p a r la description d'Oviedo. ta

L a c a r t e de M e r c a t o r a c c u s e , du C. S. Augustino à la pointe occidentale de l'Amazone, une distance de 387 1. = 2461 km, c'est-à-dire 5 9 . 9 % de la longueur totale, au lieu de 2219 k m ou 5 5 . 9 % . C e t t e partie de la c ô t e est donc allongée dans M e r c a t o r de 242 km = 1 0 . 9 % ; sur C h a v e s , l'allongement n'est que de 2 . 4 % ; la c a r t e de W e i m a r et Ribeiro a c c u s e n t pour la m ê m e section un r a c c o u r c i s s e ­ ment de 14.6, r e s p e c t i v e m e n t 15.7 % ) . M e r c a t o r n'a donc pas adopté complètement pour son t r a c é les proportions l

1

) V o i r tableau, p a g e 568.


658

Carte de Gérard Mercator

Points

1569 Indication des sections

Distances Distances en en leguas et enpour-cent de la kilomètres longueur totale

V o i r tableau, p a g e 5 2 2

C. de S. Agostinho

C. de S. Augustino 256 1. = 1628 km

39.6 222 km au nordouest de S Anna

T e r r a de S. Vin­ cente

ta

89 1. = 566 km

13.8 214 km au nordouest de Tijoca

C. de los esclauos 42 1. — 267 km

6.5 67 km au sud-est du C. do Norte (Maraca)

Pointe occidentale de l'Amazones 107 1. = 6S1 km

16.6

152 1. = 967 km

23.5

326 km à l'ouest du C. d'Orange (4 km à l'ouest du Maroni)

R. de Vincente Pin­ çon

Point X

Aoripana Longueur totale

correspondants sur Stieler

646 1. = 4109 km 100.0%

d'après Stieler 3970 km


659

de c e s c a r t e s . Peut-être trouvera-t-on une indication expli­ quant les proportions du dessin de M e r c a t o r dans le fait que Majollo 1519 attribue à cette partie de la c ô t e le 5 9 . 8 % de la longueur totale et D i o g o H o m e m 1558, le 5 9 . 0 % . M e r c a t o r n ' a c c o m p a g n a n t pas son R. de V i n c e n t e Pinçon de m o n t a g n e s sur la rive occidentale, sa c a r t e , pour c e qui c o n c e r n e c e fleuve, diffère quelque peu des c a r t e s officielles de Séville. D e plus, elle le place à 326 km à l'ouest du C a p d'Orange, soit à 4 km à l'ouest du Maroni. C h a v e s p l a c e son R i o de V i c e n t e P i n ç o n à 246 k m à l'ouest du C a p d ' O r a n g e et diffère, par conséquent, sur c e point de 80 k m a v e c M e r c a t o r . Il n'est pas impossible que l'absence des M o n t a g n a s et le déplacement v e r s le nordouest soient dus à l'influence des c a r t e s portugaises. Quoi qu'il en soit, cette d i v e r g e n c e motive un e x a m e n plus approfondi. S i l'on ne prend c o m m e longueur totale que la partie c o m p r i s e entre la pointe occidentale de l'Ama­ zone et A o r i p a n a (identique au point X ) , et si l'on applique a cette portion la méthode usuelle de comparaison, l'on obtient le tableau ci-après, p a g e 660. D ' a p r è s c e tableau, la distance relative du R i o de V i c e n t e Pinzon au point A o r i p a n a ( X ) est de 5 8 . 7 % , contre 5 6 . 9 % sur la c a r t e de C h a v e s (voir tableau, p a g e 572). P o u r la position relative, il n'y a donc entre C h a v e s et M e r c a t o r qu'une différence de 1.8%, c e qui équivaut à 32 k m , si l'on adopte, d'après Stieler, c o m m e longueur e x a c t e de la portion de c ô t e e x a m i n é e , le chiffre de 1751 k m déjà admis lors de l'examen de la c a r t e de C h a v e s (voir tableau, p a g e 568). M e r c a t o r donne à cette m ê m e portion une longueur de 250 1. = 1648 km, lui faisant subir ainsi un r a c c o u r c i s s e m e n t de 105 km = 6 . 0 % , tandis que C h a v e s a c c u s e un allongement de 5 . 8 % . On voit p a r là que, si l'on s'en tient à cette section, le R . de V i c e n t e Pinzon o c c u p e


660

Carte de Gérard 1569

Indication d e s sections

Mercator Points

Distances en Distances en leguas et enpour-cent de la longueur totale kilomètres

Aoripana

14.7 164 km au sud-est de la Boca de Navios

R. dulce

114 1. = 725 km

44.0 91 km au sud-est du Maroni (231 km à l'ouest du C. d'Orange)

R. de Vincente Pin­ çon 53 1. = 337 km

20.5 128 km au sud-est du C. d'Orange ! (137 km au nordouest du Cap de Nord de Maraca)

C. bianco

54 1. = 344 km

Longueur totale

Voir t a b l e a u , p a g e 5 7 0

Point X

38 1. = 242 km

Pointe occidentale de l'Amazones

correspondants sur Stieler

20.8

y 259.1. = 1648 km 100.0%

Point Z d'après Stieler 1751 km


661

à peu près la m ê m e position relative dans M e r c a t o r et dans C h a v e s , mais que des différences notables se mani­ festent dans les distances absolues de c e t t e riviere a u x points e x t r ê m e s . Il est donc probable que M e r c a t o r n'a emprunté e x a c t e m e n t à C h a v e s que la n o m e n c l a t u r e ; pour le dessin, il a certainement utilisé d'autres s o u r c e s e n c o r e ) . Maigre les divergences constatées, le Rio de Vicente Pinzon de Mercator est, selon toute probabilité, identique au fleuve du même nom de la carte de Chaves. Si l'on considère enfin que M e r c a t o r dessine l'embou­ chure de l'Amazone p a r 3° au sud de l'équateur et le R . de V i c e n t e Pinzon p a r 1° environ au nord, tandis que C h a v e s p l a c e l'embouchure de l'Amazone à 2° 3 0 ' au sud de l'équa­ teur et le Rio de V i c e n t e Pinzon, en r e v a n c h e , à 1° 3 0 ' lati­ tude nord, on voit que dans l'une et l'autre c a r t e la diffé­ r e n c e de latitude entre l'embouchure de l'Amazone et le V i c e n t e Pinzon est de 4 d e g r é s . L e s deux c a r t e s font p a s s e r l'équateur par le C a b o b i a n c o . Cette c o n c o r d a n c e montre de nouveau que M e r c a t o r m a r q u e évidemment son R . de V i n ­ cente Pinçon d'après C h a v e s et que, par conséquent l'on doit voir aussi, dans son R i o de V i n c e n t e P i n ç o n l ' O y a p o c actuel. 1

Mais il est peu probable que M e r c a t o r ait estimé que la position g é o g r a p h i q u e du V i c e n t e Pinzon était déter­ minée d'une m a n i è r e e x a c t e seulement par la latitude sous laquelle les anciennes c a r t e s plaçaient l'embouchure de cette riviere, c a r c'est précisément sur c e t t e latitude — si variable sur c e s c a r t e s - que les doutes les plus g r a v e s devaient s'élever.

1

) L a comparaison des c a r t e s de cette période fait n a î t r e en g é n é r a l l'impression que c e u x qui s'inspiraient des c a r t e s officielles a t t r i b u a i e n t le c a r a c t è r e officiel à la n o m e n c l a t u r e plutôt qu'au dessin.


NOVA TOTIVS TERRARVM ORBIS IVXTA NEO TERICORVAA TRADITIONES D E S C R I P T I O N ABRAH. O R T E L I O ANVERPIANO AVCT.,

ANNO .

M

DOMINI

. C C C C C .

LXIIII.


662

b) L a plus ancienne carte que l'on possède d'Abraham Ortelius est datée de 1564. Un exemplaire de cette carte appartient à la bibliothèque de l'Université de Bâle. L a carte n'ayant pas été utilisée par les parties, le fragment qui nous intéresse est reproduit ci-après. Ce document offre un intérêt particulier, parce qu'il fait voir, d'une façon significative, la confusion suscitée par le dessin de Cabotto. Deux fleuves puissants d'une largeur e x a g é r é e , l'un à l'est, nommé R. Maragnone, l'autre à l'ouest, appelé Rio de las Amasones siue Oregliana, se jettent dans la mer près l'un de l'autre. Près du Maragnone, on lit C. Peste à droite, et R . de los esclauos à gauche de l'embouchure. A l'ouest du R. de los esclauos se succèdent les noms : C. Blanco — C. Corso — Plaia ; puis vient l'embouchure de l'Amazone; ensuite, sur la rive occidentale de ce fleuve: R. de Vicente — R. del Pinzon (ces deux noms pour le même fleuve) — C. Bianco — R. Verde. L a nomenclature est donc purement espagnole, mais la suite des noms ne correspond pas à l'ordre adopté par les cartes espagnoles. C'est au sud-est du Maragnone seulement qu'on trouve quelques noms indiens isolés; voir tableau, pages 663 et 664. Ortelius, par son dessin des deux grands fleuves, fournit une preuve nouvelle à l'appui des déductions tirées plus haut de la carte de Cabotto. D'ailleurs, la carte d'Ortelius ne saurait être utilisée comme document probant pour la suite de cette étude. Deux cartes d'Abraham Ortelius, datant de 1570 (A. B . I, n 20 et 21), se distinguent déjà beaucoup de celle qui vient d'être citée. Mais elles diffèrent aussi l'une de l'autre et accusent deux conceptions divergentes qui, dès lors, subsisteront parallèlement. L a carte de 1570, qui se trouve reproduite dans A. B . I, n° 20, se rattache, se­ lon toute apparence, à la manière de voir de Gérard os

42


663 —

M e r c a t o r , exprimée dans sa c a r t e de 1569 e x a m i n é e plus haut. Contrairement à la c a r t e d'Ortelius de 1564, elle n'indique qu'un seul grand fleuve, le R i o de las A m a z o n e s , et marque le « R. de S. vin» p r es q u e dans la m ê m e position que M e r c a t o r . Toutefois, cette c a r t e est construite à une si petite échelle et elle est, au surplus, si imparfaite qu'on ne saurait en tirer des déductions probantes. U n e autre c a r t e faisant aussi partie de l'atlas d'Or­ telius de 1570 et reproduite dans A. B . I, n° 2 1 , s'ap­ puie bien sur M e r c a t o r p o u r les formes e x t é r i e u r e s de la côte, mais rappelle la c a r t e de 1504 en c e qui c o n c e r n e le s y s t è m e fluvial M a r a g n o n - A m a z o n e . L e tableau suivant montre que M e r c a t o r a servi aussi de modèle à Ortelius pour la nomenclature de cette c a r t e de 1570, dans laquelle c e dernier abandonne presque complètement la nomenclature de sa c a r t e de 1564. Ortelius

1564

Ortelius

1570 et 1587

C. de S . Augustino C. de S . Agostino R. di S. Augustino R. F e r n a m b u c o Marino R. de B r a n c h i Guarasu Coreican S. R o c h o R. de S . D o m i n i c o C. C. C. C.

de F u m o s Corso Prete de Negri

R. de S. D o m i n g o Ora C. de placel Aguada S. R o q u e

Mercator

1569

C. de S . Augustino R. P e r n a m b u c o C. de S p i c h e l R. de S . D o m i n g o Ora R. primero C. del placel S. R o q u e B . de los tortugas R . de S . Miguel C. C o r s o B . de arecifes C. blanco Aguada G. de los n e g r o s


Ortelius

1564

664

Ortelius 1570 et 158?

C. Palmar Humos C. Peste Rio Maragnone R. de los esclauos C. Bianco C. Corso Plaia

C. de Palmar

Mercator

1569

C. de Palmar

B. de placeles T e r r a de humos R. Maragnone T e r r a de S. Vincente C. de Alinde C. de alinde C. de corintes C. de coryntes Todos Santos C. de los esclavos Oregliana Oregliana Orellana Rio de las Amasones Amazonum vel Ore­ Amazones-Marañon sive Oregliana gliana fl. fluvius R. de Vicente! R. de pascua R. de pascua mème R. del P i n z o n | rivière R. Arboledas R. de arboledas C. Bianco C. Blanco C. blanco R. verde R. de S. Vincente R.de Vincente Pinçon Pinçon Arboledas Aldea de arpoledas Aldea de arboledas R. de la barca R. Arefice R. salado R. salado R. verde T e r r a liana R. verde Ancon C. de Canoas Punta baxa R. de la barca Punta baxa Ancon T e r r a llana R. clolce R. dolce R. dulce R. Salado Monte especo C. alto Monte especo Aoripana Acripana P. Anegada pour

la

La carte de 1564 par le fait qu'elle adopte le dessin de Cabotto, place le Rio de Vicente Pinzon dans le voisi-


665

n a g e immédiat du fleuve des A m a z o n e s , de sorte qu'il correspond, d'après le tableau précédent, aux R . de pascua et R . de A r b o l e d a s de M e r c a t o r 1569 et d'Ortelius 1570 (A. B . I, n° 2 1 ) . Il faudrait donc le c h e r c h e r à proximité immédiate du C a p de Nord actuel, si le dessin tout entier ne reposait pas manifestement sur une erreur. E n r e v a n c h e , clans la c a r t e A. B . I, n° 21, d'Ortelius, le R . de V i c e n t e Pinçon est éloigné de l'Amazone et placé dans la position que lui assigne M e r c a t o r . L e s c a r t e s reproduites dans A. B . I, n 31 et 32, d'après l'atlas de A. Ortelius de 1587, ne se différencient p a s de celles dont il vient d'être question; elles montrent seulement qu'à c e t t e date Ortelius maintenait e n c o r e paral­ lèlement les deux versions. c) S i l'on groupe d'après M e r c a t o r et Ortelius les c a r t e s qui s'inspirent des dessins de c e s auteurs, on obtient le classement suivant : os

a) Cartes d'après Gérard et A. F., n° 4), et Abraham

Mercator Ortelius

1569 (A. B. I, n° 19 1570 (A. B. I, n° 20).

A n d r é T h e v e t , 1575 (A. B . I, n° 23), François de Belleforest, 1575 (A. B . I, n° 24), Philippe Apian, 1576 (A. B . Il, n° 5), Rumold M e r c a t o r , 1587-1607 (A. B . I, n° 33), Ortelius, 1587, n o m b r e u s e s éditions jusqu'en 1624 (A. B . I, n° 31), P e t r u s Plancius, 1592—1645 (A. B . I, n° 87), G l o b e de Zurich, fin du X V I siècle (A. F., n° 5 ), Michel M e r c a t o r , 1595 (A. B . I, n° 39), T h é o d o r e de B r y , 1596—1624 (A. B . I, n° 40), J o d o c u s Hondius, 1597 (A. B . I, n° 43), B . L a n g e n e s , 1598 (A. B . I, n° 43 ), e

bis

b


666

J . B . Vrient, 1 5 9 9 (A. B . I, n° 48), Jodocus Hondius, 1 6 0 2 — 1 6 3 3 (A. B . I, n° 51), Jodocus Hondius, 1 6 3 3 (A. B . I, n° 63), Dancker Danckerts 1660 (A. B . I, n° 74) ; b) Cartes

d'après

Abraham

Ortelius

1570 (A. B. I, n° 21).

Giovanni Battista Mazza, 1584 (A. B . I, n° 29), Ortelius, 1584, nombreuses éditions jusqu'en 1024 (A. B. I, n° 32), Théodore de B r y , 1592—1630 (A. B . I, n° 34), Christianus Sgrothenus, 1588 (A. B . II, n°" 7 et 7 ), Matthias Quaden, 1 5 9 8 - 1 6 0 8 (A. B . I, n° 43 ), Jodocus Hondius, 1 6 0 2 — 1 6 3 3 (A. B . I, n° 52), Giuseppe Rosaccio, 1657 ( A . B. II, n" 12). bis

a

La différence entre les deux groupes consiste presque exclusivement dans le dessin du système fluvial MaragnonAmazone ; toutefois la position relative du Rio de Vicente Pinzon n'est guère influencée par cette divergence et cor­ respond à peu de chose près dans les deux groupes à celle que Mercator assigne à cette riviere. d) Dans la duplique du Portugal, de 1 6 9 9 , Mercator est cité parmi les auteurs qui peuvent être invoqués en faveur de l'identité du Rio de Vicente Pinzon avec l'Oyapoc. Il est dit dans ce document ) : « En second lieu, on le montre à l'aide, non pas d'un, mais de plusieurs géographes et cartes qui, outre les auteurs mentionnés, parlent spécialement de cette riviere, en lui donnant le nom de Vincent Pinçon, comme peut le voir l'Ambassadeur. Ainsi, Gérard Mercator qui, dans la première Carte générale de l'Amérique, de sa Fabrique du Monde, donne à cette riviere le nom de Vin1

1

) Cité d'après R . B . II, page 321.


667

cent Pinçon, et qui, dans sa description de la province de G u y a n e , présente c e t t e m ê m e riviere sous le nom de W i a p o c ou Y a p o c , au nord du fleuve des A m a z o n e s , c o m m e aussi Frédéric Wit, et Jean Blaew, Hollandais, c e qui prouve que l'un et l'autre nom lui conviennent ». Cette allégation mérite d'être e x a m i n é e cle plus près. L'arbitr e n'a pas eu sous les yeux d'atlas répondant e x a c t e m e n t aux dires de la duplique portugaise. Mais la bibliothèque V a d i a n a de la ville de St-Gall possède un atlas intitulé: « Gerardi M e r c a t o r i s Atlas sive cosmographicae Meditationes de F a b r i c a Mundi et F a b r i c a t i Figura, Editio quarta, Sumptibus et T y p i s A e n e i s J u d o c i Hondij, A m s t e r o dami, An. D . 1613». C e t atlas renferme, entre les p a g e s 39 et 40, le planisphère a v e c l'Amérique cle Michel Mercator, tel que le représente A. B. I, n" 39. Il contient en outre, entre les p a g e s 362 et 363, une c a r t e de l'Amérique méri­ dionale, qui é m a n e de Jodocus Hondhis et qui correspond à la reproduction figurant dans A . B . I, n° 53. C e s deux c a r t e s portant au verso un texte imprimé qui fait corps a v e c celui de l'atlas, il est impossible d'admettre que c e soit par hasard seulement qu'elles aient été b r o c h é e s a v e c l'atlas. C e t atlas doit être considéré c o m m e une des nom­ b r e u s e s éditions cle l'atlas sorti des ateliers M e r c a t o r et complété par Hondius ) . La c a r t e de Michel Mercator c o r r e s p o n d pour la por­ tion de côte en question au type, déjà discuté, de la c a r t e de M e r c a t o r de 1566. L e R i o de V i c e n t e Pinzon y est ]

1

) V o i r sur l'histoire des c a r t e s de M e r c a t o r et s u r le transfert des planches originales à H o n d i u s : Dr. A. Breitsing, L e i t f a d e n durch das W i e g e n a l t e r der K a r t o g r a p h i e bis zum J a h r e 1600, F r a n k f u r t a. M. 1883, et Dr. W. Wolkenhauer, L e i t f a d e n zur G e s c h i c h t e der K a r t o g r a p h i e in t a b e l l a r i s c h e r D a r s t e l l u n g , B r e s l a u 1895. V o i r en outre Wauwermans, H i s t o i r e de l ' E c o l e C a r t o g r a p h i q u e B e l g e et A n v e r s o i s e , B r u x e l l e s 1895.


668 o

marqué par 1 environ de latitude nord, entre le C. blanco au sud-est et une Aldea de Arboledas au nord-ouest. L'em­ bouchure de l'Amazone est située sous 2°—3° latitude sud. On voit que le Rio de Vicente Pinzon occupe la même po­ sition que la riviere de ce nom dans la carte de Gérard Mercator de 1569. L'échelle et la projection de la carte ne permettent pas une comparaison d'après le procédé jusqu'ici appliqué. La carte de Jodocus Hondius est construite sur une projection sinusoïdale dans laquelle les parallèles de latitude ont leur véritable longueur; elle se présente comme une œuvre faite avec beaucoup de soin. Elle porte au sud-est de l'Amazone une nomenclature qui est encore en majeure partie romane, tandis qu'au nord-ouest du grand fleuve apparaît déjà la nomenclature indienne. On y constate l'ab­ sence d'un Rio de Vicente Pinzon ; en revanche, la carte renferme un Rio W a j a b e g o à l'ouest d'un C. de la Conde. L a comparaison de cette carte avec la carte moderne con­ duit au tableau suivant:


669

Carte de J o d o c u s Hondius Points correspondants sur Stieler

1606 Indication des sections

Distances en Distances en leguas et en pour-cent de la kilomètres longueur totale

C. de S. Agostinho

1

Point A ) 240 1. — 1526 km

31.8

C. de A p r a c e l l a d a

87 km à l'est S Anna

de

4

de

ta

122 1. = 776 km

16.1

C. B l a n c o

458

km

km à Tijoca

l'est

9.5

167 km au sud-est du C. do Norte (Maraca)

C. de Nord

490

km

10.2 28

C. de la Conde (R. W a j a b e g o ) 245 1. = 1558 k m

km au sud-est du C. d ' O r a n g e

32.4

Point X Longueur

V o i r tableau, p a g e 5 2 2

Point X totale

1

756 1. = 4808 k m

100.0%

d'après S t i e l e r 3970 km

) L e point A est le cap près de I. de A l e x o , position qu'occupe ordinairement le C. S A u g u s t i n dans d'autres c a r t e s de ce g r o u p e . t


670

La longueur totale s'élève à 756 1. = 4808 km, au lieu de 3970; l'allongement est donc de 838 km = 21.1 % . Il est à remarquer que la carte offre quelques difficultés pour la mensuration de la ligne de côte ; il va sans dire qu'on n'a pas tenu compte de toutes les nombreuses indentations qu'elle présente. Le tableau montre que le C. de la Conde avec le R. Wajabego à l'ouest vient se placer à 2<S km au sud-est du C. d'Orange; le dessin très caractéristique de cette partie de la carte permet, sans doute possible, de reconnaître clans le C. de la Conde le Cap d'Orange actuel. Il sera démontre plus loin, lors de la discussion des cartes à nomenclature indienne, que Wajabego est une des formes du nom de l'Oyapoc actuel. L e Rio de las Amazones ou « Maragnon seu Ore­ gliana flu. » de la carte de Jodocus Hondius débouche sous l'équateur, et le Rio Wajabego à environ 3 ° 3 0 ' X. L a même différence de latitude peut être relevée sur la carte de Michel Mercator entre le Rio de Vicente Pinzon et le « Marannon flu. ». E n présence de ces faits, il est difficile de mettre en doute l'identité du R. de Vicente Pinzon de Michel Mercator et du Wajabego de Jodocus Hondius. Il est à croire que les auteurs de la duplique portu­ gaise de 1699 se sont référés à un atlas publié par Hondius d'après Mercator. Jodocus Hondius lui-même, dans les années 1597, 1002 et 1633, a publié des cartes qui correspondent absolument au type de Mercator et qui marquent un Rio de Vicente Pinzon dans la position que lui assigne Mercator (A. B . I, n° 43, 51 et 63). L a carte de Hondius de 1602 (A. B . I, n° 52) dessine en même temps le système fluvial Amazone-Maragnon d'après Abraham Ortelius. On sait que Jodocus Hondius acquit en 1604 les planches de cuivre de


671 la maison M e r c a t o r et continua dès lors l'œuvre à laquelle elle avait a t t a c h é son nom.

3. C a r t e s p o r t u g a i s e s et e s p a g n o l e s

du XVII

e

siècle.

L'on a dû déjà, dans le chapitre précédent, lors de la discussion des c a r t e s du groupe de M e r c a t o r , empiéter sur le X V I I siècle pour traiter ensemble des documents appar­ tenant au m ê m e s y s t è m e . A v e c la lin du X V I siècle c o m ­ m e n c e une révolution complète de la c a r t o g r a p h i e de l'Amé­ rique méridionale, c a r a c t é r i s é e par l'introduction d'une nou­ velle nomenclature empruntée à la langue des indigènes. Mais avant de parler de c e t t e nouvelle époque, il y a lieu d'examiner e n c o r e quelques c a r t e s portugaises et e s p a g n o l e s qui datent du X V I I siècle, mais qui s'en tiennent en tout ou partie à la nomenclature r o m a n e et qui, pour diverses r a i s o n s , a c c u s e n t une parenté plus r a p p r o c h é e a v e c les c a r t e s du X V I siècle q u ' a v e c leurs contemporaines à no­ menclature indienne. e

e

e

e

1. L e s c a r t e s de Domingo Sanchez, 1618 (A. F . , n° 8 ) , et de Lucas de Quiros, de 1618 également (A. B . II, n° 10), sont insuffisantes. D ' a p r è s le titre reproduit dans A . F . , la c a r t e de Domingo Sanchez a été construite à L i s b o n n e . E l l e présente un certain intérêt, notamment p a r c e que sa nomenclature sert visiblement de b a s e à celle des c a r t e s de j o ã o T e i x e i r a , et que le dessin qu'elle donne de l'embouchure de l ' A m a ­ zone c o n c o r d e a v e c la description de B e n t o Maciel P a r e n t e . Or, si l'on joint les deux points e x t r ê m e s de l'embouchure, on obtient une ligne qui se dirige e x a c t e m e n t au nord-ouest et qui a une longueur de 77 leguas = 460 km. L ' e m b o u c h u r e


672

est remplie d'îles, et en cela également la carte est d'accord avec la description de Parente. En revanche, elle s'éloigne de cette description et des cartes de Teixeira par la situation du « R. de uicente ». le­ quel, repoussé loin vers le nord-ouest et marqué entre le Rio de cayque et le R . de aues, rappelle la Riccardiana et Diogo Homem 1558. L e tableau suivant fournit des indications sur les rap­ ports de distances que présente cette carte.


Carte de

Domingo 1618

Indication des sections

673

Sanchez Points correspondants sur Stieler

Distances Distances en en leguas et enpour-cent de !a longueur totale kilomètres

C. S. agostinho 41.6

Pointe orientale du Maranhão

302 km au nordouest de S A n n a ta

114 1. = 725 k m

15.3

Pointe orientale de l'Amazonas

353 km au nordouest de T i j o c a 77 1. = 490 km

10.3

Pointe occidentale de l'Amazonas (... dei y l h e o s )

44 km au sud-est du C. d ' O r a n g e 112 1. = 712 k m

15.0

133 1. = 846 k m

17.8

R. de uicente

t a

aneguada

L o n g u e u r totale

522

C. de S . Agostinho 311 1. = 1978 km

P

Voir tableau, page

y 747 1. = 4751 km

552 km au nordouest du C. d'O­ r a n g e (102 km à l'est du Corentyne)

Point X 100.0%

d'après S t i e l e r 3970 k m


674

On voit que, pour la longueur comparée, la carte accuse un allongement de 7<S1 km = 19.6 %. L e tableau montre d'ailleurs l'erreur grossière que Sanchez a commise dans le dessin de la côte en ce qui concerne l'Amazone. La carte des plus primitives de Lucas de Quiros de 1618 marque, à l'ouest de l'embouchure du R. de Orellana, un C. Corto ou Corso, et à côté un R. de mocoreos. A l'ouest de ce dernier se trouve une B de Vizente et, plus à l'ouest encore, le nom de Pinson attribué à un cours d'eau parti­ culier. Au delà, dans la même direction, passe le méridien principal avec échelle des latitudes, près duquel on lit: «Nueva andalucia » et «Meridiano de la demarcacion». D e l'Amazone se détache, très loin dans l'intérieur des terres, une branche qui se jette dans la mer à une grande distance du bras principal, le R. de Orellana. Cette rami­ fication ne porte aucun nom spécial. L a nomenclature de la côte comprise entre les deux embouchures indique que cette branche ne représente pas le R. Para, mais doit être considérée comme le fleuve débouchant dans la baie de Maranhão. L a carte de L u c a s de Quiros est si insuffisante à tous égards qu'elle ne peut entrer en ligne de compte comme document concluant. 2. Les cartes de João Teixeira, cosmographe du roi de Portugal, revêtent plus d'importance ; elles méritent un examen attentif parce qu'elles datent de l'époque de Bento Maciel Parente, qu'elles sont en outre les premières cartes désignant formellement le Vincent Pinçon comme riviere frontière entre l'Espagne et le Portugal, et parce qu'enfin le Portugal, en 1699, dans ses mémoires, se réfère expres­ sément à ces cartes. L e s cartes de Teixeira empruntent en outre une cer­ taine autorité à la fonction officielle qu'occupait leur auteur. Contrairement aux cartes hollandaises et anglaises qui a


675 seront discutées dans la suite, elles ont trait principalement à la région de l'embouchure de l'Amazone et a u x territoires situés au sud-est de celle-ci, tandis qu'elles négligent d'une manière frappante la région de la G u y a n e . L a plus ancienne de c e s c a r t e s porte la date : « L i x boa, Anno de 1627 » (A. F . , n 10 et 10 ). Elle indique, à partir de la rive g a u c h e de l'Amazone, dans la direction du nord-ouest, les noms suivants : B a r r a — C. do N o r t e -— Pinis buro — A r i c o v a r y — B a g o - - M a b a r c y — C a m a — V i c e s R. C a y p a r a n u c o . L e v o c a b l e A r i c o v a r y se trouve p r è s d'une baie renfermant une île. E n t r e C a m a et V i c e s figure une e m b o u c h u r e fluviale. L e C a b o do Norte est situé sous 2 ° 3 0 ' de latitude nord. L a forme de la c ô t e adjacente rap­ pelle celle des c a r t e s de B a r t h o l o m e u V e l h o et de B a r t h o lomeo Olives ; c o m m e dans celles-ci, la c ô t e présente sur la c a r t e de T e i x e i r a de 1627 un double c h a n g e m e n t de direc­ tion. Cette particularité distingue essentiellement c e t t e c a r t e de celles que le m ê m e auteur publia plus tard et qui offrent absolument le type des c a r t e s dites à côte coudée. L a c a r t e de T e i x e i r a 1627 a c c u s e également, dans s a no­ menclature, une grande différence a v e c les suivantes du m ê m e auteur. os

bis

U n e deuxième c a r t e de T e i x e i r a , formant la p r e m i è r e feuille de son atlas : « D e s c r i p ç ã o de todo o Maritimo d a T e r r a de S Crus, c h a m a d o v u l g a r m e n t e o B r a z i l », date de 1640 (A. F . , n° 12, A . B . I, n° 66). E l l e ne porte au nordouest de l'Amazone que deux n o m s : « C. de Norte » et « R. de V pinsa». L e C. de Norte, situé sur cette c a r t e p a r 2 ° 3 0 ' N, est dessiné sous la forme c a r a c t é r i s t i q u e du g e n o u et fait v e r s le nord une saillie t r è s a c c u s é e au-dessus du n o m b r e u x g r o u p e d'îles de l'embouchure de l ' A m a z o n e . U n e c a r t e similaire de T e i x e i r a , datée de 1642 et r e p r o ­ duite dans A . B . I, n° 67, omet les noms au nord-ouest de ta

te


6 7 6

— te

l'Amazone et, au lieu du « R. de V pinsaj », dessine sur la rive occidentale du fleuve une tour accompagnée des mots : « Marco antigo ». L e C. de Norte de cette carte est situé sous 1° 5 0 ' N. e

Puis, la 32 feuille dudit atlas de Teixeira de 1640 est spécialement consacrée à la région de l'embouchure de l'Amazone; cette carte est reproduite dans A. F . , n° 12 , et A. B . I, n° 68. bis

Elle marque, à l'ouest de l'embouchure du grand fleuve, trois provinces : « Prouincia dos Tapuyosus », « Prouincia dos Tocujus » et «Prouincia dos Maranguis», en outre, diffé­ rentes colonies et « Cazas fortes », et enfin un vieux fort hollandais. L a côte ne s'étend pas plus loin que sur la carte de 1627. A l'ouest de l'Amazone, elle ne porte que les mentions suivantes : « Cabo do Norte em altura de 2 graos do norte », indication au sujet de laquelle il y a lieu de remarquer que le cap, à cause évidemment de l'espace limité, est dessiné sous 0° 4 0 ' N seulement. te

« Rio do V Pison per donde passa a linha de demarcaçao das duas conquistas » ; à côté, sur la rive droite de la riviere, figure de nouveau une tour comme signe mar­ quant la frontière. Une mauvaise copie de cette carte a été, en 1663, annexée au « Livro das praças de Portugal » de João Nunes Tinoco. Elle se trouve dans A. F . , n° 16. L e Cabo do Norte et le R . de V Pinson y sont marqués, mais sans légende et sans la tour indiquant la frontière. e

Un examen superficiel de ces cartes fait naître l'im­ pression que Teixeira, s'occupant essentiellement de l'em­ bouchure de l'Amazone et des territoires situés au sud-est, n'a dessiné la région du Cap de Nord que pour arriver


-

677

jusqu'à la frontière entre la Castille et le Portugal. C e p e n ­ dant, l'importance de c e s c a r t e s n é c e s s i t e une étude a p p r o ­ fondie. A cet effet, trois t a b l e a u x ont été dressés, qui a c c o m ­ pagnent, c o m m e a n n e x e s , la p r é s e n t e s e n t e n c e ). 1

L e tableau I est un tableau synoptique de la nomen­ clature figurant Le long de la c ô t e dans les c a r t e s de T e i x e i r a , du Rio G r a n d e , au sud, jusqu'au Rio c a y p a r a nuco de la c a r t e de 1627, au n o r d ; c e t t e nomenclature y est c o m p a r é e a v e c les dénominations contenues dans le Mémorial cle B . M. P a r e n t e . L e s noms des c a r t e s de T e i x e i r a sont mis en parallèle entre eux et a v e c c e u x du Mémorial. L e tableau synoptique II donne la nomenclature figu­ rant dans les c a r t e s de T e i x e i r a à l'intérieur de l'embou­ c h u r e de l'Amazone, aux îles et c a n a u x compris dans c e t estuaire, et la c o m p a r e é g a l e m e n t a v e c le Mémorial cle Parente. L e tableau III c o m p a r e les données du Mémorial de P a r e n t e sur la création de capitaineries a v e c les c a r t e s m o d e r n e s de V i v i e n de Saint-Martin et de l'atlas de Stieler,. d'une part, et a v e c les c a r t e s de Teixeira, d'autre part. 2

L e s M é m o i r e s français ) considérant les c a r t e s cle T e i ­ x e i r a c o m m e une représentation graphique e x a c t e de la description de Parente, c e s tableaux ont pour but de sou­ mettre c e t t e question à un e x a m e n détaillé. L a c o m p a r a i s o n a v e c les c a r t e s m o d e r n e s s e r a t t a c h e logiquement à c e t t e étude, c a r il importe de m e t t r e en parallèle les d o n n é e s 1

) C e s t a b l e a u x sont a n n e x é s à la présente s e n t e n c e sous c o u v e r t u r e spéciale. 2

) V o i r M. F . I , pp. 301-309; R . F . , pp. 265, 266.


678

de Parente et par là indirectement les cartes de T e i x e i r a avec les cartes actuelles. L e s désignations locales contenues dans le Mémorial de Parente ont été, sur les tableaux I et II, identifiées avec les noms des cartes de Teixeira, d'où il est résulté les points de comparaison pour le tableau III. On a comparé, dans le tableau III, les données de Parente sur la distance séparant les points extrêmes des capitaineries avec les cartes modernes mentionnées et celles de Teixeira. L e s chiffres de pour-cent figurant dans les colonnes consacrées aux cartes de T e i x e i r a expriment la valeur des altérations que présentent ces cartes rapportées à Parente ; pour la comparaison avec les cartes modernes, celles-ci constituent la base à laquelle Parente est rapporté ) . 1

1

) L e Mémorial de Parente, qui date de 1627 à 1632 (voir M. B . II, pp. 16-18; et ci-dessus pp. 114 et suiv.), sert de base au tableau III. L e s longueurs de côte des capitaineries, exprimées en leguas dans le Mémorial, ont été converties en kilomètres, en admettant que 17 / leguas équivalent à 1 degré, ce qui concorde exactement avec les cartes de T e i x e i r a de 1627 et 1642, qui renferment une échelle en latitude et une échelle en leguas. Ces distances en kilomètres ont été reportées directement sur la carte moderne. D a n s les cas où, au moyen des noms, les deux points extrêmes d'une capitainerie ont pu être déterminés aussi sur la carte moderne, on a calculé pour cette section l'écart existant entre la longueur accusée par P a r e n t e et la longueur réelle, et on l'a exprimé en pour-cent de cette dernière. L e tableau montre donc l'écart que P a r e n t e présente par rap­ port à la carte moderne. D a n s les cas où les deux points extrêmes n'ont pu être identifiés sur la carte moderne, le point manquant a été déterminé sur cette dernière exactement d'après la distance indiquée par Parente et l'on a continué de la sorte jusqu'au point concordant le plus proche, qui a permis de trouver ensuite l'écart affectant la section de côte parcourue. On a tenu partout compte de tous les autres moyens de construction possibles, de sorte que le tableau comprendra probablement toutes les combinaisons relatives aux comparaisons de distances. L e s cartes de T e i x e i r a ont été traitées d'une manière tout à fait analogue : les sections de côte de P a r e n t e ont été, ou comparées directement, ou reportées en poussant 1

2

43


679

V o i c i , d'après c e s t a b l e a u x , les résultats de c e t t e étude c o m p a r a t i v e qu'il importe de s i g n a l e r s p é c i a l e m e n t : aa) Il est difficile de dire jusqu'à quel point la c a r t e de T e i x e i r a de 1627 s e t r o u v e en connexion a v e c P a r e n t e . Il est peu p r o b a b l e que c e soit la c a r t e à laquelle P a r e n t e r e n v o i e dans son M é m o r i a l . S i quelques noms c o n c o r d e n t a v e c les indications de P a r e n t e , c e l a ne suffit pas à p r o u v e r qu'il y ait une relation d i r e c t e entre les deux documents. L a P u n t a del Separará, c a r a c t é r i s t i q u e à P a r e n t e et a u x c a r t e s de T e i x e i r a de 1640 et de 1642, figure sous le nom de C. b r a n c o sur la c a r t e de 1627. E n g é n é r a l , c e t t e dernière rappelle à maints é g a r d s l'ancienne n o m e n c l a t u r e , c o n t r a i r e m e n t a u x c a r t e s de T e i x e i r a de 1640 et 1642 et à P a r e n t e . S i l'on peut donc a d m e t t r e que P a r e n t e n'a pas eu d'influence sur la c a r t e de 1627, il r e s s o r t à l'évidence, en r e v a n c h e , que s e s données ont été utilisées p a r T e i x e i r a pour s e s c a r t e s de 1640 et 1642. L e s c a r t e s de 1640, en particulier, sont mani­ festement établies d'après P a r e n t e , mais il n'est pas impos­ sible que, en dehors de lui, d'autres s o u r c e s aient été mises à contribution. L a c a r t e de 1642 est une copie défectueuse de la g r a n d e c a r t e de 1640, copie qui, p a r suite de fautes de lecture, d'écriture, etc., p r é s e n t e de telles e r r e u r s qu'il p a r a î t t r è s douteux qu'elle ait été faite p a r T e i x e i r a luim ê m e . C ' e s t pourquoi il faut s e b a s e r sur les deux c a r t e s de 1640 principalement. bb) P o u r la section de côte qui s'étend du R . J a g u a r i b e à la P u n t a del Separará et qui c o m p r e n d les six p r e m i è r e s jusqu'au point de comparaison sûr le plus proche. Ici P a r e n t e a été pris c o m m e b a s e pour le calcul de l'altération, de sorte que l ' é c a r t de la c a r t e est exprimé par rapport a u x données de P a r e n t e . D a n s c e s t a b l e a u x é g a l e m e n t , afin de donner une idée aussi c l a i r e que possible de l'ensemble des proportions, on a tenu compte de toutes l e s combinaisons qui pouvaient se p r é s e n t e r .


680

capitaineries de Parente, on constate qu'il y a concordance avec ce dernier à 1 2 . 0 % près sur la carte de 1627, » 2.7% » » » » » 1640, » 4.6% » » » 1642; dans toutes les trois, l'écart se manifeste dans le sens d'un allongement de la longueur totale qui, d'après Parente, mesure 260 leguas ou 1653 kilomètres. Dans la seconde carte de 1640, qui ne comprend que les capitaineries V et V I de Parente, la différence avec Parente pour la longueur totale se monte à 2.1 % . Au sud-est, le point extrême pour lequel Parente indique une distance est le Rio Grande; il se trouve éga­ lement sur les cartes de T e i x e i r a et peut, par conséquent, entrer aussi en ligne de compte. En partant cle ce point, il y a concordance avec Parente à 1.7% près sur la carte de 1627, » 0.6% » » » » » 1640, » 1.4% » » » » » 1642; pour toutes les trois, l'écart consiste également dans une augmentation cle la longueur totale qui, d'après Parente, est de 360 leguas ou 2289 kilomètres. D e s différences beaucoup plus considérables se font quelquesfois sentir, il est vrai, pour les capitaineries prises séparément. Mais il ressort des résultats d'ensemble ci-dessus mentionnés que la partie orientale des cartes de Teixeira, du Rio Grande à la Punta del Separará, doit être considérée comme une reproduction très fidèle des données de Parente. Cela paraît d'autant plus frappant que ces données mêmes se trouvent, comme le montre le tableau, en flagrante contradiction avec la réalité. cc) Pour la section qui va de la Punta del Separará au Rio de V i c e n t e Pinzon, il n'y a plus lieu de tenir compte


681

de la carte de 1627, c a r elle n'indique ni le fleuve, ni de signe marquant la frontière. Il n'est pas certain que le nom de V i c e s ou C a m a V i c e s puisse se rapporter à V i c e n t e . L e s trois autres cartes de T e i x e i r a , comparées à Parente, accusent pour la section allant de la Punta del Separará au Cap de Nord les raccourcissements suivants : a

b

1640 1 4 % , 1640 1 1 % , 1642 1 1 % ; du Cap de Nord jusqu'à la frontière : a

b

1640 3 5 % , 1640 6 5 % , 1642 2 0 % ; de la Punta del

Separará a

jusqu'à la frontière : b

1640 2 1 % , 1640 2 9 % , 1642 1 4 % , pour une distance totale de 120 leguas ou 763 kilomètres d'après P a r e n t e . Il en résulte que, pour la partie située à l'ouest de la Punta del Separará, les trois cartes de Teixeira s'accordent mal avec la description de Parente, et qu'elles reproduisent ses données dans un dessin fortement raccourci. Teixeira, comparé à Parente, accusant des différences de 20 à 65% pour la côte allant du Cap de Nord à la frontière, il est inadmissible de mesurer cette partie sur les cartes de Teixeira et de reporter ensuite simplement sur la carte moderne la distance ainsi obtenue pour déterminer la situation de la frontière d'après Parente. L e s résultats obtenus par la comparaison des données de P a r e n t e a v e c les c a r t e s modernes feront l'objet d'un examen ultérieur. S o u s ce rapport, le tableau I I I fournit des points d'appui permettant de se rendre compte de la manière de voir qui régnait en E s p a g n e et au Portugal à l'époque de Parente et de T e i x e i r a . dd) L e tableau III permet de jeter un coup d'oeil d'en­ semble sur les cartes dressées par J o ã o T e i x e i r a et d'appré­ cier leur degré d'exactitude. On peut, de leur concordance


682

presque complète avec la description de P a r e n t e , pour la partie de la côte située au sud-est de l'Amazone déduire d'emblée combien elles sont inexactes. Pour Parente, le tableau accuse, en ce qui concerne la portion Rio Grande —P. del Separará (Rio Grande do Norte—Tijoca), un allon­ gement de 4 6 % , soit 4 3 % ) . S i l'on prend la section Rio de Jaguiaribi—P. del Separará (R. J a g u a r i b e — T i j o c a ) , le résultat s'améliore un peu; l'extension de la côte n'y dé­ passe pas 3 3 % , soit 3 1 % . Et, comme les cartes de T e i x e i r a offrent, ainsi qu'on l'a remarqué, presque exactement les mêmes rapports d'altération, elles se rangent parmi les plus inexactes de celles soumises à l'arbitre pour cette partie de la côte. L e s cartes de T e i x e i r a sont dessinées d'une façon caractéristique, et l'on reconnaît clairement que les cartes postérieures à celle de 1627 procèdent de celle-ci. Cette der­ nière, parce qu'elle s'accorde moins que les autres avec les données de Parente, est bien celle qui dénote encore le plus d'originalité. Mais on constate par ses proportions, comme le montre le tableau, qu'elle n'est pas meilleure que les autres, au contraire. L e s quatre cartes représentent d'une façon particuliè­ rement détaillée l'embouchure de l'Amazone qui, sur la carte de 1627, est figurée le plus inexactement ; au point de vue des proportions, les autres cartes fournissent des données plus exactes que celles de Parente. Toutefois, il ne faut pas se faire d'illusion sur le soin avec lequel semble être traitée l'embouchure de l'Amazone ; selon toute apparence et malgré l'indication des profondeurs, l'on se trouve ici encore en présence d'un dessin en grande partie ]

1

) L e s 46% se rapportent à la carte de Vivien de St-Martin; les 43 % , à la carte de S t i e l e r .


6S3

fantaisiste. On ne voit pas sur quoi s'appuient les cartes de T e i x e i r a pour le territoire situé au nord-ouest de l'Amazone, mais d'après ce qui précède, il serait clair que les indications de T e i x e i r a sur la position du R. de V i c e n t e Pinzon ne peuvent pas faire autorité. L e s cartes sont si insuffisantes qu'il est inadmissible d'en tirer d'autres conclusions. L e tableau III renseigne sur les indications de latitude que fournissent les cartes. 3. Ce n'est que dans son deuxième mémoire que le Brésil fait mention d'une carte de Sebastian de Ruesta, dont l'original paraît être perdu, mais dont une copie hol­ landaise, qui se trouve au British Museum de Londres, est reproduite dans le second atlas du Brésil ) . L a carte porte le titre : « C a r t a nautica del Mar, Costas y Islas de las Indias Occidentales, emendada por Sebastian de Ruesta, natural de Ç a r a g o ç a , Cosmographo, fabricador de instrumentos mattematicos por S u Mag en la C a s a de la Contractacion de la ciudad de S e v i l l a . . . » D'après des documents trouvés à Séville, la c a r t e de Sebastian de R u e s t a a été établie en 1654 et, après un examen minutieux et certaines corrections, approuvée en 1655 au nom du roi par la C a s a de Contratacion et le Conseil des Indes. P a r décret royal de Philippe I V , du 10 octobre 1655, certaines recettes de la C a s a de Contratacion furent affectées à indemniser Ruesta et à couvrir les frais de reproduction de sa carte. On aurait par conséquent à faire ici à une c a r t e officielle, à un Padron real tardif. Comme ce document n'a été produit qu'après coup par le Brésil et que la F r a n c e n'a pas eu l'occasion de s e prononcer à son sujet, comme en outre cette carte n'est qu'une copie et que des renseignements détaillés font défaut 1

d

1

) R . B . I, pp. 93 et suiv., et A . B . II, n° 14.


684

sur l'authenticité de celle-ci, l'arbitre ne peut pas considérer cette carte comme probante. Néanmoins, il y a lieu de la soumettre à un examen attentif. Pour le Brésil, la copie de cette carte est hollandaise ; comme le contour des côtes rappelle, à première vue, la carte de Laet 1625 (A. B . I, n° 60), il paraît indiqué de re­ chercher tout d'abord s'il existe une parenté entre ces deux cartes. Une comparaison de Ruesta avec de L a e t montre que la forme des côtes diffère notablement dans les deux cartes, comme on peut le voir par le dessin du delta de l'Orénoque, de la région du Cap de Nord, de l'embouchure de l'Amazone, de la baie de Maranhão, etc. L a carte de Ruesta renferme plus d'indications importantes pour la navigation que celle de L a e t . L a nature des côtes, l'étendue des bancs de sable, etc., sont traitées plus en détail dans la première que dans la seconde. L a nomenclature est complètement différente. Une comparaison des deux cartes d'après la méthode usitée montre plus clairement encore les différences qu'elles pré­ sentent dans leur conception. Toutefois on ne peut donner que les distances relatives par rapport à la longueur totale, attendu que la carte de Ruesta ne contient aucune échelle des latitudes — pas même l'équateur — ni d'échelle en lieues, et ne permet pas par conséquent de déterminer comme d'ordinaire l'unité de longueur. V o i c i le tableau que l'on obtient :


3

ta

Point X

Point X

87 k m au sud-est C. de Orange du C. d'Orange

3

2

) Correspond à l'I. Tijoca.

44.7

10.5

25.0

19.8

Distances en pour-cent de la longueur totale

) Les distances d'après Stieler sont celles qu'indique le tableau, page 522. ) Ce point correspond à de S Anna.

1

Point X

51.2

3

Pointe près de B. de Pascua )

123 km au sud-est du C. do Norte C. de Norte (Maraca)

60 km à l'est de Tijoca

I. S. Anna

Indication des sections

ta

Point X

84 k m à l'ouest du C. d'Orange

73 km au nordouest du C. do Norte (Maraca)

39 km à l'est de Tijoca

S Anna

1

sur Stieler )

Points correspondants

C. d'Orange

11.5

18.3

19.0

ta

S Anna

1

sur Stieler )

Points correspondants

Carte de Sebastian de Ruesta 1655 environ

685

C. de Noord

Point A )

2

Pointe occiden­ tale de l'I. Corapu )

Indication des sections

Distances en pour-cent de la longueur totale

Carte de Joannes de Laet 1625


686

Tout cela montre que la copie de la carte de Ruesta qui a été produite ne doit pas être regardée comme une imitation de Lact. L e tableau comparatif concernant la carte de Sebastian de Ruesta place le C. de Orange à 84 km trop à l'ouest de sa position réelle et rappelle, par ce fait, la conception de Chaves. L a nomenclature présente quelques analogies frappantes avec celle de la carte de Lucas de Quiros de 1618 (A. B . II, n° 10), comme on peut le constater par le pa­ rallèle suivant ) : 1

Sebastian

de Ruesta

I. Maranan I. Tatiperaza I. Maranoen I. de S. Sebastiaen Almadia C. Plazel R. de S. Marcio Costa suecia R . de S. Pabulo Angilas C. los B a x o s Costa des Cubierta B . d. Lysleo B . de Pascua C. S . J u a n R. cl. las Amazones Tunosa

1

Lucas

de

Quiros

Ciuidad de naçare

C. del Plazer R. de S a n Marcel R. de S. Pablo C° de las vasas B

a

del ysleo

C° de St. Juan Rio de Orellana

) Cependant la carte de Ruesta accuse, dans le dessin, un tout autre degré de perfection, et l'on ne saurait, à cet égard, lui comparer la carte de L u c a s de Quiros, d'une valeur bien inférieure.


Sebastian

de

687

Lucas

Ruesta

R. do Mocoreas R . de Conitaluna C. de Norte R . de mucaracos Costa de medanos C. de O r a n g e B de Biçente Pinçon R . de canoas I. de los Diablos R . verde

de

Quiros

C. corte R. de mocoreos B de vizente a

a

Pinson R. de canoas R. Berde.

Il faut signaler tout particulièrement le mot Ysleo, écrit sur les deux c a r t e s a v e c un y, et le R . de mocoreos ou mucaracos que l'on ne rencontre pas sur d'autres cartes. L a B près de Biçente (Vizente) est commune également aux deux cartes. On voit en outre que la nomenclature de R u e s t a est, notamment dans la région située au sud-est de l'Amazone, fréquemment entrecoupée de noms connus des cartes portugaises, ce qui s'explique par le fait que ces territoires étaient depuis longtemps déjà en possession du Portugal. A l'ouest de la B cle Biçente Pinson de R u e s t a et du Pinson cle Quiros, figure un Rio de canoas que l'on trouve déjà sur les cartes de V a z Dourado, sur la Carte anglaise anonyme de 1598 (A. B . I, n° 44) et d'autres encore sous le nom de R i o de la b a r c a , et qui revient sur les cartes à nomenclature indienne, où il est appelé B . ou R. de canoas, et où il avoisine à l'ouest le W i a p o c ou W a j a b e g o , c'est-à-dire l'Oyapoc. (Voir, par exemple, la c a r t e cle J o d o c u s Hondius de 1606, A. B . I, n° 53). L e s noms ci-après se suivent sur a

a


688

Jodocus Hondius 1600

Ruesta

1

C. de la Conde ) R. W a j a b e g o R . de Canoas.

1

C. de Orange ) B de Biçente Pinçon R. de Canoas a

L a constatation la plus importante à laquelle donne lieu la carte de Sebastian de Ruesta est que la B de Biçente Pin­ çon, c'est-à-dire le R i o de V i c e n t e Pinzon, y est identifié sans équivoque possible avec l'Oyapoc, par le fait que le C. de Orange est situé immédiatement à l'est de son embouchure. 4. Enfin, il y a lieu de mentionner ici les cartes du P. Samuel Frits de 1691 et 1707 ). Ces cartes adoptent la nomenclature indienne pour la côte contestée et ne font qu'une seule exception en écrivant le Rio de Vicente Pinzon à la place de W i a p o c o ou Oyapoc. Ce n'est qu'après l'examen des cartes du X V I I siècle, à nomenclature in­ dienne, qu'il sera possible d'apprécier la valeur des cartes du P. Fritz; aussi suffit-il de les avoir signalées ici. a

2

e

III. Cartes à nomenclature 1598-1703.

indienne.

1. Aperçu

général. e

A v e c les dernières décades du X V I siècle, la période cartographique pendant laquelle le dessin de la côte com­ prise entre l'Amazone et l'Orénoque procède du type sévillan peut, en principe, être considérée comme close. On vient 1

2

) C. de Orange et C. de la Conde sont des dénominations identiques. ) A . B . I, n 8 6 et 9 1 ; A . F . , n° 17. os

b


689

de voir dans quelle mesure les Espagnols et les Portugais conservèrent au X V I I siècle l'ancienne image de la con­ trée. D e même, le nom du Rio de V i c e n t e Pinzon se main­ tient dans les éditions parues au X V I I siècle d'Ortelius 1624, de T h é o d o r e de B r y 1630 et 1644, de Plancius 1645, de van L a n g e r e n 1645, de R o s a c c i o 1657, de D a n c k e r D a n k e r t s 1660. J o d o c u s Hondius, T h é o d o r e de B r y et vаn L a n g e r e n ont même publié des cartes d'après les deux types, ancien et nouveau. Il est surprenant toutefois que personne, lors du passage à la nomenclature indienne, n'ait cherché à comparer les anciens noms avec les nouveaux et à en établir l'identification. e

e

e

A v e c le commencement du X V I I siècle s'ouvre une nouvelle phase de la cartographie de la côte guyanaise. Elle est caractérisée par la substitution des noms indiens indigènes aux noms hispano-portugais. L a nomenclature romane se maintient plus longtemps sur la côte brésilienne ; certains cartographes adoptent la nomenclature indienne pour la côte guyanaise, tandis qu'ils se servent encore de la nomenclature romane pour la côte du Brésil. Toutefois des traces de nomenclature indienne se ren­ contrent déjà antérieurement, par exemple sur la carte espa­ gnole reproduite dans A. В . I, n° 13, qui date, à ce que l'on prétend, du milieu du X V I siècle (1560?) et qui présente une série de noms indiens de fleuves, tels que R. curetic, R. copanama, R. moruca, etc. Mais cette carte, d'ailleurs très primitive, resta sans influence sur les dénominations des œ u v r e s cartographiques ultérieures ; aussi, n'y a-t-il pas lieu de s'y a r r ê t e r plus longuement. L e s v o y a g e s entrepris par Sir Walter Ralegh ) 1595 e

1

1

) C'est depuis le voyage de W . R a l e g h , 1595, que le littoral com­ pris entre l'Amazone et l'Orénoque est nommé «Guyane».


690

et par ses contemporains Lawrence Keymis 1596, Charles Leigh 1604 et Robert Harcourt 1608, clans le but de cher­ cher, à l'intérieur de la Guyane, l'Eldorado fabuleux dont parlaient les récits espagnols, sont de la plus haute impor­ tance pour la cartographie de toute la côte des Guyanes, car ils fournirent la base de la nouvelle nomenclature de cette région ) . Ce sont en première ligne les tables ) des rivieres de Guyane, dressées par Lawrence Keymis et Robert Harcourt, qui font règle pour la nouvelle nomenclature. Ces tables, séparées en date par un intervalle de 17 ans, dif­ fèrent dans l'orthographe de certains noms ; les rivieres citées par Keymis et par Harcourt dans le voisinage de l'embouchure de l'Amazone forment deux séries quelque peu différentes, comme le montre le tableau suivant: 1

2

Keymis

(1596):

Arrowary. Iwaripoco. Maipari. Caipurogh. Arcooa. Wiapoco. Wanari. Capurwacka. Cawo.

Harcourt

(1613):

Arrowary. Maicary. Connawini. Cassipurogh. Arracow. Wiapoco. Wianary. Cowo. Apurwacca.

L a différence d'orthographe entre Keymis et Harcourt affecte principalement les rivieres Maipari — Maicary, et 1

) L a première carte avec la nouvelle nomenclature Jodocus Hondius de 1598, A . B . I, n» 45. ) V o i r R . B . II, pp. 17-23. 2

est celle de


691

Capurwacka — Apurwacca. Aussi ces noms offrent-ils, poul­ ies cartes du X V I I siècle établies a v e c la nouvelle nomen­ clature, un moyen de reconnaître laquelle des tables de K e y m i s ou de Harcourt a été utilisée comme source pre­ mière de la nomenclature. Pour pouvoir poursuivre la présente étude sur la base de la nouvelle nomenclature, il paraît opportun d'établir et de comparer entre elles les séries de noms des cartes les plus importantes. On obtient ainsi les tableaux synoptiques suivants : e


Mabary Camawin

Cayporaron

Mabary. R.

Comawini. R.

Cayporonne. R.

Rio de Canoas Caperwacka

B. van Canoas

Caperwacka. R.

o

Cawo

B. de canoas

Caperwacka

Rio Wiapago Conestable

R. Aricawary C. de la Conde al. C. d'Orange

Wiapogo R° Constable

C. de la conde

R. Caiporonne

Comawini

R. Mabari

Mayes

Awaripako

R. Awaripaco

C. di Wyapogo R. Wyapogo B. d i Wiapogo é d'acqua dolce R. Wanare | Wanare R. Caperwacca

o

I. de Pinos R. di Pinos H. d i Pinos Costa di Pinos C. di Arowari R. Arowari B. d'Aroware ó Awaripaco R. di Vincent Pincon B. di V. Pincon R. Iwaripogo I. Pincon I. Waripogo R. Maipare Maipare Costa di Maipare C. Coanawini R. Coanawine Coanawine R. Caipurogh B. di Lucon R. Caiporone Caiporone C. Cecil ó C. Lucon Aruauan R. Arcooa Arcooa

) Voir à ce sujet la carte de Dudley, A. B. I,n 69, qui prisente la série de noms suivante : J. Pinos, B. Arowari, C. del Nort, C. Arowari, R. Arowari, R. VincenzòPincon, J. Pincon, R. Waripogo, C. Coanawini, R. Coanawini, C. Cecil o Lucon, R. Arooa, R. Wiapogo, R. Wanari.

1

Waiapago B. of Canous

Wiapago. R. R. Conestable

C. de la Corde

Awaribago

Awaripako. R.

R. Arowary

R. Arowary

B. Pinas C. de Nort

A. B. I, n° 70

A. B I, n° 61

1

1646 Robert Dudley )

1630 A. Fl. van Langeren

692

Aricawary. R. C. de la Conde

Aricowary

R. Arowary

C. cora?

A. B. I, n° 50

A. B. I, n° 46

Pinis Bay C. de Nort Pynes Bayo

1602 Gabriel Tatton

1599 Levinus Hulsius

C. de Nord Hispanis Pinis Baye

o

1598 Jodocus Hondius A. В. I, n 45

Cartes dont la nomenclature est basée sur la table de Lawrence Keymis (1596).

— —


)

1

R. Wanary Comariboo R. Aperwacque

R. Wiapoca

R. Arrocawo

C. d'Orange

R. Cassepouri

R. Tapanaowyny R. Arowary R. Arykary R. Corrosuine R. Quanaoueny

C de Noord

o

1631 G. Blaeuw A B. I, n 62 o

1656 Nicolas Sanson A. B. I, n 73

1

C. de Conde Gallis C. Cecil Anglis C. d'Orange Batavis Arracowo R. Wiapoco R. Winipoco R. Waynary Commaribo ) Apurwaca als Caperwaca R.

Iwaripoco R. Mikary R. als Maikari Arikary R. Carsewinnen et Conawini R. Cuniculorum Ins. Clapepouri als Crabebouren R, R. Cassipouri als Cassiporough

Arrewari R. Cabo Race aux Espagnols Cap de Nord aux autres

Les monts du Commaribo avec le nom Massoure M. sont aussi représentés par le dessin et se détachent nettement.

Aperuaka

R. Wanary Comariboo R. Aperwacque

Wanary

Wianary Gomeribo Apararoacca

Wianary Gomeribo Aparowaka

R. Wiapoca

Wyapoko

Wiapoco

Wiapoco R.

C. d'Orange

R. Cassepouri

R. Arrocawo

Cassipourj

R. Tapanaowyny R. Arowary R. Arykary R. Corrosuine R. Quanaoueny

C. de Noord

A. B. I, n° 60

1625 Joannes de Laet

Arcoa

Aricoa

Araccow

place primive C. North

Cassiporough Wattz R.

Hauck hill Cassiporough Watz R.

Maekarj Clapepourj

C. de Nord

o

1625 Carte hollandaise anonyme A. B. II, n 11

693

C. Sicell

Tiwia R. Freshwater Carapoporough Hands The lake of Macary Mayaccay Corossowiny Conowiny

C. cvrco

R. Aro

o

1618 Sir Walter Ralegh A. B. II, n 9

Tyrom Freshwater Carrapoporough Iles The lake of Macary Maicary Coshebery Comawiny

P: Perilous

R. Arowary

o

1608 Gabriel Tatton A. B. I, n 54

Cartes dont la nomenclature est basée sur la table de Robert Harcourt (1613).

— —


A B. I,n°81 b

A. B. I, n° 76

A. B. I, n° 77

Houicuri R.

Yapoco R.

Comaribo Habitation Françoise Cap d'Aproüque Aproüaque R.

R. Viapoco

Comari Habitation de François C. d'Aperwaque R. Aperwaque dite R. Pyrague

Cap d'Orange

Casipoure R.

Huine Mari R.

R. Ouiaca al. Huinemari R. Epicouli al. Hovicuri

R. Cassipoure al. R. Ayairi Cap de Condé al. C. d'Orenge

Quamawyni

Maiakari R. Arikari R.

Maiakari R. R. Aricari

Rio Aperuaque

Capurwacka

Arcoa R. Viapoco R.

Casipura

Yapoco R.

C. d'Orange

Casipoure R.

Aprouague R.

Aprouaque R.

B. de Vincent Pinson

Arrewary R. I. des Ilapins Cap de Nord

A. B. I, n° 89

Machacary R. Maracari R. Aricary R. Aricary R. Corassune R. Corassune R.

Cap du Nord

R. d'Arabony

A.B.I, n° 88

1703 G. de l'isle

R. Aperwacque

Rio de Vicente Pinçon

R. Corassini R. Maripanari

Cabo de Norte

R. Arouari

A. B. I, n° 86b

1700 G. de l'isle

Comaribo

C. d'Orange Coupiribo R. Oyapoc R.

Comaruny R. Cassipoure R.

Cohany

Corossony R. Mariée Banare R

Moyacory R.

Arabony R. Batabouto R. C de Nord

A. B. I, n° 85

1691 P. Samuel Fritz

R. Wanuary Commaribo

C. d'Oranje R. Arcoa R. Wayapoco

R. Cassipura

1696 Froger

(1613).

694

Costhebery

Rio Maypuroch Rio Caypuroch Klyn Rio Carypura Machacary Rio Aricary Corassune Clapepury

Cap de Nord C. de Nort Cabo Noord al. Cabo Race aux Espagnols Cabo Race I. Carpory I. Tarpory R. Arauuari Arrewary R. Rio Arowary Rio Warypoco

Arrewary R.

1680 Claes J. Vooght

1666

Lefebvre de la Barre

1664

Pierre Du Val

Cartes dont la nomenclature est basée sur la table de Robert Harcourt

— —

44


695

L ' e x a m e n détaillé de ces cartes soulève une série de questions qui seront discutées dans les pages suivantes.

2. Le Cap de Nord, c a p insulaire.

Le

Rio A r o w a r y

considéré

c o m m e b r a s de mer.

Il importe, notamment à cause de la donation en faveur de Bento Maciel P a r e n t e , de 1637, et du Mémorial de P a ­ rente qui lui a servi de base, de savoir quel cap il faut entendre par le « C a p de Nord». A u x termes du Mémorial, la capitainerie, que la donation désigne sous le nom de capitainerie du Cap de Nord, devait comprendre : les terres de la région du C a b o del Norte, s'étendant le long de la côte sur 40 leguas comptées à partir du grand canal jus­ qu'au R i o de V i c e n t e Pinzon, où se trouve la frontière entre le Portugal et la Castille, textuellement : « De la otra parte del Rio en el cabo del Norte, corre la costa a Loeste hasta et rio de Vicente Pinçon, en altura de trez grados de la linea al Norte : h a b r á cosa de quarenta leguas por costa entre el gran canal, y la deniarcacion entre Portugal y Castilla », M. B . II, page 18. L e s dites terres sont décrites comme suit dans la donation : « D a s terras que jazem no cabo do norte cõ os R i o s que dentro que nellas estiuerem que tem pella costa do m a r trinta te quarenta legoas de distrito que se contão do dito cabo ate o R i o de vicente picon aonde entra a reparticào das jndias do Reino de castella », M. B . II, page 27. Une fois établi ce qu'il faut entendre sous le nom de Cabo del Norte, la position du Rio de V i c e n t e Pinzon, fleuve frontière entre le Portugal et l'Espagne, peut se déduire de cette description, même si l'on admet a priori que les données de Parente touchant la distance de 40 leguas ne voulaient ni ne pouvaient


696 —

être absolument exactes. Mais les parties ne sont pas d'ac­ cord sur la question de savoir quel est le point de la carte moderne qui doit représenter le Cabo del Norte. Il y a lieu de remarquer à cet égard que le cap s'avançant en mer du côté occidental de l'embouchure du Marañon-Amazone a porté autrefois différents noms. Il est appelé ) : C. bianco dans Majollo (1519), C. corà dans Desliens (1543), C. cora dans Gutierrez (1550), C. blanco sur la carte de Weimar (1527), dans Ribeiro (1529), dans Chaves (1536), ainsi que dans Mercator et Ortelius et dans les groupes de cartes qui s'y rattachent, Punta do Pracel dans Andreas Homo (1559), Pta del parcell dans Bartholomeu Velho (1561), P. del pacel dans Diogo Homem (1568), P. del pracell dans Joan Martines (1582), C. do Norte dans Cornelis de Jode (1593), A. Fl. van Langeren (1596), Cornelis Wytfliet (1597), Joào Teixeira 1627 et 1640, C. de Nord Hispanis dans Jodocus Hondius (1598), C. curco sur la Carte anglaise anonyme (1598) ) et dans W a l t e r Ralegh (1618), P. Perlious dans Tatton (1608), C. di Arowari dans Dudley (1646), et aussi C. del Nort dans les cartes du même auteur (1661), Cabo Race aux Espagnols, Cap de Nord aux autres dans Nicolas Sanson (1656), 1

2

1

) Il ne s'agit ici que de la situation du Cap de Nord par rapport à l'Amazone et cela indépendamment de la question, précédemment traitée, de la position relative, exacte ou inexacte, du grand fleuve. ) A . B . I, n 44. 2

o


697

-

C. de Nort, al. Cabo Race dans P i e r r e D u V a l (1664), Cabo de Noord dans de L a e t (1625), B l a e u w (1630), V o o g h t (1680), C. du Nord dans de l'Isle (1700), C. de Nord dans L e f e b v r e de la B a r r e (1665), F r o g e r (1698), L a Condamine (1743). Mais ce n'est pas seulement le nom de c e cap, c'est aussi sa position qui a subi de grands changements dans le cours du temps. J u s q u ' à la fin du X V I siècle, on trouve un cap continental représenté relativement à la côte adja­ cente de deux manières caractéristiques : la ligne convexe de la carte de W e i m a r , de Ribeiro, de Chaves, de Bartholomeu V e l h o , de J o a n Martines et de J o ã o T e i x e i r a 1627, adoptée aussi par M e r c a t o r et Ortelius ; et la forme coudée (Knieform) des cartes de V a z Dourado, Florentin van Langeren, J o d o c u s Hondius, van Doet, Cornelis Wytfliet, et de J o ã o T e i x e i r a 1640 et 1642. Aucune de ces cartes ne dessine de grande île près de c e cap, qu'elles représentent comme appartenant au continent. S i , sur quelques cartes, des îles sont dessinées, ce ne sont que des îlots, qui ne rappellent en rien les formes des cartes postérieures. On ne connaît à cette époque qu'un seul Cap de Nord, dont la situation par rapport à l'embouchure de l'Amazone se modi­ fie, il est vrai, selon les auteurs. e

L o p e z de Velasco, 1571-1574 (R. B . II, page 14), mentionne le premier « trois petits îlots » près de « L a s Planosas », immédiatement au nord du « C a b o Bianco » ; van D o e t 1585 et Sanchez 1618 les ont reportés sur leurs c a r t e s — sans nom particulier. Wytfliet, van L a n g e r e n , et d'autres, font de même. V a n D o e t a une «Punta dos Ilheos», immédiate­ ment à l'ouest de son C. do Norte. L a C a r t e anglaise ano­ nyme de 1598 (A. B . I, n° 44) est, à notre connaissance, la plus ancienne c a r t e qui dessine une grande île près du Cap


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Curco; mais celle-ci est située à l'est du cap, en avant de l'embouchure du grand fleuve. Peu à peu le Cap de Nord fut séparé du continent et figuré comme île. Il est représenté sous cette forme, par exemple dans Dudley 1646, où il est appelé C. Arowari; dans A. Fl. van Langeren 1630 (C. de Nort) ; sur la carte « meilleure » de R. Dudley, où il est nommé C. del Norte ; dans de Laet 1625 et G. Blaeuw 1631 (C. de Noord) ; dans N. Sanson 1656 (Cabo Race aux Espagnols, Cap de Nord aux autres). Ruesta 1655 se range également dans cette catégorie. Lefebvre de la Barre 1665 dessine le cap d'après Sanson, avec la dénomination : Cap de Nord, aux Espagnols Cabo race. L e s cartes du P. Fritz, de 1691 et 1707, sont les dernières qui figurent le Cap de Nord de cette manière. Elles le représentent comme le sommet d'un angle aigu s'avançant fortement vers l'est, le séparent du conti­ nent par un bras de mer et lui donnent une latitude nord de 1° 4 5 ' à 2°. L a carte de Gabriel Tatton, de 1608 accuse une tout autre conception. S a P. Perilous (le Cap de Nord) fait saillie au-dessus de l'embouchure de l'Amazone dans la direction du nord-est jusqu'à 1° 4 5 ' de latitude nord; puis, décrivant une courbe prononcée, la côte continue vers le nord-ouest. Cette P. Perilous de Tatton est un cap continental. Ce n'est qu'à l'ouest de celle-ci que Tatton dessine deux grandes îles et une plus petite. P a r leur dispo­ sition, les deux grandes îles forment une sorte d'île double dont les parties ne sont séparées que par un étroit chenal. Tatton les appelle « Carrapoporough Iles » et il écrit en travers du canal qui les sépare du continent : « Freshwater ». L e même dessin accompagné des mêmes dénominations se 1

) A. B . I, n° 54.


699 1

trouve dans Walter Ralegh (1618) ) ; seulement, la P. Pe­ rilous dans Tatton s'appelle ici C. Curco. Ce t r a c é subit quelque modification dans les cartes des Hollandais Claes J. Vooght (1680), Arnoldo Roggeveen (1680) et Joannes van Keulen (1695) ). Claes J. Vooght dessine les trois « Carrapoporough Iles » de T a t t o n et R a l e g h de la même façon que ces derniers, mais il donne à la plus grande le nom de T a r p o r y . Il place la P. Perilous ou le C. Curco par 1° 5 5 ' N, et l'appelle Cabo Noord. Con­ trairement à Tatton et à R a l e g h , il représente le C a b o Noord comme un cap insulaire. L'île, qui dépasse de beaucoup en grandeur celles qui viennent d'être citées, porte la mention : «J. Carpori, oste L a a g Land vol Boomen » ; le Cabo Noord forme sa pointe nord-orientale. On reconnaît encore facile­ ment, surtout à l'ouest du C a b o Noord, le contour du con­ tinent tel qu'il est figuré sur les cartes de Tatton et de R a l e g h , et l'île tire simplement son origine du fait que V o o g h t sépare du continent, par un large bras de m e r qu'il nomme R i o A r o w a r y , une portion notable de la côte. L'île a sa plus grande étendue dans la direction nord-sud et sa longueur dans c e sens mesure 1 / degré de latitude environ. Elle constitue la partie orientale de la saillie en forme de genou des anciennes cartes. Van Keulen a exactement le m ê m e dessin, tandis que Roggeveen sup­ prime les trois îles septentrionales T a r p o r y et n'en in­ dique plus qu'une g r a n d e : « C a r p o r y oste L a e g h Eylandt vol B o o m e n » , derrière laquelle passe le large b r a s de mer nommé Rio A r o w a r y . L a ligne de plus grande éten­ due de l'île suit également ici à peu près la direction nordsud; en revanche, elle n'a pas, comme dans les cartes 2

1

3

1

)

2

A . B . II, n° 9. ) A . B . I, n 81 a et b; A . F . , n os

os

bis

15, 18 et 1 8 .


700

précédentes, la même orientation que la rive occidentale de l'Amazone, mais elle forme avec celle-ci un angle obtus. L e Cabo de Noort n'occupe plus l'extrémité septentrionale de l'île, mais se rapproche du milieu de celle-ci, en faisant toutefois fortement saillie vers le nord-est. Il est situé sous 2° de latitude nord. Sur le continent, au sud de l'île, et par 0° 4 0 ' de latitude nord, se trouve un «Cabo Aroswary». Dans le bras de mer «Arowary Flu» débouchent, lus du sud au nord, un Rio Warypoco, un Rio Maypuroch et un Rio Caypurogh. L e dessin de Claes J . Vooght et de van Keulen se retrouve plus tard dans les cartes de d'Anville 1729 et 1745 ), dont la première nomme la grande île méridionale : «Isle Carpori ou terre des Ilapins», tandis que la seconde n'indique, sous le nom de «I. Maraca», que les trois îles situées au nord. L a petite carte de d'Anville, de 1748 (A. F., n° 25 ), présente le même dessin que cette dernière. En outre, les cartes de Nicolas de Fer (1719), La Condamine (1743 et 1744), la Mapa dos Confins do Brasil etc. (1719), J. Gibson (1763), Bellin (1763), Hartsinck (1775), Thompson (1781), et d'autres ), procèdent de la même conception que celles de Vooght, Roggeveen ou van Keulen. Guill. de l'Isle (1703) se rapproche plutôt de cette version que de celle de Laet. Il y aura lieu de discuter plus tard com­ ment ces cartes rattachent la Baie de Vincent Pinçon au groupe d'îles du Cap de Nord. L a première question qui se pose est de savoir ce que signifie le « Rio Arowary » marqué derrière les îles, attendu que ce point, que sus­ cite l'examen des cartes du X V I I siècle, revêt une certaine importance dans le différend actuel. 1

bis

2

e

1

os

) A. F., n

2

22 et 24. os

bis

bis

) A . В . II, n° 18; A . F . , n 23, 2 5 , 26, 31 , 32 et 3 8 ; A . В . II, n°36.


701

D e s développements qui précèdent se dégagent donc les deux questions suivantes, qui intéressent le présent litige : Quelle est la situation du Cap de Nord, eu égard surtout à la donation eu faveur de Parente? Que signifie le Rio Arowary des cartes de Vooght, Roggeveen et van Keulen ? 1. Contrairement aux cartes anciennes qui ne connais­ sent qu'un Cap de Nord, les cartes modernes indiquent : une «Punta do Norte » ou Pointe de (du) Nord qui limite à gauche l'embouchure de l'Araguary, par 1° 1 6 ' de lati­ tude nord, vis-à-vis de la Ponta G r o s s a qui la termine à droite ; puis un « C a b o R a s o do Norte » au nord de l'em­ bouchure de l'Araguary, appartenant au continent et situé sous 1° 4 0 ' de latitude nord; enfin un « C a b o do Norte», formant la pointe septentrionale de l'île de M a r a c a , sous 2° 15' de latitude nord ) . Suivant la c a r t e sur laquelle s'effectue la mesure, ces deux derniers caps sont éloignés de 75 à 85 kilomètres l'un de l'autre. L'« Atlas universel de géographie » de Vivien de St-Martin, 1894, nomme le cap continental : Cap de Nord, et le cap de l'île de M a r a c a : V i e u x Cap Nord. L a carte « du service hydrographique français » porte près du cap de l'île de M a r a c a , la mention : « Cap du Nord des anciens géographes » ) . Mais il n'est pas dit qui l'on doit entendre par « anciens géographes » ; cette désignation peut se rapporter à ceux du X V I ou du X V I I siècle. 1

2

e

e

Dassié, dans son «Architecture navale», place le « C a p de Nord ou Cabo r a c e » sous 1° 5 6 ' de latitude nord ) ; 3

1

) V o i r Stieler, Handatlas, n° 91, et Vivien de St-Martin, 1. c . feuille 2. ) A . JB., II, n° 86. ) Dassié, L ' A r c h i t e c t u r e navale contenant la manière de construire les navires, avec les T a b l e s des Longitudes, Latitudes et Marées, Cours et distances des principaux P o r t s des quatre parties du Monde, P a r i s 1677. 2

3


702

1

Manuel Pimentel ), dans son « Arte de Navigar», 1/12, le place par 1° 5 4 ' N. S a position coïnciderait donc à peu près avec celle du Cap Tourlouri actuel (voir Annexes, planche n° 3). Comme il a été dit plus haut, la latitude indiquée par Tatton est de 1° 4 5 ' N, ce qui se rapprocherait de celle du cap continental des cartes modernes; les autres cartes du X V I I siècle qui font figurer l'embouchure de l'Amazone sous l'équateur donnent au cap environ de 1° 5 0 ' à 2 ° de latitude nord et se rapprochent donc plutôt de la position du cap situé à l'extrémité nord de l'île de Maraca. En général, on peut dire que la position admise pour le cap est à 2° environ au nord de l'embouchure de l'Amazone. C'est le cas dans les cartes de Mercator, d'Ortelius et de leurs imitateurs, comme aussi dans celles de W e i m a r , de Ribeiro et de Chaves, qui placent le cap sous l'équateur et l'embouchure du grand fleuve par environ 2 au sud de cette ligne. V a z Dourado et quelques autres dessinent le Cap de Nord sous 3° et 4° de latitude nord. Teixeira, sur sa carte de 1627, place le cap par 2 ° 3 0 ' N; sur sa carte 1640 , également; sa carte 1640 le figure sous 0 ° 4 0 ' N (mais Teixeira ajoute: Cabo do Norte em altura de 2 graos do norte) ; et celle de 1642, à 1° 5 0 ' N. Toutefois, la description de Parente, suivant laquelle le cap est situé par 3°, ne concorde pas avec les cartes de Teixeira. En ce cas aussi les données touchant la latitude n'offrent pas de base sûre et l'on est par consé­ quent obligé de recourir à d'autres moyens. V e r s 1630, à l'époque où Bento Maciel Parente rédi­ geait son Mémorial, il existait déjà différentes cartes signa­ lant la présence d'îles près du Cap de Nord. Ce sont par exemple celles de Gabriel Tatton 1608, de W a l t e r Ralegh 1618, de Joannes de L a e t 1625. Mais ces cartes émanaient e

o

a

b

1

) R . B . II, page 405.


703

d'Anglais et de Hollandais. Il ne semble pas que Parente en ait eu connaissance, car il ne parle pas d'îles, et sa description s'accorde beaucoup mieux avec les cartes à côte coudée (Kniekarten) des Portugais qui ne marquent encore aucune île. Teixeira n'a point d'îles non plus; il indique tout au plus des bas-fonds. Parente dit: à partir de la « Punta del Separará », il y a 80 leguas jusqu'au Cap de Nord dans la direction du nord-ouest. L a Punta del S e p a r a r á ligure sur quelques cartes de Teixeira, mais nulle part ailleurs, que nous sachions. Elle correspond à la P Tijoca de Vivien de St-Martin, à l'île de T i j o c a de Stieler. Comme le montre le tableau III des Annexes, ces 80 leguas ne conduisent pas au cap continental, mais bien plutôt au cap septentrional de l'île de Maraca, ce qui correspond aussi à la direction donnée. Parente dit qu'à partir du Cap de Nord la côte tourne à l'ouest. C'est la conception qui prévaut en général dans les cartes de cette époque et dans les cartes à côte coudée tout particulièrement. P a r son dessin, T e i x e i r a l'exprime également d'une façon claire. Or celui qui, par­ tant du cap continental actuel, irait dans la direction de l'ouest, aboutirait au canal de Tourlouri. ta

Mais ni Parente, ni T e i x e i r a ne paraissent avoir eu une connaissance détaillée du contour de la côte du Cap de Nord. On évitait le cap à cause des bas-fonds en­ vironnants et de la p o r o r o c a ; ce n'est pas sans raison que Tatton l'appelle « Punta Perilous ». L e gouverneur de P a r a , Antonio de Albaquerque, dit dans son rapport de 1687 ) au roi Pedro I I : «J'entrai dans la riviere d'Araguary voisine de la pointe dudit Cap du Nord, laquelle je n'ai pu doubler, vu le péril de la navigation sur cette côte, qui ne 1

1

) V o i r ci-dessus, page 143.


704

se fait qu'à de certaines saisons ». Bellin, ingénieur français de la marine, parlant de la section de côte comprise entre le R. Aricari et le Cap de Nord, dit en 1763: «Toute cette partie de la côte n'est presque pas connue ». On peut donc s'expliquer pourquoi Maraca, comme île, et le canal de Carapaporis sont restés si longtemps inconnus, et c'est là sans doute la raison de l'incertitude du dessin cartographique. Or, lorsqu'à cette époque on parlait du Cap de Nord, ce n'est pas tant un point précis de la côte que l'on avait en vue, mais bien les parages où la côte tourne à l'ouest selon l'idée admise alors. En se basant sur cet ensemble de considérations et notamment sur la description de Parente, on arrive à cette conclusion que le Cap de Nord dont parlent Parente et la donation en sa faveur est le cap septentrional de l'île de Maraca. En tout cas, il faut faire abstraction complète de l'hy­ pothèse tendant à identifier le Cabo del Norte de Parente avec la Punta Pedreira que les cartes récentes marquent dans la région de l'embouchure de l'Amazone, au nord-est de Macapa, loin au sud-ouest de l'embouchure de l'Araguary. L a description de Parente est en opposition directe avec une telle interprétation. Son Cap de Nord est situé au nord-ouest de la Punta del Separará. (Voir Teixeira, 1640, A. B . I, n 66 et 67.) Près du Cap de Nord, la côte s'infléchit suivant lui vers l'ouest. Cela aussi exclut toute identification de la Punta Pedreira avec le Cap de Nord. os

L'occasion se présentera de revenir encore sur ce sujet. 2. Pour fonder l'hypothèse d'une ancienne bifurcation de l'Araguary inférieur en deux bras dirigés l'un vers l'est, l'autre vers le nord, M. F . I, pages 295 et suivantes, cite le Rio Arowary des cartes hollandaises déjà men­ tionnées, et il dit : « . . . Il est un fait que les patientes


705

investigations des premiers navigateurs hollandais réussi­ rent à mettre en évidence dès le X V I I siècle, c'est qu'il existait, entre le continent proprement dit et le groupe des terres dont fait partie le cap de Nord, une séparation flu­ viale due a la bifurcation de l'embouchure de l'Araguary. Ceux, dit D e Laet, qui, cherchant à entrer dans l'Amazone, auraient, sans le vouloir, dépassé le promontoire du cap Nord, peuvent sans difficulté rentrer dans le fleuve à la voile au moyen de ce chenal. L a bouche septentrionale de cet A r e w a r y (sic) est distante de l'Equateur de un degré trente minutes vers le Nord. » e

« Remarquons cette position — poursuit M. F . , 1. c , — elle se rapproche sensiblement de celle que nous assignons aujourd'hui à l'embouchure du Carapapori, et elle est exac­ tement la même que celle que le Portugais Berredo, après le traité d'Utrecht, assignait à la riviere de Vincent Pinzon. » M. F . renvoie ensuite aux cartes de Roggeveen (1675) et de van Keulen (1695) ), qui indiquent le chenal par lequel on pourrait faire le trajet décrit par de Laet, et continue: L e cours intérieur (supérieur) de l'Araguary n'est pas marqué sur ces cartes, « pas plus que le point de bifur­ cation des deux b r a s ; on y voit seulement l'Araguary débouchant, ici au Nord, là au Sud d'une grande île terminée par le cap de Nord-». On constate par ces cartes qu'un bras septentrional de l'embouchure de l'Araguary a existé encore au X V I I siècle et a été utilisé pour la navi­ gation. A plus forte raison devait-il exister au X V I siècle ; ce n'est qu'au X V I I I siècle qu'il a commencé à s'ob­ struer et à devenir innavigable. C'est dans ce bras septen­ trional de l'Araguary que la F r a n c e voit le Vincent Pinçon, qu'elle rattache à la B a i e de Vincent Pinçon de G. de l'Isle. 1

e

e

e

1

os

) Voir A. F., n

o s

15, 18, 1 8 .


706

Il est à remarquer à cet égard: Le passage de Laet cité dans M. F . I, page 295, est emprunté à l'ouvrage de cet auteur: « Novus orbis », édition de 1633, page 631. Ce passage commence ainsi : «Arewary non tam fluvius quam fluvii ramus sive fretum, promontorium abscindens », d'où il ressort clairement que, selon de Laet, cet Arewary n'est pas un fleuve, mais un bras de mer, un détroit (« fretum ») séparant l'île du Cap de Nord du continent. Lorsque de L a e t dit ensuite : « os autem illius septentrionale distat ab æquatore uno gradu et triginta scrupulis », « os » ne signifie pas « branche » (suivant la tra­ duction de M. F., 1. c), mais embouchure, et il se rapporte, comme le montre la fin de ce passage: «os hujus freti », non pas à un fleuve, mais précisément à ce détroit. Cet Arewary ou Arowary est représenté également comme un détroit dans les cartes de Claes J . Vooght, Roggeveen, van Keulen et autres. Il y a lieu de comparer avec ce qui précède ce que de Ferrolles, dans son rapport de 1688, dit du Cap de Nord ): « C'est le Cap d'une isle qui a 20 lieues de tour, nommée par les Indiens Caracapouri. Elle est séparée de la terre ferme par un bras des Amazones d'une lieue de large, elle est toute en marais et savannes. L e s pirogues ne passent par là qu'en petite marée, à cause que dans les grandes la barre y est tellement rude que de gros bastimens ne s'en pourroient sauver ». L e Routier d'Amaral de 1723 ) décrit ce détroit exactement de la même manière : « L e courant est très violent entre cette île et la terre ferme, laquelle, du Sud-Est au Sud-Ouest ), forme une très large baie, la distance de l'île à la terre ferme 1

2

3

1

) M. F . II, page 158; ci-dessus, page 175. ) V o i r ci-dessus, pp. 347 et suiv. ) Sud-Ouest est évidemment une erreur d'écriture; il faut l i r e : Nord-Ouest. 2

3


707

étant à peine de trois quarts de lieue. Entre ces trois îles et la côte, il y a une grande riviere ; mais comme les cou­ rants y sont très violents et qu'il y a des bas-fonds, le pororoca agit sur eux. Les indigènes donnent à cette rivière le nom d'Igarapepucá ) ». Le nom seul diffère, mais de L a e t , de Ferrolles et Amaral donnent sur la nature de ce canal de communication des informations absolument concordantes. Ce n'est pas une branche de l'embouchure de l'Araguary qu'ils décrivent, mais un bras de mer indépendant. D e Laet, décrivant son canal ou bras de mer Arewary, dit: l'embouchure septentrionale du canal est située par 1° 3 0 ' latitude nord, elle se dirige d'abord directement vers le sud, ensuite vers le sud-est, où le canal s'infléchit et débouche finalement vers l'est-nord-est. L e s Hollandais rapportaient avec raison ces indications à la région du Cap de Nord; la description s'applique absolument aux condi­ tions existant encore aujourd'hui pour le canal CarapaporisTourlouri. S i l'on compare la latitude de 1 ° 3 0 ' N indiquée par de L a e t avec celle qu'accuse la carte jointe à son ouvrage, on reconnaît qu'il n'y a pas concordance sur ce point, c a r celle-ci place l'embouchure septentrionale du canal par 1° 50' N. 1

L a version de Nicolas Sanson (1656) et de L e f e b v r e de la Barre (1665) ) diffère quelque peu de celle des Hol­ landais. Sanson et de la B a r r e font pointer vers l'est le cap insulaire, comme de L a e t , Blaeuw et d'autres, contrai­ rement donc à Tatton, Ralegh, Vooght, qui assignent à leur Cap de Nord une tout autre forme et une tout autre position (voir plus haut, pages 698 et suivantes). Puis ils 2

1

2

) R . B . III, p a g e 44. os ) A . B . I, n 73 et 7 6 ; A

F . , n° 14.


708

-

dessinent un « Arrewari R. » sous la forme d'un canal qui, décrivant un a r c étendu dont la convexité est tournée vers l'intérieur, sépare du continent une deuxième et im­ portante portion des terres du Cap de Nord. Ceci conduit à d'autres considérations. L e nom d'Arrowary apparaît pour la première fois en 1596 dans la relation du second voyage de Keymis en Guyane, où il est décrit comme le premier fleuve au nord de l'Amazone ). A partir de Jodocus Hondius (1598), on le voit, avec de petites divergences dans l'orthographe, figurer dans les cartes sous les formes suivantes : Arowary, Ariowary, Arouari, Arowari, Arrewari, Arauuari. C'est dans le rap­ port de d'Albuquerque, de 1687, qu'il est orthographié pour la première fois Araguary. A l'origine, le nom est placé le plus souvent à l'ouest du Cap de Nord, dans les parages du Canal de Carapaporis actuel. Sur quelques cartes, on le trouve dès le début au sud du Cap de Nord. Mais il représente toujours une riviere venant de l'intérieur des terres et non pas un canal de communication, comme dans Sanson et Lefebvre de la Barre. Dudley (1646) ) est le premier qui marque à la fois un Rio Arowari à l'ouest, et une Baie Arowari au sud du Cap de Nord. L a baie pénètre assez profondément dans l'intérieur ; le fleuve vient du sudouest et n'a aucune relation avec elle. Sanson (1656) relie les deux et fait du R. Arowari le canal dont il s'agit. Mais il ne figure aucune riviere Arowary venant de l'inté­ rieur et qui aurait deux embouchures; il n'indique pas non plus une communication entre deux fleuves, c'est le canal lui-même qu'il qualifie de Rio. Lefebvre de la B a r r e (1665) le suit exactement. 1

2

1

2

) V o i r R . B . II, page 17; M. F . I, page 286. ) A . B . I, n° 69.


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La Condamine est le premier qui dessine un fleuve Arauari avec deux embouchures ), et son autorité domina longtemps toute la cartographie. D e nos jours on sait que l'Araguary est un grand fleuve débouchant au sud du Cap de Nord (Cabo R a s o do Norte). Mais il y aura lieu d'examiner de plus prés ce qu'il en est du soi-disant bras septentrional. Il suffit ici de constater que les cartes du X V I I siècle n'offrent aucun argument en faveur de l'hypothèse de la double embouchure de l'Araguary. L e dessin de Sanson et de Lefebvre de la B a r r e provient probablement de ce que certains de leurs devanciers, ensuite d'une interpré­ tation erronée de la relation de Keymis, avaient donné à l'Arowary une position à l'ouest du Cap de Nord. L a présence du fleuve tantôt d'un côté du cap, tantôt de l'autre, et la connaissance qu'il existait, pendant la période des pluies, une communication du M a y a c a r é vers le fleuve des Amazones par l'intérieur des terres, ont pu également accréditer cette erreur. Mais Vooght, Roggeveen et van Keulen indiquent, sans équivoque possible, le bras de mer qui passe derrière l'île actuelle de Maraca, et ils ne peuvent pas, par conséquent, être invoqués à l'appui de la thèse de M. F . 1

e

3. Le Cap de Nord, l'île de M a r a c a , le b r a s septentrional de l'Arag u a r y et les

2

conditions hydrographiques du Contesté ) .

Pour apporter toute la clarté nécessaire dans les ques­ tions discutées au chapitre précédent sur la base des cartes, 1

b i s

) A . F . , n° 23, et A . B . II, n°» 24 et 2 4 . ) P o u r ce chapitre, voir la planche 3 des Annexes, qui donne une esquisse du système fluvial et lacustre Tartarugal-Mapa. 2


710

il est indispensable de soumettre à un examen attentif les conditions hydrographiques du Contesté. Une carte (Annexes, planche n° 3), représentant le territoire dont il s'agit, a été dressée en vue de donner un aperçu de ces conditions. L a carte n° 3 de R. F . lui a servi de base; les cartes marines françaises et anglaises de la même région et notamment la carte spéciale du littoral guyanais de Azevedo (A. B . II, n 84 et 85) ont été également utilisées pour l'établir. Cepen­ dant ce travail présente les mêmes lacunes que toutes les cartes actuelles de ce territoire. Voici ce que dit sur ce point le D Göldi, 1. c , page 1 1 1 : « W i r sind überhaupt zur unerschütterlichen Überzeugung gelangt — dies muss gesagt und festgenagelt werden, — dass, wer diese Küsten­ region Guyanas kartographisch bearbeiten wollte, einfach von neuem anfangen müsste und von all dem Bestehenden als zuverlässigen Ausgangspunkt kaum mehr benützen könnte, als etwa die Küstenumrisslinien, wie sie auf der Seekarte von Mouchez gegeben sind ». os

r

a) L e territoire du Cap de Nord n'a pas encore fait de nos jours l'objet d'une exploration détaillée. H. Coudreau remarque à cet égard ) : « L a région qui va de Tartarugal à l'Amazone a été quelque peu étudiée par les Brésiliens; il n'en a pas été de même des lacs côtiers ou lacs du Cap Nord, dont je n'ai pu visiter qu'un seul, un des plus vastes, paraît-il, le Lago-Novo, découpé de baies nombreuses, libre, profond et plein d'îlots. Il suffit de consulter les documents géographiques antérieurs à mon voyage pour s'apercevoir que si les cartes brésiliennes donnaient au sujet de cette région de Mapa-Araguary quelques renseignements, exacts d'ailleurs, mais fort incomplets, les cartes françaises n'en donnaient à peu près aucun qui ne fût de pure fantaisie. » 1

1

) H. Condreau,

D i x ans de Guyane, 1. c., page 453. 45


711

L e s conditions hydrographiques du territoire contesté ont déjà été examinées plus haut, pages 27 et suivantes ; toutefois, il est nécessaire de compléter cette étude. Elle a, on s'en souvient, mis en évidence le fait que la côte, dans la région du Cap de Nord, ne s'est pas formée durant l'époque historique. L e s îles Marajo, Caviana, Mexiana, M a r a c a sont les restes d'une côte préhistorique plus étendue, détruite depuis par suite d'affaissements et par l'action des vagues ) . C e littoral se trouve encore en état de transfor­ mation constante. Il ressort des notices du P. Pfeil que des modifications de cette nature ont été aussi observées clans les temps antérieurs. Dans R . B . I V , page 22, et V , fol. 106, fac-simile V I , on lit : « S u m m a versus Jannuaoum et ejus aspectum : nam sensim avulsa et perrupta aestuarii vi Insula Joannis fuit, initio inquam aestuarium 2 Insulas tantum habuit et P a r a et Joannis. » L'esquisse contenue dans le fac-simile V , au haut du fol. 13, et sous lequel on lit: «justo na mesma e r a » , représente peut-être cet événement. 1

R. F . , page 185, commet une erreur en donnant à entendre que l'île de M a r a c a s'est formée dans le courant du X V I I I siècle seulement, et en ajoutant, page 192: « Il faut remarquer que l'île de M a r a c a n'est pas très ancienne ; elle était encore en formation en 1700 et en 1713», et plus loin, page 2 1 9 : « L ' î l e de M a r a c a s'est formée lentement dans le fond de la baie de V i n c e n t Pinson, par suite des alluvions rejetées par la riviere de V i n c e n t Pinson, branche septentrionale de l'Araguary, et refoulées en sens inverse par le prororoca. » Une preuve de cette assertion résiderait dans le fait que l'île de M a r a c a et les autres îles du Cap de Nord n'apparaissent que sur e

1

) E. Reclus, Géographie universelle, X I X , page 29; Berghaus, Physikalischer Atlas, 1892, n° 3. V o i r aussi ci-dessus, pp. 35, 36.


712 les cartes postérieures, tandis qu'elles ne figurent pas sur celles datant d'une époque plus ancienne. Mais cette for­ mation soi-disant tardive de Maraca ne se concilie pas avec la supposition de R. F., page 186: «que l'îlot de Japioca, qui subsiste toujours en face, et à une faible distance du rivage, dans la baie traditionnelle de Vincent Pinson, comme un témoin survivant de la riviere Japoc, soit peutêtre un débris du pays primitif de J a p o c o » . L a petite île de Japioco ou Jipioca a aujourd'hui complètement disparu sous les eaux ; la supposition de R . F., que le pays de Japoco aurait disparu par suite d'un affaissement contredit par conséquent l'autre hypothèse, d'après laquelle l'île aurait été, à la même époque, formée par des atterrissements. L a côte du Cap de Nord, comme la remarque en a déjà été faite, était évitée par les navigateurs, à cause de la pororoca et des nombreux bas-fonds qui la rendent dan­ gereuse. Aussi les cartes de tout le X V I et d'une bonne partie du X V I I siècle donnent-elles une image absolument insuffisante des parages du Cap de Nord. Dès la carte de Juan de la Cosa, il est facile de constater que l'incertitude régnait sur la configuration de cette région. L'absence des îles dans les cartes anciennes doit, par conséquent, être attribuée à l'ignorance des navigateurs au sujet de cette partie de la côte. e

e

Mais les cartes de Gabriel Tatton (1608), W a l t e r R a legh (1618), Claes Vooght, et d'autres, montrent clairement l'erreur de M. F . quand il prétend que l'île de Maraca était encore en formation en 1700 et 1713. Ferrolles, dans son rapport de 1688, décrit l'île à peu près telle qu'elle est encore aujourd'hui ). F r o g e r la fait figurer sur sa carte 2

1

2

r

) V o i r D E. A. Göldi, 1. c , page 188. ) V o i r ci-dessus, page 175.


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1

de 1696 ) en marquant le Cap de Nord comme l'un de ses promontoires. D e tels témoignages permettent d'affirmer que l'assertion d'après laquelle l'île de M a r a c a serait d'ori­ gine récente manque de fondement. Aussi bien, si Maraca, en tant qu'île, était inconnue des anciens cartographes, cela prouve que de leur temps on ignorait l'existence du détroit de l'Arowari, c'est-à-dire du Canal actuel de Carapaporis. C'est dans ce détroit, en face de la pointe sud-ouest de l'île de Maraca, que se jette la riviere Carapaporis que M. F . voudrait identifier avec le Vincent Pinçon des anciens. L e détroit étant inconnu, il devait en être de même du fleuve qui y débouche. Par conséquent, il ne faut en tout cas chercher le Vincent Pinçon des anciens cartographes ni dans le Canal, ni dans la riviere de Carapaporis. b) L e s anciennes cartes du Contesté sont muettes sur les conditions hydrographiques du pays. Seul Tatton (1608) dessine un « L a k e of Macary » ; le P. Fritz (1691) paraît être le premier qui figure, dans l'intérieur, quelques lacs com­ muniquant avec l'Araguary. Poirson (1814, A. B . II, n° 59) marque un « L a g o R e a l » et différents lacs plus petits ; ce n'est que depuis Azevedo (1860), Mouchez (1868) et Coudreau (1891) que l'on a une idée de cette plate-forme lacustre, mais elle est loin d'être complète. L e s enchevêtrements de fleuves et les systèmes de lacs reliés les uns aux autres par des canaux irréguliers - igarapés — sont un phénomène ordinaire dans le terri­ toire contesté. L e s lacs apparaissent souvent sous forme de chaînes disposées parallèlement à la côte. Mais il ne s'en suit pas forcément qu'ils doivent, ainsi que l'admet

) A . B . I, n° 85.

1


714 Reclus, être considérés comme d'« anciens cours d'eau ». Ce ne sont pas des restes de fleuves disparus, ou des chapelets de lacs occupant d'anciens lits de rivieres, tels que ceux situés entre Saratow et Astrakhan et ceux de l'ancien lit du Hoang-ho. L a forme presque isodiamétrique des plus grands lacs — pour autant qu'ils sont exactement représentés sur les cartes actuelles — ne témoigne pas non plus en faveur de l'hypothèse d'après laquelle on se trouverait en présence de lacs de barrage. D e L a e t déjà (1. c., édition de 1640, page 55) dit qu'on ne peut pénétrer qu'à marée haute dans les rivieres Micary, Conawini et Cassipurough ; « à marée basse, elles sont presque bouchées » ; il fait la même remarque au sujet de l'Iwaripogo de Keymis. Ferrolles, en 1688, signale particu­ lièrement le fait que ce que les cartes appellent rivieres ne sont que des « égoux de savannes ou petits lacs ». Coudreau (1. c , page 450) dit à propos du système fluvial et lacustre Tartarugal-Mapa : « C'est une contrée en formation et déformation incessantes ; des lacs se comblent, d'autres se forment qui n'existaient pas auparavant, des arroyos s'obs­ truent, d'autres s'ouvrent, d'autres coulent du Sud au Nord après avoir coulé du Nord au Sud, ou inversement ; on trouve fréquemment des traces du mouvement oscillatoire du sol : le régime hydrologique de la contrée n'est pas encore fixé. » Un affluent de la Mapa Grande, la petite Mapa, prend l'aspect d'une « riviere partie lacustre, partie obs­ t r u é e » . . . « D u lac Redondo au lac Pracouba, qui est vaste et profond tout se comble, lacs et rivieres, ou semble se combler...» On parvenait dans l'intérieur du pays exclusivement par canots. Ainsi firent les gens de P a r a en 1646 ), Albu1

l

) V o i r R . B . II, pp. 70 et suiv.; ci-dessus, page 128.


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querque en 1687 ) et F e r r o l l e s en 1688 ). D'après Azevedo (A. B . II, n° 85), ce n'est qu'en petits canots, « para pequenas canôas », que J . F r e i r e de Andrada, en 1840, passa du R. Carapaporis au Rio Piratuba; en 1850, le capitaine Martin H. Boldt employa le même moyen pour arriver jusqu'au L a g o del R e y par l'Umacary (chenal de communi­ cation avec l'Araguary, situé à gauche de ce fleuve et aujourd'hui comblé). On rencontrait des difficultés extra­ ordinaires pour se rendre de l'Amapa à l'Araguary par le L a g o de duas boccas. Ferrolles dit déjà qu'il n'a pu qu'« a v e c bien de la difficulté » pénétrer « dans des pirogues », à travers les savanes, dans le territoire du lac d'Amocary (entre le Maiacari et l'Araguary). On ne peut, dans les eaux de ce territoire, naviguer que huit mois de l'année « dans ces petits canots». Il ne fut pas possible à de Albuquerque d'arriver jusqu'à la côte par la même route : « et voyant que la baisse des eaux rendit difficile le passage de mes canots et m'empêchait de poursuivre mon voyage à travers l'intérieur du pays jusqu'au point de la côte où fût ladite forteresse de M a y a c a r y , je me suis décidé à r e t o u r n e r » R. B . II, page 138. D'après da Silva I, page 278, Abreu, officier brésilien, atteste qu'en 1760 non seulement une, mais deux voies navigables existaient encore du Carapaporis à l'Araguary. c) Quelques faits particuliers méritent une mention spé­ ciale. Il est dit dans le Routier Japoco-Marajo, datant de 1740 environ (R. B . III, page 202) : « L a riviere M a a c a r é débouche par les lacs de M a a c a r é ; et en amont des lacs elle est surnommée Caurapupu; et on trouve difficilement la voie pour pénétrer dans cette riviere. Puis la riviere Amanahi, 1

2

) V o i r R . B . II, pp. 134 et suiv.; ci-dessus, pp. 143 et suiv. ) V o i r M. F . II, pp. 155 et suiv.; ci-dessus, pp. 171 et suiv.


716 qui jadis était un bras de la riviere Arari; et ce bras, nommé Amacari, a pris une autre direction sous l'action des pororocas, et il débouche à la mer depuis 1728; cette embouchure se trouve près de celle du Maacaré. » Dans une description de la Guyane faite, vers 1757, à propos de la Relation de L a Condamine et de l'ouvrage de Berredo (1749), P. Bento de Fonseca à Para confirme le change­ ment de direction du R. Amanahy, à la suite duquel il se jetterait dans un grand lac Camacari renfermant une île Comunicary (R. B . III, pages 218, 219). Il s'agit sans doute du lac Camonixary d'Albuquerque ), c'est-à-dire du L a g o del R e y ou L a g o Novo actuel. L'Amanahy, pour les auteurs français, est la Mannaye. C'est pour la première fois que, dans ces régions, on signalait un cours d'eau qui, après avoir coulé du nord au sud, se dirige du sud au nord. 1

Les levés de S. Mentelle, 1778 et 1788 (A. F., n° 34), sont les premiers à figurer la riviere Carapaporis, et cela avec cette remarque : « La Riv. de Carapa-pouri prend naissance dans des marécages ) » ; comme affluent de gauche, elle reçoit la riviere Mannaye. Dans la carte de S. Men­ telle, le Carapaporis se jette dans le « Canal et B a y e de Carapa-pouri», entre le continent et l'île de Maraca. Alors que Poirson 1814 dessine le Carapapori R. et l'Araguary R. comme deux fleuves séparés, Brué, dans ses cartes de 1834 et 1839 (A. B . II, n 78 et 80), indique une communi­ cation entre le R. Carapapoury et le R. Araguary. L a jonction existait vraisemblablement sous la forme d'une chaîne de rivieres et de lacs : R. Carapaporis — L . J a c a — L . Maprouenne — L . Novo (L. del R e y ) — R . Umacary (Amacari, Maycary, Batabouto), tandis que l'Amanahy2

os

1

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) R . B . II, page 136; ci-dessus, page 144. ) V o i r Annexes, planche n° 3.


717 Mannaye établissait à gauche une communication avec le système actuel T a r t a r u g a l - M a p a ). D'après Azevedo, le L a g o J a c a (Carapaporis) et les L . et R . Mapa communi­ quaient probablement encore en 1794 par le L a g o des B a g r e s . E n 1840, le L . Maprouenne, en 1845 ce lac et le L . Piratuba, en 1850 le L . del R e y et l'Araguary étaient encore en communication. A partir de 1857, l ' U m a c a r y s'obstrua. D e plus en plus les issues septentrionales se fermèrent aussi. L e baron W a l k e n a e r , Conservateur des Cartes à la Bibliothèque royale à Paris, décrit en 1837 le R . Carapa­ poris « ou riviere de Vincent Pinçon » comme « un cours d'eau intérieur, sans issue dans la mer ; l'embouchure a été obstruée par des sables qui s'élèvent au-dessus des grandes marées et qui ne permettent plus d'y pénétrer. C'est ce qui arrive souvent dans ce pays, où les eaux sont constamment en mouvement et les courants d'une effrayante rapidité ». L e capitaine Peyron, chargé en 1857 d'explorer le Carapaporis-Vincent-Pinçon, rapporte à ce sujet : « Il n'y a plus actuellement de communication possible avec la branche Sud, et si elle a existé autrefois ce ne peut être que dans un temps très éloigné. » D'après E. Reclus, 1. c , page 87, le Canal de Carapa­ poris serait « le bassin p r o f o n d . . . qui s'ouvre à l'est de l'île M a r a c a et qui fut probablement à une époque peu éloi­ gnée la bouche de l'Araguary ». L a question du Canal de Carapaporis et la cause pour laquelle il est resté ouvert ont été traitées plus haut, page 41. Or, il n'est pas non plus nécessaire, pour expliquer l'origine de ce canal, de supposer l'existence antérieure d'un bras nord de l'Araguary, origine 1

1

) V o i r Annexes, planche n° 3.


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qu'on peut attribuer avec beaucoup plus de raison au courant de marée. 11 est extrêmement invraisemblable que l'origine du canal doive être rapportée à l'Araguary ; en effet, la force vive de ce fleuve, par suite de sa chute minime, était dans tous les cas très restreinte, et elle eût été beaucoup plus faible qu'à l'embouchure actuelle, puis­ que son cours inférieur se serait trouvé notablement plus long. L a profondeur que la carte marine anglaise n° 1803, Small corrections X I I 98, accuse pour l'Araguary en amont de Nova da B o c c a est de 4.6 m. Dans l'estuaire proprement dit, elle diminue jusqu'à n'être plus que de 2.7 m, 1.8 m et même 0.9 m. Ce n'est qu'au delà de l'embouchure, sur la ligne du courant de l'Amazone, qu'elle redevient plus grande et atteint 3.6 m, 6 m, puis 10-12 m. L e peu de profondeur de l'embouchure (actuelle) de l'Araguary — où les courants de marée sont cependant très violents et où le fond n'est pas consistant, mais se compose de sable et de limon — ne laisse guère de crédit à l'opinion suivant laquelle le même fleuve aurait pu, au point extrême d'un cours plus allongé, c'est-à-dire avec une force de propulsion moindre, produire à sa soi-disant ancienne embouchure (C. Carapaporis) des affouillements de 20 à 22 m de profondeur. C'est peut-être la carte marine anglaise déjà citée qui, avec les nombreuses cotes de profondeur qu'elle porte dans ces parages, peut le mieux donner quelque éclaircissement au sujet de l'an­ cienne embouchure de l'Araguary. L e dessin de la ligne de cinq brasses est de nature à fournir une indication, aussi bien sur la bouche de l'Araguary que sur la direction du courant de l'Amazone. En dehors de la ligne de cinq brasses, on pourrait obtenir d'autres isobathes d'un tracé analogue. Quant à l'opinion tendant à faire de la riviere Cara­ paporis le Vincent Pinçon et en même temps un bras nord


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de l'Araguary, il importe de remarquer encore : Il y a eu certainement par l'intérieur des terres des communica­ tions de l'Araguary vers le nord. Mais c e n'est que pen­ dant l'époque des pluies et toujours avec de grandes diffi­ cultés qu'on pouvait trouver une voie accessible aux petits canots. Il est difficile d'admettre qu'il n'existait qu'un pas­ sage déterminé, ouvert quelque part dans la direction du Carapaporis actuel ; il y avait sans doute aussi une voie dans la direction du Mayacaré, d'où de Ferrolles partit en 1688. Mais c e s voies de communication n'étaient pas des rivieres capables de creuser un ravin sous-marin tel que celui du Canal de Carapaporis. C e n'étaient pas non plus des branches fluviales comparables à celles du delta d'un grand fleuve. L e s voies d'eau de la basse Guyane, à l'ouest du Cap de Nord, doivent être assimilées à ces communications fluviales si caractéristiques pour les affluents de l'Amazone. Il faut tenir tout particulièrement compte du fait qu'à l'époque des pluies l'Amazone apporte aussi des hautes eaux, produisant un remous dans l'Araguary, qui monte encore davantage et déborde. Comme la région qui s'étend au nord de c e fleuve est très basse et, par sa con­ figuration, couverte d'amas d'eau, il pouvait facilement s'y former un chenal d'écoulement pour les flots de crue ; mais ce chenal n'était pas une branche fluviale propre­ ment dite, et une fois les hautes eaux retirées, il se trans­ formait en une suite de nappes stagnantes. L'importance de l'Araguary a été signalée plus haut, pages 38 et suivantes. S i un bras nord de c e fleuve avait existé, c'eût été, en tout cas, un cours d'eau impor­ tant, et l'on ne saurait concevoir dès lors que cette branche septentrionale ait pu disparaître sans laisser de trace visible de nos jours. Or, on n'a découvert jusqu'à présent aucun vestige d'un ancien cours nettement recon-


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naissable pouvant être regardé comme bras nord de l'Ara­ guary. E. Reclus, 1. c , page 28, dit : « L e s pointes d'alluvion, à l'Approuague, à l'Oyapok, au Cachipour, s'allongent dans la direction du nord, et, dans leur cours inférieur, ces rivieres suivent toutes la même inflexion, évidem­ ment sous l'influence du courant côtier qui projette laté­ ralement ses dépôts vaseux. N'est-il pas à supposer que, soumis au contact de ce courant, l'Araguari se recourba également vers le nord et que les lacs alignés qui se suc­ cèdent clans ce sens sont les restes de l'ancien cours flu­ vial ? L e détroit de Maraca ou l'estuaire de Carapaporis, ce bras de mer projeté entre l'île de Maraca et le continent et qui se distingue si nettement par sa profondeur de toutes les basses eaux environnantes, serait l'ancienne bouche de l'Araguari, à peine déformée depuis le temps où le fleuve se rejeta vers l'Est». Ainsi qu'il a été dit antérieurement, page 52, l'Araguary, à l'encontre de la citation qui précède, doit à sa puissance d'être rangé parmi les fleuves de la Guyane qui n'ont pas subi l'inflexion parallèle à la côte et les preuves établissant qu'il ait jamais pris la direction supposée par Reclus font défaut. Bien plus, la formation de la vallée de l'Araguary rend cette hypothèse des plus invraisemblables. L a conclusion de cette étude peut se formuler ainsi : Il n'existe pas et il n'a jamais existé de bras nord de l'Araguary, dans le sens des mémoires français. Les canaux qui établissaient, par l'intérieur des terres, la jonction entre l'Araguary et la côte septentrionale, étaient formés par des communications fluviales et lacustres continues, mais changeantes, qui constituent un système hydrographique particulier et ne peuvent, eu aucune manière, être considérées comme un bras du cours terminal de l'Araguary.


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4. Pinis B a y e .

Jodocus Hondius (1598) marque, immédiatement à l'ouest du Cap de Nord, une «Pinis Baye » qui figure sous le nom de « Pynes B a y o » dans Hulsius (1599), sous celui de « R. de pinas », à l'est du R i o Arouari et à l'ouest du Cap de Nord non nommé, dans Harmen J a n s s et Marten J a n s s (1610), sous le nom de « Pinis buro » dans T e i x e i r a (1627), de « B . Pinas » dans van L a n g e r e n (1630), de « J . de Pinos, R . de Pinos, B . di Pinos, Costa di Pinos » dans Dudley (1646), tandis qu'elle fait défaut sur les cartes du groupe de Harcourt. Hulsius l'indique deux fois, c'est-à-dire sur les deux côtés du Cap de Nort. V a n Langeren la place au sud ou à l'est de ce cap ; Dudley également ; Teixeira, en revanche, la situe à l'ouest du même cap et concorde sur ce point a v e c Jodocus Hondius. L e s parties se sont occupées de cette Pinis B a y e ; tandis que la F r a n c e la considère comme l'embouchure du Vincent Pinçon ) , le Brésil cherche à l'expliquer par la dénomination anglaise Pinesse bay ou Pinace bay, rap­ pelant le danger qu'aurait couru, en 1597, une pinasse de Leonard B e r r i e dans une baie de ces parages, près d'un cap, M. B . I, pages 66 et 67 ) . Toutefois, cette ex­ plication ne paraît pas plausible, attendu qu'il existe une carte datée de 1598 qui fait déjà mention de la Pinis B a y e . En revanche, la carte de Jacques de Vandeclaye de 1579 porte sur le côté gauche de l'embouchure de l'Amazone le nom de « pinace », et c'est plutôt ce vocable qui paraît avoir donné naissance à celui de Pinis B a y e . Sur la carte 1

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1

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) V o i r R . F . , pp. 363 et suiv. ) V o i r également R . B . I, page 153.


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de l'Isle 1700, on trouve, à l'intérieur de la Guyane, comme nom de tribus ou de familles indiennes, le mot « Pinos » dans lequel on pourrait également découvrir une certaine parenté avec Pinis B a y e . Il paraît en tout cas téméraire de considérer le nom de « Pinis » comme une abréviation du génitif « Pinsonis » et d'en conclure qu'il se rapporte à Vicente Yañez Pinzon, ainsi que de Butenval chercha à le faire lors des confé­ rences de 1855/1856 En fait, rien ne prouve que la Pinis Baye soit en connexion avec la riviere ou la Baie de Vincent Pinçon. 5. L'Iwaripogo et la question du Rio de Vicente Pinzon. Les c a r t e s de Robert Dudley.

L e s parties reproduisent plusieurs cartes tirées du grand ouvrage : « Dell'Arcano del Mare, di D. Ruberto Dudleo, duca di Nortumbria e conte di Warwick », Firenze, Fran­ cesco Onofri, 1647 ; ces cartes sollicitent l'attention, c a r elles sont les seules qui, avant 1700, marquent à la fois l'Oyapoc du Cap d'Orange et un Vincent Pinçon immédia­ tement au nord du Cap de Nord. Il s'agit des cartes sui­ vantes : e

1. Carta prima Generale d'Affrica è par d'America (1646 et 1661, A. B . I, n° 69). 2. Une carte de Guyane, à grande échelle, à laquelle le Brésil donne les dates de 1646 et 1661, et la F r a n c e celle de 1647 (A. F., n° 13, et A. B . I, n° 70). 3. Une carte dont l'objet principal est l'embouchure de l'Amazone, mais qui figure en outre, à l'est, le territoire 1

) V o i r M. B . III, page 192.


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s'étendant jusqu'à la baie de Maranhão, et à l'ouest, le Cap de Nord jusqu'à la Costa di Maipare ; elle est aussi à grande échelle et datée par les parties comme le n° 2 (A. F . , n° 13 , et A. B . I, n° 71). L e s n 1 et 3 font du Cap de Nord un cap insulaire, suivant un dessin conforme à la conception de L a e t (voir A. B . I, n° 60). L e n° 2 en diffère essentiellement ; cette carte représente le Cap de Nord non pas comme un cap insulaire, mais comme un cap continental; elle ne l'accom­ pagne d'aucune île et la forme de genou qu'il y revêt rappelle les cartes de T e i x e i r a de 1640. Il paraît indiqué de définir ici, d'une manière générale, le c a r a c t è r e de ces cartes. Avant tout, leur dessin est de nature purement sché­ matique. Sous le rapport de l'exactitude dans le tracé des côtes, elles restent très en arrière des cartes de Tatton, de Ralegh et de Blaeuw. L e s embouchures fluviales sont, sans traits caractéristiques, dessinées sur le même modèle ; seuls les R . Ciane, R . W i a p o c o et R . Arowari se signalent par leur longueur plus grande, mais il n'en est pas de même du « v e r y great » R . Iwaripogo de Keymis. Une particularité remarquable des cartes de Dudley est l'abondance des dénominations de même consonnance. L e s noms tirés de Keymis et figurant sur les cartes anté­ rieures ont été multipliés de telle façon que, dans la règle, le même vocable sert à désigner une riviere, une région littorale ou une baie, et une localité. E n voici quelques exemples : C. (Costa ou Cap) di Arowari, R . (Rio) Arowari, B . (Bahia) d'Aroware ; R . Maipare, Maipare (localité), Costa di Maipare; Costa di Pinos, B a h i a di Pinos, Isla de Pinos et Rio di Pinos — il ne manque plus qu'un Cabo di Pinos ! L e C. de la Conde se transforme en C. Lucon auquel, pour être conséquent, est jointe une B . di Lucon. bis

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724 —

Il est intéressant de poursuivre le sort réservé au Vin­ cent Pinçon dans les cartes de Dudley. Sur la carte n° 1 (A. B . I, n° 69) figurent un « R. Vincez ò Pinçon » et une « J : Pinçon » ; dans la carte n° 2 (A. B . I, n° 70, A. F., n° 13), un « R. di Vincent Pinçon ò Awaripaco», une B . di V : Pinçon » et une « I. Pinçon ». En revanche, la carte n° 3 (A. B . I, n° 71, A. F., n° 13 ) porte les noms: « B . di Vincen° Pinçon, C. Pinçon, | : di Vicenzio Pinçon », et encore une île « Pinco ». o

bis

L e fait suivant témoigne de la manière dont Dudley a procédé : dans la carte n° 2, il mentionne l'Awaripaco et l'Iwaripogo comme deux fleuves différents, bien que Awa­ ripaco soit synonyme de Iwaripogo. Sur la troisième carte de Dudley, l'Iwaripoco figure aussi, mais sous la forme: R. Waripogo. On ne saurait souscrire au jugement suivant que R. F., page 266, porte sur ces cartes : « Ce sont des cartes à très grande échelle faites avec le plus grand soin». En outre, M. F . I, page 294, dit des mêmes documents : « C'est, en effet, la première fois que nous nous trouvons en présence de cartes relativement précises permettant de suivre la configuration véritable des lieux. Or l'épreuve paraît déci­ sive; elle permet bien de retrouver, dans les linéaments tracés par les hydrographes du commencement du X V I I siècle, le signalement caractéristique de la riviere Vincent Pinson que nous ont fait entrevoir les vieilles cartes du Padron real». A cela, il y a lieu de répondre, en se référant à l'exposé qui précède : En ce qui concerne la position du Vincent Pinçon par rapport à l'Amazone, les cartes de Dudley paraissent, à la rigueur, concorder avec Desliens, Cabotto, Gutierrez, Diogo Homem 1568 et quelques autres cartes similaires; mais elles ne cadrent absolument pas avec les cartes de Chaves, Diogo Homem 1558, V a z e


725 Dourado, Mercator, Ortelius et de tout le groupe de ceux qui ont su éviter la faute que Cabotto et autres auteurs ont commise lorsqu'ils ont introduit sur leurs cartes le fleuve des Amazones. Or il a été démontré précédemment que, pour ce qui a trait à la position du Vincent Pinçon, la diffé­ rence entre ces deux catégories de cartes n'est qu'appa­ rente et qu'elle a son origine dans l'erreur sur laquelle repose la conception de Desliens-Cabotto. L a présente étude a suffisamment mis en relief le fait que les « Montanhas » situées à l'ouest de l'embouchure du Rio de V i c e n t e Pinzon constituaient, dans les anciennes cartes du Padron real, le « signalement caractéristique » de cette riviere. Mais ni Dudley, ni aucun des auteurs qui ont dessiné d'après lui la baie de Vincent Pinçon près du Cap de Nord ou près de l'île de Maraca, ne l'accompagnent de ce « signalement caractéristique » des anciens, les Montes ou Montanhas. D'après M. F . I, page 291, Dudley se serait inspiré de la relation de v o y a g e de Keymis pour le dessin de ses cartes. Keymis, lit-on dans M. F . , écrit, en r e g a r d de I w a r i poco qu'il cite comme une très grande riviere située immé­ diatement à l'ouest de l'Arowari, que, comme il semble, c'est là que l'Espagnol Vincent Pinzon a trouvé ses pierres précieuses. Il aurait ainsi identifié l'Iwaripoco avec le R i o de V i c e n t e Pinzon et Dudley aurait adopté cette identifi­ cation « dans le célèbre traité de navigation accompagné de cartes, qui est intitulé: Dell' Arc ano del mare». Dudley, toujours d'après M. F . , marque les noms de riviere et baie de Vincent Pinçon à l'ouest et environ à la hauteur du Cap de Nord, qu'il place par 1° 41 ' N, c'est-à-dire à peu près à sa latitude exacte. Il donnerait ces noms à une riviere Iwaripoco qu'il place quelque peu au sud de l'Iwaripoco de Keymis. Dans une carte postérieure, on trouverait la


726

« baie de Vincent Pinçon » identifiée avec une riviere Taponaowiny empruntée aux cartes hollandaises. P a r l'île « Pin­ çon » de Dudley, il conviendrait d'entendre sans conteste l'île actuelle de Maraca. A ce sujet, il y a lieu de faire observer: a) Keymis en disant à propos de l'Iwaripogo : « here it was, as semeth, that Vincent Pinson, the Spaniard had (found) his Emeralds », veut simplement désigner un lieu où Vicente Pinzon aurait probablement trouvé des pierres précieuses. Il ne donne à aucun fleuve le nom de Vincent Pinzon ; il n'écrit pas Iwaripogo or Vincent Pinçon. Déduire de la remarque de Keymis que la riviere dont il parle a porté le nom de Vicente Pinzon est donc inadmissible. Il est vraisemblable d'ailleurs que l'observation de Keymis repose tout entière sur une confusion de sa part, car dans les descriptions du voyage de Vicente Yañez Pinzon il n'est nulle part question de pierres précieuses ; ce fut Diego de Ordaz qui, le premier, en découvrit lors de son voyage dans le territoire de l'Amazone. b) Au surplus, Dudley n'a même pas maintenu l'identi­ fication du Vincent Pinçon avec l'Iwaripogo, car, sur la seconde carte (A. F., n° 13, A. B . I, n° 70), il distingue l'Iwaripogo du R. di Vincent Pinçon qu'il cherche à pré­ ciser plutôt par cette mention : « ô Awaripaco ». En général, les cartes de Dudley dénotent chez cet auteur un manque de stabilité. Dans la première figurent le R . Waripogo et, à côté, le R. Vincez ò Pinçon, tandis que l'Awari­ paco manque. D e nouveau, la troisième marque simple­ ment le R. Waripogo. Cette carte porte au-dessus du cadre l'indication suivante : « Questa Carta per il Rio Amazonas è migliore della precedente ». Mais, sur cette carte « meilleure », le R. di Vincent Pinçon disparaît pour faire place à un « R. Taponaowiny » qui semble être emprunté 0

o

46


727 à de L a e t 1625. Elle n'a plus qu'une J : di Vincenzio Pinçon, ainsi qu'une baie de même nom et une côte ou un cap (C. = Costa ou Capo) Pinçon, a v e c une autre île Pinçon. c) D'après M. F . , le « signalement caractéristique » du Rio de V i c e n t e Pinzon résiderait manifestement dans la latitude qui lui est attribuée. Or, il a été démontré pré­ cédemment qu'aucune conclusion certaine ne peut être tirée des indications de latitude. Dans une argumentation b a s é e sur de telles données, ce n'est en tout cas pas la latitude absolue d'un point qui seule peut être l'élément détermi­ nant, mais il faut pour le moins tenir compte aussi de la différence de latitude par rapport aux points importants et généralement connus de la côte. D e là résultent les conclusions suivantes : 1. Il n'est pas prouvé que l'Iwaripoco de Keymis ait été identifié avec le Vincent Pinçon. 2. Le signalement caractéristique — les Montanhas des anciens cartographes — manque à l'Iwaripoco et à la Baie de Vincent Pinçon de Dudley. 3. Les cartes de Dudley sont si défectueuses, si peu concluantes, voire si inexactes dans leurs données touchant le Vincent Pinçon, qu'on ne saurait en tirer aucun argument probant. 6. L'Oyapoc des c a r t e s du XVII

e

siècle. e

1. L'orthographe que les cartes du X V I I siècle donnent au nom de la riviere débouchant près du Cap d'Orange offre un grand nombre de variantes. Ce nom emprunté à l'idiome des indigènes a été écrit différemment par les voya­ geurs et les cartographes, selon la langue qu'ils parlaient ; comme c'est en premier lieu dans des auteurs anglais que


728

le fleuve est désigné par son nom indigène et que la langue anglaise offre des difficultés particulières pour la transcrip­ tion des mots étrangers, il ne pouvait manquer de se pro­ duire de grandes divergences dans la manière de repro­ duire ce nom. Des différences assez grandes se manifestent également dans la position géographique du fleuve. L a carte de W a l t e r Ralegh de 1595, publiée en 1892 par L . Friedrichsen ) est peut-être la première qui désigne la riviere sous un nom indien qu'elle orthographie : « guiaporo » ; cependant, malgré la similitude des noms, l'identifi­ cation avec l'Oyapoc actuel ne peut être établie d'une façon certaine. C'est en 1596, dans la relation de voyage de Lawrence Keymis, qu'apparaît le nom de « Wiapoco » ; bientôt après, il passe dans les cartes. L e tableau suivant indique la latitude du fleuve et l'orthographe donnée à son nom sur les cartes les plus importantes de la période qui s'étend de la fin du X V I siècle au commencement du X V I I I : 1

e

Cartes

Jodocus Hondius 1598 . . Levinus Hulsius 1599-1663. Théodore de B r y 1599 . . Gabriel Tatton 1602 . . . Jodocus Hondius 1606 . . Gabriel Tatton 1608 . . . W a l t e r Ralegh 1618 . . . Joannes de L a e t 1625-1640 van Langeren 1630 . . . Blaeuw 1631 Robert Dudley 1646 et 1661 (A. B . I, n° 70) . . . .

1

e

Orthographe

Latitude

Wiapago Waiapago Wiapago Wiapogo Wajabego Wiapoco Wiapoco Wiapoca Wiapago Wiapoca

3° 3 0 ' N 3° 3 0 ' » 3° 3 0 ' »

Wyapogo

3° 5 5 ' »

) V o i r Hamburgische Festschrift, t. II.

4° environ »

3° 4° 4° 3° 4° 3°

30' » 15' » 30' » 50' » 30' » 55' »


729

Cartes

— Orthographe

Nicolas Sanson 1650. . . Nicolas Sanson 1656. . . Pierre D u V a l 1664-1677 . Lefebvre de la B a r r e 1665 Pierre D u V a l 1679 . . . Guillaume Sanson 1680. . Claes J . V o o g h t 1680 . . A. R o g g e v e e n 1680 . . . Manesson Mallet 1688 . . F r o g e r 1698 et 1699 . . . Guillaume de l'Isle 1700 (A. B . I, n°87) . . . . Guillaume de l'Isle 1703 .

Wiacopa Wiapoco Viapoco Yapoco Viapoco Yapoque-Viapoco Wayapoco Wayapoco Wiapoco Oyapoc 1

Wiapoco ) Yapoco

Latitude 0

4 4 4° 4° 2 4° 3° 4° 3° 2° 0

0

N 25' » 26' 45' 25' 55' 05'

» » » » »

(?) »

4° 4° 2 5 ' »

Dans la description du Hollandais J e s s e de Forest, datée de 1625, le fleuve est appelé W i a p o k o et W i a p o c o et situé par 4 ° 3 0 ' N ) . L'« Histoire du Nouveau Monde, 1625 », de J o a n n e s de L a e t , donne la même indication. Lefebvre de la B a r r e , dans sa « Description de la F r a n c e équinoxiale », é c r i t : Y a p o c o ; il assigne au Cap d'Orange une latitude de 3 ° 4 0 ' à 4° N ). « L e monde ou la descrip­ tion générale de ses quatre parties », 1637, 1643 et 1660, par P i e r r e d'Avity, indique les noms de Y a p o c o , W i a p o c o et V a j a b o g o , et une latitude d'environ 4 ° N ) . L e «Journal du voyage » des P P . Grillet et Bechamel, de 1674, nomme le fleuve : Yapoque. V e r s 1682, le P. Pfeil, missionnaire por2

3

4

1

) S u r l a carte A . B . I, n° 88, G . de l'Isle écrit: Viapoco. ) R . B . II, page 35. ) R . B . II, page 98 et R . F . , pp. 325 et 326. ) R . B . II, pp. 43 et 4 4 ; R . F . , pp. 320 et 321. C'est à tort que R . F . conteste que les données de d'Avity se rapportent au fleuve du Cap d'Orange. 2

3

4


730

tugais, cite l'« Oyapoc », qu'il place sous 3° 4 0 ' N. D e Ferrolles, dans son rapport de 1688, écrit: Ouyapoque. L e Portugal, dans sa réponse de 1698, nomme la riviere : Oyapoc et Oyapoca, et lui donne une latitude de 2° 5 0 ' N. Dans sa réplique de 1699, la F r a n c e parle du « Yapoco », mais évite toute indication touchant sa latitude. L e s copies de la duplique du Portugal communiquées à l'arbitre ren­ ferment les dénominations : Oviapoc, Wiapoc, Ojapoc, Oya­ poc, Yapoc. L e traité provisionnel du 4 mars 1700 écrit: Oiapoc et Ojapoc ; il ne renferme aucune donnée sur la latitude. e

Ainsi, au X V I I siècle, le nom du même cours d'eau se présente sous des formes orthographiques variées, parmi lesquelles, seule, l'orthographe du traité d'Utrecht ne figure pas. Nous ne connaissons aucun document du X V I I siècle employant pour désigner le fleuve la forme «Japoc». Néan­ moins, il est hors de doute que cette dernière ne doive être rangée parmi les nombreuses variantes du nom W i a p o c — W a y a p o c — Oyapoc — Yapoc, et d'ailleurs les parties sont au fond d'accord sur ce point. L o r s des délibérations qui eurent lieu à Paris, en 1855/56, entre les plénipoten­ tiaires des deux Etats, le représentant de la F r a n c e déclara n'avoir jamais entendu nier : « ni que le territoire contesté en 1700 n'ait été, en 1713, abandonné par la France, ni que la limite, refusée par elle en 1700, du Vincent Pinçon, n'ait été par elle, en 1713, formellement acceptée » ), E t R. F., page 134, dit à ce sujet : « Nous n'avons rien à retirer de cette déclaration ». Il convient donc d'assimiler la forme J a p o c aux autres variantes orthographiques du nom d'Oyapoc. e

1

2° On a beaucoup disserté sur l'étymologie de ce nom, mais aucune des explications données n'est concluante, ) M. B . III, page 84.

1


731

parce que l'on ne sait pas exactement comment les indi­ gènes le prononçaient. Une faible nuance dans la pronon­ ciation peut modifier entièrement le sens du mot ; c'est pourquoi il faut renoncer à examiner les divers essais d'ex­ plication étymologique ou à les utiliser pour le jugement du présent litige. L e nom d'Oyapoc est-il un «terme générique», ainsi que M. F . I, pages 325 et suivantes, et R . F . I, pages 230 et suivantes, cherchent à le démontrer? Nul ne peut le dire a v e c certitude. Mais, même le fait de le reconnaître comme tel ne prouverait rien en faveur de l'hypothèse soutenue dans les mémoires français. L a nomenclature géographique compte un grand nombre de noms d'une signification géné­ rale, qui, nonobstant, ne peuvent pas être considérés comme des «noms génériques». Ils ont été attribués par l'usage à un objet déterminé. L'Amérique méridionale en fournit un exemple frappant dans le mot Orénoque qui répond au vocable indien «orinucu» signifiant «grande eau», ou, d'après Egli, «fleuve» (Nomina geographica, Leipzig 1893, page 674); et néanmoins, il n'y a qu'un fleuve de ce nom. E n Afrique, il n'existe qu'un seul lac Nyassa, et cependant « nyassa » ne signifie pas autre chose que « lac ». Lorsque R . F . , page 229, cite divers noms de fleuves du Brésil méridional ou du bassin oriental de l'Amazone, tels que J a p o , Yapo, Ipu, Yiapo, aux fins de montrer que le nom d'Oyapoc—Japoc apparaît ailleurs également, on peut lui objecter qu'aucun de ces noms ne concorde a v e c J a p o c ou Oyapoc et qu'ils ne figurent pas dans le territoire contesté. 3° L e signalement particulier de l'Oyapoc (Wiapoco, W a y a b o g o , etc.) des cartes du X V I I siècle est en premier lieu le Cap d'Orange, qui limite l'embouchure du côté oriental. Après Juan de la Cosa, qui, en 1500 déjà, dessina ce cap sous sa forme caractéristique, celle-ci disparaît prèse


732 e

que totalement des cartes du X V I siècle. Ce n'est qu'après les voyages des Anglais et des Hollandais que le cap surgit de nouveau en 1598 dans la carte de Jodocus Hondius, qui le représente, en l'exagérant, sous le nom de C. de la Conde. Mais petit à petit son dessin se rapproche de celui qu'il revêt sur les cartes modernes, et il est intéressant de voir comment les deux langues de terre du Cap d'Orange et du Cap Cachipour font leur apparition dans de Laet 1625, Blaeuw 1631 et Nicolas Sanson 1656, par exemple. L e cap varie de nom. Suivant les cartes, il s'appelle C. de la Conde, C. de la Corde, C. Condé, C. Sicell, C. Cecil, et même, par suite d'une confusion évidente, C. North sur la carte de W . Ralegh (1618). C'est de L a e t qui, le premier, se sert du nom de C. d'Orange, qui prédomine finalement. Mais, bien que la dénomination du cap change, son identité, et par conséquent aussi celle du grand fleuve qui débouche tout auprès, est facile à constater d'après la forme et la situation que lui donnent toutes les cartes de l'époque. L e cap ne porte pas de nom sur les cartes suivantes, appartenant à la même période : Hondius d'après l'ancien type, Cornélis Claeszon (1605 et 1617), Domingo Sanchez (1618), Lucas de Quiros (1618), J o ã o Teixeira (1627), Giuseppe Rosaccio (1657), Danker Danckerts (1660), Pierre Du V a l (1679), Manesson Mallet (1688), Nicolas de F e r (1708) et P. Samuel Fritz (1691 et 1707). Ainsi, le cap était certaine­ ment moins connu des Portugais que des Anglais, des Hollandais et des Français, et ceci explique vraisemblable­ ment pourquoi il n'est mentionné ni dans le traité provi­ sionnel de 1700, ni dans le traité d'Utrecht. Outre la forme caractéristique que Juan de la Cosa a donnée à la côte dans la région du Cap d'Orange, il faut rappeler l'autre signe distinctif que sa carte porte au nord-


733 —

ouest de ce cap, c'est-à-dire les Montes faisant suite aux Planosas. V u l'importance qui, d'après ce qui a été dit plus haut, s'attache à cette « marque signalétique », la question s'impose de savoir si les cartes du X V I I siècle, celles à nomenclature indienne, présentent quelque chose de semblable. Celles qui s'inspirent de Keymis ne renferment aucun nom de montagne ni aucun dessin pouvant être interprété comme indiquant la présence de montagnes. Toutefois, Keymis lui-même, dans ses « observations » (voir R . B . II, page 18), parle de « mountains ». E n effet, on lit en regard du fleuve Wiapoco : « T h e first mountains that appear within land do lie on the E a s t side of this r i v e r » . Or, sur la rive droite du Wiapoco, il n'existe pas de hauteurs visibles de loin. On ne rencontre des montagnes d'une certaine élé­ vation à droite de ce cours d'eau que très avant dans l'in­ térieur. L a remarque : « on the E a s t side of this river » doit reposer par conséquent sur un lapsus calami ou sur une erreur d'orientation. Quoi qu'il en soit, on peut constater que Keymis signale la présence de hautes montagnes près de l'embouchure du W i a p o c o . e

Parmi les cartes qui procèdent de Harcourt, celle de G. Tatton 1608 porte un « Mount Cowob » situé loin dans l'intérieur des terres, près de la source du « M a c a r y » ; elle marque en outre une « Hauck Hill », dans laquelle R . F . , page 263, reconnaît a v e c raison le Mont Mayé ; puis, quelque peu au nord du W i a p o c o , entre l'Aparowaka et le Wianary ), petite riviere sans importance qui confond son embouchure avec celle du W i a p o c o , une chaîne de montagnes se prolongeant jusqu'à la mer avec le nom de «Jomeribo ». W. Ralegh (1618) indique un certain nombre 1

1

) D a n s Harcourt 1613: « a creek or inlet of the sea »


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de montagnes clans l'intérieur et, en outre, deux sommets sur la rive gauche de l'embouchure du Wiapoco. Au sud de ceux-ci figure le nom de « W i a n a r y », et au nord court une petite riviere; tout près, on lit le nom de «Gomeribo», que suit à l'ouest celui d'« Aparawacca ». Joannes de Laet (1625) place le nom de « Comariboo » au nord du R. Wiapoco et du petit R. W a n a r y . Blaeuw concorde avec lui sur ce point et mentionne de plus un établissement entre le W a n a r y et le Wiapoca. Nicolas Sanson dessine un sommet à gauche de l'embouchure du Wiapoco, puis le W a y n a r i comme petite riviere, ensuite une chaîne de montagnes « Massoure M. » et dessus une habitation avec le nom : « Commaribo » ; puis vient l'« Apurwaca als Caperwaca R . ». L a carte de Pierre Du Val 1664 indique à l'ouest de son R. Viapoco une hauteur avec un établissement; plus loin, près de la côte, à gauche d'une petite riviere, elle porte une habitation « Comari Habitaôn de François » ; vient enfin le C. d'Aperwaque. Lefebvre de la Barre (1665) fait figurer sur la rive gauche du Yapoco R., près de l'embouchure, quelques montagnes et huttes, avec cette légende: «Habitation d'Indiens sur ces Montagnes », ensuite la petite riviere, puis « Comaribo Habitation Françoise » avec quelques montagnes et, dessinée sur celles-ci, une église avec des maisons, enfin l'Appruaque. Plus loin dans l'intérieur du pays, on voit des chaînes de montagnes qui s'étendent jusqu'au Huine Mari R. L e long de la côte, entre le Huine Mari R. et le Yapoco R., on lit: « T e r r e s basses » et, au sud de Huine mari, la remarque : « Coste fort basse inondée de haute Mer où sont des Arbres sur les­ quels les Indiens ont leurs Maisons». Vooght également marque le mot « Cormori » au-dessous de R . W a y a p o c o et, sur la rive gauche de l'embouchure du fleuve, une habitation et le signe indiquant une montagne. Enfin Guillaume de


735 l'Isle (1703) place à gauche de l'embouchure du Yapoco le nom de « Comaribo » et un établissement. L e s « terres basses » de L e f e b v r e de la B a r r e rappellent « L a s Planosas » de J u a n de la C o s a et des cartes sévillanes ultérieures ; les « Costes fort basses inondées de haute mer » éveillent le souvenir de la « Costa anegada » de Cosa. On a vu que les « Montes » de J u a n de la Cosa et de la carte de Turin, les « montagnas » de Chaves-Oviedo et de Sebastiano Cabotto, les « Montanhas » de Diogo Homem, d'Andréas Homo et de V a z Dourado constituaient un signale­ ment pour le Rio de V i c e n t e Pinzon. A leur place appa­ raissent maintenant les « mountains » de Keymis, les mon­ tagnes de Tatton, de R a l e g h , de Joannes de L a e t , de Nicolas Sanson, de Lefebvre de la B a r r e et d'autres, qui partout — sauf dans Keymis — sont placées à l'ouest de l'embouchure de l'Oyapoc. L'établissement des F r a n ç a i s qui, selon le Mémoire français de 1698, était une forteresse, figure également dans les cartes du X V I I siècle sur la rive gauche de l'estuaire du même fleuve. e

7. Les c a r t e s du P. Samuel Fritz, de 1691 et 1707, et la c a r t e de Guillaume de l'Isle de 1703. e

Parmi les cartes du X V I I siècle, quelques-unes seule­ ment présentent ce caractère particulier d'adopter la nou­ velle nomenclature, tout en maintenant le nom de Vincent Pinçon. Celles de Sebastian de R u e s t a et de R o b e r t Dudley ont été discutées antérieurement; les cartes du P. Samuel Fritz et de Guillaume de l'Isle, qui n'ont été jusqu'ici que mentionnées, doivent être maintenant examinées d'une façon détaillée.


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1. Les cartes du P. F r i t z méritent une attention spé­ ciale, parce qu'elles expriment l'idée que se faisaient les Portugais de P a r a de la géographie du territoire contesté, à une époque décisive de l'histoire du litige, et parce qu'elles ne portent pas l'Oyapoc des autres cartes contem­ poraines, mais marquent à sa place le « Rio de Vicente Pinçon » ) . l

L a carte de 1691 a été construite pendant un long séjour que son auteur fit malgré lui à P a r a chez les Por­ tugais. Elle est consacrée principalement au fleuve des Amazones, mais elle figure aussi la côte du « Contesté » et s'étend jusqu'à Cayenne (Cayana). Sur la rive gauche de l'Amazone, on lit les noms suivants, de l'est à l'ouest : «Comaù», c'est-à-dire Macapa, représenté comme une po­ sition fortifiée, « Rio Arouari », « Cabo de Norte », « Rio Corassini», «Rio Maripanari », « Rio de Vicente Pinçon», « R i o Aperuaque », « C a y a n a » et « R i o Oya ». L e Rio Arouari est placé par le P. Fritz au sud du Cap de Nord. Cet auteur lui donne un affluent de gauche, qui sert d'émis­ saire à trois lacs situés au nord-ouest. Son R. Corassini correspond au Corassune de Claes Vooght, au Corossony de F r o g e r et au Corassune de G. de l'Isle. Dans le R . Mari­ panari, on reconnaît le « Mariée Banare » de Froger. L e R . Aperuaque est l'Approuague actuel. Inopinément, la dé­ nomination ancienne de Rio de Vicente Pinçon apparaît dans cette série de noms. Evidemment, le P. Fritz a travaillé d'après les renseignements qui lui ont été fournis par les Portugais de P a r a et il est fort probable qu'il a pu con­ sulter les archives de cette ville. Si l'on objecte que sa carte n'a été publiée en Europe qu'en 1717, c'est-à-dire après la paix d'Utrecht, cela ne prouve pas que le gou-

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) V o i r les cartes A . B . I, n° 86 b et n 91, A . F . , n 20, et A . B . II, n 16.


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verncment portugais n'en ait pas eu connaissance avant cette date. C'est au début du conflit entre les Portugais et les F r a n ç a i s dans le territoire contesté que le P. Fritz, après avoir descendu l'Amazone, arriva à P a r a , ou il fut arrêté. Il avait apporté de bons levés cartographiques et d'importantes informations sur l'Amazone. On l'engagea à englober dans son dessin le littoral contesté. Si l'on examine s a c a r t e de plus près, on est frappé de c e qu'il place l'Araguary dans s a position exacte, sans tomber en aucune manière dans la confusion qui avait régné jusqu'alors au sujet de c e fleuve, et qu'il connaît parfaitement aussi les lacs de l'intérieur et la voie fluviale jusqu'au point où de Albuquerque avait pénétré. L'authen­ ticité de c e document est confirmée par La Condamine qui y inscrivit de s a main la note suivante, en décembre 1752: « C a r t e de la Rivière des Amazones. Original de la main du P è r e Samuel Fritz J é s u i t e allemand levée par lui en 1689 et 1691. » Il y a tout lieu de croire que cette c a r t e est en relation a v e c les incidents qui se sont produits, peu de temps avant son établissement, entre de Albuquerque et de F e r r o l l e s ) ; par suite, il est très vraisemblable aussi qu'un exemplaire en soit parvenu, peu après 1691, à Lisbonne où, pour une raison quelconque, on peut l'avoir tenu s e c r e t un certain temps (il faut remarquer, à ce propos, que la carte renferme des données très détaillées sur tout le système fluvial de l'Amazone). On se rappelle que les représen­ tants du Portugal à V i e n n e en 1815 ont affirmé que les négociateurs portugais à Utrecht avaient été induits en e r r e u r par le « g é o g r a p h e Freitz ) ». D'après c e qui pré­ cède, il n'est pas possible, en tout cas, de se r a n g e r au 1

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1

2

) V o i r ci-dessus, pp. 146 et suiv., 175 et suiv., et 179. ) V o i r ci-dessus, page 440.


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jugement de R . F . (page 273), qui dit de cette carte : « elle ne repose sur rien » ) . Il est vrai que le P. Fritz n'a pas exploré personnel­ lement la côte de Guyane et qu'à maints égards son dessin du littoral est erroné. Il place le Rio de Vicente Pinzon sous 2 ° 50 ' de latitude nord ; toute la côte, du Cabo de Norte à Cayana, est étirée. Si l'on prend pour point de départ la pointe nord de la petite île dont dépend le Cabo de Norte sur la carte du P. Fritz et qu'on regarde cette pointe comme représentant le Cabo do Norte de Maraca, le R. de Vicente Pinzon, d'après les distances indiquées par le P. Fritz, se place sur Stieler à 80 km à l'ouest du Cap d'Orange. En effet, Stieler accuse pour cette section une longueur de 265 km, le P. Fritz, 345 km. D'autre part, si l'on mesure la section Cabo de Norte— Cayana, on obtient sur la carte du P. Fritz 534 km, au lieu de 380 km que la même section compte sur Stieler ; par la réduction de cette section de la carte du P. Fritz sur la carte moderne, le Rio de Vicente Pinzon tombe à 20 km au sud-est du Cap d'Orange. Ainsi, la position relative du fleuve par rapport à la section Cabo de Norte— Cayana est celle de l'Oyapoc. Sur la carte du P. Fritz, la distance du Rio de Vicente Pinzon à la pointe nord-orien­ tale de l'embouchure de l'Amazone (la Punta del Separará de Parente) est de 107 leguas = 681 km; d'après Stieler, celle du Cap d'Orange à Tijoca est aussi de 681 km exacte­ ment ; d'où il résulte de nouveau que le Rio de Vicente Pinzon du P. Fritz est l'Oyapoc actuel. l

A maints égards, le P. Fritz, par son tracé, rappelle Parente. L a ligne unissant les points extrêmes de l'embou­ chure de l'Amazone est dirigée, dans sa carte, du sud-est 1

) V o i r aussi M. F . I, pp. 322-324.


739

au nord-ouest e x a c t e m e n t ; P a r e n t e lui donne la même orientation. M a i s , tandis que ce dernier assigne à cette ligne une longueur de 80 leguas, le P. Fritz ne lui attribue que 53 leguas = 337 km. Son embouchure de l'Amazone est raccourcie de 79 km par rapport à S t i e l e r , où elle mesure 416 km. En revanche, la section de côte comprise entre le C a b o de Norte et le Rio de V i c e n t e Pinçon mesure sur la carte du P. Fritz 54 leguas = 344 km, tandis que Stieler indique pour cette portion une longueur de 265 km, d'où résulte pour le P. Fritz un allongement de 79 k m ; P a r e n t e ne donne à cette section que 40 leguas. Il compte par con­ séquent 120 leguas de la Punta del Separará au Rio de V i c e n t e Pinzon, au lieu des 107 leguas attribuées à la même section sur la carte du P. Fritz. L'excédent de 13 leguas qu'accuse Parente équivaut précisément aux 83 km dont son R i o de V i c e n t e Pinzon, d'après le tableau (voir Annexes, tableau n" III), se trouve porté à l'ouest du Cap d'Orange. Sur la carte du P. Fritz, comme dans Parente, la différence de latitude entre la pointe nord-orientale de l'embouchure de l'Amazone et le Rio de V i c e n t e Pinzon s'élève e x a c ­ tement à 3 d e g r é s ; P a r e n t e place la Punta del Separará sous l'équateur et le P. Fritz le point correspondant par 0° 10' S. L a latitude du R i o de V i c e n t e Pinzon est de 3 ° N d'après P a r e n t e et de 2 ° ,50' N selon le P. Fritz. Il y a tout lieu de croire que celui-ci a eu connaissance des données de Parente, mais il les a revisées en les améliorant sen­ siblement. La

carte du P. F r i t z prouve donc qu'à la fin du XVII siècle les Portugais identifiaient le Rio de Vicente Pinçon avec l'Oyapoc. Une deuxième carte du même auteur (A. B . I, n° 91), datant de 1707 et établie sur une échelle un peu plus petite, porte exactement le même dessin. e


740

Une troisième, de 1717 (A. F., n° 20, et A. B . II, n° 10), est invoquée par la France aux fins de montrer que le P. Fritz était devenu hésitant dans son opinion touchant le Rio de Vicente Pinzon et qu'il y avait même renoncé, puisque le tracé du cours d'eau fait totalement défaut dans cette carte et que le nom de « R. de Vincent Pinçon » y est écrit en travers de la direction des rivieres, au-dessus de l'ensemble de la côte. C'est là une hypothèse qui évidemment va trop loin, car il se peut qu'il s'agisse ici d'une modi­ fication arbitraire, introduite plus tard par un éditeur. D'ailleurs ce document est postérieur à la paix d'Utrecht. Il ne saurait donc affaiblir la haute portée des deux pre­ mières cartes du P. Fritz. 2. Entre ces cartes et celle de l'éminent géographe français Guillaume de l'Isle, datée de 1703 (A. F., n° 19, et A. B . I, n° 89), le contraste est très net. Cette dernière marque: le Yapoco R. près du C. d'Orange et une B. de Vincent Pinson près du Cap de Nord. De l'Isle fait donc une distinction formelle entre Yapoco et Vincent Pinçon. Lorsqu'il a élaboré sa carte de 1700 ), il ne savait encore rien de la Baie de Vincent Pinçon ; il ignorait égale­ ment que le Cap de Nord fût un cap insulaire. Sur cette carte, le Viapoco n'a pas encore l'importance qui lui est attribuée en 1703 ; en revanche, on constate plus au sud-est la mention d'une «Arcoa R que l'on croit être un bras de celle des Amazones ». Bien que les deux cartes de de l'Isle n'aient été établies qu'à trois ans d'intervalle, elles se dis­ tinguent essentiellement entre elles sur ces points si impor­ tants pour le présent litige. L'auteur, dans celle de 1703, dessine le Cap de Nord comme la pointe orientale d'une « I. des Ilapins », séparée de la terre ferme par un large 1

1

) A . B . I, n» 88.


741

canal à l'entrée méridionale duquel on lit le nom de « A r r e w a r y R », tandis que vers son débouché septentrional figurent une petite île et le nom de « B . de V i n c e n t P i n s o n » ; ce dernier occupe la place de l'Iwaripoco R. de N. Sanson. L a c a r t e de 1703, comme celle de 1700, marque l'Araguary actuel sous le nom de Rio Arabony, mais elle lui donne en plus un affluent de gauche, le « B a t a bouto ». Cet Arabony-Batabouto est emprunté à la carte de F r o g e r (A. B . I, n° 85) ; à ce propos, il y a lieu de noter que le Cap de Nord de F r o g e r diffère essentiellement, par le dessin, de celui de de l'Isle, que F r o g e r attribue à l'île actuelle de M a r a c a le nom de C. de Nord, enfin qu'il n'in­ dique aucun canal du nom de Rio A r e w a r y , ni aucune B a i e de V i n c e n t Pinçon. L a représentation que de l'Isle fournit de la région du Cap de Nord est donc le résultat de la compilation de données prises dans différentes cartes. Ainsi qu'il a été dit, ce cartographe dessine la B a i e de V i n c e n t Pinson, a v e c la petite île, suivant Nicolas Sanson 1656, mais c'est d'après R o b e r t Dudley (A. B . I, n° 71) qu'il lui donne son nom. L'île des Ilapins, a v e c le Cap de Nord comme pointe orien­ tale, a la même forme que dans de L a e t 1625 ) et les cartes imitées de celle-ci, mais le nom, de nouveau, rappelle Sanson qui, au nord du « Carsewinnen et Conawini R . », marque une « Cuniculorum Insula » et plus au nord encore un « Clapepouri alias Crabebouren R » . Au mot Cuniculi a été substitué celui de Ilapins ou L a p i n s ; toutefois, de l'Isle a transféré à l'île du Cap de Nord c e nom que Sanson donnait à une terre située soi-disant plus loin au nord-ouest, terre qui n'existe pas. L e nom de Crabebouren de la carte de Sanson est tiré de la description de L a e t 1640; l'on doit, 1

1

) A . B . I, n» 60.


742 —

semble-t-il, le faire remonter à celui de Carrapaporough Islands indiqué par Tatton et W . Ralegh. Il résulte de tout cela que G. de l'Isle a désigné par son « Cap de Nord » le cap de l'île de Maraca et par son « I. des Ilapins » l'île de Maraca elle-même, et qu'en attribuant ce nom à cette terre, il a cherché à corriger l'erreur qu'il avait constatée chez Sanson. De l'Isle dessine le canal Arrewary conformément aux des­ criptions de L a e t et de Ferrolles ; il le dénomme d'après Sanson, dont il corrige toutefois le tracé en supprimant le canal intérieur Arrewary que porte la carte de cet auteur et en ne gardant que le canal extérieur suivant de L a e t et d'autres. Enfin la riviere Arabony-Batabouto est particulière à la carte de F r o g e r et ne peut provenir que de celle-ci. On voit clairement par quelles combinaisons Guillaume de l'Isle a établi le dessin de sa carte. S a Baie de Vincent Pinson est tirée directement de Dudley; elle repose donc sur une conception qu'il faut taxer d'inexacte.

IV. Cartes postérieures

au traité

d'Utrecht.

Pour l'interprétation du traité d'Utrecht, les cartes pos­ térieures à cet acte international ne doivent être utilisées qu'avec la plus grande circonspection, car la tendance de donner au Vincent Pinçon de la paix d'Utrecht une posi­ tion favorable à l'un ou à l'autre Etat s'y révèle de mul­ tiples manières. L a divergence d'opinion des parties sur l'interprétation dudit traité commença à se manifester peu d'années après sa conclusion : les Portugais prétendaient que la frontière se trouve à l'Oyapoc, les Français la cherchaient plus au sud-est. Il suffira donc de donner ici 47


743 —

une brève caractéristique des principales œuvres carto­ graphiques postérieures au traité et de discuter quelques questions sur lesquelles les parties insistent plus particu­ lièrement.

1. Aperçu général des c a r t e s postérieures au t r a i t é .

1° L e s œuvres cartographiques de source espagnole, portugaise ou brésilienne, élaborées après la paix d'Utrecht, sont en nombre très limité et, en partie, de faible valeur. Il y a lieu de citer : a) carte de João de Abreu Gorjão 1747 (A. B . II, n° 26) et deux cartes de José Monteiro Salasar, dont l'une est d'une date qui ne peut être déterminée exactement, tandis que l'autre porte la mention de l'année 1777 (A. B . II, n 42 et 43). Ces cartes, qui ont un certain c a c h e t d'ar­ chaïsme, sont basées sur les données de latitude et de longi­ tude fournies par Manoel Pimentel en 1712 et contiennent encore quelques anciens noms, tels que : « A r o a r y » , «Mayc a r y » , « A r i c a r y » , « R . de T a g a r t o s » ( = L a g a r t o s de van L a n g e r e n = Approuague). S a l a z a r marque dans sa c a r t e sans date le Cap d'Orange et, immédiatement à l'ouest, « Rio B y a de V i c e n V i c e n t e Picon » ; sa carte de 1777 porte le C. d'Orange ainsi qu'une B a j a Picon à l'ouest de ce cap. Gorjão indique un «C. de O r a n g e » , avec, à l'ouest, le « R . de V Pinçon ». b) D e u x cartes qui ont été utilisées lors de la conclusion de la paix entre l ' E s p a g n e et le Portugal à Madrid, en 1750, et relatives à la frontière intérieure des deux E t a t s dans l'Amérique du Sud (A. F . , n 26, 2 6 , n° 27 et A. B . II, n° 29). L'origine de ces cartes n'est pas connue ; mais il semble, tout au moins en ce qui concerne la région du Cap de Nord et du Canal de Carapaporis, que pour os

te

os

bis


744 —

leur confection L a Condamine (1745) a été utilisé comme modèle original. L e s reproductions qui figurent dans les Atlas français et brésiliens concordent matériellement entre elles, mais les originaux qui ont servi à les établir sont des copies pro­ venant de mains différentes. Ces cartes seront discutées plus tard en détail, car les deux parties leur attribuent de l'importance. c) L a carte de l'Espagnol Olmedilla, de 1775 (A. B . II, n° 41). Elle marque le « C. del Norte » comme pointe orientale de la grande île « Carpory », qui y est aussi nommée «Tierra de Conejos » et qui est limitée du côté de la terre par deux larges bras fluviaux formant les bouches du «R. Arowary ». Au nord de Carpory figure un groupe d'îles, avec les noms de «I. Maraca, û T a r p o r y » et «I. Gronden». Plus au nordouest, la carte porte un « C. de S. Vicente » entre les em­ bouchures du « R . Machacary» et du « R . A r i c a r y » , cours d'eau dont le premier forme non loin de son embouchure, sous le nom de « L. Maypur », un élargissement en ma­ nière de lac qui reçoit les rivieres « W a r y p o c o » , «May­ pur, û Maypuroch », « Caypuroch » et «Caripura». L a carte est établie d'après des modèles néerlandais. Elle ne tire son intérêt que du fait qu'elle indique une ligne frontière qui part du « C. de Orange», entre le R . Oyapoco et le « R . W a s s a » , court d'abord vers le sud jusqu'au faîte de partage des eaux entre le bassin de l'Oyapoc et celui de l'Arowary, puis tourne vers l'ouest et, en suivant toujours la ligne de séparation des bassins fluviaux, se dirige vers la «Sierra de Tumucuràque ». d) Enfin la carte brésilienne de Conrado Jacob de Niemeyer, Rio de Janeiro 1846, et la carte anonyme brésilienne « Oyapockia », de 1853 (A. B . II, n 81 et 83). L a première marque comme frontière entre la Guyane os


745 française et le Brésil le « R . O y a p o k ou V i c e n t e Pinçon » — qui, dans son cours supérieur, porte le nom de « R . Caynopy » — et, dans l'intérieur, la crête de la « S e r r a Tumucucuraque ». S u r la c a r t e Oyapockia, la frontière est formée par le « R . O y a p o c k ou V i c e n t e P i n ç o n » , qui s'ap­ pelle « R . Caynapy » dans sa partie supérieure ; aucune montagne n'est dessinée à l'intérieur du pays, mais la fron­ tière suit le même t r a c é que dans la c a r t e de Niemeyer. 2. L e s cartes de source française, anglaise et néerlandaise et postérieures à 1713 accusent un progrès consi­ dérable et représentent en partie l'opinion qui prévalait dans les c e r c l e s officiels. T e l est le cas notamment des travaux des F r a n ç a i s d'Anville, L a Condamine, Bonne, Bellin, Mentelle, Lapie et B r u é . Il y a lieu de mentionner les cartes suivantes : La carte de d'Anville, « Géographe Ord™ du Roi, Septembre 1729 » (A. F . , n° 22). Elle indique au nord de l'île « Carpori ou T e r r e des Ilapins » la B a i e de V i n c e n t Pinçon, ouverte au milieu des petites îles situées en avant de l'île principale, tout près du Cap de Nord. En arrière de l'île Carpori, est marquée la « R d'Arawari ». L e dessin pro­ cède de V o o g h t , à qui le nom de Carpori est également emprunté, tandis que la dénomination de « T e r r e des liapins » est prise dans G. de l'Isle 1703, comme le prouve l'orthographe du mot Ilapins, commune aux deux cartes. De la Condamine, 1743 et 1744 (A. F . , n° 23), nomme l'île Carpori : « M a r a c a I. » Il place la B a y e de V i n c e n t Pinçon au débouché septentrional du canal séparant M a r a c a de la terre ferme. C'est dans sa c a r t e que l'Araûari R . est figuré pour la première fois comme une riviere venant de l'intérieur et se divisant en deux branches pour se jeter dans l'océan. Celle de droite, qui est la plus forte, se dirige vers l'est et se déverse dans la mer au sud du C. de Nord ; r e


746

celle de gauche, orientée vers le nord, aboutit au canal situé au sud-ouest de l'île de Maraca, au point où se jette la riviere Carapaporis actuelle. Il convient de comparer avec cette carte la relation que L a Condamine a publiée en même temps sur son voyage au fleuve des Amazones et le long de la côte de Guyane jusqu'à Cayenne. L'explora­ teur décrit ) comment, après avoir doublé le Cap de Nord, il a passé devant le bras septentrional de l'Arawari qui, dit-il, est maintenant obstrué par les sables : « Quelques lieues à l'Ouest du B a n c des sept jours, raconte-t-il, et par la même hauteur, je rencontrai une autre bouche de l'Arawari aujourd'hui fermée par les sables ». Cette bouche et le canal large autant que profond y accédant par le nord (Canal de Carapaporis) et situé entre la terre ferme et les îles qui la « couvrent sont la riviere et la B a y e de Vincent Pinçon». L a Condamine ajoute que, non­ obstant le traité d'Utrecht, le Vincent Pinçon et l'Oyapoc se trouvent à plus de 50 lieues l'un de l'autre. Dans un article sur la Guyane, publié en 1757 dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, il maintient cette version, en déclarant toutefois que la frontière entre la Guyane fran­ çaise et la Guyane portugaise est à l'Oyapoc du Cap d'Orange ). 1

2

Dans un projet de carte manuscrit dû à d'Anville et daté de 1745 (A. F., n° 24), celui-ci adopte la manière de voir de L a Condamine, aussi bien dans la dénomination de l'île de Maraca que dans l'application du nom de R. Arowari au cours d'eau aboutissant au canal situé entre l'île et le continent ou enfin dans le placement de la B a y e de Vincent Pinçon à la sortie septentrionale de ce canal. 1

2

) V o i r M. F . I, page 347 ; ci-dessus, pp. 403 et suiv. ) V o i r ci-dessus, page 406.


747

D'Anville conserve aussi sur cette carte le dessin des îles d'après V o o g h t . L a c a r t e à plus petite échelle de John Gibson, 1763 (A. F., n 31 et 31 ), figure la « B a y of V i n c e n t Pincon » également à la sortie septentrionale du canal de M a r a c a ; elle ne fait, en revanche, aboutir à ce canal qu'une petite rivière indépendante, qui ne se r a t t a c h e aucunement à l ' A r a g u a r y indiqué ici sans nom, plus au sud. os

bis

L a carte de l'ingénieur de marine Bellin, de 1763 (A. B . II, n° 36), identifie la B a y e et Riviere de V i n c e n t Pinçon a v e c la baie septentrionale du Canal de C a r a p a poris et une rivière qui, indépendante de la R. d'Arowari, se jette dans la B a i e de V i n c e n t Pinçon. E n outre, un b r a s de jonction va d'un affluent g a u c h e de l'Araguary à la B a y e de V i n c e n t Pinçon. S u r la « C a a r t van Guiana », de 1770, qui a c c o m p a g n e la description de Jan Jakob Hartsinck (A. F., n° 32), le R. Pinzon est figuré comme une petite rivière qui se jette dans l'océan près de la sortie septentrionale du b r a s de mer de M a r a c a . D e l'embouchure du R. Arawari, une com­ munication par eau, dirigée droit vers le nord, conduit à ce b r a s de mer. Edward Thompson, dans sa c a r t e de 1783 (A. F., n° 33), écrit en travers de la baie de M a y a c a r i et du débouché septentrional, en forme d'entonnoir, du Canal de C a r a p a p o r i s : « P e n t e c o s t B a y or V i n c e n t P i n c o n ' s B a y », et il ajoute : « according to la Condamine Boundary of F r e n c h G u y a n a according to the T r e a t y of Utrecht ». C'est aussi la carte de L a Condamine qui lui a servi de modèle pour le dessin de l'île de M a r a c a et pour la bifurcation de l'Arawari R. L a belle carte « de la Guiane F r a n ç a i s e dressée à C a y e n n e par Ordre du G o u v e r n e m e n t . . . ., Juin 1778 et


748

Mars 1788 » (A. F., n° 34) »), par Simon Mentelle, « Garde du Dépôt des Cartes et Plans de la Colonie de Cayenne et ancien Ingénieur Géographe », ne mentionne aucune baie de Vincent Pinçon, ni rien qui rappelle ce nom. En arrière de l'Ile du Cap de Nord, elle porte le « Canal et B a y e de Carapa-pouri », dont la bouche orientale prend le nom de «Canal de Tourlouri ». Immédiatement au sud de ce der­ nier bras de mer, on lit : « Cap de Nord, Latitude 1 51 ', observ de la Condamine ». 1

0

on

Avec cet auteur se ferme la période pendant laquelle les cartes françaises et celles qui en procèdent attachent une importance spéciale à la question de la Baie de Vin­ cent Pinçon. Depuis G. de l'Isle 1703, mais surtout depuis La Condamine et sous l'influence de sa grande autorité, le nom de Vincent Pinçon, dans l'opinion française, s'était de plus en plus fixé à l'extrémité septentrionale du Canal de Maraca ou de Carapaporis. Mais les exemples cités mon­ trent combien hésitantes et incertaines étaient sur ce point les idées des géographes de cette époque. En 1729, d'Anville place la Baie de Vincent Pinçon au nord de l'île de Carpori et au débouché oriental du Canal de Maraca, tandis que L a Condamine la situe à la sortie septentrionale de ce canal, version à laquelle d'Anville se rallie en 1745 et qu'adopte aussi Gibson en 1763. Bellin 1763 marque au même point ces mots : B a y e et Rivière de Vincent Pinçon, mais il dessine la rivière comme un cours d'eau distinct et indépendant de l'Araguary, contre­ disant ainsi L a Condamine qui avait sanctionné la thèse de la double embouchure de l'Araguary. Hartsinck 1770 ne mentionne qu'un canal de jonction conduisant de la bouche de l'Araguary au bras de mer situé en arrière de ) V o i r a u s s i M . F . I, pp. 3 4 9 et s u i v . ; v o i r c i - d e s s u s , p a g e 4 0 7 .

1


749

l'île de M a r a c a ; pour lui, le R. Pinzon est une petite rivière indépendante qu'il place un peu au nord de cette île. E n revanche, Thompson 1781 suit plutôt L a Condamine. Mais les c a r t e s françaises du X V I I I siècle accusent encore d'autres divergences. Une c a r t e intitulée « Carte française par S. », datant de 1739 (A. B . II, n° 20), place le V i n c e n t Pinçon dans la position de l'Oyapoc. Bonne 1780 (A. B . II, n° 45) marque à l'ouest du Cap d'Orange la « R. d'Oyapok ou de V i n c e n t Pinçon », et W. A. Bachienne 1785 (A. B . II, n° 52), une « R i v O y a p o k of V i n c e n t Pincon ». Dans une carte de 1748 (A. F., n° 25 ), d'Anville supprime la B a i e de V i n c e n t Pinçon et n'indique plus que la com­ munication fluviale joignant l'embouchure de l'Arawari a v e c le Canal de M a r a c a , communication à laquelle il donne également le nom d'Arawari. C e dessin sans cesse modifié ne peut constituer une b a s e solide pour la théorie qui vou­ drait voir dans la B a i e de V i n c e n t Pinçon, placée près du Canal de Carapaporis, le point de départ de la frontière fixée par le traité d'Utrecht. e

bis

A partir de Simon Mentelle et de Malouet ), cette B a i e de V i n c e n t Pinçon disparaît peu à peu de l'entrée nord du Canal de M a r a c a pour faire place au Canal de C a r a ­ paporis, en même temps que, dans quelques cartes, la « Rivière O y a p o k ou de V i n c e n t Pinçon » apparaît à l'ouest du Cap d'Orange et que la frontière entre la Guyane française et le Brésil est transportée en ce point. L e s g é o g r a p h e s français Lapie 1820, 1828 (A. B . II, n 65 et 76), Brué 1825, 1826 et 1834 (A. B . II, n 66, 73, 1

os

os

)

1

La

Baie

de V i n c e n t P i n ç o n ,

que

Malouet

cite

encore

dans ses

M é m o i r e s de 1776, n e s e t r o u v e plus s u r sa c a r t e de 1802. L e poste mili­ taire

français,

dont

l'établissement sur

la B a i e de V i n c e n t P i n ç o n

avait

é t é o r d o n n é en 1776, est m a r q u é s u r l a c a r t e de 1802 à l ' e m b o u c h u r e b r a s nord de l ' A r o u a r i R . dans le C a n a l de C a r a p a p o u r i v o i r ci-dessus, pp. 412 et suiv.

du

( A . B . I I , n° 5 6 ) ;


750

74 et 78), Vivien 1825 (A. B. II, n° 67), Buchon 1825 (A. B . II, n 68 et 71), Darmet 1825 (A. B . II, n° 96), Perrot 1826 (A. B. II, n° 72) s'accordent tous à faire de l'Oyapoc la frontière entre la Guyane française et le Brésil. 0s

Durant cette période, Delamarche 1825 (A. B . II, n° 70) est seul à vouloir placer la frontière au Carapana R., au sud du Cap de Nord ; Vivien, qui en 1825 se prononçait pour la frontière de l'Oyapoc, transporte, l'année suivante, la limite à une rivière qui paraît correspondre à l'Araguary (A. B . II, n° 75), bien que, sur la même carte, il inscrive près du Cap d'Orange : « R. Oyapok ou B. de Vincent Pincon ». Brué, Géographe du Roi, qui en 1834 adoptait encore l'Oyapoc comme rivière frontière, place dans sa carte de 1839 (A. B. II, n° 80) la limite à la R. Manaye, à l'embouchure de laquelle il dessine une « B Pinçon», en marquant néanmoins, comme en 1834, une « B Oyapok ou Pinçon » au Cap d'Orange. C'était à l'époque de l'occupation de Mapa par la F r a n c e . Mais, comme on le voit, les géo­ graphes français officiels, après avoir, pendant les dix ans qui suivirent le traité de 1817, identifié l'Oyapoc avec le Vincent Pinçon, se bornèrent ensuite — dans les années 1830-1840 — à marquer, comme frontière du territoire de la France, la Manaye et à partir de la source de cette rivière, la crête des monts Tumuc-Humac. Il n'était pas question alors d'étendre les prétentions françaises vers le sud jusqu'à l'Araguary et vers l'ouest jusqu'au Rio Branco. e

e

2. Cartes utilisées dans les négociations de la paix de 1750 entre l'Espagne et le Portugal.

L e s cartes employées par l'Espagne et le Portugal au cours des négociations qui curent lieu à Madrid pour le


751

traité de 1750, marquent à l'entrée septentrionale du Canal de Carapaporis une B a i e de V i n c e n t Pinçon. L o r s de ces tractations, les plénipotentiaires ont indiqué la division poli­ tique par des couleurs qui, sur les c a r t e s A. F . , n° 26, et A. B . II, n° 29, sont un ton carmin rougeâtre pour les territoires espagnols et une teinte jaune clair pour les territoires portugais. Il s'agit des cartes suivantes : A. F . , n 26 et 2 6 , c a r t e datée de 1749, légalisée comme c a r t e officielle, Madrid, 12 juillet 1751. A. F., n° 27, « Facsimile reduzido de uma das tres cópias portuguezas, feitas em 1751, do Mappa de 1749 (n° 7 A ) de que se serviram os Plenipotenciarios de Portugal e Hespanha p a r a concluir o T r a t a d o de 1750 ». A. B . II, n° 29, de 1751, légalisée comme carte officielle, Madrid, 12 juillet 1751. C e s c a r t e s donnent lieu aux remarques que voici : a) C'est a v e c raison que M. F . I, p a g e 351, dit: « L a carte de 1749 porte le nom de V i n c e n t Pinçon exactement placé comme dans L a Condamine » ; mais on ne peut pas conclure de ce fait exact en soi que le Portugal ait reconnu par là que la position attribuée par L a Condamine au V i n c e n t Pinçon devait m a r q u e r la frontière du côté de la G u y a n e française. C e s c a r t e s n'étaient pas destinées à servir au règlement des questions de frontière entre le Portugal et la F r a n c e ; la limite de l'Oyapoc ou V i n c e n t Pinçon n'a nullement été en discussion à Madrid. L e s cartes furent simplement utilisées pour noter les arrangements intervenus entre l'Espagne et le Portugal au sujet de leurs frontières réciproques. b) L e s deux c a r t e s légalisées (A. F . , n° 26, et A. B . II, n° 29) portent des délimitations, ainsi que des couleurs distinguant les territoires. L a ligne frontière, dans les deux os

bis


752

exemplaires, sert seulement à séparer les territoires du R. Negro, au sud, de ceux de l'Orénoque, au nord. Elle manque en Guyane vers la côte atlantique. M. F . I dit à la page 352 : « L a ligne séparative s'arrête entre l'Orénoque et l'Essequibo, fixant ainsi la frontière de la NouvelleGrenade, mais réservant celle de la Guyane ou NouvelleAndalousie. Cela n'a pas empêché le Portugal d'étendre sa teinte jaune, sur la carte de 1749, jusqu'au cap d'Orange.» Il est à remarquer en réponse à cette dernière phrase, que le coloriage de la carte n'a pas été un acte unilatéral du Portugal. En effet, les deux cartes légalisées renferment à l'in­ térieur du cadre la légende suivante expliquant leur coloris : « Mapa dos Confins do Brazil com as terras da Coroa de Esp na America Meridion . Oque esta de Cor Amarela he oque se acha ocupado pelos Portuguezes. Oque esta de Cor de Roza he oque tem occupado os Espanhoes. Oque fica em Branco esta athe aoprezente por ocupar. » L a carte A. F., n° 26, correspond exactement à cette légende : Une teinte jaunâtre recouvre, à l'est de la délimi­ tation, les territoires portugais y compris les régions du Rio Negro et du Rio Branco jusque près du Rio Maho, affluent de droite de ce dernier. Plus à l'est, elle s'étend sur toute la contrée comprise entre l'Amazone et une ligne de partage des eaux marquée par une rangée de montagnes, ainsi que sur le territoire allant de la rive orientale du Yapoco à la mer. Un ton rougeâtre désigne les possessions espagnoles de l'Orénoque, dont une partie s'avance quelque peu sur la rive droite de ce cours d'eau; la région entre l'Orénoque et le Yapoco n'est recouverte d'aucune teinte. Sur la carte A. B . II, n° 29, les couleurs a

1


753

ne sont pas, en Guyane, délimitées d'une façon précise, et l'on peut se demander si, dans cette partie de la carte, les deux teintes ne se sont pas mélangées. L e fait est sans conséquence dans le présent litige, c a r il ne r e g a r d e que l'Espagne. E n revanche, il ressort des indications con­ cordantes des c a r t e s légalisées que le territoire attribué au Brésil s'étend jusqu'à une frontière septentrionale par­ tant du haut Rio Negro et du R i o B r a n c o et coïncidant a v e c la ligne de partage des eaux de l'Amazone du côté nord, et qu'il comprend aussi la source de l ' A r a g u a r y et le pays situé sur toute la rive droite du Y a p o c o jusqu'au Cap d'Orange. T e l l e était en 1750 la version hispano-portugaise. Elle n'engage pas la F r a n c e , mais elle prouve en premier lieu que la B a i e de V i n c e n t Pinçon n'était pas r e g a r d é e par le Portugal comme marquant la frontière, ensuite que le P o r ­ tugal n'a pas procédé à un acte unilatéral en étendant sa teinte jaune jusqu'à l'Oyapoc, mais que l'Espagne était d'accord a v e c lui sur ce point. c) Comme complément de ces cartes de Madrid, A. F., n° 28, reproduit un « Borrador topográfico de la línea divisoria qve cita el artícvlo 12° del tratado preliminar, y ajvstadas distancias hasta sv pvnto final ». Au-dessous du bord inférieur de la carte, on lit la légende : « L a línea amarilla, es la antigua, que s e p a r a v a los Estableci­ mientos de Portugal, y la colorada es la nueva convenida en los Preliminares en el Articulo 12° del T r a t a d o » . Cette esquisse est sans date et, sous le rapport technique, elle a un c a c h e t moderne. M. F . I, p a g e 353, la rattache à la paix de 1750 et s'exprime ainsi à son s u j e t : « V o i l à donc un document espagnol, ayant servi aux négociations entre l'Espagne et le Portugal, dans lequel la « Cayenne fran­ çaise » s'étend jusqu'à 2° au moins vers l'Equateur, au lieu


754

de se terminer vers le 4° de lat. N, comme l'eût exigé l'interprétation portugaise ». L e Brésil (R. B . III, page 270) considère cette carte comme ayant été établie après la conclusion du Traité préliminaire de San Ildefonso, du 1 octobre 1777; il lui refuse le c a r a c t è r e de carte officielle et prétend qu'elle n'est « qu'une simple esquisse faite par le Gouverneur de la province espagnole de Maynas, d'après les renseignements d'un campagnard», et il estime « que la ligne divisoire tracée par l'auteur était une ligne fantai­ siste ». er

R. B . III, pages 271 et suivantes, reproduit une dépêche de l'ambassadeur de Portugal à Madrid, datée du 14 dé­ cembre 1779, et qui doit avoir trait à ce « Borrador », le­ quel s'y trouve désigné comme « une petite carte, à vrai dire d'imagination, sur laquelle il a tracé une ligne fan­ taisiste, mais cette carte sert pour indiquer la position des rivières et des montagnes et, plus ou moins, les distances». L e Borrador n'étant pas daté et les lignes frontières qu'il porte étant en complète contradiction avec les indi­ cations ci-dessus discutées des cartes de Madrid, et comme on ne possède aucune donnée certaine sur l'importance de ce document, il ne peut en être tiré aucune preuve.


755

V. ,,Terres appellées du Cap du Nord, et situées entre

la

riviere

des Amazones,

et celle

de

Japoc, ou de Vincent Pinson" Art. VIII du traité d'Utrecht. 1. Les t e r r e s appelées du Cap du Nord.

L'article 8 du traité d'Utrecht désigne sous le terme de « t e r r e s appellées du Cap du Nord » le territoire au sujet duquel la F r a n c e s e désiste de tous droits en faveur du Portugal. L e s parties discutent en détail dans leurs mémoires la portée de cette expression. L a F r a n c e ne voit dans les « terres du Cap du Nord » que le territoire situé dans le voisinage immédiat du Cap de Nord, soit le territoire compris entre le Cap de Nord et le fleuve des Amazones, et elle veut en conclure à une position méridio­ nale de la rivière frontière « J a p o c ou V i n c e n t Pinson » ). L e Brésil prétend que la désignation « t e r r e s du Cap du Nord » embrasse en réalité toute la contrée située entre l'Amazone et l ' O r é n o q u e ) . L'expression « t e r r e s du Cap du Nord » ne se ren­ contre pas dans les c a r t e s anciennes comme nom d'un territoire déterminé. L a carte de Vivien de St-Martin « Atlas universel de géographie, P a r i s 1894 » et celle que Coudreau a annexée à son ouvrage « L a F r a n c e équinoxiale, P a r i s 1887 » sont les premières qui marquent le nom de « T e r r e s du Cap de Nord » ; elles l'indiquent dans le voisi­ n a g e immédiat dudit cap. Ces c a r t e s ne peuvent servir 1

2

) V o i r M . F . I, p p . 2 1 e t s u i v .

1

)

2

V o i r R . B . I, p p . 147 e t s u i v .


756

cependant de documents probants pour établir la portée de ce terme. Il y a lieu de rechercher tout d'abord com­ ment cette désignation a été introduite dans le texte du traité d'Utrecht. Du côté portugais, l'expression « Capitainerie du Cap de Nord » figure en premier lieu dans les « Lettres Royales » que Philippe I V délivra le 14 juin 1637 à Bento Maciel Parente. D'après le texte de ce document, la capitainerie devait avoir une étendue « sur la côte de la mer de 30 à 40 lieues, comptées à partir du susdit Cap (de Nord) jus­ qu'au rio de Vicente Pinçon, où commence la démarcation des Indes du Royaume de Castille . . . . » ; on lit dans un autre passage : « . . . . là où se termineront les 35 à 40 lieues de côtes de sa Capitainerie,. . . . » ) . Du côté français, le sens attaché à l'expression de Cap de Nord est beaucoup moins précis. En 1633, ce nom est celui d'une compagnie de com­ merce ; en 1640, une deuxième compagnie « du Cap de Nord » est fondée, dont la concession s'étend « depuis la riviere d'Orenoque, icelle comprise, jusqes a (la) riviere des Amazones, icelle comprise ». En 1651, une troisième compagnie se constitue dans le but d'occuper « la T e r r e ferme du Cap de Nord », avec les mêmes limites qu'en 1640 ) ; les « Lettres patentes » de cette compagnie parlent des « pays, terres et Isles du Cap de Nord. » Ferrolles écrit dans son mémoire de 1698 ) : « Macapa est une dé­ pendance du Cap du Nord, qui s'estend jusques là, et les T e r r e s d'alentour de Macapa s'appellent par les Portugais mesmes les T e r r e s du Cap du Nord ». Mais Ferrolles était le représentant intéressé de la F r a n c e et il s'était donné pour but de chasser les Portugais de la Guyane. 1

2

3

) M . B . I I , p p . 22, 24 ; v o i r c i - d e s s u s , pp. 122 e t s u i v .

1

) V o i r c i - d e s s u s , pp. 7 8 , 7 9 , 130 et s u i v .

2

3

) M . B . I I , p a g e 37 ; c i - d e s s u s , p a g e 1 8 1 .


757

D a n s les mémoires qui furent échangés en 1698 et 1699 entre la F r a n c e et le Portugal ), la première n'emploie l'expression que dans un sens tout à fait g é n é r a l ) . L e P o r ­ tugal dit dans sa réponse de 1698 : « L a grande etendue de terre qui est entre la Riviere d'Oyapoc et C a y e n n e a la denomination de Cap de Nord aussy bien que celle qui est entre laditte Riviere et celle des Amazones » ) . 1

2

3

L e traité provisionnel du 4 m a r s 1700 emploie deux fois la dénomination de « terres du C a p de Nord », mais seule­ ment dans l'introduction. Il y est dit chaque fois que ces « t e r r e s » sont situées entre Cayenne et la rivière des A m a ­ zones. L e s articles m ê m e s du traité ne font pas mention du nom de « t e r r e s du Cap de Nord », mais l'art. 1 définit de la manière suivante le territoire auquel se rapporte le traité : « terres qui s'etendent depuis lesdits forts (d'Arag u a r y et de Cumati ou Macapa) par le rivage de la Riviere des Amazones vers le cap de Nord et le long de la coste de la mer jusqu'à l'embouchure de la R i v i e r e d'Oyapoc dite de V i n c e n t Pinçon ». er

P a r le traité du 18 juin 1 7 0 1 ) , le traité provisionnel du 4 mars 1700 relatif à la « possession des terres du Cap de Nord, confinant à la rivière des Amazones » est rendu défi­ nitif. L e s parties ne jugèrent pas qu'une spécification plus e x a c t e de ce territoire fût nécessaire, puisqu'il s'agissait d'une simple confirmation du traité provisionnel. 4

L e traité du 16 mai 1 7 0 3 ) , par lequel le Portugal acquiesça à l'alliance contre la F r a n c e , parle de « R e ­ giones ad Promontorium B o r e a l e vulgo Caput de Norte 5

) V o i r ci-dessus, pp. 184 et suiv.

1

) V o i r p a r e x e m p l e M . F . II, pp. 38, 41.

2

3

) M . F . II, p a g e 25 ; voir ci-dessus, p a g e 203.

4

) V o i r ci-dessus, pp. 238-240. ) V o i r ci-dessus, pp. 241-243.

5


758

pertinentes et ad ditionem Status Maranonii spectantes, jacentesque inter Fluvios Amazonium et Vincentis Pinsonis ». L e territoire que visent les mots « Regiones ad Promontorium Boreale pertinentes » est donc désigné de nouveau d'une façon suffisamment claire, car, bien que le nom d'Oyapoc manque, il est indubitable que par celui de Vincent Pinçon on a eu en vue la rivière indiquée dans le traité de 1700. Au cours des négociations qui précédèrent la conclusion du traité d'Utrecht, les Portugais emploient à plusieurs reprises l'expression de « terres du Cap de Nord », en particulier dans les pièces suivantes : lettre de Dom Luis da Cunha à la reine Anne, du 14 décembre 1711; Memo­ randum portugais de janvier 1712; Demandes spécifiques du roi de Portugal, du 5 mars 1712; Demandes des Portu­ gais à Utrecht, du 22 juillet 1712 ) . Chaque fois, ils ajoutent que le territoire dont il s'agit est situé entre l'Amazone et le Vincent Pinçon et se réfèrent au traité provisionnel de 1700. L e s plénipotentiaires français n'emploient ni le nom de T e r r e s du Cap de Nord, ni celui de Vincent Pinçon, mais ils parlent du territoire compris entre l'Amazone et l'Oyapoco en renvoyant au traité provisionnel de 1700, ce qui suffit pour désigner clairement l'objet du litige ). L'ultimatum anglais ) (17 février, 6 mars 1713) stipule de même « que (les Portugais) rentreront dans la possession des Païs qu'ils étaient obligés de quitter en vertu du Traité provisionel, pour en jouir des à present sans y être en au­ cune maniere inquietés de la part des François ». Cette con­ dition fut acceptée par Louis X I V . 1

2

3

) R . В . I I , pp. 3 8 0 , 3 8 5 , 3 8 8 et 3 9 5 ;

1

voir

c i - d e s s u s , pp. 2 4 8 - 2 5 5 , 2 6 4

e t s u i v . , 271 et s u i v . ) M. F . I I , p a g e 6 2 , R . В . I I , p p . 4 0 3 , 4 4 7 ; v o i r c i - d e s s u s , pp. 257, 2 7 4 ,

2

281, 283. ) M . F . I I , pp. 6 6 , 6 8 ; v o i r c i - d e s s u s , pp. 2 9 1 , 2 9 6 .

3

48


759

Aussi, lorsque les plénipotentiaires portugais procé­ dèrent à la rédaction de l'article 8 du traité d'Utrecht, ils s'efforcèrent d'en faire concorder le texte a v e c le traité provisionnel de 1700, dont ils avaient un exemplaire sous les y e u x ) . 1

Il ressort de cet ensemble de faits que, dans la pensée des deux parties, la notion des « t e r r e s du Cap du Nord » n'a pas varié de 1700 à 1713. D é j à , dans le traité de 1700, elle reçoit un sens déterminé par ces mots : « situées entre C a y e n n e et la rivière des Amazones », et elle est pré­ cisée par cette indication qu'elle s'applique au territoire compris entre le fleuve des Amazones et l'Oyapoc ou V i n c e n t Pinçon. L e s expressions «confinant», «pertinentes a d » , « spectantes a d » , qui figurent dans les traités de 1701 et 1703, sont élastiques et susceptibles d'interprétations différentes; mais il n'est pas possible d'admettre que, par ces termes, la portée que le traité de 1700 avait voulu donner à la notion des « t e r r e s du Cap du Nord » devait être limitée ou même simplement déterminée d'une ma­ nière plus complète ) . Il s'agissait toujours du même territoire, et la question qui demeure est de savoir quelle rivière on avait en vue en désignant l'Oiapoc—Ojapoc—Japoc ou Vincent Pinson comme frontière du territoire en litige. 2

11 n'y a rien d'extraordinaire à ce que le mot « T e r r e s » ait été employé pour indiquer une assez grande et même une très grande étendue de pays. On constate par exemple que, par l'expression: « L e s t e r r e s de cette conquête», P a ­ rente, dans son Mémorial (datant de 1630 environ), entend l'ensemble de l ' E s t a d o do Maranhão ). 3

) R . B . II, p a g e 434 ; voir ci-dessus, pp. 275, 302.

1

2

) V o i r aussi ci-dessus, pp. 240, 242-243.

3

) M. B . II, page 9 ; voir ci-dessus, p a g e

114.


760

Dans la carte de J o ã o Teixeira, 1640 (A. F., n° 12) le Brésil est désigné ainsi : « T e r r a de Santa Crvz aqve chamão Brazil ». L e même auteur écrit sur sa carte de 1642 (A. B. I, n° 67) « Provinsia de Santa-Crvz aqve vulgarmente chamão Brazil ». D'autre part, dans la Carte de la T e r r e ferme du Perou, du Brésil, . . . . 1703, de Guillaume de l'Isle, on lit: « Brésil nommé cydevant T e r r e de Sainte Croix ». 2. Japoc.

Il a déjà été dit que, par le nom de « J a p o c », on n'avait pas eu l'intention de désigner un nouveau cours d'eau, et que ce vocable n'était qu'une variante des formes Wiapoc, W a y a p o g o , Oyapoc, Yapoc, etc. La question à examiner ici est donc uniquement de savoir si les différentes variantes du nom d'Oyapoc doivent être rattachées exclusivement à la rivière débouchant immédiatement à l'ouest du Cap d'Orange, ou si, antérieurement au traité d'Utrecht, il existait plusieurs cours d'eau de ce nom. Sur ce point les parties diffèrent notablement. L e mémoire du Brésil soutient cette thèse qu'il n'y a jamais eu, avant le traité d'Utrecht, qu'un Oyapoc, celui du Cap d'Orange, et que, par conséquent, le nom de Japoc du traité d'Utrecht ne peut s'appliquer à aucune autre rivière que l ' O y a p o c a c t u e l ) ; le mémoire français dé­ fend l'opinion contraire. M. F . I, page 39, dit « que non seulement des noms de même racine, tels que J a o s , Iwaripoco, Awaripoco, Waripoco, Oyapoc, J a p o c , se rencon­ traient aux environs de l'embouchure des Amazones et du 1

) M . B . I, p a g e 195.

1


761

cap de Nord, mais que la contrée elle-même portait, au commencement du X V I I siècle, le nom de pays de Y a p o c o ». Cette assertion qui est exprimée d'une manière plus déve­ loppée dans R . F . ) doit faire l'objet d'un examen détaillé. E

1

a)

LE

PAYS

D'YAPOCO

DE JEAN

MOCQUET.

L a relation que Jean Mocquet, « G a r d e du Cabinet des singularités du R o i , a u x Tuileries », publia en 1616 du v o y a g e qu'il avait fait en 1604 à la côte de G u y a n e est invoquée p a r la F r a n c e c o m m e fournissant la preuve que le territoire désigné par Mocquet sous le nom de Yapoco devait être situé dans le voisinage du Canal de Carapaporis a c t u e l ) . 2

M. B . ) , en revanche, qualifie la description de Mocquet de « v o y a g e décrit assez confusément » et, pour affaiblir l'argumentation française, relève tout d'abord les inexacti­ tudes chronologiques de Mocquet. S i l'on examine les données de Mocquet d'après s a relation de v o y a g e , les points suivants sollicitent tout parti­ culièrement l'attention ). Son bateau parvint, l'après-midi de P â q u e s fleuries, à la côte américaine dans une région où se fait sentir le phénomène de la pororoca, qui, pendant la nuit, effraya vivement les voyageurs p a r s a violence. Ils ne purent pas voir le pays, à cause de l'obscurité, mais ils pensèrent qu'ils en étaient proches. L ' e a u de la m e r était de couleur tannée et la sonde accusait une profondeur constamment 3

4

) R . F . , pp. 212 et suiv.

1

) M . F . I, p p . 3 2 8 e t s u i v . , e t R . F . , p p . 2 1 4 e t s u i v . ; v o i r

2

page

ci-dessus,

105, n o t e 3 . 3

) M . B . I, pp. 6 8 et suiv., et R . B . I, pp. 125 et suiv.

) Jean

4

Mocquet,

Voyages

O c c i d e n t a l e s , édition de P a r i s

en Afrique,

Asie,

1830, pp. 61 et suiv.

Indes

Orientales

et


762

décroissante qui, finalement, bien qu'on ne vît encore au­ cune terre, n'était plus que de 3 à 4 brasses. Enfin, le lundi, on aperçut vers l'ouest-sud-ouest une côte plate dont on s'approcha avec précaution, car le bateau touchait constam­ ment sur le fond vaseux. L e pilote « s'écria que nous étions en la rivière des Amazones». Tandis que le navire louvoyait de la sorte, il rencontra en mer un bateau indien dont l'équipage, fort de 17 hommes, monta à bord et raconta aux voyageurs qu'il revenait d'une guerre au cap Caypour, l'un des caps près de la rivière des Amazones ). L e patron laissa deux de ses gens comme pilotes-côtiers sur le navire français, qu'ils conduisirent au pays de Yapoco, « à l'embouchure de la rivière ou fort près ». En arrivant à cette terre de Yapoco, les voyageurs laissaient la rivière des Amazones à leur gauche ; du côté nord étaient établis les Caripous et les Caraïbes. 1

L e s Français se mirent alors à faire des échanges avec les habitants en leur faisant comprendre par signes ce qu'ils voulaient avoir ou ce qu'ils comptaient donner. L e chef de cette terre de Yapoco, du nom d ' A n a c a i o u r y , était alors occupé à armer une flottille de guerre destinée à combattre les ennemis héréditaires, les Caraïbes. Mocquet appelle Caraïbes (Caribes) les Galibis. L a langue des Caripous est, d'après Mocquet, si différente de celle des Caraïbes que ces deux peuples ont beaucoup de peine à ) O n s e d e m a n d e c e qu'il f a u t e n t e n d r e p a r le C a p C a y p o u r . J o d o -

1

c u s H o n d i u s 1598, T h é o d o r e de B r y nent

un R i o C a i p o r o n n e

d'« A n a c o r y », s e m b l a b l e n o m de p a y s p r è s carte

dans à

1599, G a b r i e l T a t t o n

la région

celui

du

du C a c h i p o u r

chef Anacaïoury,

1602

mention­

actuel. L e apparaît

nom

comme

de l ' e m b o u c h u r e du C a s s i p o r o u g h ( C a c h i p o u r ) s u r l a

de G . T a t t o n 1 6 0 8 ( A . B . I, n° 5 4 ) . A i n s i l e n o m d e C a y p o u r

doit

v r a i s e m b l a b l e m e n t ê t r e identifié a v e c c e l u i de C a c h i p o u r qui a p r e s q u e l a même

consonnance.


763

se c o m p r e n d r e , quoique les territoires qu'ils habitent ne soient distants que de 30 lieues. « Quand le canon avoit tiré, le bruit en demeuroit près d'une quart-d'heure dans ces forêts de bois, pour être tout ce pays montagnes et vallons». L e pays de Y a p o c o est éloigné de plus de 120 lieues de celui des Toupinambous dans le Brésil. Cette description appelle les remarques suivantes : 1. L e s renseignements fournis par Mocquet sur la région de l'embouchure de l'Amazone sont de nature si incertaine qu'ils ne permettent pas de déterminer le point e x a c t où il se trouvait. 2. L o r s q u e Mocquet dit qu'en arrivant au Y a p o c o , il laissait l'Amazone à gauche, il ne fournit qu'une indication absolument v a g u e ; tout ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il se trouvait quelque part au nord de l'Amazone et au sud du pays des C a r a ï b e s . 3. Mocquet décrit la t e r r e de Y a p o c o comme une région montagneuse et vallonnée, où le bruit du canon se réper­ cutait longtemps. L e pays de Y a p o c o ne peut donc pas être situé dans les t e r r e s plates avoisinant le Carapaporis, mais il faut le c h e r c h e r dans le bassin inférieur de l ' O y a p o c ou au sudest de C a y e n n e . 4. L'information d'après laquelle la tribu des Caripous du Y a p o c o et celle des C a r a ï b e s de Cayenne n'habitaient qu'à 30 lieues l'une de l'autre est exacte pour la région de l'Oyapoc et ne l'est plus pour la région du Carapaporis. 5. M. F . I, p a g e 331, se basant sur la donnée de Moc­ quet d'après laquelle le pays de Y a p o c o devait être distant de plus de 120 lieues de celui des Toupinambous, conclut que — puisque 25 lieues équivalent à un degré équatorial il faut placer la terre de Y a p o c o dans la région du Canal


764

de Tourlouri, c'est-à-dire au sud de l'île de Maraca. L a F r a n c e suppose que, par la rivière de Maragnon de Moc­ quet, il faut entendre la baie de Maranhão (M. F . I, 1. c , note 1). Une « Prouincia dos Tupinambas » figure sur la carte de J o ã o Teixeira 1640 (A. В . I, n° 68, et A. F., n° 12 ). Elle est comprise entre le R. Turj et l'embouchure de l'Amazone. Mais le R. Turj est situé à l'ouest de la baie de Maranhão, comme on peut le voir sur les cartes de Teixeira de 1640 (A. В . I, n° 66) et 1642 (A. В . I, n° 67) ). L a province s'étend sur un territoire de plus de 70 leguas, jusqu'à la Punta del Separara. D'autre part, Mocquet a-t-il réellement compté 25 lieues au degré ou n'a-t-il pas eu plutôt en vue la legua hispano-portugaise alors fort en usage ? Cette question ne saurait être résolue. En tout cas, l'indication de 120 lieues concorde étonnamment avec la des­ cription postérieure de B . M. Parente, qui donne à la sec­ tion s'étendant de la Punta del Separará au Rio de Vicente Pinzon une longueur de 80 + 40 leguas, ce qui conduit encore au delà du Cap d'Orange, ainsi que le fait est signalé plus haut (voir Annexes, tableau n° III). Toutefois, comme le point à partir duquel Mocquet compte la distance dont il s'agit ne peut être fixé avec certitude, on ne saurait tirer aucune conclusion de sa donnée. bis

1

6. Mocquet n'indiquant le nom d'aucun cours d'eau de sa terre de Yapoco, il est inadmissible de parler d'une «riviere d'Yapoco», comme le fait par exemple le mémoire du président Rouillé ), de 1698, dans la phrase suivante: «Jean Moquet, dans la relation de ses voyages, rapporte 2

) G u i l l a u m e S a n s o n 1679 m a r q u e l e n o m d e T o u p i n a m b o u s d a n s l a

1

capitainerie

de P a r a ;

Guillaume

de l'Isle

1700 et

T o u p i n a m b e s e n t r e l e M e a r y et l ' A m a z o n e . 2

) M . F . I I , p a g e 1 ; v o i r c i - d e s s u s , p a g e 193.

1703 é c r i t

celui

de


765

celuy qu'il fist en c e pays en 1604 avec le capitaine R a v a r diere, et de quelle maniere ils firent c o m m e r c e a v e c les Indiens de la riviere d'Yapoco, scituée entre l'isle de Cayenne et la riviere des Amazones ». L e mémoire français de 1688 (publié par Malouet) dit expressément dans le p a s s a g e correspondant : . . . « ils y firent c o m m e r c e a v e c les Indiens de la riviere d'Yapoco, située à quatre degrés et demi de la ligne » 7. L a carte de J e a n G u é r a r d (A. F., n° 9), sur laquelle M. F . I, page 333, s'appuie pour fixer la position du pays de Y a p o c o , est d'un dessin absolument inexact et grossier. Dans la reproduction présentée, on ne peut guère recon­ naître que les noms de C. du Nord et C. de la Conde. L e mot qui les s é p a r e est illisible ; il est impossible d'y voir le nom de V a p o g u e ou Y a p o g u e et d'en tirer une indication touchant la situation du pays de Y a p o c o de Mocquet. 8. R. F., page 267, discutant la carte de Dudley (A. B . I, n° 70), cite en faveur de sa thèse le nom de peuple « J a y » , qui est placé sur cette carte près de W a r i p o g o — I. Pincon, et remarque à ce propos : « L e mot de J a y annonce que le pays est habité par cette peuplade; nous sommes dans le pays de J a p o c o » . A cette assertion, il y a lieu de répondre qu'on peut lire sur la même carte : Jay Jpay R. di Ciana Jay R. W y a p o g o I. W a r i p o g o Jay ) V o i r ci-dessus, pp. 193 et suiv., n o t e 2.

1


766

Si le nom de J a y doit désigner le pays de Yapoco, il résulte donc de la carte de Dudley que ce pays s'étendait vers le nord-ouest, loin au delà de l'Oyapoc. Keymis déjà mentionne une peuplade du nom de Iaos, une première fois comme habitant sur l'Iwaripoco, puis sur le Cawo. Harcourt la connaît aussi; il cite les Yaos avec les rivières Maicary — Connawini et, de nouveau, avec les rivières Wiapoco—Wianary. Dans la série des cartes, les Iayes apparaissent en premier lieu dans de L a e t 1625, sur le R. Arycary, et ensuite à la même place dans Blæuw 1631. Pierre Du V a l 1655 écrit le mot Iayes en travers du cours d'eau qui représente vraisemblablement l'Oyapoc. Nicolas Sanson 1656 marque les noms de Iaiy près du Mikary R. alias Maikari, Iaoyi à l'ouest du Wiapoco et Iayoi vers le Marwynen R. (Maroni). Pierre Du V a l 1664-1677 mentionne le nom de Y a o s à l'ouest du Viapoco ; de même, Lefebvre de la B a r r e 1665 place ses Iaoys à l'ouest du Yapoco. Guillaume Sanson 1680 écrit Y a y e s à l'ouest du Viapoco R. et, en outre, à l'est du Marony R. Guillaume de l'Isle 1700 situe les Yaios à l'ouest du Marony. D'Anville 1729 marque le nom de Ouayes sur le cours supérieur de l'Oyapok, ainsi que sur la R d'Aprouague. De cette courte revue, il résulte que déjà les pre­ miers auteurs, Keymis et Harcourt, assignaient à la peuplade dont il s'agit des situations géographiques très différentes, que, d'après les cartes, les J a y e s étaient certainement répan­ dus, le long de la côte guyanaise, sur une vaste région (jusqu'au Maroni), et par conséquent que le nom de «Jay » ne peut pas être rattaché à une localité déterminée. L a plu­ part des auteurs sont d'accord sur le fait qu'en tout cas des J a y e s étaient établis aussi dans le territoire de l'Oyapoc. re

9. Pierre d'Avity (Le Monde ou la description générale de ses quatre parties, Paris 1637) ) et Lefebvre de la Barre l

) R . B . I I , p p . 4 3 , 44.

1


767

(Description de la F r a n c e équinoxiale, P a r i s 1666) ) parlent du pays de Y a p o c o de Mocquet et l'identifient a v e c celui de l'Oyapoc actuel. 1

Il ressort de ce qui précède que la situation de la terre de Yapoco de Mocquet ne peut pas être déterminée avec certitude, mais que ce pays doit être très probablement cherché dans la région avoisinant la rivière d'Oyapoc.

b) L ' O Y A P O C D E L ' A R R I C A R I , P R E M I E R O Y A P O C DU C A P DE N O R D ) . 2

L e s ouvrages d ' A n t o n i o de Alcedo (1786—1789) et de John Malham (1801), invoqués dans R. F . aux fins de prouver l'existence de cet Oyapoc, pourraient être passés sous si­ lence, non seulement p a r c e qu'ils datent d'une époque de beaucoup postérieure au traité d'Utrecht, mais encore p a r c e que la méthode critique nécessaire à de pareils tra­ vaux y fait défaut. V o i c i toutefois les observations qu'ils suggèrent : R . F . , p a g e s 215 et suivantes, prétend qu'il existe­ rait près du Cap de Nord un O y a p o c ou Oyapo, comme affluent de l'Arricari, et que ce cours d'eau serait le J a p o c de la paix d'Utrecht. Il dit d'Alcedo, dont il invoque en premier lieu le témoignage, qu'il aurait « sommaire­ ment cité » ce second O y a p o c . L e p a s s a g e y relatif, dans le « Diccionario geográfico-histórico de las Indias occidentales ó A m e r i c a , Madrid, 1786—1789 » d'Alcedo, est ainsi formulé en traduction française : « Oyapo, rivière de la m ê m e province et gouvernement que le précédent (Guyane)

1

) R . B . II, pp. 98, 99.

2

) R . F . , pp. 215 et suiv.


768

dans la partie occupée par les F r a n ç a i s » . Aucun rensei­ gnement n'est donné sur la position géographique de cette rivière, et l'on ne sait, d'après ce texte, où il faut la cher­ c h e r ; au surplus, il est possible qu'Alcedo ait eu en vue le Rio O y a c près de Cayenne. L e principal témoin cité par la F r a n c e à l'appui de sa thèse est John Malham qui a écrit ce qui suit, dans « T h e Naval Gazetteer or Seaman's complete Guide», Londres 1801, t. II, page 541 ): «Wiapoco, ou petite W i a , une branche à l'ouest de l'Orénoque ) sur la côte N.-E. de l'Amérique du Sud. Elle se divise en tous sens et reste navigable dans toutes les direc­ tions. Elle pénètre dans l'intérieur sensiblement comme la rivière Arrowary, et, après avoir remonté l'Arricary 5 ou 6 lieues, sont six petites îles en face desquelles est la pré­ sente rivière ; pour y entrer, gouvernez droit sur la mon­ tagne Caripe, entrez dans 3 ou 4 brasses d'eau et jetez l'ancre dans un fond de vase molle». R. F., page 217, fait suivre la citation de Malham de cette remarque : « L e nom d'Arricary et celui de Mayacaré, tous deux donnés aux rivières qui se déversent, l'une en face de la pointe nord de l'île de Maraca, l'autre un peu plus haut, ont été souvent intervertis. » 1

2

L a description de Malham soulève les objections sui­ vantes : a) Depuis Keymis, le nom de « Wya » est connu comme celui d'une rivière située à l'ouest du Wiapoco, entre le « Capurwaka » et le « Caiane ». C'est l'«Ouia» de Ferrolles et 1'« Uvia » de de l'Isle 1703. Aucune carte n'indique un W y a dans une autre position. Ce W y a est situé à l'ouest du C. d'Orange. D'autre part, jamais le Wiapoco n'a été ) C i t é d ' a p r è s R . F . , p a g e 217.

1

) A u lieu d'Orénoque, l'auteur a voulu dire A r r i c a r y .

2


769

appelé « petite W i a ». A u contraire, le P. Pfeil, en 1682, donne au nom d'Oyapoc la signification de grand O y a ; voir ci-dessus, раде 157. b) E n dehors de Malham, aucun auteur ne marque une rivière W i a près de l'Arricary, cours d'eau connu, voisin du M a y a c a r é . c) L e passage cité de Malham rappelle la carte de R o g geveen, de 1680 (A. F . , n° 15), et paraît être écrit d'après cette carte. R o g g e v e e n dessine un R. Wya au nord du R. C a p e r w a c a , à la place indiquée par K e y m i s . E n outre, il marque un R. A r y c a r a se déversant, comme affluent de droite, dans l'embouchure du « W a y a p o c o » ; le « Cabo Orangien » est la pointe d'une terre « A r i c a r a ». Il ressort de la description de Malham que, par son Orénoque ou A r r i c a r y , il faut entendre une grande rivière : « elle se divise en tous sens et reste navigable dans toutes les directions ». L e s six petites îles, situées à 5 ou 6 lieues en arrière de l'embouchure de l ' A r r i c a r y de Malham, figurent aussi sur la c a r t e de R o g g e v e e n dans l'embouchure de l'OyapocW a y a p o c o , en amont de l ' A r y c a r a ; si l'on suit l'indication de Malham, on trouve également son point de r e p è r e , la montagne Caripe, marqué dans R o g g e v e e n , à sa place exacte. Malham s'est donc trompé dans la lecture de R o g g e ­ veen, dont le W a y a p o c o est dessiné, en effet, de façon à induire en erreur. L ' A r y c a r a de R o g g e v e e n correspond à l'Arcoa de van Keulen et le grand fleuve est le W i a p o c o lui-même. Cette interprétation du texte de Malham est confirmée par les cartes figurant comme annexes (n 4 et 4 ) de R. F., qui marquent également un R. Arikario près du W i a p o c o et du C. d'Orange. os

bis


c)

770

L E S TÉMOINS DU NOM D'OYAPOC DANS LA DE

BAIE

VINCENT PINSON ). 1

R. F., pages 219—221, dans un chapitre spécial, pré­ tend : 1° que la petite île indiquée sur les cartes du milieu du X I X siècle sous le nom de Japioca, au sud de l'île de Maraca, et qui plus tard est devenue l'Ilha Jipioca, aujourd'hui dis­ parue sous les eaux, aurait conservé dans son nom de Japioca celui du pays de Yapoco ; e

2° que le mot Maraca aurait le sens de « calebasse » dans la langue des Galibis et que celui de Yapoco ne serait que la traduction de « crique calebasse » en langue tupi. A ce propos, il y a lieu de remarquer ce qui suit: D'abord, on peut opposer à l'assertion d'après laquelle le nom de la terre de Japoco (Yapoco) se serait conservé sous la forme de celui de l'île de Japioca, les résultats de l'exposé précédent, relatif au pays de Yapoco (voir ci-dessus, pages 761 et suivantes). En outre, c'est un cours d'eau, et non une île ou un pays, qui fait l'objet de la présente étude. Enfin, le nom de l'île n'est pas même fixé et elle s'appelle tantôt Japioca, tantôt Jipioca ( D Göldi, 1. c , page 188), ou même Jipioa (Mouchez, A. B . II, n° 86). r

L e mot Maraca, soi-disant de langue galibi, qui est donné comme tel pour la première fois par Barrère et qui, de sa relation de voyage, a passé dans le petit dictionnaire galibi joint à la « Maison rustique » de Préfontaine, ne signifie pas simplement « calebasse », c'est-à-dire le fruit

) V o i r , p a r e x e m p l e , s u r l ' î l e de J a p i o c a , l a c a r t e d e C.J.

1

(1846), d a n s

A . B . I I , n° 8 1 , e t l a Carte

anonyme

A . B . I I , n° 8 3 ; v o i r a u s s i M o u c h e z ( A . B . I I , n° 8 6 ) .

de

Niemeyer

brésilienne

(1853),


771

du calebassier ouvré en façon de récipient — comme M. F . le suppose —, mais il désigne une sorte de crécelle, instru­ ment de danse revêtu d'un c a r a c t è r e religieux, qui était en usage chez les Indiens dans l'ordination de leurs prêtres ). Si l'on remonte à l'origine du mot, on constate que M a r a c a n'est dans la langue galibi qu'un mot d'emprunt qui lui est venu du tupi. Il est déjà cité p a r Lery ) (1567) comme mot tupi s'appliquant audit instrument de danse ; pareillement, dans la relation de v o y a g e d ' Y v e s d'Evreux (1615) ), il est souvent question des joueurs de m a r a c a de Maragnan. Au­ jourd'hui encore, dans la langue tupi, l'instrument dont il s'agit est appelé m a r a k a ) . 1

2

3

4

D e plus, dans le tupi du nord, « eau » ne s e dit pas ya., mais y-ig. L'allégation de R . F . , page 221, d'après laquelle « le nom de crique calebasse, traduit en tupi, donnerait e x a c t e ­ ment Y a p o c o », n'est donc pas soutenable. d)

L'OYAPOC

SUD D E L A T E R R E

DELTA DE

D'OYAPOC,

L'ARAGUARY.

Sous c e titre, R . F . , pages 222 et suivantes, discute deux questions. E n premier lieu, il considère comme synonyme d'Oyapoc le nom de Weypo, p a r lequel Jesse des Forests et J. de Laet désignent une rivière dans le voisinage de l ' A r a g u a r y ; mais rien ne prouve que c e s deux noms aient la m ê m e signification. Il dit ensuite )

1

Nouvelle

Barrère,

Relation

de

la

France

equinoxiale

1743,

page 209. )

2

Lery,

H i s t o i r e d ' u n voyag0e f a i c t e n l a T e r r e d u B r é s i l , 1 5 6 7 , é d i t i o n

d e P a r i s , 1 8 8 0 , t. I I , p p . 7 0 e t 1 9 8 . 3

) S u r Yves

) Barbosa 1892, p a g e 2 3 . 4

d'Evreux, Rodrigues,

voir ci-dessus, p a g e 286, note 1. Vocabulario

indigena,

Rio

de

Janeiro,


772

que l'officier français d'Audiffrédy aurait appris des indigènes, en 1731, lors d'une reconnaissance entreprise en mission officielle, qu'une rivière venant de l'intérieur et située à quelques lieues au sud de l'Araguary, portait le nom de Yapok, nom qui aurait désigné aussi une île située en face de l'embouchure de ce cours d'eau. L e Journal d'Audiffrédy, auquel R. F., 1. c , se réfère, n'a pas été produit devant l'arbitre. On peut conclure des données de R. F., que d'Audiffrédy n'a pas vu personnelle­ ment la rivière signalée par lui, mais qu'il fonde ses asser­ tions uniquement sur les rapports des indigènes. Or, ces dires sont excessivement vagues et l'on ne sait même pas si d'Audiffrédy a bien compris les naturels. Enfin il faut se souvenir que l'expédition d'Audiffrédy n'a eu lieu qu'en 1731, c'est-à-dire 18 ans après la conclusion du traité d'Utrecht. Au surplus, le soi-disant Y a p o c d'Audiffrédy serait situé à 12 lieues au sud de l'Araguary, de sorte qu'en tout cas il ne pourrait être identifié avec le J a p o c de la paix d'Utrecht. e) L ' O Y A P O C DE L'ÎLE DE MARAJÓ ) . 1

L a carte de d'Anville, datée de 1748 (A. F., n° 25 ), par conséquent de beaucoup postérieure au traité d'Utrecht, est la première qui marque sur la côte septentrionale de l'île de Marajo une petite rivière du nom d'Oyapoco. C'est, jusqu'à cette date, le seul cours d'eau portant un nom qui offre une incontestable similitude avec celui de l'Oyapoc actuel et dont l'existence puisse être cartographiquement démontrée. bis

L'Oyapoco de Marajo emprunte un intérêt particulier au fait que son nom s'est maintenu en usage, à cette place, jusqu'à nos jours. ) R . F . , p p . 2 2 7 et s u i v .

1


773

Quant à l'époque où c e nom est apparu pour la première fois, les documents présentés à l'arbitre ne permettent pas de la déterminer. E n tout cas, et la question n'a pas besoin d'être discutée, ce n'est pas cet O y a p o c o ou Goiapucu, comme il est aussi appelé, que l'on avait en vue à Utrecht. L ' I L E D'OUYAPOC D E

f)

FERROLLES.

D a n s une lettre de 1694, de Ferrolles, gouverneur de la Guyane, dit au sujet du fleuve des Amazones : « Cette rivière est éloignée de l'île de Cayenne de 70 lieues; son embouchure est remplie d'îlets où les Indiens sont habitués ; le plus grand est nommé Ouiapoc (Oyapok), situé à moitié chemin ou environ du cap de Nord à P a r a ; il doit faire la séparation des dépendances de F r a n c e et de Portugal » (voir ci-dessus, p a g e 182, note). Plus tard, dans son mémoire du 20 juin 1698 (voir cidessus, pages 180 et suivantes), F e r r o l l e s s'exprime ainsi : « J ' a y envoyé en cour l'Original des L e t t r e s que le S d'Albuquerque capitaine général du Maranhom m'a escrites sur ce sujet ) et mes responses, dans lesquelles j e luy a y fait connoitre, qu'il s e trompoit pour les limittes qu'il marquoit entre la F r a n c e et le Portugal prenant un Ouyapoc pour l'autre, c a r il y en a deux. L'un est dans la Guyanne au deçà du Cap de Nord à quinze lieues de nos habitations de Cayenne. L ' a u t r e est une Isle assez grande au milieu de la rivière des A m a s o n e s , qui a toujours esté prise pour borne. L e s rivières de la Guyanne qui donnent leurs noms aux endroits qu'elles arrosent sont Ouyapoc, L a R a o u a r y r

1

) Il s'agissait

1

allaient

trafiquer

de l'arrestation,

sur

l'Amazone,

C a y e n n e ; voir ci-dessus, p a g e 2

)

Araguary.

182.

par

les P o r t u g a i s , des F r a n ç a i s

avec le consentement des autorités

qui de


774

-

Merioubo, Macapa, Y a r j , Parou, Oroboüy, Couroupatcoua, et autres plus petites dont pas une ne s'appelle du nom de Vincent Pinson, que le S d'Albuquerque marque néantmoins pour bornes vers notre Ouyapoc. C'est une rivière et un nom que personne ne nous a appris que Luy. L e s Cartes geographiques nj les Indiens d'icy ne la connoissent point. » r

En 1699 enfin, Ferrolles se fit confirmer « par les prin­ cipaux et plus anciens habitants de Cayenne ayant fait le commerce dans la rivière des Amazones », « que de temps immémorial et par tradition continuelle ils savent certaine­ ment par eux et leurs auteurs, comme ils l'assurent, qu'il y a dans le milieu de l'embouchure de la rivière des Ama­ zones une île beaucoup plus grande que celle de Cayenne, que les Portugais, les Indiens Arouas habitants de cette île, les Français, les autres voisins et aussi les Galibis sous la domination du Roi, ont toujours nommé Hyapoc ) ». 1

On ne peut tirer aucune conclusion de la différence d'orthographe qui existe entre Ouyapoc (Oyapoc) et Hya­ poc. D'autre part, il n'est pas possible de dire s'il y a une corrélation entre la petite rivière Oyapoco de l'île de Marajo et l'île Ouyapoc ou Hyapoc de Ferrolles. En revanche, il faut retenir ce qui suit des citations qu'on vient de lire : De Ferrolles défendait l'opinion que le fleuve des Amazones devait former la frontière entre le Portugal et la F r a n c e . Il estimait que la frontière était tout indiquée par la grande île Ouyapoc ou Hyapoc située au milieu du grand fleuve. Sur le continent, il ne connaissait qu'une seule rivière d'Ouyapoc, et la distinction qu'il établissait ne portait expressément que sur deux Ouyapoc, la rivière et l'île. ) M . F . I, p p . 4 6 , 47 ; M . B . I, p a g e 13/ ; c i - d e s s u s , p a g e 182, n o t e .

1

49


775

M. F . I, page 47, dit au sujet de c e s rapports de F e r ­ rolles : « On peut p a r là se rendre compte que la con­ fusion existait dès cette époque sur le nom d'Oyapoc ou Y a p o c . Cette confusion était telle qu'au seul témoignage de F e r r o l l e s , on ne comptait pas moins de trois O y a p o c ou Y a p o c dans c e s p a r a g e s : 1 ° celui du cap d'Orange ; 2° celui que F e r r o l l e s appelle Ouyaproque et qui est visi­ blement la rivière de V i n c e n t Pinson du cap de Nord ; 3° enfin l'île appelée H y a p o c ou encore Ouiapoc située à moitié chemin ou environ du c a p de Nord à P a r a à l'em­ bouchure du fleuve des Amazones et qui devait être la limite des deux Etats, a u x yeux de F e r r o l l e s ». V o i c i c e qu'il y a lieu de répondre à cette assertion : C o m m e on l'a montré dans l'exposé historique, il est reconnu que l'orthographe « Ouyaproque » résulte de la faute commise par un copiste et que F e r r o l l e s lui-même a écrit « Ouyapoque ». L ' a r g u m e n t a t i o n de M. F . visant à prouver que l'Ouyaproque correspondrait au Vincent Pinçon tombe ainsi d'elle-même. A u surplus, il résulte des propres explications de F e r r o l l e s qu'il savait pertinemment que la rivière fron­ tière revendiquée par son adversaire sous le nom de V i n c e n t Pinçon ne pouvait être que la rivière du Cap d'Orange, c'est-à-dire son « Ouyapoque ». A cette rivière du C a p d'Orange, de F e r r o l l e s opposait, comme frontière, l'île de Hyapoc. T e l l e s étaient alors les revendications contraires, formulées clairement et catégoriquement par les deux parties et au sujet desquelles il n'existait de con­ fusion ni d'un côté, ni de l'autre. C'est seulement après que la F r a n c e eut p a r le traité d'Utrecht définitivement renoncé à la frontière de l'Amazone que surgirent peu à peu les doutes sur le point de savoir quelle rivière ledit traité avait eu en vue.


g)

L'OYAPOC

776

-

A L'ÉPOQUE DU TRAITÉ DU 4 MARS 1 7 0 0 ,

D'APRÈS

LA CONCEPTION FRANÇAISE.

L'ambassadeur de F r a n c e à Lisbonne, Rouillé, reçut du gouvernement de Versailles aussi bien le projet de son premier mémoire, de 1 6 9 8 , que celui de la réplique de 1 6 9 9 (M. F . I, pages 1 1 et 1 3 ) ). Il ressort de ce fait que le ou les auteurs desdits projets avaient à leur disposition tous les matériaux documentaires réunis par la F r a n c e et qu'ils purent ainsi prendre connaissance des cartes et des rapports officiels envoyés de Cayenne. L e gouvernement de Louis X I V était renseigné sur l'existence de la rivière Yapoco-Oyapoc. L e premier mémoire de l'ambassadeur Rouillé, daté de janvier 1 6 9 8 , déclare que « les François ont fait des cartes fort exactes de ces pays et des costes, depuis la riviere des Amazones jusqu'à celle de Marony » ) . A ce pro­ pos, M. F . II, page 3 , note 4 , renvoie à la carte imprimée et à la relation de la B a r r e de 1 6 6 6 ) . 1

2

3

En outre, il est dit dans M. F . I, page 3 1 5 , note 2 : « Il existe, au dépôt du Service hydrographique de la Ma­ rine, deux exemplaires, l'un à l'échelle de 1 5 lieues, l'autre à l'échelle de 2 0 lieues, d'une carte manuscrite du gouver­ nement de Cayenne qu'envoya le gouverneur, M. de F e r ­ rolles, le 2 9 janvier 1 6 9 6 (Portef. 1 6 3 , pièce 2 - 1 ) . C'est la carte qu'on peut trouver reproduite, à une échelle il est vrai très minime, à la suite de la relation de F r o g e r (Re­ lation d'un voyage fait en 1 6 9 5 , 1 6 9 6 et 1 6 9 7 aux costes d'Afrique, détroit de Magellan, Brésil, Cayenne et îles An-

) V o i r c i - d e s s u s , p p . 189, 2 0 7 .

1

2

) M . F . I I , p a g e 3 ; v o i r c i - d e s s u s , p a g e 196.

3

) M . F . II, page 3 : « Il y en a une imprimée

a v e c l a relation du

s i e u r de l a B a r r e , c h e z J e a n R i b o u , a u P a l a i s , e n 1 6 6 6 . »


777

tilles, par une escadre de vaisseaux du R o y commandée par M. de Gennes, P a r i s 1699). » L'une de ces cartes, celle qui est construite à l'échelle de 20 lieues, est la carte de F r o g e r reproduite dans A. B . I, n° 85. Il est donc manifeste que c'est en première ligne des c a r t e s de la B a r r e et de F e r r o l l e s - F r o g e r que le président Rouillé veut parler dans son mémoire. L e f e b v r e de la B a r r e dessine la rivière Y a p o c o immédiatement à l'ouest du Cap d'Orange ; de même, F r o g e r marque le C. d'Orange et, débouchant immédiatement à l'ouest de ce cap, l'Oyapoc R., a v e c un affluent de gauche, le C a m o b y R. L e Yapoco ou O y a p o c de la B a r r e et de F e r r o l l e s - F r o g e r est donc l'Oyapoc actuel se jetant dans la mer près du Cap d'Orange. L e s cartes françaises antérieures, datant du X V I I siècle, conduisent à la m ê m e conclusion. A u nombre de celles-ci se rangent Nicolas S a n s o n (1650 et 1656), comte de P a g a n (1655), P i e r r e D u V a l (1664-1677 et 1679), Guillaume Sanson (1679 et 1680) et Manesson Mallet (1688). D a n s ces cartes, la rivière du Cap d'Orange se trouve désignée sous les noms de W i a p o c o , V i a p o c o , V i a c o p a , Yapoque ; sur aucune d'elles, il n'est donné de nom analogue à un autre cours d'eau du territoire contesté. L e s mêmes constatations peuvent se faire sur les c a r t e s de de l'Isle, de 1700 et 1703. D a n s toutes les c a r t e s françaises de cette époque, ladite rivière correspond à l'Oyapoc actuel. e

L e mémoire français de 1698 et la réplique de 1699 se réfèrent à de Laet, et cela d'une manière qui prouve que son ouvrage, «l'Histoire du Nouveau Monde », et par con­ séquent la carte qui s'y trouve a n n e x é e étaient connus des rédacteurs de ces mémoires. Or, cette c a r t e ) marque la rivière, sous le nom de W i a p o c a , à l'ouest du Cap d'Orange ; 1

) V o i r A . B . I , n° 6 0 ; A .

1

F.

11.


778

dans l'ouvrage lui-même, elle est appelée à diverses re­ prises : Wiapoco. Lefebvre de la Barre, qui remplit en 1664 les fonctions de gouverneur de Cayenne, est l'auteur d'une carte, datée de 1665, et d'un ouvrage : « Description de la F r a n c e Equinoxiale, 1666 » (voir ci-dessus, page 132), dont les autorités françaises avaient indubitablement connaissance. Dans son livre, il cite la rivière Yapoco qui, dit-il, se jette dans la mer près du Cap d'Orange, par 3° 40' de latitude nord ou, selon d'autres, par 4° N ). L a carte jointe à l'ouvrage indique la rivière avec le nom de Yapoco et en place l'em­ bouchure au Cap d'Orange sous 4° 26' N ) . L a réplique française de 1699, discutant la réponse du Portugal où il est question de l'Oyapoc ou Oyapoca, donne à la rivière le nom de Yapoco, d'après de la B a r r e . L e s Français savaient donc exactement de quelle rivière il s'agissait et il n'y avait, dans leur esprit, aucune incertitude sur ce point. 1

2

Dans son mémoire de 1698 et sa réplique de 1699, la F r a n c e tire argument du voyage que les pères jésuites Jean Grillet et François Bechamel avaient effectué, vers 1670, à l'intérieur de la Guyane et spécialement dans la région du haut Oyapoc ; ces missionnaires citent la rivière Yapoque et mentionnent le Camopi comme l'un de ses affluents. Gomberville, qui édita en 1682 leur relation de voyage, ajoute que le Yapoque a son embouchure entre Cayenne et l'Amazone, à 20 lieues environ de l'Aprouague ). 3

L e rapport de Ferrolles, du 20 juin 1698, était égale­ ment connu de l'auteur de la réplique française de 1699, car il lui emprunte deux passages caractéristiques. L'un a

) V o i r R . B . II, p a g e 98.

1

) A . B . I, n° 7 6 .

2

) Silva, I I , p a g e 6 9 ; R . F . , pp. 3 2 6 , 3 2 7 .

3


779

trait à la remise de passeports aux F r a n ç a i s qui se rendent à l'Amazone pour s'y livrer à la pêche et au c o m m e r c e ; F e r r o l l e s , déclare la réplique, a délivré ces passeports sans difficulté depuis 1679, mais, en 1686, les Portugais se mirent à user de violence envers ces F r a n ç a i s et à les a r r ê t e r ) . L ' a u t r e p a s s a g e se rapporte à la confusion qui, d'après F e r r o l l e s , existait entre la rivière Ouyapoc et une île de ce nom située dans l ' A m a z o n e ) . « A l'egard du nom d'Yapoco, — dit la réplique f r a n ç a i s e ) — le gouverneur de Cayenne soustient que ce n'est qu'une equivoque, et qu'il y a une isle de c e nom assez grande au milieu de la riviere des Amazones, et qui peut servir de borne d'autant plus que les Portugais ne se sont j a m a i s establis depuis le Cap de Nord jusques a C a y e n n e . » Or, lorsque l'auteur de ce mémoire de 1699 a utilisé le rapport de F e r r o l l e s de 1698, il ne pouvait pas avoir de doute sur l'identité de la rivière Ouyapoque de F e r r o l l e s et de l'Oyapoc du Cap d'Orange. F e r r o l l e s décrit exactement cette rivière ; il dit qu'elle est éloignée de 15 lieues « de nos habitations de Cayenne » ) ; dans son rapport de 1688 au ministre de S e i g n e l a y ) , il men­ tionne que son embouchure forme une grande baie entre le Cap d'Orange et la Montagne d'Argent. A u surplus, la carte de F r o g e r , construite sous les auspices de F e r r o l l e s ) , prouve que, pour celui-ci, l'Ouyapoque des F r a n ç a i s était l'Oyapoc actuel. 1

2

3

4

5

6

Cet ensemble de faits démontre 1698 et 1699, et par conséquent ) M. F . I I , p a g e 3 9 ;

1

2

voir ci-dessus,

péremptoirement aussi lors de la

p a g e 2 1 2 , e t a u s s i p p . 174, 182.

) V o i r ci-dessus, pp. 7 7 3 et suiv.

3

) M . F . II, p a g e 3 8 ; v o i r ci-dessus, p a g e 212.

4

) V o i r ci-dessus, p a g e )

5

6

qu'en conclu-

182.

V o i r c i - d e s s u s , p p . 1 6 2 e t s u i v . , e t n o t a m m e n t p p . 1 7 1 , 172.

) A . B . I, n ° 8 5 ; c i - d e s s u s , p a g e 7 7 6 .


780

sion du traité de 1700, la France n'entendait ou Oyapoc (Ojapoc) aucun autre cours d'eau actuel.

par que

Yapoco l'Oyapoc

3. Vincent Pinçon. a)

R É S U L T A T S DE L'EXAMEN DES CARTES.

Les résultats de l'étude des matériaux cartographiques présentés à l'arbitre peuvent se résumer comme suit: 1. Juan de la Cosa applique le nom de « Motes » aux montagnes qui, succédant aux « Planosas », constituent pour le navigateur, entre le Cap d'Orange et Cayenne, un point de repère important. L e Cap d'Orange est, d'après le dessin de la ligne de côte, également reconnaissable sur la carte de Cosa. L a baie marquée du nom de Golfo de Santa Maria est la Mar-Dulce de Vicente Vanez Pinzon, le Maranon de Lepe, l'Amazone actuel. L e golfe sans nom situé plus au sud correspond à la baie de Maranhão et non pas à l'em­ bouchure du Rio P a r a . 2. Dans la période qui suit, Majollo, les auteurs de la carte de Turin et de la carte de Weimar, Ribeiro et Chaves, interprétant la carte de Juan de la Cosa, prennent sa baie méridionale sans nom pour la Mar-Dulce, soit le Marañon. Toutefois, le Marañon figure sur leurs cartes dans une situation relative exacte. L a majorité d'entre elles fait du golfe septentrional — le Golfo de S Maria — une grande et large baie désignée par les mots de Furna ou Furna grande. P a r suite de cette confusion, le dessin de la côte avoisinante subit un déplacement. t a

3. L e nom du découvreur Vicente Yañez Pinzon est donné au début à différents objets géographiques. Il apparaît parfois en relation avec celui de San Vicente. On le trouve de bonne heure au sud-est du grand fleuve. Dans la carte de Weimar


-

781

1527 et dans celle de Ribeiro 1529, il sert à désigner une rivière, le Rio de Vicente Pinzon, dont la position, au sudest du Marañon, correspond à celle de la baie de Maranhão. Il reste lié encore un certain temps à une baie de cette région, la baie de S a n V i c e n t e . Certaines cartes portugaises portent un R. de V e c e t e ou de Vincente repoussé très au nord-ouest, dont les c a r t e s néerlandaises font plus tard un Rio de V i c e n t e Pinçon. Mais ni la position méridionale, ni la position septentrionale ne peuvent être considérées comme celles de la rivière frontière séparant les possessions de l'Espagne et du Portugal. 4. L a carte de Turin 1523 marque, en l'accompagnant du nom de Motas, un Rio de V i c e t i a n e s situé au nordouest du grand fleuve et sensiblement plus rapproché de celui-ci que ce n'est le cas dans les cartes portugaises et hollandaises mentionnées tout à l'heure. S u r la carte de Majollo 1527, un R i o de visenty J a n e s débouche dans la F u r n a grande à une distance beaucoup plus grande du Marañon que sur la carte de Turin. L a carte de Weimar et celle de Ribeiro, c a r t e s espa­ gnoles officielles qui préparent le Padron real de Chaves, indiquent au nord-ouest du Marañon un Rio b a x o accom­ pagné des Montanhas. Cette rivière est identique à l'Oyapoc du Cap d'Orange. Elle est identique aussi au R. de Vicente Pinçon de Chaves, d'où résulte que le R i o de V i c e n t e Pinçon de C h a v e s doit également être identifié a v e c l'Oyapoc actuel. 5. A p r è s que Francesco de Orellana, en 1542, eut a c h e v é son v o y a g e et que la nouvelle de sa prétendue découverte de l'Amazone fut parvenue en Europe, des c a r ­ tographes considérés et influents, tels que Sebastiano Cabotto, Diego Gutierres, Nicolas Desliens et Pierre Desceliers, prirent ce cours d'eau pour un fleuve nouveau,


782

différent du Marañon—Mar-Dulce des cartes antérieures. Ils introduisirent dans leurs cartes ce fleuve soi-disant nouveau, sans tenir compte des proportions du reste de la côte et un certain nombre d'entre eux le placèrent dans le voisinage immédiat du Rio de Vicente Pinzon. Mais cette dernière rivière conserve sur toutes ces cartes son ancienne posi­ tion ; sa proximité de l'Amazone résulte donc d'une inter­ prétation erronée et de la confection défectueuse de ces cartes. 6. Ce Rio de Vicente Pinzon passe des cartes espa­ gnoles officielles dans la cartographie portugaise. Diogo Homem reconnaît en 1558 l'identité de l'Amazone et de la Mar-Dulce (Marañon) et il maintient, en conséquence, son Rio de Vicente Pinzon à une distance de l'Amazone cor­ respondant à celle qu'indique le Padron real de Chaves. En revanche, Andreas Homo 1559 tombe dans l'erreur commise par Cabotto ; il est imité par Diogo Homem en 1568. Tous deux placent l'Amazone dans une situation beaucoup trop rapprochée du Vicente Pinzon, exactement comme le fait Cabotto. Toutefois, cette dernière rivière garde la position que Chaves lui a donnée, et V a z Dourado rétablit les distances exactes dans ses cartes datées de 1564 à 1580. Aussi le Rio de Vicente Pinzon de V a z Dourado correspond-il à l'Oyapoc actuel. 7. Quelques cartes, telles que la Riccardiana, Desceliers, van Doet, mentionnent un Rio Fresco. En les com­ parant entre elles au point de vue de la nomenclature et en mettant leur dessin en parallèle avec celui de la carte moderne, on reconnaît que ce Rio F r e s c o correspond à l'Oyapoc ou au Cachipour. Desliens, lui aussi, indique un Rio Fresco, mais il le relègue sensiblement plus au sud-est. 8. En ce qui concerne la côte guyanaise, les impor­ tantes cartes de Mercator et d'Ortelius procèdent de la


783

cartographie officielle de Séville. L e Rio de V i c e n t e Pinzon y est marqué à la place que lui assigne le Padron real de Chaves. D a n s un atlas publié par Jodocus Hondins, d'après Mercator, le cours d'eau figure même sur l'une des c a r t e s a v e c le nom de R i o de V i c e n t e Pinzon et, sur une autre, sous celui de W a j a b e g o , qui correspond sans aucun doute à la dénomination actuelle d'Oyapoc. 9. Ainsi, à partir du Padron real de 1536, la rivière que les cartes espagnoles et portugaises du XVI siècle désignent du nom de Rio de Vicente Pinson, en l'accompagnant des Montanhas, est l'Oyapoc actuel du Cap d'Orange. Cette manière de voir passe dans les mappemondes de Mercator et d'Ortelius ; c'est principalement par ces cartes qu'elle s'est transmise au siècle suivant. e

10. L e s c a r t e s de João Teixeira, datées de 1640 et 1642, sont manifestement établies d'après la description de Bento Maciel Parente, pour la partie située au sud-est de l'Amazone. Quant à la région s'étendant au nord-ouest du grand fleuve, elles la représentent par un dessin tellement r a c c o u r c i qu'elles ne peuvent pas, en ce qui concerne ce territoire, être considérées comme reproduisant la descrip­ tion de P a r e n t e . 11. L a copie du P a d r o n real de Sebastian de Ruesta identifie, sans équivoque possible, le Rio de V i c e n t e Pinzon a v e c l'Oyapoc actuel. Il est très vraisemblable que cette copie correspond à l'original. Toutefois, ce document ne saurait être r e g a r d é comme probant, c a r le Brésil ne l'a pas produit a v e c son mémoire, mais seulement dans sa réplique, de sorte que la F r a n c e n'a pas eu l'occasion de s'exprimer à son s u j e t ; en outre, aucune attestation ne garantit que cette copie hollandaise reproduise exactement l'original. 12. L e s cartes du P. Frits, de 1691 et 1707, utilisent dans le territoire contesté la nomenclature indienne, mais


784

à la place de l'Oyapoc, elles marquent le Rio de Vicente Pinzon. Elles expriment l'opinion qui régnait alors à P a r a chez les Brésiliens portugais. 13. L a reconnaissance plus exacte de la côte du Con­ testé provoque, au X V I I siècle, dans la représentation cartographique de cette région, une révolution complète, que caractérise notamment le remplacement de la nomen­ clature romane par la nomenclature indienne. e

14. Au X V I siècle, le détroit de Carapaporis n'étant pas connu, l'île de Maraca était prise pour une partie de la terre ferme et, par conséquent, le Cap de Nord était considéré comme un cap continental. C'est seulement au X V I I siècle que le dessin de cette région tend à se rap­ procher peu à peu des formes exactes, tout en accusant encore maintes erreurs. e

e

15. Sur ses cartes, qui datent de la première moitié du X V I I siècle, Robert Dudley dessine près du débouché septentrional du Canal de Carapaporis actuel une ri­ vière, une baie et une île de Vicente Pinzon. Cette version cartographique repose sur une interprétation inadmissible d'un passage tiré de la relation de voyage de Keymis, relatif à des pierres précieuses soi-disant trouvées par Vicente Yañez Pinzon à l'Iwaripogo. En 1703, Guillaume de l'Isle, s'inspirant probablement de Dudley, figure de même à la sortie du Canal de Carapaporis une Baie de Vincent Pinson, qui est maintenue à cette place au X V I I I siècle, par la cartographie française en particulier. Cette Baie de Vincent Pinson ne correspond pas au Rio de Vicente Pinzon des Espagnols et des Portugais. e

e

16. Ce n'est qu'au X V I I I siècle que s'accrédite, spé­ cialement chez les cartographes français, l'idée d'une double embouchure de l ' A r a g u a r y , notion qui toutefois ne se jus­ tifie pas en fait. L a théorie d'un bras nord de l'Araguary e


785

identifié alors a v e c le R i o de V i c e n t e Pinzon, s'appuie sur le dessin de cette double embouchure, mais ici aussi les preuves font défaut. 17. S u r les cartes du X V I I siècle, l'Oyapoc est situé invariablement au nord-ouest du C a p d'Orange et il est, au surplus, caractérisé par des montagnes que beaucoup de c a r t e s marquent sur s a rive g a u c h e . L e nom, il est vrai, n'est pas toujours écrit de la m ê m e manière, mais les diverses orthographes s e rapportent constamment et sans exception au même cours d'eau. e

b)

L E M É M O R I A L D E B E N T O M A C I E L P A R E N T E , D E 1 6 3 0 ENVIRON, ET

LES L E T T R E S

ROYALES

DU 1 4 JUIN

1637.

L e Mémorial et la donation de B . M. P a r e n t e ont déjà été discutés à plusieurs reprises, d'abord dans l'exposé historique puis dans la partie géographique c o n s a c r é e aux c a r t e s de J o ã o T e i x e i r a et à la question du C a p de N o r d ) . Il est toutefois nécessaire de revenir sur c e s impor­ tants documents, attendu qu'en revendiquant la limite du Vincent Pinçon les Portugais, lors des négociations de 1698-1700 à Lisbonne, avaient en vue la rivière frontière entre les possessions de la Castille et du Portugal, qui servait en même temps de borne occidentale à la capitainerie du Cap de Nord de Bento Maciel Parente. 2

1. Il y a lieu de reproduire de nouveau les passages suivants du Mémorial de B . M. P a r e n t e ) : « L e gouvernement de Marañon, commençant à la Capitainerie de C e a r á , et se terminant au R i o de V i c e n t e Pinçon, compte trois cents quatre-vingts lieues de côte sous 3

) V o i r ci-dessus, pp. 114 et suiv.

1

) V o i r ci-dessus, pp. 6 7 4 et suiv., pp. 6 9 5 et suiv., et pp. 7 0 2 et suiv.

2

3

) M . B . I I , p p . 9 e t s u i v . ; t e x t e e s p a g n o l , i b i d e m , p p . 16 e t s u i v .


786

l'Equinoxiale depuis 8° Sud jusqu'à 3° Nord, cette côte ayant la direction de l'Ouest / N.-O. » Et plus loin : « De­ puis la pointe de Separará sous la ligne Equinoxiale et sur la rive orientale du fleuve, en allant vers le Nord-Ouest, jusqu'au Cap du Nord, se trouve l'embouchure du fleuve des Amazones, le vrai Marañon, et il y a quatre-vingts lieues toutes d'eau douce, et dans cette Archipel se trou­ vent de nombreuses îles peuplées de beaucoup de sauvages, lesquelles îles peuvent se répartir en quatre Capitaineries )». Enfin : « De l'autre côté du fleuve, au Cap du Nord, la côte se dirige vers l'Ouest, jusqu'au Rio de Vicente Pinçon à la hauteur d'environ 3 degrés au Nord de la ligne : il y aura environ quarante lieues de côte entre le grand canal et la démarcation entre le Portugal et l'Espagne. Ici on peut établir une autre Capitainerie ». 1

4

1

Dans les « Lettres Royales de Philippe I V d'Espagne, III du nom en Portugal, reconnaissant la donation qu'il avait faite précédemment de la Capitainerie du Cap de Nord à Bento Maciel Parente » ), il est dit que le roi a « attribué au susdit Bento Maciel la Capitainerie du Cap de Nord, dont l'étendue sur la côte de la mer est de 30 à 40 lieues, comptées à partir du susdit Cap jusqu'au Rio de Vicente Pinçon, où commence la démarcation des Indes du Royaume de Castille . . . », et enfin, la même indication touchant l'étendue de la capitainerie est répétée avec une adjonction stipulant que « là où se termineront les 35 à 40 e

2

) « D e l a p u n t a del S e p a r a r á , q u e

1

está

en

la linea Equinocial,

de

l a p a r t e d e L e s t e del R i o , c o r r i e n d o a l N o r o e s t e , h a s t a e l c a b o del N o r t e , es la

boca

del

rio de l a s A m a ç o n a s , v e r d a d e r o M a r a ñ o n , y ay

oitienta

leguas todas de a g o a dulce, y dentro deste A r c h i p i e l a g o ay muchas Islas pobladas de muchos G e n t i l e s , las q u a l e s Islas se pueden r e p a r t i r en quatro C a p i t a n i a s », M . B . I I , p a g e 18. 2

) M . B . I I , pp. 2 1 et s u i v . ; t e x t e p o r t u g a i s , i b i d e m , pp. 2 5 et s u i v .


787

lieues de côtes de sa Capitainerie, des bornes frontières en pierre seront placées. E t ces bornes seront placées en ligne droite vers l'intérieur » ). C e s citations donnent lieu aux observations suivantes: aa) Pour Bento Maciel Parente, l'embouchure comprend l'ensemble de la baie, large selon lui de quatre-vingts lieues, qui forme l'estuaire de l'Amazone. Son Cap de Nord est un point où la côte tourne a l'ouest. Ce n'est donc ni la Punta Pedreira, ni le cap continental. A elle seule l'inflexion de la côte vers l'ouest indiquerait qu'il s'agit plutôt du Cap de Nord de l'île de M a r a c a ; c'est à ce même point que s'appliquent les données de P a r e n t e touchant la distance de 80 leguas = 509 km, à compter de la Punta del S e p a r a r á et dans la direction nord-ouest. Chaves-Oviedo accuse, du Cabo de los Esclavos au Cabo Blanco, une longueur de 69 leguas ou 438 km ; d'après lui, cette ligne est dirigée presque exactement vers le nord-ouest. Domingo Sanchez 1618 donne à la même section 77 leguas = 490 km (voir le tableau, page 673) et une orientation strictement nord-occidentale. D'après Stieler, la ligne joignant T i j o c a au C. do Norte de M a r a c a mesure 416 km ; sa direction n'est pas rigoureusement celle du nord-ouest, mais ne s'en écarte que de 5 ° vers le nord. 1

Ensuite, B . M. P a r e n t e place l'embouchure du Rio de V i c e n t e Pinzon par 3 N ; puisque au Cap de Nord, d'après sa description, la côte tourne à l'ouest, son Cap de Nord doit être placé également sous 3° N. L e s 80 leguas reportées sur la carte moderne, à partir de la Punta del S e p a r a r á dans la direction du nord-ouest, conduisent à un point situé par 3° 14' N. C e fait aussi confirme l'hypothèse 0

l

) V o i r c i - d e s s u s , p a g e 125, n o t e .


788

suivant laquelle le Cabo del Norte de Parente est le Cap de Nord de l'île de Maraca. bb) Ainsi qu'il a été dit dans l'exposé historique, les 40 leguas séparant le Vicente Pinzon du Cabo del Norte ne doivent pas, d'après la description de Parente, être comp­ tées d'un point situé à l'intérieur du « grand canal » des Amazones, mais bien à partir de l'extrémité de celui-ci (voir ci-dessus, page 120, chiffre 5). En effet, les nombres de leguas indiqués par Parente pour ses capitaineries ne portent que sur le développement des côtes; or, pour lui. la côte commence où se termine le grand canal, c'est-àdire au Cap de Nord. En se reportant aux cartes à côte coudée qui, à cette époque, étaient principalement en usage chez les Portugais, on comprendra facilement cette manière de voir. L a donation parle de 30 à 40 et, dans un autre passage, de 35 à 40 leguas qui doivent être mesurées à partir du Cap de Nord ; Parente indique le chiffre de 40 leguas environ. On peut donc admettre que, des deux parts, la distance a été estimée à 40 leguas à peu près et qu'elle doit être comptée avec le Cap de Nord de l'île de Maraca comme point de départ. cc) On ne sera pas surpris de la latitude de 3 N que Parente assigne à l'embouchure de la rivière, si l'on se souvient que Jodocus Hondius 1598, Levinus Hulsius 1599, Théodore de B r y 1599, Jodocus Hondius 1606, marquent l'embouchure de l'Oyapoc par 3° 3 0 ' N, et que, beaucoup plus tard, Pierre Du V a l 1679 la place sous 2° 4 5 ' N, Manesson Mallet 1688 sous 3° N, et F r o g e r 1696 par 2° N seulement. 0

dd) Dans son interprétation de B . M. Parente, la F r a n c e s'appuie encore sur les cartes de J o ã o Teixeira. Celles-ci ont déjà fait l'objet d'une étude détaillée, à laquelle il suffira de renvoyer (voir ci-dessus, page 681). Elle a eu pour


789

résultat de montrer que notamment celles de ces cartes qui portent la date de 1640 ont été certainement établies d'après Parente, mais que la côte guyanaise s'y trouve raccourcie à tel point qu'il n'est pas possible d'en tirer des conclusions quant à la position que P a r e n t e donnait à la rivière frontière. P o u r compléter cet examen, il y a lieu de comparer la description de P a r e n t e avec la carte moderne. Il ressort du tableau III des Annexes que, d'après le Mémorial de Parente, la section s'étendant du Rio J a g u a r i b e à T i j o c a et comprenant les six premières capitaineries, accuse une altération considérable (32 % ) , dans le sens d'un allongement. Ainsi, pour cette section, la côte, calculée d'a­ près P a r e n t e , est de près d'un tiers plus longue qu'en réalité. Du Rio Grande à T i j o c a , l'allongement atteint même 45 % environ. L e s 80 leguas que P a r e n t e compte de la Punta del S e p a r a r á (Cap T i j o c a ) au Cap de Nord (Cap de Nord de l'île de Maraca) représentent, par rapport aux cartes mo­ dernes, un allongement de 21 % à peu près. Si, partant du Cap de Nord de l'île de Maraca, on reporte les 40 leguas = 254 km le long de la côte vers le nordouest, on arrive au Cap d'Orange sur la carte de Vivien de St-Martin, ou à 12 km plus au sud sur Stieler. L e s 120 leguas dont, selon Parente, le Rio de V i c e n t e Pinzon est éloigné de la Punta del S e p a r a r á conduisent — aussi bien sur Vivien de St-Martin que sur Stieler — de T i j o c a à un point situé à 83 km à l'ouest du C. d'Orange. L e s six premières capitaineries de P a r e n t e offrant, dans leur ensemble, un allongement de 32 % , on pourrait peut-être objecter que la section comprise entre la Punta del S e p a r a r á et le R i o de V i c e n t e Pinzon présente la même altération. Mais, déjà pour la portion s'étendant de la Punta


790

del Separará au Cabo del Norte, le Mémorial n'accuse qu'un allongement de 21 %, et d'autre part rien ne prouve que Parente ait donné une trop grande longueur à la sec­ tion Cabo del Norte—Rio de Vicente Pinzon. Si l'on ad­ met néanmoins que la section Punta del Separará—Rio de Vicente Pinzon offre aussi l'allongement de 32 % indiqué plus haut, cela revient à dire que le chiffre de 120 leguas cité par Parente pour cette section représente le 132 % de sa véritable longueur. Celle-ci, reportée sur la carte moderne, aboutit à un point situé à 26 km au sud du Cap Cachipour sur Vivien de St-Martin, et à 23 km au sud du même cap (Cassiporé) sur Stieler. Si, par hypo­ thèse, on considère que l'allongement de 21 %, mentionné plus haut pour la section Punta del Separará — Cabo del Norte, affecte toute la section Punta del S e p a r a r á — R i o de Vicente Pinzon, et si l'on calcule, comme ci-dessus, la longueur réduite de celle-ci, on constate que cette lon­ gueur conduit, en partant de Tijoca, à 23 km au nordouest du Cap Cachipour sur Vivien de St-Martin, et à 25 km au nord-ouest du Cap Cassiporé sur Stieler. En prenant pour base les données des Lettres Royales de 1637, d'après lesquelles le Rio de Vicente Pinzon est éloigné de 30 à 40 ou de 35 à 40 leguas du Cap de Nord, on trouve que ces distances, comptées à partir du Cap de Nord de l'île de Maraca, conduisent : celle de 30 leguas, à 13 km au nord-ouest du Cap Cachipour d'après Vivien de St-Martin, et à 4 km du Cap Cassiporé d'après Stieler; celle de 35 leguas, sur Vivien de St-Martin, à 45 km au nordouest du Cap Cachipour, c'est-à-dire à 33 km au sud-est du Cap d'Orange, et, sur Stieler, à 36 km au nord-ouest du Cap Cassiporé, c'est-à-dire à 41 km au sud-est du Cap d'Orange. Ces comparaisons montrent que le Rio de Vicente Pinzon de Parente doit être très vraisemblablement identifié 50


791

a v e c l'Oyapoc actuel. Elles prouvent qu'en tout cas l'Araguary, le Carapaporis, le Mapa Grande et le Counani ne peuvent pas être considérés comme la rivière frontière dont B . M. P a r e n t e a voulu parler. C'est tout au plus du R. Cachipour qu'il pourrait être question à côté de l'Oyapoc. 2. L e Mémorial de B . M. P a r e n t e continue à propos des limites à donner à la capitainerie du Cap de Nord : « Cette capitainerie pourra s'étendre en remontant le fleuve, jusqu'à l'embouchure du fleuve des Amazones et à la Province de Tapuyosús, comprenant aussi les P r o ­ vinces des T u c u y ú s et des Mariguins ce qui lui donnera environ deux cents lieues en remontant le fleuve » ) . D'autre part, dans les L e t t r e s R o y a l e s de 1637, il est dit à ce sujet : « E t vers l'intérieur, en remontant l'Amazone, du côté du canal qui v a à la mer, de 80 à 100 lieues jusqu'au Rio des Tapujusus » ; et elles ajoutent, touchant l'étendue de la capitainerie du côté de l'intérieur, qu'elle doit être prolongée « jusqu'au Rio Tapujosus, et de là encore aussi loin qu'il s e r a possible de pénétrer et fera partie de mes conquêtes . . . » ) . 1

2

L a carte de T e i x e i r a 1640 (A. В . I, n° 68) porte à partir du Cap de Nord, en remontant l'Amazone, les noms sui­ v a n t s : Provincia dos Maranguis — Provincia dos T o c u j u s - Provincia dos Tapuyosus — R i o das Amazonas. ) M.

B.

1

estender

II, p a g e

por el

Rio

13;

texte espagnol,

arriba,

hasta

la

boca

ibidem,

p a g e 18 : « p u e d e - s e

del rio de las A m a ç o n a s ,

P r o v i n c i a de los T a p u y o s ú s , comprehindiendo tambien

las Provincias

y de

los T u c u y ú s y M a r i g u i n s , en que h a b r á c e r c a de docientas l e g u a s por el R i o a r r i b a ». 2

) M . B . I I , pp. 2 2 et 24 ; t e x t e p o r t u g a i s , ibidem, pp. 26 et 2 8 : « e p e l l a

t e r r a dentro m a r oitenta e terra

firme

perdiante

R i o das amasonas pera

cem

legoas

ariba ate

o

adentro pella maneira

tanto

quanto

da

p a r t e do c a n a l q u e v a i s a i r

R i o dos tapujusus » . . . « e referida

ate o R i o

ao

entrarão

t a p u j o s u s e dahi

p o d e r e m e n t r a r e for de m i n h a c o n q u i s t a . . . »


792

L a F r a n c e a voulu déduire de cette donnée que, lors de la création de la capitainerie du Cap de Nord, il ne s'est agi que de réunir en une seule capitainerie les terri­ toires situés dans le voisinage immédiat de l'Amazone, c'est-àdire les pays des Maranguis, des Tocujus et des Tapuyosus. Il faut rappeler ici que la donation en faveur de B . M. Parente prescrit également que des bornes-frontières seront érigées à l'embouchure du Rio de Vicente Pinzon et que ces bornes seront placées en ligne droite (via recta) vers l'intérieur ). Ainsi, la capitainerie du Cap de Nord devait être délimitée à l'intérieur des terres. Mais quelle direction entendait-on donner à la ligne droite marquée par les bornes-frontières? On pourrait croire qu'il s'agissait d'une ligne orientée de l'est à l'ouest, c'est-à-dire d'un parallèle de latitude, comme le demande aujourd'hui le Brésil pour la frontière intérieure. Or, dans ce cas, que la ligne parte de l'estuaire de l'Oyapoc, du débouché du Canal de Carapaporis ou de l'embouchure de l'Araguary, elle n'aurait pu constituer pour la capitainerie une frontière fermée. L'idée d'une délimitation dirigée de l'est à l'ouest n'était point d'ailleurs dans la tradition hispano-portugaise, non plus que dans l'esprit de l'époque. L a notion de l'ancienne Ligne de démarcation, tracée suivant le méridien, était beaucoup plus familière aux Espagnols et aux Portugais ; c'est cette ligne qui figure encore sur la carte de Teixeira de 1642. Une troisième version, qui se rapprocherait plus que les pré­ cédentes du texte de la donation, consisterait à regarder la frontière intérieure comme devant être perpendiculaire à la direction générale de la côte ; cette ligne correspondrait à peu près au cours de l'Oyapoc. 1

) M . B . I I , p a g e 2 7 : « . . . s e p o r ã o m a r c o s de p e d r a , E e s t e s m a r c o s

1

c o r r e r ã o v i a r e c t a p e l l o s e r t ã o d e n t r o ».


793

Si l'on r e c h e r c h e où aboutissent, sur la carte mo­ derne (Stieler), les 200 leguas du Mémorial de Parente et les 80—100 leguas de la donation, on obtient les résultats suivants : 200 leguas, soit 1272 km, conduisent du Cabo do Norte de M a r a c a jusqu'à mi-chemin à peu près entre Capella et S Anna, sur le fleuve des Amazones. 100 leguas, soit 636 km, du Cabo do Norte de M a r a c a à 32 kilomètres à l'est de Prainha. 80 leguas, soit 509 km, du Cabo do Norte de M a r a c a à 28 kilomètres au sud de l'embouchure du J a r y . On considérait alors la côte s'étendant du Cap de Nord vers Cayenne comme orientée à l'ouest ou presque à l'ouest, d'où résulte qu'une ligne méridienne devait, sur les anciennes c a r t e s , atteindre l'Amazone sensiblement plus à l'ouest que ce n'est le cas sur la carte moderne. L e méridien tracé par l'embouchure du J a r y ou du P a r o u passe quelque peu à l'ouest de la P B e h a g u e , soit un peu à l'ouest de Cayenne Si l'on tient compte de la différence que les cartes du temps de Parente présentent avec celles d'aujourd'hui dans l'orientation de la côte, on conçoit que ce méridien doit, sur les premières, aboutir à un point du littoral correspondant à peu près à l'embou­ chure de l'Oyapoc actuel. S'appuyant sur ces considérations, on est en droit d'admettre comme très vraisemblable que les L e t t r e s R o y a l e s de 1637 ont eu en vue, pour la ligne des bornes-frontières, un tracé nord-sud, basé sur celui de la L i g n e de démarcation, avec l'embouchure de l'Oyapoc comme point de départ. S u r les anciennes cartes qui donnent au rivage une orientation est-ouest ou approchant, une ligne perpendicu­ laire à la direction générale de la côte doit coïncider à peu près a v e c le méridien. t a

te


794

L a carte de Teixeira dessine le Tapuyosus de telle façon qu'il semble correspondre au Rio J a r y actuel. En plaçant le Cap de Nord par 2 N, conformément à l'indica­ tion qu'elle porte, on constate que, de ce cap au Rio Tapuyosus, elle accuse une distance de 100 leguas exactement. 0

c) L E S NÉGOCIATIONS D E 1698

E T 1699

PROVISIONNEL DU 4 MARS

E T L E TRAITÉ 1700.

L'échange des mémoires entre la F r a n c e et le Por­ tugal en 1698 et 1699 a fait l'objet d'une étude détaillée dans l'exposé historique ); aussi n'y a-t-il lieu d'y revenir que dans la mesure exigée par l'examen des faits d'ordre géographique. 1

On peut dire d'une manière générale qu'au point de vue géographique cette correspondance ne jette pas une grande clarté sur la question soumise à l'arbitre. L a cause peut en être attribuée d'une part au fait qu'à cette époque le différend portait avant tout sur la frontière de l'Ama­ zone, réclamée par la France, et que le Portugal opposait à cette prétention la limite de l'Oyapoc ou Vincent Pin­ çon. L a F r a n c e savait quel cours d'eau il fallait en­ tendre par l'Oyapoc; elle déclarait seulement ne pas con­ naître le nom de Vincent Pinçon. Et c'est la raison pour laquelle le Portugal cherchait à prouver que son Vincent Pinçon était précisément l'Oyapoc des Français. Ainsi la question de l'identification de l'Oyapoc et du Vincent Pinçon était plutôt d'ordre secondaire, car en fait il aurait suffi de décider entre l'Amazone et l'Oyapoc. D'autre part, il faut reconnaître que lors des négociations de Lis­ bonne, les représentants du Portugal n'étaient qu'insuffisam­ ment renseignés sur la géographie du territoire en litige ) V o i r c i - d e s s u s , pp. 184 et s u i v .

1


795

et que les moyens de preuve qu'ils invoquaient ne concor­ daient m ê m e pas entre eux. Il est dit expressément dans l'in­ troduction du traité de 1700, pour motiver la conclusion d'une convention qui ne devait avoir qu'un c a r a c t è r e provisoire: « Comme il a paru qu'il etoit necessaire de chercher encore de nouvelles informations et enseignemens outre ceux qui avoient deja été produits et examinés, il a été proposé un projet de T r a i t é provisionnel et de suspension » (M. F . II, page 49). C'est alors que le Portugal manda le P. Pfeil en E u r o p e ) . Il y a lieu de croire qu'en 1698 et 1699, on était moins bien informé à Lisbonne sur la position de la rivière revendiquée comme frontière qu'au temps de B . M. P a r e n t e . 1

D u côté français, on ne constate aucune incertitude de cette nature. L'ambassadeur Rouillé, dans son mémoire de 1698, s'abstient de toute indication sur la position du Y a p o c o , bien que le mémoire de 1688 donne expressément à cette rivière la latitude de 4 / ° N ) . Quant au V i n c e n t Pinçon, Rouillé dit simplement qu'il est inconnu en F r a n c e . P a r m i les indications contenues dans les mémoires portugais de 1698 et 1699, il en est qui ont donné lieu à une controverse entre les parties. C e sont notamment les suivantes : le Cap de Nord est situé par 2 à peine ; l'embouchure du V i n c e n t Pinçon ou O y a p o c , à peine par 3 ° ou, suivant un autre passage, par 2° 5 0 ' de latitude nord; de Cayenne au Vincent Pinçon ou Oyapoc, il y a en­ viron 60 lieues de côte a v e c quelques ports ; de Cayenne au V i n c e n t Pinçon ou Oyapoc, la distance est à peu près la même que de cette rivière à l'Amazone; 1

2

2

0

) V o i r ci-dessus, p a g e

1

2

153.

) V o i r ci-dessus, p a g e 193, n o t e 2.


796

le Vincent Pinçon ou Oyapoc est appelé aussi Rio fresco dans de nombreux routiers et cartes. On a inféré de ces données que la rivière revendiquée par les Portugais est située notablement plus au sud que l'Oyapoc actuel, dans le voisinage du Cap de Nord, et qu'elle correspond à la baie de Vincent Pinçon, au débouché septentrional du Canal de Carapaporis, ou tout au moins à l'un des cours d'eau qui ont leur embouchure non loin de là, le Mapa grande ou le Counani. Il y a donc lieu d'examiner : 1. sur quelles cartes les parties, et spécialement les Portugais, se sont appuyées lors des négociations de Lis­ bonne; quels renseignements apportent ces cartes; 2. comment s'expliquent les indications des Portugais sur la distance qui sépare leur rivière frontière de Cayenne et de l'Amazone, et sur la latitude de cette rivière; 3. la question du Rio fresco. D e plus : 4. l'allégation du Portugal d'après laquelle la rivière frontière aurait été désignée autrefois comme port des navires portugais. 1. Sur quelles cartes les parties, et spécialement les Portugais, se sont-elles appuyées au cours des négociations de Lisbonne et quels renseignements apportent ces cartes ? aa) L a question de savoir quelles cartes ont pu être utilisées par la F r a n c e a été traitée lors de la discussion relative au nom d'Oyapoc ) . Aucune de ces cartes ne porte un Vincent Pinçon. En revanche, elles ne laissent aucun doute sur la position de l'Oyapoc. 1

) V o i r c i - d e s s u s , pp. 7 7 6 et s u i v .

1


797

L a situation que Pierre Du V a l , dans sa carte de 1 6 7 9 , et Manesson Mallet en 1 6 8 8 assignent au EL Wiapoco par rapport à l'île de Cayenne et à l'Amazone offre un intérêt particulier; en effet, ils l'éloignent fortement de Cayenne et le rapprochent sensiblement du Cap de Nord. L a carte de Manesson Mallet est imitée de celle de Pierre D u V a l ; il est difficile de supposer, vu son peu de valeur, qu'on lui ait accordé un grand poids. En revanche, la duplique du Portugal invoque expressément une carte de P i e r r e Du V a l . bb) D a n s ce mémoire, les Portugais citent au nombre des cartes qui doivent entraîner la conviction sur l'identité du Vincent Pinçon et de l'Oyapoc, celles de G é r a r d Mercator, F r é d é r i c W i t , J e a n Blaeuw, A b r a h a m Ortelius, J o ã o T e i x e i r a . Ils s'en réfèrent en outre aux cartographes français Sanson et D u V a l . Peut-être ont-ils eu également à leur disposition la carte du P. Samuel Fritz, de 1 6 9 1 Que la duplique portugaise ait été ou non remise à l'ambassadeur Rouillé, on peut admettre que, lors des conférences qui précédèrent le traité provisionnel, le Portugal appuya son argumentation sur les c a r t e s mentionnées dans ce mémoire et que celles-ci furent consultées par les plénipotentiaires des deux Etats. Il y a tout lieu de croire qu'ils prirent en consi­ dération la position du Vincent Pinçon par rapport non seulement à l'équateur, mais aussi à l'Amazone et à Cayenne. Ils ont dû également s'occuper du Cap de Nord, surtout à propos de B . M. Parente. Mais la question de savoir si la carte du P. Fritz était déjà parvenue à Lisbonne et, dans l'affirmative, si elle a été produite par les Portugais, reste ouverte. Il n'est pas probable qu'elle l'ait été, car dans ce c a s la duplique portugaise en aurait fait aussi mention ; il est bien ) V o i r l e s c a r t e s : A . F . , n° 20, 21, 3 1 , 32, 62, 66, 67, 68, 86. l

s

4, 10, 1 0

b i s

, 12, 1 2

b i s

, 17 ; A . B . I, n°

s

19,


798

possible toutefois qu'elle se trouvât entre les mains des Portugais, attendu que la latitude de 2° 5 0 ' N, que la réponse du Portugal assigne au Rio de Vicente Pinzon, correspond précisément aux indications de la carte du P. F r i t z ) . 1

L e s cartes de Mercator et d'Ortelius ont été discutées en détail plus haut, pages 653 et suivantes. D'une manière générale, elles placent le Cabo blanco, c'est-à-dire le Cap de Nord, sous l'équateur; l'Amazone, par 2—2 / plus au sud; le Rio de Vicente Pinzon, par l / —2° de lati­ tude nord, soit à 4° environ au nord de l'Amazone, ce qui concorde avec la différence de latitude existant entre l'Oyapoc actuel et l'embouchure de l'Amazone. Ces cartes ne mentionnent pas Cayenne. Celle de Frédéric W i t n'a pas été soumise à l'arbitre et ne peut donc pas être utili­ sée dans la présente discussion ) . Guiljelmus Blaeuw 1631 (A. B. I, n° 62) marque l'embouchure du Rio Wiapoca par 3° 55' N, l'île de Cayenne par 4° 4 5 ' N, et l'estuaire de l'Amazone entre l'équateur et 1° S, de telle sorte que le bras gauche de ce fleuve est coupé par l'équateur ; enfin, par 1° 5 0 ' N, il dessine le Cap de Nord comme une pointe saillant fortement vers l'est. L e s cartes de Teixeira de 1627, 1640 , 1640 et 1642 placent le Cap de Nord par 2° 30', 2° 30', 2° et 1° 5 0 ' N; la côte s'étendant au nordouest de l'Amazone y subit un raccourcissement tel que la position attribuée au Vincent Pinçon par ce cartographe ne peut pas être vérifiée; Cayenne ne figure pas sur ces 1

1

2

2

2

a

b

) V o i r ci-dessus, p a g e 738.

1

) Note

2

supplémentaire

présent

à la

comme

Annexe

touchant un

examen

la

mémoire n°

présente attentif

: En que

4.

la

Toutefois étude,

de

la

rédigeant

carte

ainsi carte.

de

cette qu'il

Wit

ce chapitre

omission sera

on n'avait

a été reproduite n'a facile

pas de

dans

pas R.

F.

d'importance

le constater

par


799 —

cartes qui, au demeurant, n'ont pas dû être d'une inter­ prétation facile pour les plénipotentiaires des deux Etats. L a carte de P i e r r e D u V a l 1679 (A. B . I, n° 79) repousse le V i a p o c o R. loin de Cayenne, jusque dans le voisinage du Cap de Nord, en sorte que la distance de l'Amazone au Viapoco est à peu près égale à celle du V i a p o c o à Cayenne. L e V i a p o c o est éloigné de Cayenne des deux tiers environ de la distance de cette localité au Cap de Nord. L e dessin de la côte est insuffisant, et même les îles voisines du Cap de Nord y font totalement défaut. D'autre part, dans la c a r t e de 1664 du même auteur (A. B . I, n° 77), la distance de Cayenne à l'embouchure du V i a p o c o s'élève à un peu plus du tiers de celle de Cayenne au Cap de Nord ; elle est donc encore quelque peu trop grande. Enfin la duplique portugaise cite Sanson, mais sans dire s'il s'agit de Guillaume ou de Nicolas Sanson. L e s cartes de Guillaume Sanson (A. B . I, n° 78 et 80), comme aussi celles de Nicolas Sanson, accusent en général des proportions exactes. Toutefois, l'une de ces dernières, celle de 1650 (A. B . I, n° 72), éloigne quelque peu trop le R i o W i a c o p a de Cayenne, tandis que celle de 1656 (A. B . I, n° 73) est à cet égard meilleure. s

L a carte de P i e r r e D u V a l 1664 (A. B . I, n° 77) dessine entre Cayenne et le V i a p o c o deux rivières assez impor­ tantes, les « R. Caubone al. Cawo » et « R. Aperwaque dite R . P y r a g u e », dont les larges embouchures pourraient cor­ respondre aux ports que la réponse du Portugal cite comme existant entre Cayenne et le V i n c e n t Pinçon ou Oyapoc. Il résulte de cette revue des cartes qu'en réalité celle de Manesson Mallet, qui est insignifiante, et celle de P i e r r e Du V a l 1679 (A. B . I, n° 79) sont les seules qui concordent a v e c l'assertion formulée dans la réponse du Portugal, d'après laquelle il y aurait à peu près la même distance


800

de Cayenne au Vincent Pinçon ou Oyapoc que de cette rivière à l'Amazone. Si l'on mesure sur la carte de Pierre Du V a l 1679 la distance de Cayenne au Viapoco R., en se basant sur l'indi­ cation de la carte de 1664 du même auteur suivant laquelle il faut 24 « lieues de F r a n c e pour un degré », on obtient environ 70 lieues ; du Viapoco R. au Cap de Nort, on trouve 35 lieues environ, soit pour la section totale Cayenne — Cap de Nort à peu près 105 lieues. Mais les « lieues de F r a n c e » ne peuvent nullement être identifiées avec les leguas des Portugais et des Espagnols. Toutes les autres cartes qu'il y a lieu de retenir comme pouvant éclairer ce débat, et notamment celle de Pierre Du V a l 1664, accusent des proportions tout à fait ou approximativement exactes, bien que quelques-unes d'entre elles donnent à tout le littoral une position trop méridionale. L a comparaison des cartes de Mercator et d'Ortelius avec celles de Blaeuw et de Nicolas S a n s o n ) témoigne certainement en faveur de l'identification du Vincent Pinçon et de l'Oyapoc. D'autre part, la carte de 1679 de Pierre Du V a l est de nature à faire naître une conception erronée, et il n'est pas impossible que les auteurs de la réponse du Portugal aient voulu tirer parti de cette circonstance pour faire paraître plus acceptable à l'ambassadeur Rouillé la revendication qu'ils formulaient ). 1

2

2. Un autre fait aide aussi à l'explication des données ) Note

1

2

supplémentaire

) L'emploi

1 époque;

: De

de s e m b l a b l e s

même

moyens

la n'a

carte

de

rien

d'extraordinaire

Frédéric

Wit. pour

il suffit d e r a p p e l e r l a d é c l a r a t i o n de C a b o t t o à l a c o n f é r e n c e

de Badajoz

(voir ci-dessus, p a g e 598) et le calcul intéressé des plénipo­

t e n t i a i r e s p o r t u g a i s à U t r e c h t , b a s é s u r l e fait q u e l e u r s c a r t e s m a r q u a i e n t le

fleuve

frontière par

3 / °

beaucoup plus au nord.

3

4

N, tandis que celles des F r a n ç a i s le plaçaient


801

de la réponse portugaise, relatives à la distance séparant la rivière frontière qu'elle avait en vue, de Cayenne et de l'Amazone. P a r m i les auteurs auxquels le Portugal en appelle dans sa duplique de 1699, pour démontrer l'identité du V i n c e n t Pinçon et de l'Oyapoc, figure le P. J o ã o D e Souza F e r r e i r a ; celui-ci, y est-il dit, raconte dans son Noticiario Maranhense que dans l'état de Maranhão vivaient de son temps plusieurs personnes qui avaient vu et touché les bornes-frontières aux armes du Portugal, placées à la rivière de V i n c e n t Pinson ; la duplique ajoute qu'il cite plusieurs auteurs et c a r t e s qui font passer la frontière par le Cap de Humos et le Rio fresco, lesquels selon lui correspondent au Cap de Nord et au V i n c e n t Pinçon ) . 1

Dans R. B . II, pages 123 et suivantes, le Brésil donne en traduction des extraits du Noticiario Maranhense du P. J o ã o D e Souza F e r r e i r a (1685); le passage suivant est emprunté à ces extraits ) : « D u Maranhão à l'embouchure du P a r a , par 15 minutes Nord, il y a 100 lieues. D e là au Cap du Nord (ainsi nommé parce que c'est la pointe de terre que le fleuve des Amazones avance de l'autre côté sur la mer par 2 degrés 40 minutes Nord) il y a 70 lieues, largeur de l'embouchure du fleuve, et vers le Couchant, en doublant ce Cap autre­ ment nommé de los Humos, à 40 lieues derrière lui se trouve le ryo de V i c e n t e Pinção, par un autre nom dit aussi ryo F r e s c o , et les indigènes dans leur langue le nom­ ment Quachipurú, où, d'après le bon accord des deux cou­ ronnes, se termine la frontière du Brésil pour cette partie du Nord et commence celle des Indes Occidentales, et 2

) R . B . II, p a g e 320 ; ci-dessus, p a g e 220.

1

2

) V o i r ci-dessus, pp. 147-149.


802

d'où, en longeant la côte à vue de terre, il y a 60 lieues jusqu'à Cayenne, par 4 degrés, première île de celles qui en très grand nombre sont éparpillées dans ce grand golfe . . . . » R. B . II, pages 157 et suivantes, fournit en outre un extrait de V « America Abbreviada » du même auteur et datant de 1693 ), traité dans lequel il est dit : « Du Maranhão à l'embouchure du Para, par 15 minutes Nord, il y a 135 lieues ; de là au Cap du Nord, ainsi nommé parce que c'est la pointe de terre que le fleuve des Amazones avance de l'autre côté sur la mer par 2 degrés 40 minutes Nord, cet Empereur des fleuves a soixante-dix lieues de largeur à son embouchure, et d'autres lui en donnent quatre-vingts, ce qui n'est pas exagéré, car de ses innombrables îles la principale, celle des Joannes, a trois cents lieues de circon­ férence en longeant son rivage, et de là en remontant le fleuve jusqu'au Gurupá. En doublant, vers le Couchant, ce Cap (le Cap du Nord) autrement nommé des Humos, à 40 lieues derrière lui se trouve le ryo de Vicente Pinçon, par un autre nom dit aussi ryo F r e s c o , et les indigènes dans leur langue le nomment Quachipuru, où se termine la frontière du Brésil dans cette partie du Nord et com­ mence celle des Indes Occidentales, ainsi que le déclare l'Histoire Pontificale, 5. part., lin. 9, Chap. 5, litt. D ) , que là furent plantées deux bornes de marbre, l'une au Levant avec les Armes du Portugal, l'autre au Couchant avec les Armes de Castille, suivant les ordres de S a Majesté Charles Quint et de S a Majesté le R o y Dom J e a n III. 2

3

) Par

1

les

« l i e u e s » d e l a t r a d u c t i o n f r a n ç a i s e , il f a u t e n t e n d r e l e s

« l e g o a s » ; v o i r l e t e x t e p o r t u g a i s , R . B . I V , pp. 3 1 et s u i v . 2

) V o i r c i - d e s s u s , p p . 149-152.

3

) Il s ' a g i t

dessus, p a g e

de l ' o u v r a g e

150.

du

P. Marcos

de G u a d a l a x a r a ;

voir

ci-


803

D e cette rivière à Cayenne, il y a soixante lieues en longeant la côte à vue de terre, par 4 degrés, et c'est la première des nombreuses îles éparpillées dans ce grand golfe de quatre cents lieues et peuplées d'étrangers jus­ qu'à l'île de Saint-Domingue, située par 9 degrés Nord, éloignée deux cents vingt lieues de la côte de la Nouvelle Espagne . . . . » ). C'est évidemment à cette source que le Portugal a puisé ses renseignements relatifs aux 60 lieues qu'il attribue à la section C a y e n n e - V i n c e n t Pinçon, comme aussi ceux qui concernent le R i o fresco. D e Souza F e r r e i r a place l'embouchure du P a r a par 0 ° 1 5 ' N et le Cap de Nord, sous 2 ° 4 0 ' N ; il donne à l'em­ bouchure du fleuve des Amazones une largeur de 70 leguas, en ajoutant que d'autres portent cette dimension à 80 leguas ; enfin il place le Rio de V i c e n t e Pinzon à 40 lieues « der­ rière » le Cap de N o r d ) . C e s différentes données rap­ pellent fortement la description de Bento Maciel P a r e n t e . F e r r e i r a lui a certainement fait des emprunts, tout en adop­ tant pour l'embouchure une largeur de 10 leguas plus faible et pour le Cap de Nord une latitude de 2° 4 0 ' N, au lieu de celle de 3 ° N, qu'indique P a r e n t e . A partir du point où F e r r e i r a quitte la région sur laquelle porte la description de Parente, les inexactitudes commencent. Il compte 60 leguas du V i c e n t e Pinzon à Cayenne et assigne à cette localité une latitude de 4 ° N, indications dont celle1

2

1

) L e t e x t e p o r t u g a i s f i g u r e d a n s R . B . I V , pp. 39 et suiv.

2

) L a l a r g e u r de 70 l e g u a s , comptée,

Parente,

dans

la

direction

du

nord-ouest,

conformément à la donnée à

partir de l ' e m b o u c h u r e

P a r a ( T i j o c a ) , c o r r e s p o n d à u n e différence de latitude de 2 ° 5 2 ' ;

de du

comme

l ' e x t r é m i t é s u d - e s t d e l a l i g n e m a r q u a n t c e t t e l a r g e u r a, s u i v a n t F e r r e i r a , une

latitude

de 0 ° 1 5 ' N, l'extrémité

nord-ouest

devrait

être située

3 ° 7 ' N, au lieu de 2 ° 4 0 ' N, latitude indiquée p a r F e r r e i r a .

par


— 804

ci suppose une direction de côte se rapprochant fortement de l'ouest, et celle-là, une distance de 100 leguas du Cap de Nord à Cayenne. Il importe d'expliquer cette dernière erreur de Ferreira. M. B. I, page 179, la fait remonter à l'ouvrage de Moreri (Le grand Dictionnaire Historique, Lyon 1681), d'après le­ quel la distance de l'Amazone à Cayenne serait d'environ 100 lieues (lieues ou leguas?). Si l'on retranche de ces 100 lieues les 40 lieues de Parente, il reste les 60 lieues de F e r r e i r a pour la distance du Vincent Pinçon ou Oyapoc à Cayenne. Cette explication offre une grande vraisemblance. L a duplique portugaise de 1699 se réfère expressément à Moreri ), et s'il n'est pas certain que Ferreira, lui aussi, ait recouru au Dictionnaire de cet auteur, le fait est cepen­ dant très probable. 1

Il s'agirait donc d'une assimilation des lieues aux leguas, confusion dont témoigne à l'évidence la description de Souza F e r r e i r a (de même que la carte de Pierre du V a l , 1679) et qui doit sans doute être attribuée à l'incohérence qui régnait alors au sujet des unités de longueur. C'est ce qui ressort clairement de l'examen des cartes présentées par la F r a n c e et le Brésil, comme le montrera une rapide revue d'un certain nombre d'entre elles. André Thevet 1575 compte approximativement de 29.5 à 30 « Lieuës Françoises » ou 15 « Lieuës marines » environ au degré ; cette dernière indication rappelle, semble-t-il, l'ancienne legua espagnole ou la lieue allemande. Théodore de B r y 1592 assigne au degré 27 « leue gal. » (lieues fran­ çaises). L e chiffre de 17 / lieues au degré est indiqué (généralement avec la mention additionnelle : « lieues espa­ gnoles ») par Levinus Hulsius 1599, V a n Langeren 1596, 1

) V o i r R . B . II, p a g e 315.

1

2


— 805

J o d o c u s Hondius 1606, J o h a n n e s de L a e t 1625, Mathieu Merian 1634, J o ã o T e i x e i r a 1627 et 1642, R o g g e v e e n 1680, V a n Keulen 1695, Claes V o o g h t 1680, et enfin par le P. Fritz 1691 et 1707. G. Blaeuw 1631 compte 20 lieues au degré. L e f e b v r e de la B a r r e 1665 marque une « Eschelle de Lieues Francoises à V i n g t quatre au D e g r é », et au-dessous de celle-ci une échelle de « Lieues Francoises à V i n g t au degré ». Pierre Du V a l 1664 écrit au-dessous de l'échelle de sa carte : « Lieues de F r a n c e à 24 pour un degré ». F r o g e r dessine une « Echelle de 20 Lieues », d'où l'on peut conclure qu'il adopte ce chiffre pour le degré. Guillaume de l'Isle 1700 cite les unités de longueur suivantes : « Lieues communes de F r a n c e de 25 au degré. Lieues marines de F r a n c e et lieues communes d'Espagne de 20 au degré, Lieues marines d'Espagne et de Portugal de 17 / au degré ». Nicolas de F e r 1705 donne 20 lieues au degré. D'Anville 1729 écrit : « Lieues communes à 25 au D e g r é » et « Lieues marines à 20 au D e g r é ». E n 1748, il mentionne différentes échelles : « Lieues Françoises, de 3000 P a s Geo­ métriques ou 2500 T o i s e s », ce qui représente 23 lieues au degré ; « Lieues Marines F r a n ç o i s e s et Angloises, et pareil­ lement Lieues communes d'Espagne de 20 au D e g r é ; Lieues Espagnoles, définies à 2127 Toises, et employées par les Hollandois dans la Guyane » ; cette dernière échelle correspond à 27 lieues pour le degré. Nicolas de F e r 1719 compte 20 lieues au degré. 1

2

Il ressort de cette énumération qu'en tout cas la legua hispano-portugaise est déterminée sûrement par le rapport de 17 / au degré. Chose curieuse, il n'est question de lieues communes espagnoles que dans les cartes des géographes français, notamment dans celles de de l'Isle 1700 et de d'Anville 1748, où elles sont évaluées à raison de 20 au degré. Mais, tandis que de l'Isle 1700 mentionne, outre les 1

2


806 —

susdites Lieues communes, les Lieues marines d'Espagne et de Portugal de 17 / au degré, c'est-à-dire les anciennes leguas espagnoles, d'Anville 1748 indique une unité de lon­ gueur espagnole toute nouvelle qu'il désigne simplement sous le terme de Lieues Espagnoles et qui mesure 27 au degré du méridien ; on ne voit pas d'où il l'a tirée. En tout cas, on est en droit de considérer l'ancienne legua d'usage courant comme étant encore utilisée par les Por­ tugais à l'époque du traité provisionnel de 1700. Il est plus difficile de dire de quelle unité de mesure la F r a n c e se servait alors. D e la revue des échelles cartographiques qui vient d'être faite, il résulte qu'à part quelques données extrêmes provenant de cartes antérieures, la valeur de l'unité oscille entre 7M et / du degré. L a longueur de la lieue passe de 4.45 km, à 4.64 km et à 5.565 km, selon que l'on compte 25, 24 ou seulement 20 lieues au degré. Si, sur cette base, on mesure la section comprise entre Cayenne et le C. do Norte de Maraca, on obtient sur la carte moderne : 1

2

1

25

86.5 lieues de 25 au degré 83.0 » » 24 » 69.0 » » 20 » D'autre part, pour la section s'étendant de Cayenne au Cabo Raso do Norte, on trouve les chiffres suivants : 104.0 lieues de 25 au degré 99.8 » » 24 » 73.0 » » 20 » L e chiffre de 100 lieues indiqué par le « Grand Diction­ naire Historique » de Moreri (1681), pour la distance de Cayenne à l'Amazone, correspond donc exactement à la longueur de la section Cabo Raso de Norte-Cayenne, lors­ qu'on la calcule sur la base de 24 lieues au degré, mais il ne s'applique pas aux autres cas. 51


807 —

L a carte de P i e r r e Du V a l 1679 cadre assez bien avec la donnée de Moreri. L a section C. de Nort—Cayenne y mesure 110 lieues de 25 au degré, 105 lieues de 24 au degré, 88 lieues de 20 au degré. L e chiffre qui se rap­ proche le plus de Moreri est de nouveau celui qui est cal­ culé avec la lieue de 24 au degré, unité qui figure sur la carte de 1664 de P i e r r e D u V a l . L e dessin de la carte de P i e r r e Du V a l 1679 ne permet pas de reconnaître quel cap il représente sous le nom de Cap de Nort, s'il s'agit du Cap de M a r a c a ou du cap continental. On peut déduire de ce qui précède que très vraisemblable­ ment, vers la fin du X V I I siècle, l'idée tendait à s'implanter en F r a n c e de considérer comme Cap de Nord le cap con­ tinental (Cabo R a s o do Norte) et, d'autre part, qu'à la même époque les auteurs et les cartographes français comptaient 24 lieues au degré. En revanche, les Espagnols et les P o r ­ tugais, dont les progrès en cartographie avaient été beau­ coup plus lents, ainsi que leurs cartes l'attestent suffisam­ ment, entendaient alors, comme auparavant, par Cabo do Norte le cap de l'île de M a r a c a et s'en tenaient au chiffre de 17 / leguas au degré. Ces divergences étaient grosses de conséquences et pouvaient très facilement conduire à des malentendus et à des idées erronées. Il y a lieu d'ad­ mettre que le P. de Souza F e r r e i r a , tout en s'inspirant avant tout des données de P a r e n t e pour sa description, savait que la distance de l'Amazone à Cayenne était évaluée à 100 lieues. S a n s tenir aucun compte du désaccord existant entre P o r ­ tugais et F r a n ç a i s aussi bien sur l'interprétation du dessin cartographique que sur la grandeur de l'unité de mesure, il aura simplement — et après lui les rédacteurs des mé­ moires portugais de 1698 et 1699 — fait ce c a l c u l : d'une part, il y a 100 leguas du Cabo do Norte à C a y e n n e ; d'autre part, P a r e n t e compte 40 leguas du Cabo do Norte au Rio de e

1

2


808 —

Vicente Pinzon; restent 60 leguas du Rio de Vicente Pinzon à Cayenne. Il convient finalement de rechercher où aboutissent les 60 leguas dont parlent le P. De Souza Ferreira ainsi que la réponse portugaise de 1698, et clans ce but, de mesurer cette distance à partir de Cayenne. Cette opération, effec­ tuée sur Stieler, donne les résultats suivants : 60 leguas espagnoles (de 17.5 au degré) conduisent à 3 km au nord-ouest du Cabo do Norte de Maraca ou au débouché septentrional du Canal de Carapaporis ; 60 lieues de 25 au degré, à 73 km au sud-est du Cap Cassiporé ou à 38 km au nord-ouest du Counani ; 60 lieues de 24 au degré, à 84 km au sud-est du Cap Cassiporé ou à 27 km au nord-ouest du Counani ; 60 lieues de 20 au degré, à 29 km au sud-est du Counani. Entre ces points et le Cabo do Norte (Maraca), il ne reste plus de place pour les 40 leguas que Ferreira, d'ac­ cord avec Parente, compte de ce cap au Rio de Vicente Pinzon ; l'erreur de Ferreira est par conséquent manifeste. L e fait que le Portugal se réfère aux cartes de Blaeuw, Sanson, Mercator et Ortelius ne permet pas d'admettre que, dans sa réponse de 1698, il ait réellement considéré la rivière frontière revendiquée par lui comme étant si rap­ prochée du Cap de Nord. 3. L a réponse du Portugal de 1698 identifie par deux fois le Vincent Pinçon ou Oyapoc avec un Rio fresco. Il y est dit en effet : « La raison pour laquelle les Portugais ne passerent point de l'autre coté de la Riviere d'Oyapoc ou de Vincent Pinson comme disent les Espagnols, ou Rio F r e s c o comme marquent plusieurs c a r t e s . . . . » ) ; et ail1

) M . F . I I , p a g e 20 ; R . B . I I , p a g e 2 2 3 .

1


809

leurs : « L e s Portugais ne doutent en aucune maniere que les F r a n ç o i s n'ayent c o m e r c é dans la Riviere de Oyapoc ou Vincent Pinson ou R i o F r e s c o , par ou se divisent les terres des Indes d'avec celles du Bresil » ) . L a F r a n c e s'appuie à plusieurs reprises sur ces passages et allègue que la c a r t e de Desceliers 1546 marque une « Rivière fresche » dans une position qui semble correspondre tout à fait à celle de l'Araguary actuel. L a Riccardiana également, dit-elle, indique le Rio fresco immédiatement au nord d'un cap situé un peu au-dessus de l'équateur (M. F., pages 43 et 273). l

On a vu plus haut que la mention du Rio fresco, qui figure dans la réponse du Portugal, a été empruntée aux écrits du P. D e Souza F e r r e i r a , de 1685 et 1693. D'après ces mêmes écrits les indigènes donnent au Rio de V i c e n t e Pinçon le nom de Quachipurú. C e vocable désigne évidem­ ment le Cachipour actuel qui débouche à un demi-degré environ au sud du Cap d'Orange et auquel conduisent cer­ taines des mesures de distances calculées sur la base des données de Parente. Mais le Portugal, dans ses mémoires de 1698 et 1699, n'a pas admis la relation établie par F e r r e i r a entre le R i o de V i c e n t e Pinçon et le Quachipurú ou Cachipour. Il a été démontré, pages 621 et suivantes, 647 et sui­ vantes, que le R i o fresco de la Riccardiana, des cartes de Desceliers et de celle de van D o e t correspond à l'Oyapoc actuel ou au Cachipour ; l'assertion de Souza F e r r e i r a n'est donc pas simplement fantaisiste. M. F . I, page 274, dit il est vrai : « Notons ici la confirmation significative qui résulte de la cartographie : le R i o fresco portugais se trouve exactement à la même place où les documents espagnols ) M . F . II, p a g e 22 ; R . B . II, p a g e 226.

1


810

contemporains marquent le Vincent Pinzon ». A cela il importe d'opposer que la discussion relative au Vincent Pinçon des Espagnols a eu pour résultat de montrer que cette rivière est précisément l'Oyapoc actuel. Il est pour le moins douteux que le « Freshwater », qui dans G. Tatton 1608 et W . Ralegh 1618 occupe la place du Canal actuel de Carapaporis, soit en corrélation avec le Rio fresco. L e nom de « Freshwater », en effet, se rap­ porte au bras de mer du Carapaporis et non à une rivière. Au surplus, il est plus que probable que le P. De Souza Ferreira n'a pas eu connaissance des cartes de Tatton et de Ralegh. 4. Peut-on, de la donnée fournie par la réponse du Portugal et suivant laquelle le Rio de Vicente Pinzon ou Oyapoc aurait été désigné dans des cartes anciennes et des routiers comme Port des navires portugais ), tirer une con­ clusion quant à la position et à l'identification de la rivière que le gouvernement de Lisbonne avait en vue ? Ni les cartes présentées par les parties, ni les autres que l'arbitre a utilisées n'indiquent un « Porto de Navios Portuguezes », et les routiers sont également muets à cet égard. Il ne s'ensuit cependant pas qu'une dénomination de ce genre n'ait pu exister. 1

L a F r a n c e tend à identifier ce «Porto» avec la baie de Mayacaré qui, sur la carte de Coudreau, figure sous le nom d'« Anse de Mayacaré », en face de l'extrémité nord-ouest de Maraca et au sud du Calçoene (Carsevenne). Cette baie est nettement marquée dans les cartes de Claes J . Vooght (A. B . I, n° 81 b) et d'Anville 1729 (A. F., n° 22). Coudreau ) 2

) V o i r R . B . I I , pp. 2 3 2 , 2 3 3 .

1

) Coudreau,

2

L e C o u n a n i et l e M a p a . B u l l e t i n d e l a S o c i é t é d e g é o ­

g r a p h i e , 1889, p a g e 4 0 2 .


811

la décrit en ces termes : « L e Mayacaré est un golfe sur la rive septentrionale duquel on remarque quelques ranchos (huttes) de pêcheurs. L e golfe de Mayacaré ne reçoit aucun cours d'eau important. L'anse est assez profonde ; elle offre partout 5 à 6 mètres d'eau ; elle est vaseuse et constitue un bon mouillage. Derrière, dans l'intérieur, s'étendent de nom­ breux pripris peu connus, vestiges de l'ancien lac écoulé. » L a baie de Mayacaré a pu avoir une certaine impor­ tance à cause de la pêche à laquelle s'y livraient les indi­ gènes, ainsi que les Français, les Anglais, les Hollandais et probablement aussi les Portugais. Il est à supposer que ces derniers l'utilisaient également comme mouillage. Mais les indications du Mémorial de B. M. Parente et de la donation en faveur de ce dernier excluent l'hypothèse qui assimile cette baie au Rio de Vicente Pinzon des Por­ tugais et des Espagnols. A part ces indications il n'existe aucune preuve que les Portugais aient identifié le Maya­ caré avec le Vicente Pinzon. L a carte du P. Fritz de 1691 rend cette version absolument inadmissible. L a baie « Mik a r y R. alias Maikari » est dessinée sur la carte de Nicolas Sanson 1656, sans confusion possible avec l'Oyapoc. L e febvre de la B a r r e marque également le « Maiakari R. » avec une large embouchure fluviale. L e s plénipotentiaires réunis à Lisbonne auraient dû constater sans aucun doute, par la comparaison des cartes qu'ils avaient sous les yeux, que l'Oyapoc et le Mayacaré sont deux rivières ou deux baies fluviales différentes. Rien ne permet de supposer qu'il ait été question du Mayacaré. Or comme, en dehors de cette baie, on ne trouve guère d'autre havre de quelque importance le long de la côte du Contesté jusqu'à l'Oyapoc, il ne reste qu'à rechercher si l'embouchure de l'Oyapoc répond aux conditions exigées d'un mouillage.


812

Ferrolles, dans son rapport du 22 septembre 1688, s'exprime comme suit au sujet de l ' O y a p o c ) : « L e 15, après avoir fait 10 lieues, je me rendis à Ouyapoque. L'em­ bouchure de cette rivière est aussi establie nord et sud et a une lieüe de large. Il y a deux passages a l'est et a l'ouest de 2 brasses en rangeant la terre. A 4 lieues de là du costé de l'ouest estoit le fort des Holandois. L a rivière s'y estrecit tout d'un coup en faisant un coude et qui done lieu d'une tres bone defense contre les bastimens qui voudroient y p a s s e r . . . J e trouvé les terres de cette rivière bien meilleures que celles de C a y e n n e , . . . ses deux bords estant terres fermes et point marescageux comme dans les autres de la coste . . . les gros vaisseaux pourroient venir mouiller à l ' e m b o u s c h e u r e . . . L a mer n'y est jamais grosse parce que le Cap d'Orange et la Montagne d'Ar­ gent, y formant une grande baye, font qu'elle y est tou­ jours belle ». l

L e Routier de Paes do Amaral, daté de 1723, décrit ainsi l'embouchure de l'Oyapoc ) : « A u Nord-Ouest se trouve un mont élevé et la distance doit être de trois à quatre lieues. Ici est l'entrée de la rivière ou baie de Vin­ cent Pinçon (rio ou bahya de Vicente P i n s o n ) . . . . Pour entrer dans cette rivière on prend la direction de Sud-SudOuest. Elle est large et profonde . . . Et à l'intérieur on trouve un bas-fond près de l'île, qui partage la rivière en deux bras et ce bas-fond est orienté à l'Est-Ouest ; des deux bras que les Gentils et les Français appellent rivières, l'un se dirige vers le Sud, puis vers le Sud-Est, et les Gen­ tils le nomment Curupi, lequel se trouve à main gauche ; l'autre, nommé Guyapoco, entre au Sud-Ouest et tourne 2

) V o i r c i - d e s s u s , pp. 1 7 1 , 172. ) R . B . I I I , pp. 4 6 , 47 ; v o i r a u s s i ci d e s s u s , pp. 3 4 7 et s u i v .

1

2


813

vers le Sud. Et à l'entrée de cette rivière ou bras Guyapoco, il y a une montagne élevée . . . Cette rivière est le Rio de Vicente Pinson, lequel, les Français nous l'ont dit, sépare les terres du Roi de Portugal, notre Maître, de celles de la France... Un navire de deux cents tonnes qui, manquant d'eau ou de bois, veuille entrer dans cette rivière, peut le faire sans danger. Le fond est bon et vaseux ). » 1

Voici enfin ce que dit de la même rivière, en 1763. l'ingénieur français de la marine Bellin, qui, le premier, a fourni une description assez exacte de l'hydrographie de la côte du territoire contesté ) : 2

« L'Oyapoko a deux lieues de large à son embouchure ; on peut y mouiller par 4 b r a s s e s ) d'eau fond de vase, ayant la Montagne de L u c a s à l'Ouest, à la distance de A de lieue. Une lieue en dedans il y a une Isle basse, qu'on appelle l'Isle aux biches, qui est couverte dans les grandes marées ; on en passe à l'Ouest, lorsqu'on veut entrer dans la Rivière, car le côté de l'Est est rempli de bancs de sable et de vase, qui en rendent le passage impratiquable ; on trouve dans la passe de l'Ouest quatre brasses tout près de terre. Lorsqu'on a remonté le Fleuve 5 à 6 lieues, il fait un enfoncement qui forme un fort beau Port, où l'on mouille par 4, 5 et 6 brasses d'eau, aussi près de terre que l'on veut. C'est en cet endroit que nous avons bâti en 1726 un nouveau F o r t et un Bourg, aux environs duquel plu3

3

) V o i r à c e s u j e t A n n e x e s , p l a n c h e n° 4.

1

Description

) Bellin, p p . 174, 175. 2

3

)

D'après

Amtes brasse = mètres.

des

le « Handbuch

deutschen

1.624

géographique

mètre.

der

de

Navigation

Reichs-Marine-Amts » Quatre

brasses

la

de

équivalent

Guiane, des

1763,

Hydrographischen

1891, par

Paris

page

16,

conséquent

une à

6.5


814

sieurs nations sauvages Indiennes sont venues s'établir. En 1735 on établit pour elle à quelques lieues du Fort la mis­ sion appelée de St-Paul. L e s terres aux environs sont fort bonnes et donnent abondamment à la culture toutes sortes de denrées. C'est sans doute la beauté du lieu et la com­ modité du Port qui avoient engagés les Hollandais à s'éta­ blir en 1676 dans cet endroit, et d'y bâtir un Fort, contre tout droit, et d'où nous n'avons pas tardé à les chasser. » L a carte de Mouchez donne à l'embouchure de l'Oyapoc des profondeurs de 3, 4, 5 et 6 mètres ; elle marque un fond de 5 mètres vis-à-vis du mont Lucas, au point où, selon Bellin et Ferrolles, se trouvait l'ancien mouillage. D'après des informations plus récentes, l'entrée de la rivière paraît présenter aujourd'hui des difficultés pour les vais­ seaux d'un certain tonnage ; peut-être, avec le temps, l'embouchure s'est-elle quelque peu ensablée. Quoi qu'il en soit, il ressort clairement de ce qui précède que l'on connaissait autrefois le mouillage à l'intérieur de l'embou­ chure de l'Oyapoc et qu'on le considérait comme un bon mouillage. Ce n'est pas sans motif que les Hollandais et les Français avaient établi en ces parages des colonies et des forts. L a preuve n'est incomplète que sur le point de savoir si ce havre a été considéré autrefois, de préférence, comme le port des vaisseaux portugais. 5. Cette discussion conduit à reconnaître que les mé­ moires portugais de 1698 et 1699 ont pu donner, à l'époque qui suivit le traité d'Utrecht, quelque crédit à l'opinion attribuant à la rivière frontière une position au sud de l'Oyapoc. Mais il faut rappeler d'autre part l'assurance avec laquelle ces documents établissent l'identification du Vincent Pinçon et de l'Oyapoc et la façon catégorique dont le Portugal déclare que les bornes-frontières doivent


81.5

se trouver près de ce fleuve. Il est dit dès le début de la réponse portugaise de 1698 : « L a même année 1615 Alexandre de Moura envoya le capitaine Francisco Caldeira de Castello-Branco vers la région de P a r a avec ordre de se rendre maître du pays jusqu'au Rio de Vicente Pinson ou Oyapoc, comme l'appellent les indigènes . . . » ; vient ensuite l'historique des expéditions de B . M. Parente, de la fonda­ tion de la capitainerie du Cap de Nord et de la donation en faveur de Parente, où il est fait mention particulière des 30—40 leguas à compter le long de la côte ; suit l'indication des bornes-frontières, etc. Partout les noms de Rio de Vicente Pinzon et d'Oyapoco sont considérés comme syno­ nymes et cités conjointement pour désigner la même rivière. Dans le passage suivant, le nom d'Oyapoc est même em­ ployé seul : « aussi n'y a-t-il ni mémoire ni tradition que les Français aient jamais eu aucune colonie ou comptoir depuis la rivière d'Oyapoc jusqu'à celle de l ' A m a z o n e . . . . » Force est donc d'admettre que le Portugal identifiait son Vincent Pinçon avec l'Oyapoc des Français.

VI. La limite

intérieure.

A teneur du traité d'arbitrage, la frontière entre les deux Etats, à partir de la mer, doit être constituée par le thalweg de la rivière adoptée par l'arbitre comme étant le « J a p o c ou Vincent Pinçon » du traité d'Utrecht. Cette limite, appelée au cours de l'étude qui précède « frontière extérieure ou maritime », s'étend de l'embouchure à la « source princi­ pale » de ladite rivière. Il n'est pas dans les attributions de l'arbitre de décider quelle est cette source principale. Ce point doit être tranché par les parties, en exécution de la pré-


816

sente sentence. C'est seulement après avoir fixé la source principale que l'on pourra déterminer le point de départ de la limite dite intérieure, cela évidemment dans l'hypothèse du rejet par l'arbitre de la prétention du Brésil tendant à placer la frontière au parallèle de 2° 2 4 ' N. Autant la question de la limite extérieure a dû être discutée en détail, autant celle de la limite intérieure peut être traitée succinctement. Si l'Oyapoc du Cap d'Orange est reconnu comme étant le cours d'eau frontière du traité d'Utrecht, la prétention française touchant la délimi­ tation intérieure tombe d'elle-même. On pourrait objecter qu'à Utrecht il a été question de deux territoires frontières faisant l'objet de deux clauses distinctes, lé territoire mari­ time et la région intérieure ; le traité aurait attribué au Portugal, d'une part, sur la côte, le territoire limité au nordouest par le J a p o c ou Vincent Pinçon, et, d'autre part, dans l'intérieur, les deux bords de l'Amazone seulement ; aucune décision ne serait intervenue en 1713 au sujet du grand territoire compris entre la Guyane française et la zone rive­ raine au nord de l'Amazone. Mais les parties elles-mêmes ne se sont placées à ce point de vue ni dans le traité d'arbitrage, ni dans l'exposé des motifs à l'appui de leurs revendications. Elles n'exigent pas que la limite intérieure soit arrêtée conformément au « sens précis » du traité d'Utrecht. Elles se bornent à demander que l'arbitre, dans sa sentence, tranche également la question de la délimita­ tion intérieure, soit en se prononçant en faveur de l'une des prétentions articulées par les parties, soit en adoptant la proposition intermédiaire présentée par elles, aux termes de laquelle la ligne de partage des eaux formée par les monts Tumuc-Humac doit constituer cette limite, à partir de la source de la rivière frontière jusqu'à la Guyane hollandaise.


— 817 —

L e Brésil, pour justifier sa prétention tendant à fixer la frontière intérieure au parallèle de 2° 2 4 ' N, de l'Oyapoc jusqu'à la Guyane hollandaise, se fonde sur la convention de Paris, du 28 août 1817. Mais ainsi qu'il a été dit précé­ demment ), les frontières stipulées dans cette convention n'avaient qu'un caractère provisoire. L e Brésil l'a reconnu lui-même. L e règlement provisoire de 1817 ne saurait constituer aucun titre en faveur de l'adoption définitive de la limite par 2° 2 4 ' de latitude nord. 1

L o r s des négociations de 1855/56, le plénipotentiaire du Brésil déclara dans son mémoire du 15 juin 1855 que le parallèle de 2° 2 4 ' N constituait une frontière défectueuse et qu'il serait préférable d'en fixer une autre coïncidant avec la ligne de partage des e a u x ) . Caetano da Silva s'exprime dans le même sens et affirme que le Brésil n'a jamais revendiqué le droit de s'établir sur le versant nord des monts Tumuc-Humac, ce qui serait, dit-il, contraire à l'intention du traité d'Utrecht ). Dans le projet de traité d'arbitrage présenté par le Brésil en date du 18 juin 1896, cette puissance proposait elle-même, comme limite intérieure, la ligne de partage des eaux, et elle ne retira sa proposition qu'après avoir eu connaissance de la prétention de la F r a n c e à la possession d'une partie du bassin de l'Amazone ). 2

3

4

M. B . I, dit à la page 245: «Si le Traité d'Utrecht dans son intégrité, et non l'article 8 seul, était en vigueur, la ligne intérieure devrait être celle du partage des eaux sur les monts Tumucumaque, depuis la source du J a p o c ou Vincent Pinçon jusqu'au point de rencontre de la frontière hollandaise.» Et on lit dans R. B . I, page 11, que « la ligne ) V o i r c i - d e s s u s , pp. 15-18.

1

) M . B . I I I , pp. 19 et 2 0 .

2

) Silva,

3

4

II, pp. 4 1 6 e t s u i v .

) R . B . I I I , pp. 3 5 4 , 3 5 5 .


818

intermédiaire indiquée par les deux Parties est celle de la limite intérieure adoptée implicitement en 1713, et la même qu'indiqueraient les règles du Droit International s'il était prouvé que le droit conventionnel fît défaut»; plus loin R . B . I, page 173, exprime une idée semblable. Il serait d'un intérêt général de fixer la délimitation à une frontière naturelle, si cela était possible. L e Brésil ne fournissant aucun titre en faveur de sa prétention à la limite par le parallèle de 2° 2 4 ' N, il n'existe pas de motif pou­ vant engager l'arbitre à adopter cette frontière. De nombreuses considérations parlent en faveur du choix de la solution intermédiaire prévue par les parties. L e s négociations d'Utrecht témoignent déjà que, par les deux bords de l'Amazone attribués au Portugal, on n'enten­ dait pas seulement une étroite bande de terre. L e but de l'article 10 du traité était d'éloigner les Français de l'Ama­ zone. L a dépêche du ministre anglais Bolingbroke à l'am­ bassadeur d'Angleterre à Paris, du 17 février 1713, le dé­ clare explicitement : « Bref, il faut que la source de la rivière (des Amazones) appartienne aux Espagnols et son embou­ chure aux Portugais ; et ni les Français, ni les Anglais, ni aucune autre nation ne doivent avoir une avenue ouverte sur ce pays ). » L a suite des négociations et leur résultat final prouvent que c'était là une résolution bien arrêtée et que l'Angleterre maintint son point de vue. 1

A cette époque, la tendance était aux frontières natu­ relles : chaînes de montagnes, lignes de partage des eaux et cours d'eau. On a vu plus haut (pages 68 et suivantes, et 81) qu'en 1750 ce principe fut adopté pour la délimitation des territoires de L a Plata. L'Espagne et le Portugal notam­ ment connaissaient par expérience les défauts inhérents à ) R . B . I I , pp. 4 6 1 , 462 ; c i - d e s s u s , p a g e 2 8 9 .

1


819

la Ligne de démarcation. L a fixation, telle que la F r a n c e la réclame, d'une limite courant parallèlement à l'Amazone et, par conséquent, la création d'une zone riveraine le long de ce fleuve entraîneraient les mêmes inconvénients et les mêmes difficultés. Mais si l'on admet qu'aucune décision n'ait été prise à Utrecht au sujet des vastes territoires inconnus de l'inté­ rieur, il s'ensuit simplement que cette région ne fut attribuée à aucun des deux Etats. Il y a donc lieu d'examiner si l'une des parties adverses et laquelle des deux a acquis depuis des droits sur ces territoires, ainsi que, cas échéant, la nature et la portée de ces droits. L a réplique française de 1699 s'exprimait ainsi : « Sui­ vant l'usage de touttes les nations de l'Europe, la donation qui n'est pas suivie de la possession actuelle, et non inter­ rompue, si ce n'est pour fort peu de temps, ne donne aucun droit. Ces pays esloignez sont estimez abandonez, et ils appartiennent au premier qui les occuppe, autrement il s'en suivroit qu'un prince auroit droit sur tous les pays dont il auroit accordé la concession et ou il auroit envoyé faire descente et planter ses armes, sans se mettre en peine de les faire habiter ; ce qui seroit assurément injuste et contre la pratique de tous les peuples ). » Ce principe fait encore règle aujourd'hui et il a été formellement sanctionné en 1885, pour les côtes d'Afrique, par la Conférence de B e r l i n ) . 1

2

Or, d'autres au sud France,

si les voyageurs français Crevaux, Coudreau et ont exploré certaines parties de la région située de la ligne de faîte des monts Tumuc-Humac, la comme état, n'a accompli dans ces territoires situés

) M . F . II, p a g e 32 ; voir aussi ci-dessus, p a g e 208.

1

) Jules

2

Hopf,

N o u v e a u r e c u e i l g é n é r a l de traités. C o n t i n u a t i o n

du

g r a n d r e c u e i l d e G . F r . d e M a r t e n s , D e u x i è m e s é r i e , t. X , 1 8 8 5 et 1886, page 426.


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en dehors de là région maritime, ni avant, ni après le traité d'Utrecht, aucun acte de prise de possession ou de protecto­ rat, et fait aucune tentative de colonisation. Aucune partie de ces régions ne lui a appartenu d'une façon permanente. L e s traités de Paris, du 10 août 1797, de Badajoz, du 6 juin 1801, de Madrid, du 29 septembre 1801, et d'Amiens, du 27 mars 1802, qui prolongent la limite intérieure jusqu'au Rio Branco, n'ont, en fait, jamais été mis à exécution. En revanche, la souveraineté du Brésil, notamment dans la vallée du Rio Branco, est reconnue par la popula­ tion. Dans son ouvrage « L a F r a n c e équinoxiale », Coudreau dit à ce sujet : « Nous ne pouvons plus aujourd'hui faire valoir nos prétentions jusqu'au rio Branco ; le rio Branco ne saurait être contesté, car les Brésiliens l'exploi­ tent et le peuplent» (tome I, page 248). Elisée Reclus confirme cette déclaration dans le passage suivant : « Toutefois le débat n'a d'importance réelle que pour le contesté de la côte, entre l'Oyapock et l'Araguary. A l'ouest, toute la vallée du rio Branco est devenue incontestablement brési­ lienne par la langue, les mœurs, les relations politiques et commerciales » ). 1

L e territoire compris entre la vallée du Rio Branco et le « Contesté maritime » est très peu connu et les quel­ ques milliers d'indigènes qui l'habitent sont indépendants. Mais le Brésil possède le cours inférieur de toutes les ri­ vières qui en descendent et tous les points par lesquels on peut y accéder de l'Amazone. Conformément au principe adopté par les puissances pour l'Afrique, il fait partie du hinterland brésilien. ) Reclus,

1

1. c , t. X I X , 1894, p a g e 8 4 .


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D. E X P O S É DES M O T I F S I.

L e traité d'arbitrage conclu le 10 avril 1897 entre la République française et les Etats-Unis du Brésil, qui a pour objet de faire fixer définitivement les frontières de la Guyane française et du Brésil, soumet deux points litigieux à la décision de l'arbitre choisi par les parties : le premier concerne la frontière extérieure ou maritime, soit la question de savoir quelle est « conformément au sens précis de l'ar­ ticle 8 du traité d'Utrecht » la rivière « J a p o c ou Vincent Pinçon » ; le second est relatif à la frontière intérieure, l'arbitre ayant pour mission de la déterminer. L a tâche de l'arbitre diffère essentiellement selon qu'il a à juger l'une ou l'autre des questions. L e traité d'arbi­ trage le fait ressortir très nettement. Dans cet acte, les parties formulent leurs prétentions tant en ce qui concerne la frontière extérieure que la frontière intérieure. Pour déterminer la première, l'arbitre doit rechercher quelle est, d'après le sens précis de l'article 8 du traité d'Utrecht, la rivière J a p o c ou Vincent Pinçon. L a rivière qu'il aura adoptée comme telle sera la rivière frontière et son thal­ weg formera la ligne frontière, que cette rivière soit celle indiquée par la F r a n c e , ou celle indiquée par le Brésil, ou un troisième cours d'eau. En revanche, pour résoudre quelle est la limite intérieure, s'il n'admet comme fondée la pré-


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tention ni de l'une ni de l'autre des parties, il prononcera selon la « solution intermédiaire » que les parties d'un com­ mun accord ont déterminée dans le traité d'arbitrage ; il tracera en conséquence la frontière intérieure qui partira du point extrême de la limite extérieure. L a première question a donc exclusivement pour objet d'interpréter les termes « J a p o c ou Vincent Pinson » de l'ar­ ticle 8 du traité d'Utrecht ; la seconde concerne uniquement l'examen de la légitimité des prétentions de chacune des parties.

II. L'arbitre, considérant que la fixation de la frontière intérieure dépend de la solution qui sera donnée à la ques­ tion de la frontière extérieure, constate, sur la base des données détaillées fournies par l'exposé historique et géo­ graphique que « conformément au sens précis de l'article 8 du traité d'Utrecht» la rivière «Japoc ou Vincent Pinson » de cet article 8 est l'Oyapoc actuel qui se jette dans l'Océan entre le 4 et 5 degré de latitude nord immédiatement à l'ouest du Cap d'Orange. e

e

Pour déterminer quelle est la rivière J a p o c ou Vincent Pinçon du traité d'Utrecht du 11 avril 1713, il faut recher­ cher préalablement si les pièces contemporaines de la con­ clusion du traité établissent d'une manière précise quel sens les parties contractantes ont entendu attribuer et ont effecti­ vement attribué à la dénomination «Japoc ou Vincent Pin­ son » dont se sert l'acte diplomatique. En procédant à cette recherche, l'arbitre a été amené à étudier non pas seulement les négociations qui ont immé­ diatement abouti à l'adoption de l'article 8 et des autres dispositions connexes du traité d'Utrecht, mais encore les traités de 1700, 1701 et 1703. L e traité provisionnel du 52


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4 mars 1700 a, en effet, revêtu une telle importance lors de la discussion du traité d'Utrecht qu'il a fallu admettre d'emblée qu'il existait un certain rapport d'identité entre le Japoc ou Vincent Pinçon du traité d'Utrecht et la « Ri­ viere d'Oyapoc dite de Vincent Pinçon » (Rio de Oiapoc ou de Vicente Pinson) du traité provisionnel. L e s délibérations dont est sorti le traité provisionnel de 1700 ont été précédées en 1698 et 1699 de tout un échange d'explications écrites par lesquelles les parties, la F r a n c e d'un côté, le Portugal de l'autre, ont développé dans leurs moindres détails les questions qui les divisaient, chacune s'efforçant à l'aide de faits, de documents, de con­ sidérations tirées de l'histoire et de la géographie, de con­ vaincre sa partie adverse du bien-fondé de ses prétentions. Pour arriver à apprécier sainement les mémoires si im­ portants de 1698 et 1699, qui ont exercé une incontestable influence même sur les thèses soutenues par les parties dans le litige actuel, et à bien comprendre les documents qui sont en connexité plus ou moins étroite avec ces mémoires, il a été nécessaire de se livrer à une étude complète des faits et des pièces. C'est pourquoi l'arbitre a eu pour tâche d'examiner toute l'histoire du contesté, du territoire en litige qui va de l'Ama­ zone jusqu'à l'Oyapoc actuel à l'ouest du Cap d'Orange, depuis les premiers voyages de découverte effectués dans l'Amérique du sud ; il a dû notamment se former une opinion sur la valeur des revendications du contesté fondées sur des concessions de terrains octroyées par des gouvernements d'Europe et voir jusqu'à quel point de semblables conces­ sions ont été suivies de l'occupation effective du pays. Il eût d'ailleurs été impossible d'omettre cette étude approfondie de l'histoire du contesté depuis l'origine de sa découverte par des Européens, cela d'autant moins que les


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parties ont invoqué dans leurs mémoires l'historique de la question et que le nom de la rivière frontière, Vincent Pinçon, se rattachait à l'évidence à Vicente Yañez Pinzon, qui découvrit l'embouchure de l'Amazone et le littoral du continent au sud-est et au nord-ouest de celle-ci. C'est pré­ cisément pourquoi les questions d'ordre purement géogra­ phique que soulève l'identification de la rivière Vincent Pinçon avec un des cours d'eau du littoral brésilien-guyanais ne pouvaient pas être tranchées à l'aide seulement des cartes datant de l'époque du traité d'Utrecht ; il a fallu examiner ces questions dans leur relation avec l'histoire, et c'est ainsi qu'on est parvenu au cœur de l'étude de ce problème scientifique aussi intéressant que controversé du développement de la cartographie de la côte sud-est de l'Amérique en général, du littoral du Contesté en particulier.

III. Cela posé, il y a lieu de relever les points ci-après: Ce n'est qu'à la fin du X V I et au commencement du X V I I siècle que divers Etats d'Europe se préoccupent du territoire côtier situé au nord-ouest de l'embouchure de l'Amazone. A cette époque, les Portugais s'établissent et restent fixés à l'embouchure et sur les rives du fleuve, non pas seulement en vertu du titre historique créé par le partage du monde fait par le Pape entre l'Espagne et le Portugal, mais plutôt en vertu d'une domination effective et d'une possession défendue à main armée contre quiconque cherchait à la troubler ou à la restreindre. e

e

Seule l'Espagne aurait Portugal en se fondant sur le conflit fut écarté grâce à qui dura jusqu'en 1640. A

pu disputer cette contrée au le traité de Tordesillas, mais la réunion des deux Couronnes la fin du X V I et au come


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mencement du X V I I siècle, l'opinion généralement accré­ ditée chez les auteurs espagnols et portugais semble avoir été que la frontière entre l'Espagne et le Portugal, l'an­ cienne « linea de demarcacion » passait au nord-ouest de l'embouchure de l'Amazone et qu'en particulier la rivière Vincent Pinçon qui se jette dans la mer au nord-ouest du « Cabo del Norte » formait la limite du Brésil portugais et des possessions espagnoles au nord. Il n'est pas besoin de rechercher comment cette opinion a pu se former ; il suffira de constater que le roi d'Espagne Philippe I V , troisième du nom en Portugal, avait par ordonnance du 13 juin 1621 partagé les possessions portugaises dans l'Amérique du sud en deux grands arrondissements administratifs dont l'un, l'Estado de Maranhão, situé au nord-ouest, s'étendait au delà de l'embouchure de l'Amazone jusqu'à la frontière du territoire espagnol. Or cette frontière était la rivière Vincent Pinçon. e

A la même époque des Brésiliens relevant du Portugal avaient entrepris de chasser du territoire de l'embouchure de l'Amazone les ressortissants des nations européennes, notamment les Hollandais, les Anglais et les Français, et de se défendre contre toute intrusion é t r a n g è r e ; cette entreprise, ils la menèrent à bien. Il ne s'agit plus aujourd'hui de décider si c'est le Por­ tugal ou toute autre puissance européenne dont la préten­ tion à posséder le territoire de l'embouchure de l'Amazone était la mieux fondée en droit, mais uniquement de cons­ tater qu'effectivement les Portugais devinrent les maîtres du pays et qu'ils assurèrent également leur domination sur la rive gauche du fleuve en refoulant toutes les autres nations européennes; puis, que la Couronne de Portugal partagea le territoire en « Capitaineries » et qu'en 1637 elle fit dona­ tion de la « capitania do cabo do norte » à Bento Maciel


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Parente, un des Conquistadores portugais. L e long du lit­ toral cette Capitainerie avait une étendue de 30 ou 35 à 40 leguas comptées du Cabo do Norte. A lui seul le texte de l'acte de donation montre que cette concession n'était pas une « commission de découverte » ; le fait que Parente dressa procès-verbal officiel de la prise de possession de sa Capitainerie, que celle-ci passa à ses héritiers, et la présence d'agents de Parente dans le territoire, prouvent bien que la donation fut suivie d'exécution. Ce n'est que depuis 1676 que les Français ont pris définitivement possession de Cayenne. A partir de ce mo­ ment-là, ils tentèrent de donner à leur colonie le dévelop­ pement que lui attribuaient les concessions des rois de F r a n c e . Ces concessions assignaient à la F r a n c e Equinoxiale les territoires entre l'Amazone et l'Orénoque. L e lieutenant-général de ce pays, Lefebvre de la Barre, dans sa description de la contrée, fait ressortir la différence qui existe entre les concessions et l'occupation effective des Français. Il désigne le pays situé entre l'embouchure de l'Amazone et le Cap d'Orange, où débouche la rivière Y a p o c o , comme étant la Guyane indienne à laquelle il oppose, comme formant la Guyane française, le pays com­ pris entre le Cap d'Orange et la rivière Maroni. C'est ce dernier territoire et non l'autre qui est possession fran­ çaise. Et encore pour Lefebvre de la B a r r e la Guyane indienne est-elle susceptible d'être occupée. Lorsque les Français s'appliquèrent à procéder à l'occupation du Cap d'Orange jusqu'au fleuve des Amazones, en se prévalant des concessions de leur roi et « pour le maintien et l'aug­ mentation de la Colonie de Cayenne», comme il est dit dans les instructions du Président Rouillé, en date du 11 décembre 1697, ils se heurtèrent aux Portugais. Ceux-ci s'opposèrent à la pénétration des Français dans leur ter-


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ritoire qui, selon le Portugal, s'étendait au delà de l'Ama­ zone et du Cap de Nord jusqu'à la rivière de Vincent Pinçon. Ils se mirent à construire des forts pour défendre leur possession où ils avaient déjà quelques missions. L e conflit entre la F r a n c e et le Portugal ne tarda pas à éclater. Tout d'abord les F r a n ç a i s , venant de Cayenne et rencontrés aux alentours du Cap de Nord, sont pris par les Portugais et expulsés du pays, pendant qu'à Cayenne les autorités continuent à autoriser des Français à se rendre dans ce territoire jusqu'au fleuve des Amazones, et notamment à y faire le commerce avec les Indiens. L e conflit s'aggrave du moment que les Français élèvent leurs protestations contre l'établissement des forts construits par les Portugais sur la rive gauche de l'Amazone, qu'ils de­ mandent la destruction des ouvrages de défense, l'aban­ don du territoire par les Portugais « attendu que toute la rive septentrionale de l'Amazone appartenait de droit à S a Majesté T r è s Chrétienne», tandis que les Portugais songeaient à de nouvelles mesures pour protéger leurs possessions. Pierre-Eléonor de la Ville de Ferrolles, qui en 1688 alla de Cayenne remettre la « sommation » de la F r a n c e au commandant du fort portugais sur la rive gauche de l'Araguary, relate en ces mots l'accueil qu'il y reçut : « Il me demanda ensuite ce que j'estois venu faire. J e dis que j'estois venu scauoir pourquoy ils s'establissoient sur les terres du R o y qui estoient separées des leurs par le fleuve des Amazones. Ce qui l'estonna, disant que le capitaine-major de P a r a auoit encore des ordres de construire des forts plus prez de nous, et que les terres du R o y son maistre s'estendoient jusques a la Riviere Pinson, que nous appelons Ouyapoque. » L'attaque infructueuse tentée par de Ferrolles en mai 1697 contre les forts portu­ gais sur l'Amazone marque la phase aiguë de la querelle.


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Sur ces entrefaites, on recourut aux voies diplomatiques pour mettre fin au litige ; en même temps les parties, après avoir recueilli des données historiques et géographiques, exposaient leurs prétentions dans les mémoires de 1698 et 1699. L e traité du 4 mars 1700 régla provisoirement la ques­ tion. Il s'agissait de «l'affaire de la rivière des Amazones», ainsi que le faisait remarquer fort bien le négociateur français, le Président Rouillé; aussi son mémoire de jan­ vier 1698, qu'il remit au gouvernement portugais, était-il intitulé : « Mémoire contenant les droits de la F r a n c e sur les pays scituez à l'oüest de la riviere des Amazones. » Ce n'était donc pas la frontière de la rivière Vincent Pinçon, appelé « Ouyapoque » par les Français de Cayenne, qui aux yeux de la F r a n c e formait l'objet du litige, mais bien la frontière de l'Amazone ; et l'instruction remise à l'Ambas­ sadeur de F r a n c e à Lisbonne lui recommandait d'obtenir des Portugais qu'ils reconnussent « que la rivière des Ama­ zones serve de borne aux deux nations et que les Portugais laissent aux François la possession libre de la partie occidentale de ses bords». L e Portugal opposait à cette prétention la revendication de la rive gauche de l'Ama­ zone jusqu'au « Rio de Oyapoca ou Vincente Pinson, como querem os Castelhanos, ou Rio F r e s c o como mostrão muitos roteiros e cartas ». L e s mémoires ainsi que les documents et cartes com­ muniqués à l'arbitre établissent à l'évidence que, lors de la conclusion du traité du 4 mars 1700, les Etats contrac­ tants, par Rivière d'Oyapoc dite de Vincent Pinçon, n'ont pas entendu désigner et n'ont pas en fait désigné d'autre cours d'eau que l'Oyapoc actuel, immédiatement à l'ouest du Cap d'Orange. L e s différences d'orthographe du nom Oyapoc n'avaient aucune importance; en effet, l'Oyapoca ou Oyapoc de la


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réponse du Portugal de 1698 s'appelle Yapoco dans la ré­ plique de la F r a n c e de février 1699, probablement parce que de la B a r r e et d'autres auteurs français le dénommaient ainsi, tandis que la duplique du Portugal écrit : Ojapoc (Oyapoc) ou Oviapoc (Wiapoc ou Y a p o c ) ; c'est le même cours d'eau qui figurera dans le traité d'Utrecht sous le nom Japoc, que de Ferrolles écrit Ouyapoc ou Ouyapoque, tandis que les Hollandais et les Anglais employaient plutôt les expressions W i a p a g o , Wiapoco, W y a p o g o , W a y a p o c o , W a j a b e g o , etc. Or, pour les Français, cet Oyapoc était l'Oyapoc actuel du Cap d'Orange. De Ferrolles le dit clai­ rement dans son rapport du 20 juin 1698, quand, voulant établir la différence entre l'île d'Ouyapoc (Hyapoc) et la rivière de ce nom, il fait observer au sujet de celle-ci : elle « est dans la Guyanne au deçà du Cap de Nord à quinze lieues de nos habitations de Cayenne ». D é j à même, en 1688, dans son rapport sur son expédition vers l'Araguary, il avait décrit exactement sous le nom d'Ouyapoque le fleuve qui se jette dans l'Océan à l'ouest du cap d'Orange, sans connaître ni nommer aucun autre cours d'eau de ce nom dans le contesté entre Cayenne et l'Amazone. Bien plus, il n'eut aucune objection quelconque à faire, ainsi qu'il résulte de son entretien avec le commandant portugais du fort sur l'Araguary, contre l'identification du Pinson, la rivière fron­ tière portugaise (Vincent Pinçon) et de son propre Ouya­ poque (c'est-à-dire l'Oyapoc du Cap d'Orange). Son objec­ tion ne visait pas cette identification, mais simplement la fixation de la frontière à l'Oyapoc du Cap d'Orange, parce qu'il revendiquait pour la F r a n c e la frontière de l'Amazone. Des délibérations qui eurent lieu entre 1698 et 1700 se dégage la même conclusion. A la revendication par les Portugais de la frontière Oyapoc-Vincent-Pinçon, les F r a n ­ çais n'opposent pas cette objection: il n'y a pas d'identité


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entre l'Oyapoc et le Vincent Pinçon, car l'Oyapoc est la rivière qui coule près du Cap d'Orange et le Vincent Pinçon est un cours d'eau plus rapproché de l'Amazone. L e s Fran­ çais s'attachent plutôt à démontrer que le Vincent Pinçon est une rivière imaginaire ; les Portugais, disent-ils, n'ont aucun droit à revendiquer l'Oyapoc comme rivière frontière; en outre, cette frontière serait inutile et insuffisante; il existe d'ailleurs dans l'Amazone une île du nom d'Oyapoc (Yapoco), elle peut servir de frontière entre le Portugal et la F r a n c e . On voit clairement que pour les Français, lors­ qu'ils ont à s'occuper de la frontière de la rivière d'Oyapoc, il s'agit de l'Oyapoc d'eux connu, de l'Oyapoc du Cap d'Orange et non d'une autre rivière. Aussi les Portugais se bornent-ils à répondre dans leur duplique : il n'existe pas d'île d'Oyapoc dans l'embouchure de l'Amazone, les auteurs et les cartes signalent l'existence d'une rivière Vin­ cent Pinçon qui n'est autre que l'Oyapoc ; cette frontière de l'Oyapoc n'est d'ailleurs, à l'égard même de la F r a n c e , ni inutile ni insuffisante, pas plus qu'elle ne le fut autrefois lorsqu'elle constituait la limite de l'Espagne et du Portugal. Il importe toutefois de retenir que les Portugais étaient loin d'être renseignés avec exactitude sur la position de l'Oyapoc du Cap d'Orange, pour eux le Vincent Pinçon. Mais on attachait si peu d'importance à connaître exacte­ ment la position de la rivière revendiquée comme frontière par les Portugais, que le mémoire français de janvier 1698 ne contient sur la latitude aucune des indications figurant dans le mémoire sur lequel il se basait. On conçoit que les Français connussent l'Oyapoc mieux que les Portugais, puisque, pour atteindre l'Amazone, ils devaient passer près de l'Oyapoc et du Cap d'Orange; pour les Portugais en revanche, cette rivière frontière était fort éloignée.


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Une fois que les négociations eurent abouti à obliger les Portugais à raser tous leurs forts sur la rive gauche de l'Amazone et que la possession du Contesté fut déclarée « in­ decise entre les deux Couronnes», la F r a n c e n'avait plus d'intérêt à ne pas délimiter le Contesté de manière à lui donner l'Amazone pour frontière méridionale, conformément à sa propre revendication, et l'Oyapoc (Ojapoc) ou Vincent Pinçon pour frontière septentrionale et occidentale, confor­ mément à la revendication du Portugal. L a F r a n c e avait atteint le but qui lui importait le plus, le libre accès de l'Amazone. Elle n'avait pas à redouter que les Portugais avançassent vers Cayenne. Mais rien n'indique que l'Oyapoc o u Vincent Pinçon du traité provisionnel du 4 mars 1700 fut un autre cours d'eau que celui que les débats préliminaires font connaître sous c e nom, savoir l'Oyapoc d'aujourd'hui. IV. On s'en tint à la convention du 4 mars 1700. L'article 9 du traité avait prévu que la question des frontières, A m a ­ zone ou Oyapoc-Vincent-Pinçon, serait éclaircie et défini­ tivement tranchée selon les nouvelles données qui devaient être recueillies, mais cette disposition resta lettre morte, et le 18 juin 1701 le traité provisionnel de l'année précé­ dente fut converti en un traité définitif et perpétuel. L a F r a n c e considérait cet acte comme une concession qu'elle devait faire au Portugal à cause de la situation politique générale. Aucune r é s e r v e ou exception n'ayant été stipulée, il faut admettre que la dénomination adoptée en 1701 « terres du Cap de Nord, confinant à la rivière des Amazones » (article 15, première rédaction, ou article 6, seconde rédaction du traité), ne peut pas viser autre chose que le territoire du Contesté, tel que le délimitait le traité provisionnel, auquel on se référait expressément.


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Ce que le Portugal avait en vain demandé à la F r a n c e en 1701, savoir la renonciation de cette Puissance « à toute prétention des terres du Cap de Nord confinant à la rivière des Amazones », et s'étendant « jusqu'à la rivière de Vin­ cent Pinson autrement dit de Oyapoc », il se le fit garantir le 16 mai 1703 dans son traité d'alliance avec l'Empereur, l'Angleterre et les Pays-Bas. L'article 22 de ce traité d'al­ liance stipule expressément : « . . . pax fieri non poterit cum R e g e Christianissimo, nisi ipse cedat quocumque Jure, quod habere intendit in Regiones ad Promontorium Boreale vulgo Caput de Norte pertinentes et ad ditionem Status Maranonii spectantes, jacentesque inter Fluvios Amazonium et Vincentis Pinsonis ». L e Portugal désignait la rivière devant servir de frontière septentrionale sous le nom qu'il lui donnait d'habitude, rien ne l'engageait à y ajouter la dénomination adoptée par les Français pour la même rivière. L a désignation « Regiones ad Promontorium Boreale vulgo Caput de Norte pertinentes » est la traduction aussi exacte que possible du terme « T e r r e s du Cap de Nord». L e traité de 1703 donne au Contesté la même étendue que les traités de 1700 et de 1701, et le traité d'Utrecht du 11 avril 1713 ne peut être interprété différemment. Cela ressort directement des articles 8 et 9 du traité d'Utrecht, où le traité provisionnel de 1700 est déclaré nul et de nulle vigueur, où le même territoire dont avait dis­ posé ce traité provisionnel est définitivement attribué au Portugal et où ce territoire, le Contesté, est désigné selon les mêmes termes que ceux dont s'étaient servis les traités antérieurs « terres appellées du Cap du Nord et situées entre la riviere des Amazones et celle de J a p o c ou de Vincent Pinson ». Cette opinion est corroborée par l'article 12 qui fait défense aux Français « de passer la riviere de Vincent Pinson, pour negocier.... dans les terres du Cap du Nord» ;


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cette dénomination ne vise pas d'autre territoire que celui délimité par l'article 8. En conséquence, les terres fran­ çaises de Cayenne commencent sur la rive gauche et nordouest du Vincent Pinçon des Portugais ou du J a p o c des F r a n ç a i s et c'est pourquoi l'article 12 précité stipule en outre : « S a Majesté Portugaise promet.... qu'aucuns de ses sujets n'iront c o m m e r c e r a Cayenne ». L'origine des articles du traité d'Utrecht que l'arbitre doit interpréter est expliquée dans toute une série de docu­ ments dignes de foi ; l'arbitre a puisé clans toutes ces pièces la conviction que par le J a p o c ou Vincent Pinson de l'ar­ ticle 8, on ne peut pas entendre une autre rivière que celle à laquelle se rapportent les traités de 1700 et de 1703, donc pas d'autre cours d'eau que l'Oyapoc actuel du Cap d'Orange. Au fond, les parties sont d'accord pour reconnaître qu'il ne saurait être attaché aucune importance à la différence d'orthographe de J a p o c et d'Oyapoc ; dans les délibérations qui ont abouti à la conclusion du traité, on a écrit indifféremment Y a p o c o , Oyapoco, Oyapoc (Ojapoc). L a dénomination J a p o c est due probablement à ce que les plénipotentiaires portugais à Utrecht, qui connaissaient la rivière sous le nom de Vincent Pinçon, rédigèrent les articles du traité, et, d'après la forme usuelle pour eux, firent alors du Yapoco des cartes françaises, un J a p o c . Il résulte des négociations que l'intervention de l'Angle­ terre a valu au Portugal des clauses favorables, en premier lieu l'attribution du Contesté et l'interdiction faite aux F r a n ç a i s de naviguer sur l'Amazone. Cette ligne de con­ duite était dictée aux Anglais par leur propre intérêt et aussi par le respect des obligations que le traité de 1703 leur imposait à l'égard du Portugal. D è s le début des négociations, le Portugal, se pré­ valant du traité d'alliance de 1703 et ce nonobstant le


834

traité du 4 mars 1700, demandait que la France renon­ çât à son profit à toute prétention sur les « T e r r e s du Cap du Nord situées entre la Rivière des Amazones et celle de Vin­ cent Pinson » ; sa demande avait incontestablement pour objet le territoire dont, en 1700, la possession avait été déclarée « indecise entre les deux couronnes » et dont la frontière vers Cayenne était formée par l'Oyapoc actuel du Cap d'Orange. L a France, en revanche, entendait d'abord maintenir l'état de choses antérieur à la guerre et observait: « quant aux do­ maines de l'Amérique, s'il y a quelques différends à régler, on tâchera d'en convenir à l'amiable » ; plus tard, les plénipotentiaires français au congrès d'Utrecht avaient pour instruction de réclamer la frontière de l'Amazone et, au cas où ils ne pourraient pas l'obtenir, d'insister sur ce point « que les François auront la liberté entière de la Nauigation dans la Riviere des Amazones», en même temps que le traité provisionnel de 1700 resterait en vigueur «jusqu'a ce qu'on soit convenu deffinitivement des Limites de la Province de la Guyanne »; mais si cette convention venait à ne pas être conclue dans le délai d'une année à partir du traité de paix, le fleuve des Amazones deviendrait la frontière. L e Portugal qui avait complètement confié la défense de ses intérêts à l'Angleterre fut soutenu par cette Puissance. Lord Bolingbroke fit savoir au Marquis de T o r c y , ministre français des Affaires étrangères, que la reine d'Angleterre avait pris à l'égard du roi de Portugal « par traité des engagements plus solides qu'à l'égard de tout autre allié » ; à Londres, ce fut principalement le ministre por­ tugais J o s é da Cunha Brochado qui fit valoir avec succès les prétentions du Portugal ; il exposa combien le traité provisionnel de 1700 avait été préjudiciable au Portugal, en imposant au roi de Portugal de « s'abstenir de l'an-


835

cienne Possession et de la jouissance des T e r r e s , qu'il possedoit, situées depuis la Riviere appelée Y a p o c o jusques au Cap du Nort de la Riviere des Amazones inclusive», «au grand prejudice de son ancien Domaine, avec si peu de seureté pour le reste du Maragnan » ; il faisait ressortir que le maintien de ce traité de 1700 amènerait de nouvelles disputes et de nouvelles querelles. L'Angleterre était dis­ posée à prendre contre la F r a n c e la défense de la prétention du Portugal sur le Contesté, cela en ce sens « que les F r a n ç a i s abandonnent totalement ces terres-là, pour les éloigner du voisinage du B r é s i l » , mais les égards qu'elle avait pour la F r a n c e firent qu'elle ne mit toute son énergie à soutenir cette prétention que du moment où, au cours des négocia­ tions, la F r a n c e réclama pour ses ressortissants la libre navigation sur l'Amazone et présenta cette demande comme étant pour elle la plus importante. L e s rapports sur la mémorable conférence d'Utrecht, du 9 février 1713, à laquelle ont pris part les plénipoten­ tiaires français, portugais et anglais, démontrent — et cela mérite d'être relevé — que la contestation au sujet de la latitude de l'embouchure de la rivière frontière aurait pu naître alors, si l'on avait attaché quelque importance à connaître exactement cette latitude. Mais comme tel n'était pas le cas, la question ne devint pas aiguë. Il faut toutefois insister sur ce point: en 1713, pas plus qu'en 1700 et dans les années précédentes, la question actuellement litigieuse n'existait et elle n'existait pas par cette raison : l'on était d'accord sur l'identité du J a p o c (Oyapoc) et du V i n c e n t Pinçon et d'accord aussi que sous ce nom, il fallait entendre une seule et unique rivière et cette rivière était l'Oyapoc d'aujourd'hui, l'Oyapoc du Cap d'Orange. L a discussion du 9 février 1713 montra bien que les F r a n ç a i s et les Portugais n'étaient pas du même avis


— 836

touchant la latitude de l'embouchure de ce cours d'eau. Deux prétentions étaient en présence : le Brésil réclamait le Contesté, la F r a n c e le maintien du traité provisionnel de 1700, subsidiairement le partage du Contesté, avec la clause que la libre navigation de l'Amazone serait garantie aux ressortissants français. Et quand le partage fut dis­ cuté, les Portugais déclarèrent l'accepter en principe ; ils exigeaient cependant que le traité même traçât la ligne frontière de manière que celle-ci atteignît la côte par 3 / ° de latitude nord ; partant du point de vue que leur carte, qui donnait au Vincent Pinçon ou Oyapoc une lati­ tude nord de 3 / °, était plus exacte et plus précise que les cartes françaises, qui plaçaient la rivière beaucoup plus au nord, ils estimaient que ce partage leur vaudrait non seulement tout le Contesté, mais encore une frontière sûre et indiscutable à l'avenir. Mais les Français étaient opposés à ce mode de partage; en premier lieu, un par­ tage immédiat ne leur convenait pas; ils préféraient un partage auquel il aurait été procédé après la conclusion de la paix, sur place ou ailleurs, par des commissaires des deux E t a t s ; en outre, ils n'agréaient pas le projet, parce que la part qu'il attribuait au Portugal leur paraissait trop grande. Parlant des plénipotentiaires portugais, ils rap­ portent : « I l s . . . se reserverent toujours, non seulement la plus grande partie des costes jusqu'au cap de Nort, mais encore tous les bords de la riviere des Amazones, jusqu'au fort le plus reculé, qu'ils avoient avant 1700. » 3

4

3

4

Ce qui importait le plus aux Français, c'était la libre navigation de l'Amazone. Leurs plénipotentiaires le disent clairement dans le rapport qu'ils adressaient à Louis X I V sur la conférence du 9 février 1713: « L a première chose que nous demandames fut la liberté de la navigation poul­ ies sujets de V o s t r e Majesté dans la riviere des Amazones. »


837 —

E t Louis X I V qualifie la liberté de navigation sur l'Ama­ zone de « condition fondamentale » qui seule le déterminera à entrer en matière sur le projet de partage du Contesté. L a divergence des opinions sur la latitude de la rivière frontière perdit toute importance, du moment que la F r a n c e , au lieu d'obtenir la libre navigation fut obligée d'y renoncer expressément ensuite de l'ultimatum de l'Angleterre, des 17 février — 6 mars 1713, en même temps qu'elle devait abandonner au Portugal tout le Contesté tel qu'il avait été délimité par les précédents traités. L e s F r a n ç a i s acceptèrent le J a p o c (Oyapoc) ou Vincent Pinçon comme étant le cours d'eau frontière visé par le traité de 1700, cela sans restric­ tion ni réserve. L a r é s e r v e que Louis X I V fit stipuler, lors de la signature du traité d'Utrecht, concernait non l'identité du Vincent Pinçon et de l'Oyapoc actuel, mais la liberté de navigation de l'Amazone ; c'était là le but qu'il se pro­ posait, il ne tenait pas à une ligne frontière au sud-est de l'Oyapoc actuel et qui n'eût pas atteint l'Amazone. V. L e litige, tel qu'il existe actuellement entre les parties, est né depuis la conclusion du traité d'Utrecht, en un es­ pace de temps relativement court. L e conflit surgit lorsqu'en 1723, le Gouverneur fran­ çais de Cayenne, Claude d'Orvilliers, tout en reconnais­ sant encore l'Oyapoc actuel comme étant la frontière adoptée par le traité d'Utrecht, revendiqua pour la F r a n c e le territoire entier de l'embouchure de ce cours d'eau, par la raison que le traité d'Utrecht avait attribué au Portugal les terres du Cap de Nord seulement et non pas celles du Cap d'Orange. Il estimait qu'on pouvait d'un commun accord prendre le Cachipour pour limite. D e son côté,


838

j o ã o da Maya da Gama, gouverneur portugais à P a r a , soutenait, en invoquant la découverte faite en 1723 par J o ã o Paes do Amaral d'une borne frontière entre les pos­ sessions espagnoles et portugaises sur la Montagne d'Ar­ gent, qui est sur la rive gauche de l'Oyapoc, que « les ter­ ritoires du Roi Très-Chrétien commencent à la dite pointe appelée Comaribô, qui se trouve à l'Ouest de la rivière de Vicente Pinçon et non pas au Cap d'Orange... attendu que celui-ci se trouve à l'Est, et que toute l'embouchure de la rivière de Vicente Pinçon laquelle est et forme la limite des deux territoires appartient au Roi mon Maître». L e s deux parties partent donc du même cours d'eau comme cours d'eau frontière, c'est-à-dire de l'Oyapoc du Cap d'Orange, mais non pas du thalweg de ce cours d'eau; elles revendiquent par contre le terrtoire sis de l'autre côté. Tandis que le Portugal renoncera tôt après à toute prétention sur la rive gauche de l'Oyapoc, il n'en sera pas de même de la part des autorités françaises à Cayenne. En 1726 déjà, d'Orvilliers tire argument de la «Baie de Vincent Pinson » qui devient pour la suite du litige d'une grande importance ; il considère la frontière du Cachipour comme une concession à faire au Portugal et motive son opinion en ces termes : « Quoique la Baie de Vincent Pinson soit plus au Sud que la Rivière de Cachipour, je conviendrai, pour le Roi mon Maître, que nos limites soient à la Rivière de Cachipour ; cette Rivière ne dépend nullement des terres dites du Cap du Nord, qui sont celles que le Roi a cédées par le dernier traité au Roi de Portugal ; mais comme la Rivière de Vincent Pinson, autrement nommée Oyapoc, est petite, je crois que le Roi ne désapprouvera pas que nous placions la limite à la Rivière de Cachipour, qui est une grande rivière». L'exposé historique a démontré que cette argumentation ne peut pas se concilier avec l'article 8 du traité d'Utrecht; 53


839

il suffit d'avoir signalé les premiers faits auxquels se rat­ tache le litige actuel. Ceux-ci ne sauraient rien c h a n g e r aux constatations qui se dégagent des débats qui ont pré­ cédé le traité d'Utrecht et qui fixent le sens véritable et précis de son article 8. L'histoire des rapports qu'ont en­ tretenus depuis 1713, au sujet de la question de la fron­ tière, les autorités françaises de Cayenne et les autorités brésiliennes de P a r á d'une part, puis, d'autre part, le Gou­ vernement français et le Gouvernement portugais, rem­ placé plus tard par le Gouvernement brésilien, n'a d'autre intérêt pour l'arbitre que de démontrer avec une entière clarté, quelle est l'origine du litige actuel et de quelle ma­ nière les parties, au cours du conflit, ont formulé et défendu leurs prétentions. Il n'est pas nécessaire de revenir encore sur cette partie de l'histoire de la contestation, pas plus que sur les œuvres cartographiques sur lesquelles elle e x e r ç a son influence; ces points ont été examinés d'une manière approfondie dans l'exposé historique et géographique. VI.

Après qu'en 1822, le Brésil se fut séparé du Portugal pour devenir un E t a t indépendant et eut été reconnu comme tel par les puissances, il se trouva à l'égard de la F r a n c e , en ce qui concerne le Contesté, dans la même situation que le Portugal jusqu'alors. Aucun désaccord n'existe sur c e point entre les parties. VII.

L ' e x a m e n auquel l'arbitre adopter, en conformité de la Brésil dans l'article 1 du traité jourd'hui comme devant former er

s'est livré l'a conduit à demande formulée par le d'arbitrage, l'Oyapoc d'au­ la frontière extérieure ou


840

maritime entre la Guyane française et le Brésil. Cette déci­ sion entraîne le rejet de la revendication par la F r a n c e de la frontière de l'Araguary. Il y a lieu de même d'écarter comme frontière tout autre cours d'eau coulant entre l'Ara­ guary et l'Oyapoc. Ce résultat se trouve confirmé, sous tous les rapports, par l'examen de chacune des questions d'ordre purement géographique. L'exposé géographique a montré comment un seul et même cours d'eau a reçu des noms différents, le nom de Vincent Pinçon de la part des Espagnols et des Portugais, le nom d'Oyapoc, très diversement orthographié d'après la dénomination primitive d'origine indienne, de la part des Anglais, des Hollandais et des Français. Il montre aussi que les indications de la latitude de cette rivière variaient beaucoup selon les divers géographes et les diverses cartes géographiques, mais que l'identité du cours d'eau n'en peut pas moins être établie grâce aux « montagnes » qui, situées à l'ouest de son embouchure, le signalent, g r â c e aussi à la détermination de sa position et à la nomencla­ ture reproduite dans les cartes. Il reste acquis pour l'arbitre que la cartographie es­ pagnole et portugaise du X V I siècle, depuis le Padron real de Chaves de 1536, entend par le Rio de Vicente Pinzon accompagné de « Montañas », l'Oyapoc actuel du Cap d'Orange. V e r s le milieu du X V I siècle, un fleuve nouveau et important fut introduit dans les cartes, en pre­ mier lieu par Nicolas Desliens et Sebastiano Cabotto, qui l'empruntèrent à la relation qu'Orellana avait donnée de son voyage. Il figura sur les cartes comme un cours d'eau distinct du Marañon déjà connu et au nord-ouest de celui-ci. Or les cartes identifiaient le Marañon connu avec l'Amazone d'aujourd'hui, lui donnaient une position presque analogue, et le nouveau fleuve étant également identifié e

e


841

avec l'Amazone, il s'en suit que la position du nouveau fleuve était inexacte ; il devait forcément être déplacé trop au nord-ouest, p a r c e que le reste du littoral n'avait subi aucun changement. L e Rio de V i c e n t e Pinzon, abstraction faite du fleuve nouvellement introduit, garda l'ancienne position que lui avait donnée C h a v e s ; il était en consé­ quence beaucoup plus rapproché du nouveau cours d'eau que de l'ancien Marañon. Mais quelques géographes re­ connurent bientôt l'erreur ainsi commise, et, en 1558 déjà, Diogo Homem remet le Rio de V i c e n t e Pinzon avec les Montañas, à la distance primitive et exacte, du fleuve des Amazones. L e représentant le plus autorisé de la carto­ graphie portugaise de la seconde moitié du X V I siècle, V a z Dourado, se rallia à cette opinion, ainsi que G é r a r d Mercator dans ses mappemondes, établies d'après les cartes de l'école de Séville, qui firent connaître univer­ sellement et transmirent au X V I I siècle le nom du Rio de V i c e n t e Pinzon. e

e

L a description que donna B . M. P a r e n t e vers 1630 et la donation qui lui fut octroyée en 1637, démontrent avec une assez grande certitude, ainsi que l'explique l'exposé géographique, que le Rio de V i c e n t e Pinzon et l'Oyapoc sont un seul et même cours d'eau. En revanche, les cartes de J o ã o T e i x e i r a ne peuvent pas servir à déterminer la position du cours d'eau frontière, par le motif qu'elles ne figurent cette partie du littoral que d'une manière absolu­ ment insuffisante. L'exposé géographique réfute aussi les divers argu­ ments developpés par la F r a n c e à l'appui de la frontière de l'Araguary. Il est démontré que cette prétention n'est pas fondée, par la raison qu'il est impossible d'établir que l'Araguary ait eu autrefois une seconde embouchure et qu'il n'a pas été constaté de fait permettant d'admettre


l'identification du Rio

842

de Vicente Pinzon avec un bras

septentrional, aujourd'hui disparu, de l'Araguary. L'Araguary a son embouchure au sud du Cap de Nord, tandis qu'incontestablement le Rio de Vicente Pinzon se jette dans l'Océan au nord-ouest du Cap de Nord. E t de tout temps, on a fait une distinction entre ces deux cours d'eau. C'est ensuite d'une fausse combinaison que la Baie de Vincent Pinçon figure sur la carte dressée en 1703 par Guillaume de l'Isle et plus tard notamment sur celle de L a Condamine, au débouché septentrional du Canal actuel de Carapaporis ; cette erreur provient, d'après les docu­ ments versés au débat, de celle qu'a commise Robert Dudley dans son interprétation du rapport que Keymis avait fait de son voyage, et des fausses notions qu'avaient au sujet de l'Amazone Desliens, Cabotto et d'autres. Outre les mémoires de 1698 et 1699, ce sont notamment la carte dressée par le père Fritz en 1691 et la description du père Pfeil qui montrent que le Portugal, à la fin du X V I I siècle et lors de la conclusion du traité de 1700, identifiait le Rio de Vicente Pinzon et l'Oyapoc d'aujourd'hui. Sur la carte du père Fritz, qui suit en général la nomencla­ ture indienne, le Rio de Vicente Pinzon prend la place de l'Oyapoc; le père Pfeil identifie expressément le Vin­ cent Pinzon avec l'Oyapoc, en relevant que c'est toujours le même cours d'eau, qu'on l'appelle Rio Pinçon ou Wiapoc, ou Yapoc, ou Vaiabogo, ou Oyapoc. L a rivière dont il parle est l'Oyapoc d'aujourd'hui, car il dit : il se jette dans la mer en formant une belle baie et son eau douce se perd entre les deux célèbres promontoires du Mont-d'Argent et du Cabo d'Orange. Il est d'ordre secondaire que le père Pfeil, à l'exemple de tant d'autres géographes, indique une latitude inexacte, c a r c'est le cours d'eau et non la lati­ tude qui revêt de l'importance. e


843

VIII.

A teneur du traité d'arbitrage et en conformité des explications ci-dessus, la frontière extérieure ou maritime va jusqu'à la source principale de l'Oyapoc d'aujourd'hui, à moins que le Brésil ne puisse donner un fondement juri­ dique à la prétention qu'il a articulée aux fins d'obtenir une frontière intérieure passant par le parallèle de 2° 24'. Mais le Brésil n'a pas réussi à justifier sa prétention, par la raison que le seul argument qu'il invoque est tiré de la convention de Paris du 28 août 1817; mais ce moyen, de l'aveu général, n'est pas définitif; il n'est que provisoire. Or comme il s'agit en l'espèce de la revendication d'une frontière définitive, la convention de P a r i s doit être écartée du débat. Il y a lieu de remarquer en outre qu'une ligne fron­ tière déterminée d'après un parallèle, constitue une limite artificielle, que l'arbitre ne saurait adopter si elle ne peut pas se fonder sur un titre. L a limite intérieure que la F r a n c e revendique dans le traité d'arbitrage, et qui devrait suivre une ligne parallèle au cours de l'Amazone jusqu'au Rio B r a n c o , manque, elle aussi, de base juridique. Il est exact que la ligne parallèle qu'elle revendique aujourd'hui, la F r a n c e l'a déjà en principe réclamée sous la forme de la « ligne de M. de Castries » ; mais pour que l'arbitre pût attribuer à la F r a n c e cette ligne parallèle, il serait nécessaire qu'elle fût b a s é e sur une convention ou sur un autre acte incontestable. Ce titre fait défaut ; c a r c'est à tort que la F r a n c e estime que l'article 10 du traité d'Utrecht n'a cédé au Portugal qu'une bande de terre relativement étroite le


844

long des bords, tandis que le vaste territoire qui se trouve derrière cette bande serait resté à la F r a n c e . L e traité d'Utrecht se borne à édicter : « les deux bords de la riviere des Amazones, tant le meridional que le septentrional, appartiennent.... a S a Majesté Portugaise ». Il ne parle pas d'une bande de terrain le long des bords, mais des bords même ; il ne stipule pas davantage que le territoire qui s'étend derrière la bande côtière appartient à la F r a n c e , pas plus qu'il ne dit que les terres qui sont derrière les bords sont cédées au Portugal. Il dispose en termes identiques des deux bords ; une interprétation res­ trictive du terme « bords » ne paraît admissible ni pour l'un ni pour l'autre côté du fleuve. L'allégation de la France qu'elle est fondée à reven­ diquer, en vertu d'une possession effective, les territoires qui sont limités par la frontière intérieure qu'elle propose, n'est pas confirmée par des faits. P a r ces motifs, l'arbitre doit, en ce qui concerne la frontière intérieure, adopter la « solution intermédiaire » convenue par les parties dans l'article 2 du traité d'arbi­ trage.


845

E. SENTENCE Vu les faits et les motifs ci-dessus,

Le

Conseil fédéral suisse,

en sa qualité d'arbitre appelé par le Gouvernement de la République française et par le Gouvernement des Etats-Unis du Brésil, selon le traité d'arbitrage du 10 avril 1897, à fixer la frontière de la Guyane française et du Brésil, constate, décide et prononce :

I. Conformément au sens précis de l'article 8 du traité d'Utrecht, la rivière Japoc ou Vincent Pinçon est l ' O y a p o c qui se jette dans l ' O c é a n immédiatement à l'ouest du Cap d'Orange et qui par son t h a l w e g forme la ligne frontière. II.

A partir de la source principale de cette rivière O y a p o c jusqu'à la frontière hollandaise, la ligne de


846

partage des eaux du bassin des A m a z o n e s qui, dans cette région, est constituée dans sa presque totalité par la ligne de faîte des monts Tumuc-Humac, forme la limite intérieure. Ainsi arrêté à Berne dans notre séance du 1 cembre 1900.

er

dé­

L a présente sentence, revêtue du sceau de la Confé­ dération suisse, sera expédiée en trois exemplaires fran­ çais et trois exemplaires allemands. Un exemplaire fran­ çais et un exemplaire allemand seront communiqués à cha­ cune des deux parties par les soins de notre Département politique ; le troisième exemplaire français et le troisième exemplaire allemand seront déposés aux Archives de la Confédération suisse.

Au nom du Conseil fédéral suisse : Le Président

de la

Confédération,

Hauser. Le

Chancelier

de la Ringier.

Confédération,


TABLE

DES

MATIÈRES Page 5

A. Les éléments du litige I. L e t r a i t é d ' a r b i t r a g e

5

II. L a procédure

19

III. L e territoire contesté

25

1. V u e g é n é r a l e

25

2. L e s frontières r e v e n d i q u é e s p a r les parties

55 62

B. Exposé historique I. L ' é p o q u e a n t é r i e u r e a u t r a i t é p r o v i s i o n n e l du 4 m a r s 1700

.

a) A p e r ç u h i s t o r i q u e g é n é r a l b) A c t e s

de possession

62 62

de l ' E s p a g n e

et du P o r t u g a l

et

donations faites par ces pays

81

c) A c t e s d e p o s s e s s i o n f a i t s p a r l a F r a n c e e t c o n c e s s i o n s françaises d)

Les

128

négociations

de L i s b o n n e ,

de

1698 et 1699, et l e

t r a i t é p r o v i s i o n n e l du 4 m a r s 1700

184

I I . D e p u i s 1700 j u s q u ' à l a c o n c l u s i o n du t r a i t é d ' U t r e c h t , 11 a v r i l 1713

234

I I I . L ' h i s t o i r e du l i t i g e d e p u i s 1713

323 462

C. Exposé géographique I. I n t r o d u c t i o n

462

1. P r e m i è r e c o n n a i s s a n c e du t e r r i t o i r e c o n t e s t é 2. D é v e l o p p e m e n t

de

la

cartographie

. . . .

de l ' A m é r i q u e

S u d j u s q u ' a u c o m m e n c e m e n t du X V I I

e

siècle

464

du

. . . .

3. M é t h o d e suivie dans l'examen des anciennes cartes .

483 .

II. C a r t e s à nomenclature romane

522

1. D e J u a n d e l a C o s a à O r e l l a n a a)

522

C a r t e d e J u a n d e l a C o s a , de 1500

b) L e

Rio

de V i c e n t e

cartes c) M a r - D u l c e - M a r a ñ o n

510

Pinzon

des

522 plus

anciennes 532 578


2. L ' A m a z o n e

849

— Page

d ' O r e l l a n a et le d é v e l o p p e m e n t de l a c a r t o ­

g r a p h i e j u s q u ' à l a fin d u X V I

e

siècle

594

C a r t e s de S e b a s t i a n o C a b o t t o et de D i e g o G u t i e r r e z ,

a)

d e 1544 e t 1 5 5 0 b) C a r t e s XVI

e

594

portugaises

et

françaises

du

milieu

du

siècle

609

c) A u t r e s c a r t e s d u X V I

siècle

e

638

3 . C a r t e s p o r t u g a i s e s e t e s p a g n o l e s du X V I I

e

siècle

.

.

III. C a r t e s à n o m e n c l a t u r e indienne. 1598-1703

688

1. A p e r ç u g é n é r a l 2. L e

Cap

de

671 688

Nord,

cap

insulaire.

considéré c o m m e b r a s de m e r

Le

« Rio Arowary »

.

695

3. L e C a p de N o r d , l'île de M a r a c a , l e b r a s s e p t e n t r i o n a l de

l'Araguary

et

les

conditions

hydrographiques

du

Contesté

709

4. F i n i s B a y e

721

5. L ' I w a r i p o g o

et

la question du R i o de V i c e n t e

Pinzon.

L e s c a r t e s de R o b e r t D u d l e y 6. L ' O y a p o c des c a r t e s du X V I I 7. L e s

cartes

du

P. Samuel

722 e

siècle

727

F r i t z , d e 1691 e t 1707, et l a

c a r t e de G u i l l a u m e de l'Isle de 1703

735

I V . C a r t e s postérieures au traité d'Utrecht

742

1. A p e r ç u g é n é r a l d e s c a r t e s p o s t é r i e u r e s a u t r a i t é .

.

.

743

2. C a r t e s u t i l i s é e s d a n s l e s n é g o c i a t i o n s d e l a p a i x d e 1750 e n t r e l ' E s p a g n e et le P o r t u g a l V.

750

« T e r r e s a p p e l l é e s du C a p du N o r d , e t s i t u é e s e n t r e l a r i v i e r e des A m a z o n e s ,

et

celle

de J a p o c , ou

de V i n c e n t P i n s o n . »

A r t . V I I I du t r a i t é d ' U t r e c h t

755

1. L e s t e r r e s a p p e l é e s d u C a p du N o r d

755

2. J a p o c a). b)

760 L e p a y s d ' Y a p o c o de J e a n M o c q u e t L ' O y a p o c de

l'Arricari,

761

P r e m i e r O y a p o c du

Cap

de N o r d

767

c) L e s T é m o i n s

du n o m

d'Oyapoc

dans la B a i e

de

Vincent Pinson d) L ' O y a p o c

s u d de

770 la

Terre

d'Oyapoc,

Delta

de

l'Araguary

771

e) L ' O y a p o c d e l ' î l e d e

Marajó

f)

L ' î l e d'Ouyapoc de F e r r o l l e s

g)

L'Oyapoc

à

l'époque

du t r a i t é

d'après la conception française

772 773

du

4

mars

1700, 776


850

— Page

3. V i n c e n t Pinçon a)

780

R é s u l t a t s d e l ' e x a m e n des c a r t e s

b) L e

Mémorial

de B e n t o

Maciel

780 P a r e n t e , d e 1630

e n v i r o n , et l e s L e t t r e s R o y a l e s du 14 j u i n 1637 c) L e s

.

785

n é g o c i a t i o n s de 1698 e t 1699 et l e t r a i t é p r o ­

v i s i o n n e l du 4 m a r s 1700 V I . L a limite intérieure

794 815

D. Exposé des motifs

821

E. Sentence

845

ANNEXES P l a n c h e n° 1 : C a r t e g é n é r a l e d e l a »

» 3 : P a r t i e o r i e n t a l e du L i t t o r a l

» » » Tableau

Guyane.

» 2 : R e c o n s t i t u t i o n du P a d r o n r e a l d ' A l o n z o de C h a v e s 1536. »

4 : R o u t i e r de P a e s do A m a r a l

guyanais. 1723.

» 5 : C a r t e de S e b a s t i a n o C a b o t t o I : C a r t e s de T e i x e i r a

1544.

et M é m o r i a l

de P a r e n t e ,

nomenclature

le l o n g de l a côte. I I : C a r t e s de T e i x e i r a et M é m o r i a l de P a r e n t e , n o m e n c l a t u r e à l ' i n t é r i e u r d e l ' e m b o u c h u r e du

fleuve

des A m a z o n e s .

I I I : C o m p a r a i s o n des d o n n é e s du M é m o r i a l de P a r e n t e a v e c l e s c a r t e s m o d e r n e s et a v e c l e s c a r t e s d e T e i x e i r a .


ERRATA Page 24 36 39 43 44 57 57 59 60 64 72 74

Ligne 16 en 9 au 4 9 en 7 au 13 15 en 6 au 11 15 en 17 au 13 en

74 81 132 181 185 189 194 202

remontant, au lieu d e : éclaicissements, lisez : éclaircissements. lieu de : ainsi que de la jonction, lisez : ainsi que la jonction. » qui passe devant, lisez: qui passent devant. remontant, au lieu d e : figure, comme, lisez: figure comme. lieu de : carte n° 3 de la R . F . , lisez: carte n° 3 de R. F. » par laquelle la R. F . , lisez : par laquelle R. F. remontant, au lieu de : D'autre part, la R. F . , lisez : D'autre part, R. F. lieu de : La R. F . , page, lisez : R. F., page. » dans la R. F., lisez : dans R. F. remontant, au lieu de : qu'en était-il, pour, lisez : qu'en était-il pour. lieu de hispano-portugais donnant, lisez : hispano-portugais, donnant. remontant, au lieu de : presqu'immédiatement, lisez : presque immédiatement, 11 » » mis la main, lisez: mit la main. 17 au lieu d e : presqu'en, lisez : presque en. 8 » les pleins pouvoirs, lisez: des pleins pouvoirs. 9 » construit les forts, lisez : construit le fort. 4 en remontant, au lieu de : d'ailleurs R. F . I, lisez: d'ailleurs M. F. I. 8 » » presqu'identité, lisez: presque identité. 9 » » carte de 1698, indique, lisez : carte de 1 6 9 8 indique. 6 » » du Brésil, lisez : du Portugal.

223 240 260 281 324 365 634 680 718 800

1 14 8 6 1 8 3 10 4 5

au lieu de : fut réglée, lisez : fût réglée. » indiquée par, lisez: indiquées par. » n'opposèrent pas, aux, lisez: n'opposèrent pas aux. en remontant, au lieu de : désignant, lisez : désignent. au lieu d e : presqu'impossibilité, lisez : presque impossibilité. » quelqu'exagérés, lisez: quelque exagérés. » 1568 ; ce sont, lisez: 1568, savoir. en remontant, au lieu de : quelquesfois, lisez : quelquefois. » » on pourrait obtenir, lisez : on peut obtenir. » » lépoque, lisez : l'époque.


Sentence du conseil fédéral Suisse  

Auteur : Partie 2 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles e...

Sentence du conseil fédéral Suisse  

Auteur : Partie 2 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles e...

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