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MANIOC.org Bibliothèque Schoelcher Conseil g é n é r a l d e la M a r t i n i q u e


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M A N U E L D E S

DE

H A B I T A N S

SAINT-DOMINGUE.

MANIOC.org Bibliothèque Schoelcher Conseil g é n é r a l de la

Martinique


DE

L'IMPRIMERIE

DE

MARCHANT.


M A N U E L D E S

H

A B I T A N S

DE S A I N T - D O M I N G U E , C O N T E N A N T UN p r é c i s d e l ' H i s t o i r e d e c e t t e I l e , d e p u i s s a d é c o u v e r t e ; la D e s c r i p t i o n T o p o g r a p h i q u e et S t a t i s t i q u e d e s p a r t i e s F r a n ç a i s e e t E s p a g n o l e ; le T a b l e a u d e s p r o d u c t i o n s

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l ' I n d i g o , d e r é c o l t e r e t p r é p a r e r le Café,

le

le Coton

et

Cacao j u s q u ' à leur e m b a r q u e m e n t , e t d e faire le Rum à la. manière Anglaise : S U I V I D'UN T r a i t é de MÉDECINE DOMESTIQUE appropriée aux Iles , d'une PHARMACOPÉE AMÉRICAINE ; du premier VOCABULAIRE FRANÇAISCRÉOLE , et de CONVERSATIONS FRANÇAISES-CRÉOLES pour donner une idée de ce l a n g a g e , et se faire entendre des N è g r e s ; O u v r a g e utile à tous ceux qui désirent se procurer des notions exactes sur la manière de se conduire dans la t r a v e r s é e , et les m o y e n s de fortune que présentent les cultures et le Commerce de S a i n t - D o m i n g u e ; orné d'une carte de cette Ile , et de T a b l e a u x concernant sa population et ses productions.

P A R S. J.

D U C ΠU R J O L Y , A n c i e n Habitant de Saint - D o m i n g u e . TOME SECOND

A PARIS, C H E Z L E N O I R , L I B R A I R E , RUE

DE

M. D C C C I I . — A N X .

SAVOIE,

4.


M A N U E L DES

H A B I T A N S

DE SAINT-DOMINGUE.

C

H

A

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I

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E

P R E M I E R .

C A F E T E R I E . TERRE

PROPRE

A L A P L A N T A T I O N

DU,

CAFÉ.

Troisième

Habitation,

Les établissemens convenables à une habitation plantée en c a f é , s o n t , u n m a g a s i n , des glacis, des fosses pour p o u r r i t la chair que l'on h o m m e ce* risé, et qui sert d'enveloppe à la g r a i n e , qui est le café ; plusieurs moulins à p i l e r , afin de séparer le p a r c h e m i n de cette graine, et la netfoyer. L e café d e m a n d e à être planté dans une terre c i e r g e o u , c o m m e n o u s nous exprimons a u x îles, Tome II. A t


2

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

dans des bois neufs. Les terrains des mornes sont de peu de d u r é e , attendu que la chute des eaux de pluie entraîne avec elle la superficie de la terre, la dégrade , et y fait des fosses qui l'amaigrissent et la rendent stérile. D e pareils accidens obligent de planter u n certain n o m b r e de pieds de c a f é , tous les a n s , pour maintenir le r e v e n u en proportion des pertes qui sont inévitables. I l est aisé de c o m p r e n d r e , par ce que je viens de d i r e , que le terrain des mornes ne dure pas l o n g temps : aussi, pour en prolonger la jouissance , il faut très-sévèrement défendre aux nègres d ' a r r a cher , en défrichant les b o i s , aucune de ces r a c i n e s , q u i , rampant sur la terre, et l'entrelaçant en tout s e n s , servent à l'affermir. O n conçoit la grande Utilitédecetteprécaution pour conserver le terrain ; c a r , tant que ces racines subsistent et lient la terre, les eaux n'ont aucune prise sur elle , les pieds de café ont le temps de croître, e t , à leur t o u r , de c o u v r i r de racines la terre qui les environne a v a n t l'entière consommation des autres ; ce qui leur donne lieu de résister quelques années de plus. O n ne doit jamais sarcler à la h o u e , de crainte de bécher la terre, q u i , étant ainsi fouillée, part a u moindre grain de pluie, et se trouve usée a v a n t que l'arbre ait le, temps de fructifier.


S T. - D O M I N G U E .

A R T I C L E Manière

3

P R E M I E R.

de planter

le

Café,

L a façon de planter le café est assez s i m p l e ; mais elle demande de l'attention. D ' a b o r d , bien nettoyer le terrain o u i on veut le m e t t r e , et fouiller d ' a v a n c e tous les trous : cette préparation est i n dispensable; car la pluie pénètre plus facilement la terre; Il y a m ê m e plusieurs trous o ù l'eau séjourne, et ce bain salutaire sert à conserver la fraîcheur à la jeune plante, qui alors a le temps de former de nouvelles racines a v a n t que la c h a leur du soleil y ait fait impression. J ' a i l'habitude de contribuer à l'entretien de Cette f r a î c h e u r , par u n petit mortier de b o u e Claire dont je fais envelopper le chevelu de c h a q u e pied de café ; par ce m o y e n il reprend facilement, la plante et les feuilles étant d'une consistance naturellement forte, résistent long-temps à la c h a leur. A u m o y e n de cette p r é c a u t i o n , il n'en périt que fort p e u , o u point d u tout. E n arrachant les pieds dé cafés pour les planter, je fais fouiller, à la h o u e , la terre où ils sont : par c e p r o c é d é , le chevelu reste entier, et se maintient dans son état naturel; car il est démontré que le c a f é , arraché à la m a i n , sort tordu ou é b r a n l é ; que la meilleure partie de son chevelu reste dans la terre; et c'est cependant ce dont il a le plus besoin.


4

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

A R T I C L E

A

quelle

distance

on plante

II.

le

Café.

L e s sentimens sur, la distance qu'on doit donner aux plantes d u c a f é , sont très-partagés : quelques habitans ne leur donnent que quatre pieds de distance; d'autres moins encore. Quant à m o i , je pense qu'il faut tracer les rangs de six en six pieds, et planter l'arbre de cinq en cinq : cela s'entend d a n s une terre médiocre. Il est v r a i qu'il en coûte b i e n plus d'entretien ; mais cette perte est c o m pensée par bien des avantages : d ' a b o r d , on retire plusieurs sortes de vivres pendant les deux ou trois premières années. D ' a i l l e u r s , l'arbre devient bien plus b e a u , et rapporte a u q u a d r u p l e , parce que les branches trouvent m o y e n de s'étendre en pleine liberté ; e n f i n , les rangs de cafés a y a n t un espace c o n v e n a b l e , les nègres ne sont pas sujets à être mouillés en le cueillant; ce qui mérite la plus sérieuse attention. P o u r satisfaire la curiosité du lecteur , je vais d o n n e r une table de la quantité de cafiers qui entrent dans u n carreau de t e r r e , suivant la distance qui se trouve entre chaque pied,


DE TA BLEAU

du nombre

contenus A

ST.-DOMINGUE.

dans

5

de pieds

un carreau

de

de

Café

terre.

3 p i e d s , sur 3 pieds d e distance , 13,611 Cafiers .

10,633

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A R T I C L E

. .

85a

III

Profondeur des trous; L a profondeur des trous ne doit p a s e x c é d e r six à sept pouces, et la hauteur du plant dix-huit. P l u s p e t i t s , ils occasionnent souvent une année A S


6

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

cío retard ; plus .grands, ils réussissent mal. A v a n t de poser les plants dans les t r o u s , on a soin de leur couper l'extrémité du p i e d , q u i , à son ordin a i r e , cherche toujours à creuser; de sorte que si le roc ou la terre glaise sont près de la r a c i n e , elle les atteint et l'arbre périt dans le temps qu'on le croit affermi. ARTICLE En quelle saison

IV. on plante

. le

Café.

II est de l'intérêt de l'habitant de choisir un temps p l u v i e u x , afin que là plante soit bien a r r o sée. L e mois de n o v e m b r e étant la saison la plus h u m i d e , et OLI les nords sont plus fréquens, il convient d'en. profiter; car il est absolument n é cessaire que les cafiers reçoivent la pluie quelques jours après qu'ils ont été plantes ; niais c o m m e les t r a v a u x d'une habitation ne se font que par deg r é s , et selon qu'ils se présentent, il y a aussi plusieurs, mois de l'année qui sont propres à cet o u v r a g e , lorsque les saisons sont pluvieuses. A i n s i , on s'occupe à planter, depuis novembre jusqu'au mois de m a i , à mesure qu'on trouve du terrain p r é p a r é ; car tout ne sauroit l'être à la fois. Les derniers plantés croissent bien plus vite que les autres, parce qu'on les plante dans le fort du printemps, où la terre travaille plus qu'en toute autre s a i s o n , au lieu qu'en hiver elle est c o m m e


DE

ST.-DOMINGUE.

7

stérile par l ' a b o n d a n c e des pluies qui la rendent trop froide pour la végétation des cafiers ; mais quoiqu'elles soient plus de trois ou quatre mois sans v é g é t e r , lorsqu'on les plante en h i v e r , on est a u moins certain que la plantation est faite a v e c plus de succès q u ' e n été ; c a r alors on est obligé de la réitérer plusieurs fois ; ce qu'on appelle recouvrage , et ce qui fait qu'ils ne produisent pas tous ensemble. A R T I C L E Vivres

V.

qu'on peut planter dans les rangs Cafés pendant leur croissance.

de

Pendant le temps de la crue de l'arbre, la terre ne reste pas oisive; l'habitant en retire de grandes d o u c e u r s , attendu qu'on a soin de la remplir de p o i s , de m a ï s , et de riz , dont on fait d'abondantes moissons pendant les deux premières a n n é e s , surtout lorsqu'on plante les cafés à une b o n n e d i s tance ; mais il faut observer de n ' y mettre a u c u n pois qui r a m e , et les éloigner des pieds de c a f é , auxquels ils pourroient nuire; de m ê m e , lorsqu'on y veut planter d u r i z , on n'en doit mettre qu'un, seul r a n g entre les cafés. Il n'y a que ces seuls vivres qu'on puisse fructueusement planter entre chaque r a n g : ceux qui en placent d'autres n ' e n tendent pas leurs intérêts. P l u s i e u r s , p a r e x e m p l e , plantent u n r a n g de A 4


8

M

ANUEL

D ES

H A B I T A N S

m a n i o c entre deux rangs de café. J ' a c c o r d e qu'uni seul r a n g de m a n i o c n'y sauroit préjudiciel'; mais, lorsqu'on viendra à lé fouiller, n'est-il pas clair que la racine du m a n i o c se trouvera si près de celle du c a f é , qu'on ne pourra arracher l'une sansnuire à l'autre ? A u t r e i n c o n v é n i e n t , et pire que le premier : cette terre ainsi fouillée, étant e m portée au moindre grain de p l u i e , occasionne desfosses, et se trouve usée dans le temps où l'arbre c o m m e n c e à fructifier. J e ne parle pas de c e u x qui mêlent les patates a u x c a f é s , parce qu'il faut être fou p o u r s'en a v i s e r , ou n ' a v o i r a u c u n e expérience. A R T I C L E Moyens

de conserver

V I .

les pieds de

Cafés,

L e m o y e n le plus efficace p o u r conserver les pieds de c a f é s , est de les maintenir à une h a u t e u r proportionnée à la qualité du terrain qu'ils o c c u pent ; dans u n terrain m é d i o c r e , à trois pieds seulement; dans une terre p r o f o n d e , à quatre; et dans la meilleure, à c i n q . C e pied de café ainsi a r r ê t é , tout le corps de l'arbre doit nécessairement e n recevoir plus de nourriture ; la sève a y a n t fort peu à m o n t e r , et les branches ne p o u v a n t multiplier d a v a n t a g e , elles se convertissent en u n bois presque aussi solide que le tronc m ê m e . L ' a r b r e rapporte moins de fruits ; et ses b r a n c h e s , se


DE

S T.-DoMING U E .

9

trouvant plus fortes, sont en état de supporter le peu qu'elles produisent ; ce qui doit incontestablement les maintenir. A R T I C L E Manière

d'arrêter

VII. les

Cafés.

C h a c u n arrête les cafés à sa manière. Il y en a qui prétendent qu'il faut les laisser produire leur premier r a p p o r t ; c'est u n abus. P o u r m o i , sitôt qu'un café est p a r v e n u à la hauteur que je viens de désigner, je casse l'extrémité de la t i g e , qui est fort tendre ; ce qui l'empêche de hausser davant a g e , et donne lieu a u x branches de s'étendre en l o n g et en l a r g e , et de multiplier leurs' scions. Cette opération fait que l'arbre se f o r m e en rose ; d é g a g é d'un superflu i n c o m m o d e , il n'est pas s u r c h a r g é , et dès lors les fruits en sont m i e u x n o u r r i s , et moins sujets à couler. Il en résulte m ê m e u n autre a v a n t a g e , c'est la commodité de pouvoir les cueillir sans e n d o m m a g e r les b r a n ches , c o m m e il arrive à c e u x q u i , croissant e n l i b e r t é , ont le tronc si foible faute de substance, que le seul poids de leurs fruits fait pencher toute la tige. D a n s cet é t a t , l'arbre a c c a b l é sous son propre f a i x , périt dans le temps o ù il promettoit le plus.


10

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

A R T I C L E Déclin

1

V III.

de l ' A r b r e .

A mesure que l'arbre vieillit, cette a b o n d a n c e cesse, et le café en est plus beau et plus estimé. O n croira peut-être qu'il vient plus gros parce qu'il produit peu ; c'est tout le contraire. Il est tout petit; et c'est en cela seul que consiste sa qualité. T e l pied q u i , à son second r a p p o r t , produisoit deux livres de c a f é , aura de la p e i n e , à son cinq u i è m e , d'en fournir u n quarteron ; ensuite il ne produit plus que tous les deux ans ; car il y a une année où il rapporte p e u , et l'autre quelque chose de plus. D'après c e l a , il est facile de concevoir combien il est important d'en multiplier le n o m b r e tous les a n s , afin de prévenir le détriment ou le déchet de c e u x qui se détériorent, A R T I C L E Description

IX.

de l ' A r b r e .

L'aspect d'un pied de café de dix-huit mois o u deux a n s , a quelque chose de charmant : vous le v o y e z alors dans toute sa vigueur. Ses feuilles sont d'un vert v i f et f o n c é , fort lisses, un peu recourbées, et c o m m e dentelées tout a u t o u r ; l'arbre est touffu, et a p p r o c h e , p o u r la figure, de celle du laurier ; il croît naturellement


DE

ST.- D O M I N G U E .

11

Fort r o n d , et pousse ses branches régulièrement depuis le bas jusqu'en h a u t , où elles vont toujours en diminuant jusqu'à l'extrémité de la t i g e ; les branches sortent du tronc, deux à d e u x , et opposées les unes aux autres ; les premières commencent ci un pied de t e r r e , lorsque l'arbre est f o r m é , et les autres se s u c c è d e n t , de trois en trois pouces ; mais elles se rapprochent à mesure que l'arbre vieillit, et elles grossissent proportionnellement. L a figure régulière de l'arbre se perd sitôt qu'il est arrête ; alors les branches d'en haut s'allongent c o m m e celles d'eu b a s , et se garnissent de scions (qu'en terme du pays nous appelons pattes d'oie), qui tous produisent successivement, et qui n'ont d'abord qu'un pied de l o n g , la première année de leur c r u e , mais qui augmentent tous les a n s , pour remplacer l a stérilité des premières branches ; car il est à r e m a r q u e r que l'arbre ne produit pas deux années de suite, dans les mêmes endroits, de son bois , mais qu'il fructifie immédiatement après ceux où l'on vient de cueillir, jusqu'à l'extrémité des b r a n c h e s , et a u x nouvelles que le pied a coutume de multiplier tous les ans. L e s feuilles s o r t e n t , de deux en deux , p a r c h a q u e n œ u d des b r a n c h e s , et c'est dans ces nœuds que se forment les fruits qui y sont attachés par un pédicule fort c o u r t , ainsi que le raisin l'est sur la grappe. Quoique ces nœuds soient fort près les uns des autres, on y compte souvent jus-


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M A N U E L

DES

H A B I T A N S

q u ' à quinze et vingt fruits , et presque autant d e nœuds à chaque b r a n c h e ; ce qui fait que lorsque l'arbre fleurit, les fleurs sont si près les unes dea autres que chaque branche pourrait fournir u n e guirlande bien garnie. II n'est point de saison e n A m é r i q u e , qui rappelle plus celle du printemps d ' E u r o p e , ni qui l'imite davantage , que q u a n d ces arbrisseaux sont en fleur ; aussi fleurissent-ils en mars et a v r i l ; mais les jeunes cafés de deux ans fleurissent quelquefois six fois dans une année à mesure qu'ils croissent, et qu'ils ont le temps f a vorable. y

A R T I C L E Fleur

du

X.

Café.

L a fleur du café est une petite étoile b l a n c h e , , découpée en cinq p a r t i e s , dont chaque séparation est garnie d'une étamine de la m ê m e c o u l e u r , a v e c une autre dans son milieu, qui se termine en f o u r c h e , et reste assez l o n g - t e m p s collée sur son fruit. L a fleur ne dure que deux fois vingt-quatre h e u r e s , après quoi elle c o m m e n c e à se faner , et tombe quelques jours après. C'est à cette fleur que succède le fruits A R T I C L E Forme la

de son

X I . fruit.

forme de son fruit imite celle de l'olive»;


DE

S T . - D O M I N G U E .

13

a v e c laquelle il a bien de la ressemblance., jusq u ' à ce qu'il ait acquis sa grosseur naturelle. A mesure qu'il approche de sa m a t u r i t é , sa c o u leur verte se c h a n g e en un jaune pâle : c e l u i - c i , à son t o u r , lait place a u beau rouge incarnat qui lui succède. A l o r s il ressemble à u n e cerise oblongue ; sa chair est u n e espèce de p u l p e , assez insipide a u goût. A cette pulpe succèdent deux petites fèves jumelles, accollées , couvertes d'un fort p a r c h e min qui précède une pellicule extrêmement fine et adhérente, qui la c o u v r e dans son entier. C e n'est qu'environ un mois avant la m a t u rité du fruit, qu'on s'apperçoit c o m b i e n l'arbre en est chargé. Cette belle verdure c h a n g e de c o u l e u r , toutes les feuilles jaunissent, et semblent a n n o n c e r la langueur de l'arbre. Il paroît nous avertir qu'il a besoin d'être déchargé. C'est ce qu'il ne faut pas n é g l i g e r , sitôt que son fruit r o u g i t , ni d'émonder les branches gourmandes qui repoussent vivement après qu'on a arrêté o u étêté le pied. A cette é p o q u e , il sort aussi une quantité de b o u r g e o n s , dont il faut le délivrer. C h a q u e fois qu'on sarcle, on ne m a n q u e pas de l'éla g u e r , en ne lui laissant simplement que sa maîtresse tige ; p a r ce m o y e n , le pied devient plus v i g o u r e u x , et se soutient infiniment d a vantage. A mesure qu'on délivre l'arbre de son fruit,


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M A N U E L

DES

H A BIT AN S

on le voit renaître, et reprendre une nouvelle force. C'est principalement dans ce temps qu'il a besoin que les rosées de pluie le secourent souv e n t ; car le café demande beaucoup d'humidité, et un terrain qui soit toujours frais ; ce qui lait qu'il ne réussit pas dans la p l a i n e , où les pluies sont extrêmement r a r e s , et qu'il n'y a que les inornes qui lui sont propres , et sur-tout les terrains nouvellement défrichés. A R T I C L E Le Café

ne mûrît jamais

X I I . ensemble.

L e fruit du café ne mûrit jamais tout à la fois, et c'est en quoi on est très-heureux; c a r , sans c e l a , on perdroit une partie de son r e v e n u , puisqu'on est o c c u p é , le quart de l ' a n n é e , à recueillir. Cela provient de ce que l'arbre fleurit en différens temps, et que les fruits étant extrêm e m e n t serrés les uns contre les autres, il y e n a u n quart qui presse tellement le reste , q u e Ceux-ci sont forcés d'attendre la récolte des premiers , pour p o u v o i r jouir de la m ê m e liberté. C'est ce qui procure quatre Ou cinq récoltes, q u i , toutes e n s e m b l e , n'en font q u ' u n e , parce qu'elles se suivent^immédiatement, sans aucune interruption , et m ê m e sans qu'il soit possible d'éviter Une perte de temps considérable, quelque diligence qu'on fasse.


DE

S T . - D O M I N G U E

A R T I C L E En quelle

saison

15

X I I I .

on cueille

le

Café.

L e fruit est m û r lorsque son rouge c o m m e n c e à brunir ; c'est ordinairement à la fin de septembre, et la récolte continue jusqu'à l a fin de l'année : mais lorsque l'arbre est à son premier et second r a p p o r t , dès le mois de juillet on peut c o m m e n c e r ; alors il y a un intervalle de quelques s e m a i n e s , que l'on emploie à bien nettoyer la place ; car lorsqu'on est dans le fort de la c u e i l l e , o n ne peut se détourner un moment sans perte. Les nègres qui y sont o c c u p é s , se munissent chacun d'un panier, dans lequel ils font tomber le c a f é , à mesure qu'ils dépouillent L'arbre. Sitôt que ce panier est rempli, on le vide dans u n autre plus g r a n d , dont chaque nègre est é g a l e ment p o u r v u , qui peut contenir sa c h a r g e , et sert à porter le café au moulin. O n fait observer a u x nègres de n'arracher que le fruit seulement, et de laisser la queue adhérente à la b r a n c h e y pour ne point entamer son écorce ; ce qui porteroit préjudice à l'arbre. A R T I C L E Trois

espèces

de Cafés

X I V . inférieurs.

Il y a trois espèces de cafés inférieurs, qu'il faut éviter de m ê l e r ensemble. Premièrement celui


16

M A N U E L

DES

H A B I T A N S .

qui est é c h a u d é , ou p r é m a t u r é , par le défaut de p l u i e , qui sécherait plutôt sur l'arbre que de r o u g i r , et q u ' o n est obligé de cueillir quand il Commence à jaunir et à se tacher. Il convient d o n c de ne pas le mêler a v e c le b o n . Il y a encore une autre espèce de café é c h a u d é , pire que la p r e m i è r e , qui sèche sur l'arbre a v a n t de parvenir à la moitié de sa maturité ; c'est ce qui arrive ordinairement aux pieds des cafés qu'on laisse croître en toute liberté. Celui-ci s'appelle crocros. Enfin il y a une troisième e s p è c e , q u ' o n n o m m e les écumes : on ne la d é c o u v r e que lorsqu'on lave le c a f é , et après qu'il a passé a u moulin. C e sont autant de cafés f a u x , qui surn a g e n t , et q u ' o n a soin d'écumer. A R T I C L E Arrangement

X V .

de la case à

moulin.

A p r è s que les paniers sont remplis , c h a q u e nègre emporte le s i e n , et le vide dans des espèces de séparations , en forme de coffre, q u ' o n pratique a u x côtés de la c a s e , et qui peuvent contenir autant de c a f é , et m ê m e beaucoup a u delà de ce que les nègres en peuvent cueillir dans la journée. A la nuit t o m b a n t e , on dispose le n o m b r e de nègres nécessaires pour le passer a u moulin : sept suffisent, et tous les soirs ils doivent être relevés par


D E S T . - D O M I N G U E .

17

p a r le m ê m e n o m b r e , pendant que les autres sont à leur case pour apprêter la nourriture de c e u x - c i ; de façon que lorsque l'ouvrage est fini, ils trouvent leur repas tout prêt. C'est ordinairement les femmes qui ont c e soin. D e cette m a n i è r e , personne ne sauroit se p l a i n d r e , et le travail v a " rondement. E n moins d'une heure et demie toute la cueillette de la journée a passé a n m o u l i n ; et voici en quoi consiste cet o u v r a g e , q u i est le plus rude. A R T I C L E Comment

on

passe

X V I .

le Café

au

moulin.

Il y a deux nègres destinés à tourner le m o u lin du côlé du g r a n d r ô l e , et u n autre au petit rouleau. L e premier de ces m o u l i n s , c o m m e le plus r u d e , a deux manivelles , et le petit n'en a qu'une. Il y a u n quatrième nègre posé au haut de la t r é m i e , pour donner à m a n g e r au m o u l i n , et pousser le café à mesure que le moulin l'engloutit. U n c i n q u i è m e , devant le m o u l i n , reçoit les cerises qui tombent à terre, et qu'il a soin d'écarter avec un petit r a b o t , parce qu'il faut qu'elles repassent une seconde fois pour les purger des restes de café qui ont échappé a u x r o u leaux. L e s deux autres nègres sont e m p l o y é s , l'un à vider le café dans la trémie, pendant que l'autre remplit le panier de celui qui l'y porte. C e u x Tome II. B


18

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

ci r e l è v e n t , de temps en temps, les nègres du. g r a n d rouleau qui reprennent alternativement la place des travailleurs qu'on vient d ' y mettre; p a r ce m o y e n , ils se soulagent tour à tour. L e café est naturellement enveloppé d'un suc extrêmement gluant , de façon q u e , pour peu q u ' o n le presse, il quitte sa cerise a v e c p r é c i pitation. C'est l'effet que produisent les r o u l e a u x , après quoi les cerises et le café tombent p ê l e mêle sur l'hébichet, qui est une espèce de c r i b l e , dont les mailles sont de fil de l a i t o n , p r o p o r tionnées à la grosseur du café. C e fruit dirigé p a r le mouvement de l'hébichet et par sa propre g l u e , se précipite à travers les mailles, pendant que ce mouvement secondé par une pente d o u c e q u ' o n donne à l ' h é b i c h e t , chasse d e v a n t lui les cerises, trop grosses pour p o u v o i r passer a u travers des mailles : elles tombent nécessairement sur le petit r o u l e a u , et ces cerises passées par l'un et l'autre , tombent au pied d u m o u l i n par le m o u v e m e n t d u petit h é b i c h e t , dont le petit rouleau est également p o u r v u . A R T I C L E Observations

X V I I .

sur le travail

du

moulin.

A p r e s quelques tours d u m o u l i n , il convient de visiter le c a f é , et voir s'il est à son point : trop s e r r é , il s'écrase; o n s'en apperçoit aussitôt,


DE

S T . - D O M I N G U E .

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p a r son p a r c h e m i n qui se lève en écailles, et c'est une marque certaine que le rouleau a p proche de trop près les gencives de la pièce mobile. E n ce c a s , on arrête u n moment; pour donner de l'ouverture a u c a f é , p a r le m o y e n des coins de bois qui sont a u x extrémités de la pièce mobile , et qui servent à resserrer ou à lâcher le moulin , selon q u e le cas l'exige ; et c'est à quoi il faut être exact à c h a q u e fois q u ' o n met au m o u l i n , parce que le café n'est pas toujours d'égale g r o s seur. Q u a n d o n a trouvé le point f i x e , o n continue le travail jusqu'à ce que le coffre du moulin soit r e m p l i ; pour lors o n l'arrête, pour le vider dans des bassins, c a n o t s , ou b a r r i q u e s , q u ' o n a p o u r cet usage. O n continue ainsi jusqu'à la f i n , après quoi l ' o n passe les m ê m e s cerises une seconde f o i s , pour a c h e v e r de les purger du reste de café qui y étoit demeuré. C'est le m o m e n t d'ouvrir u n e petite p o r t e , pratiquée v i s - à - v i s le m o u l i n , p a r où les cerises passent à mesure qu'elles t o m b e n t , et que les nègres poussent à quatre pas de là pour n'en être pas i n c o m m o d é s . O n laisse ainsi le café dans le bassin toute la n u i t , a u m o y e n de quoi il se détache plus f a c i lement de sa g o m m e ; ce qui donne une g r a n d e facilité p o u r le laver. O n a soin de bâtir la case à moulin près d e quelque r a v i n e , pour éviter la multiplicité des B


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DES H A B I T A N S

travaux. O n se sert d'un bassin de maçonnerie. dans lequel on remue un rabor pour en détacher la glue. D ' a u t r e s font usage d'une espèce d ' a u g e , o u canot ; et ceux qui n'ont ni l'un ni l'autre , se servent de grands paniers qui font le m ê m e effet, mais qu'on est obligé de c h a n g e r souvent. A R T I C L E Description

X V I I I . des

glacis.

L e s glacis sont faits de m a ç o n n e r i e , élevés de terre d'environ six pouces , a v e c des bords à l'entour, de m ê m e h a u t e u r , dans lesquels on p r a tique des soupiraux d e distance en distancé, pour donner lieu a u x eaux de s'écoule. L e u r g r a n d e u r n'est pas limitée, mais proportionnée à la quantité de café que l'habitant doit cueillir; ainsi il y en a de différente g r a n d e u r , les uns de cent pieds c a r r é s , les autres dé moins. A p r è s - l ' a v o i r BIEN caillouté dans le f o n d , ON passe dessus un. b o n e n d u i t , de façon qu'il paroîtroit fout d ' u n e pièce sans les séparations q u ' o n est obligé d'y faire.. Elles servent à p r é v e n i r les accidens qu'une pluie trop abondante pourroit causer en entraînant, dans u n m o m e n t , tout le café q u ' o n y aurait mis. L e s c o u r a n s de l'eau sont bornés p a r le m o y e n de tous ces compartimens q u i en arrêtent la rapid i t é , et donnent a u x eaux le temps de s'écouler p a r les soupiraux de c h a q u e r é d u i t , à mesure


DE

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qu'il les r e ç o i t , sans avoir celui de former a u c u n c o u r a n t , pour en faciliter l'évacuation; o n donne au glacis une petite pente d o u c e , qui conduit les eaux vers les soupiraux sans a u c u n e violence. C'est sur ces glacis qu'on expose le c a f é , pour être s é c h é , et o u a soin de le remuer s o u v e n t , pour en presser l'avancement. T r o i s ou q u a t r e journées de b o n soleil suffisent, si on a soin de l e mettre à l'abri tous les soirs, et d'éviter qu'il ne se mouille ; alors on le serre à demeure dans le m a g a s i n , d'où on ne le sort que quand on le veut p i l e r ; c'est ce qu'on appelle café séché en par-, chemin. Il y a une autre façon de le faire s é c h e r , qui paroît bien plus expéditive, attendu qu'on n'a pas besoin de moulins ; mais cette manière est sujette à b e a u c o u p d'inconvéniens. Sitôt qu'il est cueilli on le jette sur le g l a c i s , o ù il reste jusqu'à ce qu'il soit entièrement s e c , nuit et jour , sans s'inquiéter m ê m e de la pluie. O n peut bien juger q u e , de cette m a n i è r e , il est fort long à s é c h e r , et fort sujet à s'avarier, étant sans cesse exposé a u x injures du temps. D'ailleurs il faut nécessairement que , parmi le grand n o m b r e , il y ait des grains qui sèchent en langueur , parce qu'ils se trouvent couverts par les a u t r e s , quelque précaution q u ' o n prenne de les r e m u e r ; et s'ils ne sont pas mouillés le j o u r , ils ne sauB 3


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raient manquer de l'être la nuit. A force m ê m e de les r e m u e r , plusieurs se dépouillent de leurs cerises : c e u x - c i ne sauroient manquer de b l a n c h i r , et d'autres de noircir. C'est autant de cafés inférieurs qui augmentent le t r i a g e , diminuent le r e v e n u , et occupent un temps infini, qu'on emploiroit bien plus utilement à d'autres travaux. Il faut encore observer que ce café a besoin d'être séché au double de l'autre, p a r c e que la cerise conserve toujours un certain sel qui le rend m o i t e , pour peu qu'il contracte d'humidité ; or , i l est bien difficile de l'en garantir, sur-tout dans les mornes où le nitre est t r è s - a b o n d a n t , et les brouillards très-fréquens. Si on m a n q u e à ce p o i n t , o n court g r a n d risque que le café ne s'échauffe , et ne tombe en pourriture. P o u r prévenir cet a c c i d e n t , il convient de le sonder s o u v e n t , et si on s'apperçoit de la moindre c h a l e u r , il ne faut pas balancer de le mettre au soleil. D a n s quelle peine ne se trouve-t-on pas en pareil c a s , si le glacis est couvert de café vert ? Il faut nécessairement que l'un fasse place à l'autre ; voilà à quoi on est exposé quand on le fait sécher e n cerise, au lieu que celui qui sèche dans son p a r c h e m i n , étant l a v é , se conserve des années entières en m ê m e état, parce que l'eau le purge de son suc g l u t i n e u x , et il n'est aucunement sujet à c h a n g e r si on a soin de le garantir de toute h u m i -


DE

dite, car il

ST.-DOMINGUE.

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est extrêmement susceptible d'impres-

sion. A R T I C L E

En quel temps

X I X .

on pile le

Café.

C o m m e ordinairement dans la récolte on est trop o c c u p é , on attend qu'elle soit finie pour piler le café. Les travaux se suivent r a p i d e m e n t , et le passage à l'un nuit nécessairement à l'autre. Il faut savoir partager son t e m p s , chaqne j o u r doit être employé à propos; par cette sage conduite tout est en ordre. C'est ce qui fait que bien des h a bitans font plus d'ouvrage avec p e u de m o n d e , que d'autres a v e c b e a u c o u p , parce que ces d e r niers entreprennent trop à la fois. S u r ce p r i n cipe , o n ne doit piler le café que lorsque le tout est s e r r é , à moins que ce ne soit par nécessité, o u qu'on ne trouve quelque intervalle pendant l a récolte. E n ce c a s il faut en profiter, car les premiers cafés sont souvent les plus beaux , p a r c e qu'ils n'ont pas eu le temps de s'avarier; mais il ne faut rien omettre pour le faire bien s é c h e r , et r e doubler ce soin lorsqu'on veut le p i l e r , c a r le café . n o u v e a u est sujet à c h a n g e r , n'ayant pas eu le temps de s'affermir. Il est alors d'un vert de c o r n e transparent, et tout-à-fait propre à tromper le plus habile connoisseur ; aussi, quelque sec qu'il p a roisse, je conseille à ceux qui en feront acquisiB 4


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tion, de l'exposer quelques jours a u soleil avant de l ' e m b a r q u e r ; par ce m o y e n ils pourront lui c o n server sa qualité. A R T I C L E Comment

on pile le

X X . Café.

A v a n t de piler le c a f é , il convient dé l'exposer a u soleil pendant deux j o u r s , et ne commencer q u e le troisième ; encore faut-il attendre que le soleil l'ait échauffé. C'est ce qu'il faut bien observ e r ; car le 'plus beau café blanchira sous le pilon s'il n'a pasde degré de sécheresse qui lui convient ,il s'aplatira m ê m e ; en un m o t , le café ne saurait être trop sec , et plus il l'est, plus on a de facilité à le piler. C h a q u e habitant le pile différemment ; l ' u n p a r le m o y e n d'un m o u l i n , l'autre dans un c a n o t , u n troisième dans de grands mortiers de bois. Il est assez indifférent de quelle manière on le pile , p o u r v u qu'il le soit ; niais je trouve que la dernière méthode est la plus avantageuse. E n effet les coups de pilons sont bien plus sûrs et plus réglés ; le café en est moins sujet à être é c r a s é , il en échappe bien inoins au pilon , et il se trouve q u ' o n a v a n c e davantage. Cela s'entend du café séché en p a r c h e m i n ; pour celui qui l'est en cerise, je pense que le canot, et le moulin lui conviennent mieux, p a r c e


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qu'étant plus dur à p i l e r , il faut que les coups de pilons portent avec plus de force. Sitôt que le soleil c o m m e n c e à être chaud , les nègres se mettent à l'ouvrage ; ils sent deux à deux à chaque mortier ; c h a c u n a y a n t un pilon à la m a i n , frappe à coups m e s u r é s , et alternativement l'un après l'autre. C'est ainsi qu'on délivre le café de son p a r c h e m i n , et de sa p e l l i c u l e , q u i se détachent sans beaucoup de p e i n e , puisque quinze nègres en peuvent piler deux milliers par jour. Cette facilité à le p i l e r , prouve bien que la dépense d'un moulin est assez superflue ; cependant ceux qui s'en servent peuvent occuper leurs nègres ailleurs. A R T I C L E Comment

le

Café

X X I . se

vanne.

Pendant que les uns pilent, les autres s'occupent a vanner. Il y a encore un troisième moulin qui en fait les fonctions, et qui est très-utile , sur-tout lorsqu'on m a n q u e de v e n t , ce qui n'est pourtant pas c o m m u n ; mais il arrive quelquefois qu'il est trop foible ; alors le moulin est d'un g r a n d secours, et nettoie le café infiniment mieux que le v a n ord i n a i r e , c a r , outre qu'il en ôte entièrement la poussière, et le parchemin pulvérisé, il le p u r g e encore des petits graviers auxquels il est fort sujet ; et, jettant à part le café qui avoit échappé a u x


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pilons, ainsi que celui que les pilons écrasent, on a m ê m e trouvé le secret aujourd'hui de réunir ces trois moulins en un seul, qu'on emploie à ces trois differens t r a v a u x , par le m o y e n d'un cheval ou d ' u n mulet. A p r è s que le café est v a n n é , et trié de ce qu'il avoit de défectueux, on l'expose de nouveau a u soleil jusque vers le m i d i , que le soleil darde le plus vivement ses rayons. O n le transvase tout brûlant c o m m e il est, dans des futailles qu'on a soin de bien couvrir ; cette précaution lui est n é c e s s a i r e , elle affermit le g r a i n , en bouche les p o r e s , le rend moins susceptible des impressions de l ' a i r , et lui rend sa première couleur que le s o leil avoit ternie ; on le laisse cinq à six jours dans cet é t a t , ensuite encore une journée de soleil p o u r lui donner la dernière façon. A p r è s tant de préparations, et après avoir mis tout en usage pour le perfectionner, on se t r o m peroit si o n s'imaginoit qu'il est à l'abri de toute impression , il conserve toujours un certain sel , q u i , à la moindre h u m i d i t é , le dilate et le rend flexible; après q u o i , venant à le ternir d ' a b o r d , il le b l a n c h i t ensuite totalement. E n contractant cette h u m i d i t é , toute son huile s ' é v a p o r e ; il c o n vient d o n c de lui choisir l'endroit le plus sec. Cette délicatesse est cause que les habitans ne le font piler qu'à fur et à mesure qu'ils veulent le débi-


DE S T . - D O M I N G U E .

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t e r , et pas plus à la fois qu'ils n'en peuvent charr o y e r , pour n ' e n pas courir les risques. O n observe aussi de ne le pas piler dans u n temps humide. V o i l à tous les t r a v a u x relatifs à la cafèterie.


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C H A P I

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T R E

II.

C o T O N N E R I E. Quatrième

Habitation.

L E cotonnier est u n arbuste qui s'élève à la h a u teur de six à sept pieds ; il s'étend en buisson ; il a l'écorce brune ; la couleur de sa fleur varie selon la qualité du terroir, tantôt violette, tantôt d'un j a u n e d o r é ; sa gousse se noircit en mûrissant. Ses feuilles sont à peu près de la g r a n d e u r de celle de la v i g n e , et chaque tige porte u n e o u plusieurs gousses vertes, qui succèdent à une fleur b l a n c h e , et qui s'ouvrent en quatre lorsqu'elles sont p a r v e nues à leur maturité ; alors le c o t o n , qui étoit extrêmement resserré, sort, s'étend ; e t , si on ne se hâte de le cueillir, le vent en enlève une partie c o n s i d é r a b l e , le disperse entre les feuilles et les b r a n c h e s de l'arbre , où il s'attache et se perd. L e cotonnier vient également bien p a r - t o u t , dans les m o r n e s , dans les terrains secs ou humides ; c e u x mêmes où les autres plantes périssent lui sont propres. O n le plante ordinairement en q u i n c o n c e , à huit ou dix pieds de d i s t a n c e , u n peu de pluie suffit pour faire sortir la graine de terre. A u bout de trois s e m a i n e s , ou u n m o i s , suivant le temps sec ou pluvieux que l'arbre a essuyé depuis


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ST.-DOMINGUE.

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sa p l a n t a t i o n , on le s a r c l e , et o n arrache les plantes superflues , en ne l a i s s a n t , dans c h a q u e trou,- que deux ou trois tiges. Lorsqu'elles o n t atteint la hauteur de quatre à cinq p i e d s , on les arrête pour contraindre l a sève de se porter vers les branches collatérales, qui sont celles qui portent lé plus de fruit. Il faut r o m p r e toutes les branches verticales , p a r c e qu'elles absorbent la sève en pure p e r t e ; ' o n doit m ê m e arrêter les b r a n c h e s latérales, lorsqu'elles poussent des jets trop l o n g s . Ces r e t r a n c h e m e n s , sagement exécutés , forcent les branches à se s u b d i v i s e r ; c'est par ce m o y e n qu'on: procure à cette plante toute la fécondité dont elle est susceptible. A u bout de sept à huit mois que la graine a été mise en t e r r e , p o u r v u que la saison ait été f a v o r a b l e , o n c o m m e n c e à recueillir les gousses. L a récolte dure trois mois. Q u a n d elle est faite ; o n coupe l'arbre au p i e d , dans u n temps de p l u i e , et la souche qui est restée en terre pousse des rejetons qui portent du fruit plus promptement que les j e u n e s plantes. L e coton doit se cueillir fort sec ; l'humidité le feroit fermenter, et la graine germeroit. L e p r e mier soin ensuite, c'est de l'éplucher, c'est-à-dire de séparer le duvet d'avec l a graine. O n se sert, p o u r cet effet, d'une m a c h i n e composée de deux rouleaux , d'environ quatorze à quinze pouces de l o n g u e u r , et d'un p o u c e de diamètre, c a n -


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nelés dans toute leur l o n g u e u r , et posés horizontalement l'un sur l'autre. U n e manivelle que le nègre met en m o u v e m e n t avec le p i e d , fait tourner ces rouleaux sur leur a x e , dans u n sens contraire. Ils sont suffisamment éloignés l'un de l'autre, pour laisser passer le coton qu'on leur p r é s e n t e , et qu'ils attirent p a r leur m o u v e m e n t de rotation; mais ils sont en m ê m e temps trop serrés pour laisser passer les graines : elles sont obligées de se détacher d u coton qui les e n v e l o p p e ; elles tombent à terre , devant les r o u leaux , et le coton est reçu dans un sac q u ' o n tient ouvert par derrière. Cette machine s'appelle moulin à coton. U n nègre habile en é p l u c h e ordinairement v i n g t à vingt-cinq livres par jour. L o r s q u e le coton est bien é p l u c h é , on l ' e m balle. V o i c i c o m m e n t on procède à cette o p é r a tion : O n prend un sac fait de grosse toile, bien c o u s u , de six à sept p i e d s de h a u t e u r ; on le suspend en l ' a i r , en l'attachant p a r en haut à des traverses, de b o i s , portées sur des poteaux de sept à huit pieds de hauteur : on le m o u i l l e , afin que le coton s'y a t t a c h e , et ne glisse point. U n nègre entre dans le s a c , y foule le coton avec ses p i e d s , et a v e c une pince de fer. Par-dessus la première c o u c h e o n en met une seconde. Pendant ce t r a v a i l , u n autre nègre a soin d'asp e r g e r , de temps en t e m p s , le sac a v e c de l'eau , sans quoi le coton ne seroit point a r r ê t é , et r e -


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S

T.

-DO

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G

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montèrent m a l g r é le foulage. Q u a n d le coton a été suffisamment foulé, on coud le sac a v e c de la ficelle, et o n pratique a u x quatre coins des poignées, pour p o u v o i r le remuer. U n sac ainsi p r é p a r é , se n o m m e balle de c o t o n ; il en c o n tient plus ou moins , selon qu'il est plus o u moins foulé. L a balle pèse ordinairement trois cents à trois cents cinquante livres. L e c o t o n n i e r , depuis l'instant de sa plantation jusqu'au moment de la parfaite maturité de ses fruits, est attaqué, dans ses différens â g e s , p a r une multitude d'insectes qui se succèdent les uns a u x a u t r e s , et qui semblent avoir entre e u x conjuré sa perte. L e s vers, les cloportes, diverses petites mouches* scarabées pénètrent jusques dans l'intérieur des trous o ù la graine a été d é p o s é e , et ils en rongent la substance q u e le développement d u g e r m e a attendrie. L e s g r a i n e s , échappées à c e premier d a n g e r , produisent bientôt d é j e u n e s plantes qu'on voit sortir de terre. A l o r s les criquets ou grillons les attaquent d u rant la nuit, et les jeunes feuilles sont dévorées en plein jour par des diables ou diablotins. L e diable est un scarabée de la grosseur d'un petit hanneton d u p a y s , mais dont le corps allongé est diversement bigarré de noir et de j a u n e , ou r a y é de rouge et de noir. S a tête, fort m e n u e , est g a r n i e de deux longues antennes ; ses pattes sont déliées


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et armées de c r o c h e t s , par lesquels il s'attache fortement a u x endroits où il se pose. L e diablotin est un autre scarabée beaucoup plus petit ; sa c o u leur est d'un vert pâle. Les chenilles printanières viennent à la suite des diables et des diablotins, pour dévorer leurs restes. L e cotonnier, à qui la dent meurtrière de ces insectes a fait g r â c e , s'élève en trois mois à la h a u teur de dix-huit à vingt pouces. D e u x ennemis redoutables l'attaquent alors c o m m e de concert : ce sont le m a o k a et l'écrevisse. L e premier est u n gros ver blanc qui ronge sa racine et fait sécher l a jeune p l a n t e ; le second naît d'une m o u c h e qui pique l ' é c o r c e , y déposé un œ u f d'où sort un petit v e r dont la forme est spirale : c'est sans doute ce qui lui a lait donner le n o m d'écrevisse. C e v e r , aussitôt qu'il est é c l o s , ronge la partie ligneuse de l ' a r b r e ; il s'y forme un c h a n c r e , et la partie attaquée devient si fragile, q u e le moindre vent suffit pour la r o m p r e . L ' a r b r e , v a i n q u e u r de cette foule d ' e n n e m i s , se pare de ses fleurs; mais les punaises v e r t e s , o u de toutes couleurs, viennent l'attaquer ; lorsqu'elles se trouvent en g r a n d n o m b r e , elles en font tomber les fleurs , et les fruits avortent. L e puceron vient aussi quelquefois seconder les p u n a i s e s ; l'arbre languit, devient stérile, et périt à la fin. L e punaises rouges et noires dédaignent les feuilles


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feuilles et les fleurs du cotonnier ; elles attendent q u e la gousse vienne à s'ouvrir pour en sucer les graines, qui sont alors vertes et tendres. L e s graines altérées, n ' a y a n t plus de substance, passent entières en s'aplatissant, o u s'écrasent à travers les b a guettes. L e coton se trouve taché par l a fiente jaune et huileuse de cet insecte; ce qui le fait mettre au rebut. M a i s l'ennemi le plus redoutable pour une h a b i tation plantée en coton , est sans contredit la chenille à coton. Cet insecte se jette quelquefois avec tant de voracité sur les pieds des cotonniers , qu'en deux ou trois j o u r s , et quelquefois m ê m e e n vingt-quatre heures, il les dépouille de toutes leurs feuilles. L e c o t o n , après sa r é c o l t e , est déposé dans des magasins qu'il est bien difficile de préserver d e l'approche des rats. Ils tirent parti du coton q u i leur sert à garnir les endroits o ù ils font leurs nids ; mais la perte qu'ils occasionnent est de peu de valeur. J e ne puis en dire d a v a n t a g e relativement à u n e habitation plantée en cotonniers : cette culture n'est point difficile à exploiter; elle ne craint seulement que les accidens que j e viens de d é tailler.

Tome

II


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C H A P I T R E C U L T U R E

D U

III. C A C A O .

L E c a c a o est le fruit d'un arbre appelé c a c a o y e r . A p r è s le c o t o n , c'est la denrée dont la culture exige' le moins de travail. I l se plante de graine ; toute terre ne lui est pas indifférente, c o m m e a u coton ; il f a u t , avant que de planter u n e c a c a o y è r e , sonder le terrain qu'on y destine. L a maîtresse racine du cacao pousse avant dans la t e r r e , perpendiculairement à son tronc. U n lit de pierre ou de t u f qu'elle rencontre la fait rebrouss e r , et l ' a r b r e , ne trouvant plus de nourriture, périt bientôt. I l faut q u e la terre ait a u m o i n s quatre à cinq pieds de profondeur. L o r s q u ' o n a trouvé u n terrain de cette n a t u r e , et q u ' o n l'a n e t t o y é , on divise et on trace l'étendue q u ' o n veut y employer ; à cet effet on se sert de c o r d e a u x , de la longueur du t e r r a i n , divisés p a r d e s nœuds à la distance de huit pieds ; on plante un piquet à chaque n œ u d . L o r s q u e le premier alignement est f a i t , o n remporte le cordeau à huit pieds de d i s t a n c e , et o n continue ainsi de suite. Il y a plusieurs raisons d e prendre cet alignement ; 1° pour l ' a g r é m e n t , l'ordre est préférable à la confusion ; 2 ° . dans


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une cacaoyère bien a l i g n é e , les nègres au travail ne peuvent échapper aux y e u x du c o m m a n d e u r ; 3 ° . dans le temps de la c u e i l l e , on suit les allées les unes après les autres , et ainsi on ne laisse point de fruit a u x arbres. Les cacaoyers se plaisent ordinairement sur des collines , près des ruisseaux , dans des lieux qui ne sont ni trop secs , ni trop humides. Plusieurs personnes croient que le vent fait d u tort aux c a c a o s , je ne connois que les ouragans qui puissent leur n u i r e ; au surplus, il est facile d'y r e m é d i e r , en plantant des lisières autour d e la c a c a o y è r e , ou en laissant, autour, des bouquets de bois. Il est bien plus important de les abriter du soleil, lorsque les arbres sont jeunes ; ce qu'on fait en plantant des bananiers auprès d'eux. L e terrain étant aligné et d i v i s é , on porte à chaque piquât un petit panier , dans lequel on a fait germer des graines de cacao ; on les enfouit en terre selon l'alignement des piquets. L a délicatesse de ce jeune arbre exige , dans les terres où il y a des f o u r m i s , criquets, ou autres petits insectes, la précaution de planter la graine dans des paniers de la forme d'un cul de c h a peau ; un nègre en fait trente par jour. O n fait lever la graine dans u n endroit choisi où les fourmis ne donnent pas ; lorsque les plants ont acquis une certaine force , ils sont moins exposé G a


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a u x torts que peuvent leur faire les insectes ; on les plante alors en pleine t e r r e , et le panier s'y pourrit. L o r s q u e la nature du terrain n'exige pas ces précautions , on sème les graines dans des trous creusés à la profondeur de quatre à cinq pouces. L ' a m a n d e doit y être mise d r o i t e , le gros en b a s ; on en met trois dans chaque trou. L o r s que les arbres ont un pied et demi de h a u t e u r , o n laisse le plus b e a u , et on lève les deux autres s'ils sont venus. Les pépinières de c a c a o ne c o n viennent n u l l e m e n t , c a r l a racine de ce jeune a r b r e est si délicate , qu'en le levant de terre, et le r e p l a n t a n t , il est impossible de ne la pas offenser. L e panier remédie à cet inconvénient. O n plante, c o m m e je l'ai déjà d i t , des b a n a niers ou du manioc dans les allées, pour p r é server ce jeune arbre des rayons du soleil, et o n entretient la terre bien p r o p r e , en la sarclant. L e m a n i o c ne s'arrachant qu'au bout de dix mois ou d'un an , et poussant plus rapidement que le c a c a o , fait l'office d'un parasol à cette plante d é licate pendant ce temps là. A u bout de deux ans et d e m i , le cacaoyer a quatre pieds de h a u t , et c o m m e n c e à fleurir. L e fruit qu'il rend alors est si peu de c h o s e , que bien des personnes font tomber les premières f l e u r s , p o u r que l'arbre se. fortifie d a v a n t a g e ; à


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trois ans on cueille d u fruit : à six a n s le cacaoyer est dans toute sa force. Lorsqu'il est p a r v e n u à une certaine h a u t e u r , il n'exige aucun soin de sarclage ; l'ombre qu'il donne à la t e r r e , e m p ê c h e l'herbe de venir , et ses feuilles qui tombent servent à le fumer. L o r s q u ' o n cueille le c a c a o , il faut avoir attention d'en ôter les guis , d'arracher ou de faire tomber les vieilles cabosses , et de couper les branches s è c h e s , ainsi que les branches g o u r mandes. L a précaution de tailler le bout des b r a n c h e s de cet arbre me paroît nécessaire ; le temps de le faire est quinze jours a v a n t l ' h i v e r n a g e ; les Espag n o l s de Garraque en usent a i n s i , et je crois que c'est à cette pratique q u e le c a c a o de cette p r o vince doit la réputation dont il jouit. L a forte récolte du cacao se fait a u mois da juin ; il est bon alors de visiter souvent le c a c a o y e r , dans la crainte de laisser germer o u noircir les cabosses qui tombent quelquefois d ' e l l e s - m ê m e s , lorsqu'on laisse trop long-temps le fruit sur l'arbre. L o r s q u e les nègres cueillent les cabosses de cacao , il faut empêcher qu'ils ne secouent trop les arbres avec leurs serpettes emmanchées : ils font tomber alors quantité de fleurs, dont l'arbre G 3


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est souvent chargé lors de la r é c o l t e , et appauvrissent par là là récolte à v e n i r , clans laquelle ces fleurs tombées eussent donné des fruits. C h a q u e nègre a son panier qu'il remplit de c a bosses , pour les porter de la c a c a o y è r e à la case destinée à les recevoir. Lorsqu'il fait beau t e m p s , on casse la cabosse sous le cacaoyer m ê m e , et o n la jette au pied de l'arbre qui l'a produite ; elle lui sert de fumier , et on ne porte que les graines à 3a case. D a n s le cas où on y porte les c a b o s s e s , il ne faut pas que les graines y restent plus de trois j o u r s , sur-tout dans le temps des p l u i e s , car elles sont sujettes à germer. Les cabosses ont neuf à dix pouces de long sur trois à quatre de d i a m è t r e ; elles ressemblent à des c o n c o m b r e s partagés par des c ô t e s ; elles renferment c o m m u n é m e n t vingt-cinq amandes. A u s s i tôt que les amandes sont rendues à la c a s e , on les met soit dans des c u v e s , soit dans des vases , ou des canots pour en exprimer le v i n ; on les c o u v r e de feuilles de b a l i z i e r , on met des planches et des pierres dessus pour les charger et aider la fermentation qui s'y excite. Elles fermentent ainsi pendant quatre à cinq j o u r s , on a soin de les brasser , et de les remuer tous les matins. Lorsque les amandes ont acquis une couleur rouge o b s c u r , on les tire de la c u v e et ou les expose au soleil pour sécher. O n les met ensuite en m a g a s i n , d'où on les sort de temps en temps


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pour les sécher ; elles ont l'avantage d e ne se point rancir. O n retire du cacao une huile en consistance de b e u r r e . , qu'on n o m m e beurre de c a c a o . Cette huile réunit la vertu anodine des autres h u i l e s , elle a l'avantage de ne point contracter d'odeur «et de sécher promptement ; c'est un b o n cosmétique qui rend la peau douce et polie sans qu'il y paroisse rien de gras ni de luisant. O n fait avec les a m a n d e s de c a c a o , préparées à peu près c o m m e les noix d e R o u e n , une excellente confiture, propre à fortifier l ' e s t o m a c , sans trop réchauffer. L o r s q u ' o n veut préparer les amandes de c a c a o pour en faire du c h o c o l a t , on les dépouille de leur écorce par le m o y e n du feu , on les pèle , o n les rôtit dans une bassine à feu m o d é r é , o n les pile dans un mortier bien c h a u d , et on en forme une pâte q u ' o n mêle a v e c u n poids presque égal de sucre. L e c h o c o l a t , ainsi préparé , s'appelle chocolat de santé ; on peut y m ê l e r u n e légère quantité d e v a n i l l e , qui en facilite la d i g e s t i o n , par sa vertu stomachique et cordiale. D a n s nos Colonies on fait des pains de c a c a o pur et sans addition ; et lorsqu'on veut prendre du c h o c o l a t , on réduit ces pains en poudre et on y ajoute plus ou moins de c a n n e l l e , de sucre e u p o u d r e , et de fleur d'orange. L e chocolat ainsi p r é p a r é , est d'un p a r f u m exquis et d'une g r a n d e G 4


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délicatesse. Quoique la vanille soit c o m m u n e a u x î l e s , on n ' y en fait point du tout usage dans le chocolat. V o i l à tout ce q u ' o n peut dire concernant la culture du cacao ; il n'y a point d'autres détails qui lui soient relatifs; cette plantation ne demande q u ' u n peu de s o i n , sans causer b e a u c o u p de p e i n e , n i exiger de grandes dépenses. J e ne parlerai point de la culture du tabac , les habitans de St.-Domingue ne s'en occupent point. Il n ' y a que les gens de couleur qui le cultivent en petite q u a n t i t é , pour se procurer celui dont ils ont besoin ; ils vendent seulement ce qu'ils en ont de trop pour leur consommation.


D E S T. - D 0 M I N G U E.

C H A P I T R E

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IV.

DIALOGUE E N T R E U N A M É R I C A I N E T U N E U R O PÉEN SUR L E P A S S A G E A

ST.-DOMINGUE, E T L A

MANIÈRE D ' Y VIVRE.

J E parlerai dans ce chapitre de la température de l'île de S a i n t - D o m i n g u e ; d u p a s s a g e ; des m o y e n s de f o r t u n e ; de la manière d'y v i v r e ; des plaisirs qu'on peut y goûter ; de la nourriture et de l'entretien ; de l'hospitalité qu'on y exerce ; et enfin d u retour de cette Colonie e u Europe. J e ne prétends pas prendre le titre d'écrivain , je me borne à présenter les objets dans le style le plus simple , de peur de m ' é g a r e r , et de m e rendre inintelligible, en voulant entreprendre a u dessus de mes forces. J e vais exécuter ce que je viens d ' a n n o n c e r , et le présenter e n forme de d i a l o g u e , entre u n A m é r i c a i n et u n E u r o p é e n . C e petit tableau pourra faire plaisir aux personnes q u i , n ' a y a n t point été dans les C o l o n i e s , désirent en a v o i r connoissance par un fidèle r a p port. M a i s c o m m e tout est c h a n g é depuis l a r é v o l u t i o n , je ne puis présenter qu'une p e i n ture de l'état antérieur à cette époque.


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A R T I C L E Géographie

H A B I T A N S

P R E M I E R , de l'ile.

L'Européen. J'ai si favorablement entendu parler de l'île de S a i n t - D o m i n g u e , que je brûle du désir d ' y passer. J e vous prie de me donner les instructions relatives à cette Colonie. O n dit que l'île est une des plus grandes des Antilles. L'Américain. Elle est effectivement la plus g r a n d e , après celle de C u b a . L'Européen. Quelle l o n g u e u r , quelle l a r g e u r , et quelle circonférence peut-elle avoir ? L'Américain. Elle a cent soixante lieues de l o n g , trente dans sa m o y e n n e largeur , et cinquante de côtes. L'Européen. les Français ? L'Américain.

Quelle est la partie habitée par

C'est celle d'occident.

A R T I C L E Climat

de

II.

Saint-Domingue.

L'Européen. Quel est le climat de cette île? L'air qu'on y respire est-il salubre, et y fait-il aussi chaud qu'on le dit ? L'Américain. L ' a i r y est assez sain; il n'y a p o i n t , c o m m e en E u r o p e , de brouillards; le ciel est


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plus net , l'azur plus b r i l l a n t , et si le soleil y paroît quelquefois o b s c u r c i , cela ne dure pas long-temps. L a chaleur , à peu près la m ê m e pendant toute l ' a n n é e , y est supportable : elle n'augmente que lorsque l'air n'est point rafraîchi par les brises qui régnent presque toujours dans l'île. L'Européen. brise ?

Qu'entendez - vous p a r le mot

L ' A m é r i c a i n . C e sont des vents r é g l é s , qui se succèdent alternativement, et qu'on distingue par brise de m e r , et brise de terre. Celle de m e r souille pendant le jour ; celle de terre reprend ensuite, et se fait sentir durant la nuit. Ces brises sont quelquefois très-fortes , et ouïes n o m m e alors brises carabinées. L'Européen. M a i s lorsque ces brises ne se font point sentir, q u ' é p r o u v e z - v o u s alors ? L'Américain. Nous é p r o u v o n s , dans cette circonstance , des chaleurs considérables q u i , fort heureusement, ne durent pas long-temps. L ' E u r o p é e n . L e s jours y sont-ils susceptibles d'augmentation et de diminution ? L'Américain. L e s jours y sont presque é g a u x , et il n ' y a , dans le cours de l'année, qu'une demi heure de différence entre le lever et le c o u cher du soleil. L ' a u r o r e et le crépuscule y sont


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peu sensibles; mais il y a quatre heures et demie de différence à l'égard du cours solaire. P a r exemple, lorsqu'il est quatre heures et demie en F r a n c e , il n'est que midi à S a i n t - D o m i n g u e . L'Européen. Y a-t-il des pluies abondantes , et éprouve-t-on des révolutions par les variations des temps ? L ' A m é r i c a i n . Il y a une saison où les pluies se déclarent en a b o n d a n c e , et c'est ce qu'on appelle hivernage. C e temps vient ordinairement a u x approches, et pendant l'équinoxe de septembre. Il y a aussi des années où l'on éprouve des ouragans et des coups de vent f u r i e u x , v e nant de la partie du s u d , ou du n o r d , et qui font des ravages considérables, tant sur mer que sur terre. L e s pluies q u i tombent , quelquefois pendant le cours de l ' a n n é e , viennent par g r a i n s ; les gouttes d'eau sont fort larges, et tombent souvent par avalasses. A R T I C L E Ouragans

et tremblemens

II. de

terre.

L'Européen. Pendant le n o m b r e d'années que vous avez demeuré à S a i n t - D o m i n g u e , vous a v e z sans doute v u de ces furieux ouragans ? L'Américain. U n des plus terribles que j ' y aie vus c'est celui de 1 7 7 2 . E n voici la description :


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S T.- D O M I N G U E .

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Ce fut l a nuit du 4 au 5 août que ce redoutable fléau répandit l'épouvante et la désolation dans la partie du s u d , et principalement dans les quartiers de Saint L o u i s , de C a v a i l l o n , des C a v e s , de T o r b e k , et de T i b u r o n . Il s ' a n n o n ç a , dès le 3 , par u n vent du n o r d très-violent, et par u n déluge d'eau é p o u v a n table. L a journée du 4 fut constamment si pluvieuse , que les nègres ne purent aller au jardin. V e r s les n e u f heures du soir, le vent tourna a u nord-est. C e fut alors que les fortes bourasques se firent sentir, et qu'on entendit de toutes parts un sifflement horrible. L a case où je m'étois retiré avoit soixante pieds de l o n g u e u r , sur vingt-quatre de large : elle étoit couverte en essentes , et soutenue sur de gros poteaux de bois de fer , qui entroient cinq à six pieds en terre. A la première b o u r a s q u e , elle fut défaîtée : la seconde emporta la moitié de la g a lerie située à l'est. L e vent n'étoit pas uniforme ; il mollissent de temps en t e m p s , et au bout de quelques m i n u t e s , il se déchaînoit a v e c fureur , et remplissent l'air d'un bruit effroyable, causé p a r la chute des arbres trop foibles pour résister à son impétuosité. C h a q u e coup de vent ébranloit la c a s e , et la faisoit plier en tout sens. C o m m e elle étoit défaîtée; la pluie y tomboit de tous côtés: le tonnerre grondoit sourdement ; le bruit d u veut l'emportoit et les éclairs étaient terribles.


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V e r s les deux heures du m a l i n , le vent comm e n ç a à m o l l i r , les bourasques devinrent moins fréquentes et moins violentes. Durant l'espace de cinq heures que d u r a ce furieux o u r a g a n , des a r b r e s , d'une grosseur énorme , ont été d é r a cinés ; d'autres brisés ; quelques uns fendus dans toute leur longueur; les autres, dépouillés de leurs t r a n c h e s , ne conservèrent que le tronc. T o u s les chemins furent bouchés ; on ne pouvoit p é nétrer dans les bois que la h a c h e à la main. A v a n t la n u i t , les forêts étoient ornées d'une a g r é a b l e v e r d u r e , le lendemain , elles représentoient les horreurs d'un hiver i n c o n n u dans ces brûlans climats. Les bananiers furent tous brisés ; quantités de pieds de cafés arrachés ou fracassés ; des pièces de cannes couchées à terre et dérac i n é e s ; des jardins plantés en i n d i g o , culbutés et entraînés par les torrens. A u c u n e c a s e , soit p o u r n è g r e s , soit pour b l a n c s , n'est restée i n tacte. Les unes ont été décomblées ; d'autres renversées ; toutes endommagées ; c e qui a causé de très-grandes pertes à plusieurs habitans, surtout à ceux dont les magasins étoient remplis. L a plupart des navires qui étoient en rade , a u x C a y e s du f o n d , ainsi que les goëlettes , c h a loupes, canots, etc. , ont été brisés contre les récifs; et la côte étoit couverte de débris. L a ville des C a y e s a été presque i n o n d é e ; dans p l u sieurs m a i s o n s , sur-tout du côté de l ' H ô p i t a l ,


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ST.- D O M I N G U E .

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Il y a eu jusqu'à quatre pieds d'eau. L e s r i vières , gonflées par les torrens, sont sorties de leurs l i t s , et ont c h a r r i é , durant plusieurs j o u r s , des arbres entiers, a v e c leurs branches et leurs r a c i n e s , qui en entraînoient d'autres dans leur passage, avec la terre qui les portoit. L a journée du 5 fut assez semblable à celle du 3 ; le vent souffla a v e c violence, et la pluie fut continuelle. L e s a n i m a u x domestiques disparurent durant ces trois jours. O n t r o u v a , dans les bois et dans les s a v a n e s , plusieurs oiseaux tués ou n o y é s . A p r è s ces temps de c a l a m i t é , le soleil d a r d a ses r a y o n s ; la nature se ranima. L e s troncs d'arbres qui avoient résisté à la violence de la tempête, commencèrent à b o u r g e o n n e r , en t r a çant à nos y e u x l'image du printemps, qu'on éprouve en F r a n c e ; et ils furent, quelques jours après , couverts de verdure. L'Européen. O n dit que cette île est souvent exposée à des tremblemens de terre. L'Américain. Ces évènemens ne sont pas f r é q u e n s ; le tremblement de terre le plus considérable fut celui qui se fit ressentir, au Port a u P r i n c e , en 1 7 7 0 . J e v o u s en ferai le récit avec d'autant plus de v é r i t é , que j'étois nouvellement a r r i v é de F r a n c e , et d é b a r q u é dans la ville le 20 mai de cette a n n é e .


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L e 3 juin 1 7 7 0 , jour de la Pentecôte, sera long-temps g r a v é dans la mémoire des habitans de Saint-Domingue. O n é p r o u v a , dans la m a tinée , u n e chaleur étouffante, qui fut s u i v i e , dans quelques quartiers, d'une grosse p l u i e , après laquelle la chaleur devint aussi incommode que s'il n'a voit pas plu. L e s brises, toujours r é g u lières , ne se firent presque point sentir durant la journée. A sept heures et un quart du s o i r , il régnoit par-tout le plus g r a n d c a l m e qui n'étoit troublé p a r aucun souffle de vent. L e ciel sans n u a g e s , l'atmosphère chargée de vapeurs qui éclipsoient les étoiles, la lumière pale de la l u n e , tout n'inspiroit que le deuil et l'effroi. L a terre c o m m e n c e à s'ébranler assez d o u c e ment ; mais tout à c o u p elle semble sortir de son assiette : des secousses violentes , dirigées d'abord de l'est à l'ouest, et qui font ensuite le tour du c o m p a s , se succèdent a v e c rapidité, toute la nature paroît proche de sa fin ; le sol est c o m m e flottant ; les rochers se f e n d e n t , s'entrouvent, et font rejaillir les eaux souterraines ; des arbres monstrueux sont détachés de leur base ; ceux que leurs racines étendues affermissent, plient et font toucher leurs branches jusqu'à terre. Des parties de montagnes s'écroulent; les eaux stagnantes deviennennt des mers agitées, qui franchissent leurs a c o r e s , et inondent les lieux qui les avoisinent ;


D E S T . - D O M I N G U E. 49 avoisinent ; les édifices qui paroissent les plus s o lides, s'ébranlent, perdent leur à - p l o m b , se d é composent , et s'écroulent avec fracas; les a n i m a u x de toute espèce ne se reconnoissent p l u s , ils courent çà et là dans les s a v a n e s , tombent lourdement , se relèvent avec i n q u i é t u d e , et se tourmentent. U n repos de cinq à six minutes fait espérer que les feux souterrains, qui ont causé ces désastres , sont éteints. Espoir illusoire! Les secousses r e c o m mencent a v e c autant de violence que les p r e mières ; e t , Ce qui les rend plus terribles, c'est qu'elles sont accompagnées de certaines c o m m o tions intérieures de la terre qui semblent repousser en haut tout ce qui touche à sa surface. A ce choc combiné a u c u n ouvrage humain ne résiste que foiblement : ce qui n'a voit été qu'ébranlé par les premiers m o u v e m e n s est bouleversé par ceux-ci. L a chute de tant d'édifices r é p a n d dans l'air une poussière épaisse qui gêné la respiration. T o u t e la nuit se passe dans une agitation continuelle ; des bruits souterrains , qu'on a p pelle le gouffre, se font entendre de temps en temps ; c h a c u n est dans l'incertitude du sort qui l'attend ; personne n'a jamais rien v u de semblable , et l'on appréhende que l'île entière ne soit submergée. L e jour enfin p a r o î t , et vient é c l a i r e r , p a r g r a dation, les désastres de la nuit. Quel c o u p - d ' œ i l , Tome II. D


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g r a n d D i e u , et sur-tout dans les villes! Ce qu'on appelloit le G o u v e r n e m e n t , l'Intendance, l'Eglise , l'Hôpital, tout cela n'est plus qu'un amas confus de pierres, de b o i s , et de meubles fracassés ; c h a c u n met la main à l ' œ u v r e , et tâche de sauver les débris de sa fortune. L e gouffre se fait cependant toujours entendre, la terre est de temps en temps agitée, et permet à peine a u x mains laborieuses l'exercice de leur courage. Les villes du P o r t - a u - P r i n c e , de L é o g a n e , et d u petit G o a v e , ont été renversées de fond en comble; des bourgs assez considérables, ont été plus ou moins maltraités. O n a v u paraître des sources d'eau chaude dans plusieurs endroits des mornes o ù il n'y avoit point eu d'eau auparavant ; elles ont tari depuis. Les parties du nord et du sud ont reçu peu de dommages : les quartiers du Port-auPrince , du cul - de - sac de L é o g a n e , du petit G o a v e , de N i p p e s , et d ' A q u i n , ont le plus souffert , la plaine du Cul-de-sac sur-tout, que l'on croit voisine du f o y e r , étoit méconnoissable, le lendemain de cette affreuse nuit. L a terre s'étoit entr'ouverte dans quelques h a bitations , et il sembloit que la charrue y eût passé. D e s mornes très-élevés, c o m m e la Selle-à-cheval, ont été tellement agités, qu'il n ' y restoit plus que le tuf, et que plusieurs chemins publics sont devenus impraticables. Heureusement qu'alors la plupart des habitans étoient à se promener sous leurs


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galeries, et qu'ils ont eu le temps de se j e t t e r a i t milieu des rues , qui sont très-larges. Si cet é v é n e ment étoit arrivé plus t ô t , les églises auraient servi de tombeau à un g r a n d nombre de citoyens, que la solemnité du jour y avoit rassemblés; quelques heures plus tard ils auraient presque tous péris sous les décombres de leurs maisons. M a l g r é les circonstances heureuses du jour et de l'heure qui les en tenoient éloignés , plusieurs cependant ont été victimes de ce terrible fléau ; e t , quoiqu'on n'en ait pas su le nombre au juste, o n peut assurer qu'il monte a u moins à quarante personnes à L é o g a n e , et à deux cents a u P o r t - a u Prince. L e s jours qui suivirent ce désastre, ne se passèrent pas tranquillement.La terre fut,durant le reste du mois, plus ou moins agitée ; etlegouffre s'est fait souvent entendre. Durant le mois de juillet, il y eut une vingtaine de secousses : on n'en c o m p t a que neuf durant tout le mois d'août; le nombre et l a violence ont toujours été en décroissant, le reste de l'année. E n 1 7 7 1 , la terre n'éprouva qu'une douzaine de secousses en différens temps, mais sans causer de d o m m a g e , parce qu'elles furent moins v i o lentes , et que les habitans avoient pris la p r é c a u tion de ne bâtir qu'en bois. L ' a n n é e 1772 fut encore plus tranquille. O n ne remarqua , dans le quartier du P o r t - a u - P r i n c e , D 2


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que sept secousses, s a v o i r , le 1 4 f é v r i e r , le 28 a v r i l , le 12 et le 1 7 mai, le i 3 , le 1 4 , et le 1 8 juin. E n 1 7 7 3 , il n'y eut qu'un tremblement déterre remarqua ble* au commencement de juin. Les e x h a laisons , qui se sont fait jour par les crevasses qu'on trou voit part-tout, ont corrompu la masse de l'air, et ont causé une espèce d'épidémie, qui s'est étendue jusqu'au C a p . Elle a enlevé un g r a n d n o m b r e d'habitans , sur-tout au P o r t - a u - P r i n c e , et au Cul-de-sac. A R T I C L E I V, Passage

à

Saint-Domingue.

L ' E u r o p é e n . D i t e s - m o i , je vous prie, c o m m e n t on doit s'y prendre pour se procurer un e m b a r quement ; quelle est la saison la plus favorable pour le faire; et si l'on t r o u v e , dans tous les ports de F r a n c e , des navires qui fassent voile pour l'île de S t . - D o m i n g u e ? L'Américain. L o r s q u ' o n se dispose à passer dans ce pays , il faut faire choix du port dans lequel on veut s'embarquer. Ceux o ù l'on trouve le plus communément des n a v i r e s , pour celte destination , sont B o r d e a u x , N a n t e s , et le H a v r e ; les ports de la R o c h e l l e , de M a r s e i l l e , et de D u n kerque , arment aussi quelques vaisseaux pour cette colonie. Les embarquemens les plus nom-.


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breux se font en avril et septembre, parce que c'est le temps le plus convenable à cette n a v i g a tion , pour profiler des vents alizés. A r r i v é dans un des ports ci-dessus désignés, o n v a à la Bourse pour s'informer des navires qui sont prêts à partir; on demande quel peut être le plus commode pour un passager; il faut demander aussi si le navire qu'on vous indiquera est bon voilier ; s'il n'est pas trop vieux de s e r v i c e , et si les officiers qui le commandent sont expérimentés; car le salut d'un vaisseau dépend souvent de la manière de manœuvrer. D'après tous ces renseig n e m e n s , on va chez l'armateur pour fixer le prix du passage. L ' E u r o p é e n . Quel est le prix qu'on paie pour aller à St.-Domingue? L'Américain. Pour être nourri à la table du capitaine, le prix ordinaire est de cinq à six cents l i v r e s ; mais si les moyens ne permettent pas de donner cette s o m m e , o n peut vivre à la table des officiers mariniers , qui sont , le maître d ' é q u i p a g e , le contre-maître, le charpentier , et le t o n nelier ; dans ce c a s , il n'en coûte que deux cent cinquante à trois cents livres pour le passage. L'Européen. Est-on o b l i g é , lorsqu'on retient une place pour son passage, de payer à l'armateur la totalité du prix c o n v e n u avec lui ? L'Américain.

N o n ; mais on donne ordinaire-

P

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ment la moitié de la somme c o n v e n u e , attendit qu'on peut changer de façon de penser, en c h e r c h a n t e passer sur un autre navire que l'on croira plus commode et plus sûr. Alors la moitié du p r i x donné à l'armateur lui reste pour le dédommager de la dépense qu'il est sensé avoir été obligé de faire pour les provisions de bouche. L'Européen. versée?

Est-on bien nourri pendant la tra-

L"Américain. Il y a des capitaines qui font meilleure chère les uns que les autres ; mais pour l'ordinaire on vit assez bien. L'Européen. Quelles sont les provisions que lele capitaine embarque ordinairement pour sa table? L'Américain. A v a n t que de partir du p o r t , ON e m b a r q u e de la viande fraîche , pour quelques jours ; et, lorsqu'elle est c o n s o m m é e , o n fait usage des autres provisions. IL y a ordinairement à bord du navire deux ou trois cents volailles , p o u l e s , d i n d o n s , o i e s , et c a n a r d s ; le reste consiste en b œ u f s a l é , en jambons langues fourrées, saucissons, morues , r i z , œ u f s , et fèves. L e dessert est composé de fromage et de fruits secs ; on met aussi u n e couple de cochons et quelques moutons à bord d u navire , pour être tués durant la traversée. Les capitaines nantais sont assez dans l'usage d'embarquer quelques y


DE S T . - D O M I N G U E .

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vaches , pour vendre en A m é r i q u e ; ce qui fait qu'on profite du lait qu'elles peuvent donner. L'Européen des matelots.

Quelle est la nourriture ordinaire

L'Américain. Elle consiste en biscuits , qui sont des galettes de p a i n , passées deux fois au four d u b œ u f salé , de la morue , et des fèves. L'Européen. d u vaisseau ?

A v e z - v o u s des cuisiniers à b o r d

L'Américain. I l y en a ordinairement deux l'un qu'on n o m m e écuyer ou c h e f ; celui-là sert l'état-major, et les passagers. L e second s'appelle coq,, il sert de cuisinier à l'équipage. L ' é c u y e r est ordinairement b o u l a n g e r ; il pétrit, tous les d e u x o u trois j o u r s , pour fournir du pain frais à la table d u capitaine. L'Européen. E n outre des provisions d u n a v i r e est-il nécessaire d'avoir en particulier quelques petites douceurs ? L'Américain. O n peut se m u n i r de quelques sirops, c o m m e d'orgeat, de limon , et de vinaigre. Il est b o n aussi d'avoir quelques pots de confit u r e s , ainsi que des p r u n e a u x ; c a r ce fruit relâche b e a u c o u p lorsqu'on en prend l'infusion et qu'on? est échauffé.. L'Européen. L e s heures du repas s o n t - e l l e s réglées à bord ? D 4


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M A N U E L

D E S H A BI T A N S

L' Américain. L e matin on fait la prière en c o m m u n , on déjeune à huit heures, on dîne à m i d i , on soupe à sept heures, et la, prière du soir se dit à huit heures ; ensuite c h a c u n se c o u c h e , si b o n lui semble, observant cependant de ne point faire de b r u i t , pour laisser aux gens de l'équipage le temps convenable à leur repos. L'Européen. navire ?

A v e z - v o u s un chirurgien sur le

L'Américain. Il y en a un sur c h a q u e vaisseau, et l'on y embarque aussi un coffre de chirurgie , qui contient une petite pharmacie. L'Européen. Est-il facile d'avoir un perruquier durant la traversée ? L'Américain. L a plupart des navires n ' o n t point de perruquiers à bord ; on est obligé , pour cet effet, d'avoir recours au plus adroit matelot ; c'est pourquoi je conseille à celui qui veut s'emb a r q u e r , d'apprendre à se raser l u i - m ê m e , il évite par ce m o y e n le désagrément de confier sa tête à des mains souvent mal-propres. L'Européen. du navire ?

T r o u v e z - v o u s un lit garni à bord

L'Américain. C e n'est point l'usage , il faut faire p r é p a r e r , avant que de s'embarquer , un couple de matelas de bord. Ils sont ordinairement de 18 à 20 pouces de l a r g e , sur environ 6 pieds d e long. O n se munit aussi d'un oreiller, d'une

\


DE

S T . - D O M I N G U E

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légère couverture , et d'une couple de paires de draps. L e lit se place dans une cabane pratiquée e x p r è s , soit dans une petite c h a m b r e particulière , soit dans la g r a n d ' c h a m b r e , le long des bordages du n a v i r e ; mais si l'on pouvoit se procurer u n cadre , au lieu d'une c a b a n e , on seroit moins i n c o m m o d é du roulis dans les mauvais temps; il n'y auroit que le désagrément de ne pouvoir se coucher dans le courant de ta j o u r n é e , parce q u ' o n démonte ces cadres pendant le jour, pour qu'ils ne gênent point. L'Européen. D e quelle manière l'équipage faitil le service à bord du vaisseau ? L'Américain. L'équipage est partagé en deux b a n d e s : l'une que l'on n o m m e tribord, c'est-àdire le côté à droite du n a v i r e , et l'autre babo d, du côté à gauche. C h a q u e côté est de service tour à tour pendant quatre heures ; c'est ce qu'on n o m m a faire le quart. L e côté qui n'est point de s e r v i c e , se repose en attendant son tour ; mais dans les momens de danger ou de nécessité, tout le monde de l'équipage est sur le p o n t , pour travailler à la manœuvre. L e s passagers prêtent aussi la main , dans des cas urgens. L'Européen. Est-il permis d'embarquer ce qu'on veut d'effets, et le port en est-il franc ? L'Américain. O n peut embarquer deux ou


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D E S

H A B I T A N S

trois m a l l e s , qui sont sensées contenir les choses propres à son u s a g e ; mais si on avoit b e a u c o u p d'objets à e m b a r q u e r , il faudroit en payer le fret, suivant la quantité de tonneaux qu'ils p o u r roient contenir. L'Européen.

Qu'entendez-vous par tonneau

?

L'Américain. U n tonneau pèse ordinairement d e u x milliers, et c'est pour désigner la grandeur d'un vaisseau qu'on dit tel bâtiment contient trois ou quatre cents tonneaux. L'Européen. A v e z - v o u s la jouissance de toutes v o s malles à bord d u navire?' L'Américain. N o n ; il faut en garnir une d e toutes les choses dont on peut a v o i r besoin p e n dant la traversée; et lorsqu'on est obligé de l ' o u v r i r , il ne faut rien laisser traîner dehors, pour éviter a u x matelots les occasions de prendre. L e s autres malles sont serrées dans la c a l e , pour n e point embarrasser. L'Européen. Q u e l genre de vie mène-t-on pendant la traversée? L'Américain. O n s'occupe à la lecture, ainsi qu'à la m u s i q u e , lorsqu'il y a des a m a t e u r s ; et les personnes instruites se rassemblent pour passer agréablement le tempsL ' E u r o p é e n . L e navire fait-il relâche en allant à Saint-Domingue?


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L'Américain. Il n ' y a que les évènemens f â c h e u x qui puissent l ' y o b l i g e r , telle qu'une voie d ' e a u , le désempareraient des m a n œ u v r e s , et la fracture des mâts. L'Européen. la traversée?

C o m b i e n met-on de temps p o u r

L'Américain. Cela d é p e n d du vent ; lorsqu'il est f a v o r a b l e , la traversée est alors de q u a r a n t e à quarante-cinq jours. L'Européen. A v e z - v o u s , durant le v o y a g e , l'amusement de la pêche ? L'Américain. Lorsque le navire est en pleine m e r , on met des lignes d e h o r s , et l'on prend quelquefois des t h o n s , des bonites, des d o r a d e s , et des requins ; o n harponne aussi des marsouins. A R T I C L E

V.

Pacotille. L'Européen. Est-il a v a n t a g e u x pour la p e r sonne qui a de l'argent c o m p t a n t , de le porter a v e c elle dans la Colonie ? L'Américain. Il vaut beaucoup mieux le c o n vertir en une pacotille bien assortie, et dont l a vente soit convenable au p a y s ; p a r ce m o y e n , l'argent profite et d é d o m m a g e des frais q u ' o n peut avoir faits pour l'embarquement.


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M A N U E L

DES

H A B I T A N S

L'Européen. Indiquez-moi , je vous prie , quelle espèce de pacotille on peut emporter pour Saint-Domingue ? L'Américain. Il y en a de deux sortes ; la première consiste en h u i l e , s a v o n , c h a n d e l l e s , f r o m a g e s , beurre, jambons, farine, v i n s , eaud e - v i e , liqueurs, confitures, et autres objets de consommation pour la bouche ; c'est ce qu'on appelle comestibles. L a seconde espèce est c o m posée de marchandises, comme toiles de toutes qualités, mouchoirs de tous p r i x , bas de. fil b l a n c , c h a p e a u x , basin, souliers, tant pour hommes que pour femmes, des modes faites clans le dernier goût , pièces de draps de diverses couleurs, soierie , indiennes à meubles, mousselines , taffetas u n i s , r u b a n s , parasols légers, un peu de parfumerie et de bijouterie, et de la petite clincaillerie. Il faut principalement que les objets de luxe soient des plus beaux et des plus à la mode. V o i l à ce qui forme la plus grande partie de la cargaison d'un navire; mais lorsque c'est une paticotille particulière, il vaut mieux se charger d'un assortiment en marchandises de la seconde sorte; et il faut les acheter de la première main , afin que les bénéfices soient plus considérables. L'Européen. S'il arrivoit que la pacotille se trouvât avariée dans le n a v i r e , sur qui peut-on avoir son recours ?


DE

ST.- D O M I N G U E .

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L'Américain. Si les marchandises étaient a v a riées par les évènemens de la m e r , comme tempêtes et mauvais temps , le capitaine alors n'en est point responsable, parce que, dans une pareille circonstance , il dresse un procès-verbal de l a . position dans laquelle il s'est trouvé; mais si elles étoient gâtées , faute de soin ou d'attention , elles demeurent alors à sa charge. L'Européen. Si la pacotille est considérable, n ' y a-t-il pas des moyens certains pour éviter de la perdre, dans tous les cas possibles ? L'Américain. Dans chaque port de F r a n c e il y a une chambre d'assurance , o ù les assureurs répondent de tous les évènemens , moyennant u n e taxe médiocre , qui varie du plus au m o i n s , suivant la longueur des voyages et la qualité des navires. Cette taxe augmente de beaucoup en temps de guerre, en raison des risques qu'il faut courir. A R T I C L E Moyens

de

V I .

fortune.

L'Européen. M e voilà parfaitement instruit pour ce qui concerne rembarquement ; dites-moi maintenant de quelle manière on peut s'employer utilement dans la Colonie ? L'Américain.

Il y a plusieurs moyens

qui


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M A N U E L

DES

H A B I T A N S

peuvent conduire à la fortune. Il faut d ' a b o r d se procurer de bonnes lettres de recommandation pour les personnes qui sont en place dans le p a y s ; ces recommandations vous procurent un pied à terre en y arrivant, Si l'on est homme de l o i , on peut se placer chez un praticien; cet état y est des plus lucratifs, sur-tout lorsqu'on peut p a r venir à obtenir une commission d'officier de justice, attendu qu'il n'y a pas de charges v é nales , ni de maîtrise à payer dans les Colonies. Si l'on a du goût pour la culture, on peut faire alors un apprentissage dans cette partie ; cela vous conduit à être E c o n o m e , ensuite G é r e n t ; et la confiance que vous pouvez acquérir dans cet état, vous procure souvent des procurations ad Negotia. S i , au contraire, on ne veut pas prendre un de ces deux partis, et qu'on veuille se déterminer à faire le c o m m e r c e , on peut alors louer u n m a g a s i n , qu'on garnit de sa pacotille, et l'on p r e n d , par la suite, des marchandises à compte ouvert chez les capitaines; c e qui augmente insensiblement votre c o m m e r c e , au point de devenir ce qu'on appelle négocians; et la bonne réputation que vous pouvez vous faire, vous met quelquefois dans le cas de correspondre a v e c des maisons de commerce établies en F r a n c e , qui pourront vous charger de leurs affaires dans ce pays,


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S i vous entreprenez le c o m m e r c e , il faut que v o u s soyez surveillant à la rentrée de vos f o n d s , et ne pas trop vous livrer au crédit avec le premier v e n u ; c a r , dans ce p a y s , chacun est fort avide d'acheter; mais aussi beaucoup de personnes sont peu jalouses de payer. L'Européen. Quel est le terme de crédit que les capitaines accordent ? L'Américain. Ils accordent ordinairement six mois , après lesquels ils entrent en recouvrement; et ils sont les seuls, dans le commerce , auxquels o n accorde la contrainte par corps. L'Européen. L e s personnes qui savent un état trouvent-elles facilement de l'occupation dans la Colonie ? L'Américain. Ceux qui sont chapentiers , menuisiers, m a ç o n s , tonneliers, serruriers, c h a r r o n s , selliers, carrossiers, horlogers, o r f è v r e s , bijoutiers, tailleurs, perruquiers, y trouvent a i sément de l'emploi. L a main-d'œuvre s'y paie très-cher, et elles peuvent, par une bonne c o n d u i t e , se faire un sort très-honnête. Il y a encore deux autres états qui y sont trèsUtiles et très-lucratifs; ce sont ceux de médecin et de chirurgien. L e premier est souvent obligé de n'exercer que la c h i r u r g i e , parce qu'il trouve plus facilement à faire des abonnemens avec les habitans , pour soigner leurs nègres.


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M A N U E L

DES

H A B I T A N S

A R T I C L E Influence

V I I .

du climat sur les Européens dans les colonies.

arrivant

L'Européen. Faut-il absolument que les n o u veaux débarqués paient un tribut au p a y s , et les maladies y sont-elles fréquentes ? L'Américain. Il y a beaucoup de personnes qui se trouvent exemptes de ce tribut qui est peu de c h o s e , lorsqu'on a l'attention de se faire bien soigner. A l'égard des maladies, on peut les éviter, en tenant un bonne conduite; c a r l a majeure partie des Européens n ' y périssent que par leur faute et leurs excès. Il ne faut point s'y livrer aux veillées, en passant les nuits, soit dans les assemblées, soit dans les tripots. O n doit éviter la débauche en boissons , et particulièrement en liqueurs fortes. 11 faut aussi être sobre sur l'article des femmes. O n ne doit point i m prudemment courir de la blanche à la négresse, de la négresse à la mulâtresse, et de la m u l â tresse successivement a u x différens degrés de c o u leur. Ces femmes, lubriques par tempérament ; énervent, en peu de temps, l'homme indiscret, et le plus grand nombre de ces f e m m e s , c o m muniquent les maux dont elles sont infectées. L e sang se dessèche chez la plupart des nouv e a u x débarqués; il s'allume; il s'embrase; un spasme s'étend dans toute l'organisation; aucune partie


DE

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O M I N G U

E.

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parue ne fait plus ses fonctions, parce que toutes ont perdu leur souplesse. Ces personnes' sont très-échauffées par une traversée qui les a c o m m e imprégnées d'un sel nuisible. Il faut alors faire usage de boissons rafraîchissantes; mais à mesure qu'on est plus a c c l i m a t é , se prescrire le v i n petit à petit. L'Européen. De quelle couleur sont les créoles, et que veut dire le mot créole ? L'Américain. Il y a des créoles de toutes c o u leurs, depuis le plus noir jusqu'au plus blanc ; et on appelle créoles, les personnes qui naissent dans le p a y s , n'importe de quelle couleur elles s o i e n t , afin de les distinguer des étrangers qui viennent s'y établir. On dit, par e x e m p l e , e n F r a n c e , un Parisien, un B r e t o n , un N o r m a n d ; p a r l a même raison, on dit également un créole de S a i n t - D o m i n g u e , de la G u a d e l o u p e , de la M a r t i n i q u e , etc. A R T I C L E Villes

et

V I I I . Tribunaux.

L'Européen. Y a-t-il des villes un peu considérables à S a i n t - D o m i n g u e ? L'Américain. Il y en a quelques unes; celles du premier ordre sont le C a p F r a n ç a i s , le Port au P r i n c e , les C a y e s , et L é o g a n e ; les autres sont Tome II. E


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DES

H A BI T A N S

Saint-Marc , le P o r t de Paix , le Port Dauphin , J a c m e l , J é r é m i e , Saint-Louis, le M ô l e SaintNicolas , et plusieurs bourgs. L'Européen. Il y a sûrement des Conseils supérieure dans la Colonie ? L'Américain. Il y en avoit autrefois deux ; savoir : un au C a p , et l'autre au Port au Prince ; mais celui du C a p a été réuni à celui du Port a u Prince. L'Européen. E n outre de ce Conseil supérieur, il doit sûrement y avoir des Jurisdictions particulières, ainsi que plusieurs paroisses ? L'Américain. O n y compte dix Jurisdictions particulières ; savoir : trois dans la partie du nord ; quatre dans celle de l'ouest; et trois dans la partie d u sud. A l'égard des paroisses, quarante - six cures partagent le territoire de la partie F r a n çaise ; savoir : vingt-cinq dans le ressort du Port a u P r i n c e , et vingt-une dans la dépendance du Cap. L e s premières sont desservies par des R e l i gieux D o m i n i c a i n s , sous l'autorité d'un Préfet Apostolique du même o r d r e ; et les autres sont dirigées par des C a p u c i n s , qui ont aussi leur Préfet Apostolique.


DE

S

T.

- D

G M I N GU E .

A R T I C L E Intérieur

des

(*}

IX. Villes.

L'Européen. L e s villes de S a i n t - D o m i n g u e sont-elles bâties à peu près sur le même plan que celles de F r a n c e ? L'Américain. Elles en différent b e a u c o u p ; les rues y sont plus larges : elles sont divisées en petits îlets. Il y a très-peu de maisons à double étage, et elles sont entourées d'une galerie, qui garantit du soleil et de la pluie. L a construction des bâtimens est fort s i m p l e , attendu qu'on ne s'occupe que des distributions convenables pour se l o g e r , sans employer ni l'ornement ni la décoration. L'Européen. L'intérieur des maisons est - il aussi richement meublé que les appartemens en France ? L ' A m é r i c a i n . Il n'est point aussi garni de meubles; la plupart de ceux dont on se sert sont de bois d'acajou, ou de bois de cèdre; mais le faut est entretenu avec la plus grande propreté. C e u x qui méritent le plus d'attention, ce sont les lits, les b u r e a u x , et les armoires. A R T I C L E Propreté

et

X.

blanchissage.

L'Européen. J e crois que dans ce p a y s , tout le monde doit être fort propre ? E 2


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M A N U E L

DES

H A B I T A N S

L'Américain. L a propreté y est même nécessaire pour l a santé ; on est dans l'usage de s'y baigner presque tous les jours, et on ne se met jamais au lit sans s'être fait laver les pieds. L'Européen. Il faut sans doute, dans un pays aussi c h a u d , changer tous les jours de linge? L'Américain. C'est ce qu'on fait aussi ; et c'est u n vrai plaisir, parce que le linge y est du plus b e a u blanc possible, et qu'il a une excellente odeur. L'Européen. Quels sont donc les moyens que les blanchisseuses emploient pour cet effet ? L'Américain. Elles se servent de lianes qu'on n o m m e lianes à s a v o n , ainsi que des oranges et des citrons, pour nettoyer le l i n g e ; et lorsqu'il est repassé, elles y mêlent des fleurs d'orangers, de citronniers, et de franchipanniers. L'Européen. Y a - t - i l dans la Colonie des femmes couturières ? L'Américain. Il y a , parmi les gens de couleur, des négresses et des mulâtresses qui cousent dans la dernière perfection ; mais leur ouvrage est trèsc h e r ; il en coûte, pour la façon d'une chemise, six l i v r e s , et même jusqu'à huit livres cinq sous.


DE

ST.- D O M I N G U E .

A R T I C L E Gens de L'Européen. couleur ?

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XI.

couleur.

Qu'entendez-vous par les gens de

L'Américain. Ce sont les nègres, les mulâtres, les quarterons, et autres sangs mêlés, qui sont nés libres, ou auxquels on a donné la liberté. L'Européen. Il y a probablement de ces genslà qui sont à leur aise ? L'Américain. Il y en a qui possèdent de trèsbelles habitations , et méritent , par leur m a nière de se comporter , l'estime et l'amitié des personnes honnêtes parmi les blancs. L'Européen. L e s blancs peuvent-ils, c o m m e en F r a n c e , se mettre en service ? L'Américain. L e blanc n'est point domestique dans ce pays : ce ne sont que les nègres ou m u lâtres esclaves qui y servent; et la première dépense qu'un Européen doit faire, en arrivant dans la C o l o n i e , est d'acheter un nègre pour le servir. A R T I C L E

XII.

Hospitalité. L'Européen. Il y a sans doute des auberges établies dans l'île ? E 3


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L'Américain. Il n'y a que les villes et les bourgs qui en soient pourvus ; mais lorsqu'on v o y a g e d'une ville à l'autre, ce qui ne se fait ordinairement qu'à c h e v a l , ou en voiture, on s'arrête, a u x heures des repas et du coucher, sur la première habitation qui se présente; les habitans se font u n v r a i plaisir de recevoir les personnes honnêtes; et s'il arrive que les domestiques, ou les c h e v a u x , soient trop fatigués, ils en prêtent des leurs pour continuer la route. A R T I C L E Animaux

domestiques,

XI et

II. Fabriques.

L'Européen. Il y a sans doute, dans l ' î l e , beaucoup d'animaux domestiques? L'Américain. Il n' y manque point de c h e v a u x , de mulets, et de bœufs. Les Espagnols en amènent b e a u c o u p ; la Nouvelle-Angleterre fournit pareillement une grande quantité d e chevaux anglais, et elle y transporte aussi beaucoup de planches et de bois de construction. L'Européen. T r o u v e - t - o n , dans la C o l o n i e , quelques fabriques à l'instar de celles d'Europe? L'Américain. Il n ' y en a a u c u n e , excepté celles qui sont analogues aux productions du p a y s ; telles que sucrerie, indigoterie, c a f é y è r e , et cotonnerie. Il faut absolument que tout ce qui est nécessaire


DE

ST. - D O M I N G U E .

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pour la vie et le vêtement, y soit apporté d'Europe; et c'est ce qui entretient le c o m m e r c e , par é c h a n g e , entre les Colonies et la T e r r e Ferme. A R T I C L E

X I V .

Nourriture. L ' E u r o p é e n . Quel r é g i m e de vie observe-t-on à Saint-Domingue? Les tables y sont-elles bien servies, et les mets y sont-ils bons ? L'Américain. D a n s ce p a y s , o ù l'on perd beaucoup par les transpirations abondantes, il est absolument nécessaire de s'y bien n o u r r i r ; et ce seroit être victime de soi-même que de lésiner sur cette dépense.. L e s tables, pour l'ordinaire, y sont toujours bien servies, tant en gras qu'en maigre. L a viande la moins b o n n e , c'est celle du b œ u f ; aussi n'en fait-on usage que pour se procurer du bouillon ; m a i s , en récompense, le m o u t o n , le c a b r i , le d i n d e , le p i g e o n , et le c a n a r d , y sont infiniment supérieurs à ceux de France. L a menue volaille est aussi très-bonne, et l'on y m a n g e des poules pintades qui sont délicieuses, sur-tout lorsqu'elles sont tuées maronnes, c'est-à-dire sauvages. O n y fait aussi beaucoup usage de viande de tortue, dont le goût approche de la chair du veau. Les poissons, qui s'y trouvent en a b o n d a n c e , sont E 4


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bons ; ils sont d'espèces différentes de ceux de F r a n c e , et il y en a plus de mer que de rivière. L ' o n y mange aussi beaucoup de crabes; les huîtres sont plus petites qu'en F r a n c e ; mais elles sont plus délicates au goût. L e pain y est le plus beau et le meilleur possible, parce que les armateurs de F r a n c e n'envoient à Saint-Domingue que la plus belle farine, qu'ils tirent de Moissac et de Montauban. Les navires Bordelais y fournissent la boisson; leurs vins sont souvent préférables au bon B o u r g o g n e , sur-tout lorsqu ils ont passé la mer. O n y sert aussi sur les tables les petites friandises, tant en pâtisserie qu'en sucrerie ; le dessert est composé des fruits du pays , ou naturels ou confits. Ces fruits sont l'orange, l'ananas, la sapo-. tille, l ' a b r i c o t , les pommes cannelles, la g r e n a d e , et les noix d'acajou préparées en cerneaux. Il y a aussi un fruit qu'on n o m m e avocat ; mais ce fruit ne se sert qu'avec les entrées. Il ressemble beaucoup à nos plus grosses poires ; la couleur de sa peau est d'un vert f o n c é , ou bien tirant sur le violet ; il renferme un gros n o y a u que l'on nomme par dérision procureur ; ce n o y a u est revêtu d'une chair jaune qui s'étend c o m m e du b e u r r e , selon qu'il est m û r , et dont le goût approche de celui de la noisette. L'orange y est excellente, et elle vaut celle de


DE

ST. - D O M I N G U E .

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Malte. L ' a n a n a s est le fruit le plus b e a u , le plus suave, et le meilleur qu'on puisse servir; il renferme un parfum qui se répand dans toute la maison lorsqu'on le coupe par rouelles ; on le coupe a i n s i , parce qu'on est dans l'usage de le tremper dans le v i n , ou l'eau-de-vie s u c r é e , pour lui ôter sa grande acidité. L a sapotille ressemble assez à une pomme de reinette grise : sa c h a i r , qui est délicieuse, est un peu rougeâtre; elle renferme deux ou trois graines n o i r e s , qui sont utiles dans les rétentions d'urine, en en faisant un lait d'amandes. L'abricot y est ordinairement gros c o m m e u n petit melon ; il est couvert d'une peau épaisse de couleur jaunâtre; sa c h a i r , qui est très-serrée, est d'un jaune foncé , et a un peu le goût et l'odeur de l'abricot de F r a n c e ; il renferme trois gros n o y a u x , dont l'amande ne vaut rien : ce fruit se m a n g e de m ê m e que l ' a n a n a s , parce qu'il est acide, Les melons français et espagnols y sont excellens. Il y a aussi des melons d'eau ; mais on n'en fait usage que dans le courant de l ' a p r è s - m i d i , pour se rafraîchir. Il y a encore beaucoup d'autres petits fruits dont je ne parle pas, parce qu'ils sont peu estimés,


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DES

H A B I T A N S

A R T I C L E La

X V .

Chasse.

L'Européen. L a chasse est-elle un délassement agréable dans ce p a y s , et le gibier y est-il a b o n dant ? L'Américain. L e s blancs y chassent fort p e u , parce que c'est un exercice trop fatigant, à cause de la chaleur. Il n ' y a que les hommes de couleur qui puissent s'en amuser : ils chassent particulièrement le cochon m a r r o n , qui habite les montagnes les plus élevées. A l'égard des volatiles, on y trouve d e la perdrix grise, des ortolans, des ramiers, des bécassines, des jingeons, des pluviers, des calçons à queue r o u g e , des perroquets, et d'autres petits oiseaux ; mais il n'y a aucune bête fauve dans l'île. L'Européen. Il n'y a d o n c point d'animaux qui soient dangereux ? L ' A m é r i c a i n . I l n'y a que le c a y m a n , qui est u n e espèce de crocodile, dont il est facile de se garantir ; les reptiles y sont peu c o m m u n s , et ne sont pas dangereux. A R T I C L E

XVI.

Auberges. L'Européen. D i t e s - m o i , je vous p r i e , ce qu'il en peut coûter à la personne q u i , ne faisant point


DE

S T . - D O M I N G U E .

75

ordinaire chez elle, veut manger à l'auberge, ou se mettre en pension bourgeoise ? L'Américain. Si l'on m a n g e â l'auberge, il en coûte ordinairement huit livres cinq sous par repas; et si c'est au m o i s , on paie de cent cinquante à cent soixante livres par mois. Si l'on veut se nourrir dans une maison bourgeoise , la pension coûte alors deux cents livres par mois. A R

T I C L E L

XVII.

ogement.

L'Européen. C o m b i e n coûte un logement, et quelle est la dépense qu'on peut faire pour le perruquier et la blanchisseuse ? L'Américain. Si l'on se détermine à faire le c o m m e r c e , i l faut alors se loger dans les quartiers convenables à cet état ; les loyers y sont de trois à quatre mille livres par an ; mais si on veut habiter un quartier éloigné du c o m m e r c e , on peut y être logé pour la somme de douze à quinze cents livres par an. O n trouve aussi des chambres garnies ; elle; coûtent depuis soixante-six livres jusqu'à cent livres par m o i s , selon la commodité du l o gement. P o u r ce qui est du perruquier , il en coûte quinze livres par m o i s , et il fournit tout. L a blanchisseuse prend ordinairement dix-huit à vingt livres par mois.


76

M A N U E L

DES

H A B I T AN S

A R T I C L E

XVIII.

Habillemens. L'Européen. Les chaleurs étant à peu près égales à Saint-Domingue, quels sont les vêtemens qu'on y porte ? L'Américain O n se sert ordinairement de draps très-légers, de soierie, de toiles canadérises, de batiste écrue, de basin, et de nankin. L'article de la garde-robe y est très - dispendieux ; les étoffes et les toiles y coûtent fort c h e r , le drap y vaut de quatre-vingt à cent livres l'aune ; l a belle toile coûte quinze à seize livres l'aune ; la baptiste écrue dix à douze livres l'aune ; et le n a n k i n de dix-huit à vingt livres la pièce ; mais la soierie, soit en pièce, soit travaillée, y coûte fort cher. , . L'Européen. Quel peut être le prix pour l a fa çon des vêtemens ? L'Américain. Il en coûte pour la façon d'un habit trente-trois livres ; pour celle d'une veste seize livres ; et pour façon de culotte neuf livres : ce qui fait cinquante-huit livres pour le tout. L'Européen. Ne peut-on pas s'y vêtir à meilleur m a r c h é ? \\ . rail L'Américain. O n le peut, en achetant des habits tout faits chez les capitaines qui en apportent quelquefois de F r a n c e ; et si l'on veut profiter du f


DE

ST. - D O M I N G U E .

77

bon m a r c h é , il faut aller sussi aux ventes de l'amirauté. C'est dans cet endroit que les capitaines , qui sont prêts à partir de la colonie, pour revenir en F r a n c e , font porter les queues de leurs cargaisons , pour y être vendues publiquement. L'Européen. L a chapellerie, et la cordonnerie doivent y être aussi fort chères ? L'Américain. Les chapeliers vendent ordinairement u n c h a p e a u , un peu fin, quarante à q u a rante cinq livres ; et les cordonniers font payer une paire de souliers seize livres dix sols ; il est vrai qu'ils sont mieux faits et qu'ils durent plus longtemps que ceux qu'on achète tout faits dans les magasins , pour le prix de huit à neuf livres. A R T I C L E

X I X .

Monnoies. L'Européen. L ' a r g e n t , dont on se sert dans la c o l o n i e , est-il le même que celui de F r a n c e ? L'Américain. Il n ' y a que le louis d ' o r , l'écu de six l i v r e s , et celui de trois livres qui y aient cours ; et cet argent y augmente de la moitié de sa v a l e u r , parce que la livre tournois y vaut une livre dix sous, par conséquent le louis d'or compte pour trente-six livres ; mais l'argent des colonies diminue d'un tiers lorsqu'on veut le convertir en argent de France.


73

M A N U E L

D E S

H A B I T A N S

L'argent dont on se sert ordinairement à SaintDomingue , est celui d'Espagne et de Portugal. O n n ' y voit aucune monnoie de billon ; la plus petite, et la moindre p i è c e , est d'argent ; elle y v a u t sept sols six deniers. Il y a en monnoie d'Espagne, le quadruple d ' o r , qui vaut cent vingt-six livres ; le demi-quadruple, soixante-trois livres ; le louis d'or, trente-une livres dix sols ; le demi-louis d'or, quinze livres quinze sous ; et le quart de louis d'or, sept livres sept sols six deniers. A l'égard des pièces d ' a r g e n t , on se sert de la gourde , autrement dite piastre forte, elle v a u t huit livres cinq sols; la demi - gourde vaut quatre livres deux sols six deniers ; le gourdin vaut deux livres u n sol trois deniers ; le demi - gourdin v a u t une livre sept deniers et demi ; et le quart de gourdin passe ordinairement pour sept sols six deniers. IL y a aussi la piastre simple qui vaut six livres ; la demi - piastre v a u t trois livres ; le double escalin v a u t une livre dix sols ; l'escalin simple v a u t quinze sols ; et le demi-escalin vaut sept sols six deniers. Il n ' y a en monnoie de Portugal que des pièces d'or ; s a v o i r , la double portugaise c o r d o n n é e , elle vaut cent trente-deux livres; la portugaise simple vaut soixante-six livres; la demi - portugaise vaut


DE ST. - D O M I N G U E . 79 trente-trois livres ; le quart de portugaise v a u t seize livres dix sols; et le demi-quart de portugaise, qui est la plus petite pièce d ' o r , vaut huit livres cinq sous.

A R T I C L E

X X .

Bois. L'Européen. Les bois qui viennent de la colon i e , sont-ils semblables à ceux de F r a n c e ? L'Américain. Ils sont d'espèces différentes, et je vais vous en donner une légère connoissance. C e u x que l'on trouve clans l'île sont : le bois d'acajou ondé et moucheté ; il sert à faire de trèsbeaux meubles ; le bois c o c h o n , et le bois b l a n c , servent à faire du merrain et des essentes; le bois de f e r , celui d ' a c o m a , et le bois enivré servent pour les batimens et les moulins; le bois d'amandier sert au charronnage ; la racine de figuier maudit sert à faire des gamelles; le bois palmiste est propre à faire des planches ; le bois m o n b a i n , le rais i n e u x , ainsi que le bois côtelette sont bons pour faire des entourages. Il y en a encore d'autres que que l'on nomme gris-gris , t a v e r n o n , m a p o u , et bois trompettes, etc. etc. V o i l à les principaux bois de St. Domingue.


80

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

A R T I C L E

XXI.

Spectacles. L'Européen. Y a-t-il des salles de spectacles à St.-Domingue, les habitans y sont-ils j o u e u r s , et y joue-t-on gros jeu. L ' A m é r i c a i n . Il y a quatre salles de spectacle assez jolies; la première est au Cap-Français, la seconde au Port-au-Prince, la troisième à SaintM a r c , et la quatrième aux Cayes. Les troupes de comédiens y sont assez bonnes. Il n'y a que deux sortes de places pour les blancs , savoir, les premières , loges et le parquet ; les personnes de couleurs, et qui sont libres, se mettent a u x secondes loges. Les premières loges se paient seize livres dix sols; le parquet huit livres, cinq sols ; et les secondes loges, quatre livres dix sols six deniers ; mais on a la facilité de s'abonner a u mois ou à l ' a n n é e , alors il en coûte moins. A l'égard du jeu , il n ' y a pas de pays où l'on joue plus gros j e u ; mais il faut y être très-surveill a n t , car il n'y manque pas de gens qui savent corriger la fortune; on doit aussi éviter de jouer dans les tripots, attendu que ces endroits sont pernicieux tant pour la santé que pour la bourse.

A

RTIC

LE


DE

ST.-DO

MING

A R T I C L E

8I

UE.

X X I

I.

Promenades. L'Européen.

Les

villes de St.-Domingue ont-

elles des promenades particulières ? L'Américain. L'usage est de se promener sur le soir le long des bords de la mer , ou bien dans les grands chemins, qui sont ordinairement bordés d'habitations bien entretenues. L ' E u r o p é e n . L e pittoresque du pays doit être bien agréable ? L'Américain. Il l'est en effet, et c'est une vraie jouissance que d'y voir les jardins des habitations; ils sont toujours des mieux p e i g n é s , et parfaitement entretenus. O n y voit en tout t e m p s , feuilles, fleurs et fruits ; l'odeur qu'on respiré est des plus s u a v e s , attendu que les haies vives qui ceignent les habitations, sont faites de citronniers o u de bois de c a m p ê c h e , et que la terre y produit beaucoup d'aromates. A R T I C L E

X X

III.

Femmes. L'Européen. O n dit que les femmes n ' y sont .pas difficiles , et qu'elles aiment les blancs ? L'Américain. Tome

L e s e x e , de quelque couleur II. F


82

MANUEL

DES

H A B I T A N S

qu'il soit, n ' y est effectivement point farouche. Les h o m m e s , pour se mettre à la mode du p a y s , vivent ordinairement avec une femme de couleur qu'on nomme ménagère ; mais c'est souvent le m o y e n d'envoyer son ménage à tous les diables, car ces sortes de femmes ne vous sont attachées qu'autant que vous faites des dépenses pour elles ; sitôt que les moyens de pouvoir satisfaire leurs caprices , qui sont aussi fréquens qu'excessifs , m a n q u e n t ; adieu la ménagère ; elle cherche fortune ailleurs, et elle vous quitte sans r e g r e t , à moins que vous n ' a y e z une seconde fortune à lui sacrifier. O n doit donc faire son c h o i x , et ne s'adresser q u ' a u n e femme qui puisse veiller à vos intérêts; il s'en trouve quelques unes de cette t r e m p e , mais elles sont rares. A R T I C L E

X X I V .

Esclaves. L'Européen. N ' y a-t-il dans l'île que les nègres qui travaillent à la terre ? L'Américain. O n n ' y emploie que ces sortes d'hommes , parce que les Européens ne p o u r voient pas résister à des travaux aussi pénibles, dans un climat si chaud. L'Européen: O n dit que les esclaves y sont très-malheureux, et qu'on exerce à leur égard de rudes châtimens ?


D E

S T.

- DOM I N G U E.

83

L'Américain. L'esclave y est moins à plaindre que ne le sont les paysans en France. Ce p r e mier , lorsqu'il est bon sujet , est amie de son maître , il est assuré de son logement et de sa subsistante ; et s'il a une petite famille, elle est à la charge de son m a î t r e , qui en a tout le soin possible; A l ' é g a r d des châtimens qu'on leur inflige lorsqu'ils ne se comportent pas bien , il n'y a que des maîtres injustes et inhumains qui passent les bornes. Lorsqu'on connoît des hommes aussi barbares, il faut les dénoncer à la justice ; c'est à elle à veiller et à empêcher ces sortes de v e x a tions ; elle doit même défendre l'achat des nègres à ceux qui ne savent pas les gouverner ; car quoique ces esclaves soient votre propriété , vous n'en êtes Cependant que le principal chef , et vous ne devez vous regarder que c o m m e p è r e d'une grande famille, à laquelle tous vos soins sont acquis. I A R T

I C L E

Fortune

des

X X V . Habitans.

L'Européen. L e s habitans de ce pays doivent être très-riches ? L'Américain. U n e grande partie des habitans de St.-Domingue sont fort riches en apparence ; mais ils doivent beaucoup aux n é g o c i a n s , parce


64

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

qu'ils ne savent point se modérer dans leur dépense. Il y a des habitans qui possèdent plusieurs habitations , et qui ont jusqu'à sept à huit cents nègres à eux appartenant. A R T I C L E Retour

en

X X V I . Europe.

L'Européen. Lorsqu'on veut quitter la colonie, pour revenir dans sa patrie, de quelle manière faut-il s'y prendre ? L'Américain. Q u a n d on se dispose à partir de l ' î l e , pour revenir en F r a n c e , il faut avoir soin de ramasser tous ses fonds , et ne laisser que le moins possible de recouvrement à faire après son d é p a r t , parce qu'étant éloigné du p a y s , il est fort difficile de s'en procurer la rentrée. Si c e pendant vous a v e z des habitations que vous ne vouliez pas vendre , attendu que leur produit est considérable, et vous assure une existence agréable, dont v o u s vous proposez de jouir dans votre patrie, v o u s devez alors charger de votre p r o c u ration une personne h o n n ê t e , qui mérite votre c o n f i a n c e , et dont les talens soient convenables à l'administration de vos biens. À l'égard de l'argent comptant que vous pouvez a v o i r , vous prenez des lettres de change tirées sur les meilleures maisons de commerce établies


DE

ST.-DO

M I N G U E.

85

dans les ports de F r a n c e , ou bien vous convertissez cet argent en achats de sucre, d ' i n d i g o , de c a f é , et de coton , dont vous chargez le navire que vous a v e z choisi pour revenir , a y a n t sur-tout le soin de faire assurer ces denrées. Il est aussi d'usage de faire publier, trois fois de suite, de huitaine en h u i t a i n e , dans les gazettes a m é r i c a i n e s , son d é p a r t , pour en donner connoissance aux personnes auxquelles on peut devoir : elles ont le droit de faire opposition à votre départ, si elles ne sont point satisfaites ; ce sont ces moyens-là qui établissent la confiance dans le crédit qu'on peut faire. L'Européen. Pour revenir en F r a n c e , le prix d u passage est-il le m ê m e que celui qu'on paie pour aller à Saint-Domingue ? L'Américain. Il en c o û t e , pour revenir en F r a n c e , mille à douze cents l i v r e s , argent des Colonies. L'Européen Revient-on de l'Amérique par la même route qu'on a tenue pour y aller ? L'Américain. O n y v a en faisant toujours route vers le sud ; m a i s , pour r e v e n i r , on fait route vers le n o r d , en passant à peu de distance d u banc de T e r r e - N e u v e , et quelquefois m ê m e sur le b a n c ; parce que les vents du nord sont plus convenables pour le retour. L a traversée est souvent très - l o n g u e , parce qu'on éprouve quelF 3


65

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

quefois des coups de vent furieux, dans différens parages. V o u s voilà suffisamment instruit sur les objets les plus intéressans relatifs la Colonie de SaintD o m i n g u e . D a n s le cas o ù vous vous détermineriez à y a l l e r , souvenez^vous qu'avec une bonne c o n d u i t e , on peut aisément y faire fortune.


\

DE

C

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M A L A D I E S DE

S T . - D O M I N G U E .

A

P

I

T

R

E

V.

SAINT-DOMINGUE,

REMÈDES P R É S E R V A T I F S

87

ET

LEURS

ET CURATIFS.

J E termine m o n travail par le chapitre le plus intéressant. J'y parle des maladies communes à Saint D o m i n g u e , et des m o y e n s de les g u é r i r , simples et naturels , dont m o n expérience personnelle, et la voix p u b l i q u e , dans la C o l o n i e , attestent l'efficacité. C e dernier tableau est d'autant plus essentiel, que, malheureusement, il n'est pas rare de v o i r , dans les A n t i l l e s , l'ignorance ou la cupidité de l'empyrisme substituer opiniâtrement aux remèdes indigènes et p r o m p t s , de méthodes, de routines, compliquées, longues, pernicieuses, et trop souvent suivies des accidens les plus funestes. Je ne puis trop exhorter les personnes qui se disposent à passer dans l'île , les jeunes gens surtout, à se bien pénétrer des principes d'hygiène locale , que je vais sommairement développer. A R T I C L E

Salubrité

P R E M I E R .

du

climat.

L a sobriété est, plus q u ' a i l l e u r s , nécessaire dans les Colonies. Ce n'est point à l'air de SaintF 4


88

M A N U E L

D E S

H A B I T A N S

D o m i n g u e qu'il faut imputer les mortalités fréquentes qu'on y voit. Cet air est salubre; il ne porte avec lui aucune influence maligne. Cela est si v r a i , que les p u l m o n i q u e s , et les personnes attaquées des maladies q u i , ailleurs, conduisent à la m o r t , s'y rétablissent, lorsqu'elles veulent observer un régime e x a c t , mais moins gênant encore qu'en Europe. Les santés délicates, les tempéramens faibles et valétudinaires, y vivent bien plus long-temps qu'ils ne feroient dans des climats réputés meilleurs. Les anciens ont même fait une remarque s û r e ; c'est que les personnes qui arrivent d'Europe , a v e c la complexion la moins robuste, résistent ordinairement mieux au c l i m a t , que ceux qui apportent une constitution forte et vigoureuse. L e s tempéramens secs , peu chargés d'embonpoint o u de graisse, paroissent aussi plus propres au climat. L e s personnes sanguines, dont le visage empourpré dénote une abondance de sang porté à l'inflammation, sont encore dans le même cas. Les maladies ordinaires à Saint-Domingue y sont si peu compliquées, si faciles à guérir, quand le malade est assez raisonnable pour vouloir s'aider l u i - m ê m e , que les habitans, chargés du soin de guérir ou d'aider la nature, se contentent d'ordonner des remèdes fort simples, dont on ne se douterait presque p a s ; des rafraîchissans, des boissons légères , le tout composé avec certains v é g é t a u x


DE

ST.-DOMINGÛE.

89

du pays , ont long-temps formé toute la médecine dont on faisoit u s a g e , et il mouroit bien moins de monde. A R T I C L E

II.

L'air. L'air de Saint-Domingue n'est pas aussi pernicieux qu'on le croit c o m m u n é m e n t , et la s a l u brité est due à sa position entre les deux tropiques. Il est assez chaud pour exciter d'abondantes transpirations; m a i s , en même t e m p s , assez tempéré pour ne pas produire les mauvais effets des climats brûlans. L e s brises, ou vents journaliers qui y régnent, en rafraîchissant l'air, le condensent d'une manière très-sensible. L e vent qui s'élève la nuit est ordinairement frais, et celui du j o u r , s'il l'est m o i n s , à cause du soleil qui l'échauffé v i v e m e n t , a un autre a v a n t a g e , celui de dissiper les Vapeurs malignes que les premiers rayons élèvent dé la terre. Il est donc impossible que l'on respire long-temps un mauvais a i r , puisqu'il est sans cesse purifié, et par le v e n t , et par la chaleur. L'air de la plaine est bon; mats il n'est pas par-tout le meilleur ; ce qui dépend de la position et de la nature du vent qui y règne ordinairement, et du plus ou moins d'éloignement de la mer. L é vent du sud est trop chaud ; il


90

M A N U E L

DES

H A B I T AN S

brûle et dessèche les corps c o m m e les plantes. Les montagnes reçoivent aussi, de leur situation, le bon ou le mauvais air qu'on y respire ; la plupart sont précieuses pour la culture, et la demeure en est f r a î c h e , sur-tout durant la n u i t ; car alors il faut se couvrir c o m m e dans les pays froids. A R T I C L E Les

III.

Eaux.

Les eaux sont plus ou moins b o n n e s , selon les terrains qu'elles traversent : elles passent souvent par des veines de mines qui leur communiquent u n levain pernicieux ; ce qui se remarque, à la l o n g u e , par l'usage q u ' o n en fait. L e s trois quarts des obstructions, dont les habitans se plaignent, ne proviennent que de cette cause. Il y en a à St.D o m i n g u e de toutes les espèces, et elles sont trèscommunes. Les eaux ferrugineuses, ou simplement rouillées, font un effet bien prompt et bien salutaire dans ces sortes de maladies. A R T I C L E Salubrité

des

I V. Sueurs.

Les sueurs sont très-salutaires d a n s é e p a y s ; mais je crois que la trop grande abondance c o n tinue devient nuisible, et qu'elle précipite peu


DE

ST.-DOMINGUE.

91

à peu dans la phthisie , la d i a r r h é e , et les autres maladies qui naissent de l'affaissement des solides. Il n'est pas moins certain que les sueurs font, en plusieurs o c c a s i o n s , un bien infini : elles g u é rissent m ê m e l ' h y d r o p i s i e , sans employer autre chose qu'un régime bien simple, O n ne nourrit les personnes attaquées de cette m a l a d i e , q u ' a v e c d u b i s c u i t , de la viande g r i l l é e , et du tafia, à discrétion. A R T I C L E Dangers

de la

VI. saignée.

L a saignée est, sous ce c i e l , le plus dangereux de tous les remèdes. J e pense que si on la supprimoit entièrement, o n conserveroit la vie à b e a u c o u p plus de n o u v e a u x arrivés. J ' a i observé qu'il n'en est presque p o i n t , q u e le libertinage public du p a y s ne séduise, à leur arrivée. L e s négresses, autant pour gagner de l'argent, que par esprit de d é b a u c h e , les viennent t r o u v e r , et font toutes les avances ; ceux-ci s'y livrent avec d'autant plus d ' a r d e u r , que la m e r qu'ils viennent d e quitter, échauffe extraordinairement : la fièvre survient b i e n t ô t , on les s a i g n e , et la m o r t , en ce c a s , est la suite inévitable. Q u a n t a u danger de la saignée, il est par-tout le m ê m e , dans presque toutes les m a l a d i e s , dont les hommes sont attaqués sous ce climat. Ce


92

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

remède est pernicieux et mortel pour tous les scorbutiques, maladie que l'air du pays semble donner ; mais q u i , a u v r a i , vient plutôt des m a u vaises boissons et des mauvais alimens. L e moindre séjour que l'on fait à S a i n t - D o m i n g u e , à la suite d'un v o y a g e qui n'y contribue pas moins, o c c a s i o n n e , dans tout le c o r p s , le développement et la fermentation de cet affreux l e v a i n , qui y germe sans cesse, et ne se déclare au d e h o r s , q u e l o n g temps après. A R T I C L E Le

V I .

Scorbut.

Il y a deux espèces de scorbut ; l'un de terre, et l'autre de mer. L e scorbut de mer n'est presque rien ; on le dissipe aisément p a r l'usage du c i t r o n , de l'oseille , du vinaigre , de la m o u t a r d e , de tous les a c i d e s , et m ê m e avec les plus légers anti-scorbutiques, lorsqu'ils sont appliqués à temps et dès le principe. L e progrès du scorbut de terre est plus o u moins l e n t , selon la différence des constitutions ; mais c o m m e celui de mer en pourroit bien être la première c a u s e , je dois remarquer que la mer resserre si fort, et que tout ce que l'on mange dans les traversées échauffe tellement, que les personnes qui ne sont point accoutumées à ces voyages s'en ressentent lorsqu'elles sont débarquées.


DE

ST.-DOMINGUE.

A R T I C L E Remède

et régime

contre

9

3

V I I . le

Scorbut.

Pour prévenir les suites que pourrait o c c a sionner un si g r a n d échauffement, il ne s'agit que d'user de lavemens, qui sont ici très-salutaires ; de recommander un peu la diète; d'ordonner des bouillons rafraîchissans; et pour boisson ordinaire une limonade légère faite avec l'orangesûre ou aigre. L a fièvre, qui n'est qu'accidentelle, cesse pour lors : il ne faut même pas attendre qu'elle prenne aux passagers. Aussitôt après leur a r r i v é e , on doit les faire traiter c o m m e je viens de dire. V o i c i le régime que je conseillerais à ceux qui viennent à Saint-Domingue. Il faut p r e m i è rement qu'ils ne fassent aucune attention ' à des discours qui ne tendent qu'à leur inspirer une terreur panique , tels que c e u x - c i ; Que le bonhomme Saint-Domingue ne pardonne guère ; qu'il faut que tout, le monde lui paie un tribut. C'est une imposture grossière, dont on devrait bien s'abstenir. C a r , combien y a-t-il de personnes dans l'île qui n'ont jamais été m a l a d e s ? L a frayeur qu'on inspire à la p l u p a r t , rend souvent très-dangereuse la plus légère indisposition qu'ils éprouvent. A u moindre mal de tête, à la migraine qui les


54 M A N U E L DES H A B I T A N S saisit, ils se croient déjà m o r t s , s'abandonnent au désespoir, et deviennent véritablement m a lades. Les remèdes n'agissent plus, parce q u e , de toutes les maladies la pire est celle qui frappe l'imagination. J'ai v u mourir des habitans, surtout les P r o v e n ç a u x , qui n'avoient que l'imagination frappée. ARTICLE VII I. Nécessité

des

rafraîchans.

Il faut, je le répète, se rafraîchir en arrivant; par des b a i n s , des lavemens simples, des m é decines légères, composées de casse et de m a n n e ; boire m ê m e , s'il est possible de vaincre là-dessus sa r é p u g n a n c e , d e l'eau de casse : c'est peut-être le plus excellent spécifique qu'il y ait sous ce c i e l , pour tempérer l'effervescence du sang. Mais il est singulier combien le tempérament y change. A u bout de quelques années de résidence, il faut quitter la casse ; son fréquent usage deviendrait m ê m e dangereux : elle refroidit trop l'estomac, q u i , alors , a besoin d'être réchauffé. ARTICLE IX. Régime

pour les anciens

habitans.

O n ne saurait être trop circonspect sur le traitement des maladies dont se trouvent attaquées


DE

S

T.

- DO

M IN G U

E.

95

les personnes, qui ont déjà fait quelque séjour dans la Colonie. Si leur estomac a besoin d'être débarrassé, il est nécessaire , e t même essentiel, d ene point employer les remèdes réfrigérans , ni tout ce qui est apéritif froid ; mais d'user de cordiaux et de diurétiques c h a u d s , qui font ici un effet merveilleux.

Régime

A R . T I C L E pour les nouveaux

X. débarqués.

Je conseille sur-tout a u x nouveaux débarqués de s'abstenir de tout ce qui peut les échauffer , comme l'excès du v i n , des femmes, des liqueurs, dont on fait ici un trop grand usage. Ils ne doivent pas moins fuir les veilles, le jeu continuel, l'ardeur,du soleil, en un mot , tout ce qui est capable d'exciter, le principe de chaleur qu'ils ont en eux. M a i s autant u n exercice violent leur est contraire, autant celui qui est modéré leur convient; car il n'y a point de pays au monde où il soit plus funeste de demeurer oisif. T o u s ceux qui s'occupent d'un travail r é g l é , s'y portent ordinairement bien ; au lieu que ceux qui s'y livrent à une nonchalance a b s o l u e , a c c u m u l e n t une quantité d'humeurs qui se répandent dans toutes les parties du corps.


96

M A N U E L

D E S H A B I T A NS

A R T I C L E Age

XI.

avancé des femmes.

L e s femmes sont la preuve de l a bonté du climat de S a i n t - D o m i n g u e : elles y atteignent u n âge t r è s - a v a n c é , et la chaleur d u pays fait q u e leurs accouchemens sont rarement laborieux. O n peut dire q u e c'est leur vrai paradis. L a p r o preté, si salutaire sous ce climat, pour s'y bien porter, ainsi que dans tous les pays chauds , y est leur véritable apanage : elles portent m ê m e c e soin jusqu'aux minuties L e s femmes créoles, par dessus t o u t , se lavent continuellement, et c h a n gent à tout moment de linge. Ces attentions contribuent à la santé, et les hommes doivent egalement s'en piquer, s'ils veulent vivre sains et trèsvieux. L a malpropreté y est si fort nuisible , que les Espagnols y sont presque tous attaqués des maladies de la p e a u .

A R T I C L E Les

X I I .

Dartres.

C e n'est pas que ces maladies soient rares c h e z n o u s ; mais elles n ' y sont que de la moindre esp è c e , que l'on fait passer aisément sans le s e cours de la médecine. U n e seule de ces maladies,, commune à S a i n t - D o m i n g u e , à laquelle o n n e sauroit


DE

S T . - D O M I N G U E .

97

sauroit s'empêcher de prendre garde sans cesse, pour ne point s'exposer à son atteinte , ce sont les d a r t r e s , dont quelques unes deviennent si t e n a c e s , que toute la pharmacie n'y peut rien. C'est un m a l h e u r qui n'arrive qu'à ceux dont le sang est vicié ou corrompu. O n en voit souvent passer en F r a n c e pour se faire g u é r i r , et qui en reviennent débarrassés, sans s'être fait traiter; parce que le seul changement de climat les leur a emportées : mais à peine sont-ils de retour dans la C o l o n i e , qu'elles reparaissent avec autant d'activité. Lorsqu'un principe vénérien en est la c a u s e , elles passent sans retour, en supprimant la source du m a l . Q u a n d l'âcreté du s a n g , qui est, en c e pays , u n inconvénient très-ordinaire , vient à s'y j o i n d r e , il faut bien se donner de garde de traiter le sujet par les grands remèdes. Cette cure y est si o p p o s é e , q u e , faisant passer les dartres dans le s a n g , elle les rend presque incurables. A R T I C L E Remède

et régime contre

X I I I . les

dartres.

Toutes les personnes attaquées de ce mal f â cheux et fort incommode , doivent renoncer à tous les irritans; se mettre au lait, dont on r e m a r q u e de fort bons effets ; se purger de temps en Tome II.

G


98

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

temps, et se servir d'un opiat souverain pour leur guérison ; en voici la recette : Prenez une quantité suffisante d'huile de c o p a h u ; le jus exprimé d'un citron ; une poignée de sel marin ; du soufre vif ou de la fleur ; mêlez le tout ensemble, et oignez la partie affligée, mais en frottant cette partie jusqu'à en faire sortir du sang. O n ne fera pas mal de commencer par prendre des bouillons rafraîchissans, et se purger avant et après. Il est inconcevable combien la conduite q u ' o n m è n e à Saint-Domingue occasionne de maladies , a u lieu q u ' a v e c plus de sobriété, et u n certain r é g i m e , on y jouiroit d'une santé inaltérable. A R T I C L E

X I V .

Spasme. L e c l i m a t , l ' a i r , sont l'excuse de tous nos i n tempérans. Il semble qu'on ne travaille ici que pour se satisfaire en tous genres d'excès; aussi en naît-il des suites aussi fatales au physique qu'au m o r a l . L e s cruelles opérations manuelles de la c h i rurgie deviennent souvent indispensables et funestes , car la plus légère amputation y cause la mort. C e que l'on appréhende le p l u s , dans toutes ces opérations, c'est le spasme. O n sait que c'est une


DE

ST. - D O M I N G U E .

99

maladie qui crispe les nerfs , et q u i , les raidissant, empêche leur flexibilité. Si l'on ne trouve le secret d'arrêter promptement l'effet de ce m a l , il se c o m munique bientôt dans toute la partie nerveuse , et le malade devient roide c o m m e une barre de fer. A R T I C L E Remède

contre

le

X V . spasme.

O n c r a i n t , dans la colonie , ce cruel accident pendant neuf jours , après une amputation ou une blessure périlleuse. J'en ai v u à qui un simple clou , entré par mégarde dans le p i e d , causoit le s p a s m e , et qui en mouroient. L e froid, dont o n est saisi a u moment d'une violente transpiration, produit aussi cette m a l a d i e ; mais elle est dans ce cas plus facile à guérir. Il ne faut oindre d'auc u n corps g r a s , ni frotter d'aucune liqueur, les personnes attaquées du spasme ; il suffit de les r e m u e r , de les agiter fortement, de les faire suer, les exposer à l'action d'un feu v i f , leur faire boire force v i n a i g r e , de l ' o x i m e l , en mettre dans leurs bains c h a u d s , les secouer violemment avec l'émét i q u e , et les plus forts sudorifiques. L e s nègres sont beaucoup plus sujets à ce mal que les b l a n c s , et les a n i m a u x encore plus que les nègres.

G 2


100

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

A R T I C L E

X V I .

Diarrhées. Les diarrhées sont très-fréquentes à S a i n t - D o mingue ; c'est souvent le fruit ou de la débauche o u t r é e , ou du scorbut ; elles durent c o m m u n é m e n t l o n g - temps. Il y a des personnes qui les gardent plus de dix a n s , et quelques unes toute leur vie. Les diarrhées scorbutiques sont celles qui durent le m o i n s , elles conduisent bientôt au t o m b e a u , p a r ce qu'on songe rarement à y remédier dans le p r i n c i p e , que l'on néglige une maladie qui devient i n c u r a b l e , et que ceux qui en sont attaqués mangent avec voracité , ce qui ajoute un nouvel embarras à leur état déjà fâcheux ; ces malades contribuent m ê m e à s'enflammer l'intérieur, par les ragoûts dont ils usent , et le boissons qu'ils se permettent. Quelques uns s'embarquent à temps pour la F r a n c e , ils éprouvent alors combien le c h a n g e ment de climat leur est salutaire; ils se guérissent pendant la traversée, sans faire usage d'aucun remède ; mais ils ne sont pas plutôt revenus dans la C o l o n i e , que l'usage de ces mets assassins les fait retomber dans le même état ; au lieu que ceux qui ont assez d'empire sur eux pour s'en priver , se garantissent ordinairement d'une rechute aussi triste que pernicieuse.


101

DE ST.-Do M IN GUE. A R T I C L E Temps

le plus

salubre pour Domingue.

X V I I . arriver à S a i n t -

L a saison d'arriver à S a i n t - D o m i n g u e , pour ceux qui ne sont point faits a u climat, c'est l'hiver. Il n'y est pas m ê m e aussi froid que dans les parties les plus méridionales de la F r a n c e , puisque l'on va presque toujours vêtu à la légère; mais c'est u n temps pendant lequel la chaleur du soleil est r a l lentie. Les débarqués ont le loisir de s'accoutumer peu à peu au retour d'une saison plus chaude. C e prétendu h i v e r , lorsqu'il est p l u v i e u x , d e v i e n t , en revanche , bien fatal aux anciens habitans, dont souvent il occasione la mort. L e moindre rhume dégénère en fluxion de poitrine. L a chaleur de la journée oblige de ne se vêtir que très-peu ; mais avant le lever , et après le coucher du s o l e i l , on sent une fraîcheur qui supprime la transpiration, quand on n'est pas assez soigneux pour prévenir cet inconvénient. L e s nuits sur-tout exigent alors que l'on s u p p o r t e , malgré s o i , une couverture. L a principale partie d u corps que l'on doit couvrir a v e c soin, c'est l'estom a c ; ce viscère est ici le siège de tous les dérangement qu'éprouve la santé.

G

3


102

M A N U E L

DES

A R T I C L E

H A B I T A N S

X V I I I .

Heures. Pendant cette espèce d'hiver il faut traiter les malades autrement qu'en été ; les fièvres m ê m e n e sont causées que par une suppression de sueur; les p o r e s , presque toujours ouverts, se referment subitement, et les humeurs qui sortoient par cette voie n a t u r e l l e , ne trouvant plus d'issue, refluent à l'intérieur o ù elles infectent la masse du s a n g , ou bien , elles s'attachent à des parties qu'elles o b s truent. U n e prise de bézoard est ordinairement s a l u taire ; pour la s a i g n é e , en cet é t a t , elle est d a n gereuse, et fort souvent mortelle. J e m e suis souvent guéri d'une fièvre très-violente, qui provenoit de cette c a u s e , en ne prenant que du t h é , et en m e couvrant beaucoup plus que de c o u t u m e , afin de rétablir la transpiration. J'en ai toujours été quille pour un seul accès. Cette fièvre commence par des symptômes effrayans; on ressent un froid v i f , et des douleurs aiguës dans toute l'habitude d u c o r p s , le m a l de tête n'est point e x c e p t é , et voilà ce qui épouvante et fait prendre le change. J'ai observé que l'on recherche ici le froid a v e c une sensualité qui nuit à beaucoup de personnes. L e s rhumatismes , et les fluxions , plus c o m m u n s qu'on ne se l'imagineroit, eu égard à la chaleur


DE S T . - D O M I N G U E .

103

du c l i m a t , naissent de là , et ces maux sont bien plus difficiles à guérir qu'ailleurs. Les maladies fiévreuses ne sont pas longues sous ce ciel ; les malades y voient promptement décider leur sort. Les jours non pairs sont pour eux les plus critiques ; il est rare que l'on aille jusqu'au onzième. O n voit peu de goutteux dans ce p a y s , quoique la débauche dût les rendre communs. Les plaies sont aussi peu dangereuses à la tête, de m ê m e que les coups de f e u , ou d'épée, qui se guérissent facilement ; les maux de jambes sont seulement en q u e l ques endroits difficiles à guérir. A R T I C L E Nécessité

des fréquens

X I X . purgatifs.

T o u t cela fait bien l'éloge de la pureté de l'air ; si on avoit soin de s'y purger de temps en t e m p s , pour diminuer l'abondance des humeurs , o n jouiroit toujours d'une bonne santé. M a l g r é les sueurs continuelles ( o n ne saurait trop le d i r e ) , les humeurs s'amassent avec une rapidité é t o n n a n t e ; elles deviennent l'origine de toutes les maladies. A R T I C L E

X X .

Malingres. C'est de cette source empestée que sortent les malingres,

espèce de plaie qui se forme elle-même G

4


104 M A N U E L

DES

H A BIT AN S

d'une humeur scrophuleuse, par la pourriture des chairs. Ce mal s'attache le plus communément aux jambes. Combien de nègres sont par là rendus infirmes et inutiles à leurs maîtres ! Il n'est guère d'habitations où l'on ne voie de ces jambes monstrueuses que l'on a la sottise d'attribuer au poison , ou à des sortilèges. A R T I C L E Abondance

de remèdes

XXI. indigènes.

T o u t est médicinal sous ce climat fortuné. Les trois règnes, a n i m a l , végétal, et minéral y offrent les spécifiques les plus merveilleux ; mais les nègres sont presque les seuls qui en savent tirer parti. L ' a m o u r du gain séduit trop les personnes qui viennent dans cette colonie pour y exercer la m é decine et la chirurgie : elles pourroient s'occuper utilement à la connoissance des simples dont c e p a y s abonde , sans nuire par cette é t u d e , à leur fortune. Les fièvres se guérissent, à Saint-Domingue, par beaucoup de remèdes naturels au climat, les uns usent de la racine de citronniers, ou d'orangers, qu'il font infuser dans l'eau froide ou chaude. D'autres se servent de différens a m e r s , dont le p a y s abonde ; la plupart des plantes y étant d'une nature s a l u b r e , sur-tout les mangliers qui sont de véritables arbres de quinquina. J'ai v u l'écorce d u


DE

ST.-DOMINGUE.

105

manglier rouge , du bord de la m e r , faire passer très-promptement la fièvre. L a poincillade , très-joli arbrisseau , et trèsc o m m u n en ce p a y s , est un excellent fébrifuge ; on se sert indifféremment de la fleur ou de la r a cine. Il y a cependant des personnes qui préfèrent la seconde. L a salsepareille croît aussi c o m m u n é m e n t dans nos montagnes. Elle est la même que celle du L e vant ; elle sert également à faire des tisannes pour les maux vénériens, et ne paroît pas avoir moins de vertu. Sa boisson, par infusion, coupée avec du lait, est bonne pour agiter un sang trop épaissi; tout le m o n d e en devrait user fréquemment dans un pays o ù cette liqueur est sujette à ralentir souvent son action. L a squine , fort c o m m u n e en quelques unes de nos m o n t a g n e s , convient dans le traitement des maux vénériens; elle est propre aussi à purifier la masse du sang. L e catalogue de tous les spécifiques qui croissent dans le pays seroit immense : il est peu d'arbres , même fruitiers, qui n'en puissent fournir. L e g a y a c rend une g o m m e , dont les propriétés sont depuis long-temps c o n n u e s ; enfin, on trouverait de quoi soulager toutes les maladies,sans le secours des autres contrées. O n y peut extraire, pour le soulagement des douleurs , ou des autres maux


106

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

qui proviennent des humeurs froides, des huiles et des graisses de quelques a n i m a u x , propres à donner de l'élasticité, ou remettre en mouvement les parties qui en sont affectées. L'huile de soldat ( ou Bernard-l'Hermite ) , qui est le poisson d'une espèce de coquillage, est excellente pour cela. L e ravet m ê m e , insecte qui habite les maisons, et où on le poursuit pour le détruire, est un sudorifique bienfaisant. L e baume de sucrier, qui est un a r b r e , découle abondamment de son tronc et de ses branches ; il réunit les mêmes vertus que le baume du Pérou , et celui de copahu de la G u y a n e ; ensorte q u e , pris ou appliqué, il est é g a lement salutaire. J e l'ai v u rétablir des estomacs délabrés qui ne pouvoient rien supporter. Il guérit promptement les coupures , et autres blessures faites avec un fer tranchant. L a noix du médicin i e r , arbrisseau naturel au p a y s , purge à la vérité v i o l e m m e n t , mais il seroit possible d'en corriger l'excès , et de rendre ce végétal un purgatif doux et utile. Le palma-christi est assez connu pour me dispenser de faire sa description détaillée. C'est un a r buste ; il porte des graines qui contiennent une humeur onctueuse, ressemblant à de la graisse ou du beurre. O u a n d on met bouillir ces graines, on ramasse cette graisse sur la superficie de l ' e a u , lorsqu'elle est exprimée à froid, l'huile qu'elle p r o cure devient un purgatif des plus doux.


DE

S T . - D O M I N G U E.

A R T I C L E Vers de

X X I I . Guinée.

C o m m e n o u s , les nègres sont sujets à toutes sortes de v e r s , mais ils sont particulièrement i n fectés d'une espèce particulière. C'est le ver de G u i n é e , d'une longueur démesurée , et d'une figure singulière. Il se tient entre cuir et c h a i r , où il se glisse dans toutes les parties intérieures de la peau , et y cause des tumeurs. O n tâche d'attirer ce ver au dehors , et il se montre souvent de luimême. Dès qu'il p a r o î t , on le roule sur quelque chose , et on le tire d o u c e m e n t , avec de grandes précautions ; c a r , si on venoit à le r o m p r e , tout ce qui en reste se pourrissant , occasionneroit u n état affreux au m a l a d e . I l faut donc être d o u é d'une grande patience pour enlever peu à p e u ce fatal insecte. A R T I C L E Remède

contre

le

X X I I I . ver de

Guinée.

C o m m e il ne réside point en des endroits où puissent parvenir les remèdes évacuans et les purgatifs , il n'y a donc que les scarifications, le boulon de feu, les plus violens caustiques, les c a taplasmes é m o l l i e n s , et tout ce qu'on a inventé de plus fort pour être appliqué sur la p e a u , qui soient capables de l'extirper.


108

M A N U E L

DES

H A B I T A N S .

Q u a n d , en le tirant en v i e , on sent la moindre résistance, il n'y a point à balancer ; il est nécessaire d'abandonner l'opération , jusqu'à ce qu'on trouve le moment o ù le v e r se prête de lui-même. O n l i e , et on attache fortement ce qui est en d e h o r s , en attendant l'instant favorable. Ces vers sont plats , quelques uns de couleur cendrée , et d'autres blancs. A R T I C L E Ver

X X I V .

solitaire.

L e ver solitaire tourmente ici c o m m e en Europe. Sa forme est encore plus extraordinaire que celle du ver de Guinée : il est fort long c o m m e lui, sans l'être néanmoins autant; à tête grosse , à peu près faite c o m m e celle du poisson n o m m é têtard. Son corps est composé d'une infinité de petits anneaux semblables à une chaîne : il a beau se r o m p r e , c e redoutable insecte reprend bientôt ce qu'il avoit p e r d u , et renaît a v e c assez de promptitude pour que l'animal ne perde rien de sa voracité. A R T I C L E Remède

contre

X X V .

le ver

solitaire.

V o i c i un remède bien simple, pratiqué devant moi par une négresse , sur une personne m o u rante , qui avoit épuisé toutes les ressources de


DE

ST.

-Do

M IN GUE.

109

La médecine. Elle ne lui fit avaler qu'un verre de jus de citron , dans lequel elle avoit délayé une ou deux pincées d e c e n d r e , n'importe de l a quelle. A p p a r e m m e n t que cette drogue empâte le vers et l'étouffé : quoiqu'il e n soit, le ver m o u r u t , et cette personne a v é c u avec un embonpoint qu'elle ne connoissoit pas auparavant. 11 faut ensuite beaucoup de purgations, afin d'expulser ce corps étranger , dont la corruption causerait certainement des maladies qu'il s'agit de prévenir. A R T I C L E Mal

X X V I .

d'estomac.

Ce qu'on appelle aux Iles m a l d'estomac, est une vraie cachexie dans tous ses symptômes, et qui se termine, c o m m e e l l e , par l'hydropisie. O n regarde c o m m e perdu un nègre qui en est attaqué ; quoiqu'on en guérisse quelques uns , le plus souvent ils retombent peu de temps après leur guérison. L e u r teint et toute leur peau deviennent olivâtres, ou couleur de feuille m o r t e ; la langue b l a n c h i t : ils sont essoufflés dès qu'ils marchent; le moindre mouvement les met hors d'haleine : ils sentent de l a douleur à la région épigastrique ; e t , c o m m e les nègres confondent toutes ces parties avec l'estomac, et qu'ils sentent, en effet, une chaleur et un tiraillement dans ce viscère, pro-


110

M A N U E L

D E S

H A B I T A N S

duits par u n e grande f a i m , ils ont nommé cette maladie mal d'estomac. L e sommeil les accable sans cesse; ils sont languissans et sans forces, incapables d'aucun t r a v a i l , ni même d'aucun exercice. C'est un anéantissement , un affaissement total de la machine. Ils veulent être toujours couchés. O n est obligé de les battre pour les faire lever, et pour les faire marcher : quelques uns s'abandonnent et se d é couragent, au point qu'ils se laissent assommer de c o u p s , plutôt que de se lever. Ils ont tous les goûts dépravés qui a c c o m p a g n e n t la cachexie. L e s alimens doux et sains leur sont indifférens, m a l g r é leur faim : ils n'ont d'appétit que pour c e u x qui sont salés ou épicés. A p r è s avoir langui quelques mois , les jambes commencent à s'enfler; ensuite les cuisses, le v e n t r e , et la poitrine venant enfin à s'engorger, ils meurent étouffes. L'expérience a a p p r i s , dans nos î l e s , que la saignée étoit contraire à leur guérison. O n leur donne habituellement une boisson diaphorétique, que l'on rend martiale, en la faisant fermenter dans une vieille chaudière de fer. O n les purge d e temps en temps : on leur donne de bons alim e n s , et on leur fait faire de l'exercice malgré eux.


DE

S T . - D O M I N G U E .

A R T I C L E Causes

du mal

111

X X V I I . d'estomac.

Cette m a l a d i e , dont la source est, sans d o u t e , Un épaisissement du sang, qui engorge les v i s c è r e s , a plusieurs causes. Quelquefois elle peut provenir de la mauvaise nourriture que les nègres ont eue pendant leur traversée de Guinée en A m é r i q u e ; quelquefois aussi des mauvais alimens qu'ils ont dans nos îles m ê m e , chez les habitans qui ne leur en donnent point du tout, ou qui n ' e n donnent point assez ; et alors le besoin les oblige à prendre indifféremment tout ce qui se présente à eux. Une autre cause du mal d'estomac, très-commune e n c o r e , c'est que plusieurs de ces n è g r e s , venus de la côte de G u i n é e , mangent de la terre. C e n'est point par un goût d é p r a v é , c'està-dire par un suite seulement de leur maladie ; c'est une habitude contractée chez eux , où ils disent qu'ils mangent habituellement une certaine terre, dont le goût leur plaît, sans en être i n commodes. Ils recherchent chez nous la terre la plus approchaine de celle-là : celle qu'ils préfèrent o r dinairement est un tuf rouge-jaunâtre, très-comm u n dans nos îles. L e s nègres qui sont dans cet u s a g e , en sont si f r i a n d s , qu'il n ' y a point de châtimens qui puissent les empêcher d'en manger.


112

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

Les blancs ne sont point sujets au mal d'estomac ; o u , quand ils L'éprouvent, les symptômes n'en sont pas tout à Fait les mêmes. Ils se prêtent a u x remèdes et a u x bonnes nourritures , ils s'efforcent d'eux-mêmes de faire de l'exercice; en un m o t , ce n'est pas un affaissement c o m m e celui des nègres. Ils désirent de g u é r i r , au lieu qu'alors, il semble indifférent aux nègres de mourir. O n a v u même que certains d'entr'eux ont le principe de la résurrection, ou de la m é t e m p s y c o s e , e t , qu'en m o u r a n t , ils croient s'en retourner chez eux. Toutes les circonstances propres à occasioner cette maladie parmi les n è g r e s , c o m m e la m a u vaise nourriture, l'expatriation, le chagrin , e t c . , n'ont pas lieu pour les nègres créoles. Ils ne doivent donc pas être sujets au mal d'estomac ; les exemples en sont très-rares. D'ailleurs, c o m m e ces sortes de malades sont très-lâches et très-paresseux, la vanité naturelle des nègres c r é o l e s , ou celle qui leur a été inspirée adroitement, sur cela, par leurs maîtres, leur fait craindre et éviter a v e c soin le mal d'estomac. Cette maladie d é n o tant la fainéantise, ils la redoutent c o m m e une sorte d'humiliation ou de déshonneur pour eux. O n les a habitués à penser qu'elle n'appartient qu'à des nègres de G u i n é e , que les créoles m é prisent , et qu'ils regardent c o m m e des hommes machines. A R T I C L E


DE

S T . - D O M I N G U E .

A R T I C L E

X X V I I I .

Pians. L e s pians sont une maladie originairement particulière aux n è g r e s ; mais on voit aujourd'hui des blancs crapuleux en être infectés. Ces pians sont des boutons purulens, qui s'élèvent de toutes les parties de la p e a u , et q u i , pleins de v i r u s , indiquent le mal le plus enraciné. L e mercure ne suffit pas pour guérir toutà-fait les pians; il est aussi nécessaire d'appliquer des onguens qui les dessèchent. L a tisane de la Martinique ou de la G u a d e l o u p e , ( car elle porte l'un et l'autre n o m ) sert maintenant à traiter tous les m a u x vénériens. Quoiqu'il faille avoir une forte constitution pour soutenir u n remède q u i ne convient pas à tous les t e m p é r a m e n s , quelque& blancs s'en servent a v e c autant de succès que les nègres. A R T I C L E Remède

contre

X X I X . les

Pians.

Prenez salsepareille, fendue et coupée de la longueur d'un p o u c e , deux onces; esquine coupée et s é c h é e , deux onces : mettez ces drogues dans u n pot de terre vernissé ' plein de deux bouteilles d'eau. P r e n e z , avec un b â t o n , la mesure de la hauteur de ce qui est dans le pot : ajoutez quatre Tome II.

H


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M A N U E L

DES

H A B I T AN S

autres bouteilles d ' e a u , et deux onces d'antimoine c r u , qui sera pilé et enfermé dans u n l i n g e , et suspendu dans le pot. Faites bouillir ensuite à petit feu é g a l , jusqu'à ce qu'il ne reste plus que d e u x bouteilles. T i r e z - l e s , et remplissez après cela le m ê m e pot de nouvelle e a u , qu'on fera bouillir sur le m a r c . Il faut prendre une bouteille de la première e a u , p a r j o u r , en trois f o i s , de g r a n d m a t i n , à m i d i , et le soir. L e régime est de ne m a n g e r que du biscuit et de la viande grillée ; de n'user , pour toute boisson, que de la seconde e a u , avec laquelle o n l a v e aussi les malingres que pourroit avoir le malade. A R T I C L E Autre

remède moins

X X X . violent.

Cette tisane est b o n n e ; mais il faut des tempéramens de nègres pour la pouvoir supporter. J'ai v u des blancs dans l'état le plus fâcheux , la r e n d r e , et être radicalement guéris. J e donnerai ci-après la composition d'une autre tisane, moins c o m p l i q u é e , que l'on dit avoir été inventée par les nègres : elle n'est guère moins v i o l e n t e , plus s i m p l e , et produit les mêmes bons effets. O n met infuser et fermenter , dans un g r a n d vase de terre vernissé, de la salsepareille et d u sucre b r u t , à la dose de deux onces de chaque


DE

St.-DOMINGUE.

115

d r o g u e , sur une bouteille d'eau, O n expose cette infusion a u plus fort soleil , pendant dix-huit j o u r s ; a u bout de ce temps on en remplit des bouteilles , et l'on remet de nouvelle eau sur le m ê m e m a r c , que l'on expose encore au soleil pendant six ou sept jours. L e malade boit trois fois par jour de la p r e mière infusion, et la seconde lui sert pour boire à sa soif dans le courant de la journée. Il ne vit que d'alimens s e c s , c o m m e biscuit ou cassave , et de viande de boucherie grillée ou rôtie. Q u a rante jours suffisent pour parfaite guérison ; s'il y a des ulcères on les lave avec la seconde infusion. Il faut commencer par baigner le malade c i n q Ou six jours de suite ; il doit travailler, parce qu'il faut suer , il faut aussi qu'il se purge. Celui à qui CE remède réussit, engraisse à vue d'œil à la suite d u traitement. A R T I C L E Maux

de

X X X I . jambes.

Les nègres sont susceptibles de maladies parti culières sous ce climat , dont nous p a r o i s s o n s exempts. I l s y éprouvent des m a u x de j a m b e s , ils lie sont pas m ê m e rares ; mais on n'a v u a u c u n b l a n c , quelque vie misérable qu'il m è n e , quelque liaison qu'il ait avec les n o i r s , en avoir de semblables aux leurs.

H 2


116

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

Ils ont donc des m a u x de jambes et de pieds , qui leur sont particuliers : les plus forts caustiques n ' y font r i e n ; il en est quelques uns de légers qu'on guérit avec le v i t r i o l , le vert-de-gris , et les autres remèdes que la chirurgie emploie pour détruire les chairs pourries et gangrenées. Il y en a dont le vice est tel qu'il résiste à tout. I es m a u x de la moindre espèce en ce genre , sont les crabes et les g u i g n e s , qui naissent a u x nègres sous la plante des pieds. Il y faut remédier dans l'origine, parce qu'ils a c q u i è r e n t , en vieillissant , une malignité qui en rend l'extirpation difficile. C e sont des chairs d u r e s , calleuses, qui s'élèvent au dessus de la p e a u , et qui ont des ramifications ou r a cines qui les font végéter et croître insensiblement , de sorte que le malade ne peut bientôt plus marcher. A R T I C L E Remède

des nègres contre

X X X I I . la fièvre et

d'autres

maladies. L e s nègres traitent e u x - m ê m e s , assez h e u r e u sement , le plus grand nombre de leurs maladies. V o i c i ce que j'ai pu découvrir de leurs remèdes , la plupart d'entre e u x , sur-tout les plus habiles , gardant un secret inviolable sur la connoissance qu'ils ont de la vertu de quantité de simples que


DE

ST.-DOMINGUE.

117

nous ne connoissons p a s , à beaucoup p r è s , si bien qu'eux. L'habitude des nègres qui veulent guérir des fièvres est de se jeter dans l'eau la plus f r o i d e , de s'y baigner , et de se mettre sur la tête des herbes fraîches qu'ils arrachent au fond des r a vines ou des rivières. Ces herbes se changent d'instant en instant, et se retirent toujours aussi chaudes que si on les eût fait bouillir. Elles procurent de fortes transpirations , et débarrassent sur tout la tête. J'ai éprouvé ce remède sur moi-même. D e u x sortes d'herbes servent a u x nègres pour l'usage ci-dessus marqué : la première est une espèce de p o u r p i e r , à qui ils donnent en effet le n o m de pourpier sauvage aquatique ; l'autre espèce de s i m p l e , propre à chasser la fièvre, est appelée par les n è g r e s , herbe à p i m e n t , nom qui lui convient à cause de son goût. Cette herbe ne r a m p e point c o m m e la précédente ; elle s'élève droite , et peu chargée de branches. L e pois puant est aussi employé dans les fièvres par les nègres : mais sa plus grande vertu est d'être un vermifuge excellent., O n le prend par infusion c o m m e le t h é , quoique ce soit la boisson la plus désagréable. Il y en a de plus d'une espèce : la véritable, et la plus c o m m u n e , est un arbuste extrêmement b r a n c h u , dont la feuille est petite, r o n d e , d'un assez beau v e r t , mais d'une puanteur insupportable ; l a fleur est jaune , et H

3


118

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

donne un pois dont la gousse ressemble beaucoup à celle de la plante qu'on n o m m e en F r a n c e , la vesce ; sa racine a les mêmes qualités que le reste de la plante. L a verveine puante , qui est fort c o m m u n e , sert aux nègres à faire des cataplasmes salutaires pour toutes sortes de coliques. Ils en composent aussi des tisanes souveraines, soit pour l a c o lique , les pertes blanches des f e m m e s , p o u r les filles m a l réglées , soit pour d'autres m a u x c o m muns aux deux sexes. C'est alors de la racine dont ils u s e n t , infusée à froid ou à chaud. L ' h e r b e à charpentier, connue aujourd'hui en E u r o p e , et dont on fait un sirop aussi agréable que bienfaisant , pour les poitrines d é r a n g é e s , vient encore à S a i n t - D o m i n g u e , où elle croît naturellement. Il y en a de deux espèces, la franche et la b â tarde. Il seroit difficile de s'y tromper ; la première et la véritable ayant une odeur flatteuse , au lieu que la seconde en a une tout-à-fait désagréable. Cependant elles sont également utiles ; les nègres les mêlent e n s e m b l e , pour en composer des cataplasmes qui résolvent les abcès les plus d u r s ; ils y ajoutent quelquefois de la verveine, de la feuille de prunier m o n b i n , du bourgeon de patate et autres émolliens, Ils se servent aussi de l'herbe à charpentier pour toutes les douleurs internes, m a l de c ô t é , maux de g o r g e , gonflement d'amygdales,


DE S T.-Do MINGUE.

119

g l a n d e s , etc. L a sauge a m é r i c a i n e , et la p i m p r e nelle s a u v a g e , entrent dans presque tous leurs r e mèdes internes du externes. E n f i n , les nègres usent c o m m e nous de toutes les espèces de cresson, qu'ils emploient indifféremment en cataplasmes, ou en boissons froides et chaudes. Ils reconnoissent, de m ê m e que nous , q u e la meilleure espèce est le cresson de savane ; c'est le plus excellent anti-scorbutique qu'il y ait au monde. L ' h e r b e carrée est encore d'un g r a n d usage p o u r les négresses : elles s'en servent en tisanes dans les maladies occasionnées par la m a t r i c e , et vapeurs hystériques qu'elles nomment m a l de mère. L ' h e r b e à b l é , dont les c a m p a g n e s sont pleines, g u é r i t , selon e u x , les contusions , les meurtrissures , les abcès , et les plaies incurables p o u r notre pharmacie. Ils la font bouillir à petit f e u , ils en forment u n e sorte d'onguent qu'ils a p p l i quent sur la p l a i e , après l'avoir l a v é e a v e c d u tafia ; cette herbe ressemble à celle d'Europe. L e s nègres se servent aussi d'un n o m b r e infini de caustiques , pour m o r d r e sur les c h a i r s , faire aboutir les tumeurs les plus d u r e s , et de la plup a r t desquels nous n'oserions n o u s aviser. L a feuille de tabac et son suc ne sont pas les moindres remèdes que quelques u n s d'eux emploient efficaH4


120

M A N U E L

DES

H A B I T A N S

cement. C'est ce qui fait que dans les m a u x v é n é r i e n s , ils réussissant beaucoup mieux que nous, sans le secours du mercure , dont ils ignorent l a préparation et l'usage. Ils se servent fréquemment de la liane à M i n guet ; ils l'appliquent sur les plaies où il y a i n flammation, en exprimant le suc dessus , et c o u vrent ensuite le mal d'une feuille entière qu'ils ont fait passer, légèrement au feu ; c'est un fort b o n suppuratif. Cette plante a b e a u c o u p de rapport avec la vigne , rampe c o m m e elle, monte et s'entrelace dans les haies ou autour des arbres. Ils attribuent aussi à la liane à M i n g u e t , la vertu d'arrêter les plus violents m a u x de t ê t e , en l'appliquant dessus. L a liane à médecine est aussi un purgatif fort et v i g o u r e u x . ; on se sert du b o i s , dont on prend une brasse en longueur , depuis Une main jusqu'à l ' a u t r e , les bras étendus : c'est la mesure que l'on coupe par petits morceaux. On les met ensuite infuser le soir dans de l'eau , jusqu'au lendemain malin ; l'on avale, cette eau , après l'avoir passée au travers d'un linge. On ne tarde pas à en ressentir l'effet. Si l'on est trop m e n é , une rôtie a u vin et au sucre arrête sur-le-champ la superpurgation. L a liane à vers sert aux nègres p o u r toutes les maladies que les vers causent à leurs enfans. C'est une sorte de bois laiteux. Ils le font bouillir


DE

S T . - D O M I N G U E .

121

pour les enfans déjà grands, et simplement tremper dans l'eau pour ceux qui sont trop jeunes ; ils prétendent que c'est un des meilleurs carminatifs. L a liane nommée langue à chat leur est propre pour appliquer sur les contusions, meurtrissures, ou plaies e n t a m é e s , mais il ne font usage que de sa feuille. V o i l à ce que j ' a i pu recueillir de plus précis sur les remèdes des nègres ; mais je suis bien éloigné de penser que ce soit là où se bornent toutes leurs conniossances en médecine ; je leur ai v u pratiquer d'autres remèdes , dont il m ' a été impossible de leur arracher le secret. Quelqu'un sera peut-être plus h e u r e u x que m o i . Il faut gagner leur c o n f i a n c e , comme' je l'ai fait; mais n'ayant point de principes certains , et ne parlant que d'une routine apportée de différens p a y s , il n'est guère possible de réunir les c o u noissances qui sont éparses entr'eux.


A V I S . N o u s a v o n s c r u r e n d r e un s e r v i c e i m p o r t a n t a u x h a b i t a n s d e S a i n t - D o m i n g u e , en j o i g n a n t a u x e x p é r i e n c e s p r a t i q u e s d e M . Ducœur-Joly

, les p r é c e p t e s d'un m é -

decin , q u i , p a r un séjour d e q u a t o r z e a n n é e s d a n s c e t t e Colonie,

apprit à y

sur le t e m p é r a m e n t Nègres.

A m i des

portes

médecin

,

santé aux maladie

l'influence

prodiguer

d e l'hôpital d u

établissement

de

climat

Pompée-Dess e s soins e t

sa

Cap Français,

et

s o i x a n t e lits. C h a q u e

é t o i t p o u r lui u n o b j e t d ' é t u d e ,

g n o i t d a n s un

du

la s a n t é d e s

h o m m e s , on vit M . du R o i ,

malades

a u g m e n t e r cet

connoitre

des Européens , et

j o u r n a l le s u c c è s d e s e s

et il

consi-

remèdes,

ses

e r r e u r s , e t les h e u r e u x effets d e s m é d i c a m e n s d'un p a y s o ù la P r o v i d e n c e s e m b l e avoir p r o d i g u é a v e c un

soin

particulier les p l a n t e s q u i p e u v e n t s o u l a g e r les h o m m e s dans leurs maladies. utile

qu'en

Sentant

j o i g n a n t à la

q u e l'on

ne

pratique une

peut être

longue

expé-

r i e n c e , il a v o u l u p r o l o n g é e son e x i s t e n c e , son s a v o i r , e t s e s b i e n f a i t s a u - d e l à du t o m b e a u , e n é c r i v a n t trois o u v r a g e s s u r l'art d e g u é r i r . D a n s le p r e m i e r s e t r o u v e l'histoire

d e t o u t e s les m a l a d i e s les p l u s c o m m u n e s

S a i n t - D o m i n g u e : le s e c o n d e s t

une

à

p h a r m a c o p é e où

s o n t unis a u x r e m è d e s u s i t é s en E u r o p e t o u s c e u x n a t u r e l s à c e t t e île ; plantes

et

le

m e t t r e s o u s les y e u x d e utile ?

troisième

e s t un

usuelles de Saint - D o m i n g u e . nos

traité

des

Pouvions - nous

l e c t e u r s un o u v r a g e p l u s


MÉDECINE D O M E S T I Q U E

DE S A I N T - D O M I N G U E .

C H A P I T R E

P R E M I E R .

C A U S E S ET I N D I C A T I O N S DES MALADIES DES HABITANS DE S A I N T - D O M I N G U E .

L'ÎLE

de S a i n t - D o m i n g u e , située entre d i x - h u i t et

v i n g t d e g r é s d e l a t i t u d e , est c o u p é e , d a n s t o u t e s a l o n g u e u r , p a r u n e e h a î n e d e m o n t a g n e s , o ù l'on t r o u v e d i f f é r e n t e s e s p è c e s d e minéraux. D e c e s m o n t a g n e s d e s c e n d e n t q u a n t i t é d e r i v i è r e s o u r u i s s e a u x qui f o r m e n t , d a n s les p l u i e s a b o n d a n t e s , d e s t o r r e n s qui

entraînent

d e s t e r r e s et d e s s u b s t a n c e s d e différente n a t u r e , q u ' i l s r é p a n d e n t sur t o u t e s l e s e s t è r e s . O n n o m m e Estères,

en

A m é r i q u e , l e s r i v a g e s q u i s o n t d e n i v e a u a v e c la m e r b a s s e , et q u ' e l l e

c o u v r e d a n s le

flux.

L e s deux

tiers

d e S a i n t - D o m i n g u e sont e s t è r e s , c ' e s t - à - d i r e d e s s a l i n e s t r è s - b o u e u s e s et m a r é c a g e u s e s , r e m p l i e s d e m a n g l e s o u j a m b e s de chien. L e m é l a n g e d e t e s t e r r e s , et a u t r e s diverses substances, abreuvées , par intervalles,

d'une

e a u , partie d o u c e , partie s a l é e , sur-tout dans les trous


124

MÉDECINE

d e s c r a b e s , q u i fixent l e u r d e m e u r e clans c e s endroits, e t d o n t le n o m b r e e s t si c o n s i d é r a b l e , q u e , d a n s l ' e s p a c e d'un p i e d c u b e , o n en p o u r r o i t c o m p t e r p l u s d e c i n q u a n t e p l u s o u m o i n s g r a n d s , s u i v a n t la g r o s s e u r d e c e t a m p h i b i e : le m é l a n g e , d i s - j e , d e c e s s u b s t a n c e s e s t c o m m e le foyer e t la m a t i è r e d e s e x h a l a i s o n s qui c o r r o m p e n t l'air , d o n t l'odeur b i t u m i n e u s e fait a s s e z c o n n o i t r e la m a u v a i s e q u a l i t é . L a g r a n d e q u a n t i t é d e Maringouins et d e Moustiques, insectes plus petits q u e les p r e m i e r s , et dont la p i q u u r e b r û l a n t e laisse u n e cuisson c o n s i d é r a b l e , e s t aussi u n e i n c o m m o d i t é p r e s q u e continuelle d a n s les h a b i t a t i o n s voisines d e s e s t è r e s . C e s insectes n ' é c l o s e n t q u e dans les e a u x q u i sont c o r r o m p u e s , ou q u i commencent à se corompre. L ' h u m i d i t é e x c e s s i v e , u n air c h a u d et b r û l a n t , les e x h a l a i s o n s p u t r i d e s d e t o u t e s s o r t e s d e s u b s t a n c e s , nous font a s s e z sentir q u e l c a r a c t è r e d e p o u r r i t u r e c e t t e a t m o s p h è r e doit i m p r i m e r aux c o r p s o r g a n i q u e s d e s a n i m a u x . L a m u l t i p l i c a t i o n d e s insectes e s t un signe p r e s q u e u n i v e r s e l d e la constitution p u t r i d e d e l ' a i r ; et la p l u p a r t d e s m a l a d i e s pestilentielles , q u i r é g n e n t dans les é t é s les plus c h a u d s d e l ' E u r o p e , s o n t de m ê m e a n n o n c é e s p a r u n e m u l t i t u d e c o n s i d é r a b l e de c e s a n i m a u x . L e s c o r p s organisés ne sont p a s les s e u l s affectés d e c e l l e disposition nuisible d e l'air. L e s c a d a v r e s s e p o u r rissent, b e a u c o u p plus v i t e qu'en E u r o p e ; les chairs d e s a n i m a u x s e c o n s e r v e n t bien m o i n s l o n g - t e m p s . L e s m é t a u x m ê m e nous m a r q u e n t cette qualité nuisible et d e s t r u c t i v e d e l'air ; car j ' a i o b s e r v é à S a i n t - D o m i n g u e , c e q u e B o n t i u s avoit o b s e r v é à J a v a : Quod chalybs ac ferrum oes quoque, ac ex his confecta instrumenta, rubiginem cittius ac aeruginem contrahant, etiam siccissima anni tempestate. Aer in America adeo efficax rodendo, ut metalla ferè


DE omnia consumat tur Boerhaav.

S

T. -

D

O M I S

; ut de acre Bermudensi Chem.

tom.

i. de

NGU

125

E.

Britanni

testan-

aere.

M . G e o f f r o y a o b s e r v é d a n s son T r a i t é d e la m a t i è r e m é d i c a l e , q u e t o u s les s u c s du c o r p s h u m a i n p;tr e u x - m ê m e s

tendoient

à l ' a l k a l e s c e n c e , et p r e n o i e n t t r è s - a i s é -

m e n t c e c a r a c t è r e . L e lait et le c h y l e c o n t i e n n e n t a c i d e s qu'il est a i s é d e

des

développer.

M . Colbatch, médecin

anglois , a d é m o n t r é , p a r la

c o m p a r a i s o n d u s a n g d e s g e n s s a i n s a v e c celui d e s f é b r i c i t a n s , qu'il y a b e a u c o u p p l u s d'alkali d a n s le s a n g de c e u x - c i . O n en doit d e m ê m e d é m o n t r e r d a v a n t a g e d a n s les c o r p s qui t e n d e n t le p l u s à la p o u r r i t u r e , p u i s q u e le sel alkali volatil e s t le p r o d u i t p r o p r e d e la p u t r é f a c tion. S i l ' e x p é r i e n c e d é m o n t r e t o u t e s c e s v é r i t é s en E u r o p e , c o m b i e n plus d o i v e n t - e l l e s ê t r e v r a i e s à S a i n t - D o m i n g u e , d a n s la constitution

d e l'air q u i est la p l u s p u t r é f i a n t e

d e t o u t e s les c o n s t i t u t i o n s ; d a n s un air c h a r g é d e s v a peurs ou exhalaisons putrides des e s t è r e s , qui en

sont

u n e s o u r c e i n é p u i s a b l e ? C o m b i e n les c o r p s d e s h o m m e s , é p u i s é s p a r l ' e x c e s s i v e t r a n s p i r a t i o n , et en m ê m e t e m p s o u v e r t s p a r l ' h u m i d i t é q u i les e n v i r o n n e , n e

doivent-

ils p a s p o m p e r d e c e s v a p e u r s p u t r i d e s , p u i s q u e M . K e i l a d é m o n t r é q u e les c o r p s a b s o r b o i e n t d ' a u t a n t p l u s d e l ' h u m i d i t é d e l ' a t m o s p h è r e , q u e leur é p u i s e m e n t est p l u s grand ? I l e û t é t é p r e s q u e i m p o s s i b l e d'habiter s o u s la Z o n e T o r r i d e , à cause des chaleurs e x c e s s i v e s ,

si la s a g e s s e

du C r é a t e u r n'avoit r e m é d i é à c e t o b s t a c l e . D a n s l ' e s p a c e de vingt-quatre h e u r e s , deux vents opposés se succèdent r é g u l i è r e m e n t l'un à l'autre , e t r a f r a î c h i s s e n t l'air. L ' u n s ' a p p e l l e brise , et r è g n e o r d i n a i r e m e n t d e p u i s n e u f à dix h e u r e s du soir. L e v e n t d e t e r r e lui s u c c è d e . C e s d e u x


126 M É D E C I N E venus sont s o u v e n t i n t e r r o m p u s , e n h i v e r , p a r les v e n t s d u nord q u i s o n t t r è s - p l u v i e u x , et e n é t é p a r l e v e n t d u sud qui est orageux. O n ne p e u t guères distinguer q u e ces deux saisons à S a i n t - D o m i n g u e , et elles n e diffèrent a b s o l u m e n t

en-

t r ' e l l e s q u e p a r c e s d e u x e s p è c e s d e v e n t s ; les j o u r s c e p e n d a n t é t a n t p l u s c o u r t s d e d e u x h e u r e s d a n s le

sol-

s t i c e d ' h i v e r , c o n t r i b u e n t à m o d é r e r la g r a n d e c h a l e u r . L e s h a b i t a n s , faits au c l i m a t , r e g a r d e n t le v e n t du n o r d comme

m a l s a i n ; celui d u s u d e s t t r è s - p e r n i c i e u x a u x

nouveaux On

venus.

v o i t d o n c q u e si l e v e n t du n o r d p e r d à S a i n t -

Domingue

q u e l q u e s u n e s d e s q u a l i t é s q u e lui

n o i s s e n t les m é d e c i n s

recon-

de l ' E u r o p e , ( puisqu'il est p l u -

v i e u x e t h u m i d e ) a u m o i n s celui d u s u d

conserve-t-il

toutes ses mauvaises qualités. L a p l a i n e d u C a p , où j ' a i fait m e s o b s e r v a t i o n s , s ' é t e n d a n t d e l'est à l ' o u e s t , e t la b r i s e v e n a n t r é g u l i è r e m e n t d u n o r d , ou du n o r d - n o r d - e s t , e s t s i t u é e d e f a ç o n q u ' e l l e doit r e c e v o i r , a u m o i n s d a n s les trois q u a r t s d e s o n é t e n d u e , l'influence

des mauvaises exhalaisons qui

s'élèvent continuellement

des estères.

O n r e m a r q u e q u e c e u x qui h a b i t e n t le long d e s m o n t a g n e s , ou d a n s les m o n t a g n e s , j o u i s s e n t , e u x e t l e u r s nègres , d'une santé plus parfaite. U n e chaîne de petites m o n t a g n e s c o u v r e les plus belles p l a i n e s de S t.-Jacques du Cotuy,

et de la Bègue

,

, q u e p o s s è d e n t les E s p a g n o l s .

L ' a i r qu'ils r e s p i r e n t , m a i s e n c o r e p l u s la s o b r i é t é a v e c l a q u e l l e ils v i v e n t ,

peuvent

c o n t r i b u e r à leur p r o c u r e r

c e t t e h e u r e u s e vieillesse à l a q u e l l e le p l u s g r a n d n o m b r e parvient c o m m u n é m e n t ; tandis que de cent F r a n ç o i s à p e i n e en t r o u v e - t - o n un d e s o i x a n t e a n s . On doit e n c o r e a j o u t e r q u e les E s p a g n o l s n e

quittent


DE

S T. - D O M I N G U E.227

p a s , c o m m e les F r a n ç a i s , un air d o u x et t e m p é r é , qu'ainsi la c h a l e u r

d o i t faire sur e u x u n e

d ' a u t a n t m o i n d r e , q u ' e l l e leur e s t m o i n s

et

impression insolite.

De

p l u s , le c a r a c t è r e l e n t et p a r e s s e u x d e s E s p a g n o l s s e m b l e l e u r i n t e r d i r e t o u t e s les p a s s i o n s qui d é p e n d e n t d e l ' a m bition , e t d o n t

n o s m a l h e u r e u x F r a n ç a i s s o n t si

af-

fectés. O n doit

distinguer e n d e u x c l a s s e s l e s F r a n ç a i s q u i

sont à Saint-Domingue. L a première classe comprend les n a t u r e l s du p a y s , o u c r é o l s : les é t r a n g e r s font

la s e -

c o n d e . L e s c r é o l e s , p o u r l'ordinaire , s o n t d'un t e m p é rament délicat,

pituiteux-mélancolique ,

ou

pituiteux-

bilieux. L e s E u r o p é e n s é t a n t nés d a n s la Z o n e t e m p é r é e , o n t u n e constitution p l u s f o r t e . C e u x - c i s o n t p l u s s u j e t s a u x m a l a d i e s d a n s l'été ; C e u x - l à d a n s l'hiver. O n a c o u t u m e d e j e t e r l ' é p o u v a n t e d a n s les e s p r i t s s u r les. m a l a d i e s q u i a r r i v e n t a u x îles. E n e f f e t , la q u a l i t é d e l ' a i r , q u i est telle q u e les a n c i e n s n o u s la d é c r i v e n t ,

et,

selon les p r i n c i p e s p h y s i q u e s , la p l u s p r o p r e à e n g e n d r e r e t à entretenir la p u t r é f a c t i o n , la différence d e s a l i m e n s p l u s g r o s s i e r s et m o i n s

succulens que ceux d ' E u r o p e ,

d o i t f o r m e r un c h y l e e t un s a n g é p a i s , e n d u i r e les i n t e s t i n s d e m a t i è r e s g l u a n t e s , en ralentir les s é c r é t i o n s , et enfin o c c a s i o n n e r d e s e n g o r g e m e n s et d e s o b s t r u c t i o n s d a n s les v i s c è r e s où la circulation e s t n a t u r e l l e m e n t a u g mentée,

e t la q u a l i t é a l t é r é e p a r le t r a v a i l et les d é -

bauches. S u i v a n t l ' H i p p o c r a t e l a t i n , il f a u d r o i t , p o u r se bien p o r t e r , s'abstenir d e f e m m e s p e n d a n t l'été : Venus neque cestate , neque autumno

ulilis est ; œstate

in totum , si

fieri

potest,

Q u e l q u e s a l u t a i r e q u e puisse

être

abstinendum.

ce c o n s e i l , je doute qu'Hippocrate lui-même se fit é c o u t e r a u x î l e s , où r è g n e un é t é p e r p é t u e l , et où tout a n i m e les p a s s i o n s .


128 M É D E C I N E Mais de t o u t e s les c a u s e s qui p e u v e n t altérer la s a n t é , on n'en p e u t p a s c o m p t e r q u i c o n c o u r e n t p l u s g é n é r a l e m e n t à S a i n t - D o m i n g u e , a v e c l ' i n t e m p é r i e de l'air , q u e les p a s s i o n s d e l ' a m e . Q u o i q u e ces passions soient plus ou m o i n s vives dans les différens l e m p é r a m e n s , c e s o n t p r o p r e m e n t les m é l a n c o l i q u e s dans l e s q u e l s n o u s en o b s e r v o n s d e s effets plus d a n g e r e u x et plus r e b e l l e s a u x s e c o u r s d e n o t r e art. L e s bilieux p e u v e n t p r e n d r e l e s c h o s e s plus à c œ u r q u e les m é l a n c o l i q u e s ; e t faire éclater à l'extérieur plus d e p a s s i o n ; m a i s aussi les p a s sions c e s s e n t bien plus vite c h e z e u x , et la dissipation p r o c u r é e par les objets e x t é r i e u r s e m p ê c h e o r d i n a i r e m e n t les suites f â c h e u s e s q u e le chagrin p r o d u i t c h e z ceux qui en ont l o n g - t e m p s le c œ u r p é n é t r é . On p e u t dire en g é n é r a l d e toutes les p a s s i o n s qu'on o b s e r v e c h e z l e s m é l a n c o l i q u e s , c e q u e B o e r h a a v e dit d e la colère , ira memor. D e p l u s , si n o u s c o n s i d é r o n s q u e d e t o u t e s les a f f e c tions d e l'esprit qui r é g n e n t d a n s n o t r e c o l o n i e , les p l u s ordinaires se r é d u i s e n t à l'inquiétude et au chagrin, n o u s s e r o n s c o n t r a i n t s d'avouer q u e ce s o n t o r d i n a i r e m e n t ces p a s s i o n s q u i , par l e u r action insensible sur les p r i n c i p a u x o r g a n e s du c o r p s , t o u r n e n t la constitution en m é l a n c o l i q u e , q u i est plutôt u n e d é g é n é r e s c e n c e a c c i d e n telle-qu'un t e m p é r a m e n t naturel. I l e s t a i s é a u r e s t e d e d é m o n t r e r quelles p e u v e n t ê t r e les s o u r c e s d e chagrin et d'inquiétude d e s g e n s qui d é b a r q u e n t d e l ' E u r o p e p o u r habiter n o s colonies. P o u r l'ordinaire on ne p a r l e en E u r o p e d e l ' A m é r i q u e q u e c o m m e d'un p a y s où la fortune s e m b l e p r o d i g u e r ses f a v e u r s . L e s trésors dont cette p a r t i e du m o n d e e s t dépositaire , s o n t un a p p â t si s é d u i s a n t , qu'il s e m b l e faire m é p r i s e r t o u s les d a n g e r s . L e désir d e s'enrichir , qui fait p a r t i r , et qui d e v i e n t alors le m o t e u r d e t o u t e s


DE

S

T. -

D 0

129

M I N G U E.

l e s actions , étouffe en q u e l q u e s o r t e t o u t a u t r e s e n t i m e n t . D e là une indifférence e x t r ê m e , n o n s e u l e m e n t p o u r les sciences , et p o u r t a n t d e m e r v e i l l e s d e l a n a t u r e , q u i s e p r é s e n t a n t t o u s les j o u r s d a n s n o s c o l o n i e s , o n t é t é si l o n g - t e m p s i g n o r é e s et n é g l i g é e s , m a i s m ê m e p o u r t o u t c e qui ne p a r a î t p a s d e v o i r c o n t r i b u e r à c e q u ' o n a p p e l l e f o r t u n e . P o u r r é u s s i r , il n'y a q u e d e u x é t a t s à c h o i s i r , le c o m m e r c e , ou l ' a r t d e faire valoir s e s h a b i t a t i o n s . D a n s c e s é t a t s , les soins qu'il f a u t s e d o n n e r , l e s v i c i s s i t u d e s a u x q u e l l e s on e s t e x p o s é , la craint© e t le c h a g r i n , d é r a n g e n t et a l t è r e n t en p e u d e t e m p s l a constitution n a t u r e l l e , d e f a ç o n q u e , q u e l q u e r o b u s t e q u ' e l l e s o i t , elle s u c c o m b e b i e n t ô t .

C H A P I T R E P R I N C I P E S

II.

G É N É R A U X :

I.

Tous c e u x q u i p a s s e n t à S t . - D o m i n g u e ,

doivent s'attend r e à y e s s u y e r une m a l a d i e d a n g e r e u s e . L e c h a n g e m e n t de climat p r o c u r e une révolution universelle qui s e m b l e ê t r e n é c e s s a i r e p o u r s'y n a t u r a l i s e r . La

saison qui paraît le

plus favorable pour

d a n s la C o l o n i e , e s t le c o m m e n c e m e n t de l'automne.

venir

d e l'hiver

ou

C e u x q u i v i e n n e n t a u p r i n t e m p s et

en

é t é , é t a n t t r è s - é c h a u f f é s p a r la n a v i g a t i o n e t p a r l a q u a l i t é d e s a l i m e n s d o n t o n u s e d a n s les N a v i r e s , s o n t plus exposés à

t o m b e r m a l a d e s en a r r i v a n t , q u e c e u x

q u i o n t le b o n h e u r d ' ê t r e q u e l q u e t e m p s d a n s l'Ile s a n s être malades. D a n s t o u s ceux q u e le c h a g r i n ou la p e u r a s a i s i s , Tome

II.

.1


M É D E C I N E

23O on observe un

d é s o r d r e , un a r r ê t d a n s le c o u r s

esprits animaux , qui diminue

des

e t a r r ê t e t o u t e s les

c r é t i o n s . D e l à les d é l i r e s , les c o n v u l s i o n s ,

sé-

le s o m -

m e i l l é t h a r g i q u e , l ' i n t e r r u p t i o n ou la foiblesse d e s c r i s e s a u x q u e l l e s ils s o n t s u j e t s ; t o u s a c c i d e n s q u i s o n t p r e s q u e toujours mortels. On a effets

une

que

p r e u v e bien c o n v a i n c a n t e

la différence

des passions

des

différens

est c a p a b l e

de

p r o d u i r e d a n s les m a l a d i e s , q u a n d on fait a t t e n t i o n

à

l ' h e u r e u s e t e r m i n a i s o n q u i a r r i v e à celles d e s m a t e l o t s , malgré

la n é g l i g e n c e

q u e l'on

périt beaucoup moins

a à leur é g a r d , il

q u e d e s a u t r e s , soit

en

nouveaux

v e n u s , soit h a b i t a n s du p a y s . C ' e s t qu'ils i g n o r e n t l a c o n s é q u e n c e d e leur m a l a d i e ; ils n'ont point d ' i n q u i é t u d e ; ils n e s ' o c c u p e n t q u e du plaisir d e r e t o u r n e r b i e s t ô t d a n s l e u r p a t r i e ; a u lieu q u e p o u r r e s t e r d a n s la

t o u s les

autres qui viennent

C o l o n i e , instruits d e l ' a s s a u t qu'il

faut soutenir, tremblent

en m e t t a n t pied à t e r r e ; e t

n e v o y a n t p o i n t d ' a p p a r e n c e à faire la f o r t u n e d o n t ils s ' é t o i e n t flattés e n

partant, tombent

colie qui devient

p r i n c i p a l e c a u s e d e leur m o r t .

la

dans une m é l a n -

P o u r p r é v e n i r t o u s les effets d e s c o n s t i t u t i o n s , il faut v i v r e frugalement ; et pour peu qu'on ressente d e s s i g n e s d e p l é n i t u d e , c o m m e d i m i n u t i o n ou p e r t e d'apétit, pesanteur , envie d e vomir , engourdissement, l a s s i t u d e , sur - t o u t d a n s les j a m b e s , avoir r e c o u r s à la d i è t e , a u x bouillons ou t i s a n e s é m o l l i e n t e s e t l a x a t i v e s , à q u e l q u e s s a i g n é e s et q u e l q u e s p u r g a t i o n s . I l faut

éviter a v e c a t t e n t i o n d ' ê t r e

g r a n d n o m b r e s o n t saisis d e s u r p r i s d e la pluie. qui prennent

mouillé ; car un

maladies pour

avoir

Il arrive néanmoins que

ces précautions ,

et m a l g r é les

été

plusieurs préser-

v a t i f s qu'ils e m p l o i e n t , s o n t q u e l q u e t e m p s c h a n c e l a n s , et

ne

sortent de cet état

que par une

maladie : ce


DE S t. -D OMINGUE. 231 q u i a r r i v e s u r - t o u t à c e u x q u i n'ont p a s é t é d e p u i s l o n g t e m p s m a l a d e s . L e s incrustations , les e m b a r r a s q u i s e s o n t f o r m é s d a n s les v a i s s e a u x capillaires , s o n t si forts et si p r o f o n d s , qu'il f a u t Les s e c o u s s e g é n é r a l e , d e s efforts r e d o u b l é s d u m o u v e m e n t ou d e l'action d e la n a t u r e pour l e s d é t a c h e r , les d é r a c i n e r e t les d é truire. C ' e s t c e qu'elle n e p e u t o p é r e r s a n s les c r i s e s , e t c e q u ' e l l e o p è r e t o u j o u r s p a r le m o y e n d e s crises, q u i sont seules c a p a b l e s de p r o d u i r e c e t effet. I

I.

L e s N è g r e s étant constitués pour habiter sons la Z o n e t o r r i d e , s u p p o r t e n t m i e u x le travail à S . D o m i n g u e q u e les B l a n c s , et y s o n t m o i n s s u j e t s a u x maladies, La p l u p a r t du t e m p s elles n e v i e n n e n t q u e d e s e x c è s q u ' o n c o m m e t à leur é g a r d p a r r a p p o r t au travail , on d u p e u d e soin qu'on a d e veiller à leur s u b s i s t a n c e . L e u r n o u r r i t u r e e s t fort g r o s s i è r e , e t leur s a n g e s t fort é p a i s . C e p e u p l e a i m e b e a u c o u p le s u c r e e t l e s a l i m e n s doux. L e u r s a n g e s t d'une q u a l i t é si p r o p r e à la p r o d u c t i o n d e s v e r s , qu'ils en m e u r e n t q u e l q u e f o i s s u b i t e m e n t . I l s en s o n t s u r - t o u t a t t a q u é s d a n s les s a i s o n s h u m i d e s q u i s u c c è d e n t à un t e m p s c h a u d e t s e c . J ' e n ai fait o u vrir q u ' o n s o u p ç o n n o i t avoir é t é e m p o i s o n n é s , ( car l e p o i s o n leur e s t f a m i l i e r , et ils o n t c o u t u m e d e s'en s e r vir p o u r s e v e n g e r d e l e u r s e n n e m i s ) , je n'ai t r o u v é d ' a u t r e c a u s e d e m o r t q u e d e s p a q u e t s d e v e r s entortillés d a n s l ' e s t o m a c e t les intestins. I l s sont s u j e t s à u n e e s p è c e d e v e r r o n d qui s e f o r m e e n t r e cuir et c h a i r , d e la g r o s s e u r d'une d e s g r o s s e s c o r d e s d e b a s s e d e v i o l e , e t d e la l o n g u e u r d e p l u s d'une a u n e . C e v e r s e fait jour a u d e h o r s p a r un p e t i t d é p ô t q u ' o n o u v r e ; et l o r s q u ' o n l'a r e n c o n t r é , o n l e t o u r n e a u t o u r d'un petit b o i s , j u s q u ' à ce q u ' o n s e n t e

I 2


132

M É D E C I N E

d e la r é s i s t e n c e . O n le l a i s s e alors , et on m e t d e l'huile sur la p a r t i e . O n fait t r e m p e r la j a m b e ou le b r a s d a n s l ' e a u , d o n t la fraîcheur contribue à favoriser l ' e x p u l s i o n d e l'insecte. O n réitère t o u s les j o u r s la m ê m e m a n œ u v r e , j u s q u ' à c e qu'on soit a u b o u t . S'il a r r i v e q u ' o n le c a s s e , il faut a p p l i q u e r d e b o n s c a t a p l a s m e s sur la p a r t i e ; celui d e fiente d e v a c h e est fort en u s a g e p o u r en p r o v o q u e r la sortie o u la s u p p u r a t i o n qui p e u t y s u p p l é e r . J ' a i un N è g r e à qui il en e s t sorti p l u s d e c i n q u a n t e . J ' a i v u les N è g r e s sur d e s habitations en ê t r e i n f e c t é s , t a n d i s q u e les voisins n'en avoient p o i n t . L e s fluxions d e poitrine , les fièvres d o u b l e - t i e r c e s b i l i e u s e s , l e s v e r m i n e u s e s , le flux d e v e n t r e , la d y s s e n t e r i e , sont les m a l a d i e s a i g u ë s a u x q u e l l e s les N è g r e s s o n t s u j e t s . L e s o b s t r u c t i o n s , s q u i r r e s e t a b c è s du foie, d u m é s e n t è r e , du p o u m o n , la d i a r r h é e l i e n t é r i q u e , l ' h y d r o p i s i e , la c a c h e x i e ou m a l d ' e s t o m a c , e t la p u l m o n i e , sont les m a l a d i e s c h r o n i q u e s les plus ordinaires. M a i s la v é r o l e , qu'on a p p e l l e pians a u x I l e s , s e m b l e l e u r ê t r e en q u e l q u e sorte naturelle. L e s c o r b u t n'est c o m m u n q u e p a r m i c e u x qui a r r i v e n t . L e s c h a î n e s , l e s p r i s o n s , l e s m a u v a i s e s nourritures et la m a l - p r o p r e t é d e s N a v i r e s y p e u v e n t d o n n e r lieu. I l s en sont d'ailleurs r a r e m e n t a t t a q u é s , q u a n d ils sont u n e fois r é t a b l i s ; c e q u e j'attribue a u travail continuel. I I I . L e s f r é q u e n t e s s a i g n é e s n e s o n t p a s si utiles à S a i n t D o m i n g u e q u ' e n F r a n c e ; la trop a b o n d a n t e t r a n s p i ration , e t les e x c è s d a n s l'usage d e s f e m m e s , en f o u r nissent la r a i s o n . A u s s i cinq à six s a i g n é e s suffisent o r d i n a i r e m e n t , e t il n'y a q u e d a n s d e s c a s e x t r a o r d i naires , ou à l ' é g a r d des m a l a d i e s a i g u ë s q u i a t t a q u e n t les n o u v e a u x v e n u s , q u ' o n p u i s s e en faire d a v a n t a g e .


D E

133

S T . - D 0 M I N G U E.

C e t t e observation regarde particulièrement les anciens h a b i t a n s du p a y s , d o n t l e s a n g , dans la p l u p a r t , e s t dissous , ou m e n a c é d'une dissolution p r o c h a i n e . L e s s a i g n é e s du p i e d s o n t p l u s a v a n t a g e u s e s q u e celles d u b r a s . M . H e c q u e t c o n v i e n t q u e d a n s les p a y s c h a u d s , elles p e u v e n t avoir de m e i l l e u r s effets q u ' e n F r a n c e . L a t h é o r i e c o n f i r m e c e t t e p r a t i q u e . L e s v e i n e s faisant f o n c t i o n s d ' a r t è r e s d a n s l e foie , et les v e i n e s d e l a p l u p a r t des v i s c è r e s d e l ' a b d o m e n s e d é g o r g e a n t d a n s la veine - p o r t e , il e s t n a t u r e l q u ' é t a n t le siège le p l u s ordinaire d e s m a l a d i e s a i g u ë s , la s a i g n é e d u p i e d l e s d é b a r r a s s e p l u s tôt q u e celle du b r a s . I

V.

O n doit m e t t r e p e u d e différence e n t r e l e s m a l a d i e s d e s N è g r e s e t celles d e s B l a n c s . L e s N è g r e s s u p p o r t e n t m i e u x les g r a n d e s é v a c u a t i o n s ; é t a n t d'un t e m p é r a m e n t bilieux e t c h a u d , l e s f r é q u e n t e s s a i g n é e s e t l ' é m é t i q u e o n t à leur é g a r d u n effet p l u s s a l u t a i r e . M a i s on n e doit p a s m a n q u e r d e l e s p r é p a r e r a u p a r a vant par les boissons et l a v e m e n s émolliens. L e s g r a n des doses d ' é m é t i q u e , de J a l a p , de S c a m m o n é e , et a u t r e s d r o g u e s d e c e t t e e s p è c e , q u e les C h i r u r g i e n s o n t c o u t u m e d ' e m p l o y e r , en f o n t p é r i r u n g r a n d nombre.

V. Il convient d'imiter les anciens Médecins Grecs et L a t i n s d a n s la m é t h o d e q u ' i l s a v o i e n t d e faire d e s s a i gnées copieuses. Ils pratiquoient dans des p a y s c h a u d s , e t l ' e x p é r i e n c e l e u r a v o i t fait c o n n o î t r e qu'il n'y a v o i t p a s d e m o y e n p l u s efficace p o u r d i m i n u e r la s u b i t e e t v i o l e n t e t u r g e s c e n c e , q u e la c h a l e u r du c l i m a t o c c a s i o n n e d a n s les v i s c è r e s . C e t t e o b s e r v a t i o n e s t s u r - t o u t i n t é r e s s a n t e pour l e s n o u v e a u x v e n u s , d o n t l e s g l o b u l e s

13


134

M É D E C I N E

d u s a n g s o n t s u j e t s à u n e e x p a n s i o n ou raréfaction d'autant plus g r a n d e , qu'ils o n t a c q u i s d a n s les p a y s f r o i d s ou t e m p é r é s p l u s d e densité ou d e c o n s i s t a n c e . A i n s i il e s t i m p o r t a n t d e t i r e r , d è s le c o m m e n c e m e n t d e s m a l a d i e s d o n t ils sont a t t a q u é s , u n e livre et d e m i e , e t m ê m e d e u x livres d e s a n g . O n o b s e r v e r a q u e d e u x s a i g n é e s d e c e t t e n a t u r e f e r o n t p l u s d'effet p o u r d i m i n u e r la pléthore , q u e c i n q à six o r d i n a i r e s , et m e t t r o n t l e m a l a d e d a n s u n e situation c o n v e n a b l e p o u r e s p é r e r u n b o n effet d e s r e m è d e s l a x a t i f s q u i d o i v e n t t e r m i n e r la maladie.

V I. R é f l é c h i s s a n t sur le s u c c è s d e s c o p i e u s e s s a i g n é e s à l ' é g a r d d e c e r t a i n s m a l a d e s , e t s u r l e u r s m a u v a i s effets à l'égard d e q u e l q u e s u n s , j ' a i p e n s é q u e l'un et l ' a u t r e dépendent de certaines circonstances qui ont donné sujet a u x réflexions s u i v a n t e s . J e s u p p o s e , p a r e x e m p l e , d e u x ou t r o i s m a l a d e s a t taqués d'une fièvre a c c o m p a g n é e d e s y m p t ô m e s qui a n n o n c e n t , ou une maladie de S i a m , ou une d o u b l e t i e r c e v i o l e n t e : j e p e n s e q u e si on e s t a p p e l é le p r e m i e r jour d e la m a l a d i e , on doit faire la p r e m i è r e e t m ê m e les d e u x p r e m i è r e s s a i g n é e s t r è s - c o p i e u s e s , p a r c e q u e la c i r c u l a t i o n n'étant point e n c o r e a r r ê t é e d a n s l'extrémité des vaisseaux capillaires, la déplétion se communiquera facilement des grands aux petits, qui p a r un m o u v e m e n t continu des colonnes du s a n g , d o i v e n t s e d é s e m p l i r e n raison r é c i p r o q u e du p e u d e r é s i s t a n c e q u e le v i d e d e s g r o s v a i s s e a u x o c c a s i o n e r a . M a i s si le m a l a d e a l a i s s é é c o u l e r u n t e m p s u n p e u c o n s i d é r a b l e , p a r e x e m p l e v i n g t - q u a t r e h e u r e s , dans l a m a l a d i e d e S i a m , il m e s e m b l e qu'il f a u t agir d ' u n e a u t r e façon , p a r c e q u e le s a n g a r r ê t é d a n s l e s v a i s -


DE

S T.-D O M I N G U

135

E.

s e a u x capillaires p e u t ê t r e figé d e façon qu'il n ' y

aura

p o i n t d ' é b r a n l e m e n t du s a n g d a n s ces m ê m e s v a i s s e a u x , p a r r a p p o r t à l'interception d'un m o u v e m e n t

continu.

D a n s c e c a s , les g r o s v a i s s e a u x t r o p d é s e m p l i s d o i v e n t s'affaisser, et en s'affaissant, contribuer à l'embarras , e t à u n e p l u s f o r t e c o a g u l a t i o n d a n s les p e t i t s ; d ' o ù s'ensuivra pouls

un a r r ê t t o t a l d e c i r c u l a t i o n , qui r e n d r a l e

flasque

o u f r é m i l l a n t , les e x t r é m i t é s f r o i d e s , l a

respiration courte et e m b a r r a s s é e , s y m p t ô m e s qui a n n o n c e n t u n e m o r t p r o c h a i n e . C ' e s t ce q u e j'ai p r i n c i palement o b s e r v é , à l'égard des t e m p é r a m e n s r e p l e t s , e t d e s m a l a d e s q u i , a y a n t l e p o u l s t r è s - é l e v é e t plein , un visage fort r o u g e , des y e u x chargés et très-enflamm é s , sembloient indiquer des évacuations proportionnées à la violence des s y m p t ô m e s ,

et qui cependant

boient p e u de t e m p s après dans les fâcheux ci-dessus mentionnés.

tom-

accidens

A y a n t au contraire apperçu

un

e f f e t différent d a n s q u e l q u e s u n s , c ' e s t - à - d i r e u n d é g a gement provenoit

avantageux, j'ai pensé

que

du t e m p s de la maladie où

cette

différence

l'on

employoit

cette m é t h o d e , et par conséquent des causes ci-dessus rapportées. On

doit d o n c s ' a t t a c h e r d a n s les m a l a d i e s

qui paroissent violentes d è s les p r e m i e r s j o u r s , à m o d i fier la g r a n d e u r d e s

saignées

suivant le t e m p s de

m a l a d i e ; dans les p r e m i è r e s v i n g t - q u a t r e h e u r e s ,

la les

faire c o p i e u s e s e t m o i n s f r é q u e n t e s ; e t l o r s q u ' o n a n é g l i g é d'en f a i r e d è s le c o m m e n c e m e n t , l e s faire p e t i t e s e t f r é q u e n t e s , suivant les dispositions qu'on d é c o u v r i r a d a n s l a force d u m a l a d e ; y joindre le s e c o u r s d e s b a i n s , q u i , en ramollissant et d é l a y a n t , pourront encore plus c o n t r i b u e r q u e les s a i g n é e s à r é s o u d r e e t à liquéfier

le

sang grumelé et arrêté. Q u a n d un h o m m e r e p l e t , q u e l q u e r o b u s t e , s a n g u i n qu'il p a r o i s a e ê t r e , e s t o p p r e s s é ,

quelque

c'est-à-dire

d o n t l a r e s p i r a t i o n e s t difficile e t c o u r t e , il f a u t é v i t e r 14


136

M É D E C I N E

l e s c o p i e u s e s s a i g n é e s : il t o m b e b i e n t ô t clans l ' a f f a i s sement.

L e pouls de tels malades peut paraître élevé

e t p l e i n ; m a i s il n ' e s t p a s d u r , il a p p r o c h e d e la

flac-

c i d i t é . C e s i g n e e s t le m e i l l e u r q u ' o n p u i s s e a v o i r p o u r s e conduire en pareille occasion.

V I I. L e s Anciens

a v o i e n t a u s s i p o u r r è g l e d a n s la p r a t i -

q u e , d e s a i g n e r la p a r t i e la p l u s v o i s i n e d e c e l l e l e malade se

plaignoit,

vas

proximam

dont

seca ; c ' é t o i t

p o u r e u x u n e m a x i m e d o n t u n s u c c è s c o n s t a n t et p e r m a n e n t é t o i t le f o n d e m e n t .

D'où

v i e n t les

Modernes

o n t - i l s p r i s le p a r t i d'en q u i t t e r l ' u s a g e ? I l n'en

peu-

v e n t a l l é g u e r d ' a u t r e r a i s o n q u e celle de t r o u v e r c e t t e m é t h o d e c o n t r a i r e a u x c o n n o i s s a n c e s q u e la d é c o u v e r t e d e la circulation a d o n n é e s sur l a c a u s e i m m é d i a t e d e s e n g o r g e m e n s q u ' i l s j u g e n t d e v o i r r é s i d e r d a n s les e x t r é m i t é s d e s a r t è r e s c a p i l l a i r e s , p a r c e q u ' é t a n t la p a r t i e la p l u s é t r o i t e , elle doit plus t ô t s ' e n g o r g e r q u e l e s v e i n e s , q u i en s'étendant , augmentent d ' o ù ils i n f è r e n t ,

toujours de diamètre :

q u e d é t e r m i n a n t la circulation à ê t r e

p l u s f o r t e v e r s la p a r t i e o p p o s é e , e t q u ' a t t i r a n t p a r l a s a i g n é e r é v u l s i v e u n e p l u s g r a n d e q u a n t i t é d e s a n g , ils d é g a g e n t et d é b a r r a s s e n t p l u s s û r e m e n t la p a r t i e m a l a d e . Mais c o m m e l'expérience

ne seconde pas ce r a i s o n -

n e m e n t , il faut q u ' o n s e t r o m p e d a n s le p r i n c i p e , e t qu'il y e n ait un différent. N e s e r o i t - o n p a s b i e n

fondé

à l'admettre plutôt

mieux

dans l ' e x t r é m i t é ,

ou p o u r

d i r e à l'origine d e s v e i n e s c a p i l l a i r e s , q u ' à des

artères ?

Trois

l'extrémité

raisons paraissent favoriser

cette

c o n j e c t u r e . I°. T o u t l i q u i d e qui p a s s e d'un c a n a l é t r o i t d a n s un p l u s l a r g e , p e r d d e s o n m o u v e m e n t .

2°.

Les

m e m b r a n e s des veines ayant moins de ressort que celles d e s a r t è r e s , ont moins d e force pour pousser le sang. 3°. L e s a n g p a r v e n u à la v e i n e e s t p l u s é p a i s q u e dans


DE

ST.-DOMINGUE.

137

J e s a r t è r e s , a t t e n d u q u e les v a i s s e a u x l y m p h a t i q u e s , p l a c é s a u x p a r t i e s l a t é r a l e s d e leur e x t r é m i t é , e n

ont

p o m p é la s u b s t a n c e la p l u s l i q u i d e . O r , d a n s l ' é t a t d e p l é n i t u d e , le s a n g p e r d a n t p l u s d e son m o u v e m e n t

d a n s l e s v e i n e s q u e d a n s les a r t è r e s ,

e t a y a n t n a t u r e l l e m e n t u n e q u a l i t é p l u s c o m p a c t e , doit s'y

a c c u m u l e r , s'y e n g o r g e r p l u s t ô t q u e d a n s les

trémités artérielles. L e s veines sont donc le foyer

des engorgemens

et

des

ex-

premier

e m b a r r a s qui sont

le

premier germe des maladies. D a n s ce c a s , la s a i g n é e a d m i n i s t r é e à la p a r t i e la p l u s v o i s i n e du m a l , e s t la p l u s f a v o r a b l e , p a r c e q u ' e u d i m i n u a n t la q u a n t i t é du s a n g qui d e v o i t ê t r e

conduit

d a n s les g r o s s e s v e i n e s , on d i m i n u e d ' a u t a n t le v o l u m e . O n ne peut diminuer ce v o l u m e , qu'on ne procure un p l u s facile a c c è s au s a n g qui v i e n t d e t o u t e s les a u t r e s ramifications. C e facile a c c è s a c c é l è r e s o n

mouvement,

e t il n e p e u t l ' a c c é l é r e r s a n s d i m i n u e r la p l é n i t u d e r a i s o n r é c i p r o q u e d e l ' a u g m e n t a t i o n d e la v i t e s s e ;

en

d'où

r é s u l t e r a une d é p l é t i o n q u i s e r a d a n s t o u t e s l e s ramifications

en

degrés proportionnels

aura tirée. Cette déplétion

ne

à la quantité

peut

qu'on

se faire dans les

r a m i f i c a t i o n s p r i n c i p a l e s , qu'elle n e s e c o m m u n i q u e a u x p e t i t e s , c'est-à-dire aux veines capillaires, dans lesquell e s le sang seulement arrêté ou e n g o u é , sans être encore c o a g u l é , sera ébranlé , attiré et entraîné par le

cours

a c c é l é r é d e celui q u i p r é c è d e , e t d e celui d e s a r t è r e s , q u i par leur r e s s o r t redoubleront

leurs

efforts

pour

c h a s s e r c e l u i q u ' e l l e s c o n t e n o i e n t , e t d o n t la c i r c u l a t i o n c o m m e n ç o i t à être diminuée ou suspendue par la digue q u e f o r m o i t l ' a r r ê t du s a n g d a n s les v e i n e s . L e s A n c i e n s a y a n t o b s e r v é les b o n s effets d e s s a i g n é e s d é r i v a t i v e s , prirent la méthode d a n s le c o m m e n c e m e n t

de les faire copieuses

d e s m a l a d i e s ; d ' o ù il

résultoit


M É D E C I N E

138

un effet d ' a u t a n t p l u s a v a n t a g e u x , qu'ils p r o c u r o i e n t , p a r les r a i s o n s q u e n o u s a v o n s ci - d e s s u s e x p l i q u é e s , un plus grand é b r a n l e m e n t , une dérivation p l u s c o p i e u s e et plus forte d e s v e i n e s capillaires d a n s les g r o s s e s , e t p a r c e m o y e n les d é g a g e o i e n t

plus p r o m p t e m e n t ,

et

r é t a b l i s s a i e n t p l u s vite la c i r c u l a t i o n du s a n g d e s a r t è r e s aux veines. C e s réflexions s u p p o s e n t q u e l e s a n g n'est p o i n t e n c o r e a r r ê t é , ou q u e s'il l ' e s t , il e s t s e u l e m e n t

engorgé,

sans être coagulé ; ce q u e nous appelons en

Médecine

état

de

plénitude

, ou

disposition

s'il a r r i v e , soit p a r l'effet

d'une

inflammatoire : car trop grande turges-

c e n c e , ou d e la q u a l i t é du s a n g , soit par la q u ' o n a e u e d ' a p p o r t e r r e m è d e dès le

négligence

commencement;

s'il a r r i v e , d i s - j e , q u ' o n ait lieu d e croire q u e le s a n g a r r ê t é est c o n g e l é a u p o i n t qu'il ne soit plus s u s c e p t i b l e d ' é b r a n l e m e n t , il c o n v i e n t m i e u x

alors de tenter

les

s a i g n é e s r é v u l s i v e s , c ' e s t - à - d i r e d e s a i g n e r d e la p a r t i e o p p o s é e , p a r c e q u ' e n d é t e r m i n a n t u n e plus g r a n d e a b o n d a n c e d e s a n g v e r s c e t t e p a r t i e , on d é s e m p l i t é g a l e m e n t t o u s les v a i s s e a u x du c ô t é m a l a d e , m a i s s u r - t o u t les a r t è r e s , d o n t les e x t r é m i t é s d o i v e n t ê t r e - a l o r s a u t a n t e m b a r rassées que celles des v e i n e s ,

et m ê m e p l u s , attendu

q u e leur é l a s t i c i t é doit c o n t r i b u e r à a u g m e n t e r la c o n densation

des globules

sanguins. C'est dans de

c i r c o n s t a n c e s qu'il f a u t j o i n d r e a u x s a i g n é e s

telles

révulsives

l ' u s a g e d e s b a i n s , afin d e liquéfier le s a n g , e t d e faire

que

de petites

saignées

qu'on réitère

ne

souvent,

afin q u ' e n d é s e m p l i s s a n t p e u à p e u , o n r é t a b l i s s e i n sensiblement

le

ressort des

fibres

, qu'une

t r o p f o r c é e a d û t r o p r e l â c h e r , et m ê m e

dilatation rendre p a -

ralytiques. E n r é t a b l i s s a n t , p a r c e t t e m a n œ u v r e , le r e s s o r t d e s fibres,

il c o o p è r e

par ses vibrations à a g i t e r , à diviser


DE

S T . - D O M I N G U E .

139

e t r é s o u d r e les g r u m e a u x s a n g u i n s . A u t r e m e n t il r é s u l t e u n a f f a i s s e m e n t d a n s les gros v a i s s e a u x , q u i n o n m e n t augmente la c o n g e s t i o n ,

mais

même

b i e n t ô t l a circulation d a n s les p r i n c i p a l e s

seule-

intercepte

ramifications.

C e q u e j ' a i vérifié p l u s i e u r s fois d a n s l e s m a l a d i e s v i o l e n t e s , telles q u e l ' a p o p l e x i e , l a m a l a d i e d e S i a m , q u e l q u e s fièvres d o u b l e - t i e r c e s ,

et

d a n s l e s q u e l l e s les p r e -

miers m o m e n s perdus ne pouvoient

être réparés , dans

l e s q u e l l e s , a u b o u t de v i n g t - q u a t r e h e u r e s , il p a r o i s s o i t d e s signes d ' u n e

congestion

si e x t r ê m e , d ' u n a r r ê t si

c o n s i d é r a b l e , qu'il étoit i m p r u d e n t d e t e n t e r , non s e u l e m e n t les s a i g n é e s c o p i e u s e s , d é r i v a t i v e s : car en a y a n t t e n t é

mais encore

moins

à l'égard de

les

plusieurs

d e s u n e s et d e s a u t r e s , la m o r t n'en e s t s u r v e n u e q u e p l u s promptement. L a seul m o y e n qui m ' a r é u s s i , d a n s u n e telle c i r c o n s t a n c e , e t d o n t le s u c c è s a é t é a s s e z f r é q u e n t p o u r servir d o r é n a v a n t d e r è g l e , e s t la m é t h o d e c i - d e s s u s p r o p o s é e , c'est-à-dire,

les p e t i t e s s a i g n é e s r é v u l s i v e s r é i t é r é e s

de

trois en trois , o u d e q u a t r e en q u a t r e h e u r e s , et e n t r e m ê l é e s du bain d a n s lequel on l a i s s e le m a l a d e p l u s o u m o i n s , suivant ses

f o r c e s , et a u

sortir d u q u e l

o n le

couche

bien chaudement. On donne plusieurs lavemens qui sont l e s seuls é v a c u a n s q u i c o n v i e n n e n t d a n s c e t é t a t , p a r c e q u e les violens purgatifs m'ont paru fort nuisibles; i r r i t a t i o n s e t efforts inutiles qu'ils p r o d u i s e n t , tissant

très-souvent

qu'à rompre

les

n'abou-

quelques vaisseaux,

d o n t l e s é p a n c h e m e n s a c c é l è r e n t la m o r t .

VIII. O n é t o i t d a n s l e s siècles p r é c é d e n s fort c i r c o n s p e c t à l ' é g a r d d e la s a i g n é e d u p i e d . D a n s l a p l u p a r t d e s m a l a dies a i g u ë s , on ne

la h a s a r d o i t , p o u r ainsi d i r e , q u ' à

l ' e x t r é m i t é ; m a i s les b o n s effets qui en r é s u l t o i e n t ,

et


14o

M É D E C I N S .

q u i , d a n s bien des o c c a s i o n s , paroissoient c o m m e tenir d u m i r a c l e , ont t e l l e m e n t e n h a r d i , q u ' o n ne b a l a n c e p l u s à l ' a d m i n i s t r e r d è s les p r e m i e r s jours d'une m a l a d i e . L e s anciens médecins avoient , sans d o u t e , observé les a f f a i s s e m e n s et l e s c o n c e n t r a t i o n s occasionne,

que cette

opération

et q u e q u a n d elle n'étoit p o i n t suivie d ' u n e

é v a c u a t i o n c r i t i q u e du v e n t r e ,

il en résultoit

un

gon-

flement ou e n g o r g e m e n t p l u s c o n s i d é r a b l e dans les p a r ties d e ce v i s c è r e . E n c o n s é q u e n c e , ils ne se d é t e r m i n o i e n t à la

prescrire

que

l o r s q u ' a p r è s de

fréquentes

s a i g n é e s du b r a s , ils p e n s o i e n t avoir d é s e m p l i s u f f i s a m m e n t Jes v a i s s e a u x , p o u r r e n d r e c e l l e du p i e d

révulsive

à l'égard d e s v i s c è r e s du v e n t r e . Une

erreur encore

assez

commune,

c ' e s t d e ne la

p r e s c r i r e q u e p o u r faire u n e révulsion ; et dans c e t t e v u e o n f a i t , s u r - t o u t d a n s les p a y s

c h a u d s , des

c o û t e n t la v i e à bien d e s h o m m e s ; l'affaissement

subit que c e l t e

fautes qui

soit par r a p p o r t il

saignée

occasione

dans

le c e r v e a u , d'où il n'en r é s u l t e q u e

trop souvent

s o m m e i l l é t h a r g i q u e m o r t e l ; soit en

attirant u n e p l u s

grande abondance

d e s a n g v e r s les p a r t i e s ou

un

viscères

du v e n t r e , s i è g e le plus ordinaire de la m a l a d i e ; d'où s'ensuit u n e i n f l a m m a t i o n qui t e r m i n e b i e n t ô t la vie. U n s e n t i m e n t d o u l o u r e u x d a n s l e v e n t r e q u a n d on le p r e s s e , et

qui s u c c è d e à u n e m a u v a i s e m a n œ u v r e ,

annonce

é g a l e m e n t une m o r t p r o c h a i n e . C e t t e saignée d e m a n d e donc et exige des précautions. E l l e doit en bien d e s cas ê t r e c o n s i d é r é e p l u t ô t c o m m e derivative,

pour qu'elle

à propos,

p r o c u r e r à la p a r t i e m ê m e

p u i s s e , q u a n d on l ' a d m i n i s t r e un

f a v o r a b l e et s a l u t a i r e . Si c e r e l â c h e m e n t il faut t â c h e r d e

l'exciter,

relâchement n'arrive p a s ,

ou p a r l e s l a x a t i f s , ou

r é i t é r a n t la m ê m e s a i g n é e . L e s

violens purgatifs

en sont

alors t r è s - n u i s i b l e s , p l u s p r o p r e s , p a r l'irritation qu'ils


DE

S T . - D O M I N G U E .

p e u v e n t p r o d u i r e , à a u g m e n t e r l'état i n f l a m m a t o i r e q u ' à le

diminuer et m ê m e à o c c a s i o n e r par d e s efforts

rupture de

quelque v a i s s e a u , dont

l'épanchement

la est

b i e n t ô t suivi d e la m o r t . L e s v a i s s e a u x v e i n e u x d e s v i s c è r e s du v e n t r e a y a n t p o u r fonction celle d e s a r t è r e s m ê m e s , c ' e s t - à - d i r e , d ' a c c o m p l i r u n e sécrétion plus a b o n d a n t e , et étant c o m m u n é m e n t le siège d e la m a l a d i e , c e q u e j ' a i s o u v e n t o b s e r v é p a r l ' o u v e r t u r e d e s c a d a v r e s , c ' e s t d o n c le r e l â c h e m e n t e t é v a c u a t i o n qu'on doit avoir en v u e et se p r o p o s e r dans la s a i g n é e du pied. O n y p a r v i e n t p l u s s û r e m e n t , q u a n d , s u i v a n t les s i g n e s du plus ou du m o i n s d e plénitude , on a , p a r les s a i g n é e s d u b r a s , é v a c u é u n e suffisante q u a n t i t é d e s a n g , et q u ' o n p u i s s e j u g e r q u e les v a i s s e a u x s a n g u i n s n'étant plus d a n s un é t a t d e d i latation f o r c é e , il y a u n e disposition f a v o r a b l e a u r e l â chement. L e t e m p s , par c o n s é q u e n t , p o u r a d m i n i s t r e r la s a i g n é e d u p i e d , ne p e u t ê t r e d a n s le c o m m e n c e m e n t d'une m a l a d i e , si c e n ' e s t d a n s d e s c a s e x t r a o r d i n a i r e s . E l l e n e doit c o m m u n é m e n t se p r e s c r i r e , q u e l o r s q u ' o n a p p e r ç o i t q u e l q u e disposition critique : c ' e s t alors q u e c e t t e s a i g n é e d é t e r m i n e e t s e c o n d e la n a t u r e . J e la p r e s c r i s dans les forts t e m p é r a m e n s , ou a v a n t , o u dans le milieu d e l ' a c c è s , e t dans les foibles , v e r s la fin ou la c e s s a t i o n totale d e la fièvre. Il faut bien se d o n n e r d e g a r d e d e la faire dans d ' a u t r e s t e m p s à l ' é g a r d d e c e u x - c i , p a r c e q u e les s a i g n é e s faites a v a n t ou au m i l i e u d e l ' a c c è s e x c i t e n t un t r o u b l e et u n e révolution qui , a u g m e n t a n t la fièvre c o n s i d é r a b l e m e n t , ôte à la n a t u r e la force qui lui est n é c e s s a i r e p o u r d é t e r m i n e r la crise q u i doit t e r m i n e r l'accès. Les

forts

effets d e

tempéramens

cette révolution

de supporter

les

qui o c c a s i o n e un a c c è s

capables

et


142

M É D E C I N E

plus fort et p l u s l o n g , sont favorisés d'une

évacuation

c r i t i q u e , ou par les s e l l e s , o u par les s u e u r s , qui l e s dégage,

et

débarrasse très-souvent

de toute

matière

morbifique. Q u a n d le p o u m o n

p a r a î t f o i b l e , il f a u t é v i t e r

cette

s a i g n é e , o u la faire p e t i t e ; sinon o n c o u r t r i s q u e , p a r l'affaissement

d e c e t t e p a r t i e , d e faire t o m b e r le m a -

l a d e d a n s une difficulté d e r e s p i r e r , t o u j o u r s m o r t e l l e , e t q u e l q u e f o i s si s u b i t e , qu'il e x p i r e p o u r ainsi d i r e , e t m e u r t s o u s la l a n c e t t e . I

X.

L a saignée de la gorge mérite d'autant m i e u x d'être p r é f é r é e à celle du p i e d d a n s la p r a t i q u e d e s c l i m a t s c h a u d s , q u e les e n g o r g e m e n s l y m p a t i q u e s s e r e n c o n t r a n t d a n s p r e s q u e t o u t e s les m a l a d i e s a i g u ë s , la g l a n d e pituitaire , qui e s t le principal r é s e r v o i r d e la pituite , p e u t , par c e t t e s a i g n é e , ê t r e p l u s f a c i l e m e n t et plus p r o m p t e m e n t d é g a g é e ; ce qui p r é v i e n t les s y m p t ô m e s l é t h a r g i q u e s si c o m m u n s , et si d a n g e r e u x d a n s les m a l a d i e s de l'Amérique. O n doit p r é f é r e r c e t t e s a i g n é e a u x v é s i c a t o i r e s , d o n t l'opération

lente

n e s a u r a i t p r o d u i r e q u ' u n effet

peu

c o n s i d é r a b l e . Q u a n d on les a p p l i q u e , si on ne p e u t p a r venir à établir la s u p p u r a t i o n , c ' e s t m a r q u e d ' u n e

très-

f o r t e c o n c e n t r a t i o n et u n s i g n e m o r t e l . Il convient de

s a i g n e r d e la g o r g e d a n s les

t a n c e s o ù l'on p e u t

circons-

a p p r é h e n d e r un e n g o r g e m e n t

v a i s s e a u x s a n g u i n s d a n s le c e r v e a u , non t a n t

des

comme

s i è g e d e la m a l a d i e , q u e c o m m e s y m p t ô m e . C e q u ' o n a lieu d ' o b s e r v e r

souvent

d a n s la m a l a d i e d e S i a m , o ù

la g r a n d e p l é n i t u d e e t les e m b a r r a s d e s v i s c è r e s du v e n t r e f o r m e n t à la circulation d e s o b s t a c l e s si g r a n d s , qu'il e n r é s u l t e un p l u s

g r a n d reflux d e s a n g v e r s le

cerveau


DE

S T . - D 0 M I N G U E .

l43

q u i , s ' e n g o r g e a n t à son tour , a u g m e n t e l e s s y m p t ô m e s d e la m a l a d i e . D e là v i e n n e n t les h é m o r r a g i e s p a r le n e z , l e s p a r o t i d e s , si c o m m u n e s d a n s c e t t e m a l a d i e , e t c . L a v i v e d o u leu r q u e l e s

m a l a d e s r e s s e n t e n t les p r e -

m i e r s jours à c e t t e p a r t i e , e s t l e s i g n e qui doit d é t e r m i n e r à faire c e t t e s a i g n é e , q u ' o n doit a l o r s r e g a r d e r e t considérer c o m m e révulsive, tant à l'égard du b a s - v e n t r e , q u e d e l'intérieur d e la t ê t e . L e s m a l a d e s qui se p l a i g n e n t b e a u c o u p d e la t ê t e , s e p l a i g n e n t b e a u c o u p moins du m a l d e j a m b e s . L e p r e m i e r s y m p t ô m e e s t ordinaire a u x n o u v e a u x v e n u s , et à c e u x qui en a p p a r e n c e c o n s e r v e n t q u e l q u e s a n n é e s u n e g r a n d e force de t e m p é r a m e n t . L e s e c o n d

n'attaque que

ceux

q u i , résidant d e p u i s l o n g - t e m p s à S a i n t - D o m i n g u e , o n t l e s a n g d i s s o u s , ou c o m m e n c e n t à l'avoir. L e s g r a n d e s .douleurs d e

tête

r e s s o r t d a n s les

seroient fibres,

donc, u n e m a r q u e de g r a n d

et d e c o n s i s t a n c e d a n s les l i -

q u i d e s . C e q u i doit d é t e r m i n e r la q u a n t i t é e t la q u a l i t é des saignées. X. Certains peuples ont une répugnance c o m m e naturelle p o u r la s a i g n é e . P r é j u g é à p a r t , j ' a i r e g a r d é q u e c e s e n t i m e n t p o u v o i t p r o v e n i r d e la n a t u r e m ê m e . L e s D u n k e r q u o i s , p a r e x e m p l e , s e p r ê t e n t difficilement

à cette

o p é r a t i o n . J ' e n ai vu p l u s i e u r s , d a n s la constitution n o v e m b r e 1746,

de

a t t a q u é s d e la m a l a d i e d e S i a m , guérir

sans s a i g n é e s , et

quelques uns p é r i r , qu'on

pouvoit

avoir lieu d e s e r e p r o c h e r d'avoir t r o p s a i g n é s . L e t e m p é r a m e n t d e c e t t e n a t i o n m ' a p a r u p l u s pituiteux q u e sanguin. L e s N o r m a n d s et les F l a m a n d s ne g u é r i s s e n t c o m m u n é m e n t q u e par les s a i g n é e s ; les B o r d e l o i s , et les B r e t o n s , p a r les p u r g a t i f s ; les P r o v e n ç a u x , et l e s L a n g u e -


144 docieus

M É D E C I ont

peine à

NE

supporter

l'une

et

l'autre

éva-

cuation.

X I. R i e n de plus embarrassant dans la pratique que les v a r i a t i o n s q u ' o n r e m a r q u e d a n s le p o u l s t a n t p a r r a p p o r t à la qualité d e s t e m p é r a m e n s , q u e p a r r a p p o r t a u c a r a c t è r e d e s m a l a d i e s . S i on s'y r a p p o r t o i t , o n s e r o i t sujet à de grandes erreurs. C ' e s t ce que j'ai vu arriver d a n s p l u s i e u r s o c c a s i o n s , s u r - t o u t d a n s les m a l a d i e s d e S i a m , d a n s les fièvres a c c o m p a g n é e s d e c h o l é r a - m o r b u s , e t dans c e l l e s qui a t t a q u e n t les t e m p é r a m e n s m é l a n c o l i q u e s . D a n s les p r e m i è r e s , a p r è s la cessation d e la fièvre, l e p o u l s n e diffère d u n a t u r e l q u e p a r c e qu'il e s t un p e u flasque e t t r o p m o u ; d a n s les a u t r e s , ou p e t i t , c o n c e n t r é , ou convulsif. D a n s les fièvres d o u b l e - t i e r c e s l y m p h a t i q u e s , il v a r i e b e a u c o u p ; il est t a n t ô t m o u e t p r e s q u e o n d u l e n t , t a n t ô t s e r r é et petit. O n o b s e r v e d a n s c e s d e r n i è r e s m a l a d i e s , qu'il n e s e d é v e l o p p e e t n e r e p r e n d son m o u v e m e n t n a t u r e l , q u ' à p r o p o r t i o n q u e l a n a t u r e s e d é g a g e , p a r les é v a c u a t i o n s du v e n t r e , d e s matières morbifiques qui l'accabloient.

X

I I.

I I n e faut p a s t o u j o u r s j u g e r d e s jours c r i t i q u e s p a r l e p r e m i e r j o u r d e la m a l a d i e . C e calcul e s t s u j e t à e r r e u r . J ' a i pour m a x i m e ,

d a n s les f i è v r e s ,

d e faire

attention

a u jour o ù l ' a c c è s , p a r o i s s a n t le p l u s v i o l e n t , e s t d'une rémission ou intermission

suivi

m a r q u é e , et dont

un

pareil r e t o u r o u a c c è s p l u s v i o l e n t a r r i v e l e j o u r i m p a i r q u i r é p o n d au p r é c é d e n t . U n h o m m e est attaqué , par e x e m p l e , le premier d'août ; le 2 e t p r è s d e la m ê m e

d e la

fièvre

le 3 , la fièvre p a r a î t à p e u

force , o u p e u r é g l é e , s a n s crise a p -

p a r e n t e ; le 4 , il y a un a c c è s p l u s v i o l e n t ; l e c i n q ,

il est


DE est

ST.- DOMINGUE.

t r a n q u i l l e ; le 6 ,

145

l'accès r e v i e n t o u p l u s f o r t ,

ou

a u s s i fort ; le 4 p a r c o n s é q u e n t e s t le p r e m i e r j o u r i n diquant. L e q u a t o r z i è m e j o u r , s u i v a n t H i p p o c r a t e , e s t un j o u r c r i t i q u e d a n s les m a l a d i e s . J e p e n s e q u e l a t e r m i n a i s o n des

fièvres

d o u b l e - t i e r c e s , p a r le petit a c c è s qui

de-

vient le p l u s fort et b e a u c o u p p l u s long p a r l'union d u g r a n d qui s e c o n f o n d a v e c l u i , a d o n n é lieu à c e t t e o b s e r v a t i o n . M a i s c o m m e ce p e t i t a c c è s p r e n d s o u v e n t c e c a r a c t è r e le 10 et le 1 2 , devient Ces

q u e l q u e f o i s l e 8 , l e jour pair

alors le j o u r c r i t i q u e . fièvres

anciennement

pouvoient ne

se pas

ter-

m i n e r aussi p r o m p t e m e n t q u ' a u j o u r d ' h u i ; c e q u ' o n p e u t attribuer à ce

q u e les anciens é t a n t d é p o u r v u s d e s r e -

m è d e s l a x a t i f s q u e n o u s a v o n s d é c o u v e r t s , et q u e nous p o u v o n s e m p l o y e r d e b o n n e h e u r e , é t a i e n t aussi c o m m e obligés d ' a t t e n d r e , et de préparer plus long-temps leurs m a l a d e s : c e qui d e v o i t

contribuer à rendre l a maladie

plus longue. X I I I . O n p e u t j u g e r dès le c o m m e n c e m e n t de sa violence

d'une m a l a d i e ,

e t d e s a d u r é e . L a q u a l i t é et l e

ractère des s y m p t ô m e s servent pour décider en que sorte de

l'événement.

sont attaqués de la une

fièvre.

ca-

quel-

U n h o m m e , une f e m m e , C e t t e fièvre c o m m e n c e

par

grande pesanteur , de grandes lassitudes, une vive

chaleur,

un violent m a l d e t ê t e . D a n s l ' u n , c e t t e

p a r a î t r a c o n t i n u e , l e s trois

fièvre

ou q u a t r e p r e m i e r s j o u r s ,

s a n s r é m i s s i o n a p p a r e n t e ; d a n s l ' a u t r e , il y a u r a , rémission,

ou

intermission , mais

s a n s o r d r e et s a n s s u e u r s . T o u s

ces

de

ou

courte durée ,

symptômes

sont

d e s indices d'un g r a n d e m b a r r a s , d'un g r a n d e n g o r g e ment,

qui a n n o n c e n t u n e v i o l e n t e e t l o n g u e

E n g é n é r a l , il f a u t ê t r e à Tome

II

maladie.

Saint-Domingue très-cirK


146

M É D E C I N E

c o n s p e c t sur l e p r o g n o s t i c ; il e s t ordinaire d'y voir d e s malades qu'on croyoit a g o n i s a n s , mourir dans le

temps

qu'on

r e v e n i r , et d ' a u t r e s

croyoit

avoir lieu

d'en

espérer. X I V . N o u s s o m m e s t e l l e m e n t en g a r d e d a n s les I l e s c o n t r e les effets v i o l e n s des p u r g a t i f s , q u e nous n e geons

pour

manne,

1 ordinaire q u ' a v e c les

et quelquefois l'émétique

q u a t r e à cinq v e r r e s d e liqueur , u n v e r r e d e d e u x en d e u x

eaux de

pur-

c a s s e , la

s e u l , m a i s fondu d a n s dont le m a l a d e p r e n d

heures.

L e s T h é ï f o r m e s , et sur-tout les C h i c o r a c é s , ou l e s a m e r s de cette e s p è c e , doivent être regardés c o m m e la Panacée de nos I l e s . L e s p u r g a t i o n s en bol s o n t t r è s - d a n g e r e u s e s , p a r c a q u ' é t a n t obligé d'y m e t t r e q u e l q u e s u b s t a n c e r é s i n e u s e e t t r è s - c o m p a c t e , o n doit c r a i n d r e les s u p e r p u r g a t i o n s , l e s irritations qu'elles c a u s e n t a u x intestins en s'y c o l l a n t , enfin la difficulté q u e l ' e s t o m a c a s o u v e n t d e les d i g é r e r . Q u a n d les p u r g a t i f s

q u e les m a l a d e s r e n d e n t

sont

p e u altérés , c ' e s t - à - d i r e n e s o n t point m ê l é s a v e c quelque matière même

des

b i l i e u s e , c'est m a u v a i s signe. Il en e s t

de

boissons. X

V.

L ' O p i u m e s t un r e m è d e n é c e s s a i r e ; m a i s l ' i m p é r i t i e d e p l u s i e u r s qui i g n o r e n t la m a n i è r e et le t e m p s d e l ' e m p l o y e r , a b e a u c o u p c o n t r i b u é à faire m é p r i s e r c e t excellent r e m è d e . X V I . L e Quinquina m ê m e nuisible

m ' a p a r u non s e u l e m e n t i n u t i l e , m a i s dans l e s r e c h u t e s

m a l a d i e d e S i a m . J ' a i soin de le pour

corriger s a qualité

qui a r r i v e n t a p r è s l a m ê l e r a v e c le

s t y p t i q u e , qualité

n a t u r e l l e m e n t ê t r e c o n t r a i r e à l'indication q u e

qui

Mars doit

commu-


DE

St.

-DOMINGUE.

n é m é n t on s e p r o p o s e e n l ' e m p l o y a n t . A u s s i o b s e r v e t - o n t o u s les j o u r s q u ' u n t r o p l o n g u s a g e de ce f é b r i fuge

occasionne

d e s o b s t r u c t i o n s au foie , à la r a t e ,

suivies de j a u n i s s e ou d e c a c h e x i e . J ' e m p l o i e plus volontiers

les é c o r c e s d'oranger s a u -

v a g e j d e c i t r o n n i e r , d e b o i s - r a m o n , et q u e j'ai découvert

le

quinquina,

à S a i n t D o m i n g u e , dont l e s

s o n t plus d o u x , et m ' o n t p a r u

effets

plus sûrs.

X V I I , D a n s quelques maladies aiguës que ce s o i t ,

on

ne

p e u t c o m p t e r sur la g u é r i s o n du m a l a d e , ni le flatter d'être m i e u x , qu'il ne soit t o m b é , p a r l'effet d e q u e l ques évacuations critiques, dans l ' a c c a b l e m e n t ,

et un

d é p é r i s s e m e n t , qui r é s u l t e n t t o u j o u r s d e l'expulsion matières engorgées , endurcies

et i n c r u s t é e s .

e t il e s t ordinaire d e faire c e t t e d i s - j e , d a n s les fièvres

des

J'ai v u ,

observation , j'ai vu ,

lymphatiques , des malades ,

q u i , le huit ou le dix , p a r o i s s o i e n t a s s e z t r a n q u i l l e s , p o u r p e n s e r qu'ils fussent b i e n ,

le o n z e et le t r e i z e , t o m b e r

d a n s des s y m p t ô m e s c o n s i d é r a b l e s . L ' h a b i t u d e du c o r p s , q u i n'avoit

point

conséquence

d e la r é v o l u t i o n , u n e

changé

j u s q u ' a l o r s , subissoit ,

en

grande m é t a m o r -

p h o s e ; il s u r v e n o i t u n e g r a n d e m a i g r e u r , le v i s a g e d e v e n o i t d é c h a r n é , les y e u x clairs et sereins. J ' e n ai v u qui, a t t a q u é s

de

fièvres

double-tierces, paroissoient le

s e p t i è m e jour ê t r e en d a n g e r , a v o i e n t d e s crises , s u i v a n t les a p p a r e n c e s ) a s s e z f a v o r a b l e s p a r les s u e u r s e t par les s e l l e s , et q u e n é a n m o i n s je ne j u g e o i s p a s guéris , parce

q u e je n ' a p p e r c e v o i s p a s ce

dépérissement.

En

e f f e t , ces m a l a d e s s e s e n t a i e n t toujours p l e i n s , j u s q u ' à c e q u e , p a r v e n u s v e r s le q u a t o r z e ou le q u i n z e

de

la

m a l a d i e , la fièvre qui s'était s i m p l e m e n t c a l m é e , sans avoir

totalement

d i s p a r u , redoublant a v e c f o r c e ,

K 2

se


148

M É D E C I N E .

terminent

p a r u n e crise d e m a t i è r e s t r è s - f é t i d e s ,

étoit un signe sûr d e guérison ;car il f a u t à Saint D o m i n g u e , dans toutes

qui

absolument

les maladies aiguës ,

d e telles é v a c u a t i o n s p o u r c o n s t a t e r un p a r f a i t l'établiss e m e n t : ce qui e s t

u n e p r e u v e q u e la p r e m i è r e c a u s e

d e s m a l a d i e s r é s i d e d a n s les v i s c è r e s dans

du

bas-ventre,

une accumulation et incrustation des matières qui

s'y a t t a c h e n t et s'y c o l l e n t . T e l e s t l ' e m p i r e d e s f o n c tions d u f o i e ,

de

la r a t e et

du p a n c r é a s , dont

les

d é r a n g e m e n s s o n t l'origine e t l a c a u s e d e s m a l a d i e s q u i r é g n e n t s o u s la Z o n e

torride. X V I I I .

O n r e m a r q u e d a n s la c o n v a l e s c e n c e qui suit les g r a n d e s m a l a d i e s , un p l u s g r a n d d é g a g e m e n t , u n e p l u s g r a n d e n e t t e t é d a n s les o p é r a t i o n s d e l ' a m e . L e s c o n v a l e s c e n s paroissent

avoir d e s i d é e s p l u s c l a i r e s , e t f o r m e n t d e s

j u g e m e n s p l u s j u s t e s ; ils s ' e x p r i m e n t ,

ils

s'énoncent

avec plus d'aisance. O n apperçoit sur-tout cette révolution d a n s les t e m p é r a m e n s m é l a n c o l i q u e s , e n qui l'extrême, rigidité des

fibres,

e t l ' é p a i s s i s s e m e n t naturel du s a n g ,

c o n t r i b u e n t à la l e n t e u r o r d i n a i r e d e s o p é r a t i o n s d e l ' a m e , e t à leur r e n d r e le travail d u r . O n b u e r la c a u s e q u ' à u n e

ne

p e u t en a t t r i -

p l u s g r a n d e s o u p l e s s e et

une

p l u s g r a n d e fluidité ; d'où s'en suit u n e circulation p l u s l i b r e , une sécrétion

plus

d é g a g é e , et un

développe-

m e n t non i n t e r r o m p u d e s e s p r i t s a n i m a u x . M a i s e n a c quérant cet

avantage ,

ils p e r d e n t c e l u i

travailler, et s ' a p p l i q u e r l o n g - t e m p s ,

de

pouvoir

soit à la lecture

soit à l ' é c r i t u r e , p a r c e qu'il r é s u l t e d e ce d é g a g e m e n t , u n e si

grande et

bent bientôt les oblige

si p r o m p t e dissipation , q u ' i l s

tom-

d a n s un é p u i s e m e n t ou é b l o u i s s e m e n t qui

d e quitter. O n o b s e r v e la m ê m e

métamor-

p h o s e d a n s l e s s c o r b u t i q u e s , ou d a n s c e u x où le s a n g , p a r v e n a n t à un é t a t d e

plus grande

fluidité,

passe et


DE

ST. - D O M I N G U E .

149

c i r c u l e p l u s l i b r e m e n t dans l e s c a n a u x du c e r v e a u . I I f a u t p u r g e r d e t e m p s en t e m p s

les c o n v a l e s c e n s , s u r -

t o u t c e u x qui o n t eu de l o n g u e s m a l a d i e s , et l e s m e t t r e à

l'usage

d e s t i s a n e s a p é r i t i v e s et

d'apéritifs e t d'alimens

opiates

d e f é b r i f u g e s . I l s n e doivent

composés user

que

l é g e r s , en p e t i t e q u a n t i t é ; e t e n cas d e t r o p

d ' a p é t i t , faire p l u s i e u r s r e p a s . X I X . P o u r s e b i e n p o r t e r d a n s les I l e s , il déjeuner et

souper p e u ,

de ne

convient d y

point b o i r e , o u

boire

p e u de vin , p a r c e q u e les v i n s d o n t on u s e , sont t r è s é p a i s , e t p a r c o n s é q u e n t s u l f u r e u x ; p r é f é r e r les v i a n d e s douces , blanches

et t e n d r e s , les

légumes émolliens .

r a f r a î c h i s s a n s et acidulés ; c a r o n n e s a u r o i t ,

sous la

Z o n e t o r r i d e , t r o p faire d'attention à la q u a n t i t é

et q u a -

lité d e s

alimens dont

seil e s t utile à t o u s

on

use journellement.

Ce con-

les t e m p é r a m e n s e n g é n é r a l , d a n s

q u e l q u e s p a y s qu'ils s e

trouvent , mais

particulière-

m e n t a u x bilieux et a u x m é l a n c o l i q u e s ; le c a r a c t è r e d e s maladies de Saint D o m i n g u e l a qualité h u m i d e et

ne démontrant que

brûlante de

C H A P I T R E TRAITEMENT LA

trop

l'air q u ' o n y r e s p i r e .

III.

DU M A L DE S I A M (I).

m a l a d i e d e S i a m doit ê t r e

regardée comme

une

fièvre p u t r i d e , m a l i g n e et pestilentielle. C e t t e m a l a d i e a t t a q u e t r è s - r a r e m e n t les C r é o l e s . L e s E u r o p é e n s , destinés à v i v r e s o u s un c l i m a t plus t e m p é r é ,

(1) Cette maladie est aujourd'hui excessivement rare à SaintDomingue ; elle se fait encore sentir à la Martinique. K 3


150

M É D E C I N E

en s o n t , pour a i n s i d i r e , les seules v i c t i m e s . L a c h a l e u r e x t r a o r d i n a i r e d e la C o l o n i e p r o d u i t s u r leurs c o r p s d e s c h a n g e m e n s d o n t sont e x e m p t s les c o r p s f o r m é s sous c e s c l i m a t s , e t p o u r l e s q u e l s c e t t e a r d e u r d e l'été e s t s u i v a n t l ' o r d r e d e la n a t u r e . I l faut dans c e t t e m a l a d i e distinguer d e u x t e m p s p r i n c i p a u x : le p r e m i e r

e s t celui

d e la f i è v r e ; l e second,

e s t celui d e la m é t a s t a s e d e la m a l a d i e , d a n s l a q u e l l e o u l e m a l a d e g u é r i t , ou la n a t u r e a y a n t fait d e v a i n s e f f o r t s , s u c c o m b e à la f o r c e d e la m a l a d i e , Signes

diagnostiques.

P a n s le p r e m i e r , le m a l s e d é c l a r e q u e l q u e f o i s p a r u n frisson , m a i s p l u s s o u v e n t p a r u n e g r a n d e l a s s i t u d e . L a fièvre

qui

de tête

eurvient

est accompagnée de vives douleurs

e t d e r e i n s , e t d'une p e s a n t e u r d a n s la région

é p i g a s t r i q u e , a v e c v o m i s s e m e n t ou e n v i e d e v o m i r . L e v o m i s s e m e n t e s t p l u s ordinaire q u a n d l a m a l a d i e c o m m e n c e p a r le frisson. L a fièvre d u r e trois ou q u a t r e j o u r s s a n s d o n n e r d e relâche a u m a l a d e ; r a r e m e n t

continue-

t - e l l e j u s q u ' a u c i n q u i è m e . P e n d a n t c e t e m p s là , l e s m a l a d e s sont fort a c c a b l é s ; ils o n t le pouls é l e v é et f o r t , sur-tout dans ceux

d o n t Je frisson a p r é c é d é la

fièvre,

L a peau s è c h e e s t s o u v e n t a r i d e ; Je v i s a g e e t l e s y e u x s o n t fort e n f l a m m é s ; l e s urines sont q u e l q u e f o i s r o u g e s et c h a r g é e s , q u e l q u e f o i s n a t u r e l l e s , m a i s e n p e t i t e quant i t é , ce qui est de mauvais augure. L e s e c o n d t e m p s , c o m m e n c e q u a n d la fièvre finit. O r , elle finit t o u t - à - c o u p d a n s les u n s , s a n s a u t r e a p p a r e n c e d e crise q u ' u n c o m m e n c e m e n t

d e j a u n i s s e ; d a n s les au-

t r è s , o u t r e la j a u n i s s e , s u r v i e n t l'éruption d u p o u r p r e , u n e h é m o r r a g i e , l e flux d e v e n t r e , e t le v o m i s s e m e n t . Ces symptômes

s o n t toujours a c c o m p a g n é s d'un pouls,

p r e s q u e naturel , m a i s p o u r l'ordinaire f o i b l e , e t d'une


DE souplesse

épaisses , souvent

151

S T. - D 0 M I NGU E.

qui approche

de l ' o n d u l a t i o n , d'urines t r è s -

b r u n e s . L e s malades ne se plaignent

alors d'aucune douleur ; e t à l ' a c c a b l e m e n t p r è s , ils p a raissent

jouir

d ' u n e g r a n d e tranquillité. L a p l u p a r t d e

c e u x q u i m e u r e n t d e c e t t e m a l a d i e , ne p a s s e n t p o i n t l e s e p t i è m e jour. C e t t e m a l a d i e a t t a q u e a s s e z i n d i f f é r e m m e n t tous l e s E u r o p é e n s qui s o n t arrivés n o u v e l l e m e n t d a n s la C o l o n i e , à m o i n s q u e q u e l q u e a u t r e m a l a d i e C o n s i d é r a b l e , qui a s s e z o r d i n a i r e m e n t p a r t i c i p e en q u e l q u e c h o s e d e la n a t u r e d e celle d e S i a m , n e les d é l i v r e d e la n é c e s s i t é de lui p a y e r le t r i b u t . P l u s les t e m p é r a m e n s sont robustes, p l u s ils ont à c r a i n d r e . L e s b i l i e u x , et p l u s e n c o r e les m é l a n c o l i q u e s , sont l e s premiers

a t t a q u é s , et ceux

qui s u c c o m b e n t

les

pre-

miers. L e s f e m m e s sont m o i n s s u j e t t e s à c e t t e m a l a d i e q u e l e s h o m m e s : il n'y a g u è r e s q u e celles qui o n t du c h a g r i n , q u i a i e n t le m a l h e u r d'en

être attaquées. L a mollesse

d e leur t e m p é r a m e n t , l ' é v a c u a t i o n p é r i o d i q u e d e l e u r s m e n s t r u e s , les r e n d e n t m o i n s s u j e t t e s à la m a l a d i e d e S i a m , e t font qu'elles s'en tirent p l u s a i s é m e n t . O n r e m a r q u e a u s s i q u e l e s g e n s r i c h e s en c o u l e u r s e t replets périssent presque t o u s , pendant

que ceux

qui

s o n t délicats g u é r i s s e n t p l u s facilement. I l f a u t n o n s e u l e m e n t , c o n s i d é r e r les t e m p é r a m e n s , m a i s aussi l'état a c t u e l d e l'esprit. C e u x qui s ' a p p l i q u e n t t r o p à l ' é t u d e , a u x a f f a i r e s , ou q u i se laissent aller t r o p v i v e m e n t

au

c h a g r i n , s o n t les p r e m i e r s a t t a q u é s , et s u c c o m b e n t trèspromptement. D e t o u s les t e m p é r a m e n s , celui qui e s t le p l u s f a v o r a b l e p o u r soutenir

les a s s a u t s du m a l d e

Siam est le

t e m p é r a m e n t pituiteux. T o u t e s c e s r e m a r q u e s s e r o n t c o n f i r m é e s , p a r les hisK4


152

M É D E C I N E

t o i r e s q u e n o u s j o i n d r o n s à la s u i t e rie la d e s c r i p t i o n g é n é r a l e d e c e t t e m a l a d i e e t d e sa c u r e . O n p e u t d i s t i n g u e r la m a l a d i e d e S i a m en m o y e n n e , e t en m a l i g n e o u e x t r ê m e .

bénigne,

L a bénigne est

c e l l e q u i s e t e r m i n e par u n flux d e v e n t r e c r i t i q u e d è s l e t r o i s i è m e , le q u a t r i è m e , ou cinquième j o u r ,

sans jau-

nisse , ou a v e c une jaunisse peu considérable. On appelle moyenne

celle où la jaunisse étant considérable n'est

d'ailleurs a c c o m p a g n é e d'aucuns des s y m p t ô m e s sinistres q u e nous avons décrits, mais qui se dissipe peu a p e u , o u p a r u n flux d e v e n t r e q u e la n a t u r e o u l e s r e m è d e s p r o c u r e n t , ou p a r un é c o u l e m e n t c o n s i d é r a b l e n o i r e s , e t p a r la n a i s s a n c e d e p l u s i e u r s c l o u s .

d'urines

L'extrême

e s t celle o ù n e p a r a i s s a n t point d e disposition f a v o r a b l e à l ' u n e d e c e s d e u x c r i s e s o n n ' a rien à e s p é r e r q u ' a u t a n t q u e la n a t u r e f e r a n a î t r e u n d é p ô t o u c h a r b o n

con-

sidérable sur quelque partie externe. Signes

pronostiques.

E n général les signes pronostiques de cette maladie sont d i f f é r e n s , s u i v a n t le t e m p s d e la m a l a d i e . C e s accidens sont toujours a c c o m p a g n é s d e g r a n d e s i n q u i é t u d e s , d'une légère douleur dans le ventre , t r è s souvent

sans tension ; tantôt vers la partie supérieure ,

e t a l o r s l e h o q u e t l ' a c c o m p a g n e ; t a n t ô t v e r s l'inférieure ; et enfin,

la s u p p r e s s i o n d ' u r i n e s qui s u r v i e n t ,

annonce

u n e m o r t prochaine. Il arrive quelquefois q u e toute la p a r t i e e s t d o u l o u r e u s e . O u t r e c e s s i g n e s g é n é r a u x , il y en a de particuliers également funestes; dans plusieurs, les s a i g n é e s s e r o u v r e n t , et le s a n g , m a l g r é le n o m b r e d e s c o m presses , pénètre. Cette hémorragie est souvent a c c o m p a g n é e d ' u n e g a n g r è n e c h a r b o n n é e , qui s e f o r m e a u t o u r d e la s a i g n é e , e t d o n t on n e p e u t a r r ê t e r l e p r o g r è s . Q u e l q u e s u n s , un o u d e u x j o u r s a v a n t d e m o u r i r , s e p l a i g n e n t


DE

ST.-DOMINGUE.

I53

d ' u n e v i v e douleur d a n s q u e l q u e m e m b r e , e t s u r - t o u t à celui où l'on a fait un

plus grand nombre de

saignées.

C e p e n d a n t cette douleur attaque plus ordinairement les j a m b e s et l e s cuisses q u e l e s p a r t i e s s u p é r i e u r e s . C e t t e d o u l e u r e s t q u e l q u e f o i s suivie d'une g a n g r è n e , d o n t la s u p p u r a t i o n , si on p e u t la p r o c u r e r , d e v i e n t

salutaire,

m a i s t r è s - s o u v e n t il n'y p a r o î t rien q u ' a p r è s la m o r t ; e t q u e l q u e r e m è d e q u ' o n a p p l i q u e , o n n e p e u t venir à b o u t d e la c a l m e r . C e t a c c i d e n t a r r i v e o r d i n a i r e m e n t à c e u x qui ont é t é t r o p s a i g n é s .

Ils

ont coutume

de ne point

avoir le v e n t r e d o u l o u r e u x , e t d ' ê t r e trois ou q u a t r e j o u r s d a n s un é t a t d o u t e u x . D a n s les t e m p s s e c s , l e s m a l a d e s s e p l a i g n e n t p l u s d e d e la t ê t e ,

et o n t le

ventre

plus resserré que dans les

t e m p s h u m i d e s . I l s s o n t aussi p l u s s u j e t s au délire p e n d a n t l e c o u r s d e la m a l a d i e . L e s a n t r a x o u c h a r b o n s , la g a n grène s è c h e ,

sont des crises ordinaires dans les saisons

sèches , et l'ouverture des saignées et autres h é m o r r a g i e s , d a n s les p l u v i e u s e s . I l p a r o î t p a r l à , q u e la j a u n i s s e , les p a r o t i d e s , e t a u t r e s a c c i d e n s , sont s y m p t ô m e a v a n t le s e p t i è m e , j o u r , e t crise après ce terme. O n doit c o n s i d é r e r d a n s la c u r e d e c e t t e m a l a d i e trois t e m p s , le t e m p s d e la fièvre , le t e m p s d u c l a m e q u i lui s u c c è d e , e t l e t e m p s d e la t e r m i n a i s o n . T o u s c e u x qui g u é r i s s e n t d u m a l d e S i a m , n e s e t i r e n t d e s b r a s d e la m o r t q u e l o r s q u e la n a t u r e l e u r p r o c u r e un flux d e v e n t r e a b o n d a n t , un d é p ô t c o n s i d é r a b l e sur q u e l q u e p a r t i e e x t e r n e , ou p a r u n e é v a c u a t i o n a b o n d a n t e d'urines noires ; m a i s c e t t e d e r n i è r e c r i s e e s t bien r a r e . T o u t e s les indications d o i v e n t d o n c t e n d r e à s e c o n d e r la nature , pour pousser et chasser la matière

morbifique

par quelqu'une de ces crises. L a plus c o m m u n e

et la p l u s

s a l u t a i r e e s t l e flux d e


154

MEDECINE

v e n t r e . O n doit d o n c l'avoir p a r t i c u l i è r e m e n t e n v u e . L e s p r e m i è r e s v o i e s doivent avoir un droit particulier s u r la crise qui t e r m i n e u n e m a l a d i e d e p o u r r i t u r e . I l e s t r a r e q u e la s e m e n c e d e la p o u r r i t u r e n'y p r e n n e son origine. • • A u s s i observons - nous dans l'ouverture des cadavres m o r t s d e la m a l a d i e de S i a m , q u e la g a n g r è n e ne se t r o u v e j a m a i s en p l u s g r a n d e q u a n t i t é ailleurs q u e d a n s les i n t e s t i n s , q u o i q u e la s o u p l e s s e et la flaccidité de ces parties n e p u i s s e n t n o u s m e t t r e e n droit d ' a c c u s e r a u c u n e n g o r gement inflammatoire. I l faut d o n c ne p r e n d r e q u e les indications g é n é r a l e s , s ' a t t a c h e r à d i m i n u e r la p l é n i t u d e et le t r o p g r a n d e n g o r g e m e n t , délayer, et r a m o l l i r , s e c o n d u i r e en un m o t d e façon , q u e n ' a f f a i b l i s s a n t p a s t r o p la n a t u r e , on n e l a m e t t e p a s h o r s d'état d e s o u t e n i r l ' a f f a i s s e m e n t o u l ' a c c a b l e m e n t qui s u c c è d e A. la fièvre , e t qu'on lui laisse a s s e z d e f o r c e p o u r travailler e l l e - m ê m e à l ' e x p u l s i o n d e la m a t i è r e m o r b i f i q u e . D a n s c e t t e v u e n o u s p r o p o r t i o n n e r o n s les s a i g n é e s à la disposition q u ' o n r e n c o n t r e d a n s les m a l a d e s . N o u s l e s v i d e r o n s d a n s les c o m m e n c e m e n s p a r d e s l a v e m e n s purgatifs,

ensuite

émolliens

: on

bonne heure des fomentations

leur

appliquera d e

et c a t a p l a s m e s é m o l l i e n s

s u r t o u t e l ' é t e n d u e du v e n t r e , e t on a u r a soin d e le leur e n t r e t e n i r c h a u d . I l faut les e x h o r t e r à b o i r e s o u v e n t , e t choisir d a n s l e s b o i s s o n s d é l a y a n t e s celles qui

flattent

l e p l u s leur g o û t , p a r c e q u e le v o m i s s e m e n t , ou l'envie d e v o m i r , m e t un g r a n d obstacle au désir d e boire ; e t m ê m e les m a l a d e s qui ont c e s y m p t ô m e sont p e u a l t é r é s , quoiqu'ils

p a r a i s s e n t avoir

beaucoup

de

chaleur.

On

t r o u v e r a d a n s le R e c u e i l d e s r e m è d e s qui t e r m i n e l'Histoire

des M a l a d i e s , les formules des l a v e m e n s , c a t a -

p l a s m e s , b o u i l l o n s , et tisanes , qui c o n v i e n n e n t . J e fais


DE un

ST.-DOMINGUE

155

g r a n d cas du p e t i t lait clair fait a v e c la c r è m e d e

t a r t r e , e t a l t é r é p a r le c r e s s o n qu'on y fait i n f u s e r , o u d ' u n e l é g è r e décoction d e t a m a r i n l é g è r e m e n t é d u l c o r é e , e t à leur d é f a u t , d'une foible l i m o n a d e a v e c s a u v a g e „ et u n e c r o û t e crudité. Il convient

l'orange

d e pain r ô t i e pour en ôter la

d'entremêler

c e t t e b o i s s o n de q u e l -

q u e s t a s s e s d'infusion de t h é et d'anis m ê l é s e n s e m b l e , et e n c o r e m i e u x d e c r e s s o n , si le m a l a d e n'y

répugne

point. P o u r p e u q u e la fièvre p a r o i s s e s e c a l m e r , il n e c o n v i e n t p l u s d e s a i g n e r , e t j e m e d é t e r m i n e à la p u r g a t i o n , q u e j ' a d m i n i s t r e suivant les différentes c i r c o n s t a n c e s o ù j ' a p p e r ç o i s les m a l a d e s ; c a r s'ils p a r o i s s e n t avoir d e l a disposition à avoir le v e n t r e libre , je m e t s s e u l e m e n t d a n s le petit lait du sel d ' e p s o m o u d e s a i g n e t t e , ou s e u l , o u a v e c q u e l q u e s grains d e p o u d r e c o r n a c h i n e q u e j'ajoute d a n s la s e c o n d e ou t r o i s i è m e p r i s e , suivant l'effet q u e p e u t avoir la p r e m i è r e . J ' e m p l o i e p l u s o r d i n a i r e m e n t l ' é m é t i q u e en l a v a g e , parce qu'outre que cette façon d e purger ne répugne p o i n t au m a l a d e , elle s e c o n d e d'autant m i e u x l ' i n d i c a t i o n , q u ' o n s e p r o p o s e d e d é c h a r g e r , s'il s e p e u t , a v a n t l e d é v e l o p p e m e n t d e s m a u v a i s p r i n c i p e s , les p r e m i è r e s v o i e s d e la m a t i è r e m o r b i f i q u e q u i les s u r c h a r g e . Q u e l q u e p r e s s a n t e q u e p a r o i s s e l'indication d e la p o u r r i t u r e , je n'ai r e c o u r s a u x a c i d e s un p e u forts d a n s les b o i s s o n s , c o m m e j u s d ' o s e i l l e , d e citron , et esprit d e v i t r i o l , q u e lorsqu'il f a u t a b s o l u m e n t p r e n d r e le parti d e c a l m e r le v o m i s s e m e n t o u l ' h é m o r r a g i e , p a r c e qu'ils r e s s e r r e n t le v e n t r e , et s o n t c o n t r a i r e s à la crise la plus g é n é r a l e e t la plus o r d i n a i r e . I l s s o n t a p r è s t o u t o r d i n a i r e m e n t i n f r u c t u e u x , et j e p r é f è r e u n e l é g è r e infusion d e canelle dans le thé , q u i réussit beaucoup mieux. L o r s q u e le m a l a d e est au s e c o n d t e r m e d e la m a l a d i e ,


M É D E C I N E

156

c ' e s t - à - d i r e q u e la

fièvre

a g i r s u i v a n t les différentes trouver.

L e s malades

a t o t a l e m e n t b a i s s é , il faut c i r c o n s t a n c e s où il p e u t s e

paraissent ordinairement

tran-

q u i l l e s , et s e u l e m e n t a b a t t u s p e n d a n t v i n g t - q u a t r e h e u r e s , quelquefois deux jours, c'est-à-dire jusqu'au cinquième , o ù il c o m m e n c e à p a r o î t r e d e s s i g n e s d e dissolution. O n e n t r e t i e n t le m a l a d e p e n d a n t c e t e m p s d a n s l ' u s a g e d e s boissons

et des l a v e m e n s qui c o n v i e n n e n t , ou p o u r a u g -

m e n t e r la liberté du v e n t r e , si elle n'est p a s s u f f i s a n t e , ou p o u r la p r o c u r e r . On a j o u t e d a n s l e u r tisane q u e l q u e s racines apéritives, d ' a s p e r g e s , de c h i e n d e n t ,

d'oseille,

et le sel d e n i t r e . S i u n v o m i s s e m e n t t r o p c o n s i d é r a b l e fatigue le m a l a d e , ce qui est un mauvais s i g n e ,

( car

q u a n d on l'a o b s e r v é d a n s la fièvre , il c e s s e o r d i n a i r e m e n t p e n d a n t ce t e m p s ) on t e n t e r a q u e l q u e s a c i d e s , l e j u s d ' a n a n a s , d e citron , l'eau d e s C a r m e s , l e s é p i t h ê m e s s u r l ' e s t o m a c , et o n r e d o u b l e r a l ' u s a g e d e s l a v e m e n s , à m o i n s q u ' u n e f o i b l e s s e t r o p g r a n d e n'oblige d e les s u s p e n d r e . I l ne c o n v i e n t p a s e n c o r e d a n s c e t e m p s

d e la

m a l a d i e d e f a i r e p r e n d r e d e s p u r g a t i f s un p e u f o r t s ; on c o u r r a i t r i s q u e d e faire t o m b e r le m a l a d e d a n s un affaiss e m e n t , ou d a n s d e s foiblesses a u x q u e l l e s il p o u r r a i t s u c c o m b e r . Il c o n v i e n t s e u l e m e n t , si on lui t r o u v e a s s e z d e force , d'aiguiser les bouillons ou t i s a n e s d e q u e l q u e sel l a x a t i f , ou d'y f a i r e f o n d r e un p e u d e m a n n e , si l e m a l a d e p e u t e n s u p p o r t e r l'odeur e t le g o û t . C e d e r n i e r laxatif e s t à p r é f é r e r à t o u s les a u t r e s ; il m ' a p a r u l e mieux réussir. Q u a n d , p a r le c h a n g e m e n t d e s s y m p t ô m e s , on d é c o u v r e q u e le d é v e l o p p e m e n t d e s m a u v a i s p r i n c i p e s e s t f a i t , e t q u e le s a n g en e s t infecté , on y a p p l i q u e les r e m è d e s qui p a r a i s s e n t c o n v e n u p o u r les c o m b a t t r e . Il n'y en a p o i n t p o u r le v o m i s s e m e n t n o i r , et le flux d e v e n t r e noir : n é a n m o i n s p o u r c e l u i - c i , s u r - t o u t q u a n d la s u p p r e s s i o n d'urine n ' e s t point de la partie , c a r c'est a l o r s u n s i g n e


DE

S T. - D O M I N G U E . 1 5 7

m o r t e l , on d o n n e au m a l a d e , suivant le d e g r é d e f o r c e ou d e f o i b l e s s e qu'il a , de l é g e r s c o r d i a u x , c o m m e c o n fection d ' a l k e r m è s , p o u d r e d e v i p è r e , infusion d ' e a u d e c a n e l l e : on y joint q u e l q u e f o i s d e s p u r g a t i f s , afin de b a l a y e r les m a u v a i s e s m a t i è r e s qui , en s'arrêtant ,

ne

p e u v e n t q u ' a v a n c e r la c o r r u p t i o n . D a n s les é v a c u a t i o n s trop abondantes qui jettent le m a l a d e dans une trop g r a n d e foiblesse , j'ai recours avec succès à l ' o p i u m , à un tiers , à un q u a r t d e grain r e i t é r é ; il p r o c u r e un p e u d e s o m m e i l q u i , r é p a r a n t les f o r c e s , m e t le m a l a d e e n é t a t de s o u t e n i r l'effet d e s p u r g a t i f s q u ' o n e s t obligé d e réitérer. D a n s les v o m i s s e m e n s c o n t i n u e l s qui p e r s i s t e n t a p r è s la c e s s a t i o n d e la fièvre, c ' e s t - à - d i r e d a n s le

com-

m e n c e m e n t du t r o i s i è m e t e m p s d e la m a l a d i e , j ' a i eu u n bon s u c c è s du b a i n d a n s lequel on laisse e t on r e m e t l e m a l a d e s u i v a n t s e s f o r c e s . M a i s si le v o m i s s e m e n t

est

n o i r , c e r e m è d e n'est p l u s d e saison , e t tous les a u t r e s y d e v i e n n e n t inutiles. A u s s i tôt qu'un m a l a d e se plaint de quelque douleur à q u e l q u e e x t r é m i t é , il faut s u r - l e - c h a m p y a p p l i q u e r d e s f o m e n t a t i o n s ou c a t a p l a s m e s a d o u c i s s a n s , é m o l l i e n s , e t m a t u r a t i f s , e t e n v e l o p p e r t o u t e la p a r t i e , afin d ' a t tirer sur c e t t e p a r t i e le plus d e m a t i è r e s m o r b i f i q u e s qu'il sera possible, et y procurer un dépôt qu'on ouvrira dès qu'il p a r o i t r a q u e l q u e c h o s e d ' é l e v é , d e q u e l q u e n a t u r e qu'il s o i t , e t on c o n t i n u e r a t o u j o u r s l ' u s a g e d e s m ê m e s c a t a p l a s m e s . S i c'est u n c h a r b o n , o n le s c a r i f i e r a , on l e c o u p e r a e n c r o i x , et on a p p l i q u e r a d e s s u s les r e m è d e s d i g e s t i f s , afin d e faire v e n i r une s u p p u r a t i o n a b o n d a n t e d'où d é p e n d l e salut du m a l a d e . O n a n i m e r a le digestif s u i v a n t les c i r c o n s t a n c e s : il faut s'en d o n n e r de g a r d e d a n s les c o m m e n c e m e n s ; car les r e m è d e s s p i r i t u e u x s o n t c o n t r a i r e s à l'intention d'exciter la s u p p u r a t i o n qu'il c o n v i e n t d'avoir. O n

fera la m ê m e

chose

à la

gangrène

s è c h e , d e la p r é s e n c e d e l a q u e l l e on jugera p a r les d o u -


158

M É D E C I N E

l e u r s qui la p r é c è d e n t ou qui l ' a c c o m p a g n e n t . A p r è s t o u t les r e m è d e s y s o n t a s s e z i n u t i l e s , car j e n'ai p o i n t

en

core vu guérir de malades attaqués de ce s y m p t ô m e .

S'il

p a r o î t q u e l q u e s s i g n e s d'une é v a c u a t i o n c r i t i q u e p a r l e s u r i n e s , il f a u t la s e c o n d e r p a r les tisanes a p é r i t i v e s r é i t é r é e s et l é g è r e s , q u e l q u e s p r i s e s d e m a n n e ou d e

petit

l a i t , a v e c le c r e s s o n et l a c r è m e d e t a r t r e . L e s m é l a n c o l i q u e s , e t s u r - t o u t les s a n g u i n s , s u p p o r t e n t mieux

la s a i g n é e q u e les bilieux et l e s pituiteux , a u x -

q u e l s il c o n v i e n t d e la faire a v e c

modération , princi-

p a l e m e n t a u x d e r n i e r s ; on doit e s p é r e r u n s u c c è s plus f a v o r a b l e d e s p u r g a t i f s à leur é g a r d . • L e s a n g q u ' o n tire e s t t o u j o u r s t r è s - r o u g e , v e r m e i l

et

é c u m e u x , c o n t e n a n t p e u d e s é r o s i t é s . S i on fait s a i g n e r a p r è s la c e s s a t i o n d e la fièvre , le s a n g r e s t e

long-temps

l i q u i d e , q u e l q u e f o i s trois o u q u a t r e h e u r e s a p r è s la s a i g n é e , et il n'y

paroît point de sérosités. U n e

saignée

r é i t é r é e d a n s c e cas e s t non s e u l e m e n t d a n g e r e u s e , m a i s m o r t e l l e ; ainsi il f a u t p r e s c r i r e c e l l e s q u ' o n juge d e v o i r ê t r e n é c e s s a i r e s les d e u x t r o i s i è m e . Si c e p e n d a n t reprenoit, tique , dont

cette

fièvre

premiers j o u r s , la

fièvre

rarement

les accompagnoit

le ou

e s t a l o r s l'effet d'un d é p ô t c r i -

la t r o p g r a n d e q u a n t i t é d e m a t i è r e r e f l u e

vers les parties internes. Il convient dans c e cas de r e - m e t t r e à l a n a t u r e la guérison , et d e n e d o n n e r d e r e m è d e s , q u ' a u t a n t q u e la f o r c e d e la fièvre indiquera un reflux t r o p a b o n d a n t . L e s d o u x

p u r g a t i f s , et l e s d i u r é -

t i q u e s suffiront a l o r s . I l n'en est p a s ainsi d e s d é p ô t s c r i t i q u e s q u i a r r i v e n t d a n s les a u t r e s m a l a d i e s ; l o r s q u e l a fièvre

p e r s i s t e , on d o i t s u i v r e les indications q u e la c a u s e

d e la m a l a d i e p r é s e n t e ,

p a r c e qu'il n ' e s t p a s question ,

c o m m e d a n s le m a l d e S i a m , d e m é n a g e r e t d e s o u t e n i r une nature é p u i s é e ,

qu'il faut, c o n t i n u e l l e m e n t

p o u r la s e c o n d e r d a n s l ' e x p u l s i o n d'un v e n i n

étayer

pestilen-


D E

ST.-DOMINGUE.

159

t i e l , d o n t il faut é v i t e r a v e c soin le reflux v e r s les p a r t i e s internes. Ire.

Maladie.

J e fus a t t a q u é d e la m a l a d i e d e S i a m la p r e m i è r e n é e de m a r é s i d e n c e

à Saint-Domingue. J'avois

an-

essuyé

d e u x m o i s a u p a r a v a n t une violente fièvre d o u b l e - t i e r c e , et j ' e s p é r o i s en ê t r e e x e m p t ; m a i s j e fus t r o m p é . J ' e n attribuai la c a u s e en p a r t i e à l ' o u v e r t u r e d e q u e l q u e s c a d a v r e s , à la d i s s e c t i o n

desquels j'avois mis la main ,

p o u r m'instruire p a r m o i - m ê m e d e s d é s o r d r e s d ' u n e m a l a d i e qui étoit t o u t e n o u v e l l e p o u r m o i . J ' e u s de m u n a v e c les a u t r e s m a l a d e s u n e

com-

grande foiblesse,

un

a c c a b l e m e n t , et le h o q u e t qui m e d u r a q u a t r e j o u r s ; la j a u n i s s e h e u r e u s e m e n t n'arriva q u e le s e p t i è m e . ante septimum sect.

lethalis , post septimum

iv. C e q u e j ' e u s d e particulier fut u n e

p a r les o r e i l l e s , qui

me

Icterus 64,

salutaris. Aph.

hémorragie

d u r a huit à dix j o u r s , e t

qui

s e t e r m i n a p a r la n a i s s a n c e d'une g r a n d e q u a n t i t é

de

clous. e

I I .

Maladie.

U n j e u n e h o m m e d'un t e m p é r a m e n t vif e t s a n g u i n , f u t a t t a q u é d'une g r a n d e d o u l e u r d e t ê t e e t de r e i n s , a v e c continue,

le flux d e v e n t r e s u r v i n t . l'avoit

fièvre

lassitude et engourdissement. L e second jour J e fus a p p e l é le t r o i s i è m e ; o n

s a i g n é trois fois. J e le t r o u v a i t r è s - f o i b l e , a y a n t

l e p o u l s o n d u l e n t , et se p l a i g n a n t b e a u c o u p du b r a s o ù il avoit é t é s a i g n é . U n e d e s s a i g n é e s s'étoit r o u v e r t e ,

et

la g a n g r è n e c h a r b o n n é e p a r o i s s o i t a u t o u r . I l alloit f r é q u e m m e n t à la s e l l e , e t

ne

rendoit que des

matières

n o i r e s . L e soir le h o q u e t s e m i t d e la p a r t i e ; il m o u r u t l e l e n d e m a i n : a p r è s la m o r t ,

le b r a s p a r u t t o u t

gan-

grené. e

I I I .

Maladie.

U n h o m m e de vingt-cinq à t r e n t e a n s , d'un t e m p é r a m e n t


M É D E C I N E

160

a s s e z r e p l e t , s a n g u i n - p i t u i t e u x , e t t r è s - c o l o r é , fut pris p a r lassitude ; le m a l de t ê t e , d e r e i n s , et les envies de v o m i r s u r v i n r e n t ; l e s y e u x é t o i e n t r o u g e s , e t le m a l a d e fort a c c a b l é . I l f u t s a i g n é d e u x fois le s e c o n d jour. I l t o m b a en foiblesse à l a s e c o n d e s a i g n é e , e t on l e m i t à l ' u s a g e d u p e t i t lait a l t é r é p a r l e c r e s s o n . Il v i d a b e a u c o u p . L e soir, la

fièvre

é t a n t c e s s é e , il t o m b a p l u s i e u r s fois e n

f o i b l e s s e , e t le l e n d e m a i n l a j a u n i s s e p a r u t . D è s - l o r s l e s a c c i d e n s a u g m e n t è r e n t ; m a i s l e m a l a d e alloit b e a u c o u p à la s e l l e , e t l e s u r i n e s p a r u r e n t n o i r e s e t a s s e z a b o n d a n t e s . L e c i n q u i è m e j o u r , la p r e m i è r e s a i g n é e s e r o u v r i t , l e m a l a d e d e v i n t bouffi , fort a g i t é , c o u v e r t

de

p o u r p r e , d'une o d e u r t r è s - m a u v a i s e , e t a y a n t p e u de» c o n n o i s s a n c e , p a r c e qu'il étoit dans une e s p è c e de d é l i r e . O n lui d o n n a u n grain d e l a u d a n u m en d e u x p r i s e s ; il d e v i n t t r a n q u i l l e , e t d o r m i t c i n q à six h e u r e s . A s o n réveil,

l e s m a u v a i s s y m p t ô m e s p a r u r e n t c a l m é s . Ils r e -

parurent le s o i r , m a i s moins

violemment,

et persis-

t è r e n t le s e p t i è m e j o u r d e l a m ê m e f a ç o n ; c e q u i d o n n a d ' a u t a n t p l u s lieu d e bien a u g u r e r , q u e l e v e n t r e é t o i t t o u j o u r s l i b r e , e t q u e l e s u r i n e s noires couloient a b o n damment. E n effet,

depuis ce jour , le m a l a d e fut d e

m i e u x e n m i e u x , e t l e s t i s a n e s a p é r i t i v e s suffirent p o u r le guérir.

C H A P I T R E

I V .

T R A I T E M E N T DES F I È V R E S COMPLIQUÉES DE LA LES

MALADIE DE

SIAM.

d o u b l e - t i e r c e s sont d e s fièvres p r o p r e s à n o s c o l o -

nies. C e s o n t elles q u i font l e s trois q u a r t s d e s fièvres d e S a i n t - D o m i n g u e , e t c e s o n t elles a u s s i q u i a d m e t t e n t l e s complication


DE

ST.-DOMINGUE.

161

c o m p l i c a t i o n s é t r a n g è r e s . L e m a l d e S i a m se c o m p l i q u e a v e c elles q u a n d il n'y a p a s a s s e z d e m a t i è r e m o r b i f i q u e p o u r les faire d é g é n é r e r e n t i è r e m e n t en m a l a d i e d e

Siam

L ' a s s o u p i s s e m e n t , l ' a f f a i s s e m e n t , les signes d e p o u r r i t u r e q u i , a p r è s s'être t e r m i n é s en s u e u r s , n e laissent l e m a l a d e a b s o l u m e n t libre q u e p a r une i r r u p t i o n c o n s i d é r a b l e d e clous q u i s e fait d a n s la c o n v a l e s c e n c e , s o n t des s i g n e s q u i n o u s m a r q u a n t a s s e z l'analogie q u e n o u s

vou-

lons établir. A p r è s l e s r e m a r q u e s d e S y d e n h a m , s u r le c a r a c t è r e q u e p r e n n e n t t o u t e s les m a l a d i e s d ' u n e é p i d é m i e qui s e r a p p o r t e en g é n é r a l à la p r i n c i p a l e m a l a d i e r é g n a n t e ; a p r è s les o b s e r v a t i o n s s u r les fièvres pestilentielles et v a rioleuses qui étoient é v i d e m m e n t

des

dégénérescences

d e la p e s t e et de le p e t i t e v é r o l e , nous n e d e v o n s p a s ê t r e é t o n n é s d e r e t r o u v e r , d a n s les m a l a d i e s é t r a n g è r e s , le caractère d'une maladie endémique qui règne souvent a v e c t a n t d e fureur: C o m m e les tiques,

fièvres

s o n t d e d e u x g e n r e s , ou l y m p h a -

o u b i l i e u s e s , d e m ê m e les

fièvres

compliquées

a v e c la m a l a d i e d e S i a m , p e u v e n t ê t r e d i s t i n g u é e s

en

d e u x e s p è c e s . L à v i o l e n c e d e s s y m p t ô m e s fait le p r i n c i p a l c a r a c t è r e d e c e t t e différence : plus d ' a s s o u p i s s e m e n t d a n s les u n e s , p l u s d e feu d a n s les a u t r e s , les d i s t i n g u e essentiellement.

Quand nous parlerons de ces

fièvres,

n o u s v e r r o n s c o m m e n t o n p e u t e n c o r e les différencier à r a i s o n d e l e u r s p é r i o d e s . A u r e s t e , les s y m p t ô m e s

de

c o m p l i c a t i o n s e r e m a r q u e n t , ou d a n s le c o m m e n c e m e n t , o u d a n s l ' é t a t de signes

la m a l a d i e , e t c o n t i n u e n t a v e c d e s

é v i d e n s d e l a m a l a d i e d e S i a m , j u s q u e s dans la

déclinaison. L a c o m p l i c a t i o n est t o u j o u r s p l u s forte q u a n d e l l e s e fait a p p e r c e v o i r d a n s les c o m m e n c e m e n s ; a l o r s l e p o u r p r e s ' y joint o r d i n a i r e m e n t , s u r - t o u t q u a n d la

fièvre

e s t d e c e l l e s que n o u s a p p e l i o n s b i l i e u s e s . O n s e n t assez Tome

II.

L


162 M É D E C I N E p a r la n a t u r e de c e t t e m a l a d i e , et p a r le c a r a c t è r e â c r e e t irritant q u i s e t r o u v e d a n s les h u m e u r s d e c e u x q u e n o u s a p p e l o n s bilieux a v e c les anciens et les m o d e r n e s , q u e c'est c h e z e u x , et d a n s cette complication , q u e n o u s a v o n s le p l u s à c r a i n d r e . A u r e s t e , le péril d é p e n d i c i , c o m m e d a n s la m a l a d i e d e S i a m , d e l ' e f f i c a c i t é ,

de la

g r a n d e u r , et du c a r a c t è r e de la crise : c ' e s t elle q u ' o n d o i t a i d e r , e t n o t r e u n i q u e intention doit ê t r e d'aider e t d e s o u t e n i r la n a t u r e ; et si elle en a b e s o i n , d e la d é b a r r a s s e r d ' u n e p a r t i e du f a r d e a u s o u s l e q u e l elle s u c c o m b e r a i t . C ' e s t c e q u i s e r e m p l i t p a r les r e m è d e s q u e n o u s a v o n s p r e s c r i t s d a n s la m a l a d i e d e S i a m . L a différence ici n ' e s t q u e du p l u s ou du m o i n s . C ' e s t à la p r u d e n c e à d é t e r m i n e r la différence de l a m é t h o d e d u t r a i t e m e n t q u e l'on doit p r é f é r e r .

C H A P I T R E

V.

T R A I T E M E N T DES FIÈVRES DOUBLE-TIERCES DE S T . - D O M I N G U E . Les différentes e s p è c e s de fièvres q u e n o u s

observons

e n E u r o p e , n e s o n t p a s si c o m m u n e s à S a i n t - D o m i n g u e . L e s t i e r c e s - r é g u l i è r e s y sont a s s e z r a r e s , ainsi q u e

les

q u a r t e s . L e s plus c o m m u n e s d e t o u t e s les fièvres y s o n t les

double-tierces , espèce de

fièvre

qui se rapporte au

g e n r e q u e l e s a n c i e n s a p p e l l e n t hemitritœœ

tritœophyœ

,

e t q n i o n t un r a p p o r t i m m é d i a t a v e c c e l l e s q u e B a g l i v i n o u s a d é c r i t e s en I t a l i e , et qu'il a p p e l l e febres

mesen-

tricœ. L a n a t u r e d e la m a l a d i e , les c a u s e s qui o c c a s i o n n e n t la difficulté

du t r a i t e m e n t ,

s o n t les m ê m e s . O n y

v o i t q u e l q u e s l é g è r e s différences

d a n s les s y m p t ô m e s ,

q u i p a r a î t r o n t , p o u r ainsi dire , les m ê m e s à c e u x qui


DE

163

S T . - D O M I N GU E.

s e d o n n e r o n t la p e i n e d e les c o m p a r e r les u n e s a v e c l e s autres.

Ces

une simple

fièvres fièvre

se déclarent ordinairement

s u i v a n s q u e la c o m p l i c a t i o n d'une nouvelle une double-tierce; et

comme

t i e r c e , et ce n'est q u e d a n s les a c c è s de

fièvre

e n fait

façon q u e les accès se j o i g n e n t ,

n e laissent p l u s p a r o î t r e qun'une

légère

rémission ,

q u ' o n ne p e u t j a m a i s a p p e l l e r i n t e r m i s s i o n . C e s a c c è s s o n t a c c o m p a g n é s d e n a u s é e s ou v o m i s s e m e n t ; e t , en g é n é r a l , q u a n d celui-ci est e f f i c a c e , c ' e s t o r d i n a i r e m e n t un signe fort h e u r e u x . L e p o u l s e s t f r é q u e n t , a s s e z é g a l , q u e l q u e f o i s petit et s e r r é , q u e l q u e f o i s m o u et flasque ; le v e n t r e est t o u j o u r s g o n f l é , les h y p o c o n d r e s é l e v é s , quelquefois d o u l o u r e u x , et il y a un r e s s e r r e m e n t et une constipation g é n é r a l e du v e n t r e qui s e m b l e n t caractériser ces maladie. L a tête est toujours p r i s e , mais d i f f é r e m m e n t ; d a n s les u n s il y a a s s o u p i s s e m e n t , d a n s les a u t r e s un d é l i r e , m a i s qui n'est p a s bien v i o l e n t . Ces symptômes peut

s e divisent i n d i f f é r e m m e n t ; c a r on

compter deux espèces

L ' u n e e s t une

fièvre

différentes

que nous

de ces

appelons

b i l i e u s e , et l ' a u t r e d o u b l e - t i e r c e l y m p h a t i q u e teuse.

fièvres.

double-tierce ou p i t u i -

D a n s la p r e m i è r e e s p è c e , les h y p o c o n d r e s

p e u gonflés et p l u s d o u l o u r e u x , la l a n g u e c h a r g é e

son

d'une

h u m e u r plus j a u n e et p l u s a r i d e , le p o u l s a s s e z p e t i t , m a i s s e r r é ; le délire s'y joint plus o r d i n a i r e m e n t , et l e s a c c è s s u i v e n t m i e u x l'ordre a u q u e l ils s e s o n t a s s u j e t t i s d è s les c o m m e n c e m e n t . Cette espèce attaque principalement dans l e s s a i s o n s les p l u s c h a u d e s , les gens qui ont les h u m e u r s â c r e s et le t e m p é r a m e n t plus bilieux. L e s fièvres l y m p h a t i q u e s chose

au c o n t r a i r e

ont

quelque

de m o i n s violent e t d e m o i n s t u m u l t u e u x , m a i s

elles ont a u s s i p l u s d'obstination et p l u s d e difficulté

à

guérir. L e v e n t r e e s t plus g o n f l é ,

quoique plus s o u p l e , les

L3


164

M É D E C I N E

h y p o c o n d r e s sont m o i n s d o u l o u r e u x , le p o u l s est

flasque

e t plus m o u , l'urine m o i n s r o u g e , m a i s p l u s c r u e , p o i n t de délire,

m a i s un a b a t t e m e n t c o n s i d é r a b l e . L e s a c c è s

n e s u i v e n t p a s à b e a u c o u p p r è s l a m ê m e r é g u l a r i t é que, d a n s la fièvre d o u b l e - t i e r c e bilieuse. L e petit p r e n d s o u v e n t le c a r a c t è r e du g r a n d , le g r a n d au c o n t r a i r e , celui d u petit. D a n s la p r e m i è r e , l e s a c c è s sont, plus f o r t s , m a i s ils s o n t a u s s i plus c o u r t s . D a n s c e l l e - c i , la l o n g u e u r d e s a c c è s est r e m a r q u a b l e , ils e m p i è t e n t ment

l'un

sur l ' a u t r e , e t

considérable-

c'est une des m a r q u e a u x -

quelles j ' a i s o u v e n t e t m i e u x r e c o n n u le c a r a c t è r e d e s fièvres

double-tierces lymphatiques.

L a t e r m i n a i s o n la plus ordinaire d e c e s le dévoiement.

fièvres,

c'est

Q u a n d il s u r v i e n t a n n o n c é p a r les s i g n e s

q u i doivent n o u s faire c o n c l u r e

une

d i m i n u t i o n d e la

m a l a d i e , il e s t h e u r e u x ; c e p e n d a n t u n e t e r m i n a i s o n fun e s t e en particulier a u x

fièvres

double-tierces l y m p h a -

t i q u e s , et q u ' o n ne c o n n o î t p o i n t d a n s les l i e u s e s , c'est

un

flux

chyleux

m a l a d e e s t a u x abois , et qui

fièvres

bi-

qui s u r v i e n t q u a n d le

finit

et la c o n s t i p a t i o n et

l a vie. D a n s les

fièvres

b i l i e u s e s au c o n t r a i r e , si l'on v o i t u n

d é v o i e m e n t bilieux ,

c'est o r d i n a i r e m e n t

p o u r le bien

du m a l a d e , e t il e s t p r é c é d é d e signes h e u r e u x q u ' o n n e voit p a s d a n s les L'engorgement

fièvres

des

g l a n d e s du m é s e n t è r e ,

lymphatiques.

viscères

du

b a s - v e n t r e et des

est assez démontré par tous ces

s y m p t ô m e s . D a n s l'une e t l ' a u t r e e s p è c e d e c e s t o u t e la f o r c e e s t

fièvres,

o p p r i m é e à la fois p a r ces a r r ê t s u n i -

v e r s e l s d e l i q u e u r s ; m a i s il p a r o î t q u e d a n s l ' e s p è c e b i lieuse

l e s v i s c è r e s en s o n t l e siège principal ; et d a n s

l ' e s p è c e d e fièvre l y m p h a t i q u e , c e sont les p a r t i e s glanduleuses. L'ouverture du cadavre m'a démontré conjecture;

cette

c a r , d a n s la p r e m i è r e e s p è c e , n o u s a v o n s


S T . - D O M I N G U E.

DE trouvé, comme

l65

B a g l i v i , le f o i e , l ' e s t o m a c , l e

mésen-

t è r e e n g o r g é s ; m a i s , d a n s la s e c o n d e e s p è c e , les g l a n d e s é t o i e n t p r i s a s en p a r t i c u l i e r , et p r i n c i p a l e m e n t

toutes

l e s p a r t i e s qui a v o i s i n e n t le p a n c r é a s . C e t t e p a r t i e e l l e m ê m e étoit d a n s les u n s e n f l a m m é e , et s q u i r r e u s e d a n s l e s a u t r e s , m a i s d a n s t o u s les s u j e t s g é n é r a l e m e n t a f f e c t é e ; c e q u i n ' e s t p a s d ' u n e utilité m é d i o c r e p o u r f a i r e e n t e n d r e a u x m é d e c i n s d'où v i e n t c e g o n f l e m e n t s o u p l e , cette constipation rebelle et enfin,

qui caractérise notre espèce ,

le flux c h y l e u x q u i la t e r m i n e .

Baglivi a r e m a r q u é d'après F o n t a n u s , que ces

fièvres

s o n t r a r e s dans les p a y s f r o i d , et q u e les p a y s a u x q u e l s appartiennent ces hémitritées, Fréquentes espèces de

sunt fièvres

les

pays chauds. C'est de ces

, desquelles H i p p o c r a t e dit :

ex hypochondriorum dolore

Baglivi a raison de

armer de patience;

Febres

malignœ.

P o u r le t r a i t e m e n t , la n a t u r e et de l'engorgement m ê m e bien

sont

in A E t h i o p i â et in Italia.

des parties engorgées

n o u s doit d é m o n t r e r c o m -

nous

recommander

de

nous

car n o u s n e p o u v o n s p a s c o m p t e r

s u r l e s j o u r s c r i t i q u e s ; et l'inflexibilité

du ventre n o u s

d é m o n t r e a s s e z q u e n o u s n'avons g u è r e s à a t t e n d r e d e l'art qu'une mitigation

des s y m p t ô m e s , e t

des habiles

m é d e c i n s , q u ' u n e a t t e n t i o n e x a c t e à s u i v r e les v o i e s d e la n a t u r e , qui t e n d a s s e z g é n é r a l e m e n t à s e d é b a r r a s s é e p a r les é v a c u a t i o n s d u b a s - v e n t r e . Maladie. Une

d a m e , â g é e de q u a r a n t e - n e u f a n s , qui d e p u i s

p l u s d'un a n n'avoit plus, s e s r è g l e s , d'un t e m p é r a m e n t r o b u s t e , m é l a n c o l i q u e - b i l i e u x , a p r è s cinq à six j o u r s d ' i n d i s p o s i t i o n , p o u r l a q u e l l e elle s e fit s a i g n e r a u b r a s , f u t a t t a q u é e , le 23 d é c e m b r e 1746, d ' u n e p e t i t e q u i fut s u i v i e d'un r e d o u b l e m e n t a c c o m p a g n é L

3

fièvrs d'envie


166 de

M E D E CI N

E

v o m i r . E l l e fut s a i g n é e le 25 au m a t i n : e l l e p a s s a

la j o u r n é e

sans fièvre ; -une l é g è r e c h a l e u r , a c c o m p a -

g n é e d ' i n q u i é t u d e s et de d o u l e u r s d e t ê t e , a n n o n ç a v e r s les

neuf heures

du

j u s q u ' à huit h e u r e s missement

soir le

petit accès

qui

continua

du m a t i n , où le frisson e t le

vo-

d é c l a r è r e n t le g r a n d . C e s s y m p t ô m e s ,

ac-

c o m p a g n é s d'une g r a n d e agitation e t d e b e a u c o u p d'inq u i é t u d e s , f u r e n t c o n s i d é r a b l e s j u s q u ' à m i d i , sans q u e d'ailleurs la m a l a d e r e n d i t , aucune matière

ni p a r h a u t

bilieuse : t o u t p a r u t s e

v a i n s efforts. L a

fièvre

ni p a r b a s , réduire à de

se calma dans l'après-midi sans

a u c u n e a p p a r e n c e d e c r i s e , et en se c a l m a n t , fit t o m b e r l a m a l a d e d a n s un a c c a b l e m e n t e t u n e foiblesse

con-

s i d é r a b l e s , a y a n t les traits du v i s a g e fort c h a n g é s ; e t n'ayant point essuyé

d e m a l a d i e depuis p l u s d e

huit

a n s , il d e v o i t y avoir d e g r a n d s e n g o r g e m e n s qui p o u v o i e n t la f a i r e périr le 5 ou le 7. A p r è s avoir

réfléchi

sur les m o y e n s q u e je p o u r r a i s e m p l o y e r pour p r é v e n i r ce

fâcheux

é v é n e m e n t , je p e n s a i qu'il n e

pouvoit

y

e n a v o i r d e p l u s efficace , p o u r d i s p o s e r la nature à d e s é v a c u a t i o n s c r i t i q u e s , q u e le bain et la s a i g n é e du p i e d . E n c o n s é q u e n c e , j e profitai de l'intervalle , qui

devoit

ê t r e d'environ v i n g t - q u a t r e h e u r e s , p o u r faire b a i g n e r d e u x fois la m a l a d e . J e lui fis d o n n e r , en s o r t a n t bain,

du

un l a v e m e n t p u r g a t i f , e t d e u x h e u r e s a p r è s elle

fut s a i g n é e du p i e d . P e u d e t e m p s a p r è s c e t t e s a i g n é e , s u r v i n r e n t les a v a n t - c o u r e u r s du petit

accès ; c ' e s t - à -

d i r e la f r é q u e n c e et la p e t i t e s s e du p o u l s , a c c o m p a g n é e s d e d o u l e u r s d e t ê t e , et suivies d ' u n e g r a n d e c h a l e u r , d ' a l t é r a t i o n , et d e b e a u c o u p d ' i n q u i é t u d e s p e n d a n t la nuit. C e p e t i t

a c c è s avoit a v a n c é d e trois h e u r e s : le

grand avança à proportion. L e t i o n , le v o m i s s e m e n t , d é r a b l e s ; la foiblesse.

frisson , la

concentra-

e t les a g i t a t i o n s f u r e n t

malade tomboit

Ces symptômes

se

consi-

d e t e m p s en t e m p s calmèrent

en

l'après-midi,


D E

S T. - D O M I N G

167

UE.

et le c a l m e fut suivi d'une m o i t e u r q u i s e t e r m i n a e n u n e petite

sueur ,

q u i fit mouiller

une

chemise.

m a l a d e fut d e u x ou trois fois à la selle , e t

La

passa la

nuit a s s e z t r a n q u i l l e m e n t . A y a n t a p p r i s , le m a t i n , q u ' e l l e avoit é v a c u é d e u x ou trois fois p e n d a n t la n u i t , et q u e les

matières

é t a i e n t b i l i e u s e s , je m e

d é t e r m i n a i à la

p u r g e r a v e c u n e t i s a n e r o y a l e ; elle e n p r i t d e u x v e r r e s q u i la firent aller quinze à dix h u i t fois. I l n'y eut q u e l e s cinq à six p r e m i è r e s selles bilieuses ; les a u t r e s é t a i e n t d e la couleur et d e la n a t u r e d e s b o i s s o n s qu'elle avoit p r i s e s : ce q u e j ' a i o b s e r v é d a n s p r e s q u e t o u s les m a l a d e s , e t , à m o n é g a r d , d a n s les f r é q u e n t e s m a l a d i e s q u e j'ai e s s u y é e s à S a i n t - D o m i n g u e ; c e q u i m e fait c r o i r e q u ' e n fait d ' é v a c u a t i o n s du v e n t r e , p u r g a t i f s , il n'y

procurées par les

a q u e les p r e m i è r e s selles d ' u t i l e s , e t

q u e les a u t r e s , d è s qu'elles ne sont p a s t e i n t e s

d'hu-

m e u r s e x c r é m e n t i t i e l l e s , bien loin d ê t r e a v a n t a g e u s e s , d o i v e n t ê t r e n u i s i b l e s , p a r c e qu'elles n e p e u v e n t produire

que

un p l u s g r a n d d e s s è c h e m e n t d a n s l e s solides

e t les liquides. L e 29 maladie , le

petit

du m o i s ,

accès

qui

é t a i t le

6 d e la

a v a n ç a d e trois h e u r e s ,

et

s ' a n n o n ç a p a r un l é g e r f r i s s o n , qui fut bientôt suivi d e chaleur, d'inquiétudes,

et d e m a u x de tête plus cour

s i d é r a b l e s q u e clans les p r é c é d e n s ; j e m ' a t t e n d i s à un a s s a u t bien v i o l e n t , q u a n d le g r a n d lui s u c c é d e r a i t : il a v a n ç a p a r e i l l e m e n t d e trois h e u r e s ; l ' a c c a b l e m e n t , l e s éclipses du p o u l s , la p e r t e d e c o n n o i s s a n c e , e t les foib l e s s e s f r é q u e n t e s , d o n n è r e n t lieu d e s ' a l a r m e r , e t je m e t r o u v a i d a n s c e s c i r c o n s t a n c e s où

il faut r e m é d i e r

au m a l le p l u s p r e s s a n t . J e fis p r e n d r e à la m a l a d e quelques

cuillerées d'une p o t i o n faite a v e c la c a n e l l e ,

les

de girofle,

clous

et

le s u c r e , bouillis en

é g a l e s d'eau et de vin. A p r è s d e u x h e u r e s

parties

de combat

e n t r e la vie et la m o r t , la n a t u r e l ' e m p o r t a ; le v e n t r e s e d é b o u c h a , et les é v a c u a t i o n s f u r e n t si f r é q u e n t e s e t L

4


168

M É D E C I N E

si a b o n d a n t e s p e n d a n t cinq ou six h e u r e s , q u ' o n é t o i t c o n t i n u e l l e m e n t o c c u p é à c h a n g e r la m a l a d e . L e s m a tières q u ' e l l e r e n d o i t étoient fétides e t j a u n e s . O n lui fit p r e n d r e d e u x à trois f o i s , p e n d a n t les effets d e c e t t e c r i s e , u n e cuillerée d e la potion. L a s u e u r s e joignit à c e t t e é v a c u a t i o n , et l a m a l a d e m o u i l l a d e u x c h e m i s e s . E l l e c o n t i n u a d'évacuer p e n d a n t la n u i t , e t le l e n d e m a i n elle p a r u t t r a n q u i l l e ; d e u x g o b e l e t s d e p e t i t lait suffirent p o u r entretenir les é v a c u a t i o n s . C e p e n d a n t l e 8 d e la m a l a d i e , le petit a c c è s a v a n ç a d e trois h e u r e s , et s e d é c l a r a par un frisson p l u s fort e t plus long qu'il n'avoit f a i t , et par d e s e n v i e s d e v o m i r q u e la m a l a d e n'avoit p o i n t e n c o r e e u e s ; c e q u i m e fit j u g e r q u e l e g r a n d , qui lui s u c c é d e r a i t , c o n t i n u e r a i t en f a ç o n de redoublement ; c'est-a-dire sans être accompagné des s y m p t ô m e s ordinaires : l ' a v a n c e d e s a c c è s e s t un s i g n e c e r t a i n d e l ' a u g m e n t a t i o n , ou du m o i n s d e l'état d e la m a l a d i e . C e p e t i t a c c è s fut t r è s - v i o l e n t , et la m a l a d e f u t t o u t e la nuit d a n s u n e g r a n d e altération et u n e c h a l e u r a r d e n t e : elle fut t r è s - a g i t é e . I l n'y e u t d e s i g n e d e g r a n d a c c è s q u ' u n r e s s e r r e m e n t , ou u n e l é g è r e c o n c e n t r a t i o n du p o u l s , e t u n e f r o i d e u r q u i d u r a d e m i h e u r e ou t r o i s - q u a r t s d ' h e u r e . D ' a i l l e u r s , à l ' e x c e p t i o n d e l ' a c c a b l e m e n t et d e s foiblesses , il p a r u t , p o u r la f o r c e , d e la m ê m e n a t u r e q u e le petit. C e t a c c a b l e m e n t et ces foiblesses a u g m e n t è r e n t q u a n d la c r i s e a p p r o c h a ; m a i s c e s s i g n e s ne furent p a s si efficaces q u ' a u s e p t i è m e jour : u n e é v a c u a t i o n pareille à la p r é c é d e n t e la d i s s i p a . C e t t e é v a c u a t i o n c o n t i n u a p e n d a n t la n u i t , e t o n la p r o l o n g e a le l e n d e m a i n p a r d e u x g o b e l e t s d e p e t i t l a i t , ainsi q u ' o n l ' a v o i t p r a t i q u é à la fin d e l ' a u t r e f r i s e . L a m a l a d e e u t u n e s u e u r p l u s forte et p l u s l o n g u e . L e 10 le p e t i t a c c è s n ' a v a n ç a p o i n t ; il prit s e u l e m e n t à p e u p r è s à la m ê m e h e u r e q u e le h u i t i è m e j o u r ; il c o m m e n ç a p a r un léger frisson e t q u e l q u e s e n v i e s de


DE

S T. - D O M I N G U E .

169

v o m i r : il p a r u t c o n s i d é r a b l e à la m a l a d e ; m a i s je n'en e u s .point d ' i n q u i é t u d e . A u s s i le m a t i n , bien loin d e t r o u v e r la fièvre à la m a l a d e , je la vis au c o n t r a i r e d a n s u n e m o i t e u r q u i p e r s é v é r a t o u t le jour. L e 1 2 , il n'y e u t qu'un a c c è s d e s e p t à h u i t h e u r e s , q u i r e v i n t d e trois en trois j o u r s , p e n d a n t l ' e s p a c e d e huit à dix j o u r s , e t q u i obligea d'avoir r e c o u r s à q u e l q u e s p u r g a t i o n s , le p e t i t lait dont la m a l a d e continuoit d e faire u s a g e , ne faisant p l u s d'effet. L e s s y m p t ô m e s q u e j ' o b s e r v a i le t r o i s i è m e jour d a n s la m a l a d i e q u e j e viens d e d é c r i r e , m e d é t e r m i n è r e n t à a d m i n i s t r e r les r e m è d e s q u i p o u v o i e n t t e n d r e au r e lâchement , tout indiquant et m a r q u a n t une plénitude e t un e n g o r g e m e n t si c o n s i d é r a b l e s , q u ' o n avoit t o u t lieu d ' a p p r é h e n d e r au c i n q u i è m e , ou t o u t au plus t a r d a u s e p t i è m e , u n e suffocation : c e qu'il e s t o r d i n a i r e d ' o b s e r v e r d a n s ces c l i m a t s à l ' é g a r d d e c e u x qui p é r i s s e n t le c i n q u i è m e o u s e p t i è m e jour d e s fièvres d o u b l e t i e r c e s , et a u x q u e l s l ' é m é t i q u e m'a p a r u n'avoir d ' a u t r e effet q u e d ' a u g m e n t e r la c o n c e n t r a t i o n , q u i n e d é t a c h a n t p a r les s e c o u s s e s qu'il p r o c u r e q u e les m a t i è r e s d e s p r e m i è r e s v o i e s , s a n s rien ô t e r d e s e m b a r r a s q u i s o n t d a n s le c e n t r e d e s v i s c è r e s , il n e p e u t q u e l e s a u g m e n t e r par la p r e s s i o n qu'il leur o c c a s i o n n e ; p r e s s i o n d ' a u t a n t plus fatale , qu'elle fortifie le r e s s o r t d e s fibres, b i e n loin d e concourir au r e l â c h e m e n t . Il c o n v i e n t d o n c m i e u x d'avoir r e c o u r s a u x bains , a u x l a v e m e n s et a u x s a i g n é e s , qui s o n t les seuls r e m è d e s d o n t on p u i s s e e s p é r e r q u e l q u e succès. O n doit y avoir r e c o u r s , l o r s q u e l e s d e u x a c c è s se j o i g n e n t d è s les p r e m i e r s j o u r s , e t d a n s lesquels le g r a n d ne s e t e r m i n e p a s p a r u n e crise , p u dont la crise n e p a r o î t p a s p r o p o r t i o n n e l l e à la viol e n c e d e l'accès , p a r c a q u e l'union ou la contiguïté d e c e s d e u x a c c è s , d è s le c o m m e n c e m e n t d e la m a l a d i e , e s t un signe c e r t a i n d e t u r g e s c e n c e o u d e p l é n i t u d e a b o n -


1 7 0

M É D E C I N E

dante,

et que

la

privation de crise

semble annoncer

u n e c o n c e n t r a t i o n qui p r o v i e n t de l ' é t a t d ' o p p r e s s i o n o ù s e t r o u v e la n a t u r e .

C H A P I T R E TR

ON

A I T E M E N T

DE L A

a p p e l l e a u x I l e s Cachexie,

V I . C A C H E X I E .

le m a l d ' e s t o m a c , p a r c e

q u e c e u x qui en s o n t a t t a q u é s r e s s e n t e n t u n e si g r a n d e p e s a n t e u r d a n s toute l ' é t e n d u e q u e , s u r - t o u t au milieu plaignent pour

que de l ' e s t o m a c ,

aucun aliment.

d e la r é g i o n é p i g a s t r i -

d e c e t t e p a r t i e , qu'ils et

qu'ils

ne s e

n'ont d'appétit

I l s d e v i e n n e n t p â l e s , bouffis , e t

t o u t e s les p a r t i e s du c o r p s , s u r - t o u t le

ventre,

par-

a i s s e n t c o n s i d é r a b l e m e n t enflées. Ils r e s s e n t e n t u n e l a s s i t u d e e x t r a o r d i n a i r e , et sont t e l l e m e n t a s s o u p i s , q u ' i l s voudraient toujours dormir. Cette maladie

négligée

a

c o u t u m e d e d é g é n é r e r en s c o r b u t , q u i s e t e r m i n e p a r une hydropisie, Deux

ou p a r u n e

diarrhée.

c a u s e s g é n é r a l e s c o n c o u r e n t à f o r m e r le

mal

d ' e s t o m a c ; l ' u s a g e d e s m a u v a i s a l i m e n s , qui n ' e s t q u e trop commun deux

d a n s les

surfit p o u r

péramens

la p a r e s s e : l'une

des

pituiteux.

Les Nègres seulement

f i e s , et

le p r o c u r e r , s u r - t o u t d a n s les t e m -

y sont p l u s s u j e t s q u e le

blancs ,

non

p a r c e qu'ils n ' u s e n t q u e d ' a l i m e n s t r è s - g r o s -

s i e r s , t e l s q u e la c a s s a v e , les p a t a t e s ,

les i g n a m e s ,

l e g o m b o et le m a i s ; m a i s aussi p a r c e qu'ils

ont s o u -

v e n t le m a l h e u r d ' a p p a r t e n i r à d e s m a î t r e s qui o n t l ' i n h u m a n i t é d e leur r a v i r le t e m p s q u ' o n a c o u t u m e d e l e u r a c c o r d e r p o u r cultiver les

v i v r e s d o n t ils o n t

besoin.


DE

S T.-DOMI NGUE.

171

I l s n'ont d'autre r e s s o u r c e dans c e t t e e x t r é m i t é , q u e d ' e m p l o y e r une p a r t i e d e la nuit à c h e r c h e r q u e l q u e s a u t r e s m a u v a i s e s nourritures , plus p r o p r e s à leur n u i r e q u ' à les fortifier. Quelque robustes que puissent être ces infortunés e s c l a v e s , ils s u c c o m b e n t b i e n t ô t , et le m a l d ' e s t o m a c e s t la m o i n d r e d e s m a l a d i e s a u x q u e l l e s ils soient s u j e t s ; car les obstructions du m é s e n t è r e , du foie et d e l a r a t e , a c c o m p a g n é e s d e fièvres lentes , d e flux d e v e n t r e ou d'hydropisie , font périr le plus g r a n d n o m b r e . L e s c o n v a l e s c e n s , d o n t la q u a n t i t é d e s r e m è d e s a affaibli le r e s s o r t d e l ' e s t o m a c et des i n t e s t i n s , et a d é s u n i les globules d u s a n g , y s o n t t r è s - s o u v e n t s u j e t s , s u r - t o u t c e u x d o n t la l o n g u e u r et la v i o l e n c e d e s s y m p t ô m e s ont eu p o u r c a u s e principale un e n g o r g e m e n t d a n s les v a i s s e a u x l y m p h a t i q u e s du m é s e n t è r e . L ' u s a g e d e s m a u v a i s a l i m e n s , u n e v i e oisive , l ' u n e o u l'autre de ces d e u x c a u s e s , et la foiblesse d e l'est o m a c , é t a n t le p r i n c i p e de la c a c h e x i e ; et leur effet é t a n t u n e digestion t r è s - i m p a r f a i t e , un s a n g d é s u n i , un r e l â c h e m e n t d e s parties solides , e t d e s e n g o r g e m e n s d a n s les v i s c è r e s du v e n t r e , sur-tout dans les v a i s s e a u x l y m p h a t i q u e s d e l ' e s t o m a c , du foie e t du m é s e n t è r e ; o n n e doit s u i v r e d ' a u t r e indication q u e d ' é v a c u e r l ' a b o n d a n c e qui s u r c h a r g e les v a i s s e a u x , d'ouvrir c e u x q u i s o n t o b s t r u é s , e t en rétablissant le ressort des fib r e s , d o n n e r au s a n g la n o u r r i t u r e et la consistance d o n t il est d é p o u r v u . J e p r o p o s e p o u r cet effet une m é t h o d e dont je m e suis t o u j o u r s s e r v i a v e c s u c c è s . P r e n e z une p o i g n é e d e v i e u x clous bien r o u i l l e s , u n g r o s d e sel a m m o n i a c , des r a c i n e s de bois d ' a n i s e t t e , d'herbe à c o l l e t , c o u p é e s par p e t i t s m o r c e a u x , et c r e s s o n , de chacun une p o i g n é e ; g i n g e m b r e , une d e m i p o i g n é e , et six citrons c o u p é s en q u a t r e ; m i e l c o m -

.


173

M É D E C I N S

m u n , d e m i - l i v r e : m e t t e z le tout d a n s t r o i s pintes d'eau b o u i l l a n t e , q u e v o u s laisserez f e r m e n t e r v i n g t - q u a t r e h e u r e s : p a s s e z e t e x p r i m e z t o u t e s les d r o g u e s . L e m a ­ l a d e p r e n d r a u n gobelet d e c e t t e l i q u e u r d e t r o i s e n trois h e u r e s ; d a n s l'intervalle , d u t h é , o u d e l'infusion d e petite sauge. S i c e t t e t i s a n e n e suffit p a s p o u r l â c h e r l e v e n t r e cinq à six f o i s , faites p r e n d r e d e d e u x jours l ' u n , d a n s l e p r e m i e r v e r r e , d e u x g r o s d e sel d ' e p s o m , e t v i n g t quatre grains de poudre cornachine. O n donne tous les s o i r s a u m a l a d e un g r o s d e t h é r i a q u e , qu'on délaie d a n s m o i t i é e a u et m o i t i é vin. P l u s i e u r s s o n t si difficiles à é m o u v o i r , q u ' o n e s t obligé d ' a n i m e r les p r e m i e r s v e r r e s d e p u r g a t i o n p a r l ' é m o t i q u e . D a n s c e c a s on n e doit point p r e s c r i r e la t h é r i a q u e , il f a u t a t t e n d r e q u e l ' e n g o r g e m e n t soit d i m i n u é . J ' a i soin au s u r p l u s d e r e c o m m a n d e r a u x m a l a d e s l ' e x e r c i c e , s u r - t o u t celui du c h e v a l , l'usage d e s a l i m e n s s e c s , du café et du vin b l a n c , et d e m a n g e r b e a u ­ c o u p d e p o m m e s d'acajou. J e n e p r e s c r i s a u x c o n v a l e s c e n s q u i s o n t m e n a c é s du m a l d ' e s t o m a c , q u e l ' u s a g e d e la t i s a n e a p é r i t i v e m a ­ j e u r e , e t d e t r o i s en trois j o u r s c e l u i d e la t i s a n e s i m p l e p u r g a t i v e , dont on t r o u v e r a la description dans notre Pharmacopée. J ' a i vu d e b o n s effets d e l'usage c o n t i n u é d'une s i m p l e t i s a n e faite a v e c l e s r a c i n e s d e c h i c o r é e s a u v a g e , d'as­ p e r g e s , d ' o s e i l l e , d e v i e u x c l o u s e t le Une

d a m e qui avoit

cachexie,

et

cresson.

b e a u c o u p d e disposition à l à

qui n'étoit p o i n t r é g l é e d e p u i s p l u s i e u r s

a n n é e s , s e r é t a b l i t p e u à p e u , e t fut r é g l é e an d e trois à q u a t r e m o i s

d'usage de cette

tisane.

a n t r e fut délivrée d é s fleurs b l a n c h e s qui la en cet

état.

bout Une

mettoient


DE

ST.-DOMINGUE.

173

O u t r e les e s p è c e s d e c a c h e x i e do nt j e v i e n s d é faire m e n t i o n , il y

en a d e u x

autres que j'appelle scor-

b u t i q u e s et v é r o l i q u e s , qui sont p a r c o n s é q u e n t s y m p t ô m e s de l'une ou de l'autre maladie. Elles sont bien c o m m u n e s parmi les C r é o l e s , parce qu'un grand n o m b r e s o r t d e p è r e s e t m è r e s qui leur ont l a i s s é en h é r i t a g e de

telles m a l a d i e s . E l l e s a c c o m p a g n e n t é g a l e m e n t t o u s

c e u x qui sont i n f e c t é s d e l'une o u d e l ' a u t r e , s u r - t o u t d u s c o r b u t ; et c e t t e m a l a d i e ou s y m p t ô m e a t o u j o u r s c o u t u m e d e p r é c é d e r la d i a r r h é e , l ' h y d r o p i s i e o u

les

ulcères qui terminent la carrière des scorbutiques. L e s fleurs b l a n c h e s s i m p l e s , c a r il faut bien l e s d i s t i n g u e r des. v é r o l i q u e s , ou d e c e l l e s qui s o n t u n e s u i t e d e la g o n o r r h é e , s o n t un s y m p t ô m e

d e la

cachexie

d a n s les f e m m e s . Q u e l q u e f o i s elles p r é c è d e n t c e t t e m a ladie , e t

la p r o d u i s e n t . E l l e s p r o v i e n n e n t alors ,

ou

d ' u n e g o n o r r h é e m a l g u é r i e , o u d'une s u i t e d e c o u c h e d a n s laquelle u n e f e m m e a u r a été m a l d é l i v r é e , c ' e s t à - d i r e à qui o n a u r a manœuvre

a r r a c h é d e force l ' a r r i è r e - f a i x ,

q u ' e m p l o i e n t la p l u p a r t d e s s a g e s - f e m m e s

d u p a y s . L e s c a u s e s i n d i q u e n t les r e m è d e s qui p e u v e n t convenir. O n jugera mieux des avantages des méthodes c u r a t i o n , par leur s u c c è s sur les m a l a d e s .

de

I r e . Maladie. U n e fille d e v i n g t a n s , d'un t e m p é r a m e n t p i t u i t e u x sanguin , d ' u n e p o i t r i n e d é l i c a t e , s u j e t t e

à l'engorge-

m e n t d e la r a t e , q u i s'étoit dissipée en F r a n c e , eut

de

g r a n d s sujets d e c h a g r i n , qui s u p p r i m è r e n t ses r è g l e s , e t la firent t o m b e r d a n s u n e fiève d o u b l e - t i e r c e qui d é g é n é r a en

fièvre

lente-continue. Elle devint leucophleg-

m a t i q u e , u r i n a n t p e u , et si o p p r e s s é e , q u e la j u g e a n t à l'extrémité,

o n m ' a p p e l l a . J e la trouvai a v e c

une


174 toux

M É D E C I N E sèche,

le p o u l s t r è s - f r é q u e n t , la r e s p i r a t i o n f o r t

e m b a r r a s s é e , n e p o u v a n t r e s p i r e r q u ' a s s i s e d a n s le lit. L e s h y p o c o n d r e s é t o i e n t d o u l o u r e u x , s u r - t o u t le d r o i t ; il y avoit fluctuation d a n s le v e n t r e ,

et s u i v a n t les a p -

p a r e n c e s , é p a n c h e m e n t d a n s la p o i t r i n e ; les c u i s s e s étoient e x t r a o r d i n a i r e m e n t enflées ; elle r e s s e n t a i t de c o n t i n u e l l e s fraîcheurs , et étoit très-altérée dans

les p e t i t s r e d o u -

b l e m e n s d e fièvres qui s e s u c c é d o i e n t les uns a u x a u t r e s . E l l e fut g u é r i e p a r les

remèdes

s u i v a n s , qu'elle prit

p e n d a n t l ' e s p a c e d e trois m o i s , a u b o u t d u q u e l

temps

s e s r è g l e s se rétablirent. P r e n e z de v i e u x c l o u s ,

u n e p o i g n é e ; sel a m m o n i a c ,

d e m i - g r o s ; racines d ' a s p e r g e s , de d'oranger

et d e

citronnier,

c h e e t de pois p u a n t , de

chiendent,

écorce

racines de verveine

de c h a c u n

une pincée ;

sucre coupée par m o r c e a u x , une

blancanne

poignée ; grai-

n e s d e s a p o t i l l e s c o n c a s s é e s , u n e d o u z a i n e : f a i t e s bouillir d a n s d e u x p i n t e s d'eau j u s q u ' i l la d i m i n u t i o n d u

quart;

f a i t e s infuser u n e p o i g n é e d e c r e s s o n , e t p a s s e z le t o u t . E l l e u s a p e n d a n t trois s e m a i n e s d ' u n e a u t r e t i s a n n e , faite a v e c les racines de p e t i t la

squine

d u p a y s , le

b a l i s i e r , le

g i n g e m b r e et le

de

orien-

tal , d e c h a c u n e

une pincée ; le

u n e p o i g n é e , et

un g o b e l e t d e g r o s sirop , q u ' o n m e t -

toit d a n s d e u x p i n t e s d'eau , o ù

cresson

chiendent,

safran

l'on, é t a i g n o i t

savane , un

fer

r o u g e , et on laissoit le t o u t f e r m e n t e r v i n g t - q u a t r e h e u r e s : on passoit

ensuite

la l i q u e u r . C e t t e t i s a n e é t o i t p u r -

gative et t r è s - d i u r é t i q u e . O n m e t t a i t d a n s les b o u i l l o n s d u k a i a , de la p i m p r e n e l l e , du c e r f e u i l , d e la sauvage, du céleri et du

cresson,

chicorée


DE

ST. - D O M I N G U E .

C H A P I T R E

175

VII.

T R A I T E M E N T DE LA C A C H E X I E C O M P L I Q U É E . UNE f e m m e d e v i n g t - h u i t a n s fut a t t a q u é e , à la suite d'une c o u c h e , d'un gros r h u m e , qui d é g é n é r a e n fluxion de poitrine. C e t t e m a l a d i e fut négligée , l a fièvre p e r s i s t a ; la m a l a d e devint e n f l é e , sur - tout d e s j a m b e s e t d e s cuisses. Q u a n d je fus a p p e l l e , j e la t r o u v a i fort a c c a b l é e ; elle avoit un p o u l s p e t i t et f r é q u e n t ; la fièvre r e d o u b l o i t p a r frisson ; e t sur le r a p p o r t q u e m e fit la m a l a d e , il y avoit u n e i n t e r m i s s i o n d e huit à dix h e u r e s ; t o u t le corps étoit bouffi , et les p a r t i e s inférieures é t o i e n t t r è s - g r o s s e s . E l l e toussoit b e a u c o u p ; les c r a c h a t s m e p a r u r e n t p u r u l e n s . E l l e a v o i t , p o u r s u r c r o î t un d é v o t e m e n t qui la faisoit aller d e d e m i - h e u r e en d e m i - h e u r e . J e lui consaillai les r e m è d e s s u i v a n s . P r e n e z u n e douzaine d e c l o u s r o u i l l e s , d e l'écorce d e g o m m i e r c o u p é e p a r petits m o r c e a u x u n e p i n c é e , d u c r e s s o n d e s a v a n e Une d e m i - p o i g n é e , d u f r a n c b a s i n u n e p i n c é e ; f a i t e s - l e s bouillir d a n s d e u x pintes d'eau j u s q u ' à la diminution du q u a r t ; p a s s e z la tisane d o n t la m a l a d e u s e r a p o u r b o i s s o n . O n lui l a v e r a tous les soirs les j a m b e s a v e c la d é c o c tion d e s feuilles d ' o r a n g e r , de citronnier et d e m o n b i n . O n la p u r g e r a d e cinq en c i n q j o u r s a v e c un g r o s d e r h u b a r b e , et deux o n c e s d e m a n n e . D a n s six j o u r s , on la m e t t r a à l ' u s a g e d e l'opiat s u i v a n t , d o n t elle p r e n d r a d e u x p r i s e s , l'une à la fin de la fièvre, et l'autre huit j o u r s a p r è s . P r e n e z q u i n q u i n a , d e u x g r o s ; iris de F l o r e n c e , safran de m a r s a p é r i t i f s , de c h a c u n un g r o s ; b l a n c de b a l e i n e , d e u x g r o s : m ê l e z cela d a n s suffisante q u a n t i t é de m i e l d e Narbonne. L a prise d'un g r o s .


176

M É D E C I N E

C H A P I T R E

VIII.

T R A I T E M E N T DU SCORBUT ET DE L ' O B S T R U C T I O N DE LA R A T E . LE

scorbut; e s t u n e corruption si g é n é r a l e , q u e t o u t e

l a m a s s e du s a n g en est i n f e c t é e ; u n e haleine m a u v a i s e , des gencives livides, sanguinolentes, et quelquefois noir â t r e s ; les d e n t s qui r e m u e n t et q u ' o n a r r a c h e f a c i l e m e n t ; u n e p e s a n t e u r ou douleur g r a v a t i v e d a n s les

hy-

p o c o n d r e s , u n e l a s s i t u d e s u r - t o u t d a n s les p a r t i e s i n f é r i e u r e s , e t d e s t a c h e s g r a n d e s , sans é l é v a t i o n , tres , pourprées

et

noires ,

sont

les

signes

rougeâles

plus

c o m m u n s d e c e t t e m a l a d i e ; m a i s il n'y en a point q u i l a c a r a c t é r i s e m i e u x d a n s les P a y s c h a u d s q u e le g o n flement

o u l ' o b s t r u c t i o n d e r a t e qui en est le

symptôme

ordinaire ; ceux des parties supérieures étant r a r e s , et ne paraissant ordinairement

q u e d a n s les a n n é e s où la s é -

c h e r e s s e a été c o n s i d é r a b l e . L e mécanisme effet

de

la r e n d r e p l u s

corruption

la s t r u c t u r e susceptible

de

la r a t e

doit

en

et

de

dans

les

d'engorgement

que tout autre viscère, s u r - t o u t

p a y s c h a u d s et m a r é c a g e u x , t a n t p a r r a p p o r t à la t r o p g r a n d e dissipation d'esprits a n i m a u x besoin

que

elle a

plus

les autres viscères , q u e par rapport

aux

effets du r e l â c h e m e n t

dont

qui suit les f r é q u e n t e s

maladies

q u ' o n essuie à S a i n t D o m i n g u e . D e là v i e n t q u e la r e g a r d o n s c o m m e

le principal s i è g e d e s c a u s e s

nous du

p l u s g r a n d n o m b r e d e s m a l a d i e s c h r o n i q u e s , d e la d i a r rhée,

d e l ' h y d r o p i s i e et du flux h e m o r r o i d a l ,

sont presque toujours des

c e u x qui s o n t attaqués, d e c e t t e o b s t r u c t i o n leur carrière.

qui

s u i t e s , e t p a r o ù , à la

en fin,

terminent


DE

S T. - D

O M I N GU E .

177

L a c o n f o r m i t é qu'il y a d u g o n f l e m e n t d e l a R a t e , c o m m u n dans l ' A m é r i q u e , et de ses s y m p t ô m e s , avec l a m a l a d i e q u e l e s a n c i e n s a p p e l l e n t grande Rate, nous d o n n e lieu d e croire qu'ils o n t décrit le s c o r b u t s o u s c e n o m , e t q u e l'opinion q u ' o n a qu'ils n e l'ont p a s c o n n u , n ' e s t f o n d é e q u e s u r l a différence d u n o m , e t sur c e q u e le g o n f l e m e n t d e r a t e n'est p a s o r d i n a i r e d a n s l e s c o r b u t d u n o r d . U n e telle différence p e u t a r r i v e r sans c h a n g e r l e c a r a c t è r e d e l a m a l a d i e , suivant la qualité d u c l i m a t e t la situation d e s l i e u x , qui d o n nent à toutes les parties du c o r p s , et souvent à q u e l q u e s u n e s p l u s q u ' a u x a u t r e s , d e s dispositions p a r t i c u lières q u i les r e n d e n t p l u s s u j e t t e s a u x m a l a d i e s e t a u x i m p r e s s i o n s d e l'air d'une c o n t r é e q u i c o n t i e n t d e s p r i n c i p e s plus a n a l o g u e s a v e c l ' h u m e u r d'un t e l v i s c è r e , q u ' a v e c celle d ' u n a u t r e . C e s e n t i m e n t e s t d ' a u t a n t p l u s j u s t e , qu'il e s t c o n f o r m e à c e q u e nous o b s e r v o n s t o u s l e s j o u r s à S a i n t D o m i n g u e , où tout concourt à y produire cette m a l a d i e ; s a v o i r , la situation d e s lieux q u i s o n t t r è s - m a r é c a g e u x , l e s m a u v a i s a l i m e n s d o n t o n use , l e s d é b a u c h e s a u x q u e l l e s o n s e l i v r e , e t les f r é q u e n t e s m a l a d i e s q u ' o n y e s s u i e ; e t , si l e s s c o r b u t i q u e s résistent p l u s l o n g - t e m p s dans l ' A m é r i q u e m é r i d i o n a l e q u e d a n s l e n o r d , il n e f a u t l'attribuer q u ' à l a c h a l e u r d u c l i m a t q u i leur e s t f a v o r a b l e . M a i s a p r è s t o u t , ils y l a n g u i s s e n t p l u t ô t qu'ils n e vivent. D e s i x e n six m o i s , a u p l u s t a r d t o u s l e s a n s , ils s o n t s u j e t s à d e s fièvres i n t e r m i t t e n t e s ou c o n t i n u e s , a c c o m p a g n é e s d e flux d e v e n t r e ou d'hydropisie. O n applique les remèdes qui peuvent diminuer le mal ; on en vient à bout ; m a i s quelques r e m è d e s q u ' o n a p p o r t e , la r a t e e s t t o u j o u r s gonflée , e t a u bout d e s e p t à h u i t m o i s l e m a l r e v i e n t ; e t a p r è s q u e l q u e s vicissitudes d e s a n t é e t d e m a l a d i e , il d é g é n è r e e n flux d e v e n t r e . Qui lienosi à Dysenteria Tome II. M


178

M E D E C I N E

corripiuntur, drops , aut

his

longá

superveniente

intestinorum

Aphoris. 43,

levitas ,

Dysenterid,

Hy-

etc. , pereunt.

Hipp.

5 , 6.

II a r r i v e t r è s - s o u v e n t

que cette

m a l a d i e est

entée

s u r un r e s t e d e v é r o l e q u i , joint au s c o r b u t , les

rend

l'une

pour

et l'autre i n c u r a b l e s . A l o r s

soulager son

malade , ne

un

peut user

médecin, que

de

quelques

r e m è d e s a n o d i n s . D e p u i s 1738, où la s é c h e r e s s e à d o m i n é j u s q u ' à 1744,

on

t o u t p e n d a n t 1742

a

vu et

moins 1743,

rates gonflées,

sur-

q u e d a n s les a n n é e s

de

pré-

c é d e n t e s qui ont é t é p l u v i e u s e s , p a r c o n s é q u e n t de

diarrhées , moins

d'hydropisies

; et

ceux

é t o i e n t a t t a q u é s ont eu des s y m p t ô m e s p l u s

moins qui

en

conformes

à c e u x q u ' o n a c o u t u m e d'avoir en E u r o p e ; d e s

gen-

cives pourries, des taches pourprées ; mais sur-tout des j a m b e s u l c é r é e s , et des u l c è r e s si m a u v a i s , q u e les

os

s e c a r i o i e n t en t r è s - p e u d e t e m p s . Q u e l q u e s u n s , m a i s en

petit n o m b r e ,

eurent

des

marques de

corruption

a u x g e n c i v e s , e t d e s t a c h e s , s a n s qu'il p a r û t d ' o b s t r u c tion apparente. L e s t e m p é r a m e n s m é l a n c o l i q u e s , et les b i l i e u x ,

sont

p l u s s u j e t s a u s c o r b u t q u e les s a n g u i n s et les p i t u i t e u x ; c e u x qui m è n e n t u n e vie o i s i v e , ou qui v i v e n t d e m a u v a i s a l i m e n s , p l u s q u e c e u x qui a g i s s e n t , et u s e n t de b o n n e s n o u r r i t u r e s . L e s h a b i t a n s d e s m o n t a g n e s n'y sont p a s s i s u j e t s , si c e n ' e s t c e u x qui d e m e u r e n t d a n s d e s g o r g e s o u a c c u l s p r o f o n d s , é t r o i t s , où p a s s e n t d e g r a n d e s

ri-

v i è r e s ; e n c o r e y en a - t - i l p e u qui en s o i e n t a t t a q u é s . L e s a n g qu'on tiré a u x s c o r b u t i q u e s , ou v é r o l e s , qui s o n t p a r v e n u s au dernier d e g r é d e dissolutiou , teint p e u l e l i n g e . Q u a n d il est froid , il r e s s e m b l e à u n e g e l é e

d'un

r o u g e p â l e ou m a r b r é ; il n e s'en s é p a r e point de s é r o s i t é s , o u t r è s - p e u . F a i s a n t a t t e n t i o n à la q u a l i t é d u p o u l s qui , d a n s t o u s , e s t flasque , et p r e s q u e o n d u l e n t , à la couleur.


DE S t . - D O M i N G U E .

179

olivâtre ou p l o m b é e du v i s a g e , e t s o u v e n t d e t o u t l ' e x t é rieur du c o r p s , e t à la b l a n c h e u r d e s l è v r e s , je p e n s e q u e c e t t e qualité est l'effet d ' u n e dissolution

différente

d e celle q u ' o n a c o u t u m e d ' o b s e r v e r d a n s p l u s i e u r s circ o n s t a n c e s , d a n s u n e h y d r o p i s i e , p a r e x e m p l e , qui n'a point p o u r p r i n c i p e l'un ou l ' a u t r e d e ces d e u x v i r u s , et o ù le s a n g s e r é d u i t en sérosité , r e s t a n t au c e n t r e un c h a m pignon. Il faut donc reconnaître deux espèces de dissolutions p r e s q u e o p p o s é e s l'une à l ' a u t r e . J e m e suis a t t a c h é à en e x a m i n e r la n a t u r e , e t à en d é c o u v r i r la c a u s e . V o i c i quelles o n t é t é m e s réflexions. L e s a n g , semblable à une g e l é e , est propre à ceux qui n ' a y a n t p a s r e m é d i é a u x p r e m i e r s effets du virus s c o r b u t i q u e , ou v é r o l i q u e , lui o n t laissé faire d e s p r o g r è s , lui ont d o n n é le t e m p s d e d é t r u i r e le tissu d e s g l o b u l e s du s a n g , e t d e s a u t r e s l i q u e u r s , e t d e s'y

incorporifier

pu a m a l g a m e r . Or le t e m p s q u i s'est e m p l o y é à

cette

d e s t r u c t i o n , à c e t a m a l g a m e , d o n n e à c e s v i r u s un t i t r a d e p r o p r i é t é , et au t e m p é r a m e n t un c h a n g e m e n t , ou u n e nouvelle

f o r m e , qu'il n ' e s t plus du d e v o i r d e la m é d e -

cine de changer. I l n'en e s t p a s ainsi d e l ' a u t r e e s p è c e d e dissolution ; l a s a n g paroît y c o n s e r v e r t o u j o u r s s a qualité g l o b u l e u s e . C e t t e q u a l i t é est u n e m a r q u e q u e les liqueurs c o n s e r v e n t t o u j o u r s l ' u n i o n , e t le r e s s o r t d e s p a r t i e s q u i les

com-

p o s e n t , et qu'elles ne sont pas confondues. S u i v a n t ce p r i n c i p e , on p e u t f a c i l e m e n t r e n d r e raison p o u r q u o i le s a n g , q u e l q u e v e r m e i l qu'il soit d a n s le c o m m e n c e m e n t d'une m a l a d i e , dès lors qu'il s e fige en c o n s i s t a n c e d e g e l é e , est un signe p l u s d a n g e r e u x q u e l o r s q u e la sérosité s'en s é p a r e , q u e l q u e m a u v a i s e q u e puisse ê t r e d'ailleurs la qualité du s a n g ; p o u r q u o i c e t t e c o n s i s t a n c e e s t un signe de m a l a d i e pestilentielle , c ' e s t - à - d i r e d'un mauvais levain qui a désuni les p a r t i e s fibreuses d e s g l o M 2


180

M É D E C I N E

bules. C e s a n g c o n s e r v e n é a n m o i n s sa c o u l e u r n a t u r e l l e ; et en cela il diffère d e la dissolution s c o r b u t i q u e ou

vé-

r o l i q u e . Il n e la c o n s e r v e q u e p a r c e q u ' u n e g r a n d e a b o n d a n c e , o u affluence d e m a u v a i s p r i n c i p e s , a g i s s a n t s u b i t e m e n t et p r o m p t e m e n t , les p a r t i e s g l o b u l e u s e s d é s u n i e s n ' o n t p a s e u le t e m p s d ' ê t r e d é p o u i l l é e s d e leur c o u l e u r n a t u r e l l e ; au lieu q u e d a n s les a u t r e s il agit plus

lente-

m e n t et plus l o n g - t e m p s : d'où r é s u l t e une i m p r é g n a t i o n p l u s i n t i m e , une désunion plus c o n s i d é r a b l e . Q u a n d le s c o r b u t n ' e s t p a s p a r v e n u au d e r n i e r d e g r é , on en t e n t e la c u r e p a r les r e m è d e s q u ' o n e s t i m e être s p é c i fiques p o u r c e t t e m a l a d i e . J e n'en p r o p o s e p o i n t d ' a u t r e s q u e les t i s a n e s , bouillons , p u r g a t i o n s , o p i a t s , b o l s ,

et

g a r g a r i s m e s , qu'on trouvera décrits dans notre P h a r m a copée

s o u s le n o m d ' a n t i - s c o r b u l i q u e s .

Q u o i q u e les c r e s s o n s et a u t r e s p l a n t e s d e c e t t e n a t u r e o b t i e n n e n t le p r e m i e r r a n g p a r m i les a n t i - s c o r b u t i q u e s , ils ne c o n v i e n n e n t p a s c e p e n d a n t à t o u t e s s o r t e s d e t e m p é r a m e n s ; car c e u x qui s o n t s u j e t s , s u i v a n t l ' o b s e r v a tion d'Ettmuler

à des dispositions érésipélateuses, à une

couleur trop vermeille du visage , à des palpitations , à d e s s u p e r p u r g a t i o n s , et à d e s m i g r a i n e s , et a u t r e s s y m p t ô m e s d e c e t t e n a t u r e , non s e u l e m e n t n e

s'accommodent

p o i n t d e leur u s a g e , m a i s en r e s s e n t e n t d e m a u v a i s effets , à m o i n s qu'on ne les m ê l e a v e c l ' o s e i l l e ,

l'alleluia

et l e

b e c c a b u n g a , o u d a n s le l a i t , l e p e t i t l a i t , ou le v i n , afin q u e , p a r c e m o y e n , leur a c r i m o n i e v o l a t i l e soit t e m p é r é e . De-là

v i e n t q u e le m ê m e a u t e u r o r d o n n e , clans le p e -

tit l a i t , les r e m è d e s anti - s c o r b u t i q u e s à c e u x qui s o n t attaqués de

fièvres

i n t e r m i t t e n t e s - s c o r b u t i q u e s qui o n t

pour caractère des accès très-irréguliers. J u n c k e r , d a n s son livre intitulé , Conspectus nal , é t a b l i t différentes

Médici-

classes de r e m è d e s anti-scorbu-

t i q u e s , s u i v a n t les différens t e m p é r a m e n s .

Il

propose


D E

S T. - D O M I N G U E .

181

p o u r les t e m p é r a m e n s p h l e g m a t i q u e s c e u x qui sont les p l u s a c r e s e t les p l u s p é n é t r a n s , c o m m e le cochléaria , l e s c r e s s o n s , les r a v e s , la m o u t a r d e , les o i g n o n s , e t l'ail ; pour les m é l a n c o l i q u e s , les a m e r s , savoir le b e c c a b u n g a , la f u m e t e r r e , la p l a n t e a p p e l é e trifolium fibrin u m , la petite chélidoine , la chicorée , le cerfeuil ; et i l prescrit p o u r les bilieux et b i l i e u x - s a n g u i n s , les a c i d e s , ou s e u l s , ou m ê l é s a v e c les a u t r e s : tels s o n t l ' o s e i l l e , l'alleluia , les sucs d e citron , d e l i m o n , d e g r o s e i l l e , e t d'épine-vinette. U n grand nombre de célèbres médecins s ' a c c o r d e n t sur c e point a v e c c e t a u t e u r . S y d e n h a m joignoit a v e c s u c c è s à la c o n s e r v e de cochléaria , la p u l p e d e c i t r o n ou d ' o r a n g e . M a r t i n L i s t e r m ê l e tous les sucs d e s fruits a c i d e s , le vinaigre , e t l'esprit m ê m e d e vitriol a v e c celui de cochléaria. E t S i m o n P a u l l i y m e t t o i t l ' e s p r i t d e vitriol à la d o s e d'un s c r u p u l e . L e s p e u p l e s d u G r o e n l a n d , instruits p a r l'expérience , e m p l o i e n t e n s e m b l e p o u r la g u é r i s o n d u s c o r b u t , l e c o c h l é a r i a e t l'oseille. O n c o n v i e n d r a c e p e n d a n t q u e d a n s le s c o r b u t n a i s s a n t , le s a n g et la l y m p h e circulent t r o p l e n t e m e n t , e t s o n t t e l l e m e n t p r i v é s d e f l u i d i t é , qu'ils ont besoin d e r e m è d e s â c r e s et s p i r i t u e u x , p o u r r a n i m e r les oscillations l a n g u i s s a n t e s d e s fibres , p o u r d i s s o u d r e les h u m e u r s t r o p é p a i s s e s , et p o u r rétablir leur m o u v e m e n t c i r c u l a i r e . M a i s il en doit être a u t r e m e n t d a n s le s c o r b u t d é c l a r é on i n v é t é r é , où les h u m e u r s , par leur r e p o s , ou s t a g n a tion , ont a c q u i s un d e g r é d e p o u r r i t u r e par l a q u e l l e les sels r e n f e r m é s d a n s les l i q u e u r s sont d e v e n u s urineux , e t se sont t e l l e m e n t d é v e l o p p é s , qu'il e s t facile d'en r e m a r q u e r l e s effets d a n s le s a n g , dans la sérosité et d a n s les u r i n e s , qui se c o r r o m p e n t p r o m p t e m e n t . S'il a r r i v e alors q u ' o n agite et qu'on a n i m e l'action d e ces sels urineux par l ' u s a g e d e s m é d i c a m e n s a n t i - s c o r b u t i q u e s , actifs e t s p i r i t u e u x , ils d é v e l o p p e n t , divisent les p a r t i e s sulfu-


M É D E C I N E

182

r e u s e s ries h u m e u r s , et en dissolvent c e q u i e s t c o a g u l é , d é t r u i s e n t le tissu globuleux d e s différentes h u m e u r s , et c o r r o d e n t les p a r t i e s solides ; d'où r é s u l t e u n plus grand nombre de s y m p t ô m e s scorbutiques. A u c o n t r a i r e , si on a r e c o u r s aux a c i d e s volatils tirés d e s v é g é t a u x , on v i e n t à b o u t , p a r l'effet d e c e s r e m è d e s , d e fixer les sels urineux , et p a r leur union d'en faire un s e l m i x t e ou s a l é , d o n t on n ' a p p r é h e n d e r a p a s d e m a u v a i s e s s u i t e s , e t qui s e dissipera f a c i l e m e n t p a r u n e s é c r é t i o n e t é v a c u a t i o n a b o n d a n t e d'urines ; on rétablira i n s e n s i b l e m e n t le r e s s o r t d e s fibres , e t la c o n s i s t a n c e q u e les h u m e u r s avoient perdue.

C H A P I T R E

IX.

AFFECTION HYPOCONDRIAQUE SCORBUTIQUE. LA

m a l a d i e q u ' o n a p p e l l e affection h y p o c o n d r i a q u e ,

a p o u r c a u s e une tension t r o p forte et t r o p continuelle d e s fibres du c e r v e a u et d e s

nerfs. C e t t e tension p r o -

v i e n t et d e la q u a l i t é du t e m p é r a m e n t ,

et d e q u e l q u e s

a u t r e s c a u s e s c o n j o i n t e s , c o m m e d ' u n e trop g r a n d e o i s i v e t é , qui d o n n e lieu d e t r o p réfléchir sur d e s qui , d ' i m a g i n a i r e s

qu'ils é t o i e n t

dans

le

m e n t , d e v i e n n e n t par t r o p d'inquiétude , u n e

véritable

m a l a d i e , ou d e q u e l q u e p a s s i o n s e c r è t e , d o n t pressions répondent

aux m o u v e m e n s

d e l'objet p e u t exciter.

De

cette

r e l l e , r é s u l t e un d é r a n g e m e n t a n i m a u x qui s e

filtrent

maux

commenceles

im-

que l'importance

tension

contre-natu-

d a n s le c o u r s d e s e s p r i t s

et circulent l e n t e m e n t ,

ou e n

d é s o r d r e , dans l e s p a r t i e s n e r v e u s e s , sur-tout d a n s c e l l e s qui o n t

leur origine dans le c e r v e l e t ,

siège

principal

d e s o p é r a t i o n s d e l ' a m e , et d'où p a r t e n t les n e r f s d e s -


DE

ST.-DOMINGUE.

I85

t i n é s aux fonctions d e s p r i n c i p a u x v i s c è r e s , le c œ u r , l e p o u m o n , le f o i e , l ' e s t o m a c , la r a t e , le d i a p h r a g m e , e t c . D e - là v i e n t un r a l e n t i s s e m e n t d a n s la circulation d u s a n g , qui le fait é p a i s s i r , e t q u i , selon les différens d e g r é s d'épaississement, occasione des engorgemens plus o u m o i n s c o n s i d é r a b l e s , suivis d e s y m p t ô m e s p r o p o r tionnés. C o m m e la circulation e s t n a t u r e l l e m e n t plus l e n t e d a n s les v i s c è r e s d u v e n t r e q u e d a n s les a u t r e s , ils sont t o u j o u r s les p r e m i e r s a t t a q u é s , et le s i è g e o r d i n a i r e d e la c a u s e qui p r o d u i t les

p r e m i e r s s y m p t ô m e s : de-là l e s

e n v i e s de v o m i r , les i n d i g e s t i o n s , les g o n f l e m e n s

d'hy-

p o c o n d r e s , les l é g è r e s s u f f o c a t i o n s , le r e s s e r r e m e n t d e la

gorge ,

et

enfin

les

éclipses d e c o n n o i s s a n c e ,

et

les m o u v e m e n s s p a s m o d i q u e s , do nt le m a l a d e e s t s o u v e n t a t t a q u é , et a u x q u e l s il est plus s u j e t d a n s les t e m p s p l u v i e u x , s u r - t o u t q u a n d le frais s u c c è d e parce que

rien ne

contribue

à la pluie ,

plus au g o n f l e m e n t

t o u t e s les p a r t i e s d u c o r p s q u e

de

l'humidité.

L e s c a u s e s p r e m i è r e s et essentielles d e c e t t e m a l a d i e , u n e fois c o n n u e s , p r é s e n t e n t d e u x objets à c o m b a t t r e ; la tension t r o p forte du g e n r e n e r v e u x , et son e f f e t , q u i e s t l ' é p a i s s i s s e m e n t du s a n g . U n e s e u l e indication suffira p o u r r e m é d i e r à l'un et à l ' a u t r e , a t t e n d u q u ' o n n e p e u t s e p r o p o s e r le r e l â c h e m e n t des fibres n e r v e u s e s , q u ' o n ne r a m o l l i s s e , délaie , et liquéfie le s a n g et les a u t r e s liquides. O n e s p è r e y p a r v e n i r par l ' u s a g e d e s b a i n s , d e s b o u i l l o n s , d e s t i s a n e s , e t du r é g i m e c i - a p r è s détaillé. Le

m a l a d e s e b a i g n e r a t o u s les j o u r s v e r s , les

cinq

h e u r e s du s o i r , p e n d a n t un q u a r t - d ' h e u r e , d a n s un bain t r è s - l é g è r e m e n t t i è d e , fait d e la décoction d ' h e r b e s é m o l l i e n t e s , é p i n a r d s , m é d e c i n i e r - b â t a r d , feuilles d e g o m b o , d e m o n b i n , d o n t il se fera bien frotter a v a n t d e s o r t i r M

4


184

M É D E C I N E

du b a i n , s e m e t t a n t a u s s i t ô t au l i t , où il s e r a r o u v e r t c o m m e à l ' o r d i n a i r e , et où il p r e n d r a plein une écuelle un d e s bouillons s u i v a n s . P r e n e z un fort p o u l e t qu'on s o n défaut d e farine d e p e t i t

farcira d e gruau , et à mil

à chandelle,

et

de

s e p t à huit grains d e sapotille c o n c a s s é e : q u a n d il s e r a d e m i - c u i t , ajoutez c h i c o n s , é p i n a r d s , c h i c o r é e b l a n c h e , k a i a , q u ' o n a p p e l l e m o n z a m b a i , m o r e l l e du p a y s , q u e les N è g r e s

appellent

laman ,

de

chacun

une

bonne

p o i g n é e , qu'on fera bouillir d a n s six pintes d'eau , j u s q u ' à la d i m i n u t i o n d'environ un t i e r s , et on e x p r i m e r a l e t o u t ; le m a l a d e p r e n d r a un d e ces bouillons d e trois e n trois h e u r e s , e t , d a n s l'intervalle , un g o b e l e t d e la t i s a n e s u i v a n t e , d ' h e u r e en h e u r e . Prenez une poignée g r o s d e sel

d e clous

bien

a m m o n i a c , sur l e s q u e l s

rouilles, on

et

versera

un neuf

p i n t e s d'eau bouillante , q u ' o n l a i s s e r a infuser : on p r e n d r a tour, l e s m a t i n s trois p i n t e s d e c e t t e e a u ,

dans l a -

q u e l l e on fera b o u i l l i r , l ' e s p a c e d'un d e m i - q u a r t d ' h e u r e , du chiendent,

d e s r a c i n e s d ' a s p e r g e s , de la

chicorée

s a u v a g e , e t d e la v e r v e i n e b l e u e , d e chacun une b o n n e p i n c é e . R e t i r a n t la tisane du f e u , a j o u t e z u n e p i n c é e do r é g l i s s e , et u n e d e m i - p i n c é e d e s a f r a n , q u ' o n l a i s s e r a infuser un q u a r t - d ' h e u r e . L e m a l a d e s e p u r g e r a t o u s les q u i n z e j o u r s a v e c d e u x bâtons d e deux

c a s s e , et d e u x g r o s d e

sel

d'epsom

verres. On mettra dans chacun douze

dans

grains d e

p o u d r e c o r n a c h i n e ; trois h e u r e s d'intervalle e n t r e c h a q u e p r i s e , de d e u x j o u r s l'un. Il m o n t e r a à cheval le m a t i n , et il s e p r o m è n e r a p e n d a n t d e u x h e u r e s . L a diète c o n sistera, e n s o u p e o r d i n a i r e , bouillie l é g è r e d e m a i s , de petit

mil,

d e g r u a u , sans l a i t , sans œ u f s

ni

beurre,

ces a l i m e n s lui étant c o n t r a i r e s ; ainsi on la fera à l ' e a u , avec un p e u d e j u s de viande , ou du bouillon , ou de la


S T. - D O M I N G U E.

DE rnontaiguë bien C e s e r o n t là les à

185

fraîche , sans s e l , et un p e u d e s u c r e . alimens

du d é j e u n e r ; il n e

dîner et à s o u p e r q u e d e

bouillie ou rôtie , a y a n t soin

la s o u p e ,

mangera

d e la

viande

d'écarter les m e m b r a n e s ,

l e s graisses , les c a r t i l a g e s , c o m m e m a t i è r e s

indigestes.

I l évitera d e t r o p s e r e m p l i r , et il b o i r a ou d e la t i s a n e , o u d ' u n e s i m p l e décoction d e •chiendent , qu'il p o u r r a t e i n d r e d e vin. T o u t r a g o û t , s a l a d e s , épiceries d e t o u t e s e s p è c e s , lui s o n t d'ailleurs interdits. M a i s c o m m e le r a l e n t i s s e m e n t g é n é r a l d e la

circula-

tion fait son principal effet sur la r a t e e t sur le foie , e t épaissit p a r c o n s é q u e n t la bile plus q u e t o u t e

autre

h u m e u r , et q u e c e t t e bile en c r o u p i s s a n t a c q u i e r t u n e qualité âcre, m u r i a t i q u e , qui, par son d é v e l o p p e m e n t ,

in-

f e c t e le s a n g d'un m a u v a i s levain , q u ' o n a p p e l l e s c o r b u t ; l e q u e l , par c e t t e r a i s o n , e s t t o u j o u r s la t e r m i n a i s o n d e s affections h y p o c o n d r i a q u e s , et o r d i n a i r e m e n t t r è s - p r o m p t e d a n s un c l i m a t a u s s i m a r é c a g e u x q u e celui d e S a i n t - D o m i n g u e , o ù l'air , r e m p l i d e m a u v a i s p r i n c i p e s , ne

peut

q u a u g m e n t e r la m a u v a i s e disposition qui se r e n c o n t r e d a n s l e s t e m p é r a m e n s : il f a u t d o n c t â c h e r n o n

seule-

m e n t d'en p r é v e n i r les effets ; m a i s e n c o r e d e d é t r u i r e ceux

qu'on

a lieu d e

C'est dans cette v u e , remèdes

soupçonner

ci-dessus p r e s c r i t s ,

qu'on appelle

déjà existans.

le m a l a d e p r e n d r a

des ceux

anti-scorbutiques.

Il ne p r e n d r a a l o r s , q u e d e u x bain

être

q u ' a p r è s un m o i s d ' u s a g e

fois p a r s e m a i n e ,

le

l'on m e t t r a d e la s a u g e d e m a r a i s , du franc-

b a s i n , d e s feuilles de g o m m i e r et de m o n b i n . L a c h i c o r é e s a u v a g e dans s e s bouillons t i e n d r a la p l a c e d e chicons et d e chicorée b l a n c h e . E n les t i r a n t du feu , on

y fera

infuser du c r e s s o n d e fontaine et du c e r f e u i l , d e c h a cun une poignée. racine

O n s u b s t i t u e r a d a n s la

d e v e r v e i n e , une

tisane

patte de gingembre

à la

coupée


185

M É D E C I N E

p a r m o r c e a u x , et on fera infuser a v e c le s a f r a n u n e p o i g n é e d e c r e s s o n d e s a v a n e . O n p u r g e r a le m a l a d e t o u s les huit

jours avec

gros de s é n é ,

un g r o s d e c o n f e c t i o n h a m e c h ,

et d o u z e g r a i n s d e p o u d r e

un

cornachine.

S i c e t t e d o s e n e p a r o i t p a s suffire p o u r c i n q à six s e l l e s , on

la d o u b l e r a la s e c o n d e fois. I l a v a l e r a soir e t m a t i n

u n e p r i s e d e l'opiat s u i v a n t . P r e n e z safran d e m a r s a p é r i t i f , c l o p o r t e s , p e t i t e c e n t a u r é e e t iris d e F l o r e n c e bien p u l v é r i s é s , d e un g r o s , sel d ' a b s y n t h e un

chacun

g r o s : m ê l e z - l e s d a n s suffi-

s a n t e q u a n t i t é d ' e x t r a i t d e g e n i è v r e . L a d o s e d'un g r o s . Le

m a l a d e c o n t i n u e r a c e s r e m è d e s l ' e s p a c e d'un m o i s

et

j e lui

ou

d e c i n q en cinq m o i s ,

conseille

d e r e p r e n d r e de q u a t r e en q u a t r e , l ' u s a g e , tant

des

premiers

q u e d e s s e c o n d s , ne d e v a n t p o i n t c o m p t e r sur le m i e u x q u ' i l s p o u r r o n t lui p r o c u r e r , p a r c e

qu'en fait d e m a -

l a d i e s c h r o n i q u e s , on doit s e p r o p o s e r un

traitement

a u s s i l o n g , p o u r r é u s s i r d a n s la c u r e , q u e la m a l a d i e a été de temps

à s e f o r m e r et à

croître. D a n s

l'in-

t e r v a l l e q u ' o n lui a c c o r d e , il g a r d e r a le r é g i m e q u ' o n lui a p r o p o s é ; il c o n t i n u e r a l ' e x e r c i c e

du c h e v a l ,

lui

et

recommande

particulièrement ,

qu'on

il s ' a b s t i e n d r a

du c o m m e r c e d e s f e m m e s . C ' e s t l'avis d e , . . . Q u e l q u e s u n s d a n s q u i le m a l n'avoit p a s fait b e a u coup

de p r o g r è s , ont paru guérir par l'usage des

m è d e s suivans

que

je rapporte i c i ,

re-

p a r c e qu'ils s o n t

fort simples. Prenez

é c o r c e d e g o m m i e r et

petits

m o r c e a u x , de

vieux

clous

une

chacune

poignée ;

de sucrier coupée une

bonne

par

pincée ; de

faites bouillir d a n s

deux

p i n t e s d'eau , j u s q u ' à la diminution du q u a r t : en tirant la décoction

d u f e u , faites infuser

pendant une

h e u r e u n e p o i g n é e d é c r e s s o n d e s a v a n e ou de p a s s e z la t i s a n e .

demi-

fontaine;


DE

S T. -

D

187

O M I N G U E.

A p p l i q u e z sur la r a t e un c a t a p l a s m e fait a v e c la v e r v e i n e b l e u e , bouillie clans partie é g a l e d ' e a u et d e tafia ; s a u p o u d r e z l e c a t a p l a s m e a v e c u n e p o u d r e ou m é l a n g e d e p a r t i e s é g a l e s d e s e l , d e p o i v r e , et d e g i n g e m b r e pulvérisés. Prenez écorce de citronnier, d'oranger, de m a p o u , et d e t a m a r i n , d e c h a c u n u n e p i n c é e ; d e v i e u x clous u n e p o i g n é e : faites une t i s a n e c o m m e la p r é c é d e n t e , y f a i s a n t infuser u n e p o i g n é e d e c r e s s o n . L e m a l a d e qui a u s é

d e c e r e m è d e , m ' a dit avoir é t é

g u é r i en q u i n z e j o u r s , e t qu'il urinoit si c o p i e u s e m e n t , qu'il

fut obligé

d'en

quitter l'usage

au b o u t d e

ce

temps. A la suite d e c e s r e m è d e s ou d e s e m b l a b l e s , j e c o n seille à p l u s i e u r s , q u a n d il n'y gonflement,

de continuer

les

a plus d'apparence de m ê m e s tisanes, coupées

a v e c un t i e r s ou m o i t i é d e l a i t , et d e s e p u r g e r t o u s les h u i t j o u r s , d a n s la v u e d e rétablir la p a r f a i t e c o n s i s t a n c e du sang. U n h a b i t a n t , qui a v o i t un c o m m e n c e m e n t d e s c o r b u t , m ' a a s s u r é s ' ê t r e g u é r i p a r l ' u s a g e d e la c a l e b a s s e , ainsi qu'il e s t fait

mention

d a n s la P h a r m a c o p é e ,

dont

il

p r e n o i t d e d e u x en d e u x j o u r s , d e u x o u trois v e r r e s , s u i v a n t l'effet q u e le r e m è d e p a r o i s s o i t avoir : c e qu'il c o n t i n u a p e n d a n t trois s e m a i n e s , a p r è s l e q u e l t e m p s il s e m i t à l ' u s a g e du lait c o u p é a v e c l'infusion d e c r e s s o n . I l m e dit a v o i r r e s s e n t i un p e u d e t r a n c h é e s , et q u e c e r e m è d e le faisoit aller dix à d o u z e fois. D ' a u t r e s disent aussi avoir é t é g u é r i s d u g o n f l e m e n t de

r a t e , par l'usage des

feuilles

l è v e la p e a u , et q u ' o n a v a l e en

d ' a l o ë s , dont on e n façon de tranches de

c a r d e s , a p r è s l e s avoir s a u p o u d r é e s d'un p e u d e s e l .


MÉDECINE

188

Ire.

Maladie.

U n h o m m e très-libertin

fut a t t a q u é d'un g o n f l e m e n t

d e r a t e ; il n e sentit point, p e n d a n t p l u s i e u r s a n n é e s , d ' a u tres incommodités survint

une

que

diarrhée

p a r c e qu'il n e

quelques accès

de fièvre.

Il

qui n'inquiéta p o i n t le m a l a d e ,

ressentoit aucune douleur. A u

bout

de

t r o i s ou q u a t r e a n s , le m a l a u g m e n t a ; le flux d e v e n t r e n e donnoit point d e r e l â c h e ; une fièvre lente minoit p e u à p e u les f o r c e s . L a m a i g r e u r , la couleur

extrêmement

p l o m b é e , et les u l c è r e s d e s j a m b e s q u i a c c o m p a g n o i e n t c e s s y m p t ô m e s , m e firent d é s e s p é r e r d u m a l a d e ; j e n e c h e r c h a i q u ' à lui p r o c u r e r q u e l q u e s o u l a g e m e n t p a r les rôties au v i n , la t h é r i a q u e , e t l'opium. e

I I . Un homme quelques

Maladie.

de trente a n s , C r é o l e , après avoir passé

a n n é e s en F r a n c e , r e v i n t

b i e n t ô t ses a n c i e n n e s

a u x îles. I l r e p r i t

habitudes : quelques

gonorrhées

en f u r e n t la s u i t e : il en fut g u é r i . L e s f r é q u e n t e s a t t a ques de

fièvre

le

firent

tomber dans le gonflement

de

r a t e . D e u x ou trois a n s a p r è s , il fut a t t a q u é d e la d i a r rhée Le

qui

flux

lui d o n n o i t

de

t e m p s e n t e m p s du r e l â c h e .

de v e n t r e d e v i n t c o n s i d é r a b l e et continu , a c -

c o m p a g n é d'une

fièvre

très-forte. L'extrême volume de

la r a t e m e fit c o n j e c t u r e r que le t r o p g r a n d e n g o r g e m e n t de celte

p a r t i e , et la pression q u i en

r é s u l t a i t sur les

a u t r e s v i s c è r e s , en é t a i t la c a u s e . S u i v a n t c e s p r i n c i p e s , il e u

fallut venir aux s a i g n é e s , q u e

faire faire

j'eus attention

de

t r è s - p e t i t e s , e t d e les r é i t é r e r s u i v a n t

les

d e g r é s d e la

fièvre.

Il fallut le s a i g n e r cinq fois. J e m i s

en u s a g e les bouillons purgeai

de cinq

s i r o p de c h i c o r é e

en

et

lavemens

cinq j o u r s ,

composé

é m o l l i e n s , e t je le

avec

la

m a n n e et le

d e r h u b a r b e , afin d e p a r -

v e n i r à d i m i n u e r le v o l u m e d e la r a t e . L e m a l a d e fut à


189

S T . - D O M I N GU E .

DE

l ' e x t r é m i t é . J e c h a n g e a i alors d e r e m è d e s et d e r é g i m e ; on

lui fit d e

forts bouillons ; il prit q u e l q u e s

potions

cordiales et a n o d i n e s , e t je le m i s à l'usage d e la t i s a n e a n t i - s c o r b u t i q u e , d a n s l a q u e l l e j e faisois a j o u t e r q u e l q u e s graines d e m a ï s rôties , et un p e u d e c a n e l l e . m e t t o i t du p l a n t a i n , d u c e r f e u i l ,

et du c r e s s o n d a n s les b o u i l l o n s . O n faisoit cuire et fuser c e s

On

du c é l e r i , d e l ' o s e i l l e , in-

h e r b e s à p a r t , et on m e t t o i t trois à q u a t r e

cuillerées d e leur j u s d a n s c h a q u e bouillon. A u b o u t d e q u a t r e à cinq j o u r s , le flux d e v e n t r e s e c a l m a , e t l a f i è v r e s e d i s s i p a . J e lui conseillai alors d e s'en tenir à l a t i s a n e e t aux bouillons.

L e m a l a d e p a r u t en

peu

de

t e m p s p a r f a i t e m e n t r é t a b l i , le v i s a g e c o l o r é , et une a p parence de bonne

s a n t é : j e dis a p p a r e n c e , p a r c e q u e

la r a t e r e s t o i t t o u j o u r s gonflée. E n e f f e t ,

la saison d e s

n o r d s é t a n t r e v e n u e , le malade r e t o m b a dans les m ê m e s accidens

dont

il sortit d e la m ê m e façon , a v e c c e t t e

différence qu'il ne fut s a i g n é q u e d e u x fois. I l e u t p e n d a n t q u a t r e ans les

mêmes

e t ils s e t e r m i n è r e n t

enfin

a s s a u t s d a n s la m ê m e s a i s o n , p a r u n e h y d r o p i s i e d o n t il

mourut. Les

saisons froides e t p l u v i e u s e s , c o n t r i b u a n t à a u g -

m e n t e r le g o n f l e m e n t

d e l a r a t e , r e n d e n t p r e s q u e tous

c e u x qui en sont a t t a q u é s , s u j e t s à d e s

fièvres

plus o u

moins considérables , suivant son a u g m e n t a t i o n , à m o i n s q u e la d i a r r h é e ou un flux d e v e n t r e a s s e z c o n s i d é r a b l e n ' y supplée. L a m a u v a i s e m é t h o d e q u e les c h i r u r g i e n s à

S a i n t - D o m i n g u e d a n s le t r a i t e m e n t

des

emploient gonorrhées

fait t o m b e r un g r a n d n o m b r e d e g e n s d a n s la dissolution e t le g o n f l e m e n t

d e la r a t e ,

sur-tout quand cette m a -

ladie est r e b e l l e , c o m m e il a r r i v e o r d i n a i r e m e n t .


1 9 0M É D E C I N E

C H A P I T R E

X.

TRAITEMENT DE LA VÉROLE. L

E s c o r b u t et la v é r o l e s o n t les m a l a d i e s les p l u s f u -

nestes aux habitans de S a i n t - D o m i n g u e . L a vérole

paraît être une maladie

endémique

dans

l ' A m é r i q u e et d a n s l ' A f r i q u e : c ' e s t d e c e s p a r t i e s d u monde

qu'elle

n o m m e pians qui Elles

portent

a été

c o m m u n i q u é e aux autres. On la

c h e z l e s A f r i c a i n s , p a r c e q u e les p u s t u l e s ce

nom

en

s o n t le p r i n c i p a l

sont g r o s s e s , écailleuses ,

un n o m b r i l q u i a u g m e n t e

et

symptôme.

forment au

milieu

p e u à p e u e n l a r g e u r et e n

p r o f o n d e u r , j u s q u ' à c e qu'il s ' y f o r m e un u l c è r e . E l l e s attaquent

indifféremment

m a i s p r i n c i p a l e m e n t les

t o u t e s les p a r t i e s d u c o r p s , h o n t e u s e s , les

a î n é s , l e s ais-

selles , les f e s s e s , et les o r t e i l s d e s p i e d s . L a vérole paraît aux blancs sous une autre f a c e ; elle n e donne ordinairement aucun signe extérieur ; ce qui c a u s e bien d e l ' e m b a r r a s à un m é d e c i n d a n s les m a l a dies de dissolution , p o u r la d é m ê l e r d ' a v e c l e s c o r b u t . N ' a y a n t point d a n s la p l u p a r t d e c e u x q u i e n s o n t f e c t é s d ' a u t r e effet

p e u t en a t t r i b u e r la c a u s e q u ' à la différence rament

des

in-

q u e celui d e c e t t e m a l a d i e , on n e

Américains , dont

le

sang est

du.tempébeaucoup

m o i n s é p a i s q u e celui d e s A f r i c a i n s e t d e s E u r o p é e n s , e t à la t r a n s p i r a t i o n q u i e s t b e a u c o u p p l u s

abondante

q u ' e n E u r o p e . L ' a b o n d a n t e t r a n s p i r a t i o n en e s t t e l l e m e n t la c a u s e , q u e n o u s r e m a r q u o n s d e s

symptômes,

c o n f o r m e s à c e u x q u ' o n v o i t en E u r o p e ; et q u e , q u a n d l e s s a i s o n s s o n t s è c h e s et f r o i d e s , on o b s e r v e a l o r s d a n s plusieurs, des d é p ô t s , des a n k y l o s e s , de vives douleurs


DE

S T. - D O M I N G U E .

d a n s les a r t i c u l a t i o n s , d e s n o d u s ,

des

191

exostoses,

des

c a r i e s , d e s u l c è r e s a u x j a m b e s et d a n s la b o u c h e , s u r t o u t a u p a l a i s , à la l u e t t e , d e s p u s t u l e s e t d e s o p h t a l m i e s c o n s i d é r a b l e s , à m o i n s q u ' u n e e x t r ê m e dissolution ne détourne ces

s y m p t ô m e s , ou p a r u n e v i o l e n t e d i a r -

r h é e , o u p a r une h y d r o p i s i e , q u i d e v i e n n e n t

bien

vite

incurables. L a gonorrhée

qui, dans

l'avant-coureur

de

le p l u s g r a n d n o m b r e , e s t

la v é r o l e , e s t b e a u c o u p

plus

opi-

n i â t r e e t r e b e l l e en A m é r i q u e q u ' e u E u r o p e , s u r - t o u t lorsqu'il e s t

à

p r o p o s d'en a r r ê t e r l ' é c o u l e m e n t .

On

t e n t e à c e t effet t a n t de différens r e m è d e s a d m i n i s t r é s p a r g e n s qui n'en c o n n o i s s e n t

p o i n t les q u a l i t é s , q u e ,

p o u r p a r v e n i r au b u t , on j e t t e le m a l a d e d a n s

une

l a n g u e u r d o n t il n e p e u t s o r t i r , ou b i e n il d e v i e n t

ca-

c h e c t i q u e , ou il est affligé d e q u e l q u e s k i r r e qui lui o c casionne

une

fièvre

hectique,

qui est

suivie d e d i a r r h é e o u d ' h y d r o p i s i e e t , pour

comble

l'écoulement

ordinairement

qui le font

périr ;

d e m a l h e u r , il n'est p o i n t g u é r i d e

qui ne

contribue qu'à augmenter sa m a u -

vaise situation. L a cure de cette maladie dépend beaucoup à SaintDomingue,

d e la q u a l i t é d u t e m p é r a m e n t , d e la façon

d o n t o n e s t a t t a q u é , et de celle d o n t on d é b u t e pourle

traitement.

L a qualité des f e m m e s

qui

communi-

q u e n t c e t t e m a l a d i e , c o n t r i b u e b e a u c o u p aussi à la r e n d r e p l u s m a u v a i s e : car on m ' a a s s u r é q u e c e l l e qu'on a t t r a p o i t a v e c l e s M u l â t r e s s e s étoit la plus m a u v a i s e , e t , a v e c les N é g r e s s e s , plus dangereuse qu'avec

les B l a n c h e s .

La

s e u l e raison q u ' o n en a p p o r t e , c'est q u e les . p r e m i è r e s sont

d'un

tempérament

plus

chaud

que

les

autres.

Q u e cela ait lieu ou non , c e qu'il y a de c e r t a i n , c ' e s t q u ' u n t r è s - g r a n d n o m b r e n'en p e u t g u é r i r , et q u e plusieurs sont des années entières à y parvenir ; ce q u i


192

M É D E C I N E

l e u r laisse d e s i m p r e s s i o n s d o n t ils s e r e s s e n t e n t toute, l a v i e , e t qui s o n t s o u v e n t la s o u r c e d ' u n e p r o m p t e et facile disposition au g o n f l e m e n t

d e la r a t e .

I l f a u t c o m m e n c e r le t r a i t e m e n t de c e t t e m a l a d i e p a r l e s s a i g n é e s , les t i s a n e s é m o l l i e n t e s , a d o u c i s s a n t e s , l e s b a i n s , les p u r g a t i f s d o u x e t e n l a v a g e , q u ' o n et qu'on continue

suivant

réitère

la v i o l e n c e d e s a r d e u r s , d e s

d o u l e u r s , en un m o t d e l'inflammation. C e p e n d a n t p e u le pratiquent à - S a i n t - D o m i n g u e , où cette méthode

est

p l u s n é c e s s a i r e q u e d a n s tout a u t r e p a y s : p r e s q u e t o u s c o m m e n c e n t p a r les t i s a n e s a p é r i t i v e s n i t r é e s , a u x q u e l les s u c c è d e n t b i e n v i t e les s u d o r i f i q u e s , les p u r g a t i o n s en bols m e r c u r i e l s , e t les a s t r i n g e n s . L a t i s a n e l é n i t i v e d e notre P h a r m a c o p é e est celle que j'emploie ordinair e m e n t , e n s u i t e le p e t i t

lait l a x a t i f ou s i m p l e , et l e s

e a u x d e c a s s e n i t r é e s , a u x q u e l l e s j e fais s u c c é d e r d e s t i s a n e s p o u r la g o n o r r h é e , c o n t i n u a n t eaux de

casse de deux en

deux

une

toujours

ou d e trois e n

les.

trois

j o u r s , suivant la qualité du t e m p é r a m e n t . Q u a n d je suis p a r v e n u à p r o c u r e r un é c o u l e m e n t d e s m a t i è r e s b l a n c h â t r e s , j ' a i r e c o u r s à la tisane s u d o r i f i q u e q u e j e r e n d s p u r g a t i v e , d e c i n q e n c i n q j o u r s ; et lorsqu'il c o n v i e n t d e l ' a r r ê t e r , à q u e l q u e s bols a s t r i n g e n s , à u n e faite dier ,

avec l'écorce où

d e vitriol

je

fais

jusqu'à

de

sucrier,

mettre une

d'icaquier e t

quelques

gouttes

a g r é a b l e acidité. J e

q u e f o i s faire d e s i n j e c t i o n s a v e c c e t t e

tisane

d'amand'esprit fais

t i s a n e , où

quell'on

m e t q u e l q u e s g o u t t e s d e b a u m e d u P é r o u , ou d e s u c r i e r . D a n s c e r t a i n s c a s , s u r - t o u t q u a n d le m a l a d e r e s s e n t q u e l q u ' o b s t a c l e e n u r i n a n t v e r s la p a r t i e s u p é r i e u r e d u c a n a l , j e fais faire d e l é g è r e s frictions a u r a p h é . C o m m e cette maladie est très - c o m m u n e ,

chacun

a

son r e m è d e , s u r - t o u t les N è g r e s qui p a s s e n t p o u r a v o i r , de meilleurs spécifiques. V o i c i

ceux qui sont parvenus à ma


DE

S T . - D O M I N G U E . 193

à m a connoissance , q u e je vais

distinguer p a r l e u r s

vertus. Plantes Les

apéritives

et

détersives.

r a c i n e s d e b a l i s i e r , d ' h e r b e à blé ,

de r o s e a u

s a u v a g e , d e gris d e c h a t , d ' h e r b e s à c h i q u e s , d e t o u t e s l e s v e r v e i n e s , d e m a l - n o m m é e , d e pois p u a n t , d ' u n a r b r i s s e a u r e s s e m b l a n t au t a m n u s , e t d o n t

la

racine

e s t t r è s - p u a n t e , d e bois d e c o u i l l e , d ' i n d i g o , d e b i dens ou

herbe

à

aiguille , d ' h e r b e

à colet,

qui est

estimée un r e m è d e très-spécifique, les écorces ger

e t d e citronnier

d'oran-

s a u v a g e s , d e s u r e a u , d e liane à

savon. Plantes Les

racines

neficier

à

astringentes.

d e c a s s i e r o u caneficier , d e f a u x c a -

fleur

violette

e t feuilles

étroites,

et leurs

é c o r c e s , les écorces de sucrier, d e g o m m i e r , de m a r i e , d e bois raisinier, de

bois-

de c h a n d e l l e , d'icaquier, d e g a y a c , d e monbin - franc, de

monbin - bâtard , d e

racine d e b o n d u c ; les écorces d'amandier et d'épineux j a u n e , l e s fruits d e l a liane à s a v o n n e t t e s e n é m u l s i o n , et l'apiaba. Q u a n d j'apperçois dans quelqu'un des signes d e v é r o l e , ou q u e j ' a i lieu d'en croire quelqu'un i n f e c t é , j e n'emploie tinction,

point

d'autre méthode

q u e celle

de

l'ex-

qui consiste à m é n a g e r l e s frictions d e façon

q u ' i l n ' a r r i v e p o i n t d e s a l i v a t i o n , o u du m o i n s

qu'elle

soit p e u a b o n d a n t e ; si elle l'étoit t r o p , d e l a d é t o u r n e r p a r l e s p u r g a t i f s , e t d e s u s p e n d r e p o u r c e t effet

les

f r i c t i o n s , j u s q u ' à c e q u e l e g o n f l e m e n t d e s g e n c i v e s soit dissipé. |

Tome

II.


194 Remèdes

M É D E C I N E qui m'ont été communiqués

très-expérimentés, éprouvés

comme

par

des

les plus efficaces

dans le traitement

des

chirurgiens qu'ils

aient

gonorrhées.

O n fait s a i g n e r u n e ou d e u x fois le m a l a d e , s u i v a n t l a qualité d e s o n t e m p é r a m e n t . I l b o i t , p e n d a n t c i n q à six j o u r s , d e u x bouteilles d'eau a i g u i s é s d e trois g r o s d e n i t r e p u r i f i é , e t il p r e n d e n s u i t e la t i s a n e s u i v a n t e . P r e n e z u n e o n c e d ' é c o r c e d e b o i s d e fer et d e m i - o n c e d e s a l s e p a r e i l l e bien c o n c a s s é e s : f a i t e s - l e s bouillir d a n s d e u x p i n t e s d ' e a u j u s q u ' à la d i m i n u t i o n d e la m o i t i é ,

et

à petit feu : a j o u t e z a l o r s d e m i - o n c e d e s é n é , d e u x g r o s d e sel d e n i t r e , e t un m o r c e a u d e r é g l i s s e : r e t i r e z le t o u t d u f e u , et c o u v r e z le v a i s s e a u p o u r laisser infuser la décoction

jusqu'à ce

qu'elle

soit f r o i d e : filtrez la

li-

L e m a l a d e e n b o i r a u n e c h o p i n e le m a t i n en d e u x

g o

queur.

b e l e s , d e u x h e u r e s d ' i n t e r v a l l e e n t r e c h a q u e ; il p o u r r a d é j e û n e r d e u x h e u r e s a p r è s : il p r e n d r a le r e s t e d e u x h e u r e s a p r è s avoir d î n é . I l s ' a b s t i e n d r a d e v i n , o u e n b o i r a t r è s p e u . Il c o n t i n u e r a c e t t e t i s a n e j u s q u ' à c e q u e les m a t i è r e s soient b l a n c h e s e t

filantes

c o m m e un blanc d ' œ u f , et

qu'elles s'arrêtent. P l u s i e u r s m ' o n t a s s u r é s ' ê t r e g u é r i s p a rl'usaged ' u n e t i s a n e faite a v e c les r a c i n e s de b a l i s i e r , d e griffe d e c h a t , e t d e c h i e n d e n t . Ils la r e n d o i e n t p u r g a t i v e d e d e u x

en

d e u x , ou d e trois e n trois j o u r s , a v e c la liane p u r g a t i v e et la r a c i n e d e m é d e c i n i e r b â t a r d . Ils a r r ê t a i e n t e n s u i t e la g o n o r r h é e p a r la

tisane de g o m m i e r

et

de

verveine

p u a n t e . J e v o u d r a i s a j o u t e r d a n s l'une et l ' a u t r e t i s a n e la limaille d e fer a v e c l a sel d e n i t r e , ou bien d a n s la d e r nière le m â c h e - f e r pilé et m i s en n o u e t . I l a r r i v e à la p l u p a r t d e c e u x q u i e m p l o i e n t d a n s les t i s a n e s la l i a n e à p e r s i l , q u ' a p r è s leur g u é r i s o n , ils r e n d e n t


DE

ST.-DOMINGUE.

195

d a n s l'éjaculation u n e s e m e n c e r o u g e o u r o u g e â t r e , c e qui les e f f r a i e , p a r c e qu'ils s ' i m a g i n e n t a v o i r q u e l q u e Vaisseau

r o m p u . C o m m e il n'en r é s u l t e d ' a u t r e é v è n e -

m e n t q u e la p e u r , j e p e n s e q u e c e t t e a l t é r a t i o n , ou t e i n t u r e , p r o v i e n t d e la qualité d e c e t t e p l a n t e , d o n t q u e l q u e p r i n c i p e s e joint et s'unit i n t i m e m e n t

à la liqueur?

s é m i n a l e , d a n s la s é c r é t i o n . Il ne p a r a î t d'ailleurs d a n s l e t r a i t e m e n t a u c u n e m a r q u e d e t e i n t u r e , ni d a n s les urines

t

n i d a n s l ' é c o u l e m e n t d e la g o n o r r h é e . O n e m p l o i e d e u x e s p è c e s d e m a l - n o m m é e p o u r la c u r a d e s g o n o r r h é e s ; la m a l - n o m m é e à feuilles d e p a r i é t a i r e , d o n t le fruit r e s s e m b l e à d e s v e r r u e s ; et la m a l - n o m m é e à feuilles d e s e r p o l e t . L ' u n e e t l'autre s o n t r a m p a n t e s . P l u s i e u r s p r é f è r e n t la d e r n i è r e . S a v e r t u p r i n c i p a l e , d i f f é r e n t e d e celle d e s t i t h y m a l e s , est a s t r i n g e n t e ; c a r u n h o m m e d i g n e d e foi m ' a a s s u r é n'avoir point t r o u v é d e m e i l l e u r r e m è d e p o u r la d i a r r h é e q u e la tisane d e c e t t e p l a n t e , qui lui fut i n d i q u é e p a r un N è g r e a p r è s qu'il e û t e m p l o y é i n u t i l e m e n t le lait et p l u s i e u r s a u t r e s r e m è d e s . D ' o ù l'on doit c o n c l u r e q u e c e s plantes ne p e u v e n t c o n v e n i r q u e lorsqu'il e s t q u e s t i o n d ' a r r ê t e r les g o n o r r h é e s ; c a r si On les d o n n o i t d a n s les c o m m e n c e m e n s , o n c o u rait r i s q u e d ' e n f e r m e r le loup d a n s la b e r g e r i e . U n n è g r e fut surpris p a r s o n m a î t r e s e traiter d ' u n e c h a u d e - p i s s e p a r la s e u l e décoction d e m a l - n o m m é e . L e m a î t r e y fit a t t e n t i o n ; et a y a n t é t é a s s u r é d e la g u é r i s o n d u n è g r e , il v o u l u t é p r o u v e r sur l u i - m ê m e l e m ê m e r e m è d e , qui fut i n f r u c t u e u x . L e s racines de verveine puante et d'herbe à

collet,

p r i s e s en t i s a n e , s o n t , d e t o u t e s les p l a n t e s q u ' o n e m p l o i e les plus efficaces p o u r a r r ê t e r l ' é c o u l e m e n t . Rien

n'est

p l u s ordinaire q u e d ' e n t e n d r e

les

Né-

g r e s s e s s e p l a i n d r e d u m a l d e m è r e ou d e m a t r i c e . C e m a l est p r e s q u e t o u j o u r s l'effet d'un ulcère v é n é r i e n N

a

i


196

MÉDE

C I N E

c e t t e p a r t i e , ou d e q u e l q u e a c c i d e n t d e c o u c h e , elles n e s o n t p a s c e p e n d a n t si s u j e t t e s a u x fleurs b l a n c h e s q u e l e s femmes

blanches.

L e s p e t i t e s t u m e u r s q u i s'ulcèrent a u x p i e d s d e s n è g r e s , s u r - t o u t a u x o r t e i l s , sous la p l a n t e d e s p i e d s , et v e r s les a r t i c u l a t i o n s , et q u ' o n a p p e l l e c r a b e s , t i e n n e n t de la n a t u r e d e s p i a n s , qui ne s ' é t e n d e n t

et ne jettent des r a -

c i n e s , q u e p a r c e q u e la d u r e t é d e la p e a u d e c e s p a r t i e s ' les empêche

de s o r t i r , et de s'élever

c o m m e dans

les

a u t r e s p a r t i e s du c o r p s . D e l à v i e n t q u e l e s u b l i m é c o r r o s i f e s t le m e i l l e u r r e m è d e . Méthodes

qui m'ont: paru les meilleures

pour traiter

les

Pians. D e t o u t e s les m é t h o d e s

m i s e s en u s a g e p a r p l u s i e u r s

c h i r u r g i e n s , p o u r le t r a i t e m e n t d e s p i a n s , les d e u x s u i v a n t e s m ' o n t p a r u les p l u s s û r e s . L ' u s a g e dans l ' A m é r i q u e est d'enfermer

les

nègres

p i a n i s t e s d a n s u n e c h a m b r e b i e n c l o s e , et é c h a u f f é e p a r un p o ê l e , ou p a r un coffre à é t u v e . L e s h u i t ou dix p r e m i e r s j o u r s , o n les s a i g n e , o n les p u r g e , et o n les fait b a i g n e r p l u s ou m o i n s , s e l o n q u e la q u a l i t é d e la m a l a d i e , et celle d u t e m p é r a m e n t s e m b l e n t on

les m e t

en

même

le d e m a n d e r

:

t e m p s à la t i s a n e s u d o r i f i q u e .

A p r è s d e u x o u trois p u r g a t i o n s , ils p r e n n e n t d e s bols o u p o t i o n s s u d o r i f i q u e s , p o u r e x c i t e r la sortie d e tout le v e n i n p a r le m o y e n d ' u n e plus g r a n d e a b o n d a n c e d e p u s t u l e s . Q u e l q u e s uns p r é f è r e n t la fleur d e s o u f r e p r i s e i n t é r i e u r e m e n t ; e n effet elle m ' a p a r u m i e u x c o n v e n i r q u e t o u s l e s a u t r e s r e m è d e s . T a n d i s q u e les pians s o r t e n t , on n e fait p o i n t d ' a u t r e s r e m è d e s ; c e q u i d u r e à q u e l q u e s uns p l u s d'un m o i s . Q u a n d on les j u g e b i e n s o r t i s , on d o n n e d e s f r i c t i o n s , q u e p r e s q u e t o u s les c h i r u r g i e n s p o u s s e n t j u s qu'à c e q u e la salivation soit bien é t a b l i e ; ils e n t r e t i e n n e n t


DE

S T.-DOM I NGUE.

197

c e t t e salivation p l u s ou m o i n s l o n g - t e m p s , s u i v a n t les qualités d e la m a l a d i e et la force du m a l a d e . Q u e l q u e s u n s ont attention à m é n a g e r les frictions d e façon q u ' o n p u i s s e c a l m e r ou a r r ê t e r la salivation p a r le m o y e n d ' u n d o u x p u r g a t i f , aussi s o u v e n t qu'on le j u g e n é c e s s a i r e . C e t t e façon est t r è s - p r u d e n t e , e t convient s u r - t o u t a u x s u j e t s délicats , à c e u x q u i o n t la poitrine foible , ou du p e n c h a n t à l'étisie. P l u s i e u r s chirurgiens n ' e m p l o i e n t p o i n t a u j o u r d ' h u i d e frictions ; ils font user d'une b o i s s o n m e r curielle p r é p a r é e c o m m e il suit. O n fait d i s s o u d r e dans deux o n c e s d'eau forte u n e o n c e d e m e r c u r e : on m ê l e la dissolution dans d i x - h u i t à v i n g t o n c e s d ' e a u . O n m e t le p r e m i e r j o u r , dans une b o u t e i l l e d e t i s a n e sudorifique , d e u x ou trois g o u t t e s d e c e t t e d i s solution ; o n a u g m e n t e tous les j o u r s la d o s e d ' u n e o u d e u x g o u t t e s j u s q u ' à c e qu'il p a r o i s s e des m a r q u e s d e s a livation. Q u e l q u e s uns font saliver ; d'autres l ' e m p ê c h e n t p a r q u e l q u e purgatif. L e s uns et les a u t r e s , par l ' e x a m e n q u e j ' e n ai p u faire , r é u s s i s s e n t é g a l e m e n t et s û r e m e n t . L a dernière f a ç o n p a r a î t m i e u x convenir à ceux qui o n t d e m a u v a i s u l c è r e s . C e t t e d i s s o l u t i o n , m ê l é e dans l'eau , suffit seule p o u r leur p a n s e m e n t . C e u x q u i p u r g e n t n ' e m ploient pour c e t effet q u e la liane p u r g a t i v e , d o n t u n e b r a s s e est là d o s e qu'ils c o u p e n t par petits m o r c e a u x , e t qu'ils font bouillir d a n s la t i s a n e s u d o r i f i q u e . O n m ' a a s s u r é qu'on faisait t o m b e r les gales p i a n i s t e s à l a M a r t i n i q u e a v a n t q u e d'administrer les frictions. , p a r le m o y e n d'un o n g u e n t fait a v e c le m â c h e - fer pilé e t le j u s d e citron , a f i n , m ' a - t - o n d i t , d e r e n d r e la p e a u u n i e , et par c o n s é q u e n t donner une plus g r a n d e facilité a u m e r c u r e d ' a g i r , et d e p é n é t r e r au t r a v e r s d e s p o r e s d e t o u t e la c i r c o n f é r e n c e . D e p u i s un ou d e u x a n s , M . C o n e g u , m a î t r e c h i r u r g i e n et qui e s t d a n s une g r a n d e réputation , a fait p a r t à p l u - ,

N 3


198

M É D E C I N E

sieurs d e ses confrères d'une autre façon de traiter les p i a n i s t e s p a r u n e p r é p a r a t i o n p a r t i c u l i è r e du m e r c u r e , q u e j'ai c o p i é e d e l'écrit d e l ' a u t e u r . C e u x q u i s'en s e r v e n t m ' e n o n t t o u s p a r l é fort a v a n t a g e u s e m e n t . Remèdes

pour guérir

M. Conegu

les Pians,

qu'emploie

, maître chirurgien

P r e n e z du s u b l i m é c o r r o s i f ,

à

avec

succès,

Limonade.

et d u m e r c u r e c r u ,

de

c h a c u n p a r e i l l e d o s e , par e x e m p l e u n e o n c e d e c h a c u n : b r o y e z - l e s d a n s un m o r t i e r d e m a r b r e a v e c un pilon d e b o i s , j u s q u ' à c e q u e le m e r c u r e soit p a r f a i t e m e n t é t e i n t a v e c le s u b l i m é c o r r o s i f , e t r é d u i t en u n e p o u d r e t r è s g r i s e . C e t t e trituration doit ê t r e l o n g u e e t l e n t e , il f a u t q u e l ' a r t i s t e a i t soin d'en é v i t e r la v a p e u r . A p r è s c e t t e o p é r a t i o n , on l a v e la p o u d r e d a n s l e mortier, premièrement

même

a v e c d e l'eau b i e n c h a u d e ,

en

r e m p l i s s a n t p r e s q u e le m o r t i e r , e t a g i t a n t la p o u d r e a v e c l e p i l o n , afin d e d é l a y e r et e m p o r t e r les s e l s . O n l a i s s e la p o u d r e s e r a s s e o i r a u f o n d d u m o r t i e r ; i n c l i n e l'eau en p r e n a n t g a r d e d e

on

n e p a s j e t e r la p o u d r e ,

o n la l a v e d e c e t t e façon d e u x ou trois fois a v e c d e l ' e a u c h a u d e , e t a u t a n t d e fois a v e c d e l'eau froide , e t o n la fait s é c h e r a u soleil. Q u a n d elle e s t b i e n s è c h e , on la r e m e t e n p o u d r e d a n s l e m o r t i e r d e m a r b r e , e t on l ' a r r o s e a v e c l ' e s p r i t d e v i n j u s q u ' à c e qu'il s u r n a g e u n p e u d e la p o u d r e , q u ' o n a g i t e a v e c u n e s p a t u l e , afin d e l a b i e n faire p é n é t r e r p a r l ' e s p r i t . O n y m e t le feu a v e c un m o r c e a u d e p a p i e r . O n r e m u e de t e m p s en t e m p s a v e c la s p a t u l e j u s q u ' à c e q u e l ' e s p r i t d e v i n soit t o u t - à - f a i t c o n s o m m é , et q u e la p o u d r e s o i t s è c h e , c o m m e il a r r i v e t o u j o u r s q u a n d l ' e s p r i t d e v i n e s t b o n . O n fait d é v o r e r à l ' E s p r i t d e v i n c e t t e p o u d r e d e u x ou t r o i s fois d e la m ê m e f a ç o n , afin d ' a d o u c i r e t d ' a r r o n d i r l e s p o i n t e s d e sels q u e l e s l o t i o n s n ' o n t enlever.

pu


DE

S

199

T . - D O M I N G U E.

Cette p o u d r e , ainsi p r é p a r é e , e s t i n c a p a b l e d e f a i r e a u c u n e m a u v a i s e i m p r e s s i o n . O n p e u t en d o n n e r e n t o u t e s û r e t é , m ê m e à d e s e n f a n s . L a d o s e aux g r a n d e s p e r s o n n e s est d e p u i s q u a t r e j u s q u ' à huit g r a i n s . I l f a u t c o m m e n c e r , a v a n t d'en

u s e r , par saigner

et

p u r g e r u n e ou d e u x f o i s , s u i v a n t l'état de p l é n i t u d e et la constitution

du s u j e t , e t m e t t r e le m a l a d e à l ' u s a g e d e

la t i s a n e s u d o r i f i q u e . Dans grains

le c o m m e n c e m e n t , e n b o l ; on

peut

on n e

donne

que

quatre

a u g m e n t e r le q u a t r i è m e j o u r .

S'il p a r o î t d e s s i g n e s d e s a l i v a t i o n , on p e u t la p r é v e n i r p a r un d o u x

purgatif,

p a r c e q u e l'indication qu'on

se

p r o p o s e d e r e m p l i r est d e c h a s s e r l e v e n i n p a r l a t r a n s piration. Il est b o n ,

p o u r la p r o c u r e r , d e

faire travailler l e s

N è g r e s à l'ardeur d u s o l e i l , é v i t a n t d e n e les p o i n t faire s o r t i r a u v e n t f r o i d , à la p l u i e , o u à la r o s é e , e t o u n e doit les nourrir q u ' a v e c d e s a l i m e n s d o u x . On

use de ce r e m è d e

p e n d a n t v i n g t - c i n q ou t r e n t e

j o u r s , s'il e x c i t o i t le v o m i s s e m e n t , m e n t , à m o i n s q u e le m a l a d e n'y

ce qui arrive r a r e ait d e la d i s p o s i t i o n ,

d o n t la qualité d e s m a t i è r e s b i l i e u s e s s e r t d e p r e u v e . S i l e v o m i s s e m e n t r e v i e n t à la s e c o n d e ou t r o i s i è m e p r i s e , o n d o n n e un d o u x p u r g a t i f , e t l'on c o n t i n u e le r e m è d e . L ' a u t e u r n'a j a m a i s v u d ' a u t r e s a c c i d e n s . N e p o u r r o i t - o n p a s e x é c u t e r la m ê m e o p é r a t i o n

avec

l e sel a m m o n i a c ? E t , d a n s c e c a s , l e r e m è d e non s e u l e ment

serait moins

sûrement

d a n g e r e u x , mais m ê m e

s e r a i t plue

sudorifique.

U n e d e s p r i n c i p a l e s c a u s e s qui e m p ê c h e n t d e r é u s s i r d a n s l a c u r e d e s pians

e t d e la v é r o l e , e s t

le

défaut

d e p r é p a r a t i o n , o u l ' e r r e u r qu'on p e u t c o m m e t t r e d a n s la m a n i è r e de p r é p a r e r les m a l a d e s . P l u s i e u r s c h i r u r g i e n s

N4


M É D E C I N E

200

s e b o r n e n t à une ou d e u x saignées et à d e u x ou trois p u r g a t i o n s , e t m e t t e n t les v é r o l e s , dès les p r e m i e r s j o u r s , à la tisane sudorifique. D ' a u t r e s , sans faire attention à la qualité du t e m p é r a m e n t , e m p l o i e n t la m ê m e m é t h o d e , o u , p o u r m i e u x dire , la m ê m e r o u t i n e , ne faisant p a s réflexion q u ' a u x uns les r e m è d e s échauffans et d e s s i c c a t i f s , t e l s q u e la tisane s u d o r i f i q u e , s o n t c o n t r a i r e s ; q u ' a u x a u t r e s il faut éviter les émolliens et les laxatifs. L a m e i l l e u r e r è g l e qu'on p u i s s e s u i v r e à l'égard de c e u x qui o n t l e m a l h e u r d'être infectés d e ce virus , c'est d e distinguer l e s t e m p é r a m e n s g r a s et r e p l e t s d ' a v e c les s e c s , m a i g r e s , ou e x t é n u é s . A u x p r e m i e r s , les purgatifs réitérés p l u s i e u r s f o i s , et la tisane sudorifique c o n v i e n n e n t : a u x s e c o n d s , les saignées , les bains e t les tisanes ou bouillons d é l a y a n s et é m o l l i e n s , dont il convient d e leur faire user l ' e s p a c e au m o i n s d e q u a t r e à cinq s e m a i n e s , a v a n t q u e d'en venir a u x r e m è d e s m e r c u r i e l s , afin d e r e l â c h e r le tissu d e s fibres , d o n t le trop de s é c h e r e s s e e m p ê c h e l'effet du m e r c u r e p a r la transpiration. L a tisane faite a v e c la s e u l e é c o r c e d e g o m m i e r , les l a v e m e n s a v e c la décoction raquette

et

d e c e t t e é c o r c e , et la

b o u c a n n é e et p i l é e , m ' o n t p a r u les m e i l l e u r s

r e m è d e s p o u r c a l m e r les d o u l e u r s d e l a v é r o l e . J e n e m ' a r r ê t e point à la v é r o l e ni au s c o r b u t d'orig i n e p a r c e q u e c e s v i r u s naturalisés ou incorporifiés a v e c t o u t e la s u b s a n c e du c o r p s , constituent u n e e s p è c e d e t e m p é r a m e n t i n f i r m e , l a n g u i s s a n t , assailli d e différens m a u x , d o n t il n'y a p a s a p p a r e n c e d e d é t r u i r e la c a u s e , p a r c e qu'on n'a p a s le p o u v o i r d e refondre u n e m a u v a i s e constitution. T o u t ce qu'on p e u t faire e s t d e pallier e t d e conseiller un r é g i m e , d e s a l i m e n s , d e s boissons , q u i c o m b a t t a n t s a n s c e s s e la m a u v a i s e q u a l i t é de l'un ou d e l ' a u t r e , p u i s s e n t en diminuer l'action et le développe-

ment.


D E

S T . - D O M I N G U E.

C H A P I T R E

201

X L

T R A I T E M E N S DES F L U X DE V E N T R E , Confondus

à Saint-Domingue

Lorsque

sous le nom

de

Diarrhée.

l ' e s t o m a c e s t fatigué p a r d e s a l i m e n s t r o p

g r o s s i e r s qu'il n e p e u t bien d i g é r e r , il ne s e f o r m e q u ' u n chyle rempli de matières dures et compactes , lesquelles p a r c o u r a n t le c a n a l i n t e s t i n a l , e x c o r i e n t les

fibres.

en

irritent, raclent

et

Q u o i q u e le tissu d e s intestins g r ê l e s

s'oit plus délicat q u e c e lui d e s g r o s , ils s o n t c e p e n d a n t p l u s à c o u v e r t d e l'action d e c e t t e m a t i è r e , p a r c e q u e c e l l e s ci n a g e a n t d a n s le fluide c h y l e u x , noyées,

elles y s o n t

comme

e t n e p e u v e n t offenser la m e m b r a n e v e l o u t é e ;

m a i s q u a n d elles s o n t p a r v e n u e s a u x g r o s i n t e s t i n s , d e s t i t u é e s alors de l i q u i d e s ,

elles a g i s s e n t i m m é d i a t e m e n t

sur les fibres. D e - l à les c o l i q u e s ou t r a n c h é e s q u i s u i v e n t et accompagnent

les

principalement sentir

indigestions ,

et qui

se

faisant

d a n s le colon , o n t fait d o n n e r à

c e s y m p t ô m e le n o m d e c o l i q u e : de-là le t é n e s m e e t la dyssenterie

qui s u r v i e n n e n t

q u a n d les i n d i g e s t i o n s

s u c c è d e n t , et q u e les irritations s o n t continuelles

se

: de-

l à , la lienterie e t le flux h é p a t i q u e , l o r s q u e p a r u n e m a u v a i s e d i s p o s i t i o n ou n a t u r e l l e , ou p r o v e n a n t d e q u e l q u e v i r u s , les fibres se r e l â c h e n t , e t p e r d e n t leur r e s s o r t . C e s différens flux d e v e n t r e s o n t d o n c d e s s y m p t ô m e s ou des suites d u p r e m i e r , e t p a r c o n s é q u e n t le d é r a n g e m e n t de l ' e s t o m a c en est la p r e m i è r e c a u s e .


202

M É D E C I N E

C H A P I T R E DU LE

T

É N

X I I .

E S M E.

t é n e s m e e s t u n e irritation clans l'intestin r e c t u m e t

dans son

sphincter

ou b o u r r e l e t , q u i e x c i t e

c o n t i n u e l l e s d'aller à la efforts

s a n s rien

selle,

o ù l'on

fait

d e s envies; de grands

r e n d r e , ou n e r e n d a n t q u e q u e l q u e s

matières muqueuses et m a u v a i s e s , des glaires, et quelq u e s p a r t i c u l e s d u v e l o u t é d e , l'intestin , d a n s l e s q u e l l e s on a p p e r c o i t d e s g o u t t e s d e s a n g .

C H A P I T R E

X I I I .

DE LA DYSSENTERIE. LA

dyssenterie est une déjection f r é q u e n t e ,

sanguino-

lente , précédée et accompagnée de vives tranchées,

et

qui c o n t i n u a n t , d e v i e n t p u r u l e n t e e t t r è s - d o u l o u r e u s e . L e t é n e s m e e t la d y s s e n t e r i e n e diffèrent d e g r é , et p a r l e s

parties qui en

que par le

s o n t le s i è g e . L e t é -

n e s m e p r é c è d e , a c c o m p a g n e , e t s u i t p r e s q u e t o u j o u r s la d y s s e n t e r i e , p a r c e q u e les m a u v a i s e s m a t i è r e s s é j o u r n e n t un p e u t r o p d a n s l ' e x t r é m i t é reste

toujours

quelque

du

portion,

r e c t u m , e t qu'il qui étant

en

retenue,

é c h a u f f e et irrite c e t t e p a r t i e . Ces maladies

s u p p o s e n t un g r a n d

fibres intestinales.

E l l e s ne

ressort dans les

surviennent

en

effet

que

p a r c e q u e l e s fibres r é s i s t e n t ; e t q u ' i r r i t é e s p a r le f r o t tement des

m a t i è r e s d u r e s , elles r e d o u b l e n t leur

* V o y e z O f f m a n et B i a n c h i .

con-


DE

ST.-DOMINGUE.

203

traction ; ce qui ne p e u t arriver sans d e fortes p e r c u s sions d e la p a r t d e s m a u v a i s e s m a t i è r e s : d ' o ù r é s u l t e n t d e s e x c o r i a t i o n s d e la m e m b r a n e v e l o u t é e , d e s

déchi-

r e m e n s d e s v a i s s e a u x c a p i l l a i r e s - s a n g u i n s , et enfin d e s u l c è r e s . A u s s i c e s m a l a d i e s , s u r - t o u t la d y s s e n t e r i e , n ' a t t a q u e n t q u e d e s t e m p é r a m e n s forts , n a t u r e l l e m e n t const i p é s , e t s u r - t o u t les

matelots.

C H A P I T R E DE

LA

X I V .

LIENTERIE.

J ' a p p e l l e lienterie un flux d e v e n t r e d a n s lequel

on

Va f r é q u e m m e n t à l a s e l l e , s a n s t r a n c h é e et s a n s d o u l e u r , d a n s lequel les m a l a d e s r e n d e n t les a l i m e n s m a l d i g é r é s , d on t on t r o u v e e n c o r e q u e l q u e s p o r t i o n s t i è r e s et

C H A P I T R E Du LE y

flux

en-

très-fétides,

FLUX

hépatique est

X V ,

HÉPATIQUE,

u n e s u i t e d e la lienterie : il

e n a d e d e u x e s p è c e s ; l'un p r o v i e n t du r e l â c h e m e n t

d e s v e i n e s h e m o r r o i d a l e s i n t e r n e s , e t l ' a u t r e du s e u l r e l â c h e m e n t d u foie. L ' u n et l ' a u t r e s o n t r a r e s , sur-, t o u t le d e r n i e r . L e r e l â c h e m e n t d e l ' e s t o m a c e t d e s i n t e s t i n s s e c o m m u n i q u e a u x v a i s s e a u x s a n g u i n s ; les h é morroïdaux

l a i s s e n t é c h a p p e r le sang qui d o n n e

aux

e x c r é m e n s une teinture plus ou moins r o u g e , suivant l a qualité at la q u a n t i t é qui e n d é c o u l e .


2 0 4M É D E C I N E

Traitement. C e s m a l a d i e s , c ' e s t - à - d i r e la lienterie et le flux h é p a t i q u e , n'ont c o u t u m e d ' a t t a q u e r q u e l e s s c o r b u t i q u e s , l e s v é r o l e s et les c a c h e c t i q u e s , d a n s l e s q u e l l e s les d ' u n e g r a n d e dissolution a n n o n c e n t ment,

signes

un g r a n d r e l â c h e -

s u r - t o u t l o r s q u e c e s m a l a d e s é t a n t à un c e r t a i n

é t a t d ' e n g o r g e m e n t , p e r d e n t l ' a p p é t i t , et q u e l ' e s t o m a c o p p r i m é p a r la p l é n i t u d e

de ces vaisseaux p r o p r e s , et

par celle des viscères v o i s i n s , peut

sur-tout de

la r a t e ,

ne

faire q u e d e t r è s - m a u v s i s e s d i g e s t i o n s , d'où s'en-

suivent des indigestions, auxquelles succède bientôt une fonte

générale.

C e t t e r é v o l u t i o n a r r i v e o r d i n a i r e m e n t d a n s les s a i s o n s pluvieuses ; quelquefois le

ténesme

la p r é c è d e , l ' a c -

c o m p a g n e e t la s u i t , m a i s bien p l u s f o i b l e m e n t

q u e la

d y s s e n t e r i e , les c a u s e s d e c e s m a l a d i e s é t a n t bien c o n n u e s , m o n t r e n t c l a i r e m e n t les indications qu'il faut s u i v r e . U n e diète lénitives,

et

r i g i d e , des

bouillons l é g e r s ,

des

tisanes

q u e l q u e s l a v e m e n s a d o u c i s s a n s , suivis d e

q u e l q u e s p u r g a t i o n s d o u c e s , c o u p e n t pied a u x suites d ' u n e diarrhée

négligée,

q u i m e n a c e d e t é n e s m e et d e d y s -

senterie. D a n s le t é n e s m e , j e fais faire d e s f u m i g a t i o n s , c'està - d i r e r e c e v o i r la v a p e u r d e liente,

q u e l q u e décoction

émol-

o u du s u c r e , d a n s un r é c h a u d r e m p l i d e c e n d r e s

b i e n c h a u d e s . Si p a r n é g l i g e n c e , p a r le m a u v a i s r é g i m e , ou que

par une le

sang

m a u v a i s e d i s p o s i t i o n , le soit

mêlé

avec

les

mal augmente ,

excrémens ,

que

l e m a l a d e se p l a i g n e d e g r a n d e s t r a n c h é e s , e t qu'enfin la

fièvre

s u r v i e n n e , il faut a v o i r r e c o u r s à la s a i g n é e ,

q u ' o n r é i t é r e r a p l u s ou m o i n s , s u i v a n t les c i r c o n s t a n c e s ; aux cataplasmes émolliens, aux fréquens lavemens adou« s s a n s , huileux ; aux t i s a n e s l é n i t i v e s , à la potion

lé-


DE

S T . - D O M I N G U E

2o5

mitive d e n o i r e P h a r m a c o p é e , qui a p p a i s e b e a u c o u p l e s t r a n c h é e s . Q u a n d la disposition i n f l a m m a t o i r e e s t d i s s i p é e o u d i m i n u é e , o n p u r g e a v e c la marine et l'huile d'amandes douces. O n réitère cette médecine deux ou trois fois , s u i v a n t l e s s y m p t ô m e s q u i r e s t e n t . O n e m ploie , o u l e s i r o p m a g i s t r a l , o u un p e u d e r h u b a r b e a v e c la m a n n e , q u e l q u e t i s a n e a s t r i n g e n t e o u d é t e r s i v e , enfin l ' o p i u m ,

q u ' o n doit a d m i n i s t r e r a v e c p r u d e n c e ,

et ne risquer q u e lorsque tout soupçon d'inflammation est dissipé, parce qu'on n e peut t r o p , dans les p a y s chauds, être en garde contre les inflammations

de ces

parties, qui, se formant lentement et souvent sans b e a u c o u p d e d o u l e u r , n e d o n n e n t d e s m a r q u e s d e leur e x i s t e n c e q u e lorsqu'il n ' e s t p l u s t e m p s d'y r e m é d i e r . P o u r cette r a i s o n , je n'emploie

point d ' i p é c a c u a n h a ,

rare-

m e n t d e rhubarbe et d'opium. L a lecture d e c e s m é m o i r e s , q u e j ' a i t â c h é d e m e t t r e à la p o r t é e

de tout

l e m o n d e , p o u r r a dessiller l e s y e u x d e n o s c h i r u r g i e n s , e t l e s c o n v a i n c r e d u m a u v a i s effet d e c e s d r o g u e s d a n s ces maladies. C o m m e le ténesme est une maladie c o m m u n e , et q u e d a n s l a p l u p a r t elle p r o v i e n t d ' u n e

chaleur

trop

g r a n d e , les boissons acides et rafraîchissantes sont l e s m e i l l e u r s r e m è d e s . C ' e s t d a n s c e t t e intention q u ' o n r é u s s i t d a n s s a c u r e par l ' u s a g e d e l a l i m o n a d e

avec l'orange

des b o i s , par celle de tamarin , par la décoction d e s b o u r g e o n s d u d e r n i e r , enfin p a r q u e l q u e t i s a n e r a f r a î c h i s s a n t e . S i o n a lieu d e s o u p ç o n n e r

une acrimonie

vérolique ou s c o r b u t i q u e , la décoction d'écorce de g o m m i e r e s t d e t o u s l e s r e m è d e s é p r o u v é s celui qui m ' a paru le mieux

réussir p o u r e n é m o u s s e r la m a u v a i s e

qualité, et calmer L e relâchement flux

les douleurs. q u i e s t la c a u s e d e la lienterie e t d u

h é p a t i q u e , p r o p o s e u n e indication c o n t r a i r e à c e l l e


206

M É D E C I N E

qu'il faut s u i v r e p o u r la c u r e d u t é n e s m e e t d e la d y s senterie. Il faut se comporter façon q u ' o n

d a n s leur t r a i t e m e n t

de

laisse la n a t u r e se d é b a r r a s s e r elle - m ê m e

du poids qui l'accabloit,

avoir a t t e n t i o n à r é t a b l i r p e u

à p e u l e r e s s o r t des p a r t i e s r e l â c h é e s , et c o m b a t t r e o u c o r r i g e r en m ê m e - t e m p s

les m a u v a i s levains

s o n t l a p r e m i è r e origine. O n y

qui

en

p a r v i e n d r a p a r un r é -

g i m e c o n f o r m e à la situation d u m a l a d e , p a r les tisanes e t b o i s s o n s p r o p r e s à t e m p é r e r la f r é q u e n c e d e s d é j e c tions , par de tions ,

l é g e r s c o r d i a u x , par

s u r - t o u t p a r le s i r o p

dans notre

de

légères

magistral.

p h a r m a c o p é e , toutes

On

purga-

trouvera ,

les f o r m u l e s

de

ces

différens r e m è d e s q u i p e u v e n t y c o n v e n i r . O n y a s s o c i e r a l e s a n t i - s c o r b u t i q u e s , les s u d o r i f i q u e s , s u i v a n t lité

la q u a -

du virus qu'on pourra d é c o u v r i r , ou qu'on a u r a

sujet de soupçonner. L'Ipécacuanha

de

Saint-Domingue,

m'ont paru plus doux que

d o n t les

effets

c e u x d e celui du B r é s i l , la

t h é r i a q u e , le d i a s c o r d i u m et l ' o p i u m , o n t p l u s lieu d a n s ces espèces n'y

d e flux q u e dans l e s p r é c é d e r a , p a r c e q u ' i l

a pas tant à appréhender

l'inflammation.

Il

faut

c e p e n d a n t avoir l'attention d e n e les e m p l o y e r q u e l o r s q u e la plénitude

est entièrement

dissipée,

e t q u e le

ma-

l a d e , étant menacé d'épuisement , a besoin de relâche. L e c a c h o u e t le succin m ' o n t p a r u t r è s efficaces d a n s ces maladies. L e s gelées sauvage

de jus de

citron e t

ont beaucoup de vertu pour

M a i s il n ' y

d'orange

fortifier.

a point de r e m è d e p l u s s a l u t a i r e q u e le

lait à l ' é g a r d d u p l u s g r a n d n o m b r e d e s d i a r r h é t i q u e s . C'est toujours

à lui qu'il e u

il en p é r i r o i t p l u s

des deux

faut r e v e n i r , et s a n s lui tiers. C e

liquide

remplit

en effet p a r s e s q u a l i t é s t o u t e s les i n t e n t i o n s q u ' o n se proposer pour donner

à l ' e s t o m a c un

aliment

doit pro-

p o r t i o n n é à s a f o i b l e s s e , e t , à t o u t e s les a u t r e s p a r t i e s ,


D E

S

T.

-D o

M

i n

207

UE.

G

l a n o u r r i t u r e l é g è r e qui c o n v i e n t à leur

relâchement,

et q u i , en les fortifiant p e u à p e u , p u i s s e les m e t t r e e n é t a t d'en r e c e v o i r u n e p l u s solide. I l r e d o n n e e n

même

t e m p s d e la c o n s i s t a n c e a u x liquides ; e t e m b a r r a s s a n t l e s r e s t e s du levain qui n'a p a s é t é e n t r a î n é p a r la c o l l i q u a t i o n g é n é r a l e , il les m e t h o r s d'état d e s e d é v e l o p p e r d e l o n g - t e m p s : d'où r é s u l t e u n c h a n g e m e n t

si c o n s i -

d é r a b l e , q u ' o n croiroit voir d ' a u t r e s h o m m e s . M a l g r é c e s b o n s e f f e t s , il y a c e p e n d a n t q u e l q u e s p r é c a u t i o n s à p r e n d r e d a n s son u s a g e . I l n e faut y avoir r e c o u r s q u e l o r s q u e le m a l a d e e s t p a r v e n u à u n é t a t d e f o i b l e s s e q u i fait c o n j e c t u r e r qu'il r e s t e p e u d e s m a u v a i s e s m a t i è r e s q u i f o r m o i e n t les e n g o r g e m e n s ; corromproit , et en

car autrement

augmenteroit

le lait

la quantité. I l

se faut

l e donner, c o u p é a v e c q u e l q u e l é g è r e t i s a n n e a s t r i n g e n t e ou décoction

d e c e t t e n a t u r e , au tiers ou à la m o i t i é .

L e lait a s t r i n g e n t d e

notre

pharmacopée

servira

de

modèle. Le

flux

de ventre

s e c a l m a n t , o n c o u p e le lait a v e c

u n e d é c o c t i o n ou infusion a n t i - s c o r b u t i q u e o u s u d o r i f i q u e , s u i v a n t le levain q u ' o n a lieu d e s o u p ç o n n e r . L e l a d e n'y joint d ' a u t r e

nourriture que

ma-

lorsqu'il p a r o î t

p r e n d r e un p e u d e f o r c e , e t il doit a v o i r soin q u e c e s n o u r r i t u r e s soient

d'une n a t u r e conforme à celle

lait. Il se p u r g e a l o r s , s u i v a n t le se t r o u v e , de huit

resserrement où

du il

e n h u i t j o u r s a v e c la m a n n e et u n

p e u d e r h u b a r b e , ou d e q u i n z e en q u i n z e j o u r s : f a u t e de cette attention,

le lait é t a n t

extrêmement

épais à

S a i n t - D o m i n g u e , il s e f o r m e r a i t d e p e t i t s e n g o r g e m e n s , s u r - t o u t d a n s les v e i n e s l a c t é e s , q u i c a u s e r a i e n t la

fièvre.

D è s que le m a l a d e sera parvenu à un état d e santé c o n v e n a b l e , il q u i t t e r a l ' u s a g e d u l a i t , et n e p r e n d r a celui du vin q u e l o n g - t e m p s a p r è s , a y a n t p u r g e r en

finissant.

soin d e

se


208

M É D E C I N E

J ' a i vu d e s gens q u i , pour se procurer de l'embonpoint,

continuoient

d e p r e n d r e d u l a i t , e t qui y é t a n t

parvenus, tomboient dans puelpues maladies considérables» s u r - t o u t d a n s d e s fièvres c o n t i n u e s

qui duraient

long-

t e m p s , e t q u ' o n n e p o u v o i t d é r a c i n e r q u e p a r les p u r g a t i o n s r é i t é r é e s d e q u a t r e à c i n q j o u r s d e suite. O n doit avoir attention d e faire nourrir l a v a c h e d'une manière conforme a u x vues qu'on s e propose. L ' h e r b e d e c o s s e , qui est u n e e s p è c e d e r i z s a u v a g e , e t q u e tousl e s a n i m a u x m a n g e n t a v i d e m e n t , e s t la p l u s c o n v e n a b l e . I l faut éviter d e lui d o n n e r d u petit m i l e t d u bois d e p a t a t e . C e s p l a n t e s r e n d e n t l e lait laxatif. L e m a ï s e s t plus convenable.

C H A P I T R E

X V I .

T R A I T E M E N T DU FLUX CHYLEUX OU CŒLIAQUEI l y a u n e e s p è c e d e flux d e v e n t r e qui n'a rien d e c o m m u n a v e c c e u x d o n t n o u s v e n o n s d e faire m e n t i o n ; c'est l e flux c h y l e u x , dont les c a u s e s sont d i f f é r e n t e s , m a i s q u i p r o v i e n t q u e l q u e f o i s d'un v i c e d e d i g e s t i o n , qui r e n d le c h y l e , quoique d i g é r é , visqueux et grossier. C e c h y l e , par l e s i n c r u s t a t i o n s qu'il fait d a n s les v e i n e s l a c t é e s , les e n g o r g e et les o b s t r u e ; d ' o ù s'ensuit un flux g r i s â t r e , q u i p o r t e a v e c lui l e s signes d e s a c a u s e . C e t t e

maladie arrive

d a n s la c o n v a l e s c e n c e d e q u e l q u e s fièvres l y m p h a t i q u e s , s u r - t o u t à c e u x q u i m a n g e n t trop d'abord , ou q u i n e choisissent p a s leurs a l i m e n s . I l a r r i v e aussi à c e u x q u ' u n vif c h a g r i n ou une forte t e r r e u r p a n i q u e a saisi. S i on p r e n d le c h a n g e d a n s la c u r a t i o n , il en r é s u l t e d e f a c h e u x évènenaens. Les b a i n s , les r e m è d e s résolutifs et légèrement


DE

S T . - D O M I N G U E .

209

l é g è r e m e n t a p é r i t i f s , sont les seuls qui d o i v e n t c o n v e n i r ; tels sont e n t r ' a u t r e s la c h i c o r é e s a u v a g e , le c e r f e u i l , l e c é l e r i , le c r e s s o n , les é p i n a r d s , et q u e l q u e s clous rouillés d a n s la tisane. I l faut éviter les sels , d e q u e l q u e n a t u r e qu'ils s o i e n t , et les a c i d e s : ils n e p e u v e n t q u ' ê t r e

con-

t r a i r e s à la c a u s e . L o r s q u e c e t t e m a l a d i e a p o u r c a u s e un v i f c h a g r i n o u u n e t e r r e u r p a n i q u e , les v e i n e s l a c t é e s ne sont b o u c h é e s que

p a r le r e s s e r r e m e n t q u e p r o d u i t la crispation

des

nerfs m é s e n t é r i q u e s : ainsi il ne faut s ' a t t a c h e r cru'à r e l â c h e r les fibres n e r v e u s e s . L e s bains c o n v i e n n e n t p o u r c e l a ; m a i s il faut s u b s t i t u e r à la c h i c o r é e , au

cerfeuil

e t au c é l e r i , la c h i c o r é e b l a n c h e , la laitue. R i e n n e s e roit plus utile q u e l ' o p i u m ; m a i s la fièvre et l'altération , q u i sont o r d i n a i r e m e n t d e la p a r t i e , s'y o p p o s e n t .

Le

p o u l s des m a l a d e s est o r d i n a i r e m e n t p e t i t , c o n c e n t r é et très-souvent

,

frémillant. Ils o n t d'ailleurs la l a n g u e

h u m i d e , et ils r e n d e n t les bouillons e t les a u t r e s b o i s s o n s p r e s q u e d e la m ê m e n a t u r e qu'ils les o n t p r i s .

C H A P I T R E T r a i t e m e n t de JE

X V I I .

l'Hydropisie.

distingue l'hydrûpisie en deux espèces

en h y d r o -

pisie p a r é p a n c h e m e n t , et en h y d r o p i s i e par infiltration. L ' h y d r o p i s i e p a r é p a n c h e m e n t est p r o d u i t e p a r la r u p ture de quelques vaisseaux l y m p h a t i q u e s , comprimés par l e v o l u m e d'une t u m e u r s q u i r r e u s e qui, i n t e r c e p t e la c i r culation d e la l y m p h e , fait gonfler les v a i s s e a u x , et l e s fait r o m p r e ; d ' o ù , p a r u n e distillation c o n t i n u e l l e , Tome

II

O

se


M É D E C I N E

210

f o r m e , dans la c a p a c i t é , un a m a s d'eau qu'on a p p e l l e hydropisie. L'hydropisie

p a r infiltration

e s t celle q u i e s t

l'effet

d'un e n g o r g e m e n t général q u i , p a r v e n u au point d e

di-

later a s s e z les p o r e s p o u r se faire j o u r , s e filtre a u t r a v e r s , et distille p e u à p e u . E l l e e s t à S a i n t - D o m i n g u e t o u j o u r s l'effet d e s dissolutions s c o r b u t i q u e s , v é r o l i q u e s ou c a c h e c tiques. O n doit j u g e r , p a r les c a u s e s d e s h y d r o p i s i e s , q u ' e l l e s s o n t toutes i n c u r a b l e s , à l ' e x c e p t i o n d e la c a c h e c t i q u e , d o n t on p e u t d é t r u i r e la c a u s e en r é t a b l i s s a n t le t e m p é r a m e n t . M a i s on n e p e u t q u e pallier les a u t r e s , a t t e n d u qu'elles sont l'effet ou d'un s q u i r r e trop i n v é t é r é p o u r e n e s p é r e r la résolution , ou d ' u n e dissolution t r o p g r a n d e et t r o p a n c i e n n e p o u r en a t t e n d r e la d e s t r u c t i o n , à m o i n s q u e p a r q u e l q u e révolution f a v o r a b l e q u e le c h a n g e m e n t d e c l i m a t p e u t seul p r o c u r e r a u x s c o r b u t i q u e s , il n ' a r r i v e d a n s les t e m p é r a m e n s u n e m é t a m o r p h o s e qui les m e t t e en é t a t d e soutenir les o p é r a t i o n s et les r e m è d e s qui l e u r c o n v i e n n e n t : car t a n d i s qu'ils r e s t e r o n t d a n s le p a y s , ils a u r o n t d a n s l'air un o b s t a c l e q u ' a u c u n r e m è d e n e p e u t s u r m o n t e r , e t l ' h y d r o p i s i e r e v i e n d r a , ou la d i a r r h é e y suppléera. Remèdes

qu'on dit avoir été plusieurs fois succès

dans

éprouvés

avec

l'hydropisie.

P r e n e z un m o r c e a u de feuille d ' a l o ë s , d e la l o n g u e u r d e q u a t r e à cinq doigts , d e u x livres

de cendres p a s s é e s ,

c i n q à six cuillerées d e jus d e c i t r o n , r a c i n e de m é d e c i n i e r e t d e v e r v e i n e p u a n t e , d e c h a c u n e une b o n n e p i n c é e . F a i t e s les infuser d a n s q u a t r e à cinq p o t s d'eau ; a j o u t e z u n e vieille h a c h e r o u g i e au feu. O n e n fait p r e n d r e un, g o b e l e t de six e n six h e u r e s . P r e n e z r a c i n e s de t a m a r i n , d e

figuier

r o u g e , de s u -

r e a u , de s q u i n e , de s a l s e p a r e i l l e , e t d e m é d e c i n i e r ,

de


DE

S T. - D O M I N G U E .

211

c h a c u n une p o i g n é e , et trois g o b e l e t s d e s i r o p d e b a t t e r i e . Laissez-les fermenter vingt-quatre heures dans sept à huit p o t s d ' e a u , et y é t e i g n e z u n e vieille h a c h e r o u g i e : a p r è s son e f f e t ,

r e m e t t e z d e l'eau , et

éteignez

derechef la

m ê m e hache. L'exercice,

sur-tout du cheval , est important d a n s

c e t t e m a l a d i e , e t un d e s r e m è d e s les p l u s efficaces. M . G u i m b a u t , c h i r u r g i e n d e r é p u t a t i o n , d a n s le q u a r tier de la p e t i t e A n s e , se s e r t a v e c s u c c è s ; p o u r l ' h y d r o p i s i e , d'une tisane fort s i m p l e . O n cueille u n e suffisante q u a n t i t é d e v e r v e i n e p u a n t e , d ' a b s y n t h e b â t a r d e , et d e p e t i t m é d e c i n i e r ; on les fait sécher,

on

les b r û l e ; oit p r e n d u n e p o i g n é e d e l e u r

c e n d r e , q u ' o n fait bouillir d a n s d e u x p i n t e s d ' e a u ;

on

filtre la décoction , d o n t le m a l a d e u s e p o u r b o i s s o n .

On

le p u r g e d e c i n q en c i n q j o u r s . U n autre chirurgien e m p l o i e , la

méthode

avec un

suivante. P r e n e z cinq

pareil succès

à six p o i g n é e s

de

c e n d r e , faites-les i n f u s e r d a n s q u a t r e p o t s d ' e a u ; au b o u t d e v i n g t - q u a t r e h e u r e s , filtrez l'infusion ; a j o u t e z

une

p o i g n é e d e racine fie v e r v e i n e b l e u e , six ou s e p t t r a n c h e s d'aloes ; faites rougir a u feu u n e vieille h a c h e , e t j e t t e z - l a d e d a n s . F a i t e s bouillir le t o u t e n s e m b l e ,

et r é d u i r e à

m o i t i é . F i l t r e z e n s u i t e c e t t e décoction. O n en d o n n e un g o b e l e t le m a t i n , u n e r ô t i e u n e d e m i h e u r e a p r è s , un s e c o n d g o b e l e t à o n z e h e u r e s , d î n a n t e t soupant une heure a p r è s a v e c des alimens secs. L a décoction

d e s feuilles et t i g e s du bois d e couille ,

d o n t on b a i g n e e t f r o t t e les p a r t i e s e n f l é e s , estimée.

Une

femme

attaquée d'une

est t r è s -

leucophfegmatie

c o n s i d é r a b l e , s u r - t o u t a u x p a r t i e s i n f é r i e u r e s , d e p u i s les reins jusqu'aux pieds , désenfla

presque tout-à-coup ,

c ' e s t - à - d i r e a p r è s trois .ou q u a t r e d e m i - b a i n s d e c e t t e d é O2


2 1 2

M É D E C I N E

coction , dont on

la

frottoit. E l l e e u t u n e

évacuation

d'urine é t une liberté d e v e n t r e , qui f u i e n t suivies d ' u n e parfaite guérison. U n N è g r e h y d r o p i q u e , d o n t ont d é s e s p é r o i t au p o i n t q u ' o n n'osoit tenter l'opération., fut guéri p a r un trou q u i s e f o r m a au n o m b r i l , p a r lequel d é g o u t t o i t c o n t i n u e l l e m e n t l'eau c o n t e n u e d a n s la c a p a c i t é . U n a u t r e a é t é g u é r i p a r le seul u s a g e d e la tisane d'herbe à d a r t r e s , q u e q u e l q u e s uns a p p e l l e n t h e r b e à vache. U n h y d r o p i q u e , v i v e m e n t a l t é r é , s e l e v a la nuit p o u r c h e r c h e r à boire ; ne t r o u v a n t ni eau ni tisane à sa p o r t é e , il b u t u n e g r a n d e q u a n t i t é d e lessive de linge sale q u ' i l r e n c o n t r a : il s ' e n s u i v i t , par h a u t et p a r b a s , u n e é v a cuation si c o p i e u s e qu'il guérit.

C H A P

ITRE

X V I I I .

T R A I T E M E N T DES D A R T R E S . C E T T E m a l a d i e est si c o m m u n e à S a i n t - D o m i n g u e , q u e Jes d e u x t i e r s des habitans en s o n t infectés. E l l e d é p e n d t e l l e m e n t d e l'air , et elle est t e l l e m e n t a t t a c h é e à c e r tains t e m p é r a m e n s , q u e p l u s i e u r s , infectés à S a i n t - D o m i n g u e d e c e t t e m a l a d i e , en o n t é t é d é l i v r é s s a n s u s e r d ' a u c u n r e m è d e , d è s qu'ils s o n t a r r i v é s en F r a n c e ; e t à p e i n e o n t - i l s é t é d e r e t o u r a u x îles , q u e le m a l est r e v e n u . L e s t e m p é r a m e n s r o u g e s , e t d'un blond un

peu

a r d e n t , sont p r e s q u e tous s u j e t s à c e t t e é p r e u v e . L e p r i n c i p e d e s d a r t r e s p e u t ê t r e s c o r b u t i q u e . E n e f f e t , on n e p e u t g u è r e r é u s s i r a les e x t i r p e r q u e p a r le long

usage

d e s r e m è d e s qui p a s s e n t pour spécifiques d a n s le s c o r b u t . M a i s c o m m e les d a r t r e s n ' e m p ê c h e n t p o i n t d'agir et d e


DE

S T. - D O M I N G U E .

213

faire les fonctions o r d i n a i r e s , on a c o u t u m e d e les n é g l i g e r ; elles d e v i e n n e n t

alors incurables. Elles sont d a n »

q u e l q u e s uns v é r o l i q u e s , et s o u v e n t elles d é p e n d e n t d e s d e u x virus. D e là le p e u d e s u c c è s qu'on retire d e la s a l i v a t i o n , pour l a q u e l l e c e p e n d a n t n o s chirurgiens sont

si

p o r t é s , m a i s qui p r o c u r e t r è s - r a r e m e n t la guérison. D a n s p l u s i e u r s n é a n m o i n s on pallie le m a l p o u r cinq à

six,

m o i s , ce q u i leur fait c r o i r e qu'ils s o n t g u é r i s , et ils e n Sont d ' a u t a n t p l u s p e r s u a d é s , qu'il ne p a r o î t p a s o r d i n a i r e m e n t d'autres s y m p t ô m e s

v é r o l i q u e s . Il

convient

d o n c bien m i e u x d'en t e n t e r la c u r e p a r ta m é t h o d e q u ' i n d i q u e l a c a u s e la p l u s c o m m u n e , e t d ' e m p l o y e r p o u r c e t effet les r e m è d e s c a p a b l e s d e purifier l e s a n g , e t d e d é t r u i r e l ' a c r i m o n i e . O n y p a r v i e n d r a p a r le long u s a g e d e s b a i n s , d e s t i s a n e s , d e s bouillons a n t i - s c o r b u t i q u e s , d e s p u r g a t i o n s r é i t é r é e s d e cinq en cinq j o u r s , p a r l ' a b s t i n e n c e d e vin et de t o u t e liqueur , p a r u n e n o u r r i t u r e d o u c e eth u m e c t a n t e , enfin p a r l ' u s a g e du l a i t , qui t e r m i n e r a l a c u r e . O n d é t r u i r a le vice d e la p e a u p a r l a - p o m m a d e d e n o t r e P h a r m a c o p é e , q u e je p o u r r o i s qualifier d e

spéci-

fique , e t qu'il n e c o n v i e n t d ' e m p l o y e r q u ' a p r è s - d e u x o u trois m o i s d ' u s a g e d e s r e m è d e s c i - d e s s u s p r o p o s é s ; c a r s i on l ' e m p l o i e d e t r o p b o n n e h e u r e , e t s a n s ê t r e suffis a m m e n t p r é p a r é e , o n s ' e x p o s e , p a r le reflux d e

cette

m a t i è r e sur les p a r t i e s i n t e r n e s , à d e s a c c i d e n s d ' a u t a n t p l u s d a n g e r e u x qu'il e s t o r d i n a i r e m e n t i m p o s s i b l e de r a p p e l e r ce levain à la c i r c o n f é r e n c e , et q u e , faisant sur l e s p a r t i e s i n t e r n e s le m ê m e effet q u e sur l e s e x t e r n e s , c'est un picotement et

d e s irritations q u i

font

souffrir

de

v i v e s d o u l e u r s , e t languir p l u s i e u r s s e m a i n e s , s u i v a n t l a d é l i c a t e s s e d e s p a r t i e s o ù le venin s'est fixé. J ' a i v u p é r i r ainsi trois ou q u a t r e j e u n e s g e n s forts e t r o b u s t e s , à q u i il n'y

eut pas m o y e n d'apporter du s o u l a g e m e n t ,

q u i s e p l a i g n o i e n t t o u s d'un d é c h i r e m e n t

et

d'entrailles.

C e s e x e m p l e s d o i v e n t suffire p o u r se tenir sur s e s g a r d e s

O 3


214 M É D EC I NE contre un grand nombre de spécifiques que les Nègres v a n t e n t e t e m p l o i e n t pour faire p a s s e r c e t t e m a l a d i e , e t q u i sont tous d e la c l a s s e d e s r é p e r c u s s i f s ; tels sont l e s e l , la p o u d r e à tirer m ê l é e a v e c le jus de citron , le s u c du bois l a i t e u x , le soufre d a n s le vinaigre , les s u c s d e m a l - n o m m é e e s p è c e d e T i t h y m a l e , la dissolution d e m e r c u r e p a r l'eau forte , et p l u s i e u r s a u t r e s d e c e t t e trempe.

C H A P I T R E

X I X .

T R A I T E M E N T DES R H U M E S , C A T A R R H E S E T F L U X I O N DE

POITRINE.

FLUXIONS, Catarrhes, R h u m e s , termes Les

synonymes.

r h u m e s d e c e r v e a u , d e g o r g e et d e p o i t r i n e s o n t

très-communs

à S a i n t - D o m i n g u e . J e les h o m m e

ainsi

p o u r m e c o n f o r m e r à l ' u s a g e et à l'idée ou opinion p u blique. C e s uns

aux

rhumes

autres.

Le

se succèdent presque toujours les rhume

celui d e g o r g e s u i t , et

de cerveau

commence,

celui d e poitrine t e r m i n e .

On

t r o u v e r a c e t t e p r o g r e s s i o n bien n a t u r e l l e , q u a n d on fera a t t e n t i o n à la p a r t i e qui e s t affectée

dans cette

d ' i n c o m m o d i t é ou d e m a l a d i e . C ' e s t une m ê m e b r a n e , le l o n g d e l a q u e l l e

l'infiltration ou

sorte mem-

engorgement

s e c o n t i n u e j u s q u ' à l ' e x t r é m i t é , s e m b l a b l e en

quelque

f a ç o n à l'infiltration qui s e fait dans u n e feuille d e p a p i e r s u s p e n d u e , et dont la p a r t i e s u p é r i e u r e a é t é d'huile Le

imbibée

. r h u m e c o m m e n c e p a r la p a r t i e s u p é r i e u r e d e la

m e m b r a n e pituitaire qui t a p i s s e le d e d a n s d e la c a v i t é et des sinus qui s e d é g o r g e n t dans l e n e z . C e t t e p a r t i e r e s s e n t la p r e m i è r e les effets

des impressions q u e

le


215

S T . - D O M I N G U E.

D E

c h a n g e m e n t q u i arrive d a n s l'air p e u t f a i r e , é t a n t première exposée

à son a c t i o n . C e

changement

la

con-

siste p r i n c i p a l e m e n t d a n s u n e alternative trop s u b i t e d u c h a u d et du froid q u i , a g i s s a n t sur les v a i s s e a u x l y m p h a t i q u e s de la m e m b r a n e , les c r i s p e , les r e s s e r r e , e t p r o d u i t un e n g o r g e m e n t q u ' o n a p p e l l e v u l g a i r e m e n t e n c h i f f r e n e m e n t ; e t , p a r v e n u à un certain p o i n t , l'orifice d e c e s

petits

ouvre

v a i s s e a u x collés p a r l'action

de

l ' a i r ; d'où s'ensuit u n e distillation c o n t i n u e l l e . C e m ê m e air p a s s a n t s u c c e s s i v e m e n t p a r les c o n d u i t s n a z a u x d a n s la bouche et

d a n s la t r a c h é e - a r t è r e , y fait d e s i m -

p r e s s i o n s p l u s ou m o i n s v i v e s , suivant qu'il a été a l t é r é e u c h e m i n p a r p l u s ou m o i n s d e chaleur : de là ce p r o g r è s s u c c e s s i f d e fluxions. M a i s si la c a u s e d u r e l o n g t e m p s , les c a n a u x d e c e t t e m e m b r a n e d a n s la t r a c h é e a r t è r e e t les v é s i c u l e s b r o n c h i q u e s v i e n d r o n t à un p o i n t d'engorgement,

d'où

peut s'ensuivre

r u p t u r e ; ce

qui

p r o c u r e r a a l o r s u n e distillation p l u s a b o n d a n t e , et s o u vent mêlée j u s t e titre

de parties sanguines ; ce qu'on appelle fluxion

à

d e p o i t r i n e , o u c a t a r r h e du p o u m o n .

L e catarrhe a y a n t pour première cause

l'engorgement

d e s v a i s s e a u x l y m p h a t i q u e s , qui s e c o m m u n i q u e

aux

v a i s s e a u x s a n g u i n s , doit d o n c ê t r e r e g a r d é c o m m e u n e m a l a d i e a l o r s l y m p h a t i q u e , qu'il est i m p o r t a n t d e b i e n distinguer d e s a u t r e s e s p è c e s d ' e n g o r g e m e n s ,

d o n t le

p o u m o n e s t s u s c e p t i b l e , e t q u e n o u s r é d u i s o n s à deux; a u t r e s e s p è c e s , savoir l ' e n g o r g e m e n t bilieux e t l ' e n g o r gement sanguin. C e s trois espèces, dépendant de trois c a u s e s d i f f é r e n t e s , ont d e s signes qui les c a r a c t é r i s e n t , et q u i

conduisent

à d e s indications

qui

n'échappent

p o i n t à l'attention d'un m é d e c i n s a g e et p r u d e n t . C e s i n d i c a t i o n s ont d e c o m m u n à la v é r i t é q u ' e l l e s p r o p o s e n t la résolution ; m a i s il faut l ' e n t r e p r e n d r e p a r d e s moyens

différens. O 4


216 M É D E C I N E Cure

de la Fluxion

de poitrine

I l f a u t e n t r e p r e n d r e la résolution

lymphatique. dans

les

fluxions

de p o i t r i n e l y m p h a t i q u e s , p a r d e p e t i t e s s a i g n é e s , q u ' i l n e c o n v i e n t d e r é i t é r e r q u ' a u t a n t qu'il p a r a î t r a d e p a r ties s a n g u i n e s d a n s les c r a c h a t s ; e m p l o y e r l e s r e m è d e s a d o u c i s s a n s qui en é m o u s s e n t l ' â c r e t é ; 'joindre l e s b é c h i q u e s foibles a v e c les i n c r a s s a n s , p o u r d é b a r r a s s e r l e s v a i s s e a u x s a n g u i n s et l y m p h a t i q u e s , e t e m p ê c h e r q u e l e s l i q u e u r s n e s'y a r r ê t e n t , n e s ' é p a i s s i s s e n t , e t p o u r d o n n e r d e la c o n s i s t a n c e à celles fluidité

empêche

d'être

qu'une trop

expectorées.

grande

S'il a r r i v o i t q u e

c e t t e m a t i è r e s ' a c c u m u l â t en t r o p g r a n d e q u a n t i t é , e t q u e , p a r u n t r o p long s é j o u r , elle a c q u i t u n e c o n s i s t a n c e q u i e m p ê c h â t la c o n t r a c t i o n d e s f i b r e s , il f a u d r a i t a v o i r r e c o u r s a u x s u d o r i f i q u e s , e t les a s s o c i e r a v e c l e s h u i l e u x , p o u r en é m o u s s e r les p a r t i e s t r o p a c t i v e s ; on y joint m ê m e

les p u r g a t i f s d o u x , afin d e p a r v e n i r à d é -

g a g e r t o u s les é m o n c t o i r e s , e t d é t o u r n e r , e n l e s o u v r a n t , une

p a r t i e d e la l y m p h e

qui distille en t r o p g r a n d e

abondance dans les vésicules

bronchiques.

L a fluxion d e p o i t r i n e bilieuse s e c a r a c t é r i s e p a r d e s r e d o u b l e m e n s d e fièvre , q u i , p a r leur p é r i o d e , t i e n n e n t d u c a r a c t è r e d e s fièvres t i e r c e s o u d o u b l e - t i e r c e s , d o n t la p r i n c i p a l e c a u s e r é s i d e d a n s le foie. C e p é r i o d e e s t e n q u e l q u e s o r t e u n s i g n e distinctif p o u r faire c o n n o î t r e la p a r t q u e c e v i s c è r e a d a n s la p l u p a r t d e s m a l a d i e s . L a fièvre

e s t d'ailleurs

c o n t i n u e ; les h y p o c o n d r e s . s o n t

gonflés; le droit est quelquefois douloureux, et la douleur se c o m m u n i q u e a u x muscles intercostaux ; les y e u x et

l e v i s a g e o n t p r e s q u e t o u j o u r s u n e t e i n t u r e d e jau-,

n i s s e ; la l a n g u e e s t f o r t c h a r g é e

de matière jaunâtre

et safranée ; les urines sont épaisses et d e couleur d e b i è r e ; les c r a c h a t s s o n t m ê l é s d è s l e de

filamens

jaunes

et

sanguins

qui ,

commencement augmentant,


DE S T . - D O M I N G U E .

217

l e s f e n d e n t d'un r o u g e s a f r a n é , qui d o n n e a u linge u n e c o u l e u r j a u n e : s'ils d e v i e n n e n t un s i g n e ou d'une grène formée. connoître

et

Par cette de

p o i t r i n e , d'en

livides

et n o i r s , c'est

gangrène n a i s s a n t e , ou d'une g a n e x p l i c a t i o n , il e s t facile

de

d i s t i n g u e r c e t t e e s p è c e d e fluxion

de

d é v e l o p p e r les c a u s e s , et d ' y

apporter

r e m è d e . E l l e e s t f o r t c o m m u n e en A m é r i q u e p a r m i l e s Nègres.

C H A P I T R E TRAITEMENT J'AI

X X .

DE L A P U L M O N I E .

r e m a r q u é q u e les h a b i t a n s du

sujets

aux

fluxions

cause à l'alternative

C a p é t o i e n t fort

ou catarrhes. J ' e n

ai a t t r i b u é l a

t r o p subite d u c h a u d et du f r a i s ,

o u , p o u r m i e u x d i r e , d e la s é c h e r e s s e et d e

l'humidité

d e l'air q u i , c h a n g e a n t l'ordre d e la t r a n s p i r a t i o n , casionne

oc-

d e s reflux plus o u m o i n s c o n s i d é r a b l e s sur la

p a r t i e n a t u r e l l e m e n t la p l u s foible. A i n s i , q u a n d le p o u mon

se trouve

d e t o u s l e s v i s c è r e s le p l u s foible , il

d e v i e n t la v i c t i m e d e s m a u v a i s effets q u e l'air du p a y s occasionne. Plusieurs jeunes f e m m e s sont sujettes à être attaquées d e c e t t e m a l a d i e , s u r - t o u t q u a n d elles font

trop fré-

q u e m m e n t d e s e n f a n s , ou qu'elles o n t p o u r m a r i s d e s hommes Le

d'une complexion

robuste , et trop passionnés.

m a l ne s e r a i t p a s i n c u r a b l e , si on y a p p o r t a i t r e -

m è d e d a n s les c o m m e n c e m e n s ; m a i s c o m m e ses p r o g r è s s o n t l e n t s , on ne s'en a p p e r ç o i t q u e lorsqu'il n'y a p l u s d'espérance. D'ailleurs, c o m m e n t passion

q u e le

ralentir le feu

t e m p é r a m e n t a f o r m é , et que

t u d e s e m b l e fortifier ?

d'une l'habi-


218

MÉDECINE

Il s u f f i t , p o u r connaître la p u l m o n i e d o n t on e s t a t t a q u e à S a i n t - D o m i n g u e , d e distinguer c e t t e m a l a d i e e n accidentelle e t originelle. L a p u l m o n i e a c c i d e n t e l l e e s t celle qui arrive , l o r s q u ' u n e fluxion d e poitrine o u u n e p l e u r é s i e s e t e r m i n e par s u p p u r a t i o n , ou l o r s q u ' a p r è s q u e l q u e s efforts il survient u n e h é m o r r a g i e qui d é g é n è r e en ulcère. C e t t e e s p è c e p e u t a u s s i avoir son p r i n c i p e dans une mauvaise conformation. L a pulmonie d'ori«ine d é p e n d q u e l q u e f o i s d e la s e u l e c o n f o r m a t i o n d e l a p o i t r i n e , m a i s l e p l u s s o u v e n t d'une m a u v a i s e q u a l i t é d a n s le s a n g , q u i , jointe à une m a u v a i s e c o n f o r m a t i o n , r e n d cette maladie incurable. C o m m e les N è g r e s , sur-tout c e u x qui v i e n n e n t d u S é n é g a l e t d e C o n g o , s o n t t r è s s u j e t s a u x fluxions d e p o i t r i n e , e t q u e les p r e m i e r s o n t la poitrine n a t u r e l l e m e n t m a l c o n s t i t u é e , o n r e n c o n t r e fréquemment parmi eux des pulmonies de toute espèce. L e s h a b i t o n s sont o r d i n a i r e m e n t a t t a q u é s d e celle d ' o r i g i n e , à laquelle on p e u t j o i n d r e celle qui a p o u r c a u s e p r i n c i p a l e l ' é p u i s e m e n t , e t elle e s t s u r - t o u t c o m m u n e d a n s c e u x d o n t la poitrine est é t r o i t e . O n e n t e n d , par mauvaise conformation , une poitrine é t r o i t e , u n c o u long , d e s é p a u l e s é l e v é e s , e t qui s e p o r t e n t trop n a t u r e l l e m e n t e n a v a n t , u n t o n d e v o i x on foible o u a i g u ë . C e s signes s o n t c o m m u n s d a n s l e s Créoles. I l e n e s t d o n c d e la p u l m o n i e c o m m e d e la p l u p a r t d e s a u t r e s m a l a d i e s c h r o n i q u e s qui p e u v e n t

avoir d e s

causes différentes, dont la connoissance est nécessaire p o u r r é u s s i r d a n s leur c u r e . J e d i s t i n g u e , p o u r y p a r venir

cette maladie en pulmonie proprement d i t e , e t

en p h t h i s i e . L a p r e m i è r e a t t a q u e p r i n c i p a l e m e n t l e p o u m o n , e t la s e c o n d e la t r a c h é e - a r t è r e . L a p u l m o n i e p r o p r e m e n t dite e s t u n e suite d e s . m a l a d i e s a i g u ë s d e c e v i s c è r e qui s e t e r m i n e n t p a r s q u i r r e ou par s u p p u r a t i o n .


DE

219

S T . - D O M I N GU E .

L a p h t h i s i e a p o u r c a u s e , ou un d e s s è c h e m e n t ries

fibres,

des glandes et des vaisseaux l y m p h a t i q u e s , tant de la t r a c h é e - a r t è r e q u e d u p o u m o n ; o u un r e l â c h e m e n t d e s m ê m e s p a r t i e s , qui n e p o u v a n t r e t e n i r la sérosité et l a l y m p h e , la laisse é c h a p p e r ; c e qui produit u n e colliquation ou distillation q n ' o n a p p e l l e c a t a r r h e ou r h u m e . O n doit traiter la p u l m o n i e p r o v e n a n t d e squirre e t d e s u p p u r a t i o n s u i v a n t la m é t h o d e q u ' o n e m p l o i e d a n s .les m a l a d i e s d e s a u t r e s v i s c è r e s qui ont les m ê m e s c a u s e s , a v e c c e t t e différence q u e , d a n s les r e m è d e s q u ' o n choisit pour tenter la réso lu t io n d e s squirres du p o u m o n , il faut choisir les r e m è d e s a p é r i t i f s p e c t o r a u x ; et p o u r d é t e r g e r la s e c o n d e , les détersifs et v u l n é r a i r e s s p é c i fiques à c e v i s c è r e . Q u a n d il est question d e c o m b a t t r e les s y m p t ô m e s d ' u n e p h t h i s i e p r o v e n a n t d e d e s s è c h e m e n t , on p r e s c r i t les r e m è d e s o n c t u e u x , é m o l l i e n s , a d o u c i s s a n s , e t l a x a tifs ; e t l o r s q u ' o n c o n n o î t q u e le m a l v i e n t d'un r e l â c h e m e n t , on choisit p a r m i les r e m è d e s a b s o r b a n s e t a s t r i n g e n s c e u x qui p e u v e n t le m i e u x c o n t r i b u e r à r é tablir le r e s s o r t d e s fibres, et d o n n e r d e la c o n s i s t a n c e aux liquides. C e t t e d e r n i è r e e s p è r e d e p h t h i s i e e s t la p l u s c o m m u n e , p a r c e q u ' e l l e est p r o p r e à c e u x q u ' u n e m a u v a i s e c o n formation r e n d s u j e t s aux r h u m e s , e t à c e u x q u i , q u o i que bien c o n s t i t u é s , p e u v e n t c e p e n d a n t a v o i r le p o u m o n plus foible q u e les a u t r e s v i s c è r e s . D e

là v i e n t q u e la

m ê m e c a u s e qui p r o d u i r a d a n s l'un la d i a r r h é e , o u le flux

h é p a t i q u e , o c c a s i o n n e r a d a n s l ' a u t r e la phthisie..

C o m m e la p u l m o n i e s c o r b u t i q u e et v é r o l i q u e est t r è s commune

à Saint-Domingue ,

e x a m i n e r lequel et m ê m e

de ces deux

un m é d e c i n levains infecte

doit

bien

le s a n g ,

si t o u s les d e u x , c o m m e il arrive t r è s - s o u -

v e n t , n e s'y r e n c o n t r e n t p o i n t e n s e m b l e . D a n s c e c a s ,


220

MÉDECINE

o n doit e n c o r e e n v i s a g e r la p u l m o n i e

comme

la- d i a r -

r h é e e t l'hydropisie s c o r b u t i q u e e t v é r o l i q u e , d o n t n o u s a v o n s parlé c i - d e s s u s , et s u i v r e , à l'égard d e la p r e m i è r e , les conseils q u e n o u s a v o n s d o n n é s p o u r l'une et pour

l ' a n t r e . O n ne p e u t a u s u r p l u s s e flatter

r é u s s i r d a n s la c u r e , m a i s s e u l e m e n t

de

de la pallier ; c e

q u i a c o u t u m e d'arriver l o r s q u e la saison est f a v o r a b l e . U n m a l a d e s e m b l e en effet r e s s u s c i t e r dans, l ' é t é , s u r tout

q u a n d le t e m p s , e s t s e c ; m a i s les t e m p s

l e u x et

pluvieux

r e v e n a n t , il

tombe

nébu-

insensiblement

d a n s son p r e m i e r é t a t . J ' a i i n s é r é d a n s m a P h a r m a c o p é e américaine- les r e m è d e s du p a y s qui m ' o n t p a r u l e s p l u s s a l u t a i r e s . D a n s la p u l m o n i e s è c h e , ou m a l d e c o n s o m p t i o n , d a n s lequel la fièvre l e n t e est a c c o m p a g n é e d'une t o u x s è c h e et d ' e n r o u e m e n t , je r e c o m m a n d e particulière— •ment la t i s a n e p e c t o r a l e , r é s o l u t i v e et r a f r a î c h i s s a n t e , le calalou, le g i r a u m o n t , et les bouillies d e m a ï s e t d e petit mil. r

D a n s la pulmonie p r o v i e n t à la suite cris

le

tisane quefois

cachou ,

le

sudorifique le

café

c a t a r r h e u s e , c ' e s t - à - d i r e celle qui d e s fluxions safran , la

légère,

au l a i t ,

et rhumes , je p r e s liane à s e r p e n t ,

c o u p é e a v e c le l a i t , sur - tout

aux

la

quel-

tempéramens

pituiteux.

C H A P I T R E T R A I T E M E N T DU Si

à Saint-Domingue

noître

la r a g e ,

ladie q u i

X X I . SPASME.

on a l'avantage de ne

pas con-

on a le m a l h e u r d ' a v o i r u n e a u t r e m a -

n'est g u è r e m o i n s

terrible : c ' e s t le s p a s m e


D E

S T . - D O M I N G U E .

221

q u i y e s t si c o m m u n , q u e P i s o n et B o n t i u s le m e t t e n t au

rang des

maladies endémiques

q u i affligent l e s h a -

bitans des Indes. U n p r o m p t et subit

raidissement

d a n s t o u t le c o r p s , ou d a n s u n e e t ils

deviennent

immobiles

saisit les

malades

partie c o n s i d é r a b l e ,

comme

des statues.

La

violente contraction des muscles , des parties antérieures ou

d e s p o s t é r i e u r e s , et s o u v e n t

des deux ensemble

,

l e u r ô t e la faculté d e m a n g e r e t d ' a v a l e r . L e p l u s g r a n d n o m b r e e s t d ' a b o r d pris p a r les m â c h o i r e s e t le

cou ;

c e qui leur fait r e t i r e r les m u s c l e s d e s l è v r e s et d u v i s a g e d ' u n e m a n i è r e fort h i d e u s e , et q u i i m i t e le r i s c a n i n . L e s y e u x s o n t é t i n c e l a n s , le v i s a g e e n f l a m m é ; ils g r i n c e n t des

d e n t s , et leur voix rauque et profonde r e s s e m b l e

à c e s voix q u i s o r t e n t

de quelque

caverne,

et

a p p e l l e voix s é p u l c r a l e s . II e s t r a r e q u ' i l s a i e n t fièvre,

et q u a n d elle s u r v i e n t elle e s t s a l u t a i r e . A

vultione aut tetano ( id est rigore ) detento

, febris

veniens,

iV.

solvit

morbum.

Aph.

57,

sect.

qu'on de

la con-

super-

P l u s le s p a s m e a t t a q u e les p a r t i e s a n t é r i e u r e s , s u r t o u t le h a u t d e la p o i t r i n e , o u les m u s c l e s de la g o r g e , plus

il est d a n g e r e u x , et p r e s q u e t o u j o u r s m o r t e l .

Il

e s t é g a l e m e n t m o r t e l à la s u i t e d ' u n e p l a i e ; du m o i n s j e n'ai e n c o r e v u p e r s o n n e e n r é c h a p p e r . Vulneri vulsio

superveniens

I l n'ai c o u t u m e

,

con-

lethalis.

de v e n i r q u ' à la s u i t e d e s p l a i e s , ou,

un n e r f , q u e l q u e t o n d o n ou p a r t i e t a n d i n e u s e a é t é c o u p é e , l i é e , p i q u é e . U n e l é g è r e p i q u u r e à la m a i n , à la p l a n t e d e s p i e d s suffit. C ' e s t p o u r q u o i

les

N è g r e s , qui

vont

nu-pieds , y sont plus s u j e t s . Nous

distinguons deux

v i e n t à la s u i t e d ' u n e et c e l u i Le

s o r t e s d e s p a s m e s , celui qui

opération

qui vient du vice de

ou d'une

blessure ,

l'air.

p r e m i e r a c o u t u m e d e n ' a t t a q u e r q u e l o r s q u e la


222

M É D E C I N E

p l a i e c o m m e n c e , à s e cicatriser. L e s e c o n d a r r i v e o r dinairement à ceux

q u i é t a n t échauffés

t r o u v e n t e x p o s é s à la p l u i e , o u r e s t e n t

et s u a n t s , s e a u frais.

On perd par cette maladie un n o m b r e considérable d e N é g r i l l o n s . E l l e l e s a t t a q u e les huit o u dix p r e m i e r s j o u r s d e leur n a i s s a n c e : ils s o n t t o u j o u r s pris p a r l a m â c h o i r e inférieure ; c e qui a fait d o n n e r à leur é g a r d à c e t t e m a l a d i e , le n o m d e m â c h o i r e . L e s e n f a n s d e s Blancs y sont rarement sujets. L a malpropreté et l'abond a n t e f u m é e qu'il y a t o u j o u r s dans l e s m a i s o n s d e s N è g r e s , a u s s i bien q u e l a fraîcheur d e la n u i t , p e u v e n t contribuer b e a u c o u p à c e l a , sur-tout d a n s l e s h a b i t a tions m a r é c a g e u s e s . C e s m a i s o n s é t a n t faites d e p a l i s s a g e s ou d e c l i s s a g e s , e t l e feu v e n a n t à s'éteindre p e n d a n t l a n u i t , cela o c c a s i o n n e u n e f r a î c h e u r , d o n t l'alt e r n a t i v e t r o p subite a v e c l a chaleur p e u t p r o d u i r e sur les enfans u n e telle r é v o l u t i o n . E n e f f e t , n o u s r e m a r quons que cet accident est beaucoup plus rare dans les habitations o ù l e s m a i s o n s sont b â t i e s s u r d e s t e r r a i n s élevés et sablonneux. L e s p a s m e e s t p l u s c o m m u n d a n s les t e m p s p l u v i e u x q u e d a n s les t e m p s s e c s , e t aussi e n

septembre

octobre , où le chaud et le irais se succèdent

et plus

1

subitement.

D e s tentions, des contractions violentes déclarent des r a c c o u r c i s s e m e n s , d e s c r i s p a t i o n s d a n s les fibres m u s c u l e u s e s , t e n d i n e u s e s e t n e r v e u s e s , qui du p r e m i e r a b o r d a n n o n c e n t l'indication q u ' o n doit se p r o p o s e r d a n s c e t t e maladie , savoir , de ramollir, de relâcher , et ensuite d e ranimer le m o u v e m e n t du sang

et des esprits ani-

m a u x , afin d'ouvrir les p o r e s , d e l e s d i l a t e r , et d e r é tablir la t r a n s p i r a t i o n , s u r - t o u t d a n s c e u x q u e l'action t r o p subite d u frais a fait t o m b e r d a n s c e t t e

maladie.

P o u r parvenir à cette f i n , chacun a sa méthode , chacun


DE

S T . - D O M I N G U E .

223

p r o p o s e son r e m è d e , et t o u s se glorifiant d'en a v o i r v u d e bons effets, q u o i q u e p a r m i c e s r e m è d e s p l u s i e u r s p a r a i s s e n t t r è s - o p p o s é s , et q u e j e d o n n e r à a u c u n la g u é r i s o n des ou

tempérament,

q u ' à l'effet d u r e -

en a cependant quelques

m i e u x réussir, q u e mieux

a t t r i b u a n t la

s p a s m o d i q u e s , p l u t ô t a u d e g r é du m a l ,

à la q u a l i t é d u

m è d e . Il y

puisse assurer ne pouvoir

qualité de spécifique,

d'autres,

et

uns qui

qui

r é u s s i r , p a r c e qu'ils s o n t

doivent

peuvent en

plus conformes

effet aux

indications. Quelques

uns t e n t e n t les b a i n s froids p a r

dans lesquelles

surprise,

on laisse le m a l a d e s e d é b a t t r e a u t a n t

q u e ses f o r c e s p e u v e n t le p e r m e t t r e : on le c o n d u i t e n s u i t e d a n s un lit b i e n c h a u d , où on le e t on a l l u m e du. feu

couvre bien ,

a u t o u r , p o u r p r o c u r e r une a b o n -

d a n t e s u e u r . O n p r é f è r e le bain d e la m e r à c e l u i d ' e a u douce.

C e t t e façon a souvent

réussi.

D ' a u t r e s scarifient p r o f o n d é m e n t , s u r - t o u t

dans

le

s p a s m e qui a t t a q u e les p a r t i e s p o s t é r i e u r e s d e p u i s la n u q u e d u cou j u s q u ' à l'os sacrum , t a n t ô t a v e c u n i n s t r u m e n t p r e s q u e r o u g e , t a n t ô t a v e c un qui n ' e s t p a s Ils

donnent

ensuite des

lavemens

échauffé.

purgatils , et

f o r t e d o s ; d ' é m é t i q u e , à laquelle ils f o n t s u c c é d e r

une pen-

d a n t d e u x à trois j o u r s une f o r t e t i s a n e p u r g a t i v e , les potions méthode

cordiales , d'un

et

la t i s a n e

chirurgien

sudorifique. C'est

fort e x p é r i m e n t é , q u i

a s s u r é en avoir g u é r i un g r a n d n o m b r e , et

même

à qui il a v o i t c o u p é la c u i s s e . J ' a i g u é r i un N è g r e spasme survenu à

la

petite v é r o l e ,

la m'a un d'un

p a r un s é t o n à l a

n u q u e d u cou , q u e j e fis p a s s e r a v e c u n e aiguille r o u g e dont l'escarre produisit une suppuration qu'on

entretint

long-temps. Plusieurs

font

saigner c o p i e u s e m e n t , baigner dans

l e s bains tièdes , frotter a v e c les é m o l l i e n s ,

les

huï-


234

MÉD ECINE

l e u x , et y j o i g n e n t les s u d o r i f i q u e s s a n s p u r g e r , f a i s a n t , seulement précéder deux

ou t r o i s l a v e m e n s bien p u r -

g a t i f s . C e u x qui j o i g n e n t à c e t t e m é t h o d e les p u r g a t i f s , m e p a r a i s s e n t m a l agir , p a r c e qu'ils d o i v e n t c o n t r a r i e r l'indication la

qu'on s e p r o p o s e , d e d i s s i p e r l e m a l

par

transpiration. Méthode

Espagnole.

L e s Espagnols saignent aux quatre m e m b r e s , l o r s qu'il y

a une g r a n d e p l é t h o r e ; ils f o n t v o m i r trois ou

q u a t r e f o i s ; ils d o n n e n t e n s u i t e d e la t h é r i a q u e d a n s d u vin. O n f a i t , le l e n d e m a i n , d e s la n u q u e d u

incisions d e p u i s

la

cou j u s q u ' a u g r a s d e s j a m b e s , e t on frotte

d e d e u x en d e u x h e u r e s , nuit et j o u r , la p a r t i e incisée , a v e c du k a r a t a s cuit s o u s pile ,

e t d o n t on

c i c a t r i s e n t , il faut

Nègre

traiter cette

qu'on se

renouveler.

Méthode Un

les c e n d r e s c h a u d e s ,

e x p r i m e le s u c . S i les incisions

des

Nègres.

ayant acquis une grande réputation

pour

m a l a d i e , j e m i s t o u t en œ u v r e p o u r d é -

couvrir son s e c r e t , à

quoi j e p a r v i n s en

gagnant son

é l è v e , q u i m ' a p p o r t a t o u t e s les p l a n t e s d o n t il s e s e r v o i t , et m e fit le r a p p o r t d e la m a n i è r e d o n t l e s

em-

p l o y o i t n o t r e E s c u l a p e , et d a n s l a q u e l l e on v e r r a b e a u c o u p d e m y s t è r e , e t on t r o u v e r a bien d e l ' e m b a r r a s . O n fait b o i r e au m a l a d e , les trois p r e m i e r s une tisane faite

avec

la g r a n d e m a l - n o m m é e

jours , et

un

p e u d e s u c r e ; il en p r e n d e n s u i t e u n e a u t r e c o m p o s é e a v e c les feuilles e t b o u r g e o n s d ' a m o u r e t t e b l a n c h e n e u s e , d e pois d o u x ,

d'apiaba ,

et

d'une

espèce

p e t i t pois fort c o m m u n d a n s l e s h a i e s , d o n t l a est petite,

en c œ u r ,

épide

feuille

d'un v e r t g a i , les fleurs p e t i t e s ,

j a u n e s e t e n b o u q u e t s . S i le m a l a d e s e p l a i n t du v e n t r e , o n fait la t i s a n e a v e c la v e r v e i n e

bleue.


S T. - D O M I N

DE

225

GUE.

M a i s les p r i n c i p a u x r e m è d e s c o n s i s t e n t e n frictions a d ministrées c o m m e

il suit.

O n fait infuser d a n s six à s e p t p i n t e s d e j u s d e c i t r o n , des racines de verveine

puante et d'herbe à

coupées par morceaux, e n frotte l e m a l a d e

de chacune

chique,

une poignée ; on

depuis la tête jusqu'aux pieds.

A

c e t t e friction en s u c c è d e u n e a u t r e faite a v e c u n e l e s s i v e d e c e n d r e , d a n s l a q u e l l e on d'une

fait f o n d r e

la m o i t i é

b r i q u e d e s a v o n , et o n a j o u t e u n e b o u t e i l l e

tafia. A p r è s

cette

seconde

friction,

on

en

fait

t r o i s i è m e a v e c l e m é l a n g e d e s g r a i n e s d e palma

de une

christi

boucanées , c'est-à-dire rôties et pilées , dans une o u deux pintes de mantaigue fondue. T o u t e s ces frictions s e font alternativement , d e façon q u e le

m a l a d e 113

r e s t e point en r e p o s , et q u e l'habitude du corps toujours

humide.

est

P o u r o b l i g e r l e m a l a d e à souffrir p a -

t i e m m e n t t o u t e s c e s frictions , on l ' a t t a c h e à u n e é c h e l l e , e t à m e s u r e q u ' u n m e m b r e e n t r e e n c o n t r a c t i o n , o n le lie d a n s l ' a t t i t u d e o ù la v i o l e n c e d u m a l l e m e t , e t ont le

frotte

plus qu'un autre. L o r s q u e le m a l a d e p a r o î t

t r o p f a t i g u é , o n l e d é t a c h e , et on lui p e r m e t de s ' a s seoir , s a n s d'ailleurs s u s p e n d r e l e s f r i c t i o n s , et d è s q u ' i l e s t un p e u r e p o s é , o n

le r e m e t sur l'échelle.

L o r s q u e l a g o r g e e s t v i v e m e n t a t t a q u é e , on a p p l i q u a un

c a t a p l a s m e fait a v e c le c r e s s o n à feuilles S i , dans le

malade

commencement

ressent des picottemens

pulvérise une espèce

étroites-

de la c o n v a l e s c e n c e ,

le

ou d é m a n g e a i s o n s , on

d e g u i q u i c r o î t s u r les o r a n g e r s .

O n m ê l e cette poudre dans l'eau, on en arrose et o n e n frotte l e c o r p s

d u m a l a d e . Q u a n d les j a m b e s s o n t

f o i b l e s o u e n c o r e u n p e u c o n v u l s i v e s , on l e s f r o t t e a v e e une espèce

de moutarde appelée k a ï a , mêlée

fusée dans

l e tafia. S'il n'y a q u e la p l a n t e d e s pieds

Tome

II.

P

ou i n -


226

M É D E C I N E

qui s o u f f r e , on l a f r o t t e a v e c la p l a n t e corde à

O n doit j u g e r p a r c e t nérale

qu'on

appelle

violon.

des

Nègres,

échantillon,

dont

traiter p a r d e s t i s a n e s ,

toute

d e la p r a t i q u e g é -

la s c i e n c e c o n s i s t e

à

des c a t a p l a s m e s , des e m b r o -

c a t i o n s et d e s frictions. Cette

méthode

au reste m'a

l e s s p a s m e s , et l'être d ' a u t a n t

paru être bonne

a v e c les i n d i c a t i o n s qui c o n v i e n n e n t ; est

pour

p l u s , qu'elle s'accorde mais c o m m e

elle

r e m p l i e d e v a r i a t i o n s inutiles , et fort e m b a r r a s s a n -

t e s , j e l'ai réduite à à chacun

des opérations plus s i m p l e s ,

sauf

d e s u i v r e celle qu'il j u g e r a à p r o p o s . Maladie.

U n n é g o t i a n t d u C a p fut t o u t - à - c o u p a t t a q u é

d'une

v i o l e n t e c o n t r a c t i o n à la n u q u e d u c o u e t a u x v e r t è b r e s d u d o s , et d'un r e s s e r r e m e n t d e m â c h o i r e : il p r i t , p e n d a n t t r o i s j o u r s , une t i s a n e faite a v e c d e m i - o n c e demi-livre de c a s s e , une poignée

de séné ,

d e feuilles d e

petit

m é d e c i n i e r , e t u n e o n c e d e sel d ' e p s o m ; d a n s le p r e mier

v e r r e , q u a t r e grains d ' é m é t i q u e , et d a n s c h a c u n

des a u t r e s , quinze grains de poudre cornachine ,

trois

h e u r e s d'intervalle entre c h a q u e prise, et du thé a v e c l ' a n i s pour boisson. que

O n fit les c a t a p l a s m e s et

embrocations

voici.

P r e n e z feuilles et sauge,

tiges d e

pois

puant,

de

d'apiaba, de franc-basin, de verveine

grande puante,

d ' é p i n a r d s e t d e c a l e b a s s e m u s q u é e , du m a n i o c chement

grugé et légèrement

exprimé,

fraî-

et du t a b a c e n

corde coupé par m o r c e a u x , de chacun une bonne p o i g n é e , du s a v o n ,

u n e livre , d u sel

once. F a i t e s bouillir, fondre ties

é g a l e s d'eau e t d e vin

ammoniac,

une

e t c u i r e le tout d a n s p a r -

blanc : passez et

exprimés

c e t t e d é c o c t i o n , d o n t le m a r c , a p r è s a v o i r é t é p a s s é .


DE S t . - D M I N G U E

227

servira pour un c a t a p l a s m e , q u ' o n a p p l i q u e r a sur t o u t e s les parties qui p a r o î t r o n t les

plus t e n d u e s , e t

qu'on

r e n o u v e l l e r a d e d e u x e n d e u x h e u r e s , faisant p r é c é d e r a u p a r a v a n t d e fortes frictions p e n d a n t u n e a v e c la décoction , légère friction,

demi-heure

l e s q u e l l e s on t e r m i n e r a p a r

faite

q u i n z e grains d ' o p i u m

avec

la dissolution

une

de douze

à

d a n s un v e r r e d e là m ê m e d é -

coction. A u b o u t d e trois j o u r s , le m a l d i m i n u a , d e façon q u ' o n s'en tint a u x s i m p l e s e m b r o c a t i o n s . Q u a n d les m a l a d e s n e p e u v e n t a v a l e r , il vider p a r le s e c o u r s d e forts l a v e m e n s faits s é n é , la c a s s e , la coloquinte bouillie d a n s l'eau e t e m p l o } ' e r q u e l q u e f o i s le vin é m é t i q u e ; c a r tipation est é t o n n a n t e d a n s c e t t e m a l a d i e . Je

fais

quelquefois

a j o u t e r d a n s le

cataplasme

s a i n - d o u x , dit d a n s le p a y s m a n t a i g u e , ou sur-tout

quand

le m a l e s t

f a u t le3 avec le de m e r , la c o n s -

e x t r ê m e ; et

le

le

suif,

j'ai recours

alors à l ' o p i u m , q u e j e fais p r e n d r e l i q u i d e ; c a r si o n ne peut

parvenir

à p r o c u r e r du s o m m e i l ,

c'est

un

g r a n d m o y e n p o u r faciliter le r e l â c h e m e n t . O n n e p e u t trop r e c o m m a n d e r d'entretenir la c h a m b r e bien c h a u d e . Q u a n d les t e m p é r a m e n s s o n t sanguins ou

pléthori-

q u e s , j e leur fais faire d e u x o u trois c o p i e u s e s s a i g n é e s , s u r - t o u t d a n s le s p a s m e qui v i e n t d e fraîcheur. L e s E s p a g n o l s font u s e r d ' u n e

tisane faite a v e c

la

r u c h e d e p o u x d e bois , qui s o n t u n e e s p è c e d e f o u r m i s : o n la fait bouillir a v e c parties é g a l e s d'eau et d e v i n . J'y

fais ajouter l ' é c o r c e

d e g a ï a c e t l'antimoine

Q u e l q u e s N è g r e s , q u a n d ils s e sont p i q u é s s o r t e d e lessive

de

pilé.

la p l a n t e

du p i e d ,

font u n e

bac , ou

a u t r e p l a n t e forte , y m e t t e n t le pied , et le

cendre de t a -

f r o t t e n t bien p e n d a n t l o n g - t e m p s , et a p p l i q u e n t ensuite

P a


228

M É D E C I N E

d e s c e n d r e s ou d e s

herbes en cataplasme. L e s S a u v a g e s

s e frottent et b a t t e n t la p l a n t e du pied j u s q u ' à c e q u ' e l l e soit e n g o u r d i e ; ils a p p l i q u e n t e n s u i t e d u

t a b a c bien pilé

e t m ê l é a v e c d e la c e n d r e . L ' e s s e n t i e l e s t d e dilater l ' o u v e r t u r e , s u r - t o u t q u a n d l ' é p i n e ou avoir p é n é t r é .

l e clou p a r o î t


PHARMACOPÉE D E

DE S A I N T - D O M I N G U E . C H A P I T R E L E S Tisane PRENEZ

P R E M I E R .

T I S A N E S . rafraîchissante

des racines d'oseille,

b o u r g e o n s d'oseille

simple. deux o n c e s ;

ou d o s

d e G u i n é e , u n e p i n c é e :' f a i t e s - l e s

bouillir d a n s trois p i n t e s

d'eau c o m m u n e jusqu'à l a d i -

m i n u t i o n d u tiers : faites infuser

suffisante q u a n t i t é d e

réglisse de F r a n c e ou de S a i n t - D o m i n g u e , et passez la décotion. O n p e n t y a j o u t e r la' r a c i n e d e n é n u p h a r d u p a y s . O n m ' a assuré q u e le sirop d e s e s

fleurs

avoit la

même

vertu q u e le sirop diacode. Tisane

rafraîchissante-composée.

P r e n e z racines d'oseille, dè chiendent, collet,

de chacune deux

trois pintes

et d'herbe à

o n c e s : f a i t e s - l e s bouillir d a n s

d ' e a u : a j o u t e z d a n s la c o l a t u r e d e u x g r o s

d e nitre p u r i f i é , o u d e l ' e s p r i t d e v i t r i o l ,

j u s q u ' à une-

agréable acidité. Décoction

de

tamarin

P r e n e z d e la p u l p e d e t a m a r i n , trois o n c e s • o u d e s bourgeons

de

t a m a r i n , u n e p i n c é e :- f a i t e s - l e s bouillir P


P h a r m a c o p é e

23о-

p e u de t e m p s dans trois chopines

d'eau : dulcifiez

la

c o l a t u r e a v e c suffisante q u a n t i t é d e s u c r e Limonade. E x p r i m e z suffisante q u a n t i t é d e citrons o u d ' o r a n g e s s a u v a g e s d a n s trois ou q u a t r e p i n t e s d'eau ; ô t e z la c r u d i t é avec

une croûte de pain r ô t i e , et y mêlez

suffisante

quantité de sucre. Petit D a n s une pinte

lait

laxatif.

d e lait b o u i l l a n t , j e t t e z e t m ê l e z u n

g r o s e t d e m i d e c r è m e d é t a r t r e : clarifiez e n s u i t e le p e t i t lait a v e c le b l a n c d ' œ u f b i e n b a t t u . Petit lairt purifiant

ou

apéritif.

P r e n e z du c r e s s o n d e fontaine ou d e s a v a n e , o u d e lac h i c o r é e s a u v a g e , u n e p o i g n é e : faites l e s infuser d e m i heure dans une pinte ensuite

d e p e t i t lait b o u i l l a n t ;

exprimez

l'infusion. Tisane

apéritive

mineure.

P r e n e z des racines de chicorée s a u v a g e , d'herbe à b l é , d'herbe à c h i q u e , de

verveine blanche, des écorces d e

citronier e t t a m a r i n , d e c h a c u n e un

g r o s : f a i t e s - l e s bouillir

dans

une o n c e ; de l'anis, six c h o p i n e s

d'eau ,

j u s q u ' à l a d i m i n u t i o n d u t i e r s : m e t t e z d a n s la c o l a t u r e deux' g r o s d e nitre purifié , e t suffisante q u a n t i t é d e r é glisse d e F r a n c e ou d u p a y s . Les

racines et écorces des plantes ci-après n o m m é e s

p e u v e n t s u p p l é e r . Griffes d e c h a t , r o s e a u , m a p o u , b o i s d e t r o m p e t t e , b a l i s i e r , liane à p e r s i l , h e r b e à b o u t o n , e s p è c e d e g r a t t e r o n , e t l e s racines d e la g r a n d e o r t i e s L e s g r a i n e s d e s sapotilles sont t r è s - a p é r i t i v e s . L e s fleurs d e g i r a u m o n t s o n t p a r e i l l e m e n t fort e s t i m é e s p o u r l a j a u n i s s e , etq l a racine d e p e t i t balisier p o u r le m a l c a d u c .


DE

S T . -D o M

Tisane

apérilive

NGUE

231

majeure.

F a i t e s bouillir a v e c l e s p l a n t e s d e la tisane p r é c é d e n t e , de l'antimoine

c r u p u l v é r i s é , e t d e la l i m a i l l e d'acier ,

qu'on s u s p e n d r a dans un n o u e t , de chacun deux onces • d u sel d e t a r t r e , d e u x g r o s ; f a i t e s - e n b o i r e t o u s l a s m a tins une pinte par gobelets. C e t t e t i s a n e s e r a p l u s f o r t e , si on y fleurs,

m e t l e s feuilles ,

et fruits d ' h e r b e à c l o q u e s , d e liane à c a l e ç o n ,

d ' a v o c a t i e r , d e v e r v e i n e p u a n t e , e t d e pois p u a n t . Tisane

anti-scorbutique.

P r e n e z du g i n g e m b r e deux gros ; deux citrons c o u p é s en quatre ; des bourgeons d e bois d'anisette, du cresson d e f o n t a i n e o u d e s a v a n e , d e c h a c u n u n e p o i g n é e •. f a i t e s les infuser d e m i - h e u r e dans deux pintes d e la tisane p r é c é d e n t e , e t e x p r i m e z l'infusion. Tisane

lénitive.

P r e n e z des racines d'épinards du p a y s , d e l'écorce d e g o m m i e r , d e s b o u r g e o n s , e t d e s fleurs d e g o m b o , o u d e s feuilles d u petit g o m b o , d e c h a c u n u n e p i n c é e ; d e l a g r a i n e d e lin

d e m i - o n c e ; e t suffisante q u a n t i t é d e

r é g l i s s e : f a i t e s - l e s bouillir d a n s d e u x p i n t e s d ' e a u , j u s q u ' à la d i m i n u t i o n d u q u a r t , e t p a s s e z la d é c o t i o n . L e s feuilles d e la liane à c œ u r , e t l ' é c o r c e d e l a liane à s a v o n , s o n t f o r t e s t i m é e s , s u r - t o u t p o u r la g o n o r r h é e ; a u s s i b i e n q u e l e s r a c i n e s d e p e t i t b a l i s i e r , d e bois

de

c o u i l l e , d e la m a l - n o m m é e , d e la v e r v e i n e p u a n t e , e t de toutes

les a u t r e s e s p è c e s d e v e r v e i n e . M a i s l e s r a -

cines de l ' h e r b e à collet infusées à f r o i d , l'emportent sur toutes les a u t r e s . Tisane

pectorale.

A j o u t e z à la p r é c é d e n t e du c a p i l l a i r e , d e l a l a n g u e d e P 4


232

P H A R M A C O P É E

b œ u f , d e s b o u r g e o n s d e f r a n c - b a s i n , d e s raisins s e c s s a n s p é p i n s , d e chacun une pincée ; de la c a n n e d e s u c r e coupée p a r m o r c e a u x , une demi-poignée

: faites-y i n -

f u s e r d e m i - h e u r e u n s c r u p u l e d e safran o r i e n t a l , ' d e u x o n c e s d e miel c o m m u n , et passez la tisane. L ' é c o r c e m o y e n n e d e l ' a r b r e d e sucrier d e m o n t a g n e , d e bois m a r i e , l e s fleurs d e f r a n c h i p a n i e r , d ' i m m o r t e l l e d e corossolier, de pois congo ou quigongi, et d e l ' h y s s o p e aqvec l e u r s b o u r g e o n s , o n t l e s m ê m e s v e r t u s . Tisane

pectorale,

résolutive

ou apéritive,

rafraîchissante.

P r e n e z d e s r a c i n e s d ' é p î n a r d s d o u x , d e s feuilles et t i g e s d e la liane a p p e l é e griffe herbe à blé,

de chat,

du c a p i l l a i r e d e

d e la m a u v e a p p e l é e

C a n a d a , des racines d e

r o s e a u o r d i n a i r e , d e chacun une pincée ; de la de

fer q r e n f e r m é e dans un n o u e t ,

l e s bouillir

une

limaille

once : faites

d a n s d e u x o u t r o i s p i n t e s d'eau j u s q u ' à l a

diminution du quart.

E n t i r a n t , la d é c o c t i o n

du f e u ,

a j o u t e z d u c r e s s o n d e s a v a n e , e t d e la r é g l i s s e d u p a y s , d e c h a c u n une d e m i - p o i g n é e : f a i t e s - l e s infuser u n e d e m i h e u r e , et passez ensuite cette tisane. J e l a p r e s c r i s d a n s la phtisie s è c h e , c ' e s t - à - d i r e , a u x m a l a d e s attaqués d'une toux

s è c h e et d ' u n g r a n d e n -

rouement. (Tisane

hystérique

pour

rappeler

supprimées^

lés règles, oit

i

vidanges,

. .,,,„, ..

' P r e n e z d è s feuilles t e n d r e s d ' a v o c a t i e r , e t d e liane à c a l e ç o n , d e s r a c i n e s e t d e s feuilles d'herbe à c l o q u e s , d e c h a c u n e u n e p i n c é e : faites l e s bouillir d a n s trois c h o p i n e s d ' e a u , j u s q u ' à la d i m i n u t i o n du t i e r s : faites infuser dans cette décoction pendant une demi-heure un scrupule d e safran o r i e n t a l , et passez la tisane. O n l a r e n d r a plus f o r t e , si on y a j o u t e l e s r a c i n e s d e


DE

233

S T . - D 0 M I N G U E .

pois p u a n t , d e verveine puante , de t h a m n u s p u a n t , e t du schocnanthé

de l'Amérique. L e s

semences de pois

p u a n t r ô t i e s , b r o y é e s e t bouillies e n f a ç o n d e c a f é , s e n t p o u r un

pas-

e x c e l l e n t h y s t é r i q u e . M a i s il n'y e n p a s

d e p l u s efficace q u e la d é c o c t i o n d e la p o m m e d e m e r veille, que les f e m m e s de l ' A m é r i q u e appellent nexiquen, e t q u ' e l l e s e s t i m e n t t e l l e m e n t , q u ' o n lui d o n n e la v e r t u d e r é s o u d r e t o u t e s s o r t e s d ' o b s t r u c t i o n s , e t d e guérir l e s coliques. Quelques uns m e t t e n t

en u s a g e

le chardon puant ,

l a m a u v e p u a n t e , la m é l i s s e p u a n t e , et les s e m e n c e s d e l a liane à b o î t e à s a v o n n e t t e . M a i s p l û t à D i e u q u e c e s plantes fussent inconnues ! Tisane

dêtersive

Prenez

pour la gonorrhée

et les fleurs

de la limaille d'acier, une o n c e ;

blanches:

d u sel a m -

m o n i a c , d e m i - g r o s ; s u s p e n d e z la limaille d a n s u n n o n e t ; d e s é c o r c e s d ' o r a n g e r s a u v a g e , e t d e la liane à savon , d e g o m m i e r , et de b o i s - m a r i e , de chacun une pincée S d e s r a c i n e s d e v e r v e i n e p u a n t e , une d e m i - p i n c é e : faitesl e s bouillir d a n s t r o i s c h o p i n e s d ' e a u

j u s q u ' à l a dimi-.

nution du tiers. Tisane

astringente

mineure.

P r e n e z d e s é c o r c e s d e g o y a v i e r , d e m o n b i n , et de g r e n a d e , 'de c h a c u n e trois g r o s ; du riz b i e n l a v é , trois onces ; de

la r a p u r e d e c o r n e

de cerf,

bouillir d a n s c i n q c h o p i n e s

une

once : faites-les

d ' e a u j u s q u ' à la d i m i n u t i o n

du q u a r t . O n e m p l o i e é g a l e m e n t l e s é c o r c e s d e bois b l a n c q u ' o n p e n s e ê t r e le simarouba,

de

bois m a r i e , d e

raisinier,

d i c a q u i e r , et d u m o n b i n b â t a r d . O n r e c o m m a n d e , d a n s l a diarrhée

d e s b e s t i a u x , les feuilles e t les b o u r g e o n s

bois de trompette.

du


234

P H A R M A C O P É E Tisane

Ajoutez

dans

la

astringente

majeure.

précédente

des

qu'on appelle mâche-fer, plantain, une p o i g n é e ; c o u s i n , et

scories

de

fer,

d e u x o n c e s ; d e s feuilles

de

de l'écorce m o y e n n e de grand

des bourgeons d ' a p i a b a ,

de

chacun

une

pincée. L e s r a c i n e s du c o c c i s , q u ' o n c r o i t P i p é c a c u a n h a b l a n c , et des aristoloches,

les écorces des arbres appelés a m a n -

dier , b o i s j a u n e é p i n e u x , pelé

sanguine,

employés

et

les fruits d e l ' a r b r i s s e a u a p -

la p r ê l e d e

d a n s les

l'Amérique,

tisanes astringentes.

On

sont

aussi

fait a u s s i

grand cas du s u c de l'herbe carrée sans o d e u r , qui

est

une espèce de mélisse. Décoction Prenez des

astringente

pour la

fruits d e g o y a v i e r

lienterie.

et de grenadier,

de

chacun d e u x o u trois ; d e la c a n e l l e , un g r o s : f a i t e s l e s bouillir d a n s d e l'eau e t du vin v i e u x ,

de chacun

une

p i n t e , j u s q u ' à la d i m i n u t i o n d u tiers : a d o u c i s s e z la c o l a t u r e a v e c suffisante q u a n t i t é de s u c r e . O n p e u t e n faire u n s i r o p t r è s - e f f i c a c e p o u r fortifier l ' ' e s t o m a c . Tisane

astingente pour la gonorrhée

et les fleurs

blanches.

Prenez des écorces de g a y a c , d'amandier, d'icaquier, et

des racines

de

verveine

p u a n t e , de chacune

p i n c é e : f a i t e s l e s bouillir d a n s q u ' à la

diminution

d e u x p i n t e s d'eau

une jus-

d û q u a r t : a j o u t e z d a n s la c o l a t u r e

un g r o s d ' a l u n p u r i f i é , o u d e l'esprit d e v i t r i o l , j u s q u ' à une agréable acidité. Lait

apéritif.

D a n s u n e p i n t e d e lait b o u i l l a n t , j e t t e z un s c r u p u l e d e safran,

et

un

gros

de

gingembre

coupé

par

m o r c e a u x : a p r è s un q u a r t d ' h e u r e d'infusion , l'infusion.

petits passez


DE

235

S T . - D O M I N G U E . Lait

astringent

simple.

F a î t e s infuser d e la m ê m e f a ç o n d a n s m ê m e q u a n t i t é d e lait une d e m i - o n c e d e fleur d e s o u f r e . Lait

astringent

composé.

P r e n e z l ' é c o r c e m o y e n n e d e g r a n d c o u s i n , du s a n t a l c i t r i n , ou d u bois d e c h a n d e l l e , chacun

un g r o s : f a i t e s - l e s

et du g i n g e m b r e , d e

bouillir d a n s d e u x :

pintes

d e lait j u s q u ' à la d i m i n u t i o n d u q u a r t : a p r è s avoir t i r é la décoction

du f e u ,

éteignez-y

p a r t r o i s fois un

fer

r o u g e : p a s s e z - l a , et e n faites p r e n d r e u n v e r r e d ' h e u r e en heure. Tisane

sudorifique.

P r e n e z d u g a y a c , de la s a l s e p a r e i l l e , d e la s q u i n e , d e c h a c u n u n e o n c e ; d e l ' a n t i m o i n e cru p u l v é r i s é et m i s d a n s un n o u e t , u n e o n c e ; v e r s e z l à d e s s u s d e u x p i n t e s : d'eau bouillante ; laissez infuser pendant douze h e u r e s f a i t e s bouillir e n s u i t e j u s q u ' à l a d i m i n u t i o n du t i e r s . Q u e l q u e s u n s a j o u t e n t l e s é c o r c e s d e bois d e f e r , d e b o i s d ' I n d e , e t d e b o i s à p i a n ; et a u lieu d e la s a l s e p a reille , m e t t e n t liane

les t i g e s d e la liane à p e r s i l , o u d e la

marigonia. Tisane fébrifuge

simple.

P r e n e z des é c o r c e s m o y e n n e s d e citronîer e t d ' o r a n g e r s a u v a g e , d e c h a c u n e u n e p i n c é e ; nitre purifié , un g r o s : faites-les légèrement

bouillir d a n s une p i n t e d ' e a u ,

et

les l a i s s e z e n s u i t e infuser d e m i - h e u r e . L e m a l a d e e n u s e r a p o u r boisson. Tisane

fébrifuge

composée.

A j o u t e z d a n s la p r é c é d e n t s u n e d e m i - o n c e d e q u i n quina g r o s s i è r e m e n t c o n c a s s é , e t a u d é f a u t d e celui d u P é r o u , une o n c e d e q u i n q u i n a d e S a i n t - D o m i n g u e , ou d e l ' é c o r c e d e l ' a r b r i s s e a u a p p e l é bois

ramon.


236

P H A R M A C O C É E

Q u e l q u e s uns v a n t e n t b e a u c o u p d a n s les

fièvres

ca-

c h e c t i q u e s et d ' a u t r e s fièvres , les é c o r c e s d e s u c r i e r de m o n t a g n e , d ' a m a n d i e r , d e m a n g l e , les racines et fleurs

les

d e poincillade. Tisane

vermifuge

ou contre

les

vers.

Prenez du pourpier , d e s bourgeons de tamarin , chacun de

de

u n e d e m i - p o i g n é e ; des s o m m i t é s d ' a b s y n t h e ,

l'écorce

de gommier

t r o i s citrons c o u p é s trois chopines

,

de

chacun,

demi-pincée;

en q u a t r e : f a i t e s - l e s bouiliir d a n s

d'eau j u s q u ' à la d i m i n u t i o n d u q u a r t :

a p r è s avoir p a s s é et e x p r i m é la d é c o c t i o n , a j o u t e z - y

une

c h o p i n e d e b o n n e huile , et f a i t e s b o i r e un g o b e l e t d e c e m é l a n g e d e trois e n trois h e u r e s . Les

semences de

poudre

fine,

citron bien s è c h e s

et broyées

en

m ê l é e s avec pareille quantité de poudre à

v e r s , à d o s e d'un s c r u p u l e ou d'un d e m i - g r o s p o u r u n e n f a n t , m a t i n et s o i r , s o n t un e x c e l l e n t r e m è d e . O n leur

fait p r e n d r e d a n s u n e c u i l l e r é e d e j u s d e

d ' h u i l e d ' a m a n d e s d o u c e s , ou d e palma

Christi,

le

citron, ou enfin

d e sirop de chicorée c o m p o s é , o u , à leur d é f a u t , dans u n e c u i l l e r é e de la liqueur s u i v a n t e : P r e n e z c i n q à six p o i g n é e s d e la l i a n e à v e r s

coupée

p a r p e t i t s m o r c e a u x , q u e j e crois u n e e s p è c e d e c i e r g e d u P é r o u , a p p e l l e torche

dans le p a y s : faites l e s m a c é r e r

p e n d a n t v i n g t - q u a t r e h e u r e s s u r les c e n d r e s c h a u d e s d a n s c i n q ou six c h o p i n e s d'eau ; f a i t e s - l e s e n s u i t e distiller s u i v a n t l ' a r t . L a d o s e , u n e cuillerée ou d e u x . C ' e s t M . L a borie , chirurgien très-expérimenté qui m ' a c o m m u n i q u é ce

remède,

q u e j ' a i fait p r e n d r e p l u s i e u r s fois

avec

succès. On

m ' a r a p p o r t é q u ' o n faisoit à la M a r t i n i q u e

g r a n d u s a g e d ' u n s i r o p fait a v e c

un

la brainvilliers ; m a i s

c e t t e h e r b e est r e c o n n u e p o u r t r è s - v é n é n e u s e , c e t t e raison ou e s t fort éloigné de s'an s e r v i t .

et

par


DE

S

T. -

Tisane

DOM

purgative

I N G

237

UE.

simple.

P r e n e z de la chicorée s a u v a g e , une poignée ; deux d o u z a i n e s d e p r u n e a u x , e t d e s follicules d e s é n é , d e m i - o n c e ; faites-les

bouillir d a n s trois c h o p i n e s

d'eau j u s q u ' à l a

moitié : ajoutez dans la colature une once ou u n e d e m i o n c e d e sel d ' e p s o m . Tisane

purgative

composée,

ou h y d r a g o g u e .

P r e n e z trois c h o p i n e s d e t i s a n e a n t i - s c o r b u t i q u e , d e s follicules d e s é n é , d e m i - o n c e ; d e la r a c i n e d e j a l a p , d e u x gros ; d e s pruneaux deux douzaines : faites-les jusqu'à la diminution

bouillir

d u tiers : d i s s o l v e z d a n s l a c o l a t u r e

u n e o n c e d e s e l d ' e p s o m , trois g r o s d e c o n f e c t i o n h a m e c h , e t u n e o n c e d e sirop d e n e r p r u n . Eau

de casse

simple.

P r e n e z de la p u l p e d e c a s s e f r a î c h e m e n t t i r é e , t r o i s o n c e s ; d u sel v é g é t a l , d e m i - o n c e : d é l a y e z - l e s d a n s u n e pinte d e tisanne c o m m u n e , prendre

un gobelet

o u d e p e t i t lait. O n f e r a

d e cette

e a u d e deux

en deux

heures. On peut mettre à la place d u sel végétal le sel d'eps o m , j u s q u ' à l a d o s e d ' u n e o n c e , o u d u s e l d e nitre j u s q u ' à l a d o s e d e t r o i s g r o s , s u i v a n t l'indication. Eau

de casse

composée.

P r e n e z d e l a p u l p e d e c a s s e f r a î c h e e t d e la m a n n e , des c h a c u n e trois o n c e s ; du j a l a p e n p o u d r e , u n g r o s ; d u s e l d'epsom , une d e m i - o n c e filtrez

: après une légère ébullition,

la d é c o c t i o n , q u i s e r v i r a p o u r trois p r i s e s , d e u x o u

trois heures entre c h a q u e . Eau

bénite.

P r e n e z q u a t r e o u s i x g r a i n s d ' é m é t i q u e ; faîtes - les fendre

d a n s u n e p i n t e d'eau , d o n t l e m a l a d e p r e n d r a un

verre de deux eu d e u x ou d e t r o i s on trois h e u r e s .


238

PHARMACOPÉE Emulsion Eau

avec les

de casse

avec

grains. ses

grains.

S e p r é p a r e n t et s o n t d o n n é e s d e la m ê m e façon q u e l'eau

bénite.

L E S

P O T I O N S

Potion purgative

commune

mineure.

P R E N E z de la m a n n e , d e u x o n c e s ; du sel v é g é t a l ,

un

g r o s ; f a i t e s - l e s f o n d r e d a n s c i n q o n c e s de t i s a n e , potir une p r i s e . Potion

purgative

commune

majeure.

P r e n e z d e la m a n n e et de la p u l p e d e c a s s e , d e c h a c u n e d e u x o n c e s ; d e s follicules d e s é n é , d e u x g r o s ; d u sel

d ' e p s o m , trois g r o s : faites-les l é g è r e m e n t

d a n s six o n c e s

de tisane

bouillir

faites u n e potion p o u r u n e

prise. Potion

purgative

pour la gale

et les

vers.

P r e n e z d e la t i s a n e v e r m i f u g e , s e p t o n c e s ; d e s follic u l e s d e s é n é , d e u x g r o s ; d e la r h u b a r b e g r o s s i è r e m e n t c o n c a s s é e : faites-les bouillir : d é l a y e z d a n s la c o l a t u r e confection h a m e c h , d e u x g r o s , et y m ê l e z d e la p o u d r e à v e r s , un s c r u p u l e , et d e m i - g r o s d e coraline p r é p a r é e : f a i t e s u n e potion p o u r u n e ou d e u x p r i s e s . L e fruit d u p e t i t c a l e b a s s i e r e s t d a n s une g r a n d e r e n o m m é e p o u r les a b c è s i n t e r n e s . O n le fait rôtir o u c u i r e d a n s le feu ; on le c a s s e e n s u i t e , et on en tire l e s u c , q u ' o n fait a v a l e r bien c h a u d . C e s u c m ' a p a r u t r è s - i n d i g e s t e

et

l a x a t i f ; e t c o m m e on le fait s o u v e n t p r e n d r e d a n s les i n f l a m m a t i o n s , il a u g m e n t e le m a l , e t fait périr le m a l a d e plus t ô t .


239

S T . - D O M I N G U E.

DE

Peinture de rhubarbe

composée.

P r e n e z d e la r h u b a r b e g r o s s i è r e m e n t

concassée,

g r o s ; faites-la infuser o u l é g è r e m e n t bouillir

un

dans huit

o n c e s d e décoction d e p l a n t a i n : faites f o n d r e u n e

once

d e m a n n e e t un g r o s d e

cette

sel d ' a b s y n t h e

:

filtrez

potion , q u ' o n p a r t a g e r a e n d e u x ou trois p r i s e s . Potion

universelle

composée.

P r e n e z du catholicon d o u b l e et d e l a m a n n e , d e c h a cun une o n c e ; délayez-les dans quatre onces de tisane a s t r i n g e n t e : faites u n e p o t i o n , d a n s l a q u e l l e on p e u t a j o u t e r dix ou vingt g r a i n s d ' i p é c a c u a n h a . Sirop magistral P r e n e z du s u c

de

astringent.

g o y a v e , d e u x o n c e s ; d e la r h u -

b a r b e g r o s s i è r e m e n t c o n c a s s é e , u n e o n c e et d e m i e ; la

de

c a n e l l e , d e m i - g r o s ; du santal citrin , u n g r o s ; d e s

é c o r c e s et des fleurs d e g r e n a d e , u n e o n c e : f a i t e s - l e s macérer pendant douze heures sur les cendres chaudes d a n s d e u x pintes d e d é c o c t i o n d e p l a n t a i n et d ' a p i a b a : a j o u t e z à la c o l a t u r e d u s u c d e

c e r i s e s du p a y s ,

huit

o n c e s ; du m i e l é c u m e ou d u g r o s s i r o p , d e m i - l i v r e ; d u sucre blanc, une

livre e t d e m i e : f a i t e s - l e s cuire à l a

consistance de sirop. L a d o s e est depuis une once j u s qu'à

deux

dans quatre ou

six o n c e s

de

tisane

pour la

dyssenterie.

astri-

gente.q Potion

ou julep

lénitif

P r e n e z d e s e a u x d e p l a n t a i n et d e r o s e , d e c h a c u n e d e u x o n c e s ; d e l'huile d ' a m a n d e s d o u c e s ou d e g i g e r i , e t du sirop d e g r e n a d e , d e c h a c u n u n e o n c e : faites un j u l e p q u ' o n r é i t é r e r a d e six e n six h e u r e s . Potion

blanche

ou

anodine.

P r e n e z d e la t é r é b e n t h i n e d e V e n i s e , d e u x g r o s ; de


24o

P H A R M A C O P É E

l'huile d ' a m a n d e s d o u c e s ou d e g i g é r i , e t d u sirop d e g o y a v e , de chacun un once : dissolvez la thérébenthine a v e c un j a u n e d ' œ u f dans six o n c e s d ' e a u d e p l a n t a i n : f a i t e s u n e potion p o u r u n e p r i s e . Potion

astringente

P r e n e z d e s s u c s d ' a p i a b a et de p l a n t a i n , d e c h a c u n trois o n c e s ; d u bol d ' A r m é n i e , et du s a n g d e d r a g o n ,

de

chacun d e m i - g r o s ; du d i a s c o r d i u m , d e m i - g r o s ; du sirop d e g r e n a d e , une o n c e : m ê l e z et faites une potion p o u r deux prises. L e s u c d'apiaba e s t t r è s - e s t i m é dans les flux de v e n t r e . O n p e u t r e n d r e c e t t e potion p l u s a s t r i n g e n t e , en y a j o u t a n t d e la t e i n t u r e a n o d i n e et d e l'élixir d e p r o p r i é t é , d e chacun trente gouttes. Potion

pour arrêter la

gonorrhée.

P r e n e z d e l'esprit d e g e n i è v r e , d u b a u m e d u P é r o u e t d e copahu , de chacun trente gouttes , qu'on mettra dans u n p e u d e t i s a n e a s t r i n g e n t e , ou d a n s d u vin. Potion P r e n e z confection

cordiale

mineure.

a l k e r m è s et d ' h y a c i n t h e ,

de

cha-

c u n e d e m i - g r o s ; e a u d e c a n e l l e o r g é e , d e u x g r o s ; élixir d e p r o p r i é t é , v i n g t g o u t t e s ; sirop d e l i m o n , une o n c e : m ê l e z - l e s d a n s six o n c e s d e t i s a n e a p é r i t i v e , ou d'eau d e c h a r d o n b é n i des îles. O n r e n d r a c e t t e potion h y s t é r i q u e a v e c d o u z e g o u t t e s d e t e i n t u r e d e c a s t o r , six g r a i n s d e c a m p h r e , et

douze

g r a i n s d e sel volatil a m m o n i a c . Potion

cordiale

majeure

ou

sudorifique.

P r e n e z d e la vieille t h é r i a q u e , u n g r o s ; d e l ' a n t i m o i n e d i a p h o r é t i q u e et d e la p o u d r e d e v i n g t - q u a t r e g r a i n s ; d u sel volatil

vipère , de de vipères,

chacun douze grains,


DE

ST.

- D M I N G U E .

241

grains ; d e l'eau d e c a n e l l e , d e u x - g r o s : mêlez-les dans six o n c e s de tisane sudorifique. O n p e u t y a j o u t e r trois g r a i n s d e k e r m è s m i n é r a l - ; e t alors on la d o n n e r a cuillerée à cuillerée. Potion huileuse pectorale. F a i t e s bouillir dans d e m i - c h o p i n e d'huile d e s o i g n o n s d e lis ; e x p r i m e z - l e s , e t a j o u t e z d e u x onces de sirop p e c toral c o m p o s é . O n e n d o n n e r a u n e cuillerée d ' h e u r e e n h e u r e , ou d e d e u x e n d e u x h e u r e s . L ' h u i l e tirée d e s n o y a u x du fruit d u sucrier v a u t b e a u coup mieux q u e celle d'amande. Potion

huileuse

pectorale

composée.

P r e n e z d e l'huile d ' a m a n d e s d o u c e s ou d e g i g é r i , d e u x o n c e s ; d u blanc d e baleine , u n g r o s , q u ' o n fera f o n d r e d a n s l ' h u i l e ; d'une infusion d e safran o r i e n t a l , .trois o n c e s ; de la poudre de v i p è r e , demi-gros ; du sirop p e c t o r a l c o m p o s é , u n e o n c e ; d u miel d e N a r b o n n e , u n e o n c e : m ê l e z - l e s e t faites u n e p o t i o n dont le m a l a d e p r e n d r a d e u x o u t r o i s cuillerées d é d e u x e n d e u x heures. On peut y ajouter , suivant, l'indication , du kermès minéral de la confection a l k e r m è s , ou de la t h é r i a q u e , d e l a t e i n t u r e a n o d i n e , o u du b a u m e t r a n q u i l l e , et enfin d e la manne. Sirop pectoral composé. P r e n e z d u capillaire d e C a n a d a e t d e l a . l a n g u e d e b œ u f c o u p é e p a r petits m o r c e a u x , d e c h a c u n u n e p o i g n é e ; d e s fleurs d e f r a n c h i p a n e , d e bois i m m o r t e l , de g i r a u m o n t , d e g o m b o . , de j a s m i n d ' A r a b i e , o u d e j a s m i n o d o r a n t d e S a i n t - D o m i n g u e , e t d'oranger s a u v a g e , d e chacun d e m i p o i g n é e : faites-les m a c é r e r p e n d a n t d o u z e h e u r e s d a n s suffisante q u a n t i t é d'eau bouillante : p a s s e z et exprimez; l ' i n f u s i o n , d o n t v o u s f e r e z un s i r o p selon l ' a r t . Tome

H.

Q


242

P H A R M A C O P É E

L E S

B O L S .

Bol purgatif

PRÉNEZ du

commun.

jalap en p o u d r e , e t d e la p o u d r e c o r n a -

c h i n e , d e chacun q u i n z e g r a i n s ; f a i t e s - e n un bol a v e c suffisante q u a n t i t é d e sirop d e c h i c o r é e c o m p o s é de r h u barbe. Bol purgatif

plus

fort.

P r e n e z d u m e r c u r e d o u x , du d i a g r è d e , ou d e la g o m m e d e liane p u r g a t i v e , du jalap en p o u d r e , d e c h a c u n h u i t g r a i n s : faites un bol a v e c suffisante q u a n t i t é d e s i r o p . O n l e r e n d r a p l u s fort en y a j o u t a n t un ou d e u x g r a i n s d e g o m m e g u t t e , ou d e l ' a m a n d e d u p r u n i e r é p i n e u x

de

l ' A m é r i q u e , m i s e en p o u d r e , à la d o s e d e d e m i - s c r u p u l e o u d'un s c r u p u l e . Bol

contre

les

vers.

P r e n e z d e la r h u b a r b e e n p o u d r e , d e m i - g r o s ;

de

l ' a l o ë s d e m i - s c r u p u l e ; d e la c o r a l i n e e t d e la p o u d r e à v e r s , d e c h a c u n un gros ; d e l'éthiops m i n é r a l ,

douze

g r a i n s : faites un bol a v e c suffisante q u a n t i t é d'huile palma

de

Christi.

L e s u c d e la c h é l i d o i n e d ' A m é r i q u e , d i t e

bocconia,

e s t v e r m i f u g e et purgatif. 1 es s e m e n c e s de p a p a i e m i s e s jen p o u d r e s o n t fort r e c o m m a n d é e s . Bol apéritif

ou opiat

anti-cachectique.

P r e n e z d e s é c o r c e s fines d e citronier e t d ' o r a n g e r s a u v a g e r é d u i t e s en p o u d r e , d e l'aristoloche r o n d e d e l ' A mérique ,

et d e la g e n t i a n e , si on e n p e u t

trouver,

é g a l e m e n t p u l v é r i s é e s , d e c h a c u n e un g r o s ; d u sel a m -


DE

S t . - D O M I N G U E.

243

m o n î a c , d e m i - g r o s : m ê l e z - l e s a v e c suffisante q u a n t i t é d e miel o u d'extrait d e g e n i è v r e . L a d o s e s e r a d'un g r o s m a t i n et soir , b u v a n t p a r d e s s u s u n gobelet d'infusion d e s a u g e d u Port-de-Paix , o u d'herbe à c h a r p e n t i e r , o u d e t h y m de savane. Bol

apéritif ou opiat plus

fort.

P r e n e z d e l'éthiops m i n é r a l , d e s c l o p o r t e s p u l v é r i s é s , d e c h a c u n d e m i - g r o s ; d u sel d e m a r s d e rivière , o u d u .safran d e m a r s a p é r i t i f , un s c r u p u l e ; d u b o r a x , d e m i s c r u p u l e : m ê l e z - l e s a v e c suffisante q u a n t i t é d ' e x t r a i t d e g e n i è v r e p o u r trois ou q u a t r e d o s e s . Tablettes

pour la phlhisie

pulmonaire.

P r e n e z d u sel d e m a r s d e rivière , d e s c l o p o r t e s , du, b e n j o i n , du safran o r i e n t a l , du c o r a i l , d e s y e u x d ' é c r e visses , d e la c a n e l l e , d e c h a c u n d e m i - o n c e ; d u s u c r e b l a n c , d e m i - l i v r e : m e t t e z bien t o u t cela en p o u d r e , e t le m ê l e z a v e c le m u c i l a g e d e g o m m e a d r a g a n t tiré a v e c l ' e a u d e fleur d ' o r a n g e , e t en f o r m e z d e s p a s t i l l e s d u p o i d s d e d e u x g r o s , d o n t le m a l a d e e n m a n g e r a u n e s o i r et m a t i n , buvant par dessus deux gobelets de petit l a i t , d a n s lequel o n a u r a fait infuser du c r e s s o n , d u cerfeuil e t d e la p i m p r e n e l l e , e t faisant tous l e s j o u r s d e u x o u t r o i s h e u r e s d'exercice à c h e v a l . Bol astringent

simple.

P r e n e z d e la t é r é b e n t h i n e d e V e n i s e cuite d a n s d e l'eau d e p l a n t a i n , d e u x g r o s ; d e la r h u b a r b e t o r r é f i é e , un d e m i - g r o s : faites un bol q u ' o n p a r t a g e r a e n trois prises , d e u x h e u r e s d'intervalle e n t r e c h a q u e . Bol astringent

plus

fort.

P r e n e z bol d ' A r m é n i e , c a c h o u et s a n g d e d r a g o n , d e chacun six g r a i n s ; i p é c a c u a n h a , trois g r a i n s ; l a u d a n u m ,


244

P H A R M A C O P É E

d e m i - g r a i n ; faites un bol a v e c suffisante q u a n t i t é d'extrait d e g e n i è v r e , ou d e d i a s c o r d i u m . O n le r e n d r a plus fort en é t a n t P i p é c a c u a n h a , e t y s u b s t i t u a n t six ou h u i t g r a i n s d'alun. Bol

astringent pour la

gonorrhée.

P r e n e z d e s s e m e n c e s d e plantain bien p u l v é r i s é e s , d u bol d ' A r m é n i e , d u cachou et du safran d e m a r s a s t r i n g e n t , d e l'éthiops m i n é r a l , d e chacun d e u x g r o s ; d u c a m p h r e , un g r o s ; d u sel d e S a t u r n e , trois g r o s ; i n c o r porez-les d a n s suffisante q u a n t i t é d e b a u m e d e c o p a h u . L a d o s e d ' u n g r o s m a t i n e t soir. Bol plus

simple.

P r e n e z d e l ' a l o ë s , d e la m y r r h e , e t d e la r h u b a r b e t o r r é f i é e , d e l'alun p u l v é r i s é , d e c h a c u n p a r t i e é g a l e : m ê l e z - l e s a v e c suffisante q u a n t i t é d e b a u m e d e c o p a h u . Opiat astringent

pour la même.

P r e n e z g a ï a c , sassafras , r h u b a r b e p u l v é r i s é e , é t h i o p s m i n é r a l , arcanum

duplicatum,

de chacun deux gros :

m ê l e z - l e s a v e c suffisante q u a n t i t é d e t é r é b e n t h i n e . L a d o s e d'un g r o s . O n la r e n d r a p l u s forte en m e t t a n t à la p l a c e d e l'arcanum duplicatum

e t d e la r h u b a r b e ,

le

s a n g d e d r a g o n , le bol d ' A r m é n i e , le b o r a x , d e c h a c u n un gros ; du c a m p h r e , demi-gros. Quelques uns emploient avec succès d e l'alun, et le s a n g d e d r a g o n fondus et m ê l é s e n s e m b l e : c'est le s p é cifique d e M . H e l v é t i u s p o u r l e s h é m o r r a g i e s , e t le s u c d e t a b a c v e r t injecté. Poudre pour la vérole qu'on appelle

Pian.

O n m'a r a p p o r t é qu'on donnoit a u x N è g r e s p o u r l e s p i a n s à la M a r t i n i q u e , la p o u d r e d e lambis

calcinée, à


DE

S T . - D O M I N G U E .

245

l a d o s e d e trois g r o s , soir e t m a t i n , p o u r la v é r o l e q u ' o n a p p e l l e pian. Bol fébrifuge

simple.

P r e n e z d e s é c o r c e s fines d e citronnier e t d'oranger bien s è c h e s et r é d u i t e s en p o u d r e , d e c h a c u n e d e m i - g r o s ; d u sel d ' a b s y n t h e o u a m m o n i a c , v i n g t - q u a t r e grains : faites u n b o l a v e c suffisante quantité d e m i e l . Bol fébrifuge

composé.

P r e n e z du q u i n q u i n a d u P é r o u , u n g r o s , e t à s o n d é f a u t , d e celui d e S a i n t - D o m i n g u e , d e u x g r o s ; d e l'iris d e F l o r e n c e , o u d e l'aristoloche l o n g u e d e l ' A m é r i q u e , e t du sel a m m o n i a c , d e c h a c u n d e m i - g r o s ; d e la t h é r i a q u e , u n gros : faites un bol qu'on p a r t a g e r a e n c i n q o u six p r i s e s : O n e s t i m e b e a u c o u p p o u r l e s fièvres , l e suc du b o i s l a i t e u x , n o m m é rauvolfia

, d e s s é c h é e t m i s en p o u d r e ,

à la d o s e d ' u n s c r u p u l e .

L E S

B O U I L L O N S .

Bouillons

rafraîchissons.

P R E N E Z un p o u l e t p l u m é e t bien v i d é , dont v o u s r e m p l i r e z le v e n t r e d'orge m o n d é e , e t d ' a m a n d e s c o n c a s s é e s , a u t a n t qu'il en p o u r r a tenir ; a y e z soin d e l ' é c u m e r , e t d e le faire cuire à petit feu p e n d a n t d e u x h e u r e s , d a n s cinq p i n t e s d'eau : a j o u t e z alors d e l a l a i t u e , d e la chicorée b l a n c h e , du p o u r p i e r , ou d e s é p i n a r d s s a u v a g e s , e t d e la m o r c l l e a p p e l é e taman nu laman , d e c h a c u n d e u x p o i g n é e s , qu'on laissera bouillir une d e m i - h e u r e : filtrez et e x p r i m e z la décoction. Q 3


P H A R M A C O P É E

246

Bouillons

altérans

ou

purifians.

A u lieu d e p l a n t e s r a f r a î c h i s s a n t e s , p r e n e z d e l a c h i c o r é e s a u v a g e ; et q u a n d v o u s r e t i r e r e z le bouillon

du

f e u , faites-y infuser p e n d a n t u n e h e u r e du c r e s s o n d e f o n t a i n e , o u d e celui d e s a v a n e , d u k a i a , a u t r e m e n t dit mozambai,

d u c e r f e u i l , et d u céleri : p a s s e z et e x p r i -

m e z le tout : a j o u t e z d a n s c h a q u e bouillon six g r a i n s d e poudre de vipère. Bouillons

ou apozèmes

laxatifs.

P r e n e z d e la c h i c o r é e b l a n c h e , d e la l a i t u e , d e s épi— nards,

de

chacun

une

poignée ; de l'oseille,

demi-

p o i g n é e ; u n e p i n c é e d e t h y m , ou d e s a r r i e t t e ; du s a i n doux frais,

qu'on

a p p e l l e mantaigue,

trois ou q u a t r e

o n c e s , e t u n e c r o û t e d e p a i n rôtie : faites bouillir t o u t c e l a p e n d a n t u n e d e m i - h e u r e d a n s d e u x ou t r o i s d'eau

pintes

: m ê l e z d a n s l a c o l a t u r e un j a u n e d'œuf.

L E S

L A V E M E N S . Lavement

PRENEZ faites-les

emollient.

d e s feuilles de g o m b o , d ' é p i n a r d s , d e p a t a t e s ,

cuire d a n s suffisante q u a n t i t é d ' e a u , et

dans

une chopine de cette décoction , délayez deux onces d e sirop de basin. Lavement

détersif.

P r e n e z d e s feuilles d e g o m b o , d ' a b s y n t h e s a u v a g e , e t de médecinier bâtard,

de chacune une poignée : faites-

l e s c u i r e , et a j o u t e z d a n s la c o l a t u r e six o n c e s d'huile d e palma

Christi.


DE

S T . - D O M I N G U E . Lavement

247

purgatif.

P r e n e z d e la c a s s e c o n c a s s é e ,

demi-livre : faites-la

bouillir dans p a r t i e s é g a l e s d'eau d e m e r , e t d'eau d o u c e , e t p a s s e z ensuite la d é c o c t i o n . Lavement

anodin.

A j o u t e z dans l a décoction d é t e r s i v e , d e l a graine d e l i n , et d e la t é r é b e n t h i n e , d e c h a c u n e d e u x gros ; d u m i e l , d e u x o n c e s , e t d e u x j a u n e s d'œufs ; du b a u m e t r a n q u i l l e , d e u x onces , o u du l a u d a n u m , d e u x o u trois g r a i n s . Lavement

purgatif

pour la colique

de

Poitou.

P r e n e z d e s feuilles d e s é n é , d e la p u l p e d e c o l o q u i n t e c o u p é e p a r m o r c e a u x , do c h a c u n e d e u x gros : faites-les bouillir dans l'eau d e m e r ; et dans u n e c h o p i n e d e la c o l a t u r e , délayez quatre onces de pulpe d e casse. O n p e u t y ajouter q u e l q u e f o i s d e u x ou trois onces d e v i n é m é tique. Lavement

anodin pour

la

même.

P r e n e z d e b o n v i n r o u g e et d e l'huile d e n o i x , o u de palma christi, d e c h a c u n p a r t i e é g a l e . Lavement

anodin

et purgatif pour la

même.

P r e n e z d e la p u l p e d e coloquinte c o u p é e par m o r c e a u x , d e u x g r o s ; faites-la cuire dans u n e pinte d e v i n ; a j o u t e z d e l'huile d e noix , ou d e palma

christi,

dix o n c e s . O n

réitérera c e l a v e m e n t d e q u a t r e en q u a t r e h e u r e s . Lavement

pour

les affections

D a n s le lavement purgatif demi-once de tabac en corde. Lavement

hystérique

soporeuses.

d e la c o l i q u e ,

ou. pour

les

ajoutez

vapeurs..

O n le c o m p o s e r a a v e c l e s p l a n t e s m e n t i o n n é e s p o u r la Q4


248

P H A R M A C O P É E

tisane h y s t é r i q u e , a u x q u e l l e s on a j o u t e r a , s u i v a n t qu'il c o n v i e n d r a , d e s r e m è d e s purgatifs.

L E S

G A R G A R I S M E

S.

Gargarisme rafraîchissant.ss O N se s e r t d e l ' o x y c r a t , ou du s u c d e limon ou d ' o s e i l l e , qu'on m ê l e a v e c du m i e l , ou d e la tisane acidulée qu'on m ê l e p a r e i l l e m e n t a v e c du m i e l . Gargarisme

détersif.

P r e n e z u n e livre d ' o r g e , d e s b o u r g e o n s d e m o n b i n , d e f r a n c - b a s i n , d e la s e m e n c e d e l i n , d e c h a c u n u n e p i n c é e : faites-les bouillir dans u n e pinte d'eau j u s q u ' à la moitié : d é l a y e z d a n s la colature u n e once d e m i e l . On e s t i m e b e a u c o u p dans l e s douleurs d e g o r g e q u i a c c o m p a g n e n t la petite v é r o l e , le g a r g a r i s m e fait a v e c le t a f i a , le m i e l , e t l'album grœcum p u l v é r i s é . Gargarisme

pour les ulcères

P r e n e z d e l'infusion,

des

gencives.

ou du s u c d e c r e s s o n , q u a t r e

o n c e s ; d e la m o u t a r d e , un gros ; du vinaigre , et du s u c r e , d e chacun u n e once • m ê l e z - l e s . Gargarisme

plus

fort.

P r e n e z d e s é c o r c e s d e g r e n a d e , e t d e citron , c o u p é e s p a r petits m o r c e a u x , d e c h a c u n e trois gros ; des feuilles d ' o s e i l l e , et de cresson , d e c h a c u n e d e m i - p o i g n é e : pilez bien le t o u t , e t le faites infuser dans suffisante q u a n t i t é d'eau : a p r è s u n e forte e x p r e s s i o n , a j o u t e z d e l ' e s p r i t de vin c a m p h r é , trois onces ; d u sel a m m o n i a c , u n g r o s ; d e l ' a l u n , d e u x g r o s ; du s u c r e c a n d i , u n e once ;


DE

S T . - D O M I N G U E . 249

du m i e l , d e u x o n c e s ; d e l'esprit d e c o c h l é a r i a , u n g r o s : faites u n g a r g a r i s m e , dont o n i m b i b e r a u n petit

bâton

enveloppé de l i n g e , pour nettoyer et déterger les ulcères d e la b o u c h e .

L E S

C O L L Y R E S . Collyre

simple.

P R E N E Z d e s e a u x distillées d e r o s e e t d e plantain , d e c h a c u n e d e u x o n c e s , et un blanc d'oeuf : a g i t e z - l e s j u s q u ' à c e q u e le b l a n c d ' œ u f soit bien d i s s o u s . Collyre

très-rafraîchissant.

M ê l e z d a n s le p r é c é d e n t du sel d e s a t u r n e , vingt g r a i n s , e t d u s a f r a n oriental p u l v é r i s é , huit g r a i n s . Collyre

résolutif.

P r e n e z d e l'eau d e p l a n t a i n , q u a t r e o n c e s ; du vin é m é t i q u e , d e u x o n c e s ; d u safran o r i e n t a l , dix g r a i n s ; d u vitriol b l a n c , d o u z e g r a i n s ; du c a m p h r e , six g r a i n s ; d u s u c r e c a n d i , un s c r u p u l e : faites un c o l l y r e . Il e s t s o u v e n t plus à p r o p o s d e n e se servir q u e d e coll y r e s secs p o u r les o p h t a l m i e s , e t les taies. O n les c o m p o s e a v e c le vitriol blanc , le s u c r e candi e t l e s c o q u e s d'oeufs bien s è c h e s , r é d u i t s en p o u d r e t r è s - f i n e , d e c h a c u n p a r t i e é g a l e . O n p e u t y joindre a u s s i l'antimoine c r u bien p u l v é r i s é , e t le c a m p h r e , d e c h a c u n p a r t i e égale. P l u s i e u r s e m p l o i e n t l e s sucs d e l'herbe n o m m é liane à mal aux yeux,

e t d ' a p i a b a , m ê l é s a v e c le sel;


PHARMACOPÉE

2.5o

L E S

C A T A P L A S M E S . Cataplasme

O

anodin.

N l e fait a v e c l a m i e d e pain , le l a i t , les j a u n e s

d ' o e u f s , et le s a f r a n o r i e n t a l . Cataplasme Prenez

émollient

et

résolutif.

d e s feuilles d e g o m b o , d ' a b s y n t h e b â t a r d e , d e

pois p u a n t , de verveine b l e u e , de morelle , et d'herbe à charpentier de

S a i n t - D o m i n g u e , de chacune

t r o i s p o i g n é e s : f a i t e s - l e s c u i r e d a n s d e l'eau

deux

ou

commune

j u s q u ' à c e q u ' e l l e s s o i e n t bien t e n d r e s : p a s s e z - l e s e n s u i t e a u t r a v e r s d'un t a m i s , e t en f a i t e s un c a t a p l a s m e . O n p e u t y a j o u t e r les feuilles d e c a l e b a s s e m u s q u é e , d e tabac, v e r t ,

e t d e s différentes s a u g e s du p a y s .

L e s r a c i n e s d u g r a n d m é d e c i n i e r , o u du palma christi , cuites

d a n s la g r a i s s e , s o n t un g r a n d r é s o l u t i f ,

et un

e x c e l l e n t c a t a p l a s m e d a n s la g o n o r r h é e t o m b é e d a n s les bourses.

O n le r e n d r a p l u s efficace en

y a j o u t a n t les

feuilles d e t a b a c , e t l ' o n g u e n t napolitain. Cataplasme Faites feuilles

bouillir

rafraîchissant dans

le

vinaigré

et

astringent. deux

poignées

de

d e p o u r p i e r , et les a p p l i q u e z b i e n c h a u d e s s u r

le ventre. Cataplasme

hystérique

pour

les

vapeurs.

O n le fait a v e c les p l a n t e s h y s t é r i q u e s d é c r i t e s

dans

la t i s a n e : on les fait bouillir dans d e l ' e a u ou d a n s d e la g r a i s s e . O n fait d e s bains a v e c les m ê m e s p l a n t e s .


DE

S T . - D o M I N G U E .

251

L e c a t a p l a s m e d e farine d e m a n i o c f r a î c h e , p e u e x p r i m é e , et bouillie d a n s le s a i n - d o u x , dit l a mantaigue, e s t excellent dans la s u p p r e s s i o n d e s v i d a n g e s . Cataplasme

maturatif.

P r e n e z d e u x feuilles d e r a q u e t t e s , faites-les cuire s u r les c h a r b o n s ; c'est c e q u ' o n a p p e l l e d a n s l'île, boucaner; d e s feuilles d e m o r e l l e o u l a m a n , d ' h e r b e à c h a r p e n t i e r de Saint-Domingue, de tabac v e r t , et d'oseille, d e c h a c u n u n e p o i g n é e : f a i t e s c u i r e le t o u t dans le s a i n d o u x , o u mantaigue : a p r è s avoir tiré la p u l p e à t r a v e r s l e t a m i s , a j o u t e z u n e d e m i - p o i g n é e d e farine d e m a n i o c fraîche e t l é g è r e m e n t e x p r i m é e ; d e l'onguent s u p p u r a t i f , ou napolitain, deux onces ; du sel a m m o n i a c , deux gros. S o u v e n t l e s s e u l e s feuilles d e r a q u e t t e , o u la f a r i n e d e m a n i o c cuite d a n s l a g r a i s s e , suffisent p o u r r a m o l l i r e t faire aboutir l e s t u m e u r s . Cataplasme

anti-pleurétique,

et contre le

rhumatisme.

P r e n e z du p o i v r e long , e t à s o n d é f a u t , d e s fruits d u bois d'anisette , o u d e bois d ' I n d e , et du g i n g e m b r e en p o u d r e , d e c h a c u n u n e o n c e e t d e m i e : m ê l e z - l e s a v e c le blanc d'oeuf, e t l e s é t e n d e z s u r d e l ' é t o u p e o u d u coton , q u e v o u s a p p l i q u e r e z en c a t a p l a s m e sur l a partie malade. Liniment

pour les mêmes

maladies.

P r e n e z d u s a v o n n o i r , trois onces ; d u b a u m e t r a n quille , d e u x o n c e s ; d e l ' e s p r i t d e v i n c a m p h r é , et d e l'huile d e t é r é b e n t h i n e , d e c h a c u n u n e o n c e : faites un l i n i m e n t , e t m e t t e z p a r d e s s u s u n p a p i e r brouillard imbibé du même. I l suffit s o u v e n t d e ne faire q u ' u n l i n i m e n t a v e c trois


252

P H A R M A C O P É E

o n c e s d e savon , f o n d u e s dans suffisante q u a n t i t é d ' e a u d e - v i e , ou a v e c l'huile d e palma christi, le sel a m m o n i a c et l ' e a u - d e - v i e . L a graisse d u c a ï m a n , e t e n c o r e m i e u x c e l l e d e l'ois e a u a p p e l é frégate , e s t e x c e l l e n t e p o u r l e s r h u m a t i s m e s , la g o u t t e , e t c . Fomentation

pour

l'érésipèle.

O n la fait a v e c l ' o x y c r a t , o u a v e c p a r t i e é g a l e d'eau e t d e vin. Baume

tranquille.

P r e n e z du savon , une once ; du camphre , cinq g r o s ; d e l ' o p i u m , d e m i - g r o s ; d u safran o r i e n t a l , u n g r o s ; d e l'esprit d e v i n , huit o n c e s : faites-les digérer a u soleil p e n d a n t v i n g t j o u r s , e t filtrez la liqueur. O n e n p e u t p r e n d r e depuis q u a r a n t e j u s q u ' à c i n q u a n t e g o u t t e s d a n s d u vin o u d e la t i s a n e . Baume

ardent,

ou teinture de myrrhe

composée.

P r e n e z d e la m y r r h e e t d e l ' a l o ë s , d e c h a c u n u n e o n c e e t d e m i e ; d e l'aristologe l o n g u e e t r o n d e d e l ' A m é r i q u e , d e c h a c u n e d e u x o n c e s ; d e la g o m m e l a c q u e e t d e l ' e u p h o r b e , d e c h a c u n trois g r o s ; du c a m p h r e , un g r o s : faites-les m a c é r e r p e n d a n t v i n g t j o u r s d a n s u n e pinte d'esprit d e vin rectifié. Pommade

pour les

dartres.

P r e n e z du p r é c i p i t é r o u g e et b l a n c , d e chacun d e m i g r o s ; d u s u b l i m é corrosif, d e m i - s c r u p u l e ; du storax l i q u i d e , t r o i s g r o s ; d e la fleur d e s o u f r e , d e u x o n c e s : m ê l e z t o u t cela a v e c suffisante q u a n t i t é d e b a u m e d e c o p a h u ou d e s u c r i e r . O u b i e n , e m p l o y e z l'onguent napolitain fait a v e c la g r a i s s e , e t la dissolution d e m e r c u r e p a r l'eau forte.


DE

S T . - D O M I N G U E .

253

C o m m e il n'y a point d e m a l a d i e p l u s c o m m u n e à S a i n t - D o m i n g u e q u e les d a r t r e s , c h a c u n v a n t e b e a u c o u p s o n r e m è d e . L e s p l u s r e n o m m é s , s o n t la d é c o c t i o n d ' h e r b e à d a r t r e s , le s u c d u bois l a i t e u x ; enfin u n o n g u e n t fait a v e c la p o u d r e à c a n o n , l a fleur d e s o u f r e e t le s u c d e c i t r o n . L ' e m p l â t r e d e v i g o d o u b l é d e m e r c u r e suffit s o u v e n t . L e sel c o m m u n b r o y é a v e c les feuilles d e p i m e n t , e s t f o r t r e c o m m a n d é pour faire p a s s e r les p e t i t e s d a r t r e s , les r o u g e u r s , e t les t a c h e s d e la p e a u , q u ' o n a p p e l l e lauta. -Un g r o s

d'alun

fondu d a n s

une

chopine

de

petit

l a i t , est estimé pour les dartres légères et les ulcères

du

nez.

Pommade

ou onguent pour la galle et les pustules

liques des Nègres , pour leurs dartres , et pour la des

vérogalle

chevaux.

P r e n e z d e l'antimoine c r u b i e n p u l v é r i s é e t du s o u f r e , d e c h a c u n d e m i - l i v r e ; d u sel a m m o n i a c , d e u x g r o s ; d e l ' a l o ë s , q u a t r e o n c e s ; d e l ' o n g u e n t napolitain , u n e l i v r e ; d e la d é c o c t i o n forte d e t a b a c en c o r d e , u n e demi-livre ; du suc de citron, quatre onces : mêlez bien t o u t cela e n s e m b l e a v e c u n e suffisante q u a n t i t é d'huile d e p o i s s o n , q u ' o n a p p e l l e v u l g a i r e m e n t huile à brûler.;

L E S

O N G U E N S.

Onguent

sympathique.

PRENEZ du b o l d ' A r m é n i e ,

d e l'huile d e l i n , d e l a

g r a i s s e h u m a i n e , d e la m u m i e o u d e l ' a l o ë s , d e c h a c u n partie égale.


254

P H A R M A C O P É E Onguent

pour les

ulcères

P r e n e z d e l'urine h u m a i n e , du suc d e citron , du tafia e t d u sirop d e b a s i n , de chacun u n e c h o p i n e ; d u v e r t - d e - g r i s , u n g r o s : f a i t e s - l e s bouillir e t cuire j u s q u ' à la réduction d'une c h o p i n e o u e n v i r o n . Autre. P r e n e z d u s u c d'herbe à b l é e t d e c i t r o n , d e Chacun partie é g a l e ; d u sirop d e b a s i n , d e u x o u trois o n c e s : faites u n o n g u e n t a v e c suffisante q u a n t i t é d e c i r e . Ou

bien

P r e n e z du s u c d e feuilles d ' a n a n a s e t d u t a f i a , d e c h a c u n partie é g a l e : mêlez-les a v e c u n j a u n e d'oeuf. Lotion

qui

suffit souvent

pour guérir dides.

les ulcères

sor-

P r e n e z d e la liane à M i n g u e t , d e l a l a n g u e à c h a t , de l'herbe à b l é , d e chacune une poignée ; du suc d ' o r a n g e s a u v a g e e t d u t a f i a , de c h a c u n u n e c h o p i n e ; d u miel o u du sirop d e basin , d e m i - l i v r e : faites-le s bouillir : filtrez e t e x p r i m e z la d é c o c t i o n , dont le m a l a d e l a v e r a et d é t e r g e r a s e s u l c è r e s , e t i m b i b e r a m ê m e l e s p l u m a s s e a u x e t le linge. M . L a b o r i e m ' a r a p p o r t é a v o i r guéri u n u l c è r e t r è s s o r d i d e d e l a g r a n d e u r d e la m a i n , situé sur la m a l léole i n t e r n e , l e s t e n d o n s t o u t à d é c o u v e r t , a v e c l e seul s u c r e b r u t , d o n t il s a u p o u d r a i t l'ulcère a p r è s l'avoir bien l a v é . L ' h u i l e d e palma Christi e s t b e a u c o u p e s t i m é e pour l e s ulcères c h a n c r e u x o u le c a n c e r . L e s u c d e k a r a t a s p o u r l e s ulcères s o r d i d e s , e t l'huile de g a y a c p o u r la carie d a s o s , sont d'excellens r e m è d e s .


DE ST.-DOMINGUE. Eau

255

phagédénique.

Faites dissoudre dans une

pinte d'eau

de chaux

du

sublimé corrosif, jusqu'à ce qu'elle prenne une couleur jaunâtre. O u bien u n e d e m i - c u i l l e r é e

d e dissolution d e

mer-

c u r e p a r l'eau forte , d a n s u n e c h o p i n e d'eau d e c h a u x . C e t t e eau p h a g é d é n i q u e suffit s o u v e n t p o u r d é t e r g e r e t guérir l e s u l c è r e s . Onguent

égéptiac.

Prenez des sucs de l'herbe au d i a b l e , de

mal-nom-

m é e , d e c h a c u n u n e c h o p i n e ; d u s u c d e citron et d u g r o s sirop , d e

chacun une pinte ; du vert-de-gris

et

d e l'alun c a l c i n é , d e c h a c u n d e u x g r o s : m ê l e z les s u c s des p l a n t e s ,

et

les

faites c u i r e e n

consistance

d'on-

g u e n t : i n c o r p o r e z e n s u i t e le v e r t - d e - g r i s e t l'alun. Onguent

mondificatif.

P r e n e z d e s s u c s d e liane à M i n g u e t ,

d'herbe à b l é ,

d e l a n g u e s a u v a g e , d u g r o s s i r o p et du t a f i a , d e c h a c u n une pinte ; du savon de V e n i s e , t i r e z le

suc des

u n e l i v r e et d e m i e :

p l a n t e s par le m o y e n d e

l'eau-de-vie,

e t du s u c d ' o r a n g e ; f a i t e s - l e s e n s u i t e c u i r e e n

consis-

tance d'électuaire m o u . Mondificatif Prenez

des

plus

simple

sucs d'orange s a u v a g e , d'herbe

à blé,

d e liane à M i n g u e t et d u t a f i a , d e c h a c u n p a r t i e é g a l e ; du s a v o n , cinq tance

à six o n c e s : f a i t e s - l e s c u i r e e n

consis-

d'onguent.

P l u s i e u r s e m p l o i e n t a v e c s u c c è s , p o u r les v i e u x cères , l'emplâtre divin,

a u q u e l ils a j o u t e n t d u

ul-

vert-


256

P H A R M A C O P É E

d e - g r i s e t d u p r é c i p i t é r o u g e , à la d o s e d e c i n q à six grains. U n e o n c e d e c e t e m p l â t r e , d a n s l e q u e l on i n c o r p o r e deux

g r o s d ' a r s e n i c et

un g r o s de

camphre , est

e x c e l l e n t r e m è d e p o u r d é t e r g e r e t e x t i r p e r les des ulcères phagédéniques et est parvenu , on ôte

un

racines

chancreux. Quand on

y

l'arsenic.

T R A I T É


T R A I T É D E S

P L A N T E S DE

U S U E L L E S

S A I N T - D O M I N G U E .

C H A P I T R E P L A N T E S

II.

P U R G A T I V E S .

Li A N E P U R G A T I V E . Convolvutus aphyllos allissimas arbores scandens tereti, foliis rarissimis, parvis , flore albo minimo. O u appelle dans les îles A n t i l l e s , Liane toute plante q u i g r i m p e . C e t t e plante est fort c o m m u n e dans lés bois. Elle pousse Une tige g r i s e , fort m i n c e , et très-flexible, q u i fie replie par dessus les branches des arbres auxquels elle s ' a t t a c h e , et descendant vers la t e r r e , elle y reprend de nouvelles racines. S e s tiges sont presque n u e s ; ses feuilles sont t r è s - p e t i t e s , semblables à celles d e notre petit liseron ; ses fleurs sont b l a n c h e s , et partent des aisselles des feuilles. O n coupe cette plante en petits morceaux ; on en exprime un suc laiteux q u i , en s e Coagulant, devient noirâtre, et q u i , à la dose d'un scrupule ou d'un demi-gros , purge très-doucement : c e p e n dant il arrive quelquefois q u e , semblable aux autres purgatifs g o m m e u x , il occasionne une superpurgation.O n remédie à cet accident p a r une rôtie au vin. Tome

II.

R


58

2

P H A R M A C O P É E

C o c c i s . O n attribue à cette plante les m ê m e s v e r t u s qu'à l'ipécacuanha. L a c o m p a r a i s o n q u e P i s o n e t M a r c g r a v e font d e l'ipécacuanha a v e c l'herbe P a r i s , p o u r r o i t faire p r é s u m e r q u e le coccis en s e r o i t u n e e s p è c e . S e s feuilles imitent celles d e l'herbe P a r i s , quoiqu'il s o r t e q u e l q u e s fleurs d e s aisselles d e s f e u i l l e s ; elles vienn e n t p o u r l'ordinaire en b o u q u e t au h a u t d e la t i g e . S a r a c i n e a u s u r p l u s étant b l a n c h e , c e t t e plante n e p o u r r o i t ê t r e q u e l'ipécacuanha b l a n c . J ' a i fait attention à une plante que j'ai rencontrée i c i , et qui se rapporte a u g e n r e d e la v i o l e t t e : elle p o u r r o i t bien ê t r e le v é ritable i p é c a c u a n h a d e S a i n t - D o m i n g u e . Viola parvi-flora veronicœ folio non villoso, floribus ex albo-violaceis. C e t t e violette e s t h a u t e d'un p i e d , e t a u n e t i g e droite garnie d e t r è s - p e u d e feuilles. E l l e s sont plus p e t i t e s q u e celles d e la violette o r d i naire. L e p é t a l e i n f é r i e u r , fait en f o r m e d e s p a t u l e , e s t t r è s - g r a n d , e t s e s q u a t r e a u t r e s si p e t i t s , qu'il f a u t e n l e v e r le calice pour l e s bien distinguer. S o n fruit e s t s e m b l a b l e à celui d e la v i o l e t t e c o m m u n e . S a racine e s t b r u n e e t un p e u ridée. G A Y A C C e t a r b r e a non s e u l e m e n t u n e v e r t u s u d o r i f i q u e , m a i s e n c o r e p u r g a t i v e . S e s feuilles p u r g e n t f o r t u t i l e m e n t les n è g r e s . M É D E C I N I E R S ou P I G N O N S D ' I N D E . L a v e r t u p u r g a t i v e d e s pignons d ' I n d e l e s a fait a p p e l e r m é d e ciniers. L e p e t i t m é d e c i n i e r , ainsi n o m m é p a r c e qu'il e s t u n d e s p l u s p e t i t s , est un d o u x purgatif. S e s f e u i l l e s r e l u i s a n t e s r e s s e m b l e n t à celles d u citronnier. O n les m a n g e en s a l a d e , ou bien on en boit la décoction. CHARDON-BÉNI

DE L'AMÉRIQUE.

On

donne

à l ' A r g e m o n e le n o m de c h a r d o n - b é n i d e s i s l e s , c r o y a n t t r o u v e r d a n s s a figure q u e l q u e r e s s e m b l a n c e a v e c

cette


DE

S t . - D O M I N G U E .

plante. O n emploie usages.

On

259

ses feuilles et sa t i g e a u x

mêmes

s e s e r t à la M a r t i n i q u e d e sa g r a i n e p o u r

p u r g e r les

Nègres.

CASSIER ou C A N E F I C I E R , TAMAKIN. C e s d e u x p l a n t e s » si familières d e s effets fluxions

d a n s la p r a t i q u e d ' E u r o p e , o n t

merveilleux

aux îles

d a n s les fièvres c o n t i n u e s et les

d e p o i t r i n e bilieuses. O n n'a point de p l u s s a -

l u t a i r e s r e m è d e s q u e l'eau d e c a s s e a i g u i s é e a v e c q u e sel

digestif,

et q u e l q u e f o i s a v e c

S i le t a m a r i n des îles est m o i n s d u L e v a n t , il n'en

purgatif que

e s t p a s p o u r cela m o i n s

S o n fruit e n décoction

e s t la m e i l l e u r e

u s e r d a n s la m a l a d i e d e S i a m : on e n a v e c la r a c i n e Mémoire

de

citronnier.

des maladies

de

celui

estimable.

d o n t on p u i s s e fait une

tisane

J ' a i m a r q u é dans

Saint-Domingue

la

q u ' o n a d e p r é f é r e r le t a m a r i n , d a n s l e s m a l a d i e s e t la c a s s e d a n s c e l l e s d'hiver. fleurs

quel-

l'émétique.

mon raison d'été,

O n p e u t faire a v e c l e s

d u c a s s i e r un sirop p u r g a t i f a u s s i e x c e l l e n t

que

celui d e r o s e s p â l e s .

P L A N T É S ALKEKENGE

A P E R I T I V E S .

ou H E R B E A C L O Q U E S . L e

coqueret

d e l ' A m é r i q u e n e diffère d e celui d ' E u r o p e q u e par la c o u l e u r j a u n e d e son f r u i t , et p a r s e s follicules vert

rouge.

Celte plante

Domingue , e t

est

très-commune

d'un

à Saint-

a les m ê m e s v e r t u s q u e c e l l e d e F r a n c e .

ARISTOLOCHE LONGUE. L a figure d e s feuilles d e c e t t e a r i s t o l o c h e g r i m p a n t e la fait b i e n t ô t connoitre.

S e s feuilles

représentent

r e m a r q u e r et. r e un fer à c h e v a l ;

et son fruit a t t a c h é p a r un long p é d i c u l e ou p r é s e n t e un e n c e n s o i r .

N0s

filet,

re-

monticules en sont remplis.

R 2 \


260 On

P H A R M A C O P É E fait e n t r e r l ' A r i s t o l o c h e

d a n s la c o m p o s i t i o n

des

tisanes apéritives. LANGUE DE CHAT. S a fleur est à fleurons s e m b l a b l e s à c e u x d e l ' e u p a t o i r e d ' E u r o p e . O n emploie s a r a c i n e d a n s l e s tisanes

apéritives, s u r - t o u t

les

p a s s e aussi pour un d e s p l u s

règles.

Elle

vulnéraires d e l ' A m é r i q u e .

Plusieurs

pour

provoquer grands

m ' o n t dit a v o i r

g u é r i d e s ulcères m a l i n s , en t r e m p a n t un p l u m a s s e a u d a n s le s u c d e s e s f e u i l l e s , e t l ' a p p l i q u a n t s u r la p l a i e . O n s'en sert a u s s i fort u t i l e m e n t d a n s les c a t a p l a s m e s résolutifs, s u r - t o u t p o u r l e m a l d e g o r g e . L e v u l g a i r e a d o n n é à c e t t e p l a n t e le n o m d e l a n g u e

de chat, ses

feuilles p a r a i s s a n t avoir la figure d e la l a n g u e d ' u n c h a t . CALEBASSE. S u i v a n t l'opinion d e n o s h a b i t o n s , c e t t e plante a des vertus toutes divines,

e t elle e s t u n r e -

m è d e universel c o n t r e t o u t e s s o r t e s d e m a l a d i e s . V e u t on

guérir u n e h y d r o p i s i e

ou une diarrhée ?

prenez

d i r a - t - o n , du s u c d e c a l e b a s s e . A - t - o n lieu d e s o u p ç o n n e r un a b c è s d a n s les p a r t i e s i n t e r n e s ? le s u c d e c a l e b a s s e e s t un r e m è d e i n c o m p a r a b l e . C e p e n d a n t , m a l g r é c e divin r e m è d e , on m e u r t tous les j o u r s à S a i n t Domingue

de diarrhée, d'hydropisie

et d'abcès.

Quoi

qu'il en s o i t , on s e r a p e u t - ê t r e bien aise d e c o n n o i t r e ce remède.

O n p r e n d un fruit d e c a l e b a s s e q u i n ' e s t

p a s m û r , o n le fait b o u c a n e r , c ' e s t - à - d i r e

rôtir s u r

l e s c h a r b o n s . O n l ' o u v r e , on p a s s e e t on e x p r i m e l a p u l p e a u t r a v e r s d'un l i n g e , e t o n e n fait b o i r e le j u s c h a u d au m a l a d e . C e t t e liqueur a un g o û t d'une l é g è r e a m e r t u m e . E l l e p u r g e o r d i n a i r e m e n t , m a i s fort p e u , et elle agit le plus s o u v e n t p a r les urines. C ' e s t p o u r q u o i je la p l a c e p a r m i les p l a n t e s a p é r i t i v e s . HERBE A COLLET. C e t t e p l a n t e ne p o u s s e q u e p a r l e s urines. E l l e croit

le long d e s r u i s s e a u x . S a r a c i n e e s t

b l a n c h e , t r è s - divisée

et très - chevelue : sa lige e s t


DE noueuse,

et

S T . - D O M I N G U E .

de

chaque

nœud

partent

261

une

ou

deux

feuilles d e la l a r g e u r d'une m a i n o u v e r t e , r o n d e , s o u t e n u e p a r un p é d i c u l e fort long q u i s'attache

presque

au c e n t r e d e la f e u i l l e ; c e qui lui d o n n e la figure d'un p a r a s o l . E l l e e s t p o u r l'ordinaire h a u t e d e d e u x à t r o i s pieds. Cette

plante est

de l'Amérique. on

un des

O n fait infuser

p l u s forts

diurétiques

s a r a c i n e à froid ,

et

en u s e p o u r b o i s s o n . E l l e fait q u e l q u e f o i s t a n t u r i -

n e r , q u e si on n'en

discontinuoit

l ' u s a g e , on c o u r r o i t

r i s q u e d e t o m b e r d a n s un d i a b è t e s et un

dessèchement

considérable. L A G R I F F E A C H A T . Cette plante est le

lierre

S a i n t - D o m i n g u e . E l l e g r i m p e le l o n g d e s a r b r e s et pierres,

et

elle y

paraît

fortement

attachée

de des

par des

f i l a m e n s q u i s e m b l e n t ê t r e a u t a n t d e r a c i n e s . S a feuille est vert

petite, semblable

à

c e l l e de l a m e n t h e ,

et

d'un

obscur.

L E JONC DE MER. C e j o n c n e diffère p a r c e q u e l'eau s a l é e d o n n e argentée.

Ces deux

u n e tisane qu'on

dernières

emploie

des autres q u e

à s e s feuilles plantes

utilement

une couleur

dominent

d a n s les

dans

chaudes-

p i s s e s . E l l e s s o n t a p é r i t i v e s et r a f r a î c h i s s a n t e s . D ' a u t r e s s e servent pour ces citronnier, quelques

de

uns , des

plante qu'on pèce

de

m a l a d i e s d e s r a c i n e s à c o l l e t , de

mal-nommée racines

et d e v e r v e i n e d'herbe

à blé,

appelle jet sureau , laquelle

saurums,

que

je

ne

blanche et

est une

es-

crois pas avoir été

dé-

crite par Plumier. Elle se trouve à l'embouchure r i v i è r e d a n s l a q u e l l e reflue

:

d'une

la m e r . A i n s i c e t t e

d'une planta

d o i t ê t r e r e g a r d é e c o m m e m a r i t i m e , et p a r c o n s é q u e n t p l u s a p é r i t i v e q u e les a u t r e s e s p è c e s d e c e g e n r e . E l l e est haute

d e d e u x ou trois p i e d s ,

t i g e est n o u e u s e . D e c h a q u e n œ u d l e s , et très - souvent une seule

très - branchue- : s a partent deux

et pointue,

R 3

d'un

feuilvert


262

P H A R M A C O P É E

blanc en d e s s o u s , e t d'un vert g a i en d e s s u s , au s u r ­ p l u s à nervure d e plantain. E l l e s s o n t l o n g u e s d e t r o i s p o u c e s s u r un e t d e m i d e l a r g e . M A Р О Г , F r o m a g e r , Geiba. Quoique P l u m i e r , dans la description du m a p o u , n'en ait r e c o n n u q u e d e u x e s p è c e s , n o s h a b i t a n s en distinguent cinq. L e s d e u x r a p p o r t é e s p a r P l u m i e r , ceiba vilicis foliis , caudice aculeato, ceiba víticis foliis, caudice glabro. L a t r o i s i è m e a p p e l é e m a p o u r o u g e , qui e s t plus e s t i m é e p o u r f a i r e d e s c a n o t s q u e les figuiers d e S a i n t - D o m i n g u e . L a q u a t r i è m e e s t un m a p o u plus r o u g e , q u e les E s p a g n o l s a p p e l l e n t çolorade, e t d e l'écorce moyenne d u q u e l ils font d e s b a m a c s m a g n i f i q u e s . Enfin la c i n q u i è m e , qu'on appelle improprement m a p o u , et quelq u e f o i s b o i s d e fléau p a r r a p p o r t à s a l é g è r e t é . E n f a v e u r d e c e c h a r m a n t e t e x c e l l e n t a r b r e d o n t on e s t à m ê m e d e tirer d e g r a n d s a v a n t a g e s , on v o u d r a b i e n m e p e r m e t t r e u n e p e t i t e digression. C e t a r b r e , q u i attire a v e c raison les r e g a r d s d e t o u s l e s p a s s a n s , e s t un d e s p l u s b e a u x e t d e s p l u s utiles d e l ' A m é r i q u e . L ' a b o n d a n c e e t la g r a n d e u r d e s e s fleurs b l a n c h e s , la singularité d e s e s fruits qui r e p r é s e n t e n t u n e e s p è c e d e c ô n e à a n g l e s saillans , l ' a g r é a b l e o m b r a g e q u e l ' a b o n d a n c e d e s e s feuilles p r o c u r e , s o n t p o u r les v o y a g e u r s t o u t à la fois un s u j e t d ' a d m i r a t i o n e t d e plaisir. L e s s e n s n e sont p a s l e s seuls qui s ' y t r o u v e n t flattés. L e profit qu'on p o u r r o i t tirer d u c o t o n d e c e t a r b r e , n e m é r i t e p a s m o i n s nos attentions. T o u t l e m o n d e a d m i r e la b e a u t é , la finesse, et la bonté d e s c a s t o r s d ' A n g l e t e r r e . O n n e doit attribuer c e s b o n n e s q u a l i t é s q u ' a u d u v e t c o n t e n u d a n s le fruit de cet a r b r e q u e les A n g l o i s e m p l o i e n t d a n s la f a b r i q u e d e c e t t e m a r c h a n d i s e . L e F r a n ç o i s , si i n g é n i e u x d a n s l'invention e t la perfection d e s a r t s , pourroit tirer d e g r a n d s a v a n -


DE

2бЗ

S T . - D O M I N G U E .

t a g e s d e s t r é s o r s q u e r e n f e r m e n t e t p e u v e n t fournir n o s colonies. Cet arbre sert utilement

dans la médecine.

O n fait

entrer dans les tisanes a p é r i t i v e s , sur-tout pour l ' h y d r o p i s i e , les racines d u m a p o u . LIANE A SAVON. L a feuille d e c e t t e p l a n t e r e s s e m b l e p l u s à la feuille d u noisetier q u ' à celle d u liseron. C e t t e liane e s t l i g n e u s e

e t g r i m p a n t e ; elle s ' é l è v e f o r t h a u t

sur l e s a r b r e s v o i s i n s ; elle a u n e é c o r c e g r i s e , u n b o i s b l a n c s p o n g i e u x , a m e r . E l l e e s t fort c o m m u n e d a n s l e s b o i s . O n l ' a p p e l l e liane à s a v o n , p a r c e q u e s o n bois e t s o n é c o r c e f o n t é c u m e r l'eau c o m m e d u s a v o n . O n s e s e r t fort u t i l e m e n t

d e cette plante

pour déterger l e s

ulcères d e s r e i n s , d e la vessie e t d e l'urètre. L ' é c o r c e du g u a z u m a a l a m ê m e

vertu.

SQUINE. d e S a i n t - D o m i n g u e . O n s u b s t i t u e c e t t e p l a n t e à la squine ordinaire. S a racine a la m ê m e HERBE A BLÉ. L e n o m d e c e t t e

figura.

plante

fait c o n -

n o î t r e la r e s s e m b l a n c e q u ' e l l e a a v e c l e b l é . THYM

DE S A V A N E S . L a d o u c e e t l a b e l l e

fleurs e t d e s p e t i t e s feuilles d e c e t t e

couleur d e s

p l a n t e , l'agréable

o d e u r , l e g o û t fin e t a r o m a t i q u e d e t o u t e s s e s p a r t i e s , charment juste

tellement

tous

l e s s e n s , qu'elle

titre d ' ê t r e r e g a r d é e c o m m e

mérite à »

u n e des plus pré-

cieuses et u n e d e s plus

salutaires plantes d e c e t h é -

misphère.

avec

O n l'emploie

gue , pour rétablir les forces pour un excellent béchique. estimée est

succès

à

Saint-Domin-

d e s malades. Elle Elle

passe

e s t particulièrement,

p o u r r e d o n n e r à l a l y m p h e l a fluidité d o n t e l l e

dépourvue,

e t par conséquent

préférée

dans les

embarras et obstructions des glandes lymphatiques. Elle c r o î t d a n s l e s t e r r e s stériles e t s a b l o n n e u s e s . S e s p e t i t e s tiges

ont beaucoup

Elles partent d'une

d e rapport racine

avec

celles

du t h y m .

très-fibreuse, et s'élèvent

R 4


264

P H A R M A C O P É E

p o u r l ' o r d i n a i r e à la h a u t e u r d ' u n p i e d . sont oblongues,

cannelées , dentelées

S e s feuilles

s u r leurs b o r d s ,

a r g e n t é e s e n d e s s o u s , d'un v e r t g a i e n d e s s u s , l o n g u e s de quatre à

cinq

l i g n e s , l a r g e s d e trois. E l l e s i m i t e n t

b e a u c o u p celles du c h a m a e d r i s . L e s fleurs n a i s s e n t d e s aisselles d e s feuilles;

elles o n t la g r a n d e u r , l a c o u l e u r

e t la figure d e celles d e l a p e t i t e c e n t a u r é e ; elles s o n t m o n o p é t a l e s , c ' e s t - à - d i r e d'une s e u l e p i è c e , d'entonnoir

ou d e t u y a u ,

paraissent doubles. lées intimement

en f o r m e

c o m p o s é e s d e façon

qu'elles

On apperçoit deux membranes col-

e n s e m b l e v e r s leur b a s e , e t s é p a r é e s

v e r s le m i l i e u . L ' e x t é r i e u r e e s t d e n t e l é e ; l'interne p l u s d é l i é e o u fine et

plus h a u t e , elle d é b o r d e l ' a u t r e . L e

pistil s ' é l è v e d'un calice c o m p o s é d e d e u x p e t i t e s f e u i l l e s : il p e r c e la f l e u r , e t d e v i e n t p a r s a b a s e u n fruit

ou

c a p s u l e p e t i t e , p o i n t u e , qui s ' o u v r e e n d e u x p a r t i e s é g a l e s , et renferme quatre à cinq semences

rondes , roussâ-

tres , et attachées au centre. L ' o d e u r de cette plante m ' a p a r u fort s e m b l a b l e à celle d e la santoline. E l l e

fleurit

p r e s q u e toute l'année. B o i s DE COUILLE. C e t a r b r i s s e a u c r o i t d a n s l e s marais; salés. Sa longue

silique r e s s e m b l e à n o s h a r i c o t s . O n

s e s e r t d e s a r a c i n e dans l e s m a l a d i e s v é n é r i e n n e s

pour

purifier l e s p a r t i e s d u v i r u s v é r o l i q u e . O n m e t c e t t e r a c i n e en p o u d r e , e t o n e n fait d e s p i l u l e s , ou o n l a f a i t bouillir , e t on e n boit la d é c o c t i o n . C e r e m è d e a d e t r è s - b o n s e f f e t s ; m a i s q u e l q u e f o i s il pallie p l u t ô t l e m a l qu'il n e le g u é r i t ; e t a p r è s

s'en ê t r e s e r v i , o u

e s t b i e n t ô t obligé d e v o i r r e c o u r s au m e r c u r e . LA vertus

SCOLOPENDRE d e S a i n t - D o m i n g u e

a les

mêmes

q u e celle d e F r a n c e . O n e n fait ici b e a u c o u p

d e c a s p o u r r é s o u d r e l e s o b s t r u c t i o n s d e la r a t e , l a d i e très-commune aux îles.

ma-


DE

ST.-DOMNGUE.

P L A N T E S

265

H Y S T É R I Q U E S .

MÉLISSE

PUANTE. C e t t e m é l i s s e e s t c o n n u e à S a i n t -

Domingue

s o u s le n o m d e V é r o n i q u e ; c e p e n d a n t e l l e

n'en

a ni l ' a p p a r e n c e ni la fleur : elle i m i t e p l u t ô t

menthe

des jardins.

S o n o d e u r la fait b i e n t ô t

la

distin-

guer. CHARDON ÉTOILE PUANT. C e c h a r d o n e s t p e t i t , r a m p a n t e t t r è s - p i q u a n t . S o n o d e u r e s t t r è s - f o r t e et t r è s puante.

O n le t r o u v e

ordinairement dans les savanes

ou prairies. L E POIS P U A N T . C ' e s t un r e m è d e t r è s - e f f i c a c e les v a p e u r s , l o r s q u ' o n le p r e n d en f o r m e

pour

de café. S e s

feuilles p a s s e n t p o u r ê t r e t r è s - r é s o l u t i v e s , e t s a r a c i n e passe pour être LIANE

très-apéritive.

A CALEÇON. C e t t e p l a n t e e s t t r è s - e s t i m é e p o u r

r a p p e l e r l e s r è g l e s et l e s v i d a n g e s s u p p r i m é e s . AVOCATIER. L e n o m français de cet arbre paroît d é river de son remède

nom

universel

karaïbe aoüacate. C e t arbre des

Nègres

est

dans les maladies

le des

f e m m e s . O n s'en s e r t a v e c s u c c è s c o m m e d'un e x c e l l e n t apéritif.

O n s'en

les maladies

de

sert aussi en qualité de béchique dans poitrine.

L e s u c q u ' o n t i r e d e la s e m e n c e d e l ' a v o c a t i e r d o n n e une teinture jaune ineffaçable. sur des

serviettes, qui

J ' e n ai vu d e s m a r q u e s

n'ont p u être effacées

par la

lessive.

P L A N T E S

P E C T O R A L E S .

C E T T E classe e s t t r è s - p e u n o m b r e u s e , à m o i n s d e r a p peler j en qualité de béchique , plusieurs espèces de celles


PHARMACOPÉE

266

q u e n o u s a v o n s m i s e s au r a n g des a p é r i t i v e s , c o m m e l'avocatier , la l a n g u e d e c h a t , et plusieurs a u t r e s q u e n o u s faisons q u e l q u e f o i s e n t r e r d a n s les t i s a n e s p e c t o r a les. T o u t e s les espèces de franchipanier décrites par P l u m i e r , s o n t fort r e c h e r c h é e s p o u r les m a l a d i e s

de poi-

t r i n e ; on n'en e m p l o i e q u e la fleur , q u i é t a n t n o u r r i e d'un s u c t r è s - o n c t u e u x

et a r o m a t i q u e , e s t p r o p r e p o u r

é p a i s s i r et faire e x p e c t o r e r u n e l y m p h e t r o p a c r e et t r o p limpide. L'IMMORTEL , o u le

Bois

IMMORTEL.

On

a

donné

l e n o m d ' i m m o r t e l à c e t a r b r e , p a r c e qu'il vient p r o m p tement,

et qu'il d u r e l o n g - t e m p s . I l e s t d e la g r a n d e u r

d'un o r a n g e r , f o r m a n t p a r son s o m m e t un buisson t r è s touffu. L e s fleurs n a i s s e n t

avant

les

feuilles , et

sont

d ' u n e c o u l e u r t r è s - r o u g e . O n en fait un sirop t r è s - e x c e l l e n t p o u r la poitrine. L A RÉGLISSE d e S a i n t - D o m i n g u e et

est connue

de

tout

le

est

monde.

très-commune,

Elle

r é g l i s s e d ' E u r o p e , et elle doit m ê m e y p a r c e q u ' e l l e est f o r t d o u c e ,

et

supplée

à

la

être préférée ,

ne participe d'aucune

acrimonie. GOMBO. C e t t e e s p è c e d e k e t m i a est

d'un grand s e -

c o u r s d a n s la p r a t i q u e ; , elle t i e n t lieu d ' a l t é h a , d e g u i m a u v e , d a n s les m a l a d i e s d e p o i t r i n e , d a n s le de

g r a n d e c o n s o u d e , et enfin d a n s les

d e glutineux

et d'onctueux.

Je

n'ai

dévoiement,

fièvres

point

lentes,

trouvé

de

r e m è d e p l u s efficace ni p l u s n o u r r i s s a n t , p o u r r é t a b l i r l e s f o r c e s é p u i s é e s , q u e les fruits d e c e t t e p l a n t e c o u p é s par

petits m o r c e a u x ,

p r é p a r é s à la

pois , a v e c la laitue , là d'œuf,

chicorée

et un p e u d e c a n e l l e .

Ce

sauce des

petits

b l a n c h e , un

jaune

ragoût

e s t non s e u -

l e m e n t un r e m è d e s a l u t a i r e , m a i s a u s s i un a l i m e n t t r è s -


DE

ST.-

D O M I N G U E .

267

AGRÉABLE. J'EN FAIS QUELQUEFOIS BOUILLIR DANS LE LAIT, ET USER SOIR ET MATIN. CAPILLAIRE. IL Y A AUX ÎLES UNE ESPÈCE DE CAPILLAIRE SEMBLABLE À CELUI DE CANADA , ET DONT ON SE SERT à SON DÉFAUT. L A CANNE DE SUCRE ENTRE DANS LA PLUPART DE NOS TISANES PECTORALES ; ELLE AIDE BEAUCOUP À L'EXPECTORATION. L E BASILIC EST UNE PLANTE NATURELLE-AUX ÎLES. ON LE TROUVE DANS LES LIEUX SABLONNEUX ET INCULTES. ON EN FAIT ICI BEAUCOUP DE CAS PARMI LES AROMATIQUES ET POUR LES TISANES BÉCHIQUES.

P L A N T E S

V E R M I F U G E S .

ABSYNTHIOIDES. Caulescens

tenui-folium,

flore

luteo.

CETTE PLANTE M'A PARU NOUVELLE ET N'AVOIR POINT ENCORE ÉTÉ DÉCRITE : ELLE A BEAUCOUP DE RAPPORT AVEC L'ABSYNTHE D'EUROPE; LA FIGURE DES FEUILLES, L'ODEUR, LA COULEUR, LE GOÛT ET LES FLEURS, LA FERAIENT PRENDRE POUR DE L'ABSYNTHE, SI ELLE N'EN DIFFÉROIT PAS PAR LE CALICE QUI EST D'UNE SEULE PIÈCE COMME EN ENTONNOIR , SANS ÉCAILLES ET TRÈS-UNI, ET PAR LA COULEUR JAUNE DE SES FLEURS. TOUTE LA PLANTE a AUSSI UN GOÛT PLUS PIQUANT ET MOINS AMER, UNE ODEUR PLUS AROMATIQUE ET PLUS AGRÉABLE ; ELLE A DES FLEURS ET DES FRUITS AU MOIS DE JUILLET. ON SE SERT DE CETTE PLANTE AU DÉFAUT D'ABSYNTHE. OLDENLANDIA. Hyssopi-folia. CETTE PLANTE IMITE PARFAITEMENT L'HYSSOPE. LE R . P . PLUMIER, QUI EN a FAIT u n NOUVEAU GENRE, AURAIT PU LA RAPPORTER à CELUI DE LA Lysimachia. SAFLEUREST MONOPÉTALE EN FORME DE RAYON , DONT LE PISTIL DEVIENT UN PETIT FRUIT OU COQUE RONDE QUI SE PARTAGE EN DEUX CAPSULES REMPLIES DE PETITES SE-


268

P H A R M A

C

OPÉE

m e n é e s t r è s - f i n e s ; c e qui m e fait c r o i r e q u ' o n p o u r r o i t la n o m m e r Lysimachia

hyssopi-folia

, flore

ex albo

pur-

pureo. O n e m p l o i e c e t t e p l a n t e en la p l a c e d e p o n d r e à v e r s , e t on s'en s e r t aussi en

qualité d e r é s o l u t i v e , d a n s les

cataplasmes. Elle est particulièrement r e c o m m a n d é e chez les E s p a g n o l s pour l'obstruction d e la rate. L I A N E A VERS. C e t t e

liane,

fort c o m m u n e

dans les

b o i s d e S a i n t - D o m i n g u e , g r i m p e le long d e s p l u s h a u t s a r b r e s . S e s t i g e s s o n t f l e x i b l e s , d e la g r o s s e u r d u d o i g t , d e c o u l e u r v e r t e , r e v ê t u e d e p e u d e feuilles , c h a r n u e s , d e l a l o n g u e u r e t d e la S a fleur r e s s e m b l e

à c e l l e d e nos

petites,

largeur du lis ,

et

pouce.

e l l e en a

l ' o d e u r . O n c o u p e la t i g e d e c e t t e p l a n t e ; il e n d i s t i l l e u n s u c b l a n c h â t r e un p e u a c i d e , d o n t on fait p r e n d r e u n e d e m i - c u i l l e r é e a u m a l a d e , o u bien on en fait b o i t e la décoction.

O n a r a i s o n d ' e s t i m e r c e r e m è d e . J e l'ai

v u p l u s i e u r s fois r é u s s i r d a n s d e s o c c a s i o n s o ù l e s a u t r e s V e r m i f u g e s n e f a i s o i e n t rien.

P L A N T E S

V U L N É R A I R E S .

L A N G U E DE C H A T . J ' a i déjà fait m e n t i o n d e c e t t e p l a n t e d a n s la

classe des apéritives.

Elle est fort

employée

d a n s les lotions v u l n é r a i r e s , e t s u r - t o u t e l l e est mandée

p o u r les

HERBE A CHIQUES. C e t t e p l a n t e moire

recom-

ulcères.

d e l'illustre Pitton

î l e s herbe à chiques;

à la m é -

ou p a r la r e s s e m b l a n c e du fruit d e

c e t a r b r i s s e a u a v e c l'insecte q u e s e s feuilles p i l é e s

consacrée

T o u r n e f o r t , est appelée aux qui p o r t e c e n o m , ou p a r c e

sont propres à guérir ceux

qui

en sont i n c o m m o d é s . C e t t e p l a n t e a le p o r t d e la v i o r n e ,


S

DE

et

T. -

D

269

O M I N G U E.

e l l e n'en diffère q u e p a r le c a r a c t è r e d e s e s f l e u r s

et de ses fruits. LIANE

A CŒUR. C e t t e h e r b e g r i m p e à la façon d e s

liserons ; la figure nom

de

ses

feuilles

lui fait

donner

la

d e liane à c œ u r . S a feuille e s t d'un v e r t g a i , e t

e s t t r è s - t e n d r e ; s a fleur e s t p e t i t e , v e r d â t r e , en r o s e , et r é p a n d u e en

q u a n t i t é le long d e la t i g e . D e s

em-

brions qui n a i s s e n t d a n s d ' a u t r e s p a r t i e s , f o r m e n t baie m o l l e , r o n d e ,

une

qui c o n t i e n t u n e s e m e n c e r i d é e . L a

liane à c œ u r p a s s e p o u r un

des grands

vulnéraires

de

Saint-Domingue. On la m e t

d a n s t o u t e s les lotions

et

onguens

destinés à

cet usage.

LIANE A MINGUET. C e t t e v i g n e

p o r t e le n o m de s o n

protecteur. M i n g u e t , ancien habitant de S t . - D o m i n g u e , s'étant a p p l i q u é sur la plantes , quoique sieurs

connoissances

transmises à

fin

de

dépourvu sur

sa vie

de

la v e r t u

la p o s t é r i t é p a r

à

connoître

principes, acquit des

les plu-

s i m p l e s qu'il a

un m a n u s c r i t a s s e z m a l

r é d i g é . C e t t e liane é t o i t s o n v u l n é r a i r e u n i v e r s e l . c r o î t d a n s les lieux h u m i d e s , et elle i m i t e

Elle

parfaitement

p a r sa g r a n d e u r e t p a r s e s feuilles le tamnus ; s e s feuilles et

s e s fruits la font

son

r a n g e r d a n s la c l a s s e des v i g n e s ;

fruit e s t g r o s c o m m e

un

p o i s , un p e u a c r e , noir ,

et il r e n f e r m e d e u x ou t r o i s p e t i t e s s e m e n c e s r i d é e s o u bosselées. C e t t e plante est

e n c o r e a u j o u r d ' h u i fort e s -

timée. LE

SUCRIER de, m o n t a g n e ,

ou

bois

à cochon.

Cet

a r b r e croît fort h a u t , e t p o u s s e un j e t qui a q u e l q u e fois plus d e q u a r a n t e p i e d s de h a u t . S o n t r o n c p a r v i e n t j u s q u ' à la g r o s s e u r d e q u a t r e ou c i n q p i e d s de férence. conde,

Sa première

e c o r c e est g r i s e et u n i e ;

circonla s e -

r o u g e et é p a i s s e d'un t r a v e r s d e doigt : l'aubier

et le c œ u r sont r o u g e â t r e s , fort s o l i d e s . O n p r é f è r e cet. a r b r e à t o u s les a u t r e s p o u r faire d e s b a r r i q u e s à s u c r e


270

P H A R M A C O P É E

I l s e p a r t a g e e n plusieurs b r a n c h e s , e t a d e s feuilles u n p e u plus l o n g u e s e t plus larges q u e celles du t é r é b i n t h e ; elles s o n t plus p o i n t u e s , d ' u n v e r t p l u s f o n c é ; e l l e s s o n t r a n g é e s p a r p a i r e s le long d'une c ô t e , et f o r t é l o i g n é e s les unes d e s a u t r e s . I l y e n a u n e qui f e r m e l'extrémité.

S o n fruit v i e n t e n g r a p p e ; il a c q u i e r t l a

g r o s s e u r d ' u n e m o y e n n e noix à trois f a c e s , d e la d'un cœur ; l'enveloppe

figure

est c h a r n u e , verte , assez c o -

r i a c e , e t r e n f e r m e trois n o y a u x o b l o n g s q u i c o n t i e n n e n t une a m a n d e de la m ê m e O n e n tire u n e huile

fine,

figure,

amère,

et

huileuse.

a r o m a t i q u e , qu'on

estime

b e a u c o u p pour l e s m a l a d i e s d e la p o i t r i n e . P a r l e s i n c i sions q u ' o n fait à l ' é c o r c e un s u c g o m m e u x

d e c e t a r b r e , il e n

distille

e t r o u g e â t r e q u i , liquéfié p a r la c h a -

leur , ne reprend plus

d e consistance. L'odeur en e s t

f o r t e e t a r o m a t i q u e , s a n s d'ailleurs ê t r e d é s a g r é a b l e . O n c r o i t qu'on e n doit la d é c o u v e r t e

aux cochons m a r o n s ,

q u i , b l e s s é s p a r l e s c h a s s e u r s , t i r a i e n t , en i n c i s a n t a v e c l e u r s d é f e n s e s l ' é c o r c e d e cet a r b r e , l e s u c g o m m e u x d o n t ils frottoient leurs b l e s s u r e s . C ' e s t c e qui fait e n c o r e appeler aujourd'hui cet arbre bois à cochon. Quoi en s o i t ,

ce b a u m e est très-estimable, et mérite

qu'il fort

d ' ê t r e r e c h e r c h é . J ' e n ai v u d e s effets m e r v e i l l e u x p o u r la c u r e d e s p l a i e s d e s u l c è r e s . E n t r ' a u t r e s u n p è r e C o r d e l i e r , a u m ô n i e r d u n a v i r e , avoit un a b c è s sur la p a r t i e m o y e n n e d e la c r ê t e d u tibia,

d e la g r o s s e u r d'un b o n

o e u f , j e l e fis o u v r i r , e t il e n sortit b e a u c o u p d e p u s : on

injecta d u vin t i è d e ;

o n a p p l i q u a un p l u m a s s e a u

t r e m p é d a n s n o t r e b a u m e , et u n e c o m p r e s s e

expulsive

de chaque côté. On ne continua ce pansement q u e cinq à six j o u r s ; a u b o u t d e huit j o u r s la plaie f u t p a r f a i t e ment

guérie.

B o i s MARIE. C e t a r b r e e s t un d e s p l u s b e a u x d e l ' A m é r i q u e ; il p o u s s e u n e tige d e plus d e v i n g t p i e d s d e h a u t . Son écorce est b r u n e , et en couvre une autre v e r d â t r e ;


D E

S T. - D O M I N G U E .

271

l'aubier e t l e c œ u r s o n t r o u g e â t r e s ; s e s f e u i l l e s ,

de la

figure d e c e l l e s d u c i t r o n n i e r , m a i s d'un v e r t p l u s o b s c u r , s o n t a b o n d a n t e s ; sa fleur e s t p e t i t e , b l a n c h e , e n r o s e ; son fruit e s t r o n d , c h a r n u , d e l a g r o s s e u r d'une c e r i s e , dans

lequel e s t r e n f e r m é

un n o y a u q u i c o n t i e n t u n e

a m a n d e d e l a m ê m e figure. P a r l e s incisions q u ' o n à c e t a r b r e , il e n distille un s u c g o m m e u x

fait

verdâtre, qui

s'épaissit et devient d'un vert très-foncé. L e s Espagnols e n font u n si g r a n d c a s , qu'ils l'ont a p p e l é del Maria

Balsamwn

, e t ils l e p r é f è r e n t a u b a u m e d u P é r o u , e t à

celui d e c o p a h u . HERBE AU CHARPENTIER. C e t t e p l a n t e r e s s e m b l e à la m o r e l l e ; elle croît le l o n g d e s h a i e s , e t p o r t e a u s o m m e t de ses branches une grappe formée d e quantité de p e tites b a i e s r o u g e â t r e s d e la g r o s s e u r d ' u n p e t i t p o i s . O n s'en s e r t a v e c s u c c è s d a n s l e s c a t a p l a s m e s r é s o l u t i f s .

P L A N T E S IL

D É T E R S I V E S .

faut rappeler à cette classe la plupart des g o m m e s

d o n t j ' a i p a r l é , s u r - t o u t celle d u b o i s - m a r i é , e t d u s u crier. L ' h e r b e à b l é y doit aussi y avoir p l a c e . O n la fait entrer d a n s la composition des onguens détersifs. HERBE AU DIABLE. C e n o m r e d o u t a b l e fait c o n n o î t r e quelle

p e u t ê t r e la f o r c e d e c e t t e

p l a n t e ; elle e s t

fort

c o m m u n e d a n s l e s h a i e s . E l l e croît à l ' a p p u i d e s c i t r o n niers e t d e s o r a n g e r s ; s e s feuilles o n t la figure d e c e l l e s d u j a s m i n a r a b i q u e ; s e s fleurs v i e n n e n t en p y r a m i d e a u h a u t d e s b r a n c h e s ; elles s o n t b l a n c h e s e t e n f e r m é e s p a r leur b a s e d a n s un c a l i c e c y l i n d r i q u e , q u i e s t h é r i s s é d e quantité

de petites

t o m b é e , l e pistil

pointes glutineuses. devient

La

fleur

étant

u n fruit m o u , r e m p l i

de


272

P H A R M A C O P É E

deux

semences.

C e j a s m i n est

différent

des

autres,

e n c e q u e s o n fruit s e f o r m e , et r e s t e e n f e r m é d a n s l a calice. L a v e r t u d e c e t t e p l a n t e e s t si a c t i v e , q u ' o n n e l a i s s e l ' o n g u e n t d a n s l e q u e l elle e n t r e q u e d e u x ou trois heuress u r la p l a i e . C e t e m p s suffit p o u r e n l e v e r et

consumer

l e s c h a i r s b a v e u s e s d'un u l c è r e . O n lui a s s o c i e o r d i n a i r e m e n t l ' h e r b e à blé et l a s u i v a n t e . L A MAL-NOMMÉE. C e t t e p l a n t e e s t si c o m m u n e e t

si

t r i v i a l e , qu'il n'y a p o i n t d ' e n f a n t qui n e la c o n n o i s s e . L I A N E A MINGUET. J ' a i d é j à p a r l é d e c e s d e u x d e r n i è r e s p l a n t e s . O n les m a r i e p o u r l'ordinaire a v e c l ' h e r b e d u d i a b l e , l ' h e r b e à b l é et fa m a l - n o m m é e .

O n y joint l e

j u s d e citron , q u ' o n sale a v e c le sel m a r i n , et d e c e t t e e x c e l l e n t e d é c o c t i o n on fait un o n g u e n t d é t e r s i f d e s p l u s forts.

P L A N T E S

R É S O L U T I V E S .

O U T R E les p l a n t e s d é t e r s i v e s , e t q u e l q u e s p l a n t e s a p é r i t i v e s , d o n t j'ai p a r l é c i - d e s s u s , e t q u ' o n fait e n t r e r d a n s l e s c a t a p l a s m e s r é s o l u t i f s , les p l a n t e s s u i v a n t e s

méritent

particulièrement d'être appelées résolutives. MANIOC. L e m a n i o c , fraîchement râpé , est un résos o l u t i f p u i s s a n t ; e x p r i m é e t joint a v e c le l a i t , un m a t u r a t i f fort u s i t é . Nous

a v o n s ici u n e

m o r e l l e fort s e m b l a b l e à

celle

d ' E u r o p e , et qui a les m ê m e s v e r t u s . T o u t e s l e s e s p è c e s d e m é d e c i n i e r s s o n t le r e m è d e o r dinaire d e s n è g r e s . L E POIS PUANT e n t r e a u s s i d a n s l e s c a t a p l a s m e s , et e s t p a r t i c u l i è r e m e n t r e c o m m a n d é p o u r la m i g r a i n e . L'HERBE


DE

S T . - D O M I N G U E . 273

L'HERBE A DARTRES. L e n o m d e c e cassier m a r q u e s a v e r t u . C e t t e p l a n t e p e u t ê t r e m i s e au r a n g des p l u s b e l l e s d e l ' A m é r i q u e ; elle c r o î t fort h a u t , et paroît l i g n e u s e ; s e s feuilles r e s s e m b l e n t à celle d u n o y e r ,

et s o n t

d'un

v e r t n o i r ; le h a u t d e s e s t i g e s f o r m e u n e p y r a m i d e d e f l e u r s j a u n e s e n t a s s é e s les u n e s sur les a u t r e s ,

longue

d ' u n d e m i - p i e d . A u x fleurs s u c c è d e n t des g o u s s e s l o n g u e s d ' u n d o i g t , ailées ou g a r n i e s a u x q u a t r e coins d'aîlerons q u i r e p r é s e n t e n t u n m o u l i n e t ; s e s fleurs sont t r è s - r e c h e r c h é e s p o u r les d a r t r e s . O n en fait un o n g u e n t q u ' o n

dit

ê t r e m e r v e i l l e u x pour c e t t e m a l a d i e . VERVEINE PUANTE. V E R V E I N E BLEUE. VERVEINE BLANCHE. O n a n o m m é c e s trois p l a n t e s v e r v e i n e s trouver

d a n s leur

figure

ayant

cru

q u e l q u e r e s s e m b l a n c e a v e c la

v e r v e i n e d ' E u r o p e . E l l e s s o n t fort c o m m u n e s e t c o n n u e s d e t o u t le m o n d e . ABSYNTHE BATARDE , ainsi n o m m é e à c a u s e d e s a r e s semblance avec l'absynthe d'Europe. Elle est t r è s - c o m m u n e , e t on la r e n c o n t r e p a r - t o u t s o u s les p i e d s . C e s q u a t r e p l a n t e s , bouillies d a n s d u vin ou d a n s d e l ' e a u , e t a p p l i q u é e s en c a t a p l a s m e s , s o n t le m e i l l e u r r é s o l u t i f que

nous

puissions prescrire dans

les

tumeurs ,

les

fluxions et r h u m a t i s m e s . L ' I N D I G O est un e x c e l l e n t r é s o l u t i f , e t il e s t efficace il est

d a n s les

un d e s p l u s p u i s s a n s d e

d e fébrifuge ; son

sel

fixe

l'Amérique en

é q u i v a u t à celui d e

synthe.

Tome

II.

sur-tout

é r é s i p è l e s en q u a l i t é d e sudorifiques ;

S

qualité l'ab-


274

P

P L A N T E S

H A R M A C O

PÉE

R A F R A I C H I S S A N T E S

E T

É M O L L I E N T E S . N o u s a v o n s u n e e s p è c e d e m e l o n d e la g r o s s e u r d'une m o y e n n e citrouille ; l'écorce en e s t v e r t e , la chair o u l a p u l p e e n e s t r o u g e , t r è s - r e m p l i e d'un s u c o u e a u i n s i p i d e , d'où on l'a a p p e l é m e l o n d ' e a u . I l e s t d'un g r a n d s e c o u r s p o u r c a l m e r l'ardeur d e s fièvres. O n p e r m e t a u m a l a d e d'en sucer la p u l p e , e t on s'en s e r t dans les l a v e m e n s . OSEILLE d e G u i n é e . I l y a à S a i n t - D o m i n g u e d e u x e s p è c e s d'oseille d e G u i n é e ; l'une dont la t i g e , les feuilles e t les fleurs s o n t r o u g e s ; e t l'autre d o n t les fleurs e t l e s Fruits s o n t blancs. C e s p l a n t e s sont d e la classe d e s m a l v a c é e s . O n en fait d e s g e l é e s e t c o m p o t e s f o r t r a g o û t a n t e s et rafraîchissantes. CERISIER d e S a i n t - D o m i n g u e . C e t a r b r e r e s s e m b l e au g r e n a d i e r : s o n fruit i m i t e p a r f a i t e m e n t la c e r i s e , il c o n t i e n t trois s e m e n c e s ailées ; c e q u i le r e n d différent d e l a c e r i s e . O n e n fait u n e c o m p o t e a g r é a b l e , e t qui rafraîchit beaucoup. EPINARDS d e S a i n t - D o m i n g u e . C e t t e plante n'est d i s t i n g u é e d u v é r i t a b l e é p i n a r d q u e p a r le c a r a c t è r e d e s e s rieurs e t d e s e s fruits. E l l e e n a t o u t e l ' a p p a r e n c e e t l e g o û t . O n l a t r o u v e m ê m e plus s a v o u r e u s e q u e les é p i n a r d s d e F r a n c e . N o u s en m e t t o n s d a n s les l a v e m e n s

émolliens

et les bouillons rafraîchissans. LA RAQUETTE e s t le m e i l l e u r é m o l l i e n t q u e n o u s a y o n s p o u r ramollir e t faire s u p p u r e r u n e t u m e u r . O n fait r ô t i r u n e feuille d e r a q u e t t e , on la pile dans d u l a i t , l ' a p p l i q u e s u r la p a r t i e m a l a d e ; on y joint

et o n

quelquefois

d e la farine d e m a n i o c e t les é p i n a r d s . J e fais s o u v e n t m ê l e r d e la c a s s e a v e c la r a q u e t t e e t le m a n i o c ; c ' e s t l a meilleur m a t u r a t i f d o n t o n p u i s s e se s e r v i r .


DE

ST.-

P L A N T E S

D O M I N G U E .

275

A S T R I N G E N T E S .

C O M M E u n g r a n d n o m b r e d ' h a b i t a n s m e u r t d e diarr h é e s , il n'y a p e r s o n n e qui n'invente un r e m è d e . Si o n e n croit le p u b l i c , c e t t e c l a s s e s e r a i t la p l u s n o m b r e u s e ; m a i s j e n e citerai ici

que

les

plantes

qui

me

sont

connues. RAISINIER. P l u m i e r a décrit d a n s son H i s t o i r e

géné-

r a l e des P l a n t e s d e l ' A m é r i q u e , q u i n ' e s t point e n c o r e i m p r i m é e , d e u x e s p è c e s d e raisiniers , qui ne

diffèrent

q u e p a r la g r a n d e u r d e leurs feuilles. C o m m e il n'a p o i n t r e n c o n t r é c e s a r b r e s en f l e u r , il n e n o u s en a point laissé le c a r a c t è r e . C ' e s t p o u r y s u p p l é e r q u e j e c i t e de n o u v e a u c e g e n r e , et

d'autant plus

l ' e m p l o y o n s fort u t i l e m e n t tortueuse,

d o n t le

e s t un p e u a c r e ,

volontiers,

q u e nous;

d a n s la m é d e c i n e .

goût est d'une légère

Sa racine

amertume,

sans être absolument dégoûtante.

On

l ' e m p l o i e u t i l e m e n t d a n s t o u t e s nos t i s a n e s a s t r i n g e n t e s . L a fleur d e c e t a r b r e e s t à é t a m i n e s , o u , si l'on v e u t , m o n o p é t a l e , en forme

d'entonnoir,

lequel

n'est c o m -

p o s é q u e de plusieurs p e t i t e s é t a m i n e s r a n g é e s a u t o u r d u p i s t i l , et unies e n s e m b l e ,

d e façon q u ' e l l e s

représen-

t e n t un p e t i t c ô n e c o u p é et d e n t e l é . E l l e s sont p e t i t e s , h a n t e s , e t l a r g e s t o u t au p l u s d e trois l i g n e s , e t a r r a n g é e s en g r a p p e . L e r a m e a u q u i f o r m e la g r a p p e a

plus

d'un d e m i - p i e d d e l o n g . L e pistil q u i e s t c o u r o n n é

de

p e t i t e s p o i n t e s , d e v i e n t , c o n j o i n t e m e n t a v e c le calice , u n fruit ou

une baie m o l l e ,

succulente,

d'une

figure

r o n d e , un p e u p o i n t u e , q u i r e n f e r m e un n o y a u c a n n e l é , o v a l e , et p o i n t u , d a n s l e q u e l

on t r o u v e u n e s e m e n c e

d e la m ê m e f o r m e . C e t t e b a i e a la g r o s s e u r d'un r a i s i n ordinaire ; ce raisinier.

qui a fait d o n n e r à l ' a r b r e le

S e s feuilles

sont rondes , c o r i a c e s ,

S

A

nom

de

attachées


276

P H A R M A C O P É E

a u x b r a n c h e s p a r un c o u r t p é d i c u l e p a r r a p p o r t à leur c o n s i s t a n c e , et leur g r a n d e u r . E l l e s t e n o i e n t lieu d ' a s siette aux K a r a i b e s ,

et aux F l i b u s t i e r s . C e t a r b r e c r o î t

s u r le r i v a g e d e la m e r ; s e s fruits sont t r è s - r e c h e r c h é s p a r les LE

habitans. G O Y A V I E R . NOUS d e v o n s r e g a r d e r le

comme

le néflier

de

i c i , et a beaucoup de fruit, couronné, n è f l e , est

la F r a n c e . I l e s t

goyavier commun

rapport avec cet arbrisseau. Son

et j a u n e , de la m ê m e

rempli

aussi

de semences

ou

g r o s s e u r q u e la

petits osselets.

La

p u l p e d a n s l a q u e l l e ils s o n t r e n f e r m é s , a un g o û t un p e u m u s q u é , qui n ' e s t a g r é a b l e q u ' a u x C r é o l e s ; on e n f a i t une c o m p o t e qui e s t a s s e z r a g o û t a n t e ; s a r a c i n e e n t r e d a n s les t i s a n e s a s t r i n g e n t e s . ICAQUIER. C e t a r b r e a b e a u c o u p d'air du poirier. O n l e c u l t i v e p o u r l'ordinaire d a n s les j a r d i n s . S o n fruit e s t f o r t d u g o û t de n o s h a b i t a n s : q u a n d il e s t p e l é , on le p r e n droit

pour u n e

p ê c h e m o l l e e t t r o p m û r e ; on

l'avale

c o m m e un j a u n e d'œuf. L a r a c i n e d e l'icaquier e s t estim é e , et fort a s t r i n g e n t e . MONBIN. O n n e p e u t m i e u x c o m p a r e r le m o n b i n q u ' a u f r ê n e d ' E u r o p e ; il a le m ê m e a s p e c t ; m a i s sa fleur et son fruit e n é t a n t t r è s - d i f f é r e n s , o b l i g e n t d'en faire un g e n r e p a r t i c u l i e r . T o u t e s les p a r t i e s d e c e t a r b r e sont a s t r i n g e n t e s . O n fait a v e c sont fruit u n e c o m p o t e f o r t a g r é a b l e . O n p r é f è r e s o n é c o c e p o u r les t i s a n e . L ' é c o r c e d e s u c r i e r est a u s s i d e c e t t e c l a s s e . BRESILIET BATARD. L e R . P . P l u m i e r a c o n s e r v é à c e t a r b r e le n o m

d u p a y s . L e s h a b i t a n s le c o n n o i s s e n t

sous

le n o m d e bresiliet bâtard. I l a à p e u p r è s la m ê m e q u a lité q u e le b o i s d e bresiliet d o n t o n s e s e r t e n E u r o p e pour teindre

en

Saint-Domingue

r o u g e ; l a t e i n t u r e q u e d o n n e celui d e étant

plus brune que rouge. C e t arbre

p o u s s e une t i g e h a u t e , à p e u p r è s d e l a g r o s s e u r d e la


DE

ST. - D O M I N G U E .

277

c u i s s e d'un h o m m e ; s o n é c o r c e e s t t r è s - b r u n e ; son b o i s a s s e z solide et d'un r o u g e p â l e ; s e s feuilles s o n t a r r o n d i e s , et d'un v e r t

t r i s t e ; elles s o n t par p a i r e s , a s s e z

s e m b l a b l e s à celles d e la c a s s e ; s e s fleurs s o n t en g r a p p e s , e t p e n d a n t e s , p e t i t e s , l o n g u e s , e t l a r g e s d e trois l i g u e s , e n entonnoir ou à é t a m i n e s , d'une c o u l e u r de p o u r p r e n o i r , c o m p o s é e s de trois é t a m i n e s qui p a r t e n t d e s d é c o u p u r e s d u calice ; le p i s t i l , c o u r o n n é d e t r o i s p e t i t e s p o i n t e s o u é t a m i n e s , o c c u p e le c e n t r e d e la f l e u r , e t d e v i e n t un fruit m o u d e la figure d ' u n e

olive,

aigrelet,

contenant

un

n o y a u o b l o n g , qui r e n f e r m e u n e a m a n d e . D e s e s b r a n ches

c o u p é e s d é c o u l e un s u c n o i r â t r e un p e u c a u s t i q u e ,

qui laisse u n e e m p r e i n t e i n e f f a ç a b l e , dit P l u m i e r ; c ' e s t c e q u e j e n'ai p a s é p r o u v é . C e t a r b r e croît d a n s les m o n t a g n e s . J e l'ai o b s e r v é en f l e u r , et en fruit a u m o i s de j u i n . Q u e l q u e s uns m e t t e n t son é c o r c e d a n s les t i s a n e s a s t r i n gentes. GRAND COUSIN. O n n o m m e c e t t e

plante grand cou-

sin , p a r c e q u e son fruit, h é r i s s é de p e t i t e s p o i n t e s , s ' a t t a c h e aux habits des p a s s a n s . C e n o m est c o m m u n à t o u t e s les p l a n t e s d o n t la graine est a r m é e d e p o i n t e s . C e l l e - c i a l e p o r t d ' u n e g u i m a u v e ; m a i s elle en diffère p a r le carac t è r e d e s e s fleurs et d e s e s fruits ; sa r a c i n e , c o m m e c e l l e d e la g u i m a u v e , est g l u t i n e u s e . C ' e s t p o u r q u o i on la r e c o m m a n d e d a n s les u l c è r e s d e s intestins et d e s a u t r e s viscères.

P L A N T E S O

F É B R I F U G E S .

N ne t r o u v e à S a i n t - D o m i n g u e q u e trois ou q u a t r e

p l a n t e s a u x q u e l l e s on p u i s s e a t t r i b u e r une qualité f é b r i fuge. P l u s i e u r s s e sont s e r v i s u t i l e m e n t d e l ' é c o r r e d e m a n g l e s , S

3


278 Cette

P H A R M A C O P É E écorce

est

assez

conforme

à celle du

Pérou.

C e l l e d e c i t r o n i e r , bien p u l v é r i s é e , m ' a m i e u x réussi q u e le q u i n q u i n a d a n s les

fièvres

l ' é p i n e u x j a u n e , dit le

intermittentes. L'écorce d e

R . P . le P e r s , j é s u i t e ,

e s t uns

e x c e l l e n t fébrifuge , et v u l n é r a i r e .

P L A N T E S

COMME

C O R D I A L E S .

les t e r r e s d e l ' A m é r i q u e , s i t u é e s s o u s la Z o n e

T o r r i d e , s o n t t r è s - é c h a u f f é e s et r e m p l i e s d e t o u t e s sortes d e m i n e s , on y t r o u v e u n e infinité q u e s , et p a r c o n s é q u e n t

de plantes aromati-

cordiales. J e m e

borne à

un

p e t i t n o m b r e q u e j ' a i choisi. O n a p p e l l e s a u g e d a n s n o s îles t o u t e s les p l a n t e s qui o n t d e l'affinité a v e c la s a u g e d ' E u r o p e , soit p a r l a

figure

d e leurs f e u i l l e s , soit p a r leur o d e u r . C ' e s t p o u r q u o i on a p p e l l e s a u g e les p i g n o n s d ' I n d e s , p l u s i e u r s c o n y z e s ,

et

t o u s les c a m a r a s q u e n o u s a v o n s . SAUGE GRANDE ET PUANTE. C e t t e e s p è c e d e s a u g e e s t l a p l u s r a r e : elle v i e n t e n a r b r i s s e a u , et a d e s feuilles p l u s l a r g e s q u e celles de la s a u g e . SAUGE GRANDE. C e l l e - c i c r o î t d a n s d e s lieux s a b l o n n e u x ; elle e s t h a u t e de d e u x à trois p i e d s ;

sa feuille p a -

roît p l u s r e s s e m b l e r à c e l l e d e la m é l i s s e ; son o d e u r e s t d o u c e et a g r é a b l e . SAUGE DU PORT-DE-PAIX. C e t t e e s p è c e est la p l u s e s t i m é e , e t e s t t r è s - s e m b l a b l e à la s a u g e ; elle en a l ' e x t é rieur , l e g o û t , l'odeur ; elle croît à la h a u t e u r d e d e u x à trois p i e d s ; s e s feuilles

sont l o n g u e s d e d e u x t r a v e r s

d e d o i g t , larges d'un d e m i - p o u c e , d'un v e r t d e m e r e n d e s s u s , a r g e n t é e s e n d e s s o u s ; les fleurs naissent en p y r a m i d e ; elles sont p u r p u r i n e s , e u r o s e s , c ' e s t - à - d i r e , c o m -


DE

ST.

-

D O M I N G U E.

279

p o s é e s d e trois p é t a l e s . L ' e m b r y o n naît d a n s d e s e n d r o i t s différons , et d e v i e n t un fruit qui s ' o u v r e e n trois c a p s u l é s qui r e n f e r m e n t u n e s e m e n c e o b l o n g u e ; le g o û t a g r é a b l e , et a r o m a t i q u e - d e c e t t e

plante

la fait p r é f é r e r

à

t o u t e s les a u t r e s . O n l ' e s t i m e p a r t i c u l i è r e m e n t p o u r r é tablir les forces d e l ' e s t o m a c ; elle a p p a i s e le

vomisse-

m e n t ; et p a r s a q u a l i t é s u d o r i f i q u e et c o r d i a l e , elle r a n i m e le m o u v e m e n t du s a n g , et e n l è v e les e m b a r r a s q u i pourraient se former. MYRTUS. arborescens c i t r i - f o l i i s glabris, moso

Capyophylli

R o b . Piper d a n s le

Jamaïc.

sapore. Le

Laurus

fructu

aromaticus.

raceClariss.

R . P. P l u m i e r a mis cette plante

genre des m y r t e s . On ne connoit point

encore

p a r f a i t e m e u t s a fleur. C e t a r b r i s s e a u , à la v é r i t é , a l ' a p p a r e n c e d'un m y r t e ; il c r o î t p o u r l ' o r d i n a i r e à la h a u t e u r de douze à quinze

p i e d s ; ses

feuilles

sont longues

de

d e u x p o u c e s , faites en f o r m e d e p i q u e s , e t l a r g e s d'un p o u c e ; son fruit est u n e b a i e c o u r o n n é e , d i v i s é e en trois loges plante

qui r e n f e r m e n t

chacune

une

s e m e n c e . T o u t e la

r é p a n d u n e o d e u r d e s plus a g r é a b l e s . O n t r o u v e

d a n s s e s feuilles un. g o û t qui s e m b l e ê t r e un m é l a n g e d e l ' a r o m a t i c i t é du c l o u d e g i r o l l e , d e la noix m u s c a d e , e t d e la c a n e l l e . C ' é t o i t l'épicerie d e s p r e m i e r s h a b i t a n s d e S a i n t - D o m i n g u e , et des K a r a i b e s ; ils e n m e t t o i e n t d a n s t o u t e s l e u r s s a u c e s . S i le p r i x e t

la r a r e t é n e

faisoient

p a s le m é r i t e d e la p l u p a r t d e s c h o s e s , ou p o u r r a i t a s s u r e r q u e le laurier ou m y r t e a r o m a t i q u e mériteroit d ' ê t r e préféré aux épiceries du L e v a n t . MÉLISSE à fleur en g l o b u l e .

Cette mélisse se distingue

n o n s e u l e m e n t par s e s fleurs , e t s e s g r a i n e s a r r a n g é e s e n g l o b u l e s d e la g r o s s e u r

d'une balle de

plomb,

mais

aussi par une odeur suave que toutes ses parties exhal e n t , e t q u i est b i e n p l u s a g r é a b l e q u e c e l l e d e la m é lisse d ' E u r o p e . C e t t e p l a n t e est f o r t c o m m u n e Domingue.

à Saint-


280

P H A R M A C O P É E

EPINE BLANCHE d e S a i n t - D o m i n g u e . C e t a r b r i s s e a u croit e n buisson , e t f o r m e c o m m e u n e forêt i m p é n é t r a b l e . I l e s t c o m m u n d a n s les lieux voisins d e la m e r . S a r e s s e m b l a n c e avec, l e c i t r o n n i e r , e t la q u a n t i t é d e s e s fleurs b l a n c h e s , p e t i t e s , e n t a s s é e s par p a q u e t s le l o n g d e s tiges q u i r é p a n d e n t u n e odeur fort a g r é a b l e , font bientôt remarquer cette charmante plante. O n pourroit en tirer u n e e a u fort o d o r i f é r a n t e .

FAUX ROMARIN. Thymelœa

roris marini folio

et facie

et odore. L e p o r t d e c e l t e p l a n t e , s e s f e u i l l e s , e t s o n o d e u r , la feroient p r e n d r e p o u r un r o m a r i n ; m a i s s e s fleurs étant m o n o p é t a l e s , en entonnoir , e t du c a r a c t è r e du thymelœa , elle a u g m e n t e l e s e s p è c e s d e c e genre. S e s fleurs sont petites e t b l a n c h e s ; il leur s u c c è d e d e s fruits o v a l e s pleins d e s u c , qui c o n t i e n n n e n t u n e s e m e n c e o b l o n g u e . C e t a r b r i s s e a u croît s u r un m o n t i c u l e r e m p l i d e m i n e s s u r lequel on t r o u v e la p l a n t e s u i v a n t e . N H A N D I R O B A OU liane à boîte à s a v o n n e t t e . C e t t e p l a n t e croît c o m m e l e s vignes à l'appui d e s arbres. E l l e p r é s e n t e à l'œil u n e v e r d u r e d e s plus g a r n i e s , et d'autant p l u s a g r é a b l e , qu'elle e s t e n t r e m ê l é e d e guirlandes d e f l e u r s e t d'un g r a n d n o m b r e d e f r u i t s , dont c e t t e liane e s t t o u t a - l a - f o i s c h a r g é e . S e s feuilles sont c h a r n u e s , t r i a n g u l a i r e s , d e la figure d e celles du l i e r r e , un p e u p l u s l a r g e s , plus l o n g u e s , e t plus p o i n t u e s . J e lès t r o u v e p l u s c o n f o r m e s à celles d e la racine v i e r g e ; elles sont d'un v e r t o b s c u r , m a i s t r è s - l u i s a n t e s , et elles sont t r è s polies. S o n fruit e s t p a r t i c u l i e r , e t unique dans son e s p è c e . Il r e p r é s e n t e p a r f a i t e m e n t u n e boîte à s a v o n n e t t e , d o n t les d e u x p a r t i e s h é m i s p h é r i q u e s sont e m b o î t é e s l'une dans l ' a u t r e , e t m a r q u é e s à l'endroit d e l ' e m b o î t e m e n t d'une c o u r o n n e , o u cercle saillant qui p a r o î t fortifier c e t t e p a r t i e dans s a m a t u r i t é . C e fruit s ' o u v r e p r é c i s é m e n t à c e t t e u n i o n , e t r é p a n d u n e quinzaine d e


DE

ST. - D O M I N G U E

281

fruits ou s e m e n c e s r o n d e s , p l a t e s , b o s s e l é e s , d e la l a r g e u r d'un écu de trois l i v r e s , et d'une é p a i s s e u r i n é g a l e ; elles s o n t d'une c o u l e u r r o u s s â t r e , et fort a m è r e s . L e s Espagnols les

fièvres

s'en s e r v e n t a v e c b e a u c o u p d e s u c c è s p o u r i n t e r m i t t e n t e s ; ils pilent c e l t e

semence,

et ils en font u n e é m u l s i o n . L e n h a n d i r o b a p a s s e p o u r le plus e x c e l l e n t c o n t r e - p o i s o n

de l'Amérique ; et

les

F l i b u s t i e r s et B o u c a n i e r s y avoient t e l l e m e n t

confiance,

qu'ils

sans avoir

une

ne bonne

partoient pour aucune expédition

p r o v i s i o n d e s e s fruits. I l s p o u s s o i e n t j u s -

q u e - l à la p r é v e n t i o n , d e lui a t t r i b u e r c o m m e u n e e s pèce

d'enchantement

poison.

contre

les

blessures, et

tout


VOCABULAIRE FRANÇAIS ET

A A B A I S S E R , verbe

B

actif,

faire aller en b a s , — abaisser une lanterne, — ce

CRÉOLE.

A Baissé,

baissé

nion

l a n t e r n e , — b a i s s é pavillon

abaissez

pavillon. ABANDON (à l'), m a n i è r e

a d v e r b i a l e , — laisser à l ' a -

L'Abandon,

— quitté l'a-

bandon.

bandon . ABANDONNER, v. a . , quitter , d é l a i s s e r , — a b a n d o n ner sa f e m m e , ses e n f a n s ,

Dandonné, — femme à l y , petit à l y , y o , — v o u s bandonné moué.

— vous m'avez abandonné. ABANDONNER ( s' ) , v e r b e r é c i p r o q u e , s e laisser a l l e r , s e livrer s a n s r e t e n u e . — I l

Bandonné, — ly b a n d o n né l y la d é b a u c h e , — la Providence.

s ' a b a n d o n n e à la d é b a u c h e , à la P r o v i d e n c e . , ABANDONNÉE, p a r t i c i p e , — elle e s t a b a n d o n n é e . ABATAGE, substantif m a s culin , action d ' a b a t t r e les bois , — c'est l'acheteur q u i doit p a y e r l ' a b a t a g e .

Bandonné donné.

,

ly ban-

Z'Abatage, — c'est z'ac h e t e u r q u i doi p a y é z'abatage.


A :

284

B

ABASOURDIR , v. a . , const e r n e r , a c c a b l e r , — il a été abasourdi.

Basourdi sourdi.

ABATARDIR , v. a . , d é g é nérer , — il s'est a b â t a r d i .

Bdtardi,

ABAT-JOUR , s. m . , — l e s m a r c h a n d s ont d e s a b a t s j o u r , — un abat-jour. ABATIS ,S. m . , — c e t t e r u e

,

li t é b a -

ly té bâtardi.

Z'Abat - jour , — m a r chands gagné z ' a b a t - j o u r , — nion z'abat-jour. Z'Abati,

la ri là b o u c h é

est bouchée par des abatis.

acqué z'abatis.

ABATTEMENT, S. m . , affaiblissement,—je le trouve d a n s un g r a n d a b a t t e m e n t .

trouvi l'y d a n nion g r a n d

ABATTEUR, s. m . , — c'est

Z'Abattement

,

mo

z'abattement. Z'Abatteur

, — c e s nion

u n grand a b a t t e u r d e bois.

g r a n d z a b a t e u r bois. .

ABATTRE , v. a . , m e t t r e à b a s , faire t o m b e r , — a battre des maisons, des m u railles, des a r b r e s , — cette p e r t e lui a a b a t t u le c o u rage.

Battre, — b a t t r e m a i s o n s , mirailles, z'arbres, — perte là battre courage à ly.

ABAT-VENT , s. m . , charp e n t e c o u v e r t e , — il faut m e t t r e un a b a t - v e n t .

Z'Aba-vent,— faut m e t té nion z ' a b a - v e n t .

ABBAYE , s u b s t a n t i f fémi-

Z'Abbaye,— nion z ' a b b a y e en r è g i e , — ly tini nion z'abbaye.

nin , m o n a s t è r e , une a b b a y e e n r è g l e , — il p o s s è d e u n e abbaye. ABBESSE , s. f. s u p é r i e u r e d'un

m o n a s t è r e , — c'étoit

Z'Abesse z'abbesse.

, —- c é t é nion

u n e a b b e s s e . Il e s t des t e m p s o ù on p r o n o n c e c o m m e en f r a n ç o i s , - o n l'a faite a b b e s s e .

Yo

fair ly a b b e s s e ; on


ABR

2

85

peut ajouter z sans blesser l a prononciation. ABEILLE , s. f., m o u c h e à m i e l , — un e s s a i m d'abeilles. ABOMINATION, S. f., d é t e s t a t i o n , e x é c r a t i o n , — il

Z'Abeille,

nion z ' e s s a i m

z'abeille. ( I ) Bomination,

— l y e n bo-

mination.

e s t en a b o m i n a t i o n . ABONDAMMENT, a d v e r b e , e n a b o n d a n c e , — il a d u bien

Bondamment,

— ly gagné,

bien b o n d a m m e n t .

-

abondamment.

ABREUVOIR, S. m .

Abreuvoir.

On peut ajou-

t e r le z. ABRICOT, S. m . , f r u i t ,

Z'Abricot,

— n i o n z'a-

-—un a b r i c o t , d e s abricots,—•

bricot, — compote à z ' a -

c o m p o t e d'abricot. L ' a b r i c o t

bricot.

d e s Antilles n'a a u c u n e r e s s e m b l a n c e a v e c celui d ' E u rope ,

ce

premier , gros

c o m m e un m e l o n , r o n d , peau épaisse s'enlevant c o m m e celle d e l ' o r a n g e , c h a i r jaune et f e r m e , bon g o u t , noyau très-gros en i , 2 et 3 p a r t i e s , plein d'une substance

désagréable ,

d o n t on s e s e r t a v e c

mais suc-

c è s p o u r la g a l e , m ê l é e a v e c d'autre ingrédiens. ABRICOTIER , s. m . — un-

Z'Abricotier,

abricotier, espalier d ' a b r i -

bricotier,

cotier.

bricotier.

— nion a-

— espalier z'a-

(I) O n peut supprimer beaucoup de z , mais alors la prononciation ne paroît pas aussi conforme aux usages.


A C C ABUS, sub. m . , m a u v a i s

Z'Abus

, —

retrancher

u s a g e — retrancher ces abus,

z'abus la y o , — a v l a nion

— voilà un é t r a n g e a b u s .

z'étrange z'abu.

ABIMES, S. m . , g o u f f r e , — il e s t t o m b é d a n s un a b î me,—il s'est f o r m é un a b î m e .

nion z ' a b y m e , — l y té f o r m é

ABÎMER, v . a . , r e n v e r s e r d a n s un a b î m e , — l e s cinq villes q u e D i e u a b î m a , —• il vous a b î m e r a , — la g r e l l e l'a a b î m é .

Z'Abyme,

ly t o m b é d a n s

nion z ' a b y m e . Bimer, — c i n q villes l a y o bon D i e u té b y m é , — l y v a b y m é v o u s , — grelle l à té b y m é ly.

Z'Acacia , — nion b e l ACACIA , s. m . , a r b r e , — u n b e l a c a c i a , — p l u - z ' a c a c i a , — e n pile z ' a c a s i e u r s a c a c i a s . E n m â c h a n t cia. u n e graine d ' a c a c i a , e t crac h a n t d a n s un a p a r t e m e n t , il e x h a l e u n e odeur i n f e c t e , sans autre désagrément pour celui q u i fait c e t t e e s p i è g l e rie , que de conserver un g o û t d'ail d a n s la b o u c h e . ACRAS, s. m . , e s p è c e d e b e i g n e t q u e l e s N è g r e s font

Acra,

— porté z'acra b a

moué.

a v e c d e l a farine d e p o i s o u haricots, — apporte-moi d e s acras. ACCENT, s. m . , m a n i è r e d e p r o n o n c e r , — o n le c o n n o î t à s o n a c c e n t , — il a

Z''Accent, — y o coné l y à z ' a c c e n t à l y , — ly g a g n é z'accent provençal.

l'accent provençal. ACCÈS , l ' a c c è s l'a p r i s , — l'accès l ' a q u i t t é .

Z'Accès

prend l y , — z ' a c -

c è s q u i t t é ly .On ne m e t le z , q u e q u a n d il s'agit d e

fièvre.


AFF ACCESSOIRE, a d j e c t i f d e s

287 Z'Accessoir.

a genres. ACCIDENT, s. m . c a s f o r tuit m a l h e u r e u x , — il

lui

e s t a r r i v é un a c c i d e n t ,

Z'Accident,

— ly té rivé

l y nion z ' a c c i d e n t , — c ' e s t p a r z'accident.

c'est p a r a c c i d e n t . ACCOMA, s . m . , g r o s a r b r e propre à b â t i r , bois t r è s -

Accoma,

— nion p o t e a u

nion pivot z'accoma.

d u r , — un p o t e a u un p i v o t d'accoma. ACCROIRE , v . n e u t r e , — v o u s nous e n faite a c c r o i r e . ACCUSER , v. a . , a c c u s e r d e q u e l q u e faute d e q u e l q u e c r i m e , — il est a c c u s é

Acrére,

v o u s fair nou

acrére. Cuser, — y o c u s e l y v o l é , -—ly c u s e m o u é t r o m p é ly , — ly cuse jeu a ly.

d'avoir v o l é , — il m ' a c c u s e d e l'avoir t r o m p é ; il a c c u s e son jeu. ACHEMINER, v. r é c i p . , 3e m e t t r e en chemin , — nous

Chiminer,

— n o u chimin

né n o u , — y o té chiminé.

n o u s a c h e m i n o n s , —- ils s e sont acheminés. ACTION , s. f. l ' o p é r a t i o n d e c h a q u e a g e n t , — l'action

Z'Action

, —

z'action a

soleil, — z'action a n ' e s p r i t ,

d u s o l e i l , — l ' a c t i o n d e l'es-

— y e n a t é nion z'action l a

prit.— I l y a eu une action sur

su R h i n , — z'action de g r â c e .

l e R h i n , — action d e g r â c e . AFFAIRE , s. f.

sujet de

Z'afair,

— z'afair a g r i a -

q u e l q u e o c c u p a t i o n , — af-

ble , — m o pas gagné nion

f a i r e a g r é a b l e j je n'ai a u -

z ' a f a i r , — c ' e s t pli g r a n d z ' a -

c u n e a f f a i r e , — c'est la p l u s

fair, — n ' h o m m e z'afair a l y ,

g r a n d e affaire -— s o n }

hom-

- l y meté l y h o r s d ' z ' a f a i r .


A J O

288

m e d ' a f f a i r e , — il s'est m i s h o r s d'affaire. AFFERMER, v. a. d o n n e r a f e r m e , — j'ai a f f e r m é m a

Fermer;

— m o fermé terre

a m o u é , — caze a m o u é .

terre , m a m a i s o n j AIDER, v. a. s e c o u r i r , a s -

Hinder, — h i n d e r nion , — m o n d e dans bisoin , — b o n d a n s le b e s o i n , — D i e u les a D i e u b i n d e y o , — vou p a a i d é s ; — vous ne v o u s aidez h i n d é vou , — ç a p a té s a v é p o i n t , — c e l a n'a pu l'aider. h i n d é ly ;

s i s t e r , — aider q u e l q u ' u n

AIGUILLE , s. f. p e t i t e v e r Gouil Egouil ou Z ' é g o u i l , g e d e fer , o u d'autre m é t a l , gouil a c o u d r e , — trou a nion — aiguille à c o u d r e , — le z ' é g o u i l , — gouil a t a p i s s e r i e , t r o u ou le c h a s d'une aiguille, — filé nion z ' é g o u i l , — ly — a i g u i l l e à t a p i s s e r i e , — e n - c o n t é d e fil en é g o u i l , — filer u n e aiguille, — il a c o n t é gouil la s o u 9 heur. d e fil en a i g u i l l e , — l'aiguille e s t sur 9 h e u r e s . AIGUILLETTE , s. f. c o r d o n d ' o r n e m e n t ou d ' o r d o n n a n c e , — il p o r t e l'aiguillette.

Guillette

ou

Zéguillette ,

— ly p o r t é z'égouillette —z'égouïllette a nion c a n a r d .

A i n s i , au figuré, l'aiguill e t t e d'un c a n a r d .

AIGUILLON. AIMÉ AIN , i n s t r u m e n t d e p ê c h e , — j'ai pris u n e anguille à l ' a i n , — je lui ai d o n n é un ain. AJOUPA, S. m . e s p è c e d e c a b a n e , chaumière de ber-

Guillon , ou z'éguillon ; Haime. L'ain, ou n'ain, m o p r e n d nion z'anguil à l ' a i n , — m o b a y ly nion z'ain , o u nion nain. Joupa,

ly fair nion j o u p a ,

— l y c o u c h é dan nion j o u p a .

g e r , c o n s t r u i t e en paille , — b a r r a q u e , — i l a construit un


AN A

289

u n a j o u p a , —il c o u c h e c l a n s un

ajoupa. terme

Marrage.

AMARRÉ, a t t a c h é ; — a t a -

Marte,

marré canot la.

Mené,

l y m e n é moué ici,

AMARRAGE , s . i n . de marine, attache.

tache ce canot. A M E N E R , v. a. f a i r e v e n i r a u l i e u où l ' o n

est,

— mo

va mené

vou iy, —

il m ' a a m e n é i c i — - j e v o u s

c a b r o u t i e r là m e n é s o u c r e ,

l'amènerai , — ce charretier

— v a i s s e a u là té m e n é , —

a amené des

v e n t là v a m e n é la p l i e .

vaisseau

sucres, —

ce

fut a m e n é , —

ce

v e n t a m è n e r a la p l u i e . A M I T I E , s. l i a i s o n

d'af-

fection, — c'est mon

ami,

•— c ' e s t s o n a m i , — i l s s o n t a m i s , — le

vin

est ami du

Z'ami, c ' e s t z ' a m i a m o u é , –

c'est z ' a m i a l y , — y o z'a-

m i , — di v i n c ' e s t

z'ami

a

quior ;

Cœur. AMITIÉ ; plante , jaune , rampante , semblable à la

ficèle

, prenant , et

Amitié.

de sub-

sistant par-tout, m ê m e dans l e s endroits les plus

arides,

sur les toits, etc. Elle périr

les

brin

jeté

arbres , un en u n

fait seul

endroit,

c r o î t et d e v i e n t t o u f f u a v e c Une rapidité

étonnante.

AMONCELER.

Monceler.

ANANAS ,S. m . p l a n t e q u i

Z'anana,

mo

gagné

p o r t e u n fruit t r è s - e s t i m é ,

n i o n z ' a n a n a , — l y e n a z'a

acide ,

nanas.

j ' a i un a n a n a s ,

il a d e s a n a n a s . Tome

II.

T

(


290

A PP

ANCHOIS, S. m . p e t i t poiss o n , — i l m a n g e des anchois, — il v e u t d e s a n c h o i s , — — i l a un a n c h o i s . ANGUILLE , s. f. poisson d'eau douce , — écorchez c e t t e anguille , — j ' a i m a n g é d e l'anguille. ANNEAU, S. m . c e r c l e d e m é t a l ; se dit a u s s i d ' u n e b a g u e , — p o s e r un a n n e a u , — mettre cet anneau doigt.

Z'anchois, ly m a n g é z ' a n chois , — ly v l é z'anchois , — l y g a g n é mon z'anchois.

Z,'anguille , c o r c h é z ' a n guille là , — m o m a n g é z a n guille ;

Z'anneau , — p o s e r z ' a n neau l à , — meté

z'anneau

là dan doigt.

au

ANNOLI , e s p è c e d e p e t i t l é z a r d , long c o m m e le doigt, — j ' a i v u un a n n o l i , — il m a n g e les a n n o l i s . APPELER , v . a. j ' a p p e l l e ,

Z'andoly,—

m o voir mon

z ' a n d o l y ; — ly m a n g é z ' a n doly.

Helé,

m o helé , — m o

— j'appelois , — j'appelle

t é h e l é , — m o h e l é nion v r a i

un v r a i a m i celui q u i . . . . —

z'ami, c i l à qui.... — yo helé

on l'appelle J e a n , — on n e

l y J e a n , •— y o p a s h e l é m o u é .

m'a pas appelé.

D a n s le c a s d ' a p p e l d'un p r o c è s , d e citation d e v a n t q u e l q u ' u n e t c . , on dit pelé.

Gout, — g o u t c h a r n e l ; — APPÉTIT , s. m . i n c l i n a tion , faculté p a r laquelle o u g o u t d é r é g l é , — g o u t , — m a se p o r t e à q u e l q u e c h o s e , g a g n é g o u t . — a p p é t i t charnel , — a p pétit déréglé , — appétit de m a n g e r , — j'ai a p p é t i t . APPUYER , v . a. s o u t e n i r , — a p p u y e r u n e muraille ,

Payer,

— p u y é nion m i -

raille,ly p u y é b r a s a ly là s u


ATT –

291

ila p p u y é es e s b r a s s u r m o i ,

moué, — lyv a puyè vou cré-

il v o u s a p p u y e r a d e s o n

dit à l y .

Crédit. ARRACHER , V . a .

o n lui

Radier,

— y o radié

ly

a arraché une d e n t , — onne

nion d e n t , — y o pas capa-

p e u t lui a r r a c h e r d e l ' a r g e n t j

ble taché ly l'argent.

ARRIVER, v . n . p a r v e n i r à un lieu ,

il e s t arrivé ,

— il d o i t a r r i v e r ,

River, — l y r i v é , —- l y d o t river , — l y v a river.

il a r -

rivera. ASSEOIR , v . a. — a s s e y e z -

Sitta, — s i t t a ,

m o sitta,

v o u s , — j e m ' a s s e o i s , — ils

— yo sitta, o n peut

s'asseient.

dire s y n t a .

ASSIETTE , o n f a i t p r é c é -

Z'assiette,

même

q u a n d il s'agit

d'assiette d e service d e ta-

der d'un z .

b l e , etc. ASSOMMER , v . a .

tuer,

Somé

,

somé

nion

battre etc. — assommer u n

b œ u f , — y osomé l y , — y o

boeuf, — ou l'a assommé .

vlé somé ly ;

— on Veut l'assommer. A S S U R E R , V. a .

affirmer

Sourd

, oui m o souré b a y

une c h o s e . — O u i , j e v o u s

v o u , — lyté souré m o u é ç a

e u assure , — il m ' a bien a s -

té y é .

1

suré q u e cela étoit. ATTACHER., V. a. j o i n d r e

Tacher,

— taché

choual

u n e c h o s e à l'autre, en sorte

là , —

qu'elle tienne , — attachez

m o u é , — ' y o t a c h é - l y à nion,

ce c h e v a l , — attachez m o n

poteau.

taché

mouchoir

à

m o u c h o i r , — o u l'a attaché à un poteau.

M a i s on p e u t

prononcer

attacher jusqu'à qu'on formé

soit

a u x circonstances

t

qui fassent connoître l e s e x ceptions.


292

A U

C

ATTENDRE , v- a. ê tre d a n s l'attente de quelque chose q u i doit a r r i v e r , — j e v a s

Tendre, — m o va t e n d r e l y , — nous t e n d r e l y , — n o u s v a t e n d r e y o , — ly

l ' a t t e n d r e , — n o u s l'attend o n s , — n o u s les a t t e n d r o n s , — il a t t e n d la f i è v r e , — il f a u t s'attendre à t o u t , — e n attendant.

t e n d r e la fièvre , — f a u t t e n d r e nou à t o u t , — e n tendant.

ATTRAPE , s. f. ne v o u s y fiez p a s , c'est u n e a t t r a p e .

Z'atrape,

— n'a p a s fié

v o u c'est nion z'atrape.

ATTRAPER , v. a. p r e n d r e Trâper, — t r a p e r nion à u n e a t t r a p e , ou q u e l q u e r e n a r d , — l y t r a p è nion l i è v r e , p i è g e , e t c . , e t c . — a t t r a p e r — y o t r a p é nion volor. u n r e n a r d , — il a a t t r a p é u n l i è v r e , — on a a t t r a p é un voleur. AVALER , v . a. faire p a s s e r p a r le g o s i e r , — a v a l e r u n bouillon , — i l a a v a l é un

Valé, — valé nion b o u l lion , — ly valé nion z ' c e u f , o u zé,— ly v a l é sans m a -

o e u f , — il a v a l e sans m â c h e r , — il a v a l e r a i t la m e r .

c h e r , — ly té v a l e r é la m e r .

AVANCER , v. a . p o u s s e r Vancé, — v a n c é table là, e n a v a n t , faire d e s p r o g r è s , — ly v a n e é d a n s z ' é t u d e á p a y e r p a r a v a n c e , e t c . , e t c . l y , — ly té p a y é l ' a v a n c e — a v a n c e z c e t t e t a b l e , — — l y qioulé en g u i s e ly v a n c é . il e s t a v a n c é dans ses é t u d e s , — il a é t é p a y é d ' a v a n c e , — il r e c u l e a u lieu d ' a v a n cer. AVARICIEUX. AUCUN , a d j . n u l , —

Varicieuxi vous

n ' a v e z a u c u n m o y e n , — je

Il n'a p a s d ' é q u i v a l e n t

en

créole. I l est r e m p l a c é par


293

A V O ne

contiens a u c u n

moyen,

nion.

V o u s

pas

nion m o y e n , —

•— il n'a a u c u n e f a c u l t é .

conné

gagné

mo

pas

nion m o y e n , —

Iy

p a s g a g n é nion m o y e n ,

ou

nion faculté. AVEC , p r é p .

conj.

en-

semble , conjointement,

Acque,

— m o va joindre

moué acque v o u s , —

mo

vous,

t é vini a c q u e l y , — ly

— j e suis v e n u a v e c l u i , —

marié acque l y , — l y va

alé

il s'est m a r i é a v e c

acque vous.

je me

joindrai a v e c

elle,—

il ira a v e c v o u s .

AUGMENTER.

Goumenter.

AUJOURD'HUI.

Jordy.

AVOCAT , s. m . fruit v e r t

Z'avocat.

d ' u n g r o s a r b r e , e s t d e la grosseur

d'un

œuf

d'au-

t r u c h e , c o n t e n a n t un n o y a u jaune , en deux parties a d hérentes , d'un œ u f

de

la grosseur

ordinaire ; c h a i r

j a u n e ou b l a n c h e ,

épaisse

d e six à huit lignes , fade ; s e m a n g e c r u à la p o i v r a d e . AVOIR,V. a . — j ' a i , — t u a s ,

Gagné,

— m o g a g n é , —'

— il a , — ils o n t , — j ' a v o i s ,

to g a g n é , — l y

— j'ai

y o gagné , — m o té gagné ,

a v o i r soif, —il a v o i t d e l'es-

— mo gagné douler, — ga-

t i m e , d e s s o u p ç o n s , d e la

g n é s o i f , — l y té g a g n é l ' e s -

des

douleurs ,

gagné , —

raison , de l ' a r g e n t , j'avois

t i m e , s o u p ç o n ; la raison ,

l a f i è v r e , — il a d e l ' a m o u r ,

l ' a r g e n t , — m o t é g a g n é la

— avoir un c o u p d ' é p é e , —

f i è v r e , — ly g a g n é l ' a m o u r ,

on s a u r a b i e n l ' a v o i r .

— g a g n é nion c o u p de n é p é e , — y o v a s a v é bien ga-. gnély.


AU

294

T

A l ' i m p e r s o n n e l il e s t d e s c i r c o n s t a n c e s où l'on dit l y e n a , c o m m e p o u r d i r e il y a un an ; m a i s on p e u t d i r e g a g n e r s a n s blesser le langage. AVOIR , v e r b e a u x i l i a i r e , — il a v o i t é c r i t , — il a l u , — vous avez été sage , — nous avons parlé.

AVOIR, S. m , c e q u ' o n possède. AUPRÈS , préposition d e lieu , —sa m a i s o n e s t a u p r è s d e la m i e n n e , — la r i vière passe auprès de cette v i l l e , — il v i e n t d ' a u p r è s d e la p l a c e , — v o t r e m a l n'est rien a u p r è s du sien.

AUSSITÔT.

Q u a n d il e s t auxiliaire , o u qu'il s e r t à f o r m e r d e s prétérits des autres verbes , c o m m e avoir l u , avoir é c r i t , on y substitue ly t é y—ly t é é c r i r e , — l y t é lire , — v o u té s a g e , —- nou t é p a r l é . Gagné,

Coté, — c a z e a l y c o t é quien à m o u é , — rivière la p a s s é c o t é la v i l l e , — l y sorti c ô t é la p l a c e . , — m a l à v o u l y a rien c o t é tien à l y .

Sitôt.

AUTOUR, p r é p . — - a t t a c h e m o i c e b a n d e a u a u t o u r du b r a s , — il e s t t o u j o u r s a u t o u r d ' e l l e , — elle l o g e ici autour.

L'entour, — t a c h e m o u é , b a n d e a u la l'entour b r a s à m o u é , — ly toujours l'en-, t o u r a l y , — ly logé l'entour ici.

AUTRE , p r é n . r e l . d e t.

L'autre • c'est ben nion l'au tre z ' a f f a i r , ly doi fair nion l'autre q u i c h o y a v a n t cila l à , — faut p a s l ' a u t r e .

g. — c'est, bien u n e a u t r e affaire , — il doit faire u n e autre chose avant celle-ci, –il

n'en faut p a s d ' a u t r e .


A Z Y A U T R E F O I S , a d v . — oonn

295

L'autrefois,

yo

té crére

l'autre fois.

croyoit autrefois. AUTREMENT , a d v . d ' u n e

L'autrement,-—faut

vivïe

a u t r e f a ç o n , — il faut v i v r e

l'autrement, — m o vlé l y

a u t r e m e n t , — j e le

l'autrement, • — l y p a s m a -

veux

a u t r e m e n t , — il n ' e s t p a s

lade l'autrement.

autrement malade. A Z Y , S. m . p l a n t e à t i g e ,

Azr.

dont les racines sont garnies d'une multitude de tubercules gros c o m m e

une

n o i s e t t e ; pellicule l é g è r e , qui s e détache

facilement

q u a n d il e s t bouilli.

B A L BAGASSE , s. f. c a n n e a s u -

Bagasse.

c r e , d o n t on a e x t r a i t l e s u c , qui sert, étant sèche, à r e m p l a c e r l e bois d a n s les f o u r neaux des sucreries et autres nécessités. sous

de

O n la

conserve

grands hangars ,

qu'on n o m m e caze à b a g a s s e . BAISER, V. a . d é m o n t r a -

Bobo

, — li b o b o

main

tion a m i c a l e , — il m ' a b a i s é

à m o u é , — m o bobo ly là s u

l a m a i n , — j e l'ai b a i s é sur l a

bouche,

bouche

c e , b o b o l à m a i n , — on p e u t

f a i t e s la r é v é r e n -

c e , — b a i s e z la m a i n .

— f a i r la r é v é r e n -

dire aussi baiser ; m a i s rarer ment.

BALISAGE, t e r m e d'arpen-

Balisage.

T

4


296

B A N

t e u r , p o u r d i r e tracer u n e r o u t e d a n s les bois, a b a t t r e le m e n u bois p o u r pouvoir p a s s e r . I l sert à S t . - D o m i n g u e , particulièrement aux habitans des montagnes ; pour a b a t t r e le bois o n c o m m e n c e à b a l i s e r , c'est-à-dire, a b a t t r e le. m e n u b o i s , p o u r e n suite abattre les gros arbres. BALAHOU , s. m . p o i s s o n d e m e r , d e la l o n g u e u r d'u n h a r e n g , a v e c un b e c d e tro is à six p o u c e s d e long. S e m a n g e frit,

Balahou.

BABOULA , s. m . p e t i t tonneau défoncé des deux b o u t s , a u x q u e l s les N è g r e s subsistuent des peaux d'anim a u x , p o u r leur servir d e t a m b o u r , qu'ils battent a v e c les m a i n s , sans b a g u e t t e s , en se mettant à cheval dessus.

Bamboula.

BANGALA , s. m . m e m b r e viril d'un animal. BANZA , s. m . c a l l e b a s s e

Bangala.

Banza.

ou g o u r d e sciée dans sa l o n g u e u r , a v e c laquelle les N è g r e s font une e s p è c e d e m a n d o l i n e , a u s o n d e laquelle il dansent. BANANE, s. m . figue d'A-

Banane.


B A N d a m , production c o m m u n e d a n s les I n d e s , a r b r e v e r t , a q u e u x , h a u t d e dix à q u i n z e pieds,

sans b r a n c h e , m a i s

seulement

des

feuilles

de

cinq à sept pieds de h a u t , p a r t a n t d e la t i g e , l a r g e p a r l e b a s d e dix-huit à v i n g t q u a t r e p o u c e s , allant e n d i m i n u a n t j u s q u ' à q u a t r e à six p o u c e s : on a p p e l l e r é g i m e , l a grappe que produit cet a r b r e , qui e s t u n e tige dante

de

vingt

à

pentrente

p o u c e s d e long , à l a q u e l l e s o n t a t t a c h é e s s e p t à dix p a t t e s , c h a c u n e c o m p o r t a n t de huit à douze b a n a n e s , l o n g u e s de c i n q à six p o u c e s , r a n g é e s c o m m e les doigts d e la m a i n . O n j e t t e l ' e n v e l o p p e v e r t e , qui e s t a d h é r e n t e , p o u r faire bouillir ou griller la substance compacte

farineuse

quelle

et

contient;

c'est la principale

nourri-

ture des N è g r e s . L a b a n a n e m û r e e s t j a u n e et d o u c e , l a figue b a n a n e est p l u s r a c c o u r c i e , elle n e s e m a n g e

que

m û r e . D a n s cet é t a t , l'une et l'autre se m a n g e n t crues ou

cuites , d e

différentes

m a n i è r e , m ê m e pour dessert. L e

figuier

banane se

297


298

B E C

distingue a i s é m e n t à la c o u leur violette d e l'écorce. BEAU,BELLE , a d j . — b e a u visage , — belle main , — b e a u x y e u x , — il a u n b e a u

Bel,—bel visage,—bel m a i n , — b e l z'ieux , — l y g a g n é nion b e l c h o u a l , —

cheval, — unebelle j u m e n t ,

nion bel j u m e n t , — bel g e -

— b e a u génie , — beau r a i s o n n e m e n t , — le t e m p s e s t beau.

nie,—bel raisonnement,— t e m p s là bel.

BEAUCOUP , ad v. d e q u a n t i t é , — il y a b e a u c o u p d e g e n s , — il a b e a u c o u p d ' a r -

En pile ou tout plein,—ly en à m o n d e en p i l e , — l y g a g n é l'argent en pile , — y o

g e n t , — i l s sont b e a u c o u p d'héritiers,—vousêtes beauc o u p plus s a v a n t , — il sait

z'éritieren p i l e , — (ou tout p l e i n ) y o tout plein z'éritiers — v o u s tout plein plus s a -

d é j à b e a u c o u p d e latin.

v a n t , — l y connait déjà e u p i l e , tout plein, latin.

BEC-DE-CORBIN , s. m . ou-

Bec à Corbin.

til d e s u c r e r i e , fait en f o r m e de grande p e l l e , relevée s u r les c ô t é s , étroite p a r l e b o u t , sans m a n c h e , mais deux ances pour le porter c o m m e un inventaire. Il s e r t à t r a n s p o r t e r l e sirop d a n s les f o r m e s à s u c r e . BÉCUNE, s. f. poisson d e m e r , qui r e s s e m b l e à l ' a n guille. Il f r é q u e n t e les fonds c u i v r é s , il e s t d e s saisons ou la police s ' o p p o s e à l a v e n t e de c e p o i s s o n , c o m m e é t a n t d a n g e r e u x , particulier

Bécune.


B U T

299

r e m e n t d a n s le t e m p s d e s nords. BESOIN.

Bisoin.

BIGÀIIXE, s. f. t r è s - p e t i t

Bigaille.

moucheron, habituellement d a n s les m a n g l e s o u a u t r e s endroits m a r é c a g e u x , t r è s i n c o m m o d e p a r sa p i q u u r e . BURGAU , p e t i t coquillage q u ' o n p r e n d s u r les r o c h e r s q u e l a m e r b a i g n e . O n les cuit dans d e l'eau a v e c d u s e l , on les m a n g e à l'aide d'une épeingle.

Burgau.

BUTOR.

Bitor.

C

AC

CABANE. L e s N è g r e s a p -

C CABANE.

p e l l e n t c a b a n e les lits à c o u c h e r . Voyez

LIT.

CACAO , s. m . fruit d ' u n a r b r e ; c e fruit d e la g r o s s e u r d'un p e t i t m e l o n a l l o n g é , e t c a n n e l é de m ê m e , c o n t i e n t d a n s l'intérieur c e s g r a i n e s si c o n n u e s pour la f a brication du chocolat. CACHIMAN , s. m . c œ u r à b œ u f , fruit v e r t , d e la f o r me d'un c œ u r d e b œ u f ;

la

Cacao. O n fait ici c e t t e o b s e r v a t i o n , p a r c e qu'il y a beaucoup de personne qui croient que cette graine vient c o m m e les cerises, et d ' a u t r e s c o m m e les f è v e s .

Cachiman.


3oo

C A N

c h a i r e n e s t filendreuse fade , et aqueuse.

,

CACONNITTE , s. f. fruit d'une plante r a m p a n t e , dont o u fait d e s b e r c e a u x ou t o n n e l l e s pour s'abritter. C e fruit r o n d , gros c o m m e u n e p o m m e moyenne, a l'envel o p p e d u r e , le g o û t d ' u n acide agréable.

Caconnitte.

CALALOU , s. m . m e t s , c o m p o s é d'une ou p l u s i e u r s e s p è c e s d ' h e r b e s ou p l a n t e s , qu'on accommode c o m m e d e s é p i n a r d s , m a i s plus l i q u i d e s , e t d a n s lequel o n m ê l e souvent des b a n a n e s , d e s crabes , harengs , etc.

Calalou.

CALINDA, S. m . bal q u e donnent les N è g r e s sur les h a b i t a t i o n s , ou l'on d a n s e au son du b a m b o u l a , et du banza.

Calinda.

CANARI, v a s e d e t e r r e c u i t e d a n s lequel on reçoit l e sirop q u i d é c o u l e d e s formes.

Canari.

CANNE , s. f. r o s e a u qui à des nœuds. O n appelle cann e à sucre , à S a i n t - D o m i n g u e , une plante semblable a u r o s e a u , d e laquelle o n e x p r i m e le s u c en la taisant passer entre des cylindres le b o i s , c o u v e r t d'une forte

Canne.


301

C A R l a m e d e f e r , m u e p a r la f o r c e des

eaux

ou

d'anraaux.

C ' e s t ce s u c purifié par l e m o y e n de l'alkali, et r é d u i t p a r l e feu d a n s d e g r a n des chaudières,

q u i fait l e

sucre. L a canne à sucre se plante de boutures , c'est-à-dire , q u ' o n en c o u p e

des m o r -

c e a u x c o m p o r t a n t d e trois à c i n q n œ u d s ou yeux,

qu'on

enfouit d a n s la t e r r e , d i s p o sée

par trous

de quinze

à

dix-huit pouces de large , et q u a t r e à six d e p r o f o n d e u r , o b s e r v a n t q u e la b o u t u r e n e soit p a s tout à

fait

aplat,

m a i s un peu inclinée;de cette bouture pousse une touffe, plus ou moins q u i , assez

multipliée,

ordinairement ,

est bonne à couper

au bout

d'un an. CAPITAINE,

s. m .

a r b r i s s e a u , feuille

petit

Capitaine,

sembla-

b l e à c e l l e du l a u r i e r , a y a n t au revers des piquans

cou-

c h é s , on s'amuse souvent à f a i r e froter l e s n o u v e a u x a r r i v é s , p o u r leur c a u s e r d e s demangaisons. C A R R A P A T T E S , s. f. petit insecte,

q u i s ' a t t a c h e à la

p e a u comme, le rouget.

Carrapattes.


3o2

C E C

CASSAVE , s. f. g â t e a u fait a v e c la farine d e m a n i o c qu'on fait s é c h e r sur d e s p l a t i n e s de f e r , d'environ dix-huit p o u c e s d e d i a m è t r e , sur un feu a r d e n t , e t a u s s i m i n c e qu'il e s t p o s s i ble.

Cassave

CAYEMITES, s. f. fruit v e r t d u c a y e m i t t i e r , d e la g r o s s e u r d'une p o m m e . T r è s bon goût, mats désagréable à m a n g e r par la ténacité d e s o n suc blanc , et g l u a n t a u p a l a i s , et sur les l è v r e s .

Cayemites,

CAYEU , s. m . e s p è c e d e petite sardine qu'on m a n g e de m ê m e .

Cayeux,

CALLEBASSE , fruit du c a l lebassier , a r b r e q u i r e s s e m b l e au p o m m i e r , b e a u c o u p p l u s gros q u e la p o m m e , e n v e l o p p e d u r e , intérieur c h a r n e u x , et a q u e u x , a v e c quoi l'on fait le s i r o p d e c a l lebasse.

Callebasse.

C a l l e b a s s e , se dit a u s s i des courges avec quoi on a p p r e n d à n a g e r , c'est a v e c c e s c a l l e b a s s e s q u ' o n fait les b a n z a s , on s'en s e r t m ê m e quelquefois de t a m b o u r . CECI , p r o n . d é m o n s t . qui se d i t , — pour cette

chose

Ça, ( o n dit c h o i ) c h o i c i la l à , — qui ça ça à vlé d i r e ,


c i , — q u e v e u t dire c e c i , —

— qui ç à ç à , — ç a q u i , e n à -

qu'est-ce que

m o u é , ça b e l , — ça c'est la

ceci,—ceci

soye.

e s t a m o i , — ceci est b e a u , — c e c i e s t d e la soie.

Ça —

CELA , p r o n . d é m o n s , c e l a

y

ça m a u v a i s , — qui

est mauvais, — que dites-

ç a v o u s dir ç a , — b a y m o u é

vous de c e l a , —

ça.

donnez-

moi cela. Là,

C E , CET , C E T T E , e t a u pluriel,

ces,

monstratif,

pronom

dé­

là,

adjectifs , q u i

i n d i q u e les p e r s o n n e s o u les

gueté

(

miré)

c h o u a l l à , — a l l e r voi f e m m e — m o voir

z'animaux

l'ayo.

c h o s e s , — v o y e z ce cheval , — allez voir c e t t e

femme,

— j ' a i vu c e s a n i m a u x . CE. Q u a n t il e s t s u b s t a n ­ t i f , et signifie la c h o s e d o n t

Ça,—ça

mo

dir v o u s

l'y v r a y , — ça vous pense

on p a r l e , — c e que je vous

— q u i , ça m o voir là , — ç a

dis e s t v r a i , — c e q u e v o u s

s e m b l é m o u é , — ç a ly dire

p e n s e z , — q u ' e s t - c e q u e je

moué.

v o i s - l à , — ce m e semble , — c e qu'il m ' a dit. démons­

Ça , — ç a b o n , — ça f a i t ,

t r a t i f , cela est b o n , — c e l a

CELA. P r o n o m

— ça allé t r a v e r s , — ç a p a s

e s t f a i t , — cela v a d e t r a ­

p o s s i b l e , — ba m o u é ç a .

v e r s , — cela n ' e s t p a s p o s ­ sible , — d o n n e z - m o i CELUI,

m.,

cela.

CELLE ,

f.

Cilà , —

c'est

cilà v o u s

p r o n o m d é m o n s t r a t i f , il fait

v o i r , — c i l à y o - q u i té v i v r e ,

au pluriel c e u x , c e l l e s , —

— l y c o m p e n s é cilà q u i . . .

c ' e s t celui q u e v o u s v o y e z , — c e u x q u i ont v é c u , — il a r é c o m p e n s é celui q u i . . . ,


CHI

H

— il a p a y é

c e l l e à qui il

I — ly p a y é cilà-ly té doit

devoit. CELUI-CI,

CELLE-CI:

Cilà-lâ.

C E L U I - L A , CELLE L A . CEUX-CY , ceux-cy

Cilà-là.

CELLES L A ,

prétendent

que ,

Cilà - yo , cjlà - y o

pré-

tende , — cilà-yo vlé.

— celles-là veulent. CHARRETTE , s. f. v o i t u r e

Cabrouet.

à deux roues. CHARRETIER , c o n d u c t e u r

Cabroutier.

de charrette. Chimise

CHEMISE.

Choual

C H E V A L , S. m .

,

se

prononce

bref. C H E V E U X , S. m . poil d e l a t ê t e , il n e s e

dit

Chiveux.

qu'en

parlant de l'homme. CHEVILLE.

Chiville.

CHÈVRE , s. f. la f e m e l l e

Cabrit,

du

bouc, —

troupeau

de

troupeau c a b r i t ,

•— poil à cabrit.

c h è v r e , — poil d e c h è v r e . CHIQUE , s. f. e s p è c e d e

Chique.

c i r o n i m p e r c e p t i b l e , qui e n t r e d a n s la c h a i r , e t f o r m e une p o c h e qui s'agrandit à m e s u r e q u e l e s œ u f s s'y m u l tiplient , e t

vient

souvent

grosse c o m m e une n o i s e t t e , les

Nègres

paresseux en

o n t s o u v e n t les p i e d s si m a l t r a i t é s , qu'on est obligé de couper


c ON

3o5

couper superficiellement le t o u r du pied a v e c

des r a -

soirs , et d'y a p p l i q u e r du goudron mêlé avec du suif p o u r les d é t r u i r e . CIRIGOUELLE, s. f. fruit du cirigouellier, espèce de prune à gros noyau adhérent à la c h a i r , se m a n g e . CŒUR , s. m . p a r t i e n o b l e d e l ' a n i m a l , o ù l'on c r o i t q u e r é s i d e le p r i n c i p e d e la v i e , — il n'a p a s d e c œ u r , — le c œ u r lui b a t , — il a le c œ u r m o r t , — il a le c œ u r s a i s i , — il a q u e l q u e c h o s e sur le c œ u r , — il a un bon c œ u r , — d a n s le c œ u r d e l ' é t é , — c e t t e poire est gâtée jusqu'au cœur. COMBATTRE.

Cirigouélle.

Quieur o u quior, — ly p a s g a g n é q u i e u r , — q u i o r à ly b a t t r e , — quieur a ly m o u r i , — quieur à ly s a i s i , — l y gagné quichon là son q u i e u r , — ly g a g n é b o n q u i o r , — d a n s quieur l'été , — poire là gâté joue dans quieur.

Gourmé,

il ne s e dit q u e

que quand deux h o m m e s s e b a t t e n t à c o u p de p o i n g , o n au b â t o n . COMBIEN , a d v . d e q u a n tité , — c o m b i e n v a u t c e l a ? — en c o m b i e n d e t e m p s ? — c o m b i e n il y e n a-t-il ? CONCUBINE , s. f.

celle

Comben,

— comben ça

v a u ? — en c o m b e n t e m p s ? — comben y-a-na ?

Dombo

,

au

féminin

q u i , n'étant p a s m a r i é , v i t

c o m m e a u m a s c u l i n , c'est

a v e c un h o m m e , — c ' e s t

d o m b o à lys.

sa concubine. CONGRE ,

Tome

II

s. m., poisson

Congre.

V


C R

3o6 qui

A

a les m ê m e s i n c o n v é -

n i e n s q u e la b é c u n e ( voyez BÉCUNE ) .

COKOSOL , s. m . fruit à p e u p r è s s e m b l a b l e au c a chinan , ou c œ u r à b œ u f , mais meilleur , et t r è s - r a fraîchissant.

Corosol.

COUCHCOUCH, s. m . m e t s fait a v e c d e la farine d e m a i s , ou blé d ' I n d e , q u ' o n a fait t r e m p e r et p i l e r , e t q u ' o n cuit ensuite an b a i n m a r i e , les N é g r e s s e s s é n é galaises , sont c e l l e s qui e u font de meilleur.

Couchcoueh.

C O U C O U Y E , s. f. i n s e c t e d e la g r o s s e u r d'une c a n t h n r i d e , v o l t i g e a n t la n u i t , e t j e t a n t p a r s e s y e u x une l u mière qu'on prendrait pour du p h o s p h o r e .

Coucouye.

C o u r , s. m . m o i t i é d e call e b a s s e ou c o c o , s e r v a n t d e g o b l e t et m ê m e d'assiette aux n è g r e s .

Couï.

C R A B E , S. m . p o i s s o n d e m e r et d e r a v i n e , c o u v e r t d ' u n e s e u l e écaille d u r e , d u genre des t e s t a c é e s , qui r e s semble à une grosse araignée , se m a n g e dans le c a l a l o u , e t le g o m b o .

Crabe.


C U I 307

Crabe.

On appelle aussi c r a b e , une espèce

d e chair r o n -

g e u s e , qui c r o î t a u x p i e d s , et m ê m e aux mains ,

fait

des progrès rapides par ses filamens

; c'est avec b e a u -

coup de peine qu'on

par-

v i e n t à l'extirper ; on e s t souv e n t o b l i g é d ' e m p l o y e r les p l u s v i o l e u s c o r r o s i f s , il e s t r a r e q u e les b l a n c s en a i e n t . CROIRE, v. a. — je c r o i s ,

Cre're,

— mo

crére, —

— tu c r o i s , — il c r o i t , —

to crére , — Jy c r é r e ,

n o u s c r o y o n s , — j ' a i d e la

n o u s c r é r e , — m o g a g n é la

peine à croire c e l a , — que

peine crére ça , — que nous

n o u s c r o y i o n s , — il s ' i m a -

c r é r e , — ly m a g i n é y o c r é r e

gine

ly, — vous crére n ' h o m m e -

c r o y e z - v o u s cet h o m m e ?

l à , — v o u s v a c r é r e ca v o u s

— v o u s e n c r o i r e z c e qu'il

v l é , — ly p a s c r é r e à b o n -

v o u s p l a i r a , — il n e c r o i t p a s

Dieu,

qu'on

le

croit ,

en Dieu. CUEILLIR , v. a.

je

Couji

ou couillè

mo

cueille, — je cueillois, —il

couyi, — moté après c o u y é ,

c u e i l l o i t , — il faut cueillir

— li té a p r è s c o u y é , — f a u t

du café ,

couyé

nous

avons

cueilli du c a f é . C U I L L E R , S. f.

café,—nous

couyé

café. ustensile

de table.

Couiller. I l n'a d ' a u t r e d i f f é r e n c e p o u r la p r o n o n c i a t i o n , avec, couillé , q u ' e n p r o n o n ç a n t IV

CUIR, S. m . p e a u d ' a n i m a l .

Couir.

CUIRE , c u i t , p r é p a r a t i o n

Couir,

d e s a l i m e n s p a r le feu , —

couit. I l n'y a q u e

les c i r c o n s t a n c e s , o u le fil V

2


3o8

C U L

cela est C u i t , il faut le faire

du d i s c o u r s , qui e n fasse!

c u i r e , — le souper est au

connoître

feu,

car c u i r ( peau ) ou cuire s e

il c u i t .

la signification ;

dit d e m ê m e en créole , — ça c o u i t ,

— faut faire l y

c o u i r , — s o u p e la d a n d y feu l'après couit. Couivre.

CUIVRE.

Quiou ou tiou , car on C U L , s. m . d e r r i è r e , — il étoit assis sur s o n c u l , — p r o n o n c e t r è s - p e u le Q , — il t o m b a sur s o n c u l , — il ly t é sita la s o n tiou , — l y a le cul sur la s e l l e , — c u l t é t o m b é la s o u quiou a l y , p a r d e s s u s t ê t e , — on lui a — quiou a ly la s o u selle , d o n n é d u pied a u c u l , — a u — quiou la son t ê t e , — y o lieu d ' a v a n c e r il a m o n t r é b a l y p i e d d a n s quiou , — s o n c u l , — m e t t e z cela au en guise ly v a n c é ly m o n t r é c u l d e la c h a r r e t t e . quiou a l y , — m é t é ç a d a n s quiou c a b r o u e t .

D E B DE,préposition servant à m a r q u e r plusieurs r a p p o r t s différens , — u n e t a b a t i è r e d'or,—une table de r n a r b r e , — u n m o r c e a u de p a i n , — u n v e r r e de v i n , — j e suis c h a r m é de le savoir m i o u x , — il a le m o y e n de donner.

D E B O U T , a d v . sur p i e d , — son enfant s e tient d é j à

Il est b e a u c o u p d e p h r a s e s o ù l'on s u p p r i m e de, m a i s il n'y a p a s d e r è g l e . N i o n tabatière l ' o r , — nion table m a r b r e , — n i o n m o r c e a u pain , — nion v e r r e v i n , ou di vin , — m o c o n tent savoir ly m i e u x , — l y gagné moyen b a y . Debout ; m a i s on dit quelquefois c a m p é , c o m m e


D E S

309

d e b o u t , — il e s t d e b o u t

dans l e s c i r c o n s t a n c e s s u i -

s u coin d e la r u e , — il s e

vantes : petit a ly c a m p é

p o r t e m i e u x , il e s t d e b o u t .

déjà , — l y c a m p é

dans

coin la r i e , — l y fair m i o r , ou mieux, l y c a m p é . DEDANS, a d v . d e l i e u , — il e s t là d e d a n s , — e n t r e z là d e d a n s , — il p a s s o i t p a r dedans, — le mal est au dedans.

Dans ou làdans, — l y l à dans, — entré l à d a n s , — l y té p a s s é e n l à d a n s , — m a l la l y l à d a n s .

Mandé, — m o m a n d é l ' a DEMANDER , v . a . , prier quelqu'un d'accorder quel- mitié à v o u s , — ly m a n d é q u e c h o s e , — j e v o u s d e - ly la v i e , — m o m a n d é voit m a n d e v o t r e a m i t i é , — il en g r a c e , — l y m a n d é c o m lui a d e m a n d é l a v i e , — j e m u n i c a t i o n à p i e c e l à y o , v o u s d e m a n d e en g r â c e , — — l y p a s m a n d é m i o r , — m . il d e m a n d e c o m m u n i c a t i o n nion tel l y vini m a n d é v o u s . d e s p i è c e s , — i l ne d e m a n d e pas m i e u x , — monsieur un t e l e s t v e n u vous d e m a n d e r . r

DEMEURER , v. n . , faire s a d e m e u r e , — il d e m e u r e d a n s telle r u e , — o ù d e m e u r e z - v o u s , — où va-t-il demeurer.

Bougé ou resté, — l y b o u gé dan t e l r i e , — o ù éti v o u b o u g é , — où éti v o u r e s t é , — où eti l y v a r e s t é , o u é t i ly va bougé.

Desles se suppriment D E S , particule q u i t i e n t lieu d e la p r é p o s i t i o n de, d a n s b e a u c o u p d ' o c c a s i o n s , e t d e l'article p l u r i e l les , — l y sorti p r i s o n , — l y e n — il e s t sorti d e l à , — d e s à s a v a n s q u i s o u t i n i , — l y p r i s o n s , — il y a d e s s a v a n s g a g n é fruits e x c e l l e n s , — q u i s o u t i e n n e n t , — il a d e s ywo voir z ' a r b r e s . fruits e x c e l l e n s , — o n y voit des arbres.

V 3


B I E

31o

DÈS , d e p u i s , p r é p o s i t i o n de temps et de lieu, — dès, d e p u i s l'enfance , — il e s t

Dampy , — d a m p y l y p e t i t , — ly p a r t i d a m p y à hier.

p a r t i d e p u i s hier. — avec soleil vous qu'il

Q u a n d des se construit que c o m m e d è s q u e le fût l e v é , — d è s q u e le s o u h a i t e z , dès a u r a fini.

DÉSERTEUR , s. m . soldat qui a b a n d o n n e le s e r v i c e sans congé. DESSOUS, a d v . d e lieu qui s e r t à m a r q u e r la" situation d'une chose , — voyez dess o u s la t a b l e , — on l'a pris p a r d e s s o u s le b r a s .

Drét ou d'abord, — d r é t soleil té l e v é , — drét ( ou d'abord) vou v l é , — drét ly fini.

Marron.

I l n e s e dit

que

des N è g r e s f u y a r d s .

Là sous, — g u é t é là s o n s t a b l e , — y o p r e n d ly là s o u b r a s . O n n e l e dit p a s g é n é ralement.

est

Là sus, — l y là su t a b l e ,

d e s s u s la t a b l e , — il s'est m i s au d e s s u s d e tous.

— li m é t é l y là su t o u s . O n

DESSUS , a d v . ,

il

D E V A N T , prép. locale de quelque c h o s e , — m e t t e z cela d e v a n t le feu , — il l'a dit d e v a n t d e s t é m o i n s , — il m a r c h e d e v a n t l u i , — il est d e v a n t D i e u , — e n v o y o n s au d e v a n t d'eux. D E V I N E R , v. a . , p r é d i r e . D E U X , adj. de n o m b r e s , — il y a d e u x a n s , — j e les

n e l e dit p a s g é n é r a l e m e n t . Douvant,— m e t é ça d o u v a n t d y f e u , — l y d i r e l'y d o u vant t é m o i n s , — l y m a r c h é d o u v a n t l y , — ly d o u v a n t b o n D i e u (ou d o u v a n t D i e u , ) .— allon nou v o y é ( ou e n voyé ) douvant y o . Diviner. Dé dés,—ly

en a d é s a n s ,

— m o voir y o tou d é .

ai v u s t o u s d e u x . D I E U , S. m . , — D i e u v o u s

Dieu , BON Dieu,

— bon


D

311

U

contente, — Dieu vous bé­

D i e u contenté vou , — b o n

n i r a , — j e le v e r r a i s'il plait

D i e u a béni v o u , — m i r v o r a

à D i e u , — s e s r i c h e s s e s font

ly si bon D i e u v i e , — r i c h e s ­

son D i e u .

se a l y fair b o n D i e u a l y .

DONNER , v. a . , — il m ' a d o n n é un é c u , — j e lui ai donné une p o m m e , • — don­ n e z - l u i s a b a g u e , — cela n'est p a s v e n d u , c'est d o n n é , — combien voulez-vous que j e v o u s d o n n e , — il a d o n n é m a i n l e v é e , — il lui a d o n n é la c h a s s e , — j ' a i d o n n é r e n d e z - v o u s ; — le soleil d o n n e à plomb.

Baiye,

Ba o u Baille,

ly b a y e m o u é nion z'écu , — m o b a ly nion p o m m e , — b a ly b a g u e à l y , — ç a p a s v e n d ! c'est b a y e , — c o m b e n v o u v l é mo b a y e v o u , — l y baye main l e v é e , — l y b a y e ly la c h a s s e , — mo baye rendévou , — so­ leil b a y e d ' a p l o m b o u à plomb.

DORMIR, V. n. DOUCEMENT.

Droumi. Doucement

et

doussou-

ment. DROIT, OITE, a d j . , qui n ' e s t p o i n t c o u r b é , — il e s t d r o i t , — il e s t e s t r o p i é d e la main droite, — mettez-le sur le c o t é d r o i t , — c e c h e ­ min vous y conduit tout droit.

Drét, drouet e t q u e l q u e ­ fois droit, — l y d r é t , — l y e s t r o p i é la m a i n d r o u e t ( o u dam main d r é t ) , meté ly là sur c o t é d r o u e t , — c b i m i n là m e n é v o u t o u d r é t .

D u , particule qui tient Du, s e s u p p r i m e d a n s l a lieu d e la préposition de e t p l u p a r t d e s p h r a s e s , e t e s t d e l'article le, — il e s t à la r e m p l a c é p a r dans ; il f a u t sortie d u b o i s , — il e s t cuit u n e g r a n d e h a b i t u d e p o u r à l'ardeur d u s o l e i l , — il en saisir l'application ; — l y v i e n t d u m a r c h é , — il s o r t d a n s sorti a b o i s , — l y c o u i t du lit. d a n s s o l e i l , — ly sorti d a n s m a r c h é , — l y sorti d a n s c a ­ b a n e ou ly vini. V

4


312

D

U

R

D u , s. m . , c e qui est d û , je v o u s d e m a n d e m o n d û , — je lui ai p a y é son dû , — il m ' a d û b e a u c o u p p l u s .

Doit, doir, — m o n m a n d é v o u ç a v o u doi m o u é , — m o p a y é l y ç a m o t é doir l y ; — l y t é doit m o u é e n pile p a s s é ç a .

D U R , RE , a d j . , f e r m e ,

Dir, a u m a s c u l i n c o m m e a u féminin ; — l y dir t a n t c o m marbre, — viande l a d i r , — z'oreille a l y d i r , — li g a g n é z'oreille dir, — s o l d a t l a y o m e n é nion v i e q u i dir.

s o l i d e , — il e s t d u r c o m m e un m a r b r e , — cette viande e s t d u r e , — il a l'oreille d u r e , — les s o l d a t s m è n e n t une vie dure.

DURER , v . n . , c o n t i n u e r d ' ê t r e , — il y a un a n q u e s a fièvre d u r e , — c e s s o u -

Douré, — l y en nion a n fièvre à ly d o u r é , — soulier layo p a s douré arien.

l i e r s n e d u r e n t rien.

É

E A U , S. m . E l é m e n t froid e t liquide , — d o n n e z - m o i u n v e r r e d'eau , — il e s t clair c o m m e d e l ' e a u , — il faut d e l'eau c h a u d e , — il n e b o i t q u e d e l'eau , — il v a t o m b e r de l'eau.

CA Diau , — b a y m o u é nion m o n v e r r e d i a u , — l y clair t a n t c o m diau , — fau diau chaude , — ly boire necque diau , — li v a t o m b é diau , ou diau v a t o m b é .

ÉBORGNER,

Borgner,

ÉCAILLER ,

Cailler

ÉCALE,

Cale ,

ÉCALER,

Caler,

,


E

NF

313

ÉcARLATE ,

Carlate

EcARTELFR ,

Carteler

ECARTER ,

Carter.

ECCLÉSIASTIQUE ,

Clésiastique

ÉcERVELÉ,

Cervelé,

ECHAFAUD, ÉCHAFAUDAGE,

ELLE , pronom personnel

Chafaud

,

,

Chafaudage , il e s t p e u d e m o t s où l'a n e soit s u p p r i m é q u a n d il e s t suivi d ' u n c , on le p r o n o n c e s e u l e m e n t dans ceux qui changeraient la dénomination c o m m e à écu , école, écueil, é d i t , effort, é l o g e , e m p l o i , e m plâtre , etc. Ly,

au masculin c o m m e

féminin.

a u féminin.

E L L E S , elle v o u d r a i t , — elles n'iront p a s .

p a s v l é alé.

Yo , l y t é v d r é , — y o

ENDROIT ,

Endrét,

ENDURER,

Dourer,

ENFANT , s. m . fils ou fille, par relation au p è r e e t à la m è r e , — il a d e s e n f a n s ,

,

Petit, p e t i t m o n d e , o u p l u t ô t , p i t i t , pitit m o n d e , — l y g a g n é p e t i t , — l y en a — il y a d e s e n f a n s , — on a p e t i t m o n d e , — y o t r o u v é t r o u v é un e n f a n t . , — on le nion pitit , ou nion pitit t r a i t e en e n f a n t , — c e n'est m o n d e , — y o t r a i t é ly tan p a s un jeu d ' e n f a n t , — n o u s corn ou en pitit m o n d e , — s o m m e s enfans d e D i e u , ca p a s nion jeu à pitit m o n d e , — n o u s pitit à bon D i e u ; — c'est un enfant g â t é . o n dit c e p e n d a n t , c'est n i o n z'enfant g â t é .


314

É

P

É

ENFANTILLAGE ,

Famillage

ENTENDRE , v. a. ouïr ,

'Tende,

, m o t é t r o p loin

— j ' é t o i s t r o p l o i n p o u r l'en-

pour tende ly, — ly pas ten-

t e n d r e , — il n ' a p a s e n t e n -

dé , — ly pas vlé tende , —

d u , — il ne v e u t p a s e n t e n -

n o u s s a v é ou n o u s c a p a b l e

d r e , — n o u s p o u r r o n s nous

t e n d e , — n o u s v a r é t é pour

e n t e n d r e , — n o u s allons r e s -

tende l y , — to tende ;

ter pour l'entendre, — e n -

Q u a n d il e s t a d j e c t i f o u

t e n d s - t u , — c ' e s t un h o m m e

a d v e r b e , ils s e p r o n o n c e e n -

bien entendu.

t e n d í , — c ' e s t nion n ' h o m m e ben etendi.

ENVOYER , v . a. fut. d e l'ind. j ' e n v e r r a i , — e n v o y e r

Voyé,

— v o y é nion m o n -

d e la c a m p a g n e , — l y v o y é

lin h o m m e à la c a m p a g n e ,

zétrenne ba m o u é , — m a

— il m ' a e n v o y é d e s é t r e n -

v o y é l y c o u c h é , — m o voyé-

n e s , — j e l'enverrai coucher,

l y nion c h i m i s e .

— j e lui e n v o i e u n e c h e m i se. É P A i s , AISSE. , a d j . - , n'est pas b i e n ,

ceci

c'est t r o p

Poués

, on a p p u y é sur l's

— ça p a s b e n , ç a t r o p p o u é s ,

épais,—ce brouillard est bien

— brouillard là ben poués ,

é p a i s , — il a l'esprit é p a i s ,

— ly gagné l'esprit poués ,

— c e sirop n'est p a s a s s e z

— sirop là p a s assez poués ,

é p a i s , — c e sirop e s t t r o p

— sirop là trop poués.

épais.

ÉPARGNE . s. f.

Pargné.

EPARGNER , v. a. — il n'y

Pargné,

a g u è r e de- p r o v i s i o n s ,

il

— n'y a poin g u è -

re provision , faut pargné ,

f a u t é p a r g n e r , — .on n ' é p a r -

— y o p a s p a r g n é à rien p o u r

g n e r i e n p o u r le satisfaire.

satisfair ly.

ÉPÉE, S. f. a r m e o f f e n s i v e ,

Népé

, — ly porté

nion

-—il p o r t e u n e l o n g u e é p é e ,

l o n g n é p é , — l y va p r e n d

— il v a p r e n d r e son é p é e ,

népé à l y , — ly m a n d é népé


Ë — il d e m a n d e —

son é p é e ,

il a m i s l ' é p é e

à

la

315

P I

a ly , — l y tiré n é p é , o u l y m e t é n é p é la m a i n ,

main. ÉPERON , s . m . — i l m e t s e s é p e r o n s , — il a d e s éperons d'argent. É P I , s. m . ÉPIAN , ( v u l g a i r e m e n t pian ) s. m . m a l a d i e , e s p è c e d e lèpre c o m m u n e p a r m i l e s N è g r e s , e l l e tient du g r a n d m a l v é n é r i e n , se m a n i f e s t e p a r d e gros b o u t o n s g a l e u x sur tout le c o r p s , qui t o u r n e n t en s u p u r a t i o n . O n p a s s e aux grands remèdes les ind i v i d u s , qui en sont a t t e i n t s .

Népron

, — ly meté né-

pron ou z é p r o n a l y , l y g a g n é z é p r o n ou n é p r o n l ' a r g e n t . Zépi,

ou népi

Plan.

ÉPICERIE, S. f. n o m c o l l e c t i f , qui c o m p r e n d toutes sortes d'épices,—-il f a i l l e c o m m e r c e d ' é p i c e r i e , — il

Népicerie , o u z é p i c e r i e , — ly fair c o m m e r c e à z é p i cerie o u n é p i c e r i e , — l y t r o p n é p i c é r a g o û t là , — l'alé

a trop é p i c é c e r a g o û t , — i l a été chercher des épice-

c h e r c h é z'épiceries.

ries. ÉPICIER , IERE. É P I N E , s . f. a r b r i s s e a u à piquant. É P I N E , p i q u a n t — i l lui e s t e n t r é une é p i n e dans le p i e d , — on v i e n t d e lui a r r a c h e r une épine.

Népicier, Zépine,

Z'épicier

, ière.

ou népine.

N i o n z'épine entré dans pied à l y , — y o s o r t y , r a d i é ly nion z'épine ou n é p i n e .

Z'épinard.


316

E T R

ÉPINEUX , EUSE

Z' épineux.

EPLUCHER, V. a. n e t t o y e r .

Plucher.

EPOUVANTAIL.

Pouvantail.

ÉREINTER , v . a . fouler l e s

Reinté

, vou. v a reinté l y .

Suyer

, m'aie suyé , —

r e i n s , — vous l'éreinterez. ESSUYER , v . a. ôter l'eau e t c . — j e vais m ' e s s u y e r , —

aie suyé main à toué , —

v a t ' e s s u y e r les m a i n s , —

s u y é table-la , — ly

e s s u y e z c e t t e t a b l e , — il a

t o u t di feu à b a t t e r i e - l à .

essuyé tout

suyé

l e feu d e l a

batterie.

ÉTEIGNOIR.

Tégnoir.

ETENDRE , v . a . d é p l o y e r ,

Tendre,

— aie tendre lin­

— v a s é t e n d r e c e linge , —

g e là , — m o fair y o t e n d r e

j ' a i fait é t e n d r e le café , —

c a f é là , — t e n d r e h e u r e à

étendez

v o u là su p a i n à v o u .

votre

beurre sur

votre pain.

S'ÉTENDRE , v. récip. s a

Etendre,

v o i x à ly zé t e n ­

v o i x s'étend j u s q u ' à . . . , —

d r e j o u c q u a . . . . — n o u tiré

n o u s l ' a v o n s tiré t a n t qu'il

l y t a n t q u e l y lé c a p a b l e z é -

a p u s'étendre.

tendre. Ternel,

E T E R N E L , ELLE.

Eté, ETRE , v. subs.

on p e u t dire é t e r ­

nel. yé,

Ittéi

ça.

L a grande habitude peut s e u l e faciliter

l'application

de ce verbe , nous

allons

n é a n m o i n s en d o n n e r q u e l ­ ques exemples. J e s u i s , - — t u e s , il e s t ,

M o y é , — to y é ,

— ly


E T R — nous s o m m e s , —

vous

317

y é , — nou y é , — vou

yé,

— yo yé.

ê t e s , — ils s o n t . J ' é t o i s , — je f u s , — j ' a i

Moté yé , — moté yé moté yé.

été. C e l a e s t , — cela n ' e s t p a s .

Ç a y é , — ça p a y é .

T o u s c e u x qui o n t é t é , —

T o u ça qui t é y é , — q u o

q u i s o n t , ou q u i s e r o n t . Quand ce

yo y é , — ou qui va y é .

verbe sert à attribuer quelque chose

à

un

s u j e t , soit t o u c h a n t l ' e s p è c e ou les p r o p r i é t é s , soit t o u c h a n t les q u a l i t é s , le

l i e u , le t e m p s , e t c . — I l

s'ex-

p r i m e d e différentes m a n i è r e s , ou s e s u p p r i m e s u i v a n t les

circonstances ,

q u e l ' u s a g e seul

t i n g u e r , e t d o n t l'étude d e v i e n d r o i t

peut

faire

dis-

trop pénible.

E X E M P L E . C e t t e p r o p o s i t i o n e s t faus-

Proposition là f a u x , vrai,

s e , est vraie. Cet h o m m e est sage ;

N ' h o m m e là s a g e ;

C e t h o m m e est grand ;

N ' h o m m e là g r a n d ;

C e t h o m m e n'est p a s s a -

N ' h o m m e là p a s s a v a n t ;

vant; N o u s étions en été ;

N o u té en é t é ;

N o u s s o m m e s en é t é ;

N o u en é t é ;

S'il est b i e n , qu'il s y ' t i e n -

S i ly ben l y n a q u a t i n i l y ;

ne; I l est des h o m m e s

mé-

L y en a m o n d e méchand ;

dians ; L a p r é p o s i t i o n en s e s u b s -

I l en e s t d e m ê m e , c ' e s t

t i t u e de d i f f é r e n t e s m a n i è r e s

t o u t m ê m e , ou c ' e s t

e n , e n t o u t , ou d a n s e t c .

comme ;

Il en est d e s p e i n t r e s c o m -

C'est

tout

dan p e i n t r e t a n t

•me d e s p o è t e s , — io g a g n é

c o m m e dan p o è t e , — ils ont

i a l i b e r t é de f e i n d r e ;

l i b e r t é fair s e m b l a n t .


318

E U X

Q u a n d il signifie a p p a r t e n i r , il s e s u p p r i m e , il s e d é finit

ou e s t s u i v i p a r tien ou

qien,

E X E M P L E . C e t t e m a i s o n e s t à M . un

C a z e la qien à M . un tel ;

tel. Cet enfant est à m o i ;

P e t i t la qien a m o u e ;

C e valet est à vous.

V a l e t là q i e n a v o u s ;

Il e s t bien m a l a d e ;

L j ' ben m a l a d e ;

C e l a est bien à l u i ,

Ç a b e n q i e n à ly ;

Q u a n d il s e p r e n d du p o i n t d ' u n é t a t d e c h o s e s d'affaires,

ou

il se p r o n o n c e ,

I l e s t , — il é t o i t ; L ' a f f a i r e étoit en bon é t a t ;

L y té , — ly t é y é ; Z'afair la té , ou t é y é , e n bon t r a i n .

A la t r o i s i è m e p e r s o n n e d u singulier d u s u b j o n c t i f ,

il

t e dit c o m m e e n f r a n ç a i s : E h bien soit ; E T U I T , s. m . b o î t e a j u s -

E h b e n ça y é . Nétouis,

t é e à la figure d e q u e l q u e chose qu'on veut conserver, où l'on m e t d e s aiguilles ; E u x , p r o n o m pluriel p e r s o n n e l , v a t'en a v e c e u x , — j'étois a v e c eux ;

Yo , — alé a c q u é y o , m o té a c q u é

yo.


F U I F A I M , S. f. besoin d e m a n -

Goa.

Voyez

apétit.

ger. FAIRE , v . a. j e f a i s , — t u

Fair,

f a i , — m o fair , —

t o f a i r , — l y fair.

f a i s , — il fait. F I L S , S. m . F I L L E S. f. t e r m e s relatifs q u i s e d i s e n t des personnes des deux sexes

Pitit,

— pitit

l à l'aîné ,

il p e u t s e p r o n o n c e r c o m m e en français , d a n s b e a u c o u p

p a r r a p p o r t au p è r e e t à l a

d e c a s : — fille l à b o n p o u r

m è r e , — c'est l e fils a î n é ,

marier.

c e t t e fille

est bonne à

marier. FILLEUL , EULE.

Fillol,

ou fiol, a u m a s -

culin c o m m e a u f é m i n i n . FORGERON , s. m . , q u i travaille a u x f o r g e s .

Machoquét

FORNICATION, S. f-, le p é c h é d e l a chair e n t r e

ou

maclio-

quic. Coque.

deux

personnes non mariées. FROID , OIDE , a d j . , — p a y s froid, — le t e m p s e s t

Fret,

p a y s fret, t e m l à

fret, — diau l à fret.

froid, — c e t t e eau e s t f r o i d e . FROIDIR.

Frédir.

FUGITIF, IVE.

Marron.

FUIR , v . n . , — j e f u i s ,

Sauvé,—

tu fuis , — n o u s

fuyons ,

mo sauvé,—

to sauvé , — nous s a u v é , —

— on n e lui r e p r o c h e r a j a -

yo p a s lé jamais

m a i s d'avoir fui.

ly

F U I R , v . a. — j e fuis l e j e u , — je fuis les m a u v a i s e s compagnie*.

reproché

sauvé. Fuir, m o fuir m a u v a i c o m -

pagnie.


F U T

320 F U I T E , S. f.,

action d e

Sauvé,

fuir h o n t e u s e m e n t , — il est en

fuite. FUMÉE.

Finie,

FUMER.

Fimer.

FUSEAU , s . m . , i n s t r u -

Fiseau.

m e n t dont on s e sert pour filer, etc. Fisée.

FUSÉE. F U S I L , s. m . , a r m e à f e u .

Fisil.

FUTUR , URE , a d j . , q u i

Fitir.

est a venir.

G GENIPA., S. m . , a r b r e fort, commun

I

G Genipaye.

a u x A n t i l l e s ; il

p o r t e un fruit p l u s g r o s q u e Je p o i n g , a c i d e , peu a g r é a b l e , l e s N è g r e s et l e s e n f a n s en

m a n g e n t , il e s t a s t r i n -

g e a t , e t b o n c o n t r e la d y s senterie. GiGiRT,s. m . , p r o d u c t i o n d'un arbrisseau r e s s e m b l a n t au

chenevi,

portant

une

gousse renfermant des graines beaucoup plus

petites

q u e les l e n t i l l e s , d'un g o û t et d ' u n e o d e u r s u a v e , q u a n d elle e s t g r i l l é e c o m m e

ân

Gigiri.

lî s a u v é .


G LA

321

c a f é , on en m ' e s t d a n s p l u sieurs m e t s de friandises s u c r é e s , on p o u r r o i t en e x t r a i r e d e b o n n e h u i l e , les

Nè-

grès pulvérisent ses graines boucannées,

grillées e t

saupoudrent

leurs b a n a n e s

en

o u leur m o u s s a p o u r lui d o n ner meilleur goût. G I R A U M O N T , S . , espèce

Giràumonli

d e p e t i t e citrouille , m a i s beaucoup plus

sèche et de

m e i l l e u r goût. GLACIS , s. m . , - l i e u l'on les

fait s é c h e r glacis

sont

le

ou

Glacish

café ,

ordinaire-

m e n t c o n s t r u i t s en m a ç o n n e r i e a v e c un enduit d e c i m e n t ; on les s é p a r e le p l u s carrément possible, suivant la

n a t u r e du t e r r a i n , afin

d e p o u v o i r m e t t r e d a n s chaq u e c o m p a r t i m e n t , le café cueilli à d i v e r s e s é p o q u e s ; ils s o n t c o m m u n é m e n t

de

3 o à 5o p i e d s c a r r é s ; les n o u v e a u x p l a n t e u r s les p r a tiquent

s u r le

tuf,

qu'ils

c h e r c h e n t en ô t a n t la s u perficie d e la t e r r e c u l t e , e t les font b a t t r e a v e c d e s d e m o i s e l l e s . L e s glacis serv e n t j u s q u ' à c e q u e le r e v e n u d o n n e la faculté d ' e n c o n s t r u i r e en Tome

II.

maçonnerie.

X


322 G R E GODO , s . m . , linge d e

Godo.

propreté des femmes.

GOMBO , s. m . , arbris-

Gomboi

s e a u a y a n t d e s feuilles d e 6 pieds d e diamètre

décou-

pées en patte d'oie, produis a n t u n fruit o u g o u s s e d e la forme du poivre long , mais cannelé, formant d e s cellules, dans lesquelles sont d e s g r a i n e s d e la g r o s s e u r d u poivre

e n g r a i n , c e fruit

cueilli

vert

se

coupe en

t r a v e r s , t r è s - m i n c e , on le fait bouillir e t r é d u i r e e n u n e espèce qui

d e bouillie

répugne

filante,

souvent a u x

a r r i v a n s , mais à laquelle on s ' h a b i t u e f a c i l e m e n t ; il e s t très-rafraîchissant, et émollient, on s'en sert en c a taplasme. GOURDE, S. f., c a l l e b a s s e , courge sèche et vidée. GOYAVIER , s. m . , a r b r e

Callebasse. mot. ) Gouyavier.

m o y e n , très-dur, cet arbre p o r t e u n fruit d e la g r o s s e u r d ' u n e p o m m e , s a chair e s t p a r s e m é e de graines rouges, il n ' e s t p a s d é s a g r é a b l e , o n e n fait d e s c o m p o t e s e t c o n fitures

sèches.

GRENADILLE , s. f. p l a n t e rampante et touffue, s e r -

Grenadille.

(V o y e zce


G R I

323

v a n t à faire d e s b e r c e a u x o u t o n n e l l e s , pour d é f e n d r e d e l ' a r d e u r d u soleil, il p r o d u i t Un fruit d e la g r o s s e u r d ' u n gros concombre d'un

acide

fort

aqueux

,

agréable,

très-rafraîchissant. GRILLON,

s. m .

insecte

Ravet

: on p l a c e ici c e t t e

p l u s g r o s q u e la c i g a l e , a i -

espèce,

m a n t les lieux c h a u d s , f a i -

p r o c h e d u grillon ; il p o r t e

s a n t un b r u i t a i g u .

a v e c lui u n e o d e u r f o r t e e t

parce qu'elle

d é g o û t a n t e , qu'il

ap-

commu-

n i q u e à c e qu'il t o u c h e . On l'emploie efficacement p o u r les m a u x d'oreille.

H A T HABELIN fait

, s.

avec de

millet,

m.

mets

la f a r i n é

Hatelin.

de

ou p e t i t m i l , e t d u

s i r o p , qu'on pétrit j u s q u ' à consistance de p â t e ferme , o n le fait c u i r e en p e l o t o n , enveloppé

de

feuilles

de

b a n a n e s ou a u t r e s , q u i n ' o n t point d'odeur. HATIER , s. m .

chef

du

l i e u où on n ' é l è v e q u e d e s animaux

utiles ,

bœuf , mulets , etc.

Les

comme chevaux,

Espagnols ,

à

Hatier.


H

324

oU

S a i n t - D o m i n g u e , ont n é g l i g é la c u l t u r e , p o u r f o i mer des hâtes. HEURE , s . f. e s p a c e d e temps

q u i fait la

vingt-

Heur ,•— quel heur l y

yé,

— ly v a parti à cinq heur.

q u a t r i è m e partie du jour , — q u ' e l l e h e u r e est-il ? — il partira à cinq heures. HIER , a d v . d e t e m p s q u i m a r q u e le jour qui p r é c è d e

Aider, — l y t é p a s s é a h i e r , — n i o voir l y ahier.

c e l u i o ù l'on e s t , — Il a passé

hier , — j e

l'ai v u

hier. HOMME , s . m . U n h o m -

N ' h o m m e , z h o m m e , nion

m e , — j'ai vu cet h o m m e ,

n ' h o m m e , nion

— j'ai vu ces hommes , —

— m o voir n ' h o m m e l à , —

zhomme,

c ' e s t u n v i e u x h o m m e , •—

m o voir z h o m m e la y o , —

ils o n t t u é c e t h o m m e .

c é nion v i e u x n ' h o m m e o u z h o m m e , — y o tuié n ' h o m m e la.

H O U C H E T , S. m . i n s t r u m e n t en forme de b ê c h e , mais

plus

étroit ,

dont

o n s e s e r t p o u r fouiller d e s trous à pouvoir introduire des pieux pour former un entourage, poteaux.

ou placer des

Louchet.


I M I C A Q U E , s. m . fruit s e m blable à

la p r u n e j a u n e

B Ieaque.

,

n o y a u t e n d r e et g r o s , v i e n t s u r le b o r d d e la m e r ,

d'un

doux acre. IGNAME ,

s.

m.

Igname.

planta

r a m p a n t e , d o n t les r a c i n e s , semblables aux p o m m e s d e t e r r e , m a i s infiniment grosses,

font

une

plus excel-

lente nourriture. Il en de deux espèces,

est

l'igname

p r o p r e m e n t dite ,

et

l'i-

g n a m e de Guinée. Celle-ci d'une

forme

drique ,

plus

plus

cylin-

compacte

,

a y a n t le g o û t un p e u a m e r , mais point désagréable. I L L U M I N E R , V. a . é c l a i rer. IMAGINER , v . a. f o r m e r quelque

chose

dans

son

idée,—

qu'imaginez-vous

l à - d e s s u s , — ne vous i m a g i n e z p a s q u e . . . , — il s'imagine

qu'il

c'est bien

viendra,

Maginer, maginé

— q u i ç a voit

là s u s ç a , —

pas maginé vou

n'a

q u e . . . •—

l y m a g i n é q u e ly v a v i n i , — ¡ ca ben

maginé.

imaginé.

IMBÉCILE , a d j . d e

tout

g e n r e , foible d ' e s p r i t ,

Bécile

,

zinfirmités

rende ly bécile. X

3


J U H

326 les

infirmités

l'ont

rendu

imbécile. INNOCENCE , s . f. é t a t d e

Nocence,

nocent, ly no-:

cent.

celui q u i e s t i n n o c e n t , e t exempt de crime. J E , de tout genre , p r o nom

d e la p r e m i è r e

per-

Mo fai,

, — mo di,

— mo

— m o é o r i r , ou m o

sonne au singulier, et dont

c r i , — q u i ç a m o v a fair ?

nous e s t le pluriel e t c , e t c .

— je d i s , — je f a i s , — j ' é -

être m o va a l l é , — i n u t i l e -

c r i s , — q u e f e r a i - j e ? — oii

ment m o té voudré o p p o s é .

où é t é m o y é ? — p e u t -

suis-je?—peut-être irois-je, —

inutilement voudrois-je

m'y

opposer.

J U P E , s. f.

habillement

Cote.

des femmes. J U P O N , S. m .

idem.

Cote.

JURÉE , v. a. affirmer p a r

Jourer.

serment.

L LAISSER , v . a.

A

quitter,

M Quité,

montre a moué à l'horloge,

ma

montre

ly , — m o

zéqui-

page

j ' a i laissé

a

— li q u i t é

— il a l a i s s é s o n é q u i p a g e ,

quité

c h e z l'horloger , — laissez

— quité m a n t e a u a vou ici,

ici

il

— ly quité tout l'abandon,

laisse tout à l'abandon, —

— vous quité ly pour deux

le

votre manteau , — laissez-vous pour

deux

g o u r d i n s ? — j e v o u s laisse

gourdins ? — m o laissé v o u s penser.

à penser. LAMA , s. f. p l a n t e

dont

Lama,


L E U ton m a n g e l e s f e u i l l e s , Calalou ,

comme

327

en

l e s épi—

narris. E l l e e s t a m è r e , m a i s très-rafraîchissante. L A T A N I E R , s. m . e s p è c e d e p a l m i e r ; feuilles

Latanier,

pliées

e n évantail. O n s e sert d e c e s feuilles p o u r c o u v r i r l e s m a i s o n s ; son c h o u s e m a n g e c o m m e celui d u p a l m i e r . L E , L A , LES ,

pronoms

a d j . et relatifs, dont le p r e -

Li,

a u masculin

comme

au f é m i n i n , — av la nion b o n

m i e r est pour le genre m a s -

l i v r e , lire l y , — v o u s g a g n é

culin , le second pour le f é -

gazette,

minin, et le troisième pour

p l u r i e l yo , — q u a n t v o u s

lire l y . . . • , e t a u

l e s d e u x g e n r e s a u pluriel ;

va gagné nouvelle, vous v a

— voilà un bon l i v r e , lisez-

c o m m u n i q u é moué y o .

l e , — vous avez la g a z e t t e , lisez-la, — quand vous a u rez des nouvelles,

vous m e

les communiquerez. LENDEMAIN , s. m . , j o u r s u i v a n t le j o u r d ' a p r è s , —

Lendémain

y

yo

parti lendemain.

ils p a r t i r e n t le l e n d e m a i n . L E Q U E L , LAQUELLE, p r o -

Qui

ci la ,

au masculin

n o m relatif, — lequel a i m e z -

c o m m e au féminin,

vous m i e u x , — laquelle vous

cila v o u h a i m é m i o u , — q u i

— qui

f a u t - i l , — c'est u n e condi-

cila v o u b i s o u i n , ou q u i f a u

t i o n s a n s l a q u e l l e il n e v e u t

vou , — c'est nion

pas.

tion san co ly pas vlé.

LEUR , p r o . adj. d e tout g e n r e ; au p l u r i e l , leurs , o r d i n a i r e m e n t r e l a t i f , - il n o u r r i s s o i t leur p è r e , —

Ayo , — l y t é n o u r r i p a p a a y o , — a v l a p a r t ayot, — chimise a y o s a l e , — tout m o n d e qui sage conservéX 4

condi-


328

L I E

voilà leur p a r t , — l e u r s c h e -

z a m i a y o , — ç a q u i fou , y o

mises sont s a l e s , — les gens

perdi y o .

sages conservent leurs a m i s , — l e s fous p e r d e n t l e s l e u r s . L I E R , v. a . , serrer a v e c une c o r d e ou a u t r e c h o s e ,

rer, — m a r r e r b r a s , — v o u s

— lier l e s b r a s , — v o u s liez

m a r r é ç à t r o p f o r t ; il n ' e s t

c e l a trop f o r t .

Amarrer se p r o n o n c e mar-

d ' u s a g e q u e q u a n d il s'agit d e lier , a t t a c h e r , e t c . , c a r o n n e diroit p a s , m ê l e r

deux

Ingrediens

pour

ensemble

a m a r r e r , ( lier l e s

sauces,

les l e t t r e s , e t c . ) L I E U , S. M . , l ' e s p a c e

s

Côté,

e n d r e t , nion

côté,

q u ' u n corps o c c u p e , — tout

nion e n d r e t , — t o u t q u i c h o s e

c o r p s o c c u p e u n l i e u , — il

t i e n b e n nion c ô t é ,

d e m e u r e e n c e lieu là , — il

b o u g é d a n l'endret c y , —

a c h a n g é d e lieu , — c e l i e u

l y b o u g é d a n l ' e n d r e t là , —

est s o m b r e , — q u a n d j e s e -

ly changé l'endret, — l'en-

rai s u r l e s l i e u x ,

ly

d r e t là s o m b r e , — q u a n d mo v a la s u l ' e n d r e t . Moyen

se

substitue ;

q u a n d o n v e u t d i r e s'il y a lieu , o n dit , — si lieu я moyen. En

guise s e s u b s t i t u e , ——

a u lieu d ' u n t e l , a u lieu d e J e a n , j'ai v u P i e r r e , e n g u i s o J e a n m o voir Pierre. P o u r tenir lieu d e q u e l q u e c h o s e , o n dit c o m p e n s é . C e t t e t e r r e lui t i e n d r a lieu d e t o u t e s les s o m m e s q u ' o n


LU

N

329

lui doit , — terre là va compensé ly , tou ç a y o dot

ly. Cabane, — ly dans c a L I T , s. m . , m e u b l e d o n t on s e sert pour s e coucher , b a n e y o , — y o fair c a b a n e — il est au l i t , -— o n lui a à l y , — l y m a l a d e d a n s c a fait s o n l i t , — i l e s t m a l a d e b a n e , — y o s a v é voir l y a u l i t , — p e u t - o n le v o i r c a b a n e a l y ? dans son l i t ? A u figuré , l i t , — il f a u d r a un lit d ' a r g i l e , — la r i v i è r e sort d e s o n lit. L u i , p r o n o m d e la t r o i s i è m e p e r s o n n e ; il e s t d u n o m b r e singulier q u a n d la préposition à est sous entendue , — vous pensez c o m m e l u i , — il n e travaille q u e p o u r lui,, — j e lui dirai. L U N D I , s. m . ,

Au

figuré,

l i t , — ly fau-

dra nion lit d'argile , — r i v i è r e sorti d e l i t à l y . Ly, — v o u s p e n s é t o u t c o m m e ly , — ly travail nécqué pou ly , — m a va dire l y .

second

Lindy.

jour d e la semaine. L U N E T T E S , S. f., v e r r e s a soulager la vue. ,

Linettes. — T o u s les m o t s qui commencent

par ces

trois l e t t r e s , lut, p e u v e n t s e p r o n o n c e r p a r lit.

M

A

M A , M O N , adj. prono- A moué,— n ' a m i a m o u é , m i n a i , — m o n a m i , — m a serviette a m o u é , — habis e r v i e t t e , — m o n h a b i t a - tation a m o u é . tion.


330

M

M A B O U Y A , S. m . ,

A H

espèce

d e petit lézard , plus gros q u e L'anolis. MACHENILIER ,

s.

Mabouya:

m.,

arbre produisant une graine q u i e s t un p o i s o n t r è s - s u b til ; l'air

Machenilier.

trop long-temps

respiré sous cet arbre

de-

v i e n t m a l - s a i n ; le s o m m e i l y seroit d a n g e r e u x . MAGICIEN ,

IENNE ,

s.

Macandal.

Ce nom vient

c e l u i ou c e l l e q u i fait p r o f e s -

d'un c h e f d e b a n d e n è g r e ,

s i o n , e t q u i p a s s e p a r m i le

qui le p o r t o i t ,

p e u p l e p o u r faire u s a g e d e

m o y e n d e la c o n n o i s s a n c e

la magie.

qu'il

M A G I E , s. f.,

etc.,

etc.

et q u i , a u

avoit des plantes v é -

n é n e u s e s , exeçcoit

des ra-

v a g e s inouis ; il a v o i t c o m muniqué ses connoissances , e t v o u l o i t les e m p l o y e r à la d e s t r u c t i o n d e s blancs,. D e puis cette é p o q u e , tout c e q u i p a r a î t s u r n a t u r e l , soit en p h y s i q u e , e s c a m o t a g e , etc. , est macandal. L ' e m poisonneur se n o m m e p r i n cipalement macandal. M A H Ô C A , S. m . ,

espèce

d e v e r c o m m e le t u r c , q u i s ' e n g e n d r e d a n s les a r b r e s , particulièrement

dans

le

v i e u x bois ; il a q u e l q u e f o i s 4 à 5 pouces de long; nègres de k mangent.

les

Martinique le

Mahoca.


M A L MAINTENANT ,

adv.

331

Ator ou astor, — a t o r mo

de

t e m p s , — à présent, à cette

fini,

heure,

ator m o p a gagné t e m p s .

fini,

— maintenant j'ai

'— m a i n t e n a n t

— astor m o va aie , —

j'irai,

— m a i n t e n a n t j e n'en ai p a s l e loisir. Caza ou Caye

M A I S O N , s. f. l o g i s , b â t i -

, — m o fat

y o fair d e u x c a z e à

nègre ,

— j ' a i fait faire d e u x m a i -

grande

s o n s p o u r les N è g r e s , — il

c a z e , — aie

y à une maison principale ,

aie là c a z e à m o u é .

ment

pour

y

demeurer,

l'y

en

a

nion

là c a z e , —

mo

— v a t'en à la m a i s o n , — j e m'en

vais chez m o i , à

la

maison. M A L A N G A , s.

f. c ' e s t c e

q u e les naturalistes l e n t arum,

Malanga

ou feuille

appel-

plante. Feuille

v e r t e , e t un p e u

violette,

faite en c o e u r , l o n g u e d e dix à quinze pouces. C e sont ces feuilles

avec lesquelles

on

fait le c a l a l o u ; q u ' o n n o m m e m a l a n g a , car la r a c i n e , qui est une espèce de p o m m e d e t e r r e , se n o m m e tayo ; e l l e n e v i e n t g u è r e , q u e suid e s t e r r a i n s frais ,

e t sur le

b o r d des r a v i n e s . M A L I N G R E , a d j . t. g. en f r a n ç a i s , il s e dit d ' u n e p e r sonne qui a peine à r e c o u vrer

ses

forces,

naire , etc.;

valétudi-

m a i s en c r é o l e

c'est t o u t e e s p è c e d e plaie.

Malingre,

playe.

Tayoi


M E I

332

Voyez.

MANCENILLIER.

Machenillier

MACHENILLIER. MANCHETTE,

s. f. D a n s

Manchette.

la C o l o n i e , on a p p e l l e m a n c h e t t e , un s a b r e à p o i g n é e d e bois s i m p l e , d o n t on

se

s e r t p o u r tailler les h a i e s . MANIOC,

S. m . A r b r i s -

Manioc.

s e a u , d o n t la r a c i n e s e r t à f a i r e la c a s s a v e . C e s r a c i n e s sont, g r o s s e s ,

on l e s r â p e

( g r a g e ) , on en exprime le suc , q u i e s t un p o i s o n , fait s é c h e r l e m a r c , e t c . Voyez

on

etc.,

CASSAVE.

M A R I N G O U I N , s. m . s o r t e

Maringonin.

d e m o u c h e r o n , qui ressemble au Cousin. I l e s t t r è s - i n commode aux Antilles, surt o u t d a n s les t e r r a i n s bas , m a r é c a g e u x , c o m m e au r i v a g e de la m e r , e t en t e m p s calme. ME,

s. d e t - g .

pronom

p e r s o n n e l , q u i signifie p r é «isément

la m ê m e

q u e je e t q u e moi,

ou

Mo,—

vou»

soupçonnez

Moue

moué

mal-à-

chose

p r o p o s , — v o u s fair ino m a l ,

—vous

— n'a p a p a r l é m o u é ç a e u -

m e soupçonnez m a l - à - p r o -

core,

p o s , — v o u s m e faites m a l , —

ne m'en parlez plus. M E I L L E U R - E U R E , a d j . le

c o m p a r a t i f d e b o n , qui e s t au-dessus d e bon.

Miyor,

an f é m i n i n c o m -

m e au masculin,


M Il M E L O N G È N E ou A U B E R G I N E , s. f. p l a n t e t r è s c o m m u n e a u x A n t i l l e s , il y e n a de plusieurs e s p è c e s . E l l e p o r t e u n fruit g r o s c o m m e une p o i r e , et m ê m e comme un concombre , j a u n e ou v i o l e t , s a c h a i r blanche , a un goût f a d e , et a c r e en m ê m e t e m p s , m a i s bien a s s a i s o n n é ou frit, il n'est p a s d é s a g r é a b l e .

333 Béringéne

MÈRE , s . f. f e m m e q u i a m i s u n e n f a n t au m o n d e ,

Maman,bon maman, — mauvais m a m a n ; — m a '—boline m è r e , — m a u v a i s e m a n là g a g n é troi pitil , — m è r e , — c e t t e m è r e â trois l y p r e n d parti à m a m a n là , e n f a n s , — il a pris le p a r t i — z ' a m b i t i o n c ' e s t m a m a n à d e la m è r e , — l'ambition t o u t d é s o r d r e , e s t la m è r e d e t o u s les d é sordres. MESURE , s . f. qui sert d e

Misure,

règle pour déterminer une quantité. M E T T R E , v. a. j e m e t s , Mété, — m o m é t é , — (o — tu m e t s , — j e v a i s m e t - m é t é , — m o v a m é t é d ' h a t r e m o n habit d e d r a p , — bit d r a p à m o u é , — q u e q u e l c h a p e a u allez - v o u s c h a p e a u v o u v a m é t é ? —• m e t t r e ? — j ' a i m i s d e l ' a r - m o m ê l é l'argent là s u s t a g e n t sur la t a b l e , — ¡1 faut b l e , — f a u ly m é t é n é z à ly q u ' i l m e t t e le n e z p a r - t o u t . p a r - t o u t , ou t o u t p a r - t o u t . MILIEU,

s. m . c e n t r e

d'un lieu , e t c . , e t c . — j ' a i é t é a u milieu

du chemin ,

Milan , m o t é alé d a n s mitan chimin , — ly dans m i t a n b o i s , — m o c o u p é ly


334

M

ou

o u — i l est au m i l i e u du b o i s ,

d a n s m i t a n , Iy t é t e r r o m p t

— je l'ai c o u p é p a r le m i -

y o té

l i e u , — il fut i n t e r r o m p u a u

m i t a n discour à ly.

terrompe

J y , dans

milieu d e sou discours. Mor, de

s . d e t. g. p r o n o m

Mo e t Moue.

la p r e m i è r e p e r s o n n e ,

circonstances ,

e t dont nous est le p l u r i e l ,

c'est

Suivant les mo

même

moué.

— m o i - m ê m e , — c'est moi.

Morne.

M O N T A G N E , s. f. m o n t . M O R T , S. f. c e s s a t i o n d e

Mouri,

l a v i e , — il e s t m o r t , — il

lant

de

m e u r t , — il va m o u r i r .

que abre

s e u l e m e n t en p a r quelqu'un,

quel-

ou p l a n t e , e t c . ,

qui e s t m o r t e , qui m e u r t , ou

qui

va mourir, — ly

m o u r i , — I y après

mouri,

— l y v a m o u r i , '— on n e dit

pas

mouri

glorieuse,

pour m o r t glorieuse ;

mais

ly mouri glorieusement. S. m . p a r o l e , dic-

O n dit le p l u s s o u v e n t p a -

tion , — il m ' a dit d e s m o t s

MOT,

role, — Iy dire m o u é des pa-

q u e j e n'ai p a s bien c o n ç u s ,

roles , — m o p a c o n c e v o i r

— je vous prends au m o t .

ben , — m o prend vous là su p a r o l e .

M O U S S A , s . m . , m e t s fait a v e c d e l a farine d e b l é d e T u r q u i e ou m a c h i s , qu'on fait bouillir à u n e c e r t a i n e consistance, et q u i tient lieu d e p a i n , on l e m ê l e s o u v e n t avec du gombo.

Moussa.


N O T NASSE , s. f., r e t s à p r e ñ -

Nasse.

a r e d u p o i s s o n , fait e n filet de

ficelle,

figure

long d e 5 p i e d s ,

cylindrique

sur 4 c e r c l e s , les

soutenu embou-

chures des deux extrémités p a r l e s q u e l l e s e n t r e le p o i s son,

sont en f o r m e d ' e n -

tonnoir. NE , particule qui rend une

préposition

Cette particule n e se pro.

négative,

nonce dans aucun c a s , on y

e t qui précède toujours le

s u b s t i t u e les n é g a t i v e s ly pas

t

yo pas, — m o p a s , — y o v e u l e n t p a s , — il n e v e u t p a s vlé, — l y p a s v l é , —«

v e r b e , e t c . e t c . , — ils n e

p a s , — il n'a p a s c h a n t é , —

ly

il n ' a p o i n t d ' e s p r i t , — j e

gagné l'esprit, — m o pa.

ne

alé

sortirai p a s , — j e n e

pas chanté , — ly p a s sorti, — mo pas vlé

veux pas boire, — je crains

boire ,

que vous ne perdiez votre

perdi procès à vous,

m o peur

voua

procès. N E V E U , S. m . , fils d u f r è r e

Niveu.

o u d e la soeur. NOTRE, adj., possessif des 3 genres, et qui répond au

A nous,

quïen à

nous,

— m a m a n à nous,—-z'inté-

p r o n o m p e r s o n n e l nous e t c . ,

r e t à n o u s , — bien là c ' e s t

— notre m è r e , — notre in-

quien à nous, — q u a n d vou

t é r ê t , — c e bien e s t l e n ô -

v a dire raison à v o u , n o u

t r e , — quand vous aurez dit

v a dir q u i e n à n o u s ,

v o s raisons, nous dirons les

a p o i n t arien q u i e n à n o u s ,

n ô t r e s , — il n ' y a rien d u

— vous v a quien à nous.

— ni


336

N O U

nôtre , — vous

serez des

nôtres. N O U E R , v . a . , lier.

Marer,

amarer, d a n s l'ac-

ceplion seulement attacher, lier , n o u e r q u e l q u e c h o s e , mais non dans nouer d ' a mitié etc.

O L I ( E n . , s. m . , l ' o r g a n e d e

Z'Yeu

,jcu,

— ly gagné

la v u e e t c . , — I l a la l a r m e

larme dans z'yeux , — ly

à l'œil, — il a m a l a u x y e u x ,

gagné

— il a l'œil b a t t u , — je n'ai

z ' y e u à ly batu ( o u b a t i ) ,

pu clore l ' œ i l , — c'est u n

beau coup-d'œil.,

z ' y e u , — c ' é s niou b e l c o u p de

OIGNON , s. m . , tu m e t t r a un o i g n o n d a n s c e r a -

m a l au z ' y e u , —•

m o pa lé savé

fermé

z'yeu. T r è s - s o u v e n t z'oignon

,

— to v a m e t é nion z ' o i g n o n

g o û t , — j'ai m a n g é la s o u p e

d a n r a g o û t là , m o m a n g é la

à- l ' o i g n o n , — il e s t e n r a n g

s o u p e à z'oignon , — l y e n

d'oignon.

rang z'oignon.

OISEAU , s . m . , — j ' a i un

Zozo

, — m o g a g n é nion

oiseau qui chante b i e n , —

zozo qui chanti ben , — m o

j ' a i pris un b e l o i s e a u , —

p r e n d nion bel z o z o , — m o

j e c o n n o i s un nid d ' o i s e a u x ,

c o n é nion nid z o z o , — z o z o

— ces oiseaux s'envoleront

la y o v a b e n t ô t v o l é , — p i -

b i e n t ô t , — petit à p e t i t l'oi-

tit à pitit z o z o fai ni à l y .

s e a u fait s o n n i d . O L I V E , S. f., fruit d o n t o n t i r e l'huile

et qui est bon

Z'Olive

,

— avla

nion

b e l z'olive , — m o m a n g é

••;

à


o RE à

manger,

belle o l i v e , un

canard

voilà

une

— j'ai mangé

33

7

nion c a n a r d A z ' o l i v e , - - m o p l u t ô t ouil z ' o l i v e .

aux- o l i v e s , —

j ' a i m e m i e u x l'huile d'olive. Yo,

ON, pronom personnel in-

F a , — y o dire q u e ,

défini e t c . , — o n d i t q u e ,

— q u i ç a y a l'air, — q u i

— que f a i t - o n , — que dira-

ç a yo va d i r , - - y o écrir l y ,

t - o n , — o n lui a é c r i t , —

o n n'est p a s t o u j o u r s m a î t r e

d e , — q u a n d y o joli y o p a s

d e , — quand on est j o l i ,

gnoré ly.

y o pas toujour

maître

o n n e l'ignore p a s . O R A G E , S. m . , t e m p ê t e , — il a fait un o r a g e affreux.

L'Orage, nion

ly té

l'orage ,

ou

fair

z'orage

affreux. ORDINAIRE , a d j . d e s 2 . genres , a c c o u t u m é d'être ,

L'Ordinaire,

- - c'est c o n -

duite l'ordinaire

à ly , —

d e s e faire e t c . , — c'est s a

c ' e s t nio n z' ho m m e l ' o r d i n a i -

c o n d u i t e ordinaire , — c ' e s t

r e , — c o m m i s s a i r e l'ordinaire

un homme

fort o r d i n a i r e ,

—— c o m m i s s a i r e

ordinaire

à g u e r r e , — par courrier l'ordinaire.

d e s g u e r r e s , — par l e c o u r rier o r d i n a i r e . ORDRE, S. m . , d i s p o s i t i o n

Z' Ordre, — m o r e c e v o i r

d e s c h o s e s e t c . , — j'ai r e ç u

z ' o r d r e , — l y b a m o u é z'or

l'ordre , — il m ' a

dre.

donné

l'ordre.

On peut néanmoins ordre dans beaucoup casions c o m m e mal en ordre

ORDURE. OREILLE , s . f . ,

c'est

etc.

Z'Ordure. organe

d e l ' o u ï e e t c . , — l'oreille m e fait m a l . Tome II,

dans

dire d'oc-

Z'Oreille,

— z'oreiile à,

m o u é fair m o m a l . Y


O OUV

338

O R F I E , S. m . , p o i s s o n à

U

V Orfi.

p e u p r è s s e m b l a b l e au b a l a h o u , ( voyez balahou. ) alternative,

Ou , n e s e d i t p r e s q u e

c e l a e s t b o n ou m a u v a i s ,

Ou ,

conj.

j a m a i s s e u l , il e s t t o u j o u r s

- - j'irai a u j o u r d ' h u i o u d e -

suivi d e ben,

éty,

main , — son beau-frère ou

— m o v a allé

jordy ou ben

y

etc.

s o n m a r i , — dites m o i o ù

d e m a i n , b e a u frère à — l y o u

e s t u n t e l , — la m a i s o n o ù

ben mari à l y , — dire m o u e

j e d e m e u r e , — où cela e s t -

o ù éti nion t e l , — c a z e l a

i l , — voilà d ' o ù il tire c e t t e

o ù é t i m o b o u g é , — où é t i

conséquence.

ça y é , —

a v l a où é t i l y

tiré conséquence là. O U T I E , S. m . , i n s t r u m e n t

Z'Outil.

de travail, etc. O U V R I E R , IÈRE , s . , q u i travaille d e la m a i n , e t c .

Z'Ouvrier,

— cé

nion

b o n z'ouvrier.

— c'est u n b o n ouvrier. O U V R I R , v . a. j ' o u v r e , — tu o u v r e s , — i l —

ouvre,

nous ouvrons, — j ' o u -

T r o i s , — c'est un tel , o u -

L'ouvri,

— mo

l'ouvri,

— t o l ' o u v r i , — ly l'ouvri, — n o u l'ouvri , —

mo té

a p r è s l ' o u v r i , — c ' e s t nion t e l

v r i r a i - j e ? — c e chemin n'est,

m o va l'ouvri, ou m o l ' o u -

p a r o u v e r t , — il c o m m e n c e

v r i ly ? —- c h i m i n l à p a s l ' o u -

à o u v r i r l e s y e u x , — il lui

v r i , — ly c o m m e n c é l'ouvri

a o u v e r t s a b o u r s e , — la

y e u x à l y , — l y té l'ouvri l y

terre s'estouverte pour l'en-

b o u r s e à l y , — t e r r e là t é

gloutir.

l'ouvri pour englouti ly j


P A T PALMISTE , s. m.

sorte de

p a l m i e r qui c r o î t a u x

Palmiste.

An-

tilles ; s e r t à n o m b r e d ' u s a g e s . O n c o u v r e les m a i s o n s a v e c s e s feuilles , ou l'on e n f a i t d e s p a n i e r s ; la c i m e , à l a n a i s s a n c e d e s feuilles e s t v e r t e , à la l o n g u e u r d e à 3 p i e d s , et e n

2

couches

successives jusqu'au c œ u r , c'est ce qu'on appelle choux palmistes ,

qu'on

mange

bouillis. PAPAYIER , s. m . g r o s a r -

Papaye,

fruit.

b r e d e bois tendre , g r a n d e feuille d é c o u p é e ,

produi-

s a n t un fruit j a u n e , g r o s , e t r e s s e m b l a n t à un moyen,

melon

chair f a d e .

P A T A T E , s. f. p l a n t e r a m -

Patates.

p a n t e des A n t i l l e s , p r o d u i sant dans sa racine ,

une

espèce de p o m m e de terre d ' u n bien m e i l l e u r g o û t q u e les nôtres , qu'on

nomme

a u s s i p a t a t e s ; les j e u n e s b o u r geons de cette plante , mangent

souvent

se

comme

les asperges. PATURAGE , s. m . lieu où les bestiaux pâturent.

Savanne.

L a savanne pro-

p r e m e n t d i t e , e s t le lieu r é Y

2


34o

PER s e r v e sur c h a q u e habitation, o ù l'on fait paître les a n i maux. L e s Créoles q u e l q u e fois généralisent

ce

mot,

p o u r d é s i g n e r o ù ils d e m e u rent, — m o bougé dans s a v a n n e à un t e l , p o u r d i r e l ' h a b i t a t i o n d'un P E A U , s. f. la p a r t i e e x t é r i e u r e de l'animal qui e n veloppe et couvre toutes l e s a u t r e s p a r t i e s , — il a la p e a u é p a i s s e , — on lui e n l è v e la p e a u , — i l c r è v e d a n s sa p e a u , — la p e a u lui d é m a n g e , — f a i t e s - m o i d e s souliers d e p e a u d e c h è vre. PELER , v. a . ô t e r le poil o u la p e a u , e t c , — Il a la

tel.

Piau, — p i a u a ly p o u é s , — y o e s t e n l e v é piau à l y , — ly c r e v é dan piau à ly, — piau à l y d é m a n g é l y , — fair m o u é soulier p i a u c h è v r e , ou cabrit.

Caler,

— t ê t e à l y calé ,

— calé m o u é nion p o m m e .

tête p e l é e , — pelez - m o i une p o m m e . PENSER, v . n . f o r m e r d a n s son esprit l ' i d é e , l'image de quelque chose.

Penser.

Songer, — m o s o n g é ç a Q u a n d il signifie faire r é f l e x i o n : s o n g e r à q u e l q u e v o u t é dit m o u é , — ça v o u c h o s e , — j ' a i p e n s é à c e q u e p r o p o s é m o u é ly p a r o î t r e v o u s m ' a v e z d i t , — c e q u e m o u é faisable, — m o va s o n vous m e proposez me paroît gé ç a , — - s o n g é m o u é t e m p s f a i s a b l e , — j ' y p e n s e r a i , en t e m p s ; — p e n s e z q u e l q u e fois à m o i . PERDRE.

Perde.


p PEU,

adv. d e quantité ,

il e s t o p p o s é à b e a u c o u p .

Is Peu,

341 se prononce souvent

c o m m e en f r a n ç a i s , l ' u s a g e s e u l p e u t faire d i s t i n g u e r l e s c i r c o n s t a n c e s o ù il s e r e m place par pas guère, c o m m e dans. Pitit b r i n , pas tout plein.

Il est peu sensible.

O n p e u t d i r e ly p e u s e n s i ble. Ly

Il a peu de cheveux.

g a g n é pitit brin c h i -

veux. Attendez-moi

un peu.

I l n'en faut q u ' u n p e u . V o t r e p e u d ' a t t e n t i o n fait

Tendé m o u é pitit b r i n . L y faut p a s tout plein. P i t i t brin l'attention à v o u fair q u e .

que. P I A S T R E , s. m .

monnoie

Gourde

, — mo vlé v e n -

d'argent, fabrique d'Espa-

d r e c h a p e a u là 3 g o u r d e s ,

gne,

— ly doit m o u é 20 g o u r d e s .

quia

cours aux A n -

tilles , — j e v e u x v e n d r e c e c h a p e a u x 3 p i a s t r e s , — il m e doit 20 p i a s t r e s . P I L E , S. f. a m a s e t c . ( v o y .

Pile.

tas. P I S Q U E T , S. m . p e t i t p o i s -

Pisquet.

son d'eau douce , espèce de goujon ,

m a i s q u i n'excède

p a s la l o n g u e u r d ' u n p e t i t d o i g t . L e frai s ' o p è r e m a i ou j u i n , a l o r s il

vers vient

e n si g r a n d e a b o n d a n c e s u r le b o r d d e s r i v i è r e s , q u e la terre et les rochers envi-

Y

3


342

P L U

r o n a n s en s o n t

couverts ;

l e s N è g r e s les p r e n n e n t p a r poignée , pendant

6 ou

7

jours que dure cette a b o n d a n c e , e t e n font p r o v i s i o n p o u r q u e l q u e t e m p s , e n le f a i s a n t s é c h e r a u soleil. PISTACHE , s. f. L a p i s t a -

Pistache:

c h e d a n s les A n t i l l e s , v i e n t d a n s les r a c i n e s d e l ' a r b u s t e ; elle est d e forme ovale. PLAIE.

Malingre,

PLAIRE , vouloir , — si

S o u v e n t , v l é , — si

plaie. bon

c e l a plait à D i e u , — il n'en

Dieu v l é , — ça v a y é n é c q u e

s e r a q u e c e qu'il v o u s p l a i r a .

c o m m e vou va vlé. L a définition d e l ' a p p l i cation d e c e v e r b e , d a n s les différentes prononciations , seroit trop

longue

et

en-

n u y e u s e ; l'usage seul p e u t instruire. PLAIRE , v. n. a g r é e r

Plaire.

PLATINE , s. f. O u t r e les

Platine,

platine à cassave.

divers objets connus sous ce n o m , on a p p e l l e ainsi l ' u s tensile

sur

la c a s s a v e , 24

lequel on il a

pouces de PLISSER , v .

plis.

fait

de 18

à

diamètre. a. f a i r e d e s

Grigi, dant

n e s e dit

que des petits

cepenplis,

q u ' o n fait au col et au p o i gnet

d e s c h e m i s e s et linge

b l a n c , etc.


343

P O I La Pluie

P L U I E , S. f. l'eau q u i t o m -

ou p l u t ô t la p l i ,

b e du c i e l , — g r o s s e p l u i e ,

— p e t i t e p l u i e , — un brouil-

pli ; — nion b r o u i l l a r d q u i

g r o s la p l i , —

pitit la

lard q u i s e r é s o u t en p l u i e ,

t o u r n é la p l i , — d'iau à c i -

— les e a u x d e s c i t e r n e s n e

t e r n e y o n é c q u e d'iau la pli

sont q u e d e s e a u x d e p l u i e

ramassé.

ramassées. P L U M E , s. f. c e qui c o u -

Plime.

v r e les o i s e a u x . PLUMER.

Plimer.

etc.

PLUS , a d v . d e c o m p a r a i -

Passé,

pli ; plus

se dit

son , d a v a n t a g e , — j a i p l u s

t r è s - p e u , seulement

d'intérêt à cela q u e vous ,

m o t passé

— il t r a v a i l l e p l u s q u e p e r -

t i è r e m e n t la p h r a s e , — m o

sonne , — je vous en donne

gagné

plus qu'un autre , — je n'y

dan ç a , — ly t r a v a i l p a s s é

pense plus, —

il n'a p l u s

ces mêmes g e n s , —

c'est

l'intérêt

tout,—

le

passé vou

m o ba v o u p a s s é

l'autre , — m o pas pensé ça e n c o r ,

le plus grand.

défigureroit e n -

à

— ly pa g a g n é

m ê m e g e n s à ly y o , —- c ' e s t cila q u i pli g r a n d . O n d i t , pli t a r d , pli t ô t . POIVRE LONG.

Piment.

POMME , s. f. fruit à p é -

Pomme.

pin , etc. I l y a aux tilles

An-

plusieurs espèces de

p o m m e s i n c o n n u e s en E u r o p e , la

pomme

canelle ,

la p o m m e r o s e , la p o m m e d'acajou

,

( I )

etc.

La

(1) C e n'est point le même acajou dont on fait des ouvrages en menuiserie. Y

4


POU

344

p o m m e cannelle est d e l a f o r m e de l a p o m m e d e pin , mais verte , b o n n e ; la

et

est

pomme

trèsrose

r

tire son n o m du goût et d e l'odeur qu'elle p o r t e , r e s semble

à peu près à u n e

g r o s s e p r u n e j a u n e ; chair très-mince , noyeau

petit,

vacillant d a n s le f r u i t ; pomme

d'acajou ,

la

à peu

près c o m m e notre poire d e r o u s s e l e t , p o u r la f o r m e , m a i s r o u g e et j a u n e ,

elle

porte à une de ses e x t r é m i t é s , u n e noix s e m b l a b l e à

nos grosses f è v e s ,

dont

l'enveloppe tendre rend une huile

corrosive ;

l'amande

e s t b o n n e grillée. POUVOIR, V. n . — j e p u i s , — je p e u x , — il p e u t , — nous p o u v o n s , — v o u s p o u v e z , — ils p e u v e n t , — j e p o u v o i s , — j e p u s , — tupus , —

il p u t , —

nous

pûmes,—nous nous s o m m e s promenés plus.

à n'en

pouvoir

Capable ou capabe , — m o c a p a b l e , — to c a p a b l e , — ly c a p a b l e , — n o u s c a p a b l e , — v o u s c a p a b l e , —• y o c a p a b l e , — m o té c a pable , — m o té capable , — lo t é c a p a b l e , Iy t é c a pable , — nous sté capable , — nous p r o m e n é joue p a s té c a p a b l e e n c o r e .

non

Q u a n d il s ' e m p l o i e a c t i v e m e n t , c o m m e dans

vous

p o u v e z , on s u b s t i t u e q u e l quefois s a v é , vous s a v é .


P U R

345 A u s u b s t . il s e d i t p o u

A u s u b s t . m . , — il a u n g r a n d p o u v o i r , — il a b e a u -

v o i r , — ly gagné grand p o u -

coup de pouvoir,

v o i r , — ly g a g n é tou plein

— c'est

p o u v o i r , — c ' e s t l'effet p o u -

l'effet d e son p o u v o i r .

voir a l y . PRENDRE , v .

Prend,

nous p r e n d ,

a , —

je

p r e n d s , — tu p r e n d s ,

— n o u s p r e n d , — nous t é

nous p r e n o n s , — n o u s avons

p r e n d , — m o té a p r è s p r e n d ,

— nous avions p r i s ,

— y o doi tou j o u r p r e n d p a r t i

— je prenois , — on doit

à pli foible, — l y s e m b l é y o

t o u j o u r s p r e n d r e le p a r t i d u

n'a q u ' à b a i s s é p o u r p r e n d ,

f o i b l e , — il s e m b l e qu'il n ' y

—- m o t é alé p r e n d c o n g é .

pris,

a

qu'à se

baisser

et en

p r e n d r e , — j'ai été prendre congé. PRISON , s. f., lieu où l'on r e n f e r m e les a c c u s é s , e t c . PUANT,

Geôle,

A N T E , a d j . , qui

s e n t m a u v a i s , il e s t p u a n t .

le gardien geôlier,

les d é t e n u s p r i s o n n i e r s . Pit,

— ly p i t , ly senty

pit.

Pit.

PUER.

P U R , URE , a d j . , q u i e s t

sans mélange.

Pir,

a u féminin

comme

au masculin.

Q U A QUADRUPLE,

s. m .

On

prononce couadruple, pièce monnoie d'Espagne.

Couadruple,

ayant cours

a u x A n t i l l e s p o u r 120 livNota.

Le

France avec

change

de

St.-Domingne

e s t a 66 x p o u r 100, c ' e s t -


Q

346

U

E à - d i r e , q u e 66 l i v . i 3 s . 4D. t o u r n o i s v a l e n t 100 liv. a u x A n t i l l e s ; a i n s i , telle 3 o m m e qu'on

ait à S t . - D o m i n g u e ,

e n d é d u i s a n t le t i e r s , on a la s o m m e en livre t o u r n o i s . Q U E , p r o n o m relatif, s e r -

Que se s u p p r i m e q u e l q u e -

r a n t d e r é g i m e au v e r b e qui

fois , s u r - t o u t q u a n d il e s t

l e s u i t , — celui q u e v o u s

q u e s t i o n d e la p r e m i è r e e t

les g e n s q u e

s e c o n d e p e r s o n n e , — cil à

vous avez obligés, — a p -

v o u t é voir , — m o n d e l a y a

prochez que je vous parle.

vou té obligé ,

avez v u ,

proché

m o parlé vou. Q u a n d il se t r o u v e p a r t i cule de souhaits, d'impréc a t i o n s , e t c . , on

y

met

quelques préliminaires,

q u e j e m e u r s si cela n ' e s t ,

— movlé

— qu'il p a r t e t o u t - à - l ' h e u r e ,

— ly n a q u ' a p a r t i tit à l'hor

qu'il

fasse c e qu'il

lui

m o u r i si ça p a y é ,

— ly n'a q u ' a fair ç a là v l é .

plaira. L e j o u r q u e cela a r r i v a ,

Jour

là ça t é

rivé ,

c'est là qu'il d e m e u r e ,

c ' e s t là l y b o u g é , — ly fair

il n e fait q u e boire

n e c q boir et m a n g e r .

et

manger. Q U E L , ELLE, a d j . , pour d e m a n d e r , etc. , —

quelle

h e u r e est-il ? — q u e l t e m s fait-il, —

à quel

homme

c r o y e z - v o u s avoir à f a i r e . Q u e l q u e , a d j . d e t o u t g.

Quel,

s o u v e n t que ou qui,

m ê m e au féminin , — l'hor l'y

e s t , — que

ly f a i r , — qui m o n d e

qui tems vou

crére gagné z'affaire. Quelque

se d é f o r m e a u s s i

u n ou une e n t r e p l u s i e u r s ,

quelquefois., — vous conné

— connoissez-vous quelque

qui c h o s e qui pir , — d r e s s é

chose de p i s , — a d r e s s e z -

v o u à nion l ' a u t r e ;

quelque-


Q U I vous

à quelqu'autre

per-

fois

347 il se dit

qué, qui, —

s o n n e , — il v o u s e n c o û t e r a

l y v a c o û t é v o u qui c h o s e ,

quelque c h o s e , — quelque

— q u e raison y o p o r t é l y ,

r a i s o n q u ' o n lui a p p o r t e , il

ly pas vlé.

ne veut pas.

QUELQU'UN , UNE , s . , un entre

plusieurs, —

quel-

q u ' u n m ' a d i t , — il y e n a

Quéquenion

, — quéque-

nion dir m o u e ,

ly e n a

q u e quenion.

quelques uns. QUEUE, s. f.,

Queue,

cette partie

mais plus souvent

q u i e s t a u b o u t d e l'épine d u

quiou,

— ly gagné nion b e l

d o s , e t c . , — il a u n e b e l l e

q u i o u , — ly p o r t é quiou à l y

q u e u e , il p o r t e s a q u e u e en

e n t r o m p e t t e , — faut c o u p é

t r o m p e t t e , — il faut c o u p e r

la q u i o u à c h i e n l à , — l y

la q u e u e a u c h i e n , —- il n'en

p a s r e s t é la q u i o u à n i o n , —

r e s t e p a s la q u e u e d ' u n , —

p r e n d nion q u i o u la m o r u ,

prenez une queue de morue,

—- le v e n i n e s t à la q u e u e ,

— ly tien b é la q u i o u à p o i l e

là.

il t i e n t la q u e u e d e l a

venin là

dans

quiou,

poêle. Qui,

p r o n o m relatif de

tout genre , — lequel,

la-

q u e l l e , — celle d e qui j e

Qui,

à q u o i on

q u e l q u e f o i s cila et

ajoute ça,

ci!a d e qui m o p a r l é , — qui

p a r l e , — qui faut-il q u e j ' e n

cila faut m o c r é r e , -— q u i

croie , — qui l'auroit c r u .

ç a qui sété crére.

R A P RAPER , v. a . , m e t t r e e n poudre avec la râpe.

Gragé. que

I l n e s e dit g u è r e s

p o u r le

gragé

manioc

manioc, pour

— fair

c a s s a v e . C e p e n d a n t les n è


R E N

348

gres appellent grager faire un

pas rapide dans

cer-

taines danses qui leur sont propres. R A Q U E T T E , s . f., p l a n t » g r a s s e , garnie d e piquans , e s p è c e d e nopal , d o n t l e fruit, vert à l'extérieur, et rouge en dedans, quoique de bonne qualité , donne u n e couleur de sang à ceux qui en ont m a n g é . R É G I M E , s.

m.

Raquette.

Régime.

— On appelle

r é g i m e d e b a n a n e la b r a n c h e e n t i è r e a v e c le fruit du b a nanier. RENCONTRER , v . a . , t r o u Rencontrer , m a i s p l u s v e r u n e p e r s o n n e , u n e s o u v e n t contré, — mo c o n c h o s e , — j ' a i r e n c o n t r é un t r é hion n ' h o m m e d a n s c h i h o m m e s u r m o n c h e m i n , m i n à m o u é , — yo c o n t r é — o n le r e n c o n t r e p a r - t o u t , ly tou p a r t o u , — l y m a r i é , — il s ' e s t m a r i é , m a i s il a m a i s l y c o n t r é m a l , — d e u x m a l r e n c o n t r é , — d e u x m o r n e s y o p a s j a m a i s contrémontagnes n e s e trent jamais.

rencon-

RENDRE , v . a . , r e d o n n e r , restituer, remettre , e t c . , — rendez-lui c e q u e v o u s lui a v e z p r i s , — j e v o u s ferai b i e n r e n d r e , — I l faut rendre g r â c e à D i e u ,

Rend,

— rend ly ça. v o n

t é p r e n d l y , — m a fair v o n bon r e n d , — f a u t r e n d g r â c e bon D i e u , — z'accident là rend ly sourd , —

ferme

la y o r e n d t a n t , — l y v a

— c e t a c c i d e n t l'a r e n d u r e n d m o u é r a i s o n , — voit s o u r d , — les f e r m e s r e n d e n t r e u d - v o n s dijà. t a n t , — il m ' e n r e n d r a rai-'


R I E son , —

vous vous rendez

déjà.

Rendi.

RENDU. REVENANT, a d j . , qui r e -

Zomby.

Il n'est n o m m é

vient, etc. On appelle popu-

ainsi q u e d a n s

l a i r e m e n t revenant

d'esprit revenant.

un

es-

l'acception

prit q u e le p e u p l e c r o i t q u i revient de l'autre m o n d e . RIEN ,

s.

nulle c h o s e ,

m.,

Arien,

néant ,

— rien n e s e

a r i e n p a s fair

a q u e arien , — m o p a s m a n -

fait a v e c r i e n , — j e n e d e -

d é a r i e n , — ç a p a s tien b é

m a n d e r i e n , — c e l a n e tient

a r i e n , — n ' h o m m e là p a s b o n

à r i e n , — cet h o m m e n'est

p o u r arien , — y o p a s fair

bon à rien, —

arien p o u r arien ,

on n e

fait

yo

rien p o u r rien , — on y vit

v i v r e là p o u r a r i e n , — z ' o b -

p o u r rien , — v o s o b s e r v a -

servation

tions n e d i s e n t rien.

arien.

à vou

pas

dire

S A P SAIN-DOUX, s u b . m a s c . ,

Mantégue

g r a i s s e de p o u r c e a u . SAPOTILLE, S. f., fruit d u sapotillier,

l'un ..des

leurs des A n t i l l e s ,

meil-

couleur

de pomme

rainette g r i s e ,

mais plus

ovale ;

juteux

c o m m e la p ê c h e , p é p i n g r o s e t noir, auquel s'attache une espèce de tartre b l a n c , q u i ,

,

Sapotille.

ou

mantéqne*


350

S O R

b r û l é , j e t t e u n e o d e u r d'encens. SAVOIR , v. a . , je sais, tu

sais , e t c . — il n e s a v o i t

Coné, ly p a s t é c o n é arien r i e n d e c e q u i s e p a s s o i t , — ça q u i t é p a s s é , — m o c o n é j e sais qu'il n'est p a s d e v o s ly p a s z ' a m i à v o u s , — v o u s a m i s , — vous ne savez pas pas coné métié a v o u , — l y v o t r e m é t i e r , — il e n sait c o n é b i e n l o n g , — l y c o n é vivre. b i e n l o n g , — il sait v i v r e . O n d i t c e p e n d a n t , c'est nion s a v a n t ; il e s t a u s s i quelques circonstances où on est forcé d e dire sait, c o m m e d a n s , il lui s a i t m a u vais g r é , L y sai l y m a u v a i s g r é ; Chéh.

SEC

Chéché.

SÉCHER.

SON,

SA , SES , a d j .

pos.

A ly,

— papa à l y , —

qui r é p o n d e n t a u x p r o n o m s

l'argent à ly ,

d e la troisième

à ly.

personne,

— n'habit

s o i , s e , i l , e t c . etc. — s o n p è r e , — s o n a r g e n t , — son habit. A u p l u r i e l , ses, s e s b i e n s ,

E t a u p l u r i e l , — à l y yo.

— ses a m i s , s e s p r é t e n -

— bien à ly y o , — z ' a m y , à

tions.

l y y o , —- p r é t e n t i o n s à ly yo-

SORCIER, I È R E , s . , c e l u i ,

Macandal. Les C r é o l e s r a n -

c e l l e q u i , selon l'opinion d e s

gent particulièrement dans

g e n s f o i b l e s , a un p a c t e a v e c

cette classe les empoison-

le d i a b l e , e t c .

neurs. ( V o y e z MAGIE. )


S U R

351

S o u s , préposition qui sert

Là sous. L ' a r t i c l e p r é c è d e

à m a r q u e r la situation d ' u n e

c o m m e d a n s la p l u p a r t d e s

chose à l'égard d'une autre

p h r a s e s la p r é p o s i t i o n , o u ,

qui est dessus , — sous le

s'il la s u i t , il e s t s o u v e n t p r é -

c i e l , — sous la c o u v e r t u r e ,

c é d é d e de,

— s o u s l e m a n t e a u , — il a

— la sous couverture, — l a

pris cela sous son b o n n e t ,

sous manteau , — ly

— les soldats étoient sous

ça là sous bonnet à l y ,

les a r m e s , —

s o l d a t là y o t é l à sous a r m e s ,

les papiers

sont sous le scellé.

— là s o u s c i e l ,

papier là y o

pend —

soug

scellé. On

dit n é a n m o i n s ,

sous-lieutenant,

sous-

prieur , — sous-secrétaire , sous-doyen,

sous-fermier,

e t c . , etc. SUR , URE , a d j . , q u i a u n

Sur,

fruit l à s i r ;

Sur,

quelquefois

goût acide et a i g r e , — c e fruit e s t sur. SUR , URE , a d j . , c e r t a i n ,

sir

indubitable.

T A N T A N D i s , prpéosition suivie d e q u e , — tandis q u e vous y ê t e s , — tandis

Pendant, vous

— pendant que

y é , — pendant m o

qu'il m ' e n

s o u v e n i r , — pendant ly v a

souvient, — t a n d i s qu'il fera

fair ç a v o u s v a fair l'aut q u i

cela vous ferez autre chose, T A N G A , S. m . m o r c e a u

chose. Tanga,

les

nègres n o u -


T I E

352 de

toile

o u d'étoffe

grandeur

d'un

de la

mouchoir,

veaux arrivent couvert seu­ lement d'un tanga.

qu'on attache avec un corr don autour de la ceinture , p o u r couvrir les parties h o n ­ teuses. TAS,

S. m .

Pile.

monceau,

a m a s d e quelque chose , e t c . T A Y O , S. r a c i n e d e m a ­ l a n g a . Voyez

Tayo.

TENIR , v . a . — j e t i e n s , — t u tiens , e t c .

Tini,

des

dans

lequel

grelots

pierres pour

et

souvent

tien

b e n , — m o t i n i , t o tini. Tiatia.

T i A T i A , s. m . j o u j o u d ' e n ­ fant,

..

MALANGA.

ou

on m e t quelques

faire d u

bruit

e n f r a p p a n t ; o n fait d e s t i a tias

avec

des

siliques o u

grosses gousses de poids,

dans

certains

lesquels

les

graines vacillent.

Tien à Toué,

TIEN , T I E N N E , p r o n o m possessif conde

relatif d e la s e ­

personne. — c e sont

les t i e n s , — je lien, vrais

la tienne, faire

d u

cherche le

à

Toué,

— c'est

o u quien, quien

à

t o u é , — m o c h e r c h é tien à t o u é , — to dois

pitôt

fair

— t u de­

b e n à tien à t o u é , passé z ' é -

bien

tranger.

aux

tiens, plutôt q u ' àd e s étran­ gers. Tu,

TOI , T E,

pronom

subst. d e la seconde'

per­

sonne , e t c . , — tu esh e u -

To,

Toué,

Toué,—to

ben h é u r e u x , — to v a parlé moue,

to'va

repentir reux,


T E R r e u x , — tu m e p a r l e r a s , — tu t'en repentiras; — tu m'en d i r a s d e s nouvelles. T o i , toi q u i fais t a n t J e b r a v e , — toi m ê m e .

353

t o u é , — to v a b a y m o u é nouvelles.

Toué,

to q u i fair, t a n t

brave à t o u é , — to m ê m e , toué même.

T E , — je t e le p r o m e t s , — j e t e l'avois b i e n dit.

Mo , p r o m e t t r e t o t o u é , — m o t é b e n di toué.

TUER, V. a . ô t e r la vie , Tuyé , — y o t u y é l y , — — on l'a t u é , — il faut tuer faut t u y é c o c h o n l à , — n ' a c e c o c h o n , — n e v o u s fiez pas fié vous c h a r l a t a n là, l ' a p a s à c e c h a r l a t a n , il v o u s t u y é vous. tuera.

U L C

U l c è r e ,s.m .

ouverture

Malingres.

d a n s les c h a i r s , c a u s é eparl a corrosion d ' h u m e u r s â c r e s , etc.,

etc.

U N , UNE , a d j . n u m é r a l , .— un h o m m e , — u n e f e m m e , — la vérité e s t toujours u n e , — v i s - à - v i s l'un d e l ' a u t r e , — ils n e p e u v e n t passer qu'un à un.

Tome

II.

Nion, au féminin c o m m e a u m a s c u l i n , — nion n ' h o me, — nion f e m m e , — la vérité t o u j o u r s nion , — v i s à - v i s nion d e l ' a u t r e , — y o p a s c a p a b l e p a s s é n e c q nion à nion.

Z


VIо V A N N E T T E . S. f. s o r t e de

Layou

grand p a n i e r f o n d , p l a t , e t à petits b o r d s , dont

on

se

s e r t d'ordinaire pour v a n n e r l ' a v o i n e , le c a f é . V A P T A P A , s. m . b a n a n e s

Vaptapa.

bouillies et p i l é e s , d o n t o n l'orme d e

grosses pelottes ,

on y m ê l e s o u v e n t d u gigiri.

Viаи.

VEAU , s. m . le p e t i t d e la v a c h e . VERGETTES, s. f. é p o u s -

Brosse.

sette, brosse. VIEUX, e t c . , un

VIEILLE, a d j . ,

vieux

habit,

une

vieille r o b e .

V i e u x , au féminin c o m m e au, masculin , — nion v i e u x z'habit,

ou

n'habit

nion

v i e u x r o b e . — On c o m m e n c e c e p e n d a n t à d i r e vieille , — vieille V I V I E R , s. m . p i è c e d'eau c o u r a n t e ou d o n n a n t e dans, l a q u e l l e on n o u r r i t ou

l'on

c o n s e r v e du p o i s s o n , . e t c . , etc. O n n o m m e vivier aux , Antilles,

un coffre d e c i n q

à six p i e d s de l o n g , cœur

avec

fait e n

des trous p a r -

s e m é s , d a n s lequel on m e t du poisson , pour

le

con-

femme.

Vivier,


V E R server en

le

355

tenant dans

l'eau. VOICI , préposition, etc., e t c . , — voici voici

le

livre, —

la p r e u v e , —

voici

Avlà,

— avlà livre l à , —

avlà preuve l à ,

avlà l'a-

p r é s vini.

qu'il vient.

Avlà.

VOILA.

V O I R , V. a. je v o i s ,

tu

Voir,

— mo

V o i s , e t c . , — j ' a i v u , il l'a

voir l y , —

v u , — - nous a v o n s vu le m o -

m e n t ou é t i

m e n t ou nous é t i o n s p r ê t s à

périr.

v o i r , — ly

nous voir nou

On

dit

moprêt

souvent

p é r i r , — voyez ce tableau ,

gué té p o u r d i r e v o y e z , —

— v o y e z c e t t e toile.

g u é t é tableau l à , —

guété

toile là. V O U L O I R , v. a. j e v e u x , tu v e u x .

Velé,

on prononce vlé ,

m o v l é , to v l é , l y v l é p a r t i démain.

Z

2


C O N V E R S A T I O N E N T R E UN CAPITAINE DE

A R R I V A N T

E T

U N

D ' E U R O P E ,

M A I T R E

LE MAÎTRE. M o n s i e u r , je suis

très-satisfait de

vous

NAVIRE,

A C C O N I E R .

Le

Mouché

mo

b o n c o n t e n t voir v o u s

Maître.

rivé

v o i r a r r i v e r sur n o t r e r a d e :

là sur r a d e à nou : v o u

a v e z - v o u s fait u n e h e u r e u s e

fair nion b o n t r a v e r s é e ?

traversée ? Le

CAPIT.

J'ai

éprouvé

Le

Capit. Mo t é s u y é nion

un o u r a g a n , le s i x i è m e jour

zouragan sixième jour départ

d é m o n d é p a r t ; ensuite q u e l -

à

ques vents contraires, néan-

vent contraire, malgré ça

m o i n s j e n'ai

mo

mis que

45

jours dans m a traversée. L e M. Avez-vous essuyé des dommages ?

moué ;

ensuite

mété necque

quéque 45

jours

clans t r a v e r s é e à m o u é . Le

M.

V o u té suyé d o -

mage ?

L e C. J ' a i perdu mon grand

Le

C. M o p e r d i g r a n d m a t

m â t d e p e r r o q u e t , et c a s s é

p e r r o q u e t à m o u é , et c a s s é

u n e v e r g u e de

nion v e r g u e

misaine.

L e M . D e quoi est c o m posée votre

cargaison?

Le M.

misaine.

Q u i c a r g a i s o n vous,

gagné ? Z

3


358

C ONVERSATIONS

L e C . D e vin , f a r i n e , s a -

Le C. D i v i n , f a r i n e , s a v o n ,

v o n , c h a n d e l l e , huile, t o i l e s à

chandelle , h o u i l , t o u é l e

v o i l e , toiles à m a t e l a s , t o i -

v o u é l e , touile m a t e l a s , t o u é -

l e s fines , m o u c h o i r s ,

le fin, m o u c h o i r , b a s , s o u -

souliers, bijoux,

enfin

bas,

à

un

liers bijou , enfin tous ç a

peu d e tout ce qui p e u t ê t r e

qui c a p a b l e servi d a n s p a y s

utile en ce p a y s .

cy-

L e M . A v e z - v o u s l o u é un

?

Le M. V o u l o u é nion m a -

magasin ?

gazin?

L e C . J ' e n ai un d a n s la r u e du B a c q .

Le C , M o g a g n é nion r u e Bacq.

L e M . I l v o u s faudra d e s a c c o n s , je v i e n s v o u s offrir m e s s e r v i c e s , s o y e z sûr q u e p e r s o n n e n'est plus a c c o m modant que moi. L e C . C o m m e j'ai b e a u c o u p souffert d a n s la t r a v e r s é e , j e serois c h a r m é q u e m o n n a v i r e fût d é c h a r g é le p l u s tôt possible : c o m b i e n a v e z vous d'accons? L e M . J ' e n ai a u t a n t qu'il

Le M. V o u va g a g n é b i s o i n z ' a c c o n , m o v i n i offrï vous service à moué ,

vou

doi sir p e r s o n n e p a lé c o mandé-vou com Le C. Com plein

dans

moué?

mo soufri ton traversée ,

mo

seré charmé que navire à m o u é s été déchargé py vittement

possible ,

combçn

vou g a g n é z ' a c c o n s ? Le M.

M o gagné ça qui

en faut pour fournir à t o u t ce

fau p o u r fournir ton ç a c a -

q u e les c a b r o u e t s p o u r r o n t

b r o u e t là y o v a s a v é e n l e v é

e n l e v e r d u b o r d d e la m e r ,

b o r d la m e r , q u a n

en

vou s'été gagné vingt p a r

e u s s i e z - v o u s vingt par

jour. L e C . C'est c e qu'il m e

même

jour. Le C. C e s ça qui fau m o u é ,

faut. C o m b i e n m e p r e n d r e z -

comben

v o u s p a r v o y a g e d'accon ?

m o u é par v o y a g e z'accon ?

L a M . S i vous v o u l e z je.

vou

va

prendre

Le. M. S i vou vlé m o v a


C R

s.

É O LE

359

traiterai en bloc p o u r toute

traité en bloc pour

la cargaison.

cargaison. Le

L e C . J e le veux bien. L é M . D e quel p o r t e s t votre bâtiment ?

C. M o vlé b e n .

Le M.

Que p o r b â t i m e n t

à vou y é ? Le C. 3 5 o t o n n e a u x .

L e C 35o tonneaux.

Le M. V o u v a b a y e m o u é

L e , M . Vous m e donnerez 2oo

toute

g o u r d e s , et j e m ' e n -

200 g o u r d e s , e t m o e n g a g é

car-

moué mété tout cargaison

gaison à terre en 4 j o u r s ,

à vou à t e r r e en 4 j o u r s ,

gage à mettre si,

comme

votre

j e v o u s ai d i t ,

l e s cabrouets, p e u v e n t

suf-

si

com m o

dir v o u ,

car

brouets l à y o s a v é sufi.

fire. Le C. Ç a trop c h e r ; v o u p a

L e C- C'est t r o p c h e r ; v o u s n ' o b s e r v e z - p a s q u e j'ai u n e

prin gard m o

grande chaloupe

peut

grand chaloupe qui capable

consé-

fair v o y a g e consequent a v e c

faire

des

quens avec et v o u s

qui

voyages

d e faire m o n

nion

matelots,

m a t e l o t là yo , e t v o u

pas envie

gagné

les.

n'avez

gagné

chargement

ment

envie à

fair

pa

charge-

m o u é quand, m o

va prêt.

q u a n d j e serai p r ê t . L e M . Puisque vous p r o -

Le M. D ' a b o r d von p r o -

m e t t e z m ' e m p l o y e r p o u r le

mette employé moué

c h a r g e m e n t , je diminuerai

chargement, m o va ouété

25 g o u r d e s . . . . . . . v o u s

ne

pouvez pas vous plaindre ! L e C . C'est une affaire f a i t e ; nous c o m m e n c e r o n s

25

pour

g o u r d e s . . . . . . vou pa

s a v é plaindre vou ! Le C. C é nion affair non v a c o m m e n c é

fini;

demain

d e m a i n m a t i n ; il faut q u ' à

m a t i n ; fau q u ' à 5 heur y -

5 h e u r e s il y ait d e s m a r -

en-a marchandise à

chandises a terre.

7. 4

terre,


360

C O N V E R S A T I O N S

L e M . A u coup de canon les accons seront à bord , faites préparer des cordages ou amarres , nous mènerons une vingtaine de barriques de vin à la traîne , votre chaloupe pourra aussi en mener.

Le M. A coup de canoa z'accon la y o va à bord , fair yo préparé cordage, non va m e n é nion vingtaine barrique di vin la traine , chaloupe à vou savé m e n é aussi.

L e C . Nous commencerons Le C. N o n v a c o m m e n c é aussi par la farine , et les aussi par farine et gro caisse grosses caisses que nous ou- que non va l'ouvri pour vrirons pour arranger les rangé marchandise dan mamarchandises en magazin., gazin anvant l y barassé par avant qu'il ne soit embar- di vin. et l'autre z'encomrassé par le v i n et autres brage. encombrages. L e M . I l faut débarrasser Le M. F a u débarrassé tou tout ce qui est auprès du ça qui c o t é grand paneau, grand paneau , pour pou- pour yo savé agir py facivoir agir plus facilement lement dan cale là. dans la cale. Faites apprêter le grand palan que nous n'ayons qu'à ie charger en arrivant, votre équipage peut aussi mettre, sur l'avant tout ce qui pourroit nous gêner,

Fair yo p r é t é grand palan , que nou gagné nec qu'à chargé l y en r i v a n t , z'équipage à vou savé aussi m é t é su l'avant, tou ça qui capable géné nou.

Le C . Maintenant que tout est.convenu nous pouvons boire un bol de punch?

Le C. A l o r que tout conv i a i nou savé hoir nion bol punch ?

Le M. Volontiers; je le

Le M. V o l o n t i e r , mo vlé ben.

veux bien.


CRÉOLES. Le C. L'aimez-vous

au

L e M . Cela m'est parfaitement égal. C . Puisque

cela

a i n s i , nous allons l a

est

faire

h a i m é ly

à

Le M.

C é tout m ê m e .

Le C. D ' a b o r d ç a c o m ça , n o u v a fair ly

au z'eux a c -

que rom.

a u x œ u f s , et au r u m . L e M . B r a v o , cela s e r a encore

C. V o u

taffia ou ben à r u m ?

taffia ou au r u m ?

Le

361 Le

Le

M.

B r a v o , ça va

core p y

mieux.

en-

miyor.

L e C. A vôtre santé !

L e C. A s a n t é à v o u ?

L e M . A la v ô t r e .

Le M. A

I l est t r o p f o r t , j e crains de m e griser.

Ly

quien à vou.

trop fort,

mo

peur

grisé m o u é .

L e C . V o u s n'êtes d o n c p a s h a b i t u é à boire du p u n c h ?

Le

C. V o u p a s c o u t u m e

boir p u n c h d o n c ?

L e M . Pardonnez - m o i ,

Le M. M o m a n d é - v o u p a r -

m a i s j e ne m e s e n s p a s bien

don , m a i m o senti p a s ben

a u j o u r d ' h u i , j ai m ê m e très-

jordy,

peu mangé.

n e c q u e pitit brin.

L e C. Voulez-vous prendre quelque chose ?

mo

Le C. V o u - v l é p r e n d e qui

L e M . Il y a l o n g - t e m p s

Le M. L y e n à l o n g - t e m mo

b l a n c , j ' e n p r e n d r a i un m o r -

blanc,

ceau.

morceau.

L e C. H é ! g r o s J e a n , a p un

couple

même

choy ?

q u e j e n'ai m a n g é du biscuit

porte-nous

mangé

de

g a l e t t e s d e biscuit b l a n c . GROS J E A N . M o n s i e u r , il

n'a mo

mangé

biscouit

va p r e u d nion

Le C. H é ! g r o s J e a n , p o r t é b a y - n o u nion c o u p e galette, biscouit b l a n c . Gros Jean Mouché,

ni

n' y


362

С

ONVERSATIONS

a q u e celle-ci q u e v o u s v e z fait r é s e r v e r p o u r d a m e D u m a s ; m a i s je v o u s en donner de d ' é q u i p a g e , qui est beau.

m'a­ mavais celui très-

L e M . Puisque vous n'ena v e z q u e t r è s - p e u en

ré-

en-a n e c q u é cilà v o u - t é fair moué

gardé pour m a d a m e

D u m a s , mai m o v a b a - v o u quien à z ' e q u i p a g e qui t r é bel.

Le M. D ' a b o r d v o n g a g n é necqué

pitit

brin

en

ré-

serve , je mangerai de l'au-

s e r v e , mo va mangé l'au-

t r e , je l'aime beaucoup.

tre , m o h a i m é ly tou p l e i n .

L e C. T a n t mieux, je crois

Le C. T a n m i e u , m o c r é r e

q u e v o u s le t r o u v e r e z b o n ,

vou va

t r o u v é ly b o n ,

j e l'ai fait faire à H o n f l e u r ,

fai l y

fair à H o n n e u r ,

e t bien r e c o m m a n d é , p a r c e

beu

que j'aime que mon

mo

équi-

p a g e soit bien nourri.

recommandé, haimé

mo et

parce

n'équipage

à

m o u é ben nourri.

L e M . V o u s avez r a i s o n ,

Le M. V o u g a g n é raison ,

a v e c d e b o n s t r a i t e m e n s on

a r q u e bon traitement , y o

s'attache m e s , et

mieux l'on

les

hom-

taché z'ome d a v a n t a g e ,

et

d'en

yo save

yo

convenu.

convini.

a droit

exiger le service

exiger service

L e C . M o n é q u i p a g e n'a

Le C. N ' é q u i p a g e a m o u é

jamais m u r m u r é , quand les

pas , jamais murmuré quand

circonstances

c i r c o n s t a n c e s v l é nion travail

o n t e x i g é un

forcé.

travail f o r c é . L e M . V o u s êtes heureux;

Le M. V o u ben h eureti ;

j ' a i c o n n u bien d e s c a p i t a i -

m o c o n é en pile

n e s ; les m e i l l e u r s

m i y o r l a - y o t é s o u v e n t cita -

souvent

ceux

qui

étoient éprou-

y o , qui té p r o u v é p y g r a n d

v o i e n t plus d e d é s a g r é m e n t

désagrément

avec leurs équipages ?

page à yo.

L e C. Cela dépend d u choix,

capitaine ,

acque z'équi-

Le C. Ç a d é p e n d e à c h o i x ,


C r é o l e

363

s.

c a r , c o m m e dit le p r o v e r b e ,

c a r , tan c o m

p r o v e r b e la

il n e faut q u ' u n e brebis g a -

d i r , fau n e c q u é nion b r e b i

l e u s e p o u r g â t e r un t r o u -

galeux pour gâter nion trou-

p e a u ; m o i , j e connois m o n

peau ;

m o n d e . I l y a six a n s q u e le

m o n d e à m o u é , ly en à six;

moué ,

mo

coné

maître navigue avec moi ;

a n s , q u e m a î t r e là navigues

la p l u p a r t des a u t r e s m ' o n t

acque moué ; p l u - p a r t les

suivi depuis plusieurs v o y a -

autres suivre m o u é dans p y

ges.

plusieurs voyages. vous

Le M. C o m ça v o u c o n é -

mutuellement,

v o u m i t i y u e l l e m e n t , et z ' a -

L e M . Ainsi connoissez

vous

et l'habitude d'être e n s e m -

bitude déyé ensemble , c o n -

ble , contribue beaucoup à

tribué

s'ympatiser.

vous.

Finissons notre p u n c h , il faut q u e j e m e r e t i r e p o u r

tou

Anon à - nou,

plein

nou fau

à

fini

cordé

punch

m o ale p o u r

donner des ordres à m e s a c -

bay

c o n n i e r s , afin qu'ils s o i e n t

n i e r s à m o u é , afin q u e

i c i , m ê m e avant le coup de

i c i , m ê m e anvant coup c a -

canon.

non.

L e C . C ' e s t bien p e n s e r , j e vais d e

mon côté

faire

t o u t d i s p o s e r p o u r les r e c e -

z'ordres

à

z'acconyo

Le C. C é b e n s o n g é , m o v a c ô t é à m o u é l'air y o tout p r é p a r é p o u r r e c e v o i r yo»

voir.

D I A L O G U E Entre

un Capitaine

arrivant de France,

de Navire, L'ENTREPRENEUR. J e v i e n s

et un

Charpentier

entrepreneur. L'ENTRE PRENEUR. M o sorti

d'apprendre,Monsieur, que

a p p r e n d , M o u c h é , que

v o u s a v e z é p r o u v é des d o m -

t é é p r o u v é d o m a g e dan tra-

vou

m a g e s d a n s la t r a v e r s é e .

versée.


364

C O N V E R S A T I O N S

L E CAPITAINE. Cela e s t

Le Capitaine.

Ça vrai.

vrai. L ' E n t r . Croyez-vous que v o t r e n a v i r e a i t besoin

de

réparations ? Le

L ' E n t r . Vou navire

c r é r e v o u q uée

à vou gagné

bisoin

réparations ?

C . Il a

été

caréné

Le

C. L y té c a r é n é a n -

a v a n t n o t r e d é p a r t , m a i s le

vant nou

coup d'ouragan m a mis dans

z ' o u r a g a n là m é t é m o u é d a n

le

cas

c a s de lui faire

encore

parti,

fair ly b a y

mai coup encor

nion

radoub.

d o n n e r un r a d o u b . L'Entr. Fait-il beaucoup d'eau ?

L'Entr.

L y fair d'iau

en

pile ?

L e C . L e s p r e m i e r s jours d'après

l ' o r a g e , nous

faisions

t r e n t e - six p o u c e s

par v i n g t - q u a t r e

en

heures;

Le

C. P r i m i é j o u r s a p r è s

z ' o r a g e , nou té fair t r e n t e six p o u c e s p a r v i n g t - q u a t r e h e u r s ; mai, dan beau

tem

m a i s au beau t e m p s j ' a i fait

mo

mo

d é g a g e r c e q u e j'ai p u ,

pu , et tancher miyor pos-

et

fair yo d é g a g é ç a

é t a n c h e r le m i e u x p o s s i b l e ;

sible,

à p r é s e n t nous n'en

n e c q u é treize p o u c e s -

que

treize

L'Entr.

faisons

n'est

pas

y pourvoir.

on n'a pu c a l f a -

ter q u e t r è s - l é g è r e m e n t les

bordages

je veux que à

présent

L'Entr.

Ç a p a s tou-plein ,

m a i s p o u r t a n faut p o u r v o i r à ça.

L e C . C ' e s t m o n intention,

tre

fair à

pouces. Cela

b e a u c o u p , néanmoins-il faut

d'ailleurs,

nou

en-

écartés ,

cela soit fait

Le

C.

C é z'intention à

m o u é , a ailleur yo pa te s a v é calfeter n e c q u é l é g è r e m e n t , e n t r e b o r d a g e carté là m o vlé

ça fait à

yo,

fond.

fonds.

L'Entr. Les membres d o i v e n t aussi avoir f a t i g u é ?

L'Entr.

Membre

d o u é avoir a u s s i f a t i g u é .

yo


C R É O L E S .

Le C . B e a u c o u p . L ' E n t r . J e vois q u e v o u s s e r e z obligé

de

365

Le

virer

eh

quille , p o u r r é p a r e r v o t r e '

C. T o u plein.

L'Entr.

M o voir q u e v o u

va bligé v i r é en q u i l l e , p o u r réparer bâtiment à vou.

bâtiment. L e C . J e voudrois pour-

Le C. M o té voudra p o u r -

dispenser,

tan b e n d i s p e n s é m o u é , ç a

c e l a d e v i e n d r a fort c o û t e u x

v a divini c o û t e u x p o u r z ' a r -

aux armateurs.

mateurs.

t a n t bien m ' e n

L'Entr. Z'armateur L ' E n t r . à vou Vos

armateurs gré

yo va savé vou miyor gré

q u e si v o u s e x p o s i e z leur b â -

p a s s é si v o u - t é e x p o s é b â -

vous sauront meilleur

t i m e n t , l ' é q u i p a g e et la c a r -

timent

gaison.

cargaison.

L e C . J e sais cela c o m m e vous , mais avant de

rien

à y o , z'équipage et

Le C. M o c o n é ça tan q u o n vou,

mais auparavant d é -

d é c i d e r , il f a u t laisser d é -

cidé à r i e n , faut l a i s s é d é -

c h a r g e r le n a v i r e , n o u s e n

chargé bâtiment l à , nou va

ferons

fair e n s u i t e nion v i s i t e c o m -

ensuite, une

visite

complette

plete

L'Entr. V o u s voyez mons i e u r qu'il v o u s

est

indis-

pensable de donner une c a r è n e en plein

à votre b â -

L'Entr.

V o u voir m o u c h é ,

vou pas savé dispensé vou bay nion c a r è n e en p l e i n , à bâtiment à vou.

timent. L e C . C e l a est v r a i , m a i s

Le

C.

Ça

vrai, mai mo

j e n e puis l ' e n t r e p r e n d r e q u e

pas capable entreprendre ly

d a n s un m o i s ,

a v a n t nion m o i s , p a r c e m o

parce que

j'ai besoin de m o n

maître

charpentier au magasin.

g a g n é bisoin pentier

maître c h a r -

à moué

dan

ma-

gasin. L ' E n t r . Il n ' e s t p a s besoin

L'Entr.

Ly pa bisoin m a î -


366

CONVERSATIONS

de votre maître charpentier , je suis e n t r e p r e n e u r , j'ai des p o n t o n s , des ouv r i e r s , e t c , tout ce q u i e s t n é c e s s a i r e au r a d o u b . J e p o u r r a i faire v o t r e c a r è n e , d'ailleurs, v o t r e m a î t r e c h a r p e n t i e r et s e s aides s e u l s , y seraient trop l o n g - t e m p s , p u i s q u e v o u s a v e z aussi u n e p a r t i e d e l ' e n v e r g u r e à réparer.

tre charpentier à v o u , m o entrepreneur, m o , gagné ponton, z ' o u v r i e r , e t c , tout ça qui n é c e s s a i r e à r a d o u b . M o s a v é faîr c a r è n e à v o u , épy maître charpentier à v o u a c q u e z'aide à l y y o tou sol , yo scré té t r o p long - t e m p s , p u i s q u e v o u g a g n é aussi nion p a r t i e z'envergure pour réparer.

Le C. J'ai le temps de pourvoir à tout c e l a , j'aurai s e u l e m e n t besoin d'un ponton , c o m b i e n m e le l o u e r e z - v o u s ?

Le C. M o g a g n é t e m p s p o u r v o i r tou ç a , m o v a tan s e u l e m e n t bisoin nion p o n t o n , c o m b e n vou-va loué m o

ly ? ! L ' E n t r . J e les loue o r d i nairement

6

gourdes

par

j o u r , q u a n t on prend aussi c h e z m o i , l'étoupe , l e suif e t le goudron ; a u t r e m e n t , c'est u n e p o r t u g a i s e .

L'Entr. M o loué yo ordinairement 6 gourdes par j o u r , q u a n t y o p r e n d là c a z e à moué , n ' é t o u p e , souif et godron ; l ' a u t r e m e n t cé nion p o r t u g a i s e .

Le C. V o u doi c r é r e q u e L e C . V o u s d e v e z croire que j e ne p r e n d r a i p a s c h e z v o u s m o pa allé p r e n d r e la c a z e à t o u s c e s objets , p u i s q u e j ' e n vou tou b a g a g e là y o , d'aai à bord , et c'est trop c h e r b o r d m o g a g n é à bord-, ç a à u n e p o r t u g a i s e ; j e v o u s trop cher à nion p o r t u g a i s e ; m ' a ba vou 6 g o u r d e s . donnerai 6 gourdes. L ' E n t r . V o u s ê t e s le p r e -

L'Entr.

V o u primier à qui

m i e r à qui je l'aurai laissé

m o laissé ly pour p r i x - l à ;

p o u r ce p r i x , v o u s profitez

v o u profité q u e ni a point

de la c i r c o n s t a n c e o ù il

g u è r e n a v i r e là sur r a d e ;

y


C a très

RÉOLES.

peu de navires

r a d e ; je vous prie

367

en m o p r i é v o u t a n t s e u l e m e n t

seule-

vou p a s d i r p e r s o n n e à r i e n .

m e n t d e n'en parler à personne. Le C. Vous, pouvez être tranquille à cet égard, j e n e . rends jamais compté de mes affaires , q u ' à mes. a r m a teurs. L'Entr. Adieu Monsieur,

Le

C. V o u c a p a b l e t r a n -

quille à n'égard l à , m o

à moué qu'à z'armateur à moué. L'Entr.

Adieu

Mouché,

q u a n t vous s e r e z p r ê t v o u s

quan vou v a prêt vou

m e ferez p r é v e n i r .

fair y o

Conversation

entre un Capitaine

LES HABITANS. M o n s i e u r , nous

avons

l'honneur

de

pa

j a m a i r e n d c o m p t e z'afaire

Les

va

verti moué.

et des

Habitans.

Habitans.

Mouché

n o u l'honneur salué v o u .

v o u s saluer. L E C A P I T AINE. M e s s i e u r s , , j e suis v o t r e s e r v i t e u r .

Le Capitaine. Messieu , vos serviteur.

H . O n nous a dit q u e v o u s

H. Y o dire n o u v o u g a -

a v i e z u n e c a r g a i s o n très-bien

g n é nion c a r g a i s o n t r è s - b i e n

a s s o r t i e s u r - t o u t en bon vin.

a s s o r t i , s u r - t o u t bon di vin.

L e C . O n a fait tout c e qu'il étoit p o s s i b l e p o u r bien

Le

C. Y o fair tou ça y o

t é p e u , pour bon contré.

rencontrer. H. C ' e s t le m o y e n d ' a v o i r

H. Cé m o y e n g a g n é

b i e n t ô t le d é b i t .

t o t débit.

L e C. C'est là m o u b u t ; d e q u o i s'agit-il ?

qui

H. N o u s v o u d r i o n s nous, approvisionner.

v i s i o n n é nou,

Le

H.

C.

Cé but à

ben-

moué,

ç a li s ' a g î t ? Nou

té voudré pro-


368

C O N V E R S A T I O N S

L e C. C e l a e s t t r è s - p o s -

Le

C. Ç a t r è s - p o s s i b l e t-

s i b l e , m a i s à qui a i - j e l'hon-

m a i qui cila m o g a g n é l'hon-

neur de p a r l e r ?

neur p a r l é ? r

H. Nous sommes M . . • et m o i , habitans d e - . . . je r

H.

M o u c h é et m o u e n o u

z'habitans d e

yo

hélé

m e n o m m e . T . . . e t . M . P,..

m o u é J . . et m o u c h é ' P . .

je fais d e l'indigo et m o n -

m o fair l'indigo et

sieur d e s u c r e .

soucrier. r

L e C. Q u o i c ' e s t M . 'F... v o i l à une h e u r e u s e r e n c o n tre , comment vous portez-

Le

mouché

C. Q u o i cé M.° P . . .

à vla nion h e u r e u x r e n c o n tre,

c o m m e n t vou p o r t é ?

vous? H . T r è s - b i e n Dieu m e r c i ; et v o u s ?

H.

L e C . C o m m e vous voyez t r è s - b i e n et t o u j o u r s d i s p o s é à v o u s obliger. H.

J'en

tré

ban gran

merci

b o n D i e u ; et v o u ? Le

C. C o m vou v o i r , tré

b o n , et t o u j o u r s p r ê t b l i g é vou.

suis p e r s u a d é ,

H. M o b e n sottré', a u s s i

aussi étois-je s u r p r i s du p r e -

mo t é s u r p r e n d p r i m i é a c -

m i e r accueil q u e v o u s n o u s

cueil v o n fair n o u s ?

ayez f a i t ? L e C. M a foi je n'avois p a s

Le

C. M a foi m o p a s té

le plaisir de v o u s r e m e t t r e ,

g a g n é plaisir r e m e t t r e - v o u ,

car,à m o n dernier v o y a g e ,

car d e r n i é v o y a g e à m o u é ,

je n'ai p a s eu celui de v o u s

m o p a s té g a g n é cila

voir?

vou ?

H . Cela est v r a i , J ' é t o i s

H.

Ça vrai, mo té

ben

bien m a l a d e , c e p e n d a n t j'ai

m a l a d e , pendant

fait p r e n d r e q u e l q u e c h o s e

y o p r e n d e qui clioi là c a z e

chez vous.

à

L e C. Cela peut ê t r e , je

mo

voir

fair

vou. Le

C.

Ça possible,

mo


C R é O

369

L E S,

ne m'en rappelle pas , sans

pa souveni m o u é , p e u t - ê t r e

d o u t e on n e v o u s a u r a p a s

y o pas té nommé vou ?

nommé ? H . Il est p o s s i b l e ; c a r j ' a i

H.

Ç a possible ,

m o fair y o

ce dont j'avois besoin.

t a n t , ç a m o te bisoin.

L e C. V o u s saviez que

Le

acheté

parce

fait a c h e t e r a u c o m p t a n t ,

comp-

C. V o u té c o n é v o u

v o u s a v e z crédit c h e z m o i ,

g a g n é c r é d i t là c a z e à m o u é ,

c e q u e j e ne ferois p a s à

mo

t o u t le m o n d e .

monde ?

H . N o u s n o u s en s o m m e s

p a fair a u t a n t à

H.

N o u t é voir ç a

tout

en

entrant.

apperçus en entrant. L e G. V o u s ne b l â m e r e z

Le

C . V o u p'alé b l â m é

sans doute pas ma prudence;

sans doute p r u d e n c e à m o u é ;

la

confiance

confiance

mateurs

que mes

m'accordent ,

arla

z'armateur

à

m o u é cordé m o u é ly c o m -

commande.

mandé ly.

H . N o u s s o m m e s au cont r a i r e t r è s - flâtes q u e v o u s veuilliez bien n o u s d i s t i n guer.

H. N o u b e n c o n t e n c o n t r a i r e q u e v o u s vlé b e n distingué nou.

L e C . J e crois q u e v o u s

Le C. M o c r é r e v o u c o m m e n c é par m a n d é m o u é di v i n .

avez commencé par m e d e m a n d e r d u vin. H . N o u s en a v o n s p a r l é . L e C . E h bien! n o u s allons

H. N o u t é p a r l é . Le

C. E h b e n ,

nou v a

déjeuner ensemble ; j'aurai

dijiné e n s e m b l e , en m ê m e

e n m ê m e t e m p s l e plaisir

t e m p s m o v a g a g n é plaisir

de v o u s faire goûter quel-

fair v o u g o û t e r l ' a u t r e q u i

que c h o s e , c o m m e du b œ u f

choi, c o m b œ u f la m o d e , j a m -

à la m o d e , d u j a m b o n , du

b o n , di b e u r r e , e t c .

b e u r r e , etc. Tome

II.

A a


370

CONVERSATIONS

H. Volontiers , nous ne H. V o l o n t i e r , é p y n o u s o m m e s d'ailleurs v e n u s e n vini e n ville n é c q u é p o u r ville , q u e p o u r faire nos fair z ' e m p l e t t e à nou la c a z e emplettes chez vous et dià v o u , et diné la c a z e à M . . . ner chez Le

C. Vous

M

connoissez

c'est un bien d i g n e

h o m m e , je lui ai

vendu

il y a trois jours p o u r 3 o u 4 m i l l e livres d e différentes

Le

Ç. V o u c o n é M

c é nion ben d i g n e h o m m e , m o v e n d e l y li en à troi jour p o u r 3 ou b e n 4 m i l l e livres m a r c h a n d i s e s .

marchandises. H . C e l a ne n o u s

étonne

H.

Ç a pa étoné n o u , ly

p a s , il fait b e a u c o u p d'affaires

fair en pile z ' a f a i r e , s u r -

s u r - t o u t en

tout e n

Le

commission.

C . J e croyois

qu'il

H.

Cela est v r a i , mais aimons

faire

notre

beaucoup choix ,

C. M o té c r é r e l y l é

fair q u i e n à v o u a u s s i ?

faisoit a u s s i les v ô t r e s ?

nous

Le

commission.

à

sur-

H.

Ça

vrai,

mai

n o u , s u r - t o u t q u a n nou g a -

tout quand nous avons des

gné

approvisionnemens

c o n s é q u e n t p o u r fair.

consé-

non

h a i m é t o u plein fair choi à z'approvisionnement

q u e n s à faire. L e C . C ' e s t fort bien , allons m e t t o n s n o u s à t a b l e . Comment

trouvez-vous

ce v i n ? H. il

me

Un

peu

semble

chargé , qu'il

sent

a u s s i le f û t . L e C. i l v o u s p a r a î t c h a r gé p a r c e qu'il n'est p a s p o s é ,

Le

C. C é b e n , a l o n n o u

m e t é nou à table. C o m m e n t v o u t r o u v é di v i n là ? H. Pitit brin c h a r g é , l y s e m b l é m o u é l y senti

goû

fût a u s s i . Le

C. L y p a r a î t r e

vou

chargé, parce ly pa posé, ly


С R É

ОLES

З71

il v i e n t d'être d é b a r q u é , et

sorti d é b a r q u é , c h a l e u r

!a c h a l e u r qu'il

ly faire s a v é b e n fair c r é r e

fait

peut

b i e n v o u s faire croire qu'il

v o u , q u e ly g a g n é g o û fût ,

a le g o û t du f û t , m a i s n o u s

m a i nou v a g o û t é l ' a u t r e .

en g o û t e r o n s

d'autre.

H . Voilà du j a m b o n qui

H.

A v l à j a m b o n qui e x -

cellent ?

est excellent ? L e C . V o u s vous y con-

Le C. V o u c o n é v o u , c é

n o i s s e z ; c'est u n e pacotille

nion pacotille p a r t i c u l i é , y o

p a r t i c u l i è r e ils v i e n n e n t d e

sorti B a y o n n e m o

b a y o n n e je v o u s e n g a g e

vou

en p r e n d r e 2 o u 3 d e

à ce

prend

engagé

2 3 dan

bou-

c a u d là a v a n y o e n l e v é y o .

b o u c a u d , a v a n t qu'ils s o i e n t enlever. H. Vous

avez

raison ,

faites en m e t t r e 6 à p a r t ,

H.

Vou

gagné

raison ,

fair y o m e t é 6 à p a r t , q u e

q u e nous p r e n d r o n s à n o u s

nou v a p r e n d à n o u d e u x ;

deux ; mais c o m m e dans ces

m a i c o m y en a c h o i d a n

o b j e t s il y a du c h o i x , n o u s

bagage l à , nou va sondé y o .

allons les s o n d e r . Mettez y notre marque ,

Meté

marque

à

nou ,

ainsi q u e sur c e s 2 b a r r i l s

tan com

d e b œ u f à la m o d e ?

b e u f la m o d e là y o ?

Le C

V o i l à q u i e s t fait.

L'H. Votre

beurre

est

b l a n c et u n p e u t r o p salé ? L e C. Il y en a d ' a u t r e , g o û t e z - l e en voilà un p a r t i d ' I x i m u d e qui v o u s conviens dra. L ' H . Il est t r è s - b o n , m e t -

sur 2

barrils

Le

C. V l à ç a fait.

L'H.

B e u r à vou

blanch

e t pitit b r i n t r o p s a l é . Le C. L y en a l ' a u t r e , g o û t é - l y av l à nion p a r t i I x i i m u d e q u i v a convini v o u s .

L'H.

Ly

tré-bon,

Aa

a

meté


372

C O N V E R S A T I O N S

tez-nous ces 4 frequins coté.

de

4 f r é q u i n là y o à c o t é ;

(1)

Maintenant voyons votre a u t r e vin ?

Astor

à nou

nou

voir

l ' a u t r e di vin à v o u ?

L e C . E n voici du Ségur ;

Le C. C i l a là c é S é g u r , c i l a

c e l u i - c i e s t du C h â t e a u - M a r -

ici c é

g a u ; v o i l à le H a u t B r i o n ,

avlà H a u Brion , m o

gagné

j ' e n ai a u s s i d u C a p - B r e t o n

a u s s i C a p - B r e t o n en

bou-

en bouteilles.

teille.

H.

E s t - c e bien

B r e t o n , c a r on

du C a p nous

en

H.

Château - Margau ,

Ça ben C a p - B r e t o n

car yo v e n d e - nou de l'en-

v e n d d e cet e n d r o i t , six fois

d r é t - l à six foi p a s s é que

p l u s q u ' o n n'en fait.

fair.

Le

C . J e l'ai tiré m o i -

m ê m e du lieu ?

avant

t r e choix , noître

les

de

Mo

tiré

ly

mo-

m ê m e l'endrét ?

H . A l o r s nous y c r o y o n s , mais

L e C.

yo

faire

no-

il f a u t c o n conditions

aux-

quelles vous nous vendez ;

H. A l o r s nou c r é r e à l y , m a i a v a n t n o u fair

choi-a

nou fau, coné conditions

que

vou v e n d e - n o u , ensuite nou v a parlé prix,

ensuite nous parlerons des prix. L e C. Vous

connoissez

Le C. V o u coné z ' u s a g e ,

•lés u s a g e s , il f a u t q u e d a n s

fau d a n troi m o i s m o fair

trois mois je fasse m e s r e -

recouvremens à m o u é , pour

couvremens

fair c h a r g e m e n t à m o u é ?

pour

opérer

mon chargement ? H . V o u s s a v e z aussi q u e j e p a y e en d e n r é e ,

j'au-

rai positivement à cette é p o -

H. V o u c o n é a u s s i que payé

en

tivement

denrées , m'a

mo

posi-

gagné d a a

(1) Petit tonneau de la grosseur d'un quartaut de bierre.


С que une étuvée

de

RÉOLES. sucre

q u e j e p o u r r a i v o u s livrer.

З7З

t e m - l à , nion étivé s o u c r e que m o c a p a b e l i v r é - v o u . Et m o u é ,

m o va g a g n é

E t m o i j'aurai a u s s i u n e douzaine de sacs d'indigo ?

d'igo ?

L e C . Cela m'arrangera très-bien , j'enverrai mon l i e u t e n a n t les voir.

Le C . Ç a v a a r r a n g é m o b e n , m ' a v o y é lieutenant à m o u é voir y o .

H . V e n e z - y vous m ê m e , n o u s nous a m u s e r o n s , et v o u s nous ferez plaisir ?

H . V i n i v o u - m ê m e , non va m u s é - n o u , e t v o u v a fair nou p l a i s i r ?

L e C , J e ferai m o n p o s sible , m a i s je ne puis p a s v o u s p r o m e t t r e ; cela d é pendra des occupations que j'aurai. H. Maintenant nuons, :

conti-

V o i l à six b a r r i q u e s d e vin d e Haut Brion que nous marquons : voyons votre f a riné ? L e C . E n voici d e M o i s s a c , e t en voilà d ' E t a m p e s .

aussi

nion

douzaine

sac

Le C. M a fair p o s s i b l e à moué , mai m o pa savé promette-vou , ça va dépende z'occupations m o va gagné.

H. A s t o r

anon-nou con-

tiné : A v l a six b a r r i q u e s v i n H a u t - B r i o n , que nou m a r q u é , v o y o n farine à v o u ?

Le

C. C i l à i c i , c é M o i s -

s a c , cilà l à , c é d ' E s t a m p e .

H., C e l l e - c i m e p a r o î t plus H. C i l à ici p a r o i t - m o u é Fraîche, et plus b l a n c h e ? p y f r a î c h e , et p y b l a n c h ? L e C . V o u s a v e z le choix. H . Marquezrnous ces huit barrils ? L e C . Voulez - vous de l'auisette de Marie Brisard.

Le

C. V o u g a g n é choix.

H, M a r q u é h u i t b a r r i l s - l à yo? Le C. V o u vlé z ' a n i s e t t e à Marie Brisard. Aa 3


374

C O N V E R S A T I O N S

H. Si

c'est

d e la

vraie

H.

Si c é

vrai Brisard ,

B r i s a r d , n o u s en p r e n d r o n s

nou va prende chacun deux

c h a c u n d e u x p a n i e r s ou q u a -

paniés ou quatre p o m p o n -

tre pomponnelles ?

nelle ?

L e C. J e puis vous l'as-

Le C. M o

savé souré-ly

vou.

surer. H . Mettez-y une étiquette. Nous

avons

besoin

H. M e t é Nou

de

nion t i q u é t t e .

gagné

bisoin

pli-

d e toile :

sieurs s o r t e toile , d ' a b o r d ,

d ' a b o r d , d e belle F l a n d r e ,

bel F l a n d r e , p o u r fair n o u

plusieurs

sortes

pour nous mises;

faire d e s

ensuite

Dinant,

che-

du b r i n d e

et du V i m o u t i e r ,

c h i m i s e s ; e n s u i t e brin nan ,

acque

p o u r biller

n è g r e à nou ,

p o u r habiller n o s n è g r e s a u

pour bon jour bonne

p r e m i e r d e l'an ?

née ?

L e C.

J'en

ai d e

su-

Le

Di-

Vimoutier,

C. M o

an-

gagné qui s u -

p e r b e , voilà d u v r a i C o u r -

perbe , avlà vrai C o u r t r a i ,

t r a i , v o u s n'en

vous

trouverez-

pa allé' trouvé

p a s d'un p l u s b e a u b l a n c ,

p l u b e l b l a n , ni n i o n

ni d'un m e i l l e u r u s a g e .

sage miyor.

H.

N o u s prendrons

quatre pièces ,

nion l'u-

ces

H. N o u v a p r e n d e q u a -

qui parois-

t r e p i è c e s l à - y o , qui p a r o î -

sent de m ê m e qualité ?

tre m ê m e qualité? L e C. C é m ê m e n u m é r o ,

L e C . C ' e s t le m ê m e n u m é r o , . . . l e s voilà a v e c v o s

avla-yo

a u t r e s e f f e t s , . . . c e t t e balle

b a g a g e s , . . . balle brin - l à

de

brin v o u s

conviendra

a c q u e les z ' a u t r e s

v a c o u v e n i v o u a u s s i ; ly e n

a u s s i , il y en a q u a t r e p i è -

à

ces toutes semblables.

semblé.

quatre

pièces qui

H . E t c e l l e là ?

H. E t cilà-là ?

L e C. C'en-est encore du

Le C. C é e n c o r m ê m e

même.

tout

là.


C R É O L E S

H.

Nous

la

prendrons

aussi ? R é c a p i t u l o n s un peu nos objets.

L e C . O n a pris n o t e :

375

H. N o u aussi ? A pitit

Le

va

prende

non - nou c a p i t u l é brin b a g a g e à n o u

C. Y o p r e n d la note : liv.

liv. 5. 6 J a m b o m s de B a y o n ne, à 24

15

mode, à 4 frequins b e u r r e , d e 80 liv. c h a q u e , à .

3o

à

la 30

4 frequins beure de 80 1

5

liv. c h a q u e , à . . . .

6 B a r r i q u e s d e vin d e H a u t B r i o n , à . . . 240

6 Barriques à

8 B a r i l s farine M o i s -

8 Barils farine, à . . .

sac , à . . . . 4 Paniers anisette M . Bd., à

26

10

5

82

4 Paniers à

l'anisette,

26 10 Cour-

t r a i , 168 a u n e s , à

15

15

8Pièces brin 7/8 a u n a n t 521 1/2, à . . . .

1

vin,

240

4Pièces toile

trai, aimant ensem-

168, à

de

82

4 P i è c e s toile C o u r ble

s.

6 J a m b o n s , à 3 gourdes. 2 Barils b œ u f mode , à

2 Barils de b œ u f à la

ly

415

L e C . V o i l à tout. H . N o u s oublions le vin du C a p - B r e t o n , q u e l q u e s pobans d'olives, d'anchois, d e s c â p r e s , et d e s c o r n i chons.

8 P i è c e s brin 7/8, 521. 1/2 a u n e s , à . . . . . . .

4

15

Le C. A v l a tout. H. N o u blié di vin C a p Breton , quéque pobans z'olives, z'anchoix, capres, et cornichons.


376

C O N V E R S A T I O N S

Le C. Nous

allons

les

Le

C. N o u v a j o u t é y o :

ajouter : i°.

4 Caisses de vin, cha-

D'abord,

4 caisses vin

c u n e d e 25 b o u t e i l l e s , e t 6

Cap-Breton,

pobans d e chaque

teilles, et 6 pobans chaque

espèce

des autres.

d e 25 b o u -

l'espèce les a u t r e s .

H . M e t t e z en une caisse

H. M e t é

de chacune douze pobans.

nion

caisse d e

12 p o b a n s d e c h a q u e .

L e C . L e s voilà.

Le

H . V o u s ferez m e t t r e tous

H. V o u v a faire y o m e t é

c e s o b j e t s au p a s s a g e r , p a r c e

tout bagage-là d a n p a s s a -

que nous enverrons nos c a -

ger , p a r c e n ' a v o y é c a b r o u e t

C. A v l a y o .

brouets les prendre a p r è s -

à nou y o , p r e n d y o , a p r é s -

demain à

démain

notre

embarca-

daire.

l'embarcadaire

à

nou.

Conversation

entre

Nègre

un Propriétaire

Commandeur

LE PROPRIÉTAIRE. H h bien ! T h é l é m a q u e

où en

de son

de Sucrerie

et le

Habitation.

Le Propriétaire.

H h bien !

T h é l é m a q u e o u é t é nou y é ?

sommes-nous ? THÉLÉMAQUE. N o u s a v o n s fini

de sarcler, couper, ou

planter

la pièce q u e v o u s

avez ordonnée. Le bien

P . L a terre

Thélémaque.

N o u fini ( o u

c a b a ) s a r c l é , c o u p é ou p l a n t é , p i è c e la v o u t é dir o u ordonné ?

est-elle

mouillée , bien h u -

m i d e , p e u t - o n planter des cannes , e t des vivres ?

Le

P . T e r r e - l a ben mouil-

l é e , y o savé planté c a n n a acque vivres ?


C R É O L E S . Th.

Ouï

377

Th.

Monsieur.

L e P . H h bien ! tu ira d e -

Oui M o u c h é .

Le P. H h b e n ! t o v a a l l é

m a i n a v e c le g r a n d a t e l i e r ,

demain

fouiller la p i è c e

le

l i e r , fouiller la p i è c e № . 8 ,

p e t i t atelier ira c h e r c h e r d u

le pitit atellier v a l é h c h e r -

plant.

ché plant.

N°.

8,

T h . Q u e ferons-nous avec l e s n o u r r i c e s , et les v i e u x ?

Th. que

acque grand

atel-

Ç a nou v a f a i r e a o nourrices,

et

vieux

monde ? L e P. T e s vieux

sarcle-

Le P. V i e u x l à - y o v a s a r -

r o n t les h a i e s , e t les n o u r -

clé hayies l à - y o ,

r i c e s j e t t e r o n t ou s è m e r o n t

rices l à - y o v a s e m é plant.

et

nour-

le plant. Th. Monsieur, № .

5 est bientôt

couper,

la p i è c e bonne à

n o u s p o u r r o n s la

r o u l e r a u s s i t ô t q u e nous a u ­

Th.

Mouché , pièce

№ .

5 , bentôt bon pour c o u p é , n o u s a v é r o u l é - l y sitôt n o u caba planté № . 8 .

r o n s fini d e p l a n t e r l e № . 8 . L e P.

Tu

as r a i s o n ,

je

Le P.

T o g a g n é raison ,

l'aurois c o m m e n c é e a u j o u r -

m o s é r é t é c o m m e n c é ly jor-

d ' h u i , m a i s les m u l e t s s o n t

dy, mais milets là-yo fatigués

fatigués des

charrois

charrois

que

n o u s a v o n s fait à l ' e m b a r c a -

là-yo

nou

sorti

fair l ' e m b a r c a d a i r , p o u r d e r -

d a i r e d e la d e r n i è r e é t u v é e ,

n i è r e n ' e t i v é e , e t pi m o v l é

et je v e u x profiter de l'hu-

profiter

m i d i t é de la t e r r e p o u r p l a n -

mouillé pour planté cannes

t e r d e s c a n n e s , et d e s p a t a -

acque patates.

pendant

terre

la

tes. T h . E n parlant de p a t a tes , l'hospitalière m e m a n d e des vivres malades.

de-

pour les

Th.

Pendant

nou

après

parlé p a t a t e s , l'hospitalière mandé moué vivres, malade là-yo.

pour


З78

C O N V E R S A T I O N S

L e P . T u dira aux

gar­

diens d e s e n v i r o n s ou tu t r a -

Le P.

T o v a dir g a r d i e n

l à - y o c ô t é ou éti to t r a v a i l ,

vailles, de couper soixante

coupé trois

r é g i m e s de bananes , et de

bananes,

fouiller c i n q o u six p a n i e r s

ou six p a n i e r s p a t a t e s , q u e

d e p a t a t e s , q u e les c a b r o u e t s

cabrouets l à - y o , va prend

p r e n d r o n t d e v a n t leurs a j o u -

douvan joupa à y o ,

p a , en r e v e n a n t à m i d i .

y a vini à m i d y .

Th.

On

me

demande

Th.

vingt régimes

et

Yo

fouillé

cinq

quant

mandé

moué

a u s s i du s u i f p o u r g r a i s s e r

aussi suif pour graisser c a -

les

b r o u e t s l à - y o , et p o u r m o u -

c a b r o u e t s , e t p o u r les

moulins.

lin l à - y o .

L e P . J ' y v e i l l e r a i , il f a u t ,

Le P. M ' a l l é veillé ç a , fau

p u i s q u e n o u s allons r o u l e r ,

ben

q u e j e f a s s e aussi

mo

remon-

d ' a b o r d n'allé faire

aussi

roulé,

remonter

t e r la g r a n d e c h a u d i è r e e t

grand chaudière acque b a t -

la b a t t e r i e .

t e r i e là.

Quand

nous

couperons

le № .

5 ,

tu f e r a s

met­

tre des

têtes à cannes de

Quand №.

5 ,

pour

à bagasse.

bagasse.

L e Sucr. Monsieur , m e voilà. L e P . Dans quelques jours n o u s allons c o u p e r le № . 5 . T o u t est-il e n é t a t d a n s la sucrerie ? S . L a grande chaudière et la b a t t e r i e s o n t d é m o n -

va

va

coupée

faire

yo

m é t é tête à canne à côté ,

c ô t é , pour couvrir une caze

A p p e l l e le m a î t r e s u c r i e r .

nou to

couvrir

Helé Le

nion caze

à

maître sucrier là. suer.

Avla

moué ,

Mouché. L e P . D a n s d e u x trois j o u r s n o u v a c o u p e r № . 5. T o u t qui c h o s e d a n s o u c r e r i l y en é t a t ? S.

Grand

chaudier

acque batterie, yo d é m o n t é ;


С R É О L E S tées. L e f l a m b e a u a b e s o i n de quelques réparations. P. L e s maçons doivent y

З79

f l a m b e a u la bisoin r é p a r a tion. P.

M a ç o n là y o doit t r a -

travailler a u j o u r d ' h u i . — I l

vailler j o r d y . — F a u d r a p r é -

f a u d r a p r é p a r e r la l e s s i v e .

parer lissive.

S. nous nous dans

S i le c h a u x - f o u r n i e r n e e n v o i e p a s d e la c h a u x , n ' a v o n s rien à m e t t r e le v e s o u .

S. Si c h a u f o u r n i é p a s v o y é l a chau b a y nou , n o u p a s g a g n é à rien pour mette dans vezou.

P . I l en a p r o m i s p o u r

P. L y p r o m e t t r e ly p o u r d é m a i n , ly v a a s s é t e m s . — F a u d é p ê c h e r la s u s s u c r e la y o q u i dan p u r g e r i e .

d e m a i n , il s e r a à t e m p s - — I l faut se d é p ê c h e r s u r les s u c r e s qui sont à la p u r g e rie. S. N o u s s o m m e s à locher

S. N o u a p r è s loché d e u -

la s e c o n d e c a b a n e ; d e m a i n

xième cabanne. Démain nou

n o u s les p l a n t e r o n s , e t f e -

v a p l a n t é y o , et nou va faire

r o n s les fonds.

fonds.

P. A

t-on

préparé

la

P.

Y o p r é p a r é t e r r e là.

terre. S . E l l e e s t à sa d e r n i è r e eau q u i e s t très-claire. P. D è s q u e t u auras fini d e t e r r e r , tu f e r a s f e r m e r l e s fenêtres d e s b â t i m e n s , afin q u e l'air ne la d e s s è c h e p a s trop p r o m p t e m e n t . S. J deux même moter

e crois qu'il suffira d e t e r r e s . O n pourroit se contenter d e p l u la p r e m i è r e .

S. L y d a n dernier d'iau qui ben clair. P.

D r é t to v a fini t e r r é ,

t o v a fair yo f e r m é t o u t fin e t t r e s à b â t i m e n s p o u r l'air p a s c h e c h é trop v î t e m e n t t e r r e là. S. M o c r é r e l y v a a s s é s deux t e r r e s , yo savé m ê m e contenté plimoter prunier

là.


380

C O N V E R S A T I O N S

P . N o u s v e r r o n s cela d a n s

P.

N ' a voir ç a d a n s d e u x

q u e l q u e s j o u r s . — Y a t-il

t r o i s j o u r s . — L y en a s i r o p

b e a u c o u p d e s i r o p d a n s les

en p i l e d a n s bassin la y o .

bassins. S. L e g r a n d e s t a u x t r o i s quarts. N o u s avons soixante

encore

ou quatre - vingts

p o t s ou canaris à y mettre. P . I l y en a u r a p l u s qu'il n ' e n faut p o u r M

à qui

j ' e n ai v e n d u m i l l e v e l l e s . S. M

Guildivier de

S.

G r a n d là quasi p l e i n ,

n o u s g a g n é e n c o r trois v i n g t , ou b e n q u a t r e v i n g t c a n a r i s pour vidé. P.

L y v a p a s s é ça qui f a u

pour Mouché

à qui

mo

vendre 1ooo veltes. S.

M

Guildivier

l ' E m b a r c a d a i r e du M a h o a

l'Embarcadaire M a h o , voyé

e n v o y é savoir a u j o u r d ' h u i si

jordy mandé

v o u s p o u r r e z lui e n livrer un

livre l y nion b o u c a u t .

si v o u s

savé

boucaut. P . Qu'as-tu r é p o n d u ?

P.

Ç a to r é p o n d - l y .

S . Qu'il y en a v o i t , m a i s

S.

Que l i e n até , mai m o

q u e j ' i g n o r o i s s'il étoit v e n -

p a té c o n n é si lité v e n d r e ,

d u . I l doit r e n v o y e r d e m a i n .

l y doi r e n v o y é d e m a i n .

con-

P.

t i e n t 25oo v e l t e s , ainsi o n

ben

p o u r r a lui e n livrer un b o u -

s a v é l i v r é - l y nion

P . L e grand bassin

G r a n d bassin la t i e n 25oo v e l t e s

ainsi

yo

boucaut.

caut. S. N o u s a v o n s d e s t ê t e s et

des

grande

fontaines

en

quantité ;

assez il

me

S.

Non

fontaines moué

que

gagné assé yo

et

semblé

savé

deuxième

l e s s e c o n d s s i r o p s p o u r en

soucie , que y o seté mêlé,

faire d u s u c r e q u ' o n

mêle-

pour

couit

s e m b l e qu'on p o u r r o i t cuire

roit.

sirop

têtes

ly

fair


381

C R É O L E S .

P . Pendant qu'on r é p a -

P.

Pendant yo va repa-

r e r a les c h a u d i è r e s , e t q u e

rer chaudières là yo ,

et

la m a ç o n n e r i e s é c h e r a ,

m a ç o n n e la v a c h é c h é ,

yo

on

p o u r r a cuire les s i r o p s d a n s

s a v é c o n i t sirop d a n s c h a u -

l e s c h a u d i è r e s à clarifier. I l

d i è r e à clarifier. A u s s i b e n

faut

fau

d'ailleurs ,

avant

de

nous

casser m a y s

qui

c o m m e n c e r à r o u l e r , cueil-

d a n s № . 4 , a v a n nous c o m ­

lir l e m a ï s q u i e s t d a n s

mencé

le

rouler.

№ . 4. S. N o u s n'avons que deux

S.

Nou

gagné

nécque

b l a n c h e t s à la s u c r e r i e ; il e n

d e u x b l a n c h e t s ly t é f a u d r é

faudrait au moins

au moins 5 ou 6 l'autre.

5 ou

6

antres. P . J ' a i d o n n é d e la toile

P.

M o dija b a y toile p o u r

p o u r en faire 8 , afin qu'il y

y o fair 8 ,

e n ait t o u j o u r s d e p r o p r e s . —

j o u r q u i n e t . — M u l e t s là y o

pour y en a t o u ­

L e s m u l e t s sont-ils e n é t a t ?

en é t a t ?

S . Il y e n a d e u x d e b l e s -

S. L y e n a d e u x qui b l e s s é s

s é s au g a r r o t , mais dans 4

la sus g a r r o t , dans 4 jours y o

J o u r s ils p o u r r o n t t i r e r

v a c a p a b l e tirer d ' a u m o u l i n .

au

moulin. P . E t les a u t r e s ?

P.

S.

S.

Ils

d'ailleurs tombé

sont la

vigoureux ; pluie

nous

qui

donne

a

assez

E t les a u t r e là y o . Y o vigoureu, et p y la

pli q u i t o m b é l y

bay

nou

d'iau a s s é p o u r m o u l i n d ' i a u

d ' e a u p o u r faire m a r c h e r le

m a r c h é si nou t é

m o u l i n à e a u , si n o u s m a n -

milets.

manqué

quions de mulets. P.

Puisqu'il

y

a

assez

d'eau p o u r l e m o u l i n , n o u s n ' e m p l o i e r o n s q u e les

P.

D ' a b o r d l y e n a d'iau

assé pour m o u l i n , nous v a

ani-

employé nécque z'animaux

m a u x nécessaires au charroi

q u i faut p o u r c h a r r i e r c a n n e ;

des c a n n e s ; les a u t r e s p o u r -

les a u t r e s s a v é alé c h e r c h é


382

C O N V E R S A T I O N S

r o n t aller c h e r c h e r des c h e -

chivrons, pour caze à b a -

v r o n s p o u r la c a s e à b a g a s s e

g a s s e la n o u a p r è s fair.

q u ' o n bâtit. S. M o n s i e u r , il y a d e u x

S.

M o u c h é , y en a d e u x

c a b r o u e t s à b œ u f qui p o u r -

c a b r o u e t s b œ u f qui c a p a b l e

r o n t faire c e s v o y a g e s .

fair v o y a g e là y o .

P . J e les r é s e r v o i s p o u r

P.

M o lé r é s e r v é y o p o u r

c h a r r o y e r les t ê t e s à c a n n e ,

charrié tête à c a n n e ,

pour

couvrir m ê m e

couvrir

cette

même

c a s e , et p o u r d o n n e r

aux

pour

case là ,

et

p o u r b a y z ' a n i m a u x là y o .

animaux. S . O n c h a r r o i e r a la c o u -

S.

Y o v a charrié couver-

verture dans quelques jours.

t u r e l à d a n s d e u x trois j o u r s .

L e s têtes seront fanées.

T ê t e là y o v a f a n é .

P.

Il

cette

faut

pièce

second

débarrasser

rejeton ,

P.

F a u d é b a r a s s e r pièces

son

là qui dan second rejeton,

pour la

pour broulé-ly et planté tou

qui est à

b r û l e r et p l a n t e r d e

suite.

C r o i s - t u qu'elle rende b e a u -

suit... T o c r é r e l y va r e n d tout plein ?

coup? S. E n grandes cannes,elle a rendu quatre cents

for-

m e s ; en p r e m i e r s , r e j e t o n s , trois c e n t s et q u e l q u e s .

S.

E n g r a n d c a n n e Iy t é

rend vingt

fois v i n g t

mes ; primier bay quinze

ou

for-

rejeton , té ben

seize

vingt. P . J ' e s p è r e qu'elle en

donnera

autant

nous cette

P. M o e s p é r é q u e l y v a b a y n o u tou m ê m e .

fois. parce

S. M o p a s c r é r e , à c a u s e

q u ' i l y a un c o i n t r è s - s a b l o n -

S.

l y en à n i o n coin t o u t plein

n e u x , qui a b e a u c o u p souf-

sablé qui souffri e u pile d a n

f e r t d e la d e r n i è r e

dernier s c h e h .

resse.

J'en

doute,

séche-


C

RÉOL

P . N o u s l'avons a r r o s é e , dans le temps.

E S.

383

P. N o u t é r o u z é l y d a n t e m s là.

S . C ' e s t là d e r n i è r e a r -

S. C ' e s t d e r n i e r . n o u t é

r o s é e ; il n e r e s t o i t g u è r e

rouzé ; ly pa té resté.guére

d ' e a u à la r i v i è r e , o n a é t é

d'iau la rivière , y o té bligé

obligé d e l e v e r t o u t e l ' é -

levé tout n'écluse,

c l u s e à p e i n e y suffisoit-

t é sufi a c q u e l a p e i n e ,

ly pa

elle. P. A propos d'écluse, les P . A propos n'écluse, y o a-t-on v i s i t é e s il m e s e m - visité y o ? l y s e m b l é m o , t é ble avoir v u les c a n a u x e t l e t r o p plein e n g o r g é s .

voir canal l à - y o a c q u e t r o p plein e n g o r g é .

S . J ' a i tout fait d é b a r r a s ser p a r les g a r d i e n s , les m a ç o n s o n t r é p a r é hier quelques dégradations.

S; M o fair y o t o u d é b a r rassée par gardien l à - y o , maçon l à - y o commandé d e u x trois c ô t é q u i t é d e gradé.

P . A-t-on mis des f o r m e s n e u v e s à la t r e m p e ?

P. Y o m é t é f o r m e n e u f trempé.

S . I l y a cinq jours q u e l l e s y é t o i e n t , o n les a c h a n g é e s d'eau a u j o u r d ' h u i , o u

S. Y o t é dan d'iau d e m p y cinq j o u r s , y o c h a n g é y o j o r d y , d é m a i n y o v a fair

e n fera a u t a n t d e m a i n , pour leur ôter l ' a i g r e u r .

autant pour ouéter g o u sir à yo.

P . T u feras graisser les moulins, et les cabrouets.

P . T o v a fair y o g r a i s s e r moulin, acque cabrouets làyo.

S. Il y a u n e d e n t c a s s é e S. Y e n a nion d e n t c a s s é au grand rouleau du m o u - d a n grand rouleau moulin l i n à b ê t e s , e t un cul d ' œ u f , à b ê t e , nion q u i o u z'oeuf


C O N V E R S A T I O N S

3 8 4

et une crapaudine à r e t r e m -

a c q u e nion c r a p a u d i n e pour

p e r à celui à l ' e a u .

r e t r e m p é dan moulin d'iau.

S . A - t - o n fait a v e r t i r le charpentier,

et

le

forge-

P.

Y o verti charpentier

là acque machoquier là.

ron. S. I l s doivent venir a u -

S.

Y o doi vîni j o r d y .

jourd'hui. P. C'est n e t t o y e r le ner

faudra

P. C ' e s t b e n , faudra n é -

bac pour don-

t é y é b a c là p o u r b a y z ' a n i -

b i e n : il

des écumes

aux ani-

maux là-yo

m a u x ; on y h a c h e r a a u s s i

va haché

des têtes à cannes.

dan.

Avons

nous beaucoup de

cannes de coupées.

a encore

à canne

yo là

N o u g a g n é en pile c a n n e s coupé.

S . L e p a r c e s t plein , il y en

z'écumes ,

tête

p o u r les c a -

S.

P a r c là plein , l y e n a

encor

pour cabrouet l à - y o

brouets jusqu'à minuit; on

joue m i n u i t , y o savé c o m -

p o u r r a c o m m e n c e r à chauf-

m e n c é chauffé à l'heur là.

fer à cette heure. P . T u n'en a s p a s fait c o u per plus que quatre

pour

heures ,

vingttu

sais

qu'elles aigriroient.

P.

T o p a fair y o

quatre h e u r e s ,

S . Il n'y en a q u e c e qu'il continuera de couper.

coupé.

nus ?

conné

S. L y en en n é q u é jouc d e main , que yo

P . L e s s u c r i e r s du

to

y o va sur.

faut jusqu'à demain , qu'on

mier quart sont

coupé

p a s s é ça qui faut p o u r vingt-

pre-

ils p r é v e -

va

continé

P . Soucrier premier quart l à - y o , verti ?


C R É O L E S . S.

J e leur ai dit d e

coucher

de

bonne

se

heure

p o u r ê t r e à leur c h a u d i è r e

S.

385

Mo

bon-heur,

dir

yo

couché

p o u r y o là

sus

chaudière à y o , à minuit.

à minuit. P. Y a-t-il des

mèches,

e t d e l'huile d a n s les

lam-

p e s ? les é c u m o i r e s , et les

état,

ainsi q u e le r a f r a î c h i s s o i r . P.

Quelle

chaux

quantité

a -t-on

mis

z'écu-

m o i r s , e t couillers l à - y o p r o -

S.

Tou

ça en

état, r a -

f r a î c h i s s o i r l à - y tou.

de à

acque

pres.

cuillers s o n t - i l s p r o p r e s ? S . T o u t ç a est en

P . Y en a m è c h e l'huile dan l a m p e s ?

la

P. C o m b e n la c h a u x y o m é t é dan grande.

grande ? S. On a mis une

chopine

S. Y o m é t é n i o n c h o p i n e

de

c e n d r e a c q u e nion tiers la

c h a u x , p a r c e q u e les c a n -

c h a u x , parce canne l à - y o ,

nes sont de bonne

nion bon qualité.

de cendre,

et un tiers

P . C e l a a-t-il

qualité.

assez d é -

g r a i s s é le v e z o u ? S . L a l e s s i v e l'a p a r f a i t e m e n t purifié ; v o y e z

le s i -

P . L e sirop d e m a n d e e n une

cuillerée

Ç a dégraissé visou là

S.

Lessive

là purifié

ly

t r è s - b e n , g u e t é sirop l à , e t batterie là.

r o p , e t la b a t t e r i e .

core

P. assé ?

de les-

P. S i r o p l à m a n d é e n c o r n i o n couiller

lessive.

sive. S. L a b a t t e r i e e s t b o n n e à t i r e r ; p r e n o n s la p r e u v e .

S. B a t t e r i e là b o n

pour

tiré, allons nous p r e n d p r e u ve...

P . E n c o r e un i n s t a n t , il n'est pas assez cuit. S . Voilà qui est bien t i r é , Tome

II.

P.

E n c o r pitit m o m e n t ,

ly p a s cuit a s s é . S . A v l à ly b e n t i r é , B

b

et


386

C O N V E R S A T I O N S

et chargez

de

suite

pour

c h a r g é tou souit p o u r fond

q u e le fond n e b r û l e p a s . P. Où

sont

les becs

à corbin , a - t - o n t a p p é

là p a s bourlé. à

P.

les

O ù éti b e c corbin l à -

yo , yo tape forme là-yo ?

formes ? Q u ' o n ait soin d e n e remplir trait ;

les mais

formes d'en

pas

Que

d'un

yo

soin, pas plein

f o r m e là-yo nion trait ; m a i s

mettre

yo

que m é t é dans

chaque

d a n s c h a q u e en p r o p o r t i o n

en p r o p o r t i o n d e ç a qui d a n

d e c e qu'il y a d a n s le rafraî-

r a f r a î c h i s soir.

chissoir. O n a u r a soin a u s s i d e r e muer

de

temps à

Y o v a g a g n é soin a u s s i ,

autre,

m o u v é ly t e m s en t e m s p o u r

p o u r a i d e r le grain à s e f o r -

hinder

m e r , et se répandre.

aie p a r - t o u .

Conversation plantée

entre un en café,

autre

grain là f o r m é ,

Propriétaire

et son Nègre

L ' H A B I T A N T . T U feras

et

d'Habitation

Commandeur.

L'Habitant.

T o v a fair y o

a i g u i s e r les s e r p e s , et les h a -

filé s e r p e s , a c q u e h a c h e s ,

c h e s , pour aller a b a t t r e un

p o u r n'allé b a t t r e bois neuf,

b o i s neuf. L E NÈGRE.

OUÏ

Mon-

Le Nègre.

Oui

Mouché,

sieur. H . Quand le premier b a lisage

s e r a f a i t , tu m e t t r a s

H. Q u a n t primier b a l i s a g e là v a f a i t , to v a m e t é h u i t

huit n è g r e s de h a c h e à a b a t -

nègres

t r e le g r o s b o i s .

gros bois.

N . Oui Monsieur.

N.

H - Q u a n d on a u r a fini d'a-

hache

pour battre

Oui Mouché. H.

Q u a n d y o v a fini b a t -


CRÉOLES. L a t t r e , on d é b i t e r a . Quinze j o u r s a p r è s nous

mettrons

l e f e u , ensuite n o u s f e r o n s les tas ( m o n c e a u x ) .

387

t r e , y o va d é b i t é . P u i d a n q u i n z e j o u r s nou v a m e t é d y feu , e n s u i t e nou va fair boucan là-yo ? N. O u i M o u c h é .

N . Oui Monsieur. H . Il faudra pendant ce t e m p s ) tirer d e s c h e v r o n s , d e s p o t e a u x , et d e s t r a v e r s , p o u r bâtir u n e m a i s o n p i n -

H. F a u d r a p e n d a n t là tiré c h i v r o n s , acque poteaux , et t r a v e r s pour bâtir nion grand caze.

cipale. N.

N . Oui Monsieur. H . J ' a i p a r l é a u x doleurs , pour

qu'ils v i e n n e n t faire

du m e r r a i n , et d e s e s s e n t e s . N . M o n s i e u r , j'ai vu dans

Oui M o u c h é .

H. M o p a r l é doleur l à y o , vini fair m e r a i n a c q u e z'essentes ? . N. M o u c h é , m o t é voir

c e bois q u e l q u e s b e a u x p i e d s

d a n s bois l à , bel p i e d s

d'acajou ; ou p o u r r a i t faire

c a j o u , y o c a p a b l e fair m a -

quelques madriers.

driers.

L'entourage

de

la

v a n e t o m b e : Si v o u s

savou-

l e z , j e ferai aussi sortir d e s pieux pour le refaire, parce q u ' e n balisant j e ferai c o u p e r d e la l i a n e . Il faudra a u s s i d e s g a u l e s ou d e s p e r c h e s . Les

nourrices,

et

c e u x qui ne p o u r r o n t

L ' e n t o u r a g e à savane ap r é s t o m b é , si v o u vlé m o v a fair y o sorti p i e u x p o u r refair l y , p e n d a n t y o v a b a l i s é m a fair y o c o u p e r lianes. N o u g a g n é bisoin aussi.

tous pas

l'a-

Nourrices , qui

pas

gaules

et

capable

tou alé

ça dan

aller d a n s le b o i s , fouille-

bois , y o

ront les trous de

l'entourage acque louchet.

l'entou-

va

fouillé

trou

rage avec l'ouchet.

H. Il est temps de met-

H. L y t e m s

pour

B b a

mété


388

CONVERSATIONS

t r e le feu au bois n e u f ; tu

d y feu d a n s bois n e u f ,

o b s e r v e r a s d e l e faire m e t -

v a prin gard y o m é t é l y là

t r e s o u s le v e n t .

sou v e n t . H. O u i M o u c h é .

N. Oui Monsieur. H.

Il

boucans

faut

to

brûler

dessoucher,

les

H. F a u t bourlé b o u c a n là-

net-

y o , d e s s b u c h é , n e t é y é , ali-

t o y e r , aligner , et p l a n t e r

g n é , et p l a n t é c a f é .

des cafés. N. M o n s i e u r ,

bu

pren-

d r o n s - n o u s du plant ?

H. M o u c h é , o u éti

nou

va prend plant ?

H . M . . . , m'en a promis

H.

M

promettre

d e celui qu'il a l a i s s é p o u s -

moué,

ser dans ses vieux cafés.

vini clan v i e u x cafés à ly.

N . I l doit ê t r e bon p a r c e qu'il est e x p o s é au soleil ; c a r , celui pris à pourroit

périr

l'ombré

avant

p r e n d r e r a c i n e e n l'y p o s a n t , au lieu q u e

de ex-

celui-

dan

cilà-ly

quité

N. L y doi bon , à c a u s e Iy dan s o l e i l , c a r , cila y o - c ' é t é p r e n d , d a n s l ' o m b r e , ly s a v é m o u r i a v a n t ly p r e n d r a c i n e , si yo'té m e t é l y , e n g u i s é cilà-là c o u t u m e .

là ,-y e s t d é j à fait. H . N e craignez-vous pas qu'il s o i t p i q u é (1) ? N . J ' e n ai a r r a c h é q u e l -

pas peur ly

pi-

qué ?

ils étoient tous biens sains.

N. M o t é r a c h é d e u x trois p i e d s c ô t é - c y c ô t é - l à yo t o u é t é b e n sain.

H . A quelle distance planterons-nous ce c a f é ?

H. Que d i s t a n c e , n o u v a p l a n t é c a f é là ?

ques

N.

pieds

par-ci par-là ,

C e terrain paroît a s -

s e z bon , je crois q u ' o n p e u t

N.

Terrain

là p a r o î t r e

moué assé b o n , m o créra

(1) Il est b e a u c o u p de j e u n e s c a f é y e r s q u i se t r o u v e n t v e r r e u x dans l e u r s r a c i n e s , c'est ce q u ' o n appelle p i q u é s .


CREOLES. l e m e t t r e à six p i e d s , n o u s l ' a r r ê t e r o n s p l u s ou

moins

h a u t (1) q u a n d il e n

sera

389

y o s a v é m é t é l y à six p i e d s , nou va rété-ly à hauteur q u a n d ly v a t e m s .

temps. H . L e p l a n t e r o n s - n o u s car-

H.

Nou

va

planté-ly.

r é m e n t , ou en q u i n c o n c e ?

c a r r é , ou ben q u i n c o n c e ?

N. Comme ce n'est p a s t r o p c o u p é v i n e s , il faut t â c h e r p l a n t e r en q u i n c o n c e , q u ' a u lieu d e v i n g t p i e d s , il en t i e n d r a un m i l l e e t q u e l q u e s

N. C o m m e m o r n e là p a t r o p h a c h é ravines , faut t a c h é p l a n t é ly q u i n c o n c e e n g u i s e v i n g t m i l l e p i e d s , ly s a v é tienbé vingt-nion mille et q u é q u e c e n t s .

H.

La

ligne

morne de r a d e le parce mille vingtcents.

est - elle

H. L a ligne-là p r ê t ?

prête (2)? N . M o n s i e u r , elle n'est

N.

M o u c h é , ly m a r q u é

marquée

q u ' à cinq p i e d s ,

n é e à cinq p i e d s p o u r d e r -

pour ce

dernier

nier m i c h a n t p i t i t bois n e u f

mauvais

p e t i t bois n e u f , q u e

nous

non t é p l a n t é lien à

avons

deux

ans.

p l a n t é il y

a

deux

ans. H . Il f a u t f a i r e d e s

pi-

q u e t s , et aligner d e s u i t e , après quoi nous

fouillerons

les trous.

(1)

H.

F a u fair y o fair p i -

q u e t s , aligner toit s o u i t e , e n s u i t e n o u s v a fouillé t r o u là-yo.

O n c o u p e ordinairement la tige du café , à 5 ou 6 pieds d e

hauteur pour l'empêcher

de c r o î t r e , au delà de la force du t e r r a i n ,

p o u r lui l'aire p r e n d r e plus de corps , et p o u r c u e i l l i r la g r a i n e a v e c plus de facilité. ( 2 ) L a l i g n e est u n e c o r d e de la g r o s s e u r d u petit doigt , q u ' o n m a r q u e à la distance dont on veut planter , avec des m o r c e a u x de chiffons b l a n c s o u r o u g e s p o u r ne point p e r d r e de m e s u r e à c h a q u e pied.

B b 3


390

C O N V E R S A T I O N S

N. A

quelle

profondeur

N.

fouillera-t-on ? H. A

Que

profondeur

ya

fouillé y o ?

dix - h u i t p o u c e s ,

H. N i o n p i e d et d i m i , A

p a r c e q u e la p l u i e y e n t r a î -

c a u s e là plie v a m e n é d e u x

n e r a d e u x ou trois p o u c e s

trois pouces bon terre dan

de bonne terre au

fond : ç a v a millor.

fond :

c e l a n'en s e r a q u e m i e u x . N . Voilà assez long-temps qu'il

pleut ; la t e r r e

N. A v l a a s s e z - l o n g - t e m s

doit

l ' a p l i e t o m b é , t e r r e - l à doi

être assez m o u i l l é e .

assé mouillé.

H. N o u s s o m m e s d a n s la s a i s o n ; il p l e u v r a

H. N o u d a n s a i s o n , l'a p l i e

encore,

va t o m b é encor , nou savé

nous pouvons planter.

planté.

N . Il f a u t e n v o y e r six p e r sonnes

intelligentes,

cher-

cher de bon p l a n t , et

de-

main nous commencerons. V o u s écrirez à M pour

qu'il

permette

, d'en

N. qui

Fau

v o y é six m o n d e

connê,

cherché

bon

p l a n t , démain nou v a c o m mencé. V o u v a crir M . . . . , p o u r ly q u i t é nou p r e n d .

prendre. H . Voilà une l e t t r e ,

tu

H.

A v l à nion l e t t r e , t o

f e r a s attention q u ' o n é e h e -

va prend garde y o

velle

ben

racine

et s u r - t o u t qu'on ne p l o y é

tout

q u e y o p a s plié p i v o t

p a s les p i v o t s en t e r r e .

là y o dan t e r r e .

(1) bien

les r a c i n e s ,

çhivelé

l à - y o , et s u r -

N . Oui Monsieur.

N. O u i M o u c h é .

H. T u a u r a s soin aussi d e

H. T o v a g a g n é soin a u s s i

b i e n fouler le fond et t r è s -

fair y o b e n foulé dan fond

( i ) O n c o u p e o r d i n a i r e m e n t les fibres o u l e c h e v e l u d e s racines p a r c e q u ' a u t r e m e n t ris n o y e r o i e n t en terre , et n e seroient d'aucune u t i l i t é , ou n u i r a i e n t p l u t ô t aux p r o g r é s de lu p o u s s e .


C R É О L E S

391

p e u sur la superficie , p o u r

et pitit brin e n h a u t , p o u r

q u e l'eau p u i s s e p é n é t r e r .

d'iau la plie s a v é p é n é t r é .

N.

Monsieur,

tout

est

N. M o u c h é , t o u t p l a n t é .

planté. H . C o m b i e n en est-il en-

N.

H. C o m b e n q u i e n t r é l ' a dan?

tré? Voilà

les fèves

que

N.

Avlà

pois l à - y o

j ' a i m i s e s d e côté, à c h a q u e

m é t é à. c ô t é , q u a n d

centaine.

compté cent.

H. I l n'y en a q u e cent vingt-cinq,

qui

deux font

H. Ly e n a n e c q u e cent

mo

mo-té

deux

vingt-cinq , ça

fair

vingt-deux mille cinq cents

vingt-deux mille cinq cents

p i e d s ; j e l'aurois cru plus

pieds, moté seré

grand.

ply grand.

N . J ' e n ai encore

mis

bien p r è s du b o i s , qui l a n -

crére-ly

N. E n c o r m o m é t é

côté

à bois q u i va. l a n g u i .

guira. H . N o u s leur donnerons d e l'air en

a b a t t a n t la li-

H.

N o u v a bay yo l'air,

en b a t t a n t l i z i è r e - l à .

sière. N.

F a u t - i l planter

des

i g n a m e s , s e m e r d u riz ? H . O u ï , nous y mettrons des i g n a m e s ,

Faut-il

nou

planta

z ' i g n a m e , s e m é d o u riz ? H. O u i , nou v a m e t é z ' i g n a -

et des

pois

m e acque pois rouge ;

r o u g e s ; le r i z s è c h e

trop

là cheché trop terrain nou

le terrain , n o u s en s è m e -

riz-

va semé l'autre côté.

rons ailleurs. N . C o m m e il v o u s p l a i r a .

N. C o m m e v o u \a vlé.

B

h 4,


CH

A N S O N Air

C R É O

: que ne suis-je

sur

la

L E . fougère.

I. Lisette : t u fuis la p l a i n e , Mon

L i s e t t e quitté la p l a i n e ,

honneur s'est e n v o l é ;

Mo

perdi b o n h e u r à moué ;

Mes

p l e u r s , en double fontaine,

Z i e u à moué semblé

Sur

tous tes pas ont c o u l é .

D a n p i mo pas miré toué.

Le

jour, moissonnant la c a n n e ,

fontaine,

L a j o u r quand mo coupé c a n n e ,

J e rêve à tes doux a p p a s ;

Mo

Un

L a nuit quand mo dans cabane,

songe dans ma cabane ,

La nuit te met dans mes bras.

songé z ' a m o u r à moue ;

D a n s dromi mo quimbé toué.

II. 4

T u trouveras à la ville ,

Si to allé dans la v i l l e ,

Plus d'un jeune f r e l u q u e t ,

Ta

trouvé jeine Candio ,

L e u r bouche avec art distille

Qui

g a g n é pour tromper

Un miel doux mais plein d'apprêt;

Bouche dou passé sirop.

Tu

To

croiras leur coeur s i n c è r e :

fille,

va crer y o b e n sincère ,

L e u r c œ u r ne veut que tromper;

Pendant quior y o coquin trop :

Le

serpent sait contrefaire

C'est serpent qui contrefaire

Le

rat qu'il veut atrapper.

C r i é rat pour tromper y o . I

Mes

I

I. D i p i mo perdi L i s e t t e ,

p a s , loin de ma l i s e t t e ,

S'éloignent du C a l i n d a ;

Mo

p a s souchié

Et ma ceinture à sonnette

Mo

quitté

L a n g u i t sur mon bamboula.

Mo

pas batte

Mon

Q u a n d m o contré l'aut' négresse

ceil de toute autre b e l l e ,

bram

Calinda, - bràm

sonnette

bamboula.

N ' a p p e r ç o i t plus le souris :

Mo

pa g a g n é z ' y e u pour ly ;

Le

Mo

pas sonchié travail p i è c e

Mes

travail en vain m ' a p p e l l e , sens sont anéantis.

T o n qui

chose à

moué

morir.


C H A N S O N I

C R É O L E . V. M o maigre souche,

J e péris comme la souche ,

393

tant

com

nion

Ma jambe n'est qu'un roseau ;

Jambe à moué tant com roseau.

N u l mets ne plait à ma b o u c h e ,

M a n g é n'a pas dou dan b o u c h e ,

L a liqueur s'y change en eau.

Tafia

Quand je songe à toi, L i s e t t e ,

Quand moué songé toué L i s e t t e ,

l'y

tant comme

d'yo.

M e s yeux s'inondent de pleurs.

D'iau toujours dans z ' y e u à moué.

M a raison lente et distraite,

M a g n i e r moué vini trop b ê t e ,

C o d e en tout à mes douleurs.

A force chagrin mangé m o i . V.

M a i s est-il bien vrai, ma b e l l e !

Lisette mo tandé nouvelle .

Dans peu tu dois revenir :

T o comté bentôt tourné :

A h ! reviens toujours fidèle,

V i n i donc toujours f i d e l l e ,

Croire est moins doux que sentir.

M i r é bon passé tandé.

N e tarde pas d a v a n t a g e ,

N'a pas tardé davantage ,

C'est pour moi trop de c h a g r i n ;

T o l'air moué assez chagrin ,

V i e n s retirer de sa c a g e ,

M o u é tant com zozo dans c a g e ;

L'oiseau consumé de faim.

Quand y o fair l y mourir faim.

FIN

DU

T O M E

SECOND.


T A B L E Du

D E S S E C O N D

C H A P I T R E S V O L U M E .

CHAPITRE PREMIER,

cafe-

terie. — Terre propre à la plantation Pag. du Café. —- Troisième Habitation. x A R T I C L E P R E M I E R . Manière de planter le Café. 3 A R T . II. A quelle distance on plante le Café. 4 TABLEAU du nombre de pieds de Café contenus dans un carreau de terre. 5 A R T . III. Profondeur des trous. ib. A R T . I V . En quelle saison on plante le Café. A R T . V . Vivres qu'on peut planter dans les rangs de Cafés pendant leur croissance, A R T . V I . Moyens de conserver les pieds de Cafés. A R T . V I I . Manière d'arrêter les Cafés. A R T . V I I I . Déclin de l'Arbre. A R T . I X . Description de l'Arbre. A R T . X . Fleur du Café. A R T . X L Ferme de son fruit. A R T . X I I . Le Café ne mûrit jamais en même

temps.

6

7 8 9 10 ib. 11 12 13


396

T A B L E .

A R T . X I I I . En quelle saison on cueille le Café. A R T . X I V . Trois espèces de Cafés inférieurs. A R T . X V . Arrangement de la case à moulin. A R T . X V I . Comment on passe le Café au moulin. A R T . X V I I . Observations sur le travail du moulin. A R T . X V I I I . Description des glacis. A R T . X I X . En quel temps on pile le Café. A R T . X X . Comment on pile le Café. A R T . X X I . Comment le Café se vanne. C H A P . II. Cotonnerie. Habitation. C H A P . III. Culture

du

Quatrième

Cacao.

C H A P . I V . Dialogue entre un Américain et un Européen. A R T . I . Géographie de l'île. A R T . II. Climat de Saint-Domingue. A R T . III. Ouragans et tremblemens de terre. A R T . I V . Passage à Saint-Domingue. ART. V. Pacotille. A R T . V I . Moyens de fortune. A R T . V I I . Influence du climat sur les Européens arrivant dans les colonies. e r


T A B L E

З97

A R T . VII. Villes et Tribunaux. Pag. А к т . I X . Intérieur des Villes. A R T . X . Propreté et blanchissage. A R T . X I . Gens de couleur. A R T . X I I . Hospitalité. A R T . X I I I . Animaux domestiques, et Fabriques. A R T . X I V . Nourriture. A R T . X V . La Chasse. A R T . X V I . Auberges. A R T . X V I I . Logement. A R T . X V I I I . Habillemens. A R T . X I X . Monnaies. A R T . X X . Bois. A R T . X X I . Spectacles. A R T . X X I I . Promenades. A R T . X X I I I . Femmes. A R T . X X I V . Esclaves. A R T . X X V . Fortune des Habitans. A R T . X X V I . Retour en Europe. С H А Р . V . Maladies de St.-Domingue, et leurs remèdes curatifs ou préservatifs. A R T . I . Salubrité du climat. A R T . II. L'air. A R T . III. Les Eaux. A R T . I V . Salubrité des Sueurs. A R T . V . Dangers de la saignée. A R T . V I . Le Scorbut. e r

65 67 ib. 69 id. 70 71 ib. ib. 7.6 76 77 79 80 8f ib. 82 83 84

87 ib. 89 90 ib. 91 92


3 8 9

T A B L E .

A R T . V I I . Remède et régime contre le Page Scorbut. 9З A R T . V I I I . Nécessité des rafraîchis sans. 94 A R T . I X . Régime pour les anciens habitans. ib. A R T . X . Régime pour les nouveaux débarqués. 95 A R T . X I . Age avancé des femmes. 96 A R T . V I I . Les Dartres. ib. A R T . X I I I . Remède et régime contre les dartres. 97 A R T . X I V . Spasme. 98 A R T . X V . Remède contre le spasme. 99 A R T . X V I . Diarrhées. 100 A R T . X V I I . Temps le plus salubre pour arriver à Saint-Domingue. 101 A R T . X V I I I . Fièvres. 102 A R T . X I X . Nécessité des fréquens purgatifs. 10З A R T . X X . Malingres. ib. A R T . X X I . Abondance de remèdes indigènes. 104 A R T . X X I I . Vers de Guinée. 107 A R T . X X I I I . Remède contre le ver de Guinée. ib. A R T . X X I V . Ver solitaire. 108 A R T . X X V .Remède contre le ver solitaire, ib. A R T . X X V I . Mal d'estomac. 109


T A B L E . A R T . X X V I I . Causes du mal d'estomac. ART. ART. ART. ART. ART.

3 Pag. 1 1 1

X X V I I I . Pians. X X I X . Remède contre les Pians. X X X . Autre remède moins violent. X X X I . Maux de jambes. X X X I I . Remède des nègres contre

la fièvre et d'autres

maladies.

M É D E C I N E D O M E S T I Q U E D E S A I N T - D O M I N G U E . C H A P I T R E P R E M I E R . Causes et indications des maladies de St-Domingue. C H A P . II. Principes généraux. C H A P . III. Traitement du mal de Siam. Signes diagnostiques. Signes pronostics. Ire. Maladie. IIe. Maladie. I I I . Maladie. C H A P . I V . Traitement des fièvres compliquées de la maladie de Siam. C H A P . V . Traitement des fièvres double-tierces de Saint-Domingue. Maladie. C H A P . V I . Traitement de la Cachexie. Maladie. C H A P . VII. Traitement de la Cachexie compliquée. C H A P . V I I I . Traitement du Scorbut et de l'obstruction de la rate. e

9 9

113 ib. 114 115 116 123 ib. 129 149 150 252 ib. ib. 160 162 165 170 173 175 176


4oo

T A B L E .

C H A P . I X . Affection Hypocondriaque Scorbutique. I e . Maladie. I I . Maladie. C H A P . X . Traitement de la Vérole. Plantes apéritives et détersives. Plantes astringentes. Remèdes qui ont été communiqués par des chirurgiens très - expérimentés , comme les plus efficaces qu'ils aient éprouvés dans le traitement des gonorrhées. r

e

Méthodes qui m!ont paru les meilleures pour traiter lés pians. . Remèdes pour guérir les pians, qu'emploie avec succès M. Conegut, maître chirurgien à Limonade. C H A P . X I . Traitement des flux de ventre, confondus à St.-Domingue sous le nom de Diarrhée.

Pag. 182 188 ib. 190 193 ib.

194 196

198

201

C H A P . X I I . Du Ténesme. 202 C H A P . X I I I . De la Dyssenterie. ib. C H A P . X I V . De la Lienterie. 2o3 C H A P . X V . Du f l u x Hépatique. ib. Traitement. 204 C H A P . X V I . Traitement du flux chyleux ou cœliaque. 208 C H A P . X V I I . Traitement de l'Hydropysie, 209 Remèdes


T A B L E

401

Remèdes qu'on dit avoir été plusieurs fois éprouvés avec succès dans l'hydropysie. C H A P . X V I I I . Traitement des Dartres. C H A P - X I X . Traitement des Rhumes , Catarrhes et Fluxion de poitrine. Cure de la fluxion de poitrine lymphatique. C H A P . X X . Traitement de la Pulmonie. C H A P . X X L Traitement du Spasme. Méthode Espagnole. Méthode des Nègres. Maladie. PHARMACOPEE

DE

210 212 214 216 217 220 224 ib. 226

SAINT-

DOMINGUE, CHAPITRE

Pag.

229

P R E M I E R . — LES T I S A N E S .

Tisane rafraîchissante simple. Tisane rafraîchissante composée. Décoction de tamarin. Limonade. Petit lait laxatif. Petit lait purifiant ou apéritif. Tisane apéritive mineure. Tisane apéritive majeure. Tisane anti-scorbutique. Tisane lénitive. Tisane pectorale. Tisane pectorale, résolutive tive , rafraîchissante, Tome II.

ou

ib. ib. ib. 23o ib. ib. ib. 231 ib. ib. ib. apéri232 C c


402

T A B L E .

Tisane hystérique pour rappeler les règles ou vidanges supprimées. Tisane détersive pour la gonorrhée et les fleurs blanches. Tisane astringente mineure. Tisane astringente majeure. Décoction astringente pour la lienterie. Tisane astringente pour la gonorrhée et les fleurs blanches. Lait apéritif. Lait astringent simple. Lait astringent composé. Tisane sudorifique. Tisane fébrifuge simple. Tisane fébrifuge composée. Tisane vermifuge ou contre les vers. Tisane purgative simple. Tisane purgative composée, ou hydragogue. Eau de casse simple. Eau de casse composée. Eau bénite. Emulsion avec les grains. — Eau de casse avec ses grains. L E S P O T I O N S . —-

mune Potion Potion

Potion

purgative

vers.

1

ib. ib. 235 ib. ib. ib. ib. 236 237 ib. ib. ib. ib. 238 ib.

commune

purgative

233 ib. 234 ib.

com-

mineure. purgative

Pag. ib.

pour

majeure.

la galle

et

ib. les


T A B L E .

403

Teinture de rhubarbe composée. Pag. 239 Potion universelle composée. ib. Sirop magistral astringent. ib. Potion ou julep lénitif pour la dyssenterie. ib. Potion blanche ou anodine. ib. Potion astringente.. 240 Potion pour arrêter la gonorrhée. ib. Potion cordiale mineure. ib. Potion cordiale majeure ou sudorifique. ib. Potion huileuse pectorale. 241 Potion huileuse pectorale composée: ib. Sirop pectoral composé. ib. L E S Bots. — Bol purgatif Bol purgatif plus fort.

commun.

24a id.

Bol contre les vers. ib. Bol apéritif ou opiat anti-cachectique. ibBol apéritif, ou opiat plus fort. 243 Bablettes pour la phthisie pulmonaire, ib. Bol astringent simple. ib. Bol astringent plus fort. ibv Bol astringent pour la gonorrhea 244 Bol plus simple. ib. Opiat astringent pour la même. ib. Poudre pour la vérole qu'on appelle Pian. ib. Bol fébrifuge simple. 245 Bol fébrifuge composé. ib. L E S BOUILLONS.— Bouillons rafraîchissans, ib. C

G

a-


404

T A B L E.

Bouillons Bouillons

altérons ou purifions. Pag. 246 ou apozèmes laxatifs. ib. L E S L A V E M E N S . — Lavement emollient. ib. Lavement détersif. ib. Lavement purgatif. 247 Lavement anodin. ib. Lavement purgatif pour la colique de Poitou. ib. Lavement anodin pour la même. ib. Lavement anodin et purgatif pour la même. ib. Lavement pour les affections soporeuses. ib. Lavement hystérique ou pour les vapeurs ib. LES GARGARISMES. — Gargarisme rafraîchissant. 248 Gargarisme détersif. ib. Gargarisme pour les ulcères des gencives, ib. Gargarisme plus fort. ib. C O L L Y R E S . — Collyre simple. Collyre très-rafraîchissant. Collyre résolutif. L E S C A T A P L A S M E S . — C a t a p l a s m e anodin.. Cataplasme emollient et résolutif. Cataplasme rafraîchissant et astringent. Cataplasme hystérique pour les vapeurs. Cataplasme maturatif. LES

249 ib. ib. 5o ib. ib. ib. 25i 2


T A B L E .

Cataplasme

anti-pleurétique

,

405

et contre

le rhumatisme. Uniment pour les mêmes maladies. Fomentation pour l'érésipèle. Baume tranquille. Baume ardent, ou teinture de myrrhe composée. P o m a d e pour les dartres. P o m a d e ou onguent pour la galle et les pustules véroliques des Nègres, pour leurs dartres, et pour la galle des chevaux. LES ONGUENS. — Onguent sympathyque. Onguent pour les ulcères. Autre. Ou bien. Potion qui suffît souvent pour guérir les ulcères sordides. Eau phagédénique. Onguent égyptiac. Onguent mondificatif. Mondificatif plus simple. T R A I T É D E S P L A N T E S U S U E L L E S D E S A I N T D O M I N G U E . CHAP. II. Plantes purgatives. Plantes apéritives. Plantes hystériques. C c 3

Pag. ib. ib25z ibib. ib.

253 ib. 254 ib. ib. ib. 255 ib. ib. ib.

35 ib. 259 265 7


406 T A B L E . Plantes pectorales. Pag Plantes vermifuges. Plantes vulnéraires. Plantes detersives. Plantes résolutives. Plantes rafraîchissantes et émollientes. Plantes astringentes. Plantes fébrifuges. Plantes cordiales. VOCABULAIRE FRANÇAIS ET CRÉOLE. C O N V E R S A T I O N entre un Capitaine de navire , arrivant d ' E u r o p e , et u n Nègre Aconier. Dialogue entre un Capitaine arrivant de France , et un Nègre entrepreneur de Carénage. Conversation entre un Capitaine et des Habitans. Conversation entre un Propriétaire de Sucrerie et le Nègre Commandeur de son Habitation. Conversation entre un autre Propriétaire d'Habitation plantée en café, et son Nègre Commandeur. Chanson Créole. Fin de la Table du second Volume.


Manuel des habitans de Saint-Domingue, contenant un précis de l'histoire de cette île T.2  

Auteur. Ducoeurjoly, S.J. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Ant...

Manuel des habitans de Saint-Domingue, contenant un précis de l'histoire de cette île T.2  

Auteur. Ducoeurjoly, S.J. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Ant...

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