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CONSTITUTION L0MBA.RI>O-VÉNITIE*fNE.

CONSTITUTION

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DU

ROYAUME LOMBARDOVÉNITIEN. ( Du 24 avril I8I5. ) COMME c'est notre intention de former des collèges de députés tirés des diverses classes de la nation pour connaître, par des moyens constitutionnels, les vœux et les besoins du pays, nous avons divisé le royaume en territoire milanais et territoire vénitien, et établi pour chacun une congrégation centrale, dont l'une doit siéger à Milan , et l'autre h Venise. En outre, il est établi pour chaque province, dans la ville principale , où se trouve une délégation royale, une congrégation provinciale; en conséquence nous avons ordonné ce qui suit : PREMIÈRE PARTIE.

Des Congrégations centrales. Art. 1er. Elles se composent (à) de nobles, (b) de propriétaires non nobles, (c) de représentans des villes royales. Elles ont pour président le gouverneur dti terri toiré, Ou' s°n lieutenant. • '■ 3. Chaque province du territoire enverra à la congfégation un propriéraire noble et un autre non noble.

5 et 4. Pour pouvoir faire partie de la congrégation, les propriétaires doivent (aV avoir les droits de citoyen dans le royaume lourbardo-vénitien (les nobles en outre doivent avoir les titres établissant leur noblesse), (£) des biens-fonds de valeur ue 4>ooo scudi, et un domicile stable dans lé royaume ou au moins en Autriche , (c) être âgés de trente ans accomplis. 5. Sont exclus (a) tous fonctionnaires publics et ecclésiastiques, (£) les individus déclarés incapables d'administrer 2l TOME IV.


322 CONSTITUTION leurs propres biens pour cause de prodigalité , (c) tous cetllî qui ne professent pas une des religions chrétiennes tolérées dans le royaume lombardo-vénitien , (d) tout individu qui, poursuivi en matière criminelle, n'a pas été acquitté entièrement. 6. Pour pouvoir faire partie de la congrégation, les représentans des villes royales doivent avoir (a) les droits de citoyen dans le royaume lombardo-vénitien , (b) 4>ooo scudi en biens-fonds, fabriques ou fonds de commerce, et le domicile dans la ville, par laquelle ils sont nommés, (c) et être âgés de trente ans accomplis, 7. Sont exclus les banqueroutiers et les fonctionnaires des communes , pendant la durée de leurs fonctions. 8. Nous nommerons les membres des congrégations centrales , en choisissant une personne sur trois candidats qui seront présentés par les corporations constituées. g. Les corporations procéderont comme il suit : les conseils de communes choisiront, d'après les règles de la loi du 8 juin ]8o5, un propriétaire noble et un propriétaire non noble de leur arrondissement, et les villes royales choisiront dans leur sein trois bourgeois et enverront les procèsverbaux à l'assemblée provinciale. 10. 11 doit être expressément énoncé, dans les procèsverbaux, qu'il n'y a pour les individus élus aucun des empêchemens ci-dessus énoncés. ir. L'assemblée provinciale portera les noms des individus présentés sur des tableaux, en y joignant des observations , et les enverra au gouverneur de la province qui nous en donnera avis. 12. A l'avenir, quand les membres des congrégations centrales devront être remplacés, les communes adresseront leurs procès-verbaux d'élection aux congrégations provinciales } celles-ci présenteront trois candidats aux congrégations centrales, et ces dernières nous soumettront leur choix pour la nomination définitive. Les villes royales enverront leurs procès-verbaux directement aux congrégations centrales. i5. La durée des membres des congrégations est de six ans. Ils peuvent être réélus. i4. Afin que tous les, membres des congrégations ne soient pas renvoyés en même temps, après trois années , la


LOMÉ A r, DO-VÉIVITÎKNNT:.

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moitié des membres nobles et des membres non nobles sortira. i5. Tous ceux qui cessent d'avoir les qualités requises, ou qui sont dans un des cas d'empêchement prévus par l'article 5, cessent aussitôt de faire partie des congrégatiohs, savoir ei>général sur l'invitation du président, et particulièrement, quant à ceux qui sont frappés des empêchemens prévus aux § et ^7^, par un décret de la congrégation. îG. Aucun membre de congrégation ne peut en sortir sans en avoir sollicité et obtenu de nous la permission. 17. Nous nous réservons d'exclure tout membre qui se montrerait indigne de la confiance à lui accordée. 18. Pour le renouvellement prochain des députés, les conseils de communes procéderont aux nouvelles élections sur l'ordre du gouvernement; mais sans qu'il soit nécessaire qu'ils sortent de leurs attributions ordinaires, à moins qn il n'en soit autrement ordonné. 19. Les membres des congrégations centrales portent le titre de députés à la congrégation centrale. Ils reçoivent un traitement annuel de 2,000 florins aux dépens du territoire.

20 et ai. Les membres des congrégations prêteront le serment après leur convocation ; ils auront, pendant la durée de leurs fonctions, le rang et les préséances de conseillers d'état impériaux-royaux; ils porteront le même uniforme qu'eux, excepté qu'ils auront le parement couleur orange au lieu de couleur pourpre. 22. Les congrégations centrales s'occuperont (a) de la répartition et de la levée des impôts extraordinaires présentés par nous ( cet objet sera expliqué par des instructions ultérieures) ; (b) de la répartition des impôts qui n'est, pas encore faite dans chaque district ; (<?) de la recherche des dépenses et des charges des communes, et ensuite du règlement qui hxe les impôts que doivent supporter les communes, les villes et tout le territoire; (d) de la répartition des charges militaires sur tout le territoire , en temps de guerre comme en temps tle paix: (e) de l'inspection des ponts, digues, et grandes routes, qui ne sont pas immédiatement aux frais de 1 état : ( f) de ce qui concerne les étahlisseinens de bienfaisance et leurs revenus. 23. Dans tous les cas, ces congrégations centrales n'ont toutefois inspection et voix consultative qu'à l'égard de 1 établissement et de l'administration des dépenses non encore 2 t.


CONSTITUTION 3s4 réglées; tout ce qui concerne des décisions et des dépenses (iéjà réglées par des lois précédentes, est confié aux congrégations provinciales aux conditions établies dans la seconde partie. 24* Nous donnons aux congrégations centrales le droit de nous faii'e connaître les besoins , les vœux et les désirs de la nation, et nous nous réservons de prendre leurs conseils quand nous le jugerons convenable. 2 5. Les congrégations centrales peuvent rendre des ordonnances , établir des impositions et charges , et exercer en nom propre le pouvoir législatif, judiciaire et exécutif, sur toutes les affaires qui leur sont confiées, aussi bien que dans l'interprétation des lois; le résultat de ses délibérations doit être soumis au gouvernement local ; et celui-ci doit le confirmer, ou lorsqu'il n'y est pas légalement autorisé, le soumettre à notre haute approbation. Les congrégations centrales peuvent, lorsque le gouvernement juge qu'il est sans attribution , s'adresser directement à nous. 26. Les délibérations seront publiées en notre nom et seulement lorsqu'elles auront reçu notre approbation. 27. Les frais de secrétariat et autres des congrégations centrales seront payés aux dépens de toutes les provinces du territoire. 28. Le président distribue les travaux entre les membres de la congrégation centrale. 29. Les affaires ordinaires seront traitées et décidées dans des séances fixées par le président ; les affaires plus importantes sont confiées à une commission pour fane un rapport. 5o. Le président recueille les voix , et les décisions sont prises à la majorité absolue. En cas d égalité de voix , celle du président décide ; toutes les opinions pour et contre sont consignées au procès-verbaL

Rang des Membres en séance. 3i. Les membres siègent comme il suit : les nobles, les propriétaires non nobles, les députés de Milan ou de Venise, les députés des autres villes; aujourd'hui d'après l'âge, et plus tard d'après l'ancienneté d'élection. Toutes les voix ont une force égale. 5a. Les propositions que le président ou les membres veu-


325 lent faire, doivent être portées sur le procès-verbal avant d'être mises en délibération. 33. La congrégation centrale soumettra à notre approbation un règlement sur la forme des procès-verbaux et l'ordre des délibérations. 34- Les rapports entre la congrégation centrale et nos sièges royaux auront lieu au moyen de notes , et les rapports avec la cour par voie de supplique. 35. Les congrégations provinciales peuvent être surveillées par la congrégation centrale, et elles doivent lui être soumises dans toutes les affaires d'administration qui ne sont pas du ressort du gouvernement. Elles lont des rapports à la congrégation centrale et en reçoivent des décrets. 36\ Les congrégations centrales doivent, dans le délai de quatorze jours, après leur session, envoyer au gouvernement les registres de leurs délibérations, que celui-ci transmet à la cour avec ses observations. LOMBARDO-VÈTFLTIEJYNE.

SECONDE

PARTIE.

Des Congrégations provinciales. 37. Une congrégation provinciale est établie dans chaque ville capitale d'une province. Elle est présidée par le délégué royal (delegalo regio) , ou son représentant. 38 et 09. Les congrégations provinciales sont composées, selon la grandeur de la province , de huit, six, quatre propriétaires , moitié nobles et moitié non nobles; en outre, d'un député pour chaque ville royale située dans la province. La distribution des provinces en trois classes , d'après leur grandeur, sera publiée ultérieurement. 4o et 41. Les propriétaires, pour être admis dans les congrégations provinciales, doivent jouir des droits de citoyen dans le royaume lombardo-vénitien ( ou avoir des lettres de noblesse), posséder 2,000 scudi de biens, être domiciliés dans la province et être âgés de trente ans accomplis. 42. Ils sont exclus pour les causes d'empêchement fixées dans l'article 5. 43 et 44* Les députés des villes doi vent avoir leur domine et jouir des droits de citoyen dans leur ville , posséder y3ooo scudi en biens, fabriques ou fonds de commerce; être


3s6 CONSTITUTION âgés de trente ans accomplis-. Les empêchemens établis article 7 les excluent de la congrégation. 45. Nous nommons, pour la première fois, les membres des congrégations provinciales, de la manière indiquée aux articles 9, 10 et x 1. 46. Pour les remplacemeris ultérieurs, les communes présenteront leurs choix aux congrégations provinciales; cellesci présentent trois noms à la congrégation centrale. Si la congrégation centrale n'a aucune observation à faire , le premier inscrit est nommé et confirmé par le gouvernement. Si le gouvernement a des observations à faire, il présente nn rapport à la cour. 4 7. Ln ce qui touche la durée des fonctions, le renouvellement, l'exclusion des membres des congrégations provinciales, sont applicables les articles 10, i47 iô) > 1 exclusion peut être consentie directement par le gouvernement. 48. Les délégués royaux (delegati) dirigent les élections suivant les principes ci-dessus établis. 4y. Les membres des congrégations provinciales s'appellent députés à la congrégation provinciale. Ils prêtent le serment entre les mains du délégué; ils ne reçoivent aucun traitement ; ils ont pendant la durée de leurs fonctions le Vang de conseiller impérial et royal; ils suivent immédiatement dans les solennités le vice-délégué, et portent le même uniforme que lui, mais avec les revers de couleur ora nge. 50. Les congrégations provinciales ont dans leurs attributions, suivant les bases posées dans l'article a3, {a) les affaires relatives aux impôts de la province, {h) 1 administration économique des villes et communes (a cet eflet, les conseillers des communes doivent présenter leur budjet annuel à la congrégation provinciale), [c) les canaux et les grandes routes , en tant qu'ils regardent les provinces et non l'état; [d) les établissements de bienfaisance. 51. Sur ces diflérens points, et autres affaires de l'administration , les congrégations provinciales peuvent adresser des observations motivées à la congrégation centrale , et celle ci peut en faire usage , ou les renvoyer comme non fondées. 5a. Les résolutions des congrégations provinciales qui doivent être publiées à la chancellerie ou aux municipalités^


327 a attribution seront signées parle délégué (qui spéciale) , par un député et par le référendaire. 53 , 54 et 55. Les congrégations provinciales ont un référendaire (ayant seulement voix consultative), un caissier, un contrôleur et un réviseur. Ces quatre fonctionnaires recevront un traitement aux frais de toute la province. Le délégué et le référendaire se distribueront les travaux. Les congrégations provinciales qt les délégations auront des procès-verbaux , des registres et des expéditions communs ; les affaires seront en conséquence poursuivies en commun. Le délégué recueillera les voix, en qualité de président, ainsi qu il a été dit article 3o à 32, 56. Les congrégations provinciales doivent envoyer au gouvernement local leurs procès-verbaux, tous les quatorze jours, par l'intermédiaire de la congrégation centrale qui l'adresse au gouvernement de la même manière , avec ou sans observations. Donné, à Vienne, le 24 avril 1815, de notre règne le 24e, Signé FRANÇOIS. LOMBARDO-VÉNITIENNE.

Serment des Députés aux Congrégations centrales et provinciales, Je jure fidélité et obéissance à S. M. l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie , de Bohême, de Lombardie de Venise; et promets, sur mon honneur et ma conscience, que j'exercerai les fonctions qui me sont confiées de député à la congrégation ( centrale ou provinciale ) établie par les lois fondamentales ; que mes propositions et opinions auront seulement pour objet le bien général , sans aucune considération particulière , et ne seront déterminées que par la v érité et le devoir. Je le jure. Et qu'ainsi Dieu me soit en aide.


CONSTITUTION

ROYAUME DE SARDAIGNE. CONSTITUTION (NON ECHITE)

DES ÉTATS COMPOSANT LE ROYAUME DE SARDAIGNE. Gouvernement. vénalité des charges reste abolie. Toutes les affaires politiques sont du ressort-de quatre ministres d'état et du secrétariat des affaires étrangères, de celui des affaires intérieures et de celui de la guerre. La Savoie et le Piémont sont héréditaires pour les mâles seulement. Tout ce qui est uni à la couronne ou par traités, ou par conquêtes, ou par quelque autre voie que ce soit, en est inséparable; celui qui ne succède pas à la couronne est exclu de succéder en particulier aux accroissemens qu'elle a reçus. Le domaine de la couronne est inaliénable. LA

Du Roi.

Le roi de Sardaigne est souverain illimité de ses provinces. Au titre de roi de Sardaigne, il joint celui de duc de Savoie. La loi salique est la loi fondamentale de la maison de Savoie. Le duc de Savoie est en outre, marquis d'Italie, prince de l'empire, et a droit de séance à la diète. Il exerce pendant la vacance du trône impérial le vicariat de l'empire en Italie. Il est grand maître des ordres de l'Annonciade et de SaintLazare et Saint-Maurice.


329 DE SARDAIGNE. Le fils aîné du roi de Sardaigne porte le nom de prince de Piémont. Aucune bulle ne peut se publier sans T exèquatiir du roi. L'inquisition de Turin ne peut inquiéter personne sans l aveu du prince. Le roi nomme à tous les bénéfices ecclésiastiques et a droit de les charger de pensions jusqu'au tiers des revenus. Des Citoyens. Dans tous les fiefs le majorât est établi à perpétuité. Le gentilhomme ne peut faire aucun fidei-commis dans les biens allodiaux qui s'étendent au-delà du quatrième degré» Le fils aîné ne donne d'autre apanage à ses frères cadets que le quart des revenus du fief quand ils sont moins de quatre ; s'ils sont davantage, il n'est tenu de leur en donner que le tiers avec une dot modique. Les filles sont entièrement exclues delà succession des fiefs tant qu'il reste quelqu'un de la race mâle du père. Celui qui achète une terre à laquelle est annexé un marquisat, une baronnie etc., devient noble, et prend le titre de marquis, de baron, etc. En perdant les possessions, on perd le titre qui y était attaché. Chaque noble doit prouver d'où il tient ses armes; il en est privé s'il ne les fait renouveler. Quiconque veut porter le titre de duc, de prince, de marquis , de comte, de baron etc., doit montrer un diplôme obtenu du roi ou de ses prédécesseurs, et consigné dans les registres. Celui qui a une partie de juridiction d'un village, n'en peut porter le titre à moins que dans un village de cent feux d n'en comprenne au moins la moitié, et le tiers, si le village contient plus de feux. On ne peut recevoir d'un prince étranger une pension ou un ordre de chevalerie ( excepté celui de Malthe ) , s'attacher au service militaire d'une autre puissance; ou passer dans les pays étrangers sans la permission du roi, obtenue par écrit. On ne peut porter les armes hors des limites de son propre fief.


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CONSTITUTION

Celui qui ne possède pas de fief, ne peut les porter quoiqu'il soit officier dans les troupes nationales. La possession ou la prescription ne peut, à l'égard du roi, ôter aux fiefs lenr caractère; celui qui veut prouver que sa terre n'est pas un fiel de la couronne, doit le prouver par lettres d'investiture. Le roi a le choix d'exiger des vassaux le service en personne , ou de le demander en argent. Les impôts que les nobles paient de leurs biens allodiaux, sont le mêmes que ceux auxquels sont soumis les paysans. Un étranger qui veut s'établir dans le pays, doit se faire naturaliser et prêter le serment de fidélité ; mais si par suite il s'absente pendant plus de trois ans, il perd tous les droits qu'il avait acquis. Un étranger qui n'a pas été naturalisé, ne peut être institué héritier par un Savoyard ou un Piémontais. 11 est aussi défendu à tous les étrangers d'acquérir des fiefs ou des biens-fonds qui se trouvent éloignés des frontières de moins de deux milles de Piémont sous peine de les perdre. Du grand Conseil du Rot. \

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Le grand conseil du roi se compose de huit ministres détat, parmi lesquels se trouvent le vice-roi de Sardaigne, le ministre plénipotentiaire à la cour de Home et deux secrétaires. Il y a trois secrétaires d'état : un pour le département des. affaires étrangères, l'autre pour l'intérieur, et le troisième, pour la guerre. Chacun d'eux est assisté d'un primo uffiziale, Administration de la Justice,

La justice est administrée dans les villes et provinces par des intendans et prévôts nommés par le roi qui jugent en première instance. Les appels de leurs sentences sont portés aux sénats qui jugent en dernier ressort. Il y a trois sénats dans le royaume : à Turin , à Nice et à Chambéry.


DE S ARDA IGNE.

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Le sénat de Turin est composé de trois présidens et vingtun sénateurs formant trois chambres, dont deux jugent en matière civile, et l'autre en matière criminelle. Le sénat de Chambéry est composé de deux présidens et dix conseillers, partagés en deux chambres, et d'un procureur général. Le sénat de Nice est formé d'un président, de six conseillers , et d'un procureur général. La justice est rendue d'après les ordonnances du poi, et à leur défaut, parle droit romain; à 1 exception de quelques provinces régies par des lois particulières. La Sardaigne a des statuts particuliers.


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CONSTITUTION

CONSTITUTION (NON ÉCRITE )

DE GÊNES. Gouvernement. LE gouvernement de la république de Gênes est aristocratique. Le suprême pouvoir législatif appartient aux nobles» La religion catholique est la religion de l'état.

Des Nobles. Il y a à Gênes deux sortes de nobles, les anciens et les nouveaux. Vingt-huit familles forment l'ancienne noblesse, qui a de grands privilèges. Quatre cent trente-sept familles forment le corps de la nouvelle noblesse. Le doge et les sénateurs sont choisis alternativement parmi les anciens nobles et parmi les nouveaux. Les nobles seuls ont droit à toutes les charges de l'état, à la seule exception des trois places de secrétaires d'état, qui peuvent être accordées à des citadins , mais qui leur confère alors la noblesse de plein droit. Du Doge. La dignité de doge est élective et n'est conférée que pour deux ans. Le doge , en quittant sa dignité , obtient une place à vie dans le collège des procurateurs. Il doit y avoir un intervalle de dix ans entre l'administration d'un doge et sa réélection. A l'expiration de ses fonctions , le doge est exposé huit jours aux plaintes publiques , et le poids d'une accusation grave peut le priver de l'honneur d'être procurateur à vie.


DE

GENES.

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Le doge est soumis à la surveillance de deux gouverneurs. Il a des gardes et une représentation royale. Le doge est président de toutes les assemblées de l'état, et y fait les propositions. Il faut avoir cinquante ans pour être doge. Du Sénat. Le sénat, ou la seigneurie, est revêtu de la puissance executive. Il se compose de douze gouverneurs présidés par le doge. Pour être gouverneur, il faut avoir été inscrit au moins douze ans sur le registre des nobles. Les gouverneurs ne sont en place que deux ans, et ne peuvent y rentrer qu'après cinq ans d'intervalle. Ils sont élus par le sort sur cent vingt candidats nommés par trente électeurs appelés prud'hommes', et désignés par le grand conseil. Les gouverneurs,en sortant de place, sont élus procurateurs, et en remplissent les fonctions pendant deux ans. En temps de vacance , le sénateur le plus ancien remplit les fonctions du dogat. Du Grand Conseil. Le grand conseil est revêtu de la puissance législative. Cette assemblée est composée de tous les nobles. Pour y entrer, il faut être âgé de vingt-deux ans. On élit chaque année ceux qui doivent y être admis. Le grand conseil a seul le droit d'établir de nouveaux impôts, de faire de nouvelles lois, de changer ou réformer la constitution de l'état. Deux cents membres du grand conseil forment, avec la se %neurie et les autres cblléges , le petit conseil. Le petit conseil décide de la paix ou de la guerre, choisit les magistrats inférieurs, et fait même des lois,pourvu qu'elles réunissent les deux tiers des suffrages. La seigneurie, le collège des procurateurs et cent membres du grand conseil réunis , forment Xassemblée. Ce nouveau conseil jugé sur les appels dés tribunaux inférieurs.


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CONSTITUTION

Des Collèges. Ç ■' les anciens doges, Le doge o » les sénateurs et les O régnant, c> , procurateurs, forment ce quon appelle proprement les colléges. Les collèges prennent la première connaissance de toutes les affaires étrangères et des cas de haute trahison. Ils ont le droit d'assembler le grand conseil, quand ils le jugent à propos. Ils convoquent le petit conseil, et préparent les alfaires qu'on doit y traiter. 7

Des Censeurs suprêmes. Les censeurs suprêmes (supremi sindicatori) forment un collège de cinq nobles. Il a le droit de censurer la conduite des principaux officiers sortant de charge, ainsi que les opérations du sénat et des collèges. Il veille à l'observation des lois, punit les contrevenans, examine les accusations portées contre le doge. Ce collège est changé tous les quatre ans. Collège des Procurateurs. Le collège des procurateurs, appelè Caméra, se compose de huit membres. L'élection des huit procurateurs a lieu comme celle des sénateurs. Ils ne peuvent rentrer en charge qu'après un intervalle de trois ans. Les nobles qui ont été doges sont de droit membres perpétuels de la caméra. La caméra est chargée de l'administration des revenus publics. Administration de la Justice. i m ',■! . q. ia : : '. >.. ! Jtt H Les fonctions de juges sont confiées à Gênes à des étrangers. Il y a une cour de justice composée de trois juges pour le civil (rota civilis), et de quatre pour le criminel (rota criirûnalis ). r


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I>E G$NES.

On peut appeler des sentences, en matière civile, à trois docteurs génois ou à deux docteurs et un noble, au choix des parties. Les sentences de la rote criminelle sont sans appel sur les peines de mort qui doivent être confirmées pour le grand conseil. Le pays génois a des lois écrites qui déterminent le gouvernement, qui contiennent le droit criminel et le droit civil, dont le droit romain est regardé comme la base. La connaissance de la plupart des affaires publiques ou économiques appartient à des tribunaux inférieurs, composés de trois jusqu'à sept nobles. .5 Inquisiteurs uE tat. Les inquisiteurs d'état sont au nombre de sept. Ils sont chargés d'observer l'intérieur des familles et de prévenir toute intrigue ou conspiration contre le gouvernement.

CONVENTION

STIPULÉE

A MONTÉBELLO, ;

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J.

Les 5 et 6 juin 1797 ,

Entre le citoyen Bonaparte , général en chef de Tarmée fran caise en Italie, le citoyen Faipoidt, ministre de la république française prés celle de Gênes , et son excellence M. Michel Anselo Combrosa , Louis Carbonera et Gérolano , déqmtés de la république de Gênes. U » •, LA république française et la république de Gênes voulant consolider l'union et l'harmonie qui ont existé dans tous les temps entre la république française et la république génoise , pensant que ]a félicité de la nation génoise exige qu'elle recouvre le dépôt de sa souveraineté , les deux états sont convenus des articles suivans : Art. U . Le gouvernement de la république de.Gênes reconnaît que la souveraineté réside dans la réunion de tous les citoyens du territoire de lelat. 2. Le pouvoir législatif sera confié à deux conseils reprér


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CONSTITUTION 1)E GÊNES.

sentatifs , composés l'un de trois cents , et l'autre de cent cinquante membres ; le pouvoir exécutif sera délégué à un sénat de dix membres présidés par un doge : les sénateurs et le doge et seront à la nomination des conseils. 3. Chaque commune aura une municipalité , et chaque district une administration. 4- La religion , le degré d'attribution de chaque autorité, la circonscription des districts, l'organisation du pouvoir judiciaire et de la force militaire , seront déterminés par une commission législative, qui sera chargée de rédiger le plan de constitution ettoutes les lois organiques du gouvernement. Il leur est enjoint de ne rien faire de contraire à la religion catholique ; de garantir la dette consolidée , de conserver la franchise du port et de la cité de Gênes, la banque de SaintGeorges, de prendre les mesures pour pourvoira l'entretien de la noblesse pauvre. 5. Tous privilèges et toute distinction particulière étant contraires à l'organisation actuelle de l'état1, se trouvent nécessairement abolis. 6. Le gouvernement provisoire sera confié à une commission présidée par le doge actuel. Elle sera mise en activité^ le 1T4 du présent mois de juin. 7. Les citoyens qui seront appeiës à composer le gouvernement provisoire de la république de Gênes , et qui refuseront d'accepter , seront regardés comme indifférens , et condamnés à une amende, 8. Quand le gouvernement provisoire sera installé , il fera les réglemens nécessaires à la forme de ses délibérations , et la commission législative s occupera de la législation. 9. Le gouvernement provisoire indemnisera les Français qui auront éprouvé des dommages. 10. La république française voulant donner une preuve de l'intérêt qu'elle prénd à la félicité du peuple de Gênes , et souhaitant anéantir tout vestige d'animosité , accorde une entière amnistie pour les excès des 3 et 4 prairial. 11. La république française accordera à la république de Gênes sa médiation armée , s'il est nécessaire , tant pour l'exécution des articles ci-dessus mentionnés , que pour assurer l'intégrité de son territoire. ■

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CONSTITUTION LIGURIENNE.

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CONSTITUTION

DE LA RÉPUBLIQUE LIGURIENNE. LE peuple ligurien , considérant que la cause de son avilissement passé était dans sa soumission à un gouvernement aristocratique , héréditaire , et partagé en différentes classes, a résolu de ne former à l'avenir qu'une seule famille , en adoptant une constitution fondée sur les vrais principes delà liberté et de l'égalité ; en conséquence, il reconnaît et proclame solennellement, en présence de Dieu, les principes suivans. Souveraineté du Peuple.

Art. I . La souveraineté est le résultat de la volonté générale ; elle réside essentiellement dans le peuple, elle est inaliénable , indivisible et imprescriptible. 2. Aucun individu, aucune portion du peuple ne peut s'attribuer la souveraineté; aucun ne peut être empêché d'y participer , si ce n'est dans les cas déterminés par la loi pour la sûreté publique. 5. Personne ne peut exercer une fonction publique sans une délégation formelle et légitime du peuple. 4. Les emplois publics ne sont point la propriété de ceux qui les remplissent. Tout citoyen peut parvenir aux emplois publics , de la manière, dans les formes , et aux conditions prescrites par la loi. 5. La loi est l'expression libre de la volonté générale par 1 organe de la majorité des citoyens , ou de leurs représentans; elle est fondée sur la justice et le bonheur de tous, ebe protège la liberté publique et individuelle contre toute attaque et toute oppression. 6. Ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché. Personne ne peut être contraint de faire ce que la loi n'ordonne pas. 7. Les actes exercés contre qui que ce soit, hors des cas et contre les lormes que la loi détermine, sont arbitraires et tyranniques. TOME IV. 22 er


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CONSTITUTION

Droits de l'Homme en Société. Art. I *. Le but de la société est ie bonheur commun. Le gouvernement est établi pour assurer à l'homme l'exercice de ses droits. 2. Ces droits sont : la liberté, l'égalité, la propriété et la sûreté. 3. La liberté est la faculté qu'a l'homme de faire tout ce qui n'est point contraire aux droits des individus ou du corps social. 4. L'égalité consiste dans le droit qu'a chaque citoyen d'être également traité par la loi, soit qu'elle punisse ou qu'elle protège ; elle 11e reconnaît ni pouvoir héréditaire ni distinction de naissance. 5. La.propriété est le droit qu'a chacun de jouir et de disposer de ses biens, du fruit de son travail et de son industrie. Sa personne èst une propriété inaliénable. 6. La sûreté résulte du concours de tous les membres de la société, pour défendre les droits de chaque individu. e

Devoirs de l'Homme en Société. Art. I . Les droits d'autrui sont la limite morale des nôtres , et les principes des devoirs dont l'accomplissement résulte du respect pour ces mêmes droits. Ils reposent sur cette maxime : Fais toujours aux autres le bien que tu voudrais en recevoir ; ne fais point a autrui ce que tu ne voudrais pas qiion te fit. 2. Les devoirs de chaque individu envers la société sont: soumission aux lois, maintien de la liberté et de l'égalité, contribution aux dépenses publiques ; le service pour la patrie lorsqu'elle l'exige , et même le sacrifice de ses biens et de sa vie. 3. Celui qui viole ouvertement les lois, celui qui cherche à les éluder, se déclare l'ennemi de la société. 4. Aucun n'est bon citoyen s il n'est bon fils, bon père, bon frère , bon ami, bon époux, La pratique des vertus privées et domestiques est la base des vertus publiques. er


LIGURIENNE.

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Devoirs, du Corps Social. Art. I . Le devoir de la société envers les individus qui la composent est la garantie sociale; elle consiste dans l'action de tous pour assurer les droits de chacun ; dès qu'elle cesse d'exister , il n'y a ni société ni gouvernement. 2. La garantie sociale n'existe pas quand les limites des pouvoirs ne sont pas clairement déterminées par la loi, et si la responsabilité des fonctionnaires publics n'est pas établie. 3. La société doit auxindigens les moyens de subsister, et l'instruction à tous les citoyens. er

CONSTITUTIONCHAPITRE PREMIER.

Art. I . LA république ligurienne est une et indivisible. 2. L'universalité des citoyens liguriens est le souverain. 3. La liberté et l'égalité sont les bases de la république. er

4. La république ligurienne maintient dans sa pureté la religion catholique qu'elle professe depuis des siècles.

5. Elle ouvre une protection spéciale à l'industrie, au commerce, aux arts et aux sciences. G- Elle défend toutes les propriétés, et assure de suffisantes indemnités pour celles dont les besoins publics, légalement constatés , exigent le sacrifice. 7. Elle conserve et transmet à la postérité les senti mens de reconnaissance pour la république française, et se déclare alliée naturelle de tous les peuples libres. CHAPITRE II.

Division du Territoire. 8. Le territoire ligurien est divisé en quinze à vingt juridictions. q. Lé chef-lieu de la juridiction pourra , d'après une disposition du corps législatif, être changé tous les deux 22.


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CONSTITUTION

ans , et transféré clans les différentes communes de la juridiction. 10. Chaque juridiction est divisée en cantons , qui, pour toute l'étendue de la juridiction , ne peuvent être moindres de cent cinquante et plus de deux cents. 11. Chaque canton est divisé en autant de communes qu'il contient de paroisses , sans cependant que les cités ou bourgs qui renferment plusieurs paroisses puissent former plus d'une commune. 12. Le corps législatif déterminera l'étendue de chaque juridiction, canton et commune, dans le délai de deux mois après son installation. 13. La division actuelle du territoire ligurien est provisoirement conservée. CHAPITRE III.

Etat politique des Citoyens. 14. Tout homme né et domicilié sur le territoire de la république, parvenu à l'âge de vingt ans, et inscrit sur les registres civiques de sa commune, est citoyen actif de la république ligurienne. 15. Le fils d'un citoyen né accidentellement hors de la république, est regardé comme étant né sur son territoire. 16. Les étrangers deviennent citoyens si, après avoir déclaré leur intention dese faire inscrire sur le registre civique, et avoir renoncé au droit de citoyen dans leur patrie, ils ont eu un domicile continu pendant dix années sur le territoire delà république, et y possèdent un établissement de commerce ou d'industrie, ou un bien-fond de la valeur de dix mille liv., ou épousent une Ligurienne. 17. Le fils d'un étranger, né accidentellement sur le territoire de la république, n'est pas regardé comme citoyen jusqu'à ce qu'il ait satisfait aux conditions prescrites en ce chapitre pour l'admission des étrangers aux droits de citoyen. 18. Les étrangers qui ont obtenu de l'ancien gouvernement le privilège de bourgeoisie, ne peuvent en exercer les droits qu'après avoir résidé dix ans sur le territoire de la république; en y comprenant le temps où commencera leur domicile. ig. Seront en outre citoyens, sans autres conditions, les


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LIGURIENNE.

étrangers que le corps législatif déclarera avoir bien mérité de la république et de l'humanité. Seront encore citoyens tous les militaires qui auront servi la république ligurienne pendant six ans sans engagement. 20. Les citoyens actifs peuvent seuls voter dans les assemblées du peuple, et remplir les fonctions et emplois établis par la constitution. 21. Sont considérés comme étrangers, les individus qui, sans mission ou autorisation, demeurent, pendant dix ans de suite, hors du territoire5 dans ce cas, ils ne rentrent dans les droits de citoyen qu'aux conditions ci-dessus prescrites pour les étrangers. 22. Ceux-là perdent les droits de citoyen , qui sont naturalisés dans un pays étranger, ou aggrégés à toute corporation extérieure qui exige des distinctions de naissance, ou un serment de fidélité; ils ne peuvent rentrer dans leurs droits qu'aux conditions ci-dessus prescrites. 23. L'exercice des droits de citoyen est suspendu i° par la profession ou vœu dans un corps régulier ou religieux, et la continuation de cet état; 2 par l'acceptation ou conservation des pensions, patentes, titres ou cocardes des puissances étrangères; 3° par la condamnation à une peine afflictive ou infamante sans réhabilitation ; 4° par l'état d'accusation qui pourrait donner lieu à une peine afflictive ou infamante; 5° par l'interdiction légale en cas d'imbécillité, démence, ou fureur; 6° par l'état de débiteur, banqueroutier, ou d'héritier ou détenteur à titre gratuit de tout ou partie de l'héritage d'un banqueroutier, jusqu'à ce quon en soit venu à des arrangemens avec les créanciers; y0 par condamnation par contumace à une peine alflictive ou infamante, jusqu'à ce que ia sentence soit anullée; 8° par l'état de domesticité attaché au service personnel; 9 par l'état de mendiant ou de vagabond. a 4- Ceux qui possèdent des fiefs en pays étranger ne peuvent exercer les droits de citoyen que dix ans après la renonciation à ces fiefs. 2 p. L exercice des droits de citoyen ne peut être suspendu ni s aliéner que dans les cas exprimés par la constitution. aG. Après 1 an *o de la république, aucun individu ne pourra être inscrit sur le registre civique, qu'en prouvant qu'il sait lire, écrire et exercer un art. 0

0


342 CONSTITUTION 27. La république compte 1 agriculture et la navigation parmi les arts les plus utiles et les plus respectables. CHAPITRE IV.

Assemblées Primaires. 2 8. Les citoyens actifs pour exercer des actes de souveraineté, doivent se réunir en assemblées. 29. Les assemblées primaires résultent du rassemblement de tous les citoyens actifs, distribués en différentes réunions suivant les communes où ils sont domiciliés. 30. Le domicile exigé pour voter dans les assemblées primaires d'une commune , s'acquiert par un an de résidence, et ne se perd que par un an d'absence. 01. On ne peut voter par procureurs ; on ne peut voter pour le même objet que dans une seule des assemblées primaires. 02. Il y aura au moins une assemblée primaire par commune composée de trois cents citoyens au moins, et de six cents au plus. Sont aussi compris dans ce nombre les citoyens absens qui auraient le droit de voter dans lesdites assemblées, s'ils étaient présens. Dans les communes qui ne sont pas composées de trois cents citoyens, ceux-ci se réuniront à une 011 plusieurs communes voisines, pour former au moins le nombre de trois cents citoyens, et cela , jusqu'au nouveau règlement qui doit être fixé par le corps législatif. 33. Les assemblées se constituent provisoirement sous la présidence du plus ancien , et les deux plus jeunes font les fonctions de secrétaires provisoires. 34. Elles sont définitivement constituées par la nomination d'un président, de deux secrétaires , et de deux scrutateurs. 55. S'il s élève des différends sur les qualités requises pour voter, l'assemblée les décide provisoirement,sauf le recours au juge ordinaire de la juridiction. 56. Dans tout autre cas , le corps législatif prononce sur la validité des opérations des assemblées. 07. Il est défendu d'assister en armes aux assemblées, sous peine de perdre , pour dix ans, le droit d'y voter et d'y paraître.


LIGURIENNE. 343 38. Les assemblées ont le droit de police dans le lieu de leurs séances. 39. Sont nuls tous les actes qu'une de ces assemblées entreprendrait contre l'objet de sa convocation et les formes prescrites par la constitution. Les assemblées ne peuvent expédier ou recevoir de mémoires, pétitions ou députations. 40. La constitution détermine les .objets pour lesquels doivent être convoquées les assemblées primaires , qui sont i° pour accepter ou rejeter les cbangemens de l'acte constitutionnel , légitimement proposés par le corps de réforme ; 20 pour faire les élections qui leur appartiennent suivant les circonstances. 41. Les assemblées primaires se reunissent, de leur droit privé, en vertu de la constitution, et sans être convoquées, le i mai de chaque année, et procèdent, s'il y a lieu, aux élections, i° des membres qui doivent composer les assemblées électorales; 2° des officiers municipaux de leurs communes. 4a. Dans les assemblées au-dessous de trois cents votans, les assemblées communales ne se tiennent que pour l'élection des officiers municipaux. 45. On vote dans ces assemblées par scrutin secret. Les autres formalités de ce vote seront fixées par le corps législatif. Le gouvernement provisoire les détermine pour les premières élections. 44. Quiconque est convaincu légitimement d'avoir acheté ou vendu un suffrage, d'avoir opéré l'élection de quelque individu par menaces, brigues , ruses ou autre genre de séduction , perd , pendant vingt années , l'exercice des droits de citoyen ; en cas de récidive, il les perd pour toujours : ces exclusions sont publiées dans l'a juridiction par une proclamation. V 45. Quiconque s'oppose à la réunion de ces assemblées, est déclaré coupable de lèse-nation. 46. Les assemblées primaires ne peuvent avoir entre elles aucune correspondance, ni relation. er


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CHAPITRE Y.

Assemblées électorales. 4y. Toute assemblée primaire nomme les électeurs, en raison d'un par chaque trente citoyens qui votent dans cette assemblée, ou ont droit d'y voter quoique absens. Si le nombre total, divisé par trente, donne un excédant audessus de quinze, il y a lieu à la nomination d'un autre électeur. 48. Ne peut être électeur celui qui n'a pas atteint l'âge de vingt-cinq ans, et qui vit uniquement d'un salaire journalier. Les célibataires ne sont éligibles que trois ans après l'acceptation de la constitution. 4q. Les membres des assemblées électorales sont renouvelés chaque année, et ne peuvent être réélus qu'après un intervalle d'un an. 50. Les assemblées électorales se réunissent le 10 mai de chaque année, dans le lieu indiqué par le corps législatif, dans la division définitive du territoire. Le gouvernement provisoire détermine, pour la première lois, le jour et le lieu où elles devront se réunir. 51. Les assemblées électorales doivent terminer leurs opérations dans une seule session, qui ne peut durer plus de cinq jours. Après ce délai , les assemblées électorales sont absolument dissoutes. 52. La seconde convocation des assemblées primaires et électorales, aura lieu en mai 1799* 53. L'intervalle entre la première et la seconde convocation sera considéré comme d'une seule année, eu égard à la durée des fonctions publiques. Les autorités constituées , actuellement en fonction, les conserveront jusqu'à la division du territoire et de l'organisation du pouvoir judiciaire par le corps législatif. Après la division et organisation susdites, les électeurs nommés dans les précédentes assemblées primaires se réuniront d'après la convocation du directoire exécutif dans le chef-lieu de chaque juridiction, pour procéder , en séance , à l'élection des municipalités, juges de paix, du tribunal civil et criminel, des juridictions respectives, qui resteront


345 LIGURIENNE. en fonction jusqu'aux élections suivantes, qui auront lieu clans la première réunion dupeupleen assemblées primaires. 54. Si ce n'est dans le cas ci-dessus indiqué après que l'assemblée électorale est dissoute, les citoyens qui eu ont lait partie ne conservent ni qualité, ni titre d'électeur; ils ne peuvent, en conséquence, s'arroger ce litre en aucune manière, ni se réunir en cette qualité. Toute contravention à ces dispositions est un attentat à la sûreté générale. 55. Les réglemens établis pour les assemblées primaires aux articles 31, 53, 34, 55 , 36, 37, 38 , 3g , 45, 445 45 et 4^, ont également lieu pour les assemblées électorales. 56. Les assemblées se réunissent pour élire au besoin; i° les membres des deux conseils ; d'abord, ceux du conseil des anciens, ensuite ceux du conseil des soixante; a les hauts jurés; 5° les juges de paix de la juridiction; 4° ceux qui doivent composer le pouvoir judiciaire ; 5° le greffier du tribunal civil et criminel. 5y. Le gouvernement provisoire est momentanément chargé de réunir plusieurs districts dont la population n'excède pas cinquante mille âmes, en un seul département, pour ne former en chaque département qu'une seule assemblée électorale, et faciliter par-là la nomination des membres du corps législatif. 58. Lorsqu'un citoyen est nommé par l'assemblée électorale pour remplacer une fonction vacante par mort, démission ou destitution, il est censé élu pour le temps qui restait au fonctionnaire remplacé. 5g. Le commissaire que doit avoir le gouvernement dans les juridictions, est tenu, sous peine de destitution, de 1 informer du moment où les assemblées électorales sont ouvertes ou closes. Ledit commissaire ne peut arrêter, suspendre, ni même entrer dans le lieu des séances; mais il a droit qe demander communication du procès-verbal des séances dans les 24 heures qui suivent, et il est tenu de dénoncer au directoire exécutif les infractions faites à 1 acte constitutionnel. Cet article est commun aux assemblées primaires. 0


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COÏÏSTITUTLOÎF

CHAPITRE VI.

Pouvoir législatif. Dispositions générales.

60. Le corps législatif est divisé en deux conseils : l'un de trente membres , dit des anciens, et l'autre de soixante. 61. Le corps législatif ne peut, en aucun cas, déléguera un ou plusieurs de ses membres , ni à qui que ce soit, aucune des fonctions à lui transmises par la constitution. 62. Il ne peut, ni par lui - même, ni par ses délégués , exercer le pouvoir exécutif ni le pouvoir judiciaire. 65. Le titre de membre du corps législatif est incompatible avec toute autre fonction publique; il est encore incompatible avec le titre de prêtre consacré au culte spirituel,, et obligé à la résidence. 6/j. La loi détermine le mode de remplacement définitif ou provisoire de fonctionnaires publics élus membres du corps législatif. 65. Chaque juridiction concourt seulement, en raison de sa population , à la nomination des membres des deux conseils. 66. Le corps législatif détermine tous les dix ans, d'après les états de population qui lui sont envoyés, le nombre des membres des deux conseils que chaque juridiction doit nommer. Ce nombre est, pour la première fois, fixé par le gouvernement provisoire. 67. La répartition actuelle est maintenue pendant cet intervalle. 68. Les membres du corps législatif ne sont point les représenta n s particuliers de la juridiction qui les a nommés, mais de la nation tout entière , et l'on ne peut leur donner aucun mandat. 6'g. Un tiers des membres de l'un et de l'autre conseil sera renouvelé chaque année. Les juridictions qui ont élu les sortans élisent aussi ceux qui les remplacent. 70. Les membres sortis du corps législatif ne peuvent être élus qu'après un intervalle de trois ans. Dans les deux premières années, le sort décide de ceux qui doivent sortir. 71. Les citoyens qui ont été membres des Collèges del'atK


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cien gouvernement ne peuvent être élus membres du corps législatif. 72. Il y aura près le corps législatif une garde de citoyens pris dans la garde nationale sédentaire de toutes les juridictions, et choisis par leurs frères d'armes. Cette garde ne peut être moindre de quatre cent cinquante hommes en activité de service. Elle dépendra essentiellement du corps législatif, qui déterminera le mode de son service et de sa durée. 73. Si, par des circonstances extraordinaires,un des deux conseils se trouve réduit au-dessous des deux tiers de ses membres, il en donne avis au directoire, qui est tenu de convoquer immédiatement les assemblées primaires des districts qui ont des membres à remplacer. Us nomment immédiatement les électeurs , qui procèdent sans délai aux élections nécessaires. 74. Les membres annuellement élus pour l'un ou l'autre des deux conseils, doivent se rendre au plutôt au lieu de la résidence du corps législatif. Us se réunissent le 27 mai de la même année. 75. Les déux conseils doivent toujours résider dans la même commune. 76. Le corps législatif est permanent; il a toutefois la faculté de suspendre ses séances , quand il le juge à propos. 77. Les deux conseils ne peuvent, en aucun cas, se rassembler dans une même salle. 78. Les fonctions de président et de secrétaire ne peuvent durer plus d'un mois dans aucun des deux conseils. 79. Les conseils ont respectivement le droit de police dans le lieu de leurs séances et dans l'enceinte extérieure qu'il leur plaît de déterminer. 80. Ils ont également le droit de police sur les individus de leur corps; mais ils ne peuvent prononcer contre eux aucune peine plus forte que la censure, les arrêts pour huit jours , ou la détention pour trois jours. 81. Les séances de l'un et de l'autre conseil sont publiques ; cependant le nombre des spectateurs ne peut être de plus de deux cents par chaque conseil. 82. On tient procès-verbal de chaque séance, qui se publie par l i 111 pression. 80. Toutes les délibérations se font par assis et levé. En


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CONSTITUTION

cas de doute, on procède à l'appel nominal : alors les suffrages sont secrets. 84. Chaque conseil, sur la demande d'un tiers des membres présens, peut se former en comité général ou secret , pour discuter et non pour délibérer. 85. Les conseils ne peuvent, en aucun cas , créer dans leur sein un comité permanent ; ils ont seulement la faculté de nommer parmi leurs membres, pour un examen préparatoire, une commission spéciale, qui devra se borner à l'objet pour lequel elle a été nommée, et qui sera dissoute aussitôt que le conseil aura rendu un décret sur cet objet. 86. Les membres du corps législatif reçoivent une indemnité annuelle , à raison de 10 livres du cours actuel , par jour. 87. Le directoire ne peut faire séjourner ou passer aucun corps de troupes à la distance de huit milles du lieu de la résidence du corps législatif, si ce n'est à sa réquisition et d'après son autorisation , à l'exception de la troupe qui séjourne habituellement dans la commune où réside le corps législatif d'après ses propres régleinens. 88. Le corps législatif n'assiste à aucune cérémonie ou fonction publique, et n'envoie en son nom aucune députa tion. 89. Les deux conseils se donnent réciproquement avis de leur installation. 90. Un des conseils ne peut suspendre ses séances audelà de cinq jours, sans le consentement de l'autre. Conseil des Soixante. 91. Ce conseil est fixé au nombre de soixante. 92. Pour être élu à ce conseil, il faut avoir atteint l'âge de trente ans, (vingt-cinq ans accomplis suffiront pour les six premières années), et résider depuis cinq ans sur le territoire de la république. Cette dernière condition n'est pas nécessaire à ceux qui sont absens par mission du gouvernement. Les célibataires en sont exclus pendant trois années , à compter de l'acceptation de la constitution. 90. Le conseil ne peut délibérer qu'avec au moins trente membres présens.


LIGURIENNE. 349 appartient exclusivement à ce des lois L'initiative 94conseil. g5. Aucune proposition ne peut être mise en délibération dans le conseil que dans les formes suivantes : On fait trois lectures de la proposition ; l'intervalle entre ces lectures ne peut être moindre de dix jours. La discussion s'ouvre après chaque lecture. Le conseil a cependant la faculté de déclarer après la première ou la seconde lecture, qu'il y a lieu à l'ajournement, ou qu'il n'y a pas lieu à délibérer. Toute proposition doit être imprimée et distribuée deux jours avant la seconde lecture. Après la troisième , le conseil délibère sur la proposition , ou détermine le jour où il se propose de délibérer. 96. Les propositions qui ont été soumises à la discussion, et définitivement rejetées après la troisième lecture , ne peuvent être reproduites qu'un an après.

97. Les propositions adoptées par le conseil s'appellent

délibérations. 98. Le préambule de toute délibération doit contenir, 1° les dates des séances dans lesquelles ont été faites les trois lectures de la proposition; 2° lacté par lequel on a déclaré, après la troisième lecture, qu'il n'y avait pas lieu à l'ajournement. 99. Sont exemptes des formes prescrites par l'article 96 les propositions où l'urgence est reconnue par une délibération préalable du conseil. Cette déclaration exprime les motifs de l'urgence , et il en est fait mention dans le préambule de la délibération. Conseil des Anciens. %

100. Les conditions nécessaires pour être élu membre du

conseil des anciens sont: i° l'âge de quarante ans accomplis; a» la qualité d'homme marié ou de veuf; 3o le domicile de sept ans sur le territoire de la république. La troisième condition ne s'applique point aux absens par mission du gouvernement. 101. Ce conseil ne peut délibérer, s'il n'y a au moins quinze membres présens. 102. Il appartient exclusivement au conseil des anciens d approuver ou de rejeter les délibérations du conseil des soixante.


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io5. Dès qu'une délibération du conseil des soixante est parvenue à celui des anciens, le président en fait lire le préambule. 104. Si l'urgence a été déclarée, le conseil des anciens délibère pour approuver ou rejeter l'acte d'urgence. 105. Si le conseil des anciens rejette l'acte d'urgence, on ne peut discuter sur le contenu de la délibération. 10G. Si la délibération n'est pas précédée d'un acte d'urgence, on en fait trois lectures, et l'intervalle entre les deux premières lectures, ne peut être moindre de cinq jours. La discussion est ouverte après chaque lecture, toute délibération est imprimée et distribuée au moins deux jours avant la seconde lecture. 107. Le conseil des anciens n'approuve pas les délibérations du conseil des cinq cents, qui n'ont point été prises dans les formes prescrites par la constitution. 108. Les délibérations du conseil des cinq cents approuvées par celui des anciens , s'appellent lois. 109. Le préambule des lois indique la date des séances du conseil des anciens, dans lesquelles les trois lectures ont été faites. 110. Le décret par lequel le conseil des anciens reconnaît l'urgence d'une loi, doit être motivé et mentionné dans le • 1 • préambule de ladite loi. 111. La proposition d'une délibération du conseil des cinq cents , s'entend de tous les articles qu'elle contient. Le conseil des anciens doit les approuver ou rejeter en totalité. 112. L'approbation du conseil des anciens est exprimée dans toute proposition de loi, par la formule suivante, signée du président et de deux secrétaires au moins : Le conseil des anciens approuve. 113. Quand ce conseil rejette la loi proposée pour cause d'omission des formes ci-dessus indiquées , il s'exprime par la formule suivante, signée du président comme ci-dessus:

La constitution annul/e. 114. Quand le conseil rejette la délibération à cause du contenu, le rejet s'exprime dans la forme suivante , signée du président et de deux secrétaires au moins : Le conseil des anciens ne peut adopter. 115. Dans ce dernier cas, la délibération rejetée ne peut être reproduite qu'après l'intervalle d'un an.


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116. Le conseil des cinq cents peut néanmoins présenter en tout temps un projet de loi ou délibération qui contienne des articles faisant partie dune délibération déjà rejetée, 117. Le conseil des anciens, après avoir adopté une délibération, devra, dans le délai de 24 heures, la faire parvenir, tant au conseil des cinq cents, qu'au directoire exécutif. 118. Le conseil des anciens peut changer la résidence du corps législatif. En ce cas, il indique un nouveau local, et l'époque où les deux conseils doivent s'y transporter. Le décret des anciens, à ce sujet, est irrévocable. 119. Il faut les deux tiers des votes du conseil des anciens pour les délibérations mentionnées dans l'art, précédent. 120. Le jour même où cette délibération est prise, le corps législatif ne peut ultérieurement délibérer dans la commune où il résidait. Les membres qui y continueraient leurs fonctions, se rendraient coupables d'attentat contre la sûreté publique. 121. Les membres du pouvoir exécutif qui refuseraient ou différeraient de sceller, promulguer et expédier le décret de translation, sont coupables du même délit. 122. Si dans le délai de huit jours, après que les anciens ont résolu de transférer ailleurs la résidence du corps législatif, la majorité des deux conseils ne déclare pas à la république son arrivée à sa nouvelle résidence, ou sa réunion en quelqu'autre lieu que ce soit, les tribunaux des juridictions convoqueront lesassemblées primaires pour nommer des électeurs , qui procéderont aussitôt au renouvellement du corps législatif en entier. 125. Si les tribunaux auxquels il appartient, dans le cas de l'article précédent, de convoquer les assemblées primaires, Manquent à ce devoir, ils sont déclarés coupables d'attentat c ontre la sûreté publique. *24. Sont déclarés coupables du même délit tous les individus qUi se permettront d'empêcher la réunion des assemblées primaires ou électorales dans les cas ci-dessus indiqués. I2 .^' ^es membres du nouveau corps législatif, élus de la manière ci-dessus indiquée , se réunissent dans le lieu choisi par le conseil des anciens. 126. S ils ne peuvent se réunir dans ledit lieu , ils ont le droit de le faire partout ailleurs ; et partout où se trouve la


352 CONSTITUTION majorité des membres des deux conseils, le corps législatif est censé y exister légalement. Garantie, des Membres du Corps législatif. 127. Les citoyens qui sont ou ont été membres du corps législatif, ne peuvent, en aucun temps, être cités, accusés ou jugés pour ce qu'ils ont dit ou écrit dans l'exercice de leurs fonctions législatives. 128. A dater du moment de leur élection jusqu'au trentième jour après l'expiration de leurs fonctions, les membres du corps législatif ne peuvent être appelés en jugement que dans les formes prescrites par les articles suivans. 12g. Ils peuvent être arrêtés pour action criminelle en flagrant délit; maison en donne sur-le-champ avis au corps législatif, et le procès ne peut être suivi qu'après que le conseil des soixante a proposé d'y procéder judiciairement, et que le conseil des anciens l'a décrété. i3o. Les membres du cprps législatif, à moins qu'ils ne soient pris en flagrant délit, ne peuvent être traduits devant la police, ni mis en arrestation , avant que le conseil des soixante, réuni en comité secret, ait proposé de procéder judiciairement, et que le conseil des anciens l'ait décrété de la même manière. loi. Dans le cas des deux articles précédens, les membres du corps législatif ne peuvent être jugés ni traduits devant aucun autre tribunal que la haute cour de justice. I32. Ils seront traduits devant ledit tribunal pour cause de trahison, dilapidations ou machinations contre la constitution, et d'attentat contre la sûreté publique. 153. Aucune dénonciation contre un membre du corps législatif ne peut donner lieu à procéder, à moins qu'elle ne soit écrite , signée , et adressée au conseil des soixante. après avoir délibéré de la manière prescrite par 134l'art. 95,1e conseil des soixante admet la dénonciation , il le déclare dans les termes suivans : La dénonciation contre est admise. signée par pour cause de..... en date du io5. L'accusé est alors cité : il a le délai de trois jours entiers pour comparaître, et lorsqu'il comparaît,il est entendu dans le lieu de la séance du conseil des soixante. i5G. Soit que l'accusé se soit présenté ou non , le conseil


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dos soixante déclare, après ce délai, s'il y a ou s'il n'y a pas lieu à l'examen de sa conduite. 107. Si le conseil déclare qu'il y a lieu à l'examen, l'accusé est cité par le conseil des anciens ; il a, pour comparaître , le délai de trois jours entiers, et s'il comparaît, il est entendu dans l'intérieur du lieu des séances dudit conseil. 138. Que l'accusé se soit ou non présenté, le conseil des anciens, après ce délai et après avoir délibërédans les formes prescrites par l'article 106, prononce l'accusation , s'il y a lieu , et renvoie l'accusé devant la haute cour de justice, qui est obligée d'instruire le procès sans délai. 139. L'accusation prononcée contre un membre du corps législatif emporte suspension; s'il est absous par la haute cour de justice, il reprend ses fonctions. Promulgation des Lois. \/±o. Le directoire exécutif fait sceller et publier les lois et les auti'es actes du corps législatif dans les deux jours après leur réception. 141. Il est tenu de sceller et de promulguer, dans les vingt-quatre heures, les lois et les actes du corps législatif qui sont précédés d'un décret d'urgence. 142. La publication des lois et des actes du corps législatif se fait en la forme suivante : Au nom de la république ligurienne(loi ou acte du corps législatif)...,, Le directoire exécutif ordonne que la loi ou l'acte législatif ci-dessus , sera publié , exécuté et muni du sceau de la république. 143. Les lois dont le préambule n'atteste pas l'observation des formes prescrites dans le chapitre, aux art. concernant les conseils des soixante et celui des anciens, ne peuvent etre promulguées par le directoire; sa responsabilité à cet egard dure six années. CHAPITRE VII. Pouvoir exécutif\ pouvoir exécutif est délégué à un directoire de 144cinq membres, élus au scrutin secret par le corps législatif, qui fait, en pareil cas, les fonctions d'assemblées électorales au nom de la nation. . 25 TOME IV-


3 V,

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Le gouvernement provisoire réglera, pour la première fois» le mode de nomination des membres du directoire exécutif. Le corps législatif déterminera définitivement le mode de cette élection. i45. Les membres du directoire doivent être âgés de quarante ans accomplis, n'etre point astreints au célibat, et être domiciliés sur le territoire de la république depuis dix ans, à moins qu'ils n'aient été absens pour une mission publique. 1^6. Les citoyens qui ont été membres des collèges de l'ancien gouvernement, ne peuvent etre élus membres du directoire. Cette disposition s'étend aux fonctions du ministère. 147. Le directoire est renouvelé par cinquième chaque année. Le sort désignera successivement ceux qui devront sortir les quatre premières années. 148. Les membres sortans ne peuvent être réélus qu'après un intervalle de cinq ans. 149. L'ascendant et le descendant en ligne directe, les frères , l'oncle et le neveu , les cousins au premier degré, et les alliés à ces divers degrés, ne peuvent en même temps être membres du directoire, ni s'y succéder qu'après un intervalle de deux ans. 150. En cas de vacance par mort, démission ou autrement, d'un des membres du directoire , son successeur est élu par le corps législatif dans le délai de dix jours. 151- Le conseil des soixante est tenu de proposer les candidats dans les cinq premiers jours, et le conseil des anciens doit consommer l'élection dans les cinq autres. i5'i. Le nouveau membre n'est élu que pour le temps d'exercice qui restait à celui qu'il remplace; si néanmoins ce temps n'excède pas six mois , celui qui est élu demeure en fonction jusqu'à la fin de la cinquième année. i55. Le directoire nomme son président, qui doit être renouvelé tous les deux mois. 154. Le président a la signature et la garde du sceau. Les lois et les actes du corps législatif sont adressés au directoire dans la personne de son président. 155. Le directoire ne peut délibérer , s'il n'y a trois membres présens au moins. 156. Le directoire choisit hors de son sein un secrétaire , qui signe les expéditions avec le président, et rédige les délibérations sur un registre où chaqne membre à le droit de


LlGURIENPiE. 355 faire inscrire son avis motivé. Le directoire peut, quand il le juge à propos, délibérer sans l'assistance de son secrétaire; dans ce cas, les délibérations sont inscrites sur un registre particulier par un membre du directoire. i5y. Le directoire pourvoit, d'après les lois, à la sûreté intérieure et extérieure de la république. 158. Il peut faire des proclamations conformes aux lois et pour leur exécution. 159. Il dispose de la force armée ; mais en aucun cas , il ne peut la commander, ni collectivement, ni par aucun de ses membres , soit pendant le temps de ses fonctions, soit pendant les deux années qui suivent immédiatement l'expiration de ces mêmes fonctions. 160. Si le directoire est informé qu'il se trame quelque conspiration intérieure ou extérieure contre la sûreté de l'état , il peut décerner des mandats d'amener et d'arrêt contre ceux qui en sont présumés les auteurs ou les complices, et les interroger ; mais il est obligé, d'ans le cas où il ne les ferait pas remettre en liberté, de les renvoyer par-devant le tribunal compétent, dans le délaide deux jours au plus tard, sous les peines portées pour le crime de détention arbitraire. 161. Le directoire exécutif nomme les généraux en chef des forces militaires , tant de terre que de mer; mais il ne peut les choisir parmi les parens ou alliés d'aucun de ses membres dans les degrés exprimés par l'art. 14£)162. Le directoire surveille et assure l'exécution des lois dans les administrations et tribunaux, par des commissaires à sa nomination. i65. Il nomme hors de son sein, les ministres , et les révoque quand il le juge convenable. Il ne peut les choisir audessous de l'âge de trente ans , ni parmi les citoyens astreints 311 célibat, ni parmi les parens ou alliés de ses membres, dans les degrés énoncés dans l'article l4<p Chaque ministre reçoit une indemnité de quinze mille livres par an , selon le cours actuel des monnaies. 1G4. Les ministres correspondent immédiatement avec les autorités qui leur sont subordonnées. 165. Le corps législatif détermine les attributions et le nombre des ministres , lequel ne peut excéder celui de cinq. 166. Les ministres ne forment point un conseil. Ils sont


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personnellement responsables de l'exécution des lois et des ordres du directoire. 167. Aucun membre du directoire ne peut sortir du territoire de la république, sans une permission du corps législatif, et seulement deux ans après l'expiration de ses fonctions. 168. Il est tenu pendant cet intervalle, de justifier au * corps législatif de sa résidence. 169. Les articles depuis 127 jusqu'à i3p inclusivement, relatifs à la garantie du corps législatif, sont communs aux membres du directoire. 170. Dans le cas où plus de deux membres du directoire seraient mis en jugement, le corps législatif pourvoit, dans les formes ordinaires , à leur remplacement provisoire pendant le jugement. La même chose aura lieu dans le cas où plus de deux de ses membres se trouveraient dans l'impossibilité d'exercer leurs fonctions, soit par maladie, soit de toute autre manière. 171. Hors les cas exprimés dans la constitution , ni le directoire , ni aucun de ses membres ne peut être cité à comparaître, ni par l'un ni par l'autre conseil. 172. Les comptes et les éclaircissemens demandés au directoire par l'un ou l'autre conseil, doivent être exprimés par écrit. 173. Le directoire est tenu , chaque année, de présenter par écrit aux deux conseils, les comptes des dépenses, la situation des finances de la république, l'état des pensions existantes, ainsi que le projet de celles qu'il croit convenable d'établir ou de réformer. Il doit, en outre, lui indiquer les abus qui sont parvenus à sa connaissance. 174. Les membres du directoire ne peuvent paraître dans l'exercice de leurs fonctions que revêtus du costume qui leur est propre. Ce costume sera déterminé par le corps législatif. 175. Le directoire a sa garde habituelle; elle est soldée aux frais de la république, et est composée de cent hommes. 176. Le directoire est accompagné de sa garde dans les cérémonies et représentations publiques, où il a toujours le premier rang. 177. Tout poste de la force armée doit au directoire et à


LIGURIENNE. 357 chacun de ses membres, quand ils sont revêtus de leur costume distinctif, les honneurs militaires. 178. Le directoire réside dans la même commune que le corps législatif. 179. Les membres du directoire recevront une indemnité annuelle de vingt mille livres, et seront logés dans le même palais. Leurs appartemens seront meublés sans luxe , aux frais de la république, 180. Le directoire peut, en tout temps, inviter le conseil des soixante, à prendre un objet en considération. Il lui propoe des mesures ; mais non des projets en forme de lois.

CHAPITRE VIII.

Municipalités, Assemblées de Cantons et Commissaires du Gouvernement. 181. Il y a dans chaque commune une municipalité. 182. Il y a à Gênes une municipalité composée de trente membres, qui ne se rassemblent que pour nommer dans leur sein les membres de six comités municipaux dans lesquels elle est divisée, ou dans le cas où les assemblées de cantons doivent se réunir. 183. Si les membres de cette municipalité se rassemblaient pour d'autres objets que ceux mentionnés dans l'article précédent, ils se rendraient coupables de crime de lèze-nation. i84- Les comités municipaux dans lesquels se divise l'administration de Gênes sont au nombre de six, et sont composés chacun de cinq membres. Ces six comités sont les suivans, savoir : de constitution, de secours publics, des e diles, des établissemens publics, de la police , et militaire. Ï85. La loi désigne ceux des comités auxquels doivent etre attribués les objets qui ne seraient point indiqués dans le précédent article ; elle peut également modifier leurs attributions respectives quand cela devient nécessaire, 18G. Les divers comités ne peuvent communiquer entre eux que par l'intermédiaire des ministres, pour les objets à 1 égard desquels leurs travaux ont des rapports entre eux, et ils rendent compte directement au gouvernement de leur administration. En cas d'infraction à cet article, ils se rendent coupables du crime de lèze-nation.


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187. Ces comités sont soumis pour je reste aux règles établies par le présent chapitre pour les municipalités. 188. Tout membre d'une administration municipale doit avoir vingt-cinq ans accomplis. 189. L'ascendant et le descendant en ligne directe, le frère, l'oncle et le neveu, et les alliés dans les mêmes degrés ne peuvent être simultanément membres de la même administration municipale. 190. Il ne peut y avoir à la fois dans la même municipalité plus d'un citoyen astreint au célibat. 191. Sont exclus des municipalités ceux qui sont débiteurs des communes où elles sont établies, ou qui sont en litige avec elles. 192. Les commissaires des administrations municipales ne peuvent être réélus dans les mêmes administrations qu'après l'intervalle d'un an. » 190. Dans le cas où il viendrait à manquer un ou plusieurs membres dans une administration municipale , par mort , démission , ou par un litige levé entre un de ses membres et la commune , entraînant l'exclusion en vertu de l'article 191,011 par une absence de plus d'un mois, ou enfin par toute autre cause, les administrateurs restans peuvent les remplacer par des citoyens de leur choix jusqu'aux prochaines élections. 194» Les administrateurs municipaux sont en place pour trois ans; un tiers d'entre eux est renouvelé chaque année; ils tireront au sort les noms de ceux qui devront sortir. iq5. La loi détermine le nombre des membres de chaque administration municipale, qui ne pourra jamais être moindre que trois. 196. Les administrations municipales sont chargées, i° de la conservation des propriétés publiques et du recouvrement des revenus,selon les formes que la loi prescrit ; 2 de tout ce qui concerne les eaux publiques, les chemins, les subsistances , l'embellissement des communes, les spectacles , la salubrité publique et la santé des citoyens, les ports, les rades, les limites, et les institutions religieuses conformes aux lois; 5° (le faire exécuter les réglemens que la loi prescrit pour la garde nationale ; 4° île maintenir le bon ordre et la tranquillité intérieure; 5° de veiller à la sûreté et à la salubrité des prisons : pour cet effet elles choisissent dans leur sein deux inspecteurs qui visitent les prisons et les 0


LIGUit IBM NE. 35o condition détedes d'arrêt, et veillent à ce que la maisons nus ne soit aggravée par aucune rigueur que la loi n'aurait pas ordonnée. 197. Les municipalités peuvent correspondre directement avec les ministres; mais sous l'obligation de transmettre au commissaire du gouvernement près le tribunal de la juridiction une double expédition de tout ce qu'elles adressent aux ministres. 198. Chaque municipalité est tenue de rendre compte tous les ans de sa gestion au commissaire du gouvernement* 199. Il y a dans chaque canton une assemblée de canton. 200. Les assemblées de canton sont composées d'un membre de chaque municipalité du canton élu par elle. 201. 11 y aura , dans le chel lieu de chaque juridiction , un juge de paix qui présidera les assemblées du canton , dans le cas où celui-ci serait divisé en plusieurs communes. 202. Les assemblées d'un canton formé d'une seule commune ne seront autre chose que l'assemblée municipale. 200. Les assemblées de canton sont chargées de la répartition des contributions et des autres objets qui leur sont attribués par la loi; mais, en aucun cas, elles ne peuvent se réunir que sur la convocation préalable du commissaire du gouvernement, laite d'après les ordres du directoire exécutif. 204. Ces assemblées transmettent copie de leurs actes et délibérations au gouvernement et à son commissaire, près le tribunal de la juridiction. 20O. Chaque administration municipale conserve avec soin le registre civique, le registre militaire et celui des naissances, mariages et décès de tous les individus de sa commune. 206. Les administrations municipales et celles cîe canton fie peuvent modifier les actes du eorps législatif ni ceux du directoire exécutif, ni en suspendre l'exécution, ni s'immiscer en aucune manière dans ce qui concerne le pouvoir judiciaire. 207. Les municipalités et les assemblées de canton ne peuvent entretenir entre elles aucune correspondance sur les intérêts généraux de la république, leur correspondance est restreinte uniquement aux objets qui leur sont assignés par la loi.

208. Les- commissaires du gouvernement sont chargés î


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i° de surveiller les tribunaux, les municipalités et les assemblées de canton , et de requérir l'exécution des lois sans aucun droit de censure; s® de correspondre avec les ministres pour leur dénoncer les transgressions faites aux lois par les autorités constituées de la juridiction , et pour transmettre à celles-ci les ordres du directoire et des ministres; 3" d'adresser tous les ans au directoire exécutif le résultat des comptes des municipalités et des assemblées de canton de leurs juridictions respectives , *après les avoir vérifiés et corrigés, et y avoir joint leurs observations. 209. Le corps législatif détermine les règles et la manière précise d'après lesquelles ces fonctions, ainsi que toutes celles qui pourront être confiées aux municipalités, assemblées de canton et commissaires du gouvernement, devront être exercées. 210. Trois mois après l'acceptation de la présente constitution , le commissaire du gouvernement ne pourra être choisi par le directoire exécutif que parmi les citoyens domiciliés depuis plus d'un an dans 1a. juridiction où il devra résider. Il ne pourra pas avoir moins de trente ans. 211. Le corps législatif fixera le traitement des commissaires du gouvernement. 2x2. Les administi^ations municipales et les assemblées de canton sont subordonnées aux ministres. 213. Chaque commissaire doit publier tous les ans, par la voie de l'impression , les comptes de la juridiction. 214. Les administrations ci-dessus indiquées déposent, chaque semestre, leurs procès - verbaux dans les archives de leur juridiction respective, où chaque citoyen peut en prendre connaissance. CHAPITRE IX.

Pouvoir judiciaire. Disvositions générales. 215. Les fonctions judiciaires ne peuvent être exercées, ni par le corps législatif , ni par le pouvoir exécutif. 216. Les juges ne peuvent s'immiscer dans l'exercice du pouvoir législatif, ni faire aucun règlement. 217. Ils ne peuvent arrêter ni suspendre l'exécution dau-


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cune loi, ni citer devant eux les administrations publiques à raison de leurs fonctions. 218. Nul ne peut être soustrait à la juridiction du juge que la loi lui assigne ni par une commission , ni dans aucun autre cas que ceux déterminés par une loi antérieure. 219. La distribution de la justice est gratuite dans toute l'étendue du territoire ligurien. 220. Les juges ne peuvent être destitués que pour cause de prévarication légalement prouvée , ni suspendus autrement qu'en vertu d'une accusation légalement admise, dans ces cas le jugement appartient au tribunal de cassation. 221. L'ascendant, le descendant, les frères, l'oncle et le neveu, les cousins et les alliés dans ces degrés respectifs , ne peuvent être à la fois membres du même tribunal. 222. Les séances des tribunaux sont publiques ; les juges délibèrent en secret. Les sentences se prononcent à haute voix, et sont motivées sur le fait et sur la loi; mais jamais sur des autorités ou des exemples. 225. Le code des lois civiles et criminelles est uniforme par toute la république; le corps législatif est chargé de former et de faire mettre à exécution ces deux codes dans le délai d'un an, à compter du jour de son institution. La république ne connaît pas d'autre pouvoir judiciaire que celui que la constitution établit. Justice civile. 224. Nul ne peut être empêché de faire juger ses différends par des arbitres choisis par les parties. 220. Les décisions de ces arbitres n'admettent point 6 appels, et ne laissent point lieu au recours pour cause de nullité, ou pour révision , à moins que les parties n'en aient fait la réserve expresse. ?2^," f y a dans chaque canton un juge de paix au moins, qui resule dans le chef-lieu du canton. Il est nommé pour un an , et peut être réélu indéfiniment. 227. Le corps législatif peut accroître le nombre des juges de paix selon le besoin 5 et dans ce cas, il détermine leur résidence respective. 228. La loi détermine les objets snr lesquels les juges de paix décident sans appel. Elle détermine également ceux sur lesquels ils prononcent à charge d'appel.


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•209. Il y a dès tribunaux particuliers pour le commerce de terre et de mer. La loi détermine les lieux où il est utile de les établir, et la valeur jusqu'à concurrence de laquelle ils peuvent juger sans appel. 2 5o. Il n'y a aucune chambre ou corporation de commerce , ou corps s'occupant des intérêts du commerce, avec un caractère de représentation. a5i. Les affaires sur lesquelles les juges de paix et les tribunaux de commerce ne peuvent juger, ni sans appel, ni avec l'appel, sont portées immédiatement devant les juges de paix, pour être conciliées. Si le juge de paix ne peut les concilier, il les renvoie au tribunal civil. 23a. Il y a dans chaque juridiction un tribunal civil et criminel, composé de trois membres. Le nombre de ces membres peut être augmenté par le corps législatif dans les juridictions, dont la population excède cinquante mille âmes. Mais dans ce cas, le tribunal est toujours divisé en sections, de trois membres chacune. 2 33. Le corps législatif déterminera les autres objets concernant l'organisation du pouvoir judiciaire dans le délaide deux mois après son installation. L'organisation actuelle est provisoirement conservée. 234. Il y aura deux corps de jurés en matière criminelle, l'un d'accusation , et l'autre de jugement. La loi déterminera leurs fonctions et leur organisation. Justice correctionnelle et criminelle. 235. Nul ne peut être arrêté, si ce n'est pour être conduit devant un officier de police; et nul ne peut être mis en état d'arrestation ou détenu s'il n'a été pris en flagrant délit, ou si ce n'est en vertu, soit d'un mandat d'arrêt d'un officier de police ou du directoire exécutif, dans les cas de l'article 160, soit d'une ordonnance de prise de corps émanée d'un tribunal, soit d'un décret d'accusation du corps législatif, dans le cas où il lui appartient d'en prononcer, ou d'une sentence de condamnation à la prison ou à une détention correctionnelle. 236. Pour qu'un mandat d'arrêt puisse être exécuté, il faut : i° qu'il exprime formellement le motif de l'arrestation et la loi en vertu de laquelle elle est ordonnée; 2 quil ait 0


LIGURIENNE. 363 e notifié à la personne qu'il concerne, et qu'il lui en ait été laissé une copie. 237. Toute personne arrêtée et conduite devant l'officier chargé de la police, sera examinée au plus tard dans le délai de vingt-quatre heures. 238. S'il résulte de l'examen qu'il n'y a pas de motif d'inculpation contre elle, elle sera sur-le-champ mise en liberté; si, au contraire, il y a lieu à l'envoyer dans la maison d'arrêt, elle y sera conduite dans le plus bref délai, lequel ne pourra jamais excéder trois jours. 239. Nulle personne arrêtée ne peut être retenue quand elle donne une caution suffisante, dans tous les cas où la loi permet de rester libre sous cautionnement. 240. Nulle personne, dans le cas où sa détention serait autorisée par la loi, ne peut être conduite ou détenue que dans les lieux légalement et publiquement désignés pour maison d'arrêt, de justice ou de détention. 241. Nul gardien ou geôlier ne peut recevoir ou retenir aucune personne, qu'en vertu d'un mandat d'arrêt décerné selon les formes prescrites dans les articles 235 et 236, d'un ordre d'emprisonnement, d'un décret d'accusation ou d'une condamnation à la prison ou à une détention correctionnelle , et sans qu'il ait transcrit le mandat sur son registre. 242. Le gardien ou geôlier devra représenter la personne détenue à l'officier civil, ayant la surveillance de la maison de détention, toutes les fois qu'il en sera requis, sans qu'aucun ordre puisse l'en dispenser. 243. La représentation de la personne du détenu ne pourra être refusée à ses parens ou amis, lorsqu'ils exhiberont une permission de l'officier de police, lequel sera toujours tenu de l'accorder, à moins que le gardien ou geôlier ne produise un ordre du juge, transcrit sur son registre, pour tenir la personne arrêtée au secret. 2 44. Tout homme, quel que soit sa place ou son emploi, autre que ceux à qui la loi donne le droit d'arrestation, qui donnera, signera, exécutera ou fera exécuter l'ordre darrêter un individu; ou quiconque, même dans le cas d'arrestation autorisée par la loi, conduira, recevra ou retiendra un individu dans un lieu de détention non publiquement et légalement désigné; et tous les gardiens ou geôliers qui contreviendraient aux dispositions des trois et


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articles précédens, seront coupables du crime de détention arbitraire. 2/,5. Toutes rigueurs employées dans les arrestations » détentions ou exécutions, autres que celles que la loi prescrit , sont un délit. 2^6. Les prisons pour les accusés ne sont que des lieux d'arrêts et non de correction. Les accusés pour délits simples doivent être séparés des prisonniers prévenus de vol, d'assassinat ou d'autres crimes entraînant des peines infamantes. 247. Les prisons doivent avoir toutes les commodités que l'humanité exige; et l'on doit avoir pour les prisonniers tous les égards qui peuvent se concilier avec la sûreté delà personne détenue. 248. Les tribunaux qui ont la surveillance des prisons, les geôliers et les personnes attachées au service de toutes maisons d'arrêt, doivent acquiescer, sous peine du crime de cruauté, à toutes les demandes raisonnables des détenus. CHAPITRE

X.

Tribunal de Cassation. 249. Il y a , pour toute la république, un tribunal de cassation. 11 est composé de neuf membres élus par le corps législatif au scrutin secret, de la manière qui sera prescrite par la loi, et pour la première fois, par le gouvernement provisoire. Ce tribunal prononce, i° sur les demandes en cassation contre les jugemens en dernier ressort rendus par les tribunaux; 20 sur les demandes en renvoi d'un tribunal à un autre pour motif de suspicion légitime ou de sûreté publique; 3° sur les questions d'incompétence et de nullité dans les affaires criminelles , et sur les prises à partie contre un tribunal entier. 200. Le tribunal de cassation ne peut, en aucun cas, juger du fond des affaires; mais il annulle les jugemens rendus sur des procédures dans lesquelles les formes ont été violées, ou qui contiennent une contravention expresse à la loi ; et il renvoie le fond du procès au tribunal qui doit en prendre connaissance. 2Ôi. Lorsqu'après une cassation , lesecond jugement sur le fond est attaqué par les mêmes moyens que le premier, la


365 LIGUÏIIKNIVË. question ne peut plus être agitée au tribunal de cassation, sans avoir été soumise au corps législatif, qui porte une loi à laquelle le tribunal de cassation est tenu de se conformer. Chaque année ce tribunal envoie aux conseils une députation qui leur présente l'état des jugemens prononcés, avec la notice en marge, et le texte de la loi qui a déterminé le jugement. 2Ô2. Il y a près le tribunal de cassation un commissaire du gouvernement, par la voie duquel le directoire dénonce à ce tribunal, sans préjudice du droit des parties intéressées, les actes par lesquels les juges ont outrepassé leurs pouvoirs. Le tribunal annulle ces actes, et s'il en résulte une prévention de forfaiture , le fait est dénoncé au corps législatif, qui rend le décret d'accusation , après avoir entendu ou cité les prévenus. 253. Le corps législatif ne peut annuller les jugemens du tribunal de cassation ; mais il peut procéder personnellement contre les juges qui ont prévariqué. 264. Ce tribunal est renouvelé chaque année par tiers. CHAPITRE XI.

Haute Cour de justice. 255. Il y a une haute cour de justice pour juger les accusations admises parle corps législatif, soit contre ses propres membres , soit contre ceux du directoire exécutif. La haute cour de justice est composée de cinq juges, de deux accusateurs nationaux , et de deux hauts jurés nommés par les assemblées électorales des juridictions. 256. La haute cour de justice ne se rassemble qu'en vertu d'une proclamation du corps législatif, publiée par le conseil des soixante ; elle se forme et tient ses séances dans le lieu désigné par la proclamation. Ce lieu ne peut être plus près qu'à dix mille de celui où réside le corps législatif. 257. Qu and le corps législatif a proclamé la formation de la haute cour de justice , le tribunal de cassation nomme , dans une session publique, quinze citoyens parmi lesquels il en élit cinq au scrutin secret , qui sont les cinq juges de la haute cour de justice. Ils choisissent entre eux un président. 25â. Le tribunal de cassation nomme, dans la même


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séance , par la voie du scrutin secret, et à la majorité absolue des suffrages , deux de ses membres pour remplir près la haute cour de justice les fonctions d'accusateurs nationaux. 25g. Les actes d'accusation sont dressés et rédigés par le conseil des soixante. 260. Les assemblées électorales de chaque juridiction nomment, tous les ans, deux jurés pour la haute cour de justice. 261. Le directoire fait imprimer et publier un mois après l'époque des élections , la liste des jurés nommés par la haute cour de justice. CHAPITRE XII.

De la Force armée. 262. La force armée est instituée pour défendre l'état contre les ennemis du dehors, et pour assurer dans l'intérieur le maintien de l'ordre et l'exécution des lois. 265. La force année est essentiellement obéissante. Aucun corps armé ne peut délibérer. 264» Elle se distingue en garde nationale et en troupe soldée. 265. Le territoire de la république est partagé en divisions militaires, au nombre de sept à dix, commandées chacune par un officier des troupes de ligne. Le corps législatif détermine le nombre , l'étendue et la force de chacune de ces divisions. De la Garde nationale. 266. La garde nationale est composée de tous les citoyens fils de citoyens en état de porter les armes. et 267. Son organisation et sa discipline sont les mêmes pour toute la république; elles sont déterminées par le corps législatif. Les Liguriens qui sont en état de porter les armes ne peuvent exercer les droits de citoyen , s'ils ne sont inscrits au rôle de la garde nationale. 268. Les distinctions de grades et la subordination n'ont lieu que relativement au service et pendant sa durée. 269. Le commandement de la garde nationale d'une juridiction ne peut être habituellement confié à un seul citoyen.


LIGURIENNE.

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"270. Le commandement de la garde nationale, dans la commune de Gênes, ne peut être habituellement confié à un seul citoyen. •271. S'il est jugé nécessaire de réunir la garde nationale d'une ou plusieurs juridictions, le directoire exécutif peut nommer un commandant temporaire pour le temps où le besoin l'exige. 27s. Les officiers de la garde nationale sont élus à temps par les citoyens qui la composent, et ne peuvent être réélus qu'après un intervalle qui sera fixé par le corps législatif. 275. Il y a dans chaque canton un commandant de la garde nationale élu par ses frères d'armes. 274. Toutes les fois que la garde nationale est commandée au nom de la loi, elle ne peut se dispenser d'obéir. 275. En cas de périls imminens, chaque administration municipale requiert, et a le droit d'obtenir l'assistance de la garde nationale des cantons limitrophes; mais, en ce cas, tant l'administration municipale qui a requis, que les chefs de la garde nationale , doivent avoir soin d'en rendre compte au commissaire du gouvernement, et celui-ci au directoire exécutif. De la Troupe soldée. 276. La république ligurienne entretient, et même en temps de paix, une troupe soldée de terre et une armée navale. 277. L'armée se formé par enrôlement volontaire ; et, en cas de besoin, de la manière que la loi détermine. 278. Les commandans en chef ne sont nommés que dans le cas de guerre. Ils reçoivent du directoire exécutif des commissions révocables à volonté. La durée de ces commissions est limitée à une campagne ; mais elles peuvent etre prorogées. 2 79* Les troupes soldées de terre et de mer, sont soumises à des lois particulières pour la discipline, pour la forme des jugemens, et pour là nature des peines. 280. Aucune partie de la garde nationale ni de la troupe soldée, ne peut agir pour le service de l'intérieur de la république , que sur la réquisition par écrit des autorités constituées , dans les formes prescrites par la loi. 281. Néanmoins le corps législatif détermine les moyens


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d'assurer, par la force armée, l'exécution des lois et des procédures contre les armées, dans toute l'étendue du territoire ligurien. Aucun corps de troupes étrangères ne peut être introduit sur le territoire de la république , sans le consentement préalable du corps législatif. CHAPITRE XIII.

Des Contributions. 982. Les contributions accoutumées continueront à être payées jusqu'à la mise en activité du système de contributions uniformes pour toute la république, à l'exception néanmoins des impositions qui sont abolies par la présente constitution. 980. Toute imposition sur les grains et sur le vin qui se consomment sur le territoire de la république, est abolie. Sont cependant exceptés les liqueurs et les vins étrangers. 984. Le corps législatif fixe, chaque année, le montant des contributions directes, pour le temps et de la manière qui seront le plus conformes aux intérêts de la république. 985. Le corps législatif établit chaque année une imposition personnelle ; elle ne doit point porter sur ceux qui ne possèdent que le strict nécessaire ; les autres doivent y concourir en raison de leurs facultés. 986. Le corps législatif établit tel genre de contributions qu'il juge convenable ; mais parmi les contributions ordinaires, il doit en établir une territoriale. Tous les biens , de quelque nature qu'ils, soient, y compris les biens ecclésiastiques qui se trouvent sur le territoire de la république, y sont sujets sans exception. 987. Le corps législatif étendra le port franc à tous les points delà république où il sera convenable de l'établir: il pourra aussi le supprimer entièrement. Dans tous les cas, il établira un système de contributions qui assure au trésor public des rentrées toujours suffisantes. 988. Le directoire dirige et surveille la perception et la rentrée des contributions; il donne à cet effet tous les ordres nécessaires. 989. Les comptes et recettes des contributions et de tous les revenus publics, ainsi que le compte général des dépenses publiques, sout imprimés tous les ans.


tlGïiRÏfcNIVi?.

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9Q. LeS états des dépenses et des recettes sont classés selon leur nature; ils expriment les sommes reçues et dépendes , année par année, dans chaque partie de l'administration générale» 291. Les administrations ne peuvent faire aucune répartition des contributions au-delà 011 au-dessous des sommes fixées par le corps législatif, ni délibérer ou permetre, sans y être autorisées par lui aucun emprunt local à la charge des citoyens de la juridiction ou de la commune. 292. Au corps législatif seul appartient le droit de régler la fabrication et l'émission de toute espèce de monnaie, d'en fixer la valeur et le poids , et d'en déterminer le type. 295. Le directoire surveille la fabrication des monnaies , et nomme les officiers chargés d'exercer immédiatement cette inspection. (

Trésorerie nationale» 294. Il y a trois commissaires dans la trésorerie nationale , élus par le conseil des anciens sur une liste de neuf candidats, présentée par le conseil des soixante. Us sont nommés pour trois ans : l'un d'entre eux est renouvelé chaque année, et ne peut être continué qu'une seule fois pendant les trois années suivantes. Passé ce terme, il ne peut plus être réélu qu'après un intervalle de deux ans au moins. 295. Les commissaires de la trésorerie nationale sont chargés , i° de veiller sur le recouvrement de tous les deniers nationaux ; 20 d'ordonner avec la signature au moins de deux d'entre eux, le mouvement des fonds et le paiement de toutes les dépenses publiques faites d'après le consentirent du corps législatif; 5° de tenir un compte ouvert dé l ec etteset de dépenses avec le receveur des contributions directes de chaque juridiction ; 4° d'entretenir avec les re^ceveurs et payeurs, ainsi qu'avec les agences et administrations des revenus publics, la correspondance nécessaire pour assurer la rentrée exacte et régulière des revenus publics. 296. Ils ne peuvent faire exécuter aucun paiement, sous peine de prévarication , si ce n'est en vertu , i° d'un décret du corps législatif et jusqu'à concurrence des sommes décrétées par lui sur chaque objet; 2°d'un ordre du directoire, tant qu'il se restreint dans les sommes que le corps législatif a mises à sa disposition ; 3° d'un mandat signé par ie mi24 TOJIE IV. 5


3?e> C ON 5T1TUT1 OH nistre que concerne la dépense dont il sagit, Ce mandat doit exprimer la date dés décisions du directoire ou des décrets du corps législatif qui autorisent Je paiement. 297. Les receveurs des contributions directes dans chaque juridiction , les diverses agences nationales et les payeurs dans les juridictions , doivent transmettre à la trésorerie leurs comptes respectifs. La trésorerie nationale les vérifie et les approuve si elle les trouve exacts. 298. Le corps législatif élit hors de son sein , sur une liste de neuf individus , présentée au conseil des anciens de la manière qui a été indiquée pour les commissaires de la trésorerie nationale , trois censeurs chargés de remplir les fonctions dont il va être parlé ci-après. 299. Le compte général des recettes et des dépenses de la république, appuyé des comptes particuliers et des pièces justificatives, est présenté par le commissaire de la trésorerie aux censeurs , qui les vérifient, et les approuvent quand ils les trouvent en règle. 000. Les censeurs de la comptabilité sont tenus de donner connaissance au corps législatif des abus qu'ils découvrent dans le cours de leurs fonctions , et de lui proposer , dans leurs rapports , toutes les mesures qu'ils croient utiles aux intérêts de la république. 3oi. Le bilan des comptes approuvé parles censeurs, est rendu pubiic par l'impression. 002. Lorsque l'objet dont ils avaient été chargés est terminé , leurs fonctions cessent et ils en sont indemnisés , ainsi qu'il est réglé par le corps législatif. 3o3. Les commissaires de la trésorerie, et les censeurs des comptes ne peuvent être suspendus ou destitués de leur place que par le corps législatif ; mais dans l'absence du corps législatif , le directoire peut suspendre ou révoquer provisoirement l'un des commissaires de la trésorerie nationale , sous la condition d'en référer à l'un et à l'autre conseil aussitôt qu'ils ont repris leurs séances.

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LIGtTRÏKN»

37.

CHAPITRE XIV. Instruction publique. 304. La république prend soin de l'instruction des citoyens. 305. Il y a dans chaque canton au moins une école primaire , dans laquelle les enfans apprennent à lire, cà écrire , les élémens du calcul, les principes de la morale et de la constitution. 306. La république pourvoit aux émolumens des directeurs de ces écoles primaires , de la manière qui sera déterminée par le corps législatif. 307. Ces directeurs sont élus par les assemblées respectives de canton , pour trois ans , et peuvent être suspendus et révoqués, ou être continués dans leurs fonctions. 5o8. Les commissaires du gouvernement , sur l'avis des municipalités respectives désignent au corps législatif les communes , dans lesquelles il peut être utile d'établir de nouvelles écoles , ou de former et de perfectionner les écoles supérieures aux écoles primaires , eu égard aux localités et à la population. 309. Le corps législatif détermine le nombre et le lieu , tant des écoles primaires que des écoles supérieures. 310. Les assemblées de canton élisent respectivement les sujets qui les composent. 511. Le corps législatif est chargé d'établir uil système général pour tous les établissemens d'instruction publique , d'éducation et d'étude : ce système doit être uniforme dans tQute la république. Il fixe le nombre des professeurs , détermine leur traitement , et les qualités requises pour être admis à ces fonctions. 512. Ilya, pour toute la république , un seul institut national y qui est chargé de recueillir les découvertes, et de perfectionner les arts et les sciences , principalement l'agriculture et la navigation , pour lesquelles il sera établi dans les lieux où on le jugera le plus utile , des écoles publiques , destinées à les porter au plus haut degré de perfection dans toute la république. 3i3. Les professeurs de l'institut national sont élus par I® directoire. Il rtomrne pareillement, s tir une liste triple 29.


CONSTITUTION 372 lui l'institut présente, ceux des académies et universités que qui existent dans chaque juridictions. Le corps législatif détermine les règles de ces nominations pour les uns et pour les autres. 5Les divers établissemens d'instruction publique n'ont entre eux aucun rapport de subordination, ni de correspondance administrative. 315. Tous les legs destinés à l'entretien des écoles publiques et des collèges particuliers pour l'éducation de la jeunesse, sont appliqués aux établissemens dont il est parlé dans ce chapitre, sauf cependant l'indemnité des individus qui auraient en leur faveur une fondation particulière. 316. Les écoles publiques qui existent déjà dans certaines communes de la république, y seront conservées avec les revenus de leur fondation respective, qui seront administrés par la municipalité. Elles seront néanmoins soumises aux règles établies par le présent chapitre. 617. Il y a un institut national militaire , qui sera établi dans le lieu que le corps législatif jugera convenable, Il y a aussi , danà la république, des écoles militaires inférieures. Le corps législatif en détermine le nombre , ainsi que le lieu où elles doivent être établies, et approuve leur organisation respective. 518. Les citoyens peuvent former des établissemens d'instruction et d'éducation , ainsi que des sociétés libres, pour concourir au progrès des sciences et des arts. Les autorités constituées surveillent ces établissemens. 31 g. Le corps législatif établit des fetes nationales dans toute la république, pour entretenir la lraternité entre les citoyens, et les attacher à la constitution. Il sera particulièrement célébré une fête solennelle , le 14 juin de chaque année , pour rappeler au peuple ligurien lépoque de sa régénération. CHAPITRE XV.

Relations extérieures. 020. Le directoire exécutif nomme les agens diplomatiques chargés de résider près des puissances étrangères, ou d'entamer des négociations particulières avec elles, et il leur donne, à cet effet, les instructions nécessaires. 021. La guerre ne peut être décidée que par un décret du


373 corps législatif, sur la proposition formelle et nécessaire du directoire exécutif. 322. Les deux conseils concourent, dans les formes ordinaires, au décret par lequel la guerre est déclarée. 323. En cas d'hostilités imminentes ou commencées, de menaces ou de préparatifs de guerre contre la république ligurienne, le directoire est tenu d'employer, pour la défense de l'état, les moyens mis à sa disposition, à la charge d'en prévenir immédiatement le corps législatif. 324» Il peut indiquer, en ce cas, les augmentations de forces, et les nouvelles dispositions législatives que les circonstances peuvent exiger. 325. Le directoire seul peut entretenir des relations politiques au-dehors, conduire les "négociations ; distribue^ les forces de terre et de mer comme il le juge convenable, et en régler la direction en cas de guerre. Saè. Il est autorisé à faire des stipulations préliminaires , telles que des àrmistices, dê# rtéutralisations et des traités préliminaires de paix. 52y. Le directoire conclut, souscrit et fait souscrire avec les puissances étrangères, au nom de la republique, tous les traités de paix , les alliances, les trêves, les neutralités , les traités de commerce , et autres conventions qu'il juge nécessaires au bien de la république; il traite par 1 intermédiaire d'agens diplomatiques nommés par lui. 328. Aucun traité ou convention n'est valable, et ne peut avoir de force, ni recevoir d'exécution , qu'après la ratification du corps législatif, qui peut, quand il le juge convenable, tenir secrets quelques-uns des articles quil renferme; mais ceux-ci ne peuvent, en aucun cas, être contraires aux ar ticles patens, et ils doivent être rendus publics le plutôt Possible. ^29. L'un et l'autre conseil délibèrent en comité général et secret sur la guerre et sur la paix. LIGURIENNE.

CHAPITRE XVI. Réforme de la Constitution. 33o. Si 1 expérience fait apercevoir des inconvéniens dans quelque article de la constitution , le conseil des anciens eu propose la revision.


374

CONSTITUTION

551. La proposition du conseil des anciens est, en ce cas » soumise à la ratification du conseil des soixante. 502. Lorsque, dans l'espace de neuf ans , la proposition du conseil des anciens, ratifiée par celui des soixante, aura été renouvelée à trois époques différentes, éloignées l'une de l'autre au moins de trois ans, on convoque une assemblée de révision. 555. Pour la première fois, néanmoins, il suffira d'une seule proposition du conseil des anciens , ratifiée par celui des soixante; et l'assemblée de réforme pourra, en conséquence, être convoquée après la troisième année de la république. 334- Quand il y a lieu de convoquer l'assemblée de réforme, on y procède en la manière suivante. 355. Le conseil des soixante en donne avis au directoire, lequel convoque, sans délai, les assemblées primaires pour la formation des assembléqSijçl^Qtorales, qui devront élire, }e plutôt possible, les memLrçaîde l'assemblée de réforme de la manière indiquée pour l'élection des membres du corps législatif. 836. Les membres de l'assemblée de réforme sont envoyés par les diverses assemblées de district, dans la même proportion qui s'observe pour la formation du corps législatif. 537, L'assemblée de réforme est composée de soixante membes. 338. Les citoyens qui sont membres du corps législatif ne peuvent être , en même temps, ni électeurs , ni membres de l'assemblée de réforme. ^39. Le consçil des anciens détermine le lieu dans lequel doit se réunir l'assemblée de réforme , et qui ne pourra pas être éloigné de inoins de quinze milles de celui de la résidence du corps législatif. 54o. L assemblée de réforme a la faculté de changer le lieu de sa résidence, en observant néanmoins la loi de la distance prescrite dans l'article précédent. 34i. Cette assemblée n'exerce aucune fonction législative ou de gouvernement; mais elle se restreint à la réforme des seuls articles constitutionnels qui lui ont été indiqués par le corps législatif , et transmis par écrit par le directoire. 34<2. Les membres de l'assemblée de réforme délibèrent en commun, et proposent les réformes qu'ils ont délibérées clans le délai de trente jours au plus tard.


LIGWHIEWKE. ên'3 ®43. Cette assemblée adresse immédiatement aux assemblées primaires le projet de réforme qu'elle a arrêté, et aussitôt après l'avoir envoyé elle est tenue de se dissoudre. 344- Les assemblées primaires acceptent ou rejettent, à ta pluralité des voix, les réformes proposées. Ces assemblées tJ e durent pas plus de trois jours. 543. La constitution reste en pleine vigueur, et les articles soumis à la révision contiennent à être exécutés jusqu'à ce que la réforme proposée ait été acceptée par les assemblées primaires, 54G. Les membres de l'assemblée primaire reçoivent une indemnité de douze livres par jour, évaluées au cours actuel. 547* Tant que durent leurs fonctions , ils ne peuvent être mis en jugement qu'en vertu d'un décret de leur assemblée. . 348. En aucun temps ils ne peuvent être appelés en jugement pour rendre compte de ce qu'ils ont dit ou écrit dans l'exercice de leurs fonctions. 549- L'assemblée de réforme n'assiste à aucune cérémonie. El le a le droit de police dans le lieu de sa résidence et dans l'enceinte qu'elle a déterminée. 35o. Ses séances sont publiques , et se tiennent d'après les mêmes règles que celles du corps législatif. Ceux qui ne peuvent être membres du corps législatif ; sont également exclus de l'assemblée de révision.

CHAPITRE XVII. Dispositions générales. 35i. Les fidéi-commis, droits d'aînesse et substitutions de quelque espèce et dénomination que ce soit, sont incompatibles avec la présente constitution. Il n'est plus permis d'en établir pour l'avenir. 35a. Le corps législatif déterminera dans le délai d'un an le > mode de la suppression, des fidéi-cornmis déjà existans. ^35. Le droit d'avocasserie, dans toute son étendue , demeure également aboli. «354- Dans tous les actes publics on se servira de l'ère de la république ligurienne, qui commence au 14 juin 1797. 35o. fous les fonctionnaires publics auront des.marques distinctives, qui seront déterminées par la loi. 356. La. loi détermine également quels sont les fonetioïir-


3 *6 CONSTITUTION naires publics qui doivent recevoir une indemnité, et à quelle somme elle doit monter. 557. Il n'existe entre les citoyens d autre supériorité que celle des fonctionnaires publics, et relativement à l'exercice de leurs fonctions. 558. Les citoyens ne peuvent exercer leurs droits politiques que dans les assemblées primaires ou communales, et dans les formes établies par la constitution. 35<). Tout individu peut présenter des pétitions aux autorités constituées. Plusieurs individus peuvent aussi se réunir pour en présenter; mais alors elles doivent être signées individuellement. Aucune association n'en peut présenter collectivement, excepté les autorités constituées , et seulement pour des objets relatifs à leurs fonctions. Aucun individu , ni aucune association particulière, ne peut taire des pétitions ou des représentations au nom du peuple , encore moins s'arroger la qualification de peuple souverain. La contravention à cet article est un attentat contre la sûreté publique, et les contrevenans seront arrêtés et poursuivis conformément aux lois. 36o. Tout attroupement armé est un attentat contre la sûreté publique , et doit être immédiatement dispersé par la force armée. 56i. Tout attroupement non arnié doit également etre dispersé, d'abord par la voie d'un commandement verbal et ensuite par la force armée s'il est nécessaire.

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36*2. Plusieurs autorités constituées ne peuvent se réunir pour délibérer ensemble ; aucun acte émané d'une telle réunion ne peut être exécuté. 363. Nul ne peut porter de marques distinctives qui rappellent des fonctions antérieurement exercées, ou des services rendus. 56*4. Aucun citoyen ne peut renoncer , ni en tout , ni en partie , à l'indemnité ou au salaire qui lui est accordé par la loi à raison de fonctions publiques. 365. Les citoyens qui refusent les fonctions publiques sans causes légitimes, déclarés tels par le corps législatif, sont considérés comme indifférens au bien de la patrie. 566. Il y a dans la république uniformité de poids , de mesures , et de monnaies. Le corps législatif fera exécuter la disposition de cet ufv ticle le plus proinptement possible.


LIGURIENNE. 377 56/- Il n'y a point, dans le territoire de la république , de lieux d'immunités dans lesquels on puisse être à l'abri des poursuites de la justice. 068. La maison de tout citoyen est un asyle inviolable , ni d ne peut y entrer que dans les cas d'incendie , d'inondation , ou de réclamation provenant de l'intérieur de la maison. 56g. La force armée peut y entrer dans le cas de rixe ou de tumulte, ou d'un attroupement suspect; ainsi que pour J exécuter les ordres des autorités constituées contre un individu précédemment accusé et décrété dç-prise de corps, conformément aux lois , le tout sous la responsabilité des autorités constituées qui auront donné l'ordre de l'arrestation. 070. Aucune visite domicilière, ni exécution civile, ne peut être faite pendant la nuit; elles sont permises pendant le jour en vertu de, la loi, et pour la personne et l'objet expressément indiqué dans l'acte qui ordonne la visite ou lexécution. 371. Il ne peut être formé de corporations ni d associa-! tions contraires à l'ordre public. 072. Aucune assemblée de citoyens ne peut se qualifier de société populaire. 373. Aucune société populaire, s'occupant. de questions politiques, ne peut correspondre avec aucune autre, ni s'affilier à elle, ni tenir des séances publiques composées d'associés et d'assistansdistingués les uns des autres, ni impqser conditions d'admission et d'éligibilité, ni s'arroger des droits d'exclusion , ni faire porter à ses membres aucun signe extérieur de son association. 574- Il n'y a ni privilège, ni maîtrise, ni jurande, ni 01 ' Poration, ni droit de collège, ni exercice exclusif des aifs i Riétiers ou professions, ni limitation à la liberté du commerce, à l'exercice des arts .et de toute espèce d'indus*n.e ' et Particulièrement de l'art, typographique. Sont eqmpi uses cl ans cet article les corporations de famille. 070. Les corporations ci-dessus indiqués.rescollèges,et teront !!Iovisoirement dans l'état où ils se trouvent. Le corps législatif est chargé de trouver les moyens les plus convenables de faire concourir, avec leur suppression, de justes dédorjimagemens en faveur des individus qui éprouveraient


378 CONSTITUTION des pertes imméritées par la dissolution de ces corps; ce qui devra se faire dans le délai d'un an au plus. 376. Tout privilège exclusif en ce genre, quand les circonstances le rendent nécessaire , est essentiellement provisoire, et n'a d'effet que pour un an , à moins qu'il ne soit formellement renouvelé ; mais , en aucun cas , il ne pourra être prolongé au-delà de dix ans. §77. La loi surveille particulièrement les professions qui intéressent les mœurs publiques, la sûreté, la santé des citoyens et la foi publique. L'admission à l'exercice de ces professions ne peut néanmoins jamais dépendre d'aucune prestation pécuniaire. 378. Le corps législatif doit pourvoir à la récompense des inventeurs , ou au maintien de la propriété exclusive de leurs découvertes ou productions. 679. Les pères de dix enfans vivans recevront une gratification qui sera déterminée par le corps législatif. 580. Les étrangers établis ou non dans le territoire de la république ligurienne, succèdent à leurs parens étrangers ou liguriens : ils peuvent contracter, acquérir et recevoir des biens situés sur le territoire de la république , et en disposer, de même que les citoyens liguriens, par tous les moyens autorisés parles lois. Ces dispositions, néanmoins, n auront d'effet qu'envers les individus des nations qui auront adopté les mêmes dispositions envers la nation ligurienne. 581. Nul ne peut être empêché de dire, d'écrire, de faire imprimer et publier ses pensées; ses écrits ne peuvent être soumis à aucune censure avant leur publication. Nul ne peut être responsable de ce qu il a écrit ou publié par l'impression , ou de tout autre manière, que dans les cas prévus par la loi. Cette responsabilité pèse sur l'auteur et sur l'imprimeur. 082. La république ligurienne ne reconnaît pour des élfets civils, politiques et économiques , que les pouvoirs constitutionnels ni d'autres lois que celles qui émanent de son corps législatif. Ces lois sont les mêmes pour tous les citoyens sans distinction; 383. La nation ligurienne proclame, comme garante de la foi publique, qu'après une aliénation légalement consommée de biens nationaux, quelle qu'en soit l'origine, l'ac-


LIGURIENNE. 3?9 quereur légitime ne peut en être dépossédé par aucun tiers réclamant, sauf le droit de celui-ci à obtenir une indemnité de la part du trésor public, quand il y a lieu. <>84. Il n'y a, dans la république , ni immunités, ni droits exclusifs, ni privilège d'aucune sorte, qui exemptent aucun citoyen des charges communes, ou fassent tourner au profit de quelques-uns les droits communs à tous. 385. Il n'y a dans la république ligurienne aucune distinction de noblesse, de chevalerie, d'ordres, de naissance, ! ni de tout autre espèce. 586. Il n'y a ni juridiction ni droits féodaux, ni titres, dénominations ou prérogatives qui en dérivent. 087. Aucun des pouvoirs institués par la constitution , n'a le droit de l'altérer, sauf les réformes qui pourront être faites, conformément aux dispositions du chapitre seize. 388. La dette publique est une charge sacrée pour la nation , les fonds et les revenus de république sont hypothéqués pour la sûreté de tous ses créanciers. 38g. Est déclarée supprimée comme incompatible avec l'utilité de la république et avec la souveraineté du peuple , toute espèce de juridiction civile et criminelle de la banque de Saint-Georges , ainsi que la propriété et l'administration des gabelles, que l'ancien gouvernement lui avait transmise. 3qo. Le corps législatif déterminera l'intérêt annuel qui devra être donné en indemnité aux fermiers ou actionnaires, e n prenant pour terme moyen le produit de leurs fermages pendant les dix dernières années. On évaluera de la même manière le produit des biens-fonds possédés par cette banque; 1 Ser a déduit du total des revenus annuels , et le reste forcera la dette annuelle de la nation envers les fermiers. 2 .91. Les dépôts existans dans la banque forment une dette nationale particulière. 592* Bans le cas où la population de quelque pays serait reunie à la république , le corps législatif déterminera la maniéré dont elle devra concourir à la nomination de la représentation nationale. QQO. Le corps législatif doit suppléer à toutes les parties de la présente constitution ,qui ne peuvent être mises en acti-


38o

CONSTITUTION LIGURIENNE.

vite, immédiatement et d'une manière générale, afin qu'il n'en résulte aucun inconvénient pour la république. 094* La nation ligurienne abhorre la servitude , et ne la souffre point sur son territoire. 5p5. Les citoyens se rappelleront sans cesse que c'est de la sagesse des choix dans les assemblées primaires et électorales que dépendent principalement la conservation et la prospérité de la république. 396. Le peuple ligurien confie le dépôt de la présente constitution à la fidélité du corps législatif., du directoire exécutif, des administrateurs et des juges, à la vigilance des pères de famille, à la vertu des épouses et des mères , au courage et au patriotisme de tous les Liguriens,


NOTICE HISTORIQUE SUR GÊNES.

38 £

NOTICE HISTORIQUE SUR

GÊNES ET LA SARDAIGNE. APRÈS avoir rapporté les différentes lois qui régirent à diverses époques les états composant la république ligurienne. II ne nous reste plus qu'à ajouter quelques mots sur les révolutions qui les ont placés dans l'état où ils se trouvent maintenant.

GÊNES. La révolution française eut, comme nous avons déjà eu occasion de le faire remarquer, une grande influence sur les gouvernemens des différens états de l'Italie. Le territoire de Gênes fut érigé en république, lors de la première inv asion des Français. La constitution de la république ligurienne, établie en 1797 SUr le type de la constitution française , fut modifiée en 1802 , surtout en ce point important, qu'un magistrat suprême P°rtant le titre de doge, remplaça le directoire. ®ufin, en i3o5, la république ligurienne demanda par 1 organe du doge, d'être réunie à l'empire français : son territoire fut divisé en trois départemens, et la réunion fut •prononcée par un sénatus-consulte du 16 vendémiaire an 14. La volonté à laquelle rien alors ne résistait en Europe, suffit seule pour opérer cette réunion ; mais il faut reconnaître que la guerre maritime entre la France et l'Angleterre,


NOTICE HISTORIQUE SUR LA SARDAIGNE. 302 et la réunion antérieure du Piémont à la république française, rendaient presque indispensable la détermination prise à cette époque relativement à Gênes.

SARDAIGNE. Les premiers succès des armées françaises en Italie, forcèrent le roi de Sardaigne à céder à la France, la Savoie, les comtés de Nice, de Tende et de Beuil. ( v. le traité du i5 mai 1796). Plus tard, la guerre fut déclarée de nouveau par la république française au roi de Sardaigne, qui, le 9 décembre 1798, se retira en Sardaigne et abandonna le Piémont à la France; la réunion de ce pays et sa division en départemens furent prononcées» Cet état de chose a duré jusqu'en 1814.


LUCQUES.

383

LUCQUES. À l'époque du premier envahissement de l'Italie par les armées françaises, le petit état de Lucques éprouva , comme le reste de la péninsule, des changemens dans son gouvernement et dans ses institutions. Un général lui donna d'abord un gouvernement provisoire ; puis une constitution calquée sur celle alors en vigueur en France , y fut établi Ainsi la république de Lucques eut un directoire composé de cinq membres, et deux conseils composés l'un de quarante-liuit, et l'autre de vingt-quatre représentans. Mais les revers qu'éprouvèrent bientôt après les Français en Italie , replacèrent l'état de Lucques sous la domination autrichienne, qui s'empressa de détruire la constitution, ouvrage des Français. La bataille de Marengo ayant rendu à ceux-ci leur supériorité en 1800, une nouvelle constitution fut donnée au peuple lucquois. Les changemens politiques qui s'étaient opérés en France influèrent sur les nouvelles institutions de l'Italie. Et de même qu'un pemier consul avait remplacé en France le directoire , on y substitua à Lucques tin magistrat nommé gonfalonnier. Ce nouvel acte constitu^onnel est en date du 26 décembre 1801. Enfin, lorsque les formes du gouvernement républicain eurent été remplacées par le gouvernement impérial, la république lucquoise fut érigée en principauté; et le prince de Piombino, mari de la princesse Elisa , sœur de l'empereur Napoléon, en reçut le gouvernement. La constitution établie à cette époque ( juin i8o5 ), a subsisté jusqu'au moment où la dynastie napoléonienne a cessé de régner en Europe.


384

CONSTITUTION

LOIS CONSTITUTIVES. Délibérations des Gonfalonnier et anciens de la république de Lucques, en date des 1+ et 12 juin , et acte du 14 du même mois, par lequel le grand conseil a donné sa sanction a ces délibérations. Délibération du l\ juin. t. iet. SA Majesté impériale et royale Napoléon I * sci a priée de vouloir bien donner à l'état de Lucques une nouvelle constitution politique, et d'en confier le gouvernement à un prince de sa famille, et à son successeur mâle , à perpétuité , à l'exclusion des femmes. 2. La nouvelle constitution aura pour base fondamentale, i°le maintien de la religion apostolique romaine; 20 la conservation de l'indépendance de l'état et de la représentation nationale ; 5° l'égalité des droits , la liberté civile et politique ; 4° l'exclusion perpétuelle des titres et privilèges relatifs aux distinctions de naissance, excepté à l'égard des membres de la famille régnante; 5° firrévocabilité des lois concernant l'abolition des fidéi-commis et le droit d'aînesse ;' 6° la dispensation des charges et emplois aux seuls citoyens lucquois, à l'exception néanmoins des places de judieature civile et criminelle, qui pourront être aussi conférées à des étrangers; 7 la garantie delà dette nationale. 3. Le présentante sera soumis à l'acceptation du peuple, dans le mode, et avec les formalités qui seront arrêtés. e

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Extrait des registres des délibérations du Gonfalonnier et des ctnciens de la République lucquoise. — Séance du 12 juin iSo5. Art. 1 . La députation du corps des anciens, chargée d'aller demander à Sa Majesté impériale et royale Napoléon I , une nouvelle constitution et un chef pour en être le conserer

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DE LUCQDES.

383

Vûteur, choisi parmi les membres de sa famille impériale et royale, devra exprimer la satisfaction et la joie que le peuple lucquois éprouverait si le choixdu chef demandé tombait sur la personne de S. A. S. le prince de Piombino , PaschaL Bacciocchi, et si le gouvernement qui lui serait conlié devenait successif en faveur de la descendance mâle du prince et de son épouse, dans l'ordre de succession qu'il plairait à Sa Majesté impériale et royale d'établir. 2. Le présent décret sera présenté à l'acceptation du peuple dans toutes les communes de la république. A cet eflet, il sera publié que tous les citoyens qui ont voté pour 1 acceptation de l'acte constitutionnel du 4 Bu courant, seront censés aussi avoir accepté le décret de ce jour, i4 » tendant à remettre le gouvernement de Lueques dans les mains de S. A. S. le prince de Piombino , si, dans les trois jours, à compter de celui-ci, ils ne se sont pas inscrits contre le présent acte, soit devant les juges de paix de leurs districts respectifs , soit devant les commissaires du gouvernement près les chefs-lieux d'arrondissement.

ARTICLES DE

PRINCIPAUX

LA CONSTITUTION LUÔQUOISË.

Le gouvernement de la république de Lueques est confié à S. A. S. Paschal Bacciocchi, prince de Piombino, et en cas de prédécès, à S. A. I. la princesse Elisa, son épouse , e t ensuite à leurs descendans mâles dans la ligne masculine, et à défaut de ligne masculine, aux femmes et à leurs descendans, toujours dans l'ordre de primogéniture. Le prince prendra le titre de prince de Lueques et de Piombino ; il sera qualifié d'Altesse Sérénissime. Le prince a une garde de quatre compagnies, composée chacune de cent hommes , choisis par S. A. parmi les jeunes gens des familles les plus distinguées. Nul individu ne peut entrer dans la garde du prince , s'il n'est propriétaire d'un bienfonds, ou s il ne reçoit de ses parens une pension de trente francs par mois. La liste civile du prince se compose , i° d'une somme annuelle de trois cent mille francs quiserontréduits en monnaie TOME IV. 23


386

CONSTITUTION

de Lucques et versés par le trésor public, de mois en mois , dans la caisse du prince ; 2° d'un palais dans la ville de Lucques, et d'un autre palais dans la campagne, avec les terres en dépendantes, et produisant un revenu annuel de cent mille francs. Sa Majesté Napoléon l , empereur des Français, organisera, une lois pour toujours, la maison du prince et celle de la princesse, d'une manière conforme 5 leur rang. Avant de prendre les rênes du gouvernement, le prince, dans une cérémonie religieuse et civile, prêtera sur les saints évangiles, en présence du sénat, des ministres, du conseild'état , de l'archevêque, des juges civils et des juges criminels , un serment conçu en ces termes : « Je jure de maintenir l'intégrité et l'indépendance de la » république , de respecter et de faire respecter dans son » intégrité la religion catholique , apostolique, romaine; de » respecter et faire respecter l'égalité des droits et la li» berté politique et civile ; de n'exiger ni contributions, ni » taxes , qu'en vertu de la loi, et de gouverner dans la seule » vue du bonheur de la république. » L'ambassadeur extraordinaire de S. M. l'empereur des Français à Lucques, lira, à la cérémonie de l'installation du prince , la garantie que donne l'empereur sur la constitution et l'indépendance de l'état. Il portera à la même cérémonie l'épée dont S. M. impériale et royale fait don au prince de Lucques et de Piombino, comme un gage de la protection qu'elle accorde à l'état. Le prince règle toutes les parties de l'administration intérieure et dirige les relations de l'état avec les puissances étrangères. Il arrête chaque année le tableau des dépenses et des recettes de l'année suivante, et le présente à la sanction du sénat. 11 nomme les ministres, les conseillers d'état, le secrétaire d'étal > et tous les fonctionnaires publics, civils et militaires , dont la nomination n'est pas spécialement attribuée au sénat; il nomme aussi à l'archevêché de Lucques et à toutes les dignités ecclésiastiques , canonicats et bénéfices qui étaient sous le patronage du gonfalonier et du conseil général. 11 y a deux ministres : l'un administre la justice et les affaires étrangères ; l'autre, les finances, le culte, la police et la guerre. Le conseil delà principauté est composé des mi,r


387 Î)T, LtTCQÙFS. nistres, des conseillers d'état et du secrétaire d'état; il est présidé par le prince ou son délégué. Le traitement des ministres est fixé à 5,2oo livres de Lucques, celui des conseillers à 5,ooo , et celui du secrétaire d'état à 4»°oo. Le sénat est composé de trente membres choisis , pour les deux tiers, parmi les propriétaires ayant un revenu dont le minimum est fixé à 2,000 livres lucquoises; et pour le troisième tiers, parmi les lettrés et les négocians de l'état. Le traitement des sénateurs est de 1,200 livres. Le sénat se renouvelle partierstous les quatreans.Ses fonctions principales sont de sanctionner toutes les lois proposées par le prince , de les modifier, et de nommer les juges civils et criminels. Le sénat se complète par lui-même sur une triple présentation du prince. Les candidats sont choisis sur les listes formées par les assemblées cantonales. Le prince promulgue les lois; tous les actes portent en tête cette formule : « Nous N. N. par la grâce de Dieu et par les » constitutions, prince de Lucques et de Piornhino , etc. » Le prince a le droit de faire grâce; mais il ne peut l'exercer qu'après avoir pris l'avis de ses ministres, des conseillers d'état et d'un membre du tribunal supérieur. Il n'y aura point de conscription militaire dans l'état de Lucques. Tous les citoyens seront organisés en milice , et tenus de prendre les armes en cas de besoin pour la défense du prince et du territoire. Le prince, comme commandant général de la milice, nomme tous les capitaines et fait toutes les réquisitions d'hommes nécessaires. Sa Majesté l'empereur Napoléon sera prié de faire la première nomination des ministres, des sénateurs, des conseillers et du secrétaire d'état.


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ÉTAÏS DE L'ÉGLISE.

ÉTATS DE L'ÉGLISE. CONSTITUTION

DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE. EN 1797» fût donnée une constitution à la république romaine. Cette constitution ressemble beaucoup à la constitution de France de cette époque , sur laquelle elle fut calquée. On y lit cependant quelques cbangemens notables. En voici les. principales dispositions.

La république romaine est une et indivisible. Elle est divisée, quant à présent, en huit départemens; la fixation de leur nombre est pour l'avenir laissée en blanc. Les droits de citoyen s'acquièrent aux mêmes conditions, et s'y perdent par les mêmes motifs qu'en France. Les citoyens romains peuvent seuls être appelés aux fonctions établies par la constitution. Les individus inscrits sur la liste des émigrés français sont exclus pour toujours du droit de citoyens romains, et bannis du territoire de la république romaine. Les assemblées primaires s'appellent comices, les assemblées communales sont des assemblées de tribus. Pour être électeur, il faut réunir les memes conditions qu'en France ; immédiatement après leur nomination , les électeurs se réduisent à moitié de leur nombre par la voie du sort. Le pouvoir législatif est exercé par deux conseils distincts et indépendans 1 un de l'autre , et ayant chacun une garde et un costume particulier. La garde d'un conseil ne peut être plus forte que celle de l'autre conseil, ni que celle du pouvoir exécutif. Le sénat, qui est, ce qu'on appelle en France le conseil des anciens,est composé de trente-deux membres électifs et de tous les ex-consuls non démissionnaires ni destitués, qui n'occupent pas d'autres fonctions publiques. Ceuxci cependant, ne peuvent y siéger que pendant les huit anî


ETATS DE I/ÉGLISE.

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qui suivront leur sortie du consulat. Pour entrer au sénat , il faut être âgé de trente-cinq ans, marié ou veuf. Ce corps se renouvelle par quart tous les deux ans; un membre qui en sort après huit ans , peut être immédiatement réélu pour les huit années suivantes. On n'y peut délibérer qu'à l'appel nominal et au scrutin secret. Le tribunat qui répond au conseil des cinq-cents, est de soixante-douze membres âgés de vingt-cinq ans au moins: il se renouvelle tous les deux ans par tiers. On peut en être membre pendant douze ans de suite. Il ne peut prendre de résolution d'urgence que sur la proposition préalable du pouvoir exécutif. Il délibère par assis et levé ; et eh cas de doute par appel nominal et au scrutin secret; l'enceinte où les deux conseils ont le droit de police, ne peut contenir plusieurs espaces séparés les uns des autres par des champs , des places, ou des chemins publics. Ils prennent simultanément chaque année une vacance de quatre mois; ils résident dans la même commune avec le pouvoir exécutif. Si le sénat n'a pas statué sur une résolution dans le mois qui en a suivi l'envoi, le tribunat l'invite par un message à le faire dans le mois d'après, passé lequel temps , le silence du sénat équivaut à une déclaration approbative. Aucune loi ne peut être rapportée que sur la proposition du pouvoir exécutif ; dans ce cas, les deux conseils votent au scrutin secret. Le pouvoir exécutif est délégué à cinq consuls ; chacun, est élu sur une liste de six candidats , présentée par le tribunat, dont le sénat en extrait d'abord trois par la voie du sort; puis il procède à l'élection du consul, au scrutin secret parmi les trois restans. Les membres du consulat doivent avoir trente - cinq ans, être mariés ou veufs. A compter de l'an 12 de la république, ils ne pourront être pris que parmi ceux qui auront été membres du corps législatif, consuls ou ministres. A partir de lan 8, les membres électifs des deux conseils ne pourront être élus consuls ni ministres pendant la durée de leurs fonctions législatives, ni pendant une année après. Il entre chaque année un nouveau membre dans le consulat; les membres sortans ne peuvent être réélus qu'après cinq ans. Le nombre des ministres nç peut être de pius <je 6ix. Le traitement de chaque consul est de 1,000 myriagrammes de froment ( 609 rubbi ) ; 1 indemnité des membres des deux conseils est de 1,200 my» rya grammes Je froment ( 5i 1 rubbi).


ÉTATS DE L'ÉGLISE.

Les administrations centrales de département sont composées de trois membres, qui se renouvellent tous les deux ans par tiers, chaque commune au-dessus de dix mille habita n s , a pour elle seule une municipalité; dans celles inférieures il y a un édile et un adjoint. Les commissaires du pouvoir exécutif près les administrations et les tribunaux, se nomment préfets consulaires; les juges de paix sont des préteurs; les tribunaux correctionnels sont des tribunaux de censure; les procédures criminelles s'instruisent devant les jurés. Le tribunal de cassation est le tribunal de haute préture ; il y a une haute-cour de justice pour juger les accusations admises contre les membres du corps législatif et les consuls; un institut national chargé de recueillir les découvertes, et de perfectionner les arts et les sciences. La trésorerie nationale qu'on appelle grande questure, est composée de trois grands questeurs, nommés et révocables par le consulat, La révision se fait dans les mêmes formes qu'en France; à compter de l'an îG, on ne pourra être élu dans les places supérieures qu'après avoir exercé au moins pendant un an dans les places inférieures. L'uniformité des poids et mesures, et l'ère de la république française, sont communes à la république romaine. Il sera fait sur les émigrés une loi qui ne pourra être changée que dans les formes prescrites pour la révision des articles constitutionnels. Les différentes nominations seront faites pour la première fois par le général français à Rome; elles auront le même effet et la même durée que si elles eussent été faites selon le mode constitutionnel. En faisant ces nominations, le général ne sera point lié par la constitution; tous ceux qu'il nommera aux fonctions civiles ou militaires , acquerront le droit de citoyen romain. Il sera fait dans le plus bref délai un traité dalliance entre la république romaine et la république française. Jusqu'à la ratification de ce traité, toute loi émanée des conseils législatifs romains, ne pourra être promulguée et exécutée qu'avec l'approbation du général français à Home, lequel pourra pareillement, de sa propre autorité, faire les lois qui lui paraîtront urgentes, en se conformant aux instructions qu'il recevra du directoire de la république française.


CONSTITUTION DES ETATS ROMAINS,

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CONSTITUTION DONNÉE, DE SA PROPRE VOLONTÉ,

PAR

S. S. LE PAPE PIE VII, AUX ÉTATS ROMAINS, LE 6 JUILLET L8L6, LORSQUE , par une admirable disposition de Dieu et parle puissant appui des souverains alliés , le saint-siége recouvra les provinces de Bologne, de Ferrare , delà Romagne, des marches de Bénévent et de Porite-Corvo , lesquelles étaient restées détachées plus long-temps que les autres provinces, n'ayant pu y établir de suite un gouvernement solide et définitif, nous avions établi, par le moyen de ledit du cardinal, notre secrétaire d'état, du 5 juillet i8i5 , un gouvernement provisoire; à quelques changemens près, nous avions conservé dans ces provinces le même ordre des choses y existant; mais en même temps, nous avions fait entendre qu'on s'occuperait incessamment de former un nouveau système général d'administration ,qui fût plus conforme aux véritables intérêts de nos peuples. Plusieurs considérations graves nous avaient induits à annoncer un tel projet, et à l'effectuer aussitôt quil nous aurait été possible, Nous avions pensé d'abord que l'unité et l'uniformité doivent être les bases de toute institution politique : sans elles , il est difficile d'assurer la solidité du gouvernement, et la félicité des peuples. Plus un gouvernement s'approche de ce système d'unité établi par Dieu dans l'ordre de la nature et dans l'édifice sublime de la religion , plus il peut se flatter d approcher de la perfection. Cette conviction nous engage i» procurer , autant que possible, l'uniformité de système , à tout létat appartenant au saint-siége : l'état même


3qoi CONSTITUTION présentait à la vérité un modèle de législation et d'ordre fondé sur les principes et sur les règles invariables de la religion et de !a morale de l'évangile, non moins que sur le droit canon. Une telle législation qui marchait suivant les règles d'une équité solide et du vrai droit de nature , malgré toutes le? calomnies dont on s'est plu de la couvrir, devra être à jamais reconnue comme celle qui a reconduit l'Europe à cette civilisation, de laquelle les irruptions des barbares l'avaient éloignée. ■ , r Mais, pour atteindre cette perfection de gouvernement qui rend les peuples heureux , autant que la nature des choses humaines ie permet, il manquait encore à notre état cette uni for mile qui est si avantageuse aux intérêts de la société et des particuliers , parce que, formé de la réunion successive de domaines différens, il présentait une aggrégation d'usages, de lois , de privilèges contradictoires entre eux, qui, souvent, rendaient une province étrangère à l'autre , et quelquefois , dans la même province, séparaient un pays de l'autre. Convaincus de la vérité des maximes ci-dessus énoncées , les souverains pontifes, nos prédécesseurs, ont profité de toutes les occasions pour ramener aux principes de l'uniformité les différentes branches de l'administration publique. Nous-mêmes, dès le commencement de notre pontificat, nous avions tâché de remplir ce but ; ces tentatives , cependant, contrariées par la collision des intérêts et par 1 attachement aux anciennes habitudes , n'ont pu avoir d effet que dans quelques parties. Mais la providence toujours admirable, qui, dans sa sagesse , dispose les affaires humaines de manière que souvent de grands avantages sortent des plus grandes calamités, semble avoir voulu que les malheurs des derniers temps, et que f interruption même de l'exercice de notre souveraineté temporelle , facilitassent cette opération , au moment où la paix a rétabli les puissances légitimes. Nous croyons donc devoir choisir ce moment pour achever l'ouvrage commencé. Cet ouvrage est non-seulement utile par lui-même, mais i! est encore nécessaire par les circonstances actuelles. En effet , dans une grande partie des provinces récemment recouvrées , leur longue séparation du saint siège a été cause qu'on y a oublié les institutions et les usages anciens , de manière qu'il es! presque impossible d'y ramener l'ordre


y090 qu'il y avait auparavant. De nouvelles habitudes ont pris la place des anciennes; des opinions nouvelles se sont universellement répandues sur les différens objets d'administration et d'économie politique ; de nouvelles lumières, répandues comme chez les autres nations de l'Europe, commandent impérieusement d'adopter pour les provinces susdites un nouveau système, plus convenable à 1 état actuel de leurs babitans, qui est si différent de l'ancien. A la suite de ces considérations, nous avons vu encore combien il serait monstrueux, et en opposition au système d'unité ci-dessus mentionné, qu'une partie d'un état très-peu étendu et dépendant du même souverain , lût gouvernée par des principes différens de ceux d'après lesquels est gouvernée l'autre partie; et si les circonstances de lieux nécessitent quelque modification pour quelque pays , celle-ci doit être faite de manière à ne jamais pouvoir détruire l'unité du système qu'on a adopté. Donc, si la longue séparation de plusieurs provinces de nos états est cause qu'on ne peut y ramener l'ancien ordre de choses, sans blesser les intérêts du peuple,ou lui causer du mécontentement, il est indispensable, pour conserver l'intégrité du corps, de réunir tous les membres, en établissant un système uniforme qui puisse les comprendre tous. Ayant donc mûrement réfléchi sur cette vérité, nous aurions cru manquer à nous-même et à l'intérêt que nous devons avoir pour la félicité de nos sujets, si nous n'avions pas mis à profit les momens précieux que la divine Providence paraît nous avoir laissés pour procéder à la formation d'un système général et uniforme pour tous nos états. A ces fins, irons avons tâché de faire recueillir avec la plus grande célérité tous les renseignemens nécessaires pour former Je plan d'un gouvernement définitif et durable; nous avons ordonné que, dans la compilation de ce plan , on conservât, autant que possible, les principes d'uniformité propres à procurer le bien-être de la société, comme aussi tous les reglemens des souverains pontifes nos prédécesseurs, en adoptant seulement les changemens que l'utilité et les besoins des peuples exigeaient après des vicissitudes si-extraordinaires, puisqu'il est constant que les institutions humaines n ont jamais pu prévenir tous les abus, ni la sagesse des législateurs n'a pu tout prévoir, voyant nous-même tous les jours combien des choses imaginées dans des temps DES ÉTATS ROMAINS.


CONSTITUTION 394 ensuite reculés ont été améliorées par le génie des hommes. Le projet qu'on nous a présenté a répondu à nos vues. Néanmoins, voulant, dans une chose si importante et d'un si grand intérêt pour nos peuples, procéder avec maturité, nous l'avons fait soumettre à l'examen de la congrégation nommée par nous, et composée de cardinaux et d'autres personnages distingués par leurs talens dans les affaires d'administration et de gouvernement, et d'une probité reconnue, pour avoir leur avis, ensuite duquel nous l'avons sanctionné, après y avoir fait quelques changemens et quelques modifications. Cependant nos soins, notre sollicitude n'ont pas eu uniquement pour but d'obtenir l'uniformité des principes dans la nouvelle législation ; nous avons voulu aussi faire sentir à nos peuples les effets de notre amour paternel, par une diminution notable des impositions publiques, n ayant rien de plus à cœur que d'améliorer le sort de nos sujets. Et si le poids énorme des charges déjà existantes, et celui des sommes à répartir entre les provinces qui composaient l'ancien royaume d'Italie, pour le paiement des dettes hypothéquées sur le mont de pieté qui existait à Milan , lesquelles sommes doivent être acquittées parnotre trésor, déjà épuisé par les dépenses extraordinaires et inopinées auxquelles lont forcé le cordon sanitaire et les subventions à un grand nombre de communes qui manquaient de subsistances : si toutes ces circonstances n'ont pas permis à notre amour de faire pour nos peuples tout ce que nous aurions désiré , du moins nous avons résolu de modérer les charges autant que le permettent les obligations auxquelles le gouvernement est absolument forcé de pourvoir; très-persuadé que nos sujets seront reconnaissans pour cette preuve de notre sollicitude paternelle, laquelle continuera toujours à leur procurer le plus grand bonheur possible , et à alléger leurs charges aussitôt que les circonstances dans lesquelles se trouvent le gouvernement se seront améliorées. Par toutes les considérations susdites , de notre propre volonté et pleine puissance, nous avons ordonné ce qui suit :


DES ih'ATS EOMA.INS.

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TITRE PREMIER. Organisation du Gouvernement. Art. ier. Les états ecclésiastiques sont divisés en dix-sept délégations (i), outre les lieux qui sont autour de la capitale. Les délégations sont de trois classes, comme l'indique le tableau annexé au présent; et elles seront distinguées par des traitemens et des honneurs particuliers. Lorsqu'un cardinal sera destiné au gouvernement d'une délégation de première classe, la délégation prendra le nom de légation , et le cardinal prendra le titre et aura tous les honneurs de légat, avec des prérogatives particulières, qui lui seront conférées par des lettres en forme de bref. 2. Chaque délégation est divisée en gouvernemens de premier et de second ordres (2). а. Le tableau sus-indiqué désigne la circonscription de chaque délégation et de chaque gouvernement. 4. Il y aura à Rome une congrégation particulière , composée de monseigneur secrétaire de la Consulta, d'un clerc de la chambre , et de monseigneur secrétaire du bon gouvernement , lequel exercera les fonctions de secrétaire pour recevoir et examiner extrajudiciairement, et par la voie de simples mémoires, les pétitions qui pourront être présentées pour la rectification des confins respectifs des délégations et des gouvernemens. 5. Le règlement annexé au présent, détermine le temps et la manière de transmettre et d'examiner les pétitions, et d'en fuire le rapport pour être soumis au souverain. б. Le délégué exerce dans chaque délégation, sous la dépendance des autorités supérieures , pour toutes les attributions qui lui ont été conservées, la juridiction dans tous les actes du gouvernement et de l'administration publique. Sont exceptées les affaires qui, par leur nature sont du ressort des autorités ecclésiastiques , celles qui appar-

(1) Ce mot correspond à celui lie préfecture. (») Sous-préfecture.


3f)6 CONSTITUTION tiennent à l'ordre judiciaire , celles de la finance, et celles qui pourraient être attribuées, en tout , ou en partie, à une commission particulière pour le règlement des eaux dans les quatre délégations de Bologne, Ferrare, Ravenne et Forli. 7. Auprès de chaque délégué il y aura deux assesseurs nommés par le souverain, desquels le délégué se servira pour l'expédition des affaires» Les mêmes seront sous la dépendance du délégué en tout ce qui ne sera pas attribué à eux spécialement par la teneur des articles 28 au titre II , et par les articles 77 et 70 au titre III. 8. Auprès de chaque délégué il y aura une congrégation de gouvernement composée de quatre personnes, dont deux du chef-lieu, et deux des autres lieux de la délégation pour celles de première classe ; de trois personnes, dont deux du chef-lieu* et une des autres lieux de la délégation pour celles de seconde classe; d'une du chef-lieu, et d'une des autres lieux de la délégation pour celles de troisième classe. La ville de Bologne est exceptée de cette disposition : en vue de ses circonstances particulières, on permet que les quatre personnes de la congrégation susdite soient prises parmi ses citoyens. 9. Les personnes susdites, qui seront nommées par le souverain, devront être âgées de trente ans accomplis, issues de lamilles honnêtes; être des personnes distinguées par leurs bonnes mœurs et par leur instruction, et avoir géré au préalable quelque charge publique, ou administré quelque commune, ou bien s être exercées dune manière louabie clans le barreau pendant i espace de trois ans au moins. 10. Ces personnes s'assembleront chez 1 e délégué, trois fois par semaine, aux jours qui seront fixés, et en outre toutes les fois qu'elles en seront requises par le délégué. 11. Elles seront consultées sur toutes les affaires de quelque importance pour lesquelles il sera nécessaire de prendre une délibération sur quelque objet administratif de la délégation. 12. Elles auront voix consultative; cependant la résolution définitive dépendra du délégué. Seront enregistrés les votes motivés de chacune des personnes ci-dessus me a-


DES ^TATS ROMAINS.

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tiOnnées. Le délégué, en rendant compte au secrétariat d'état ou aux bureaux respectifs de Rome, de la résolution prise par la Commission, sera obligé de transmettre une copie du procès-verbal de la discussion qui aura eu lieu dans la commission. 13. Tous les cinq ans on procédera au renouvellement de la congrégation, par le moyen du sort, de la manière ni van te: Les délégations de première et de seconde classes auront deux membres sortans; celles de troisième classe n'en auront qu'un. Ils seront remplacés suivant les dispositions contenues dans l'article 9. Ceux qui seront sortis pourront être réélus. 14. Chaque délégation aura un secrétaire général nommé par le souverain , qui sera sous les ordres du délégué. Ce secrétaire n'aura pas voix dans la commission. Il est chargé de la rédaction des procès-verbaux , des résolutions de la commission , des registres et de la correspondance. Il ne pourra être renvoyé sans lavis préalable du secrétariat de l'état. 15. Les gouverneurs de premier et de second ordres seront entièrement sous la dépendance du délégué dans l'exercice de leurs fonctions , excepté les cas d'urgence et les attributions qui concernent l'ordre judiciaire dans les affaires civiles mineures qui seront de leur compétence , suivant les articles 25 et 26 au titre II. 16. Le délégué aura la faculté de correspondre directement, avec tous les gouverneurs de son ressort, ou bien de faire parvenir ses ordres aux gouverneurs de second ordre par le moyen de ceux de premier ordre. *7. Les délégués pourront être prélats. Les membres des commissions devront être nés dans l'arrondissement de la délégation^ ou originaires de la même, ou propriétaires, ou enfin y domiciliés depuis dix ans. Les gouverneurs , au contraire, ne devront jamais être nés m domiciliés depuis long-temps dans le lieu où ils exercent leurs fonctions. Cette disposition est commune aux assesseurs. 18. La nomination que le souverain aura faite des délégués et des gouverneurs leur sera notifiée par l'organe du secrétariat d'état. Aux délégués et aux gouverneurs de pre-


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CONSTITUTION

niieTordre , on enverra un bref; à ceux de second ordre j on leur enverra des lettres-patentes, 19. L'abolition des juridictions baronnalcs est maintenue dans les provinces de Bologne , Ferrare et Romagne, dans les marches , à Urbino , et dans les duchés de Gamerino et Bénévent. Dans les autres provinces où ces juridictions ont été remises en vigueur par 1 édit publié par le pro-secrétalre d'état, le 5o juillet 1814, les gouverneurs nommés par les barons ne pourront entrer en exercice de leurs fonctions sans avoir obtenir l'approbation préalable du secrétariat de l'état. Les barons pourront renoncer à leur juridiction, môme pour leurs descendans appelés et compris dans les investitures , sans qu'il soit nécessaire d'employer aucune formalité pour suppléer à leur consentement. Cette renonciation fera cesser tout droit et toute charge relative à l'exercice de la juridiction baronnale. Ils conserveront cependant, pour eux et pour leurs successeurs le titre honorifique : les barons qui Voudront conserver leur juridiction, seront obligés de payer à leurs gouverneurs un traitement convenable et mensuel , comme aussi les appointemens aux greffiers , aux procureurs du fisc, et de supporter les frais pour l'entretien de la force armée , et toutes autres dépenses pour 1 administratipn de la justice. Tout ce que dessus devra toujours être approuvé par le secrétariat de l'état. 20. Les gouverneurs des barons devront , comme les autres , obtempérer aux ordres qui leur parviendront des délégués ou des gouverneurs de premier ordre , lorsque ceux-ci seront autorisés par les délégués, aux termes de l'article 16. 21. Les attributions des gouverneurs des barons sont les mêmes que celles des autres gouverneurs , excepté les cas mentionnés dans les titres suivans , où l'on désignera les fonctions que ces gouverneurs 11e peuvent exercer, et où l'on parlera des droits des barons. 22. Dans le district de Rome , les gouverneurs correspondront directement avec le secrétariat de l'état et avec les administrations respectives de la capitale. 25. Les juridictions du cardinal-doyen à Ostia et Velletri, du préfet des palais apostoliques à Castel-Gandolfo , demeurent tout entières comme auparavant.


DES ÉTATS ROMAINS.

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TITRE II. Organisation des Tribunaux civils. ART. 24. Le pouvoir judiciaire dans les matières civiles n'appartient point aux délégués. 25. Les gouverneurs seront juges compétens dans leurs arrondissemens respectifs : i° pour les demandes qui ne sont pas au-dessus de cent ècus : si la somme n'est point déterminée , mais qu'elle soit présumée telle qu'elle puisse dépasser cette valeur , ils ne seront point compétens ; 20 lorsquil s'agira d'une action possessoire simplement, ils ne pourront jamais cumuler le pétitoire. Si l'action possessoire ne peut être définie par Je seul fait de la possession, les gouverneurs devront renvoyer les parties devant les tribunaux de première instance ; 5° pour les demandes d'alimens dus par autorité de justice ou par im droit quelconque j 4° des actions pour dommages dans les territoires respectifs ; 5° des demandes de salaires dus à des ouvriers journaliers ,* 6° des actions qui naissent des contrats stipulés en temps de foire ou de marché public , lesquelles doivent être jugées sur les lieux. 26. Les jugemfens des gouverneurs , jusqu'à concurrence de dix écus ; ceux de simple possessoire, d'alimens, de dommages , de salaires , de contrats faits en temps de foire ou de marché public ; ceux prononcés sur des actes pardevant notaire , ou sur des écrits sous seing privé , mais qui ne sont point argués de faux, seront sujets au recours, qui n'aura cependant qu'un effet dévolutif. Les autres jugemens prononcés sur les autres matières seront sujets au recours, qai aura effet suspensif. 2 7* L'appel des jugemens des gouverneurs sera porté au tribunal de première instance de l'arrondissement de la délégation. Dans le chef-lieu des délégations, un des assesseurs exercera dans les matières mineures la juridiction attribuée aux gouverneurs dans les trois articles précédons. 29. Da ns les demandes où les barons sont intéressés , leurs gouverneurs ne seront juges compétens que jusqu'à concurrence de dix écus. Lorsque l'intérêt que pourra avoir


CONSTJTtJTIOlN" /lOO le baron dans la demande sera au-dessus de cette somme , le procès sera porté au gouverneur le plus voisin, pourvu qu'il n'ait point été nommé par un baron , lequel le jugera en conformité des facultés accordées aux gouverneurs. 3o. Il y aura dans chaque chef-lieu des délégations un tribunal de première instance, composé de cinq juges et deux adjoints dans les délégations de première classe, et de trois juges et un adjoint dans celles de deuxième et troisième classes. Le doyen des cinq ou des trois juges exercera les fonctions deprésident; celles de rapporteur s'exerceront par tour. 01. Les tribunaux susdits de première instance jugeront toujours collectivement et au nombre de trois. En cas d'absence ou d'empêchement légitime de quelqu'un des juges, il sera remplacé par l'adjoint, ou par l'un des deux adjoints, qui sera choisi par le président dans les tribunaux composés de cinq juges. 02. Dans les tribunaux composés de cinq juges, lorsque le nombre des procès exigera deux tours de rôles, ce sera au tribunal à le juger ; le décret sera publié et demeurera affiché à la porte du greffe. En ce cas , le tribunal se formera en deux sections, chacune de trois juges , en prenant un des adjoints pour compléter ce nombre, et l'autre adjoint servira pour suppléer en cas de besoin. Le président fera la distribution des procès à chaque section , et iI sera fait mention en marge du registre , qui doit être affiché au greffe de la section à laquelle chaque procès a été remis; ces procès devront être jugés par la section à laquelle ils auront été distribués. 53. Les tribunaux de première instance jugent en appel, suivant les articles 26 et 27 , tous les procès de la compétence des gouverneurs et des assesseurs , et jugent en première instance tous les autres procès, excepté ceux qui sont réservés à quelque juridiction spéciale, comme on le dira ciaprès. 34. Les tribunaux auront leurs audiences publiques pour entendre les plaidoieries des défenseurs des parties. La partie la plus diligente fera fixer par le président le jour de 1 audience , et le fera ensuite signifier à l'autre partie. Le président veillera au maintien de l'ordre pendant les audiences. Les juges pourront interposer , pendant l'audience, des


Aoi DES ÉTATS ROMAINS. décrets interlocutoires ou dilatoires, et pour ce motifilyaura aux audiences le greffier qui tiendra le registre. Les jugemens définitifs seront prononcés et signés par les juges, lesquels se réuniront aux jours et aux heures qui seront indiqués par le président. Les jugemens seront motivés. 35. 11 y aura, pour tous les états romains , quatre tribunaux d'appel : un à Bologne , pour les causes des quatre délégations de Bologne , Ferrare, Ravenne et Forli; un à Macerata , pour les causes des délégations de Macerata , Urbino et Pezaro, Ancône, Fermo , Ascoli et Gamerino; deux à Rome , pour tous les autres pays de l'état ; ils seront les tribunaux de la G. A. et celui de la Rote. Il sera permis aux parties de porter leurs causes d'appel auxdits deux tribunaux de Rome , pourvu que cela soit fait d'un commun accord entre elles. 36. Le tribunal d'appel de Bologne , et celui de Macerata seront composés de sept juges et de deux adjoints. Les jugemens seront rendus à la pluralité des voix, et l'on ne pourra juger qu'au nombre de cinq voix. 3y. Le doyen d'âge fera les fonctions de président; le rapporteur sera designé par tour. 38. Le président indiquera les jours d'audience et l'appel des causes. , Les dispositions contenues dans l'article 34 sont communes aux tribunaux d'appel. 3g. Le tribunal de la C. À. (sauf ce qui est prescrit dans les articles suivans, à l'égard des autres tribunaux qui sont conservés dans Rome), fera les fonctions du tribunal de première instance dans les causes du district de Rome désignées dans le tableau ci-annexé, et de tribunal d'appel dans les autres causes , de la ipanière qu'on déclarera ciaprès. 40. Ce tribunal sera composé dorénavant de trois juges prélats qui conserveront le même titre de lieutenans, et d'un quatrième qui pourra aussi être un homme de robe , avec le titre de A. G. Met, comme on l'a pratiqué plusieurs fois. 41. Chaque lieutenant jugera seul, i° les demandes qui n'excèdent pas la valeur de 826 écus, lesquelles seront de sa compétence en première instance ; 20 les causes jugées par les gouverneurs du district de Rome en seconde instance: TOM, IV. 26


CONSTITUTION 4» i 3® les causes qui n'excèdent pas la valeur de 3oo écus , jugées en première instance par ses collègues. 42. Le tribunal de la G. A. jugera cpllectivement, i° les demandes en première instance du district de Rome, qui excèdent la valeur de 82D écus, et d'une valeur indéterminée; 2 les demandes en seconde instance de la valeur au-dessous de 826 écus , jugées par les tribunaux de première instance des délégations de Perugia , Spoleto, Viterbo, Civita-Vecchia , Rieti, Frosinone et Bénévent, ou bien par les lieuteiians respectifs ; 3° les jugemens en troisième instance non conformes, prononcés par les gouverneurs en première instance, et par les lieutenans respectifs en appel; 4° les jugemens aussi en troisième instance des lieutenans, lorsqu'ils ne sont pas conformes entre eux, et qu'il s'agit des causes d'une valeur au-dessous de 3oo écus. 43. Lorsque le tribunal de la G. A. jugera en appel ou sur requête, du jugement d'un des lieutenans, il sera composé des autres deux et du A. G. Met. 44- Lorsqu'il jugera en troisième instance sur deux jugemens des lieutenans qui ne seront point conformes, le tribunal sera composé du troisième lieutenant qui n'aura pas jugé, du A. C. Met., et de monseigneur l'auditeur de la chambre, lequel cependant pourra subdéléguer son auditeur privé, ou un autre juge. 45. Dans tous les cas où le susdit monseigneur de la chambre voudra juger en personne les causes portées au tribunal collégial , ou de la congrégation, il pourra le faire ; et alors l'A. C. Met. n'interviendra plus, excepté le cas où son vote serait nécessaire pour compléter le nombre des trois juges, lorsque quelqu'un des lieutenans serait absent, ou légitimement empêché. 46. La Rote sera le tribunal d'appel dans toutes les causes d'une valeur au-dessus de 8^5 écus , jugées par les tribunaux de première instance des délégations qui ne sont point du ressort des tribunaux d'appel de Bologne et Macerata. Il sera juge compétent dans toutes les causes qui excèdent la valeur de 3oo écus, et qui sont au-dessous de celle de 8î5 écus, toutes les fois que les jugemens précédens ne seront point conformes. Il sera aussi juge compétent dans toutes les causes, dans lesquelles les jugemens des autres 0


I)ES ÉTATS ROMAINS.

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tribunaux d'appel, compris celui de la G. A. ne sont pas conformes aux jugemens de première instance. Pour les causes dont la valeur est au-dessous de 3oo écus, dans lesquelles les jugemens des autres tribunaux de première instance, et celui de la G. A. , en qualité de tribunal d'appel, ne sont point conformes, on aura recours au cardinal, préfet de la signature, lequel nommera une congrégation de trois prélats pour les juger définitivement. 47» Le tribunal de la Rote, respecté partout à tant de titres, continuera à être composé du même nombre de personnes; il conservera tous ses honneurs, ses prééminences, ses prérogatives et ses privilèges, sans aucune altération. Il continuera à exercer ses fonctions de la même manière , et avec les mêmes formalités pratiquées auparavant, et qui se pratiquent maintenant, soit dans les causes civiles et ecclésiastiques des états romains, soit dans celles des autres états. 48. Dans tous les procès , lorsqu'il y aura deux jugemens conformes, savoir : celui de première instance et celui d'appel, ils formeront la chose jugée. Lorsque les deux jugemens ne seront point conformes, ii y aura lieu à la troisième instance par-devant les tribunaux de Rome , dans la manière ci-dessous indiquée. 49. A Rome , la juridiction civile du tribunal du capitole sera conservée telle qu'elle se trouve à présent, soit en première instance , soit en appel. 50. Le tribunal de la signature n'existera qu'à Rome: il continuera à être composé du même nombre de prélats. Pour faciliter la iriarehe des affaires, il sera divisé en deux sections , composées chacune de six personnes qui seront nommées parle cardinal préfet. Le doyen dans chaque section sera le président. Le demandeur aura la faculté de choisir la section. ^ 1. Ce tribunal seul aura le droit de casser ou annuller les actes judiciaires, les décrets et les jugemens de tous les tribunaux des états romains, sans exception. La cassation cependant n'aura lieu que pour les trois causes de nullité suivantes : pour défaut de citation , de juridiction , de mandat; ces causes devront être spécifiées dans le décret. Après la cassation , ce tribunal aura la faculté de renvoyer le procès au même tribunal dont le jugement a été cassé, 26.


CONSTITUTION 4o4 ou bien au tribunal de la G. A., ou à celui de la Rote, suivant leurs prérogatives respectives, comme il jugera plus convenable. Le tribunal susdit pourra déléguer la faculté de casser les jugeinens, aux juges et aux tribunaux qui doivent juger sur le fond. 52. Lorsqu'il y aura conflit sur la compétence entre les tribunaux, le jugement appartiendra au tribunal de la signature. 53. Dans le cas de jugemens conformes suivant le prescrit de l'article 48, on ne pourra jamais porter de recours pour en suspendre l'exécution. On pourra seulement avoir recours pour le dévolutif, et par restitution en entier, pour obtenir un second appel; et encore, lorsque le premier jugement d'appel n'a point été dévolutif. Ce second appel ne sera admis que pour les cas où l'on aurait découvert des faits nouveaux décisifs, prouvés par des pièces authentiques, ou par une injustice résultant de ce qu'on n'aurait pas fait cas d'une loi existante, ou qu'il aurait été en contravention à la même ; et dans ces cas, on renverra le procès aux tribunaux de la G. A. ou de la Bote, suivant leur compétence respective en raison de la somme. 54. Le décret par lequel le tribunal de la signature accorde la faculté d'appeler par la voie de restitution en entier, sera motivé. 55. Les dispositions précédentes ne porteront aucune atteinte à la juridiction des tribunaux ordinaires et des tribunaux ecclésiastiques dans les matières de leur compétence. 56. Aucun tribunal ne pourra connaître des causes où il s'agit de discuter les intérêts de la chambre apostolique. 67. On nommera dans les px^ovinces , en réunissant ( le cas échéant) plusieurs délégations, des assesseurs de la chambre , lesquels , dans le ressort de la juridiction qui leur aura été attribuée, seront juges de première instance dans les matières otx il s'agit de l'intérêt de la chambre, loi'sque l'objet ne dépassera pas la valeur de 200 écus. 58. Dans Rome et son district, les causes susdites de première instance continueront à être jugées eumulativernent, par monseigneur auditeur de la chambre, et par l'auditeur de monseigneur trésorier, lorsque cependant ces causes n'excéderont pas la valeur de 8a5 écus.


âOK DES ÉTATS ROMAINS. Si la valeur des causes du ressort des assesseurs de la chambre, est au-dessus de 2ooécus, et si celle de Rome et de son district est au-dessus de 8*5 écus, alors ces causes seront jugées en première instance par un tribunal, composé de monseigneur auditeur de la chambre, de monseigneur président de la chambre, et de l'auditeur de monseigneur trésorier. Ce tribunal sera aussi juge d'appel dans les causes jugées par les assesseurs de la chambre; et dans le cas où les jugemens de ceux-ci ne sont pas conformes, on a recours au tribunal de la chambre. 5g. Les jugemens en première instance du tribunal susdit, comme aussi ceux prononcés en première instance par monseigneur auditeur de la chambre, et par l'auditeur de monseigneur trésorier, seront portés en appel par-devant le tribunal de la chambre. 60. Ce tribunal procédera dans les formes ci - dessus établies, avec cette seule différence, qu'il sera divisé en deux sections, composées d'un nombre égal de clercs de la chambre : la première section sera présidée par le doyen , la seconde, parle plus ancien. L'appelant aura la faculté de choisir la section. Ci. Lorsqu'il y aura appel des jugemens de la chambre, il sera porté à la section qui n'aura pas jugé. 62. Rien n'est changé, parles dispositions précédentes , à l'e'gard de l'expédition et exécution des ordonnances de main royale, lesquelles continuerontà s'expédier par les assesseurs delà chambre, et cumulativement par monseigneur auditeur de la chambre, et par l'auditeur de monseigneur trésorier, suivant les formes en vigueur pour toutes les créances fiscales de l'impôt, quelle que soit la somme en question. 65. Il n'y aura plus à l'avenir de juges commissaires, ou d'exception. 64. Dans les matières contentieuses civiles, sont supprimées toutes les juridictions et tous les tribunaux particuliers ou privilégiés existans à Rome, ou dans les provinces, à 1 exception de ce qui a été prescrit par l'article 55, à l'égard des tribunaux ecclésiastiques, et par l'article 49? 5 l'égard de celui ducapitole; et excepté encore les juridictions de la congrégation cles évêques et réguliers du tribunal de la Daterie, et de celui de la fabrique de Saint-Pierre. Demeurent en outre exceptées les juridictions : de la congréga-


L\ 06 CONSTITUTION tion de buon Governo, suivant la constitution de Benoît XIV; 20 de l'auditeur du camerlingue, dans les matières qui regardent les marchés de la place JVavonej 5° du président du tribunal des comestibles, pour les marchés sujets à sa juridiction ; 4° du tribunal des marchés à blé et à pain, dans les matières de son ressort, suivant les décrets des pontifes, du 3i octobre 1800, et le 19 septembre 1802; 5° de l'agriculture, dans les matières de son ressort; 6° du tribunal du cardinal vicaire, dans les causes d'aliniens, suivant les facultés qu'on lui a conférées par la présente loi; 7 du juge des mercenaires, dans les matières de sa compétence. S'il y a lieu à appel des jugemens de ceux relatés aux §§ 5 et 4, il sera porté par-devant le tribunal de la chambre. L'appel des causes d'agriculture, lorsqu'il aura lieu, sera porté au tribunal de la G. A. ou de la Bote, suivant la compétence de chacun d'eux. La même chose aura lieu pour les jugemens du cardinal vicaire dans les matières d'alimens. 65. Les causes nouvelles qui étaient du ressort des tribunaux ou des juges particuliers et privilégiés, qu'on vient de supprimer, seront de la compétence des tribunaux cidessus établis. 66. Cependant les causes ventilantes par-devant les tribunaux et les juges qui ont cessé d'avoir la juridiction contentieuse, comme aussi celles dont la discussion est commencée par-devant les juges commissaires et privilégiés; par quelque délégation spéciale, et qui ne seront point terminées lorsque le présent motu proprio sera mis en activité , seront portées dans l'état où elles se trouvent , par-devant les tribunaux de première instance , qui seront Compétens, lesquels procéderont tant en première instance qu'en appel, suivant l'état on se trouvait la cause devant les juges OU les tribunaux supprimes. 67. La nomination des juges de tous les tribunaux, appartient exclusivement au souverain. Les délégués auront la nomination des greffiers et des officiers susdits ; mais elle sera faite de concert avec le tribunal , ou le gouverneur auprès desquels ces officiers doiven t exercer leurs fonctions ; les délégués donneront avis des nominations susdites au secrétariat d'état, 0

72. Les actes de juridiction volontaire, tels que les décrets apposés aux contrais des femuiés, des mineurs, et autres


DES ÉTATS ROMAINS. 407 semblables , dans lesquels il ne s'exerce aucune juridiction contentieuse , appartiendront aux délégués et aux chefs des tribunaux, dans toute l'extension des juridictions respectives; et aux gouverneurs dans l'arrondissement des districts. A Rome, l'exercice de cette juridiction restera aux juges qui l'exercent, et à leurs successeurs , excepté le lieutenant du gouverneur qui est supprimé. 7D. La procédure telle qu'elle se fait à présent à Rome et dans les provinces , continuera a'avoir lieu jusqu'à la publication delà nouvelle législation. 74. Le droit commun , modifié par le droit canon et les constitutions apostoliques, est maintenu en sa pleine •vigueur jusqu'à la publication d'un nouveau code législatif, en tout ce qui n'aura pas été changé par le présent motu proprio. 75. On publiera avec la plus grande célérité possible un système de législation générale ; et à cet effet on a nommé trois commissions , composées des personnes les plus éclairées , lesquelles devront s occuper de la formation des codes civil, criminel et de commerce, comme aussi de ceux des procédures respectives. Une de ces commissions , composée de cinq membres , s'occupera de la formation du code civil, et du code de procédure civile. Une autre, composée aussi de cinq membres, procédera à la formation du code criminel, et de celui de la procé; dure criminelle. -' " Une troisième commission , composée de cinq personnes , dont deux jurisconsultes et trois négocians , les plus instruits, s'occupera de la formation du code de commerce et de sa procédure. Aussitôt que ces trois commissions auront terminé leur travail, avec toute la célérité possible, ils le soumettront à l'examen de la congrégation économique, laquelle proposera les additions et les modifications qu'elle aura cru convenable v d'y faire. • . Après cela le travail sera soumis au souverain , à qui èljt réservée la sanction des lois, en y faisant les change mens ! qu'il jugera nécessaires. 1 •


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CONSTITUTION

TITRE III.

De Vorganisation des Tribunaux criminels. 76. La juridiction criminelle sera, exercée de la manière suivante : Pour favoriser les intérêts des peuples, et pour activer, autant que possible, l'administration de la justice , les gouverneurs de premier et de second ordres auront la connaissance , dans leurs arrondissemens respectifs, des délits emportant une amende, et de ceux même dont la peine est affl.ictive, mais qui ne va pas au-delà d'une année de travail* Lorsque la condamnation prononcée par les gouverneurs susdits de premier et de second ordres porte l'entière année de travail, il y aura lieu à l'appel suspensif. A l'égard des gouverneurs qui exercent la juridiction baronnale, on continuera à garder les dispositions portées par la constitution post diuturnas. 77. Dans chaque délégation il y aura un tribunal criminel composé de cinq juges, savoir: le délégué, qui sera le président , ses deux assesseurs, un juge du tribunal de première instance, et un membre de la commission gouvernative. Ces deux derniers siégeront au tribunal pendant une année , et seront remplacés suivant le tour d'ancienneté, en commençant, dans ces deux corps, du doyen jusqu'au plus jeune , et ainsi par la suite. En cas d'absence ou d'empêchement de quelque membre du tribunal, le délégué pourra le remplacer par un autre , pris parmi les conseillers et juges susdits ; et ceci aura lieu aussi à l'égard des assesseurs. 78.. Les tribunaux criminels ainsi établis dans chaque délégation , jugeront en appel les causes jugées par les gouverneurs , suivant ce qui a été dit à l'article 76. 79. Ces mêmes causes , dans les chefs-lieux de chaque délégation, seront jugées, sous la dépendance et l'approbation des délégués, par.l'autre assesseur, qui n'aura pas la connaissance des causes mineures civiles. 80. Les délits dont la peine est de plus d'un an de travail seront jugés par le tribunal criminel de la délégation. 81. Lorsque la condamnation prononcée par ce tribunal n'emportera pas les galères ou le travail pendant cinq ans, le


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prévenu n'aura pas droit à l'appel suspensif, excepté les cas où un des juges auraient voté pour son acquittement ou pour une peine plus légère. Dans le cas où la condamnation aurait été prononcée à l'unanimité, l'appel ne sera que dévolutif. A cet effet, on devra spécifier dans le jugement, s'il y a eu unanimité de voix. 82. L'appel mentionné dans l'article précédent sera porté, pour les délégations de Bologne, Ferrare , Ravenne etForli, au tribunal d'appel de Bologne ; pour celles de Macerata, Urbino et Pesaro , Ancône, Fermo , Ascoli et Camerino, au tribunal d'appel de Macerata ; pour les autres délégations , à la S. Consulte. 83. Lorsque la condamnation porte une peine de cinq ans de galères et plus, ou lorsqu'elle porte la peine de mort, l'appel sera porté à l'un des trois tribunaux respectifs, comme il a été dit à l'article précédent. 84. Il y aura dans chaque chef-lieu de délégation deux juges instructeurs et un greffier; dans chaque gouvernement de premier et de deuxième ordres, un greffier, lequel, avec le gouverneur, sera obligé de faire l'instruction des procès pour tous les délits commis dans leur arrondissement, quoique la connaissance du délit appartienne au tribunal de la délégation. Les deux juges instructeurs susdits seront obligés de suppléer et rectifier les procédures des susdits gouverneurs. 86. Comme le gouvernement se charge de payer aux susdits gouverneurs, juges instructeurs et autres officiers ministériels, leurs appointemens mensuels, il leur est défendu de s'approprier le produit des épices et des inquisitions. Elles seront exigées par eux ; mais ils en tiendront compte à monseigneur trésorier général. 86. Pour les délits commis dans le district de Rome , le tribunal du gouvernement sera le juge d'appel des jugemens rendus par les gouverneurs, suivant leur compétence. 87* système adopté par le tribunal du gouvernement et par les autres tribunaux criminels de Rome , pour les appellations, est conservé. 83. Dans les délits communs, commis dans la ville de Rome, on procédera, soit par ledit tribunal du gouvernement, soit par ceux de la C. A., du Vicariat et du capitule, suivant les formes actuellement en vigueur.


CONSTITUTION 4J*> 89. Dans les délits de contravention et de fraude commis au préjudice de la finance , seront juges compétens en première instance les assesseurs de la trésorerie nommés dans les provinces. A Rome, ces délits seront de la compétence des tribunaux criminels de la chambre et de la trésorerie , auxquels ou portera aussi les appels des condamnations prononcées par les assesseurs ; mais cet appel ne sera que dévolutif, lorsque la peine prononcée par eux n'ira pas audelà de i5o écus, y compris la valeur des effets confisqués, et l'amende ; et qu'enfin, il n'y aura pas de peine afflietive. Si la condamnation prononcée de la manière ci-dessus indiquée , excède la valeur de i5o écus , ou si l'on a prononcé une peine afflietive, il y aura lieu à l'appel, et il sera suspensif. 90. Il n'est point dérogé par les dispositions précédentes aux juridictions de la sainte inquisition, de la congrégation des évêques et réguliers , du préfet des palais apostoliques et du tribunal militaire, lesquels continueront, au criminel, à exercer leur juridiction comme par le passé ; rien aussi n'est innové à l'égard du Forum ecclésiastique. 91. Toutes les autres juridictions criminelles privilégiées, à 1 exception de celles mentionnées dans les articles précédens, soit que le privilège soit attaché à la personne, soit qu'elles soient privilégiées par leur matière, sont et demeurent abolies; et en vertu de cette abolition , ceux qui président aux administrations publiques, devront ( quoiqu'il soit question de contraventions ou ordonnances dépendant de leur administration) avoir recours aux tribunaux ordinaires, lesquels cependant devront suivre les formalités prescrites par les ordonnances susdites, dans leur procédure et dans leurs condamnations. 92. Il y aura , près de chaque tribunal criminel, un défenseur nommé d'office par le souverain. Les prévenus cependant pourront se faire défendre par d'autres de leur choix , pourvu que ces défenseurs soient inscrits sur l'état de ceux qui seront approuvés dans chaque chef-lieu par le délègue, et de l'avis de la congrégation gouvernative. 90. Il y aura, en outre , dans chaque délégation, un procureur du fisc nommé par le souverain. A Rou e, le procureur général du fisc continuera à exer-


4ll cer son ministère avec les mêmes attributions dans toutes les affaires qui ne sont point exceptées par la présente loi. 94- Dans tout ce qui regarde les greffiers, les exécuteurs , la force armée et tout ce qui concerne l'administration de la justice pénale , il y sera pourvu par des instructions particulières qu'on donnera aux délégués. 95. Jusqu'à la publication du nouveau code criminel, laquelle aura lieu bientôt, on continuera la procédure suivant les formes prescrites par les lois en vigueur. 96. Sont abolies à perpétuité la question et la peine de la corde; à cette peine est substituée celle d'un an de travail. 97. Les peines que la législation actuelle laisse au pouvoir des juges et des tribunaux sont abolies en ce qui concerne l'extension ou l'augmentation de celles qui ont été littéralement déterminées par la loi. A l'égard des peines qui, par la loi générale ou par des lois particulières, ont été laissées entièrement au pouvoir des juges et des tribunaux, elles ne pourront jamais être au-dessus d'un an de travail. Les juges et les tribunaux auront encore la faculté de les diminuer selon que la nature du délit ou des circonstances qui l'accompagnent pourront les convaincre de la justice de cette diminution. Ces dispositions, qui regardent les peines arbitraires , auront lieu jusqu'à la publication du nouveau code criminel. A cette époque, toute peine arbitraire sera abolie; il sera fixé un maximum et un minimum de peine, et les juges devront se contenir dans ces limites, en s'approchant plus ou moins des mêmes, suivant les circonstances plus ou moins aggravantes, et lesquelles encore seront, par la loi nouvelle, définies avec la plus grande précision. Jusqu'à la publication du code d'instruction criminelle, on suivra dans la procédure les formes actuellement en vigueur; mais soit l'instruction, soit les jugemens, seront promulgués par les juges et par les tribunaux, compris ceux de Rome, en langue italienne, et les jugemens seront motivés. 99 . Les mêmes règles auront lieu pour la publication de l'instruction, excepté le cas ci-après mentionné. 100. Dans les délits emportant la peine de mort, si le prévenu ne veut point suivre la procédure de la manière actuellement en usage, et qu'il demande la confrontation DES ETATS ROMAINS.


4r2 CONSTITUTION «les témoin?, elle aura lieu devant les juges qui doivent juger de l'affaire. 101. Pour ce qui regarde les ecclésiastiques et le privilège du forum , on continuera à juger suivant les règles du droit canon et les constitutions apostoliques actuellement en vigueur; et quant à l'extradition des prévenus des lieux sacrés, on observera les formes du droit canon suivant les instructions publiées et celles qu'on jugera à propos de publier par la suite. TITRE IV.

Disposition s législa tives. 102. Toutes les lois municipales, statuts, ordonnances,, réformes publiées sous le titre et par l'autorité quelconque, et dans quelque pays de l'état que ce soit, même ceux publiés dans une province entière ou dans un district particulier, sont et demeurent abolis, sauf ceux relatifs à la culture des terrains, au cours des eaux, aux pâturages, aux dommages des champs et à d'autres objets d'agriculture TITRE V.

Organisation des Communes. 1 /|7. Les limites de chaque commune, avec les lieux qui les composent, seront les mêmes que ceux qui sont désignés dans le nouveau tableau de la répartition territoriale des états ecclésiastiques, qui sera rectifié suivant le prescrit des articles 4 et 5 du titre I . i48. L'administration des communes sera en tout uniforme , et réglée de la même façon, nonobstant la division des délégations qu'on a faite de première, seconde et troisième classes, et celle des gouvernentens de premier et second ordres. Les gouverneurs n'auront à cet égard d'autres attributions que celles mentionnées dans ce titre. 149- Les dispositions contenues dans les articles 4 et 5 du titre I , sont applicables aux réclamations qui pourront avoir lieu delà part des peuples, pour la rectification des. limites et pour la réunion , ou le démembrement des lieux, qui composent une commune. er

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Les chefs actuels des provinces et leurs successeurs, sont autorisés à faire parvenir, d'office, avec toute la célérité possible, au cardinal secrétaire d'état, les observations que ( ouies même leurs congrégations ), ils croiront être essentielles à l'égard de la fixation des limites, afin que le cardinal secrétaire d'état puisse les prendre en considération, et de suite, ordonner les modifications nécessaires, s'il y a urgence, ou bien renvoyer l'affaire à la congrégation nommée pour cet effet dans les deux articles ci-dessus relatés. i5o. Dans chaque commune il y aura un conseil pour délibérer sur les affaires d'un intérêt commun et une magistrature pour gérer l'administration communale. x51. Le conseil de chaque commune, de chaque cheflieu de délégation, sera composé de quarante-huit conseillers. Celui des communes où résident les gouverneurs de premier ordre, sera composé de trente-six; celui des communes où résident les gouverneurs de second ordre sera composé de vingt-quatre. Cependant dans les communes appartenant à cette dernière classe, qui n'ont qu'une population de mille âmes et au-dessous, le conseil sera composé de dix-huit personnes. 1Ô2. Pour cette première fois, les personnes qui composent les conseils susdits seront nommées par les délégués respectifs , lesquels sont chargés de mettre la plus grande activité et prudence, afin qu'en obtempérant au prescrit des articles i55, i56, 1O7 et suivans, ils prennent toutes les informations nécessaires, et l'avis des congrégations gouvernatives, pour que les personnes nommées aux conseils des communes soient d'une probité reconnue, et les mieux instruites de tout ce qui regarde l'administration communale. i53. Les délégués transmettront le tableau de ces nominations au cardinal préfet de la Consulta pour avoir 1 approbation des mêmes. i54» Après la première installation, à fur et à mesure qu'il y aura des places vacantes, la nomination des nouveaux conseillers sera faite par les conseils respectifs, à la pluralité de voix, sous l'approbation du délégué, lequel ne pourra la refuser, sauf en spécifiant les motifs d'incapacité de celui qui aura été nommé, suivant ce qui sera ordonné ci-après. 155. Les conseillers devront être domiciliés, pendant la plus grande partie de 1 année, dans le territoire de la com-


CONSTITUTION 4i4 mune, y compris les lieux nouvellement attachés à la môme; y être nés ou domiciliés depuis dix ans; âgés de vingtcjuatre ans accomplis; d'une famille honnêtej de bonnes mœurs et d'une conduite louable. Ils devront être choisis parmi les possesseurs , les gens de lettres, les négocians, et parmi ceux qui exercent en qualité de chefs une profession ou un art qui ne soient pas avilissans. L'exercice de l'agriculture, soit dans ses terrains propres, soit dans ceux pris à ferme, ne sera point un motif d'incapacité pour être nommé conseiller. Sont seulement exceptés les journaliers et les laboureurs salariés. 156. Ne pourront être membres d'un même conseil le père et le fils; l'aïeul et le petit-fils de la ligne paternelle; les deux frères; le beau-père et le gendre, quoique toutes ces personnes ne vivent pas ensemble. Pour en obtenir la dispense il faudra avoir recours au souverain , parle moyen du cardinal préfet de la consulte. 157. La place" de conseiller n'est point héréditaire, et elle ne peut appartenir à aucune classe de citoyens exclusive» ment. Seront cependant maintenus en la possession de la prérogative d'être nommés aux conseils, ceux appartenant aux classes qui ont maintenant ce privilège," pourvu que leur nombre ne soit pas porté au-delà de la moitié du conseil, voulant que l'autre moitié soit composée de ceux qui appartiennent à d'autres classes. 158- Les députés du clergé prendront place aux conseils comme auparavant. Tout ecclésiastique pourra être nommé conseiller ; il prendra place au conseil au-dessus des laïcs. i5p. La magistrature sera composée d un chel qui prendra le titre de gonfalonier, et de six personnes dans les communes chefs-lieux de la délégation; de quatre personnes dans les communes où il y a un gouverneur de premier ordre ; et de deux personnes pour les autres communes : ces personnes, qui avec le gonfalonier formeront la magistrature , auront le titre d'anziani. Pour les lieux attachés à une commune, il y aura un syndic qui sera sous la dépendance du gonfalonier de la commune principale ; il correspondra avec lui pour toutes les affaires qui concernent son administration. 160. Les conseils communaux, aussitôt qu'ils seront installés, transmettront au délégué un état, fait par triple expédi-


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tion, des personnes désignées pour exercer les fonctions de gonfalonier , des anziani et des syndics ; et ils enverront un de ces états au cardinal secrétaire d'état, auquel appartient la nomination du gonfalonier. 161. Le gonfalonier et les anziani resteront en fonctions pendantdeuxans,après quoi on procédera à l'électiondu nouveau gonfalonier; les anziani seront renouvelés par moitié par la voie du sort. La moitié restante continuera à siéger pendant les deux autres années consécutives ; après quoi les membres composant cette moitié devront sortir, et il ne restera que la moitié qui aura exercé les fonctions pendant les deux ans seulement, et ainsi de suite, afin qu'il y ait toujours dans le conseil des personnes instruites des affaires de l'administration. Les syndics seront renouvelés tous les deux ans. 152. Le gonfalonier et les anziani qui seront sortis de la magistrature, comme il a été dit dans l'article précédent, ne pourront être réélus, que deux ans après qu'ils en seront sortis. Les syndics pourront être réélus de suite. 165. A la place de gonfalonier seront toujours nommées les personnes les plus distinguées par leur naissance, et qui seront les plus imposées. Les anziani seront choisis parmi les personnes issues d'une famille honnête, et qui vivent de leurs revenus. 164. Le gonfalonier recevra les ordres supérieurs par le moyen du gouverneur local, et il remettra au même ses réponses, les informations et les éclaircissemens adressés aux gouverneurs de district, ou au délégué, ou aux administrations supérieures de Home , sauf dans les cas extraordinaires °ù les autorités supérieures les interpelleraient directement. tfio. Les conseils de chaque commune nommeront tous les coniniiset les employés salariés pourle service delà commune et de la population. Tous les deux ans, et le jour de SainteLucie,suivant l'ancien usage, 011 procédera à la nouvelle nomination, ou à la confirmation de tous ces employés , par la voie du scrutin secret. ]66*. Les nominations ou les confirmations faites à la majorité absolue, ne pourront être attaquées 011 discutées, sauf le cas où larrêt consulaire manquerait de formes, ou aurait quelque vice intrinsèque. Les empioyésexclusu la majorité des voix devrontacquiescer à l'arrêt, comme étant le résultat de la volonté et du manque


Ai 6 CONSTITUTION de confiance de la part de la représentation du corps communal , auquel appartient la liberté du choix des personnes employées à son service. Aucune réclamation, aucun recours ne seront admis contre ces arrêts, sauf dans les cas de nullité susmentionnés; dans ces cas on assemblera le conseil pour délibérer de nouveau dans les mêmes formes ci-dessus déterminées. 167. Le conseil a le droit d'établir les impositions nécessaires pour les dépenses communales, et d'approuver toute dépense extraordinaire et imprévue, en informant au préalable la congrégation du bon gouvernement, par le moyen des délégués respectifs. Sont exceptés les cas d'urgence reconnue, dans lesquels le gonfalonier aura la faculté d'ordonner la dépense nécessaire pour le moment, sauf à lui d'en rendre compte au conseil dans la première assemblée du même. 168. Tous les ans , avant le i5 août, on présentera au conseil le tableau dit de prévention, pour fixer la recette et la dépense de l'année suivante. Ce tableau sera formé par le gonfalonier, suivant l'avis des anziani, qui auront seulement voix consultative, laquelle sera enregistrée et lue en conseil public. Le conseil aura le droit d'approuver ou de modifier, à la majorité absolue des voix , le tableau susdit. i6q. Ce tableau ainsi approuvé sera transmis au délègue^ avant le i5 septembre, afin qu'il soit examiné parla congrégation gouvernative. 170. Tous ces tableaux devront être envoyés , avec toute la célérité possible , avant le i5 octobre, à la congrégation du bon gouvernement, avec les observations du délégué et de sa congrégation, s'il y a lieu d'en faire, pour obtenir de ladite congrégation du bon gouvernement, l'approbation définitive ou la réforme. 171. Au commencement de chaque année, le tableau de prévention, arrêté par la congrégation du bon gouvernement, devra être publié dans chaque commune, pour justifier les impositions et les dépenses de l'année, et afin qu'elles soient connues de tous les contribuables. 172. L'administration ordinaire de la commune sera exercée par le gonfalonier, auprès duquel résidera la première représentation communale. Les anziani seront ses conseillers,.


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et lui prêteront toute leur assistance dans la marche des affaires de l'administration. 170. Excepté les frais urgens, mentionnés à l'article 1G7, le gonfalonier ne pourra ordonner d'autres dépenses que celles approuvées parle conseil, et spécifiées dans le tableau de prévention , sanctionné par le bon gouvernement. Il ne pourra expédier de mandats, sauf pour les objets contenus dans le tableau susdit; et les percepteurs n'en pourront payer aucun qui ne soit signé par le gonfalonier et deux cinziani, où ne soit spécifié l'objet pour lequel le paiement a été ordonné , et rappelé l'article du tableau relatif, le tout à peine de responsabilité en propre. Le secrétaire de la commune oule computiste , s'il y en a, tiendront un registre de ces mandats. 174. Dans le mois de février, on devra présenter au conseil les comptes de l'administration gérée par le gonfalonier* et ceux du percepteur de la commune; le conseil, après les avoir examinés , les transmettra au délégué. Si le percepteur a payé quelque dépense, qui ne soit point mentionnée au tableau, ou bien une somme plus forte que celle qui aura été fixée dans le même , ces paiemens seront à sa charge , sauf à se faire rembourser par le gonfalonier, s'il en a expédié le mandat. Pour la révision des comptes du gonfalonier et du percepteur, le conseil, avec 1 intervention des députés ecclésiastiques, lesquels y sont intéressés, attendu qu'ils sont aussi assujétis à l'impôt, nommera deux de ses membres, chargés de réviser les comptes susdits, et de donner au conseil, dans l'espace de quinze jours, leur avis sur tontes les parties qui les composent. Le délégué remettra les comptes rendus par le gonfalonier e t le percepteur à la congrégation du bon gouvernement , Par laquelle ils devront être définitivement approuvés. 1 /5. Outre les assemblées ordinaires qui doivent avoir lieu tous les deux ans, pour l'élection des employés ou leur confirmation , celles pour la formation du tableau de prévention , qui doivent avoir lieu tous les ans, avant le id d'août, et celles pour la reddition fies comptes qui doivent avoir lieu dans le mois de février de chaque année, le conseil devra s'assembler toutes les fois qu'il en recevra l'ordre du délégué ou des administrations supérieures de ilome. 176. Les conseils des communes ne pourront délibérer, 27 tome iy.


418 CONSTITUTION s'il n'y a au moins un tiers des conseillers actifs, le gonfalonier, les deux anziani et le gouverneur, lequel présidera le conseil pour Je maintien du bon ordre et de la discipline. Le gonlalonier pourra, en cas de maladie ou d'empêchement légitime , déléguer un des anziani. Le gouverneur pourra , dans les cas susdits, choisir une personne de probité pour le représenter. 177. Aucun acte consulaire ne pourra avoir son exécution si sa validité et sa régularité n'ont pas été reconnues par le délégué ; et s'il n'a été approuvé par le délégué susdit , ou par la congrégation du bon gouvernement, ou des autres administrations supérieures de Rome, suivant les attributions et les cas respectifs, voulant laisser toujours en vigueur les dispositions contenues dans les articles i65, 166 et 167. 178. Dans l'administration des communes , 011 suivra les règles établies par les constitutions apostoliques , et les réglemens adoptés par la congrégation du bon gouvernement, pour les fermes des impositions et des autres revenus communaux, et pour tous les actes qui seront faits par les communes avec les modifications suivantes. 17g. A l'imitation de ce qui a été prescrit dans l'édit, fait de notre propre volonté , le 14 juillet 1800 , pour les ventes des biens communaux, ies enchères auxquelles seront vendus les biens se feront par l'extinction de la chandelle, et elles auront lieu trente jours après la publication des affiches de la vente. Ne sont point exclues les offres closes et scellées , lesquelles devront être ouvertes en conseil public , et serviront de base pour établir le premier prix de l'enchère. Après l'adjudication il y aura un délai de dix jours, pendant lequel aura lieu l'offre du vingtième ; et après ce délai il y en aura un autre semblable , pendant lequel aura lieu l'offre du sixième. Ces délais expirés on reviendra à la stipulation de l'acte au profit du plus offrant, après quoi aucune offre ne sera acceptée , et le dernier enchérisseur aura la paisible jouissance de l'effet mis à l'enchère. 180. Les taxes qu'on pourra lever pour subvenir aux besoins des communes, seront, par la connexitéde la matière, spécifiées dans l'article 2i3 du titre YI, qui traite de l'organisation des impôts. i8r. Les gouverneurs devront intervenir aux conseils et y voter. Cependant ceux des lieux de juridiction baronnale


DES ÉTATS ROMAINS. UIQ n'auront pas voix toutes les fois que les barons auront un intérêt dans l'affaire mise en discussion. 182. Les gouverneurs , quoique investis des attributions ci-dessus spécifiées, ne pourront s'immiscer dans la discussion des affaires de l'administration communale, et leur présidence est bornée au maintien de l'ordre et de là tranquillité de l'assemblée; à être les intermédiaires pour la correspondance de la magistrature et les autorités supérieures ; enfin , à veiller à ce que les ordres supérieurs aient leur exécution» i85. Dans tous les pays et communes de l'état où il y a des barons, sont et demeurent Supprimés et abolis, tous les droits tendant à obliger les vassaux à fournir quelqiie service personnel ; tous les droits de succession héréditaire réservée au profit desdits barons, quelle que soit sa dénomination ; tout droit d'exemption de payer les impôts communaux dus par lesdits barons, leurs agens , fermiers j colons et autres ayant cause d'eux ; tout droit d'exiger 1 impôt que les barons peuvent prétendre ; tout droit de privative des fours , des abattoirs, ou autres revenus semblables, sauf le cas où les communes voudraient faire usage de la faculté qui leur a été accordée, de renouveler pour un an cette privative , auquel cas les barons pourront la reprendre pour le même espace de temps. Enfin , toutes les régalies partout où elles existeront, et quel qu'en soit le titre et l'usage, sont abolies, sans que les barons puissent prétendre la inoindre indemnité à cet égard. 184. Sont pareillement supprimés et abolis tous droits de chasse et de pêche dans les fonds d autrui > et même dans ceux dont on a la propriété, triais qui n'ont point de clôture; comme aussi toiiS les privilèges et les privatiVeS des carrières et mines dans les terres dauthii , lôrèdu'ôn né peut montrer une concession spéciale et spécifiée dû souverain. On n aura aucun égard aux expressions générales apposées dans les investitures ou autres titres de cette naTui-ë, ni aux usages d un temps quelconque. 185. Les droits de pâturage , de coupe de bois et autres , comme aussi la privative d'avoir des moulihS à blé, où autres édifices semblables, et eh génétal toùs les droits royaux, dont la jouissance peut être commune à (l'dlitrCS personnes , indépendamment de la qualité de baron, sêfont considérés

27.


C OTVST l TtJT TON

propriétés aîlodiaies, et conservés aux barons suivant les dispositions du droit commun. 186'. Dans tous les cas non prévus parla présente loi, sont conservés, à l'égard de l'administration communale, les lois et réglemens de la consulte, et de la congrégation du bon gouvernement, actuellement en vigueur, lesquels seront communs à tous les pays de l'état, à quelques exceptions près qu'on y a faites. 187, A l'égard de la ville de Rome, les droits du sénat, des conservateurs et du peuple romain , sont maintenus dans leur éclat et leur intégrité. A l'égard de la ville de Bologne , on pourvoira par un bref particulier à ses remontrances. 188. Une personne instruite sera envoyée dans les provinces des marches et dans les légations , afin d'y établir, avec ses subordonnés, les comptes, les registres, la forme des tableaux , et tout ce qui sera nécessaire pour fixer une uniformité dans la tenue des livres et des autres pièces relatives à l'administration, TITRE VI.

Organisation des impôts et des autres objets relatifs à la finance. 19t. Pour coordonner tout système administratif, et notamment celui des contributions , avec la plus grande uniformité possible , de manière qu'aucun de nos sujets ne paie plus qu'un autre ; et voulant encore que toute erreur d'arpentage et d'évaluation soit corrigée, nous ordonnons qu'avec la plus grande célérité soient formés les cadastres d'arpentage et d'évaluation , de manière que le recensement des fonds ruraux soit partout uniforme, eu égard à la nature du terrain , à sa position et à ses produits, comme aussi aux différentes espèces de culture , aux événemens désastreux, et à toutes les autres chances auxquelles pourront être sujets les terrains susdits , afin que le x-ecensement puisse repi^ésenter partout la valeur réelle et intrinsèque des terres. A cet effet, on nomme dès à présent une congrégation particulière, qui portera le nom de congrégation des cadastres, à laquelle on donnera les instructions nécessaires pour l'exécution de cette importante opération ; et comme elle


4^ r DES ÉTATS ROMAINS. ne peut se faire dans un si court espace de temps, les possesseurs sont assures, que dans le plus court délai possible, le travail de l'évaluation générale des terres sera terminé. Celte congrégation est en outre chargée de réviser et de corriger où il y en a, ou de former où il n'y en a pas les recensemens des maisons , en observant les réglemens prescrits par- notre édit de propre volonté, du ig mars 1801, et par les autres successifs. 192. La-taxe sur les propriétés urbaines, qui forme l'autre partie de l'imposition foncière, connue sous le nom de dativa reale, sera perçue en raison de trois paoh pour 100 écus d'évaluation; l'évaluation sera formée d'après les locations actuelles, ou à suivre sur la base d'un capital produisant le revenu de huit pour cent. Sont exceptées de la taxe, les maisons dont le produit annuel est au-dessous de 02 écus, les ateliers, les hôpitaux, les couvens, et les maisons destinées à des œuvres pieuses. 19O. Ayant en outre considéré que dans les pays qui contiennent une petite population, l'exaction de cette taxe pourrait être difficile, et même onéreuse, par conséquent sont exemptés du paiement de la même les pays dont la population est seulement de mille âmes ou au-dessous. 194- La taxe personnelle qu'on payait dans les légations anciennes, dans les marches, dans le duché de Camermo, et dans une partie de l'état d'Urbina, est supprimée. 1 <j5. Les taxes connues dans les provinces susdites, sous le nom de taxes sur les arts., sur le commerce, sur les professions libérales sont supprimées. *96. La taxe sur les échanges à Rome et dans tous les états romains, est pareillement supprimée. 1 97- Est maintenue l'exemption du paiement des contributions indirectes que la ville de Rome payait, accordée par la notification (Je la secrétairerie d'état, du 51 niai 1S14» pour les objets d'introduction y spécifiés. L imposition sur le bois à brûler est réduite à la moitié, comme aussi celle qu'on perçoit sur le charbon. Enfin la taxe de trois quattrini, qu'on payait pour chaque canna-, sur les terrains riverains du Tibre , occupés par des particuliers, est supprimée. 198. La taxe des lettres, que l'administration des postes perçoit, sera diminuée suivant le tarif qui sera publié».


4a2 CONSTITUTION 199. L'impôt connu sous le nom d'imposition sur la consommation, dans les provinces de la marche, du duché de Cainerino , et de la partie de l'état d'Lrbino qui vient de nous être rendue, est supprimé. La taxe connue sous le nom d'impôt sur la farine, et qui est actuellement en vigueur dans tous les pays de l'état qui nous ont été restitués depuis long-temps , et suivant laquelle on payait soixante-seize bajocchi et quatre quattrinipar rubbio , est substituée, dans les provinces susdites , à l'impôt sur la consommation , qu'on vient de supprimer. 200. Les provinces de Bologne, de Ferrare et de la Romagne, n'étant pas obligées de payer la taxe sur la farine , continueront à payer l'impôt sur la consommation des comestibles, en la quantité et en la manière quelles paient actuellement. 201. L'impôt du timbre sur le papier est établi dans tous les états romains, par un règlement uniforme. Il y aura une diminution de ce qu'on payait sous les gouvernemens qui viennent de cesser. Ce règlement, qui sera publié par notre ordre, par monseigneur trésorier général , déterminera le filigrane et les timbres du papier; les différentes dimensions du même et les prix correspondais; la manière dont seront timbrés les écrits, sous seing privé, faits avant la publication de la présente loi, dans les temps où cet impôt n'existait point; la manière de timbrer à l'extraordinaire les écrits qui seront laits à l'avenir sur papier libre; et généralement tout ce qui regarde l'organisation , 1 administration et la direction de l'impôt, dans les formes les plus simples et les plus régulières. 202. L'impôt connu sous le nom de droit d'enregistrement est mis en activité dans tous les pays de l'état. Le droit fixe sera perçu partout au même taux qu'on payait sous le gouvernement qui a cessé. Le droit proportionnel sera diminué , et plusieurs actes seront exempts du paiement, conformément à ce qui est ordonné dans l'article suivant. 203. Afin que cet impôt apporte un véritable avantage au public, il est ordonné que les actes qui renferment des conventions, ou autres affaires perpétuelles, ou d'une longue du ree de temps, seront enregistrés, non par une simple désignation des mêmes, mais en déposant aux archives de l'enregistrement un double de ces actes , ou des écrits sous


TES ÉTATS ROMAINS.

seing privé, qui sont sujets à l'enregistrement; et ce, afin que le système de l'enregistrement puisse réunir tous les avantages que produisait celui de X arùhiviation, établi par S. S. Urbain "VIII, savoir, de fournir les moyens de garantir la bonne foi et la légitimité des contrats , d'eu assurer la conservation, et d'empêcher qu'ils soient égarés, soustraits ou recélés. 204. Pour que le système de l'enregistrement ainsi combiné avec celui de Xarchiviation ait son plein effet, on déclare qu'aucun acte ou écriture sous seing privé ne pourra être présenté devant les tribunaux , ou même extrajudiciairenient, sans avoir été au préalable enregistré et qu'on ait fait résulter de cette formalité et du paiement du droit, qui doit être mis en bas des actes et des écrits, suivant les formes ci-après déterminées. Sauf les cas mentionnés dans les réglemens , aucun écrit public ou privé ne pourra avoir de date certaine , que du jour de l'enregistrement ou de l'archiviation, O11 ne pourra faire aucune transcription , ni prendre aucune inscription aux bureaux de Xintcivolation des hypothèques , saut avec des actes, ou écrits sous seing privé qui soient enregistrés. 205. Le règlement susdit, qui sera publié par monseigneur le trésorier général, déclare les actes sujets à l'enregistrement et à Xarchiviation ; indique les cas où est nécessaire la formalité de l'enregistrement, pour que les actes acquièrent une date certaine; établit la taxe des droits à payer suivant leur nature , leur qualité et leur valeur ; prescrit les endroits où seront établis les bureaux et les archives, comme aussi leseniployés préposés à la garde des actes et à la perception des droits ; et enfin les formalités à remplir pour t{ue les actes soient conservés, et qu on puisse les trouver et en communiquer le contenu ; éliminant toutes les mesures vexatoires et de rigueur, qui, sans porter des avantages au public, lui rendraient onéreux le système de l'enregistrement. 20O. Les actes judiciaires devront aussi être enregistrés , et paieront les droits fixés par le règlement susdit ; mais ce ne sera que pour les actes introductifs de l'instance ou des exceptions, et pour les décrets et lesjugemens définitifs, les ajournemens particuliers et les commissions en signature ,


CONSTITUTION 4^4 et ce , soit qu'ils soient agités devant le tribunal civil, soit devant les juges ecclésiastiques. 207. L'administration de Xarchiviation percevra aussi les droits de succession établis par notre décret de propre volonté , do 19 mars 1801. Ce droit sera perçu suivant les règles spécifiées par cette loi. Les effets d'habillement, les meubles , les épargnes , le mobilier, les comestibles destinés à l'usage de la personne et de la famille , sont exempts du paiement du droit de succession. 208. Le système hypothécaire connu et mis en activité dans les états romains , sous le nom d'intavolation , qui a été provisoirement conservé après la cessation du gouvernement passé, est maintenu dans toute l'étendue des états ecclésiastiques. 209. II y aura des réglemens qui détermineront toute l'étendue des privilèges et des hypothèques , la manière de les contracter , de les conserver et d'en exercer les droits. Seront aussi déterminés les bureaux pour la conservation des hypothèques ; seront fixés les droits à percevoir , les appointemens des conservateurs , et enfin tout ce qui aura rapport à l'administration. 210. Les droits de douane qu'on paie à la sortie de 1 état ou à l'entrée , pour l'exportation ou l'importation des marchandises , seront pour le moment les mêmes dans tous les états romains , suivant le tarif publié par monseigneur le trésorier général , et suivant les autres qu'on pourra publier à l'avenir. Le trésorier susdit formera aussi des réglemens d'après les bases établies lors de l'établissement des douanes, pour donner aux mêmes toute la régularité possible sur toute la ligne frontière, et ordonnera toutes les mesures de précaution qu'il jugera nécessaires. 211. Le prix du sel dans tous les états romains , est fixé , à compter du 1er septembre prochain, à douze quattrini dansles magasins qui sont aux frontières, et à treize quattrini dans les magasins de l'intérieur. 212. A l'égard de l'administration de la régie des tabacs , elle fixera aux mêmes un prix uniforme pour tous les états et clésiastiques. ai5. Comme tous les soins du gouvernement sent di-


425 DES ÉTATS ROMAINS. ïigés vers le maintien d'une juste balance, entre la recette etla dépense, par conséquent monseigneur le trésorier sera obligé de présenter , tous les ans , au premier de novembre , en commençant par cette année , un tableau de prévention (le budjet) , lequel fournira toujours les données nécessaires pour asseoir l'impôt, le conserver tel qu'il est à présent , ou l'augmenter en cas de déficit occasionné par la répartition de la dette du mont de piété qu'on établit à Milan , ou par d'autres dettes qui viendraient à être mises h la charge du gouvernement, ou bien de diminuer les impositions ou les supprimer, si toutefois ces charges venaient à cesser , ou que l'état prospère de la finance pût le permettre. 214. Seront nommés deux commissaires spéciaux de la chambre apostolique, dont un sera placé h Ferrare et l'autre à Ancône. lisseront tous les deuxdépendans de monseigneur le trésorier général , et ils auront l'inspection de tout ce qui a rapport à la finance ; le premier dans les trois délégations de Ferrare , Bologne et Ravenne ; le second , dans les délégations de Forli, Urbino , Pesaro , Ancône, Macerata , Fermo , Ascoli et Camerino. 215. Les contributions imposées pour les besoins des communes seront séparées , autant que possible, de celles qui appartiennent au trésor de la chambre. A cet effet , dans les provinces où les impositions sur la consommation ne sont point perçues au profit du trésor, on pourvoira aux besoins des communes : i° avec les fruits et revenus des fonds ruraux et des maisons qui sont conservés aux mêmes , savoir, les ateliers , le prix des baux des places et marchés , des endroits contigus aux remparts , des droits de chasse et de pêche , des bacs , des concessions d'eaux , des carrières , des locations de la feuille de mûriers , des droits sur les poids et mesures , des dommages , des offices de gardien , des dépôts de gages, des greffes, et d'autres qui seront conciiiables avec ia législation en vigueur: 2°avec D , les droits 1 sur la consommation , excepté celui delà farine; 5° avec un droit sur les feux : autant il est difficile d'asseoir ce droit dans tonte 1 étendue de l'état, autant il est facile de le combiner avec les besoins d'une commune dont la population est petite. Enfin, avec les droits sur les bestiaux , pourvu que la perception n'en soit pas difficile, n


4a6 CONSTITUTION Dans les trois provinces de Bologne, Ferrare et Romagne, qui ne paient point le droit de consommation sur la farine, mais où sont conservés les autres droits sur la consommation , les communes pourront ajouter à ces impositions une surcharge pour subvenir à leurs besoins, et lorsqu'elles ne pourront y faire face par les moyens spécifiés dans l'article précédent, les communes pourront imposer une somme additionnelle, au plus petit taux possible , sur la contribution foncière qui aura son effet, toutes les fois qu'elle aura été reconnue nécessaire et indispensable, et comme telle aura été approuvée parla congrégation du bon gouvernement. 216. Est maintenu et prorogé à toutes les provinces de l'état, le système des administrateurs de la chambre, pour la perception de la contribution foncière, et de toutes les autres dont on jugera à propos de leur confier l'administration. 217. Les communes sont exemptées cle toute responsabilité pour le paiemement de la contribution , dite dativa réale (taxe sur les revenus des rentes perpétuelles ); et l'administrateur de la chambre pourixi députer les percepteurs de cette taxe, et leur accorder les bénéfices d'amende, et toutes autres conditions qui seront convenues entre lui et les percepteurs, en conformité des dispositions contenues dans le motu, proprio du 2 août 1814. Chaque administrateur aura la faculté d'assigner à chaque percepteur le nombre de communes qu'il jugera à propos; mais il sera obligé de présenter au délégué, pour en obtenir l'approbation , l'état des percepteurs nommés par lui. 218. On publiera par la suite les réglemens nécessaires pour le maintien, la réparation et la garde des chemins publics. On connaîtra alors les dispositions qui auront été faites pour les frais des grandes routes qui doivent être à la charge du trésor, comme aussi tous les réglemens concernant la juridiction et l'administration, soit de ces routes, soit des chemins qui donnent la communication d'une province ou d'une commune à l'autre, voulant donner sur cet objet important tous les réglemens les plus précis et les plus conformes à la commodité du public, et les meilleurs pour obtenir et faciliter la communication d'un pays à l'autre, soit dans l'intérieur de nos états, soit à l'étranger. Jusqu'à


A9 7 DES ÉTATS ROMAINS. la publication de cesréglemens on continuera à suivre les lois existantes sur la matière. 219. Il sera fait un règlement particulier pour établir la manière de procéder par-devant le tribunal de la chambre à la révision des comptes, que les fermiers, les administrateurs simples ou intéressés et toute autre personne ou corps auront à rendre au trésor. 220. Afin de terminer tous les différends élevés ou à s'élever , pour fixer la quotité due au prorata du bénéfice qu'en reçoivent les contribuables de la dativa reale ou soit de l'imposition sur le revenu des rentes perpétuelles et seules rentes emphythéotiques, que les créanciers des susdites et les seigneurs directs perçoivent de leurs capitaux originaires, et attendu la difficulté d'établir des règles de proportion variables, tout bien considéré , nous avons ordonné ce qui suit. 221. Jusqu'à la formation des nouveaux cadastres , l'impôt de la dativa reale sur les biens ruraux, est fixé au dixième du revenu annuel des rentes perpétuelles, des fruits compensatifs et des rentes emphythéotiques, pourvu, à l'égard de ces dernières, que la valeur de la nue propriété ne soit pas imposée séparément de celle de la jouissance, dans lequel cas la dativa reale continuera à être payée par le seigneur direct et par celui qui en a la jouissance, chacun suivant le taux auquel ils ont été imp ses. 222. Pour les maisons , l'impôt susdit est fixé au vingtième au lieu du trentième du revenu annuel des rentes et fruits susdits. 225. Sont confirmées, et en cas de besoin sont renouvelées toutes les dispositions relatives à ceux qui se sont engagés à payer les charges et les autres objets mentionnés dans la notification publiée au nom de la congrégation économique, du i3 mai i8o3, par le cardinal Borgia , par celle du 2r juin 1806, par le cardinal Doria Pamphili, et par celle du 14 octobre, même année, par ledit cardinal Doria, à l'exception, quanta cette dernière, que la taxe sur les maisons sera perçue au taux du vingtième au lieu du trentième. •224. Dans les provinces recouvrées par nous lorsque nous sommes entrés dans nos états, (es dispositions susdites sont exécutoires à dater de ladite époque. Dans les autres pro-


4a8 CONSTITUTION vinces leur exécution commencera de l'époque oùlegouvernement provisoire a cessé. Jusqu'à ladite époque les procès devront être jugés en conformité de ce qui a été provisoirement établi par lédit de la secrétairerie d'état du 5 juillet 1815. 225. Les ventes des biens domaniaux , faites par le gouvernement qui a cessé, suivant les lois alors en vigueur, dans les pays recouvrés lors de notre entrée, et dont le prix a été payé avec des rescriptions en extinction de la dette publique, sont confirmées par les mêmes considérations de tranquillité, d'utilité publique, et les autres mentionnées dans ledit précité du 5 juillet 1815 , par lequel nous avons confimé les ventes desdits biens qui ont eu lieu dans les pays qui nous ont été dernièrement rendus. 226". Au lieu des compensations provisoires que nous avons données jusqu'à ce jour, aux corporations religieuses et aux autres lieux pieux rétablis , qui ont été privés de leurs biens, on y pourvoira définitivement, et de la manière ci-dessous indiquée. 227. Dans les provinces qui nous furent rendues lors de notre entrée, sont exceptées des dispositions contenues dans l'article 225 , les ventes des maisons destinées pour les evêques , ou pour servir de couvens aux religieux et religieuses des différens ordres rétablis, qui ont été rappelées à leur première destination par la notification de la congrégation des évêques et réguliers, du i5 août 1814. 228. En conformité des dispositions souveraines spécifiées dans ladite notification , on pourvoira à l'indemnité due aux acquéreurs desdites maisons, par les moyens et d'après les règles prescrites dans l'article suivant. Une congrégation particulière ad referandum sera établie ; elle sera composée du trésorier général, du secrétaire cle la congrégation des évêques et des réguliers , de deux auditeurs de Rote et d'un membre de la chambre. Elle sera chargée. i° De publier une notification qui fixera un court espace de temps pour recevoir les réclamations générales ou particulières des acquéreurs susmentionnés, passé lequel délai il n'y aura plus lieu à recours. 20 Afin que les acquéreurs dépossédés en vertu de ladite notification du 10 août j8i4 puissent recevoir au plutôt possible leur indemnité, la eongrégiit on susdite donnera.


T)FS ÉTATS ROMAmS.

avec la plus grande célérité , sa déclaration sur le montant de l'indemnité due à chacun des acquéreurs. Pour fixer le montant de cette indemnité , on aura en vue le prix qu'ont été payées les acquisitions, le montant des frais pour les améliorations nécessaires ou avantageuses faites par les acquéreurs , en déduisant cependant le montant des dégradations occasionnées dans ces maisons. Dans l'évaluation du prix des achats, on établira un terme moyen, dont le minimum sera le prix moyen des rescriptions, suivant le cours qu'elles avaient à l'époque de l'acquisition , et le maximum sera leur valeur nominale. La liquidation des améliorations sera faite suivant les règles légales , en fixant leur montant d'après l'évaluation des experts , si elle est égale ou au-dessus de la somme dépensée , ou bien à la somme dépensée lorsqu'elle est audessous de celle portée par l'évaluation des experts. 3° La congrégation susdite sera chargée de faire les recherches nécessaires, et de donner son avis par rapport aux rescriptions données ensuite de la liquidation des LL., des MM; et des autres dettes anciennes de l'état, niais qui , en conformité des reglemens, n'ont pas été employées dans les acquisitions des biens dits nationaux , soient qu'elles soient encore aux mains de ceux qui les ont reçues , soit qu'elles aient été brûlées au terme desdits régie mens. Cette congrégation sera aussi chargée de donner son avis sur l'indemnité à accorder aux acquéreurs, lesquels n'ont pas été mis en possession des biens achetés, attendu qu'ayant seulement payé des à compte , ils n'ont point fait le dépôt du prix restant. 4° Elle devra donner son avis à l'égard des créances provenant des LL., des MM. ou de toute autre cause , dont les propriétaires, pour n'avoir pas présenté en temps utile leurs titres au conseil de liquidation , ont été renvoyés de leurs demandes. 5° Les délibérations de la congrégation seront présentées au cardinal secrétaire d'état, pour être soumises à l'approbation du souverain. 229. Les créances susdites ainsi liquidées feront partie de la dette publique , dont on continuera à parler dans les articles suivans. 25o. Resteront aussi a la charge du trésor, et seront considérées comme faisant partie de la dette publique, les rentes


43o CONSTITUTION perpétuelles et les rentes emphythéotiques imposées Sur les biens qui ont été vendus comme libres par le gouvernement qui a cessé, en extinction des LL., des MM. vacantes, et autres dettes de l'état, pour le montant cependant des biens susdits, et suivant la vérification et la liquidation qui seront faites par monseigneur le trésorier, en conformité de ce qui est ordonné par larticle suivant. 251. Monseigneur le trésorier procédera aussi à la liquidation des restans LL. des MM. qui appartiennent, soit à des particuliers qui n'ont pas présenté leurs titres au conseil de liquidation établi par l'ancien gouvernement, ou qui ont été exclus par leur qualité d'étixingers, soit aux « archevêchés, » abbayes, chapitres ; prélatures, chapelles laïques ou de pa» tronat, bénéfices ecclésiastiques non vacans, lieux pieux, » sous quelque dénomination que ce soit, couvens de reli» gieux de l'un et de l'autre sexe , ordres militaires, et ceux » institués pour cause de béatification et de canonisation. >» 202. Pour conserver une égale proportion à toutes les sommes en principal de la dette publique et avec leurs intérêts, chaque action du 'mont de piété sera évaluée dans la liquidation à ia somme de «5 écus. Une telle réduction nominale est indifférente pour la presque totalité des possesseurs des actions susdites , attendu qu'elles appartiennent à des lieux pieux qui ne peuvent les aliéner; et au contraire j malgré cette apparente réduction , par le montant du revenu qui sera fixé ci-après, les créanciers viendront à recevoir quelque chose en sus des deux cinquièmes qu'ils recevaient avant la dernière invasion , et beaucoup plus qu'ils n'auraient eu s'ils les eussent échangées contre les rescriptions. 255. Pour les motifs sus-énoncés, monseigneur le trésorier, dans la liquidation des rentes mentionnées à l'art. 2.5o, évaluera la somme en principal, non suivant la valeur nominale de son origine; mais l'évaluation sera faite d'après les revenus que percevront les créanciers à l'avenir, en conformité des dispositions contenues dans l'article 255. 254» Seront pareillement liquidés, et feront partie de la dette publique; i° les intérêts des LL. des MM. échus et non payés depuis la restauration du gouvernement, et ceux à échoir pour tout le mois de décembre 1816. On formera de ces intérêts un capital correspondant aux deux cinquièmes des fruits, 20 Les intérêts des rentes perpétuelles et des rentes emphythéotiques dont est mention à l'article »5o,


43i et y coméchus et à échoir depuis la restauration jusque pris le mois de décembre 1816. 5° Les intérêts des sommes en principal auxquelles auront été liquidées les indemnités accordées par l'article 228 aux acquéreurs des biens qui ont été obligés d'en faire la restitution, et ce à compter du jour de ladite restitution. 235. Finalement formeront partie de la dette publique les sommes en principal des compensations annuelles accordées subsidiairement, et qui seront accordées par la suite par monseigneur le trésorier , avec l'approbation du souverain, aux corporations, lieux pieux, et autres établissemens religieux et ecclésiastiques qui ont été rétablis ensuite de la perte de leurs biens-fonds , qui ont été aliénés en extinction des LL. MM. vacantes, et de leurs créances pour les diàmans et l'argenterie dont ils ont été dépossédés. Ces sommes en principal seront formées sur la base d'un revenu de cinq pour cent. 236. La dette publique ainsi consolidée , et lorsque tous les créanciers de l'état auront été liquidés , toutes leurs créances seront portées sur un registre général, et mention y sera faite des charges respectives de chaque créance , et l'on donnera à chacun des créanciers un bulletin ou un certificat signé par monseigneur le trésorier, et enregistré par le directeur de la dette publique. Par conséquent , les vieux bulletins des LL. des MM. et les autres titres seront annullés; les nouveaux bulletins porteront l'inscription suivante: Certificat de capital portant intérêt a charge de la caisse de la dette publique, et porteront dans le corps les désignations cidessus mentionnées. Comme pour accélérer la marche de cette opération , chaque bulletin contiendra en masse les diverses sommes dues à chaque créancier, quoique les motifs et les titres en soient différens, ces bulletins seront en général pour des sommes très-considérables \ mais afin de faciliter le commerce de ces effets, il sera loisible à chaque créancier de demander que ces bulletins soient réduits en autant de coupons qu'il voudra. Les bulletins susdits seront reçus par la chambre et par le trésor, pour garantie des contrats, comme cela se pratiquait auparavant avec les anciens bulletins des LL. des MM. 23^. Les intérêts de tous ces capitaux ainsi liquidés seIVES ÉTATS ROMAINS.


43a CONSTITUTION ront fixés à cinq pour cent par an , à commencer du 1er janvier 1817, et ils seront payés à l'échéance de chaque trimestre. 2.58. En vue des circonstances particulières où se trouvent Bénévent et sa délégation , les impôts actuels y sont maintenus jusqu'à nouvel ordre. Dans tout le reste, Bénévent et les pays de sa juridiction devront se conformer en tout à la présente loi. Dispositions générales. 239. Le gouvernement provisoire cessera ses fonctions le 3i du mois d'août prochain. A dater du 1er septembre suivant, le nouveau système aura sa pleine exécution dans tous les états romains. 240. Dans toutes les affaires pour lesquelles le nouveau système n'a rien statué, sont conservés les lois, les régleniens, les institutions, et généralement tous les droits , les facultés et les attributions qui, en vertu d'un titre légitime, sont en vigueur dans les états de l'église, et qui l'étaient au temps des occupations respectives des étrangers. 241. Quoiqu'en suite des discussions qui ont eu lieu pardevant la congrégation économique, et les considérations qui ont précédé la publication de la présente loi, il soit à présumer qu'il n'y aura point lieu à des changemensde quelque importance, néanmoins, comme parmi le nombre infini d'objets qu'elle a dû embrasser il pourrait se faire que quelqu'un eût échappé, on y fera par la suite les changemens que l'expérience et les lumières acquises pourront suggérer comme étant plus conformes à l'utilité publique; niais en attendant on obtempérera à ce qui vient d'être ordonné. 242. Tout ce qui a rapport à la sûreté publique et aux mœurs , formera l'objet de régiemens particuliers et des instructions à la police. 245. Outre les troupes de ligne et la garde nationale qu'on organise à présent, il y aura dans la capitale et dans les provinces une garde de police chargée du maintien de la justice civile et criminelle. 244- Il y aura aussi des régiemens pour les notaires, les agens de change et les autres personnes chargées du dépôt délicat de la foi publique, et pour les avoués et défenseurs, afin qu ils ne dépassent point les limites de leur honorable


t>F!S ETATS ROMAINS» m ministère, et qu'ils s'abstiennent de la chicane et de la ter-* gi versa tion dans les procès. 245. Il sera publié un règlement pour les eaux dans les trois provinces de Bologne , de Ferrare et de la Roniagne, soit par rapport à la juridiction qui pourra être nécessaire , soit par rapport à la direction des entreprises qui y auront lieu pour les réparations et autres ouvrages, soit enfin par rapport à l'intérêt des usagers, voulant prendre en considération le bien général des provinces susdites.

246. Il y aura une caisse d'amortissement, à laquelle seront alloués des fonds spéciaux pour éteindre graduellement la dette publique» On désignera en son temps les fonds qu'on mettra à sa disposition , et l'on publiera les réglemens suivant lesquels seront amorties les créances, et suivant lesquels l'administration particulière qui sera nommée, devra se conduire.

247- Tandis qu'on établit un système pour les différentes administrations, on s'occupera aussi de l'instruction delà jeunesse , principal objet d'un bon gouvernement» Ou fera bientôt des lois et des réglemens pour tout l'état, afin d'établir un système d'instruction publique sur la religion, sur la morale et sur les sciences. 248. Dans le même temps , on ajoutera de nouveaux réglemens pour favoriser de plus en plus les arts libéraux, surtout à Rome , où il paraît qu'ils ont leur siège , et pour encourager l'industrie dans toutes ses ramifications , d'agriculture, des manufactures et du commerce, par lesquelles la richesse des nations et le bonheur public se soutiennent et s'augmentent»

Nous voulons et décrétons que la présente loi, faite de otre propre volonté, et tout ce qui vient d'y être ordonné et prescrit, soit inviolablement observé dans tous pos états, sans que personne , même privilégiée, puisse dans aucun temps y contrevenir sous quelque prétexte que ce soit, même de droit acquis, et nonobstant toute loi, statut, constitution ou usages contraires , auxquels nous dérogeons par ses présentes. Fait au Quirinal. aujourd'hui 6 juillet 1816. n

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Signé Pius P. P. VII.

tome IV.

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434

CONSTITUTION

ROYAUME DE NAPLES. CONSTITUTION DU

ROYAUME DE NAPLES. STATUT CONSTITUTIONNEL. Du 20 juin 1808. TITRE PREMIER.

De la Religion. LA religion catholique, apostolique et romaine est la religion de letat.

TITRE II. >

De la Couronne. La couronne de Napïes sera dance directe et légitime, de primogéniture.

héréditaire dans la descenmâle en mâle, par ordre de

TITRE

III.

De la Régence. Art. I *. Le roi est mineur jusqu'à l'âge de dix-huit ans accomplie. 2. En cas de minorité, la régence appartient de droit à la reine, et à son défaut, au prince de la famille royale , qui sera choisi, par l'empereur des Français, comme chef suprême de la famille impériale; et à défaut de prince de la famille royale , le choix devra tomber sur des nationaux. e


DU ROYAUME DE NAPLES. 435 3. Le traitement de la régente est fixé au quart de la dot de la couronne. 4. La tutelle du roi mineur appartient à sa mère , et à son défaut, au prince nommé par le prédécesseur du roi mineur.

TITRE IV.

Dotation de la Famille royale et de la Couronne. Art. 1er. Le fils premier né du roi prend le tritre de prince royal. 2. Les membres de la famille royale sont personnellement assujétis aux statuts de la famille impériale.

3. La dot de la couronne est composée : i° des revenus des domaines royaux considérés dans l'état où ils se trouvent présentement; a0 d'une somme annuelle d'un million trois cent vingt mille ducats , qui seront versés par douzième, de mois en mois, par le trésor public dans le trésor royal. 4. Le douaire de la reine est fixé à 120,000 ducats par an. 5. Les enfans du roi qui ont atteint la majorité de dixliuit ans, jouiront, à titre d'apanage, d'une somme annuelle, savoir : le prince royal, de 100,000 ducats ; les autres princes ses frères, de 60,000; les princesses ses sœurs , de 5o,ooo ducats. 6. La dot d'une princesse mariée est fixée à 120,000 ducats, une fois pour toutes. TITRE V.

Des Officiers de la Couronne. Art. Les grands officiers de la couronne sont : un grand aumônier, un grand chambellan, un grand maréchal, un grand écuyer, un grand veneur, un grand maître de cérémonies. Leurs charges sont à vie. 2. Les chambellans , les écuyers et les préfets du palais sont officiers de la couronne. o. L'état entretient, pour la garde du roi, un corps de . 4>ooo hommes, 28.


436

CONSTITUTION TITRE YI.

Du Ministère. Art. Ie*. Il y a sept ministres : un ministre de la justice et du culte , Un ministre des affaires étrangères, un ministre de l'intérieur, un ministre des finances, un ministre de la guerre et de la marine, un ministre de la police générale. 2. Un secrétaire d'état, avec rang de ministre, contresignera tous les actes. 3. Les ministres sont responsables, chacun dans sa partie , de l'observation des lois et de l'exécution des ordres du roi. TITRE VII.

Du Conseil d'Etat. Art. i . 11 y a un conseil d'état composé de vingt-six membres au moins et de trente-six au plus. Il sera divisé en quatre sections, celle de la justice et du culte, celle de l'intérieur et de la police , celle des finances , celle de la guerre et de la marine. ( Les autres dispositions sont semblables à celles adoptées en France. Par l'article 2 , le président de la cour de cassation est membre né du conseil d'état. Par l'article 8, les actes du roi relatifs aux objets réservés au parlement national, ont force de loi jusqu'à la première assemblée du parlement dès qu'ils ont été discutés dans le conseil d'état. ) ct

TITRE VIII.

Du Parlement, national. Art. ier. H y a un parlement national composé de cent membres, et divisé en cinq classes ou bancs (sedili); savoir: le banc du clergé , le banc de la noblesse, le banc despossidenti, le banc des dotti, le banc des commercianti. Le banc du clergé sera à la droite du trône; celui de la noblesse à la gauche; les autres en face. 2. Le banc du clergé sera composé de vingt archevêques , évêques et autres ecclésiastiques distingués par leur piété et leurs talens.


DU ROYAUME DE WAPLES. tel 3. Le banc de la noblesse sera composé de vingt personnes titrées. 4. Le banc des possidenti sera composé de vingt propriétaires. Celui des dotti sera composé de membres de l'uni versité et des tribunaux et d'hommes distingués par leur mérite , soit dans les sciences, soit dans les beaux-arts, et formant en tout le nombre de vingt. Celui des commercianti sera de vingt membres, pns parmi les négocians et marchands. 5. Les archevêques, évêques et antres ecclésiastiques qui formeront le banc du clergé, seront admis au rang de membres du parlement national au moyen d'une lettre-patente revêtue du sceau de l'état. Leur nomination est à vie. Ils ne peuvent être privés de l'exercice de leurs fonctions que par l'effet d'un jugement du tribunal compétent, rendu en forme authentique. 6. Les nobles, pour être membres du parlement, doivent avoir au moins 10,000 ducats de rente. Leur titre de membre du parlement est une lettre-patente revêtue du sceau de l'état : ils sont aussi nommés à vie. 7. Les propriétaires sont élus par les collèges électoraux. 8. Il y aura un collège de propriétaires par chaque district dont la population s élèvera à deux cent mille liabitans au moins , et trois cent mille au plus. 9. Les membres de ce collège seront choisis parmi les deux cents propriétaires les plus imposés du district, et nommés à vie. 10. Les propriétaires, membres du parlement seront réélus à chaque session. 11. Les membres du banc des dotti seront nommés à vie par le roi, sur une liste tripie de sujets, qui lui sera présentée par les académies, l'université, la cour de cassation et les tribunaux d'appel. 1 Les membres du banc des commercianti seront nommes par le roi, sur les listes dindividus présentées par les collèges des commercianti. 10. Il y aura un collège de commercianti à Naples, et un dans chacune des principales villes du royaume. Les élections se feront au scrutin à la pluralité des voix. Les membres du banc des commercianti seront réélus à chaque session. *4- Le parlement national se réunit sur une convocation


CONSTITUTION 438 du roi. Il ne peut être prorogé ou dissous que par un ordre du roi. Il se réunira au moins une fois tous les trois ans. Le président du parlement est nommé par le roi. Les séances du parlement sont secrètes. Les opinions ou délibérations ne doivent être ni imprimées ni divulguées. Toute communication ou publication qui en serait faite par le parlement ou par un de ses membres, sera considérée comme un acte de rébellion. Les répartitions des contributions, les changemens importans à faire au code civil, au code pénal, au système d'imposition on au système monétaire, devront être soumis aux délibérations du parlement. TITRE IX.

De l'Ordre judiciaire. La justice est rendue au nom du roi par les cours et tribunaux qu'il institue. Il y a des juges de paix qui forment un tribunal de conciliation, des magistrats de sûreté, des tribunaux de première instance , d'appel, et une cour de cassation pour tout le royaume. Le roi seul a le droit de faire grâce. Dispositions Générales. Touthomme né sur le territoire du royaume, est citoyen» Seront admis à jouir des droits de citoyen les étrangers qui ont rendu ou rendront des services importans à l'état , qui y apporteront des talens ou des inventions utiles, qui y formeront des grands établissemens ou qui acquerront des propriétés, de manière à payer au moins cent ducats d'imposition. Nul ne pourra remplir des emplois civils , s'il n'est né au sein du royaume ou s'il n'a acquis le droit de citoyen, conformément à 1 article ci-dessus. La dette de l'état est garantie. Les rentes et dettes d'amortissement sont inviolables. La dette publique consolidée est reconnue. Le trésor public est distinct et séparé du trésor de la couronne. Le directeur du trésor public est nommé par le roi. Il


DU ROYAUME DE NAPLES.

43()

jure entre ses mains de rie souffrir aucune distraction des deniers publics , et de n'autoriser aucun paiement qui ne soit conforme aux crédits ouverts pour les diverses dépenses de l'état. Tout ce qui est relatif à l'administration de la Sicile sera réglé par un statut particulier.

PROCLAMATION. Bayonna

JOSEPH-NAPOLÉON

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la a3 juin 1808 .

, roi de Naples et de Sicile.

Peuples du royaume de Naples La Providence, dont les desseins nous sont inconnus, nous ayant appelé au trône des Espagnes et des Indes , nous nous sommes vu dans la cruelle nécessité de nous éloigner d'un peuple que nous avions tant de raisons de chérir, et dont le bonheur était notre plus douce espérance et l'unique but de notre ambition. Celui qui seul lit dans le cœur des hommes , peut seul juger de la sincérité de nos sentimens , malgré lesquels nous avons cédé à d'autres impulsions, et avons accepté un nouveau royaume dont le gouvernement nous est transmis en vertu de la cession qui nous a été faite des droits acquis sur la couronne d'Espagne par notre auguste frère S. M. l'empereur des Français et roi d'Italie. Dans cette circonstance solennelle, considérant que ce sont les institutions seules qui demeurent, nous avons vu avec peine que votre organisation sociale n'était pas encore achevée, et nous avons pensé que plus nous nous éloignions de vous, plus nous devions assurer et garantir , par tous les moyens qui sont en notre pouvoir, votre félicité présente fct future. En conséquence, nous avons mis la dernière main à notre œuvre, et avons terminé le statut constitutionnel du royaume d'après des bases déjà établies en partie, et plus conformes au temps où nous vivons, à la situation réciproque des nations voisines , et au caractère de la nation que nous nous sommes appliqué à connaître particulièrement, dès que nous avons été appelé à la gouverner. Les vues principales qui nous ont dirigé dans notre travail j sont ; i° la conservation de notre sainte religion ; «° u


CONSTITUTION DU ROYAUME DE NAPLES. l\!\o créationd un trésor public distinct et séparé du patrimoine de la couronne; lacréation d'un corps intermédiaire et d'un parlement national, capable d'éclairer le prince et de lui rendre, ainsi qu'à la nation , de précieux services; 4° une organisation judiciaire qui rendra les jugemens des tribunaux indépendans de la volonté du prince , et tous les citoyens égaux devant la loi ; 5° une administration municipale qui ne sera la propriété de personne, et h laquelle tous pourront être appelés sans distinction ; 6° la conservation des établissemens que nous avions formés pour assurer le paiement des créanciers de l'état. S. M. l'empereur des Français et roi d'Italie, notre auguste frère , ayant bien voulu donner à cet acte sa puissante garantie, nous sommes assuré que nos espérances pour le bien de nos chers peuples du royaume de Naples , reposant sur soi* immense gloire, ne seront point trompées,

Napoléon , par la grâce de Dieu, empereur des Français , roi d'Italie, protecteur de la confédération du Rhin, etc. Notre cher et aimé frère le prince Joseph Napoléon, roi de Naples et de Sicile , ayant soumis à notre approbation le statut constitutionnel qui doit servir de base à la législation politique du royaume des Deux-Siciles, nous avons approuvé et approuvons ledit statut, et en garantissons l'exécution au souverain et au peuple de ces royaumes. Donné en notre palais impérial et royal de Bayonne, le 20 juin 1808, Signé NAPOLÉON,


CONSTITUTION SICILIENNE.

441

CONSTITUTION SICILIENNE. NOTA. NOUS ne rapporterons pas ici le texte même de la constitution sicilienne ; mais un extrait de cette constitution , attribué au comte de Santa-Rosa , et dans lequel il a fait disparaître un grand nombre de répétitions et de détails inutiles. L'auteur a aussi quelquefois suppléé à des lacunes ou éeiairci des points douteux, en recourant à des renseignemens particuliers dont il garantit l'exactitude; nous croyons faire plaisir au public en reproduisant ici le travail d'un homme dont il s'est habitué à respecter le caractère et le talent. Celte constitution , qui avait été élevée sur les ruines de la féodalité , promettait aux Siciliens des jours heureux ; les droits du trône et la liberté des peuples y étaient également respectés , les peuples tirent de son maintien l'objet de leurs plus chères espérances, le trône la renversa et il ne reste en Sicile que la monarchie absolue et la royauté arbitraire dans toute sa difformité. Il en est de même à l'égard du continent; nous avons rapporté l'ancienne constitution du royaume de Naples; elle fut également abolie; la constitution des Cortès d'Espagne la remplaça quelques jours et disparut de même ; nous croyons inutile de transcrire ici cette constitution qu'on peut d'ailleurs consulter à l'article consacré à l'Espagne au tome V.

TITRE PREMIER. "...

"

DU POUVOIR LÉGISLATIF. "

J)u Parlement. Art. i . Le parlement but les lois, les interprète, les modifie, les abroge, mais ses actes sont soumis à la sanction royale. a. Le roi est tenu d'accorder ou de refuser sa sanction Er


CONSTITUTION 44* aux actes du parlement, avant de le proroger ou de le dissoudre. Il ne peut les modifier. 3. Le roi promulgue les lois. Le parlement établit annuellement l'impôt, le roi le sanctionne. 5. La suppression d'une ancienne, la création d'une nouvelle magistrature sont considérées comme des actes législatifs , et ne peuvent avoir lieu que par un décret du parlement sanctionné par le roi. fi. Le parlement doit, dans la première session de chaque règne, rechercher soigneusement les abus qui se seraient introduits dans l'exécution des lois constitutionnelles pendant le règne précédent. Il réforme ces abus, ou en provoque la réformation. 7. Le roi convoque , proroge et dissout le parlement. Il n'use de ce droit qu'après avoir pris l'avis de son conseil privé. 8. Le roi est tenu de convoquer le parlement tous les ans. 9. Si le roi dissout le parlement, il est tenu de convoquer sur-le-champ les assemblées électorales , et celles-ei devront élire les députés de la chambre des communes dans le terme de quarante jours. 10. Le roi fait l'ouverture du parlement en personne, ou délègue à cet effet un des pairs du royaume. 11. Si le roi fait l'ouverture du parlement en personne, il se rend dans la chambre des pairs, se place sur son trône, et prononce ou fait lire un discours. Aucun des membres du parlement ne peut y répondre. Dans cette cérémonie, les princes de la famille royale et les pairs ecclésiastiques se placent à la droite du trône ; les pairs séculiers à sa gauche, les membres de la chambre des communes en face. Les membres du tribunal suprême du royaume assistent à la séance royale. 12. Après le discours du roi, les pairs du royaume et les reprèsentans des communes lui prêtent le sermenfde fidélité. 13. La prorogation et la dissolution du parlement ont lieu avec les mêmes formalités que l'ouverture, à l'exception du. .serment.


443 14. Le parlement est composé de deux chambres, la chambre des pairs et la chambre des communes. 15. La chambre des pairs se compose des barons et des prélats siciliens qui faisaient partie de l'ançien parlement. 16. La dignité des pairs séculiers est inaliénable , perpétuelle et héréditaire. 17. Le roi peut créer de nouveaux pairs parmi les nobles siciliens jouissant d'un revenu net de six mille onces (78,000 francs). 18. Les dignités parlementaires ecclésiastiques sont également perpétuelles et inaliénables. Elles se transmettent de titulaire en titulaire. S'il est érigé de nouveaux évêchés dans le royaume, les nouveaux évêques et leurs successeurs seront pairs ecclésiastiques de plein droit. 19. Les pairs sont égaux en droits. 20. Ils sont conseillers héréditaires de la couronne. 21. Ils siègent dans la chambre selon l'ordre d'ancienneté de leur pairie. 22. Le président de la chambre des pairs est choisi par le roi et pour chaque parlement, parmi les membres de la chambre. 26. La chambre des pairs ne peut délibérer s'il ne s'y trouve au moins trente membres présens. 24- Les pairs séculiers peuvent constituer leur successeur immédiat pour leur fondé de pouvoir au parlement. Les pairs , tant séculiers qu'ecclésiastiques, peuvent constituer pour leur fondé de pouvoir au parlement un autre pair ; mais aucun pair ne pourra être chargé de plus d'une procuration. 25. Tout pair peut faire insérer dans le journal de la chambre sa protestation motivée contre une décision prise par la chambre tnême. 26. Les pairs , leurs épouses, leurs veuves, tant qu'elles n ont pas contracté de nouveau mariage, et les héritiers de la pairie , sont jugés en matière criminelle par la chambre des pairs. 27. La chambre des communes se compose des représentais des peuples du royaume. 28. Les représentans sont élus pour quatre ans , à partir du jour de leur première convocation. Leurs pouvoirs cessent de plein droit à l'expiration dudit terme. SICILIENNE.


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CONSTITUTION

Si un représentant accepte une des charges ou office, qui, aux termes des dispositions constitutionnelles sur les élections , privent de l'éligibilité , il cesse de droit d'être membre du parlement. 30. Il n'existe aucun droit de préséance entre les membres de la chambre des communes. 51. La chambre des communes élit son président au scrutin secret; mais l'élection est soumise à l'approbation du roi. La chambre y procède le lendemain du jour de l'ouverture du parlement. Elle est présidée dans cette occasion par le protonotaire du royaume. 52. La chambre des communes ne peut délibérer s'il ne s'y trouve au moins soixante membres présens. 55. L'une et l'autre chambre votent par division. Les membres qui approuvent la motion vont se placer à droite; ceux qui la rejettent vont se placer à gauche. 34« Le président ne donne son suffrage qu'en cas d'égalité de voix. 55. Tout membre des deux chambres a le droit de faire une motion. 56. Une proposition de loi doit être présentée par écrit à la chambre. Elle est discutée en trois différentes séances avant d'être mise aux voix. 07. La chambre peut charger une commission, qu'elle choisit dan3 son sein, de l'examen d'une proposition de loi. 58. Dans la chambre des pairs, lorsque la commission chargée de l'examen d'une proposition de loi fait sou rapport à la chambre, le tribunal suprême du royaume peut assister à la séance et se place derrière le fauteuil du président. Il ne peut intervenir dans la discussion , s'il n'est interpellé , et dans ce cas même il a seulement voix consultative. 3q. Quand la chambre se forme en comité secret pour examiner la proposition de loi, le tribunal suprême n'a pas le droit d'y intervenir. 4o. L'une et l'autre chambre ajourne à volonté ses séances, ses discussions et ses délibérations. 4 1. Toute motion votée par l'une des chambres est transmise à l'autre chambre qui doit en délibérer. 29.


SICILIENNE. 445 42. Toute proposition relative à l'impôt doit être faite dans la chambre des communes. La chambre des pairs admet ou rejette la proposition j elle ne peut la modifier. 43. Toute proposition qui concerne les droits de la pairie doit être faite dans la chambre des pairs. La chambre des communes admet ou rejette la proposition , elle ne peut la modifier. 44* Un® chambre ne peut prendre connaissance des affaires débattues dans l'autre chambre. Cependant, si les deux chambres , se trouvant d'accord sur quelques points d'une proposition de loi, diffèrent sur d'autres points, elles nommeront, chacune de leur côté, un certain nombre de commissaires 5 les commissaires des deux chambres se réuniront en conférence pour aviser aux moyens de parvenir à l'uniformité du vote. 45. Une motion rejetée par une chambre ne peut être reproduite que dans la session de l'année suivante. 46- Le roi ne peut prendre connaissance des motions débattues dans les chambres. 47. Lorsqu'une motion admise par les deux chambres est présentée à la sanction du roi, il l'accorde ou la refuse, soit au moyen d'un rescrit, soit de vive voix. Dans le dernier cas, le roi se rend à la chambre des pairs, où les membres de la chambre des communes sont appelés. 48. Aucun juge ni magistrat du royaume ne peut instruire de procédure, prononcer ni exécuter de jugement contre les membres des deux chambres du parlement, ou contre l'une ou l'autre chambre en corps , pour tout ce qui pourrait y avoir été dit, fait, discuté et délibéré. Le juge ou magistrat contrevenant à la défense portée au présent article sera puni d'une amende de mille onces ( ^'jOoo ), de la perte de sa charge ; et de la déportation pour dix années, sans qu'il puisse être reçu à alléguer des ordres ou des commissions du roi pour atténuer sa culpabilité. Le roi ne peut faire grâce de la peine encourue par les-> dits contrevcnans, m même la mitiger. 49. Si un membre de l'une des deux chambres du parlement est accusé, la chambre nomme une commission pour examiner l'accusation et lui en faire un rapport.


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CONSTITUTION

Si 1 accusation est aamise par la chambre, le membre accusé doit se retirer, et il ne peut reprendre sa place au parlement qu'après s'être purgé cle son accusation. 50. Lorsque la chambre des communes a admis une accusation elle en réunit les preuves, et adresse le tout à la chambre des pairs, qui instruit le procès et prononce le jugement. Si l'accusation concerne un délit de malversation, la chambre des communes transmet seulement l'acte d'accusation à la chambre des pairs. 51. L'une et l'autre chambre a le droit de faire arrêter toute personne qui lui fait un outrage., La personne arrêtée doit être consignée sur-le-champ aux tribunaux ordinaires , s'il s'agit d'une affaire qui puisse être instruite judiciairement ; dans les autres cas la personne arrêtée recouvre sa liberté au moment de la dissolution ou de la prorogation du parlement, et par le fait même de cette dissolution ou prorogation. 52. Les membres d'une des chambres du parlement qui troubleraient par leurs excès l'ordre et la décence de l'assemblée seront punis par la censure verbale, la censure par écrit, l'interdiction des séances, et par d'autres peines plus sévères, selon la gravité du cas. 53. Le président de la chambre est chargé d'y maintenir l'ordre et la décence, mais il ne peut infliger de punition sans le consentement de la chambre. 54. Le président est soumis lui-même à la censure de la chambre qui peut, dans les cas graves , le priver de son office, et prononcer son expulsion de la chambre. 55. Il y aura dans la salle des séances de l'une et de l'autre chambre des tribunes pour y recevoir les personnes qui ne sont pas membres du parlement. Elles n'y seront reçues que sur un billet signé par le président ou un membre de la chambre. Chaque membre ne peut donner de billet qu'à une seule personne, le président à deux personnes. 56. Les personnes admises dans les tribunes des chambres du parlement ne peuvent avoir aucune espèce d'armes. II leur est défendu d'applaudir ou de marquer leur désapprobation. 57. Lorsque les chambres se forment en comité secret, les tribunes doivent être évacuées.


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SICILIENNE.

58. Le parlement a line imprimerie dans l'enceinte de son palais. Le directeur de cette imprimerie sera soumis uniquement et immédiatement aux ordres des présidens des deux chambres.

Des Elections. 59. Chacun des vingt-trois districts du royaume nomme deux représentans à la chambre des communes. 60. La ville de Palerme en nomme six; les villes de Messine et Catane chacune trois; chaque ville ou commune de dix-huit mille habitans et au-dessus en nomme deux; chaque ville ou commune de six à dix-huit mille habitans nomme un représentant. 61. L'île de Lipari nomme un représentant. 62. L'université de Palerme nomme deux représentans , celle de Catane en nomme un. 65. La classification des villes et communes parlementaires ne peut recevoir de changement que sur les dénombremens de population approuvés par le parlement. 64. Les représentans des districts, des villes et communes parlementaires, ne reçoivent aucune indemnité. Les représentans des universités peuvent en recevoir sur les fonds de l'établissement, et en vertu d'une délibération du corps universitaire , qui sera soumise à l'approbation du conseil civique. Cette indemnité ne pourra excéder la somme d'une once ( l3 fr. ) par jour. 65. Ne peuvent être nommés représentans les individus qui se trouvent] sous le poids d'une accusation en matière criminelle. 66. Ne peuvent être nommés représentans: i° les présidens et juges des tribunaux, et tout officier de magistrature, autre que la magistrature municipale ; 2 les officiers des ministères et des administrations publiques , autres que les ministres et les chefs d'administration; 3° tout individu qui reçoit du roi une pension amovible; 4° les débiteurs de l'état. 67. Pour pouvoir être nommé représentant il faut : i° être Sicilien ; 20 avoir accompli l'âge de vingt ans; 3° posséder en Sicile un revenu net et viager de 3oo onces ( 3,900 fr. ) pour un représentant de district, de 5oo onces ( 6,5oo fr. ) pour un représentant de la ville de Palerme; de x5ooncës(i,95ofr.) 0


CONSTITUTION 448 pour un représentant de toute autre ville et commune parlementaire ; de la même somme de i5o onces ( 1,960 IV. ) pour un représentant tles universités. Si cependant le représentant élu par une université y est professeur, il n est soumis à aucune condition de revenu. 68. Sont électeurs d'un district les Siciliens âgés de vingt ans qui possèdent dans l'étendue du district même un revenu net et viager de 18 onces ( 264 fr. ). 69. Sont électeurs de la ville de Palerme les Siciliens âgés de vingt ans qui possèdent dans la ville et son territoire un revenu net et viager de 5o onces ( 660 fr. ). Ou y occupent un emploi public à vie et inamovible dont le produit s'élève à 100 onces ( 15oo fr. ). Ou sont consuls ou chefs des corporations légales d'artisans, et possèdent en même temps à Palerme un revenu net et viager de 18 onces ( 264 fr. ). 70. Sont électeurs des autres villes et communes parlementaires les Siciliens âgés de vingt ans qui possèdent dans leur ville ou commune et son territoire un revenu net et viager de 18 onces ( 204 fr. ). Ou y occupent un emploi public à vie et inamovible dont le produit s'élève à 5o onces ( 65o fr.). Ou sont consuls ou chefs des corporations légales d'artisans, et possèdent en même temps dans la ville ou commune un revenu net et viager de 9 onces ( 117 fr. )• yi. Sont électeurs universitaires le recteur, le secrétaire , les professeurs et les docteurs collégiaux, des universités. 72. Les électeurs d'une ville ou commune parlementaire qui possèdent un revenu net. et viager de )8 onces ( 234 fr. ) votent aussi pour l élection des représentans du district auquel appartient leur ville ou commune. y3. Le revenu net et viager dont il est parlé aux articles 67, 68, 69, 70 et 72 doit provenir soit de propriétés territoriales, soit de rentes sur l'état;, sur des communes et autres établissemens publics , ou sur des particuliers. 74. Les individus qui se trouvent sous le poids d'une accusation criminelle ne peuvent jouir du droit d'électeur. 75. La liste des électeurs de chaque paroisse est d'abord formée par les curés sur la simple déclaration des citoyens qui se présenteront â eux et diront avoir les qualités requises. Ces listes seront transmises aux capilaines justiciers de chaque commune.


SICILIENNE. 449 76. La liste îles électeurs de chaque commune est formée et arrêtée par une commission composée du capitaine justicier de la commune et de trois scrutateurs que le conseil civique choisit dans son sein au scrutin secret. C'est à cette commission que les électeurs doivent se présenter pour justifier de leurs droits. 77. La commission de scrutin des communes qui ne sont pas chefs-lieux de district doit transmettre à la commission du chef lieu une copie authentique de la liste communale des électeurs. 78. Le protonotaire du royaume transmet au capitaine justicier de chaque ville ou commune l'ordre relatif aux élections. Le capitaine le publie immédiatement. Il publie ensuite un avis aux électeurs de se présenter dans trois jours à la commission de scrutin pour en recevoir, s'il y a lieu , la carte d'électeur. Il notifie au public le lieu où se feront les élections , et le jour et l'heure où elles commenceront. 79. La commission de scrutin fera ensuite publier la liste des candidats qui se seront présentés à elle, ou lui auront été proposés par des électeurs. 80. Elle n'est point appelée à examiner si les candidats réunissent les conditions requises. Cet examen appartient en premier lieu au protonotaire du royaume, mais les parties intéressées peuvent recourir contre ses décisions à la chambre des communes' qui prononce définitivement. 81. Les élections des représentais du district se lont au chef-lieu du district: celles des représentans des villes parlementaires, dans ces villes mêmes. Elles doivent avoir lieu dans des locaux spacieux , qui sont choisis, pour les élections du district, par le capitaine d armes pour les élections des villes par le capitaine justicier. 82. Le capitaine d armes dans les élections de district, et le capitaine justicier dans celles des villes , assisté des scrutateurs , préside à l'élection. , Il en a la police. Il prononce avec les scrutateurs sur les difficultés qui s'élèvent dans le cours des élections, et ses décisions reçoivent sur-le-champ leur exécution ; niais il en peut être appelé à la chambre des communes qui prononce définitivement. TOME IV.

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83. Les élections durent huit jours à partir du jour de la publication de l'avis de s y présenter. 84. Les électeurs peuvent donner leur suffrage depuis neuf heures du matin jusqu'à midi, et depuis deux heures après midi jusqu'au coucher du soleil. 85. L'électeur se présente au bureau de la commission de scrutin, présente sa carte d'électeur, et prononce à haute voix le nom et le prénom du candidat auquel il donne son suffrage. 86. Le maître notaire de la ville où se tiennent les élections inscrit aussitôt le suffrage de l'électeur sous le nom du candidat qui l'a obtenu , dans un registre ouvert à cet effet. 87. La commission fait le recensement des votes à la fin de chaque jour d'élection. 88. A l'expiration du huitième jour, les commissions de scrutin procèdent au recensement général. Les candidats qui ont obtenu le plus de suffrages sont proclamés représentans. La commission de scrutin leur délivre un certificat d'élection contresigné par le maître notaire. 89. Tout candidat est autorisé à se faire délivrer par le maître notaire un certificat des suffrages qu'il a obtenus. 90. Dans les élections universitaires les fonctions attribuées ci-dessus aux capitaines d'armes et aux capitaines justiciers seront remplies par le recteur de l'université ; et celles attribuées au maître notaire le seront par le secrétaire de l'université. 91. Nul pair du royaume ne peut prendre part aux élections des membres de la chambre des communes. 92. Aucun employé du roi, aucune personne dépendante de la couronne ne peut s'ingérer dans les élections , sous peine de 200 onces ( 2,600 fr. ) d'amende, et de la perte de son emploi. 93. Les candidats ne peuvent donner ou promettre aux électeurs ni argent ni autre présent quelconque. Ils ne peuvent leur donner des repas ni des fêtes. Le tout sous peine de 200 onces d'amende ( 2,600 fr. ), et de nullité d'élection. 94- Aucun corps ou détachement de troupes ne peut faire de séjour dans les villes où se tiennent les élections. g5. Si la ville où se tiennent les élections est une ville de garnison , les troupes qui composent cette garnison doivent s'en éloigner au moins à la distance de deux milles, deux


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jours avant l'ouverture desdites élections, et n'y rentrer que deux jours après leur clôture. Les troupes de la garnison ainsi éloignées fourniront toutefois le service de place qui sera indispensablement nécessaire dans la ville où se tiennent les élections. TITRE II.

DU POUVOIR EXECUTIF.

Fonctions et prérogatives de la royauté. 96. Le pouvoir exécutif réside dans le roi. Sa personne est sacrée et inviolable. Mais le parlement a le droit de faire rendre compte de tous les actes du pouvoir exécutif. Il peut adresser au roi les remontrapces et les pétitions qu'il juge convenables concernant ces actes ; et s'il en reconnaît d'attentatoires aux droits et aux intérêts de la nation , le parlement met en jugement et punit lés ministres et les membres du conseil privé du roi qui les auront conseillés ou auront concouru à leur exécution. 97. Si le roi quitte momentanément le royaume, il délègue l'exercice des fonctions de la royauté à la personne , et aux conditions qu'il juge convenables. Le tout de concert avec le parlement. 98. Le roi représente la nation auprès des puissançes étrangères. 99. Il fait la guerre et la paix. Il conclut les traités, mais il 11e peut céder ou échanger aucune portion du territoire sicilien, ni stipuler aucune condition qui porte atteinte tant directement qu'indirectement à la constitution du royaume. 100. Le roi a un conseil privé dont il est tenu de prendre l'avis dans toutes les affaires graves, et notamment sur les déclarations de guerre et les traités de paix, d'alliance ou de commerce. 101. Le roi exerce son pouvoir parle moyen de ses secrétaires d'état, qUi demeurent responsables envers le parlement de 1 exercice de ce pouvoir, sans qu'ils puissent jamais être reçus à alléguer les ordres et les commissions du roi pour mettre à couvert leur responsabilité. 102. Le roi est le chef suprême des armées siciliennes de terre et de mer. 29.


CONSTITUTION 45a peut cependant introduire ni retenir en Sicile Il ne d'autres troupes de terre et de mer que celles consenties par le parlement. 103. Il ne pent contraindre aucun Sicilien au service militaire, soit de terrei soit de mer, sans le consentement du parlement. 104. Il nomme à toutes les charges et à tous les offices militaires ; mais il ne peut y nommer aucun étranger sans une autorisation expresse et spéciale du parlement. 105. Le roi confère à volonté des ordres de chevalerie, des titres de noblesse et des charges de cour. 106. Le roi nomme ses secrétaires d'état, les membres de son conseil privé ; confère les bénéfices ecclésiastiques de patronnage royal; nomme à toutes les magistratures judiciaires et administratives dans les limites établies par la constitution. Mais il ne peut faire tômber son choix que sur des Siciliens. 107. Il ne peut créer dé nouveaux offices ou emplois lucratifs sans le consentement du parlement. 108. Il peut créer de nouvelles corporations et leur donner des régiemens, avec le consentement du parlement. 109. Il accorde des pensions pour des services rendus à l'état; mais aussi avec le consentement du parlement. 110. Le roi exerce sa surveillance sur le commerce extérieur et intérieur de l'état , et sur tous les établissemens publics du royaume. 111. Il surveille la conduite de tous les administrateurs et officiers publics. 11 punit ceux dont les tribunaux compétens ont déclaré la culpabilité. 112. Il assure l'exécution des jugeméns prononcés par les tribunaux compétens. 113. Un capitaine d'armes dans chaque district, un capitaine justicier dans-chaque commune, sont spécialement chargés de la police administrative sous les ordres des ministres du roi. Les capitaines d'armes sont nommés par le roi et révocables à volonté. Les capitaines justiciers sont choisis par le roi entre les candidats présentés par les conseils civiques , et sont révocables seulement pour mauvaise conduite, et toujours sur la demande des conseils civiques votée à la majorité des deux tiers de leurs membres.


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114. Le roi a le droit de faire grâce et celui de commuer la peine prononcée par les tribunaux. Mais ce droit est borné , quant aux délits privés, aux seuls cas où la partie intéressée aura été indemnisée par le coupable; et quant aux délits publics , à ceux qui ne sont point dirigés contre la constitution du royaume. 115. Les ministres du roi ne peuvent intervenir sous aucun prétexte dans les contestations portées par les citoyens devant les tribunaux compétens. 116. La monnaie est frappée à l'effigie du roi. Il en ordonne et surveille la fabrication; mais ne peut en altérer le poids et le titre sans le consentement du parlement. 117. Le roi administre les revenus de l'état par le moyen d'un conseil des finances composé de quatre grands maîtres des comptes , et présidé par le ministre des finances. 118. Le ministre des finances est tenu de présenter chaque année au parlement le compte détaillé de la recette et de la dépense. Si par l'examen du compte le parlement reconnaît le conseil des finances coupable de négligence , il le censure. S'il s'agit de péculat, de malversation ou de grave irrégularité , la chambre des communes accuse le conseil des finances , et la chambre des pairs le juge. 119. Les comptes de l'administration des finances seront, avant d'être présentés au parlement, publiés par la voie de l'impression, afin que la nation soit instruite de la situation financière du royaume. 120. Il est pourvu aux dépenses du roi et de sa famille au moyen d'une liste civile dont le montant est fixé par le parlement pour la durée de chaque règne.

De l'Hérédité et de la Famille royale. 121. Là monarchie sicilienne est héréditaire dans la branche actuellement régnante de la maison de bourbon , de mâle en mâle , par l'ordre de primogéniture , et avec le droit de représentation. 122. Si la descendance masculine vient à s'éteindre, la couronne est dévolue à la femme qui se trouvera la plus proche dans 1 ordre de l'hérédité au moment de la mort du dernier mâle. 120. Si le mari delà reine meurt en laissant des enfans


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de leur mariage, et que la reine contracte un nouveau mariage , le parlement nommera un tuteur à celui de ses enfans appelé à la couronne dans l'ordre de l'hérédité. Si l'héritière du trône, étant mariée, meurt sans I laisser d'enfans, son mari n'a aucun droit à la couronne de Sicile. 125. En cas d'extinction de la famille royale ,1a nation sicilienne élira un nouveau roi. Le prince qui sera choisi devra établir sa résidence en Sicile. 126. Toutes les questions relatives à la succession à la couronne de Sicile seront décidées par le parlement , qui soumettra ses décisions à la sanction royale si le trône n'est pas vacant ou contesté. 127. Les membres de la famille royale ne peuvent contracter mariage sans le consentement du roi. Cependant le prince de la famille royale qui a atteint l'âge de vingt-cinq ans peut contracter mariage sans ledit consentement, si le parlement n'y forme pas opposition. II en est de même du prince âgé de moins de vingt-cinq ans qui , après avoir requis le consentement du roi, laisse écouler une année à partir du jour de sa demande. 128. La majorité du roi est fixée à dix-huit ans. Le parlement nomme un conseil de régence pour exercer 1 autorité royale pendant la minorité du roi, et y appose les restrictions qu'il juge convenables. Le roi peut désigner au parlement les personnes qu'il croit les plus aptes à la régence pendant la minorité de son successeur. 129. Il appartient de même au parlement de nommer un conseil de régence, si le roi, atteint de démence, se trouve dans l'impossibilité d'exercer les fonctions royales. 100. A la mort du roi, l'héritier de la couronne entre de plein droit dans l'exercice de la royauté, s'il est majeur ; mais il est tenu de se faire reconnaître par le parlement dans le terme de deux mois à dater de son avènement. i3i. A la mort du roi ou de la reine régnante, si le o parlement se trouve assemblé, il ne se séparera point pour six mois; s'il est prorogé, il se réunira de suite et de plein droit; s'il est dissous, les membres du dernier parlement se réuniront immédiatement et aussi de plein droit. Cependant le nouveau roi, s'il est majeur lors de son avé7


455 SICILIENNE. nement au trône, peut dissoudre le parlement après en avoir été reconnu ; mais il doit le convoquer ensuite sans le moindre délai, et faire procéder à l'élection d'une nouvelle chambre des communes. I32. Quand le nouveau roi ou la nouvelle reine se fait reconnaître par le parlement , il ou elle doit prêter, dans la cathédrale de Palerme et entre les mains de l'archevêque, le serment qui suit : ; « Moi, N. N. , roi ou reine de Sicile , je promets et je jure sur la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, et sur les quatre évangiles , de vouloir observer et faire observer la religion catholique, apostolique et romaine; de vouloir observer et respecter, faire observer et faire respecter la constitution de ce royaume et toutes les lois faites et qui seront faites par le parlement dans la forme constitutionnelle. Je jure et je promets sur ladite sainte croix de ne jamais attenter aux lois établies par le parlement, ni à la félicité de mes sujets. » Le parlement prêtera le serment suivant ; « La nation, que nous représentons, déclare reconnaître dans la pex-sonne de N. N. son vrai et légitimé roi, ou reine constitutionnelle, et elle promet en même temps , et jure sur la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, et sur ses quatre évangiles, de vouloir le maintenir dans tous les droits que la constitution lui accorde. 155. Si le roi de Sicile est rétabli dans la possession du royaume de Naples , ou s'il acquiert d'autres états, il pourra choisir dans sa famille le prince qui devra régner en Sicile. Il est déclaré que le royaume de Sicile est et doit demeurer dans l'indépendance entière et absolue soit du royaume de Napies , soit de tout autre état. TITRE III. DU

POUVOIR JUDICIAIRE.

134. Le pouvoir de juger consiste dans l'application des lois aux faits, tant en matière civile que criminelle. 155. Le pouvoir de juger appartient exclusivement aux magistrats que la loi a établis. 106. La justice est administrée au nom du roi.


r £/* u5o CONSTITUTION 107. Un nouveau code de lois civiles et criminelles, sera formé. Toutes ses dispositions devront correspondre aux bases et aux principes contenus dans la constitution, et spécialement dans le présent titre. Il sera rédigé en langue italienne. 138. La constitution défend tout appel, toute révision de jugement qui ne seraient pas établis par la loi. 159. La constitution abolit toutes les juridictions particulières. Cependant l'immunité personnelle des ecclésiastiques sera maintenue dans le nouveau code et y sera réglée dans l'intérêt de la société, et sur les bases des concordats et des bulles acceptés dans le royaume. Et quant aux délits militaires, savoir, aux délits commis par des militaires dans l'enceinte des places fortes, dans les casernes, dans les camps et à bord des bâtimens de guerre, ils seront jugés par des conseils de guerre, et par le magistrat qui pourra être établi en vertu d'une ordonnance approuvée par le parlement. 140. Les citoyens peuvent déléguer» par acte public , la décision de leurs causes civiles à des arbitres de leur choix. Les tribunaux et magistrats seront tenus de rendre exécutoires les décisions des arbitres sous peine de 4oo onces ( 5,200 fr. ) d'amende , et de la perte de leur charge. Tout jugement doit être motivé , et citer l'article de la loi appliquée au fait jugé. 141. Le jugement par jury en matière criminelle, savoir le jugement du fait par les pairs de l'accusé, est établi par la constitution. Le nouveau code en déterminera les formes , ainsi que l'application aux membres de la chambre des pairs et de la chambre des communes. 142. Le ju gement par jury en matière civile sera établi parle code avec les règles et les modifications exigées par l'état et les mœurs de la Sicile. J43. Nul officier de justice ne peut procéder à l'arrestation d'un individu quelconque , s iL n'est porteur d'un mandat .signé par le juge compétent et ordinaire , et muni de son sceau. Ce mandat doit contenir le nom de l'individu contre lequel il est décerné, l'indication du délit qui lui est imputé,


SICILIENNE. 457 et les motifs tjui ont déterminé le juge à ordonner son arrestation. i44« L'individu qui n'obéit pas au mandat régulier du juge est rebelle à la loi. Mais si le mandat n'est pas revêtu de toutes les formalités prescrites par la loi, l'individu contre lequel il est décerné a le droit de s'opposera son exécution. 145. L'individu surpris en flagrant délit , ou accusé par la notoriété publique, peut être arrêté sans formalité et par une personne quelconque s'il s'agit d'un des crimes que le code, à raison de leur plus grande gravité, place dans une cathégorie particulière. Mais dans les vingt-quatre heures de l'arrestation il devra lui être donné communication du mandat d'arrêt revêtu des formalités ordonnées par la loi. 146. Les concierges des prisons ne peuvent y recevoir aucun citoyen sur un ordre verbal du magistrat; iis doivent exiger qu'il leur soit remis un mandat d'arrêt en dne forme. Dans le cas prévu à l'article précédent le concierge peut recevoir l'individu arrêté, mais il est tenu de le mettre en liberté si le mandat d'arrêt revêtu des formalités prescrites par la loi ne lui est pas représenté dans les vingt-quatre heures. 147• he détenu a le droit de provoquer auprès du tribunal compétent une décision sur la légalité de sa détention. 148. Le magistrat doit interroger le détenu dans les vingtquatre heures de son arrestation. 11 l'admet en même temps à prêter caution , d'après les formalités qui seront prescrites par le code, et ordonne immédiatement après cette admission la mise en liberté. I49- Mais si le détenu est prévenu d'un crime compris dans la cathégorie particulière dont il est parlé à 1 article de la constitution , il ne sera point admis à caution. i5o. La torture est abolie, sans nulle exception. Toute sévice envers le détenu est expressément prohibée. Le détenu ne doit éprouver que la gêne qui sera reconnue indispensable h la sûreté de la garde de sa personne. Le magistrat qui aura fait supporter des mauvais traitemens à un détenu, ou les aura autorisés, est tenu au dédommagement envers le détenu même, sera privé de sa


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charge, et soumis au paiement d'une amende dont le code détermine le montant. 1Ô2. Les prisons sont placées sous l'inspection immédiate des juges de paix, et sous la haute surveillance du tribunal suprême du royaume. 153. Les juges et tout officier de justice sont responsables. 154. Les abus d'autorité commis par un juge ou officier de justice donnent ouverture à l'action populaire, ce qui doit s'entendre en ce que tout individu, intéressé ou non, a le droit de provoquer auprès du parlement l'application de la responsabilité au juge qui a abusé de son pouvoir. 155. Lorsqu'un juge ou officier de justice est dénoncé au parlement pour abus d'autorité, le parlement peut ordonner qu'il soit suspendu de ses fonctions pendant l'instruction de son procès, dont le code réglera les formes. 156. La constitution établit des juges de paix dans toutes les communes du royaume. Ils y concilient les différends qui s'élèvent entre les citoyens. i5y. La constitution établit des juges de première et de seconde instance, des tribunaux de district, et cinq tribunaux d'appel. Le code réglera leur compétence. I58. La constitution établit un tribunal suprême de cassation. 15g. Lorsque le tribunal suprême reconnaît dans l'examen d'une procédure qu'un individu a été privé de sa liberté d'une manière illégale, il est autorisé à décerner en sa faveur un mandat de mise en liberté. 160. Le tribunal suprême peut être consulté parle parlement sur des questions de législation. 161. Le roi nomme les juges des tribunaux. 162. Ils sont perpétuels et inamovibles, sauf dans les cas prévus par la constitution. 163. Les juges des tribunaux de district, seront transférés dans un autre district, tous les trois ans, ainsi qu'il sera réglé par le nouveau code. 164. Les juges de première et de seconde instance ainsi que les juges de paix sont nommés par le roi tous les deux ans.


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Ils peuvent être confirmés sur la demande du conseil civique de leur commune, délibérée à la majorité des deux tiers des voix. 165. Les juges de première et de seconde instance et les juges de paix peuvent être destitués. En cas de prévarication, par jugement des tribunaux compétens. En cas de mauvaise conduite , sur un ordre du roi, qui ne pourra cependant être expédié qu'autant qu'il aura été précédé d'une délibération du conseil civique prise à la majorité des deux tiers et par laquelle la destitution soit demandée ou consentie. 166. Tout juge ou officier de justice doit être Sicilien, âgé de trente ans, et avoir le revenu de 18 onces (234 fr.) fixé par la constitution pour jouir du droits d'électeur. 167. Il y a incompatibilité entre l'office de juge et toute fonction administrative. Cette incompatibilité ne concerne point les juges de paix. 168. Il est défendu à tous les juges, autres que les juges de paix , de se charger de l'administration des biens des particuliers. 169. Il y a un protonotaire du royaume, lequel est chargé d'une haute surveillance sur tous les notaires. TITRE IV. DES COMMUNES.

170. Les intérêts et l'administration des communes du royaume sont confiés à un conseil civique et à un magistrat municipal. 171. Le conseil civique ne peut avoir plus de soixante membres, ni moins de trente. 172. Il est composé des citoyens de la commune qui, aux termes delà constitution, ont le droit d'élire leurs représenta^ au parlement. Mais si le nombre des électeurs de la commune surpasse celui de soixante, les électeurs se réuniront de trois en trois ans pour choisir parmi eux les soixante membres du conseil civique. Et si au contraire le nombre des électeurs n'arrive pas à trente , ils se réuniront de trois ans en trois ans pour com-


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pléter ce nombre en «adjoignant des citoyens notables de la commune. 173. Le capitaine justicier delà commune préside le conseil civique. Il a voix prépondérante en cas de partage. Le conseil se réunit de plein droit une fois tous les mois. Le magistrat municipal peut le convoquer extraordinairement. 175. Le conseil civique délibère sur l'établissement et pourvoit à la conservation des revenus de la commune. 11 en surveille l'administration. 176. Il en arrête les dépenses communales. 177. Il délibère sur les établissemens et les travaux publics.de la commune; s'occupe de la conservation et des progrès des premiers, surveille l'exécution des seconds. 178. Les mesures relatives aux subsistances sont pareillement l'objet des délibérations du conseil civique en ce qui concerne l'intérêt de sa commune. 179. Le conseil civique ne peut imposer aucune taxe, ni faire des emprunts forcés sans l'autorisation du parlement. 180. Il ne peut empêcher ni restreindre l'entrée et la sortie de marchandises et denrées quelconques. 181. Il ne peut porter aucune atteinte ni aucune restriction à 1 usage légal de la propriété. 182. Toutefois, dans les circonstances extraordinaires telles que peste, incendie, inondations, tremblement de terre ou débarquement de l'ennemi, le conseil civique peut faire des emprunts forcés. Mais les propriétaires non domiciliés dans la commune n'y peuvent être assujétis , et les citoyens qui se croiront lésés par 1 ordre ou par la répartition de l'emprunt, pourront avoir recours au parlement. 180. Le conseil civique reçoit les comptes du magistrat municipal. 11 en confie l'examen préparatoire à une commission de cinq membres qu'il choisit dans son sein. Cet examen a lieu en présence du magistrat municipal ou de ses délégués. T conseil • • • Le après avoir entendu le rapport de sa commis} sion , approuve ou rejette les comptes du magistrat.


SICILIENNE. 461 Le magistrat dont le conseil civique a approuvé les i84* comptes demeure définitivement libéré. ï85. Si le conseil rejette les comptes, la commission des cinq poursuit l'accusation du magistrat auprès des tribunaux 1 . ordinaires. 186. Les membres du magistrat municipal, et leurs parens ou conjoints jusqu'au degré qui sera déclaré par le code, ne peuvent donner de suffrage lorsque le conseil nomme ja commission des cinq , et délibère sur l'approbation des comptes. 187. Les comptes de l'administration du magistrat municipal seront imprimés et publiés. Tous les citoyens de la commune ont le droit de se faire représenter les livres de ladite administration et de prendre connaissance de leur contenu. 188. Le magistrat municipal de chaque commune estmaintenu dans son nombre actuel, et dans la jouissance de ses droits et qualifications honorifiques^ 189. Il est choisi entre les propriétaires dq la commune par le conseil civique au scrutin secret et à la simple majorité. • . Tous les ans au mois de mai un membre du magistrat municipal doit sortir; d'office et être remplacé au choix du conseil civique , ainsi qu'il est dit ci-dessus. i 190. Ne peuvent être membres du magistrat municipal les personnes intéressées dans toute entreprise ou baiL des revenus communaux. 191. Le magistrat municipal représente la commune. 192. Il veille à la santé,et à ha,/salubrité publique; , so.uii l'autorité du magistrat suprême de,santé. ... •• 19O. Il exécute les résolutions du conseil civique, admif , < , fiistre les revenus corn m unaux. 194. Il surveille la police des marchés , l'exactitude des pbiçfis et mesures* et fait observer le nouveau système métl'^jUe, \ fi- - ? ; ■ il?'.Il 195. Il nomme ses enployés et les remplace à volonté. 196. La constitution défend à toute autorité du royaume de troubler l'exercice des attributions des conseils ne,t,..des magistrats municipaux, et d'usurper une pprt quejpqnque , dans la direction de leurs affaires; qt de leurs intérêts. 197. Tout citoyen a le droit dq porter plainte .cqnfre le


462 CONSTITUTION conseil et les magistrats municipaux auprès des tribunaux compétens et ordinaires qui jugent conformément à la loi. 198. Il est expressément prohibé aux magistrats et conseils municipaux de mettre obstacle et de gêner d'une manière quelconque la libre circulation des denrées dans l'intérieur du royaume. TITRE V. GARANTIES ET DEVOIRS DES CITOYENS.

199. Le citoyen sicilien ne reconnaît d autres autorités que celles qui sont établies par les lois. Nul magistrat n'a d'autorité inhérente à sa personne, il ne la tient que de la loi. 200. Le citoyen sicilien ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement à l'action qui lui est imputée. 201. Il a le droit de résister à quiconque voudrait, sans y être expressément autorisé par la loi, le contraindre par la force ou par les menaces à agir contre son gré. 202. Il peut publier ses opinions par la voie de la presse sans être soumis à la censure préventive, sauf l'exception portée par l'article suivant. 203. Les écrits sur la théologie dogmatique et morale, et le culte de l'église catholique romaine , les catéchismes , les traductions de l'ancien et du nouveau testament sont soumis à la censure préventive de l'évêque. Ils le sont également à l;v révision d'un magistrat délégué par le roi et chargé d'examiner si l'écrit ne contient rien de contraire aux droits et immunités de 1 église sicilienne. 2O4- On peut appeler au métropolitain de la décision de l'évêque; et si l'évêque qui a relusé la permission d'imprimer est métropolitain , l'appel sera porté au juge conservateur des immunités de l'éghse sicilienne. Le second appel sera porté, dans le premier cas , audit conservateur , dans le second cas , au tribunal d'appel compéten t. 2O5. La publication d'écrits qui appartiennent à une ou à plusieurs des cathégories suivantes, constitue un délit : I" écrits dirigés contre la religion catholique, apostolique et romaine ; 2 écrits portant atteinte aux bonnes mœurs ; o° écrits offensifs envers la personne du roi ; 4° écrits olfen0


SICILIENNE.

s

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*fs envers les membres de la famille royale; 5° écrits contre les bases fondamentales de la constitution ; 6° écrits qui provoquent ouvertement et de propos délibéré à la désobéissance aux lois, et aux ordres et mandats des magistrats ayant pour objet l'exécution des lois; mais sans qu'on puisse inférer de cette disposition qu'il ne soit pas permis à tout Sicilien de publier librement son opinion sur les lois, et sur un acte quelconque du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire ; 7° Les libelles infamatoires et calomnieux; écrits dévoilant les secrets scandaleux des familles. 206. Le code déterminera les peines applicables aux délits des différentes catégories établies à l'article précédent. 207. La personne offensée par un écrit imprimé porte sa plainte aux tribunaux compétens aux termes du code. L'instruction et le jugement en auront lieu comme pour les autres affaires criminelles du royaume. 208. L'imprimeur est tenu de faire signer les feuilles du manuscrit par son auteur, en présence de deux témoins. Il devra avoir parfaite connaissance de la personne qui lui remet le manuscrit original. 209. Il doit apposer à l'écrit imprimé son nom, le lieu et l'année de l'impression. 210. Il remet au ministre de l'intérieur un exemplaire de l'ouvrage. 211. L'imprimeur est obligé de faire connaître le nom de l'auteur dans le seul cas où il en reçoit'la sommation par le juge ordinaire, auprès duquel il aura été porté plainte contre l'ouvrage. L'imprimeur encourt la responsabilité de l'auteur s'il ne le fait pas connaître. 212. Le citoyen sicilien peut parler librement sur tout sujet politique , et'se plaindre avec une égale liberté des injustices qu'il croit avoir souffertes. aux dénoneiaLes magistrats ne doivent avoir aucun éeard o D teurs des discours des citoyens. 21 3. Cependant si ces discours étaient de nature à appartenir à une ou à plusieurs des catégories énoncées à l'art 25o de la constitution, ils seraient un délit. 214. Tous droits féodaux, droits privatifs, prestations ^erviles et autres obligations provenant des rapports de vassal * seigneur sont et demeurent abolis à jamais.


m215. Aucun Sicilien, à quelque classe qu'il appartienne ne CONSTITUTION SICILIENNE.

peut cumuler deux emplois publics lucratifs. 216. Aucun étranger ne peut obtenir des lettres de naturalisation que par l'acte du parlement. Sa naturalisation ne lui donne pas le droit d'être nommé aux charges du royaume, mais l'assure à ses enfans. 217. Aucun Sicilien ne peut entrer au service d'une puissance étrangère sans l'autorisation du roi. 218. Le Sicilien qui se trouve au service de l'étranger avec autorisation du roi ne peut, en aucun cas , porter les armes contre sa patrie sans se rendre coupable de trahison. 219. Aucun Sicilien ne peût refuser de remplir les fonctions de juré, soit de juge du fait, s'il n'en est empêché à raison de parenté ou d'alliance avec les parties intéressées. 220. Tout Sicilien doit connaître la constitution du royaume. . , Les curés et les magistrats municipaux sont tenus d'en répandre l'instruction parmi le peuple de leurs paroisses et communes. Il en sera fait lecture deux fois l'année dans tontes les écoles publiques. TITRE XI. DE

LA

RELIGION

NATIONALE.

221. La religion chrétienne, selon qu'elle est professée par l'église catholique apostolique et romaine, est la religion de la nation sicilienne. 222. Aucun autre culte ne sera exercé publiquement dans le royaume. 223. Le roi doit professer la religion nationale. S'il professe un autre cuite , il est par-là même déchu du trône de Sicile.


465

ILES IONIENNES.

ILES IONIENNES. NOTICE HISTORIQUELA destinée de ces îles , dont les principales portent un nom célèbre dans l'antiquité, fut d'être successivement soumises à tous les dominateurs de la Méditerranée : peu de mots suffisent pour tracer les principales vicissitudes de leur histoire. Après avoir été long-temps florissantes comme colonies grecques, elles passèrent avec la Grèce sous le joug des Romains, et se trouvèrent, à la dissolution de leur empire, dans le partage des empereurs d'Orient. Le moyen âge fut pour ces îles, comme pour l'Europe entière, une époque fatale. Elles furent en proie à tous les ravages. Venise devenue reine de l'Adriatique, voulut posséder un archipel qui en était en quelque sorte la clef. Elle enleva donc successivement ces îles aux Grecs ou à leurs successeurs dans la péninsule grecque et y établit des formes de gouvernement analogues aux siennes propres. Elle y envoyait un provéditcur, Le pavillon de Saint-Marc flotta sur les remparts de Corfou malgré les efforts des Turcs et la décadence de Venise, jusqu'à la fin du 18 siècle. A cette époque, l'Italie ayant été bouleversée par les armes françaises , les événemens amenèrent une grande révolution dans le sort des îles Ioniennes ou vénitiennes. Elles furent occupées par les Français en 1797, et la possession en fut assurée à la république par le traité de Campo-Forpiio de la même année, qui effaça Venise du tableau des états européens. Les guerres qui suivirent de près la conclusion de ce traité Enlevèrent ces nouvelles conquêtes à la France. Le ier de e

TOME 1Y.

3o


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ÎLES IONIENNES.

mars 1799 > une flotte composée de vaisseaux russes et turcs prit Corfou. Une république dite des sept îles fut alors érigée par les deux puissances et sous leur protection commune; cet établissement fut ratifié par la convention deConstantinople, qui date de l'année suivante, et les Russes continuèrent à occuper quelques forteresses du nouvel état. Il fut reconnu par la France. L'influence que la Russie exerçait ainsi sur les rivages méridionaux de l'Europe ne pouvait qu'être suspecte à l'ambition de Napoléon. Il y mit fin en >809. Ce protectorat des sept îles fut alors abdiqué par l'autocrate , et les Français rentrèrent dans Corfou. Les frontières du grand empire touchaient ainsi à la Turquie vers l'orient, tandis qu'on cherchait à ne leur donner à l'ouest que l'Atlantique pour limites. L'Angleterre réussit quelques années après à s'emparer des îles les moins considérables de l'archipel ionien. C'était un premier pas vers la révolution qui eut lieu en 1815 après le renversement du conquérant qu'elle n'avait cessé de combattre. Un traité conclu le i5 novembre » 81 y entre cette puissance , la Russie , l'Autriche et la Prusse consacra l'établissement d'une république des îles Ioniennes sous la protection de l'Angleterre. Cette protection devait être et fut signalée par l'octroi d une constitution et la présence d'un lord commissaire. Ainsi fut fixé le sort de la république grecque. En sorte que par les actes de la diplomatie continentale, les anciens possesseurs de Gibraltar commandaient encore à Malte et à Corfou ; mais cette diplomatie avait, par compensation , arraché à la France quelques forteresses qui laissaient sa frontière ouverte, et il faut considérer qu'il est des temps où il est difficile même à la diplomatie de se défendre de ces vues haineuses qui l'emportent toujours sur de profondes combinaisons.


"CONSTITUTION DES ILES IONIENNES.

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CONSTITUTION DES ETATS-UNIS DES ILES IONIENNES. PROCLAMATION Du haut commissaire anglais, sur la Constitution a donner aux îles Ioniennes. Palais de Corfou, 19 novembre 18 16.

DE la part de S. Exc. le très-honorable sir Thomas Maitland , chevalier grande-croix de l'honorable ordre militaire •du Bagne, membre de l'honorable conseil privé de S. M. britannique , lieutenant-général, et commandant en chef les forces de S. M. dans la Méditerranée, gouverneur de Malte et ses dépendances, et lord haut commissaire de S. M., dans les Etats-Unis des îles Ioniennes, etc., etc. S. Exc. le lord haut commissaire s'est occupé depuis son arrivée dans ces états , à chercher sérieusement, autant que les circonstances actuelles pouvaient le permettre, à avancer dans l'exécution de la mission importante que son souverain lui a confiée. Il observe, avec une grande satisfaction, qu'aujourd'hui s'est évanoui 1 esprit d'opposition manifesté par un petit nombre d'individus égarés ou mal-intentionnés, sur le sens naturel du traité de Paris. D'autre part, les recherches les plus exactes lui donnent la certitude que le fléau destructeur qui av ait existé d'abord dans cette île, ensuite dans celle de Céphalonie, a été extirpé (et il espère que c'est pour toujours), par le secours du ciel, par le zèle et l'activité des officiers employés, et par le patriotisme de la population même. 0 est pourquoi S. Ëxc. estime maintenant convenable de signifier aux diverses autorités constituées, et à la population en général des États-Unis ioniens, que son intention d adopter bientôt, et sans aucun délai ( excepté celui qui pourrait résulter de la nature même de l'affaire ), les me3o.


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CONSTITUTION

sures nécessaires pour la formation de cette assemblée législative qu'il est chargé de convoquer et dont il a l'ordre de diriger les opérations ; il est tenu d'établir pour ces états une constitution permanente , sujette à la ratification de S. M. le roi du royaume-uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. Dans l'exécution des hauts et importans devoir scommis à S. Exc. , elle n'a que deux vues : la première de se conformer aux intentions des grandes et magnanimes puissances alliées qui ont fait le traité de Paris; la seconde, de s'y conformer en suivant le sens clair et équitable de ce traité, de manière à assurer au peuple ionien, placé sous l'unique et exclusive protection de ia Grande-Bretagne , cette portion plus considérable de liberté et de bonheur qu'un examen approfondi de son état actuel et de ses sentimens a pu lui faire accorder. S. Exc. n'hésite pas à déclarer, qu'elle est convaincue , que, dans l'opinion de quelques personnes , a prévalu l'idée, que son intention est de faire des innovations dans l'ordre de choses établi dans ces lieux; ce qui est également éloigné de ses propres sentimens, et des devoirs qu'elle a à remplir, tant envers son,souverain, qu'envers les peuples de ces états. Et ce serait en vérité une chose assez étrange , que le représentant du royaume qui, par des circonstances particulières, a seul pu , en toute occasion , opposer une résistance ferme et décidée à l'esprit innovateur et révolutionnaire des prétendus régulateurs de la France , du royaume qui , uni à ces magnanimes alliés , a ruiné ces principes et cette puissance , qui étaient en même temps le fléau et la peste du genre humain , osât maintenant soutenir devant le peuple soumis à sa protection exclusive, ces doctrines politiques, spéculatives et visionnaires , tandis que pour les combattre, la nation anglaise a versé le sang de ses guerriers , et employé des sommes incalculables et sans exemple dans les annales des peuples. Tel n'est pas le but du gouvernement de S. M. gouvernequi répugne aux changemens soudains et violens. La base de la société devra rester ici telle qu'elle est établie. Les premières classes de la société seront soutenues dans leurs droits ; et les classes inférieures seront aussi protégées dans les leurs. Jamais on ne verra S. Exc. dévier de cette règle fondamentale de la politique anglaise , règle la plus essentielle à laquelle elle doit rester attachée, et, qu'il lui soit permis de le


DES ILES IONIENNES.

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dire, c'est la gloire de sa patrie d'avoir heureusement eom^)!né, par le moyen de ses principes, les intérêts de ces div ers ordres, dans le mode le plus satisfaisant que l'on ait observé jusqu'à présent dans l'histoire d'aucune autre nation quelconque. En faisant cette déclaration , et en se proposant de se renfermer dans le sens le plus étroit qui y soit attaché , S. Exc. désire qu'il soit parfaitement entendu que, quoique son intention ne soit pas d'introduire aucun changement fonda mental, toutefois elle estime, d'après ce qu'elle a pu observer et connaître, qu'il faudra des altérations notables et que pour assurer la protection due aux personnes et aux propriétés de tous, une amélioration considérable est à faire dans beaucoup des établissemens actuels. S. Exc. ne regarde comme sagesse législative , que celle de l'expérience. L'expérience des résultats pratiques est toujours la voie la plus sûre et la plus certaine à suivre ; et la folie des chimériques spéculations politiques se trouve maintenant, grâce au ciel, aussi méprisée qu'il est possible. Quelle est donc l'expérience que nous devons étudier dans les états ioniens ? Il serait bien pénible à S. Exc., et certes elle ne s'y déciderait pas , de rappeler l'espèce de gouvernement, si on peut lui donner ce nom, qui, pendant des siècles , a courbé sous la tyrannie aristocratique de Venise la tête des peuples courageux de ces contrées , doués par la nature de qualités éminentes , tyrannie dont le principal effort était d'avilir et de dégrader les colonies, et de s'opposer, comme si cela eût été nécessaire, à: la sûreté de la mère patrie , et de la tenir dans l'état le plus bas d'ignorance et de servitude. Il ne lui serait pas moins douloureux d'entrer dans une discussion relative aux scènes qui ont eu lieu dans presque toutes ces îles, après la constitution dite Bisantine. Heureusement enlin , s'est présenté ce monarque, dont le nom ne peut être rappelé sans tous les sentimens de respect et d admiration, l'empereur Alexandre , le protecteur reconnu , et alors le sauveur de ces états. La cause qui pendant quelque- temps, a fait cesser cette protection , et les bases de l'arrangement définitif par lequel, ^vec le consentement de tous , la protection exclusive de ces états a été dévolue à la Grande-Bretagne ? sont mainte,naiït. 3

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47°

CONSTITUTION

trop généralement connues pour qu'on en fasse le sujet d'aucune observation. Ainsi, ia seule date à laquelle nous puissions nous arrêter est celle de la constitution accordée à ces états par la charte constitutionnelle de 1800. Mais quel fut le résultat de cette constitution ? C'est une chose notoire que loin de répondre à l'objet de sa création , deux années s étaient à peine écoulées quand il fut reconnu qu'elle correspondait si peu avec son but, qu'il devint nécessaire de la changer entièrement ; et il est également bien connu que de pareilles altérations avaient été décidées aussi à l'époque où les événemens déplorables de la guerre ont fait misérablement tomber cette population intéressante sous l'empire tyrannique de l'usurpateur de la France. Comme cette constitution n'a jamais été exécutée , il résulte que nous • sommes ici dépourvus d'expérience pratique pour guider notre jugement dans cette circonstance importante, et quoique les diverses conjonctures où se sont trouvées les différentes îles depuis cette époque, offrent quelque ressource sous ce rapport, cet avantage n'est pas de nature à nous mettre en état de procéder maintenant sans une réflexion profonde et sans une grande réserve. S. Ex., d'après cet exposé succint de l'état actuel des choses , est pleinement convaincue de toutes les difficultés qui peuvent et qui doivent se rencontrer; mais elle espère fermement qu'en ayant toujours en vue les différens intérêts de toutes les parties, qu'en étudiant continuellement les prétentions légitimes de toutes les classes de la société, en maintenant chacun dans ses droits distincts et reconnus, et assistée des lumières, de la prudence et de la sagesse de ce conseil primaire qu'elle doit bientôt réunir de toutes les îles à Corfou, elle pourra soumettre à l'assemblée législative, lors de sa convocation, un plan de constitution pour ces états, tel qu'il puisse, en protégeant les intérêts de chacun , contribuer pleinement à la sûreté , à la prospérité, à la félicité constante de cette population toute entière. La présente sera imprimée dans les deux langues grecque et italienne, et livrée à la connaissance univet^selle du public. Par ordre de S. Exc. WILLIAM MEÏEU, soçrétaire du gouvernement.


DES ILES IONIENNES.

4? *

PROCLAMATION Contenant la nomination des membres et du président du conseil primaire. Palais de Corfou , 7 janvier Ï817.

T. Maiiland, de la part de S. Exc. le très-honorable sir Thomas Maitland, etc., etc. S. Exc. le lord haut commissaire de S. M., ayant par sa proclamation du 19 novembre dernier , rendu publique sa détermination de nommer un conseil primaire, composé d'un certain nombre de personnes, de chacune des îles qui forment les Etats-Unis des îles Ioniennes, qui devra précéder la convocation de l'assemblée législative , suivant le traité de Paris; il lui plaît maintenant d'ordonner qu'on proclame que ledit conseil sera composé d'un président et de dix membres, dans les proportions suivantes: deux de Corfou, un de Céphalonie, deux de Zante, un de SainteMaure, un d'Ithaque, un de Cérigo, et un de Paxo. S. Exc. se plaît encore h publier qu'elle a fait dans chacune des îles, le choix qui suit : Corfou, le noble seigneur chevalier Stamo Calichiopulo, le noble seigneur Alexandre Marietti j Céphalonie, le noble seigneur Nicolino Anino , le noble seigneur Veltor Caridi; Zante, le noble seigneur Dernetrio Toscardi , le noble seigneur Dionisio Bulzo ; Sainte-Maure , le noble seigneur Felice Lamhelly; Ithaque, le noble seigneur Basilio Lavo; Cérigo, le noble seigneur Valerio Stai; Paxo, le noble seigneur Giovanni Morichi. Le noble seigneur baron E. Théotoky est nommé président du conseil primaire. S. Exe. estime enfin convenable de signifier qu'elle a mandé au conseil sus-indiqué, de se réunir dans cette île, le iS du mois courant ou même plutôt. La présente sera imprimée dans les deux langues grecque et italienne , et livrée à la connaissance du public. Par ordre de S. Exc. WILLIAM MEV ER secrétaire du gouvernement..


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CONSTITUTION

CONSTITUTIONCorfou , 28 décembre 1817.— Promulguée le i®r janvier 1818. GEORGE III, par la grâce de' Dieu , roi du royaume-uni de la Grande - Bretagne et de l'Irlande, défenseur de la foi, roi de Hanovre etc., à tous et à chacun de ceux à qui les présentes parviendront, salut. Comme parles second, troisième et quatrième articles du traité souscrit à Paris, le cinquième jour de novembre de l'an de notre Seigneur 1815, entre Sa Majesté, et Leurs Majestés impériale et royale l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, l'empereur de toutes les Russies, et Je roi de Prusse, lequel a pour titre Traité qui fixe la destinée des sept îles Ioniennes, il est déclaré que les EtatsUnis des îles Ioniennes doivent être placés sous l'immédiate et exclusive protection de Sa Majesté britannique, ses héritiers et successeurs , que les Etats-Unis desdites îles doivent, avec l'approbation de la puissance protectrice, régler leur organisation intérieure, et que, pour donner à chaque partie de cette organisation la consistance et l'activité nécessaires, Sa Majesté britannique doit commettre un lord haut commissaire pour y résider, investi de tous pouvoirs et autorisations nécessaires, et baser la réorganisation politique des Etats-Unis ioniens sur l'organisation alors en vigueur ; et que ledit lord haut commissaire de ladite puissance protectrice doit régler la forme de convocation d'une assemblée législative, pour préparer une nouvelle constitution pour les états, que Sa Majesté le roi des royaumes - unis de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, serait priée de ratifier. Et comme notre fidèle et ami conseiller, sir Thomas Maitland, chevalier grand'croix de l'ordre honorable militaire du bagne, lieutenant-général de nos armées, et commandant en chef de nos forces maritimes, désigné par nous pour lord haut commissaire en vertu du susdit traité , afin de régler la forme de convocation d'une assemblée législative; et comme ladite assemblée législative, convoquée conformément à ce qui est prévu par le susdit traité > a préparé une


DES ILES IONIENNES.

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Nouvelle charte constitutionnelle pour ces états, et nous *a soumise par l'organe d'un noble de chacune des trois îles principales des états ioniens ; ladite constitution établie d après le mode sus-exprimé dûment signée par les divers membres de l'assemblée législative, laquelle charte constitutionnelle est ci-après en original, en langue italienne, avec une traduction authentique de la même, ici annexée en langue anglaise.

CHAPITRE PREMIER.

Organisation générale. ART. r* LES Etats-Unis des îles Ioniennes sont composés de Corfou , Céphalonie, Zante, Sainte-Maure, Itaca, Cérigo, Paxo et des autres petites îles situées le long des côtes de l'Albanie et de la Morée, et qui appartenaient autrefois à la république de Venise. 2. Le lieu de la résidence du gouvernement général des Etats-Unis des îles ioniennes est constamment fixé dans la ville capitale de l'île de Corfou. 3. La religion dominante de ces états, est la religion grecque orthodoxe. Toute autre forme de religion chrétienne , ainsi qu'on le verra par la suite , y est protégée. 4. La langue de ces états , est la grecque : par conséquent on déclare qu'il est de la plus grande importance que la langue nationale devienne, le plutôt possible , celle dans laquelle on devra écrire tous les actes du gouvernement et tous les procès judiciaires, celle qui sera reconnue comme la seule langue dont on pourra se servir dans tout écrit officiel. ô. Gomme il n'est pas possible de mettre à exécution cette maxime immédiatement, car presque toutes les affaires du pays ont été traitées jusqu'à présent en langue italienne, il est arrêté que toutes les affaires publiques, pendant le premier parlement, seront traitées en langue italienne , sauf et excepté les affaires des cours inférieures dans lesquelles le gouvernement pourra juger à propos d'introduire la langue du pays, dans le but de l'encourager et de la propager.


CONSTITUTION 474 6. Dans le même but d'encourager la propagation , soit de la langue de la puissance protectrice, soit de celle des e'tats protégés, S. A. le président et le sénat seront tenus,six jours après la première séance cîe chaque parlement, d'envoyer un projet de loi a l'assemblée législative, concernant l'extension qu'on pourrait donner à l'usage de la langue du pays dans les autres départemens du gouvernement, et dans la totalité des états. Il est d'ailleurs établi jusqu'au moment, où une loi serait rendue pour déclarer la langue grecque la seule langue officielle, que la seule dont on pourra se servir aussi pour faire des copies ou pourd'autres objets,sera celle de la puissance protectrice, c'est-à-dire la langue anglaise. 7. Le gouvernement civil de ces états sera composé d'une assemblée législative, d'un sénat et d'un pouvoir judiciaire. b. Le commandement militaire de ces états , ayant été dévolu par le traité de Paris au commandant en chef des troupes de S. M. le roi protecteur, reste aux mains du même commandant. 9. L'assemblée législative sera élue par le corps des nobles électeurs , de la manière et dans les formes qu'on verra ci-a près. 10. Les sénateurs seront élus, dans le sein de l'assemblée législative , de la manière et dans les formes qu'on verra ci-après. 11. Le pouvoir judiciaire sera élu par le sénat de la manière et dans les formes qu'on verra ci-après. 12. Ces élections, ainsi que celles de tout autre emploi civil ne seront valides que pour cinq ans, sauf la disposition qu'on pourra prendre par la suite sur ce sujet. 13. Au bout des cinq ans, tout emploi cesse entièrement de droit, et la nouvelle élection de la nouvelle assemblée législative devra avoir lieu le jour même où expire le terme des cinq ans ; cependant, S. A. le président du sénat, les prestantissimes sénateurs , les prestantissirnes régeris des gouvernemens locaux, ainsi que les sujets et les employés ministériels des différens départemens , continueront à exercer leurs emplois tant que leurs successeurs ne seront pas nommés ; ils sont d'ailleurs susceptibles d'être réélus. 14- Toutes les fois que l'assemblée législative se réunit dans le siège du gouvernement, cette assemblée s'appelle le parlement des Etats-Unis desîiesIoniennes. Cette rétin-iau


DES ILES IONIENNES. 475 étant la première, elle s'appelle la première réunion du premier parlement. 15. Le second parlement et les réunions subséquentes seront nommés suivant les mêmes règles, et de la même manière par ordre de numéros. 16. Tous les actes de l'assemblée législative, du sénat et en général de tous les départemens du gouvernement, seront enregistrés suivant l'époque du parlement et de la réunion où ils ont été pris, ou bien suivant la manière où ils sont mis à exécution. 17. Durant le premier parlement, aura lieu tous les ans une réunion légale, au premier jour de mars, et elle continuera d'être en activité pour trois mois. Mais cette même réunion, en cas d'urgence, pourra être prolongée au-delà de ce terme , et pour l'espace de temps qui sera déclaré par le sénat avec l'approbation de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 18. Dans les parlemens subséquens, une réunion aura lieu tous les deux ans au premier jour de mars, et elle continuera d'être en activité pour un espace de temps égal à celui qui est établi dans l'article précédent. îy. Le pouvoir de convoquer ou de proroger le parlement en cas d'urgence, restera près S. Exc. le lord haut commissaire du roi protecteur; mais , en ce cas, le parlement ne pourra être prorogé au-delà de six mois. 20. Le pouvoir de dissoudre le parlement en cas d'urgence est réservé à S. M. le roi protecteur, par le'moyen d'un ordre émané de son conseil. 21. Toutes les fois que le parlement est prorogé, la réunion de l'assemblée législative cesse immédiatement, et pendant tout le temps de la prorogation , tous les actes, de quelque nature que ce soit, qui n'auraient par reçu leur complément entier avant la prorogation, seront nuls et de nulle valeur. 22. Lorsque le parlement est dissout, tous les bills et ac tes, de quelque nature que ce soit , qui n'auraient pas reçu leur complément entier, seront nuls, ainsi qu'ils le seront lorsque je parlement cesse naturellement. 20. L'instruction politique étant un des objets les plus essentiels et les plus inséparables de la prospérité et du bonheur de tous les états, et la morale, aussi bien que là religion de ce pays exigeant que surtout les ecclésiastiques re-


M CONSTITUTION çoivent une libérale et convenable éducation, il est aussi déclaré qu'un des premiers devoirs, aussitôt après la réunion du parlement qui suivra la ratification de la présente charte constitutionnelle de la part de S. M. le roi protecteur, sera celui de prendre des mesures, d'abord pour l'institution des écoles élémentaires , ensuite pour l'établissement d'un collège pour les différentes branches des sciences, des lettres et des beaux-arts. Signé, B. Théotoki, président.—Gav. Calichiopulo.—Alessandro Marietti. — Nicolô Anino Anas . —Vettar Caridi. — D. Foscardi. — D. Bulzo, —• Felice Zambelly.—Basilio Zaro. — Yalerio Stai. — Giovanni Morichi. — Stefano Palazzuol Scordilli. — Anastasio Battali. ■— Anastasio Cassirnati.—Giacomo CalichiopuloManzaro.—Spiridion Giallinà Ym Anastasio. —An0 Tom° Lefcochilo Cav Niccolô Agorostô. — Marino Yeja. —Nicolô D Dallaporta.— Spiridion Metaxa Liseo. — Pietro Caidan. — Sebastiano d® Sehiadan, — Daniel Coidan. — Paolo Gentilini. — Spiridion e Focca Gio, — Demetrio Arvanitachi. — Dionisio Genimatà. — Giulio Domeneghini. —Francesco Mazzan— Michiele Mercati. — Giovanni Melissimô. — Ma ri 110 Stefano. —Angelo Gondari. — Niccolô Cavadà. — Pietro Petrizzopulo. — Gio Psomà. — Niccolô Vrettô. —Giorgio Massello. — Stefano Fanarioti. — Richard Plasket, secrétaire. — Dem° Go : Yalsamachi, secrétaire. 0

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CHAPITRE II.

Du Sénat. SECTION PREMIÈRE.

Du Sénat en général. Art. I . TOUT le pouvoir exécutif des Etats-Unis des îles Ioniennes est confié à un sénat composé de six personnes, savoir : d'un président et de cinq membres. 2. Le président du sénat des Etats-Unis des îles Ioniennes aura le titre d'altesse; et chacun des membres du sénat ceui de prestantissirne. 0. S. A. le président du sénat des Etats-Unis des îles ER


DES ILES IONIENNES.

477 ioniennes aura la préséance sur tous les autres individus de 1 état. Les prestantissimes sénateurs l'auront immédiatement après le président, sauf et excepté ce qui sera établi par la suite sur ce sujet. 4- S. A. le président du sénat des Etats-Unis des lies Ioniennes jouira entièrement et en toute occasion des mêmes honneurs militaires, qui sont dus à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. Les sénateurs jouiront des honneurs militaires dus à un major-général. SECTION II. Mode d'Election. Art. 1 . La nomination de S. A. le président du sénat des Etats-Unis des îles Ioniennes est réservée à S. M. le roi protecteur, et sera faite par le moyen de S. Exc. le lord haut commissaire. Le président du sénat doit être natif des îles Ioniennes et noble. 2. Les prestantissimes sénateurs seront élus par les nobilissimes membres du corps législatif et dans son sein, de la manière et dans les proportions suivantes . Corfou, un ; Céphalonie , un ; Zante , un ; Sainte Maure, un ; Itaca, Cérigo et Paxo , un; total cinq. 3. Le prestantissime président de l'assemblée législative aura le droit de présenter aux suffrages de ce corps des noms pris dans son sein pour être élus à la place de sénateurs. Ce droit sera exercé de la manière suivante : i° Pour que le président puisse présenter un de ces noms aux suffrages de l'assemblée législative, il faut qu'il en ait reçu la demande par écrit et signée au moins par quatre membres de la même assemblée pourchaque nom demandé. Chacune de ces demandes sera ensuite contresignée par le même président. Lorsqu'un de ces noms est demandé par écrit par huit membres de l'assemblée législative , le prestantissime présulent ne pourra pas se refuser de le présenter aux suffrages de 1 assemblée , et en ce cas la signature du président n'est pas nécessaire. Chaque nom présenté de l'une ou l'autre manière sera voté par l'assemblée de vive voix, et la pluralité des suffrages que les secrétaires enregistreront dans les procès-verbaux décidera l'élection. A égalité de suffrages, er


CONSTITUTION" 478 celui du président, ou en son absence, ou par son indisposition , de la personne qui le représente, aura la valeur de deux suffrages. 4- Les sénateurs seront élus dans le terme de trois jours à dater de celui de la première séance de l'assemblée législative et l'élection sera faite dans l'ordre suivant : x° Corfou ; 20 Céphalonie ; 5° Zante, Sainte-Maure , Itaca, Cérigo et Paxo. 5. Dans les vingt-quatre heures, à commencer du moment de chaque élection , le prestantissime président de l'assemblée législative sera tenu de transmettre le nom des sénateurs élus, à S. Exe, le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, et dans les vingt-quatre heures .à commencer du moment où il en aura reçu l'avis , le lord haut commissaire transmettra son acte d'adhésion ou non approbation sur la même élection à l'assemblée législative par le moyen de son président. 6. Si S. Exc. le lord haut commissaire du roi protecteur donne son adhésion à l'élection, le membre élu sera sénateur pour l'île ou pour les îles pour lesquelles il a été élu ; mais si au contraire S. Exc. refuse son adhésion, l'élection sera regardée comme nulle, et l'assemblée législative procédera de la même manière et dans le terme sus-indiqué à une nouvelle élection. y. Cette nouvelle élection étant faite, elle sera transmise de nouveau à S. Exc. le lord haut commissaire du roi protecteur. S'il refuse de nouveau son adhésion, cette élection sera encore regardée comme nulle; mais en ce cas le lord haut commissaire transmettra dans les vingt-quatre heures à l'assemblée législative les noms de deux de ses membres appartenant à l'île ou aux lies pour qui l'élection doit se faire. L'assemblée législative en choisira un, et cette élection sera définitive. 8. Les prestantissimes membres du sénat resteront en fonction seulement pendant cinq ans; S. A. le président n'y restera que la moitié de ce temps. Les deux ans et demi une fois passés, S. Exc. le lord haut commissaire du roi protecteur pourra nommer un autre individu pour succéder au président, ou bien il pourra autoriser le même président à s e continuer dans ses fonctions, sauf et excepté ce qui pourrait être établi sur ce sujet. l


DESOLES IONIENNES.

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SECTION III. J)u mode de procéder du Sénat, et de ses pouvoirs. Art. i . Les six personnes désignées qui composent le sédécideront toutes les questions à la pluralité des voix, et a voix égales , celle de S. A. le président aura double valeur. 2. Dans le sénat l'initiative appartient exclusivement à S. A. le président. Cependant chaque sénateur aura le droit de faire connaître verbalement, et pour une seule fois pendant la même réunion du parlement, tel projet qu'il croirait utile et que bon lui semblerait, et cela dans le but d'engager S. A. le président à en présenter au sénat une proposition. 5. En cas que S. A. le président ne fasse pas attention à ce projet, ou néglige de le présenter au sénat, le sénateur qui l'aura d'abord fait connaître pourra le mettre par écrit, le signer et le faire signer au moins par un autre sénateur. Alors la proposition sera transmise par S. A. le président à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. Si cette proposition obtient l'approbation de S. Exc., elle sera Présentée sans aucun changement par S. A. le président au sénat pour y être discutée de la manière ordinaire; si elle ^'obtient pas l'approbation de S. Exc. la proposition devient nulle. 4« Dans le cas d'indisposition physique ou d'absence nécessaire de S. A. le président des Etats-Unis , S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, nommera un des prestantissimes sénateurs actuels , afin qu'il exerce les fonctions de président jusqu'au retour ou au rétablissement de S. A. : le sénateur nommé aura le titre de vice-président. 0. Dans le cas d'indisposition ou d'absence d'un des sénate urs, le sénateur aura le pouvoir de nommer provisoirement Un des membres de l'assemblée législative qui se trouveraient a ors présens à Corfou , afin d'exercer les fonctions du séna*eur absent ou malade , jusqu'à son retour ou à son rétablissement. Cependant cette nomination sera sujette à l'affirmative ou à la négative de S. Exc. le lord haut commissaire ue a. M. ie roi protecteur, avec les règles et les formes observées dans l'élection primitive d'un sénateur. Cette même domination provisoire d'un sénateur aura lieu toutes les fois er


CONSTITUTION 48o qu'un des sénateurs sera nommé à ia place de vice-président, comme il est dit au précédent article. 6. Dans le cas de mort de S. A. le président du sénat des Etats-Unis des îles Ioniennes , S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, sera tenu de nommer un nouveau président dans l'espace de trois jours. 7. En cas de mort d'un sénateur, si le parlement se trouve réuni et en activité , il procédera dans l'espace de trois jours à l'élection d'un nouveau sénateur de la manière et dans les formes établies. Si le parlement ne se trouve pas réuni en activité, le sénat nommera de suite un sénateur pro tempore pour en exercer les fonctions jusqu'à la première réunion active du parlement, et cette nomination aura lieu suivant les formes et règles exprimées à l'article 5. L'élection formelle du nouveau prestantissime sénateur se fera à la première réunion active du parlement. 8. Le sénat aura le droit de nommer ses officiers ministériels , sauf les exceptions qui seront déclarées par la suite. Ge corps sera distingué en trois départemens : département général, département politique, département des finances. g. S. A. le président et un des membres du sénat auront le département général ; les deux autres départemens seront confiés chacun à deux sénateurs indistinctement. Un secrétaire sera attaché à chacun de ces trois départemens. L'élection du secrétaire du département général est réservée à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur ; et ce secrétaire pourra être natif soit de la Grande-Bretagne, soit des îles Ioniennes. Les secrétaires des deux autres départemens devront être natifs des îles Ioniennes. 10. Les attributions de ces trois départemens seront les suivantes : le département général réglera tous les petits détails relatifs à 1 administration générale du gouvernement, qui ne seraient pas assez importans pour exiger l'attention immédiate du sénat dans sa totale autorité, ou qui exigeraient une prompte exécution. Le département politique et celui des finances auront dans le même sens et en cas semblable la même faculté. Cependant aucun acte de quelque département que ce soit, ne sera considéré comme valide , tant qu'il n'aura pas reçu l'approbation dè tout le sénat. Tous les actes doivent être soumis au sénat rassemblé à la première séance qui succède aux délibérations prises par les différens départemens j et afin


DES ILES IONIENNES. 48 * que lacté d'adhésion du sénat soit valide , il faut qu'il soit Sl gné par le secrétaire du département d'où l'acte est sorti, par le secrétaire du département général. 11. Les actes journaliers de tout le sénat rassemblé, ainsi que tous les rapports qui lui sont soumis, seront transmis par le moyen du secrétaire du département général à S. Exe. ie' lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur , pour son information. ] 2. Nous avons dit que le sénat a le pouvoir de nommer ses officiers ministérielsà l'exception du secrétaire du département général , ainsi qu'il a été exposé à l'article fi : la liste complète de ces officiers ministériels sera présentée par le sénat dans les trois jours après son installation à l'assemblée législative, avec la note des appointemens qu'on propose en leur faveur, afin que l'assemblée puisse prendre en considération , tant le nombre des employés, que les sommes qu'il est convenable de leur accorder. Cependant la décision de 1 assemblée législative sur ce sujet devra être soumise à l'approbation de S. Exc. le lord liant commissaire de S. M. le roi protecteur. Aussitôt que cette liste sera approuvée définitivement, elle sera insérée à la liste civile générale, et le sénat ne pourra plus l'augmenter ni l'altérer, sauf les cas qui sont indiqués ci-après. i5. Le sénat aura le pouvoir de nommer à toutes les places du gouvernement général, les régens des difïérens gouvernemens locaux, les juges dans toutes les îles, et en général à tous les emplois , excepté ceux qui sont purement municipaux; ce pouvoir sera exercé aux termes des Destructions et des réserves qui sont indiquées ci-après. Ee sénat aura le pouvoir de présenter à la discusSl °n de l'assemblée législative des projets de lois. Chaque Pr°jet de lois transmis de cette manière par le sénat, ( e vra être pris en considération dans l'espace de temps 8U °n trouvera indiqué ci-après , et s'il obtient la pluralte des suffrages, il sera considéré comme loi de l'état , pourvu qu'il ait obtenu l'approbation de S. Exc. le lord ut commissaire de S. M. le roi protecteur ( ainsi qu'on le ( lrji ci-après), et pourvu qui! ne soit abrogé par aucun oicre de S. M. le roi protecteur dans son conseil. 3 5. Lorsqu'un projet de loi aura passé à l'assemblée légisiative, et sera approuvé par elle, le sénat aura encore le pouvoir de prononcer un acte direct négatif, en exposant les TOME IV. 3t


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CONSTITUTION

motifs qui l'y déterminent, et il transmettra cet acte à l'assemblée législative dans l'espace de trois jours. En ce cas le projet de loi devient nul, et l'on ne pourra pas le proposer de nouveau pendant la réunion du même parlement. ifi. Pendant le temps que le parlement est en vacance, ou n'est pas en activité, le sénat aura le pouvoir de faire des réglemeïîS qui auront par intérim force de loi pourvu qu'ils aient obtenu l'approbation de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M- le roi protecteur. Tous ces réglemens provisoires devront êtres soumis à l'assemblée législative , au premier jour de sa réunion, afin qu'elle les prenne en considération. Si elle les approuve, ces réglemens seront regardés comme lois en vigueur, à dater du moment de leur promulgation. Si ces réglemens n'obtiennent pas l'approbation de l'assemblée, de la manière qu'on indiquera ci-après, ils deviennent nuls; on déclare cependant que tous les actes qui auraient été faits en conséquence de ces réglemens , pendant le temps qui se sera écoulé entre la date de leur promulgation et celle de la réunion de l'assemblée législative, seront valides. 17. Le sénat aura le pouvoir de faire des réglemens et des ordonnances relativement à la marche de ses fonctions. Cependant ces réglemens et ces ordonnances devront obtenir l'assentiment de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, et ne pourront pas être en opposition avec les dispositions de la charte constitutionnelle ni avec les lois établies.


DES ILES IONIENNES.

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CHAPITRE III.

De Vassemblée législative. SECTION PREMIÈRE.

De bassemblée législative en général. ART. I**. L'ASSEMBLÉE législative des Etats-Unis des îles Ioniennes sera composée de quarante membres, y compris le président. 2. Le prestantissime président de l'assemblée législative jouira des honneurs qui sont dus à un sénateur, et les membres de l'assemblée auront le titre de nobilissiines.

SECTION II.

Mode délection. . Au moment delà convocation d'un nouveau parlement, le président du conseil prima no sera président de l'assemblée législative jusqu'à l'élection du nouveau sénat, ainsi que du président formel de la même assemblée. 2. L'élection du prestantissime président de l'assemblée législative sera faite le jour après que l'élection des sénateurs sera terminée, et on l'effectuera, dans tous les cas, d'après les règles et suivant les réglemens exprimés au chapitre 2 , section 2, concernant l'élection des sénateurs. 3. Les quarante nobilissiines membres de l'assemblée législative seront composés de onze membres intégrans et de Vl ugt-neuf éligibles. A. Les onze membres intégrans, dans les cas où le parlent cesse naturellement ( c'est-à-dire après avoir terniïl1 é son tour entier en cinq ans ) , seront : le président et es * membres du dernier sénat, les quatre régens des é>randes îles pendant le dernier parlement, et un des régens des trois îles moins grandes, pris tour-à-tour, ainsi qu'il suit : Itaque , Cérigo, Paxo. 3. Dans les cas où le parlement est dissout, le conseil 3i. ER

ART. I


CONSTITUTION a84 primario sera composé de Son Altesse le président , des prestantissimes membres du dernier sénat, et de cinq membres delà dernière assemblée législative qui seront nommés par S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, dans le ternie de trois jours après la dissolution du parlement. 6. Les vingt-neuf membres éligibles de l'assemblée législative seront élus par les différentes îles dans les proportions suivantes : Corfou, sept; Céphalonie, sept; Zante , sept; Sainte-Maure, quatre ; Itaque , un ; Cérigo, un; Paxo, un : total , 28. Chacune de ces trois dernières { excepté celle dont le régent devient membre intégrant de l'assemblée législative) donnera un second membre suivant le tour cidessus indiqué. 7. Les nobilissimes membres de l'assemblée législative éligibles dans les différentes îles seront choisis dans le corps des nobles électeurs de l'île à laquelle appartient l'élection. 8. Les nobles électeurs feront leurs élections sur une liste double qui sera faite et leur sera transmise de la manière suivante : Cette liste double sera faite par les membres du nouveau conseil primario, et afin d'éviter, autant que possible, des délais, dans le cas où le parleraient cesse naturellement (car les cinq prestantissimes régeùs, membres du conseil, se trouveraient éloignés de la capitale), le travail du conseil sur ce sujet commencera six mois avant la fin du parlement, pour donner aux régens le temps nécessaire pour la correspondance; et les noms de cette double liste seront choisis à la pluralité des suffrages par le nouveau conseil primario. g. Aussitôt que cette double liste sera préparée, le prestantissime président du conseil en transmettra une copie signée par lui aux régens des îles, en sorte qu'elle arrive en chaque île quatorze jours avant la fin du parlement, et les régens agiront en conséquence. IO. A l'article i5 du premier chapitre on a fait une disposition relativement à l'époque des nouvelles élections , lorsque le parlement cesse naturellement; mais aucune disposition n'a encore été faite pour l'époque de ces élections dans le cas où le parlement serait dissout. Or dans ce cas, les élections auront lieu dans le quarantième jour après la promulgation qui sera publiée à cette fin , et le nouveau


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conseil primario enverra dans le terme de six jours après que le parlement aura été dissout, la double liste dont nous av ons parlé aux prestantissimes régens des différentes îles, a fin qu'ils agissent en conséquence. 11. Quoique le jour des nouvelles élections soit fixé, soit lorsque le parlement cesse naturellement, soit dans le cas où il serait dissout, cependant comme il serait impossible, à cause de la division de ces états, de prévoir les accidens qui pourraient retarder au-delà du temps fixé par les articles précédens l'arrivée du mandat du président du. conseil et de la double liste dont nous avons parlé , il est établi que, dans ce cas, les élections se feront dans le terme du cinq jours à dater du moment où arrivera le mandat du président du conseil ; et chaque élection de cette nature sera légale et valide, comme si elle avait eu lieu le jour prescrit dans les articles précédens, 1 y. Dans tous les cas, soit que le parlement cesse naturellement, soit qu'il se trouve dissout, l'assemblée législative devra se réunir dans la capitale des Etats-Unis au plus tard dans vingt jours à dater du jour de son élection , ou plutôt si les circonstances le permettaient. Cela aura lieu par suite d'un mandat de S. M. au président du sénat des Ctats - Unis des îles Ioniennes, qui sera communiqué en temps convenable. Son Altesse, en sa qualité de président du très-noble conseil prirnario , transmettra la double liste aux îles, i5. Suivant l'article 2 de la 2 seetion du chapitre s, les sénateurs doivent être pris dans le sein de l'assemblée législative. Il restera en conséquence autant de places valantes dans cette assemblée. Il en restera de même, lorsque les législateurs seront nommés régens des gouverne mens l0caux,* il en peut rester à cause de mort, d'omission, ou au tres événemens. Dans tous ces cas, ou dans chacun en I)articulier , le prestantissime président du conseil primario enverra dans l'espace de six jours, et dans les termes précédemment établis, un mandat, avec la double liste , au res P tantissinie régent de l'île sur laquelle tombera Ja vacance, a vec ordre de convoquer extraordiuairernent le corps des ^ feteurs pour suppléer à la même vacance, dans lasseml ee. législative ; et cette convocation aura lieu dans le terme e Slx j°urs , à dater de la réception du mandat. Comme dans l'article précédent on a indiqué d'une me

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manière générale les fonctions et les antres causes qui pourraient produire des vacances dans l'assemblée législative, et comme ces mêmes causes pourraient en produire dans le très-noble conseil primario, il est établi que dans tous les cas de cette nature, S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, nommera dans trois jours un autre membre de l'assemblée législative pour entrer dans le conseil primario. 15. Au moment de la convocation de l'assemblée législative, il n'existe aucune distinction de pouvoirs entre les membres intégrans de cette assemblée et ceux qui sont élus par les différentes îles. Cependant les mandats de quelque nature qu'ils soient, qu'on devra envoyer aux gouvernemens locaux dans le cas d'une place vacante au sein du corps législatif, ainsi que la formation des doubles listes pour l'élection seront toujours et exclusivement dévolus aux onze membres intégrans comme formant le conseil primario, et par l'organe de leur prestantissinie président. 16. Dans toutes les occasions d'importance ou d'urgence, où l'assemblée législative aura le soin de conférer personnellement soit avec le sénat, soit avec S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, ou vice - versât la commission de l'assemblée pour de telles conférences sera composée constamment par le très-noble conseil primario. 17. S il arrive, comme il est possible, que le président, ou un des membres du conseil primario soit élevé à la dignité de président du sénat des Etats-Unis desî'es Ioniennes, £>. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur sera tenu de nommer dans trois jours un nouveau président du conseil, parmi les membres de ce même conseil, et un nouveau membre du conseil parmi les membres du corps législatif. 18. Pour

ce qui regarde l'organisation du corps des nobles électeurs de ces états, sont maintenues et confirmées les dispositions de la constitution de 180O, sauf et excepté les changemens ou les améliorations qui pourraient avoir lieu par la suite, en vertu d'une loi, ou de ce qui pourrait être diversement établi sur cette matière. iq. Le prestantissinie régent de chaque île sera en toute occasion le président du corps des nobles électeurs, et en dirigera les opérations , assisté par le secrétaire du gouveriiemenf local et par l'avocat fiscal, en qualité de ses assesseurs,


DES ILES IONIENNES. 48? 20. Les régens et assesseurs sus-indiqués, tous les ans y et après une notification publique , reformeront la liste des nobles électeurs de chaque île, éliminant de cette liste les noms de ceux qui auraient perdu les prérogatives nécessaires, et les remplaçant par d'autres qui prouveraient par ^e bo nnes raisons qu'ils possèdent les qualités requises ; Cette liste aussitôt reformée , sera constamment transmise au sénat avant le i octobre de chaque année pour en obtenir la confirmation. 21. Ces listes ainsi reformées et confirmées seront renvoyées par le sénat aux prestantissimes régens des différentes îles et on passera d'après elles , à toutes les élections pour l'année suivante. Personne, quels que soient d'ailleurs ses titres, n'aura le droit de voter, si son nom n'est pas inscrit sur ces listes. . * 22. Dans toutes les élections, soit générales, pour la formation d'un nouveau parlement, soit particulières, pen-r dant la durée d'un parlement, la vérification de ces élections sera faite par le prestantissime régent et par ses assesseurs dans l'île où elles peuvent avoir lieu ; et un certificat juré et signé par eux , constatant que la personne ou les personnes élues eurent la pluralité légale des suffrages , décide de la validité des élections. Ce certificat sera transmis sans délai au prestantissime président de l'assemblée législative. 23. Le nombre des individus composant le corps des nobles électeurs nécessaires pour former une assemblée légale doit être au moins moitié du nombre total des électeurs de l'île où se tient cette assemblée ; et toute opération rela*" ùve aux élections se décidera à la pluralité des suffrages donnés de vive voix. 24. S il arrivait, après une première notification, que la phrnion du corps électoral n'eût pas le nombre requis par . article précédent, le prestantissime régent l'ajournera sur* V^hamp et fera connaître de nouveau qu'une seconde réu-r ni °n du corps électoral aura lieu dans trois jours. Si cette ^ ''nnde réunion n'a pas encore le nombre légal, le prestan JSS| me régent la fermera au moment même, et transmettra |'ans moindre délai à S. A. le président du sénat la double is e origi1Ja|e qui lui avait été remise par le prestantissime piesident dit très-noble conseil primario. Le sénat, dans eux jours après la réception de ces doubles listes, choisit er


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sur ces mêmes listes le membre ou les membres qu'il appartient à l'île en question d'envoyer à l'assemblée législative. s>5. Les élections qui seront faites par le sénat, aux cas exprimés par 1 article précédent, seront tenues, sous tous les rapports, pour légales et valides. Si le corps des électeurs de 1 île ne se réunit pas en nombre suffisant aux jours de 1 élection, en cas semblable, la vérification d'une telle élection sera prouvée par un certificat de S. A. le président du sénat, délibéré à cet effet. SECTION III.

Mode de procéder et pouvoirs de V assemblée législative. Art. i . En cas de mort , d'absence ou d'indisposition du prestantissime président de l'assemblée législative, pendant la réunion du parlement, l'assemblée nommera dans sa première séance et d'après les régleinens précédemment établis en cas de mort, un autre président; et dans les deux autres cas un président provisoire, qui prendra le titre de vice-président de l'assemblée législative. 2. La présence du président ou vice-président et au moins de dix membres sera indispensable pour qu'une séance de 1 assemblée législative soit légale. 5. En cas que le nombre prescrit ne se trouve pas présent une heure après le moment fixé pour la séance , le prestantissime président de rassemblée et, en son absence , le viceprésident ajournera la séance au jour marqué pour la séance prochaine. 4- Trois jours par semaine seront fixés pour les séances de l'assemblée législative, savoir ; les mardi, jeudi et samedi. L'heure fixée par le sénat sera 10 heures du matin. 5. Indépendamment des séances régulières qui se tiendront aux jours sus-indiqués , il y aura des séances extraordinaires si les circonstances l'exigent et en conséquence, soit des ordres du président, soit d'une détermination que l'assemblée aurait prise à cet effet à la pluralité des suffrages et d'après une motion préalable. 6', Toute question, de quelque nature que ce soit, se décidera par les très-nobles membres présens à la pluralité des voix ( sauf ce qui pourrait être réglé par la suite sur ce à voix égales, celle du président aura double valeur sujet €I


480 DES ILES IONIENNES. dans 1 assemblée législative; comme celle de S. A. le président du sénat l'a dans le sénat, aux termes de l'article t ' de *a section 3 du chapitre 2. 7* Les suffrages sur toutes les questions seront donnés de Vive voix, et les secrétaires en tiendront registre. 8. L'assemblée législative a le pouvoir de nommer les officiers de son ministère, sauf les exceptions qu'on trouvera mdiquées ci-après. <). L'assemblée législative aura deux secrétaires , l'un sera appelé seciétaire de l'assemblée législative, l'autre aura le titre de secrétaire du conseil primario. Tous les deux seront égaux en rang. 10. La nomination du secrétaire du conseil primario est réservée à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. Ce secrétaire peut être , ou natif des îles Ioniennes, ou sujet de la Grande-Bretagne. 11. Une copie du procès-verbal de l'assemblée législative sera transmise tous les jours par le secrétaire du très-noble conseil primario à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur , pour son information. Aucun procèsverbal ne sera considéré comme légal, s'il n'est signé lant par le secrétaire de l'assemblée législative, que par le secrétaire du conseil primario. 12. L'assemblée législative aura le pouvoir exclusif de nommer les prestantissimes sénateurs de ces états de la manière et dans les formes prescrites au chap. 2 , sect. 2 , art. 5,4,5, 6 et 7. i5. L'assemblée législative aura le pouvoir exclusif de kiiredes lois dans ces états, pour les parties qui la concernent. 14* On portera de trois manières les lois à la considération *le l'assemblée législative. i° S. Exc. le lord liant commissaire de S, M. le roi projeteur aura le pouvoir de transmettre à l'assemblée législades projets de lois, par le moyen du sénat, des États-Unis es Hes Ioniennes. .a y1 assLe prestantissime sénat aura le pouvoir de transmettre cniblélégislative les projets de telles lois qu'il croirait "PP-jns et convenables. 0 UnaqUe membre de l'assemblée législative est en droit de soumettre un projet de loi quelconque à la considération 1 assemblée. En chacun de ces deux, premiers cas, 1 assemblée législative sera tenue de prendre eu considération c

o


4Q2 CONSTITUTION qu'on le jugerait convenable pendant le cours du parlement où il aura été d'abord présenté. 27. L'assemblée législative aura le pouvoir de faire des amendemens à quelque article que ce soit d'un bill qui se trouve en discussion ; niais dans ce cas, la partie qui a présenté le bill ( si c'était le sénat ou le lord haut commissaire du roi protecteur ) sera prévenue de ces mêmes amendemens, et la discussion définitive de la loi sera ajournée à une des prochaines séances qu'on fixera à ce sujet. 28. Si la partie qui a présenté le bill donne son consentement aux amendemens proposés, elle devra le faire connaître à la séance marquée, et en conséquence la discussion continuera. 2g. Si la partie sus-indiquée désapprouve l'amendement, ou les amendemens proposés en produisant ses motifs, ce qui doit avoir lieu dans le temps fixé par l'article précédent, alors l'amendement sera examiné de nouveau et mis aux voix par l'assemblée législative, et la discussion continuera de la manière précédemment indiquée, 5o. De la même manière, lorsqu'un bill quelconque est porté à l'assemblée législative par un de ses membres, il est au pouvoir soit du sénat, soit de S. Exe. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, de proposer des amendemens ; ces amendemens seront transmis immédiatement à l'assemblée législative pour y être discutés à la séance suivante, et la décision de l'assemblée sera communiquée à l'instant même à la partie qui avait proposé l'amendement, afin d'en obtenir de la manière précédemment indiquée, sou consentement ou son refus, 01, L'assemblée législative aura le pouvoir de modifier et de révoquer les lois précédentes. La partie relative à la modification ou révocation de ces lois sera portée à la discussion de l'assemblée législative par les autorités compétentes , comme dans le cas d'initiative, et sera sujette, sous tous les rapports, aux règles et formalités qui sont exigées dans le même cas. 32. L'assemblée législative aura le pouvoir de régler les dépenses ordinaires de ces états : et au commencement dg la réunion de chaque parlement, elle fera , à ce sujet, tous les ebarigemeris ou les modifications qu'elle jugera convenables et opportuns.


DES TLES IONIENNES. 4q3 35. Le jour après l'ouverture de la session de l'assemblée législative, le prestantissime sénat, par l'organe du secrétaire du département général, déposera sur le bureau de la chambre de l'assemblée, la liste civile de tous ces états dans chacune de ces branches. Celte liste sera confirmée ou modifiée par l'assemblée, suivant qu'elle le jugera convenable. 54- Le changement ou la modification de cette liste pourra être proposé par les autorités compétentes d'après les règles et les formes précédemment indiquées, comme dans le cas de l'initiative des lois ; et la manière de procéder sur ce sujet sera toujours uniforme , avec la seule différence que le changement ou la modification de la liste civile devra être l'effet d'une simple résolution , au lieu de déposer et de laisser quelque temps la loi sur le bureau de l'assemblée , ainsi qu'il est prescrit en cas d'une loi nouvelle. 35. L'assemblée législative aura le pouvoir de faire des réglemens et des ordonnances relatifs à la marche de ses fonctions intérieures. Cependant ces réglemens et ordonnances devront obtenir le consentement de Son Exc. le lord haut commissaire et ne pourront jamais être en opposition avec les dispositions de la charte constitutionnelle ni avec les lois du pays.

CHAPITRE

IV-

Des Gouvernemens locaux. SECTION PREMIÈRE.

Des Gouvernemens locaux en général. ART. 1 . OUTRE le gouvernement général des Etats-Unis des Ues Ioniennes, il y aura dans chaque île un gouvernement l0cai qUi agira en vertu de pouvoirs , et sous les ordres du gouvernement général. 2. A la tête du gouvernement local résidant en chaque île, il y aura un récent. Les officiers ministériels sous les ordres du même régent seront : un secrétaire, un avocat fiscal nn archiviste et un trésorier. ER

1


CONSTITUTION 4 94 3. Le prestantissime regent de chaque île jouira, dans toute letendue de l'île où il gouvernera , des honneurs qui sont dus tà un sénateur des Etats-Unis des îles Ioniennes. 4. S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur , dans le but de donner un plein et entier effet au droit inhérent de haute protection sous lequel ces états se trouvent placés, nommera pour résider en chaque île un délégué, représentant de sa personne, qui aura le titre de résident de S. Exc. et jouira absolument en cette qualité, des honneurs qui sont dus à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 5. Le résident de S. Exc. le lord haut commissaire en - chaque île sera natif de la Grande-Bretagne, ou des îles Ioniennes. 6. Outre le résident, le régent et les autorités susindiquées, il y aura dans chaque île une administration municipale. SECTION II.

Mode de nomination. . Le prestantissime régent de chaque île sera nommé par le sénat; mais S. Exc. le lord haut commissaire aura , pour ce qui regarde ces élections, le même pouvoir qu'il a dans les élections des sénateurs , faites par l'assemblée législative , aux termes des art. 5 , 6 et 7 , de la section 2 du chap. 2. 2. Le prestantissime régent de chaque île sera pour l'ordinaire natif de l'île où il est appelé à exercer ses fonctions; cependant le sénat, eu cas de besoin extraordinaire, aura le pouvoir de nommer un individu natif d'une autre île quelconque , moyennant l'approbation de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 3. L'avocat fiscal de chaque île sera nommé directement par le prestantissime sénat, Toutefois cette élection sera sujette à la même négative de S. Exc. le lord haut commissaire , à laquelle sont assujéties les élections des régens. 4. Le secrétaire et l'archiviste seront nommés par les régens, et ces élections seront sujettes à la négative du sénat, comme les élections des régens le sont à l'égard ER

ART. I


DES ILES IONIENNES. Ao5 S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 5. Le trésorier local sera nommé par le trésorier du gouvernement général des Etats-Unis des îles ioniennes j mais cette élection devra obtenir la sanction du prestantissime sénat et celle de Son Exe. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. Le sénat d'ailleurs exigera les Conditions qu'il jugera convenables. 6. L'administation municipale sera composée de cinq membres, sans coiqpter le président; elle sera nommée par le corps des nobles électeurs de chaque île et dans leur sein. 7. Le prestantissime régent de chaque île sera, ex-ofjicio, président de l'assemblée municipale. Les membres de cette administration continueront dans leurs fonctions pour deux ans et demi. A l'expiration de ce terme, le régent réunira , ex-officio , le corps des nobles électeurs pour nommer une nouvelle administration municipale et toujours dans leur sein. 8. Dans toutes les questions que l'administration municipale doit décider par suffrages, le prestantissime régent de l'île , en sa qualité de président de ce corps, aura précisément les mêmes droits et le même suffrage, qui sont a ccordés dans le sénat à Son Altesse le président. 9. Le prestantissime régent et ses assesseurs prépareront nomination et la destination des cinq officiers muniCl paux de la manière suivante: i° huit jours avant le jour parqué pour l'élection du corps municipal, le régent de de fera connaître par un avis public que cette élection °it avoir lieu. 2 Les nobles électeurs, soit indivijUellement , soit de toute autre manière, sont en droit 1 proposer par écrit ceux de leur corps qu'ils jugeraient 55 ,P}us propres à entrer dans ce corps. 3° Cette proP°Slti°n s'appellera liste , et sera transmise au régent. ,r^gent ne recevra aucune liste qui lui parviendrait apies fa matinge ju jour qUi précède celui de l'élection. te liste sera examinée et réglée par le récent et par p, l SOS âssp S • 1 • y " pq . ®eurs, la veille du jour de l'élection. Si au jour de emc icn on troave que vingt listes ont été remises , le régent mettrai aux voix les vingt noms qui ont obtenu dans la iste un plus grand nombre de signatures. 5° En cas que les 0

}


CONSTITUTION 4o6 vingt listes n'aient pas été présentées, il mettra aux voix tontes les personnes en faveur clescpielles il aura reçu des listes. 6° Dans le cas où aucune liste ne lui aurait été rejmise, le régent formera lui-même une double liste qui pourtant devra obtenir l'approbation du résident de S. Exe. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. Au défaut total ou partiel des listes nécessaires, le corps des nobles électeurs votera sur la double liste du régent, approuvée par le résident de S. Exc. le lord haut commissaire. 10. Le corps des électeurs votera sur la liste sus-indiquée , de vive voix, et le régent avec ses assesseurs déclarera à l'instant même le nom des dix personnes de ce corps qui ont obtenu en leur faveur la pluralité des voix des individus présens. Cinq de ces dix personnes seront choisies par le régent lui-même avec l'approbation du résident de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, dans l'espace de vingt-quatre heures, et ces cinq personnes seront considérées comme légalement élues. 11. En cas de divergence d'opinions entre le résident et le régent sur les élections, on soumettra au sénat la question , pour sa décision définitive, ainsi que celle de S. Exc. le lord haut commissaire.

SECTION III. Mode de procéder, et pouvoir des Gouvcrnemens locaux. Art. ior. Le régent de chaque île aura le pouvoir exécutif de cette île, en vertu des ordres du sénat des Etats-Unis des îles Ioniennes. a. Le régent de chaque île fera observer les réglemens municipaux qui se trouvent en vigueur ou qui seront décrétés par la suite. 3. Le régent de chaque île, par le moyen de son secrétaire, tiendra un procès-verbal exact de ses opérations journalières. 4» Aucun acte des régens de chaque île ne sera valable , s'il n'est enregistré au procès-verbal du jour où il a eu lieu, signé par le secrétaire, et muni du visa du président de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur.


DES ILES IONIENNES. 997 5. Le régent de chaque île aura le pouvoir de suspendre de ses fonctions tout fonctionnaire publie, quel qu'il soit; mais cette suspension devra être d'abord sanctionnée par le résident de S. Exc. le lord haut commissaire, et n'aura force ensuite que jusqu'au moment où le prestantissime sénat aura manifesté sa volonté sur ce sujet. G. Dans les cas d'importance , concernant le gouvernement exécutif, le prestantissime régent de chaque île aura le pouvoir d'appeler auprès de lui en qualité de conseillers, le secrétaire et l'avocat fiscal. Leur opinion sera enregistrée au procès-verbal ; mais la responsabilité de toute mesure ne pèsera que sur le régent, qui seul a voix délibérative. 7. Le conseil municipal tiendra quatre séances par mois , les jours où elles devront avoir lieu seront fixés par le régent de chaque île. 8. Indépendamment de ces quatre séances par mois, le régent de chaque île convoquera extraordinaireinent le conseil municipal , lorsqu'il le jugera nécessaire. 9. Les fonctions de l'administration municipale de chaque île sont classées ainsi qu'il suit : i° agriculture, instruction publique , et tous les objets d industrie nationale; 2 commerce et navigation ; 0° annone (vivres) ; 4° police civile et établissemens de bienfaisance; 5° religion, morale et économie publique. 10. Le prestantissime régent de chaque île, en sa qualité de président de la magistrature municipale , confiera chacune de ces cinq fonctions à chacun des cinq membres du corps municipal. 11. Chacun de ces membres aura le pouvoir de régler les détails du département administratif confié à ses soins particuliers, d'après les lois et réglemens municipaux qui sont en vigueur ; mais il est déclaré qu'aucun magistrat municipal n'a le droit de faire aucune dépense concernant son département. 12. En cas que quelque dépense soit jugée nécessaire par un des membres du corps municipal, il devra la soumettre à tout le conseil, et si le conseil l'approuve, elle sera transmise au prestantissime sénat pour avoir son approbation. i5. A moins d'urgence, aucune dépense extraordinaire ne sera faite , ni par le prestantissime sénat, ni par le conseil municipal d'aucune île, sans la sanction préalable du 32 TOME iv. 0


CONSTITUTION 4î)6 résident de S. Ëxc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. Toutes les dépenses extraordinaires de chaque île seront soumises au sénat, et décidées par lui avec l'approbation de S. Exc. le lord haut commissaire. i4» Le prestantissime régent de chaque île aura le pouvoir de faire provisoirement les réglemens municipaux qu'il jugerait nécessaires ; mais tous ces réglemens devront être aussitôt transmis au prestantissime sénat, ainsi qu'à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, pour avoir leur approbation. 15. Le secrétaire, ainsi que l'archiviste de chaque île , devront toujours être natifs de l'île même où ils se trouvent employés. Ils seront les officiers particuliers du gouvernement, attachés au prestantissime régent, et exerceront leurs fonctions de la manière prescrite par les réglemens en vigueur. 16. L'avocat fiscal de chaque île devra être naturel des tles Ioniennes, et exercera ses fonctions de la manière prescrite par les réglemens en vigueur. 17. Le trésorier local de chaque île devra être natif de l'île où il exercera ses fonctions; il agira d'après les instructions du trésorier du gouvernement général, ainsi qu il sera prescrit par la suite. 18. Le résident de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, dans chaque île, aura le pouvoir de suspendre une opération ordonnée par toute autorité de l'île, même avant que cette opération soit soumise à l'examen du gouvernement général ; mais il devra en même temps exposer par écrit les motifs qui le déterminent à ordonner cette suspension. ig. Les dispositionsde ce chapitre seront généralement applicables aux gouvernemens locaux de toutes les îles, quoiqu'elles n'aient été principalement adaptées qu'aux gouvernemens des grandes îles. Il est cependant, déclaré que le prestantissime sénat, avec l'approbation de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, pourra resserrer dans les bornes convenables, par rapport aux îles inférieures, et suivant que l'exigeraient la nature et les circonstances des mêmes îles, les emplois indiqués pour ce qui regarde le secrétaire, l'archiviste, le trésorier, l'avocat fiscal et la magistrature municipale.


DES ILES IONIENNES,

499

CHAPITRE Y.

De VEtablissement ecclésiastique. SECTION PREMIÈRE.

De l Etablissement ecclésiastique en général. Art. 1 . L'ÉTABLISSEMENT religieux des Etats-Unis des îles Ioniennes consistera dans les archevêques et évêques , dans les vicaires (grands économes) , dans les curés de toutes les paroisses, dans les couvens et institutions religieuses de la religion orthodoxe dominante de ces états, c'est-à-dire de la grecque. 2. La religion orthodoxe dominante de la haute puissance protectrice , sous laquelle les Etats-Unis des îles Ioniennes sont exclusivement placés, sera exercée dans ces mêmes états par les individus qui la préfèrent, dans les formes les plus étendues, et avec la plus grande liberté. 3. La religion catholique romaine sera spécialement protégée. Toute autre forme de religion sera tolérée. 4- Aucune forme extérieure d'adoration ne sera permise en ces états, hors celle des religions orthodoxes chrétiennes que nons venons de nommer. ER

SECTION II.

Déclaration. Art. I . Attendu que maintenir d'une manière convenable un établissement religieux, c'est contribuer essentiellement au bon ordre, à la morale, à la félicité des peuples ; attendu que rien ne contribue plus efficacement à faire respecter et prospérer ces établissemens, que l'entretien d'un nombre convenable de pasteurs distingués; attendu que la division physique de ces états exige nécessairement qu'on porte la plus grande attention sur cet objet • attendu qu'il y a lieu de croire que quelques-unes des îles qui composent c es états jouissaient anciennement de l'avantage d'avoir des yv êques attachés à leurs établissemens religieux , qui furent ER

32.


5oo CONSTITUTION abolis par la suite des temps; il est déclaré, qu'outre les archevêques ou évoques déjà reconnus, de l'île de Corfou , de l'île de Céplialonie, de l'île de Sainte-Maure et de l'île de Gérigo, il est convenable d'accorder également un archevêque ouévêqueà lîled Ithaque, et un évêque à l'île de Paxo. Il est aussi déclaré que le temps et les moyens de s'adresser à cet effet au très-saint chef de la religion orthodoxe grecque à Constantinople seront réservés à S. M. le roi protecteur: bien entendu cependant que la nomination de ces dignitaires de l'église ne doit entraîner avec elle aucune dépense additionnelle aux revenus de ces états. 2. D'après ce qu'on vient d'exposer à l'article précédent sur la nécessité d'un établissement convenable pour la religion orthodoxe dominante de ces états, il est ici déclaré qu'il est inconvenant, et même impossible pour ces états (vu l'entretien indispensable que pourraient réclamer tous les pasteurs des différentes formes de religion chrétienne) de supporter les dépenses ou de soutenir le principe, qu'on doive entretenir ou salarier, de quelque manière et avec quelques fonds que ce soit, des prélats ou des dignitaires de toute autre religion, hors ceux de la religion dominante de ces états. Cependant les prélats ou dignitaires des autres formes de religion qui résident actuellement, et sont en fonction dans ces états, sont exceptés de cette mesure, et cela seulement pendant leur vie. 3. Attendu qu'il est de la plus grande importance qu'il y ait dans ces états un métropolite de la religion dominante , l'église orthodoxe grecque, qui soit revêtu, avec le consentement du St. - Père de l'église grecque, le patriarche de Constantinople, de toute la puissance spirituelle, et qui ait la suprématie au - dessus de tous les pasteurs de l'église dominante de ces états, on déclare ce qui suit: — Il est convenable ( si cette mesure n'est pas opposée aux canons, préceptes et réglemens de l'église grecque ), que les fonctions de métropolite soient confiées à un archevêque ou évêque des quatre grandes îles, dûment nommé et sacré da ns les formes, par le très-saint patriarche de Constantinople, c'est-à-dire que ledit archevêque ou évêque dûment nommé, et régulièrement sacré, exerce, et chacun d'eux à son tour et en vertu de cette charte constitutionnelle, les fonctions de métropolitain pendant la durée d'un parlement. Mais en cas que cette disposition puisse paraître contraire


5oi DES ILES IONIENNES. aux canons de legîise dominante, il est en outre déclaré qué l'archevêque ou évêque soit de Corfou , soit de Céphalonie, soit de Zante, soit de Sainte-Maure, sera alternativement et par ordre, métropolite de l'église dominante grecque , et qu'il sera tenu ( lorsque ce ne sera pas l'archevêque ou levêque de Corfou ), si cela n'ëst pas opposé aux canons de l'église dominante , de se trouver présent au lieu de la résidence du gouvernement pendant le cours de toute la session du parlement : bien entendu toutefois qu'il serait établi un archevêché ou évêclié pour l'île de Zante, 4- Attendu que la disposition définitive qui devra avoir lieu en conséquence de la première clause déclaratoire de cette section, ou tous autres changemens qui pourraient s'en suivre, ne peuvent être fixés tant que le roi protecteur et le St.-Père de l'église dominante n'ont pas manifesté leur volonté à cet égard, on déclare ce qui suit : — Le parlement de ces états se réserve toute faculté, avec le consentement de S. Exc. le lord haut commissaire de faire les modifications, changemens ou dispositions convenables, soit relativement à l'élection des dignitaires de l'église dominante, soit sur toute autre, concernant la religion dominante, et qui ne se trouve en opposition ni avec la puissance spirituelle du chef de cette religion, le saint patriarche de Constantinople, ni avec les lois régulières établies parles saints synodes de l'église grecque.

CHAPITRE VI.

Vu pouvoir judiciaire. SECTION PREMIÈRE.

Du pouvoir judiciaire en générai Art. 1" LE pouvoir judiciaire des Etats-Unis des îles Ioniennes consistera dans chaque île en trois tribunaux, savoir : un tribunal civil, un tribunal criminel et un tribunal de commerce. Il J aura en outre un tribunal d'appel qui sera composé comme nous le verrons ci-après. 2. Chacun de ces tribunaux sera composé d'un ou plusieurs juges suivant qu'il sera établi par le prestantissime


5oot

CONSTITUTION

sénat Sur la considération du conseil suprême de justice, et d'après l'approbation de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 3. Le juge, ou les juges des tribunaux sus-indiqués ont rang immédiatement après le régent de l'île à laquelle ils appartiennent. 4. Indépendamment des tribunaux sus-indiqués , il y aura dans chaque île des cours pour les offenses légères, et pour les petits différends civils. Les personnes destinées à présider lesdites cours seront appelées juges de paix. 5. Les juges de paix des cours intérieures en chaque île ont rang immédiatement après les juges des cours supérieures. 6. Outre les cours indiquées des différentes îles, il y aura une cour suprême de justice ou haute cour d'appel dans la capitale du gouvernement, et qui sera nommée conseil suprême de justice des Etats-Unis des îles Ioniennes. 7. Les membres de la cour suprême de justice auront le même rang que les sénateurs des Etats - Unis des îles Ioniennes et suivront, dans la préséance, immédiatement après eux. SECTION II. Election du pouvoir judiciaire. Art. 1er. Les juges des trois tribunaux des différentes îles seront nommés parle sénat, et devront être approuvés par Son Exc. le lord haut commissaire de Sa Majesté le roi protecteur. 2. Les juges de paix de chaque île seront nommés par le régent de la même île, et devront être approuvés par le prestantissime sénat. 3. La manière de procéder en chacun de ces deux cas sera la même que dans les cas où les nominations sont sujettes à la négative, soit de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, soit du sénat. 4. Les membres ordinaires du conseil suprême de justice des Etats-Unis des îles Ioniennes sont au nombre de quatre, et seront nommés de la manière suivante : deux de ces membres devant être sujets ioniens, seront nommés par le prestantissime sénat, avec l'approbation de S. Exc. le lord


DES ILES IONIENNES.

5o3

haut commissaire de S. M. le roi protecteur. Les deux autres pouvant être également Anglais ou Ioniens , seront à la nomination de S. M. le roi protecteur de ces états par l'organe de S, Exc. le lord haut commissaire. 5. Indépendamment des membres ordinaires du conseil suprême de justice, il y aura deux membres extraordinaires* savoir; Son Altesse le président du sénat des Etats-Unis des îles Ioniennes , et S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. Je roi protecteur, ' SECTION III,

Mode de procéder et pouvoirs. Art. i . Le pouvoir de faire grâce ou de modifier les peines en des cas criminels, excepté les dispositions qui seront faites par la suite, appartient au prestantissime sénat, ce qui sera établi par une loi. Pour accorder le pardon , ou pour adoucir la peine, il faudra les deux tiers des suffrages du prestantissime sénat, c'est-à-dire les suffrages de quatre membres. y.. Les cours civiles criminelles et de commerce dans les différentes îles, agiront pour le moment, en tous cas et en toutes circonstances, aux termes des lois, réglemens et usages actuellement en vigueur, sauf et excepté ce qui pourra être à cet effet ordonné par la suite. 5. Les juges de paix des cours inférieures en chaque île agiront aussi de la même manière, sauf et excepté ce qui pourrait être à cet effet ordonné pa r la suite. 4. Le conseil suprême de justice, dans tous les cas d'égalité de voix sur une question quelconque, remettra l'affaire, en exposant brièvement et en secret les motifs de cette diversité d'opinions, à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur , et à Son Altesse le président du sénat; leur décision, qu'ils écriront au dos de la note qui leur aura été remise , sera considérée comme définitive. 5. En cas de diversité cl opinions sur une des questions sus-indiquées entre S. A. le président du sénat, et S. Exc. le lord haut commissaire, la voix de ce dernier sera prépondérante , et sa décision sera regardée comme définitive. Mais i en ce cas, en écrivant la sentence au dos de la note remisé par la cour, il sera tenu de déclarer que cette sentence a eu lieu au moyen de sa voix prépondérante. cï


6©4

CONSTITUTION

6. Dans tous les cas où il n'y aura pas égalité de voix dans les décisions du conseil suprême de justice, ses décisions seront regardées comme définitives. 7. Attendu que, dans la pratique de tous les gouvernemens , il n'existe pas de vérité politique plus généralement reconnue et plus évidemment démontrée que celle qui fait dépendre de l'impartiale et prompte distribution de la justice envers tous, le bon ordre, la prospérité et la félicité d'une nation entière ; attendu que les nombreux désordres judiciaires qui eurent lieu et continuent encore à avoir lieu dans ces états, résultent principalement de l'imperfection des codes civil et criminel jusqu'à présent en vigueur, ainsi que de la procédure relative à ces codes, ou défectueuse par elle* même , ou peu applicable aux usages et aux mœurs de la population des îles Ioniennes ; attendu que la formation d'un nouveau code civil et criminel et d'une nouvelle procédure demande les plus grandes considérations, et devra occuper un long espace de temps; attendu qu'on ne peut faire aucun établissement salutaire et permanent pour les cours judiciaires tant que des lois convenables et une manière régulière de procéder ne sont pas préparées et établies ; attendu, enfin , que l'usage a prévalu dans ces états, de s'adresser, en cas de controverse judiciaire , au chef des gouvernemens locaux, et communément à S. Exc. le bord haut commissaire de S. M. le roi protecteur lui-même , afin de trouver un remède aux décisions des différentes cours de justice; en conséquence , et afin d'obvier provisoirement et pour quelque temps aux désordres judiciaires sus-indiqués, et surtout dans le but de mettre un terme aux décisions arbitraires qui eurent lieu dans un grand nombre de circonstances ; il est déclaré ce qui suit : — Jusqu'à ce qu'il soit formé et établi un code complet de lois civiles et criminelles, ainsi qu'une procédure relative au même code, pourvu que ce code et cette procédure soient achevés et mis à exécution dans le terme de trois armées , le conseil suprême de justice des ÉtatsUnis des îles Ioniennes, constitué d'après l'art. 6 de la i sect. de ce chapitre , sera revêtu des pouvoirs suivaris ; i° Le conseil suprême de justice aura cpllectivem eut le pouvoir de préparer les codes civil et criminel sus-indiqués, et la procédure y relative. 2 II réglera la manière dont les cours inférieures et les, cours d'appel de chaque île seront constituées. re

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5o5 DES ILES IONIENNES. 3° Il aura le pouvoir de juridiction dans tous les états des îles Ioniennes de leur dépendance. 4° Il résidera dans la capitale du gouvernement et aura le pouvoir de déléguer son autorité à quelques-uns de ses membres, afin de visiter les différentes îles, si toutefois cette délégation , regardée d'abord comme nécessaire par la cour suprême , était ensuite autorisée par le prestantissime sénat, avec l'approbation de S. Exc, le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 5° En tous cas les délégations de cette nature consisteront en un membre ionien et un membre britannique de la cour, et le prestantissime sénat aura le pouvoir, avec l'approbation de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, de subroger un des juges ou autre personne de ces états, connaissant la jurisprudence pour agir dans cette visite comme membre du conseil suprême de justice. 6P Le sénat aura également le pouvoir de subroger de la même manière un second juge ou autre personne connaissant la jurisprudence, pour remplir, dans le conseil suprême de justice auprès du siège du gouvernement, la place vacante du membre ionien qui serait allé visiter les différentes îles. 7P En cas pareil, S, Exc. le lord haut commissaire aura également le pouvoir dénommer un sujet ionien ou anglais pour agir dans cette visite comme membre du conseil suprême de justice. 8° Son Excellence le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, nommera un sujet anglais ou ionien pour remplir, au conseil suprême de justice, auprès du siège du gouvernement, la place vacante du membre britannique qui sera allé visiter les différentes îles. g, Dans le ças où il serait jugé nécessaire que le conseil suprême de justice envoyât visiter les différentes îles, et qu'il fut impossible ou peu convenable que deux de ses membres s'y rendissent en personne, on admettra, dans les formes sus-indiquées, la subrogation de trois juges ou de trois autres personnes connaissant la jurisprudence, au lieu de deux, en observant toutefois que la cour en visite doit être composée de quatre individus, dont deux Ioniens et deux Ioniens ou Anglais, et que les places au conseil suprême de justice , résidant dans la capitale, doivent être occupées de fa même manière et par un nombre égal. io° Toutes les décisions du conseil suprême de justice en 0


5o 6

CONSTITUTION

visite, seront valides et enregistrées comme décisions du conseil suprême de justice des Etats-Unis des îles Ioniennes. ii° Cette cour suprême aura toute l'autorité inhérente au pouvoir judiciaire , avec toute la latitude nécessaire pour exercer une prompte administration de justicecivile , criminelle et correctionnelle, même dans le cas où il n'existerait pas de code de lois générales et positives, où il n'y aurait pas de formes régulières de procédure, et où l'on aurait à lutter contre des désordres, des abus pernicieux, que d'ailleurs cette cour devra toujours corriger et déraciner. 120 Le conseil suprême de justice étant, pour le moment, le pouvoir suprême judiciaire de ces états, les chefs des gouvernemens locaux, et le secrétaire principal du gouvernement , de la part de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur , remettront les pièces concernant toutes matières judiciaires pendantes devant eux , afin qu'elles soient jugées et définitivement décidées par le même conseil. i5° Les sentences définitives prononcées avant le 16 fé- vrier 1816, jour de l'arrivée de S. Exc. le lord haut commis» saire dans la capitale du gouvernement, ne seront pas comprises dans l'article précédent, à moins que, suivant les formes, usages etrégleinens en vigueur, il n'existe, dans ce moment sur ce sujet, des pétitions devant les autorités locales , ou devant S. Exc. le lord haut commissaire. i4° Le conseil suprême de justice aura exclusivement le pouvoir de décider comme cour de cassation, et toutes les affaires existantes auprès des cours de cassation qui auraient, jusqu'à présent, été en vigueur dans ces états, seront soumises au conseil suprême de justice , pour sa décision. 15° Ce conseil aura le pouvoir de juger sur toute réclamation qui serait faite par une pétition, concernant la violation de quelque forme de procédure ordinaire, de toute loi municipale, de tout statut, tout usage quelconque en vigueur , ou relatif à une prévarication de loi ; mais , en cas pareil, cette cour devra faire un rapport particulier au prèstantissime sénat, afin qu'il puisse prendre en considération la nécessité de punir le juge qui se serait rendu coupable d'actes illégaux. Cependant, avant de prendre une mesure quelconque pour effectuer cette punition , il sera nécessaire d'obtenir la sanction de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 1


DES ILES IONIENNES.

607

IG® Ce conseil aura la juridiction d'appel sur toute autre cour d'appel de ces états dans les cas extraordinaires d'abus judiciaires, ou de prévarication ; et lorsque les parties intéressées s'accorderont à vouloir appeler directement au conseil suprême de justice, sans s'adresser aux cours d'appel inférieures, elles pourront le faire. iy° L'objet de l'institution du conseil suprême de justice étant de fournir un remède aux cas où les juges des cours inférieures se tromperaient dans leurs jugemens , ou décideraient en violation des lois , il est expressément déclaré que ce conseil a le pouvoir et l'autorité, non-seulement de juger les mêmes causes, mais aussi de décider si les pétitions qui les concernent sont frivoles, vexatoires, fondées sur des bases fausses et présentées dans le but de traîner les causes en longueur, et de tracasser la partie adverse. En ce cas le conseil aura aussi le pouvoir de condamner à des amendes, de la manière qu'il le jugera équitable , et ces amendes seront, suivant la même décision, soit au profit du public , soit au profit des parties adverses. i8° Le conseil suprême de justice aura le pouvoir de juger d'après les règles de l'équité, et les principes de la loi, tous les cas et les questions qui lui seraient présentés. Il aura collectivement le pouvoir de régler sa procédure, d'établir ses formes , et d'ordonner les modifications et cliangemens qu'il jugerait convenables dans la procédure des cours inférieures , jusqu'à la formation d'un nouveau code civil et criminel. 19° Il aura collectivement le pouvoir de nommer son secrétaire ou ses secrétaires et ses officiers ministériels, ainsi que d'élire son président, qui, une fois élu , aura le titre de prestantissime chef de la justice, et suivra , en rang , immédiatement S. A. le président du prestantissime sénat des Etats-Unis des îles Ioniennes. 20° Le conseil aura le pouvoir de juger tous les cas de délits publies commis par les fonctionnaires du gouvernement, quels qu'ils soient; mais lorsqu'il lui arrivera d'exercer cette partie de sa juridiction, le conseil suprême de justice sera formé de ses membres ordinaires et de quatre autres individus : deux des membres adjoints seront nommés parle prestantissime sénat, avec l'approbation de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur , et les deux autres , qui pourront être Anglais, seront nommés par S. Exc. le


5o8 CONSTITUTION" lord haut commissaire lui-même. En cas degalité de voix, dans ce conseil, ainsi composé, la voix du prestantissime président du même conseil, sera prépondérante. , 2i° Cette cour aura le pouvoir de veiller sur la conduite de tous les avocats , avoués, notaires , procureurs et autres agens de cette nature. Elle pourra les réprimander, au besoin , quand ils se trouveront judiciairement employés ; elle pourra aussi leur infliger la peine de la prison , de l'amende, ou de la suspension de leurs fonctions , s'ils s'étaient rendus coupables d'avoir manqué au respect dû aux jnges, ou à cette loi de décence qui est essentiellement nécessaire pour le maintien de la dignité, et de l'honneur des établissemens judiciaires. 8. Attendu que l'article précédent contient les dispositions nécessaires pour établir une cour provisoire de justice sous le titre de conseil suprême des Etats-Unis des îles Ioniennes, et pour la maintenir jusqu'à l'époque où le nouveau code de lois civiles et criminelles, ainsi que la nouvelle procédure , serontformés etadoptés; attendu que ces dispositions serviront pour le moment comme réserve, en attendant l'époque future de l'organisation de la constitution définitive de ces états, par rapport au pouvoir judiciaire on déclare ce qui suit; —Lo rsque lesdits codes civil et criminel , et ladite procédure seront formés, ou bien, lorsque les trois années pour lesquelles le conseil suprême de justice est institué, seront révolues, l'assemblée législative de ces états, en vertu d'un message qui lui sera transmis, à cet effet, par S. Exe. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, se réunira en séance , pour prendre immédiatement en considération ce sujet réservé par la constitution , et toutes les déterminations que l'on prendra relativement à 1 organisation définitive des cours locales de justice, ainsi qu'à la formation des codes civil et criminel et de procédure, devront, avant tout, être soumises ( comme dans le cas de la constitution) à S. M. le roi protecteur lui-même : si on obtient la ratification de Sa Bîajesté, le tout sera de suite regardé, et sous tous les rapports , comme partie intégrante delà constitution mêifie de ces étals.


UES ÎLES IONIENNES.

5°9

CHAPITRE Vtl.

Dispositions diverses. SECTION PREMIERE.

Des Privilèges et des Prévarications. Art. 1er. LES membres de l'assemblée législative des EtatsUnis des îles Ioniennes ne peuvent être privés de leur liberté personnelle pour des affaires civiles , durant la convocation du parlement. 2. S. A. le président du sénat, et les sénateurs des EtatsUnis des îles Ioniennes, ainsi que les régens des différentes îles , composant lesdits états , sont également protégés sur l'inviolabilité de leur personne , pour des affaires civiles , pendant le temps qu'ils exerceront leurs fonctions. 3. Tous les fonctionnaires publics sont sujets aux lois du pays dans tous les cas civils et criminels, sauf et excepté les dispositions qui pourront être prises par la suite sur ce sujet. 4« Tout fonctionnaire public peut être suspendu ou puni de toute autre manière, pour causes de prévarications et d'après les dispositions qui seront prises par la suite sur ce sujet. 5. Le pouvoir de suspendre pour causes de prévarication appartient à l'autorité qui a la nomination de l'emploi occupé par le prévaricateur non toutefois sans le consentement de l'autorité, qui approuve cette nomination, sauf et excepté les cas concernant les officiers municipaux , où le pouvoir de suspendre est dévolu aux régens des îles , et le pouvoir d'approuver cette suspension est réservé au sénat. 6. Le pouvoir de suspendre appartiendra également h l'autorité qui approuve la nomination avec le consentement de l'autorité qui a la nomination. y. En cas de suspension d'un emploi, à cause de prévarication , avant qu'aucun ordre soit donné sur ce sujet, on enregistrera lo motif pour lequel cette suspension a eu lieu ,


5 io

CONSTITUTION

et on transmettra une copie de ce registre au fonctionnaire suspendu. 8. Tout fonctionnaire public , suspendu de son emploi pour cause de prévarication , aura droit, dans le terme d'un mois, à dater du moment de la suspension , d'adresser une pétition cà l'assemblée législative , en la priant de prendre en considération les motifs de cette suspension; et l'assemblée législative s'en occupera immédiatement. 9. Si l'assemblée législative ne se trouvait pas réunie dans ce temps, cette pétition sera transmise, toujours dans le terme d'un mois, au prestantissime président de la même assemblée , et sera considérée , sous tous les rapports , comme transmise au corps législatif à l'époque où il se trouve réuni. Ce corps , au moment de sa réunion, décidera immédiatement sur cette pétition présentée dans le terme susindiqué. 10. L'assemblée législative ne pourra pas annuler la suspension d'un fonctionnaire à la simple majorité des suffrages, il faudra le concours des deux tiers des membres présens qui doivent voter à cet effet. 11. En cas qu'aucune pétition ne soit adressée à l'assemblée législative de la manière sus-indiquée , et dans le terme d'un mois, à dater du moment de la suspension d un fonctionnaire public, ou bien dans le cas que cette suspension ne soit pas annulée par l'assemblée législative, le fonctionnaire suspendu sera regardé comme démis, et l'autorité compétente nommera une autre personne à sa place. 12. L'assemblée législative aura elle-même le pouvoir de suspendre des fonctionnaires publics, moyennant les suffrages des deux tiers de ses membres présens , et pourvu qu'elle obtienne en toute circonstance le consentement de l'autorité, à qui il appartiendra d'approuver la nomination. La suspension faite de cette manière ne donne lieu à aucun appel. 13. S. A. le président du prestantissime sénat ne sera sujet à aucune espèce de suspension pendant le temps où il exercera les éminentes fonctions de sa place. 11\. S. A. le président du sénat peut être mis en état d'accusation , pour cause de prévarication, dans le terme de six mois pour qu'il aura cessé d'exercer ses fonctions, pourvu que cette mesure soit sanctionnée par les suffrages au moins de vingt-six membres de l'assemblée législative, et quelle


DES ILES IONIENNES 511 obtienne l'approbation, tant du prestantissime sénat que de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. i5. Le jugement du conseil suprême de justice, relativement aux accusations portées devant lui contre S. A. le président du sénat, ne pourra être mis à exécution que lorsqu'il aura obtenu l'approbation de S. M. le roi protecteur. îG. Tout fonctionnaire public suspendu ou démis de fait, à cause de prévarication , pourra être traduit devant le conseil suprême de justice, sur les accusations de crime d'état ou autre délit qui aurait donné lieu à cette mesure et suivant qu'on le jugera convenable. Si le fonctionnaire public est reconnu coupable , la démission de son emploi ne sera regardée en aucune manière comme une raison pour diminuer sa peine. 17. Une loi spéciale sera faite par la suite , qui définira les crimes d'état et les prévarications , et fixera les peines y relatives ainsi que la manière de prouver des accusations à ce sujet; mais aucune suspension ou démission ne pourra jamais avoir lieu, aucune accusation ne pourra être portée, aucun procès ne pourra être instruit, devant le conseil suprême de Justice , que contre un individu; et jamais un corps de fonctionnaires publics, comme corps, ne sera effectivement suspendu, démis, accusé ou traduit devant une cour. 18. Le pouvoir de démettre de son emploi un fonctionnaire public est réservé à S. M. le roi protecteur , sauf et excepté S. A. le président du sénat, les prestantissimes sénateurs et les très-nobles membres de l'assemblée législative. La volonté de S. M. , à ce sujet, sera déclarée , au moyen d'une autorisation du secrétaire d'état de Sa Majesté. 19. Le pouvoir de différer l'exécution de la peine , en cas de crime détat, est accordé à S. Exc. le lord haut commissaire dé S. M. ; mais le pouvoir de faire grâce, en pareil cas , appartient uniquement à S. M. le roi protecteur. r


5l2

CONSTITUTION SECTION II.

Etablis semen t milita ire. ART. Îc*. La défense militaire des Etats-Unis des îles Ioniennes étant confiée aux soins de S. M. le roi protecteur, le seul établissement militaire régulier consistera dans les forces de Sa Majesté. а. La force militaire des Etats-Unis des îles Ioniennes dans chaque île, consistera dans un corps de milices. 5. L'organisation des milices des Etats-Unis des îles Ioniennes sera dévolue au commandant en chef des troupes de S. M. le roi protecteur dans les mêmes états, d'après l'approbation du prestantissime sénat et de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 4« Le soin général de maintenir la tranquillité du pays étant immédiatement et directement atiaché à l'établissement militaire, la haute police des Etats Unis des îles Ioniennes sera mise sous la direction immédiate de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, et du commandant en chef des forces de Sa Majesté. 5. Aucun officier ne peut être nommé dans les corps de milices des îles Ioniennes , s'il n'est natif de ces mêmes îles. б. S. M. le roi protecteur nommera des inspecteurs et sous - inspecteurs des milices des îles Ioniennes, qui pourront être également des officiers britanniques ou ioniens. 7. Le corps de milices de chaque île sera mis sous la direction des inspecteurs ou sous-inspecteurs nommés par Sa Majesté. 8. Les troupes régulières de S. M. le roi protecteur dans les Etats-Unis des îles Ioniennes, en cas de différends civils, seront sujettes aux lois du pays. q. Les troupes régulières de S. M. le roi protecteur dans ces états, pour ce qui regarde seulement la juridiction criminelle , seront sujettes ii la loi martiale de Sa Majesté. 10. Les milices de ces états sont par conséquent sujettes aux lois du pays, mais lorsqu'elles seront entièrement organisées et mises en activité de service régulier, elles seront soumises à la loi martiale de la puissance protectrice, et


DES ILES IONIENNES, 513 sujettes à être jugées en matière criminelle aux termes de cette loi. 11. Le nombre régulier des troupes de S. M. , fixé pour la garnison de ces îles , est censé être de trois mille hommes, mais il pourra être augmenté ou diminué suivant qu'il sera jugé convenable par le commandant en chef des forces de Sa Majesté. 12. Toutes les dépenses nécessaires pour caserner les troupes régulières de S. M. le roi protecteur, et en général toutes sortes d'autres dépenses militaires extraordinaires à la charge de ces états , seront payées par le trésor général de ces mêmes états, seulement pour ce qui regarde les trois mille hommes sus-indiqués.

SECTION III.

Trésorerie et finances. . i . La direction de la trésorerie générale des Etats-Unis des îles Ioniennes sera confiée à un trésorier; il pourra également être Anglais ou Ionien, et il aura le titre de trésorier général. 2. La nomination et la destination du trésorier des EtatsUnis des lies Ioniennes , est dévolue à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur , et les trésoriers locaux des différentes îles dépendront directement du trésorier général. 3. Le trésorier des Etats-Unis des îles Ioniennes sera responsable de la totalité de la recette et de la dépense de ces états ; il enverra chaque mois un état précis de cette recette et de cette dépense , tant au prestantissime sénat qu'à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. L'année financière dans les Etats-Unis des îles Ioniennes, commencera au premier jour de février et finira le dernier jour de janvier. Le trésorier général soumettra à l'assemblée législative, dans les trois premiers jours de sa réunion , le tableau complet et précis de la recette et de la dépense totale de l'année précédente. 5. Le trésorier général ne pourra faire sortir du trésor la ART

cr

TOM.

IV.

33


CONSTITUTION 5i4 avant d'en avoir obtenu la sanction par somme moindre écrit, tant du prestantissime sénat que de S. Exc. le lord haut commissaire , excepté toutefois Je paiement de la liste civile, sanctionnée par l'assemblée législative, d'après les dispositions de l'art. 35, sect. 3, chap. 3. 6. La règle constitutionnelle qu'en général il faudra avoir soin d'observer (quoiqu'il fût difficile de pouvoir l'observer dans toute sa rigueur ) sera la suivante : chaque île aura le droit de faire des dépenses extraordinaires en proportion du surplusderentes qu'elle aura versées au trésor général, en déduisant les dépenses de la liste civile delà même île; mais la somme de ces dépenses extraordinaires sera déterminée par le prestantissime sénat et par S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, eu égard aux ouvrages de restauration et à d'autres objets militaires. y. Le trésorier général en soumettant à l'assemblée législative son compte rendu de la dépense annuelle, le partagera en deux parties ; savoir : ordinaire et extraordinaire. L'assemblée législative aura le pouvoir d'accorder ou de refuser son approbation en ce qui concerne l'exactitude des comptes qui lui sont présentés de cette manière. 8. La perception de la rente publique dans les différentes îles , sera réglée dans toutes ses branches par le prestantissime sénat, avec l'approbation de S. Exc. le lord liâut commissaire de S. M. le roi protecteur; et toutes les personnes employées à la perception desdites rentes, seront reconnues par les mêmes autorités. 9. Le prestantissime sénat, toujours avec l'approbation de S. Exc. le lord haut commissaire, réglera les formes d'administration des rentes publiques , et la gestion des mêmes rentes dans ces états. 10. Tonte augmentation, altération, ou modification qu'on voudrait faire au système actuel d'impôts, ne pourront avoir lieu que par un bill présenté à l'assemblée législative dans les formes prescrites. 11. Comme il est de la plus grande importance que les diverses contributions directes et indirectes, des différentes îles , soient rendues uniformes et distribuées dans une égale proportion , autant que cela est compatible avec les différences des circonstances locales des mêmes îles, on déclare qu'il est urgent d'adopter des mesures à cet égard.


DES ILES IONIENNES. 5 rS 12. L'uniformité des poids et mesures , et rétablissement dune monnaie nationale courante , sont également des objets de la plus grande importance pour tous les états; on prendra en conséquence des dispositions relatives à ce sujet aux termes de l'article précédent.

SECTION IV.

Des relaitons extérieures. Art. 1 . Attendu que dans la dernière partie du septième article du traité de Paris, il est convenu qu'on n'admettra dans ces états , de la part d'une puissance quelconque , aucune personne qui jouisse ou prétende jouir d'aucun pouvoir; outre ceux qui sont définis par le même article du même traité, on déclare ce qui suit : Tout individu qui prendrait une autorité quelconque en qualité d'agent d'une puissance étrangère, excepté ce qui est déjà convenu, pourra être traduit devant le conseil suprême de justice , et sera sujet, en cas qu'il soit reconnu coupable, aux peines prononcées dans le cas de haute trahison contre l'état. 2. Aucun individu natif ou sujet des Etats-Unis des îles Ioniennes ne pourra exercer les fonctions de consul ou de vice-consul d'une puissance étrangère quelconque, auprès des mêmes états. 3. Les consuls britanniques, auprès des puissances étrangères, sans exception, seront considérés comme ayant le caractère de consuls ou vice-consuls des États-Unis des îles Ioniennes , et les sujets des mêmes îles auront droit à leur entière protection. 4- Toute demande quelconque qu'il conviendrait à ces états de faire à une puissance étrangère, sm-a transmise par le prestantissime sénat à S. Exe. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, qui la fera parvenir au ministre du roi protecteur, résidant auprès de la même puissance, afin que cette demande lui soit présentée par le même ministre dans les formes prescrites. 5.. L'approbation de la destination de tout agent ou consul étranger auprès des États-Unis des lies Ioniennes, sera donnée Sû: er


516 CONSTITUTION par le prestantissime sénat, par l'organe de S. A. le président et avec l'assentiment de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 6. Dans la vue d'assurer la plus grande perfection au commerce de ces états, tous les bâtimens qui navigueront sous pavillon ionien , avant de sortir des ports des états ioniens, auxquels ils appartiennent, devront être munis d'un passe-port donné par S. Exc. le lord haut commissaire, et sans ce passeport aucune navigation de tous bâtimens, quels qu'ils soient, ne sera considérée comme légale. Il est en même temps réservé à S. M. le roi protecteur de décider s'il ne serait pas nécessaire , indépendamment de ce passe-port maritime , signé par le lord haut commissaire, de se pourvoir d'un passe-port donné par l'amirauté de la Grande-Bretagne dans la Médi- terranée. SECTION V.

De la Salubrité publique. Art. i . Attendu que l'état protecteur et!'état protégé ont également droit et intérêt au grand objet de la salubrité publique, il est ici déclaré que la direction de la salubrité pour les Etats-Unis des îles Ioniennes, est dévolue à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, et qu'il lui appartiendra de régler, d'après les disciplines sanitaires, la quarantaine qu'on devra faire, en publiant les avis et notifications nécessaires. Il fixera le nombre des employés, et nommera, dans chaque île, le chef ou magistrat de santé, qui pourra être également sujet britannique ou ionien, mais toute nomination à cet office sera sujette à l'approbation du prestantissime sénat. Pour ce qui concerne le nombre des autres agens du même office, et leurs appointemens, cela sera pris en considération par l'assembiée législative, comme nous avons déjà dit en parlant de ce qui regarde la liste civile. 2. L'office de la poste, dans chaque île, sera dorénavant considéré comme partie intégrante de l'office de la salubrité publique. er


DES ILES IONIENNES.

517

SECTION VI.

Du pavillon et des armes de la nation. Art. I . Le pavillon de commerce de la nation des EtatsUnis des îles Ioniennes, de la manière qu'il est ordonné au 7 article du traité de Paris, sera l'ancien pavillon de ces états, en y ajoutant l'union britannique, qui y sera incorporée à l'angle supérieur, près de la lance. 2. Le pavillon britannique sera arboré journellement dans tous les forts des Etats-Unis des îles Ioniennes ; mais, dans les jours de fêtes et de réjouissances publiques , on arborera un pavillon qui sera fait exprès, et d'après le modèle des armes desdits états. 3. Les armes des Etats - Unis des îles Ioniennes consisteront dorénavant dans les armes britanniques au centre , entourées des armes de chacune des îles composant lesdits états. 4. Les armes de chacune des îles seront formées par les armes particulières de l'île, et par un emblème indiquant la protection du roi protecteur, de la manière qu'on le jugera convenable. ER

e

SECTION VII.

Clauses générales. Art. i . Il est réservé à S. Exc. d'appeler par un message l'attention de l'assemblée législative sur toutes sortes de sujets qu'on trouverait avoir été omis, ou négligés. par la présente charte constitutionnelle, et ce message aussitôt reçu, l'assemblée législative sera censée réunie sous cette clause, pour procéder sans délai à l'examen des matières qui viennent de lui être soumises par S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, il est bien entendu que toute délibération que l'assemblée législative pourrait prendre dans ces circonstances, devra obtenir la ratification de S. M. le roi protecteur ; après quoi, cette délibération sera considérée faire partie de la même charte constitutionnelle. 2. Comme il pourrait se présenter des cas auxquels on n'aurait pas pourvu directement par la présente charte constitutionnelle, dans ces circonstances, on aura recours, er


5.8 CONSTITUTION par analogie, à la même charte, et les règles et les principesgénéraux déjà exposés dans un cas, seront censés applicables à tous les cas de même nature, et qui sont susceptiblesde la même application, quoique le cas dont il s'agirait, n'eut pas été particulièrement spécifié dans la même charte constitutionnelle. 3. Danslescasde transaction maritime, et de la perception des contributions indirectes, il appartiendra aux autorités compétentes d'employer des sujets britanniques ou ioniens. Il y aura un bureau général d'imprimerie clans les Etats-Unis des îles Ioniennes, qui sera établi dans la capitale du gouvernement. La presse sera placée sous la direction immédiate du prestantissime sénat et de S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, et sous la surveillance immédiate du secrétaire du prestantissime sénat pour le département général. Aucune autre imprimerie ne pourra être établie dans ces états que d'après l'autorisation du prestantissime sénat, sanctionnée par Son Excellence. 5. Une loi spéciale fixera le temps, les titres et les formes pour la naturalisation des étrangers dans ces états; mais lessujets de S. M. leroiprotecteur acquerrontea touscasle droit de naturalisation par la moitié du temps prescrit pour ceux de toute autre puissance étrangère. D'ailleurs un individu, soit de la puissance protectrice , soit de toute autre puissance étrangère , peut être toujours naturalisé au moyen d'un bill, spécial sans égard à aqcune période fixe de résidence dans ces états, ce qui sera exposé dans la même loi. C. S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur, indépendamment de tous les autres pouvoirs qui lui sont déjà dévolus, aura le droit d'assister aux séances de l'assemblée législative, et à celles du sénat, toutes les fois qu'il le jugera convenable. y. Malgré les dispositions contenues dans la première section de ce chapitre, relativement aux formes générales de procéder dans le cas de prévarication , le pouvoir de suspendre de leurs fonctions ou de destituer de leurs places les sujets britanniques est exclusivement réservé à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M. le roi protecteur. 8. Les peuples ioniens auront droit, plein et entier, soit en corps , soit individuellement, d'adresser des réclamations et des pétitions à S. M. le roi protecteur. Les pétitions des individus seront adressées au secrétaire de S. M. ; celies des


5lO ■cours, des fonctionnaires publics seront transmises au même secrétaire d'état, pour être soumises à S. M. elle-même. Pour faire parvenir ces réclamations ou pétitions, il sera toujours nécessaire de recourir à S. Exc. le lord haut commissaire de S. M., en lui donnant une copie exacte de ces réclamations, pétitions ou mémoires, à l'époque où on les fait. 9. En cas de mort, d'absence nécessaire , ou d'indisposition de S. Exc. le lord haut commissaire, la personne ou les personnes qui seront chargées par lui, avec son autorisation signée de sa main et scellée des armes de son seing, d'exercer les hautes fonctions que son souverain lui a confiées, seront regardéespro tempore comme revêtues de toute l'autorité et de tous les pouvoirs qui sont accordés à la personne même de S. Exc. le lord haut commissaire du roi protecteur de ces états. 10. Attendu que parle passé les secrétaires et autres employés , croyant sans doute avoir quelque responsabilité , se refusaient quelquefois à l'exécution des ordres qu'ils recevaient, il est expressément déclaré que toute responsabilité cesse relativement aux employés subalternes, et le premier devoir de leur place est d'exécuter les ordres de leurs supérieurs, qui seuls sont responsables. 11. Dans le cas où des places laissées vacantes à cause de mort ou par tout autre motif sont occupées par d'autres personnes , il est déclaré que le remplaçant ne restera en place que le temps que devait y rester la personne qui la laissait vacante. 12^ Considérant que la présente charte n'a fait que poser les bases de la nouvelle constitution de ces états , et qu'il est nécessaire avant tout de préparer sans délai les lois convenables pour mettre à effet cette même constitution , on déclare ce qui suit : i° l'assemblée législative actuelle, dès que l'on connaîtra la volonté de S. M. le roi protecteur, relativement à la ratification de cette charte, sera regardée, à l'époque de sa réunion, comme le premier parlement des Etats-Unis des îles Ioniennes. 20 La réunion de cette assemblée , au lieu de se tenir au premier mars, jour indiqué par la charte, fera l'ouverture de ses séances trois jours après la promulgation de la ratification de cette même charte ; et la seconde réunion commencera au premier mars 1819, ainsi qu'il est prescrit par la charte constitutionnelle. DES ILES IONIENNES.


520

CONSTITUTION DES ILES IONIENNES.

Nous, ayant vu et considéré la susdite charte constitutionnelle, avons, au nom et de la part de S. M., dûment ratifié la même charte, en tous et chacun de ses articles et clauses ; ainsi que parles présentes , nous les ratifions pour S. M., ses héritiers et ses successeurs; en conséquence, et pour sa plus grande validité, nous avons signé les présentes au nom et de la part de S. M., et y avons fait apposer le grand sceau du royaume-uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. Donné à notre pavillon royal , à Brighton , le 26e jour d'août de l'année de N. S. 1817, et dans la 57 année du règne de S. M. Au nom et de la part de S. M., e

GEORGES

EIN DU TOME QUATRIÈME.

P. Pu


TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME.

POLOGNE. Pag.

Précis de l'histoire du gouvernement de Pologne.. 5 I. De la Pologne depuis le 6e siècle jusqu'à l'avéneinent de la dynastie de Piarten842.. § II. Dynastie de Piart jusqu'à Jagellon (842-1586). 5 III. Jagellon.— Etablissement des nonces,extinction des Jagellons ( i3861572 ) 5 IV. Depuis l'extinction des Jagellons jusqu'à l'origine du liberum veto

(i572-i65a)j

*696) 2

4 6

12

18

S V. Depuis le liberum veto jusqu'à l'avènement delà maison de Saxe ( 1652

2^

S VI. Maison de Saxe, jusqu'au partage de 1774.. . a5 § VII. Depuis lepartagede 1774 jusqu'au partage définitif de 1790 4a § VIII. Depuis le dernier démembrement jusqu'à nos jours ( 1797-1816 ). 54 Constitution du royaume de Pologne du mois de mai 1791..... 58 Constitution du duché de Varsovie 75 Charte constitutionnelle du royaume de Pologne de i8i5 85 Constitution de la ville libre de Cracovie 104

HONGRIE. Précis de l'histoire des institutions de Hongrie.... 109 PREMIÈRE PARTIE.

De la Hongrie jusqu'à l'avénement des empereurs. 111 TOME IV.

[■

. '.

< uc

SECONDE PARTIE.

De la Hongrie depuis l'avénement de la maison d'Autriche jusqu'à nous. 120 Constitution ( non écrite ) du royaume de Hongrie. i56

34


522

TABLE.

ITALIE. Pag.

Précis de l'histoire des peuples et des gouvernemens de l'Italie Ch. I. Chute de l'empire d'Occident- —Odoacre. —Théodoric.—Royaume d'ItalieCh. II. Lombards. — Venise. — Duché de Bénévent. — République romaine.Ch. III. Charlemagne — Fin du royaumedes Lombards. — Carlovingiens. — Rois italiens Ch. IV. Othon-le-Grand. — Réunion de l'Empire et deEItalie.— GrégoireVII. — Puissance papale Ch. V. Normands. — Royaume de Naples. — Villes libres de la Lombardie. — Gênes, Pise Ch. VI. Frédéric I . — Constitutions de la ligue lombarde. — Podestats. — Venise. — Gênes. — La comtesse Mathilde... Ch. VII. GUelfes et Gibelins. — Frédéric II. — Charles d'Anjou. — Vê-

i4$

ib.

i53

15g

Pag.

— Les Sforce. 199 Ch. X. Guerre des Français en Italie 206 Ch. XI. Guerre de la succession d'Espagne. — Maison de Savoie. — Victor Amédée II. — Royaume de Sardaigne. — Don Carlos. — Paoli. •—Joseph II 212 Ch. XII. Napoléon Bonaparte.—Républiques italiennes. — Royaume d'Italie. — Révolution de

1814 Extrait du congrès de Vienne , constituant les états d'Italie

165

iya

er

176

pres-Siciliennes. — Royaume de Sicile 184 Ch. VIII. Chute des républiques italiennes. — LesVisconti.—Duché de Milan.— Rienzi.—Royaume des Deux-Siciles.. 190 Ch. IX. Venise et Gênes. — Florence. — Constitution. —-Les Condottieri.

218 223

ROYAUME LOMBARDVÉNITIEN. Constitution (non écrite) de Venise Edit de la municipalité de Milan sur l'abolition des ••• titres Constitution de la république cisalpine (1797).. Proclamation du congrès cispadan aux peuples de Bologne, Ferrare, Modène et Reggio Modène. — Acte d'abolition de la féodalité Acte constitutionnel du royaume d'Italie (an 10). Lois organiques sur le clergé Statut constitutionnel (7 mars 1800). ! Statut constitutionnel (27

2^1

239 241

286 287 288 5oo 302


5a3

TABLE. mars 1800) Statut constitutionnel (5 juin 180a) Statut constitutionnel (16 février 1806) Statut constitutionnel (20 décembre 1807) Décret impérial ( 19 noveinbre 1807). ........ Décret impérial ( 20 décembre 1807) Statut impérial (3o mars 1806). Constitution du royaume lombardo - vénitien ( 24 avril 1815)

Pag5o3 507 317

LUCOUES

Ib. 3i8

historique.. Lois constitutives

Notice

383 383

3i8

ÉTATS DE L'ÉGLISE.

019

Constitution de la république romaine 388 Constitution donnée par S. S. le pape Pie VII aux états romains ( 6 juillet j \ '

021

„ ROYAUME DE SARDAIGNE. Constitution (non écrite) des états composant le royaume de Sardaigne.. 3*8 Constitution ( non rente ) 002 de Cènes Convention stipulée a Montébello (5 et 6 juin

*797)

Pag* Convention de la république ligurienne 557 Notice historique sur Gê"nés et la Sardaigne 38i

l8l6

5

ROYAUME DE NAPLES. ,k, royaume ._ { C0M. Naples Stalu

Constilution ig

titutionnel(aojoini8o8). 434

Constitution Sicilienne... 44>

335

ILES IONIENNES. 465 Notice historique Constitution des Etats-Unis des îles Ioniennes.—Proclamation du haut commissaire ( 19110V. 1816). 467

Proclamation contenant la nomination des membres et du président du conseil primaire (7 janv. 1817 ). 471 Constitution(28 déc. 1817). 47a

FIN DE LA TABLE DU QUATRIÈME VOLUME.


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