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( 34 ) maudissent le Dieu au nom souvent même duquel on leur a extorqué un vœu aussi barbare. Vivre dans le célibat étoit une flétrissure que le temps même ne pouvoit effacer. A trente ans il falloir allumer le flambeau de l’hymenée , ou s’attendre à traîner une vie ignominieuse. Venoit-il à mourir un célibataire , son corps ne recevoit pas les honneurs de la sépulture. On le livrait en proie aux animaux voraces , et un homme s’écrioit : ainsi sera traité quiconque ne remplira pas ce précepte de l’Auteur de la nature : Crois et multiplie. Quand les mœurs sont aussi simples , il est rare que l’agriculture ne soit pas en honneur. Aussi l’étoit-elle beaucoup. Il n’est sorte d’égards que l’on n’eût pour quiconque s’adonnoit à un art aussi utile , et jamais commis n’en laissoit se morfondre dans son anti-chambre. Le mot paysan n’existoit point. Un habitant de la campagne s’appelloit tout bonnement un habitant de la campagne ; et pêchât - il cent fois contre la grammaire en un instant , il n’en étoit pas moins estimé. Qu’importe les fautes de la langue, quand on sert bien son pays? Qu’a-

Le Songe, suivi du Discours d'un nègre conduit au supplice  

Camus-Daras, Nicolas-René / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Anti...

Le Songe, suivi du Discours d'un nègre conduit au supplice  

Camus-Daras, Nicolas-René / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Anti...

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