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SAISONS

TU N I S I E N N E S

CULTURE Klee & Macke, le voyage de Tunis CARNET DE ROUTE Étoile de berger ESCAPADE En longeant les méandres de l’oued Melah

Les trésors cachés de la

CÔTE NORD


Avec nos guides, de Tunis à Djerba en passant par Hammamet et Sousse, vous apprécierez une Tunisie authentique parfois insolite. Vous voyagerez hors de sentiers battus grâce à une description vivante et une approche contemporaine des villes et régions de Tunisie.

Pour pénétrer dans les secrets de la Tunisie.... … et dans l’intimité de ses médinas

Des plans pour vous orienter dans vos pérégrinations et vous aidez à aller directement à l’essentiel. Une présentation simple et pratique, des pictogrammes tout en couleurs vous permettront de repérer sites, musées, monuments, et autres curiosités des médinas tunisiennes.


Raja Skandrani Saisons Tunisiennes change de look et devient un mensuel pour voyager à la découverte de la Tunisie, ses paysages, ses villes de culture, ses lieux de farniente. Photojournalistes, grands reporters, écrivains de voyage ou chercheurs s’adresseront à un lectorat désireux de mieux connaître, de mieux apprécier et mieux comprendre la Tunisie. Exclusivement en version numérique, vous pourrez le feuilleter quand vous voudrez, où que vous soyez. Notre audience ne se mesurera pas en nombre clicks mais en nombre de lecteurs et lectrices passionné(e)s de la Tunisie qui le rechercheront pour son contenu. C’est ce que nous voulons et c’est l’essentiel.

Pour ce premier numéro, nous vous raconterons la vie des bergers tunisiens avec leurs vastes troupeaux remontant du sud vers le nord au début du printemps. Nous essayerons de vous transmettre notre passion pour la côte nord où se succèdent criques, caps et falaises, plages de sable fin, pinèdes et maquis. Et pour conclure nous vous inviterons à entreprendre une belle randonnée le long des méandres de l’Oued Mellah dans les Mogods avant de vous relater le « Voyage de Tunis » de Klee et Macke dont le choc de la lumière et de la couleur sera déterminant sur leurs œuvres. Nous vous souhaitons d’agréables moments de lecture, de détente, de découverte et d’émotions.


AU FIL DES PAGES

GRANDS ESPACES

REPORTAGE

ESCAPADE

QUATRE PHOTOS panoramiques des hauts lieux de la Tunisie. Dans ce numéro “Grands Espaces propose l’envol de flamants roses sur le lac de Tunis, la visite du site de Hammam Zouakra, la cmapgne tunisienne et lemarabout de Sidi Abderahmane à Kef Rand.

ÉTOILE DE BERGER Avant que l’usage du camion ne se banalise chez les paysans, le spectacle n’était pas rare de vastes troupeaux remontant du sud vers le nord le long des routes, au début du printemps. Les bergers avaient fait précéder leurs familles à leur lieu de destination à dos d’âne et, formant un groupe d’hommes aguerris, ils les rejoignaient à pied en laissant leurs brebis profiter de l’herbe du bord de la route.

OUED MELLAH Ici on se trouve au NordOuest de la Tunisie à quelques dizaines de kilomètres de la frontière algérienne. À proximité serpentine la Medjerda, le plus grand fleuve de Tunisie et le seul à couler toute l’année; l’oued Melah s’y déverse et alimente aussi le Lac Ichkeul. L’oued Melah traverse les Mogods, région montagneuse de la Tunisie septe,trionale qui sépare la région de Kroumirie de celle des Bizerte.

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Copyright 2012 by SRJ Édition. Toute reproduction intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, faite sans le consentement écrit et préalable de l’éditeur est illicite et constitue une contrefaçon donnant lieu à des sanctions pénales. contact@saisonstunisiennes.com


DÉCOUVERTE

LES PLUS BELLES PLAGES DE LA CÔTE NORD Toute la côte nord, où se succèdent criques, caps et falaises, plages de sable fin, pinèdes et maquis... est riche en surprises et émerveillements. Le décor est très beau et laisse un "sentiment de plénitude" aux visiteurs. Tout au long de ses 400 kilomètres, la côte nord tantôt déchiquetée, tantôt souriante et mélancolique, offre la vision d'une Tunisie à l'état brut, sans maquillage ni concession. Ici la terre et les hommes affrontent depuis des siècles les assauts furieux de la nature et les vicissitudes de l'histoire. La turbulence des eaux, la violence des vents dans cette région et le va-etvient incessant des vagues ont entraîné un éclatement des falaises surtout dans les parties basses de la côte et formé de belles criques de sable fin entrecoupées par des promontoires rocheux. Dans cette côte “encore” sauvage, violente et belle, le temps s'écoule au rythme des saisons.

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CULTURE

KLEE & MACKE, LE VOYAGE DE TUNIS. Au printemps 1914, Klee et Macke font un voyage en Tunisie. Le choc de la lumière et de la couleur sera déterminant sur leurs œuvres où la géométrie éclate en taches multicolores. À leur tour, les peintres tunisiens affirmeront dans leurs toiles la tradition arabo-musulmane…

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GRANDS ESPACES

ENVOL DE FLAMANTS ROSES SUR LE

LAC DE TUNIS


Le flamant rose - Phoenicopterus roseus est une sous-espèce endémique qui se rencontre spécialement autour du bassin méditerranéen. La Tunisie abrite en hiver jusqu’à 100 000 individus sur les lacs, sebkhas et chotts. Juchés sur leurs fines échasses qui leur donnent cet air fragile, les flamants roses se toilettent et se querellent dans un bruit étourdissant. Leur cou flexible est muni d’un bec conçu pour filtrer la vase salée. Ils désenvasent la tête renversée.

Avec la langue, ils aspirent la vase et la refoulent ratissant ainsi les micros algues et les micros crustacés. Des peignes cornés retiennent les crustacés rouges qui leur donnent cette couleur rose. Chaque année les flamants roses, en provenance d’Espagne, d’Italie et même de Turquie nichent dans les zones humides qui jouxtent notre capitale ; lac de Tunis et lac Sejoumi et ce depuis la plus haute antiquité.


GRANDS ESPACES

THIGGIBA -ZOUAKRA


La ville berbéro romaine de Thiggiba, dont le site aujourd'hui porte le nom de Hammam Zouakra est unique en Tunisie et sans doute en Afrique du nord. Elle a été bâtie sur le plateau des Ouled Ayar dans une région connue pour le nombre important de ses sites archéologiques. L'historien, Mustapha Khanoussi, a découvert le nom de la cité en traduisant une inscription funéraire s'adressant à un défunt. "Tigimma te genuit,

tenet Thigibbasepultum": Tigimma t'a engendré, Tiggiba (te) tient enseveli. La superficie estimée de l'étendue des ruines est d'environ 80 hectares. Fouillé qu'en certains endroits le site de Thiggiba est méconnu des savants et ignoré du grand public. Cette cité existait déjà au début du IIIème siècle av. J.-C. comme le prouvent les tessons de céramique ramassés sur le site.


GRANDS ESPACES

LA

CAMPAGNE

TUNISIENNE


Pays de pluies moyennes la Tunisie est favorable à la vie agricole. La Tunisie est caractérisée par l'étendue de ses plaines, comme celles du Mornag ou de Mateur ou mieux encore par des plaines alluviales de la région orientale avec leurs dépressions lagunaires salées ou "sebkha". Dans les plaines où pas un pouce de terrain n'est aujourd'hui en friche, les agriculteurs se livrent à la culture des céréales, des vignes, de l'olivier, des légumes et des fruits.

Mais en Tunisie on rencontre aussi les hautes montagnes de la dorsale tunisienne. Sur le versant méridional commence la zone des steppes aux vastes étendues monotones brûlées par le soleil et subitement revêtues, après les pluies d'hiver, d'un riant tapis d'herbes et de fleurs. À la monotonie de ses steppes s'oppose des petites collines fauves et des vallons qu'égaye la verdure des oliviers.


GRANDS ESPACES

DJEBEL

SIDI ABDERAHMANE


Cette montagne majestueuse qui coupe le Cap bon en deux parties différenciées, culmine au pic du Kef Rand à 602 mètres. Le Djebel Sidi Abderahmane est couvert en grande partie de garrigues et de chênes kermès. Au sommet, à l’emplacement du marabout plusieurs points de vue offrent un panorama exclusif sur les deux facades du Cap Bon.

Plusieurs petits oueds y prennent source avant de se déverser, s’ils ne sont pas retenues par des barrages, dans la mer.

Sidi Abderahmane est un lieu de pélerinage très fréquenté surtout au début du printemps. Le marabout difficile d’accès est pittoresque et unique en son genre.


REPORTAGE

Par Raouf Seddik Agriculteur, journaliste à la Presse de Tunisie, auteur dʼarticles à caractère historique et philosophique.

Reportage photos Raja Skandrani


ÉTOILE DE BERGER Avant que l’usage du camion ne se banalise chez les paysans, le spectacle n’était pas rare de vastes troupeaux remontant du sud vers le nord le long des routes, au début du printemps. Les bergers nomades avaient fait précéder leurs familles à leur lieu de destination à dos d’âne et, formant un groupe d’hommes aguerris, ils les rejoignaient à pied en laissant leurs brebis profiter de l’herbe du bord de la route et, parfois même, chacun le sait bien, un peu plus à l’intérieur des terres cultivées.


Durant de longues journées, ils avalaient les kilomètres en compagnie de leurs bêtes et n’avaient pour tout gîte, une fois la nuit tombée, que leur «qachabiyya » : un manteau de laine particulièrement efficace contre le froid que certaines femmes expertes, parmi cette population nomade, tissent de leurs propres mains à partir de la laine prélevée sur les brebis en ce jour très festif de la tonte («Ez-zez »). De nos jours, ces gens ont été largement sédentarisés: soit qu’ils aient été convertis à l’agriculture ou au commerce soit qu’ils aient été employés par les grandes fermes d’Etat. Les ber-

gers qui sont restés fidèles à ces mouvements de migration saisonnière se sont adaptés à l’époque : ils chargent leur bétail sur un gros camion et, qu’ils viennent de Sidi Bouzid, de Kairouan ou d’El Fahs, ils débarquent en une journée sur les zones de pâturage du nord du pays. On les aperçoit, avec un peu de chance, aider les brebis à descendre une à une du camion, installer la tente ou planter la clôture qui, la nuit, protègera le troupeau de l’attaque des chacals ou de l’audace des maraudeurs. Certes, les chiens sont toujours là, nombreux et tout aussi indispensables.


Cette année, la plaine d’Utique n’a pas connu l’affluence des années habituelles. Les bonnes récoltes du centre de la Tunisie n’ont guère incité les bergers du Sahel et du Kairouanais à prendre la route du nord. Ceux qui y sont venus dès avril peuvent néanmoins s’en réjouir : c’est d’autant moins d’espace à partager. Deux ou trois troupeaux profitent seuls de ces vastes terres de la vallée de la Medjerda, sur des centaines d’hectares, en ce lieu entouré de chaque côté de murailles de collines. Lorsque les premières parcelles cultivées en avoine seront récoltées dans les voisinages, sous forme de bottes de fourrage, dès le début du mois de mai, les propriétaires de troupeaux iront négocier avec l’agriculteur le loyer du pâturage – la «aâchaba» - dont le montant dépend bien sûr des saisons, mais aussi de la durée d’occupation de la parcelle et, également, de la plus ou moins grande quantité de restes de récolte qui seront demeurées

Durant de longues journées, ils avalaient les kilomètres en compagnie de leurs bêtes et n’avaient pour tout gîte, une fois la nuit tombée, que leur «qachabiyya » : un manteau de laine particulièrement efficace contre le froid que certaines femmes expertes, parmi cette population nomade, tissent de leurs propres mains à partir de la laine prélevée sur les brebis en ce jour très festif de la tonte («Ez-zez »).


sur le sol… Les épis ainsi que la paille fine sont très recherchés ! Mais la vie nomade du berger semble à ce point enracinée dans le monde rural tunisien qu’on ne peut concevoir tout à fait que disparaisse du bord de nos routes le spectacle des hommes menant leurs troupeaux. C’est vrai, ce sont le plus souvent de petits troupeaux d’une quinzaine de bêtes, que conduit un vieillard avec son chien, parfois avec sa femme ou un ami. Beaucoup d’ouvriers agricoles, dénués de terre, meublent ainsi leur retraite. Mais beaucoup d’autres en font aussi la matière d’une seconde activité, confiant le soin de faire paître les bêtes à leur femme et à leurs enfants, à tour de rôle, et prenant la relève en fin de journée et durant les jours chômés : à l’approche de l’Aïd, la vente de quelques moutons aidera à préparer un mariage, à ajouter une pièce à la maisonnée, à se payer un nouveau poste télé… C’est le cas de Mohamed, un ouvrier agricole qui travaille du côté de Aïn Ghelal, et dont les deux plus jeunes fils, bien que scolarisés au collège, sont souvent aperçus en compagnie d’un ou deux amis du village, avec lesquels ils font pâturage. Youssef, lui, est berger professionnel. Il travaille non loin de Mateur dans une ancienne ferme d’Etat, devenue depuis quelques années une « Société de mise en valeur agricole ». Son contrat, c’est la règle dans ce domaine, est renouvelé chaque année, vers le mois de mars. C’est à ce moment là, du reste, que sa part des nouvelles naissances lui est donnée : une part qui, selon les fermes, varie de 10 à 15% des agneaux. Dans son cas, c’est 12%. A quoi s’ajoutent 5 sacs de blé et 5 sacs d’orge pour chaque centaine de têtes d’ovins. Sa part de bêtes, il ne peut la garder : « Si le gérant de la société m’en offre un bon prix, explique le berger, je les lui cède et ils restent dans le troupeau. Sinon, je dois trouver acquéreur sur le marché ».


C’est vrai, ce sont le plus souvent de petits troupeaux d’une quinzaine de bêtes, que conduit un vieillard avec son chien, parfois avec sa femme ou un ami. Beaucoup d’ouvriers agricoles, dénués de terre, meublent ainsi leur retraite. Mais beaucoup d’autres en font aussi la matière d’une seconde activité, confiant le soin de faire paître les bêtes à leur femme et à leurs enfants, à tour de rôle, et prenant la relève en fin de journée et durant les jours chômés : à l’approche de l’Aïd, la vente de quelques moutons aidera à préparer un mariage, à ajouter une pièce à la maisonnée, à se payer un nouveau poste télé…


Depuis son enfance, il a accompagné son père en s’établissant dans plusieurs régions. Le point de départ a été Sejnane, une ancienne bourgade berbère à mi-chemin entre Bizerte et Tabarka, mais qui a eu aussi un passé minier à l’époque de la présence française. Puis ce fut Mjez El Bab et, enfin, Béja. Aujourd’hui, son père a pris de l’âge et c’est lui qui tend à prendre la relève. Son métier, il le juge difficile : « Il faut sans cesse que quelqu’un soit éveillé la nuit, pour qu’au moindre aboiement l’un d’entre nous aille voir ce qui se passe ». Lorsque la période

des mises bas arrive, des dizaines de naissance peuvent avoir lieu la même nuit. Il n’est pas question que le berger s’en désintéresse : des complications peuvent être fatales, pour la brebis comme pour l’agneau. « Quand l’hiver est rigoureux, et c’était le cas cette année, les nuits deviennent très longues », lâche-t-il. Mais, d’une façon générale, c’est le risque du vol - jamais tout à fait absent – qui maintient éveillé. «En toute saison, et parfois même en plein jour », martèle le jeune berger. Surtout la nuit et en particulier quand elle est pluvieuse : le bruit de


C’est pourquoi le bon berger, nous apprend Youssef, n’est pas seulement celui qui connaît bien les brebis et les moutons, c’est aussi celui qui connaît bien les chiens et qui sait reconnaître parmi eux les bons gardiens, ceux dont la vigilance ne se laisse pas tromper.

l’intrusion se trouve couvert par celui de la pluie, et les chiens eux-mêmes sont tentés de rester bien à l’abri. C’est pourquoi le bon berger, nous apprend Youssef, n’est pas seulement celui qui connaît bien les brebis et les moutons, c’est aussi celui qui connaît bien les chiens et qui sait reconnaître parmi eux les bons gardiens, ceux dont la vigilance ne se laisse pas tromper. Car le chien est un auxiliaire indispensable : à la fois contre le loup et contre son cousin… «Le voleur n’est-il pas le cousin du loup ?» En effet, pour les chasser l’un et l’autre, il suffit de

leur faire peur. Pour Youssef, travailler dans une ferme comporte quelques inconvénients. «En principe, le rôle du berger est de garder le troupeau, de veiller à sa bonne santé et, la nuit, de le protéger. Or voilà qu’on nous demande de prendre le tracteur pour nettoyer la bergerie, pour aller chercher les sacs de compléments alimentaires…». Une révolte au parfum de nostalgie de l’itinérance? Youssef confirme : «J’y pense souvent. Ma « Bît ech’chaâr » (tente) est prête.» Le seul problème, c’est la scolarité des enfants. Qu’à cela ne tienne. Les grandsparents, en restant à demeure, permettent de le résoudre. C’est une formule qui semble éprouvée. «En travaillant à mon propre compte, tous les gains seront pour moi». En fait, même quand elle est envisagée, l’itinérance est souvent une solution provisoire, un moyen de se constituer un petit pactole pour monter ensuite un projet. Car en partant sans ses parents et sans ses enfants, plus rien n’est comme avant. Tandis que les dangers, eux, sont les mêmes : le loup et le « cousin du loup », mais aussi les maladies et ces herbes mortelles que la brebis broute en toute insouciance, telles celle qu’on appelle ici «klakh» ou «diryess».


ESCAPADE

Point de départ Distance kilométrique Etat de la route Durée du parcours Véhicule Durée de la Randonnée Accès Dénivelé

Tunis 90 km Bon 70 minutes Tourisme 2 heures Facile Variable


FLÂNERIE LE LONG DE

L’OUED MELAH UN HORS SENTIERS,

AU CŒUR LE PLUS INTIME,

LE PLUS ISOLÉ DE LA RÉGION


CAP SERRAT

OUED MELLAH GHAZELA

ARIANA

MATEUR

TUNIS

Comment s’y rendre

Prendre la direction de Bizerte en empruntant la nationale RN8 jusqu’à l’ancien pont de Bizerte. Au kilomètre 34 prendre la direction Bach Hamba/ Sidi Othman à gauche. Onze kilomètres plus loin, au passage à niveau bifurquer à droite en direction de Mateur. Au centre ville prendre la direction Tabarka/ Ghezala/ Sejnane. Traverser le village de Ghezala et s’engager à droite en direction Cap Serrat/ Boujrir. La route est sinueuse et offre de belles vues sur un ensemble de collines et de plaines. À la borne kilométrique qui indique Cap Serrat à 32 kilomètres rouler encore environ 200 mètres et prendre à gauche la piste qui descend vers le lit de l’Oued Melah


Itinéraire pédestre La piste qui descend en lacets mène directement au lit de l’oued Melah. Traverser le cours d’eau pour rejoindre l’autre rive qui permet de joindre la colline et prendre un peu de hauteur par rapport au lit de l’oued. Se diriger vers la gauche pour longer les méandres de l’oued Melah. Plusieurs sentiers et pistes agricoles sur la droite mènent aux collines avoisinantes et permettent d’apprécier de très beaux panoramas sur les vallées de toute cette région, qui constitue un des plus grands centres de production agricole de la Tunisie. Faute de balisage, la randonnée peut se dérouler sur plusieurs kilomètres vu l’étendue de la vallée. Certaines pistes grimpent et descendent entre des collines aux sommets souvent boisées et aux pentes découpées en de multiples petits champs aux différentes couleurs.


Descriptif du lieu Ici on se trouve au Nord-Ouest de la Tunisie à quelques dizaines de kilomètres de la frontière algérienne. À proximité serpentine la Medjerda, le plus grand fleuve de Tunisie et le seul à couler toute l'année; l'oued Melah s'y déverse et alimente aussi le lac Ichkeul. L’oued Melah traverse les Mogods, région montagneuse de la Tunisie septentrionale qui sépare la région de Kroumirie de celle de Bizerte. C'est aussi un ensemble de hauteurs et de plaines issus d’anciens bassins lacustres, quelques uns assez fertiles, d’autres desséchés. Cette région abrite les massifs forestiers les plus denses du pays avec plus de 400 000 ha soit plus de la moitié de l’ensemble des forêts du pays. Et c’est aussi dans cette région que sont aménagés plusieurs barrages qui mobilisent les trois quart des ressources en eau de surface. D’accès difficile les Mogods sont peu peuplés. Le seul marché est la ville de Mateur où s’effectuent les échanges d’ovins et de bovins, de céréales et autres produits agricoles.


Balades et Randonnées en Tunisie

Pour découvrir la Tunisie à pied, et jouir de sa diversité de paysages, « Balades et randonnées en Tunisie » vous met sur la voie en vous soufflant des chemins qui sauront vous plaire et vous surprendre, sans oublier bien sûr de vous indiquer par quelles routes vous y rendre.

100 pages de sites et de paysages époustouflants.

Plus de 200 photos inédites de rivages, d’oueds, de montagnes et de lacs.

12 randonnées à vivre et à entreprendre en groupe ou avec des ami(e)s. En Format poche 120 X 190 mm En vente en kiosque et en librairie PRIX PUBLIC 10 DINARS


LES TRÉSORS CACHÉ

Toute la côte nord, où se succèdent criques, caps et falaises, plages de sable fin, pinèdes et maquis... est riche en surprises et émerveillements. Le décor est très beau et laisse un "sentiment de plénitude" aux visiteurs. Tout au long de ses 400 kilomètres, la côte nord tantôt déchiquetée, tantôt souriante et mélancolique, offre la vision d'une Tunisie à l'état brut, sans maquillage ni concession. Ici la terre et les hommes affrontent depuis des


ÉS DE LA CÔTE NORD

Par Alix Martin Enseignant d’histoire. Grand spécialiste de la Tunisie. Il réalise depuis de nombreuses années des reportages sur la Tunisie pour plusieurs journaux et magazines tunisiens et étrangers. Reportage photos & textes des illustrations Raja Skandrani

siècles les assauts furieux de la nature et les vicissitudes de l'histoire. La turbulence des eaux, la violence des vents dans cette région et le va-et-vient incessant des vagues ont entraîné un éclatement des falaises surtout dans les parties basses de la côte et formé de belles criques de sable fin entrecoupées par des promontoires rocheux. Dans cette côte “encore” sauvage, violente et belle, le temps s'écoule au rythme des saisons.


La côte Nord de la Tunisie qui étend le long de la « Grande Bleue » ses plages de sable peu fréquentées, ses caps aux rocs couleur de rouille et ses petites falaises de haut desquelles le maquis touffu tombe à pic dans les flots turquoise a été heureusement dédaignée par les promoteurs modernes sauf à ses extrémités proches de Bizerte ou de Tabarca. Depuis les monts de Khroumirie couverts d’épaisses forêts de chênes zéens et de grands pins maritimes jusqu’au Cap Blanc bizertin dénudé en passant par les collines des Mogods souvent couvertes de maquis impénétrables ou de beaux boisements d’eucalyptus et de pins, une barrière de collines sépare le littoral d’un riche arrière-pays agricole qui va des « Grands Camps » de Jendouba, le grenier de Rome aux opulentes plaines de Mateur via la Béjaoua qui était déjà « le plus riche marché de la Numidie antique ». ...

CAP NÉGRO

Un double ressaut de rochers descend directement dans la mer dans un site sauvage et rocheux avec une petite crique. Le vert est la couleur prédominante quand on s’enfonce sur la piste qui serpente sous les pins à travers des collines brumeuses entre mimosas jaunes et lauriers roses. De cette partie boisée on descend au creux de la falaise pour déboucher sur la mer. Le littoral rocheux est riche en poissons et offre un endroit propice pour la pratique de la chasse sous-marine. C’est aussi un endroit riche en sangliers. À Cap Négro, surmonté aujourd’hui de quelques bâtisses, s’élevait au XVIe siècle un établissement pour la pêche du corail. Il semble que durant plus d’un siècle cette région fut habité et connut même une grande prospérité. L’importance de ce Cap est due depuis toujours à d’importants bancs de corail d’une qualité remarquable. En 1741 la concession fut occupée par les troupes de Ali Pacha Bey pour empêcher la Compagnie royale d’Afrique d’asseoir son privilège de la pêche au corail et du commerce du blé. Un an plus tard la compagnie exploitante bien que autorisée à reprendre son activité n’a pas pu réellement prospérer. Par beau temps, on voit au Nord nettement les îles de la Galite.

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Tunis 175 Km


CAP SERRAT

Cette chaîne de monts et de collines presque perpendiculaire aux vents dominants, froids et pluvieux en hiver, détermine une pluviométrie importante, variant de 1000 mm annuels à l’Ouest à 500 mm aux alentours de Bizerte. Ces précipitations favorisent, malgré la pauvreté relative des sols, la croissance de chênes verts et de chênes lièges qui

abritent des sous-bois de bruyères mauves ou blanches, de genets aux fleurs d’or, de myrtes parfumés, de cistes aux fleurs mauve ou nacrées et de véritables forêts-galeries de lauriers roses le long des oueds. Au

Pas plus d’une quinzaine de kilomètres séparent Cap Negro de Cap serrat, dont les reliefs boisés se jettent dans la mer. Les eaux y sont tranquilles. On débouche sur une longue et très belle plage de sable fin où se jette l’oued Ziatine, ombragé par des peupliers et des saules. Au printemps fleurissent figuiers et lauriers roses. Ici paissent des vaches et des moutons. Cet endroit romantique n’est presque plus préservé du flot touristique, surtout en été. Mais ce paysage sauvage, où se marient au bleu du ciel et de la mer le blanc d’un sable très fin, avec en toile de fond de petites cabanes de pêcheurs, offre de belles balades durant les autres saisons. La mer est très poissonneuse et propice à l'exploration sous marine surtout aux abords des îles Fratelli qu’on peut apercevoir par beau temps. Appelées aussi Rchadet Lakhouet, ces îles sont d’imposants rochers, qui tombent à pic... la profondeur atteint 20 mètres à quelques mètres du rivage. À côté de la mer et de la montagne, les « Haouanet » dans les bois d’eucalyptus constituent un autre attrait de Cap Serrat. Ce type de chambres funéraires creusées dans les falaises aurait été importé de Sardaigne au début du 1er millénaire. Les peintures monochromes à l’ocre rouge des niches ont été copiées sur les artistes de la préhistoire africaine.


Tunis 152 Km


ras du sol, au printemps, de multiples espèces d’orchidées s’épanouissent en particulier les délicates clochettes blanches et parfumées, enroulées en spirale autour de la tige, de la spirante d’été qui n’a encore été trouvée que près de Cap Serrat. En automne, quand les chasseurs recherchent les sangliers, les lièvres, les perdrix et les bécasses au plumage mordoré, d’autres amateurs « traquent » sous les fougères et les ajoncs épineux de délicieux champignons : girolles, cèpes, coprins et « trompettes de la mort ». Les enfants creusent les bords de talus pour déterrer des « escargots de Bourgogne » ou des « Petits gris » très appréciés des connaisseurs. Depuis peu, les « disciples de St Pierre » peuvent prendre des carpes et des sandres dans

les lacs de barrages empoissonnés. Tout le long de la côte, les plongeurs, les chasseurs sous-marins, les pêcheurs à ligne du bord ou ceux qui mettent une barque à l’eau à Cap Serrat, Sidi Mechrig et Cap Negro ramènent des poissons magnifiques et délicieux : dentés, om-

CAP ANGELA

Depuis peu, Cap Angela est considéré comme la pointe septentrionale de l’Afrique. Du haut de la colline qui le borde la vue est un plaisir pour les yeux. Ici se mêlent l’ocre de la montagne, le vert de la forêt de pins et d’eucalyptus, le blanc du sable de la plage et le bleu de la mer. Des petites criques qui offrent de belles petites plages de sable fin disparaissent dès que la mer est remontée. Un phare de grande portée couronne le Cap battu par des vents puissants. Il constitue à lui seul une attraction.


Tunis 78 Km


brines, mérous, énormes liches, serres ou limons pris en barque, à « la traîne » sans compter les « cigales de mer » capturées sur les flancs des îlots des Fratelli.

La Côte Nord de la Tunisie est peuplée depuis la nuit des temps. Les gisements préhistoriques, paléolithiques et néolithiques, se succèdent du Cap Blanc, au Ras Ben Sekka, la pointe la plus au Nord de l’Afrique, aux alentours de Cap Serrat et dans les dunes de sable proches de l’Oued Zouara. Bien d’autres sont certainement dissimulés par les maquis.

CAP BLANC

Formé par un double ressaut de rochers blanchâtres, d’où son nom, le Cap Blanc est considéré comme la pointe septentrionale de l’Afrique. Les derniers relevés satellite prouvent que Cap Angela à une dizaine de kilomètres est plus septentrional que le Cap blanc. La falaise tombe à pic dans la mer et limite des petites criques rocheuses très prisées pour la pêche sous-marine et font l’aubaine des pêcheurs. C’est un des plus beaux caps de Tunisie. La vue sur la mer, dont les tons varient du vert au turquoise selon le temps, est exceptionnelle. Les rochers qui dominent la mer d’une cinquantaine de mètres offrent une vision saisissante sur le paysage déchiqueté du littoral.

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Tunis 72 Km


De multiples tombeaux rupestres berbères, ornés parfois de sculptures ou de peintures pariétales, sont éparpillés des monts de Khroumirie aux collines des Mogods qui bordent l’Oued Sedjenane. Les influences puniques et romaines ont touché les populations locales qui sont restées, à part autour de Bizerte, essentiellement berbères. Leurs traditions se manifestent encore, en particulier, dans la décoration de la poterie de Sedjenane.

Toute cette région est très peuplée : la densité varie de 60 à 80 habitants au km². Elle est supérieure à la moyenne nationale. Seule une agriculture soit de montagne soit sur de petites exploitations, fournit subsistance et emplois. Pourtant l’or rouge de la Méditerranée : le corail, pêché et apprécié depuis la préhistoire, a attisé, dès le haut Moyen-Âge, la voracité de « chevaliers d’industrie » Catalans, Corses, Pisans et Siciliens. Au XVIème siècle, Charles Quint attribuait aux Génois l’île et la citadelle de Tabarca, tandis que les Français s’installaient à Cap Negro. Ils pêchaient le corail et commerciali-

CAP ZEBIB

Le petit village de Rass Zebib ne présente pas un attrait particulier. Ses habitants vivent d’agriculture et essentiellement de pêche car la côte est poissonneuse. À l’extrémité Nord du village le petit port de pêche annonce le Cap Zebib avec sa baie sauvage. Cette pointe s’avançant dans la Méditerranée est renommée pour ses côtes rocheuses, ses grottes sous-marines au niveau d’Ejouabi et plus particulièrement pour la clarté de sa mer. Jadis port spécialisé dans la pêche au thon il ne peut contenir que quelques bateaux de pêche et de rares bateaux de plaisance. La colline qui surplombe la mer offre une vue panoramique sur toute la baie et le sentier qui longe la côte, frôle souvent le bord des falaises abruptes, qui se jettent dans l'eau turquoise de la Méditerranée. En face du Cap Zebib, les îles Cani ne sont qu’à quelques miles marins.La région par contre est très belle avec un relief qui s’étire entre la chaîne du Djebel Kochbata culminant à plus de 400 mètres et l’agréable forêt en bordure de la plage de Remel. La route serpente à travers un site riche en couleurs, champs de blé, plantations maraîchères, collines couvertes de vergers se mêlent avec olivettes. Mais la région est aussi réputée pour son vignoble et pour sa variété très appréciée de raisin muscat.

Tu


unis 65 Km


saient les produits agricoles tunisiens. Ils amassaient des fortunes colossales. La concurrence était « féroce ». Même les rois de France intriguaient auprès des Sultans turcs. Pourtant en 1741, le Bey Ali Pacha prenait de vive force la citadelle de Tabarca et le comptoir de Cap Negro. Mais, les Français retrouvaient leurs privilège de pêcher, seuls, le corail depuis l’île de « Tabraque » jusqu’à Tripoli dès 1781 et le conservaient jusqu’au XIXème siècle ! En 1881, ils imposaient leur Protectorat et s’installaient sur la « base de Bizerte ». Ils ne l’évacueront qu’en 1963 après de très violents combats en juillet 1961.

Aujourd’hui, d’autres appétits risquent de s’éveiller. De superbes plages dont les plus connues sont celles de Ras Angela, Kef Abed, Cap Serrat, Sidi Mechrig, Zouara, Berkoukech, Melloula et des dizaines d’autres presque désertes encore telles que la Louka et celles de Cap Negro sont certainement tentantes. Les collines et les monts boisés ou tapissés de maquis giboyeux, propices à toutes les randonnées pédestres,

SIDI ALI MEKKI

Le Cap Sidi Ali El Mekki, ancien Cap Farina, est réputé pour sa plage de sable blanc et l’eau turquoise de sa mer. Il est le prolongement du Djebel Nadhour, qui culmine à plus de 300 mètres, et marque l'extrémité des chaînes nord méditerranéennes de la Tunisie. Dominant la baie, le marabout de Sidi Ali El Mekki construit dans le rocher ressemble à une petite forteresse. Quelques centaines de mètres plus loin, à l’extrémité du cap un autre marabout, Sidi Haj Barek, marque la limite nord du Golfe de Tunis. Par temps clair on peut découvrir un vaste horizon allant jusqu’à la pointe du Cap Bon. L’endroit, hautement stratégique, est déjà cité en 507 av. J.-C. dans un traité entre Rome et Carthage. En effet cet ancien Promotorium Pulchri limitait la zone romaine de navigation. Les Romains pouvaient par contre s’y abriter en cas de tempête. Le traité fut violé par Scipion l’Africain en 204 av. J.C. lors de sa campagne contre Hannibal. Le cap Sidi mekki reste "un endroit préservé et sauvage". Le décor fait rêver : des falaises, des rochers, des criques et de l'eau transparente.


Tunis 65 Km


équestres sur les petits « chevaux des Mogods », aux indéniables qualités, en V.T.T ou en véhicules tout terrain doivent être regardés avec … appétit. La bande littorale est presque inhabitée puisqu’un parc naturel miterrestre, mi-marin, doit être créé sur le Jebel Chitane, proche de Sidi Mechrig qui est le seul point sommairement aménagé de cette Côte. Ne faudrait-il pas, dès maintenant, dans cet environnement encore assez « naturel », protéger le cerf de Berberie, les rares porcsépics, les dernières loutres, les chats sauvages et les quelques hyènes rayées, typiques d’Afrique du Nord.

On ne pourra certainement pas faire revenir les phoques moines en voie de disparition mais tous les oiseaux d’eau, qui fuient le lac Ichkeul un peu trop salé, devraient pouvoir trouver refuge, en particulier, dans l’immense retenue du barrage d’El Barrak.

RASS FARTASS

Rass Fartass est d’entrée un site pas comme les autres. Il fait partie de ces côtes encore sauvages de Tunisie. C’est une masse abrupte inaccessible par la terre. Au pied de la falaise, la mer et le temps ont creusé des petites plages et de minuscules criques qui font le régal des baigneurs et des plongeurs dans des fonds des plus limpides. Ces petites criques revendiquent des signes particuliers. En effet, elles sont réservées exclusivement aux propriétaires de bateaux de plaisances et à ceux qui peuvent les aborder par la mer. À Rass El Fartass il est banal de croiser un vol d’oiseaux migrateurs. Le site est aussi un endroit préféré d’oiseaux de mer qui sèchent leurs plumes sur les innombrables rochers. La richesse et la diversité du paysage en font aussi un lieu privilégié pour la randonnée à pied. Ce paysage méditerranéen est vraiment exceptionnel. Ce qui fait la beauté de Rass fartass, c'est sa côte rocheuse aux couleurs ocre, le vert de la végétation, le jaune des mimosas et le bleu profond de la Méditerranée : une véritable palette de peintre.


S

Tunis 60 Km


KLEE

MACKE

MOILLIET

LE VOYAGE DE TUNIS Au printemps 1914, Klee, Macke et Moilliet entreprennent un voyage en Tunisie. Le choc de la lumière et de la couleur sera déterminant sur leurs œuvres où la géométrie éclate en taches multicolores. À leur tour, les peintres tunisiens affirmeront dans leurs toiles la tradition arabo-musulmane… « L’art ne rend pas le visible, mais rend le visible. » Cette phrase de Paul Klee (1879-1940) aurait pu servir d’exergue à son voyage en Tunisie, effectué au printemps 1914 avec ses amis peintres August Macke et Louis Moilliet. À l’époque, il avait déjà participé à la fondation du « Blaue Reiter » - le cavalier bleu, mouvement créé en 1911 par V. Kandinsky et F. Marc adeptes de la non-configuration – et a découvert le cubisme à Paris. À son retour il passe de l’aquarelle à l’huile et peut, après quelques années de valses-hésitations entre les Arts plastiques, la musique et la littérature, se déclarer peintre. La Tunisie, période fondamentale de sa carrière, restera synonyme de parcours initiatique sinon de révélation.

Auguste Macke

Café turc 1, 1914 Huile sur aggloméré, 35,5 X 25 cm Städtisches Kunstmuseum, Bonn


En abordant la baie de Tunis, Klee n’a-t-il pas même la préscience de ce bouleversement, lorsqu’il écrit dans son « Journal » : « D’avance, nous avons tous deux (Macke et lui) qu’ici nous ferons du bon travail ? » Les deux hommes - Moilliet fait certes partie du voyage, mais ce sera là le seul titre de gloire d’une carrière fort discrète - se connaissent et s’apprécient. Ils travaillent souvent ensemble, tout en menant chacun des recherches formelles distinctes. Pour Macke l’expressionniste, qui a adhéré au « Blaue Reiter » dès 1910, la Tunisie

représente une étape fondamentale. Il mourra la même année sur le front de Champagne, ses aquarelles rapportées d’Orient constituant en quelque sorte son testament de coloriste. Pour Klee, il s’agira de jeter les bases théoriques de sa conception de la peinture qui aboutiront à l’abstraction. Mais au fait que sont allés chercher Klee et Macke en Tunisie qu’ils ne trouvaient pas en Europe ? Comme Fromentin, Delacroix, Chassériau, leurs ainés romantiques, les charmes et la sensualité d’un Orient en vogue depuis la campagne d’Egypte ; comme Matisse, parti pour le Maroc en 1912, la lumière et la couleur. Avec cette distinction : Klee et Macke ne s’intéressent pas au pittoresque, ne cherche pas la caractéristique locale ; les scènes de genres ne sont pas leurs propos: le chameau, l’âne fatigué, les djellabas furtives, les colonnes des marabouts apparaissent plutôt comme des rappelés, des clins d’œil plus humoristiques que naturalistes.

Paul Klee

Vue de Kairouan, 1914 Aquarelle et crayon sur papier 8,4 X 21,1cm Wuppertal, Von der Heydt-Museum

Auguste Macke

Port de Tunis 1914 Huile sur aggloméré, 35,5 X 25 cm Städtisches Kunstmuseum, Bonn


Louis Moilliet

Kairouan, 1914 Aquarelle, 22,6 X 28,6 cm Cologne Musée Ludwig

Le périple comprend quelques grandes étapes tout d’abord Tunis, Hammamet « rythme de taches » et Sidi Bou Saïd où Klee représente le fameux Café des Nattes dont l’escalier dissimule au premier abord la mosquée seulement présente grâce au minaret qui la surplombe. Mais aussi Kairouan et Saint Germain, aujourd’hui Ezzahra, banlieue coloniale aux maisons coiffées de tuiles industrielles oranges et aux fenêtres bleues, dont Klee – comme Macke – fixe le leitmotiv. D’une façon générale, les deux artistes prennent surtout pour cible la Tunisie européanisée : ils préfèreront toujours à la médina les quartiers excentrés, les banlieues où l’occident flirte, plus au moins gauchement, avec l’Orient. Partout cependant, la même obsession prend forme : l’architecture, la nature tunisiennes, les ports, le paysage découpé en masses colorées, se prêtent bien aux fameuses structures en carrés de Klee qui en établit là-bas le mode et le


fonctionnement, tandis que Macke, peu à peu dégagé des rigueurs cubistes qui l’avaient tant impressionné à Paris, approfondi son souci de puissance lumineuse.

L’exotisme enivrant mais aussi l’incessante réflexion que Klee mène là-bas lui inspirent aussi une nouvelle façon de concevoir l’organisation du tableau : par un détachement des couleurs, subordonnées à la géométrie, il décompose l’espace optique et fait basculer les plans dictés par la perspective. Comme des visions superposées, les aquarelles de Klee et de Macke offrent un précipité de leur expérience personnelle sur le terrain. En cela aussi, ils restent dans la lignée révolutionnaire formulée dans l’Almanach du “ Blaue Ritter ” ou dans le livre de Kandisky, paru en 1912, “ Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier” incitant les artistes à répondre à leur « Nécessité Intérieure »

August Macke

Kairouan III, 1914 Aquarelle, 29 X 22,5 cm Westfälisches Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte, Münster


Et à partir du 5 septembre 2012 sur SAISONSTUNISIENNES LA POTERIE DE SEJNANE

Les Mogod, enchâssés entre Bizerte et la Khroumirie, sont le point où l’atlas tellien courbe l’échine pour dialoguer avec la mer. Les sous bois frémissants de bruyère et de lentisque sont l’écrin verdoyant d’une vie rude dont la clé de voûte est détenue par les femmes. Elles sont celles qui écoutent les rythmes de la terre et ce sont toujours elles, qui pétrissent le pain et l’argile comme elles empoignent la vie.

LES VILLES D’OR DE LA TUNISIE ROMAINE

La légende raconte que Carthage fut fondée en 814 avant notre ère par une reine venue de Tyr, aux confins orientaux de la Méditerranée. Carthage devint progressivement un grand port commercial. Plus brillante que toutes les autres cités africaines, elle constitua au 3ème siècle avant notre ère un véritable empire maritime dont les ramifications s’étiraient jusqu’au cœur de l’Afrique.

LA MÉDINA DE TUNIS

La vieille médina, constitue toujours le coeur de Tunis. Elle conserve aussi son âme, avec la grande mosquée Ez-Zitouna. Les métiers les plus réputés - les parfumeurs, les fabricants de chéchia, les marchands d’étoffe, de laine de tapis, les bijoutiers... avaient le privilège de pratiquer leurs activités dans ce « beau » quartier, à proximité immédiate des mosquées les plus importantes.

LE LONG DES CRÊTES DU DJEBEL NADHOUR

La forêt de Raf Raf qui s’étend de la mer jusqu’à la crête de la montagne couvre une superficie de 1 295,25 hectares principalement boisés de pins. Tout en escaladant le djebel Nadhour, on peut admirer le rocher de Pilau qui dresse ses falaises verticales en face de la ville, l'hémicycle de sable de la plage de Raf Raf et découvrir toute la côte jusqu’à la pointe du Cap Zebib.

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GRANDS ESPACES vous fera découvrir en cinq photos panoramiques des hauts lieux de la Tunisie.

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