RifRaf FR mai 2016

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Anorak se sert du principe autrefois - un autrefois d’il y a vraiment longtemps - novateur des boucles pour créer de longs morceaux répétitifs que l’on suppose entêtants. ‘From A to Z’ est le parfait archétype du morceau à base de loop : une idée de guitare, une rythmique, deux trois renversements, fin. Ça a le mérite d’être concis et bien envoyé. Des fois, il y a du chant et ça fait du bien. Sauf l’accent qui trahit les origines... Ça fait une succession de vagues, mais des petites, comme quand il n’y a pas trop de vent à la mer du Nord. On en a tellement entendu, des comme ça, qu’ils nous faut un tsunami de guitares pour déboucher nos portugaises un peu trop ensablées, tu vois. Souffle le vent disaient les autres. On attend que ça. (am)

Larus Sigurdsson ’We Are Told That We Shine’ Volkoren

Il est l’homonyme d’un ancien footeux islandais alors que sa musique n’a rien de sportive. C’est un fait, la musique de Larus Sigurdsson parle au cortex. Il aime l’ambient, la folk, le calme. Son parcours de vie renseigne six albums, tous plus anonymes, le présent ‘We Are Told’ est le premier à connaître les joies d’un label. Le gaillard n’est pourtant pas né hier, il est de la génération d’un Dominique A, le culte en moins. C’est leur seul point commun. Amateur des cordes qui glissent en douceur sur l’archet, anti-guitar hero, embaumeur des ondes, Sigurdsson dépeint le monde en nuances de gris. Un soupçon de Gavin Bryars parcourt l’horizon, c’est une pincée de perlimpinpin en marge de Gareth Dickson. La magie essaie d’opérer, l’ennui s’installe, l’absence de rythme coule le spectateur. La nostalgie des ‘Nuages’ de Sylvain Chauveau gagne, la vie s’égrène, l’horloge s’impatiente, il est temps de passer à autre chose. (fv)

Sleepers’ Reign ‘King Into Delight’ Sialia Records

Preuve qu’il subsiste bien une frontière musicale dans Onze Mère Patrie, le Humo’s Rock Rally reste davantage pour nous terra incognita que le Concours Circuit : nous n’avions jamais jusque là entendu parler de ces tout jeunes gens, coiffés de l’argent de ladite compétition en 2012. ‘9000 forces’, vaisseau d’entame 100% de fausset, aurait, sous ses envies criminellement catchy, tous les gimmicks forcés pour nous faire fuir en Poldomoldaquie. Pour éviter d’être ‘Crushed Before Collision’, on saura gré à ces spationautes electropop de parfois percher à hauteur plus raisonnable les harmonies vocales, de presser la pédale plus douce de la berceuse ‘Sialia’. ‘Pov L (ou)’ et ‘Pov R’, son pendant dégoulinant, signent le point de bascule tête la première dans le r’n’b. Dis-moi, le serveur, on lui avait vraiment commandé toutes ces meringues, tous ces ballons d’hélium? (alr)

Soften ‘Les Heures Blanches’ Murmuration Records

Et hop, un petit Suisse. Enfin, un type qui vit à Lausanne depuis dix ans et qui sort son quatrième album, le premier en français ; les autres étant en anglais et apparemment salués par la critique : une pop

Marissa Nadler ’Strangers’ Bella Union/Pias

Elle fait partie de ces artistes inamovibles. Du genre, rare et précieux, qui donnent l’impression de ne jamais changer d’univers, tout en demeurant géniaux de bout en bout. A l’image de Matt Elliott, dont le récent ‘The Calm Before’ a remis tout le monde d’accord. Et de Marissa Nadler. Dont l’univers sépulcral (ouais, ça rigole pas) demeure d’une incroyable densité, douze ans après ‘Ballads Of Living And Dying’. Et que depuis, la songwriter new-yorkaise n’a jamais offert le moindre titre à jeter. Chez Marissa, chaque morceau est bon. Au minimum. Tout comme il est directement identifiable, tant elle a directement imposé un style. Où aujourd’hui, on trouve un chouia plus d’électricité - et d’instruments. Où le paradis et l’apocalypse se côtoient. Pour se toucher. C’est plus que jamais le cas sur ‘Strangers’. Au début, on essaie bien de faire le blasé, de faire semblant de ne plus s’y intéresser. Comme si on voulait que Marissa fasse attention à nous. Qu’elle nous refasse le coup de la séduction, la nostalgie du premier jour, quand nos mains se sont effleurées pour la première fois. Qu’un premier baiser a suivi, puis de nombreux autres, répartis sur une dizaine d’albums. Elle n’en a pas eu besoin. Un jour plus tard, on a craqué. Tant de beauté en une seule personne, c’est pas donné à toutes les Alice On The Roof de la planète. Et merde, nous revoilà amoureux comme en 2004. La chance. (fv)

quelques indécollables « lager, lager, lager… ». Passée la lune de miel, Hyde et Smith ont du se rendre à l’évidence que pour séduire le public, il faudrait qu’il arrivent à se séduire eux-mêmes, à nouveau. Alors sept titres se/nous font la cour, organiques et entreprenants. Certes, Underworld se remet sur les rails confortables de ‘Dubnobasswithmyheadman’ (1994) et n’atteindra pas encore la fulgurance d’un ‘Beaucoup Fish’ (1999) sous amphétamines. Toutefois, cet album semble exorciser bien des ténèbres et frustrations collectées durant les années de page, si pas blanche, mal griffonnée. Les plus curieux d’entre vous savent déjà qu’avant leurs envolées électroniques, Underworld n’était qu’un vulgaire groupe de pop réellement inécoutable. Les autres apprendront peut-être aujourd’hui que le duo britton, sans cette réaction salvatrice, le serait redevenu inévitablement. (dark)

Troy Von Balthazar ‘Knights of Something’ Siluh Records

mélodique, mélancolique, grandaddyesque. Assez jolie mais inoffensive. La mode étant de se mettre au french dans le texte (on attend dans le genre, curieux, les premiers titres de Clare Louise), Soften, aka Nils Aellen, adapte sa sauce saudade pour un résultat mitigé. De fort beaux morceaux (‘Les Rafales’, avion de chasse pop) comme d’autres qui chagrinent (‘La Couronne d’Or’, folk maigrelet). En coupant, on pourrait faire un chouette EP. (lg)

Sonotanotanpenz ’Conga’ Noble Records

Exercice de phonétique du jour, retenir le nom de Sonotanotanpenz. Il en vaut la peine, derrière son apparente innocence. Celle de ses deux héroïnes au même prénom. Hitomi Itamura et Hitomi Moriwaki, deux nanas au soleil levant. Celle de son apparent minimalisme, deux voix juvéniles, deux guitares acoustiques, une boîte à rythmes (plus un poil de percussions). Et c’est l’heureuse surprise. Dire qu’on craignait une énième resucée folktronica nipponne / nunuche, aussi agréable dans l’oreille qu’elle est vite oubliée (Midori Hirano, Serph). Pas sur le présent ‘Conga’, terriblement addictif et bourré d’humour. Tant il est bordélique. Punk dans l’esprit, folk bricolo dans la forme, plus lo-fi tu meurs. Sept titres emballés en un gros quart d’heure. Où le duo de Fukuoka nous fout la banane pour la semaine. Rien à branler de la virtuosité, on s’en bat le mou de la démonstration artistique. C’est Gutevolk qui s’invite en Islande, elle a bazardé tout le matoze, elle envoie à Velgeir Sigurdsson d’aller se faire voir sur le Fuji Yama. Des surprises du genre, on en veut tous les mois. (fv)

Telebossa ‘Garagem Aurora’ Staubgold/dense

Notre collision avec ce disque fut « comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ». La métaphore de Lautréamont s’avérerait valable pour les genres que cherchent à imbriquer Chico Mello et Nicholas Bussmann, à savoir la fluidité stylistique de la bossa chantée (telle que défendue par Antonio Carlos Jobim ou Joao

Gilberto) et les études plus hérissées et pointillées de musique nouvelle (comme les imaginaient Stockhausen ou John Cage). Si vous ajoutez à ce langage singulier des parties de piano programmées pour être jouées par un automate, des textes de Fernando Pessoa où organique et technologie se toisent, et l’assurance sublime de l’Ensemble Aventure (hautbois, cor anglais, basson et clarinette), vous aurez de quoi douter de l’issue de ce duel ‘Man-Machine’, mais resterez bouche bée devant l’urgence latente de ‘Não Só’ – aux arrangements de vents signés Van Dyke Parks, ou par le trébuchant programme délivré par ‘Quireras’ dont on vous livre un fragment de traduction : « Je voudrais des mêlées et des chimères, l’étrange rigueur et des rimes rares ». Pari rempli ? Oh oui ! (alr)

Town Of Saints ‘No Place Like This’ Caroline International

Il faut avoir fréquenté assidûment les festivals hollandais pour pouvoir estimer le nombre de groupes (hollandais, aussi) plus ou moins insipides qui s’y (re)produisent sous un incompréhensible tonnerre d’applaudissements. Y en a vraiment des tonnes, z’imaginez pas. Comme un gros paquet de Lemmings interchangeables qui avanceraient dans la même direction – le mur, diront les mauvaises langues. Les Town Of Saints en font partie, vous l’aurez compris, et n’ont foncièrement rien fait de mal. C’est juste une ode à la banalité qui ne passera jamais la frontière de la Belgique francophone. (am)

Underworld ‘Barbara Barbara, We Face A Shining Future’ Smith Hyde Productions/Caroline International

Et si l’avenir d’Underworld s’apprêtait à être réellement radieux ? Et si ‘Barbara Barbara, We Face A Shining Future’ était finalement leur véritable premier album depuis 10 ans ? On aimerait le croire et ce n’est pas le duo originel qui tentera de nous en dissuader. Ce qu’on avait retenu d’eux ces derniers temps, c’était surtout le départ du génial Darren Emmerson (19902000) pour une affaire de gros sous et de

Au siècle dernier, Troy Von Balthazar présidait à la destinée de Chokebore, formation cultissime, idolâtrée de Seattle à Brainel’Alleud, de Nirvana aux Girls In Hawaïï. Et puis, parfois, les lubies personnelles l’emportent sur l’esprit d’équipe. C’est comme ça que Troy Von Balthazar s’en est allé construire sa petite cabane dans les bois, seul avec tous ses instruments sous les bras. Après trois essais solitaires, l’homme remet le couvert avec ‘Knights of Something’, disque introspectif et vaporeux, griffé par ce timbre distinct, cette voix typique qu’on dirait ourlée d’une ouate mélancolique. Petit plaisir coupable pour tous les amateurs de raffinements électriques, ce nouveau chapitre est le fruit des obsessions compulsives d’un reclus, d’un insatiable associable. Ermite de la pop alternative, l’Américain a façonné et aménagé les moindres recoins de ‘Knights of Something’. Guitare, batterie, basse, programmation, voix, production : ici, rien (à part le mastering) n’a filtré vers l’extérieur. Pourtant, les chansons ne sentent jamais le renfermé. Mieux : elles respirent la santé et l’état de grâce retrouvé. Sur un mode désenchanté, ce nouvel album offre de purs instants de bonheur (‘Astrid’) et quelques carambolages par-dessus les nuages de Granddady (‘Thugs’ ou ‘Curses !’). Une réussite. (na)

Walker Family Singers ‘Panola County Spirit’ Daptone Records/Other Hand Music

Musique de Dieu versus musique du diable : le distingo semble toujours de mise dans la mesure où Raymond Walker, patriarche d’une lignée farouchement attachée au patrimoine, refusa jadis de jouer les secondes voix pour Fred McDowell ou Sam Cooke, sous prétexte qu’ils étaient prêcheurs de blues plutôt que de gospel. L’affaire se passe à Como, Mississipi, coin rural retiré qui jadis connut les affres de l’esclavage et se languit aujourd’hui encore dans une certaine patine à la Norman Rockwell. La fertilité y reste cependant bien jaillissante dès qu’il s’agit de tradition vocale a capella, au point que Daptone – label des aussi-grands-que-leur-légende Charles Bradley et Sharon Jones – vienne y capturer le troisième disque d’une série. Si les moyens technologiques ont


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