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BRUCE SPRINGSTEEN & THE E STREET BAND KEANE SANTANA

BEN HARPER AND CHARLIE MUSSELWHITE BLONDIE BALTHAZAR


© Siliconcarne

Ce matin ses chaussures lui font tellement mal qu’elle peut à peine marcher jusqu’à la voiture. - Là, j’ai besoin d’un pansement, très vite! (Ce texte est caviardé de parenthèses sensitives à destination des répliquants de l’hyperlien). Elle en a dans son sac; parce qu’elle sait qu’elle va souffrir. A deux pas du boulot, après avoir évoqué le passage au syndicat, elle est à deux doigts de pleurer, alors elle répète à haute voix: Je ne vais pas pleurer, je ne vais pas pleurer... Les adultes c’est fait pour souffrir. Je serais chez moi dans trente pas. C’est sur la ligne de flottaison entre19e et 20e siècles que Freud pose les ba(li)ses de la psychanalyse : enjoignant le praticien à faire montre d’une attention impartiale, éviter toute idée préconçue, se laisser surprendre par ce qui surgit et ne pas obéir à ses propres inclinaisons, soit le principe de l’écoute flottante. Sur des axiomes où s’articulent (envoie bisous à #commentveuxtucommentveuxtu) des couples antagonistes similaires : l’art du jugement et subjectivité d’une part, perception personnelle et normativité d’autre part, la tension entre deux postures d’appréhension existait déjà au cœur de l’écoute professionnelle du critique musical. Ainsi ce dernier (des derniers mais se devant d’être premier) est-il confronté à une tension semblable à celle qui gr(ib)ouille la figure de l’inconscient chez l’analyste. Il joue sur son vécu pour le mettre en relation avec ce qu’il sait. Les soirs où elle se retrouve toute seule, ces soirs repoussés de loin en loin comme on scrute des icebergs, certaines intonations lui reviennent et puis des flashs aussi, la première étreinte dans la chambre, se cognant partout, repoussant à la hâte, dans de grands gestes, objets et vêtements. Elle est perdue dans ses pensées quand la petite lampe ronde sur la table basse se met à clignoter et à grésiller. On sent poindre une réelle appétence pour autre chose que la norme et le jugement, notamment dans le dessein esquissé à partir de ce que l’on ressent. Partir de ce que nous ne maîtrisons pas et qui justement fait de l’art un domaine d’exploration, de découverte privée (Trop d’la balle! #trépanéofficiel). Ça dure parfois une bonne vingtaine de minutes. Puis tout revient à la normale. Les grattements sur les murs du salon, c’est plus irrégulier, souvent ils la suivent jusque dans la chambre au moment du coucher. Elle fait mine de ne pas les remarquer. Un messager rencontré au cours du soir de néerlandais a tenu à lui apporter de grands cierges qu’il faut laisser brûler en permanence. On ne sait pas quand on découvre une musique quel est le point qui va vous toucher et si jamais ça vous touche; soit l’émergence et l’acceptation de la notion de symptôme - on ne sait pas non plus ce qui fait symptôme en psychanalyse... Jusqu’à ce qu’on découvre qu’il y a du sens. Tu sais, quand je t’ai dit que je me ferais bien Miguel, et puis Stéphane aussi... C’était pour voir comment tu allais réagir. Pour être sûre que tu tenais toujours à moi. Pour savoir où on va. Parce qu’après notre rupture,

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ça devait être un plan sexe et puis on s’est remis ensemble mais on n’a pas mis d’autres mots dessus depuis. Au cœur de ce métier où l’on ferait fausse route, où l’on jugerait avant même d’entendre, la question de la norme et de la subjectivité est bel et bien présente chez les critiques à ce moment freudien. Avant que la psychanalyse ne le théorise, le concept d’attention voulue vs attention flottante musardait déjà dans les salons viennois où s’illustra notamment le jeune critique Max Graf (Historien musicologue. Fan de Glee. Réagis en direct sur Maxgraflolcats.com). L’attention flottante et la critique s’amalgament alors en une idée de démocratie : on n’a pas à se soumettre à quelque norme que ce soit. L’impression, incarnation de la subjectivité, gagne droits et galons, en tous cas dans ce domaine là (si tu veux que John Stargasm fasse interdire la distribution de cet billet d’action poétique à bas prix, envoie 1 au 3636, deux euros l’appel plus surcoût éventuel selon opérateur). Tout peut faire signe de quelque chose, en ce compris l’insignifiant, ce qui relève du nié, voire de l’oublié. Je suis bien avec toi. Ça ne me ressemble pas ça. C’est de la connerie ces tests. J’aime comment tu me touches. Dis, elles sont pas trop dures, mes jambes ? Comment tu trouves ma robe de nuit ? Elle est douce, hein ? T’as pas froid, toi ? J’ai envie qu’on devienne des nécessaires (C’est trop bien. Truc de ouf! #Fairelasourdeoreille) La salle de concert/L’écoute de la musique et son partage demeurent par ailleurs des phénomènes complexes: une pratique conjointe du seul et de l’ensemble. Jusque dans la salle de concert, les greniers de la mémoire sont autant de cabinets de curiosités portatifs : chacun y est claquemuré dans sa subjectivité et en même temps un lieu communautaire d’expérience, où une fois le concert fini, on se retrouve pour partager. Il faut faire l’expérience d’un espace illimité de la pensée - avant de (?) regagner le clos de la normativité (Allo quoi! Non mais Allo? C’est comme si Freud il avait pas de shampoing). Tu prends tes responsabilités. Je prends les miennes. A partir du moment où je t’ai raconté ça, où je te l’ai livré, je n’ai plus de contrôle dessus, à toi de voir ce que tu dois faire avec ça, ce que ça implique, où ça nous mène. Nous prîmes le train, le train de nuit, c’est quelque chose, le train de nuit... Beam me up, Scotty! Texte : Fabrice Delmeire D’après une émission pour raconter le monde et les hommes signée Marie Richeux pour France Culture (#bisous@arnaudfleurentdidier). En compagnie d’Esteban Buch, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales. Merci à Gery Lefebvre pour la lumière de ses intuitions.

année 19 • avril 2013

Colofon www.rifraf.be Année 19 nr. 189 rifraf est une édition de B.Z.&T. bvba Adegemstraat 19 2800 mechelen e.r. mieke deisz pas en janvier et août rifraf mai sort le 2 mai rédaction fabrice delmeire tél 0486/31 74 63 fabrice.rifraf@skynet.be

insertions publicitaires Mieke Deisz Tél. 015/42.38.76.-0485/802.257 advert.rifraf@skynet.be deadline reservation: 17avril Agenda tél 015/42.38.76 agenda.rifraf@skynet.be deadline: 20 avril

collaborateurs nicolas alsteen, Anys Amire, Antoine Bours, le dark chips, Jean-Baptiste de Clerfayt, patrick foissac, François Georges, Laurent Grenier, Gery Lefebvre, Anne-Lise Remacle, eric therer, fabrice vanoverberg,... Dessins : Issara Chitdara

Layout peggy schillemans layout.rifraf@skynet.be Imprimerie: Corelio printing, anderlecht Abonnements 1 année (10 éditions) info: agenda.rifraf@skynet.be Belgique: 13 € / Europe: 25€ BE 85 3200 1337 9606 BIC: BBRUBEBB Communcation : nom et adresse

“Réalisé avec l’aide de la Communauté française de Belgique - Direction générale de la culture Service des Musiques”


Texte : Fabrice Vanoverberg

Texte: Anys Amire et François Georges Photo: www.siliconcarne.be

L’essence bio des mots Une séance de casting spécial Love On The Bits pour démarrer le mois ? Allons- y gaiement, les noms te diront forcément quelque chose, toi l’ami lecteur habitué de cette rubrique. Au départ du projet Quarz, on trouve Alexandr Vatagin, musicien autrichien actif dans les projets Tupolez et Port-Royal. Aujourd’hui rejoint par Nicolas Bernier, Stefan Németh (alias M. Radian et M. Lokai), sans compter les autres compagnons d’aventure, notre homme dévoile au long des 34 minutes de ‘Five Years On Cold Asphalt’une très belle unité de vues, en dépit du nombre élevé d’intervenants – sept au total. Une seule plage durant, aux contours jazztronica à l’écart de toute monotonie, les divagations de Quarz s’imprègnent d’éléments free improv à la viennoise – on songe plus d’une fois à Kapital Band 1 ou Radian – mariés dans un continuum réfléchi et paradoxalement sensuel. Merci qui ? Le label Crónica bien sûr. ★ ★ ★ Toujours du côté de Porto et de Lisbonne, Simon Whetham a un jour profité des effets secondaires (un vol annulé) du volcan islandais en éruption pour se balader dans la capitale portugaise et ses alentours – ça se nomme ‘Never So Alone’. De retour à la maison, il a intégré ses field recordings dans un minimalisme ambient qui aurait gagné à davantage de concision. Non que les échos étrangement calmes soient mal torchés, juste qu’en des circonstances similaires, on a déjà entendu bien plus passionnant du côté de Chris Watson, Jana Winderen ou Thomas Köner. ★ ★ ★ Œuvre d’un duo qui aura donné du temps au temps, sa genèse date de 2004, le premier album éponyme du duo Billow Observatory (Felte) inscrit ses gènes dans une double patience – les huit années de sa gestation, mais aussi les somptueux échos alanguis de ses neuf titres. D’une immense beauté sonore, on sent réellement le travail d’orfèvre des deux loustics aux manettes (Joans Munk et Jason Kolb), le disque s’imprègne d’un cinématisme formidablement beau, marqué des influences de Stephan Mathieu et de Svarte Greiner. Tout en transposant ses ambiances délicates, elles sont d’une merveilleuse retenue, dans un monde au calme de trompe-la-mort, la paire américano-danoise parvient à rendre accessible et pertinent un monde masqué entre pénombre baltique et obsession des grands espaces. Disque du mois, mon commandant ? Non, peut-être. ★ ★ ★ Quand on associe le Mexique aux musiques basées sur des field recordings, un disque absolument essentiel vient à l’esprit, le très couru en son temps (2011) ‘El Tren Fantasma’ de Chris Watson. Sorte de revers de la médaille de ce chatoyant album, ‘The Minutes’ d’Israel Martinez (Aagoo) explore les recoins sombres du pays – notamment la guerre contre la drogue et les très violents cartels de la drogue – dix mille morts par an, ce n’est pas rien. Sorte de vision ravagée d’un pays en crise profonde, le septième effort de Martinez ne s’écoute pas sans… effort. Toutefois, et c’est là sa très grande honnêteté, si on y décèle nulle vaine tentative d’embellissement purement illustratif, sa fréquentation ne laisse pas d’inquiéter sur l’état de son pays, largement au-delà de tous les clichés touristiques pour catalogue Neckermann. ★ ★ ★ On reste sur le label Aagoo et on change de genre avec ‘Anyway, Your Children Will Deny It’, dix remixes du trio italien pop psyché Father Murphy. Réparti sur un 7’’ (2 titres) et un 12’’ (8 tracks), les dix relectures varient de l’excellence (Philippe Petit, Happy New Year) au nimportenawak (Indian Jewelry) en passant par le zarbi à sa mère (Zulus). A la fois avantage et inconvénient, cette diversité de collaborations balaie un tel spectre d’intentions qu’elle en perd toute cohérence. On navigue entre eaux troubles du label Paw Tracks, genre les très déchirés Terrestrial Tones, on s’égare du côté obscur de la pop quitte à perdre toute consistance, mais on a aussi une très forte envie de se secouer le fion et le coccyx sur ‘in The Flood With The Flood’, revu et amélioré par les toujours allumés Black Dice. Yeah ! ★ ★ ★ Le gros morceau du mois nous (r)amène sur les traces de P16.D4, cultissime groupe noise des eighties dont l’intégrale – oui, carrément – nous revient sous la forme du splendide coffret ‘Passagen’ (Monotype Records). Comprenant six CD et un DVD, ainsi qu’un livret d’une belle exhaustivité, la nouvelle sortie du label polonais montre très clairement l’évolution du groupe allemand. Marqué par des débuts punk sous perfusion Neue Deutsche Welle, le projet était d’abord connu sous le nom de PD avant de se séparer en deux branches – P16.D4 et Permutative Distorsion – ayant pour tronc commun Ralf Wehowsky. Les premiers pas de la formation aus Mainz montrent très clairement une filiation commune à leurs confrères berlinois d’Einstürzende Neubauten à la même époque (1982-83), mais aussi des collages sonores d’un très marquant intérêt – quelquefois à la limite du flippant. Toutefois, très rapidement, le combo allemand va s’affranchir de l’ombre de Blixa Bargeld et ses potes de Kreuzberg, pour atteindre une constellation où les planètes se nomment Merzbox ou Nurse With Wound – mais aussi les Norvégiens de Baktruppen dans un même genre foutraque total (que le label +3dB avait eu la bonne idée de compiler en son temps). Souvent déstructuré, parfois bordélique, l’univers de la bande rhénane explose les contingences stylistiques au fil du temps, tant les lignes de fuite se multiplient entre saxo maboul, bruits de casseroles ou samples qui ne disent pas leur nom. A l’arrivée, s’il est évident que personne n’écoutera les six albums d’une traite, au risque de terminer geôlier à Guantanamo, il est plus qu’hygiénique de les fréquenter en individuel, la touche lecture aléatoire fermement ancrée à la télécommande.

Le Il n’est pas à appâter. Nous nous relançons pour un hors-jeu…une écriture duale de deux psychiatres toujours peu rancuniers, il s’agira d’en convenir. Il faudra être prudent, ne pas avancer trop vite tête baissée, se laisser mouler…parler à l’autre est déjà en soi une tragédie : une relation (interpersonnelle, pas forcément un pléonasme) dans laquelle il n’y a pas forcément d’espace(s) pour l’anticipation ne va pas de soi. Alors, quand les délais sont trop courts, le transfert s’amincit, se rétrécit. Le transfert, en psychanalyse, faux-frère de la psychiatrie, il faut le penser comme une marinade : il faut que cela transsude, que cela passe les premiers tissus conjonctifs (on adore ces mots)…Parfois un mot fera tout ; d’autres fois, dans la rencontre, il s’agira de repérer les détails des maux-dits (« Dieu gît dans les détails. La Borde, un asile » Marie Depussé, 1993, édition P.O.L). En parlant de mots, on peut dire qu’en psychiatrie, un chat n’est pas forcément un chat. Dans notre métier, on est taxé de traducteur ! C’est l’au-delà de la Commission. Peut-être sommesnous plus proches de la SNCB et de ses accompagnateurs. Autrement dit : à partir d’une plainte, d’un symptôme, on peut difficilement prétexter un diagnostic…il faut être prudent avec ces machins-là. Prenons l’exemple de la dépression : a-ton idée, par exemple, qu’elle révèle le sujet dans sa grandeur d’être humain ?  Bon, on vous l’accorde, c’est un peu ramassé. Nous avons appris étant jeunes assistants, internes ou assistés, souvent seul face à nous-mêmes, qu’il ne fallait pas répondre à la demande. Répondre à la question par une question, c’est, diton, souvent notre métier. On tourne en rond : tant mieux d’ailleurs…franchement, vous pensiez tourner autrement ? A y regarder d’un peu plus près, voilà une audacieuse thérapie de la maladie mentale : il faut que cela tourne, c’est comme cela que l’atmosphère cérébrale pourra s’animer. Le psychiatre accompagne, il suit les pas, il est là, pas loin, pas trop près, dans une relation millimétrique, avec un regard oblique. On reviendra là-dessus une prochaine fois. On parlera alors peutêtre de phénoménologie. Il fut un temps où nous entendions le « Bouge de là » de MC Solaar le rappeur ; on y reviendra pas par contre. BWV 81 «  Jesus schläft, was soll ich hoffen ? » (« Jésus dort, que dois-je espérer ? »), titre d’une cantate de Jean-Sébastien Bach, ce polyphone…Encore un mot valise pour la psychiatrie ! Pas le Jésus (quoique), pas l’espérer (quoique), pas l’attente (quoique). Disons la polyphonie, le plusieurs voix. Ça en jette. Prenons, par exemple, le schizophrène : il est mû par une conversation à plusieurs : on dira de lui qu’il est dissocié, qu’il hallucine, que sa pensée lui est volée, qu’il a des idées imposées.…parfois, l’ensemble est regroupé sous le vocable d’automatisme mental. Il faut rappeler cela : « production spontanée involontaire, mécanique d’impressions, d’idées, de souvenirs qui s’imposent à la conscience du sujet malgré lui, et pour ainsi dire endehors de lui quoiqu’au centre de lui-même » (Manuel de Psychiatrie, Henry Ey, Paul Bernard, Charles Brisset, 6ème édition, Masson, p.119). Donc une polyphonie interne, incrustée, qui ne fait pas nécessairement de lui un sujet en lien avec l’autre. Celle-là pourrait se résumer d’ailleurs comme un pari : quelle place alors vais-je occuper pour entendre l’autre, me mettre à une certaine fréquence dans laquelle il me reconnaitra comme sujet autre, différencié ?  Si je est reconnu, c’est que le malade lui aura attribué une place. Bingo, CQFD. L’Interne et l’Externe. Avec de majestueuses majuscules. En somme, il faudra donc se coltiner la nourriture terrestre, langagière si possible. Répétitive. Ré-éditive… « Pour la route, la même que l’autre fois ? » C’est Roger, le type du Fablain qui nous cause. On y va, on s’en va : « La psychiatrie est la pathologie de la liberté car la maladie mentale exprime toujours et nécessairement l’emprise d’une certaine désorganisation de la vitalité sur l’activité psychique qu’elle réduit, le décapite ou dissout » (L’Information psychiatrique, Henri Ey, Fragments de l’œuvre militante, N° 48, Janvier 1972) Cette phrase servira de point d’ancrage. On ne sait si c’est le mot « liberté » ou celui de « l’emprise » qui peut paraître d’emblée dysdigeste ; si on nous permet ce néologisme, c’est pour rappeler que, oui, les mots (les maux) se digèrent parfois facilement, parfois discrètement, quelques fois encore refoulés-intubés, pour finalement aboutir ex-tubés dans le meilleur des cas. On réserve la digestion et la sublimation pour une autre séance. La liberté, dans les mots qu’elle autorise, est cette disjonction qui, mal apprise, fait disjoncter : c’est cela une maladie mentale.


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Texte : Le Dark Chips

Texte : Eric Therer

Rebooté, formaté, enfermé à double tour, longtemps, voici comment l’ancienne civilisation avait décidé de soigner l’infâme, leDark Chips. Sans relache, il avait tapé sur la porte de sa cellule, c’était sa façon d’aimer. Libéré, il avait jeté un regard sur ce nouveau monde et savait déjà que rien n’avait changé. Lui non plus . « Je n’étais qu’un gamin irritant, menteur et roux » Aphex Twin.

Rubrique destinée à évoquer un lieu, une ville ou un endroit, ‘Sounds & Sites’ ne se veut pas un itinéraire

descriptif exhaustif mais plutôt l’esquisse d’un lieu où la musique puise ses racines ou manifeste son émergence. ‘Sounds & Sites’ ne veut nullement dresser une cartographie complète des lieux sonores mais répondra à des envies ou des coups de sonde.

Liquid Room Berlin, le béton, le froid et Subjected. Subjuguant insoumis, cet homme de glace produit un son à son image, frigorifique et tranchante comme le diamant taillé pour tuer. Il convient alors de ne pas tergiverser et d’annoncer ‘Zero’ comme la plaque qui nous maintiendra délicieusement quelques semaines en hiver, encore. Son label (Vault Series), sa première plaque et déjà toute mon affection, s’il en a quelque chose à foutre… Impérial, Winter is coming… ★ ★ ★ (Crosstown Rebels) s’offre un tour du monde pour ses 10 ans avec collection de cartes postales à la clé. Moins chiant qu’une croisière mais pas aussi intense que de Jules Verne, ‘Rebelrave3’ étale la panoplie complète de sa house, du très ancien au très nouveau, du très sympa au très cul-cul remixé, notamment par le producteur Subb-An dont le travail jusqu’ici m’était passé bien au-dessus de la tête. De la triple compil dans le sac à dos, lourd ! Scout Toujours ! ★ ★ ★ Un disque à l’ancienne pour un label à l’ancienne, John Gosling vient d’un monde où les choses se font lentement et sur la longueur. C’est sous le nom de Mekon que cette sommité de l’électro nous offre un voyage hors du temps à coup de breakbeat poussiéreux, de new wave éventée, de house faisandée. ‘A Piece of Work’ pour le plus grand plaisir des nostalgiques de la tradition (Wall Of Sound). I’ll be back. ★ ★ ★ Divisez la moyenne des BPM enregistrés chez (R&S Records) et divisez le tout par 6. Vous obtiendrez alors le tempo ambiant de ‘Seabed’, première réelle sortie du trio Vondelpark. De la musique coton à écouter dans sa chambre : un disque pour baiser en somme. Une petite pipe Michel ? ★ ★ ★ ‘Kollektion 1’ sera publié exactement 20 ans après que le magasin de disques du label (Kompakt) ait ouvert ses portes à Cologne. Michael Mayer et Wolfgang Voigt, dresseurs de champions, envoient du gros, du lourd et du pilier d’écurie sur une double compil’. Clair, net, précis. J’adore quand un plan se déroule sans accroc. ★ ★ ★ Urban Houses font partie de ces arnaqueurs qui vendraient des vérandas en Islande. Ca vient de Cologne, mais ça prône le port de la chemise à fleurs à l’année. ‘Centers’ est le genre de plaque comme il en sort une ou deux par mois en ce moment, une certaine originalité des sons en plus, mais une réelle imagination rythmique en moins. J’en peux plus de ces Tam-tams ! ★ ★ ★ On a connu le jeune pianiste Francesco Tristano lorsqu’il s’amusait, entre deux récitals, à reprendre des standards de Jeff Mills. On le retrouve aujourd’hui aux boutons d’Aufgang, trio totalement affranchi des catégories, qui entreprend d’aérer les machines en leur insufflant des subtilités empruntées aussi bien à Satie qu’à Ravel. A la fois organiques et synthétiques, entre recueillement et dancefloor, des mélodies qui sont bien parties pour faire la tournée des clubs et des têtes. ‘Istiklaliya’ ou les Battles version kitsch. Deux pianos, une batterie : 3 possibilités. ★ ★ ★ Attention, comparaisons foireuses. A l’image d’un Lothar Matthaus qui malgré son passé glorieux n’a jamais été capable de faire gagner la moindre équipe une fois les crampons raccrochés, à l’image de chanteuses à voix vouées à servir de la prose merdique, Andi Otto - alias Springintgut - semble être destiné, malgré ses connaissances musicales, à une vie de compositeur sans intérêt, et de lui briser son violoncelle amélioré sur la tronche pour en faire du petit bois, tant les nuits vont être crues ‘Where We Need No Map’. Etoile Des Neiges… ★ ★ ★ DJ Sprinkles fait lui aussi dans la géolocalisation et se demande ‘Where Dancefloors Stand Still’. Pas ici! Sarah Connor ? Ah non c’est à côté. ★ ★ ★ Faire une B.A. et sauver enfin un disque (un peu) deep. Comme quoi tout arrive, même dans la vraie vie, puisque c’est de cela qu’il s’agit dans ‘B.O.A.T.S’ pour ‘Based on A True Story’. Hormis un concept fumeux qui dépasse légèrement mes capacités intellectuelles, il faudra bien admettre que les basses de Clockwork ont ce petit quelque chose d’intéressant qui écarte le son du duo italien des ambiances d’hôtels parisiens chics et branchés. Italians Do It Better ? ★ ★ ★ Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? En clair, la compilation ‘Lifesaver’ tente de nous faire croire qu’elle sauvera notre âme en 11 titres piqués au label (Live At Robert Johnson). C’est Olivier Hafenbauer, le d.a. de la boîte du même nom qui réunit sur cette première tentative des artistes house plutôt variés, allant de le house un peu vaporeuse (Chinaski) à quelques pépites délicieusement vintage (Massimiliano Pagliara). Parce que finalement, plaire à tous, c’est un peu ça le but d’une compil’ non ? Il faut de tout pour faire un monde… ★ ★ ★ Venir du grand Nord et faire de la pop tout synthé devant, il n’en fallait pas moins à Bloodgroup pour être catalogué au rang des allumés de The Knife. Ca pouvait paraître sévère et pourtant non tant ‘Tracing Echoes’ emprunte à tout va. Les fans de Depeche Mode s’y retrouveront, les nostalgies de Sneaker Pimps survivront avec leurs goûts de merde et les cinglés du clavier se toucheront la nouille. On récapitule donc : un peu new wave, un peu pop, beaucoup scandinave et surtout peu d’intérêt. Calmos ! ★ ★ ★ Marcello Giordani ne croit pas si bien dire : ‘Respect Yourself’ et surtout arrêter la production tout de suite. Redrum !… ★ ★ ★ Venu de Bucarest, Cosmin TRG n’est pas le moins philosophe de l’écurie (Monkeytown). La peur de l’échec et de ne pas être heureux au centre de ‘Gordian’ ? Y voir plutôt un excellent moment minimal fait de patterns alléchants, de distorsions numériques subtiles, de recherche sonore et surtout débarrassé de toute fioriture. Deuxième plaque seulement et déjà une grosse maitrise. Rooo…c’est de toute beauté. ★ ★ ★ Qui l’eût cru ? Fonder un label en 2011 et ne pas avoir disparu en 2013, ça semble assez fou, mais impossible n’est pas Jennifer Cardini. Résidente du Rex, la cocotte, aidée de quelques amis plumeaux, a décidé de mettre son label (Correspondant) sur la voie de la sacro-sainte compilation. 14 titres montés comme un cours d’aérobic. Il va falloir tenir l’ascendance rythmique, alors attention où vous mettez les pieds ! Je mets les pieds où je veux, et c’est souvent dans la gueule !

Liquid Room : une salle débarrassée de ses fauteuils dans laquelle le public déambule au gré de ses envies. La scène subsiste mais elle est multiple, démultipliée entre plusieurs tréteaux sur lesquels les musiciens changent de position en fonction de leurs prestations. Des spectateurs s’asseyent sur des petits tabourets portables en carton recyclé, d’autres demeurent debout, d’autres encore circulent. Le son fuse des quatre coins, il enveloppe les auditeurs, il est partout. Ce soir, pour sa quatrième édition, reprise au programme du festival Ars Musica, ‘Liquid Room’ se place sous le signe du pouvoir synchronisateur du son que commande le titre de l’événement : ‘A History of Synchronicity’. Il s’agit aussi d’un voyage dans le temps, en l’occurrence celui du vingtième siècle. Une affiche ponctuée par des noms qui marquèrent le premier siècle de la musique dite ‘contemporaine’ : John Cage, Karlheinz Stockhausen, Eliane Radigue, Peter Ablinger, Tom Johnson… tous interprétés par l’ensemble Ictus emmené par l’infatigable Georges-Elie Octors. En 1924, George Antheil, compositeur américain, établi depuis peu à Paris, débute l’écriture de son ‘Ballet Mécanique’, une œuvre qui sera terminée deux ans plus tard et qui ne laissera personne indifférent lors de sa première. Sorte d’hommage après coup au mouvement futuriste qui s’est alors essoufflé depuis plusieurs années, il met en scène un monde en pleine édification de sa puissance industrielle, un monde en mouvement perpétuel, rythmé par ses machines et le désir qu’elles induisent. Outre des pianos dont le nombre sera singulièrement réduit par rapport à celui qu’Antheil avait entrevu à l’origine, la composition recourt à des percussions, des sirènes, des hélices d’avion, des klaxons et des sonneries. Paradoxalement, il ne s’agit pas d’un ballet à proprement parler car il n’est pas destiné à la danse, pas plus qu’il n’a été conçu pour un chorégraphe. La pièce puise ses racines dans le dadaïsme tout en préfigurant la musique concrète. Près d’un siècle après, ‘Ballet Mécanique’, demeure d’une contemporanéité urgente, cruciale. A son écoute, on mesure à quel point Einstürzende Neubauten n’a, au final, rien inventé. C’est avec ‘Four Organs’ de Steve Reich que ‘Liquid Room’ tire le rideau. Composée en 1970, cette pièce d’un quart d’heure débute sur un accord joué sur des notes très courtes, un peu comme si le clavier était utilisé comme une percussion, dont la durée va graduellement s’étirer au fur et à mesure que le morceau progresse. Un maraca ponctue avec une régularité métronomique totale les quatre organistes. D’une économie de moyens remarquable, la pièce se révèle maximale dans ses effets. Ce soir, elle laisse un public ébahi et conquis par une musique qui n’a en définitive de répétitif que l’apparence qu’elle se donne. Souvent perçu à tort comme étant un événement réservé à un public initié, le festival Ars Musica a pourtant toujours cherché, depuis ses débuts en 1989, à porter la musique contemporaine au plus grand nombre, démontrant qu’elle n’était pas une mais multiple, à l’image des scènes changeantes du Kaai Theater de cette magnifique soirée rétro/prospective. Deux disques : George Antheil, ‘Ballet Mécanique’, Naxos Steve Reich, ‘Four Organs-Phase Patterns’, New Tone


06

Texte : Nicolas Alsteen © klara andreasson

Toujours emmené par la voix suave de José Gonzàles, le trio scandinave grave un deuxième essai éponyme et épatant : un album en forme d’accomplissement personnel. Sans renier sa mélancolie lumineuse,

le groupe suédois part à l’aventure. Plus audacieuse que jamais, la guitare de Gonzàles se risque sur des chemins sinueux et distordus. Elle escalade des passages étroits et pentus. Elle laisse vibrer ses cordes au sommet d’un rock tribal (‘Vilain’) avant

de s’abandonner dans l’insouciance d’une pop discoïde et sautillante (‘Your Life Your Call’). Sur ce nouvel album, Junip ne se refuse rien. Et ça fait du bien.

Junip existe depuis 2008. Pourtant, on a dû attendre 2010 pour écouter les chansons de votre premier album (‘Fields’). Comment expliquez-vous ce long décalage ? Tobias Winterkorn (claviers et synthés) : « En 2000, on a publié un 45 tours. Cinq ans plus tard, on a sorti un EP. On ne peut pas dire que le groupe était en surchauffe pendant les cinq premières années. On avait chacun des activités en dehors de Junip. On se concentrait notamment sur la fin de nos études. Quand on a songé à s’y remettre, l’album solo (‘Veneer’, ndr) de José a commencé à recevoir l’attention des médias internationaux. Dans la foulée, il est parti en tournée et a rencontré un succès aussi soudain qu’inattendu. On ne parvenait pas à trouver du temps à consacrer à Junip. À un moment, on s’est revu pour travailler sur des chansons, mais le résultat n’était pas à la hauteur de nos espérances… » José Gonzàles (guitare, voix) : « En 2007, j’ai sorti mon second album (‘In Our Nature’). Après une nouvelle tournée, je suis enfin rentré en Suède... J’avais du temps devant moi et les autres étaient également libres de tout engagement. On a pris une bonne résolution : se pencher sérieusement sur les morceaux de Junip. Cela a finalement débouché sur ‘Fields’, en 2010. »

Les portes de la gloire José, quelles différences fais-tu entre ton travail solo et celui réalisé aux côtés de Junip ? José Gonzàles : « Je fonctionne bizarrement. La plupart du temps, je travaille à l’envers. Je n’ai jamais les paroles à l’avance, par exemple. C’est la musique qui détermine les textes que je vais coller sur un morceau. Chez Junip, les compos sont nettement moins dépouillées que sur mes propres albums. Cela a des répercussions importantes sur les thèmes abordés dans les chansons. Par contre, sur le plan musical, mon mode de fonctionnement est assez comparable. Mes chansons partent toujours d’une séance d’improvisation. Avec Junip, c’est exactement la même chose. Si ce n’est que je ne suis pas tout seul. Dans le groupe, entre le moment où on développe une idée et l’émergence d’un morceau dans sa version définitive, ça nous prend un temps fou. Certaines idées germent parfois pendant deux ans avant de déboucher sur une chanson. Quand on travaille à trois, on est assez lent. (Sourire) Ceci dit, on s’est montré beaucoup plus efficace pour l’enregistrement du nouvel album. Je pense que la tournée précédente nous a bien aidés. On a passé davantage de temps ensemble. On se trouve plus facilement. On a développé des automatismes. » Votre nouvel album s’intitule simplement ‘Junip’. Pourquoi un titre éponyme à l’heure du second disque ? Tobias Winterkorn : « On en avait déjà discuté à l’époque du premier album. Dès le départ, cette idée nous plaisait. On avait abordé quelques hypothèses de travail pour le graphisme. On savait ce qu’on voulait. Ce nouveau disque est aussi le fruit d’un vrai travail de groupe. On a composé cet album sans aide extérieure. On a produit le disque et joué tous les instruments nous-mêmes. Ce titre, c’est un clin d’œil au chemin qu’on a fait ensemble. » José Gonzàles : « Esthétiquement, cela correspond également à l’affirmation d’une identité. Essayer de tout faire sous son nom et par ses propres moyens, c’est la meilleure façon d’engendrer quelque chose de personnel. Je pense que notre nouvel album présente quelques défauts de fabrication mais, à mes yeux, ce sont ces petites imperfections qui le rendent authentique. » Vous êtes originaires de Göteborg. On associe souvent le nom de cette ville à la scène black et death metal. Est-ce le meilleur endroit du monde pour la musique de Junip ? José Gonzàles : « (Rires) C’est vrai que cette image revient souvent quand on parle de Göteborg. Dans les années 1990, l’impact de la scène suédoise était très important. Certains médias ont même utilisé le terme « Swedecore » pour décrire la musique des groupes qui jouaient du metal à la sauce scandinave. Avec le temps, l’impact de cette scène s’est un peu estompé. Le genre est toujours bien présent, mais les styles musicaux se sont diversifiés. Aujourd’hui, il y a beaucoup de groupes pop et electro. On a de nombreux fans à Göteborg, mais notre musique n’est pas mainstream. On ne passe pas énormément à la radio, par exemple. Notre nouveau single, ‘Line of Fire’, est diffusé sur les ondes mais pas en forte rotation. »

Comparativement au premier album, votre nouvel essai laisse transparaître davantage de nuances. On y entend notamment de la distorsion (‘Vilain’) ou des éléments de musique électronique (‘Your Life Your Call’). Vous recherchiez ces variations ? José Gonzàles : « On ne peut pas parler d’objectif. On souhaitait surtout enregistrer un disque ambitieux et, forcément, différent du premier. Quand on a commencé à travailler sur les bases des nouveaux morceaux, on ne savait pas exactement dans quelle direction évoluer. On s’est alors essayé à de nombreuses choses : des ambiances contemplatives, des moments plus rock, pop ou carrément électroniques. En cours de route, on s’est même demandé si tout cela allait tenir de façon cohérente sur un seul disque. Finalement, je crois que ça va. (Sourire) » Les paroles de la chanson ‘Line of Fire’ font référence à une crise existentielle. Est-ce un épisode autobiographique ? José Gonzàles : « Cette chanson parle d’une période de transition. On passe tous par des moments comme ceux-là dans une vie. Les choses changent et, parfois, il est impossible de contrôler les événements... Quand j’écris mes textes, je pars toujours d’un ressenti personnel. Après, je fais coïncider mes propres sentiments avec d’autres vécus, des tranches de vie inspirées par des proches ou des connaissances lointaines. Ce n’est jamais explicite. Personne ne peut vraiment se reconnaître dans les textes de mes chansons. Paradoxalement, elles s’adressent à tout le monde. (Sourire) » Votre nouvel album a parfois des allures de discothèque idéale, un peu comme si on se promenait en mode « shuffle » dans votre collection de disques. Qu’est-ce qui se cache dans votre iPod ? Tobias Winterkorn : « C’est amusant parce qu’on discutait justement de ça, hier soir, entre nous. Certains disques ont effectivement influencé la conception de notre nouvel album. On a beaucoup écouté Heldon, un projet français qui a publié quelques pépites électroniques dans les seventies. Pour l’utilisation des synthétiseurs, on peut véritablement parler de modèle. Après, je ne peux pas faire sans parler de mes petits plaisirs coupables : Jean-Michel Jarre et Vangelis. Ce n’est pas que j’adore leurs compositions mais leur façon d’aborder la production et d’appréhender les textures sonores est tout à fait passionnante. Et puis, difficile à croire, mais j’écoute souvent ABBA. Ce n’est pas une blague ! J’ai toujours pensé que les productions d’ABBA comptaient parmi les meilleures jamais enregistrées dans l’histoire de la pop moderne. Certaines chansons sont vraiment dégueulasses, d’accord. Mais dans l’ensemble, je pense que ces gens sont des génies ! » José Gonzàles : « La discographie de Marvin Gaye a également beaucoup tourné sur nos platines. De mon côté, j’ai encore écouté énormément de musique brésilienne. Les premiers albums de Gal Costa, notamment. Mais aussi les classiques : Gilberto Gil, Caetano Veloso, Joao Gilberto, Jorge Ben… Les productions brésiliennes des années 1960 restent une grosse référence. Sur le nouveau ‘Junip’, un morceau comme ‘Head First’, par exemple, est très inspiré par tout ça. Enfin, l’influence majeure de ce disque, c’est la scène death metal de Göteborg. (Sourire) Non, je déconne. On n’a pas écouté de metal, mais on devrait ! (Rires) » Un disque : ‘Junip’ (City Slang/Konkurrent) • Suivez le guide : www.junip.net

on stage 08/05, Cirque Royal, Nuits Botanique, Bruxelles


PUPPETMASTAZ 28-05-2013

COCOROSIE 30-05-2013

GHOSTPOET (@EXIT07) 04-06-2013

COEUR DE PIRATE DE LÄB EP RELEASE FICTION (FREE ENTRY) JOE COCKER FIRE IT UP EUROPEAN TOUR ONEREPUBLIC MICHAEL SHEPHERD BAND ALBUM RELEASE (FREE ENTRY) BONAPARTE WE WILL ROCK YOU ARNO THEME PARK (FREE ENTRY) THE BOOTLEG BEATLES 24 HEURES ELECTRONIQUES: MODESELEKTOR DJ SET, GOOSE & MORE 30.04. LANA DEL REY 04.05. PSY 4 DE LA RIME 05.05. INTERNATIONAL RECORD FAIR 06.05. JAMIE N COMMONS (FREE ENTRY) 07.05. ESBEN AND THE WITCH (FREE ENTRY) 08.05. FRITZ KALKBRENNER 08.05. BILLY TALENT 10.05. AUFGANG 14.05. BLACK FLAG 15.05. AN EVENING WITH MARK KNOPFLER AND BAND 16.05. MACEO PARKER 24.05. IAM 28.05. PUPPETMASTAZ 29.05. TRAMPLED BY TURTLES (FREE ENTRY) 30.05. COCOROSIE 30.05. GIANNA NANNINI 31.05. TOTO 02.06. ALICIA KEYS SET THE WORLD ON FIRE TOUR (SOLD OUT) 04.06. GHOSTPOET (@EXIT07) 06.06. THE KILLERS (SOLD OUT) 08.06. ZUCCHERO 12.06. LINDSEY STIRLING 13.06. PARAMORE 17.06. MODEST MOUSE 19.06. ALT-J 24.06. TEGAN AND SARA 03.07. THE SWORD 05.07. BOYSETSFIRE 09.07. THE SMASHING PUMPKINS 11.07. NEIL YOUNG & CRAZY HORSE 18.10. BRUNO MARS (SOLD OUT) 15.11. NICK CAVE & THE BAD SEEDS 22.+23.11. SONIC VISIONS 2013: HURTS... 10.12. KATIE MELUA 24.01. ONE NIGHT OF QUEEN 04.04. 05.04. 09.04. 10.04. 11.04. 12.04. 14.04. 16.-21.04. 20.04. 24.04. 26.04. 27.04.

www.rockhal.lu Rockhal, Esch/Alzette (LUX) // infos & tickets: (+352) 24 555 1 Rockhal recommends to use public transport: www.cfl.lu 90 min from Nancy // 45 min from Metz 60 min from Saarbrucken // 120 min from Brussels

24 JUN

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Texte : nicolas alsteen © shawn brackbill

De retour avec un album aux idées larges (‘Wakin On A Pretty Daze’), Kurt Vile s’installe autour de la table. Toutes les cinq minutes, le grand chevelu entrouvre sa tignasse géante pour observer le monde et mater son interlocuteur.

En captant son regard, on ne peut s’empêcher de penser à Beavis et Butt-Head, les deux ados attardés qui, au siècle dernier, squattaient le tube cathodique américain sur MTV. Entre deux questions, le garçon ricane comme un monomaniaque. Cool. Guitariste génial, chanteur engourdi, Kurt Vile célèbre la rencontre entre John Fahey, Dinosaur Jr et Tom Petty autour d’un grand verre de lait et d’un bon space cake. Et, à la seule force du poignet, le mec fait atterrir un nouvel album qui plane. Grave.

A l’origine, tu viens de Philadelphie. Tu vis toujours là-bas ? Kurt Vile : « Ouais, c’est un super endroit pour être musicien. C’est juste à côté de New York... Une heure de route, à peine. Ça permet de bénéficier de tous les avantages de Big Apple sans devoir se coltiner ses défauts : les loyers impayables et le coût de la vie en général. Ma famille et mes proches habitent à Philadelphie, mes potes aussi. La plupart joue d’ailleurs dans des groupes que j’adore : Purling Hiss, Lantern ou Pissed Jeans. Honnêtement, je ne m’imagine pas vivre ailleurs. »

Les années guitare Avant de te produire sous ton nom, tu jouais avec le groupe War On Drugs. C’est de l’histoire ancienne ? Kurt Vile : « C’est le premier groupe dans lequel je me suis réellement impliqué. Mais, à l’époque, j’étais déjà fort occupé avec mes propres compos. D’ailleurs, mon premier album officiel est sorti six mois avant celui de War On Drugs. A un moment, j’ai commencé à recevoir des sollicitations. Ça devenait impossible de tourner avec le groupe et de gérer les deux agendas. J’ai donc pris la décision de me concentrer sur ma carrière. Je ne renie pas mes années avec War On Drugs. C’était une fameuse expérience. J’ai pris conscience de certaines réalités du métier. C’est grâce à eux que j’ai eu ma gueule dans les pages du Rolling Stone pour la première fois. Tout ça était nouveau pour moi. Quand j’ai quitté War On Drugs, il n’y a pas eu trop de malaise. D’ailleurs, le guitariste et leader Adam Granduciel est venu m’épauler sur scène en rejoignant mon groupe, The Violators. » Comme ça, à chaud, quel est le principal changement survenu entre ton précédent album (‘Smoke Ring For My Halo’) et le nouveau ? Kurt Vile : « ‘Smoke Ring For My Halo’ était un exercice de rock assez concis. Il était orienté vers des mélodies pop assez directes. Le nouvel album est une sorte de contre-pied. Je joue davantage sur la durée, je prends le temps d’installer une ambiance et de confronter ma guitare à l’espace. Par la force des choses, les chansons s’étirent. Elles sont plus longues et épiques que jamais. » Tu sembles assez conscient de ton évolution musicale. Tu avais envie de changer de cap, de te lancer dans un truc plus ambitieux ? Kurt Vile : « Absolument pas. C’est sans doute un cliché de dire ça, mais l’évolution de ma musique est naturelle. Quand on écoute ‘Constant Hitmaker’, mon premier disque, on peut facilement trouver des connexions avec le nouvel album. On entend directement que c’est le même mec qui a enregistré les chansons. En attendant, elles sont différentes. Entre 2006 et 2013, j’ai évolué mais ma façon d’appréhender la musique est restée personnelle. Je m’efforce d’abord de défendre un style, une identité. » Sur onze nouveaux morceaux, six s’étalent donc sur plus de dix minutes. C’est ta façon de ranger davantage d’idées dans un seul disque ? Kurt Vile : « J’ai surtout essayé de capturer un instant de magie, de toucher à quelque chose qui m’excitait vraiment. J’assume la longueur des chansons. C’est un choix conscient. Ce n’est pas de l’improvisation ou du free-rock. Chaque morceau a sa propre structure. J’ai respecté une certaine discipline dans mon délire. Pour le coup, ma vision des choses était assez hypnotique. Je pense que ce nouvel album est la conséquence de la tournée précédente. A force de jouer des concerts, tes chansons évoluent sur scène. Chaque soir, ta façon de les interpréter est sensiblement différente. Ça m’a ouvert les yeux sur les multiples possibilités enfermées dans un seul morceau. » Quand on connaît le contexte actuel, avec la crise du disque et tous ces albums qui peinent à trouver acquéreurs, sortir un album pareil, c’est presque un suicide commercial, non ? Kurt Vile : « C’est certainement un challenge. Maintenant, c’est un peu fort de parler de suicide

commercial. Je ne suis pas en train de sortir un disque d’avant-garde. Je suis toujours Kurt Vile, pas John Cage ou Karlheinz Stockhausen. (Rires) Mes nouvelles chansons sont longues, mais toujours mélodiques. Dans ma musique, ça reste un élément essentiel. Et puis, on est en 2013. L’ouverture d’esprit du public est plus grande. Les gens ont eu le temps de découvrir de longs morceaux passionnants. Je ne sais pas moi… La version originale du ‘Diamond Sea’ de Sonic Youth, par exemple, fait plus de 25 minutes. Et sur ‘Highway 61 Revisited’, Dylan lâchait ‘Desolation Row’, un morceau de 11 minutes. C’était en 1965 ! Je ne suis pas un précurseur, mec. (Sourire) Quand je suis arrivé avec le nouvel album sous le coude dans les bureaux de mon label, tout le monde était super emballé. Personne ne m’a dit : « Ton truc est vraiment trop long, on ne peut pas sortir ça ! » Au contraire, on m’a encouragé à le faire. Pour ça, Matador (Pavement, Belle and Sebastian, Yo La Tengo, ndr) reste une structure idéale pour ma musique. Chez Warner, on m’aurait flanqué un gros coup de pied au cul ! (Rires) » Pour produire ton disque, tu avais un nom en tête ? Kurt Vile : « Ouais, un seul nom : John Agnello. Il a bossé avec The Kills ou The Walkmen. Il a surtout produit les deux derniers albums de Sonic Youth. Et la raison ultime pour lui demander de travailler avec moi : il est derrière mes albums préférés de Dinosaur Jr. » Le titre de ton nouvel album, c’est ‘Wakin On A Pretty Daze’. Et, bizarrement, le morceau d’ouverture s’intitule ‘Wakin On A Pretty Day’. C’est une faute de frappe ? Kurt Vile : « (Rires) Non, c’est juste que je déteste restreindre l’ensemble d’un disque à une chanson précise. Donner le nom d’une chanson à ton album, ça sous-entend quasiment que la chanson en question est le principal centre d’intérêt du truc. Ce qui, en soi, est complètement con. Là, je change le nom du morceau et je le place en ouverture du disque. C’est une bonne façon d’évacuer le problème. Pour moi, la formule ‘Wakin On A Pretty Daze’ fait référence à une journée passée dans le coaltar, entre rêve et réalité. » Avais-tu un modèle musical en tête au moment d’attaquer l’enregistrement de ce nouvel album ? Kurt Vile : « J’ai écouté des tonnes de trucs, vraiment beaucoup de disques. Mais si je devais pointer un truc en particulier, ce serait sans doute ‘Are ‘Friends’ Electric?’, un morceau complètement obsédant de Gary Numan. En fait, ça n’a strictement rien à voir avec ma musique ! (Rires) C’est un titre hyper synthétique, complètement hypnotique. La première fois que j’ai entendu cette chanson, j’étais dans un club à Amsterdam. Je venais de becqueter deux space cakes. J’étais en lévitation, mec. Il n’y avait pas un rat sur la piste de danse mais j’ai dansé. Cette chanson de Gary Numan m’a percuté. J’ai écouté ‘Are ‘Friends’ Electric?’ pendant tout le reste de la tournée. C’est une chanson qui reste gravée dans ma mémoire. Elle m’a vraiment inspiré. Bon, à côté de ça, il y a Neil Young, forcément. Mais bon, lui, c’est mon dieu sacré. » Un disque : ‘Wakin On A Pretty Daze’ (Matador Records/Beggars Banquet) Suivez le guide : www.kurtvile.com

on stage 26/05, Ancienne Belgique, Bruxelles


T e x t e : A n n e - L i s e R e m a c l e © Z o ra n o rl i c

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Vingt ans déjà qu’Alan Sparhawk, Mimi Parker et quelques bassistes aléatoires s’efforcent de suivre le bon chemin, celui qui, invisible, s’impose en filigrane, entre les recoins caillouteux, ardus et la quiétude des plateaux. Vingt ans que la sérénité qu’ils s’efforcent de diffuser en intraveineuse nous ouvre grand la cage thoracique, emplit de brumes sépulcrales nos poumons noircis par le cynisme ambiant, participe entièrement à nous rendre humains, donc faillibles. Conversation avec un couple entre le fil et le ciment. Comment s’est passée la collaboration avec Jeff Tweedy (Wilco) ? C’était plutôt facile ou bien confrontant ? Mimi : « On se battait tous les jours (rires) ! » Alan : « Quand nous avons envisagé de travailler avec lui, il avait une bonne idée de qui nous étions : il aimait ce que nous faisions et n’avait pas l’intention de nous transformer, il était plus intéressé par le fait de nous aider à obtenir un bon enregistrement. En tant que musicien, il a fait quantité d’albums. C’est ce qui le rend unique : il était à même de nous comprendre depuis ce côté-là de la barrière. Il a su assez rapidement où se situer par rapport à nous. Parfois, il suffit de ça : quelqu’un qui te supporte, qui te pousse juste à sortir ce que tu as en toi plutôt que de créer de la tension en refaisant constamment des prises. Jeff et l’ingénieur du son avec qui il travaille depuis un moment, Tom Schick, connaissaient bien le studio. Quand nous nous enregistrons nous-mêmes, dans un endroit proche de la maison, ça nous demande plus d’efforts techniques d’aménagements. C’est bien que quelqu’un d’extérieur prenne ça en charge, quel micro employer pour capturer l’atmosphère, etc. C’est suffisant d’avoir à se concentrer sur le fait de bien jouer.» Avec ‘The Invisible Way’, on ressent une impression globale nettement plus minimaliste que sur vos deux albums précédents…c’était une envie, revenir à l’os ? Alan : « C’est comme ça que nous avons écrit les morceaux, en songeant que le minimalisme serait sans doute la bonne direction à adopter. Nous avons cherché à garder les morceaux dans leur noyau, à trouver l’instrument qui sonne juste, à rajouter peu de choses ensuite. » Mimi : « Quand nous avons fait les démos, tout était très simple, on voulait s’en tenir à une idée basique. Jeff était très attiré par ce côté minimal, et nous a incités à continuer dans cette voie. Nous savions donc plutôt bien à quoi allaient ressembler les morceaux avant l’enregistrement final. Nous étions bien préparés.» Appréciez-vous de collaborer en tant que voix avec d’autres groupes, comme ce fut le cas cette année pour le morceau ‘Lunacy’ des Swans ? Alan : « Oui, c’est amusant mais je me sens toujours assez peu confiant quand on me demande ça, pas toujours à la hauteur quand ça n’est pas mon univers familier. Mais ça reste une bonne façon de se mettre à l’épreuve, même si je n’ai pas pu m’empêcher de vivre ça bizarrement.» Mimi : « C’était flatteur qu’ils nous le proposent, on a fait de notre mieux. » Vous êtes vous déjà demandé ce que vous auriez fait si vous n’étiez pas parvenus à vivre de votre musique ? Alan : « Oui (soupir). J’aurais probablement trois boulots et pas beaucoup de sommeil. » Mimi : « Tu penses, vraiment ? Si je n’étais pas dans un groupe, j’aimerais construire des choses de mes mains, des meubles sans doute. » Alan : « Et puis tu n’as pas à partir en tournée, quand tu fais des meubles (rire). C’est chouette de penser que nous aurions un job tel que celui-là mais la plupart des amis de mon âge luttent pour trouver suffisamment de temps pour être créatifs.» Avez-vous l’intention de célébrer votre vingtième anniversaire, comme pour le dixième, avec ‘A Lifetime of Temporary Relief’, ce box de raretés et de b-sides ? Alan : « (surpris)Oh oui, c’est vrai, nous avions fait ce box ! J’avoue que je ne sais pas, nous n’y avons pas vraiment pensé.» Mimi : « Peut-être qu’on devrait juste faire des cupcakes ! » Alan : « Ou une grande fête dans notre jardin. » Mimi : « On n’a pas franchement un bon jardin pour organiser des fêtes ! » Alan : « Bien sûr que si ! Il suffirait de pousser les voitures, on écouterait du Charlie Parker depuis une cabane dans l’arbre. » J’ai lu un article de Stereogum intitulé ‘Yo La Tengo, Low and the Creative Potential of Domestic Bliss’. Avez-vous déjà eu l’occasion de discuter avec Georgia et Ira de votre pérennité commune? Alan et Mimi : « En fait, nous ne nous sommes jamais rencontrés ! On les a toujours manqués, on ne s’est jamais retrouvés ensemble. C’est bizarre. » Très étrange, surtout compte tenu des similitudes de structure entre vos deux groupes (un couple-noyau, un bassiste changeant au fil des années). Alan : « Je crois avoir entendu dire qu’ils ne nous aimaient pas en fait. » Mimi : « Vraiment ? Très fiable, cet avis. Ils ne nous connaissent pas (rires). » Il n’y a pas tant de groupes ensemble après vingt ans, surtout en devant gérer leur couple en plus de le musique…c’est peut-être la raison de votre longévité ? Alan : « C’est intéressant que tu mentionnes ça, surtout après la séparation de Kim Gordon et Thurston Moore. Nous avons trouvé ça tragique, désolant. Nous les avions toujours observés comme étant un modèle de couple novateur, avec une imagination fertile et la nouvelle de leur rupture nous a réellement rendus tristes, comme si nous perdions une partie de nos héros. Ce n’est pas évident à maintenir, cet état de fait entre un mariage et une carrière, les gens doivent être encouragés : avoir un bon exemple suffit parfois à rester patients ou à essayer plus fort.  La créativité au sein d’un couple c’est fragile. Faire partie d’un groupe est déjà stressant en soi, peut rendre très vulnérable. Mais parfois, être créatifs ensemble s’avère magique. » Après toutes ces années, est-ce que vous estimez avoir encore des buts à atteindre dans votre musique ? Alan : « Je ne sais pas si nous avons jamais eu de visées : nous voulions juste faire de la musique. Oh, bien sûr, tu rêves un peu : ça serait chouette de faire une tournée, un disque, puis d’en faire un autre. » Mimi : « Au fil du temps, ton idée de ce qu’est le succès ou de ce qui serait bien change. À ce stade-ci, on se dit : oh ça serait bien d’écrire un morceau que quelqu’un d’autre enregistrerait et chanterait et qui aurait beaucoup de succès ! Ah oui, et nous n’avons jamais fait de bande-son, ça serait fantastique. Des tournées, je ne veux pas faire ça à tout jamais. C’est fatigant, tu es loin de ton foyer pendant longtemps. Notre but à présent c’est de s’arranger pour participer à des projets qui nous permettent de prendre soin de notre famille mais sans avoir à voyager autant. Mais parfois le business musical est hors de ton contrôle, certains ont des hits, c’est juste fluctuant et tu ne peux pas intervenir pour que ça t’arrive, à toi. Il n’y a pas de formule magique, ou alors, nous ne la connaissons pas ! Je ne sais même pas si nous nous sommes jamais assis en nous disant : « Faisons un tube ! » »

Alan : « Moi je le fais tout le temps (rires) ! C’est mon problème…je me dis que ça va être incroyable et puis… » Mimi : « C’est parce que nous les interprétons, il suffirait de les donner à jouer à quelqu’un d’autre ! » Alan : « Je crois que nous avons toujours été un peu trop bizarres et au bord des capacités pour y parvenir. » Mais j’y repense, vous faites malgré tout partie du soundtrack de la série ‘Skins’ ! Mimi : « Oui, c’est plutôt bien et flatteur, mais ça ne rapporte pas nécessairement. » Alan : « C’est une façon de faire connaître le groupe. Mais ça n’a pas débouché sur grand-chose. Revenons les pieds sur terre : nous avons du succès, cela fait vingt ans que nous existons là où certains groupes n’ont duré que quelques années, et si ça s’arrêtait demain, nous devrions trouver des boulots mais nous sommes au moins allés jusque là. Je préfère être respecté par la critique que submergé par l’argent. Nous ne sommes pas du genre à nous sentir bien avec les compromis. »

Low Profile

Vous n’êtes peut-être pas commerciaux mais vous avez le respect de votre public. Quand vous avez joué ‘The Great Destroyer’ dans l’ordre au Primavera Festival, c’était un moment précieux. Alan : « Tous ces gens qui sont là tout en sachant déjà ce que tu vas jouer, et qui l’apprécient quoiqu’il en soit, c’est la plus grande gratitude que tu peux avoir. C’était vraiment différent de tous les autres concerts. Il ne faut d’ailleurs pas trop s’y habituer (rires). »

Low ‘The Invisible Way’ Sub Pop/Konkurrent

On stopperait bien la rotation déviante du monde, juste un peu. On dénouerait bien les cordes serrées, histoire de léviter plus délicatement, la gorge libérée du joug, juste un peu. Ça tiendrait à un piano aux touches enfoncées, à un phrasé pour deux voix long en bouche, presqu’ankylosé, à une ‘Amethyst’ aux couleurs défaillantes, à un rêve tellement bleu qu’on valserait, quasi hagards. Qu’on contraindrait la lune à briller, qu’on finirait par désenclaver l’espoir en le laissant rouler à flots continus. Je sais, je ne devrais pas avoir peur, je le sens qu’entre nous, nous allons bâtir une sphère neuve où les mères prendront le temps d’accorder lumière et langue aux petits d’homme, où l’on célèbrera les anniversaires en écartant les branches menaçantes, en libérant les sentiments du haut de l’arbre, en contemplant presqu’allègres la fin de l’histoire, de toutes les histoires (‘On My Own’ et son envolée grondante noise) pour en ouvrir d’autres, s’y aimer jusqu’au vertige et s’y perdre, y finir sur les genoux, recommencer plus haut. Je sais, je ne devrais pas avoir peur, je suis l’enfant qui attend, je suis Clarence White sur le chemin, je veux être celui qui ne changera pas la crainte en colère, pas le désir en faim, celui qui ne rompra pas la corde, celui qui y nichera pour les générations futures une tresse complexe de vie, un nouveau disque de Low. (alr) Suivez le guide : http://chairkickers.com/

on stage 08/05, Nuits Botanique, Bruxelles


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T e x t e : Fa b r i c e V a n o v e r b e r g © o l i v i e r d o n n e t

Après un premier album en 2007 très bien noté dans les magazines jazz, on avait perdu la trace de Mélanie De Biasio, dont le second chapitre se faisait attendre.

A toute chose malheur étant bon, l’attente est aujourd’hui largement récompensée. Très en marge des conventions pop, la musique de la chanteuse belge s’éloigne intangiblement des traditions jazz de grand-père, tout en conservant des sonorités organiques smooth en forme de caresses de velours. Et puis, cette voix, mes aïeux, d’une redoutable et chaleureuse sensualité à faire fondre les dernières neiges éternelles.

Mélanie De Biasio

Te retrouver sur Pias en faisant du jazz, ce n’était pas la chose la plus évidente. Comment ça s’est fait ? Mélanie De Biasio : « C’est un challenge pour eux parce que la question, c’est : T’es qui, tu viens d’où ? Tu viens du jazz, qu’est-ce que tu veux, où tu veux aller ? » En même temps, tes morceaux s’inscrivent plus dans un format de chanson, tout en n’étant pas formatés au sens radiophonique du mot. MDB : « C’est ça qui est chouette parce que tu n’as pas des solos comme tu en as souvent dans la tradition jazz. La construction des morceaux s’est faite de manière organique en studio et c’était intéressant pour des gens qui viennent du jazz de se repositionner dans leur jeu. »

Poser les micros Ta voix n’est pas nécessairement mise en avant dans le mix, elle est traitée comme un instrument. MDB : « Et et même temps, il y a plein de silences… Pour moi, c’est important d’entendre la voix quand elle a quelques chose à dire et que quand elle n’a plus rien à dire, elle se TAIT (elle insiste sur le mot). Ca laisse respirer et du fait d’être passée par cette école du jazz, je vois les choses autrement. » Avant le jazz, il y avait déjà eu l’expérience Orange Kazoo il y a dix ans. MDB : « Oui, on faisait plutôt du rock fusion bien pêchu et encore avant, j’avais mon petit groupe de pop quand j’étais adolescente. Et si on remonte encore, il y a eu l’académie où on joue de la musique en étant non-éveillée, en reproduisant bien sagement et c’est très bien. Si je n’avais pas appris le solfège à huit ans, je ne l’aurais pas fait à 14 ans. Merci papa, merci maman. » Faire le truc en anglais, ça a été une évidence dès le départ ? MDB : « C’était le choix du non-choix. Quand tu écoutes à 15 ans Jeff Buckley, Beck ou Nirvana, tout est en anglais. Plus tard, tu te retrouves au conservatoire de jazz, où toute l’école vient des standards américain, du blues, du coton... donc oui, c’était évident de chanter en anglais. Maintenant, l’envie de passer au français vient me piquer de plus en plus, ça viendra quand ça viendra, il faut que ça soit une gestation pour que je sois prête à délivrer un truc authentique. » Le jazz est une musique d’improvisation. Était-ce le cas lors de l’enregistrement de ‘No Deal’ ? MDB : « J’ai fait une pré-production, comme pour une démo de rock, où le tempo, la tonalité et les paroles étaient déjà bien définies. Tout était déjà bien ficelé quand les musiciens l’ont écoutée et on a fait une journée de répétition avant le studio. Quand on me demande quel est mon style, je donne des textures et des couleurs, c’est ce que mes musiciens retiennent au moment d’entrer en studio. Tel morceau est plutôt nostalgique, tel autre est deep tempo, très silence, pour le reste ils ne savaient pas trop dans quoi ils s’embarquaient. On avait un beau studio avec un beau piano et je n’étais pas dans la même pièce qu’eux, j’étais au-dessus mais ils me voyaient. On a créé les morceaux tous ensemble et quand la prise n’était pas bonne, on la refaisait tous ensemble, à l’ancienne. Après ces trois jours de studio, j’avais des prises, genre quatre ou cinq versions de chaque morceau et puis, avec Pascal Paulus qui m’a bien aidée, j’ai fait des choix avant d’entrer en post-production. » Tout ça avant d’être chez Pias ? MDB : « Oui, sans le moindre soutien logistique ou financier et quelque part, ce n’était pas évident. En tant que producteur, j’ai dû accepter de payer un jour de studio à 1300 Euros passé rien qu’à poser les micros. C’est un truc très important alors que dans un coin de ma tête de producteur, je me disais (elle murmure) j’ai pas d’argent, j’ai pas d’argent (rires). Le premier jour, tu as juste envie d’être dans le son et tu ne fais rien d’autre qu’être dans ta cabine mais ça te permet aussi de rentrer dans le travail. Enregistrer, c’est aussi être dans un processus dont on n’a pas toutes les clés. » Cela te donne-t-il l’envie de continuer dans le métier de producteur ou ça restera un one shot ?

MDB : (décidée) « Ce travail-là m’intéresse. Clairement. Poser un regard artistique extérieur sur le travail d’un autre artiste, j’adorerais ça. » L’appel est lancé… MDB : « Oui, mais ça viendra quand ça viendra. C’est un métier et quel métier, c’est passionnant. Ce qui est fou, c’est que s’il y a eu six ans entre les deux disques, je me suis rendu compte lors des essais de mix que je n’entendais pas le son que j’avais en moi. Mais impossible de mettre des mots et en même temps, les mois passaient, les gens me posaient des questions. Toutefois, je sentais que ce temps était nécessaire et comme je n’avais pas de directeur artistique, ça filait. » Avec le recul, qu’est-ce qui te gênait ? MDB : « Le son était trop défini, ça sonnait trop actuel, trop direct. Ce n’est pas pour rien que je n’arrive pas à écouter la radio souvent, les mixes d‘aujourd’hui sont faits pour être consommés très vite et ça me fatigue. Il y a la condensation sur la voix, les sons très compressés, avant on n’avait ça que dans les micros et on n’avait pas besoin d’ajouter des trucs pour compenser. Pour revenir au disque, dire instinctivement que je n’aimais pas, ça marchait mais pour proposer autre chose, il m’a fallu du temps pour trouver les réponses. » C’est un luxe quelque part de se donner tant de temps. MDB : « C’est un choix mais certainement pas un luxe. Il faut rassurer la famille, les critiques, la maison de disques. C’est angoissant, ça va te chercher loin mais ça te rassure aussi sur ta foi en ce que tu fais. » T’es-tu parfois posée la question du stop ou encore ? MDB : « Oui, bien sûr. Quelquefois, je me suis demandé si ça valait la peine d’encore ouvrir telle ou telle porte, vu que je ne savais pas si j’avais la réponse. Des mixes, j’en ai fait plusieurs et à la fin, j’ai décidé d’apprendre ProTools. Je me suis dit tu veux un son ma fille, fais-le toimême et tu trouveras la bonne personne qui parviendra à rendre techniquement ce que tu proposes. Je ne suis pas ingé son, je ne connais pas ce métier et il y avait des problèmes de fréquences et tout ça. Mais dans mes mixes, il y avait une idée très claire de ce que je voulais et j’ai trouvé la bonne personne pour m’aider. (Elle murmure) Merci, le bonheur. » Entre les longs cheveux avec les robes glamour de 2007 et tes cheveux courts actuels, le changement est radical. Qu’est-ce qui l’a inspiré ? MDB : « Ca fait partie d’un processus global, comme la musique. A la longue, mes cheveux longs étaient devenus un poids, je n’arrivais pas à sortir de cette image qui m’étouffait. Je sentais qu’il fallait que je les coupe mais je devais aussi être prête à le faire, radicalement. Ca m’a pris du temps et j’ai entendu un spot contre le cancer du sein qui disait Donne tes cheveux. Et puis, tac, tac, je me suis dit wow, putain, mes cheveux et c’est fou parce que j’avais des problèmes de cuir chevelu, ils étaient fatigués et en une semaine, ils avaient retrouvé vigueur. J’ai vraiment lâché tous les artifices et aujourd’hui, je n’ai pas l’impression d’en avoir besoin et ça a été une transformation, comme entre le premier disque et le deuxième. » Un autre aspect de ce changement est l’absence de contrebasse sur le nouvel album. Un choix volontaire ? MDB : « Je n’avais plus de contrebassiste car on n’était plus trop d’accord sur la voie à suivre et je ne pouvais pas trouver comme ça un remplaçant. Mais en live, j’ai toujours besoin du garant du groove, et une contrebasse donne davantage de liberté aux autres, c’est tellement complexe de faire une musique simple avec plein d’intentions et de tensions dans cette simplicité. » Un disque : ‘No Deal’ (Pias)

on stage 03/05, Jazz A Liège, Palais des Congrès, Liège


T e x t e : L a u r e n t G r e n i e r © s e r g e l e b lo n

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L’air est connu : deux petits seins dans les mains éblouies et, hop, rien ne vaut la vie. Rien n’est plus vrai, ni dit de manière plus juste et plus touchante. A part peut-être dans les dix nouvelles chansons du quatrième

album d’Albin de la Simone, un émouvant recueil ciselé, fragile et honnête, où la pop se fait moins pop, où les textes touchent en plein cœur les hommes – pas balèzes, devenus pères – qui ont un peu vécu et les femmes qu’ils aiment, qu’ils ont aimées, les foules sentimentales. On aurait dû rencontrer Albin de la Simone, lui serrer la pince, lui dire que vraiment, son disque, il nous rend tout chose. Mais, il a beaucoup neigé le 12 mars et son train n’a jamais quitté Paris. Alors on l’a appelé. Tu nourris certains complexes ? Albin de la Simone : « ‘Mes Epaules’ est métaphorique. J’ai toujours été un peu complexé d’être le non sportif de la classe. Ça n’est jamais valorisé d’être un mec un peu normal et pas balèze. Dans tous les films américains, à part Woody Allen ou Dustin Hoffman, ils ont tous des épaules monstrueuses. Ça ne te gâche pas la vie mais au bout d’un moment, ça te fait gamberger. » Ça fait partie des éléments déclencheurs de ce disque ? Albin de la Simone : « La pulsion de départ, c’était surtout un besoin de m’exprimer. Ça faisait quatre ans que je n’avais plus rien sorti. Après, ce dont je me suis rendu compte, c’est que toutes les chansons parlaient un peu de la même chose, de masculinité, de paternité, une forme d’amour que je ne connaissais pas, et de tous les liens que ça implique, par rapport à ma femme, à mon propre père etc. Avoir un enfant t’impose un cadre de vie beaucoup plus strict, avec des horaires. Il n’était plus question de partir un mois tout seul en Indonésie comme je l’avais fait pour mon dernier disque. J’ai dû intégrer mon écriture à ma vie de tous les jours. Assez bizarrement, je me sens tellement en harmonie avec ce que j’ai écrit que j’ai l’impression que ces contraintes-là m’ont libéré de quelque chose. Au final, la seule chanson qui s’éloignait de ces thématiques, j’ai fini par la virer parce que je voulais construire un ensemble cohérent. » C’est un peu un disque de remise en question aussi, de mid-life crisis. Non ? Albin de la Simone : « Non ou alors, c’est la crise tout le temps. J’ai été un ado en crise, j’ai eu la crise de la vingtaine, de la trentaine, de la trente-cinquième et demi. Je n’ai grandi que dans une société en crise. Donc, je ne suis pas dépressif ou malheureux, je ne fais que m’ajuster. Ce qui me fait écrire, c’est que la vie en elle-même est une forme de crise, que la vie est chaotique par définition. »

retrouvé pendant dix jours à jouer dans la même pièce qu’Adrian Utley, le guitariste de Portishead, un type qui a une manière géniale d’aborder la pop. C’était une expérience incroyable. Je suis trop peu prolixe en tant que chanteur, si je ne travaillais que sur mes dix chansons tous les quatre ans, je m’emmerderais. Ce type d’échanges me booste, me maintient éveillé. C’est pareil avec Tôt ou Tard, j’ai besoin de retours. Ici, le deal entre Vincent Frèrebeau, Virginie Aussiètre et moi, c’était qu’on ne lâcherait rien au niveau de l’exigence. Ils m’ont renvoyé dans les cordes plus d’une fois en soulignant des choses qu’aujourd’hui je trouve évidentes. Quand on bosse avec un label, je trouve qu’on devrait toujours avoir un vrai directeur artistique derrière soi, que des gens qui t’apprécient, en qui tu as confiance soient aussi là pour te faire travailler, pour te dire ce qui ne va pas. C’est important de réfléchir avant de sortir un disque, c’est trop la merde en ce moment pour sortir des trucs à la va-vite. » Et qu’est-ce qu’elle t’inspire la situation actuelle ? Albin de la Simone : « D’un côté, je suis un amateur de musique, j’adore être abonné à Spotify, Deezer, avoir tous les disques instantanément sous la main. J’adore cette manière dont le monde s’ouvre. D’un autre côté, je remarque que presque plus personne n’est prêt à payer pour la musique alors qu’elle coûte quasiment aussi chère à faire et à produire qu’avant. Le fait qu’on en

Allô Papa Bobo ‘La Première Femme De Ma Vie’ laisse-t-elle transparaitre une certaine forme de nostalgie ? Albin de la Simone : « Pas du tout. Je suis toujours en train d’essayer d’améliorer ma vie. Dans ‘Ma Crise’, je passe mon temps à essayer des trucs, à être un jour comme ça, un jour comme çi. Et ça marche. Du coup, je n’ai pas envie de revenir en arrière. Après, je me rends compte que j’aime bien écouter la musique que j’ai aimée adolescent et que si je la découvrais aujourd’hui, je ne l’aimerais sans doute pas. Quand j’écoute Supertramp hyper fort chez moi, ça me procure une grande douceur. C’est sûrement ça la nostalgie. Mais sinon, non, je ne suis pas à la recherche d’un quelconque paradis perdu. » ‘Mes Epaules’ ou ‘Ma Crise’, précisément, pourraient aussi laisser croire à une certaine forme de doute chez toi ? Albin de la Simone : « J’ai cette image de robots qui essayent d’imiter la marche humaine. On entend ces petits bruits du moteur pour maintenir l’équilibre. J’ai l’impression que c’est dans ce sens-là que je doute. Mes doutes sont permanents et je dois constamment faire des ajustements pour continuer à être heureux. Je passe mon temps à m’adapter. » Peut-on tracer des parallèles avec ton évolution stylistique ? L’album précédent était plus « synthétique »… Albin de la Simone : « Oui. Il y a cinq ans, j’avais besoin de pop, j’écrivais en pensant basse, batterie alors que là, je voulais de la sobriété, de la simplicité, je ne voulais plus poser ma voix sur de la pop, je voulais que les musiques viennent servir les textes. J’ai vécu des expériences assez dingues en concert, seul sur scène, avec un mini instrument, sans sono ni rien ; ce sont les sensations les plus fortes que j’ai ressenties. Donc, j’ai construit ce nouveau disque autour de cette idée, que la musique soit avant tout au service des textes et de la voix ; je l’ai pensé en terme de public assis et non plus debout. Après, j’ai voulu aussi garder de longues plages instrumentales où la musique peut s’exprimer, j’avais aussi envie d’envolées de violons. » D’où l’ensemble à cordes Contraste. Albin de la Simone : « Il y a quelques années, ils m’avaient proposé de travailler avec eux sur un disque de reprises de comédies musicales de Jacques Demy. On avait bien accroché et je m’étais rendu compte que je ne suis pas forcément si loin du classique. Le classique, c’est intimidant pour un musicien de pop, ce sont des sportifs de haut niveau à côté de nous. Quand j’ai eu envie de ces envolées, j’ai immédiatement repensé à eux. » Et Emiliana Torrini ? Albin de la Simone : « Parmi les vivantes, c’est tout simplement ma chanteuse préférée. Quand j’ai eu envie d’un duo, elle s’est véritablement imposée à moi. Je ne la connaissais pas, je ne savais pas si elle accepterait mais je ne me suis pas mis de frein. S’il y a un domaine où il faut oser, c’est bien celui de la chanson. Je lui ai donc écrit du mieux possible pour lui raconter le morceau, qui j’étais, etc. Il s’est avéré qu’elle aime la langue française, qu’elle avait envie de venir à Paris. C’est un peu un conte de fée. » Parallèlement à tes quatre albums, tu as travaillé sur presque septante disques d’artistes aussi variés qu’Iggy Pop ou Keren Ann. Qu’est-ce que cela a pu t’apporter pour ton propre travail ? Albin de la Simone : « Ça m’apporte un vrai vocabulaire musical. Je me retrouve à chaque fois dans un nouveau studio à devoir aborder une musique à l’état embryonnaire et à devoir lui apporter quelque chose, une patte en tant qu’instrumentiste, producteur ou arrangeur. J’essaye à chaque fois d’être créatif, de me remettre en question. Sur un disque de Raphael, je me suis

Albin

bouffe tellement partout, dans la pub, au resto, dans les magasins concoure aussi à lui donner ce côté galvaudé. A ce niveau-là, la situation actuelle est désolante. J’ai l’impression qu’on vit une époque où il y a un peu d’amour perdu pour la musique. C’est frustrant et, en même temps, on ne peut pas non plus freiner l’évolution. J’adore le support, je dois avoir deux mille disques à la maison, mais je me rends compte que je vais de plus en plus les écouter sur Spotify. Je ne ressors le cd que pour les crédits. Le fait qu’on ne voit plus écrit nulle part le nom des musiciens, des producteurs, du studio est un scandale absolu. Je suis furax que ni Steve Jobs, ni Spotify, ni Deezer ne pensent à mettre un petit texte de crédits avec le mp3. Ado, c’est comme ça que j’ai fait le lien entre plein de disques. » On ne pourra pas terminer cet entretien sans évoquer la figure « Souchon » et cette façon si singulière que vous avez tous les deux de pondre de vrais morceaux pop mélancoliques, infiniment justes et, le mot est bateau, émouvants. On peut d’ailleurs te voir reprendre ‘La Vie Ne Vaut Rien’, une des plus belles chansons de ces quinze dernières années, avec Delerm, Boogaerts et JP Nataf. Albin de la Simone : « Ce que tu dis me touche d’autant plus que c’est une chanson pour laquelle j’ai écrit tous les arrangements de claviers à l’époque (en 2003, la même année que le premier album d’Albin, ndr). C’est un peu la première chose très audible, qui est passée beaucoup en radio, que j’ai faite. C’était assez incroyable parce que pour moi, un peu comme Starsky et Hutch deviennent tes cousins éloignés quand tu les as regardés tous les jours enfant, Souchon faisait partie de ma famille imaginaire. Donc oui, je reconnais en lui mon père artistique, dans le sens où je me sens totalement en adéquation avec l’image d’homme qu’il véhicule. C’est un exemple, un des rares mecs qui parle en douceur de doutes, de fragilité, de normalité. C’est l’inverse d’un frimeur, il est touchant de par son honnêteté, il ne prétend rien, contrairement à, par exemple, un Johnny Halliday qui fait croire qu’il a des gros bras et qu’il est Américain. » Un disque : ‘Un Homme’ (Tôt ou Tard/Pias)

on stage 09/05, Les Nuits Botanique, Bruxelles

de la Simone


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Texte: Antoine Bours

Superstars de la représentation hexagonale à l’étranger, Phoenix demeure une énigme. Un paradoxe.

Après la déferlante ‘Wolfgang Amadeus Phoenix’ qui balançait sur un public épris d’un fol amour autant de bombes pop légères et gonflées, les quatre français se jouent des attentes avec ‘Bankrupt!’, cinquième album qui prend à toute berzingue le tournant où on les attend, sans ceinture, au risque de bousculer le piédestal qui leur était réservé.

Phoenix

Son image, le groupe l’a construite en creux dans la fragmentation, le grand écart que tout un chacun, public comme producteurs, fanatiques comme détracteurs, Français comme Américains, souhaitait leur coller sur le flight-case. Figures imposées. Dénigrés par certains, adulés par d’autres, ils devinrent rapidement à l’internationale les représentants malgré eux d’une France qui les a fêté après tout le monde. Tardive reconnaissance: Phoenix n’appartenait déjà plus à personne. Apatrides, disséminés en tous points de la planète, ils déploient leurs ailes, cartographes musicaux d’un monde en expansion dont les frontières géographiques, temporelles et virtuelles s’effacent. Partout accueillis avec liesse, ces enfants de Versailles dérivent, gauches et humbles, oisillons sous les Feux d’une rampe dont tout le monde avant eux se réjouit de les voir nimbés. Grammy. SNL. Japon. De quoi faire tourner la tête. Mais le Phoenix tient bon, ses pattes bien plantées dans le charbon.

Candide Pop Ils y retournent d’ailleurs sans tarder, au charbon, s’enfermant au lendemain de leur tournée dans un studio qu’Adam Yauch des Beastie Boys leur prête ad libitum. Ils y resteront trois mois. « On ne rêvait que de ça. On a survécu à ce tourbillon en se retrouvant tous les quatre, à faire de la musique pour nous-même », confie Christian Mazzalai. S’y écrit la première page, qu’ils souhaitent blanche, des suites de leur baroque’n’roll : ni bilan financier, ni programme politique, ‘Bankrupt!’ s’est forgé dans l’idée de tout recommencer à zéro. Après des mois à s’entendre comptabiliser leur réussite, on ne leur fera pas le coup de l’acquisition. « Repartir de rien et y trouver notre force. C’est pourquoi on l’a fait suivre d’un point d’exclamation ». Éternelle renaissance ; bûcher qui lui-même s’engendre. La méthode Phoenix. Pris du mal d’Épinal, les Versaillais quittent le nouveau monde pour se poser dans un studio parisien. Les accompagne l’esquisse du morceau-titre, point de fusion d’où explosera un album qui s’y trouvait tout entier contenu. « Cet arrangement baroque au clavecin, qui survient en plein milieu, fut enregistré dès le premier jour. Le reste du morceau, deux ans plus tard. C’était notre point de départ, la pièce maîtresse, celle autour de laquelle s’axait tout l’album, comme ‘Love Is Like A Sunset’ sur le précédent ». Construit sur le même schéma que ‘Wolfgang Amadeus Phoenix’, aux compositions dont la complexité n’a d’égale que leur immédiateté, ‘Bankrupt!’ ne lui ressemble pourtant en rien: c’est une évasion synthétique et clinquante, un cri d’amour pop givré, une avalanche de claviers vintage. Chez eux, pas de second degré, pas de ricanements. Proches de Sébastien Tellier, ils ne cultivent pas la même roublardise. Candeur pop. Abandon roudoudou. « On a replongé dans notre enfance pour y faire des emprunts et des clins d’oeil divers, comme à l’album d’Adjani. On a acheté la même boîte à rythme que le Prince des débuts. On a également intégré un son plus italien, hérité de Franco Battiato ou Lucio Battisti ». Japanese Boys d’adoption, fils d’Aneka, Phoenix nous envoie des cartes postales à la nostalgie fluo où de gigantesques robots usent de lasers couleurs pêche melba. Gimme gimmicks, Sigue Sigue Sputnik. « Autant de madeleines de Proust disséminées tout au long d’un album qu’on a néanmoins voulu le plus moderne possible ». Phoenix tourne son rétroviseur vers le futur, dépoussière la guimauve jusqu’à obtention d’une surface et d’une

densité virginale, lui redonnant éclat et noblesse. Fin de siècle ou Nouveau Millénaire ? ‘Bankrupt!’, c’est avant tout la faillite du cynisme, du calcul, de la posture. Virgin Resurrection. En filigrane se pose encore la question de l’identité, à propos de laquelle Phoenix et son environnement n’ont pas tout à fait la même définition. « On a toujours su se protéger de l’influence extérieure. On s’est rencontré, on avait à peine 12 ans. On a appris à vivre notre vie artistique en autarcie totale ». Feignent-ils la reddition pour mieux cultiver leur liberté ? Résistent-ils, nos musiciens, au noyau dur de leur entourage direct ? Rapide tour d’horizon. Alchimiste analogique, Philippe Zdar, l’Invincible, a signé la production de leurs meilleurs albums, toujours à la recherche du son qui fera date. « Zdar, c’est notre cinquième membre. Comme il passe de façon épisodique, chaque conseil devient très précieux : il est la seule et unique personne qu’on écoute en studio » acquiesce Christian. Daniel Glass, du label Glassnote, est celui qui leur a ouvert les portes du Paradis américain, a pavé leur route d’un or massif, et ponctué leur tournée d’un Grammy qu’il convoitait sans doute plus qu’eux. Et n’oublions pas la fidèle Coppola, qui nourrit et s’inspire, la Muse et le Mars, les alters égaux. Ce mariage, en 2011, c’est aussi aux yeux du monde la synthèse de l’amour esthète et sans frontière d’une France fétichisée dans l’œil de l’Amérique et d’un succès hors d’atteinte dans une Europe en crise. Phoenix réconcilie Nouvelle Vague et New Wave, French Touch et American Way. Ils sont les guides flamboyants d’une rave interplanétaire au Palais de Versailles, jet lag inclus, avec vue sur la Tour Eiffel. Malgré le succès et ses implications, les quatre garçons cultivent l’art subtil de ne pas y toucher. « J’espère qu’on est resté les mêmes. C’est très important pour nous. On n’aime pas l’étiquette de professionnels. Dans notre tête nous sommes toujours des amateurs ». Sincère, Phoenix fait plus qu’y croire. Sous le vernis de la pop se dessine l’inquiétude de la transformation. «Entertainment/Show them what you do to me» chantent-ils d’entrée de jeu. Plus tard, sur le phénoménal ‘Bourgeois’, Thomas Mars, plus impliqué que jamais, interpelle : «Bourgeois!/Why would you care for more?/ They Give You Almost Everything/ You Believed Almost Anything», secouant encore un peu plus nos certitudes à leur sujet. Album pop parfait, ‘Bankrupt!’ fascine, irrite et séduit, à l’image du groupe, insaisissable. « Je crois que ‘Bankrupt!’ tiendrait le coup si on en venait à retirer tous ces arrangements, si on devait mettre ces chansons à nu », confie Mazzalai à l’aube de leur tournée. S’il est vrai que les mélodies sont imparables, c’est néanmoins la somme de ses fioritures, escarbilles enflammées et tourbillonnantes, qui donnent à l’album son halo chatoyant. Les deux pieds dans le brasier qui les ronge, Phoenix flamboie comme si demain n’existait pas. Et c’est très bien comme ça. Un disque : ‘Bankrupt !’ (Glassnote/Warner) Suivez le guide : www.wearephoenix.com

on stage 05/07, Rock Werchter, Werchter


Texte : Alain Georges

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Salam. Depuis quelques jours, je suis à Bethléem, Palestine, du mauvais côté de ce mur immense qui coupe plus de deux millions d’habitants du West Bank du reste du monde. Je ne pense pas vous apprendre grand-chose en confirmant que la vie n’est pas simple ici. Check-points, hélicoptères, miradors aux

carrefours importants, drapeaux israéliens un peu partout, il y a largement de quoi rappeler quotidiennement aux gens d’ici qu’ils sont sous occupation, et pour longtemps encore. Le soir, quand Wassim et Moheb, les amis qui m’accueillent dans cette très belle ville de Bethléem, rentrent du travail, on met donc souvent le cap sur la République Libre de la Pampa: rien de tel que de danser sur Die Vögel ou d’écouter DJ Koze, Isolee et Robag Wruhme, pour regoûter aux joies de la liberté et de la bienveillance. DJ Koze sort son nouvel album en plein milieu de mes vacances ? Pas grave: cet homme et son label, Pampa, m’ont procuré tellement de joies ces trois dernières années que je sacrifierai volontiers quelques heures de farniente pour vous faire entendre la parole d’un de mes messies personnels. Quand ils parlent de toi, les critiques emploient souvent des qualificatifs comme «extravagant», «excentrique», «enfant terrible»... Te retrouves-tu dans ces mots, ou te considères-tu comme quelqu’un de «normal» ? DJ Koze : « Je pense que quiconque tentant de faire progresser la musique électronique devrait être extravagant ou excentrique. Qu’y a-t-il en face ? A-t-on besoin de plus de musique conventionnelle ? Parfois, ces mots me prouvent à quel point la scène club est conservatrice. La musique électronique est encore et toujours le futur de la musique, grâce a son potentiel théorique à créer de la musique réellement nouvelle. Nous devrions tous faire progresser les choses. » ‘Amygdala’ est dans l’ensemble plutôt relax, poppy et calme, le tempo le plus rapide est de 123 bpm si je ne m’abuse. Tu crées rarement des beats au-delà de 124 bpm. As-tu définitivement perdu l’intérêt pour une musique plus rapide ? DJ Koze : « Pour être honnête, je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai créé un beat au-delà de 124 bpms, donc je n’ai rien perdu... Je deviens plus âgé et la sensation d’un beat plus rapide ou d’un signal hard-rave ont définitivement disparu. Pour moi, il est bien plus organique de célébrer la musique d’une manière délicate, quelque part pas loin du tempo du battement du cœur. Hier, j’ai lu cette phrase à ce sujet, je ne pourrais pas mieux l’exprimer: ‘Plongeant dans les régions les plus profondes de ce que signifie ressentir quelque chose, touchant à une nostalgie de référence, à des humeurs expérimentales dérivant à travers les dancefloors du futur, captivant sans relâche toute votre attention, ‘Amygdala’ constitue un one man show de proportions épiques.’ »

Marcel Du Chant Il y a beaucoup beaucoup d’invités sur ‘Amygdala’. C’est ennuyeux de travailler seul ? Rêves-tu parfois d’un partenaire créatif a long-terme, comme le duo que forment les Pachanga Boys ? DJ Koze : « En fait, c’est la première fois que je m’ouvre a ce point. Je n’avais jamais envoyé de musique non-finie à d’autres artistes auparavant. Je voulais ça cette fois-ci et j’ai vraiment apprécié l’expérience. Ce qui est cool, c’est qu’aucun de ces artistes du top ne s’est montré vaniteux. Ils ont tous laissé couler, ils m’ont fait confiance, “fais ce que tu veux de mes voix, même si tu n’utilises qu’un petit extrait, n’importe quoi”. C’était une chouette expérience. Parfois je rêve de n’être qu’un producteur de studio, au service d’un talent. De faire tout un album pour quelqu’un d’autre. Ce qui serait parfait, c’est que je resterais en studio pendant qu’il, ou elle, serait en tournée... » Le morceau ‘Marilyn Whirlwind’ sonne assez différemment de tes productions précédentes: les sons rythmiques sonnent neutres, non-traités. Tu as bouclé ce titre en deux heures: quelle est l’histoire ? Peux-tu en dire plus sur les sons ou les samples utilisés, notamment cette voix qu’on trouve aussi dans ton remix de Efdemin, je pense ?  DJ Koze : « En fait je ne peux pas dire grand chose de ce morceau, il est juste arrivé, je l’aimais et l’ai gardé tel quel. J’aime la combinaison d’une musique traitée avec le plus grand soin à côté d’éléments bruts, crus. Quant à la voix que tu mentionnes... Est-ce comme ça ? Moi-même je ne sais pas. Peut-être que la nuit d’avant, j’ai vu ‘Basquiat’, le film de Julian Schnabel... »   Ta devise est “le courage d’oser”. Dans ton remix de ‘Atlas’, du groupe Battles, tu n’as pas utilisé la moindre note du morceau original. Y as-tu réfléchi à deux fois avant d’envoyer le remix à Battles ? DJ Koze : « Non, j’étais totalement convaincu par ce remix, et je le suis encore. Je pense qu’ils ont eu besoin de temps pour rentrer dedans. Mais ce n’est pas du tout négatif à mes yeux. Parfois c’est bien si la musique te frappe instantanément, moi je préfère souvent rentrer dedans plus lentement, mais plus profondément. » Tu es un des remixeurs les plus réputés du circuit. A qui ferais-tu confiance pour remixer tes propres morceaux ? DJ Koze : « Au point où je me fais confiance à moi-même, à personne, mais je dois travailler là-dessus. Très vite d’ailleurs, parce que j’ai la grande chance d’attendre des remixes pour ‘Amygdala’ venant de gens comme Matthew Herbert, Roman Flügel, Efdemin, Wolfgang Voigt, Mathias Kaden et Jus D. Ce sera pour plus tard cette année. Je sais qu’ils ne vont pas me décevoir... Je mets la pression! » Tu as quatre différentes casquettes dans le métier: producteur, remixeur, DJ et label manager. Certaines de ces activités sont très gourmandes en temps. Quel est ton secret pour gérer le temps ? DJ Koze : « Burn-out. » Fais-tu partie d’un mouvement, d’une avant-garde artistique ? Si oui, qui seraient tes ompagnons, en musique ou dans d’autres champs artistiques ?  DJ Koze : « Non, je suis mon propre mouvement. Mais notre label Pampa se développe à la manière d’une belle racine. Je sens un beau sentiment de famille entre nous même si nous tous (Isolée, Robag Wruhme, Ada, Axel Boman, Die Vögel) sommes de fortes individualités, des warriors solitaires qui pensent hors des normes et qui ne rentreraient dans aucun groupe un peu sectaire... Mais ça nous connecte d’une manière ou d’une autre, de manière libre. Pas d’attaches... » Tu utilises des collages dans ton artwork, dans ta musique tu laisses de la place à l’erreur, à l’accident, au hasard... Le mouvement Dada et Marcel Duchamp ont-ils été une inspiration consciente pour toi, à une période de ta vie ? DJ Koze : « Bien sûr. Marcel Duchamp a été une grosse influence pour moi. J’admire sa définition de l’Art. » Quoi d’autre chez Pampa cette année ? DJ Koze : « Après mon album, nous sortons un nouvel Ep de Ada, un nouveau 12 inch de Die Vögel, 2 remixes de Robag Wruhme pour Vondelpark et un EP très spécial de Dürerstuben, de Berlin. L’autre grosse nouveauté plus tard cette année sera le long-player de Die Vögel. L’année passée était assez calme mais en 2013, il y a de l’embouteillage dans notre pipeline.»

DJ Koze ‘Amygdala’ Pampa/NEWS

DJ Koze admirateur déclaré de Duchamp, je ne sais pas si ça vous fait quelque chose, mais moi ça me touche beaucoup. Ces deux créateurs ont beaucoup en commun : l’audace, l’humour, l’appétit d’en découdre avec les valeurs établies, et une réelle bienveillance à l’égard du public, considéré comme un jalon essentiel dans le processus de création. Écoutez un titre déjà ancien comme ‘Mrs Bojangles’ et vous comprendrez pourquoi j’adore Koze: pendant de longues minutes, vous êtes la pièce qui manquait, la cerise sur le gâteau, l’invité, le centre du dispositif. Des vagues invraisemblables d’énergie vous font faire le tour de vous-même ; et quand le morceau se termine, vous réalisez que votre écoute a été très exactement la mise en œuvre et le point final du travail de création. Sentiment jouissif, quasi révélation. Maintenant, poussez-vous un peu, parce qu’il y a beaucoup d’autres invités sur ‘Amygdala’ : vous allez passer une grosse heure en compagnie de Caribou, Apparat, Matthew Dear, Dirk Von Lowtzow, Ada, Milosh, et même deux inconnus, Tomerle & Maiko, des auto-stoppeurs que Koze a embarqués un jour et qu’il a convaincus eux aussi de pousser la chansonnette. Hildegard Knef, grande dame de la chanson et du cinéma allemands disparue en 2002, apparait à titre posthume dans une relecture de ‘Ich Schreib’ Dir Ein Buch’. Vous l’avez compris, on pourrait dire qu’ ‘Amygdala’ est en grande partie un album de chansons, des chansons que Koze magnifie en leur appliquant sa science de plasticien du son. Quelques instrumentaux, au nombre desquels le sauvage ‘Marylin Whirlwind’, viennent équilibrer l’ensemble. Les connaisseurs reconnaitront ici et là quelques ficelles sonores déjà testées ailleurs, mais seraient bien sots d’en faire un reproche: en peu d’années, Koze a déjà beaucoup accompli. S’il doit encore apprendre quelque chose de Duchamp, c’est sans doute, tout simplement, l’art de la paresse. (ag)


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Texte : Gery Lefebvre © Phil Sharp

Dans sa quête permanente d’expérimentation et de réinvention, Wire s’enorgueillit d’une discographie dont la force consiste à constamment faire l’expérience des limites. La formation galloise s’est d’ailleurs toujours considérée comme un projet conceptuel dont les préceptes seraient de désorienter l’auditeur, de le confronter à l’incertitude.

Fruit d’un intense travail de production, leur nouvelle chimère porte en elle toutes les contradictions de ce discours et de ce parcours. Nées d’une exploration de matériaux jamais enregistrés et écrits à l’origine en 1979-1980, les compositions de ‘Change Becomes Us’ ne relèvent toutefois ni de 1980, ni de 2013. Entre obscurité menaçante et énergie électrisante, elles flottent dans des limbes étrangement atemporels. Recyclage de fonds de tiroirs ou ambitieuse hybridation ? On penche sans hésitation pour la seconde hypothèse tant l’aura sonique dégagée par ces morceaux réinventés est aussi puissante que moderne. Voyage dans les méandres tortueux de la pensée de Colin Newman et Graham Lewis.

Wire

Quand on connaît votre parcours et votre rejet viscéral de toutes les formes de « rétromania », il est difficile de croire que c’est un manque d’inspiration qui vous a incités à ressusciter des anciens brouillons de maquettes pour composer ce nouveau disque. Comment s’explique ce choix ? Graham Lewis (basse, chant) : «Tu joues la provoc d’emblée ? (rires) » Colin Newman (chant, guitare, claviers) : «On pourrait effectivement prendre la posture des types en manque d’inspiration. Mais l’histoire qu’il y a derrière ce nouveau disque épouse la logique de Wire. L’histoire de Wire est à facettes multiples, c’est une succession de couches qui se sont progressivement superposées. Et on pourrait remonter à 1980, 2000 ou 2011 et trouver chaque fois une explication valable pour expliquer ce choix. On va se limiter à l’histoire récente, juste après la sortie de ‘Red Barked Tree’ qui soit dit en passant n’a pas eu l’accueil qu’il méritait en Belgique… »

Retour vers le futur Graham Lewis : « (il interrompt) Ca n’est pas la question ! » Colin Newman : « OK. En 2011, il y a donc eu le lancement de l’album et puis cette putain de grande tournée. Le groupe en tant qu’entité vivait bien, la greffe de notre nouveau guitariste (Matt Simms, ndr) avait très bien pris. Et logiquement, on commençait à penser à ce qu’on allait faire après cette tournée. Or tu as besoin de temps et d’espace pour créer un disque valable. Et personnellement, j’ai besoin d’avoir une pile de textes sur lesquels travailler musicalement. Et je sais que ça prend un certain temps à Graham de les écrire. Sans compter qu’il faut éviter, selon moi, d’écrire pendant les tournées car tu as tendance à t’auto-référencer. C’est alors que s’est imposée l’idée d’aller piocher dans ces brouillons qui dormaient dans nos cartons depuis 1980. La presque totalité de ce matériel était vraiment resté en l’état et ça me semblait artistiquement intéressant de l’exploiter.» Graham Lewis : « Il y avait aussi un problème d’ordre pratique. Fin 2011, on nous a proposé une deuxième tournée au Royaume-Uni. Et on s’est senti obligés de proposer au public quelque chose de significativement différent de la première tournée. Et on a vu ça comme une opportunité d’utiliser ce matériau qui était là à notre disposition. On a choisi les morceaux qui nous semblaient le plus à même de transformer vraiment notre set. Et ça s’est avéré être une expérience très réussie, très enrichissante. Ca a revitalisé certaines de nos perspectives sonores et on en est sorti convaincus que c’était peut-être LA piste à creuser pour notre prochain disque. » Vous n’avez jamais été sceptiques quant à l’intérêt et à la possibilité de pouvoir tirer quelque chose d’intéressant de ce matériau ? Graham Lewis : «Mais bien sûr ! Le scepticisme est quelque chose de normal quand tu entames ce genre de démarche. Mais après un ou deux jours de répétition, tu vois très vite si ça peut éventuellement marcher ou pas. » Colin Newman : « La chose la plus importante dans ce type de démarche, c’est de voir si le groupe peut interagir avec la matière première, s’il peut résoudre ensemble les problèmes qui surgissent inévitablement dans le travail de création. Sur un titre comme ‘Love Bends’ par exemple, il n’y avait que les dix premières secondes de l’intro qui pouvaient être sauvées de la pièce originale, le reste ça n’était que des cris ! Tout le reste du morceau a dû être réinventé.» Graham Lewis : « C’est un projet très différent que celui qui aurait consisté à reprendre certains morceaux déjà gravés sur disque et de les retravailler pour les améliorer ou les actualiser. Ici, nous avons tenté de capturer l’essence sonore de certaines parties de ces maquettes pour

la transcender. D’habitude, les groupes prennent tout ou partie de leur dernier album en tournée et l’accumulation des concerts fait que le son du groupe tend à se réinventer, à se transformer inconsciemment et tout l’art consiste à pouvoir capturer cette transformation pour jeter les bases de l’album suivant. » Colin Newman : « Il faut y aller progressivement. La matière musicale doit être un work in progress permanent. Et donc nous avions cette chance d’avoir cette base de travail, certes ancienne, mais déjà disponible et potentiellement utilisable. Ca nous a permis de gagner un an. Mais pour en revenir à ta question, théoriquement, tu supposes que ça peut marcher mais ça reste de la théorie…Je me souviens d’ailleurs qu’on avait commencé l’enregistrement depuis deux jours et qu’on a dû l’interrompre pour partir à un festival à Rome. Et je me revois sur le balcon de la Villa Médicis, je contemplais la ville tout en écoutant ce qu’on avait enregistré les jours précédents et je trouvais ça vraiment très mauvais ! Je n’étais vraiment pas convaincu que c’était la voie à suivre. Mais en même temps ça m’a donné la détermination d’aller au bout du processus et de finalement faire ce disque. Qui pour moi est bien davantage orienté vers le futur que vers le passé.» Vous véhiculez l’image d’un groupe très cérébral dont la musique est aussi très instinctive. Votre processus créatif est-il davantage instinctif qu’intellectuel ? Colin Newman : « Ma théorie personnelle, c’est que l’acte de création ne peut en aucun cas venir de l’intellect. Tu crées quelque chose et éventuellement tu théorises après. Mais jamais le contraire ! Les artistes qui conceptualisent leur art avant de créer, c’est du vent ! Mais bon, l’instinct seul n’est pas la garantie absolue de produire un bon disque ! (rires). Même dans un processus purement instinctif, il faut un minimum de discernement pour distinguer les bonnes idées de celles qui sont à chier…Aujourd’hui, la musique est tellement compartimentée que tu dois être dans un genre qui est porteur si tu veux vendre ce que tu crées. Et tu dois te conformer aux diktats de ce genre, ce qui est évidemment à l’opposé d’un processus de création instinctif. En ce qui nous concerne, je pense souvent qu’on appartient à 25 genres différents dont certains s’excluent même mutuellement !» Vos trois premiers albums (‘Pink Flag’, ‘Chairs Missing’ et ‘154’) sont toujours tenus en très haute estime par la critique musicale. N’est-ce pas frustrant de voir chacun de vos nouveaux disques systématiquement et uniquement comparé à ces trois premières pièces ? Graham Lewis : « Bien entendu, mais c’est inévitable. Je me rappelle un concert à New York en 2002. Après le set, on a revu Mike Thorne qui avait produit les trois albums à l’époque. Il nous a avoué à quel point ces trois disques avaient été comme des boulets aux pieds pour la suite de sa carrière. Je lui ai répondu qu’il ne pouvait même pas imaginer à quel point ça avait été pire encore pour nous (rires) ! Mais avec le recul, il reste surtout la satisfaction d’avoir fait ces trois disques ! Dans les années 80, le groupe n’avait pas les moyens de ses ambitions artistiques parce qu’on n’avait pas la cohésion ou les connaissances musicales suffisantes. » Colin Newman : « C’est pour ça qu’avec le groupe d’aujourd’hui et une sélection de matière première de l’époque, on a voulu prouver qu’il y avait moyen de faire un disque fantastique. Même si tu ne m’entendras jamais affirmer qu’on a crée le disque ultime, celui qu’on ne pourra jamais surpasser… » Un disque : ‘Change Becomes Us’ (Pink Flag/Beggars)


T e x t e : A n n e - L i s e R e m a c l e © s e b a s t i a n m ly n ar s k i

03.05

04.05

LES NUITS 2013

RACHID TAHA © Marc Antoine Serra

05.05

YS GIRLS AGAINST BO

06.05

&

WOODKID A & MONS ORCHESTR

BB BRUNES !!! (CHKCHKCHK)

06.05

07.05

CONNAN MOCKASIN © Youssef Lead

08.05

09.05

08.05 NUIT BELGE BRNS

ÓLAFUR ARNALDS + CORDES

LOW © Pieter VanHattem

© Julie Calbert

11.05

APPARAAT

05.05

© Mathieu Cesar

CHILLY GONZALES - CRÉATION MONS ORCHESTRA

© Pamela Russman

09

12.05

LOU DOILLON

13.05

TOM McRAE

INFO/TICKETS SUR NIQUE.BE A T O .B W W W – 2 3 7. 02.218.3

10.05


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T e x t e : : BArnanme -VLei s re me Re r msacchl ei T r a d u c t i o n : Pat r i c k F o i s s a c © T o m V e r b r u g g e n

‘All Chaos’, sorti voici deux ans, était un putain de bon album, mais ce n’est pas pour autant que Steak Number Eight s’est reposé sur ses lauriers. A l’occasion de la parution de son troisième album, le groupe de

Wevelgem pourrait fort bien percer définitivement, tant Brent Vanneste et ses acolytes disposent d’atouts dans leur jeu. Avec des compositions en béton armé, une production d’exception signée Reinhard Vanbergen et un label norvégien confirmé pour maison mère (Indie Records, qui héberge des groupes comme Cult Of Luna et Kvelert), ‘The Hutch’ pourrait fort bien être une des révélations de l’année 2013. A la veille de la sortie du nouvel opus de Steak Number Eight, nous avons rencontré un Brent Vanneste plein d’espoir quant aux chances de son groupe de connaître un destin international. Même si pas mal de choix drastiques se sont avérés nécessaires pour y parvenir. Brent Vanneste : « En plus d’avoir un nouveau label, nous avons changé de manager et opté pour Thomas Van Dingenen qui a toujours cru en nous et dont nous savions qu’il pourrait nous faire progresser de façon assez marquée. Dans la vie, il faut parfois oser se lancer dans l’inconnu et prendre des décisions difficiles, quitte à décevoir certaines personnes avec qui tu as travaillé. C’est dur, mais c’est nécessaire. Le résultat, c’est que notre album va connaître une diffusion internationale, ce qui est très excitant. D’une certaine façon, j’ai l’impression que ‘The Hutch’ est un peu plus long en bouche que les précédents. On n’y trouve par exemple pas de titres aussi instantanés que ‘Dickhead’ et ‘Pyromaniac’. Ceci dit, sur le nouveau disque, ‘Black Eyed’ ou ‘Exile Of Our Marrow’ sont selon moi vachement bons et en même temps beaucoup plus atmosphériques. Au final, je suis super content du résultat. Lors de la sortie de ‘All Is Chaos’, j’avais le sentiment qu’on ne pourrait pas faire mieux, mais aujourd’hui, je pense sincèrement qu’on a franchi un palier supplémentaire avec ‘The Hutch’. »

Persévérer, malgré tout

Tu sembles en tout cas ne pas être en proie à l’angoisse de la page blanche. Brent : « Un petit peu, quand même. Je suis en train d’écrire des titres pour le prochain album, mais je sens que je ne suis pas encore tout à fait dedans. J’ai besoin d’écrire énormément afin d’avoir de quoi sortir un album. Pour ‘The Hutch’, j’avais une soixantaine de morceaux en stock, ce qui n’a pas facilité la tâche du producteur ! On s’est néanmoins vite mis d’accord sur la sélection et cela s’est passé naturellement, sans devoir forcer. Ce qui est super avec Reinhard, c’est qu’il nous a laissé beaucoup de liberté et qu’il n’hésite jamais à te féliciter pour ce que tu fais bien. Je lui en suis très reconnaissant car cela m’a permis d’avoir plus de confiance en moi. Grâce à lui, je sais maintenant que je peux faire beaucoup de choses par moi-même et c’est le signe que c’est un excellent producteur. » ‘The Hutch’ est un album assez long et très épique. N’as-tu pas craint l’overdose ? Brent : « Non. Il y a des albums qui semblent très longs, mais je n’ai pas l’impression que cela soit le cas de ‘ The Hutch’. Je l’ai écouté à de nombreuses reprises et je suis convaincu que huit morceaux n’auraient pas suffi pour exprimer tout ce que j’avais à dire. Je n’ai de toute façon pas d’idée préconçue et n’ai pas comme but de me limiter à la composition de titres longs et épiques. Je n’exclus à priori aucune option. Par exemple, j’aimerais bien un jour sortir un album acoustique. Tu me diras que l’acoustique peut être épique et ce n’est pas faux ! Il suffit d’écouter Birds That Change Colour pour s’en convaincre. » Tu es impliqué dans différents projets mais j’ai l’impression que Steak Number Eight est véritablement ce autour de quoi tourne ton univers. Es-tu d’accord ? Brent : « On peut dire ça, oui. Steak: c’est vraiment ma musique. Ce n’est pas comme si j’étais encore à la recherche de mon style ou de mon identité musicale. Notre son, on l’avait déjà à nos débuts, quand on a pris part à des concours comme Westtalent 2007 ou Humo’s Rock Rally 2008. A l’époque, on jouait d’ailleurs déjà des morceaux comme ‘My Hero’, ‘The Sea Is Dying’ et ‘On The Other Side’ qui pourraient très bien figurer sur le nouvel album. La version vinyle de ‘The Hutch’ comportera justement une nouvelle mouture de ‘The Sea Is Dying’. Comme quoi.... » Penses-tu que 2013 sera l’année Steak Number Eight ? Brent : « Je n’en sais rien. Ce que je sais, par contre, c’est qu’il n’y a pas de formation qui sonne exactement comme

Steak

nous. Isis, Deftones, Amenra, Nirvana: ce sont des groupes que j’adore mais je défie quiconque de voir en nous des imitateurs pillant leur héritage. » Y a-t-il des groupes qui ont pu avoir une influences sur vous ces derniers temps ? Brent : « Récemment, j’ai beaucoup écouté The Dillinger Escape Plan, The Shining et Mahavishnu Orchestra. La musique de ces groupes qui ont un côté que je qualifierais de mathématique me passionne bien que je trouve qu’ils vont parfois un peu trop loin. Je pense que la musique doit rester naturelle et organique, si bien qu’il ne faut pas trop se prendre la tête. Les morceaux de Steak Number Eight naissent toujours de façon très spontanée. Ce qui est fou, aussi, quand tu fais de la musique, c’est que tu te déconnectes de toutes sortes de réalités physiques. Un jour, par exemple, j’étais entrain de composer chez moi. Il n’y avait pas de chauffage, les fenêtres étaient ouvertes et cela faisait trois heures que je travaillais non stop. Le fait est que j’avais super froid, j’étais à la limite en hypothermie, mais je ne sentais rien ! (rires) Parfois aussi, lorsque je suis au studio, je me rends compte qu’il est trois heures de l’aprèsmidi et que je n’ai encore rien mangé, bu ou fumé depuis le matin. Comme tu le vois, je suis plutôt absorbé par la musique! » Tu as qualifié ‘The Hutch’ de trip. De quel type de trip s’agit-il ? Brent : « Bonne question. ‘The Hutch’ tourne autour des sentiments que l’on éprouve lorsque l’on vit reclus dans une cabane. Je pense que cela se ressent aussi bien à travers la musique que via les textes. Je crois que beaucoup de gens sont confrontés à ce type de situation où l’on a l’impression d’être prisonnier et qu’il faut à tout prix s’en sortir. Au bout du compte, il peut y avoir une issue. Persévérer, malgré tout.Voilà ce qui peut permettre de se sauver. Cette philosophie se retrouve au niveau de l’album qui comporte une happy end même si on se rend compte que tout n’est pas encore parfait. Il y a toujours ce train-train quotidien qui nous bloque. ‘Ashore’ dégage ce type d’atmosphère, l’idée qu’on est entraîné dans une spirale négative de l’échec mais qu’il faut se battre. On est tous prisonnier d’une cabane, de notre cabane. Pour ma part, j’essaie d’en sortir par la musique. » Selon toi, quelles sont les perspectives musicales de Steak Number Eight ? Brent : « Je suis réceptif à tout ce qui vient à moi. Mon but, c’est de profiter de la vie le mieux possible. Il faut s’autoriser à rêver. Cela ne fait pas de mal, pour autant que l’on garde les pieds sur terre. Nous nous concentrons désormais sur l’Angleterre où l’on sent que l’on commence à susciter un intérêt. On va se donner à fond et si dix personnes viennent à notre concert au lieu de cinq, c’est déjà une forme de victoire ! Pour percer en Angleterre, il faut beaucoup tourner dans les petites salles et espérer être invité à un festival, être remarqué d’une façon ou d’une autre. Par exemple, c’est une vraie bénédiction que notre album ‘All Is Chaos’ ait été distribué gratuitement par le magazine Metal Hammer vu qu’il y a désormais 45.000 personnes qui ont notre album en Grande-Bretagne. Cela ne veut pas dire qu’ils sont tous venus à nos concerts mais lorsque tu te produis sur scène et que tu vois des gens chanter avec toi, tu te dis que tu n’es pas trop nul. Je sens en tout cas qu’on a du potentiel et je me réjouis de ce que nous réserve le futur. »

Steak Number Eight ‘Hutch’ Indie Recordings/Suburban

Petit prodige de la scène métal belge, ce groupe flamand s’est révélé en 2008 lorsqu’il a remporté le Rockrally de Humo avec une moyenne d’âge de 15 ans. Depuis lors, Steak Number Eight a bien roulé sa bosse, se produisant avec brio sur quelques-unes des plus belles scènes belges. Avec son nouvel album, le groupe confirme clairement qu’il est l’un des plus beaux joyaux de la scène lourde belge. Restant fidèle à son esthétique métal, sludge et grunge, ‘Hutch’ envoie le bois, affichant une évidence et une puissance indéniables comme c’était déjà le cas précédemment, mais on sent que le groupe a mûri puisque l’ensemble est plus varié sur le plan sonore et davantage maîtrisé techniquement. On est assez impressionné par la tension intense de ‘Exile of our marrow’, la façon dont des titres comme ‘Black eyed’ et ‘Cryogenius’ associent passages purement métal, inflexions sludge et grunge à une mélodie accrocheuse ou par la structure de ‘Phototonic’ qui démarre comme une ballade pour ensuite se faire plus nerveux. Rien que du très solide ! (pf)

on stage 05/04, CC Nova, Nazareth 19/04, Backdoor festival, Avelgem 29/06, Grensrock, Menen

Number Eight


T e x t e : Pat r i c k F o i s s a c

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Earteam Nick Cave & The Bad Seeds ‘Push the Sky Away’ Bad Seed Ltd.

Il était l’évangélisateur à la dévotion chaleureuse, contagieuse, il était l’incendiaire au sourire narquois (« I was the match / That would fire up her snatch »), il était l’entité divine à la main rouge, thaumaturge, le fou furieux en spasmes électriques, celui qui de ses riffs broyait votre chair et la laissait vidangée de ses fluides au milieu des mauvaises herbes, il était aussi l’amant toxique des eaux stagnantes (les roses sauvages continuaient à croître tandis que les échos hélaient « All you young lovers where do you hide ? / Down by the water and the restless tide »). Pour la quinzième fois ou plus, il enfila un costume flambant neuf, remonta la fermeture-éclair récalcitrante jusqu’au col, manqua de peu l’asphyxie en contemplant les arbres calcinés, emporta une bible, juste au cas où. À deux pas de lui, une silhouette aux yeux dévorants s’évapora avec un petit signe de la main, le plantant dans ‘Jubilee Street’, seul avec ses doutes, un fœtus en laisse et les cordes lancinantes d’un acolyte de toujours. Il suivit du coin des cils quelque paire de jambes juchées sur des talons de haut vol, poursuivit sa route dans une fausse quiétude, se donnant des airs pour épater la galerie (« Yeah you know we real cool / I hope you listening »), pour donner un sens à sa déambulation titubante. Blues métaphysique, ellipse de sept minutes : naked, gueule morne bourrée de logorrhées lancinantes, élixir d’oubli dans le Lorraine Motel, toutes horloges en panne. Au réveil, la bouche pâteuse, l’homme en noir métamorphe chercha, faiblard mais obstiné, à repousser les limites des cieux à travers les persiennes. Cauchemardesque et moirée, l’histoire ne dit pas s’il y parvint. (alr)

Otti Albietz

Axis Of

Bilal

‘Bubby Tone II’

‘Finding St Kilda’

‘A Love Surreal’

BBE Records

Smalltown America

BBE Records

Qui est Otti Albietz ? Routard d’origine espagnole, il aurait posé son sac et sa guitare en Angleterre pour y développer ses chansons, touchantes pépites folk et soul. C’est frais, bienveillant et généreux ; un rayon de soleil sur nos jardins enneigés. ‘Bubby Tone II’ ne possède pas le moindre gras, tout y a sa place, tout y fait mouche. Bourrés de trouvailles poppy simplissimes, ses arrangements discrets soulignent plus qu’ils ne brouillent l’immédiateté touche-au-coeur de son songwriting. On rit avec bonheur de ses chœurs naïfs et enchantés (les « pom pom » de ‘The Live We’ve Led So Far’), on s’émeut de sa soprano de compagne venue pousser de la voix ici et là (‘Lighting Bolts’), on reste abasourdi devant la qualité d’écriture de ses chansons-gigognes (‘Tell Them I Was Here’, ‘Waking Up The Dead’, les larmes en boule aux coins des yeux). Mais c’est avant tout la voix D’Otti Albietz qui désarme, qui envoûte, qui déroute. On est persuadé de l’avoir déjà entendue quelque part, cette voix, on croit y reconnaître Sandro Perri, Piers Faccini, même Damon Albarn (‘Time’s Time’) ; chaque nouvelle chanson sculpte un peu plus l’étendue de son talent vocal, définit ses contours et achève de nous convaincre qu’un nouveau talent est né, qui n’a rien à leur envier. (ab)

S’il aura fallu plusieurs années à Axis of pour sortir son premier album, on peut dire que cela valait la peine d’attendre : en onze titres, ce trio irlandais fait admirablement le tour de ce qu’un combo punk moderne peut produire d’excitant. A la fois bien rugueux et mélodique, l’ensemble ne souffre d’aucune faiblesse et témoigne d’une identité propre allant de pair avec un réel savoir-faire. Là où trop de groupes punk s’évertuent à proposer une resucée mollassonne de Greenday ou Offspring (dans le meilleur des cas !), Axis of nous balance des brûlots rêches et revêches. Nourri au punk autant qu’au hardcore et au grunge, le groupe fait parfois penser à Nirvana, Converge, voire à Torche, excusez du peu. ‘We dine on seeds’ ou ‘The world’s older computer’, par exemple, sont réellement agressifs tout en affichant un quotient mélodique qui retient l’attention. Parfois aussi, le groupe se la joue franchement hardcore, comme sur l’excellent ‘Edge of the canebrake’. A l’inverse, des compos comme ‘Mendelssohnstrasse’ ou ‘Stan Winston’s rough seas’ se font beaucoup plus pop, et ce, sans pour autant compromettre l’intégrité du groupe. Des débuts franchement prometteurs ! (pf)

La neo-soul de Bilal ne ressemble à aucune autre. Objet suave et jazzy destiné aux couettes devenues insensibles à force de s’user sur du Barry White, ou plus récemment sur l’omniprésent Frank Ocean (à croire qu’il vous a éjecté du lit conjugal pour y prendre votre place), ‘A Love Surreal’ peine à décoller d’un easy-listening botoxé malgré une certaine posture arty. Parfois efficace (‘Slipping Away’, ‘Lost for Now’), souvent crispant, le talent de Bilal ne s’exprime jamais aussi bien qu’avec un minimum de fioritures (‘Butterfly’, où le chanteur est accompagné de Robert Glasper au piano). Si on ne peut contester la complexité sous-jacente de certains arrangements, Bilal s’emprisonne dans une esthétique chic assez personnelle dont la souplesse plastique pourrait être trompeuse. Car il demeure quelque chose de raide sous le smooth chamallow de surface. A force de plier la chose, elle pourrait bien lui péter entre les doigts. (ab)

And So I Watch You From Afar ‘All Hail Bright Futures’ Sargent House/Ber tus

Certains amateurs de musique se lamentent souvent, estimant que la production actuelle ne nous réserve plus guère de surprises et qu’elle manque singulièrement d’originalité avant d’ajouter, fatalistes, qu’il est en même temps difficile de produire quelque chose de neuf alors que tout a été dit et tenté. ‘All Hail Bright Futures’ tendrait à démontrer qu’il y a encore moyen de produire quelque chose d’inédit puisque je n’avais jusqu’ici jamais écouté quoi que ce soit de comparable. S’agit-il pour autant d’un bon album ? A mon avis, pas du tout. Démarrant avec une vignette électro aérienne en guise de mantra plutôt alléchant, l’album verse ensuite dans le n’importe quoi, associant de façon incongrue post rock, électro des tropiques, hardcore, harmonies pastorales, math rock, envolées néo classiques et pop latino pour un résultat sans doute inédit, mais en tout cas indigeste ! (pf)

Kim Baxter ‘The Tale Of Me And You’ Expect Candy

Greil Marcus en serait dingue et on le comprend. Cette fille de Portland – que certains (qui ?) ont bien connu dans All Girl Summer Fun Band – a tout ce qu’on aime chez une meuf qui chatouille la six-cordes dans un groupe un peu crade : un physique assez quelconque à boire des bières et un sens de l’humour et de l’autodérision plutôt génial. Purée cette galette, ça n’est jamais qu’un disque et, au fond, ça va changer la vie de quel plouc ? D’où, autant s’en foutre, prendre ça à la légère et sortir un putain de clip de presque neuf minutes pour illustrer un morceau un peu garage, un peu grunge, un peu punk, foutrement nineties quoi, d’à peine trois minutes (‘Devil On My Side’, qui l’aurait cru ?) : elle et son groupe passent une audition devant une espèce de mafioso italien à grosse moustache qui s’étonne qu’il n’y ait pas de clarinette dans le combo. 1802 vues depuis le 18 septembre 2012, soit moins que le Harlem Shake à la con que vous avez fait au bureau il y a trois semaines. Bref, tout le monde se contrecarre de Kim Baxter mais ceux qui écoutaient, en 1995, ‘Wowee Zowee’ à quinze berges pourraient, sérieusement, avoir la larme à l’œil. (lg)

Blacklevel Embassy ‘New Veteran’ Worldwide Bat tle/OSCL

Après avoir pris un break de quelques années, Blacklevel Embassy est de retour avec un album furieux, tordu, tendu et en même temps direct. Par rapport à ses sorties précédentes, le groupe met désormais davantage en avant le chant, ce qui rend son rock nettement plus mélodique, sans pour autant lui faire perdre son côté incisif. Associant influences math rock, hardcore, noise, punk et post rock dans un ensemble étonnamment cohérent, ‘New Veteran’ séduit aisément dans la mesure où l’on songerait à du post hardcore certes dissonant mais en même temps mélodique, un petit peu comme si Shellac se décidait à intégrer des chansons dans son vacarme. Il en résulte un album intègre dans sa radicalité, par moments épileptique et teigneux, mais dont le côté palpable des structures le rend digne d’intérêt pour un public plus large que la très limitée niche d’amateurs de chaos auxquels ce type de production se limite généralement. (pf)

Sarah Blasko ‘I Awake’ Dew Process/Universal

Très (trop) produit, ‘I Awake’, quatrième étape de Sarah Blasko, devrait taper dans le mille du côté des admirateurs d’Alex Callier, M. Hooverphonic pour les amnésiques. N’hésitant jamais à enrober ses pâtisseries de grands effets de cordes, on songe plus d’une fois à la prochaine B.O d’un James Bond en mode ‘Skyfall’, la chanteuse australienne n’étonne jamais, tout en démontrant un sens certain du spectaculaire, que

© Cat Stevens

d’aucuns jugeront dégoulinant. A vrai dire, on se demande si les jolies chansons de la trentenaire de Sydney nécessitent un tel déploiement d’effets pyrotechniques. Là où un Pierre Bondu parvient à intégrer des éléments similaires avec davantage de retenue et de classe, rappelons-nous son magnifique ‘Je Rêve’, la songwriter de Down Under multiplie les couches comme si elle allait se balader par moins quinze. Le geste est d’autant plus regrettable que le romantisme assumé de ses compositions pourrait parfaitement se satisfaire d’une économie de moyens qu’elle n’a, semble-t-il, jamais envisagée. (fv)

Bleached ‘Ride Your Heart’ Dead Oceans

Si la déglingue cool de Foxygen – le deuxième album de MGMT enregistré en 1966 – nous aura tenu l’hiver, l’assurance pop de Bleached – le premier album de Best Coast mixé en 1977 – nous fera le printemps. La pochette l’annonçait : ‘Ride Your Heart’ promène sa funitude mélancolique toute chevelure au vent, quelque part vers la Californie du Sud. Jennifer et Jessie Clavin tissent donc des mélodies douces amères qui convient les belles Américaines de Vivian Girls à se griller des merguez avec les moches Anglaises de Veronica Falls sur Santa Cruz Beach. Au loin des surfeurs passent et s’en foutent, cela fait des années qu’ils n’écoutent plus Dick Dale, ils ne connaissent pas The Cars et l’odeur du graillon ne leur dit rien. Les autres, ceux qui n’ont pas renié leurs adolescences, ceux qui fantasment sur les compilations Nuggets ne devraient pas résister à ces morceaux d’un autre temps, souvent quelconques mais parfois véritables petits crève-cœurs accrocheurs (‘Waiting By The Telephone’, ‘Ride Your Heart’) qui, c’est le site de Dead Oceans qui le dit, « take you on a sweeping emotional roller coaster that churns and burns ». Indeed. (lg)

Blue Hawaii ‘Untogether’ Arbutus Records/N.E.W.S.

Oui, l’adjectif diaphane a été créé pour ‘Untogether’, second opus de Blue Hawaii, oui, le risque de décrochage est grand à trop le fréquenter. Telle une collaboration improbable, et à demi-réussie, d’une Emilie Simon (à ses débuts) membre d’Esben & The Witch à la poursuite du train fantôme Cocteau Twins, la paire canadienne n’hésite pas à se lancer dans une électro-pop qui se veut onirique, mais dont le résultat souffre par trop du syndrome de la bulle de savon. Aux oreilles, les déclinaisons légères des Montréalais se glissent sans coup férir, mais à l’inverse d’une Bat For Lashes, on a du mal à garder un quelconque souvenir durable des


28.03 | COMPACT DISK DUMMIES + TOO TANGLED 20.04 | SAFI & SPREEJ + TIEWAI + EIGEN MAKELIJ 01.05 | DRIVE LIKE MARIA + THE DEVILLES + ONDINE

WORLD AT AB

10.04 | BOMBINO ‘DAN AUERBACH PRODUCED DESERT BLUES!’ 04.05 | LA PEGATINA ‘LOL ROCK ESPAGNOL’ 31.05 | TERESA SALGUIERO EX-MADREDEUS 02.12 | TITI ROBIN ‘LES RIVES’ APRIL 01 | BLACK REBEL MOTORCYCLE CLUB + TRANSFER 01 | KVELERTAK + TRUCKFIGHTERS + EL DOOM & THE BORN ELECTRIC 03 | JUKE BOXES + JOY 04 | MATTHEW E. WHITE + NIGHT BEDS 04 | PORTICO QUARTET + UP HIGH COLLECTIVE 05 | JOSEPHINE + LADYLIKE LILY 06 | JAGA JAZZIST WITH SINFONIA ROTTERDAM 07 | JOSÉ JAMES - NO BEGINNING NO END 07 | INC. 08 | ETHAN JOHNS + DAVID LEMAITRE 11 | GABRIELLE APLIN 12 | SARAH BLASKO + LADY LAMB the BEEKEEPER 15 | STEVE HACKETT GENESIS REVISITED II 17 | BASTILLE 19 | ASH BORER + FELL VOICES 20 | KARL HYDE (UNDERWORLD) + SPECIAL GUEST FARAO 21 | OZARK HENRY 21 | WOODEN WAND 22 | BETH ORTON 27 | FRANK BOEIJEN 28 | HAIM 29 | THE STAVES + SIVU 30 | HET ZESDE METAAL ‘ROYAAL!’ 30 | NEWTON FAULKNER MEI 01 | ELLIE GOULDING + CHARLI XCX + MATTHEW KOMA 02 | IMAGINE DRAGONS 03 | XXYYXX + BLACKBIRD BLACKBIRD + SLOW MAGIC + GIRAFFAGE + DREAM KOALA 04 | LA PEGATINA 06 | THE GASLAMP KILLER 08 | SX + MITTLAND OCH LEO 09 | THE OPPOSITES + MC FIT + ADJE 09 | OSCAR & THE WOLF + HORSES 10 | BJORN BERGE 12 | JACCO GARDNER + BED RUGS 14 | DOPE D.O.D. 14 | VERONICA FALLS + DIRTY BEACHES 15 | ANGEL HAZE 16 | AN PIERLÉ

27/28 AVRIL BDOUGALARS T PEETERS FIRS ‘T HOF VAN

COMMERCE S N E M E D COZEELSDYE PUGGY

COMPACT DISK DUMMIES

HET

METAAL RIGUELLE

SIR YES SIR OSCWAORLF AND MANY OTHERS

AND THE

NADIEM SHAH MERDAN TAPLAEKMIXFITZ

MOONLIGHT MATTERS / /THM’SIEUR CROCK S SOULSHAKERS / BOBALICIOU PROSTITUTES CAPTAIN STEEL / WE ARE

Office du Tourisme De Panne t. 058 / 42 18 18 f. 058 / 42 16 17 toerisme@depanne.be

E 38 SAMEDI PRÉ-VENTE 30 / SUR PLAC 15 PLACE DIMANCHE PRÉ-VENTE 10 / SUR PLACE 50 WEEKEND PRÉ-VENTE 40 / SUR PLACE 15 SUR / 10 TE -VEN PRÉ HT LATE NIG

W W W .F E S T IVA L A A N Z E E .B

070/25.20.20

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Earteam Chris Cohen ‘Overgrown Path’ Captured Tracks

Si l’intro de ‘Monad’ (faisant également office de pont-refrain instrumental, c’est une première piste) entrebaille le disque tout en ouvrant grand le champ des possibles (tout peut encore advenir), une minute plus tard et dès l’entame du chant, Chris Cohen paraphe la charte de son identité musicale : un terreau pop-soul bordé de congères douces-amères, un dédale de tranchées personnelles transformé en palais des glaces sous l’action du givre. Pas du genre à s’embourber ou à patiner dans la tourbe, l’ami Chris bataille cependant sans relâche avec une pop qui s’amourache de l’idée de lendemains ensoleillés pour mieux chatouiller ses démons (la solitude, la note bleue, le roller-coaster des sentiments - you go upward then you go down). Outre l’arpentage thématique, voire une écoute flottante nous laissant à penser que le gaillard a été biberonné aux Beatles et au bourbon, Cohen affiche encore une étonnante similitude vocale avec John Cunningham (magnifique champion oublié de la pop triste tombé au champ d’honneur; increvable ‘Homeless House’ qu’on fredonne encore dix ans après). Les similitudes demeurent troublantes dans la manière de découper / suspendre / moduler son phrasé mélancolique et légèrement traînant, jusque dans ces accords de guitare venant sceller un vers ourlé comme un étreint un ami qui s’en va. Cette étonnante parenté stylistique nous comble autant qu’elle nous chagrine; on ne connaît que trop bien le sort que l’Histoire musicale réserve à ses héros très discrets. Frère d’arme dans un registre délicat, à l’ancienne, délicatement ouvragé plutôt que tarabiscoté, Cohen dissimule sous son cache-col neuf chansons chagrines et éclatantes, neuf fusées élairantes à tirer dans la nuit. Merci l’ami! (fd)

onze pistes de l’album. La faute à des mélodies à l’imprécision farfelue, ainsi qu’à des effets instrumentaux où l’on ne sait trop si le convenu l’emporte sur l’expérimental. (fv)

Bored Nothing ‘Bored Nothing’ Spunk Records/Coop

Acheter un 4 pistes, c’est la consolation du timide, ce garçon falot qui cache sa confusion et son acné juvénile sous le même bonnet qu’Elliott Smith, celui dont la voix n’a mué qu’en une fêlure imparfaite, celui qui comprend trop bien ce que shoegaze désigne, celui dont le « L » marqué à l’encre invisible sur le front signifie tout sauf « Lovely », celui qui ne sera jamais champion de tennis. Avec un peu de chance, ces types-là ont des signes de reconnaissance secrets qui les convertissent du solitaire transi à une bande d’apprentis guitaristes, un local de répète dans la cave du voisin, autant de rêves de gloriole que de riffs gauchis, autant de fuzz que de façons de rougir devant une fille à jupe plissée. En France, ils suivent la lignée de Calc, tranchée racée n’apparaissant pourtant sur aucune carte majeure, ailleurs ils cherchent à améliorer leur teint au soleil façon Best Coast ou font tanguer leur nostalgie un rien moins que Jesus and the Mary Chain, étalent leur indolence avec moins d’humour que Pavement. Leurs morceaux passeront rarement le slide de façon spectaculaire, mais glisseront agréablement dans les oreilles de tous ceux qui furent un jour vissés devant Alternative Nation. (alr)

Boy & The Echo Choir ‘It All Shines’ MyLit tleCabRecords/La Baleine

(Dé)cousu entre les salines et notre patrie, entre les amis conviés (outre Thomas Van Cottom et Rachel Langlais en chevilles porteuses, les membres présents de The Missing Season, My Name is Nobody et Angil transmettent un pouls vibrant aux morceaux) et les abymes à suturer, ‘It all shines’ puise dans l’obscurité et la nuance la puissance de ses tourments/tournants de vie. On s’immisce dans la seconde célébration intime de Boy comme dans une chapelle enfouie sous les glycines, une cellule spectrale, le jour perce en rayons pâlots, la trompette se veut sourde mais sereine. Pulsation qui doit nous ouvrir la voie, ‘It all shines’, en oxymore, se réverbère contre les parois de verre dans une fugue de vibraphone, dans un haussement d’épaules contrit: « Every day has a sad song to sing ». Proférer une menace serait dérisoire, mais on s’engagerait bien, cruels

malgré nous, à contraindre quiconque ne serait pas remué par l’impulsion tragique d’’Impossible Heart’, par son évidence, par sa gangue cold et tambourinante, à voir ses plus chers souvenirs pris en étau, broyés. ‘The Sound’, bourrasque nerveuse mais ciselée, fait l’état des lieux depuis des hauteurs lointaines et ‘Why Can’t We’ enfonce douloureusement le poinçon des attentes vaines dans un bourdonnement sourd : « I can’t stand the silence / I have nothing left to handle ». Il y aurait bien d’autres secondes bouleversantes à épingler dans ce disque, mais on se contentera d’en conserver l’étincelle (« Silence / In the sunshine / Won’t fade away »), de vous laisser y balancer dans nos traces bleues, avec en écho ce vers d’Emily Dickinson : « Car l’adieu, c’est la nuit ». (alr)

Charles Bradley ‘Victim of Love’ Daptone Records/V2

Le rock a eu son Rodriguez, la soul a son Charles Bradley. Si ces deux artistes frôlent aujourd’hui le mythe, ils ont longtemps touché le fond. L’histoire de Charles Bradley est atypique. Né en Floride en 1948, l’homme a suivi père et mère pour New York. Les rues du Bronx pour seule plaine de jeu, l’enfant assiste en 1962 à une performance fulgurante de James Brown. L’instant bouleverse sa vie. Bradley s’imagine chanteur, héros du peuple, sauveur de la soul. Mais, rapidement, il déchante... En groupe ou en solo, le succès lui tourne le dos. Blessé mais pas vaincu, il se lance sur les routes, traverse le pays, multipliant les jobs alimentaires pour survivre. Sa passion musicale, elle, vit à l’ombre des mariages, dans les clubs et les cafés. Bradley maintient son rêve sous coma artificiel. La cinquantaine entamée, il revient à New York et rencontre Thomas Brenneck, metteur en son chez Daptone (Sharon Jones & The Dap-Kings). Le producteur tombe sous le charme de sa voix. L’heure du disque a (enfin) sonné. Entouré du Menahan Street Band, Bradley signe ‘No Time for Dreaming’ en 2011. Le succès mondial est instantané. Trois ans plus tard, l’homme revient chanter son amour de la musique soul. ‘Victim of Love’ tient le désir en otage. Authentique et émouvant, ce nouvel album ne bouleversera peut-être pas l’histoire du monde. Mais il suffit amplement à renverser nos cœurs. (na)

Billy Bragg ‘Tooth And Nail’ Cooking Vynil/V2 Benelux

Doit-on encore présenter Billy Bragg ? Chantre de l’anti-thatchérisme dans les années 80, lorsqu’il

se targuait d’être un Clash à lui tout seul, Bragg s’est depuis lors reconverti en barde de l’Indignation bien avant que la posture ne devienne trendy. Musicalement, l’homme a également accompli sa mue, délaissant progressivement son punk-rock de petit roquet pour un folk engagé façon Guthrie et Dylan. C’est d’ailleurs après trois disques en compagnie de Wilco qu’il revient aujourd’hui à une formule solo. Et c’est sans surprise que l’on retrouve tant le côté activiste du bonhomme que son romantisme laidback. Sur une trame folk très roots, émaillée de distorsions qui rappellent ses anciennes saillies punk, Bragg reste évidemment connecté à ses thèmes de prédilection que sont la justice sociale et la dénonciation du capitalisme et de la mondialisation. Jouant toujours aussi subtilement de sa guitare que de sa verve ironique, c’est pourtant dans le versant plus introspectif du disque que l’on trouvera les compositions les plus intéressantes comme ‘Goodbye, Goodbye’ ou ‘Swallow My Pride’. en considérant que cet album serait quelque part le ‘Nebraska’ Billy Bragg ne serait pas complètement exact mais, avec ses récits d’opprimés transis de désespoir et l’héritage musical qu’il s’approprie, ‘Tooth And Nail’en est peut-être le pendant britannique. Car Bragg continue à dire ses quatre vérités à l’Angleterre contemporaine avec autant de conviction que d’authenticité. Très peu de songwriters anglais sont capables d’en faire autant aujourd’hui. (gle)

Brandt Brauer Frick ‘Miami’ !K7 Records

Il faut avoir vu la Cinematic-Techno de Chambre selon Brandt Brauer & Frick sur scène pour pleinement mesurer l’inventivité de leur combo breakbeat pour instruments. Las, sur ‘Miami’ l’exercice est plutôt rigide et ampoulé, malgré le désir avoué de se laisser aller à plus de spontanéité. On regrette le plaisir frontal et instantané des premiers albums, abandonné en faveur d’une approche plus volontiers expérimentale et avant-gardiste. Leur souhait de s’éloigner d’une formule qui a fait leur succès est compréhensible, mais son constat n’est pas celui attendu : seuls les énergiques ‘Drive’ et ‘Skiffle It Up’ suscitent l’intérêt, là où les pièces maîtresses, à commencer par le répétitif ‘Miami Theme’ et ses suites, font fréquemment lorgner vers la touche « skip » à trop vouloir se la jouer cérébral sans pleinement l’assumer. Même constat sur les morceaux où Jamie Lidell et Gudrun Gut poussent de la voix, partagés entre euphorie dance et menace aride sans parvenir à fusionner ces intentions. Album schizophrène, ‘Miami’ rappelle vos douloureux premiers pas en rollers, lorsque vos deux pieds décidèrent chacun d’emprunter un chemin différent. (ab)

Buffoon ‘Chromoscope’ FONS/Rough Trade

Peter Vleugels a renvoyé ses camarades à leurs pénates pour occuper, seul, sa chambrée et y ressasser ses marottes qu’il a ramassées en de petites esquisses. Canevas incomplets et brouillons, elles tournoient dans la tête d’un homme qui ne semble jamais à court d’idées mais qui reste en et à la marge des choses. ‘Chromoscope’, son nom l’indique, opère une rétrospective dans le temps pour y expurger, sur une période de près de vingt ans, des maquettes et des tentatives. Elles sont imbriquées les unes dans les autres sur les deux faces d’un vinyle glissé dans une pochette jaune citron. On pourrait situer cette musique quelque part entre les errances psychédéliques de Syd Barett et les fausses mauvaises chansons d’Ariel Pink. On citerait également Jad Fair pour l’incongruité dont elles aiment à se parer. (et)

Buke And Gase ‘General Dome’ Discorporate/Konkurrent

Il s’agit d’un couple, sur scène comme en privé. Arone Dyer écrit des textes espiègles et les énonce avec grâce et ardeur. Aron Sanchez remanie des instruments parfois trouvés comme des jouets et supervise le son. Ensemble, ils trament une texture à la fois pétulante et omni rythmique où abondent des guitares en cisailles et des beats tassés. ‘General Dome’est leur deuxième album. Sa pochette est inspirée par le travail de l’artiste minimaliste Sol LeWitt tandis que sa production a été laissée aux deux musiciens qui se sont eux-mêmes occupés de son enregistrement dans un hangar désaffecté près de l’Hudson dans la campagne new-yorkaise. Une tournée récente avec Deerhoof et deux passages remarqués au célèbre festival ATP ont permis de leur donner une assise scénique que l’on ne demande qu’à saluer. (et)

Le Carousel ‘Le Carousel’ Phil Kieran Recordings

Comme son nom ne l’indique pas, Le Carousel est originaire de Belfast. Il s’agit en réalité d’un nouveau projet de Phil Kieran, DJ et producteur techno, surtout reconnu pour être un ancien résident du légendaire club techno irlandais Shine. Le Carousel, de la musique pour auto-scooters ? Que nenni. Inspiré peut-être par son ami Peter Hook pour lequel il a régulièrement ouvert le bal ces dernières années, Kieran s’est mis en tête de faire un vrai disque, avec de vrais morceaux de chansons dedans. Entouré d’autant de vrais musiciens que de machines, il n’hésite au-


Earteam

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The Flaming Lips ‘The Terror’ Bella Union/V2

He’s alive ! Aliiive…Tel fût le cri d’effroi de la grande manufacture lorsque, respirateur artificiel pourtant coupé, elle se rendit compte que la bête soufflait encore. Révolu le temps où The Flaming Lips squattaient les compil’s, les B.O., les florilèges sans queue ni tête estampillés Warner, et la question de résider en une complication génétique de la même trempe. Car à force de courir le succès, de la bande de Wayne Coyne, on ne pouvait plus différencier le pied du nez. Paradoxal destin que celui de ces protégés d’une Major qui ne leur avait, jusqu’ici, refusé aucun caprice. Et si la victoire sur la schizophrénie n’a jamais été si belle, bien malin serait celui qui pourrait affirmer à quelle scène, obscure ou illuminée, les ‘Lèvres’ se sont vouées tant la violence et la rage des projets dantesques dans lesquels ils se sont lancés nous ont explosées à la face. Car si jusqu’ici, de ces figures culturelles de Oklahoma City, le chaland s’était contenté de confettis et paillettes, c’est pourtant la douleur qui fut leur quotidien, leur moteur : un mal profond enfoui, au propre comme au figuré, dans les veines de Steven Drozd, batteur devenu guitariste et surtout pierre angulaire de l’orfèvrerie-maison, et le malheureux jouet des sirènes enchanteresses des paradis artificiels. Comment croire à travers ses hilares prestations que le géant est fébrile et qu’à chaque instant son cerveau aliéné pourrait exploser et se répandre sur les visages horrifiés de son public bien peu conscient d’un tel risque ? ‘The Terror’, car c’est bien de cela qu’il s’agit, la nécessité de faire le choix de la vie quand la mort semble presque plus douce : Drozd, au sommet de sa douleur et de son art, livrant à ses complices le fruit de son exorcisme au travers d’effrayantes chansons empreintes de textes décousus scribouillés sur les rebords du Styx. ‘Look… The Sun is rising’ pourrait nous réchauffer le cœur s’il ne nous le brûlait pas sur place, et quand ‘Bee Free A way’ donne la réponse à ‘Butterfly, How long it takes to die’, on ne voit plus aucun espoir dans ‘Always There…In Our Hearts’. L’œuvre est sombre et monumentale, elle vous arrache le cœur après vous avoir consumé l’âme (seulement pour les plus chanceux). Et si ces quelques lignes n’assument aucune objectivité, ça n’est pas seulement dû au fait qu’elles proviennent d’un fan inconditionnel, mais surtout que lorsque la souffrance est ainsi livrée, le cœur n’a d’autre choix que de s’étreindre et de saigner. (dark)

jourd’hui pas à pousser la chansonnette pour célébrer la communion entre ses productions électro et les arrangements plus pop de ses partenaires de jeu. Tout en jouant avec le rythme et la mélancolie comme les chevaux de bois qui ne cessent de monter et descendre inlassablement. Sans jamais tourner en rond. Arpèges chatoyants, synthés robotiques, guitares shoegaze et une lampée de Balearica, le cocktail ne s’adresse pas uniquement aux britanniques rougeauds qui s’encanaillent à Ibiza. Kieran a plutôt fait de ce disque une sorte de blind-test où ses influences nineties (Underworld, Slowdive, Galaxie 500) jouent à cache-cache avec des sons résolument plus contemporains. Pas le florilège de l’année mais on se laissera volontiers étourdir par cette pernicieuse mixture. (gle)

The Cave Singers ‘Naomi’ Jagjaguwar/Konkurrent

Les spécialistes ès Cave Singers (trois, au dernier recensement) vous le diront : avec ‘Welcome Joy’ (2009) et ‘No Witch’ (2011), les Cave Singers s’éloignaient déjà dangereusement de l’incroyable ‘Invitation Songs’ (2007). A l’époque, ces types venaient de lâcher des groupes très lourds, bourrins, post-punk pour monter un projet moins gueulard. C’était une réussite : du folk joué avec des burnes, pas le genre chochotte. La première moitié de ‘Welcome Joy’ touchait même au génie avec des titres comme ‘Summer Light’ ou le dingue ‘At The Cut’. Sur ‘No Witch’, ils retâtaient l’électricité avec plus ou moins de réussite : dans le meilleur des cas, c’était crasseux, bluesy, bandant. Aujourd’hui, les Cave Singers semblent vouloir continuer à se réinventer mais c’est une mouche tsé-tsé qui les a piqués. D’ailleurs, ils se mettent quasiment à… l’afropop. Guitares ensoleillées, tapis de percussions enjouées, on compte pas moins de trois morceaux dans le genre et c’est assez effrayant. Tout autant que le reste d’un disque trop long (48 minutes) ou cette nouvelle tentative de renouvellement finit par les faire sonner comme du sous-Wilco des années 90. (lg)

Chapi Chapo & les petites musiques de pluie ‘Robotank-z-MP3-320’ Les Disques Normal/Differ-Ant

Le retour en service de Patrice Elegoët pour un troisième album plus electro serait-il, comme l’hi-

rondelle, le signe du retour printanier, d’une certaine idée du ludique, de l’allègre? Il semblerait qu’il faille nuancer la petite féérie mécanique, qu’on dépasse les enfantillages. Collectionneur fervent d’instruments-jouets, notre homme a le don, pour tâcher de transcender le simple exercice de style, de s’entourer de voix à tous les coins du spectre, afin de transformer ses boîtes à musique et autres réceptacles à meuh en univers de poche dont l’ampleur ne demande qu’à se déployer (un peu à la manière des fiers Coyote) : quand G.W. Sok (The Ex) mue ses prestations (‘What is’, poème amer et exquis et ‘Alonalonalone’, western de cowboy solitaire) en spoken words véritablement habités, Carbonic distille un gémissement anesthésié, quand Andrea Perdue n’est que gazouillis, Boy s’inscrit en sourdine et Jason Lytle revisite une rêverie à la Lewis Carroll. Garni de secondes ingénieuses, c’est un disque où il faudra cependant picorer grain par grain plus que rendre assiette nette. (alr)

Gary Clark Jr. ‘Blak And Blu’ Hot wire/Warner

Nouvelle superstar du manche, guitar hero porté au pinacle par l’industrie, la presse musicale et même un certain Président, Gary Clark Jr. est tour à tour vendu comme le nouveau Jimi Hendrix ou le nouveau Buddy Guy. Il serait plus juste d’y voir un croisement entre Lenny Kravitz et Dan Auerbach des Black Keys. A vrai dire, les meilleurs moment de ce ‘Blak And Blu’ renvoient directement au duo d’Ohio, jusqu’au timbre de la voix, étrangement similaire (‘Numb’, ‘Bright Lights’), mais dès qu’il glisse vers le hip hop, la soul ou le R’n’B, l’album est plombé par une exécution appliquée dont on cherche encore le supplément d’âme (‘Black And Blu’, ‘The Life’, ‘Things Are Changing’). Il faudra attendre les derniers morceaux de la galette pour enfin être secoué par un peu de bravoure, à commencer par les dix minutes de ‘Third Stone Form The Sun/ If You Love Me Like You Say’, reprises d’Hendrix et Little Johnny Taylor, faut dire, ça aide. Gary Clark - ou, plus probablement, Warner - craignait-il d’assommer la jeune génération avec son rock bluesy, au point de le cacher dans cet album indigeste et impersonnel qui rappelle certaines dérives d’un Ben Harper autrefois inspiré ? Espérons que le gaillard aura plus confiance en sa guitare, réputée légendaire, lors de son prochain disque. (ab)

Coliseum ‘Sister Faith’ Holy Roar/Essential Music & Marketing

Coliseum a beau avoir changé de bassiste, le son reste le même sur son deuxième album. On retrouve en effet un punk rock alternatif direct et accrocheur qui tient admirablement la route et se distingue par une maîtrise musicale particulièrement élevée. ‘Disappear from sight’, ‘Last/lost’, ‘Used blood’ ou ‘Black magic punks’ pour n’en citer que quelques-uns, sont autant de réussites dans un genre qui sent souvent le réchauffé. On est aussi sensible à la variété sonore qui intègre des éléments indie rock US 90s - le groupe affiche en effet des accointances avec Sebadoh, comme sur ‘Love under will’ qui est l’une des plus belles réussites de l’album. Pêchu, varié, ‘Sister faith’ fait mouche avec chaque titre et ne peut dès lors que nous convaincre. (pf)

Edwyn Collins ‘Understated’ AED Records/N.E.W.S

On n’arrête plus Edwyn Collins depuis le retour en grâce qu’a constitué ‘Losing Sleep’ en 2010, ce disque miraculeux réalisé alors que l’Ecossais était en plein travail de rééducation suite à la double hémorragie cérébrale dont il fut victime en 2005. Après avoir créé son propre label et fait quelques piges entant que producteur, Collins entend plus que jamais (se) prouver qu’il est toujours alive and kicking. L’heure n’est bien sûr plus à l’expérimentation et ‘Understated’ synthétise à nouveau tous les ingrédients qui ont contribué à la renommée du taulier de la pop écossaise. Soit une glam-indie chatoyante et intemporelle où un sens impeccable de la mélodie côtoie une capacité intacte à se jouer des genres en mêlant arrangements cuivrés de la soul à des guitares toujours aiguisées. Même si, revenu des avalanches et des AVC, une certaine lucidité bienveillante semble avoir arrondi certains angles. Impossible évidemment de ne pas évoquer la performance vocale. Car sla diction demeure parfois incertaine, le chant de Collins n’a quant à lui rien perdu de sa profondeur de crooner. Seule sa sensualité a fait place à une sorte de gravité mélancolique qui ne sombre jamais dans le pathos ou le pathétique. Plutôt que le chant du cygne, c’est le chant d’un coq qui donnerait la chaire de poule comme par exemple sur ‘ForSooth’ qui emprunte la mélodie du ‘Sunday Morning’ du Velvet pour égre-

ner « I’m so happy to be alive/That’s why I’m living my own truth/And I feel reborn ». Sans compassion, mais avec passion, on appréciera ce disque qui est bien davantage qu’une planche de salut. (gle)

Mac Demarco ‘2’ Captured Tracks Records

Il est arrivé avec sa guitare sous le bras. Sans se presser. À la cool. Il portait cette chemise que je ne pouvais m’empêcher d’aimer, à la Magnum. À la fête des voisins, il a apporté des chips, on s’est posé assis là, dans des transats à motifs géants qui avaient déjà beaucoup servi. On était bien, on n’avait pas besoin de grand-chose d’autre. ‘Annie’, est venue s’enquérir de comment il allait, de ses humeurs au petit jour. Il a eu cette moue, un peu narquois, pas mal gêné: « honey, the stars keep on calling my name /but don’t worry, I’ve told you again and again /when I’m down, you’re always the first one to know ». Elle l’a repoussé dans un rire adorable au fond de la toile, en a profité pour lui taxer quelques clopes, des Viceroy, avant de se resservir de punch. On voyait bien qu’entre eux, beaucoup de choses se passaient de mots, beaucoup de choses s’étaient passées. Il s’est mis à faire frétiller les cordes, un morceau sur une fille (tout à fait son genre), qui aurait pu, qui aurait dû, qui pourrait plus tard…qui sait ? Avec lui, les limites étaient toujours un peu floues, « loving on the sidelines » : il dissimulait à merveille ses zestes d’incertitude dans sa nonchalance ou son Mai Tai. Il a demandé si personne n’avait de glace à la fraise, mais Jonathan Richman n’avait pas couru assez vite en entendant la clochette du camion, cette fois. Tant pis. Il a remis sa casquette, s’est levé, et sur le sentier menant chez lui, dans un clin d’œil, on l’a vu faire le signe de la victoire. (alr)

Deptford Goth ‘Life After Defo’ Merok Records

‘Life After Defo’ est une confession. Un partage, émouvant et sincère, dont la tristesse peut vous faire chanceler. Mais vous tenez bon. Par respect pour Daniel Woolhouse, votre interlocuteur, votre confident, votre ami. Il est


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Earteam Flume ‘Flume’ Transgressive Records

Véritable star au pays du kangourou, Flume a déjà écoulé des brouettes de son premier album à l’heure où on écrit ces quelques lignes. Planqué sous les plumes de Flume, Harley Streten démontre tous ses talents du haut de ses 21 printemps. Seul derrière son laptop, il détricote le beat et asticote sa passion pour la pop, le r’n’b, le dubstep et le hip-hop. Producteur talentueux, bidouilleur miraculeux, le garçon façonne quinze titres mutants, en mouvement sur une toile électronique ectoplasmique. A l’écoute de ce disque éponyme, on songe souvent aux interventions synthétiques de Jamie xx sur l’œuvre de Gil Scott-Heron (se pencher sur un morceau comme ‘Left Alone’ pour s’en persuader). Les portes de la perception entrouvertes par Flying Lotus ne sont jamais très loin non plus (ne pas hésiter à décoller sur l’aventure spatiale ‘More Than You Thought’). Il y a aussi des relents de Four Tet - mais plus puputes - et des vocaux hantés comme chez Burial - mais moins gracieux. Si l’affaire est un brin trop longue, elle a néanmoins le mérite de satisfaire une large palette de styles musicaux et de briller par son originalité. (na)

l’incarnation de la partie la plus sensible de votre âme. Ses paroles ont la fragilité de la glace, menacent à tout moment de se fendre, de s’évanouir, de s’effacer. Ses mélodies, d’une douceur cybernétique inouïe, les soupèsent, les supportent à peine ; Elles sont des pontons qui craquent et grincent sous leur poids, celui de la confiance. Taillé dans le même bois, tissé de la même fabrique, Woolhouse doit tenir un peu du gothique qui donne titre à son projet, ne fut-ce que sous l’épiderme. Mais s’il s’épanche, c’est sans exhibitionnisme. Foin du maquillage, de la pose. Ses chansons tiennent autant du folktronica hésitant que du dubstep intimiste. Beaucoup ont voulu le comparer à James Blake, mais la musique de Deptford Goth n’a rien de prémédité ; elle se déploie comme on remonte le fil de ses pensées, comme on découd celui d’un pull retrouvé au grenier. ‘Life After Defo’, c’est ce qui reste quand le pull est redevenu laine, quand il n’y a plus rien, ni certitude, ni quoi que ce soit de définitif. C’est un album qui se vit, front contre front, entre Woolhouse et vousmême et qui vous rappelle que joie et tristesse sont une seule et même chose. (ab)

The DeSoto Caucus ‘Offramp Rodeo’ Glit terhouse Records/Differ-ant

The DeSoto Caucus, c’est d’abord et avant tout le backing band qui depuis dix ans évolue dans l’ombre d’Howe Gelb au sein de Giant Sand. Une ombre tutélaire qui ne s’encombre jamais de bras cassés, vu les cojones et le bagage musical nécessaires pour accompagner les dérapages incontrôlés du patron. Un Gelb qui a d’ailleurs toujours su s’entourer de mercenaires d’exception au rang desquels Joey Burns et John Convertino de Calexico font figure de pionniers. En sus de cette activité principale, le quatuor accumule également les heures de vol en collaborant avec des pointures comme Kurt Wagner ou Jason Lytle. De quoi donc se bâtir une jolie réputation dans le milieu pour un groupe dont les origines danoises ne transpirent jamais sous le soleil de l’Arizona. Sur leur deuxième opus, les cowboys scandinaves ne s’émancipent évidemment pas complètement de leur mentor. A grands renforts d’arrangements spacieux, le combo propose une alt-country panoramique et aride qui s’abreuve également à la source de songwriters comme Vic Chesnutt, Bill Callahan ou encore Mark Linkous. Ce n’est que lorsqu’il hausse le ton (notamment sur ‘Here’s One’) que le quatuor décline alors une esthétique plus personnelle. Bien au-delà du side project, une vraie échappée belle qui, à défaut de génie, entrevoir une grande dextérité. (gle)

Claire Diterzi ‘Le Salon Des Refusées’ Naïve/Pias

Quiconque scribouille quelque part vous le dira : le bouclage arrive toujours trop tôt et, parfois,

empêche de réécouter sereinement un disque une troisième ou une quatrième fois. C’est ce qui aurait pu arriver au ‘Salon Des Refusées’ et, franchement, ç’eut été dommage. On aurait plié l’affaire trop vite en vous plombant l’ambiance, déjà que la pochette n’est pas top top mais les froufrous de la Renaissance, c’est quand même un peu broutant, non ? Et puis, miracle, tout ce qui agaçait aux trois premières écoutes enchante aux suivantes (avec s, c’est marrant comme dans ces moments-là, on en a toujours, du temps) : l’omniprésence de la viole de gambe, la fixette sur la Rome Renaissante donc, le maniérisme dans la voix et des tournures de phrases, euh comment dire, désuètes. Le morceau d’ouverture, tout en électricité tendue, est un foutu trompe-l’œil tant le reste du disque est différent et porté par la viole (de Christine Payeux) et le violoncelle (de Vincent Ségal, déjà essentiel dans le dernier Ballaké Sissoko). Tout finit par sonner extrêmement juste et moderne tout en étant dépassé. L’exemple le plus frappant est cette reprise au kalimba du ‘Riders On The Storm’ de Morrison & Co qu’on aurait bien du mal à qualifier d’anachronique. On le sait, Diterzi aime les choses un peu conceptuelles et dérangées. Son dernier album, en 2010, tournait autour de la vie de Rosa Luxemburg. A la même époque, elle est devenue la première artiste de musique « actuelle » à obtenir une résidence à la fameuse Villa Medicis de Rome. Ce séjour, manifestement, a laissé des traces indélébiles. ‘Le Salon Des Refusées’ y est partiellement enregistré d’ailleurs. Ça serait foutrement con de lui refuser le sien. (lg)

Ensemble Pearl ‘Ensemble Pearl’ Drag Cit y/V2

L’Ensemble Pearl pourrait presque prétendre au statut de grande formation pour désorientés célèbres. On y retrouve Stephen O’Malley de Sunn 0))), Atsuo de Boris, Michio Kurihara (Ghost, White Heaven), William Herzog (Jesse Sykes) auxquels se joignent le violoniste Eyvind Kang et Timba Harris (Secret Chiefs 3). Masato Suzuki est aux commandes de l’enregistreur tandis que Randall Dunn préside au mixage. Cette fausse joyeuse bande évolue à contresens des sens mélodiques communément admis. Sa progression est lente, sa marche s’avère lourde mais altière. Le son est énorme, dévastateur. Si la plage introductive ‘Ghost Parade’ conduit l’auditeur à tâtons sans trop le froisser, ‘Painting On A Corpse’ qui lui succède le mène dans un tunnel et l’interminable ‘Wray’ le plonge dans un entonnoir. Il faut attendre l’indécis ‘Sexy Angle’ pour en sortir la tête. Pour peu, on resterait dans le trou, bien au fond. On songe au Earth de la période ‘Hex’ quoique c’est une dimension plus dense encore qui nous enserre ici le corps et l’esprit. (et)

Feeding People ‘Island Universe’ Innovative Leisure

L’emballage est superbe. La biographie présente bien, aussi. Genre lasagne pur bœuf : tout de même, on parle là de 13th Floor Elevators, Jefferson Airplane, Janis Joplin. Scandale sanitaire grave, il y a du cheval là-dedans et pas n’importe quel grossier équidé de trait, non, que du cent pourcents pur-sang (David Halliday, sors de ce corps) : St-Vincent pour la façon de faire saigner l’électricité (‘Mountain Song’), Best Coast pour la coolitude pop garage sixties (‘Uranium Sea’), PJ Harvey pour le côté femme castratrice (‘Cat Song’), Sharon Van Etten quand le tempo se ralentit (‘Big Mother’ le ‘Insane’), limite les Cramps (fantastique ‘Desert Song’). Autres certificats de qualité : ce disque sort sur le label de Nick Waterhouse et des Allah-Las, ces revivalistes géniaux, et est produit par Jonny Bell des Crystal Antlers et Hanni El Khatib. Après, s’ils n’arrivent qu’à la cuisse des références précitées, ces top chefsviennent quand même de sortir un foutu plat de résistance. (lg)

Fidlar ‘Fidlar’

pos de Foals ni de participer au buzz qui entoure le groupe de Yannis Philippakis depuis ses débuts. Une écoute plus studieuse de ce troisième album ne fait que conforter les impressions mitigées et ambivalentes des précédents disques d’une formation presque bipolaire, capable d’osciller entre le pire et le meilleur, le déluge de décibels gratuits et la pureté aérienne, parfois sur le même morceau. ‘Holy Fire’ est d’ailleurs un disque qui a le cul entre deux chaises. Car entre l’efficacité brute du math rock d’’Antidotes’ et les grands espaces de ‘Total Life Forever’, Foals semble avoir eu du mal à trancher. Passée l’intro instrumentale, ‘Holy Fire’ alterne les titres aux guitares monumentales customisés pour les stades (‘Inhaler’, ‘Providence’), refrains pop funky (‘My Number’), odyssée sentimentalo-guimauve (‘Everytime’) et blues co(s)mique (‘Late Night’) : toute la collection printemps-été d’atmosphères servie par la production interstellaire des deux requins des studios que sont Flood et Alan Moulder (Nick Cave, Depeche Mode, U2, Nine Inch Nails ou Smashing Pumpkins). Vivement le quatrième album qui, selon toute vraisemblance, devrait être 100% acoustique et enregistré au milieu du désert. On parie ? (gle)

Wichita

Frightened Rabbit

Le refrain du premier morceau fait « i drink cheap beer so what fuck you » et ne raconte pas de couilles: ce disque est parfait pour boire jusqu’à plus soif des Cara Pils ou des 365 entre étudiants attardés amateurs de skateboard et de pop-punk crétin. Mais on connaît des bons pères de famille de plus de quarante balais qui aiment ça (Jean-Michel, si tu nous lis). C’est bien simple, dans le genre, ‘Fidlar’colle une telle gifle qu’on tend la seconde joue illico. Après, bien sûr, ces mecs ne réinventent pas la trottinette et on pourra toujours chipoter sur l’originalité du machin. Reste que ces types jouent plus fort, plus vite, avec plus de déglingue et de panache que les autres (Fidlar = Fuck It Dog, Life’s A Risk, expression balancée par les skaters avant une figure périlleuse). C’est ça leur truc en plus, le panache. Pour cette raison et pas mal d’autres (le bruit, la fureur), on peut les rapprocher des excellents Metz. Mais ces branleurs vont plus loin encore : ils sont capables de pondre de vraies tueries pop comme ces foutus Black Lips, ‘Max Can’t Surf’, ‘Gimme Something’, ‘No Waves’ des classiques instantanés dignes d’un ‘Bad Kids’. Raison supplémentaire de ne pas snober ces Amerloques : on peut écouter sur la toile une reprise déjantée du ‘Common People’de Pulp. Précisément ce qu’ils ne sont pas, des gars ordinaires. (lg)

‘Pedestrian Verse’

Foals ‘Holy Fire’ Transgressive Records

On avoue sans honte ne jamais s’être senti obligé de posséder une opinion bien arrêtée à pro-

Atlantic/Warner

Lorsqu’il était enfant, Scott Hutchison était d’une timidité tellement maladive que sa mère le traitait invariablement de ‘frightened rabbit’ (lapin peureux, ndr). Le fait qu’il ait opté pour ce sobriquet comme nom de groupe témoigne d’une belle dose d’humilité. Là où tant de musiciens aiment rouler des mécaniques, il est rassurant de voir qu’il y en a aussi qui assument leurs faiblesses. C’est d’ailleurs un trait marquant de cet album qui voit Scott s’épancher avec lucidité sur ses mésaventures, notamment avec les filles. Mais là où l’on pourrait craindre que notre homme se complaise dans des lamentations geignardes, ces tranches de vie sont déclinées avec humour et panache. Sur le plan musical, l’album est souvent enlevé et brille sur le plan rythmique. Si ‘Acts of man’, qui ouvre l’album, démarre comme une complainte sobre et dépouillée voix/piano, le titre prend soudain vie et affiche un panache sautillant, annonçant le reste de l’album qui déploie une belle palette d’instruments et d’ambiances, créant un univers riche et accueillant, évoquant un peu Arcade Fire ou Mumford and Sons, avec parfois aussi un côté post punk à la Editors. Au final, ‘Pedestrian Verse’ se révèle être un album frais et galvanisant, démontrant que l’on peut être en proie au doute sans pour autant sombrer dans les abîmes de la dépression. (pf)

Generationals ‘Heza’ Poly vinyl

Les guitares des Generationals coulent des jours heureux le long des méandres du fleuve Mississippi. Toujours installé à La Nouvelle-


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Earteam Iceage ‘You’re Nothing’ Matador/Beggars

Voici deux ans, ces danois à peine sortis de l’adolescence avaient sorti ‘New brigade’, un album époustouflant de puissance et de créativité, lequel avait trôné bien haut dans les tops de l’année. Présenté par certains comme symbolisant le renouveau du punk, du hardcore, du post punk, ou plus simplement du rock, Iceage avait ébahi tout le monde avec un disque tellement brillant qu’il serait difficile de faire mieux. Or, avec ‘You’re nothing’, le quatuor frappe encore plus fort, délivrant en moins d’une demi heure un uppercut sidérant. Ayant gagné en maturité depuis son premier effort, Iceage dégage encore plus de puissance, de rage et réussit la gageure d’être plus brut et plus accrocheur. Rarement on aura vu un album afficher autant d’agressivité et de puissance mélodique en même temps. C’est avec le même talent que le groupe parvient à intégrer ses influences (Joy Division, Sonic Youth, la scène hardcore U.S.) sans sonner vraiment comme elles. ‘Ecstasy’,‘In haze’, ‘Burning hand’ ,‘Coalition’ ou ‘It might be his fist’ sont autant de merveilles punk/hardcore, alors que ‘Morals’ et sa ligne de piano inspirée par un titre du chanteur italien 60s Mina témoigne de l’essence pop d’un groupe décidément fascinant. Que dire de plus pour vous convaincre de vous ruer sur ce disque ? (pf)

Orléans, le duo composé de Ted Joyner et Grant Widmer signe ‘Heza’, un recueil de chansons lumineuses, bercées par un soleil printanier et une douce mélancolie. En attendant les beaux jours et les bourgeons, on se réconforte à l’écoute des mélodies radieuses de cet album décontracté. A la croisée des meilleurs moments de The Shins et Built To Spill, les Generationals plantent un décor de rêve dans le jardin de la pop américaine. L’affaire démarre pourtant doucement, presque discrètement. Et puis, l’air de rien, le groupe multiplie les étincelles avec trois fois rien. Un vieux synthé, des guitares entrelacées et quelques percussions métronomiques jalonnent des tubes miniatures (‘Put A Light On’, ‘Awake’, ‘Kemal’), des hits de poche à ressortir dès que la mauvaise humeur pointe sa sale tronche. (na)

pour dix escales qui mises bout à bout forment une sorte de voyage allégorique au gré de rythmiques alanguies. Une odyssée immobile autour de l’amour et de ses tourments. De sa voix diaphane ou translucide, Maissiat chante le deuil, le manque, la dualité ou la quête d’absolu, avec un vouvoiement vieille France élégant mais dont l’abus finit par agacer. On pourrait en dire autant de son verbe parfois plus théâtral que poétique (« ciel pyromane », « lune lubrique », bof). Quelques instants de relâchement que l’on pardonne volontiers. Ne serait-ce qu’en échange d’une grande chanson comme ‘Le Départ’. Et même s’il est à la fois prématuré et réducteur d’évoquer Françoise Hardy ou Véronique Sanson pour résumer ce disque, la chanson française, puisqu’on veut l’appeler aussi, se découvre une nouvelle voix féminine plus que singulière. (gle)

toiement, Girls Names parvient à sublimer la noirceur pour en tirer une énergie et une inspiration foisonnantes. On songe à Joy Division et surtout à Cure, que ce soit au niveau de la composition générale ou de l’instrumentation. C’est ainsi que ‘Drawing lines’ et ‘Hypnotic regression’ n’auraient certainement pas fait mauvaise figure sur ‘Pornography’, tandis que ‘Occultation’ évoque les moments les plus grandioses de ‘Desintegration’. Plus loin, ‘Notion’ se fait plus pop et léger, le très accrocheur ‘Projecktions’ évoque le Siouxsie de la grande époque, avant que le très entêtant titre éponyme ne termine l’album en beauté dans un registre que n’auraient pas renié les Smiths. Girls Names a changé et on ne peut que s’en féliciter ! (pf)

Micah Gaugh Trio

Because Music/News

HATEM

‘The Blue Fairy Mermaid Princess’

‘Ultraviolet Catastrophe’

Africantape

Mushroom Pillow/News

Avec un nom de scène qu’on se doit de ranger quelque part entre les aventures de Oui-Oui et celles des Bisounours, HATEM (« Hola A Todo El Mundo » « Bonjour Tout Le Monde ») fait dans le conceptuel et l’antidépresseur. Sur son nouvel album (‘Ultraviolet Catastrophe’), le groupe espagnol s’est lancé un défi « intellectualisant »: habiller un poème de Roy Tiger Milton d’effluves synthétiques à fortes fermentations psychédéliques. Avec leurs gueules de hispters et de belles chemises à carreaux, les quatre musicos madrilènes s’en vont pulvériser la littérature d’une substance électro-pop dopée à la musique folk. Si tous les titres semblent directement sortis du cerveau de hippies sous anxiolytiques (‘Oh Lord, Tell Them Wind Blows Far From Me’ ‘Youth Time, Least Brother & Friends’mais aussi ‘They Took Me To The Top Of A Mountain’), l’album ‘Ultraviolet Catastrophe’fait plutôt bonne figure dans la catégorie « sucreries chimiques ». A quelques mélopées de Yeasayer (période ‘All Hour Cymbals’), HATEM signe un chouette disque de pop pharmaceutique. (na)

Maissiat ‘Tropiques ‘ 3eme Bureau/Wagram Music

Dans une autre vie, Amandine Maissiat était la chanteuse du groupe français Subway. Un combo rock dont la disparition n’a incité personne à s’immoler par le feu. Aujourd’hui, Maissiat a perdu Amandine et échangé sa six cordes contre un piano. Un piano qui est la colonne vertébrale de ce premier album solo écartelé entre pop onirique, chanson française tirée à quatre épingles et variété bien française elle aussi. de sunlights toutefois sous les ‘Tropiques’de Maissiat. Plutôt l’envie de jouer avec les extrêmes, de souffler le chaud et le froid, d’osciller entre le charnel et le spectral, le sophistiqué et le dépouillé. Dix titres

Membre des aussi bruyants qu’excellents Talibam!, Kevin Shea a, un beau jour de 2011, évoqué les multiples enregistrements inédits du Micah Gaugh Trio auprès de Julien Fernandez, âme pensante du label Africantape. Ni une, ni deux, voici une bonne année plus tard la sélection des nombreuses (14!) heures d’enregistrement restées jusque là sans suite discographique – et on peut dire que le résultat valait la peine de l’attente. Quelque part entre un format chanson catapulté sur une scène jazz expérimentale new-yorkaise, le disque est toutefois d’une belle accessibilité pour les non-vaccinés aux notes bleues tendance free. Bien que certains risquent de tiquer au premier abord à l’écoute du chant particulier de Micah Gaugh, qui n’hésite pas à côtoyer l’aigu (pas toujours juste, Just), les échanges improvisés entre les trois complices – le mot s’applique entièrement – révèlent une très excitante unité de vision. On relèvera notamment l’extraordinaire présence de Gaugh lorsqu’il est au saxophone (ce serait un crime de ne pas le faire), qui parvient à donner à son instrument des échos de voix humaine où se déploient la colère, l’empathie et l’envol vers d’autres cieux, cohérents et aboutis. (fv)

Girls Names ‘The New Life’ Tough Love Records

En appelant son deuxième album ‘The new life’, ce quatuor nord-irlandais fait tabula rasa de son passé, laissant derrière lui son garage macabre pour embrasser pleinement un registre post punk limite gothique qui ravira les amateurs du genre. Sombre, cet album l’est du début à la fin, ce qui n’est finalement pas surprenant pour un groupe vivant à Belfast, dont le passé regorge d’épisodes tous plus terrifiants les uns que les autres. Ceci dit, loin de verser dans l’auto-api-

H-Burns ‘Off The Map’ Quatrième album pour ce combo français qui pratique une pop-rock à haute teneur americana, campée au milieu du chemin sans grande originalité et sans surprise renversante. Le fait qu’il ait eu recours à Steve Albini pour l’enregistrement et le mixage du disque ne change pas grand-chose à l’affaire. Sur une structure traditionnelle guitare/ basse/batterie/claviers à laquelle viennent s’ajouter quelques agréables passages de cuivre (fournis par les mêmes musiciens que sur le dernier Wilco) se plaque un chant robuste mais peu enclin aux variations stylistiques. Aux ersatz importés, préférez les appellations d’origine garantie. (et)

Keiji Haino/Jim O’Rourke/ Oren Ambarchi ‘ Now while it’s still warm the us pour in all the mystery’ Black Truffle Records

L’été dernier, nous évoquions la sortie de l’album ‘Nazoranai’ voyait revenir Keiji Haino aux côtés de Oren Ambarchi et Stephen O’Malley. Fidèle à lui-même, Haino éructait et marmonnait ses apostrophes existentialistes difficilement traduisibles tandis qu’il cisaillait les cordes de sa guitare avec l’abandon qu’on lui connaît. Avec Jim O’Rourke, la combinaison est un rien plus rock, elle se donne même des airs de fête à certains endroits. Pas étonnant dès lors qu’il s’agit ici de l’enregistrement live d’un concert donné à Tokyo. Haino éructe et marmonne toujours ses apostrophes existentialistes difficilement traduisibles. Il joue aussi de la flûte. Comme dans tout ce qu’il fait, l’assemblage tient à la fois de la construction et de la déconstruction sans qu’il soit aisé de faire la part respective entre les deux. (et)

Heartless Bastards ‘Arrow’ Par tisan Records

Austin, grosses cylindrées, moustaches et favoris: on dirait le Sud, celui des cranes de buffles, des vestes en jeans aux manches coupées, ce-

lui de Molly Hatchett. Sauf que les bâtards sans cœur comptent sur un leader doté d’un gêne XX en la personne d’Erika Wennerstrom, dotée de tous les graves et rocailleux atouts vocaux pour tracer une route épique ou chasser le bison carquois au dos et ce quatrième album sous le bras. Si ‘The Arrow Killed The Beast’, ballade tonnante et oscillante, ne dépareillerait pas aux côtés de ‘Jimmy’ dans le répertoire évocateur de Moriarty, et si ‘Low Low Low’ son banjo feraient de jolies perles au cou d’Alela Diane, il s’agit également d’un exercice burné : faire hurler les riffs, poser le poing sur le zinc, montrer qu’on en a. ‘Got To Have Rock And Roll’ a tout de ces hymnes qui font s’entrechoquer les bières et sortir Clint Eastwood de son embuscade et « Near the valley of the rio grande/ I need a little bit of whiskey and a little bit of time », phrase accrochée tout en haut de ‘Parted Ways’ nous démontre qu’il sera libre et sauvage, le chemin jusqu’au foyer, jusqu’à la nuit à la belle étoile. (alr)

Jimi Hendrix ‘People, Hell And Angels’ Sony

Un autocollant placardé sur la pochette de ‘People, Hell And Angels’ laisse entendre qu’il s’agit d’un nouvel album du grand Jimi. Plus de quarante ans après sa mort, il serait à priori surprenant que l’on ait comme par miracle découvert, dans un tiroir, un album oublié du grand artiste. Histoire d’éviter de donner de faux espoirs aux fans hardcore de Hendrix, précisons que cette nouvelle sortie n’est pas un album inédit en tant que tel, mais bien plutôt une collection de douze titres enregistrés entre 68 et 69, lesquels constituaient les bases de ce qu’aurait pu être le successeur de ‘Electric Ladyland’. Si plusieurs morceaux ont déjà figuré sur des diverses compilations et autres coffrets, les versions proposées ici sont inédites, ce qui constitue en soi un événement. Entouré sur pas mal de morceaux par Billy Cox et Buddy Miles, Hendrix apparaît ici au sommet de sa forme, notamment sur des version bien allumées de ‘Let me move you’ et ‘Hear my train a coming’. De manière générale, les titres sont assez dépouillés, ce qui leur va à ravir, comme en témoigne l’excellente version de ‘Earth blues’. On est également heureux de se voir gratifier de versions assez brutes et directes de perles comme ‘Easy blues’ et ‘Bleeding heart’ tandis que les afficionados se régaleront à l’écoute du très funky ‘Izabella’ ou de ‘Inside out’, qui allait donner naissance au mythique ‘Ezy rider’. En bref, voilà une sortie qui est assurément digne d’intérêt pour les fans. Quant aux novices, on leur conseillera plutôt de se tourner vers les ‘vrais’ albums pour approcher l’œuvre d’Hendrix. (pf)

Robin Hitchcock ‘Love From London’ Yeproc Records/V2

« You wanna get high but you don’t know just why! » Sexagénaire suspendu ad vitam à une


BO ZAR 03.04 04.04 06.04 09.04 10.04 10.04 12.04 13.04 13.04 14.04 14.04 17.04 18.04 18.04 20.04 22.04 28.04 30.05 03.06

30.04.2013

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Earteam Bachar Mar-Khalifé ‘Who’s Gonna Get The Ball From Behind The Wall Of The Garden Today ?’ InFiné

Parfois, en écoutant un disque, on se surprend à trouver une vraie influence consanguine. Rarement, on aura vu aussi juste. Au premier passage sur la platine, vierge de toute biographie, un nom s’impose : Aufgang. Pour ce mélange si singulier entre piano classique, musique électronique et, ici, traditions moyen-orientales. Si l’on avait retenu le nom de Francesco Tristano, on avait oublié qu’Aufgang, c’était aussi Rami Khalifé, frère de Bachar. Puisque bon sang ne saurait mentir, il devient facile d’écrire que ‘Who’s Gonna Get The Ball From Behind…’ dresse précisément le pont entre l’univers classico-électronique vaguement angoissant du frangin (l’omniprésence parfois opaque du piano : ‘Mirror Moon’, ‘Progeria (Solo Version)’) et le Liban (leurs racines, le père était un joueur d’oud renommé avant de s’installer en France en 1989) ou le monde arabe. D’une liberté musicale et textuelle impressionnante (rarement des genres aussi divers se seront aussi bien mariés : ‘Machins Choses’ repris à Gainsbourg est plutôt incroyable ; ‘Marea Negra’ était la chanson de la révolte du Printemps Arabe, écrite par le poète syrien Ibrahim Qashoush, retrouvé mort la gorge coupée et les cordes vocales déchirées après avoir pondu l’hymne rebelle ‘It’s Time For You To Go Bachar’ à l’attention d’al-Assad ; ‘Xerîbî’, faite d’exil et d’espoir, est l’œuvre d’un songwriter kurde maudit), ce disque résonnera longtemps chez qui sait l’entendre. (lg)

stratosphère où volètent coucous, colibris, Rémi Bricka, la luette de Marc Bolan et l’aura sidérale de ce cher Syd, Robyn Hitchcock fait partie de ces doux-dingues insolites qui envers et contre les années continuent à ouvrir abondamment les fenêtres de l’esprit pour laisser s’échapper leur songwriting à la démence rieuse. Il n’est pas rare de voir de tels énergumènes faire apparaître des souris bicéphales dans leurs manches, verser dans une mystique ou deux ou semer des ingrédients biscornus comme des coussins péteurs (« Ain’t no Kronar in your pants/Must have blown it in the doorway on those sugar-coated ants »). Marionnettistes ou fakirs, leurs groupes (ici The Soft Boys et The Egyptians) sont autant de véhicules de morceaux-pantomimes, de comètes qui risquent de tomber tôt ou tard dans le vortex de la mémoire. À moins que vous ne risquiez une cuiller ou deux dans cette jelly so british so eccentric! (alr)

Inc. ‘No World’ 4AD/Beggars.

Autrefois Teen Inc (« mais tu vois, même Justin a un jour quitté le Mickey Mouse Club ! ») et les deux mains plongées dans un funk qui fleurait fort les années 80, les frérots Aged affichent à présent un r’n’b dégraissé, lisse et frigorifique, parfait pour végéter alangui en pyjama de satin sur un(e) pouf. Lénifiant ? Autant qu’imaginer l’un de ces deux bellâtres garnir ses épaules mâles de plumes noires ou blanches (so chic, so goth, so hype : « black wings on her back for life / into her skin with the ink and a knife ») et déployer une exaltation bien cadenassée pour accompagner l’objet de son inspiration au bord de l’ondée (« take me to the river and I’ll be your angel ») ou monter une armée de casqués prêts à l’emploi (« I was born to be your soldier / Make all my brothers all your warriors »). Un effort ? C’est aussi inoffensif qu’un gargarisme, ça rend les dents incolores, et à force de répétition, tu en oublierais presque que tu es passé par là. (alr)

Julia Kent ‘Character’ Leaf

Violoncelliste confirmée et talentueuse, Julia Kent pourvoit aux services de nombreux musiciens comme Devendra Banhart ou groupes tels Angels of Light et Parallel 41. Après avoir officié au sein de Rasputina, c’est avec Antony and the Johnsons qu’elle s’est faite remarquer. ‘Character’est le troisième album solo de cette canadienne originaire de Vancouver. Entièrement instrumental, il la voit évoluer vers des rivages plus accessibles que ne l’étaient ceux ponctuant son premier album ‘Delay’basé sur des boucles. Des accords simples s’articulent autour de phrasés parfois répétitifs, par-

fois évanescents. Cette musique pourrait sans difficulté servir le cinéma ou le documentaire télévisé mais elle existe d’abord pour et par ellemême. Gracieuse dans son dépouillement, luxuriante dans son indigence. (et)

Kingcrow ‘In Crescendo’ Sensor y

Après avoir débuté dans un registre purement métal, ce sextet italien a peu à peu intégré des influences prog pour finalement évoluer désormais dans un registre (néo) prog rappelant parfois Porcupine Tree, ce qui lui convient particulièrement bien. Si ‘Right before’, qui ouvre l’album, témoigne de la culture métal qui a nourri Kingscrow à ses débuts, la suite du disque opère une rupture assez marquée, mettant en avant des compositions atmosphériques riches au niveau des structures et des ambiances (la part belle au prog), mais qui lorgnent également parfois aussi du côté du jazz fusion ou du psyché. Ce qui impressionne directement, c’est la virtuosité des musiciens : des monstres sur le plan technique. En même temps, et c’est là que réside sans doute la principale qualité du groupe, la technique n’est jamais un but en soi mais demeure uniquement déployée au service des morceaux, de sorte que l’ensemble sonne épique et grandiose sans être pompeux. A la première écoute, cet album pourrait sembler un peu abstrait, ce qui est dû à des structures complexes aux circonvolutions parfois impalpables. Ceci dit, l’ensemble révèle son charme et sa beauté au fil des écoutes et il est fort probable que vous serez hanté par des morceaux comme ‘In crescendo’ ou ‘The drowning line’. (pf)

The Kingsbury Manx ‘Bronze Age’ Odessa Records

Cela fait maintenant plus de dix ans que Kingsbury Manx délivre inlassablement de magnifiques albums dans la discrétion la plus généralisée. Touché par la grâce d’une Muse délaissée qui leur est entièrement dévouée, Kingsbury Manx est une recette qui marche et qui ne changera pas, pour le plus grand plaisir de leur trop rare public. Leur psyché feutrée, de celle qui souffle sur des landes chatouillées par la brume, gagne à chaque album en amplitude, en variations, en colorations diverses. Et surprend l’auditeur fidèle, à l’occasion (‘Future Hunters’, ‘Custer’s Last’, aux impulsions plus rock). A l’image des huiles paysagistes qui ponctuent chacune de leurs sorties, ‘Bronze Age’ est tout entier pénétré de cette force

tranquille, pastorale et païenne. Toujours soutenu par ce beau chant vagabond, le groupe demeure une invitation à l’excursion : ballades automnales (‘Handsprings’, ‘Concubine’, merveilleux), escapades aventureuses (‘How Things Are Done’ et son développement épique) et courses effrénées sous les étoiles (le space-rock ‘In The Catacombs’). Il demeure chez eux une absence totale d’effet de mode, malgré une utilisation plus manifeste de minimoog, wurlitzer et autre orgues Hammond. A croire que les Kingsbury Manx se sont un jour enfermés dans un gîte pour y enregistrer leurs albums et ne plus jamais en sortir. Bottes au pied et parka sur les épaules, je suis prêt à braver le lichen et la tourbe pour les y retrouver. Et chanter avec eux, loin du craquement du monde. (ab)

Fela Kuti ‘The Best Of The Black President 2’ Knit ting Factor y Records/Pias

Sauf aux puceaux, on ne présente plus Fela Kuti. D’ailleurs, et c’est un tort, on ne l’écoute plus vraiment non plus, trop occupé à se remettre des énormes compilations d’afrobeat seventies qui sortent chaque mois. Il semble qu’à l’époque, au Nigéria, on naissait saxo à la bouche et guitare électrique à la main. Devant ce vivier inépuisable, longtemps, on n’a vu que lui, le Black President, l’alchimiste de génie qui prit au jazz, au funk, au rock et aux traditions (le fameux highlife) de quoi créer ce style unique dont tant s’inspirèrent, donc, et dont beaucoup se réclament encore aujourd’hui, de Jungle By Night aux excellents Fanga et Maâlem Abdallah Guinéa (il faut à ce titre se précipiter sur leur récent album ‘Fangnawa Experience’). Au-delà des débuts avec Africa 70, de la naissance de l’afrobeat et du groove titanesque de morceaux sans fin (aucun ici ne descend sous les dix minutes), c’est aussi l’existence tumultueuse de Fela Kuti qu’on retient : son militantisme à la Black Panthers, son engagement contre les exactions, la dictature, le pouvoir des multinationales pétrolières, ses rapports houleux à la drogue (on raconte que les flics auraient planqué un joint sur

lui pour l’arrêter mais qu’il aurait réussi à avaler l’affaire et qu’on l’aurait ensuite tabassé jusqu’à ce que le bazar ressorte par les voies naturelles – si vous passez à table… – d’où le titre du morceau ‘Expensive Shit’), son exil, son retour, sa mort du sida en 1997. Depuis, comme tout le monde le sait, son fils, Femi Kuti, a repris le flambeau et s’en sort mieux que, au hasard, James McCartney. (lg)

Lady ‘Self-Titled’ Truth & Soul/V2

Get Ready! Meet them at the movies! Tammi Terrell a deux sœurettes qui ne feront pas tapisserie, Tammi Terrell a deux cousines qui savent ce que signifie soul du jour à la mode d’antan, deux amies qui n’ont pas froid au sang, encore moins aux cordes vocales. C’est Stax ou Motown que Nicole et Terri élisent comme gloss, c’est Missy Elliott la fée-marraine chez qui l’une d’entre elles a fait ses gammes, c’est l’Angleterre le berceau velouté de leur groove. Leur bon ‘Karma’ représente toute la soie sauvage dont elles drapent leurs épaules, les bluettes sucrées 60’s les perles dont elles garnissent leurs lobes. Leurs mères sont des femmes dignes d’être célébrées, et pas vénales pour un sou elles ne veulent pas qu’on les aime pour leur ‘Money’. Mais ‘If You Wanna Be (Their) Man’, il s’agira d’assurer : tu as deux filles à forte individualité prêtes à t’écharper si tu ne te montres pas réglo. On serait toi, on prévoirait d’office deux bouquets, une boîte kingsize de chocolats au brandy, un tuxedo blanc et des robes en lamé argenté pour sortir ces ladies. (alr)

Lisa Leblanc ‘Lisa Leblanc’ Tôt ou Tard/Pias

On croyait presqu’à un répit, une trêve, un lever de drapeau blanc. Depuis Linda Lemay et Cœur de Pirate, c’est naïvement qu’on pensait que le Québec nous avait oubliés dans son dernier catapultage de chanteuses à voix et personnalité. Elle a beau ne pas posséder de chien, de chat, d’chum, il est massif, le tempérament incarné dans la rouspéteuse Linda Leblanc. Greasy depuis le marcel et les biceps jusqu’à l’accent à sectionner au coupe-coupe («J’ai pas d’belt avec un fusil but j’ai un beau coat de cuir/ Avec des franges sur les manches pour que ça seille crédible »), on hésiterait presque à l’appeler Mademoiselle. Ça sent le folk recuit avec la platée d’haricots sur un demi-tonneau renversé, mais quand elle braille plus en sourdine on se sentirait juste un zeste d’empathie pour cette Diane Dufresnette à banjo qui déballe franco toute la marchandise, prépare des Miracoli aux chandelles, et a bien le droit à des états d’âme, fussent-ils débités comme du bacon. (alr)


Earteam

27 TOO TANGLED

28.03 AB - Bruxelles

TEEN

29.03 De Snuffel - Bruges 05.04 Beursschouwburg - Bruxelles

Moddi ‘Set The House On Fire’

BALMORHEA

Propeller Recordings/V2

30.03 Arenbergschouwburg - Anvers 31.03 Dunkfestival - Zottegem

L’idée d’un fjord. L’idée d’une maison au bord d’un fjord. Quelqu’un y demeure reclus du monde, compose des bouts de mélodies avec pour seul champ de vision des cailloux et la surface étale, grise et grisante de la mer. Un jour les volets s’ouvrent, la lumière rentre, les chansons s’envolent. Dans cette histoire, Pal Moddi Knutsen pourrait s’inscrire. Après un premier album très remarqué dans son pays, ‘Floriography’ , Moddi s’est épuisé en donnant corps et âme plus de 250 concerts qui l’ont laissé amer et fatigué. Ce disque est la manifestation d’une rémission salutaire et éclairée. Retranché dans une cabine douche désaffectée d’un dortoir universitaire, Moddi a composé à la faveur d’un son qu’il qualifie de galactique une dizaine de chansons magnifiquement balancées et tempérées. Au centre, il y a sa voix, à la fois terreuse et aquatique. Autour, gravitent celle de quelques invités, des cordes, des rythmes légers et sussurés. Il y a trois ans, le combo légendaire norvégien A-ha, investissait en lui le prix d’une bourse destinée à promouvoir la musique nationale. A bon escient, Moddi mérite amplement de sortir des frontières de son pays et de se faire connaître au monde. (et)

Main Attrakionz ‘Bossalinis & Fooliyones’ Young One Records/Pias

Planqués sous le capot de Main Attrakionz, Squadda B et Mondre M.A.N. foncent à travers les décors tropicaux du rap West Coast. Depuis la Californie, les deux gaillards dressent le portait de ‘Bossalinis & Fooliyones’, un premier album pas vraiment déméritant, mais jamais totalement excitant. Obsédé par les feuilles vertes et les substances narcotiques, le duo balance un rap légèrement intoxiqué et, à l’occasion, complètement camé. Bonne fréquentation. Mais à petites doses. (na)

Marble Sounds ‘Dear Me Look Up’ Zeal Records/Konkurrent

Encore un des mystères de la ligne Maginot, nous étions peu au fait de l’existence de ce groupe flamand, pourtant déjà responsable d’un premier album bien considéré, et comptant notamment en ses rangs Gianni Marzo (Isbells). À raison d’une mise en appétit au banjo et de rayonnante luxuriance pop, on ne se privera donc guère de célébrer ‘The Summer of The Sun’ plus amplement qu’à l’indienne. D’autant que Pieter Van Dessel sait garder son songwriting en émoi sous les étreintes de Chantal Acda et Aino Vehmasto (The Secret Love Parade), et honorer des noms qui nous sont chers. Si ‘Nice is good’ bénéficiait de la présence vocale de Robert Pollard (Guided by Voices), il nous sertit ici ‘Ship In The Sand’, tranche crue de solitude de Sophia confinée dans les méandres de notre post-adolescence : en remettant à nu la force candide du texte de Robin ProperSheppard («but always waking up alone /just makes me want to die»), la version, proche de la ritournelle, s’avère poignante. « I prefer low expectations » : et nous de lui donner tort : on s’attend à un assentiment par pléthore d’oreilles pour ce disque au relief duveteux, parfois un peu accessible dans sa délicatesse mais assurément attendrissant. Et entre nous, un groupe qui apprivoise ‘Bette Davis Eyes’ ne mérite-t-il pas qu’on fonde un peu ? « Sure I can leave a light on for you » ! (alr)

Johnny Marr ‘The Messenger’ Warner Bros/Rough Trade

Johnny Marr, un nom qui fait toujours vibrer la corde sensible des quadras rétromaniaco-dépressifs. Et même s’il n’a plus rien produit depuis 2003 et ‘Boomslang’, le mancunien est toujours considéré comme le « Johnny national » outre-Manche, un Intouchable de la Telecaster. Et effectivement, à l’écoute de cette première véritable offrande solo, un constat

s’impose d’emblée : Marr reste l’un des plus brillants guitaristes actuels, capable de revisiter en douze titres toute l’histoire de la britpop et de transcender n’importe quelle mélodie avec ses arpèges éthérés (‘Word Starts Attack’ ou ‘New Town Velocity’). Mais au Grand Bazar de la nostalgie, ‘The Messenger’ déballe surtout une panoplie de morceaux immédiatement familiers qui s’enfilent comme de vieux polos Fred Perry. Sans contrefaçon, mais sans la moindre prise de risque non plus. Le plus souvent écrasées par la batterie ou noyées par la production, les compositions remplies de bonnes intentions pop-rock perdent rapidement tout intérêt tant les inflexions vocales sont d’une linéarité consternante. Il n’est évidemment pas question de comparer l’organe de Johnny Marr à celui de son alter Ego au sein des Smiths. qu’on ne s’y trompe pas, Marr est encore moins doué vocalement que ne l’est Barney Sumner, un autre de ses compagnons d’errance. Contrairement à un Graham Coxon dont la production à l’arrache avait transcendé le dernier album solo, ce comeback de Johnny Marr ne résistera pas longtemps à une critique objective. La cellule de reconversion pour guitaristes anglais abandonnés a encore de beaux jours devant elle. (gle)

Steve Mason ‘Monkey Minds In The Devil’s Time’ Double Six Records/V2

Depuis son départ de Beta Band en 2004, Steve Mason avait posé sur son visage tourmenté les masques de King Biscuit Time et Black Affair avant de revenir à son identité propre en 2010 pour ‘Boys Outside’, sans cesser d’être taxé, tenace mais incontestable étiquette, de « songwriter maniaco-dépressif ». ‘Monkey Minds In The Devil’s Time’ (cerveaux simiesques en référence à ceux qui sont incapables de fixer longuement leur attention, déformés par une société de l’hyperlien) ne contredit pas son titre et les multiples incarnations de son auteur et nous offre, le doigt sur la télécommande, une collection pléthorique, hantée et bigrement hétéroclite de tracks, assemblage de neuf morceaux enregistrés avec Dan Carey (producteur de Bat for Lashes, Toy ou Emiliana Torrini) et de onze pièces bricolées. On trouvera ici des esquisses de field recording (‘The Old Problem’ , ses mouettes et son spoken word rauque, ‘Fly Over’ et son musicien de rue malhabile), des basses funk (‘Safe Population’, ‘Fire !’), de la cumbia (‘The Last Of The Heroes’ jamais loin de Skip & Die), de l’electro-soul (‘Towers Of Power’) et du gospel (‘Seen It All Before’), des invectives hip hop (‘More Money, More Fire’). Quand notre cerveau, ultra-sollicité par autant d’impulsions voudra mettre le holà et dégorger le surplus, restera encore, terre de re-

SX

30.03 Instant Karma - Ostende 19.04 Muziekodroom - Hasselt 08.05 AB - Bruxelles

KISS THE ANUS OF A BLACK CAT

05.04 CC Maasmechelen - Maasmechelen 25.05 Geckofest - Merchtem

LISA GERMANO + A HAWK AND A HACKSAW

09.04 Handelsbeurs - Gand

pos, ‘A Lot Of Love’, impeccable ballade au piano diablement mélo. Ouf ! (alr)

Jimbo Mathus & The Tri-State Coalition ‘White Buffalo’ Fat Possum Records/Pias

A huit ans, Jimbo Mathus maniait déjà le banjo avec adresse. A quinze ans, il jouait aussi bien de la guitare que du piano tandis qu’il se mettra par après au chant pour devenir un compositeur avéré. Plus tard, il fondera le combo Squirrel Nut Zippers qui se dissoudra dans d’âpres batailles judiciaires. Originaire da la même ville que son label Fat Possum, Oxford Mississippi, il propose ici, avec une nouvelle formation, une musique mi-country, mi-blues du delta en totale adéquation avec celle habituellement proposée par le catalogue da sa maison de disques. C’est bien du grand Sud américain dont il est question ici et de rien d’autre. (et)

Dawn McCarthy & Bonnie ‘Prince’ Billy ‘What The Brothers Sang’ Domino/V2

ANIKA

12.04 4AD - Diksmuide 13.04 Magasin 4 - Bruxelles

MARISSA NADLER

14.04 Homeplugged - Bruxelles

KING KRULE

18.04 Trix - Anvers

BUKE & GASE

20.04 Trefpunt - Gand

MARCO Z

20.04 28.04 04.05 04.05 18.05 29.06 30.08

Emotions - Bilzen Handelsbeurs - Gand Wild In ‘t Park - Herent Putrock - Beringen Straatfeesten - Kalmthout Hee Tervuren - Tervuren Marktrock - Poperinge

K-X-P

03.05 L’Entrepôt - Arlon 04.05 4AD - Diksmuide

GIRLS AGAINST BOYS

Deuxième collaboration entre Dawn McCarthy et Bonnie ‘Prince’ Billy, ‘What the Broihers Sang’ se veut un hommage aux Everly Brothers, il est toutefois bien plus qu’une simple évocation des plus belles heures du folk made in the USA. Comme on pouvait s’y attendre avec Will Oldham, les treize reprises jalonnent le parcours d’un certain degré de personnalisation à la fois dans l’esprit de BPB et ses auteurs (en vrac, Kris Kristofferson, Carole King et bien sûr, à quatre reprises, Don Everly). Parfois, ça groove même à fond les ballons, et ça fait un rude bien (‘Milk Train’), à une occasion, ça rocke les miches dans le bayou (‘Somebody To Help Me’, fascinant mix entre le Spencer Davis Group et les New Pornographers) et le reste du temps, la voix de velours de M. Oldham caresse plus que jamais les écoutilles. Toutefois, même si l’on sent toujours la patte d’un des plus grands artisans de la folk music d’outre-Atlantique, une certaine lassitude pointe le bout de son nez en plusieurs instants, d’autant que le rôle de Dawn McCarthy, dans l’ombre, manque du relief qu’une voix féminine aurait pu apporter à l’ensemble. Dommage. (fv)

05.05 Les Nuits Botanique - Bruxelles

Erin Mckeown

09.05 Les Nuits Botanique - Bruxelles

‘Manifestra’ / ‘Civics’ Tvp Records/Ber tus

Manifestra? Elle lève un poing, ou les deux. Sans trop de vocifération ni porte-voix. On se dit qu’elle se bat très certainement pour plus de justice, les droits civiques, plus de reconnaissance des femmes (« Kings will fall, queens will rule /

LUMERIANS

05.05 Les Nuits Botanique - Bruxelles 11.05 Trix - Anvers

CHELSEA WOLFE

06.05 Trix - Anvers 08.05 4AD - Diksmuide

JUNIP

08.05 Les Nuits Botanique - Bruxelles

DARK DARK DARK + NORTH AMERICA

08.05 Cactus Club - Bruges 13.05 Trix - Anvers

PHOSPHORESCENT + WOODS

09.05 Les Nuits Botanique - Bruxelles

ÓLAFUR ARNALDS + VALGEIR SIGURÐSSON + WILL SAMSON more concerts : www.toutpartout.be Independent since 1994 Toutpartout agency Labelman Nieuwpoort 18 9000 Gand - Belgium Phone: +32 (0)9 233 06 02 infoNL@toutpartout.be www.toutpartout.be


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Earteam Piano Club ‘Colore’ JauneOrange/Pias

Il faut bien l’avouer, on n’écoute pas Hollywood Porn Stars tous les matins et la perspective de s’enfiler une nouvelle galette d’Anthony Sinatra n’excite, à priori, qu’une grosse dizaine de gamines non nubiles et trois apprentis bouchers. La vérité, c’est qu’une fois qu’on est arrivé au bout de ‘Colore’ (une spécialité chez… JauneOrange, souvenez-vous du très bon EP ‘Put Some Colors’ de… Pale Grey dont l’attendu premier album sort ce mois-ci), on se retrouve un peu con : vraiment, dans le genre pop avec sunshine, on n’attendait pas les Liégeois à ce niveau. Quasiment rien à jeter, des refrains qui sentent bon la vanille, qui débordent de synthés un peu cheap, qui se retiennent en moins de deux, qui n’énervent pas au bout de quatre. On parie qu’on entendra beaucoup Piano Club cet été et tant mieux. Le plus fort, c’est que cet album ne s’essouffle pas au bout de trois morceaux bien emballés (les excellent ‘Me & Myself’ et ‘Ain’t No Mountain High’, piste 2 et 3) ; dans sa deuxième partie, moins évidente, il enfonce le clou et sonne, parfois, quasiment comme du Metronomy (‘Wylem’, ‘On The Wagon’) ou nous refait carrément le coup de Kraftwerk avec ‘The Model’, torcher un titre à la fois minimal, groovy et mélancolique : ‘Sweet Sensation’. Balèze. (lg)

From the forge comes a tool »), un quota de diffusion de jazz et de folk standards dans les restaurants vegan, la paix dans le monde. Que c’est louable, oh oui, mais qu’elle cherche les coupables en peignoir et pantoufles, qu’elle a beau murmurer pour attirer sur elle toute la puissance divine (« day, give me the strength of a thousand beams /Every day, carry me and lift me and hold me »), la foudre révolutionnaire tombe à côté, immanquablement. Bien sûr pas sur Axelle Red, ou Renaud mais sur les Colette Magny et les Violeta Parra encore à jaillir, sur les ferments semés par Woody Guthrie, sur les voix anonymes qui n’envahiront pas les ondes mais remueront les tripes à leur portée. En attendant, je ne lève guère un poing, alors les deux…(alr)

The Men ‘New Moon’ Sacred Bones/Konkurrent

Le cas The Men est problématique. Fin 2011, le groupe new-yorkais allumait la mèche d’un rock noisy et hargneux, rehaussé de coups de tonnerre hardcore hérité de la scène de Washington DC. L’album ‘Leave Home’nous a retourné le cervelet et laissé sans voix, complètement hagard. Un an plus tard, changement de line-up et réappropriation des codes grunge : le disque ‘Open Your Heart’crachait ses riffs sur la tombe de Kurt Cobain. C’était sale et puissant, mais nettement moins excitant. Après un nouveau remaniement de personnel, The Men célèbre aujourd’hui la sortie de ‘New Moon’, des santiags aux pieds et un Stetson sur la tête. Quand un bon groupe de noise s’obstine à chatouiller la country, on se retrouve face à un cas de figure un peu déconcertant... Au démarrage, on a l’impression d’écouter cinq branleurs bêler du Neil Young pour tous les hiboux d’Amérique du Nord. En milieu de parcours, The Men passe à la vitesse supérieure. La musique prend alors des allures de Built To Spill gonflé à la créatine. En bout de course, les mecs retrouvent la gnaque et une certaine envie de bien faire (du bruit). Au final, ‘New Moon’ ’est pas un mauvais disque, mais il dilue un peu plus encore l’identité d’un groupe méchamment schizophréne, dangereusement constant sur la pente de la régression. (na)

Mice Parade ‘Candela’ FatCat Records

Au sein de son projet anagramme Mice Parade, Adam Pierce s’est toujours ingénié à se jouer de faisceaux a priori contradictoires - post-rock, musiques latino, afro-jazz, folktronica - pour en sculpter une œuvre tortueuse et singulière. Une manière élégante pour le new-yorkais de régénérer son songwriting et de sortir du ghetto postrock dans lequel il risquait d’être confiné. Ce nouvel album s’inscrit parfaitement dans cette trajectoire musicale. Hybridation des genres, télés-

copage d’ambiances, kaléidoscope de rythmes, Pierce joue à l’alchimiste et injecte une dose de pop dans sa potion magique. Dès l’ouverture, cette évidence pop surgit au milieu du blizzard shoegaze (‘Listen Hear Glide Dear’). Et le disque s’engage alors pour un voyage en terra incognita dont le guide lui-même ignore la destination finale. Parmi les escales indispensables, ‘Currents’ qui mixe les percussions à l’avant-plan en contrepoint de folles distorsions et de la voix de petite souris de Caroline Lufkin (Temporary Residence). Ou encore ‘The Chill House’ avec ses cordes aussi pincées qu’elles en deviennent presque orientalisantes pendant que le souffle de l’ampli en arrière-plan balaie une plaine imaginaire. Ce n’est qu’à l’arrivée (‘Warm Hand In Narnia’) que l’on comprend que tout ça n’était peut-être qu’une heroic fantasy…Disque plus sensuel que cérébral, ‘Candela’ prouve en tout cas qu’une discographie peut, sans jamais s’embarrasser de fil conducteur, gagner toujours davantage en cohérence et en qualité. (gle)

Mop Mop ‘Isle Of Magic’ Agogo Records

Mop Mop est né de l’imagination et du travail d’Andrea Benini, musicien multi instrumentaliste et producteur italien établi à Berlin. Sous sa houlette, ce combo à géométrie variable réunit de nombreux musiciens venus d’un peu partout, jusqu’à une quinzaine sur cet album dont le vénérable tromboniste Fred Wesley et le poète/chanteur Anthony Joseph. Ils se sont fait connaître en composant la bande son du film de Woody Allen ‘To Rome With Love’. Mop Mop pratique une musique haute en couleurs chaudes et chatoyantes, empruntant aux palettes jazz, funk, afro et latino. ‘Isle Of Magic’ se voudrait un lieu utopique et idyllique peuplé de musiciens passant leur temps à jouer, cuisiner et s’adonnant aux rites vaudou une fois la nuit tombée. Plus prosaïquement l’album s’écoute à la façon dont on parcourrait une collections de décalcomanies de paysages exotiques. Des territoires incertains, sis quelque part entre l’Amérique Latine et l’Afrique, à l’image de cette musique hybride mais tellement sexy. (et)

Nightlands ‘Oak Island’ Secretely Canadian/Konkurrent

« I’d like to invite you/for just a little while », ainsi vous accueille-t-on, d’emblée, sans l’ombre d’une hésitation. Free Hugs par milliers, colliers de fleurs en cascade. Imaginez des hippies, lassés des frasques de Nixon, partis s’isoler début 70 sur une île aux chênes centenaires, en autarcie, une collectivité qui n’aurait connu ni le 11 septembre, ni la crise, ni

les conclaves, ni Facebook, mais dont les jamborées autour du feu auraient évolué, naturellement, vers une musique plus électronique, un psychédélisme éthéré à la Kingsbury Manx ou hérité d’’Obscured By Clouds’ traité par des synthétiseurs pluggés à même la terre, mûs par une énergie renouvelable encore inconnue. Porté au centre d’un cercle bienveillant, des centaines de doigts vous touchent du bout des yeux, vous déshabillent d’un sourire. Parfums. Vapeurs. Vous vous laissez tomber, aussi léger qu’un paréo, porté par ces baisers d’alevins, picotements tactiles et rieurs qui vous courent sur la peau, slaloment entre vos poils qui se dressent. Totale confiance. Plénitude infinie. Dave Hartley, Roi de l’Île du Chêne, loin de sa ‘War On Drugs’ qui fait rage sur le Continent, ne cherche même pas à transformer ses mélodies en chansons. Il préfère le flux, perpétuel, et fait jaillir du sol un ruisseau musical charriant des voix cristallines qui chantent la forêt et le sable, les étoiles et la terre, qui chantent les dieux, les gouttes et les cailloux. Après une nuit d’amour (rien que vous, le Cosmos et les indigènes de l’Île du Chêne), vous les quittez, partagé entre la nostalgie, déjà, de ces êtres purs et blancs et un certain soulagement de retourner à la civilisation, tandis que dans votre nuque soudain fraîche, sur l’Île, la Fête continue à jamais. (ab)

OMD ‘English Electric’ BMG

Après avoir complètement disparu des radars durant quinze ans, OMD nous était revenu en 2011 pour un nouvel album aussi inattendu que réussi, lequel avait ravi les fans tout en s’attirant les bonnes grâces d’une presse au départ circonspecte. Dans la foulée, le groupe s’est lancé dans une tournée dont le franc succès semble avoir été une réelle source d’inspiration : ‘English Electric’ est un disque de très belle facture, supérieur à son prédécesseur au niveau de la cohérence, ne trahissant jamais le moindre moment de relâchement. Conçu comme une ode à la technologie, cette collection de douze titres met en avant des mélodies accrocheuses et des sonorités captivantes, associant le son que le groupe a toujours développé (arrangements électro pop subtils, une once de mélancolie) à un habillage contemporain rétro-futuriste. Entre les très kraftwerkien ‘Metroland’ et ‘Kissing the machine’, le très beau ‘Our system’ à l’ambiance à la fois glacée et touchante et les tubesque (et très 80s) ‘Decimal’ ou ‘Dresden’, OMD démontre que 35 ans de carrière n’ont nullement eu raison de sa créativité. (pf)

On An On ‘Give In’ Cit y Slang/Konkurrent

Quelques jours avant de pénétrer en studio pour donner naissance à cet album, On An On

n’existait pas. Le groupe américain doit seulement la vie au décès prématuré d’une autre formation, Scattered Trees. En surchauffe totale, cette dernière a implosé sur la route de son nouvel album. Seuls rescapés de l’aventure initiale, la chanteuse Alissa Ricci et les deux frères Harper (Jason et Baron) alimentent aujourd’hui l’album ‘Give In’. Produit par Dave Newfeld (Broken Social Scene, Super Furry Animals), ce disque inespéré transporte ses mélodies au pays des rêves bleus, entre stratosphère et thermosphère. Là-haut, la pop d’On An On rebondit sur les nuages et s’offre quelques hymnes contemplatifs (‘Ghosts’ou le magnifique ‘Cops’) avant de retomber les deux pieds sur terre. Où la réalité est nettement moins réjouissante. (na)

Pissed Jeans ‘Honeys’ Sub Pop

Groupe culte connu autant pour son rock refusant tout compromis que pour ses textes abordant les petites frustrations de la vie avec un humour décapant, Pissed Jeans vient sans doute de réaliser son meilleur album. Là où ses précédentes sorties avaient de quoi déstabiliser de par leur côté absurde et abscons, le petit nouveau met en avant dix titres à la structure palpable, bien que chaotique. Se situant à la croisée des chemins entre Jesus Lizard, Nirvana et les Melvins, le groupe affiche toujours autant de brio pour composer des titres abrasifs et dissonants, évoluant dans un registre « sludge punk hardcore grunge » radical, mais on sent pointer des ébauches de mélodies, ce qui ne fait pas de mal. En outre, jamais Matt Korvette n’aura été aussi inspiré au niveau des textes, eux qui traitent des sites de rencontre, de la misogynie ou des allergies au chat (oui, oui !) avec une dose d’humour noir absolument jubilatoire. Comme quoi on peut être hardcore et drôle. (pf)

Rainbow Arabia ‘F.M. Sushi’ Kompak t/News

Formé voici cinq ans, ce duo est composé de Danny et Tiffany Preston, unis sur scène comme à la ville. Ce qui frappe en premier, c’est le très beau timbre de voix de Tiffany évoquant par moments celui de Karin Dreijer Andersson (The Knife). Musicalement, nos deux tourtereaux proposent une électro pop audacieuse faisant la part belle à des sonorités rétro 80s mais qui va bien plus loin que les pâles tâcherons plagiant le Top50 de 1984 en pensant être géniaux. C’est


PRINTEMPS avril - MAI

JEU 04 AVR

CINE-CONCERT DESPERADO PAR BIKINI MACHINE + RHINOGRADES

VEN 05 AVR

VERNISSAGE DE FACE NORD PAR ALBER + PREMIERE LIGNE RICARD S.A. LIVE SESSION NAIVE NEW BEATERS + COLOURS IN THE STREET + LOLITO

JEU 11 AVR

SAM 13 AVR

LA NOCTURNE SKIP THE USE + LOUIS AGUILAR + PERSIAN RABBIT + OKAY MONDAY Place François Mitterrand - Lille

MER 17 AVR

RELEASE PARTY de PUCE MOMENT

SAM 20 AVR

CHILD BITE + KABUL GOLF CLUB + H.O.Z.

MER 24 AVR

AUFGANG + gouter-concert à 16h

JEU 25 AVR

SOSH AIME LES INROCKS LAB DEMI-FINALE NORD EST

VEN 26 AVR

!!! (chk chk chk) + GOOSE + SIZARR

JEU 02 MAI

JEAN-LOUIS MURAT + TITAN PARANO

VEN 03 MAI

OXMO PUCCINO + RAPSODIE

JEU 09 MAI

SHOWCASE DE TALISCO

month


30

Earteam L. Pierre ‘The Island Come True’ Melodic

Tranquillement planqué derrière son pseudo de L. Pierre (ou Lucky Pierre), Aidan Moffat – oui, le monsieur d’Arab Strap - s’offre une quatrième virée electronica en solitaire de la plus haute tenue. Attention, m’sieur dames, vous vouliez de la beauté en onze épisodes, vous allez être servis. Car oui, le présent disque est une démonstration absolue du collage en musique, largement au-delà de toutes les conventions formelles. Tel un astronaute en mission commandée dans un train fantôme piloté par Chris Watson, le quadragénaire écossais s’invite aux arrêts Giuseppe Ielasi, notamment sur le formidable ‘Sad Laugh’, et William Basinski, tout en ayant emmené une collection de vinyles à faire rougir le plus fanatique des collectionneurs. Derrière les craquements, on entend, entre voix de films rétro, souvenirs d’enfance et soundtracks romantiques, un savoir-faire hors du commun, pêché dans un océan riche en oppositions des plus magiques. L. Pierre en Ulysse qui a fait un beau voyage, on y croit. A fond. (fv)

que Rainbow Arabia génère un univers terriblement personnel et limite avant-gardiste : on relève ci et là des influences ethniques ainsi qu’un versant cinématographique. Si l’ensemble ultra catchy séduit instantanément, les écoutes successives permettent de relever une grande recherche au niveau des sonorités et des textures. Du début à la fin, ‘F.M. Sushi’ s’avère un délice pour les oreilles, depuis l’entêtant ‘Math quiz’ et le somptueux et aérien ‘Lacking risk’ jusqu’aux sonorités asiatiques du titre éponyme ou le côté ludique et obsédant de ‘Silence me’, sans oublier l’excellent instru baléarien ‘That iced tea’. Un grand album d’électro pop, original et addictif ! (pf)

Razen/Razen + Andrew Liles ‘Rope House Temper’ Kraak

Curieuse impression liminaire que celle de saisir un disque sans code barre, sans numéro de série et sans même mention d’un label ! Je dis chapeau. La paternité en revient à la formation Razen emmenée par Brecht Ameel et Kim Delcour. Musicalement, le disque se compose de petites vignettes essentiellement instrumentales qui fusent dans tous les sens sans s’inscrire dans un genre particulier. Bouzouki, flûtes, tablas, orgue de Barbarie, enregistreurs et bien d’autres choses encore constituent le matériau de base des compositions qui se révèlent à certains moments tout à fait à l’ouest. Le disque se termine par une longue fresque de près d’une demie heure intitulée ‘Aztek Vampire Riddles’où Razen partage le canevas avec l’Anglais Andrew Liles (collaborateur de Current 93 et de Nurse With Wound e.a). Art brut sonore, assurément. (et)

The Relatives ‘The Electric Word’ Yep Roc

Le rock religieux, aussi bon soit-il, me fait le même effet qu’un jingle de pub : je perçois le message, jusque dans le tramage même de la mélodie. Bien sûr, la tradition pentecôtiste s’est infiltrée chez nombre de musiciens soul et gospel (et non des moindres) et sa bonne parole est plutôt positive. Celle répandue par les Relatives ne manque d’ailleurs pas d’allant. Groupe éphémère des années 70 formé par le Révérend Gean West, les Relatives ont ressuscité (Alleluïa!) en 2009, suite à l’anthologie ‘Don’t Let Me Fall’ qui ressortait du tabernacle plusieurs sessions inédites du groupe. Encadré par Jim Eno de Spoon à la production, nos papys funky haranguent avec style et prêchent avec conviction, mais leur groove ne propose rien de fondamentalement novateur. Néanmoins, ‘Speak To Me (What’s Wrong With America)’ interpelle encore, quand bien même ses paroles datent de plus de trente ans, et ‘Bad Trip’ et ‘Revelations’ donnent furieusement envie, sinon de plonger dans les eaux baptismales, au moins de se lever

et danser au nom de l’amour de son prochain. Soyons clairs, ‘The Electric Word’ reste plus passionnant que la messe du dimanche à l’Eglise d’Outrelouxhe. (ab)

‘Revolution’. Ces quelques titres sont suffisants pour qu’on ne se brouille pas avec le groupe mais on lui donnera un bon conseil : « Back to basics’ » (pf)

Josh Rouse

Gaspard Royant

‘The Happiness Waltz’

‘Trilogie 45 T.’

Yep Roc/V2 Benelux

A Quick One Records

Difficile, voire impossible, de dire du mal d’un garçon comme Josh Rouse. Aucune provocation dans le discours, aucun excès dans la posture, l’auteur-compositeur-interprète originaire du Nebraska semble tracer son sillon sans se soucier d’alimenter son aura médiatique. L’homme est pourtant doté de certaines facilités en matière de composition : seize albums en quinze ans, excusez du peu…Sa livraison printanière s’intitule cette année ‘The Happiness Waltz’. Et à nouveau, rien qu’au regard du titre, on sent qu’il va être difficile de mettre la moindre goutte de vitriol dans cette chronique. Il n’y avait de toute façon aucune raison objective de le faire. Puisant son inspiration dans le soft-rock des 70’s, cet opus est l’œuvre d’un musicien qui maîtrise autant les ficelles de son art que celles de sa propre vie. Et l’album de couler des jours paisibles en parfait équilibre entre mélodies pop à la sauce californienne (‘It’s Good To Have You’), alt-country (‘Julie (Come Out Of The Rain)’) et un supplément soul qui transcende des textes inspirés par la simplicité d’un quotidien qu’on imagine radieux. Tout autant que de l’admiration pour une musique et une voix à l’élégance rare, c’est une forme de jalousie et d’envie pour la plénitude et la sérénité d’un homme qui nous ont saisi à la gorge. (gle)

Gaspard Royant est un artiste français. Il s’est toujours rêvé sous les étoiles américaines, mais dame nature en a voulu autrement : il chante au pays de Hollande. Qu’importe, le mec veut vivre son rêve américain. Dans un premier temps, il se laisse donc pousser les cheveux et la barbe comme un vieux chercheur d’or des rivières de l’El Dorado. Il vend son âme au diable, chante le blues et toute la musique qu’il aime (country, blues, bluegrass). Quelques années plus tard, le garçon se rase les poils et gomine sa crinière légendaire. L’homme troque son banjo contre un costume et une cravate : Gaspard Royant s’est métamorphosé en homme-cliché, rétro et touchant. Pour célébrer dignement sa mue, l’artiste publie une collection de trois 45 tours. Enregistrées, à Londres, par Liam Watson dans l’enceinte des mythiques studios Toe Rag, antre de grands albums rétro-jouissants (The Datsuns, Holly Golighly, The White Stripes), ces six chansons voient la vie en analogique et jurent fidélité aux préceptes édictés dans les sixties par quelques sommités (Roy Orbison, Del Shannon, etc.). Si tout cela est totalement anachronique, la musique de Gaspard Royant brille d’une saine passion. Authentique. (na)

Royal Republic ‘Save The Nation’ Roadrunner/Warner

L’évocation de la scène rock scandinave va souvent de pair avec des images cauchemardesques de groupes satanistes délivrant du speed métal apocalyptique. On aurait cependant tort de réduire le nord de l’Europe à ce type de productions vu qu’il a vu naître pas mal de formations garage/hard/punk, dont les Hives et les Hellacopters en tête. Moins médiatisé, Savage Republic n’en a pas moins sorti un premier album, ‘We are the royal’, qui avait fait plutôt bonne impression dans un registre rock garage bourré de riffs bien foutus et de refrains aguicheurs. On ne sera malheureusement pas aussi enthousiaste à l’écoute de son successeur qui voit le quatuor se ramollir méchamment, se faisant moins hard et cédant trop souvent à la facilité en remplissant son album de titres faciles et manquant de sel. On retrouve ici pas mal de morceaux dispensables car peu inspirés, dont l’évidence mélodique est souvent gâchée par une approche trop aseptisée. On ne jettera ceci dit pas le bébé avec l’eau du bain, ne fît-ce que pour la présence des bien rock et tubesques ‘Molotov’, ‘Everybody’s an astronaut’ ou ‘Save the nation’, le plus hardcore

The Rhythm Junks ‘Beaten Borders’ Universal/Gentle Recordings

Dans les années 90, le groupe Morphine bousculait discrètement le milieu du rock indépendant en faisant fi de la guitare pour la remplacer par un saxophone. Le résultat était élégant et ténébreux, mais prit fin brutalement quand son leader, Mark Sandman, s’écroula sur une scène à Turin, terrassé par un cœur fatigué. Si je vous raconte ça, c’est que d’une part il faut réécouter Morphine, et d’autre part parce que The Rhythm Junks, groupe du nord de la Belgique, s’est forgé sur un parti-pris similaire, l’harmonica de Steven De Bruyn en lieu et place du saxophone. Stylistiquement, leur rock atmosphérique se répondent, par delà les années qui les séparent (‘Dreamer, Dream On’, et son passage parlé typiquement Morphine), non sans une volonté americana plus marquée chez nos voisins flamands. ‘Beaten Borders’, entre blues rock au goût de tabac et sonorités spaghetti, raconte les plaines du midwest traversées par les attaques de train et les pluies diluviennes. Un dépaysement agréable, qui tranche avec le reste de la production néerlandophone. (ab)

Sally Shapiro ‘Somewhere Else’ Paper Bag Records/N.E.W.S.

Derrière ses airs d’innocents, la musique de Sally Shapiro se révèle, par instants, doucement entêtante - en dépit de ses quelques atours limite pupute vintage. Toujours marquées d’une italo disco passée à la moulinette d’Au Revoir Simone et de Lindstrøm, les influences du duo suédois laissent tantôt un souvenir impérissable, songeons à ‘I Dream With An Angel Tonight’ et ‘If It Doesn’t Rain’ qui mériteraient de devenir les tubes du printemps, mais aussi à la sympathique ritournelle ‘What Can I Do’ et sa flûte synthétique évadée tout droit d’un Casio 1985. Bien sûr, tout cela ne fait pas avancer le cours des choses d’un poil mais, de temps à autre, ça fait du bien de se laisser porter par les souvenirs fugaces d’une époque entre Valerie Dore et Alphaville. (fv)

Ulrich Schnauss ‘A Long Way To Fall’ Scripted Realities/Pias

Révélé en 2001 par l’intemporel et gracieux ‘Far Away Trains Passing By’, classique instantané de la pop ambient telle qu’on la retrouve chaque année sur les compilations Kompakt, Ulrich Schnauss garde une très belle forme trois essais plus tard. Toujours empreintes d’atmosphères où langueur électronique et chaleur synthétique se partagent les draps, les dix nouvelles déclinaisons du producteur allemand le montrent dans une approche shoegazetronica du plus bel effet. Tout en donnant du temps à ses tracks, qui dépassent toutes les cinq minutes, l’homme de Berlin leur offre une très grande variété de tons, souvent mélancoliques, parfois enjouées. Toutefois, à certains instants, l’approche instrumentale de Schnauss tourne quelque peu dans le vide, et on se dit que s’il avait eu la bonne idée d’inviter l’un(e) ou l’autre vocaliste, on aurait eu droit à un très grand disque. (fv)

Sinkane ‘Mars’ Cit y Slang/Konkurrent

Ces dernières années, nous avons été habitué à voir l’afrobeat invoqué au secours de la musique populaire occidentale. A l’inverse, le soudan Ahmed Gallab, fils d’exilé politique sur le sol américain, après être allé frapper les caisses claires de Caribou, Born Ruffians ou Of Montreal, convoque sur ce second album solo les forces propres à l’histoire de nos musiques afin d’exciter son afrobeat natale, la titiller, la pousser dans ses retranchements, et lui faire perdre au passage quelques plumes, mais non sans panache. On déplore en effet l’abus d’effets vocaux sur deux ou trois plages, d’autant plus regrettables qu’en dehors de ce défaut rédhibitoire ‘Making Time’ est une bonne réponse funk, virale et soudanaise à la French Touch. Ces fausses notes mises à part, Sinkane


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The Happy BE & The Herfsts BE Teen US Tape Cuts Tape BE & Roselien BE Anika DE/UK, Psychic Ills US, Mater Suspiria Vision AF, Gnod UK, Teeth Of The Sea UK & Magdalena Solis BE @ Magasin 4, Bxl Pionierinnen der Klangforschung Q-O2 concerts De Brassers BE & Exercise One BE Capsule BE The Heavy UK @ Vk* Concerts, Bxl La Grosse Praline ft. Stereo Total DE @ TAG, Bxl

Rue A. Ortsstraat 20-28, Bruxelles 1000 Brussel

3 fr 5 we 10 sa 13 we

Master Musicians Of Bukkake US @ Vk*Concerts, Bxl

Out Loud! Feat. Emika UK, Pins UK, Planningtorock DE, Mr Polska NL, Stijn BE ...

concerts

Lieu DE mUSiQUES acTUELLES

DUNKERQUE AVRIL/MAI/JUIN 2013

Fete d’ouverture Dunkerque 2013

Scene ouverte

design graphique : www.maximesudol.com


32

Earteam They Might Be Giants ‘Nanobots’ Lojinx

Quels mots pourraient rendre honneur au génie hétéroclite d’un groupe qui ne peut s’embrasser qu’à l’écoute de leur discographie entière ? En presque trente ans de carrière, John Flansburgh et John Linnell ont développé une œuvre extra-terrestre accessible et contagieuse, une pop pré-geek fulgurante, souvent hilarante et friande d’Histoire, de Physique, de Géographie et de Culture Populaire (le classique ‘Why Does the Sun Shine’, formidable hymne scientifique façon skatepunk). Un songwriting éducatif et ludique qui s’est aussi, ces dernières années, adressé directement aux enfants. They Might Be Giant, c’est le talent parodique de Ween, l’inquiétante étrangeté des Residents et l’immédiateté nerd du premier Weezer (qui leur doit énormément), le tout mixé à la sauce Sesame Street. Les voici de retour avec ‘Nanobots’, kaléidospop bien frappé où pas moins de vingt-cinq morceaux jouent aux satellites les uns avec les autres. Certains tiennent plus de l’étoile filante, ne dépassant pas les vingt secondes ! Pourtant, tous (oui, tous!) contiennent au minimum une idée brillante, fut-elle sous la forme d’un jingle, d’un accompagnement percutant, d’un refrain entêtant. En terme de catchytude, TMBG sait y faire : on ne compte plus les mélodies qui restent en tête (‘Lost My Mind’, ‘Circular Karate Chop’, etc.), les lyrics réjouissantes (« There/You’re the borderline/Right between two countries », « It was catastro/catastro-feeling good ») et la voix de Linnell est toujours aussi taillée pour le job. L’album ne surprendra pas les fans de la première heure (‘Tesla’, biopic song qui renvoie à ‘Meet James Ensor’), mais tutoie sans peine leurs précédents chef-d’œuvres. Pour les autres, je ne peux que vous inviter à plonger dans les seize albums de ce groupe à part dans l’histoire du rock indépendant. Et – pourquoi pas ? – en commençant par ce ‘Nanobots’, qui en constitue l’excellent résumé. Le voyage en vaut la peine. (ab)

touche fréquemment au sublime. En particulier quand il s’adonne avec passion et sans effets racoleurs à des ballades dub et soul (fantastiques ‘Jeeper Creeper’ et ‘Warm Spell’), ou quand il mâtine son groove bluesy de cuivres et flûtes aux errements progressifs (‘Lovesick’, ‘Caparundi’), voire carrément free-jazz (‘Mars’). Au final, ‘Mars’ loupe de peu sa cible, mais parvient néanmoins à secouer notre bonne vieille planète et nous filer à l’occasion quelques jolis frissons. A défaut d’un big bang, c’est toujours bon à prendre. (ab)

Slim Cessna’s Auto Club SCAC 102 ‘An Introduction For Young And Old Europe’ Glit terhouse/V2

L’Amérique. L’Amérique profonde, rurale, baptisée. A Denver, Colorado, Slim Cessna y a puisé à la fois son inspiration et son héritage. Nul besoin pour lui d’affubler sa musique de l’étiquette ‘americana’ en vogue tant elle respire et transpire d’américanéité. Empruntant à la fois au blues et au country, ses ballades parfois comiques, parfois caustiques s’inscrivent dans la grande tradition de la chanson rock du middlewest. Mais Cessna va plus loin. Ses textes, souvent à haute teneur narrative, sont vachement bien écrits tandis que les arrangements qui les portent sont raffinés, bourrés de petits détours fringants et fripons. Après huit albums et des collaborations avec des artistes de la pointure de Johnny Cash, 16 Horsepower ou Violent Femmes, l’Auto Club de Cessna se donne le temps de revenir sur ses compositions passées qui sont revues et corrigées pour l’occasion. Un dvd accompagne le cd . Il permet de se faire une bonne idée de l’énergie que le groupe dégage en live à domicile dans un petit club et de l’accueil qu’il reçoit en retour. (et)

Fredrika Stahl ‘Off To Dance’ Sony

Après trois premiers disques marqués d’influences jazz qui l’avaient rapprochée d’une Diana Krall, Fredrika Stahl oublie les notes (pseudo-)bleues sur sa quatrième tentative, c’est mieux pour mieux se tourner vers la pop. Produit par Rob Ellis, essentiel homme de l’ombre chez PJ Harvey, ‘Off To Dance’ montre une musicienne sensible et engagée. D’une élégance ni calculée ou fabriquée de toutes pièces, la musique de la Suédoise francophile (elle est installée à Paris) manque toutefois d’une certaine force de persuasion pour tota-

lement convaincre. Entre multiples passages dans la semi-obscurité, ils empêchent de clairement distinguer la voie choisie, et tentatives plus enjouées, la demoiselle de Stockholm oublie de choisir son camp et c’est la meilleure façon d’inscrire un but dans ses propres filets. (fv)

Statue ‘Statue’ Statue Music/Rough Trade

Ils sont sept et proposent un rock instrumental remarquable de maîtrise et de finesse. Emprunt d’atmosphères puissantes, ‘Statue’ se décline en six compositions relativement longues (seuls deux titres font moins de six minutes) décrivant des paysages sonores riches et variés allant du post rock au rock symphonique en passant par des détours groovy ou même des passages slide que ne renierait pas Ry Cooder, avec parfois des soubresauts nerveux. Le groupe évite le piège du tape-à-l’œil pour se mettre au service de compositions aux ambiances invariablement prenantes, se faisant tour à tour ludiques, tendues et mélancoliques. Un disque pour le moins inhabituel et plus que bienvenu, à l’instar du grandiose ‘7 !D’ qui tresse un univers fascinant où se mêlent passages post rock envoûtants et éruptions stoner, le tout avec un sens du groove quasi kraut rock. A découvrir ! (pf)

Suede ‘Bloodsports’ Warner/Rough Trade

« Nous n’essayons pas de nous réinventer, ça serait désastreux. D’ailleurs, c’est peutêtre ce qui n’allait pas sur nos deux précédents albums. En tout cas, je pense que vous allez aimer. Ne vous inquiétez pas, ça ne ressemble en rien à notre dernier LP. » Voilà pour le teasing et le plan média. Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’humilité de Brett Anderson n’est que de façade. Car, comme le disait La Rochefoucauld, « l’humilité comme un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour mieux s’élever ». Entre dandys, on se comprend… Tout indique, après une rapide exégèse des propos d’Anderson, que nous devrions donc retrouver sur ce come back album le Suede de ‘Dog Man Star’et de ‘Coming Up’plutôt que celui de ‘A New Morning’. Et effectivement, ‘Bloodsports’ donne la furieuse impression d’être une lost tapequi aurait été enregistrée au milieu des nineties et qui bénéficierait de tout l’apport des technologies actuelles au service du metteur en sons historique, Ed Buller. Tour à tour romantique, menaçant et charnel, ‘Barriers’prouve

d’emblée que le son de Suede a pris moins de rides que le visage de son frontman, Peut-être aussi parce que, de son côté, Richard Oakes pioche sans états d’âme dans le catalogue de riffs de Bernard Butler. Que ce soit dans le registre grandiloquent (‘Snowblind’), celui des refrains fédérateurs aux riffs entêtants (‘Hit Me’) ou du pathos un peu pathétique (‘What Are You Telling Me’), le groupe recrée presque miraculeusement l’alchimie nineties à grand renfort d’insolence et de lyrisme. Ce disque prouve en tout cas que Suede, sans se réinventer, sait toujours parfaitement capturer l’air du temps. Et pas seulement parce que cet album est aussi (ou avant tout diront les détracteurs) un magnifique alibi pour entamer une lucrative tournée. (gle)

Rachid Taha ‘Zoom’ Naïve

Avec sa tronche d’Enrico Macias indie, sa banane d’Elvis raï (l’insensé ‘Now Or Never’), ça fait bientôt trente ans que Rachid nous sort le même disque, zaï zaï zaï zaï, ça parait bizarre mais, si tu me crois pas hé, Taha ta gueule à la récré. Le mercredi, il reprend ‘Rock The Casbah’ à la sauce arabique et Mick Jones trouve ça tellement bon qu’ils taratatatent (leurs gueules à la télé), des billes plein les poches, les filles c’est des cloches, sauf Oum Kalsoum, ça va de soi (samplée sans vergogne sur le très bon ‘Zoom Sur Oum’, écrit – c’est dingue – par Jean Fauque, plume de Bashung). C’est pas qu’on l’aime pas le Taha – son disque est parfait pour animer une soirée orientale un peu chic, avec danse du ventre sur arrangements traditionnels noyés dans les beats discos – mais bon, ‘Voilà Voilà’, à part les deux titres susmentionnés et l’excellent ‘Wesh’, son souk sent quand même un peu le gros piège à touristes. (lg)

Team Ghost ‘Rituals’ wSphere/Wagram

On ne va pas s’agenouiller comme des bigots : il ne suffit pas d’être un ex-M83 et de vénérer Slowdive. A la troisième écoute, c’est toujours la même affaire : on a l’impression d’attendre le même train depuis trois plombes. Vraiment, entre ces synthés qui veulent rocker mais qui n’arrivent qu’à former un nappage informe, ce post-punk limite de variétoche et ce post-rock joué comme des Godspeed You Black Emperor à la retraite, on n’en finit plus de se décrocher la mâchoire. Du potentiel, certainement. Mais il faudra encore creuser. (lg)

Tété ‘Nu Là-Bas’ Cinq 7/Pias

Dès ‘Ritournelle’, la piste trois (qui en réalité est la piste deux, ‘L’ADN Des Anges’ ne dure que quinze secondes), Tété pose la question existentielle qui devrait hanter tout bon chanteur de variété : « comment dit-on je t’aime sans en faire des poèmes ? ». Il est vrai que plus cucul la praline, plus gnangnan style que ça même Saule – ce géant qui fait simultanément chialer et se trémousser les filles – n’y arrive pas. Vraiment, il faut entendre ce dadais minauder dans ‘Comment Te Dire’, l’entendre à 38 balais prononcer le mot « maman ». Quel pathos, il faut se pincer. Attention, c’est tellement niais que ça peut en devenir drôle. Tenez, dans ‘De Ce Côté-ci Du Bonheur’ (franchement ce titre, c’est Joséphine ange gardien ou bien ?), un type (lui ? – on s’en fout) a commencé à perdre ses cheveux à 15 ans mais c’est pas grave, tout le monde il est gentil. Et avec ça, je vous mets un kilo de free hugs en rab ? (lg)

Tropical Popsicle ‘Dawn of Delight’ Talitres/V2

Il a quel goût ce calipo de San Diego? Ananas, mangue, passion ? Kool-Aid ? Est-ce qu’il laisse un voile acidulé sur la langue, est-ce qu’il désaltère nos soifs épicuriennes et nos hallus? Plutôt douze fois qu’une ! Dans sa jungle, terrible jungle, les plantes y sont affamées, les crocs couverts de mélasse rose et toutes les Elisa du monde t’y épouillent langoureusement pour mieux se volatiliser ensuite, te laissant entrapercevoir le bas de leur dos d’amazones et leur tatouage d’orchidée vénéneuse aux relents psychédéliques. Tu as raison, on s’y égare volontiers entre ces lianes, ces égéries brindilles en robes trapèzes, ces Byrds des îles, et on ne manque pas d’y croiser Ken Kesey qui a délibérément paumé son plan de sortie dans le giron de la reine du marais, à moins que ça soit dans celui de ‘The Queen of New York’, une récente recrue rousse en négociations avec Guy Pellaert. Parfois, la nuit tombe dans cet ‘Universe of God Shadow’, la vahiné vanillée a instantanément l’œil new wave, elle qui vit sans attaches (vous avez dit ‘Tethers’ ?) serait bien du genre, approche semifreddo, à dépasser les ‘Ghost Beacons’ et à sortir les fûts percussifs pour te faire découvrir des plages que personne encore n’a foulé des dix orteils. De quoi accorder à l’infini amours, délices et orgues. (alr)


ATOMS

FOR PEACE

L O T T O A R E N A

A N V E R S

09.07.2013 Tickets : 0900

2 60 60

( 0,5 € / min, TVA COMPRise )

proximusgoformusic.be


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Earteam Peter Von Poehl ‘Big Issues Printed Small’ PVP/Differ-ant

L’évènement est trop rare pour ne pas être souligné. Ou quand un festival, souvent simple maillon dans la chaîne de promotion d’un disque, se mue en détonateur, en accélérateur de particules élémentaires de créativité. La genèse de ce disque doit en effet beaucoup à la création originale qui, à l’été 2010, vit Peter Von Poehl se produire accompagné d’un orchestre lors d’un festival bruxellois. Près de trois ans plus tard, c’est peu dire que ce troisième album a patiemment attendu son heure. Car après avoir composé chacun des morceaux, le suédois les a intégralement joués en live pendant deux ans en testant de nouvelles configurations orchestrales. Histoire de définir les arrangements idéaux avant de rassembler une vingtaine de musiciens dans un studio au fin fond de la campagne suédoise pour enregistrer en une seule journée ce joyau de pop-folk symphonique lo-fi. Une démarche inédite qu’aucune maison de disque ne peut plus se permettre de soutenir aujourd’hui. Impressionnant de justesse et de complexité, ‘Big Issues Printed Small’ est alors une succession de moments de grâce. Chaque arrangement y est pesé, ciselé et affiné. Chaque silence y est respecté. Chaque instrument y est à sa place. En revanche, l’enregistrement sur bande, à l’ancienne, assume pleinement ses imperfections et crée une sorte d’intimité spontanée avec l’auditeur. Peter Von Poehl n’hésite non plus à le hasard s’inviter, un peu à la manière d’un Polaroïdou d’un arrêt sur image. Entre ‘Orders And Degrees’, qui ouvre le bal avec son intro façon Pierre et Le Loup du 21ème siècle, et ’28 Paradise’, vents, cuivres et une batterie mixée souvent très en avant s’unissent en une épopée qui devient de plus en plus folk. De plus en plus addictive aussi. Un très beau et très grand disque en suspension autant dans l’air que dans le temps. (gle)

The Veils ‘Time Stays, We Go’ Pitch Beats Recordings/Rough Trade

Finn Andrews a beau ne pas encore avoir franchi le cap de la trentaine, cela fait mine de rien plus de dix ans qu’il sort des disques avec The Veils. Pareille précocité n’a ceci dit rien de très surprenant, vu que Finn a été baigné dès son enfance dans un environnement propice à la création musicale, son père Barry ayant officié au sein de Shriekback et de XTC. Comme son physique de dandy crooner pourrait le laisser supposer, la tête pensante de The Veils propose une musique incroyablement classe et sophistiquée, emprunte d’un lyrisme très marqué. Dégageant constamment une propension au spleen, comme le démontrent à merveille les déchirants ‘Birds’ et ‘Candy apple red’, le quatrième album du groupe affiche une personnalité intense, baroque et tragique, avec aussi un petit côté torturé à la Nick Cave, ce qui est particulièrement frappant sur l’allumé ‘Dancing with the tornado’. De manière générale, les compos sont très accrocheuses, à l’instar de l’excellent ‘Through the deep, dark, wood’ sorti en single avant-coureur ou du sautillant et léger ‘Turn from the rain’. Comme toujours, les instrumentations sont des plus riches et la production, impeccable, permet aux morceaux de se déployer totalement. Un très bel album de pop classieuse, travaillée et touchante. (pf)

Nicole Willis ‘Tortured Soul’ Timmion Records/Rough Trade

Après un long silence radio, Nicole Willis retrouve le micro et toute l’âme de sa soul pur jus. Toujours exilée en Finlande auprès de son mari, le jazzman Jimi Tenor, l’Américaine poursuit l’aventure au côté de son groupe, The Soul Investigators. Le nouveau ‘Tortured Soul’reprend les choses là où l’album ‘Keep Reachin’Up’les avait laissées : dans le bain bouillonnant de l’héritage Motown. De sortie, les cuivres enveloppent des mélodies sulfureuses, des chansons gorgées d’histoires d’amour douloureuses. Les percussions tombent encore à pic et la flûte voltige toujours aussi haut. Dans la foulée de Sharon Jones & The Dap-Kings, Nicole Willis réhabilite un pan de l’histoire de la musique. Avec brio mais sans surprise. (na)

Woodpigeon ‘Thumbtacks and Glue’ Fierce Panda Records/V2

Evidemment, il y a plus poilant pour ouvrir un disque que d’appeler son premier morceau ‘The Saddest Music In The World’. A moins qu’on

fasse référence au Marquis mais, manifestement, l’olé olé n’est pas le genre de la maison. Les Woodpigeon – le cerveau voyageur de Mark Andrew Hamilton, un Canadien ayant beaucoup vécu dans la capitale écossaise (‘Edinburgh’, le meilleur morceau du disque ?) – en sont déjà à leur cinquième album et donnent plutôt dans le folk mid-tempo quelque part entre la pop racée de… Belle & Sebastian (ou Sufjan Stevens avant qu’il ne sombre dans l’‘Age Of Adz’) et le lyrisme d’Arcade Fire. Les morceaux sont très produits ; les plus calmes se nappent d’arrangements classieux de cordes, de vents ou de cuivres, débordent de chœurs, les plus fougueux ne crachent pas sur un surplus d’électricité (‘Children Should Be Seen And Not Heard’) mais, malheureusement, ils ne foudroient jamais. Un très joli disque, un peu creux. (lg)

Yesking ‘Re-Record... Not Fade Away’ BBE Records

« Yesking ! » serait une interjection rituelle, un sköl local, lancé dans les studios d’enregistre-

ment que Rhys Adams fréquentait en Jamaïque. Revenu de son périple en terres rastas avec le désir ardent de monter un groupe, le mixeur gallois fonde Yesking, formation à tiroirs aux senteurs d’épices, aux fragrances de sental. Le reggae est sa matière première, mais un reggae mêlé au piment d’un hip hop emprunté à The Roots, mariné dans l’huile électro et dub des Massive Attack, fumé au bon funk ancien, triplement distillé. Soul Smoking. Yesking cuisine une musique moderne avec des casseroles rétros, comme ce ferrographe à bandes de 1960 qui se la joue Robby le Robot en graffs invasifs sur la cover de ‘Re-Record...’. Le résultat ne manque pas de saveurs, en partie grâce à des vocalistes inspirés (‘Hardground’, single au down-tempo implacable, le spleenant ‘Devil Inside’), aux cuivres chauffés à blanc et à des chœurs malicieux (‘Raise Up’, ‘Overproof’). On peut déplorer l’une ou l’autre recette un rien trop classique (‘Chicken Chops’) et l’on croque à l’occasion sur une graine de cardamome dont on se serait passé. Mais il y a suffisamment de cœur et d’ouvrage dans les skanks de Yesking pour nous donner un sérieux goût de reviens-y. (ab)

Young Fathers ‘Tape One’ Anticon/Konkurrent

Nées sous la grisaille du ciel écossais, les chansons de Young Fathers ont trouvé refuge sous le soleil californien et les palmiers du label Anticon. C’est que la structure américaine sied à merveille à ‘Tape One’, une collection de tubes hybrides imaginée à la croisée du hip-hop, du dancehall, du reggae et du spokenword. En huit morceaux et vingt minutes chrono, le trio d’Edimbourg s’approprie la culture afro-américaine et catapulte un tube en or massif sous la er soutane du tout frais François I . A coup sûr, le nouveau pape funky fresh va kiffer la vibe et les « Hallelujahs » du hit ultime ‘Sister’. Si ‘Tape One’ est un mini album, les idées qui s’agitent à l’intérieur sont extra-larges. (na)


gigs& parties avril 13

lundi 01 avril 25 Jaar 4AD: Finale vi.be Band in Residence: The Glucks, Horses, Rhinos Are People Too, Hear, Hear! (A Cheer), Soldier’s Heart @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Black Rebel Motorcycle Club, Transfer; Kvelertak, Truckfighters, El Doom & The Born Electric @ AB, Bruxelles Il Divo & Katherine Jenkins @ Forest National, Bruxelles, livenation.be

mardi 02 avril Busy Signal & High Voltage Band @ Vooruit, Gent, democrazy.be Bedroom Beats @ Bonnefooi, Bruxelles, bonnefooi.be Rashaan Ahmad, Moodprint @ La Cave Aux Poètes, Roubaix, Fr Black Rebel Motorcycle Club @ den Atelier, Esch/Alzette, Lu

mercredi 03 avril Mike Keneally Band, Godsticks @ Spirit Of 66, Vervierse Happy, The Herfsts @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Troy Von Balthazar @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Man Of Fire & The Soul Soldiers @ Bonnefooi, Bruxelles Talk Normal, Roman Hiele @ Les Ateliers Claus, Bruxelles Anti-Pop Consortium, Zucchini Drive, Supafly Collective @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Fred Becker & Guests @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Black Manila @ Madame Moustache, Bruxelles Juke Boxes, Joy @ AB, Bruxelles, abconcerts.be

jeudi 04 avril Bazaar: Sir Yes Sir, The Happy, Delv!s, Maya’s Moving Castle, Ladylike Lily @ Arenberg, Antwerpen, arenbergschouwburg.be Portico Quartet, Up High Collective, Matthew E.White, Night Beds @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Tirebouschtroumphe et Stroumphe Bouffon, The Raunchy Rumors @ Coiffure Liliane, Bruxelles, recyclart.be The Pretty Things, The Ramrods @ Spirit Of 66, Verviers Daughter @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Charles Hayward, Quattrophage, Eddie Prévost @ Vecteur, Charleroi, vecteur.be Goo Goo Gish @ Rock Classic Bar, Bruxelles DJ Nie Bang Nie, Frisk Frugt, DJ Awesome Tapes From Africa @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Public Service Broadcasting @ CarréRotondes, Luxembourg, rotondes.lu Stephan Eicher @ den Atelier, Esch/Alzette, Lu, atelier.lu Coeur de Pirate @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu Devil Sold His Soul, Anorak @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr

vendredi 05 avril Bazaar: Gabriel Rios, Headphone, Solanas, B.U.R.K.A. @ Arenberg, Antwerpen, arenbergschouwburg.be Popallure: Steak Number Eight, Coely, Maya’s Moving Castle, Steven H, Sam De Bruyn, Raving George, London Bullet, Delv!s, Redking & Mr.Noisy @ Nova, Nazareth, popallure.be Springtime indoor: DC Breaks, Dubba Jonny, Beathoven, Victor Keys, Captain Crunch @ Rietbron, Halen, springtime-festival.be Storm festival: Brussels Youth Jazz Orchestra & John Ruocco, Shai Maestro Trio, Roller Trio, Badenhorst:Evrard:Gyselinck, Sandy, Blue Monday People & The Spirit Children, DJ Fallujah, DJ Mixmonster Menno @ De Grote Post, Oostende, degrotepost.be Reena Riot, Nevada Fellow @ Charlatan, Gent, democrazy.be Polaroid Fiction, Bed Rugs, Kabul Golf Club @ Velinx, Tongeren Winterfylleth, Necrosis, Saille @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Pat McManus Band @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Teen @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Stornoway, Brasstronaut @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Dez Mona, Binti @ Vooruit, Gent, democrazy.be Chronixx & The Zincfence Band, Stur Gav Soundsystem ft U-Roy & Yellowman @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Outlook Festival Launch Party: Skeptical, Survival @ Kultuurkaffee, Bruxelles, kultuurkaffee.be Charles Hayward, Quattrophage, Anna Homler, Pavel Fajt & Geert Waegeman @ Les Ateliers Claus, Bruxelles Heartbeat Parade @ La Zone, Liège Marble Sounds, I Am Oak @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Koudlam, Judah Warsky, Nicolas Ker, @ Madame Moustache, Bruxelles, actionnaires.be John Fullbright; Josephine, Ladylike Lily @ AB, Bruxelles Rocé, Flynt, Veence Hanao @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr De Läb @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

samedi 06 avril Bazaar: The Leisure Society, Brns, Spring Offensive, David LeMaitre, The Energy, El Juntacadáveres @ Arenberg, Antwerpen, arenbergschouwburg.be Bear Rock: Freddy Loco ft Kevin Batchelor & Ken Stewart, Hong Kong Dong, In-Kata, Ilydaen, Laïla Kwyne, Horson, La Tentation Nihiliste, Volver, Bukowskies @ Salle Polyvalente, Andenne, bear-rock.org Storm Festival: Muziekkamers & First Date, Remi Panossian

Trio, Zara McFarlane, Yaron Herman Quartet ft Emile Parisien, Les Chroniques de L’inutile & xxx, Sandy, Stuff., DJ Azer, DJ Mixmonster Menno @ De Grote Post, Oostende, degrotepost.be Raresh, Umlaut, Pierre, Deg @ Fuse, Bruxelles, fuse.be Resistance, Deepshow, Medellin, We Came Bearing Arms @ Atelier Rock, Huy, atelierrock.be Repris de Justesse, Sevenson @ Spirit Of 66, Verviers Muckcrackers, Tat2NoisAct, Olivier de Saint Max, Dorsale, ... @ Rockerill, Marchienne au Pont, rockerill.com Roland & Mauro @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Palma Violets @ Charlatan, Gent, democrazy.be Suicide Commando, Soman, Surgyn, C-Lekktor, XP8, SAM, Aesthetic Perfection, Thomas Rainer, Static Sky, Flo Dietz @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Steev Lemercier, La Fauve & Senta, Eric @ La Biberium, Bruxelles, bitchybutch.be Shai Maestro Trio @ Flagey, Bruxelles, flagey.be Bop & Soul Sextt, @ Kulturzentrum Jünglingshaus, Eupen, eupen.be Carbon Airways @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Covox, Dorena, O, Heartbeat Parade, Severe @ Entrepôt, Arlon Electric Orange, Temple Of Nothing, Mongolito @ La Zone, Liège Het Zesde Metaal, The Antler King, Ploegsteer @ CC, Strombeek-Bever, ccstrombeek.be Jaga Jazzist with Sinfonia Rotterdam @ AB, Bruxelles Funeral For A Friend @ JC De Klinker, Aarschot, heartbreaktunes.com We Are Enfant Terrible, The Bewitched Hands, Ez3kiel Extended, Yuksek @ 4Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com Sandra Nkake, A.S.A.P. @ CC Gérard Philipe, Calais, Fr, calais.fr

dimanche 07 avril Roland & Mauro, Ganashake @ De Zwerver, Leffinge, leffingeleuren.be Sinkane @ Trix, Antwerpen, trixonline.be José James; inc. @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Sergio Lemos e Goiabada @ Bonnefooi, Bruxelles, bonnefooi.be Intronaut, The Atlas Moth, Castle @ Magasin4, Bruxelles Gabriel Rios @ Candelaershuys, Uccle, busker.be Belgium Rocks Festival: Vegas @ Liège

lundi 08 avril Reel Big Fish, Suburban Legends @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Ethan Johns, David LeMaitre @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Astrid @ Stuk, Leuven, stuk.be Joe Cocker @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be

mardi 09 avril Sightings, The Naked Shell, Hugo Ficher @ Magasin4, Bruxelles Peace @ Botanique, Bruxelles, botanique.be A Hawk And A Hacksaw, Lisa Germano @ Ha’, Gent, handelsbeurs.be Bearskin @ Stuk, Leuven, stuk.be Le Colisée @ Bonnefooi, Bruxelles, bonnefooi.be Melissa Laveaux, Pale Grey @ La Cave Aux Poètes, Roubaix, Fr Fiction @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

mercredi 10 avril More Music!: Ryoji Ikeda @ Concertgebouw, Brugge Panic Room @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Tape Cuts Tape, Roselien @ Beursschouwburg, Bruxelles The Sheepdogs; Fiction @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Tall Ships @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Iza @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Eels, Nicole Atkins @ Cirque Royal, Bruxelles, livenation.be Bombino @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Astro-nautA @ Bonnefooi, Bruxelles, bonnefooi.be Festival Les Paradis Artificiels: Bonaparte, La Femme @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com Gael Faye, Des Fourmis Dans Les Mains @ La Cave Aux Poètes, Roubaix, Fr, caveauxpoetes.com Sightings, Drive With A Dead Girl @ La Malterie, Lille, Fr, lamalterie.com Joe Cocker @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

jeudi 03 avril More Music! Goran Bregovic And His Wedding And Funeral Orchestra @ Concertgebouw, Brugge, concertgebouw.be Kruger, Master Master Wait, Miss Tetanos, Sri.Fa ft Stephen O’Maltine @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be The Summer Rebellion @ Bonnefooi, Bruxelles, bonnefooi.be JW Jones Blues Band @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Quasiland @ Stuk, Leuven, stuk.be Pallbearer, Royal Thunder, King Hiss @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Cactus @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Benji Stomp and Guest, The Jet-Sons @ Coiffure Liliane, Bruxelles, recyclart.be Isbells, Marble Sounds @ Vooruit, Gent, democrazy.be Baby Woodrose, Barabbas @ Sojo, Leuven, orangefactory.be Gabrielle Aplin @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Dez Mona @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Eels, Nicole Atkins @ Cirque Royal, Bruxelles, livenation.be Onerepublic @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

vendredi 12 avril 25 Jaar 4AD: Anika, Tape Cuts Tape @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Brussels Reggae Festival: Dub Fi Youth, Taïro, Channel One, Johnny Osbourne, O.B.F., Gappy Ranks @ Brussels Event Brewery, Bruxelles, brusselsreggaefestival.be More Music!: Liesa van der Aa & Koor, Chrsitina Vantzou, Mala In Cuba, Swindle, Pomrad, Uuluumbatar, Flying Horseman @ Concertgebouw, Brugge, concertgebouw.be

35 25 Jaar 4AD

Du 1er avril au 17 mai 4AD, Dixmuide

Motorpsycho Le club de Dixmuide est devenu, sans forcer, une vénérable institution. Pour célébrer son quart de siècle, le 4AD sort le grand jeu : 25 groupes pour 25 ans; le compte est bon! D’autant que l’affiche est des plus alléchantes. Jugez plutôt! Anika, Bed Rugs (les Anversois marient de belles mélodies pop 60s à un esprit bien rock et des envolées psyché), Blow, Brassafrik, De Dolfijntjes, Few Bits, Flying Horseman (solo), Gravetemple (Stephan O Malley, Oren Ambarchi et Attila Csihar),K-X-P, Motorpsycho (avec une nouvelle plaque sous le bras), Reena Riot, Scarlett O’Hanna (la Bruxelloise nous a fait forte impression et ses arpèges au piano la hissent du côté des fortes têtes de la chanson au féminin, quelque part entre Shannon Wright et CocoRosie),Steven H, Stiff Little Fingers, Syndrome, Talike Gelle, Tape Cuts Tape (postpunk de travers(e) avec Rudy Trouvé, Eric Thielemans et Lynn Cassiers), The Beards, The Bony King Of Nowhere (solo), The Hussy, Unwanted Tattoo, Wannes Cappelle (Het Zesde Metaal), Wooden Wand et, last but not least, les deux iconoclastes formations francophones qui nous ont fichu une belle claque en 2012 : BRNS et Thee Marvin Gays. Comptez encore sur l’esprit et des attentions maison pour compléter le feu d’artifices (expo de t-shirts rock, quiz, 4AD party,...). www.4ad.be

Tape Cuts Tape & Roselien

10 avril, Beursschouwburg, Bruxelles 12 avril, 4AD, Dixmuide Rudy Trouvé poursuit sur sa route en donnant des ailes à Tape Cuts Tape pour un second album. Tape Cuts Tape rompt avec dEUS et Dead Man Ray tout en apparaissant comme la prolongation inévitable de son travail de composition au sein de ces formations antérieures. Trouvé est épaulé par le très bon batteur Eric Thielemans, actif dans le combo jazz Maak’s Spirit et la chanteuse Lynn Cassiers, une vocaliste jazz de très haut niveau membre du Brussels Jazz Orchestra. La musique puise une partie de ses influences dans le jazz mais elle se donne volontiers des accents post-rock répétitifs et angulaires. La voix de Cassiers, qui répond et s’entremêle parfois avec celle de Trouvé, confère aux compositions chantées un côté doux. Incidemment, on songe parfois au groupes du label Too Pure des années 90 tels Laika ou Pram. C’est sur scène que Tape Cuts Tape donne la pleine mesure de son art. (et)

C-Mine Little Waves 13 avril C-Mine, Gand

Voilà un « petit » festival qui soigne son affiche avec des goûts choisis, assumés, lesquels s’aditionnent avec bonheur. Ainsi, outre Few Bits, Winterslag et Lisa Hannegan, le line-up rassemble également Douglas Firs (Gertjan Van Hellemont - guitariste chez le doué Bony King Of Nowhere - tire vers l’Amérique et ses folkeux pas drôles. Souvent très beau, frôlant parfois un peu l’exercice de (lap) style), Marble Sounds (ses petites mélodies en poche, le groupe cabriole au ralenti, de nuage en nuage, de rêves éveillés en refrains éthérés) et Moddi (Pål Moddi


36 Knutsen a grandi dans un petit village de pêcheurs tout au nord de la Norvège. Il a tout d’un Jeff Buckley perdu au beau milieu de l’océan Arctique, la mélancolie contagieuse et sublime d’un songwriter qui, à la faveur d’un son qu’il qualifie de galactique, propose une dizaine de chansons magnifiquement balancées et tempérées ). Bonne pioche!

Moddi

14 avril Botanique, Bruxelles L’idée d’un fjord. L’idée d’une maison au bord d’un fjord. Quelqu’un y demeure reclus du monde, compose des bouts de mélodies avec pour seul champ de vision des cailloux et la surface étale, grise et grisante de la mer. Un jour les volets s’ouvrent, la lumière rentre, les chansons s’envolent. Dans cette histoire, Pal Moddi Knutsen pourrait s’inscrire. Retranché dans une cabine douche désaffectée d’un dortoir universitaire, Moddi a composé à la faveur d’un son qu’il qualifie de galactique une dizaine de chansons magnifiquement balancées et tempérées. (et)

Durbuy Rock 19 & 20 avril Durbuy

Tiamat Histoire de commencer la saison des festivals en force, on ne peut que vous conseiller le Durbuy Rock, lequel fêtera ses 17 ans avec une affiche éclectique et de qualité. Niveau programme, le vendredi sera nettement connoté métal alors que le samedi revêtera ses plus beaux atours punk et gothique. Parmi les groupes à retenir : les hollandais de The Gathering et leur métal atmosphérique envoûtant, les toujours aussi excentriques Punish Yourself dont l’indus gothique théâtral devrait valoir son pesant de cacahuètes, sans oublier l’étonnant collectif du Bal des Enragés qui excelle dans un registre punk alternatif. Avec également : Eluveitie, Tiamat, Korpiklaani, Deafheaven, Loudblast, Sigh, The Arrs, Peter Pan Speedrock, Metsatoll, Darknes Dynamite, Mournful Congregation, Eagles Road, Spoil Engine, Resistance, Deepshow, Skeptical Minds, The Secret, The Fabulous Progerians, 15 reasons, The 1984, Ardenne Heavy, Our Last Dream. www.durbuyrock.be

Out Of The Crowd

20 avril Kulturfabrik, Esch-sur-Alzette Organisé depuis 2004 par l’asbl The Shalltot Collective, programmateur/promoteur de concerts indé en province de Luxembourg (secondé cette année par Exit07), l’Out Of The Crowd tient à faire la part belle aux groupes à l’identité indie marquée. Au programme de cette dixième édition : Minus The Bear, Gallops (Battles meet Melvins, Röyksopp vs Metallica, Mr Indus baisant Miss Electro pendant que Mme Progressive filme), BRNS (on continue à voir partout et c’est tant mieux cette révélation belge de 2012), Tall Ships, Maserati, Mmoths, Publicist, Paws, Fang Island (entre heavy, emo et power pop, les hymnes exaltés des New-Yorkais laissent exploser leurs guitares dans un grand élan euphorique), Monophona, Say Yes Dog, No Spill Blood, Heartbeat Parade, Napoleon Gold. www.ootcfestival.com

Rock’n’Trolls Festival: Box Of Dogs, DJ Grass Mat @ Place de Vieux Leuze, Leuze en Hainaut, rockandtrolls.be PPM Fest: Avantasia, DGM, Max Pie, Divided Multitude, Drakkar, Vital Breath, Fireforce @ Lotto Mons Expo, Mons, ppmfest.com Tribes Gathering: Jeff Mills, Heretik Sound System, Beunz, Rokette 77, Nout, Noisebuiler, Jano, Saobend, Krs, Brainhacke @ Melreux, tribesgathering.org Rewind Festival: The Neon Judgement @ Vooruit, Gent, dancedelicd.com Vitalic; Sarah Blasko, Lady Lamb The Beekeeper @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Périphérique Est, La Pince @ Water Moulin, Tournai, watermoulin. bandcamp.com Willy Moon, The Family Rain @ Botanique, Bruxelles The Spectors, Flüsse, Limbolink presents @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be The Growlers @ Madame Moustache, Bruxelles, atelier210.be Billy Palmier, J.Neversleeps, A.Deforce @ Bonnefooi, Bruxelles, bonnefooi.be Eden Roque, Miss Tetanos, Sri.fa ft Stephen O’Maltine, Master Master Wait @ Rockerill, Marchienne-au-Pont, rockerill.com Heather Findlay Band @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Jools Holland and his Rhythm & Blues Orchestra ft Gilson Lavis, Ruby Turner & Louise Marchall @ Het Depot, Leuven John Parish, Catherine Graindorge @ De Zwerver, Leffinge, leffingeleuren.be Hong Kong Dong, Piano Club @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Michael Sheperd Band @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu The Synthesis, The Holy Mundane, Napoleaon Gold, Kito all Stars DJ @ CarréRotondes, Luxembourg, rotondes.lu Eric Truffaz @ den Atelier, Esch/Alzette, Lu, atelier.lu The Elephanz, An Pierlé @ CC Gérard Philipe, Calais, Fr, calais.fr

California Sunshine, Claus Bachor, Tom Linder & DJ Seoul, Minimal Lounge, Acidolido, Frank Haag, Sinister Souls, Crystal Distortion, The Muses Rapt, Dj Guv, Just Emma, Rotator, Dj Levela, ... @ Melreux, ww.tribesgathering.org Marissa Nadler @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be Moddi, Farao; Kashmir, Sleeper’s Reign @ Botanique, Bruxelles Nu Sensae, Warm Toy Machine @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Le Orme @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Dans Dans @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Bonaparte @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu Alexis HK, Tony Melvil @ La Condition Publique, Roubaix, Fr

lundi 15 avril Steve Hackett @ AB, Bruxelles, livenation.be The Brew @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be

mardi 16 avril 25 Jaar 4AD: Gravetemple, Syndrome @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Protection Patrol Pinkerton @ Walvis, Bruxellles, stoemplive.be Too Tangled @ Bonnefooi, Bruxelles, bonnefooi.be Eros Ramazzotti @ Forest National, Bruxelles, livenation.be Publicist, [sic], Baby Kruger @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Sun Araw, Elg, Heavy Hyenas @ Les Ateliers Claus, Bruxelles Emeli Sandé @ AB, Bruxelles, livenation.be Bluefields @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Bright Moments ft Kelly Pratt @ Maison des Musiques, Bruxelles, vkconcerts.be Dez Mona @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Festival Les Paradis Artificiels: The Amplifetes, Poni Hoax @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

samedi 13 avril

mercredi 17 avril

25 Jaar 4AD: The Party @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Little Waves: Lisa Hannigan, Moddi, Marble Sounds, Winterslag, Douglas Firs, Few Bits @ C-Mine, Genk, c-minecultuurcentrum.be More Music!: Sinead O’Connor, Dans Dans, Fred Van Hove, Eric Thielemans, Mittland Och Leo @ Concertgebouw, Brugge Brussels Reggae Festival: On The Dub Crew, Freddy Loco meets Kevin Batchelor & Ken Stewart Uptown, Lab Frequency, Collieman meets Asham Band, Broussaï, Unlisted Fanatic, Ray Darwin, Alpheus, Dubmatix, Earl 16, Mungo’s Hi Fi, Mykal Rose, Skarra Mucci, Cultural Warriors ft Solo Banton @ Brussels Event Brewery, Bruxelles, brusselsreggaefestival.be Metaal Paaskabaal V: Ostrogoth, Gama Bomb, Ill, Sardonis, From Cocktoail To Fire @ Velinx, Tongeren, develinx.be PPM Fest: Behemoth, Stratovarius, Alestorm, Amaranthe, Orphaned Land, Rotting Christ, Manticora, Astra, Empyrios, Seven Kingdoms, Infernal Tenebra, Aktarum, metal battle winner 1 @ Lotto Mons Expo, Mons, ppmfest.com 6k Fest: The Korea, Noostrak, Arkaeon, A Descent In Graves, God Left paradise, Om-Die @ Mamac, Liège, facebook. com/6kfest Rock’n’Trolls festival: Lucie Carton, Rockin’ And Drinkin’ Guys, Ska’Out, Stand For Truth, Wes Waltz, RN’Lies, Casa’Coustic, Cover Box @ Place de Vieux Leuze, Leuze en Hainaut, rockandtrolls.be Tribes Gathering: Sp 23 Sound System, 1200 Micrograms, Mad Professor, Adrian Sherwood, Space DJ’s, Marco Resmann, Cardiak, Hellfish, Ceephax Acid Crew, The Panacea, Tomba, California Sunshine, Claus Bachor, Tom Linder & DJ Seoul, Minimal Lounge, Acidolido, Frank Haag, Sinister Souls, Crystal Distortion, The Muses Rapt, Dj Guv, Just Emma, Rotator, Dj Levela, ... @ Melreux, tribesgathering.org Scylla @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Museum @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Nervous Shakes @ Rock Classic Bar, Bruxelles The Growlers, Thee Marvin Gays @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Miss Tetanos, Sri.Fa ft Stephen O’Maltine, Master Master Wait @ Bateau Ivre, Mons, rockerill.com Surgeon, James Ruskin, Neil Landstrumm, Paul Damage, G-Force aka Stanny Franssen, Tomaz, Luke Vibert, DJ Food, DMX Crew, Radioactive Man, Mark Archer, Agt Rave Cru @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Team Ghost @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Black Manila, Mountain Bike, The Black Hole @ Le Belvédère, Namur, belevedere-namur.be And So I Watch You From Afar, Gallops @ MOD, Hasselt Condor Gruppe, Andy Votel, Sean Canty, Doug Shipton, Mahssa, Daptunes, Nixie @ Les Ateliers Claus, Bruxelles Anika, Psychic Ills, Mater Suspiria Vision, Gnod, Teeth Of The Sea, Magdalena Solis @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be John Parish & Band @ De Warande, Turnhout, warande.be Los Ninos Party; Acid Washed, Sheniqua, The Stress, Stellar Om Source, Deer Du Bois @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Gilles Peterson, Mala In Cuba, Troumaca, Lefto @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Finders Keepers Night: Dough Shipton, Andy Votel, Sean Canty, Mahssa, Hurt The Wild, Condor Gruppe @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com Dave Clarke, Kr!z, Deg, Matthias, Tanzman, Hermanez, Pierre @ Fuse, Bruxelles, fuse.be Skip The Use, Louis Aguilar, Okay Monday, Persian Rabbit, Rocky DJ Set @ Place Mitterrand, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

SlangLab @ Bonnefooi, Bruxelles, bonnefooi.be Salventher, Louis Minus @ Les Ateliers Claus, Bruxelles Soumonces, The Bureau Of Atomic Tourism @ Rockerill, Marchienne au Pont, rockerill.com Puggy; Bastille @ AB, Bruxelles, livenation.be Wallace Vanborn @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Welcome Spring Festival: Coely @ Louvain-La-Neuve Vreid, Solefald, In Vain @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Ozark Henry @ Vooruit, Gent, vooruit.be Eric Johnson Band @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Counting Crows, Lucy Rose @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be Eros Ramazzotti @ Forest National, Bruxelles, livenation.be Le Kid & Les Marinellis, Les Guillotines @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Eternal Tapestry, Buffoon @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Half Moon Run @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Geppetto & The Whales @ GC De Kriekelaar, Schaerbeek Puce Moment @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

dimanche 14 avril PPM Fest: Helloween & Gamma Ray, Queensryche, Turisas, Firewind, Circus Maximus, Tank, Nightmare, Myrath, Solisia, Shadowside, Sun Caged, metal battle winner 2 @ Lotto Mons Expo, Mons, ppmfest.com Tribes Gathering: Sp 23 Sound System, 1200 Micrograms, Mad Professor, Adrian Sherwood, Space DJ’s, Marco Resmann, Cardiak, Hellfish, Ceephax Acid Crew, The Panacea, Tomba,

jeudi 18 avril Sonic Protest Festival: The Dead C, Torturing Nurse, Jan Schellink, DJ Klakke @ Les Ateliers Claus, Bruxelles Balkan Traffic: Ensemble Al Kindi @ Bozar, Bruxelles, bozar.be John Grant; Sophie Hunger @ Botanique, Bruxelles Sir Jees ft Ill Bill, DJ Odilon @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Rat Event: Inner Map, Gorilla Mask, Bureau Of Atomic Tourism @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Stiff Little Fingers @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be King Krule; The Soft Moon, Wolf Eyes, Golden Void @ Trix, Antwerpen, trixonline.be The Imaginary Suitcase, Arthur Cravan @ Coiffure Liliane, Bruxelles, coiffureliliane.com SX @ M-O-D, Hasselt, muziekodroom.be Daedelus, Slugabed, Pomrad @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Eros Ramazzotti @ Ethias Arena, Hasselt, livenation.be Alain Cupper Trio @ CC René Magritte, Lessines, ccrenemagritte.be Ostrogoth @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Eternal Tapestry, Castles @ Le Vecteur, Charleroi, vecteur.be Complications, Komplikations @ Madame Moustache, Bruxelles Puggy; Finale Rockrace ‘13: Bearskin, Dogs Of Cibola, Soldier Six, Stella Nova @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Sinkane @ CarréRotondes, Luxembourg, rotondes.lu Liesa Van der Aa, Sacha @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr

vendredi 19 avril 25 Jaar 4AD: De Dolfijntjes, Steven H @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Balkan Traffic: Fanfare Ciocrlia, Taksim Trio, Aka Balkan Moon, New York Gypsy All Stars, Amza Tairov f, Kadrievi, Martin Lubenov & Nicolas Simion, Klezmic Zirkus @ Bozar, Bruxelles Bel’Zik Festival: Nicolas Donnay, Li-Lo*, Noa Moon, Saule, Suarez, Compuphonic @ Hall des Criées de Herve, Battice, belzik.be Durbuy Rock: Ardenne Heavy, 15 Reasons, The Secret, Metsatoll, Resistance, Korpiklaani, Sigh, Eluveitie, Deafheaven, Eagles Road @ Bomal-sur-Ourthe, durbuyrock.be Outlook festival Launch Party: Reservoir Dub, Renaat VDP, Synkro, Silkie, Biome, Bunzero @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Sonic Protest Festival: Flo Kaufman, Computer Pipa, Les Elèves de Michel Dujardin, Portable Noise, Kremator @ HS63, Bruxelles, lesateliersclaus.com Pionierinnen der Klangforschung @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Onerepublic, Josh Kumra; Sleepers’ Reign @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Ash Borer, Fell Voices; Puggy @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Nathalie Loriers New Look Trio @ Halle De Han, Tintigny, halledehan.be Mr.Scruff @ Vooruit, Gent, vooruit.be Reverend Zach And The Bluespreachers @ CC, Mouscron SX, Vuurwerk @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be


Zs, Prairie, Zoho, Tropic Of Coldnes @ Magasin4, Bruxelles Marina And The Diamonds @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Smooth & The Bully Boys, Le Shed @ Atelier Rock, Huy, atelierrock.be Stoplight, Backlight, DJ’s @ CC René Magritte, Lessines, ccrenemagritte.be Blackbird Blackbird, Monophona @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Africa Unite, Wah Companion, Marcello Coleman @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be La Smala, Just Cracking Records, Caballero @ Le Belvédère, Namur, belevedere-namur.be Autre Ne Veut @ Madame Moustache, Bruxelles Kanka, Uman, Pow Pow Movement, Weeding Dub & Fu Steps, Kingstep Soundsystem, Giraffe Soundsystem, Freedom Sound @ De Casino, Sint-Niklaas, decasino.be Dez Mona @ De Roma, Antwerpen, deroma.be The Soft Moon, Camera, The Neutrinos @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

samedi 20 avril Delirium Blues Festival: Wishbone Ash, The Delta Saints, My Dynamite, Les Holroyd, Steve ‘Bluestooth’ Wilkinson, Scrappy Tapes, Filiep ‘Boogie Phil’ Ketels, Thomas Beardslee, Long Tall Danny’s Blues Combo @ Zaal Lichtenhove, Lichtervelde, hd-b.be Balkan Traffic: Goran Bregovic, Jericho, Damir Imamovic Sevdah Takht, Eda Zari, Imam Baildi, Barka Brass Band, Thoma Loli & Aleks Micka, Mafiasko Taxi @ Bozar, Bruxelles, bozar.be Bel’Zik: RMS, Fashion Nuggets, Can D, Stereo Grand, Pinao Club, Superlux, Montevideo, Puggy @ Hall des Criées de Herve, Battice, belzik.be Durbuy Rock: The 1984, Our Last Dream, The Fabulous Progerians, Skeptical Minds, Spoil Engine, Mournful Congregation, Darkness Dynamite, The Arrs, Loudblast, Deepshow, The Gathering, Peter Pan Speedrock, Tiamat, Punish Yourself, Le Bal Des Enrages @ Bomal-sur-Ourthe, durbuyrock.be Pomrad, Lefto, Okon & The Movement @ Trix, Antwerpen Propagandhi, Shai Hulud, War On Women @ MOD, Hasselt Marina And The Diamonds; Theme Park @ Botanique, Bruxelles, Lomepal & Caballero, La Smala, Exodarap, J.C.R. @ Eden, Charleroi, pba-eden.be Safi & Spreej, Tiewai, Eigen Makelij; Karl Hyde, Farao @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Z4tet @ Kulturzentrum Jünglingshaus, Eupen, eupen.be Yellow Paperbag @ Maison de la Culture, Namur, province.namur.be Twinkle Brothers @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Such A Noise @ Atelier Rock, Huy, atelierrock.be The Ex, Selvhenter, Les Elèves de Michael Dujardin, Stephen O’Maltine @ Rockerill, Marchienne au Pont, rockerill.com The Soul Collector @ CC René Magritte, Lessines, ccrenemagritte.be De Brassers, Exercise One @ Beursschouwburg, Bruxelles Isolée, Axel Boman, Philogresz, Supreems @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Jimmy Bowskill, Bart Walker, Joanne Shaw Taylor @ Kunsthumaniora, Bruxelles, brusselsblues.be Guti, tini, Livio & Roby, Pierre, Deg @ Fuse, Bruxelles, fuse.be Françoiz Breut @ Chiroux, Liège Out Of The Crowd Festival: Minus The Bear, Maserati, Brns, Tall Ships, Paws, Fang Island, No Spill Blood, Mmoths, The Publicist, Heartbeat Parade, Monophona, Napoleon Gold, Say Yes Dog @ Kulturfabrik, Esch/Alzette, Lux, rotondes.lu Arno @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu Child Bite, Kabul Golf Club, H.O.Z. @ Aéronef, Lille, Fr Granville, Aline @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

dimanche 21 avril 25 Jaar 4AD: Stiff Little Fingers, Unwanted Tattoo @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be The Ex, Unik Ubik @ Water Moulin, Tournai, watermoulin. bandcamp.com Wooden Hand; Ozark Henry @ AB, Bruxelles, abconcerts.be The Pharcyde ft Imani & Bootie Brown, Jayeness @ Vooruit, Gent, vooruit.be Again The Wolves @ Les Ateliers Claus, Bruxelles Dérange ta Chambre @ Maison des Musiques, Bruxelles, maisondesmusiques.be Endless Boogie & The Cosmic Dead, Elder, Pet The Preacher, Process Of Guilt, Mong Dosus @ Trix, Antwerpen, trixonline.be

lundi 22 avril Moonspell, Insomnium @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Rene Hell, Container, Laser Poodle @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com Stranded Horse @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be Sherman @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Wolf Eyes, André Stordeur, Fabrice Dubusquiel, Sergio Corrente @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Beth Orton @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Coeur de Pirate @ Cirque Royal, Bruxelles, botanique.be Half Moon Run, Plants & Animals @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr

mardi 23 avril Marble Sounds, Imaginary Family @ Stuk, Leuven, stuk.be Saez @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Widowspeak, Echo Beatty @ Les Ateliers Claus, Bruxelles Leo Wilson @ Bonnefooi, Bruxelles, bonnefooi.be Frown-I-Brown @ Rits Café, Bruxellles, stoemplive.be Afro-Cuban All Stars @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Compact Disk Dummies @ Charlatan, Gent, democrazy.be Efterklang, Anna Van Hauswolff @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Melvins lite @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

37

Puggy @ Atelier, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu

mercredi 24 avril The Residents @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Roland & Mauro @ De Centrale, Gent, democrazy.be Baby Guru @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be Bazooka, Red Hex @ Madame Moustache, Bruxelles Melvins Lite ft King Buzzo, Dale Crover, Trevor Dunn @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Electric Electric @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Theme Park @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu Aufgang, Antoine Pesle @ Aéronef, Lille, Fr

jeudi 25 avril Planet Of Zeus, Blister, American Soap Star @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Maya’s Moving Castle, Blackie & The Oohoos, Lili Grace @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be We Stood Like Kings @ Kultuurkaffee, Bruxelles, 100procentpuur.be Ufomammut @ Trix, Antwerpen, trixonline.be The Brand New Heavies @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Dyme-A-Duzin @ La Chocolaterie, Bruxelles, vkconcerts.be Barn Owl, Thisquietarmy @ LR6, Bruxelles, buzzonyourlips.be Fred Becker & Friends @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Fred Wesley, DJ Caroll @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com

vendredi 26 avril 25 Jaar 4AD: Wannes Capelle, Flying Horseman, Talike Gelle @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Bass Culture: Dimension, Dismantle, Drumsound & Bassline, Feed Me, DJ Fresh, Doctor P, NGA Sound @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be Rosanne Cash, Bhi Bhiman @ De Roma, Antwerpen, deroma.be Red Hex, Bazooka, No Matter What You Say!, Syndicate Mosh’s @ Rockerill, Marchienne au Pont, rockerill.com Trio Ernst Reijseger, Harmen Fraanje, Mola Sylla @ Ha’, Gent Sun 7 Boulevard @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Mâäk @ Flagey, Bruxelles, flagey.be Compact Disk Dummies @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Daan @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Dub(R)Evolution, Eastern Roots, Upfront Family @ Cactus@ MaZ, Brugge, cactusmusic.be Lydia Lunch’s Putan Club, Soumonces, Clarkys Bacon @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Gabriel Rios, Hydrogen Sea @ Minard, Gent, democrazy.be Joey Beltram, Black Francis, Coupe, Vincent, Enzo @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be !!!, Goose, Sizarr @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Femi Kuti @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com Mac DeMarco, Sean Nicholas Savage @ CarréRotondes, Luxembourg, rotondes.lu The Bootleg Beatles @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

samedi 27 avril 25 Jaar 4AD: The Bony King Of Nowhere, Scarlett O’Hanna, Reena Riot @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Festival Aan Zee: Coely, Dougla Firs, Sir Yes Sir, Puggy, Bart Peeters, ‘t Hof Van Commerce, We Are Prostitutes, The Mixfitz, Compact Disk Dummies, Moonlight Matters, Merdan Taplak, Nadiem Shah @ Strand, De Panne, festivalaanzee.be FVVK: Liesa Van der Aa & Koor @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Groezrock: Rise Against, Rocket From The Crypt, Hatebreed, Turbonegro, Comeback Kid, Texas Is The Reason, Kid Dynamite, Frank Turner And The Sleeping Souls, Dave Hause, Jonny Two Bags, Walter Schreifels, ...And You Will Know Us By The Trail Of Dead, Pulley, Grade, Emmure, Title Fight, Trapped Under Ice, Scorpios, Kristopher Roe, The Aquabats!, The Kids, A Wilhelm Scream, Samiam, Implants, The Story So Far, Streetlight Manifesto, Joey Cape’s Bad Loud, The Riverboot Gamblers, AC4, Obey The Brave, John Coffey, Far From Finished, Chelsea Grin, Six Ft Ditch, The Rocket, Crossfaith, Crushing Caspars, Attila, Buried In Verona, Russ Rankin, Miracles, Minx @ Festivalsite, Meerhout, groezrock.be Les Aralunaires: Lydia Lunch’s Putan Club, Agent Palmer dj set, Soumonces! @ Entrepôt, Arlon, aralunaires.be Woody Woodstock festival: Abel Caine, Meridians, Ladylo, Jane Doe and the Black Bourgeoises, Les Males Propres, Colt, Las Caras, Marty and the Magic Minds, The Slow Drugs, Grizzly Garden @ Nivelles, woodywoodstock.be Netsky @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be MLCD @ Le Manège, Mons, clubplasma.be Linton Kwesi Johnson @ Arenberg, Antwerpen Protection Patrol Pinkerton, Sherman @ DOK, Gent, democrazy.be Madelgaire, Kotebel, Locanda Delle Fate, Anglagard @ Espace Culturel Victor Jara, Soignies, progresiste.com Tim Hecker & Daniel Lopatin @ Stuk, Leuven, stuk.be Thomas Fersen @ Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve, clubplasma.be The Excitements @ Cactus@MaZ, Brugge, cactusmusic.be Sherman @ DOK, Gent, democrazy.be Rhadoo, Ken & Davy, Dezz Terquez, Pierre, Deg @ Fuse, Bxl Black Veil Brides, Heaven’s Basement @ Trix, Antwerpen Chino XL, Turbin, DJ Massacre, Sem Phi aka Mordekai, Joe Lazarus, DJ Cause, Deejay Master-D @ Petrol, Antwerpen Bazooka, Paint Fumes @ Rockerill, Marchienne au Pont, rockerill.com Cold Pumas @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be Italian Dire Straits @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Joahim Badenhorst, Carate Urio Orchestra @ Le Vecteur, Charleroi, vecteur.be Frank Boeijen @ AB, Bruxelles, abconcerts.be 24 Heures Electroniques: Modeselektor DJ set ft visuals by Pfadfinderei, Jeremy Ellis, The Gameboys DJ Set @ Rockhal,

Aline + Granville

20 avril Le Grand Mix, Tourcoing D’abord, il y a le tube. Par définition aussi envahissant qu’une armée de puces de lit. C’est dire si ‘Je Bois Et Puis Je Danse’ est imparable. Amours impossibles / amours à moitié (mais trois nuits par semaine…) / départ (‘Il Faut Partir’, ‘Deux Hirondelles’). Reste qu’Aline la Marseillaise - ces ex-Young Michelin - n’est promise ni au Stade de France, ni aux fans plus très fraîches de ‘L’Aventurier’. Aline, c’est pour les mecs. Parce qu’Aline, elle tape dans la pop limpide, à guitares claires comme des Seapony et que parfois, elle se réclame des Smiths. Parce qu’elle construit ses disques à l’ancienne avec un début et une fin. Parce que finalement, on serait presque prêt à dessiner son doux visage sur le sable (l’artwork est superbe) et à chialer pour qu’elle revienne. Charmant. (lg)

Benjamin Biolay

26 avril, AB, Bruxelles 27 avril, Den Atelier, Luxembourg Dans ‘L’Insigne Honneur’, il jure d’être un homme à femmes. Dans la vraie vie, les rumeurs populaires lui en ont accordées pas mal. Mais au fond, il s’en fout. Seules les chansons lui importent. Les putain de bonnes chansons qu’il s’échine à écrire depuis une dizaine d’années. Car si on dépasse l’apriori souvent rédhibitoire de sa tête à claques, on découvre un foutu songwriter, avec ses joies et ses peines, un type capable d’écrire le roman d’une vie en moins de quatre minutes. A ce niveau, ils ne sont pas nombreux. Ce sixième album qui convie les rappeurs et l’électronique, Vanessa Paradis et Julia Stone est sans doute le plus pop de Benjamin Biolay. Et, surtout, confirme tout le bien qu’on pensait de son auteur. (lg)

Les Aralunaires 27 avril au 5 mai Arlon

Piano Club Neuf jours durant, Arlon ouvre ses portes à plus de 70 concerts pop, rock, jazz, folk, electro, hiphop ainsi qu’à une belle brochette chanson française. Fort de son leitmotiev « Arlon est une scène », le festival musical urbain investira une nouvelle fois quantité de lieux prestigieux, insolites ou impromptus (tour romaine, ancien Palais de Justice, l’église St Donat, la synagogue, l’Entrepôt) mais aussi des commerces et des appartements privés. Au programme, beaucoup de (bonnes) choses : Lydia Lunch’s Putan Club, Barbara Carlotti, Mathieu Boogaerts, Lescop, An Orange Car Crashed, Emily Loizeau, Gablé, Rome, Toys That Kill, Soumonces, Bojan Z, Douglas Firs, Troy Van Balthazar, Paon, Piano Club (un très bon album de pop sunshine sous le bras), Benjamin Damage, Pale Grey, Rich Aucoin (le performer se double d’un habile bâtisseur de cathédrales soniques et psychédéliques. Du grandiose au chagrin, de l’électro dansante à la pop kaléidoscopique, Aucoin fait du scrapbooking musical),... Le pass coûte 70 euros. www.aralunaires.be


38 Bozar Night

30 avril Palais des Beaux-Arts S’adressant aux noctambules amateurs d’art, revoici le concept de « sortie en boîte » dans l’une des perles de l’architecture bruxelloise, avec des expositions pour décor. Un déferlement d’effets électroniques et audio-visuels en dialogue avec les Fêtes galantes de Watteau, les toiles énigmatiques du peintre Neo Rauch et le fantôme de Francis Bacon. Au programme : JETS (Machinedrum + Jimmy Edgar), Holy Other (petite nappe de brume à la larme facile), D/R/U/ G/S, Letherette, Old Apparatus, Squeaky Lobster, Cupp Cave (du “off-beat” - une boîte à rythmes n’y retrouverait pas ses petits - du funk à sept pattes, crade, moite, touffu, synthétique), les DJ Sofa et Aguila ainsi que le musicien James Ferrero soutenu par le projet Art’fn BLOOM! de l’Hôtel Bloom.

The Walkmen 30 avril VK, Bruxelles

Comptant parmi les rénovateurs les plus inspirés du rock américain, The Walkmen poursuivent leur production métronomique d’un album tous les deux ans. Franche, sèche et rayonnante, l’omniprésente Rickenbacker module l’intensité lumineuse en distillant ses traits de lumière fins et précis. Plongé dans un climat de félicité permanent, ‘Heaven’ apparaît également plus riche encore en sonorités que les précédentes productions du groupe. En apesanteur, le groupe tutoie de nouveaux sommets et ne semble pas vouloir redescendre de sitôt de son nuage. Bon sang mais c’est bien sûr. Septième album.‘Heaven’. Septième Ciel. CQFD. Avec la complicité du VK, nous avons 3x2 places à vous offrir. Envoyez un mail à fabrice.rifraf@skynet.be. (gle)

Roots & Roses 1er mai CC Lessines

Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu Benjamin Biolay @ Atelier, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu Mac Abbé et le Zombi Orchestra, Dusk @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com

The Jim Jones Revue, Scrappy Tapes @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr Jean-Louis Murat, Titan Parano @ Aéronef, Lille, Fr

dimanche 28 avril

Les Nuits: Rachid Taha, Gaël Faye; Miss Kittin, Stay, The Fouck Brothers; Maïa Vidal, Mermonte; V.O. & Box Quartet, Serafina Speer @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Inc’Rock Festival: Puggy, Eiffel, Cali, Elvis BLack Stars, Suarez, ... @ Incourt, incrock.be Les Aralunaires: Piano Club, Paon, Hal Flavin @ Garage Emond; Benjamin Damage, In Circles, K-X-P, Alvin & Lyle, Axhan Sonn @ Entrepôt; Lightnin’ Guy @ Park Music; Nitcho Reinhart, Gery Delpeire @ Ancien Palace de Justice, Arlon, aralunaires.be Century Festival: Soldout, Salut C’est Cool, Ben Et Bene, Immaculate Star, Terraformer @ Mouscron, centuryfestival.be Project Global ft Bombino @ Cactus@MaZ, Brugge, cactusmusic.be Matrix & Futurebound, Het Verzet & Da Shogunz, Maduk, Diggy Dex, Timmietex & Tjerkovara, Skiggy Rapz, Shit Is Banging Elliot Berger, Hoge Noorden Connect, Missing Link b2b Jackjazz, Stööki Sound, Jayglo, 50 Carot, Ozzie, Ben Daily b2b Omni Mill @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Axelle Red; XXYYXX, Blackbird Blackbird, Slow Magic, Giraffage, Beat Culture @ AB, Bruxelles, abconcerts.be When We Unite @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be The John Spencer Blues Explosion, Tav Falco; We Are The In Crowd, Never Shout Never @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Courtney Pine & The Band @ Arenberg, Antwerpen Daan @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Death Letters, San Diablo @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Boudewijn de Groot @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be Bombino @ Cactus@MaZ, Brugge, cactusmusic.be Experiment B-day edition @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Johnny Superglu, Hunt, Walrus, At Home, ... @ Quai 23, Bxl Jarhead, Everplay, Express Candy @ Atelier Rock, Huy Flat Earth Society @ Vooruit, Gent, vooruit.be Oxmo Puccino, Rapsodie @ Aéronef, Lille, Fr Play@Home#6: The Black Heart Rebellion, General Lee, Errata @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com Ellie Goulding @ Atelier, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu

Festival Aan Zee: VTM Kzoomband, Het Zesde Metaal, Riguelle, De Mens, Bobalicious, Captain Steel, Soul Shakers, M’sieur cROCK @ Strand, De Panne, festivalaanzee.be Groezrock: Bad Religion, Billy Talent, Killswitch Engage, The Used, Flag, Bring Me The Horizon, August Burns Red, Into Another, Strung Out, Sparta, Less Than Jake, The Starting Line, Trash Talk, Polar Bear Club, Attack Attack!, Strife, The Ataris, First Blood, Old Man Markley, Pure Love, Geoff Rickly, Vinnie Caruana, Rocky Votolato, Narrows, Adept, The Flatliners, Stick To Your Guns, Tim Vantol, Iron Chic, Smoke Or Fire, The Dopamines, Nothington, While She Sleeps, Midnight Souls, Masked Intruder, The Front Bottoms, Rob Lynch, Into It. Over It., PJ Bond, Grey Like Masquerade, Arizona @ Festivalsite, Meerhout, groezrock.be FVVK: Ensemble Cairn @ Concertstudio; Hans Beckers @ De Kreun, Kortrijk, festivalkortrijk.be Les Aralunaires: Barbara Carlotti; Mathieu Boogaerts, Seed To Tree @ Ancien Palace de Justice, Arlon, aralunaires.be Haim @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Villagers, Marco Z @ Ha’, Gent, democrazy.be Orphelia, Aranis, Special Providence, Forgas Band Phenomena @ Espace Culturel Victor Jara, Soignies, progresiste.com Daedelus, LTGL @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be GiedRé @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Marie-Pierre Arthur, Robi @ La Cave Aux Poètes, Roubaix, Fr

lundi 29 avril The Staves, Sivu @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Les Aralunaires: Lescop, An Orange Car Crashed, ... @ Entrepôt, Arlon, aralunaires.be Maya’s Moving Castle @ Archipel, Bruxellles, stoemplive.be

mardi 30 avril 25 Jaar 4AD: Motorpsycho, Bed Rugs @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Bozar Night: Jets aka Jimmy Edgar + Machinedrum, Holy Other, D/R/U/G/S, Letherette, Old Apparatus, Squeaky Lobster, DJ Sofa, Aguila, ... PBA, Bruxelles, bozar.be Les Aralunaires: Rome, Modern Cubism, Chemical Sweet Kid @ Ancien Palace de Justice; Gablé, Shiko Shiko, H-Burns, Virage @ Entrepôt Emily Loizeau, Juliane Chleide @ Elglise Sacré Coeur, Arlon, aralunaires.be Volta: Daan, De Mens, Absynthe Minded, DJ 4T4, Discosluts, Sir Yes Sir, Ilse Liebens, David Galle, William Boeva @ Vooruit, Gent, nachtvandearbeid.be FVVK: Ensemble Phoenix Munich/Joel Frederiksen @ Kerk Hospitaal, Kortrijk, festivalkortrijk.be Newton Faulkner; Het Zesde Metaal @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Norman Jay @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Lynn Casiers, Dans Dans, Joachim Badenhorst @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com Lordi @ Trix, Antwerpen, trixonline.be P!nk @ Sportpaleis, Antwerpen livenation.be, livenation.be Valerie June @ Botanique, Bruxelles, botanique.be The Walkmen @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Capleton & The Prophecy Band @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Amorroma, Bal Folk @ Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve, clubplasma.be Lana Del Rey @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

mercredi 01 mai

The Jim Jones Revue Le Roots & Roses Festival, cette année encore, ne fera pas mentir son titre : Bertrand Lani & Band, Larry and His Flask, The Hillbilly Moon Explosion, The Urban Voodoo Machine, Madé J, Aramak iab (feat. Bai Kamara Jr, Manu Ribot, Thierry Rombaux, Didier Fontaine), John Schooley & his one man band, Slim Cessna’s Auto Club, The Godfathers, The Reverend Peyton’s Big Dawn Band. Epinglons la venue des prédicateurs cracheurs de feu sacré : les Jim Jones Revue sont de retour pour réveiller le rock’n’roll à coup de maléfices vaudou. Leur dernière plaque a fait long feu mais ces Londoniens sont les fils spirituels d’une jamboree arrosée et explosive qui aurait vu se rassembler dans les bayous Keith Richards, Dr. John et Jerry Lee Lewis, sous le regard approbateur d’alligators albinos. Swamp rock pour tout le monde! Doit-on rappeller qu’entre 1976 et 1983, The Stranglers ont produit une demi douzaine d’albums essentiels? Bon, leur dernier opus nous a laissé de marbre (euphémisme), on ne se fera toutefois pas prier pour offrir une bière à ces vétérans du punk.

Roots & Roses: The Stranglers, The Jim Jones Revue, The Godfathers, The Reverend Peyton’s Big Damn Band, Slim Cessna’s Auto Club, John Schooley & His One Man Band, Madé J, Aramak Iab, The Urban Voodoo Machine, The Hillbilly Moon Explosion, Larry and His Flask, Bertrand Lami and Band @ CC, Lessines, rootsandroses.be Les Aralunaires: Toys That Kill, Versus You, Tim Vantol, Project 54, Average Joe’s @ Entrepôt; Bojan Z. @ Synagogue, Arlon, aralunaires.be Red Rock Rally: Band Of Willies, Quistgard, Monk, Modern Art, Sunday’s Ghosttown, Northern Sadness, Uderdope, Het Zesde Metaal, Wallace Vanborn, Arbeid Adelt! @ Astridpark, Brugge, redrockrally.be Dérange ta Chambre @ Festival Cité Métisse, Mouscron Motorpsycho, Bed Rugs @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be The Bevis Frond, Rivercrest @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Ellie Goulding, Charli XCX, Matthew Kom; Drive Like Maria, Ondine, The DeVilles @ AB, Bruxelles, abconcerts.be

jeudi 02 mai Les Aralunaires: Troy Von Balthazar, Douglas Firs @ ULG; Albert Blues Band, Remo Cavallini Blues Band @ Entrepôt, Arlon, aralunaires.be Ostrogoth, Evil Invaders @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Philippe Laloy @ Théâtre Marni, Bruxelles, facebook.com/ homerecordsbe The Inbetweens @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Spocks Beard, Beardfish @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Dez Mona, Sir Yes Sir, Black Cassete @ MOD, Hasselt Grimskunk, Frau Blücher & The Drünken Horses, The Dyson’s @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Capsule @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Hear, Hear! (A Cheer), A Few Bits @Le Coq, Bruxellles, stoemplive.be Imagine Dragons @ AB, Bruxelles, abconcerts.be

vendredi 03 mai

samedi 04 mai 25 Jaar 4AD: K-X-P, Brns @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Les Nuits: Cold War Kids, British Sea Power, Plants and Animals, Milo Greene; La Chiva Chantiva, Skip & Die, Yasmine Hamdan; How To Dress Well, Mesparrow; Ensemble Musiques Nouvelles, Stéphane Collin, Ensemble Temporain, Gauthier Keyaerts, Auryn @ Botanique; BB Brunes, Elvis Black Star @ Cirque Royal, Bruxelles, botanique.be Inc’Rock Festival: Olivia Ruiz, Caravan Palace, Saule, Noa Moon, Elisa Jo, Goedré, Mister Cover, ... @ Incourt, incrock.be Century Festival: Mermonte, Electric Electric, Siamese Queens, Frank Shinobi, Socrade, Petula Clark, Psykokondriak, Unik Ubik, Mascarade @ Mouscron, centuryfestival.be FVVK: Jóhann Jóhannsson & Bill Morrison & Belgian Brass @ Sint-Maartenskerk; Christina Vantzou @ De Kreun, Kortrijk, festivalkortrijk.be Festival Cités Métisses: Baloji, Moon Invaders, Takeifa, Buenas Ondas, Guyom, After Shave, The Green Violonist @ Blvd. du Hainaut, Mouscron, picardie-laique.be Les Aralunaires: Paon @ Maison Thieltgen; Azerty @ Appartement Merlot; Oasis Forever, Blurb, Antarctic Monkeys, Last Men Alive, The Unknown Soldiers @ La Knippchen; Seed To Tree @ Musée Archeologique; Pale Grey @ Maison Lamboray; Primitiv @ Optique Arnold; Wild Dandies @ Maison des Jeunes; Rich Aucoin, Primitiv, Pale Grey, Say Yes Dog @ Entrepôt; Folk Ambiance @ Marmite Ukrainienne, Arlon, aralunaires.be Wolfrock: Antoine Hénaut, Abel Caine, Adam Stokes, Highkey Lowkey, Collin Hill @ CC, Dour, centrecultureldour.be Les Ex, Alek Et Les Japonaises, Quinze Petits Points @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, aredje.net Showtime @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be La Pegatina @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Ziggi Recado, Uphill Sound, Beatstreet Sound, High Grade Sound @ Kultuurkaffee, Bruxelles, facebook.com/KingstonKaffee Camping Sauvach @ Maison de la Culture, Namur, province. namur.be Daan @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Dark Fest VII @ Atelier Rock, Huy, atelierrock.be Goose Fest: Everplay @ Chenois Psy De La Rime @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu

dimanche 05 mai Les Nuits: Les Nuits: Girls Against Boys, Lumerians, Driving Dead Girl; Jean-Louis Murat, Marie-Pierre Arthur; Jamie N Commons @ Botanique; Woodkid & Mons Orchestra @ Cirque Royal, Bruxelles, botanique.be Inc’Rock Festival: Kery James, Médine, Pitcho, Seth Gueko, Casey, Féfé, A Notre tour, MakyZard, ... @ Incourt, incrock.be Les Aralunaires: Channel Zero, Pendejo, 15009 Zorek @ Entrepôt; Inglenook @ Gîte An der Hetchegaass; Fastlane Candies @ Appartement Bodart; The Burning Hell @ Appartement Pompes Funèbres Bentz;The Bony King Of Nowhere; Soleil Noir @ Tour Romaine Jupiter; Inglenook @ Musée Gaspar; Desidela @ Hôtel de Ville; Fastlane Candies @ Infor Jeunes; The Burning Hell @ Cave Stout; The Imaginary Suitcase @ Appartement Deschamps; Coenguen @ Bar 180, Arlon, aralunaires.be XXYYXX, BlackBird Blackbird, Slow Magic, Giraffage, Beat Culture @ DOKbox, Gent, democrazy.be The Knife @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Get Em Out @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be International Record Fair @ Rockhal, Esch/Alzette, Lux, rockhal.lu


15 AUG.

EMINEM

NINE INCH NAILS

FALL OUT BOY – SLAYER – DEFTONES MAC MILLER – TNGHT (HUDSON MOHAWKE X LUNICE)

BAAUER – IMAGINE DRAGONS – SOLANGE – THE PAROV STELAR BAND – QUICKSAND VILLAGERS – FUCKED UP – DANNY BROWN – WILKINSON

THE MENZINGERS – HAWK EYES – ALLAH-LAS …

16 AUG. NEIL YOUNG & CRAZY HORSE THE PRODIGY

BOYS NOIZE - SKUNK ANANSIE - FUN.

LOCAL NATIVES – GIRLS IN HAWAII – POLIÇA – SBTRKT DJ SET – ZEDS DEAD

DAUGHTER – MOUNT KIMBIE – PROXY – AS I LAY DYING – TOTALLY ENORMOUS EXTINCT DINOSAURS – TC MAYA JANE COLES – FRANK TURNER & THE SLEEPING SOULS – UNKNOWN MORTAL ORCHESTRA – ARCHITECTS MATT CORBY – CHVRCHES – WE CAME AS ROMANS - DUKE DUMONT TODDLA T SOUND – XXYYXX – CHUCK RAGAN – HAZARD – SKATERS – LORD HURON – CLOUD BOAT …

17 AUG.

THE XX

FRANZ FERDINAND - THE KNIFE

ALABAMA SHAKES – BAT FOR LASHES – FOALS OPETH - TRIGGERFINGER - MIDLAKE - LAMB OF GOD – JULIO BASHMORE FRICTION - KODALINE - FOREIGN BEGGARS – BEN PEARCE – CULT OF LUNA – REDLIGHT – YOUR DEMISE WHILE SHE SLEEPS - BOSNIAN RAINBOWS - S O H N - POKEY LAFARGE – THE FAMILY RAIN ...

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