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Invité Frédéric Beigbeder NOUVELLE-AQUITAINE EN REVUE

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HIVER 20 18

Mythiques

Danielle Darrieux en 1938.


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Masque éléphant Bamileke du Cameroun, collection particulière, musée d’Aquitaine © Photo : Lysiane Gauthier Mairie de Bordeaux

sorties

100%

musÉe* Abonnez-vous à l’infolettre Culture sur bordeaux.fr

AVEC LE PASS MUSÉES VISITES ILLIMITÉES

*CAPC musée d’art contemporain / Musée des Arts décoratifs et du design / Musée des Beaux-Arts / Musée d’Aquitaine / Base sous-marine / Jardin Botanique

marine

bordeaux.fr


Danielle Darrieux (1er mai 1917 – 17 octobre 2017). Jeanne Moreau (23 janvier 1928 – 31 juillet 2017).

En couverture : Danielle Darrieux, image extraite de la une du magazine américain Hollywood, 1938. © Atelier Franck Tallon

le festin bénéficie du soutien du CONSEIL RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE,

de la DIRECTION RÉGIONALE DES AFFAIRES CULTURELLES NOUVELLE-AQUITAINE,

et du CONSEIL DÉPARTEMENTAL DE LA GIRONDE, du CONSEIL DÉPARTEMENTAL DES LANDES, du CONSEIL DÉPARTEMENTAL DES PYRÉNÉES-ATLANTIQUES, du CONSEIL DÉPARTEMENTAL DE LOT-ET-GARONNE, de la VILLE DE BORDEAUX, et du CONSEIL DÉPARTEMENTAL DE LA DORDOGNE.

Incluses avec ce numéro pour tous les abonnés livrés par courrier : une affiche 40 x 60 cm de la couverture et La Lettre des abonnés.

DU BEAU MONDE

par XAVIER ROSAN

« Revenons à cette image respectable que vous donnez de mon pays [la France], Mme Deneuve. Ce côté par moment, m’hallucine. Il y a comme une espèce d’aliénation étrange, vous êtes hors territoire. Vous êtes une star. » Actuel, septembre 1987

ÉDITO # 104 HIVER 2018

Par définition, la star – un artiste, le plus souvent actrice ou acteur – est un individu à l’origine lambda que l’image sublimée auprès du public (via le cinéma, le théâtre jadis, la musique, la télévision ou le sport aujourd’hui) transforme en être chimérique, inabordable, impalpable, baigné dans un halo de mystère. Hors-sol. Hollywood au xxe siècle, la Toile de nos jours figurent les Olympe modernes où des héros, des déesses et des dieux incarnent l’idéal de « la masse ». La popularité, plus encore que le talent, sont les moteurs de ce processus qui change un monceau de glaise en statuette pailletée. Mais, de même que nous savons désormais – grâce à Alain Resnais et Chris Marker – que « les statues meurent aussi », le statut de « star », en vérité, peut s’avérer fragile. Oui, les étoiles meurent aussi. Pour de vrai : citons James Dean, décédé alors même que sa carrière cinématographique n’avait pas commencé, ou Marilyn Monroe, disparue au faîte de sa gloire. Leur fin, aussi tragique que prématurée, assure à leur postérité un stationnement longue durée au parking des anges (car le drame sied à la star). Pour de faux aussi : combien de vedettes éphémères, dont le règne se compte en poignée(s) d’années, de semaines, sinon de jours, peuplent les magazines de cinéma ou les pages people depuis que le phénomène de starification a commencé (circa fin xixe) ? Une hécatombe perpétuelle de noms jadis célèbres sombrés dans l’oubli le plus profond, et dont nul ne se soucie (sinon d’improbables mais ô combien précieuses groupies vintage). De fait, la multiplication à l’infini et à une vitesse vertigineuse des réseaux de réseaux sur le Web accélère la banalisation de l’« état de star », voire contribue, par un effet concentrique inverse et pervers de mise à nu, à le rabaisser au rang d’antistar (monsieur ou madame tout-le-monde). Néanmoins, tant qu’il y aura des hommes… et des femmes, la star demeurera. Peu importe son délai de péremption. L’idéal, plus que l’espoir, fait vivre. Les chambres des adolescents sont peuplées d’images sucrées ou romantiques, de même que les alcôves mentales de leurs parents. La raison en est simple : ces créatures divines que nous chérissons véhiculent une substance qu’elles seules peuvent nous procurer et qui a pour estampille l’intraduisible terme anglais de glamour, que le français associe inévitablement à amour. L’ensorcellement n’en est, pour nous, que plus profond. La Nouvelle-Aquitaine n’est pas Hollywood, certes, mais elle n’en a pas moins attiré des étoiles (et le « phénomène » continue), dont le sillage ineffable et qui se moque du temps et des modes nous a laissé des traces, des secrets. Bienvenue dans le monde merveilleux du rêve, lequel un jour a été réalité, et l’est peutêtre, sans doute, encore. •

Nos livres et hors-série à retrouver en kiosque, en librairie et sur lefestin.net le festin { HIVER 2018 } 1

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SOMMAIRE

106

# 104 HIVER 2018

68 44 \ FEUILLETAGE

\\ ÉCHAPPÉES 36

À UN BATTEMENT DE PAUPIÈRE PRÈS… par Marie Michel Gironde

6 CARTE D’IDENTITÉ 48

10 ŒUVRES EN STOCK

16 LIVRES

56

62

22 L’EXPLORATEUR MÉTROPOLITAIN 24 ARCHITECTURES © Archives Michel Aphesbero / © Coll. part. / © The Red List / Cl. Nicolas Mollo / Cl. Raphaele De Gorostarzu

29 HOMMAGES

68 CAMBO-LES-BAINS

30 L’INVITÉ Frédéric Beigbeder

76

30

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ÉMILE COUZINET ROI DU NANAR, NABAB DE HOLLYWOOD-SUR-GIRONDE par Françoise Mamolar Charente-Maritime / Gironde

26 TÊTES À TÊTES 28 L’UNIVERS DU FESTIN

MARIA CASARÈS LE LEGS D’UNE TRAGÉDIENNE par Serge Sanchez Charente

18 QUESTIONNAIRE E Troub’s 21 LES CARNETS DE L’INVENTAIRE

MOUNET-SULLY DANS L’INTIMITÉ D’UN MONSTRE SACRÉ par Hervé Brunaux Dordogne

12 SCÈNES 14 ÉCRAN TOTAL

86

44 DANIELLE DARRIEUX

4 TEMPS FORTS

8 EXPOSITIONS

BOTTIN MONDAIN

par Sylvain Lapique Béarn 92

RENCONTRES D’ASTAFFORT CABREL ET SES DISCIPLES par Ariane Puccini (Youpress) Lot-et-Garonne

98

GOJIRA ET LA FAMILLE DUPLANTIER GAYÈRES, NID D’ARTISTES par Serge Airoldi Landes

106 RETOUR SUR « L’EXPO JOHNNY HALLYDAY » par Anna Maisonneuve Gironde

\\\ DÉTOURS 112 PROPOS COMME ÇA par Jean-Marie Planes

HAVRE POUR GLOIRES DU THÉÂTRE

114 DANS L’ATELIER Claire Abdelkader

par Jacques Battesti Pays basque

118 SECRETS DE CUISINE

MODERATO CANTABILE BLAYE AU TEMPO DE MOREAU par Chantal Detcherry Gironde

80

JACQUES MORGANTINI PAU-CHICAGO BLUES CONNECTION

LES PORTES-EN-RÉ UNE SI DISCRÈTE RETRAITE VIP Charente-Maritime par Ariane Puccini (Youpress)

122 BULLES DE SALON 125 HUMOUR 126 GRAPHISME

114

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/ Feuilletage

FLOIRAC

TEMPS FORTS

BORDEAUX MÉTROPOLE ARENA AU ZÉNITH NOUS IRONS Exit la bonne vieille patinoire de Mériadeck : la métropole bordelaise se dote d’une salle de spectacles à la mesure de son boom démographique.

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la patinoire de Mériadeck est limitée à 4 800 places debout (ou 3 450 assises). Si la Ville l’utilisait jusqu’à lors comme salle de spectacle, privant régulièrement les sportifs de lieu d’entraînement et d’accueil pour les compétitions, la piste est dorénavant entièrement dédiée aux sports de glisse. Le nouveau site de Floirac est d’une envergure tout autre : la salle en ellemême présente un volume de 120 000 m3 et une surface de 7 000 m2. Au total, le bâtiment offre 17 000 m2 de surface, dont un grand parvis ouvert sur la Garonne, qui accueille une brasserie avec terrasse. Côté programmation, Bordeaux Métropole Arena donne dans l’éclectisme : d’Aznavour (27 janvier 2017) à Orelsan (10 mars), d’Indochine (13 mars) à Bernard Lavilliers (15 mars), sans oublier des one-man-shows (Jamel Debbouze, le 7 mars), des comédies musicales (Dirty Dancing, le 17 mars) ou autres ballets comme Le Lac des Cygnes par l’Opéra national de Russie (le 16 mars). • MADO DE LA QUINTINIE bordeauxmetropolearena.com

© Bouygues bâtiment – Cl. Antoine Billaud

Il manquait à Bordeaux un véritable zénith pour accueillir les grands spectacles et événements sportifs majeurs indoor… C’est chose faite : très attendu, Bordeaux Métropole Arena est inauguré en grande pompe le 24 janvier 2018. C’est le groupe pop rock anglais Depeche Mode qui ouvre le bal, pour sa seule date en France

en 2018. Joli coup, puisque les places se sont vendues en quelques heures… Si un premier projet de salle zénithale pour la métropole est étudié dès 2004, l’appel d’offres n’est lancé qu’en 2013. Lagardère remporte le marché pour la conception et la construction du site et assurera l’exploitation de la salle pendant 17 ans, aux termes desquels la collectivité redeviendra propriétaire du site. C’est à Rudy Ricciotti, à l’origine du Mucem à Marseille, que l’on doit cet écrin de béton blanc, perforé de baies mises en lumière par un système de LED rappelant un égaliseur numérique. Pendant deux ans, les Bordelais ont observé, depuis l’une ou l’autre des deux rives, la lente élévation de ce galet monolithe dont la surface blanche et lisse reflète les lumières mouvantes du ciel. Pour les amateurs de concerts du Sud-Ouest, une nouvelle ère s’annonce. Avec sa salle modulable (20 configurations possibles) s’adaptant aux événements, Bordeaux Métropole Arena peut accueillir près de 100 manifestations par an et entre 2 500 et 11 300 spectateurs. À titre de comparaison,

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Feuilletage / Roger Chapelain-Midi, esquisse pour une décoration de l’Institut agronomique.

LA ROCHELLE

LE PALAIS DES SENS

© ADAGP, Paris 2017 – Cl. Max Roy / © Guillaume Pinard / Cl. Pierre Antoine / © La Cinémathèque française – Succession Clouzot

Retour d’une initiative exemplaire : dans « Le Palais des sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le cadre de la 11e édition de l’opération le goût depuis le xvie siècle » Jusqu’au 15 juin 2018 « Accrochage », 23 élèves du lycée Musée des beaux-arts hôtelier de La Rochelle ont pu puiser à de La Rochelle 28, rue Gargoulleau leur guise dans les réserves du musée T. 05 46 41 64 65 des beaux-arts et scénographier les larochelle.fr 70 œuvres sélectionnées pour explorer une thématique, également choisie par leurs soins, dédiée cette année aux cinq sens. Ce concept unique en France, initié en 2008, consiste à impliquer des Rochelais peu familiers des musées pour travailler pendant un an à la préparation d’une exposition d’envergure.

PESSAC

POITIERS

L’Artothèque a 15 ans

(RÉ)CONFORT MODERNE

Voilà un quart de siècle que l’Artothèque de Pessac s’efforce de diffuser l’art contemporain via un procédé peu courant : moyennant une somme modique, particuliers et institutions peuvent y louer une œuvre à accrocher à la maison, à l’hôpital ou en prison ! En sus, expositions, résidences, programmation Guillaume Pinard, « Où la ronce croissait on a planté des roses », aide culturelle, actions éducatives à la création DRAC Nouvelle-Aquitaine, jusqu’au 3 février hors les murs s’articulent « Au milieu de choses », autour de sa collection en partenariat avec l’EBABX, du 28 février au 24 mars sans cesse enrichie de Les Arts au Mur-Artothèque plus de 900 œuvres. Dans 2, avenue Eugène-et-Marc-Dulout T. 05 56 46 38 41 le cadre de cette année lesartsaumur.com anniversaire, six expositions, dont des créations et des co-productions, ponctuent la saison 2017-2018.

Après 16 mois de travaux, le Confort moderne de Poitiers, centre de musiques actuelles et d’art contemporain, rouvre ses portes le 16 décembre, fort d’une programmation de 20 concerts et 4 expositions. Le bâtiment, réhabilité par l’architecte Nicole Concordet, propose une structure volontairement brute, libre de s’adapter aux besoins des artistes. Au lancement du lieu rénové, l’exposition collective « Tainted Love » prend ses quartiers, soit une ode aux amours adolescentes sur fond de pop nineties.

« Où la ronce croissait on a planté des roses », une exposition de Guillaume Pinard.

Vue des bureaux du Confort moderne, rénové par Nicole Concordet.

«Tainted Love » Exposition du 16 décembre au 4 mars 185, rue du Faubourgdu-Pont-Neuf T. 05 49 46 08 08 confort-moderne.fr

NIORT Photographie d’Henri-George Clouzot, vers 1960.

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LE RETOUR DE CLOUZOT Parti de Niort à l’âge de 15 ans pour la Bretagne « Henri-Georges Clouzot, un réalisateur en œuvre » puis Paris, Henri-Georges Clouzot était Jusqu’au 25 février familier de Simone Signoret, Yves Montand ou Musée Bernard-d’Agesci avenue de Limoges Picasso. À l’occasion des 110 ans de la naissance 26, T. 05 49 78 72 00 niortagglo.fr du cinéaste, Niort fête l’enfant du pays au travers de trois films emblématiques : La Prisonnière, son dernier film, L’Enfer, projet inachevé notamment connu pour ses expérimentations plastiques avec Romy Schneider, et Le Mystère Picasso. Photos de tournages, éléments de décor et œuvres issues de la collection personnelle de Clouzot insistent sur la collusion existante après-guerre entre les arts plastiques et le cinéma. Au-delà de l’exposition, l’agglomération de Niort se met au diapason, proposant conférences, installations vidéo et animations durant tout l’hiver. le festin { HIVER 2018 } 5

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/ Feuilletage

CARTE D’IDENTITÉ

Présentation graphique et chiffrée d’un événement, d’un lieu, d’un thème ou d’une institution culturelle.

La NouvelleAquitaine du CINÉMA EN GIRONDE 47 cinémas 31 191 fauteuils

ILE ? ON SE FAIT UNE TO

NOUVELLE-AQUITAINE

232 cinémas 634 écrans 115 057 fauteuils

Les Girondins se rendent

4 x / an au cinéma Parmi les 14 départements français les mieux équipés figurent 4 Néo-Aquitains : Charente-Maritime, Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques.

= 1 fauteuil pour 51 habitants (moyenne nationale : 1/58)

Et parmi les 39 départements les moins équipés, 3 Néo-Aquitains : Charente, Dordogne, Lot-et-Garonne.

HOLLYWOOD CONNECTION Quelques réalisations mondialement réputées ont eu la Nouvelle-Aquitaine pour décor :

EN CREUSE 7 cinémas 1 950 fauteuils

LA ROCHELLE

1er long métrage de Ridley Scott, avec Keith Carradine et Harvey Keitel

LE JOUR LE PLUS LON

G

kin, réalisé par Ken Anna Bernhard Wicki, avec Andrew Marton, l F. Zanuck Gerd Oswald et Darry ÎLE DE RÉ - 1962

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moins de

* Liste non exhaustive.

BOX OFFICE L’un a été primé à Cannes en 1994 : La Reine Margot de Patrice Chéreau (tourné en partie à Bordeaux). Lady Chatterley (Pascale Ferran, 2006), tourné en Corrèze, a reçu 5 Césars. Les Petits mouchoirs (Guillaume Canet, 2010) est, avec 6 573 234 entrées, le plus grand succès rencontré par un film tourné en NouvelleAquitaine au Cap-Ferret).

Les Creusois se rendent

2 x / an au cinéma

Structurée autour de l’agence Écla adossée au réseau aquitain des bureaux d’accueil départementaux, du Pôle cinéma Limousin et de la Régie Cinéma d’Angoulême, la Région NouvelleAquitaine est devenue en 2017 le 2e fonds de soutien Cinéma et Audiovisuel, après l’Île-de-France, avec un fonds d’aide doté de près de 11 M € / an (8 M € Région + 2,73 M € départements).

« LA GUERRE DES BARRIÈRES »

Dans les années 1930, Bordeaux a été la ville où se concentraient le plus de cinémas. (Lire notre article sur Émile Couzinet, pp. 62-67)

Source : CNC / Source : Film France - Sud Ouest / Source : Film France - Région Nouvelle-Aquitaine - CNC

LES DUELLISTES

1977

PÉRIGORD NOIR

la première aventure lisée d’Indiana Jones, réa rg be iel Sp ven Ste par

1980

Les Aventuriers de l’Arche perdue

La Commission nationale du film recense dans ses bases 180 longs métrages tournés en tout ou partie en Nouvelle-Aquitaine* depuis les années 1990, avec une prédominance de l’ex-Aquitaine (une centaine de longs métrages).

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/ Feuilletage

EXPOS

5 Le geai d’Étienne Ledevant,

céramiste à Saintes, xixe siècle.

Yann Arthus-Bertrand et ses célèbres vues du ciel, au DIDAM

3 de Bayonne.

1 Camille Claudel,

Portrait d’Auguste Rodin, plâtre, Paris, musée Rodin.

2

Œuvre ornant l’affiche de l’exposition « Yume no kakera » (« Fragments d’un rêve »), par Idoia Izumi.

PAU

4 La bande AGEN POITIERS

1 Camille et Auguste

Jusqu’au 18 mars 2018 Musée Sainte-Croix 3 bis, rue Jean-Jaurès poitiers.fr T. 05 49 41 07 53

3 Vu du ciel

La peintre et illustratrice Idoia Izumi poursuit son travail entamé en janvier 2016, « Yume no kioku » (« Souvenirs d’un rêve »), avec « Yume no kakera » (« Fragments d’un rêve ») au musée des beaux-arts d’Agen. Ses toiles et installations racontent un Japon mystérieux et poétique, saisi à la frontière du sensible, reconstitué à partir de ses émotions et sensations oniriques, pour une exposition familiale et jeune public conçue comme un voyage en dehors du monde.

À l’occasion du la 2e édition du Mois de la Photographie, consacrée au thème de l’eau, le DIDAM présente une sélection de clichés issus du projet « La Terre vue du ciel », du photographe Yann Arthus-Bertrand. Exposée pour la première fois en 2000 sur les grilles du jardin du Luxembourg à Paris, cette série a, depuis, été montrée dans 150 villes de tous les continents et vue par plusieurs millions de visiteurs, séduits par cet appel à la prise de conscience écologique mariant science et esthétisme.

« Yume no kakera » Du 9 décembre 2017 au 26 février 2018 Musée des beaux-arts d’Agen Place du Dr-Esquirol agen.fr T. 05 53 69 47 23

« Home » Du 10 novembre 2017 au 14 janvier 2018 DIDAM 6, quai de Lesseps T. 05 59 42 98 96 bayonne.fr

à Visat

Peintre, poète, graveur, imprimeur et éditeur d’art, Georges Visat (1910-2001) s’est fait un nom parmi les surréalistes et les artistes d’avant-garde. Le musée des beaux-arts clôt une trilogie retraçant le parcours hors du commun d’un esthète bien entouré, proposant cette année une traversée des courants artistiques majeurs du xxe siècle au travers de la prestigieuse collection réunie par Suzanne et Georges Visat, enrichie de prêts d’artistes (César, Hans Belmer…) et d’une contextualisation éclairant les liens de cet humble ami des arts avec les plus grands noms (Dalí, Ernst...). « Visat & co » Jusqu’au 15 janvier 2018 Musée des beaux-arts Rue Mathieu-Lalanne T. 05 59 27 33 02

5 Tout sur la céramique Apparue en Saintonge comme partout en Europe voilà 7 500 ans, la céramique est un marqueur artistique et matériel du temps qui passe… Depuis mai et un an durant, les trois musées de Saintes accordent leur programmation, mettant en commun leur expertise respective et les centaines de pièces issues de leurs collections, du Néolithique aux objets d’art et d’industrie du xxe siècle. Animations, visites et conférences croisées permettent d’aborder la question à 360°. « Terre de Saintonge, 7 500 ans de céramique » Jusqu’au 20 mai 2018 Musée de l’Échevinage, musée archéologique, musée DupuyMestreau ville-saintes.fr T. 05 46 98 23 90

1 © Musée Rodin – Cl. Christian Baraja / 2 © Idoia Izumi / 3 Cl. Yann Arthus-Bertrand / 5 Cl. Jean-Bernard Forgit

À l’occasion du centenaire de la mort d’Auguste Rodin, le musée SainteCroix reçoit du musée de Guéret le prêt exceptionnel du Baiser ainsi que trois œuvres du musée Rodin, intégrées au parcours permanent en vis-à-vis des sculptures de son élève et amante Camille Claudel, conservées à Poitiers, parmi lesquelles le plâtre Portrait de Rodin. Des travaux de maîtres, d’amis et d’élèves du couple accompagnent ces œuvres pour en situer le contexte artistique.

2 Fragments d’un rêve

BAYONNE

SAINTES

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Feuilletage /

Exposition « J’ai du chocolat dans le cœur » de Sarah Tritz : au premier plan, Allo Savinio ?! (2017), à l’arrière-plan, « Georg » (2017).

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7

Alfred-Auguste Janniot, Vulcain, fusain et sanguine sur papier.

Odette Boyer, Le Port, 1950, huile sur toile, H. 55 cm ; L. 46 cm.

10 Emma Reyes, Sans titre, 1990, acrylique sur toile, H. 130 cm ; L. 88 cm.

7 © Ville de Mont-de-Marsan / 8 © Ville de Périgueux, Maap – Cl. Bernard Dupuy / 9 © ADAGP, Paris – Cl. Frédérique Avril / 10 © Johan Demessine - Galerie G.A.G.

MONT-DE-MARSAN BORDEAUX

6 Francis Jammes Le poète, romancier et dramaturge Francis Jammes (1868-1938), qui vécut toute sa vie entre le Béarn, le Pays basque et Bordeaux dont il fut un grand amoureux, est au centre de la nouvelle exposition des collections patrimoniales et contemporaines de la Bibliothèque de Bordeaux. Parmi les temps forts, citons une rencontre, le 1er février, avec Jacques Le Gall autour du recueil Promenades bordelaises (éd. Le Festin, 2016) et la visite guidée « Francis Jammes à Bordeaux » proposée par Agathe Corre, le samedi 3 mars. Du 4 janvier au 15 mars Bibliothèque Mériadeck 85, cours du Maréchal-Juin bibliotheque.bordeaux.fr T. 05 56 10 30 00

7 Alfred-Auguste Janniot Des éléments sculptés de la fontaine de Nice aux façades du Palais des colonies de la Porte dorée, en passant par le relief de la Bourse du Travail à Bordeaux, AlfredAuguste Janniot (prix de Rome, 1919) propose une sculpture puissante dans ses proportions, associant rythme et douceur des lignes. Le musée DespiauWlérick s’attache au travail préparatoire à ces commandes monumentales, rassemblant 29 croquis et études au fusain, sanguine et crayon caractéristiques de la période Art déco. « Alfred-Auguste Janniot. Œuvres graphiques » Jusqu’au 14 janvier 2018 Musée Despiau-Wlérick 6, place Marguerite-de-Navarre montdemarsan.fr T. 05 58 75 00 45

BORDEAUX

8 Chantoiseau, mère et fille La galerie G.A.G. consacre une double exposition à Odette Boyer-Chantoiseau (1907-1994) et à sa fille, Maïté Fouquet. Soutenue toute sa vie par son mari dans sa vocation de peintre, Odette Boyer posera définitivement les pinceaux à la mort de celui-ci pour se tourner vers l’art sacré. Peintures, gouaches et dessins témoignent de sa trajectoire, de la figuration vers l’abstraction, et sont mis en regard avec les poteries et céramiques de sa fille Maïté, au charme vibrant et fragile. « De la figuration vers l’abstraction » et « L’héritage de la forme » Jusqu’au 30 décembre 2017 Galerie Guyenne Art Gascogne 32, rue Fondaudège galeriegag.fr T. 05 57 83 49 63

LIMOGES

PÉRIGUEUX

9 Sarah Tritz

10 Emma Reyes,

Les travaux polymorphes de Sarah Tritz (peintures, dessins, sculptures, installations) font montre d’une appétence particulière pour les ruptures de style et les paradoxes. Elle aime à confronter des formes éloignées – une peinture rupestre et un personnage de dessin animé par exemple –, pour créer une « nouvelle dialectique ». « J’ai du chocolat dans le cœur » présente en partie des œuvres nouvelles en céramique spécialement conçues pour le site du FRAC, élaborées par l’artiste en collaboration avec des artisans spécialisés des ateliers CRAFT à Limoges.

peintre

« J’ai du chocolat dans le cœur » Jusqu’au 20 janvier 2018 FRAC Limousin Impasse des Charentes fraclimousin.fr T. 05 55 45 18 20

À l’occasion de la sortie de l’édition française de Lettres de mon enfance, (éd. Pauvert), le Musée d’art et d’archéologie du Périgord, riche de plus de 200 œuvres d’Emma Reyes (1919-2003), rend hommage à cette artiste d’origine colombienne et périgourdine par mariage, proche de Diego Rivera, Gabriel García Márquez ou Frida Khalo. Photos et coupures de presse mettent en perspective son travail, caractérisé par une grande force dans les couleurs, un déploiement arachnéen, une densité des formes et cette ligne, omniprésente, qui relie les sujets et les choses les uns aux autres. Jusqu’au 8 janvier 2018 22, cours Tourny perigueux-maap.fr T. 05 53 06 40 70

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/ Feuilletage

ŒUVRES EN STOCK

ACQUISITIONS Donations, acquisitions ou restaurations récentes dans les collections publiques*. AGEN (47)

Nature morte à la mésange, Jean-Baptiste Oudry Musée des beaux-arts

ENCHÈRES Joao Da Silva, Trophée de la plus belle femme de France, 1920, H. 31 cm.

SAINT-JEAN-DE-LUZ (64)

Trophée de la première Miss France ---------------

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Exposition en cours au musée des beaux-arts d’Agen : « Yume No Kakera » de Idoia Izumi Jusqu’au 26 février 2018 (voir p. 8)

Jean-Baptiste Oudry, Nature morte à la mésange, aux souris, aux noix, aux insectes et au vase de jasmins, vers 1713, huile sur toile, H. 32 cm, L. 24,5 cm.

Ramiro Arrue, Affiche « Aux Dames de France », chalcographie, vers 1930, H. 36,7 cm, L. 27,7 cm.

BAYONNE (64)

« Aux Dames de France », Ramiro Arrue Musée basque Dans les années 1930, l’affiche à vocation commerciale fait figure d’exception dans l’œuvre de l’artiste basque Ramiro Arrue (1892-1971). Le fait a retenu l’attention du Musée basque, qui vient d’acquérir l’affiche réalisée pour l’enseigne de grands magasins « Aux Dames de France » de Bayonne. Elle vante un équipement de golf dans un environnement de campagne basque, mettant au premier plan un bouvier et une paysanne tenant une cruche. Il est très étonnant que, dans ce paysage bucolique, le sujet commercial se limite, au second plan, à une échelle réduite, à deux joueurs de golf accompagnés du caddy porteur de cannes. La plaque gravée en cuivre, qui servit à l’imprimeur pour reproduire l’affiche, est un objet rare, qui fait désormais partie des collections du musée. Exposition en cours au Musée basque : « L’air de famille. Portraits d’enfants de la collection Gramont » Du 16 décembre 2017 au 20 mai 2018.

* Avec le soutien financier du Fonds régional d’acquisition des musées, abondé par l’État et la Région Nouvelle-Aquitaine.

© studio-eolia.com / © Galerie Michel Descours / © Musée Basque et de l’histoire de Bayonne

C’est en 1920 qu’eut lieu la toute première édition du désormais fameux concours Miss France. À tout juste 18 ans, c’est Agnès Souret, originaire d’Espelette, qui se voit attribuer la première place. À l’époque, un trophée à son effigie était décerné à la gagnante. Celui d’Agnès Souret, en bronze, sculpté par l’artiste portugais Joao Da Silva, a été adjugé 6 000 € en août dernier à l’hôtel des ventes de SaintJean-de-Luz. Pour la petite histoire, six Miss Aquitaine ont été élues les « plus belles femmes de France » depuis 1920, la dernière étant Mélody Vilbert en 1995.

Le musée des beaux-arts d’Agen conserve deux natures mortes en trompe-l’œil réalisées en 1710 par Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), alors que le jeune peintre effectue son apprentissage chez le maître Nicolas de Largillière. La série compte au total 4 pièces : alors que la 3e est conservée au musée des beaux-arts de Marseille, le musée vient d’acquérir la 4e auprès de la galerie Michel Descours, Nature morte à la mésange, aux souris, aux noix, aux insectes et au vase de jasmins (v. 1713). Les 4 petites toiles semblent rejouer la même scène avec d’infimes variations, un colorisme subtil et une grande finesse de la touche : une ou plusieurs dépouilles d’oiseaux (ici une mésange, ailleurs un moineau) se détachent sur la paroi, mises en valeur par des zones d’ombre qui ménagent comme un halo autour d’elles. Insectes, rongeurs, fruits, végétaux et autres objets entourent systématiquement les corps des volatiles.

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Feuilletage /

COLLECTIONS Zoom sur des œuvres rares, extraites des fonds de nos musées.

DESIGN PAREMPUYRE (33)

Pee-Wee pour vos fleurs Wood’Insane

SARLAT (24)

Teun Roosenburg À Sarlat, la rue Rousset accueille depuis peu une statue de l’artiste Teun Roosenburg (1916-2004). Sculpteur et céramiste Statue de Teun Roosenburg, rue Rousset, néerlandais, don à la Ville de Sarlat. Roosenburg s’est formé à l’Académie Royale de La Haye à la fin des années 1930, notamment auprès d’Albert Termote, puis à l’Atelier Ranson, à Paris. Il épouse Jopie Goudriaan, peintre néerlandaise reconnue. Cette sculpture en bronze, sans bras, ni pieds, ni tête, a été offerte à la Ville par le fils de l’artiste, Joost Roosenburg, venu s’installer en pays sarladais dans les années 1960.

À chaque commande, Renaud Dancie, créateur de Wood’Insane, part dans les bois autour de chez lui, à Parempuyre, à la recherche de chutes d’arbres. Car toutes ses créations, réalisées à la main dans son garage reconverti en atelier, sont faites à partir de matériaux recyclés. Renaud Dancie fait ce qu’il appelle du slow design. En résultent des pièces toujours uniques en édition limitée, numérotées et signées, comme la table basse Little Wells, au piétement tripode, un rien arachnéide, qui traverse le plateau, ou encore le soliflore en forme de robot, répondant au doux nom de Pee-Wee, et fabriqué à partir de chutes de hêtre.

Soliflore Robot Pee-Wee, par Wood’Insane design, 15 €.

woodinsanedesign.com

LE CHALARD (87)

Design du quotidien Enkidoo

© Mairie de Sarlat / © Renaud Dancie / © Musée de Borda - cl. Alban Gilbert / © Cyril Delage

DAX (40)

Art et tauromachie Musée Borda

Affiche du Quadrille d’Élite landais, vers 1891-1894, H. 0,86 m, L. 1,22 m, achat avec l’aide du FRAM, Inv. 2013.5.1.

Acquise en 2013, cette affiche, produite vers 1891 pour promouvoir le spectacle taurin du Quadrille d’Élite landais, juxtapose des petites vignettes de scènes taurines autour du personnage pittoresque de Félix Robert, le « plus célèbre toréador fin-de-siècle ». Ce dernier devient directeur du fameux quadrille en 1891, avant d’être consacré matador puis d’exporter ses spectacles au Mexique et aux États-Unis, au début du xxe siècle. L’absence de mise à mort du taureau, dans ce spectacle mêlant course landaise et corrida, permet sa représentation jusqu’à Paris, malgré la loi Gramont (1881) interdisant l’exécution des bêtes en public. Outre Félix Robert, le quadrille comptait notamment dans ses rangs le grand sauteur Paul Nassiet et son frère, André.

La balayette & la pelle, 5.5 designers, Enkidoo.

Cyril Delage, à l’origine de l’éditeur d’objet Enkidoo, aime prendre le contre-pied des objets contemporains trop exacts, trop lisses, manquant selon lui de « défaillance ». En utilisant de la matière brute, notamment des branches de châtaignier assemblées de manière improbable, les créations Enkidoo étonnent par leur simplicité presque enfantine. Si la marque compte des signatures prestigieuses, comme celle de Matali Crasset ou Godefroy de Virieu, Cyril dessine aussi et c’est lui qui fabrique, dans son atelier au Chalard, l’ensemble des pièces. Son dada : les objets du quotidien les plus triviaux, boudés par le design, comme la balayette, imaginée par les 5.5 designers (Paris), avec son manche en rondin de châtaignier dont l’écorce sombre contraste avec la couleur éclatante (ici rouge) de ses poils et de la pelle qui l’accompagne. Au catalogue également, un cintre, un tréteau, divers modèles de tabourets et fauteuils, un porte-bouteilles ou encore… une poubelle ! enkidoo.com

Exposition en cours au musée Borda : « Étienne Mondineu », jusqu’au 30 décembre 2017

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SCÈNES 10

En partenariat avec l’Office artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine.

BOULAZAC

1 Portés de femmes Pour une fois, ce sont les femmes qui manipulent les femmes. Pour une fois, ce sont les femmes qui dominent les femmes. Pour une fois, ce sont les femmes qui portent les femmes. Ces 17 acrobates voltigeuses, équilibristes et clowns portent une réflexion sur les notions de genre, de féminité, de féminisme, sans tomber dans les clichés et les stéréotypes. Un projet acrobatique, un manifeste politique, en somme une belle envolée au féminin conçue par Virginie Base. Laissez-vous (trans)porter ! Projet.PDF (portés de femmes) 14 et 15 décembre à 20 h 30 Plaine de Lamoura À voir aussi à Bègles les 9 et 10/02 Des femmes s’emparent de la discipline du porté acrobatique, pour un spectacle en forme de manifeste politique, à voir à Boulazac.

SAINTES

2 Pavillon Noir Après avoir pris le grand large avec sa brillante création Timon/Titus, le Bordelais Collectif OS’O hisse le drapeau de son vaisseau pirate pour son nouveau spectacle dont il a confié l’écriture au collectif d’auteurs Traverse. Éminemment collectif, ce projet questionne les ressorts de la piraterie des mers d’antan et d’aujourd’hui dans la sphère Internet. Se croiseront ainsi figures historiques et flibustiers du Web dans une épopée qui porte haut le flambeau de la démocratie et de la liberté. 18 et 19 janvier à 20 h 30 Gallia Théâtre collectifoso.com À voir aussi à Bordeaux (TnBA) du 24/01 au 3/02, Aubusson le 6/03, Brive le 8/03, Boulazac le 3/04, Bayonne les 5 et 6/04, Cognac le 24/04, Saint-Andréde-Cubzac le 3/05

MONT-DE-MARSAN

3 Ma langue maternelle... Parler, disserter, digresser sur la langue, telle est l’ambition du spectacle de Yannick Jaulin qui considère qu’il y a urgence à parler des langues maternelles : « De ce qui reste de la mienne, comme outil poétique pour musser mes yeux dans les ailleurs du monde. » L’incomparable troubadour des mots envisage un diptyque sur ce thème, le premier volet ayant vocation à investir les lieux de culture non conventionnels et à s’enrichir à chaque représentation de la présence d’un locuteur d’une autre langue. La saison prochaine, il créera Causer avec un trio à cordes, pour les scènes de théâtre d’ici et d’ailleurs. Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour 19 janvier à 20 h 30 Le Péglé yannickjaulin.com À voir aussi à Riscle (32) le 20/01, au festival Mars en Braconne (Grand Angoulême) le 20/03 et à Pouancé (49) le 3/06

Un solo de « transformisme animalier » au plus près du public, pour un retour aux origines de la danse.

AGEN

5 Grrrrr

Du 18 au 28 janvier en Dordogne Dans le cadre d’une tournée Ligue de l’Enseignement compagnie-l-aurore.com À voir aussi à Canéjan le 30/01, à la CdC du Réolais en Sud-Gironde le 14/02, à Oloron-Sainte-Marie du 13 au 15/03, à Portets les 21 et 23/03, à Bordeaux du 3 au 6/04 et à Talence le 27/04

29 et 30 janvier Théâtre Ducourneau sylex.fr À voir aussi à Hasparren les 2 et 3/02, à Bordeaux (dans le cadre du festival Pouce !) du 8 au 10/02

DORDOGNE

4 Piheup, le garçon seul dans la ville

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1 © Théâtre du Parc / 2 Cl. Mathieu Gervaise / 5 Cl. Éric Deguin

Après l’onirisme de Un œil, une Oreille, la compagnie girondine L’Aurore poursuit son exploration d’un imaginaire né de la rencontre avec la culture khmère. L’ombre et la lumière de ce spectacle marionnettique nous plongent dans l’histoire contemporaine du Cambodge, avec les aventures de Piheup (« la paix », en khmer), petit garçon de 7 ans qui, grâce au trésor légué par sa grand-mère, redonne vie à une ville vidée de ses habitants. Il découvre ainsi que l’imaginaire est une arme puissante contre la violence du monde.

Avec ce solo de danse pour le jeune public à partir de 3 ans, la chorégraphe et danseuse lot-et-garonnaise Sylvie Balestra invite les spectateurs au plus près du cercle de jeu dans lequel elle propose un rituel dansé où des figures animales apparaissent, faites de peaux, de poils et de plumes. Vêtu d’un costume impressionnant, le corps se transforme, du tigre à l’oiseau en passant par le cheval. On remonte ainsi aux origines de la danse. Cette expérience joyeuse et sauvage se termine par un bal où chacun peut éprouver l’animal dansant qui est en lui !

Que représentait la flibusterie d’antan en tant que fait social ? Que sont les pirates devenus, à l’heure de Snowden ? Pavillon noir entremêle les points de vue.

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ROUILLAC CENON

6 Résidences métisses En coréalisation avec l’Office artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine, la scène des musiques du monde Le Rocher de Palmer organise deux résidences en janvier 2018 avec des artistes de la région nourris aux influences internationales. Giana et Laura Caronni font ainsi résonner leur origine argentine avec celle de leurs invités du Pays basque, quand Edmond Bilal Band orchestre malicieusement un répertoire dans lequel groove, improvisation et composition font énergie commune. Pour ne pas avoir à choisir entre le meilleur et le meilleur… une scène partagée en entrée libre est organisée ! Las Hermanas Caronni / Edmond Bilal Band Le Rocher de Palmer 26 janvier à 19 h 30 lerocherdepalmer.fr

7 Le Paradis des autres C’est à La Palène, qui vient de fêter en grande forme ses 20 ans, que la compagnie pictocharentaise Carna créa son Paradis. Fidèle à son théâtre de mouvement au croisement des écritures, elle propose une épopée pour trois comédiens/danseurs qui se retrouvent dans le mauvais paradis… Commence alors un parcours riche en embûches et autres surprises, prétexte à une réflexion sur les croyances et les religions. Le propos est sérieux mais la forme spectaculaire et d’une habile légèreté. Croyez-nous ! 20 janvier La Palène carna.fr À voir aussi à La Rochefoucauld le 23/01, à Ruffec le 25/01, à Barbezieux le 27/01, à Périgueux le 30/01, à Thouars le 1/03 En quoi croyons-nous ? Telle est la question mise en scène par la compagnie Carna.

SAINT-MÉDARD-EN-JALLES

8 Les Discours de Rosemarie Dans ses spectacles à l’attention des jeunes spectateurs et de leurs parents curieux, Betty Heurtebise aborde des sujets sérieux avec drôlerie. Son nouveau projet ne déroge pas à ce positionnement. En mettant en scène le texte de Dominique Richard, elle porte à la scène un questionnement politique à partir de l’histoire de Rosemarie Pecola, qui dépasse sa timidité pour battre sa rivale, Géraldine à la prochaine élection des délégués de classe. Grisée par cette course au pouvoir, elle franchit allègrement les limites du politiquement correct… Sera-t-elle élue ? Du 5 au 7 février Le Carré/Les Colonnes lapetitefabrique.org À voir aussi à Thouars le 9/02, à Terrasson-Lavilledieu le 2/03, à Angoulême les 13 et 14/03, à Marcheprime le 23/03, à Brioux-sur-Boutonne les 27 au 30/3 et à Pessac le 18/05 Une grisante élection des délégués de classe qui parle des travers des grands, par Betty Heurtebise.

Le combat ordinaire, où quand les questions d’identité et de quête de sens se renvoient dans les cordes, par les Basques du Petit Théâtre de Pain.

BAYONNE

7 © Carna / 8 Cl. Didier Darrigrand / 9 Cl. Guillaume Méziat

9 Boxon(s) Pouvoir, obéissance, soumission... la nouvelle création du collectif basque Le Petit Théâtre de Pain est une fable mordante voire grinçante qui aborde avec humour et une certaine once de cruauté les dérives de notre « servitude participative » face aux puissances qui nous gouvernent. Pour porter ce sujet à la scène, qui devient un ring pour la circonstance, l’auteur bayonnais Stéphane Jaubertie a été sollicité pour mettre en mots les situations que les nombreux comédiens du collectif interprètent avec l’énergie qu’on leur connaît et qui caractérise ce théâtre d’engagement. Boxon(s). Jusqu’à n’en plus pouvoir 27 et 28/02 Scène nationale lepetittheatredepain.com À voir aussi à Lons le 2/03, à Agen le 22/03, à Fumel le 24/03, à Pessac le 4/04, à Libourne le 5/04, à Villenave-d’Ornon le 3/05, à Saint-Palais les 23 et 24/05, à Saint-Pée-sur-Nivelle le 2/06

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NOUVELLE-AQUITAINE

10 TrenteTrente Ce festival des formes courtes développé avec conviction par Jean-Luc Terrade grandit encore pour sa 15e édition. Bègles, Limoges, Nexon et Pau rejoignent Boulazac, Cognac, Gradignan, Bordeaux et Le Bouscat pour offrir à leurs publics une programmation de formes scéniques hybrides aux univers insolites. Ouvert à tous les horizons artistiques et géographiques, le programme donne une place bienvenue aux artistes de la région. On appréciera ainsi les collectifs AOC et a.a.O, les compagnies Écrire un Mouvement, Androphyne et Made.Prod, l’Académie de L’Union... Vingt sur Vingt ! 23/01 au 2/02 www.trentetrente.com

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Feuilletage / Instantané de tournage au CapFerret : Versus de François Valla.

ÉCRAN TOTAL

Coups d’œil sur la production audiovisuelle en Nouvelle-Aquitaine. Les Cowboys, de Julie Chaffort.

Artistes du 7e art Dans le cadre du programme de résidence d’artiste « écriture de lumière », Julie Chaffort, diplômée des beaux-arts de Bordeaux, réalise Les Cowboys, produit par l’association Pollen (Monflanquin). Le moyen métrage de 29 min dépeint l’immersion d’un groupe de personnes handicapées, résidentes d’un foyer d’hébergement de l’Agenais (47), dans un ranch, habillées en cowboys, avec un poney en guise de monture et, comme moyen d’expression, des répliques cartoonesques. Autre résidence cinématographique, Morgan Simon est revenu au chalet Mauriac du 6 au 15 novembre, après une première session l’été dernier. Le réalisateur de Compte tes blessures, sorti le 25 janvier 2017 (voir le festin n° 100), y prépare son deuxième long-métrage, Une belle histoire.

Palmarès néoaquitain

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Diane a les épaules de Fabien Gorgeart.

Deux tournages d’envergure ont choisi la Nouvelle-Aquitaine cet automne, faisant la part belle à la jeune génération du cinéma. Lily-Rose Depp a posé ses valises en Dordogne pour le tournage de Fauves, du 4 septembre au 19 octobre. Le second long-métrage de Vincent Mariette met en scène la rencontre entre une jeune fille et un écrivain (Laurent Lafitte) dans un camping de Trémolat, où rôde une panthère… Entièrement tourné en Périgord, Fauves prend pour décor les communes du Bugue et d’Audrix, la forêt de Campagne, le centreville de Périgueux et le gouffre de Proumeyssac. Autre ambiance au Cap-Ferret pour le tournage de Versus, premier long-métrage de François Valla, qui retrace la rencontre d’Achille et Brian : de leur confrontation va naître un tueur. Au casting : Jérémie Duvall (Le Fils à Jo), Lola Le Lann (Un moment d’égarement), Jules Pélissier, Karidja Touré (Bande de filles), Victor Belmondo et Benjamin Baffie (les petit-fils et fils de…).

Le Web fait la force Lancé à l’occasion de la Nuit des bibliothèques, le site Gironde Music Box se veut un répertoire et un lien entre les acteurs de la musique en région, fondé sur un principe de collaboration entre médiathèques. Tout mélomane amateur, intermittent ou artiste a désormais la possibilité d’accéder à une base de données, illustrée et mise en musique, référençant les disquaires, musiciens, associations, salles, radios, labels, festivals girondemusicbox.fr et éditeurs du territoire girondin.

© Bureau d’accueil des tournages de la Gironde / © Julie Chaffort / © Petit Film

Quinze films soutenus par la Région NouvelleAquitaine et l’agence Écla ont été présentés dans les festivals cinéphiles d’automne. Parmi la sélection, on retiendra le long-métrage lot-et-garonnais Diane à les épaules de Fabien Gorgeart, sélectionné au festival international du film de Saint-Jean-de-Luz, de la Rochesur-Yon et au festival Indépendance(s) et Création d’Auch, où Diane, mère porteuse pour un couple d’amis, tombe amoureuse lors de sa grossesse (sortie le 15 novembre). Tout aussi remarqué, Les Équilibristes, court métrage de Gilles Tillet soutenu par le département des Landes, sélectionné à Sarlat et Hendaye, autour de la question du SIDA. Soulignons enfin La Surface de réparation de Christophe Régin, film d’ouverture du festival de La Roche-sur-Yon, déjà récompensé du Valois du meilleur scénario en août à Angoulême.

La relève en région

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« Est-ce que le silence, c’est comme l’obscurité ? Un trop bon climat pour les champignons et les mauvaises pensées ? »

LIVRES

Tanguy Viel

Montaigne Arlette Jouanna Biographies NRF Gallimard, 464 p., 24,50 €

Non, Montaigne n’était pas l’intellectuel retiré dans sa bibliothèque qu’on nous présente souvent ! Cette nouvelle biographie a le mérite de replacer le philosophe (et sa pensée) dans un monde en mouvement. Il est vrai qu’Arlette Jouanna est une historienne reconnue du xvie siècle, spécialiste des guerres de Religion, et qu’à ce titre son regard sur le sujet se révèle passionnant. Voici donc un Montaigne étudiant à Toulouse, puis administrateur d’un important domaine agricole à la frontière du Périgord, magistrat au parlement de Bordeaux et enfin, comme chacun sait, maire de la ville. Avec une grande clarté, Arlette Jouanna suit l’écrivain pas à pas tout au long d’une existence qui aurait pu être ordinaire, si ce n’est qu’elle fut à l’origine d’une pensée qui continue de vivre et de se renouveler, plus roborative aujourd’hui que jamais. Biodiversité, terrorisme ou mondialisation, Montaigne peut nous aider à trouver notre place dans le monde actuel, aussi complexe soit-il. SS 16

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Article 353 du Code pénal Tanguy Viel Éditions de Minuit, 176 p., 14,50 €

Couronné en octobre du prix François-Mauriac de la Région NouvelleAquitaine, le dernier livre de Tanguy Viel est un huit-clos saisissant, entre roman noir et polar social. Martial Kermeur, ancien ouvrier de l’arsenal de Brest, est à bout : il a tout perdu suite à une escroquerie immobilière qui le pousse à tuer le promoteur Antoine Lazenec. Face au juge, il déroule le fil de sa vie, l’agencement fatal des circonstances : son licenciement, le départ de sa femme, l’arrivée de Lazenec, comment il s’est fait « avoir en beauté », son humiliation, le meurtre. L’accusé se rassemble dans une confession émouvante, fait un état des lieux de sa conscience, énumère les dommages collatéraux. Dans ce face-à-face avec le juge, deux langues se croisent : celle, spontanée, improvisée, d’un homme simple, face à celle, implacable, d’un représentant de la machine judiciaire. Un texte réaliste et humaniste qui touche à la question de la justice naturelle et du mal chez l’homme. MDLQ

Instrumental James Rhodes Éd. Terremoto, 288 p., 19 €

Traduit pour la première fois en français par la toute jeune maison d’édition bordelaise Terremoto, l’autobiographie du pianiste James Rhodes retourne l’estomac dès les premières pages. C’est d’ailleurs un miracle que ce livre existe tant la vie de son auteur n’a tenu, pendant 40 ans, qu’à un fil, ou plutôt une note… Rhodes, violé dans son enfance, raconte l’histoire de son salut grâce à la musique. L’ouvrage frôle la censure en 2014 car, en effet, son auteur, d’une transparence totale et avec un sarcasme aussi triste que féroce, ne mâche pas ses mots. C’est ce qui fait toute la force de ce texte sombre, profondément dérangeant. Tout y est : la perversité insoutenable d’un homme face à la détresse d’un enfant. L’égarement, frôlant la folie, du jeune homme qu’il devient, hanté par l’idée du suicide. Et enfin, la fureur de l’adulte, torturé et rempli de TOC mais bien vivant, qui s’accroche à la musique salvatrice comme « réponse à l’incompréhensible ». MDLQ

Semblant sortir du noir Marie-Laure Hubert Nasser éd. Passiflore, 176 p., 18 €

L’auteure célébrée de La Carapace de la tortue aurait pu choisir de ne pas quitter le roman, qui permet aux histoires de prendre leur temps et de changer de rythme. Avec son troisième livre, elle a pris le parti d’emprunter la voie risquée de la nouvelle, ce genre qui réclame de la tension et de la précision, en imaginant quatre figures, trois femmes et un homme, saisis dans un moment de bascule. Empathique et délicate, MarieLaure Hubert Nasser applique avec succès sur sa toile de brefs coups de pinceau qui composent des portraits sans complaisance, entre ombre et lumière, d’êtres funambules à la recherche d’euxmêmes. Adepte de phrases ramassées qui entrevoient au lieu d’affirmer, habile dans l’ellipse pour saisir les moments de vie de ses créatures, elle parvient à émouvoir en évitant la sensiblerie et publie ainsi son meilleur livre. DV

Des vignes et des hommes. Quand la vigne sculpte le paysage Véronique Lemoine, Henry Clemens éd. Féret, 208 p., 29,90 €

S’appuyant sur la série documentaire coproduite par Arte et la Fondation pour la Culture et les Civilisations du vin, Henry Clemens, expert en vin, et Véronique Lemoine, qui a conçu le parcours de visite de l’espace muséographique permanent de la Cité du Vin, proposent un voyage à travers les terroirs du monde : des plus emblématiques (Bordelais, Toscane, Mendoza) aux plus surprenants (la Polynésie, le Canada), avec pour point de départ la Géorgie, berceau de la viticulture, montrant ainsi toutes les facettes et les richesses d’une culture ancestrale. Mais ce sont avant tout des histoires d’hommes qu’ils racontent dans ce livre, des hommes qui ont su s’adapter, depuis plus de 8 000 ans, à la géologie des sols, aux aspérités topographiques, aux variations climatiques pour cultiver la vigne et faire le vin.

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Le Méga Grand Bordeaux. Votre ville en 2050 Deux degrés éd., 60 p., 15 €

Une « cité airial de 400 000 habitants », la « Bastide de la maturité tonique », l’« Écoroute connectée »… : tels sont les projets imaginés par Deux Degrés – agence de médiation territoriale et maison d’édition bordelaise au graphisme bien connu –, pour ce Méga Grand Bordeaux. Sous ses airs de fiction d’anticipation au ton décalé et tout en ludisme graphique, ce livre aborde la question très actuelle du développement de la métropole bordelaise.

Sigma 1965/1996. Histoire d’un festival d’avant-garde Emmanuelle Debur éd. Atlantica, 200 p., 23 €

Le temps de Sigma, la sage Bordeaux fut la scène de l’avant-garde artistique, voyant défiler sous ses illustres mascarons le Magic Circus, Bartabas, Jan Fabre, John Cage, Pink Floyd, Django Edwards, Royal Deluxe et tant d’autres venus du monde entier. Si Roger Lafosse, le fondateur de Sigma, parle alors d’« utopie culturelle », le festival avant-gardiste – qui suscita autant l’intérêt que la polémique – est devenu aujourd’hui un véritable mythe dans l’histoire culturelle bordelaise. Retour sur ces 30 ans d’ébullition artistique à travers les commentaires de la presse de l’époque.

Klimt Serge Sanchez éd. Folio biographies, 310 p., 9,30 €

« Si l’on veut apprendre quelque chose sur moi – en tant que peintre c’est tout ce qui importe – il faut regarder attentivement les tableaux et essayer de découvrir au travers d’eux ce que je suis et ce que je veux. » Gustav Klimt le festin { HIVER 2018 } 17

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Le questionnaire E est un questionnaire surréaliste « sur certaines possibilités d’embellissement irrationnel d’une ville », inventé par Paul Éluard en 1933 et adressé à des personnalités de l’époque. Transposé à la Nouvelle-Aquitaine d’aujourd’hui, il permet un regard décalé et subjectif sur les lieux et monuments de notre région par un témoin privilégié, choisi pour son actualité.

QUESTIONNAIRE

Il s’agit donc de répondre aux questions :

DOIT-ON CONSERVER, DÉPLACER, MODIFIER, TRANSFORMER OU SUPPRIMER… 1 Transformer la façade en

par

mur de verre pour que l’on puisse voir les expositions de l’extérieur.

Troub’s

Dessinateur-voyageur, Troub’s, ou Jean-Marc Troubet de son vrai nom, est né à Bordeaux, a étudié aux Beaux-Arts de Toulouse et d’Angoulême et vit dorénavant en Dordogne. Que ce soit lors de ses voyages à l’autre bout du monde ou lors de promenades dans le Périgord, Troub’s ne se sépare jamais de ses cahiers de croquis, sorte de carnets de voyage permanent. Son dernier ouvrage, La Longue Marche des éléphants, axé autour des conséquences de la disparition des éléphants d’Asie et co-réalisé avec Nicolas Dumontheuil, vient de paraître chez Futuropolis. Il sera également au château des Izards à CoulounieixChamiers, du 8 au 16 février, pour une expo de fin de résidence d’hiver. Troub’s et Nicolas Dumontheuil, La Longue Marche des éléphants, Futuropolis, 76 p., 18 €, 2017.

ce qu’ils soient tous au rez-de-chaussée, avec un petit jardin pour chaque chambre et des vérandas pour les cours.

8 Conserver l’obélisque mais l’agrandir à la taille de l’originale, place de la Concorde. On pourra ainsi y dessiner, en plus des bulles existantes, les personnages qui vont avec. Et même des cases entières, comme sur la première.

2 Conserver tel quel, mais, de temps en temps, rajouter une halle sur la halle existante, et enlever les étages du bas en laissant un pilier central. Pour que ça fasse comme un verre de vin de Bordeaux.

3

Modifier sa robe en le recouvrant d’une couche de peinture thermochrome, comme ces petites statuettes baromètre qui changent de couleur avec le temps qu’il fait.

4 Déplacer chaque étage du campus, de façon à

obliger les musiciens baroques à donner des concerts à Saint-Front, tous les jours, de 16 à 19 h, ainsi que dans toutes les cathédrales de France. Et pour les organistes, ce sera un peu plus tard dans la soirée.

9 Conserver les pins et la lumière rasante des matins brumeux qui les traverse, mais les remplacer petit à petit par des chênes, des charmes et tout le reste, par souci de diversité. Les chasseurs adopteraient un arbre et seraient tenus responsables du bon déroulement de sa croissance. Sans trop toucher aux animaux bien sûr.

6 Déplacer, voire dupliquer le fac-similé tout autour de la Terre, pour que les gens se rendent vraiment compte.

7 Transformer une bonne partie des boutiques de plain-pied en petites exploitations agricoles bios, et laisser des animaux se balader dans les rues – oies, chèvres, cochons – pour redorer le cachet moyenâgeux du Vieux Sarlat.

8

5 1 Cl. Alban Gilbert / 3 Cl. Isabelle Minbielle / 5 Cl. Jean-Christophe Garcia / 8 D. R.

3

1 Entrepôt Laîné / capc, Bordeaux 2 Place des Grands-Hommes, Bordeaux 3 Le Lion de Xavier Veilhan, Bordeaux 4 Campus universitaire, Pessac 5 Cathédrale Saint-Front, Périgueux 6 Lascaux IV, Montignac 7 Vieux Sarlat 8 Obélisque en hommage à Goscinny, Angoulême 9 Forêt des Landes de Gascogne

5 Modifier la loi pour

Troub’s

en quelques mots

en les appliquant à la liste de monuments ci-dessous :

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LES CARNETS DE L’INVENTAIRE par CLAUDE LAROCHE

Chercheur au service du patrimoine et de l’Inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine

{ Béarn }

VILLA LE BUISSON À PAU CÉLÈBRE ET MÉCONNUE

Cl. Franck Delorme

La recherche en histoire de l’architecture est riche d’énigmes. Identifier sur le terrain la construction d’un architecte célèbre ou une maison publiée dans un recueil est un jeu d’autant plus stimulant que le mystère résiste. Ce jeu a récemment ponctué le travail de recensement du patrimoine mené par la Ville de Pau et le Service régional de l’Inventaire général du patrimoine culturel. Le genre du recueil d’architecture fleurit à la fin du xixe siècle. Son rôle est promotionnel, quand un architecte y regroupe ses principales réalisations ; inspirant, lorsqu’il offre des modèles aux entrepreneurs ou maîtres d’ouvrage ; enfin doctrinal, quand il illustre une manière de concevoir l’architecture. C’est à cette dernière sorte qu’appartient l’ouvrage proposé en deux volumes (1875 et 1877) par le célèbre Eugène Violletle-Duc, intitulé Habitations modernes et présentant près de cent maisons, françaises ou étrangères, de réalisation récente et de taille variée.

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PROBITÉ Loin d’être une apologie de l’inspiration médiévale à laquelle on associe trop facilement le célèbre architecte, le recueil est plutôt un hommage à la rationalité de constructions ayant en commun une certaine probité. L’expression franche du programme s’y accorde avec un caractère architectural procédant d’une utilisation raisonnée des matériaux et d’une mise en évidence de la structure davantage que d’un décor foisonnant. La prise en considération des questions de climat, de situation, d’orientation, d’hygiène et d’économie achève de guider le choix des habitations présentées.

Villa Le Buisson, projet par Joseph-Auguste Lafollye, ensemble depuis le nordest, extrait d’Eugène Viollet-le-Duc (dir.), Habitations modernes, tome Ier, Paris, Vve A. Morel et Cie, 1875, planche XXVIII.

Parmi celles-ci, Viollet-leDuc propose dans le premier volume une « Villa à Pau » due à l’architecte JosephAuguste Lafollye (1828-1891), responsable à partir de 1864 des résidences impériales de Biarritz et de Pau et à ce titre l’un des restaurateurs du château palois. La maison répond en tout point au programme éditorial fixé par Viollet-le-Duc : simplicité du plan, prise en compte de l’environnement, notamment de la vue sur la montagne et surtout expression qui tire ses effets d’une sobre mais frappante utilisation de marbre des Pyrénées et de céramique. DERRIÈRE LE BUISSON, LAFOLLYE Si le principe même du recueil impliquait que la construction avait été réalisée, sa localisation restait problématique. Le plan de masse publié était trop schématique ; surtout, rien dans le corpus local ne rappelait la polychromie qui

semblait être sa caractéristique principale. Les villas paloises du xixe siècle ayant payé un lourd tribut à l’évolution urbaine du siècle suivant, on pouvait craindre que l’œuvre de Lafollye fût soit disparue, soit profondément altérée. Un examen approfondi nous l’a fait toutefois reconnaître sous les traits de la villa Le Buisson, bâtie pour Émile Ginot, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, conseiller municipal de Pau de 1874 à 1878, villa toujours en place en rebord de coteau juste à l’est du parc Beaumont. Les sources indiquent un achèvement de la construction en 1880 : la publication de Viollet-le-Duc est donc intervenue quelques années avant, ce qui explique que l’on n’ait pas retrouvé jusqu’ici ce que l’on cherchait en premier : la polychromie prévue initialement et réduite, dans la réalisation, à quelques plaques de marbre placées çà et là en architrave. • inventaire.aquitaine.fr

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L’EXPLORATEUR MÉTROPOLITAIN par MARC SABOYA

{ Bordeaux }

LA PLACE ROYALE, UNE SCÈNE ŒDIPIENNE Nouvelles perspectives à propos de la place emblématique de la ville classique comme de son récent renouveau, qui fut et reste un espace de mise en scène. « Il imagine des villes que leur seule beauté défendrait », dit Bruno Fortier d’Alberti1. Ce sera en France le xviiie siècle, les épaisses murailles qui tombent et de longues façades régulières percées de milliers de fenêtres qui s’ouvrent sur de belles places ordonnancées. Ce sera la ville devenue image, devenue décor, théâtre. Ce sera Bordeaux quand commencent en 1730 les travaux de la place Royale puis de la façade des quais, des allées de Tourny et des places Dauphine, de Bourgogne, d’Aquitaine, des Capucins. CÔTÉ SCÈNE, CÔTÉ JARDIN

INFLUENCE PALLADIENNE On a rarement dit tout ce que cette mise en scène monumentale tenait du teatro Olimpico de Vicence, œuvre de Palladio et de Scamozzi qui ajoutèrent pour la première fois à la scène réelle sur laquelle on jouait, une architecture en perspective représentant des

rues s’enfonçant vers la ville, en définissant par leur traitement des ambiances urbaines variées. Aucune perspective centrale n’était privilégiée. Ces constructions de bois et de stuc devaient figurer la ville de Thèbes pour servir à la représentation de l’unique pièce jouée en ce lieu, le 3 mars 1585, l’Œdipe Roi de Sophocle. LE JEU DE LA STATUAIRE PUBLIQUE À Bordeaux, la scène œdipienne devait se jouer le 20 août 1792 par la destruction de la statue de Louis XV afin de prouver « qu’ils savaient [les Bordelais] punir l’orgueil des rois et leur apprendre à respecter celui par lequel ils étaient devenus souverains3 ». Et comme à Vicence figée dans Thèbes, au sein de ce décor orphelin mais désormais déterminé par son schéma louis-quatorzien et son programme iconographique, dans ce cadre qui n’avait plus de sens et était, à l’instar d’Œdipe, désormais aveugle ou dépossédé de son identité, aucune représentation ne put trouver sa place. Il y eut, en 1828, une fontaine dédiée à Charles X et à la duchesse de Berry, avec une colonne de marbre rose à chapiteau

corinthien, illustration, par l’intermédiaire de l’ordre antique restauré, d’un ordre naguère ruiné sur une place redevenue royale. En 1844, la Monarchie de Juillet supprima le monument légitimiste, laissant le champ libre à d’autres projets dont celui de Louis Visconti, qui orne depuis 1869 la place. Rejoignant dans l’imaginaire collectif les antiques figures des divinités de la fertilité et des déesses babyloniennes dites « au vase jaillissant », les Trois Grâces tentent de rejouer dans ce décor royal une autre partition qu’un mobilier d’accompagnement transformait naguère en médiocre square parisien4. Le miroir d’eau va corriger cette image et la place peut désormais se noyer dans la contemplation de son royal reflet. Narcisse ébloui a remplacé l’aveugle Œdipe. • 1. Bruno Fortier, La ville du jour d’après, éd. de la Villette, Paris, 2017, p. 25. 2. Ces maisons bordant la place ne furent d’abord que de simples façades étayées par des murs de refends. 3. Archives de Bordeaux-Métropole, D 141, fol 107 V°-108 R°, cité par Paul Courteault, La Place Royale de Bordeaux, Paris 1923, p. 412. 4. Marc Saboya, « Le Roi, la colonne et les Trois Grâces », catalogue de l’exposition « Visconti, 1791-1853 », Délégation à l’action artistique de la ville de Paris, Paris, 1991, p. 101-107.

Cl. Alban Gilbert

La place Royale est un théâtre évoquant un monde de grandeur, d’équilibre et de mesure. La scène s’avance librement sur le fleuve avant d’être contrainte par un décor monumental de riches façades de pierre2 scandées par des colonnes portant des frontons où se prélassent des allégories à la gloire du roi et de la ville. Des pans coupés guident l’œil vers le fond de scène où s’élève, en retrait pour en accentuer la profondeur, un gros pavillon détaché de l’ensemble du décor par deux rues s’enfonçant en biais vers les coulisses, vers la ville. Côté jardin, c’est une voie

splendide dont le décor rocaille guide le regard vers une autre place lointaine, somptueuse. Côté cour, la rue se disperse dans une diversité architecturale plus pittoresque. Le décor est planté, la pièce peut commencer ; ce sera l’installation, en 1743, du monumental groupe équestre de Louis XV, un des plus grands chefs-d’œuvre de la sculpture française, réalisé par JeanBaptiste Lemoyne. Sur la scène bâtie à cet effet se joue alors la gloire du roi, mais on se soucie peu des spectateurs puisqu’il n’y a pas de salle mais le fleuve. Le spectacle est, aux yeux du monde, à l’échelle du royaume : avec, en son centre, la haute statue, la place Royale – toujours vide, un vide contrôlé du côté de la Garonne par des grilles de fer – est une image créée pour représenter Bordeaux au-delà de la cité… et sans l’effigie équestre, elle la représente toujours.

La place de la Bourse, ex-place Royale.

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ARCHI

TECTURES

VIM à La Benauge, à Bordeaux.

BEN & VIM, Pessac et Bordeaux (33) 9 logements sociaux en location et 14 logements sociaux en location

BEN, à Pessac, a reçu le Prix spécial d’architecture de la Ville de Bordeaux lors d’Agora 2017.

ATELIER PROVISOIRE, ARCHITECTES

Coup de projecteur sur deux projets successifs de logements sociaux, conçus selon des principes analogues. Deux incontestables réussites.

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corps aux « bandeaux de fenêtres », variante du motif corbuséen. Chaque logement bénéficie d’un grenier-terrasse en toiture ouvert sur le ciel ou d’un préau-abri sous pilotis tourné vers le jardin collectif. La structure élémentaire générique est façonnée pour s’implanter dans le prolongement du projet de maisons Échop’ réalisé trois ans auparavant, également avec aquitanis. Des éléments d’architecture sont « empruntés » à chaque composante de l’environnement construit, réinterprétés puis restitués au quartier dans une forme nouvelle et située. La valeur de ces deux opérations tient à des éléments forts mais très ténus, et à cette domesticité exceptionnelle dans l’univers du logement social. • DELPHINE COSTEDOAT aquitanis.fr atelierprovisoire.com

Maîtrise d’ouvrage : aquitanis / Livraison : 2016 (BEN), 2017 (VIM)

Cl. Jean-Christophe Garcia / Cl. Agnès Clotis

Ces deux opérations jumelles partagent des valeurs communes, et très peu courantes, que seul un maître d’ouvrage tel aquitanis pouvait permettre aux architectes de mettre en œuvre. BEN – Bengaline –, est situé dans un quartier résidentiel à Pessac, sur un terrain occupé également par un bois de chênes, vers lequel les logements, traversants, s’ouvrent largement. L’écorce des arbres a suggéré le bardage métallique irrégulier, l’ensemble donnant naissance à un paysage à la fois « ordinaire » et féerique. L’implication des habitants s’est traduite par leur participation, sur le principe de modularité d’une base commune en plan, au choix de la configuration de leur logement (degré de cloisonnement et emplacement des pièces de nuit). Les panneaux en bois, le béton brut des plafonds, sont laissés apparents. Ils confèrent aux espaces intérieurs leur qualité, empreinte de simplicité et de bien-être. Les logements VIM – Villa Métropole –, à La Benauge à Bordeaux, sont constitués d’une structure élémentaire en béton accueillant de grands plateaux traversants. Des lisses en plafond composent une grille-guide qui peut recevoir 270 combinaisons de cloisons-partitions en bois, chaque habitant choisissant ce qui lui convient. Aucun réseau technique n’étant inclus dans ces cloisons, un démontage-remontage permet d’adapter le logement à toute future évolution. Des artisans ont œuvré ici – fait exceptionnel dans l’univers du logement social –, réalisant notamment la lisse en bois servant de garde-

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101 logements, 150 m2 de bureaux, ZAC Kleber, Biarritz (64)

École de Villars (24)

PATRICK AROTCHAREN, ARCHITECTE

ARCHITECTES

Les logements locatifs sociaux s’intègrent au cœur d’un parc urbain ouvert, issu d’un délaissé industriel dans les faubourgs. Les immeubles sont disposés comme des monolithes aux angles effacés et arrondis autour desquels le parcours s’enroule. Ils déterminent une forme de vallée bordée de masses minérales, enchaînant convexités et concavités ondoyantes que des percées en canyon viennent découper. Ces édifices sculpturaux affichent des façades lisses et continues sans aspérités, en projection pour ne pas nuire à la dynamique des courbes imprimées par la volumétrie. L’acrotère et l’attique en léger retrait rencontrent le ciel grâce à la précision du trait. Patrick Arotcharen livre ici encore une réalisation où paysage et bâti fusionnent. Son écriture originale, dénuée de toute ostentation, inscrit cette opération comme un élément d’une grande force dans le devenir de Biarritz. DC

Située dans le périmètre de protection de l’église, la mairie-école de Villars nécessitait une restructuration et un agrandissement, en raison de l’augmentation du nombre d’enfants. Les bâtiments anciens ont été réhabilités, tandis qu’une nouvelle construction accueille les trois salles de classe, la chaufferie commune, la cantine et le préau. La nouvelle école, semi-enterrée, s’adosse à la limite nord du terrain et s’ouvre par de larges baies vitrées au sud sur la cour. De grands sheds à l’ouest conduisent la lumière naturelle au cœur des espaces principaux. Le bardage vertical en mélèze habillant le bâtiment lui confère un aspect très chaleureux. Ses volumes simples, son écriture subtile et attentive au contexte patrimonial et naturel, sont caractéristiques de la démarche de l’agence, exigeante, curieuse, et prospective. DC

arotcharen-architecte.fr

Maître d’ouvrage : Erilia / Livraison : 2016

B.I.P, BUREAU D’INTERVENTION SUR LE PAYSAGE,

bipbook.com

Maître d’ouvrage : Ville de Villars / Livraison : 2017

Cl. Mathieu Choiselat / © b.i.p. / © CAUE 47 / Cl. Takuji Shimmura

Nouvel hôtel de police de La Rochelle (17) Café Vélo, Agen (47)

AMELLER, DUBOIS & ASSOCIÉS, ARCHITECTES MANDATAIRES,

STÉPHANE THOUIN, ARCHITECTE

KARINE MILLET, ARCHITECTE ASSOCIÉE

L’équipement, inscrit au sein d’une ancienne usine des eaux (1870), propose une halte café et restauration rapide, un atelier de réparation de cycles et des chambres d’étape pour les vélo-touristes. Le bâtiment initial, héritage notamment des barrières néo-classiques parisiennes de Claude-Nicolas Ledoux (1785-1788), avait été transformé en 19481955. L’édifice a presque entièrement retrouvé sa volumétrie initiale, ses murs en pierre, les ardoises de sa toiture à deux pentes, et une des fermes mixtes à la Polonceau a pu être conservée. Une verrière en aluminium draine la lumière à l’intérieur. Les menuiseries extérieures sont en métal laqué gris anthracite et les murs de soutènement des talus, en béton brut. À l’intérieur, les matériaux font référence à l’architecture industrielle. Cette opération s’inscrit comme le point d’orgue de l’offre d’itinérances sur l’agglomération d’Agen. DC

Le nouvel hôtel de police de La Rochelle se devait d’être un bâtiment symbolique et fort. Inscrit au cœur d’un tissu hétérogène en mutation, et implanté sur un terrain d’assiette surélevé, il acquiert un statut public affirmé et devient un important marqueur urbain. Le rezde-chaussée en équerre accueille le hall dans l’angle, tandis que le corps principal se projette en porte-à-faux vers le parvis. Le volume homogène semblant glisser au-dessus du soubassement, et enveloppé d’une résille métallique constituée de panneaux perforés, souligne le caractère contemporain de l’édifice et garantit sécurité et protection solaire. Récompensée par de nombreux prix, l’agence travaille avec attention à répondre aux problématiques actuelles et intervient dans tous types de programmes et contextes, déclinant une écriture à la fois sobre et inventive. • DC

s-thouin-architecture.fr

ameller-dubois.fr

Maître d’ouvrage : Ville d’Agen / Livraison : 2017

Maître d’ouvrage : Ministère de l’Intérieur / Livraison : 2017

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TÊTES À TÊTES Portraits de ceux qui font vivre la culture en Nouvelle-Aquitaine. Des talents à suivre…

Nathan Curren et Pierre Denoyel Réalisateurs Au soir du 25 mai, le casino de Biarritz faisait salle comble. Nathan Curren et Pierre Denoyel y présentaient en avantpremière Biarritz Surf Gang, un documentaire retraçant la folle épopée de la bande de la Grande Plage, accroc au surf (et, pour certains, à la dope), qui sévissait à Biarritz dans les années 1980. Pour les réalisateurs, cette projection, à seulement quelques mètres des lieux de l’action, est un symbole fort, « la consécration de toutes ces années de travail et de doutes ». « Comme tout skateur ou surfeur », Nathan Curren et Pierre Denoyel ont débuté la vidéo en mettant en boîte leurs propres sessions de glisse, puis en filmant quelques compétitions pour de grandes marques de surf. Le premier n’est autre que le fils du triple champion du monde de surf, Tom Curren. Le second est le neveu de Michel Larronde, surfeur aguerri et protagoniste de Biarritz Surf Gang. Fascinés depuis leur enfance par les heurs et malheurs de la mythique bande biarrote, les deux compères se lancent dans l’aventure après avoir découvert des heures d’archives vidéo, tournées au super 8. Trois années de travail auront été nécessaires pour mener à bien le projet. Avec dix épisodes de six minutes, Nathan Curren et Pierre Denoyel font le pari de « dépoussiérer le format du

documentaire en se concentrant sur un montage explosif et un rythme soutenu ». Depuis sa mise

Laurent Védrine Directeur du musée d’Aquitaine

à créer une rencontre entre le public et nos ancêtres. »

VALENTIN GÉNY musee-aquitaine-bordeaux.fr

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Les dix épisodes de Biarritz Surf Gang sont disponibles en ligne sur le site Internet fr.studio.plus Nathan Curren (à gauche) et Pierre Denoyel (à droite) lors du Paris Surf & Skateboard Festival, en septembre 2017. Au centre, le président de l’édition, le surfeur californien Shawn Stussy.

© Lysiane Gauthier / Cl. Apolline Cornuet

En octobre, Laurent Védrine, directeur du musée d’Histoire de Marseille, succède à François Hubert, qui prend sa retraite après douze années de bons et loyaux services à la direction du musée d’Aquitaine. Le passage de flambeau s’est déroulé sans encombre puisque le nouvel arrivant est un habitué des lieux. En 2007, alors lauréat du concours de conservateur du patrimoine, il effectue son stage de spécialité au musée d’Aquitaine, où il officie notamment à la préfiguration des salles consacrées au xviiie siècle et à la traite négrière. Originaire d’Angoulême, Laurent Védrine suit des études d’histoire et d’archéologie à l’université Michel-de-Montaigne à Bordeaux, se spécialise en archéologie subaquatique – il travaille sur les fleuves et rivières, notamment la Garonne et l’Adour – et participe à des fouilles dans la région. Nommé directeur du musée d’Histoire de Marseille en 2008, il y conduit la rénovation des salles et « expérimente un certain nombre de choses, en termes de transmission au public, de recherche scientifique et de mise en place de dispositifs multimédia ». Fort de cette expérience, le nouveau directeur du musée d’Aquitaine, qui devra s’atteler à la muséographie des salles des xxe et xxie siècles en 2018, rappelle qu’un musée est, avant tout, une collection d’objets qu’il faut incarner et humaniser : « Si on arrive à faire parler les objets, on arrive

en ligne sur la plateforme de courts-métrages de Canal + le 30 juin, le documentaire poursuit sa route dans les festivals internationaux. En octobre, Biarritz Surf Gang a reçu le prix du meilleur documentaire au New York Los Angeles International Film Festival. VG

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Benoît Maire Artiste contemporain En septembre dernier, le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine rend sa décision : l’œuvre de Benoît Maire, intitulée Un détail, ornera les gradins extérieurs de la Maison de l’économie créative et de la culture en Aquitaine (MECA), quai de Paludate, à Bordeaux. Pour répondre au dispositif « 1% artistique », imposé par l’État lors de la construction d’un bâtiment public, l’artiste contemporain, originaire de Pessac, livre une impressionnante statue, représentant une demi-tête d’Hermès en bronze. « Incarnation du sens que l’on ne possède toujours qu’à moitié », cette figure antique est alors pensée par l’artiste selon la dialectique inhérente à son travail : « L’art est l’expression qui fuit. La philosophie rattrape et formalise les limites. » Diplômé d’art à la Villa Arson de Nice, de philosophie à la Sorbonne et ancien pensionnaire du Palais de Tokyo, Benoît Maire, « touche à tout malgré lui », ne se limite pas à un domaine précis. En mars prochain, promet-il, la politique viendra s’immiscer dans son œuvre à l’occasion d’une exposition présentée au capc, à Bordeaux. VG « Thèbes », exposition monographique À partir de mars 2018, capc-Musée d’art contemporain de Bordeaux benoitmaire.com

Anne Kuhn

Cl. Ryan Gander - Crédit visualisation œuvre : © Benoît Maire / Cl. Anne Kuhn / Cl. Frédéric Desmesure

Photographe Après deux ans de travail et de recherches, Anne Kuhn livre sa dernière exposition consacrée au thème de la liberté. « Héroïnes », présentée au Casino municipal de Biarritz en octobre dernier, à l’occasion du festival L’Invitation aux voyages, met en scène vingt figures féminines de la littérature et s’interroge sur la dualité qui les anime, toutes étant conditionnées par leur absence de liberté. Ancienne danseuse professionnelle devenue photographe autodidacte, installée au Pays basque, Anne Kuhn aime avant tout raconter des histoires

et interroger le spectateur par le prisme de son objectif. L’artiste « photographie essentiellement des

femmes parce que c’est [pour elle] la meilleure manière de [s]’identifier » et travaille sans relâche pour « explorer la totalité de [sa] réflexion, photographiquement parlant ». Ses travaux accordent une place essentielle à la mise en scène et puisent leur inspiration dans les peintures baroques du xviie siècle et le clair-obscur des peintures flamandes et italiennes. VG « Héroïnes » Exposition jusqu’au 23 février 2018, à l’espace Capital In Fine, à Tours, et du 8 mars au 21 avril 2018, à la galerie Exit art contemporain, à BoulogneBillancourt.

Didier Vergnaud Directeur des éditions Le Bleu du ciel Tourné vers le champ poétique contemporain à l’adolescence et proche des arts plastiques, le poète et éditeur, natif de Soyeux, en Charente, s’intéresse depuis toujours à la question de la diffusion du texte. En 2018, à l’occasion du 30e anniversaire des éditions Le Bleu du ciel, Didier Vergnaud décide du retour de L’Affiche, sa « revue murale de poésie ». Partant du principe que « toute œuvre d’art mérite d’avoir une réception », il fonde en 1990 ce support qui permet de conjuguer graphisme et poésie, tout en offrant un accès direct à la lecture et à la création artistique dans l’espace public, via de l’affichage dans les abribus de Pessac, Bordeaux ou encore Libourne, ainsi que dans les bibliothèques et les universités de Gironde. Animé par cette même quête de diffusion, Didier Vergnaud dirige Le Bleu du ciel depuis 2000 et développe quantité d’activités, entre édition – 70 affiches et plus d’une centaine de livres de poésie et de littérature contemporaine au catalogue –, organisation d’expositions et d’événementiel varié. • VG Les éditions Le Bleu du ciel fêtent leurs 30 ans en 2018. De nombreux événements sont organisés en Gironde et dans toute la France tout au long de l’année. lebleuducieleditions.fr

annekuhn.fr

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L’UNIVERS DU festin

Le Festin, 176, rue Achard, Bordeaux-Bacalan Tram B Station New-York T. 05 56 69 72 46

Dates, horaires et informations complémentaires à suivre sur www.lefestin.net et les réseaux sociaux.

Revue, livres, hors-série : à chaque saison ses nouveautés, ses rencontres et ses événements.

Braderie et patrimoine Au Festin, il est de coutume de fêter dignement la fin d’année avec notre traditionnelle grande braderie. Après le Festival des Utopies en 2016, rendezvous dans les locaux du Festin et au théâtre du Pont Tournant les 25 et 26 novembre pour la Folle braderie du Festin et la manifestation « Nos patrimoines ». Au programme, des tables rondes (« Préserver à quel prix ? » et « Industriel et portuaire ? » le samedi, « Patrimoine culturel et naturel » le dimanche), des visites à pieds ou à vélo pour découvrir Bacalan avec l’association Tout Art Faire (« Bacalan, voyage architectural », « Bacalan, autour du Street-art » et « Bacalan, des bassins à flot à la base sous-marine »), un espace de jeu KAPLA, des projections de Moderato cantabile et Pile ou Face et, bien entendu, la soirée de lancement du festin n° 104 tout en stars et paillettes, le 25 novembre à 19 h dans nos bureaux.

AVALANCHE DE NOUVEAUTÉS Roman, hors-série ou beau livre, faites votre choix pour voyager avec Le Festin : une épopée familiale à travers les continents dans Leurs voyages de Pierre Mora (coll. Les Merveilles). Avis aux Périgourdins, l’Inventaire régional fait la part belle à l’image dans le dernier né de la collection Images du Patrimoine, La Vallée de la Vézère en Périgord – La fabrique d’un paysage. Enfin, pour les déambulateurs urbains, le hors-série Bordeaux, 24 heures de la vie d’une ville se propose d’arpenter la ville à travers 24 reportages qui s’égrènent au fil d’une journée imaginaire : de l’aurore au MIN à Bègles ou à la gare Saint-Jean jusqu’au milieu de la nuit, heure où les journaux s’impriment et où les crimes sont commis.

Informations, programme et réservations sur lefestin.net

RENCONTRES La librairie Le Contretemps de Bègles reçoit Pierre Mora le 8 décembre de 18 à 19 h pour une présentation de Leurs voyages suivie d’une séance de dédicace. Êtes-vous plutôt estuaire ou policier ? Le 9 décembre, Chantal Detcherry est au salon Lire en citadelle à Blaye pour une rencontre et une dédicace du Sentiment de l’estuaire tandis que Marie Michel, accompagnée de Xavier Rosan, est à Bordeaux en Livres, à l’Hôtel de Ville, pour une présentation de JTM, paru en novembre chez L’Éveilleur. Le 15 décembre, rencontre avec Marc Ollivier à la librairie Tonnet (Pau) autour de Curiosités et merveilles de Pau et du Béarn (coll. Les Paysages) réunissant une cinquantaine de chroniques, entre récits érudits et billets d’humeur. Le 30 janvier, rendez-vous à la Machine à lire (Bordeaux) pour une présentation du Testament d’Ausone (coll. Les Merveilles) de Marc Petit, roman épistolaire constitué de dix lettres adressées par le poète Ausone à des personnages historiques illustres comme l’empereur Gratien, Symmaque, Virgile ou encore Paulinus.

L’ÉVEILLEUR EFFRAIE Pour les lectures au coin du feu, L’Éveilleur vous fait frissonner avec JTM de Marie Michel, récit glaçant traitant de l’ultraviolence familiale et parricide, La Bête du Gévaudan d’Abel Chevalley (parution le 18 janvier), entre roman et enquête autour d’un sujet qui continue d’exciter les imaginations, et Le Grand Mal de Jean Forton (parution le 15 février) où des enfants découvrent la cruauté du passage à l’âge adulte…

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HOMMAGES Le lac d’Artouste.

Cl. Jérémie Buchholtz / Cl. Didier Sorbé

Le dernier tram.

Jérémie Buchholtz

Didier Sorbé

Jérémie Buchholtz s’en est allé, cette nuit injuste du 21 septembre, quai des Queyries à Bordeaux, perdant le contrôle de cette moto qui lui permettait d’arpenter la ville, matériel photographique sur le dos. Âgé de 40 ans, Jérémie était un professionnel touche-à-tout, un esthète formé en histoire de l’art, spécialiste de la prise de vues d’architecture – Bordeaux Métropole l’employait à documenter les mutations urbaines depuis 2001 –, auteur de projets d’art en France ou à l’étranger. Dans un milieu dont on connaît la difficulté d’accès, le jeune homme était doté de ce talent qui lui avait tôt permis de vivre de ses clichés. Jérémie assumait avec une grande générosité ses missions qu’il qualifiait « de cœur », tels ses reportages pour le festin. Son nom figure dans nos colonnes pour la première fois en 2004, cité dans un article d’actualité pour la parution d’un ouvrage aux éditions Confluences1, avec lesquelles il collaborait régulièrement. L’année suivante, il nous livrait ses premières images. Le compagnonnage n’avait jamais cessé depuis. Il s’achève avec ce numéro du festin2 et trois photoreportages dont deux exercices de style poétiques parus en octobre dans le hors-série Bordeaux, 24 h de la vie d’une ville. Les jours suivants son décès, un petit autel en sa mémoire, lové derrière les grilles du Jardin public où avait eu lieu son dernier accrochage, accueillait le flot constant de ceux, nombreux, qui avaient souhaité lui rendre hommage. Où l’on pouvait mesurer l’affection générale portée à ce garçon qui, dans un accablant rappel à l’évidence dont seule la mort est capable, frappe les esprits par la douceur de ses façons que rehaussait un regard à la clarté profonde. JP

Le corps sans vie du photographe Didier Sorbé a été retrouvé le mardi 26 septembre dernier dans le secteur de la brèche de Moundelhs, dans les Pyrénées. Didier était parti quelques jours plus tôt effectuer des photographies du Pic du Midi en vue d’une prochaine exposition pour le Musée national du château de Pau. Victime d’un arrêt cardiaque, il est mort en prenant un ultime cliché de ces montagnes qu’il connaissait et aimait tant, depuis toujours, et dont il avait transmis la connaissance à sa famille, à ses amis, à tous ceux qui le lui demandaient à l’occasion. C’est un peu de l’histoire du festin qui s’échappe avec cette disparition, Didier nous accompagnait depuis le n° 14 et, dans le numéro suivant, paraissaient les magnifiques aquarelles de son épouse, Hélène Saule-Sorbé, à qui nous pensons, ainsi qu’à leur famille, avec une immense affection. Didier avait un regard. Il était une présence. Ses mots étaient rares, mais justes. Ses gestes, de même, étaient précis. Les photos de reportages qu’il envoyait à la rédaction étaient au nombre de huit, neuf, dix, pas plus, le nombre qu’il décidait. Chacune avait été vérifiée dans ses moindres détails. Aucune n’était superflue. Didier Sorbé avait fondé avec Hélène et avec Marie Lauribe les éditions du Pin à Crochet, fédérant autour de cette belle aventure éditoriale et graphique une compagnie de pyrénéistes occasionnels ou endurcis, observateurs ou pratiquants, qui, de la fleur aux grands ciels embrumés ou découpés par les chaînes de montagne, aimaient cette aventure à la fois immense, surhumaine, et intérieure, intime, secrète. Le regard de Didier s’est figé, là, contre une paroi rocheuse, un nuage d’automne. Il nous laisse ces images, ses images, un panorama infini et bruissant de vie. XR

1. Trésors gourmands du Bordelais, ouvrage collectif. 2. Voir pp. 118-120.

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Le Festin #104 - Stars & lieux mythiques  

Plus d'informations : http://bit.ly/2A8fxs3

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