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Philippe Cottenceau

Papier que tu donnes à boire au soleil (dessins de l’auteur)

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« Je vois dans le cerf-volant une apothéose de la transparence. Cette transparence est le lieu où vit la lumière, c’est un lieu de réconciliation entre le ciel et la terre. Le cerf-volant est cette écaille de lumière où viendra s’inscrire mes poèmes issus de notes jetées, à la volée, sur un carnet que j’emporte avec moi lorsque je vais marcher. Feuille, pierre, chemin, oiseau, herbe, tout ce qui vit ici à ras de terre que nomme le poème est alors offert au ciel par l’intermédiaire du cerf-volant » Philippe Cottenceau, in L'Art en ciel, .


papier que tu donnes Ă  boire au soleil


Sur Philippe Cottenceau (et ses cerfs-volants) : Éric et Marc Domage, L’Art en ciel, éditions Alternatives,  Hans Silvester, Philippe Cottenceau, Éric Fottorino (préface), Au gré du vent, éditions de la Martinière,  © Quiero,  pour la présente édition  : ---     © Philippe Cottenceau pour les textes et les dessins


philippe cottenceau papier que tu donnes Ă  boire au soleil

quiero


…neige. glace. eau. si vous êtes des mots, parlez. André du Bouchet, Rapides, .





… Le son d’une cloche qui toi aussi t’a tenu éveillé Nuage ou pierre L’air est passage Ce qui s’est écrit malgré moi, gauche Pierre sonore au-dessus des toits Pigeons, colombes et tourterelles Ta chambre — l’autre pays — exempte [de nœuds dans l’écoulement du sang aux visions ligotées dans les cordes Si lents à venir — les mots ce lichen sur la peau des visages




Qui sait si nous ne sommes pas alors aux portes d’un autre royaume comme « la fourmi quand elle se promènes sur un volume de Dante, un monde dont elle ne soupçonnera jamais l’existence » (dixit Giono).




L’heure est grise. Le crocus se souvient d’avoir répandu sa couleur jaune dans la gorge des oiseaux. C’était au premier matin du monde. Du plus loin de l’horizon, j’appelle la musique des harpes cachée dans le vent. Comment se débarrasser de cette cendre épaisse qui pèse sur les paupières ? Je dis « rouge », je jette le mot sur le chemin. Un carré de papier rouge. Mais non — pas même nos pas — n’entame l’immobilité d’un chemin. Il va, lui, sans respirer et d’un bloc…







À la lueur de la lampe comme à l’arrêt que pourrais-je recueillir de ma vie ? Se découvrir entre pierre et feu sans un mot ni même une image à offrir. Chambre dans la montagne, d’où nous parvient le son de la cloche qui toi aussi t’a tenue éveillée.




De l’eau, de l’eau dans les yeux. Elle n’apaise pas la fièvre. Trembler, cela peut-il devenir un chant aussi ? Trembler de par tout le corps Ceci est ma chair Ceci est mon chant.










Tu cherches un mot du matin au soir un mot qui délivre




De tes mains, saisir cette pierre juste de l’autre côté de l’air.




D’ailleurs, tu parles seul, ramener, par ta voix toute cette étendue à toi — à voix haute, dans le droit fil du vent — cela est cerf-volant. Carnet, comme deux mains, ouvertes à ciel, nous, jamais, dans ce lit bleu. Ce lit bleu où respirer n’a plus cours.







La poésie, les poèmes d’André du Bouchet pareils à des pierres, enfouies sous terre, pierres qui auront levé, remonté toute l’épaisseur de la terre pour parvenir tranchantes à fleur de terre, leur ciel à fleur de terre : mi terre mi ciel à demi mi-mot.




Elle, son front à hauteur de glacier, ce visage que la neige, en fondant, aura traversé. Son front comme les pierres dans le lit du torrent, polies par les eaux. Pierre-miroir, son front, transparent réfléchit le ciel, l’eau fixe — Peau, Le vent, notre lit à nous deux.







Mise en page, mise en ciel plutôt. Ciel, la terre du poème. Ciel, la table, le socle du poème. Comme à l’arbre, ses racines en fleur sur le bleu du ciel.




Iris, la pierre qui vole au-dessus de ton front, la pierre en feu, par laquelle tu as cru que tu pouvais tout saisir. * « Faire » comme pour raccourcir une distance.







Notes laissées en « plan ». Mais, à la nuit venue, tu laisses le livre, grand ouvert. Papier que tu donnes à boire au soleil.




Philippe Cottenceau poète & cerf-voliste (-)

Les fragments retenus ici forment une « conversation » avec la poésie, les poèmes d’André du Bouchet. Ce dialogue avec l’œuvre du poète de Truinas, Philippe Cottenceau le poursuivait au jour le jour dans la réalisation de cerfs-volants – papier que tu donnes à boire au soleil – qui constituaient pour lui autant de mise en acte d’une recherche poétique commencée sur les bords de Loire et poursuivie sur tous les continents où fleurissent ces objets dédiés au vent. Après avoir participé, en , à la création de la revue de poésie Propos de campagne, il fonde en  l’association Au fil des vents. Il se met à voyager autour du monde (Indonésie, Chine, Guatemala, etc.) et participe à de nombreux articles et ouvrages sur le cerf-volant. Un choix de ses textes accompagne Au gré du vent un livre du photographe Hans Silvester paru en  aux éditions de la Martinière. Papier que tu donnes à boire au soleil est son premier recueil publié.


oo ce recueil extrait des carnets de Philippe Cottenceau, Papier que tu donnes à boire au soleil, premier livre des éditions Quiero, a été mis en ligne le  octobre  pour fêter le retour de l’autome, l’ami et le poète disparu le  octobre . ooooooo oo éd i ti on & m is e en pa ge : sa fi m o u n el a au ca te rm xi o er na


* * * cette version numérique est offerte aux amis de Philippe et à tous ceux qui nous ont aidés à réaliser ce beau livre par leur souscription. Si vous souhaitez vous procurer ou offrir une version papier vous pouvez passer commande du livre et nous envoyer  euros à l’ordre de « marginales propos périphériques » Merci éditions Quiero « marginales propos périphériques » c/o maison des métiers du livre , avenue de l’observatoire  Forcalquier


Tu cherches un mot du matin au soir un mot qui délivre

 euros


Philippe Cottenceau

Papier que tu donnes à boire au soleil (dessins de l’auteur)





PAPIER QUE TU DONNES À BOIRE AU SOLEIL