Pas 2 : Le cœur humain, un cœur inquiet et en recherche
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International
Cité du Vatican - 3 décembre 2019 (Révision mars 2023)
Saint-François-Xavier - 175 ans de l'Apostolat de la Prière
CHERS AMIS DANS LE SEIGNEUR
Le Chemin du Cœur est l'itinéraire spirituel proposé par le Réseau Mondial de Prière du Pape C'est la boussole de notre mission, une mission de compassion pour le monde Il s'inscrit dans la démarche initiée par le pape François avec Evangelii Gaudium, "La joie de l'Évangile"
C'est le résultat d'un long processus impulsé par le père Adolfo Nicolás, alors supérieur général de la Compagnie de Jésus Au tout début, avec une équipe internationale dirigée par le père Claudio Barriga SJ, une ébauche avait été rédigée, appelée ici « Cadre de référence » Nous avons présenté cet itinéraire au pape François qui l’a approuvé en août 2014 ; puis nous l’avons publié dans un document intitulé : « Un chemin avec Jésus, en disponibilité apostolique » (décembre 2014) Ce document présentait une nouvelle manière de comprendre la mission de l'Apostolat de la Prière, dans une dynamique de disponibilité apostolique, comme c’était le cas au commencement
Le Chemin du Cœur est essentiel pour la recréation de ce service ecclésial, aujourd’hui Réseau Mondial de Prière du Pape Il s 'agit d'un approfondissement de la tradition spirituelle de l'Apostolat de la Prière pour aujourd'hui, et il articule de manière originale les éléments essentiels de ce trésor spirituel avec la dévotion au Cœur de Jésus Il peut être considéré comme une adaptation des Exercices Spirituels de saint Ignace Le Chemin du Cœur est la clé d'interprétation de notre mission Le commentaire écrit en 2017 souhaitait aider les équipes nationales du Réseau de Prière du Pape à approfondir chaque pas du Chemin du Cœur et à entrer dans sa dynamique interne, afin qu 'elles puissent proposer, avec leur propre créativité, des matériaux adaptés à leur contexte local Nous trouvons ce texte dans chaque livre sous le titre "Dynamique interne du pas "
Nous avons vite compris qu’il était important d’aider les équipes nationales à approfondir davantage Le Chemin du Cœur, sans lequel il serait difficile d’avancer dans le processus de recréation de cette œuvre pontificale C’est pourquoi nous avons commencé à écrire en 2018, avec une équipe internationale, 11 livres Cette équipe était coordonnée par Bettina Raed, aujourd’hui Coordinatrice Internationale du Chemin du Cœur C'est depuis la terre du pape François, avec le soutien de plusieurs compagnons jésuites et des laïcs, que nous avons mené à bien ce labeur En 2020 nous avons publié ce travail en espagnol, sous forme de site internet avec 86 vidéos, 86 podcasts et plusieurs centaines de fiches de présentation: wwwcaminodelcorazonchurch
Vous trouverez ici la traduction française des livres du Chemin du Cœur Une traduction est toujours limitée, et nous laissons à vos soins de l’adapter localement Nous espérons que ce matériel vous aidera à proposer cette mission de compassion pour le monde avec créativité (retraites spirituelles, sessions de formation, réunions du Premier vendredi du mois, etc ) C'est le fondement de notre mission Notre façon propre d'entrer dans la dynamique du Cœur de Jésus.
Original espagnol
P Frédéric Fornos, S J
Directeur International
Boussole pour orienter ce PAS
Mot-clé : SE RÉVEILLER
Objectif : Regarder ce qui fait bouger mon cœur. Où en suis-je ?
Qu’est-ce qui me touche ?
Attitude clé : Connaissance intérieure. Constater et apprendre.
Demander la lumière
Ce que nous recherchons – le fruit : orienter notre vie
Dynamique interne du PAS : De « la désorientation » à l’« orientation »
Les coordonnées de mon existence
Cadre de référence
Nous aspirons au bonheur et nous le recherchons de différentes manières. Nous recevons de Dieu le don d’aimer et de vivre avec générosité. Pourtant nous faisons souvent l’expérience d’être pauvres et désorientés, entre frustrations et désirs profonds qui nous habitent, incapables de résoudre nos crises personnelles et de trouver la paix intérieure Nous proposons ici un itinéraire de foi, d’oraison et de vie, adapté à ceux qui sont en recherche intérieure, qui reconnaissent leur soif spirituelle et désirent accueillir Jésus-Christ dans leur cœur C’est le chemin des petits dont la faiblesse et la vulnérabilité ne sont pas un obstacle, mais bien plutôt le meilleur capital pour rencontrer un Dieu qui se rend proche du pauvre
Dynamique interne du PAS
Nous désirons tous aimer et être aimés, cependant nous faisons l’expérience que c ’est souvent bien difficile, plein de malentendus. « Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir : puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais » (Romains, chap 7, 18-19) dit Saint Paul dans sa lettre aux chrétiens de Rome Nous avons tous fait cette expérience Malgré notre désir d’aimer, d’être en harmonie avec les autres, malgré notre désir de bien-être et de bonheur, combien de fois nous laissons-nous entraîner sur des chemins mortifères qui blessent les autres et qui nous détruisent Combien de gestes, de paroles, de pensées, au lieu de nous ouvrir à la vie, nous ont au contraire entraînés sur le chemin de la mort ? Le refus de l’Amour peut être si fort, dans l’égoïsme, l’orgueil, la haine, le mépris, qu’il peut nous enfermer en nous-même, nous séparer des autres et de Dieu Et cet enfer-mement, cet enfer, conduit à la mort Comme dit le livre du Deutéronome: «C'est la vie et la mort que j'ai mises devant vous, c'est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le
SEIGNEUR ton Dieu, en écoutant sa voix et en t'attachant à lui » (Livre du Deutéronome, chap 30, 19-20) Choisir le Christ c ’est choisir la vie
Dieu ne regarde pas notre péché, mais notre cœur Il regarde notre amour, notre désir de revenir vers lui, comme nous le raconte Jésus dans la parabole du père du fils prodigue (Luc 15) Le Pape François l’exprime ainsi : « Le regard de Jésus va au-delà des péchés et des préjugés Et cela est important ; il voit la personne avec les yeux de Dieu » (Angélus du 30 Octobre 2016) Jésus donne plus d’importance à la foi qu’à l’observance de la loi : « Allez donc apprendre ce que signifie : C'est la miséricorde que je veux, non le sacrifice. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs.» (Évangile selon saint Matthieu 9, 13.)
C’est aussi ce que disait Isaac le Syrien (VIIème siècle) « Dieu va-t-il me pardonner ces choses qui me peinent et dont la mémoire me tourmente ? ( ) Ne doute pas de ton salut Sa miséricorde est bien plus vaste que tu ne peux la concevoir, sa grâce, plus grande que tu n 'oserais la demander Il guette sans cesse le moindre repentir de celui qui s 'est laissé voler une part de justice dans ses luttes avec les passions et avec le péché » (Discours 40)
« Le pardon de Dieu pour nos péchés n ’ a pas de limite Dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ, Dieu rend manifeste cet amour qui va jusqu’à détruire le péché des hommes Il est possible de se laisser réconcilier avec Dieu à travers le mystère pascal et la médiation de l’Eglise Dieu est toujours prêt au pardon et ne se lasse jamais de l’offrir de façon toujours nouvelle et inattendue » (Misericordiae Vultus n°22)
Entrée depuis la perspective biblique
Dieu est un Père Bon, plein d’amour et de tendresse pour ses enfants. L’expérience de cet amour, exprimé à travers les choses et les personnes qui font partie de notre vie quotidienne, de la nature, de l’amour que nous donnons et recevons, des innombrables bonnes choses qui nous arrivent, éveille en nous la gratitude et nous pousse intérieurement à répondre à tant de bien reçu Cependant, malgré cette expérience indéniable d’amour qui nous habite et nous entoure, nous ne tardons pas à faire l’expérience que nos réponses ne sont pas toujours fidèles au bien que nous recevons
Nous voulons faire le bien, répondre avec amour et tendresse, avec vérité et avec joie aux autres, être justes et solidaires, et mettre en pratique tant de bons désirs Cependant, nous n ’agissons pas toujours comme nous le souhaiterions, et nous nous sentons alors en contradiction et incohérents entre nos désirs et nos actes
Nous faisons l’expérience de notre fragilité, de notre impuissance, et nous prenons conscience que nous sommes capables de faire du mal, de mensonge, de méchanceté, et en définitive, de péché. Souvent, nos attitudes obscurcissent le bien qui est en nous et nous rendent complices du mal qui opère également à l’extérieur de nous. Nous ne sommes pas aussi bons que nous le voudrions, ni ne sommes comme nous aimerions être perçus par les autres Des forces nous habitent qui nous éloignent de l’amour reçu, qui nous détournent du chemin, nous rendant moins humains et nous transformant en collaborateurs de la déshumanisation de nos liens Le péché nous fait du mal et fait du mal aux autres
Que veut nous dire la Bible concernant cette expérience que nous vivons tous les jours ? Comment la Parole de Dieu pourrait-elle nous accompagner dans notre existence ? La Bible, en tant qu’histoire d’amour entre Dieu et les hommes, nous rapporte les récits des infidélités, des égarements et de la déshumanisation dont les êtres humains ont été les protagonistes tout au long de l’histoire Ces hommes et ces femmes racontent comment, en toute conscience, ils n ’ont pas toujours répondu à l’amour infini de Dieu, alors qu’ils avaient fait l’expérience de sa Promesse devenue réalité.
Cependant, Dieu qui est toujours fidèle n ’ a jamais abandonné ses enfants, ne s ’est jamais détourné et ne les a jamais laissés à leur sort alors qu’ils essayaient, dans leur fragilité, de continuer à construire cette histoire d’amour avec Lui La Bible nous raconte comment Dieu, avec tendresse et affection, nous rapproche toujours de quelqu’un d’autre qui nous ouvre les yeux et nous éveille à prendre conscience de notre infidélité, ainsi qu’à l’expérience de la Promesse toujours présente d’un Dieu qui continue à chercher et à aimer pour réparer la vie de ses enfants
Le deuxième livre de Samuel relate l’épisode où le Roi David, ébloui par la beauté de la femme d’Urie, cherche à dissimuler la vérité, ainsi que son infidélité, non seulement à Dieu, qui l’a oint Roi de son peuple, mais également à ses généraux et aux membres de sa famille qui le soutiennent dans sa lutte pour la libérer le peuple d’Israël contre ses ennemis David fait tuer Urie, l’un des meilleurs serviteurs de son armée, afin que son péché reste caché et que sa réputation soit sauve Le prophète Nathan interpelle le roi David sur sa conduite en le faisant réfléchir avec un cas fictif Ce dernier, avec sa sagesse, répond de manière appropriée en condamnant celui qui avait causé du tort
« "Par la vie du SEIGNEUR, il mérite la mort, l’homme qui a fait cela. Et de l’agnelle, il donnera compensation au quadruple, pour avoir fait cela et pour avoir manqué de cœur." Nathan dit à David : "Cet homme, c’est toi ! (...) Pourquoi donc as-tu méprisé la parole du SEIGNEUR en faisant ce qui lui déplaît ?" » Dieu nous reprend comme un père et nous envoie de l’aide sur notre chemin, comme il a envoyé Nathan au Roi David pour éveiller sa conscience
Le péché et le mal n 'ont jamais le dernier mot. La Bible nous raconte comment Dieu, même lorsque les hommes et les femmes insistaient pour s'éloigner de l'amour du Père, a toujours cherché ses enfants et a maintenu sa promesse d'éternelle miséricorde, d'amour et de salut pour tous.
Dieu promet son Amour Éternel et l'homme le recherche avec un cœur fragile et dans le besoin, conscient que son unique refuge est cet Amour qui le soutient, toujours proche et solidaire des préjudices et des douleurs que les hommes et les femmes subissent et causent « Des profondeurs je t’appelle, SEIGNEUR : Seigneur, entends ma voix » (Psaume 129, 1-2)
L'amour de Dieu guérit les blessures, rétablit la vie, reconstruit les liens et nous permet de nous réinsérer dans nos milieux C’est ainsi que l'évangéliste Marc nous raconte la guérison de la belle-mère de Pierre : « Jésus s’approcha et la fit lever en lui prenant la main : la fièvre la quitta et elle se mit à les servir » (Évangile selon Marc, chapitre 1, 31) De même, lorsqu'il guérit un paralytique, le regard de Jésus n 'est pas
fixé sur l'impossibilité ou la fragilité, mais sur la foi de celui qui fait appel à lui: «Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : "Mon fils, tes péchés sont pardonnés". (...) Il dit au paralysé : "Je te le dis, lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison". L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde. » (Évangile selon Marc, chapitre 2, 5-11)
« Promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leur cœur, il dit à cet homme : "Étends la main." Il l’étendit, et sa main fut guérie » (Évangile selon Marc, chapitre 3, 5).
● «Dieu, c’est toi mon Dieu ! Dès l’aube je te désire ; mon âme a soif de toi ; ma chair languit après toi, dans une terre desséchée, épuisée, sans eau » (Psaume 63 [62] 2, 1)
● «Des profondeurs je t’appelle, Seigneur : Seigneur, entends ma voix !» (Psaume 130 [129], 1 )
● «Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux» (Matthieu 5, 3)
● «Où t’es-tu caché, mon bien-aimé ? Tu m ’ as laissé à mes gémissements » (St Jean de la Croix, Cantique Spirituel)
● «Tu nous as faits pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi » (St Augustin, Confessions 1, 1)
● «Nathan dit à David : "Cet homme, c’est toi !"» (2 Samuel 12, 7)
● «Puisque le bien que je veux, je ne le fais pas» (Romains 7, 19-25)
Entrée depuis la perspective de la foi
Dieu a créé l'homme avec une liberté de choix, et il doit respecter cette liberté même s'il est tout-puissant. Dieu ne veut pas d'un monde de robots qui n 'ont pas de personnalité ou de liberté, car l'amour implique la personnalité, la liberté et la responsabilité.
Dans le passage des tentations de Jésus dans le désert, le simple fait que la tentation soit possible signifie que Dieu court les mêmes risques des hommes, jusqu'au bout Il ne nous ait pas donné de concevoir une intervention divine qui élimine le risque de la liberté et de la responsabilité humaines
Le triomphe de Dieu consiste à permettre à l'homme de choisir librement de l'aimer ou non Et cette liberté, en tant que liberté libérée, ne réside pas tant dans la possibilité de dire oui ou non, mais dans le fait que son oui ne soit conditionné absolument par rien d'autre que l'amour
Nous sommes notre liberté, ou si l’on préfère, mon être résulte de ce que ma liberté a décidé. Ce qui revient à dire que c ’est l’histoire de mes décisions qui exprime le plus profond de ma personne et qui permet aux autres de le reconnaître.
Cependant, comme le dit Saint Paul dans sa lettre aux Romains, « effectivement, je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais Or, si ce que je ne veux pas, je le fais, je suis d’accord avec la loi et reconnais qu’elle est bonne ; ce n’est donc pas moi qui agis ainsi, mais le péché qui habite en moi. Car je sais qu’en moi – je veux dire dans ma chair – le bien n’habite pas : vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir, puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais. Or, si ce que je ne veux pas, je le fais, ce n’est pas moi qui agis, mais le péché qui habite en moi. Moi qui veux faire le bien, je constate donc cette loi : c’est le mal qui est à ma portée. Car je prends plaisir à la loi de Dieu, en tant qu’homme intérieur, mais dans mes membres, je découvre une autre loi qui combat contre la loi que ratifie mon intelligence ; elle fait de moi le prisonnier de la loi du péché qui est dans mes membres. » (Romains 7, 15-23 )
La conscience du péché est importante car elle nous rappelle que notre création est un mélange d'amour, d'égoïsme et de péché. Chacun de nos actes peut être bon ou mauvais, comme les deux semences de l'ivraie et du blé dans une même terre.
Si la culpabilité nous effraie à tel point que nous cherchons à nous retirer de l'histoire, dans la neutralité et la tranquillité de l'intemporel, le péché est la racine de notre
esclavage et de notre refus d’être co-créateurs avec Dieu, comme le rapporte Saint Paul dans sa lettre aux Romains Ainsi, la peur du péché peut se transformer en angoisse, en manque de foi et même en péché revêtu d'une fausse religiosité, ce qui est encore plus grave
Si nous oublions notre responsabilité de contribuer à la création d’un monde qui nous a été partiellement confié et que nous préférons nous concentrer sur nos mérites devant Dieu, même si nous respectons tous les préceptes de tous les décalogues, nous pécherons. Cela est dû au fait que nous n ' avons pas été créés pour cela, et que nous manquerions à l'intention créatrice de Dieu à notre égard. Entre ces deux extrêmes, l'obsession de la culpabilité d'une part et l'apathie qui conduit à ne rien faire d'autre part, se trouve l'espace où Dieu veut que l'homme soit.
Aucun homme ne peut être si pécheur que le mal lui-même lui soit une tentation En général, nos réponses sont des formes habituelles, pauvres, faciles ou désespérées que nous prenons, nous trompant nous-mêmes, comme des réalisations du bien et qui peuvent être les plus grandes et les plus monstrueuses aberrations du comportement humain
En fin de compte, l'être humain a deux alternatives :
a) se centrer sur lui-même, ce que Paul appelle «se laisser conduire par les œuvres de la chair» (Galates 5, 19-21), c 'est-à-dire par la fragilité humaine, dont le chemin commence par la cupidité des richesses, continue dans la recherche de l'honneur et finit couronné par l'orgueil (EE 142), quand l'homme dévore l'homme.
b) ou bien développer le don de soi, d'où proviennent les fruits de l'Esprit: «amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi» (Galates 5, 22), dont les jalons sont la pauvreté, le mépris de soi et l'humilité (EE 146).
Notre réalité pécheresse a un aspect très positif, qui a été clairement mis en évidence dans les Évangiles: la Rédemption qui a eu lieu en Christ pour toute l'humanité «Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort ? Grâce soit rendue à Dieu par Jésus Christ, notre Seigneur !» (Romains 7, 24-25 )
➔ Pour approfondir
• Ressources Annexe Deux « Saint Jean-Baptiste, un homme de crise »
• Annexe Trois « Grandir dans la désillusion »
Entrée depuis la perspective spirituelle
Relecture en eau profonde
Le fait de nous savoir inconditionnellement aimés de Dieu nous ouvre à la gratitude et au désir de prendre soin des dons qui nous ont été donnés. Le fait de découvrir que la vie et tout ce qu 'elle contient est un énorme cadeau, pour lequel nous n ' avons rien mérité et pour lequel rien ne nous est demandé, nous ouvre à la gratitude et à prendre soin de ces dons La conscience du don invite à un soin aimant et donc à la reconnaissance de toutes les fois où nous avons négligé ce qui nous a été donné
Ainsi, une dynamique se met en place dans le cœur de la personne qui reconnaît le don et en est reconnaissante D’autre part, consciente de la valeur du don et de l’amour de Celui qui le donne, la personne se rend compte qu ’elle n ’ a pas toujours été fidèle à protéger ce cadeau précieux
Il ne s 'agit pas d'un exercice culpabilisant des choses mal faites, ni d'une liste de péchés ou de manquements comme si l'on faisait une liste de courses ou de dettes Il s 'agit plutôt d'un regard reconnaissant sur tous les biens que nous avons reçus, qui reconnaît que parfois, en raison de notre fragilité, de notre négligence, de notre malice et d’autres désordres, nous avons négligé ces cadeaux, ce qui nous a privés d’en profiter pleinement et a privé nos frères et sœurs d’en bénéficier.
Ce n 'est pas seulement un exercice intellectuel, mais un exercice de la raison éclairée par la grâce du Père C'est pourquoi nous devons demander au Seigneur de nous éclairer et de nous donner la grâce de contempler l'amour qu’Il nous donne et les soins qu’il apporte à notre vie, ainsi que le manque d’amour avec lequel nous lui répondons De cette façon, le parcours de nos infidélités quant au bien reçu doit se dérouler sous le regard du Père, en Lui demandant de nous montrer avec Sa lumière comment grandir en fidélité et en soin pour notre bien-être et celui de nos frères et sœurs
Il s 'agit donc d'un exercice qui se fait en présence de Dieu, une prière qui cherche à rencontrer le Seigneur Sous la lumière de la grâce du Père, nous pourrons examiner ce que nous souhaitons, que ce soit une partie de notre journée, une activité particulière, une rencontre, une conversation ou encore reprendre l’examen de la fin de la journée. Nous passerons en revue, dans notre cœur, ce que nous avons vécu, regardant comme dans un film le déroulement des divers moments, comme si nous demandions « des comptes à notre âme », pour ramener tout au présent et voir comment notre journée s 'est déroulée selon le regard de Dieu
Ainsi, nous découvrirons les moments où nous avons négligé ce qui nous a été offert, causant du tort aux autres, à nous-mêmes et au monde qui nous entoure Par exemple, en négligeant ceux qui ont eu besoin de nous, en ne profitant pas d'une rencontre avec nos proches à cause d’un excès de travail, ou encore en ayant des conversations oisives qui nous font perdre notre joie, ou bien en ne prenant pas suffisamment soin de notre santé, ou en faisant le tri des déchets de façon négligente, ou même en ne consacrant pas suffisamment de temps à la prière
Selon les cas, il peut être utile de prendre des notes au fur et à mesure des choses pour lesquelles vous souhaitez exprimer votre gratitude, car vous les reconnaissez comme des dons du Seigneur. Notez également la façon dont vous en prenez soin, comment vous le faites fructifier, si vous en tirez un profit personnel ou si, au contraire, vous faites du bien aux autres avec ce que vous avez reçu En outre, vous pouvez noter quand vous cessez de le faire, en négligeant ainsi le bien que Dieu vous fait Prendre des notes vous aidera à dimensionner et à calibrer votre cœur, réduisant ainsi le risque que votre mémoire soit défaillante et que vous oubliiez le fruit de cet examen spirituel
Le cœur qui est entré dans la clarté de " sa vérité" à la lumière de la grâce et aux yeux de Dieu, désirera demander pardon et aide La vérité sur soi-même libère car elle nous rend transparents devant le Seigneur, pour qui nous n ' avons pas de secrets La disposition du cœur à se montrer tel qu'il est devant son Créateur non seulement "allège" et "libère des charges", mais elle nous fait gagner en intimité avec Celui qui, même avec nos fragilités, croit en nous et a confiance en le bien qu'il nous a confié, car c 'est Lui qui travaille pour le cultiver et le faire grandir.
Après avoir demandé pardon en toute confiance à Celui qui vous aime et qui continuera à vous aimer toujours, préparez-vous à reprendre le chemin pour prendre soin, faire grandir et partager les dons reçus de Dieu. Cette intention vous ouvrira à recevoir la grâce qui donne la force de reprendre la marche
L'examen spirituel calibre le cœur en l'harmonisant avec le regard que le Créateur a sur nous, qui est en définitive le seul regard qui place la Vérité dans notre cœur, renforce nos talents et restaure les offenses que nous causons en raison de nos fragilités et de nos péchés
Connaître les mouvements de notre intériorité
Entrer dans la vie de prière et commencer un chemin spirituel n ’est pas anodin Dès les premiers pas, nous remarquons en nous des mouvements spirituels Autrement
dit, nous commençons à expérimenter des changements dans nos sentiments, des pensées qui apparaissent et disparaissent, d’autres qui sont plus persistantes, des désirs et des inclinations Le monde intérieur a une vie et cette vie se manifeste dans ce que nous appelons, dans la tradition spirituelle, les mouvements spirituels Il est donc important et bon de les remarquer, c ’est-à-dire de les reconnaître et de distinguer quelles informations nous apportent chacun d’eux Car ils ont une signification différente, ils nous orientent ou nous inclinent de manière diverse, et nous amènent à prendre des décisions différentes
Ces mouvements intérieurs sont nécessaires à la santé spirituelle et tous ont quelque chose à nous apprendre. Ce qui importe, c ’est d’en saisir la signification afin de pouvoir grandir dans notre amitié avec le Seigneur.
Il y a un premier groupe de mouvements intérieurs que nous percevons comme des pensées ou des sentiments lorsque nous progressons dans notre vie spirituelle Lorsque nous avons décidé de prendre au sérieux un chemin d’amitié avec Jésus et que nous avons entrepris de cultiver dans la prière la rencontre avec Lui, ainsi que des attitudes plus similaires aux siennes dans notre vie quotidienne, nous remarquerons alors deux sortes de mouvements intérieurs : ceux qui viennent de « l’ennemi de la nature humaine ou du mauvais esprit », qui nous guette et qui mettra des obstacles et des pierres sur notre chemin pour ne pas nous faire avancer dans la vie spirituelle, afin que nous abandonnions nos bonnes intentions et que nous nous éloignions de Jésus Ce seront des pensées qui feront croire que nous avons entamé un chemin difficile, voire impossible, que nous ne serons pas en mesure de poursuivre ou que cela sera inutile, ou bien toute pensée semblable qui nous fera dévier de notre chemin, qui nous enfermera ou nous isolera des autres. Tout cela engendre le découragement et le désespoir dans l’itinéraire proposé. Au contraire, le bon esprit nous poussera à continuer, à chercher de l’aide si les choses se compliquent, à surmonter les obstacles, à regarder les accomplissements et les avancées plutôt que les difficultés, à avoir confiance que si Jésus nous a appelés, Il nous aidera sur ce chemin Ce seront des sentiments qui nous encouragent et des pensées imprégnées d’optimisme qui nous ouvriront la vie
Il y a ensuite un deuxième groupe de mouvements intérieurs qui se produisent dans l’âme de ceux stagnent ou ne prennent pas au sérieux leur croissance spirituelle Dans ces cas, le mauvais esprit facilite la tâche de l’éloignement du Seigneur, comme s’il enduisait d’huile la pente qui conduit à descendre sur ce chemin Ainsi, la paresse est ravivée, tout comme est encouragée une vie confortable sans prière, saupoudrée de plaisirs sensuels et de bas étage, avec la satisfaction d’appétits sensibles désordonnés En revanche, le bon esprit agit à l’opposé : il réveille notre conscience
en la piquant ou en la tourmentant afin de nous faire revenir sur le chemin
Le bon esprit nous aide à apprendre à reconnaître ces mouvements intérieurs, à prendre note de ce que nous découvrons, des circonstances dans lesquelles nous les ressentons, de ce qui nous arrive à chaque fois et ce à quoi nous nous sentons inclinés Pourquoi ? Il ne s ’agit pas seulement de reconnaître et de réaliser ce qui nous arrive, mais également d’accueillir les mouvements intérieurs qui nous rapprochent de la vie de l’Esprit Saint et de rejeter ou de refuser ceux qui nous en éloignent
C’est apprendre à reconnaître pour être en mesure d’entrer dans le langage de la vie de l’Esprit, être à l’écoute de ces mouvements spirituels qui nous ouvrent à la vie pour les recevoir et les suivre, et rejeter ce qui ne vient pas du bon esprit.
➔ Pour approfondir Ressources Annexe Un « L’âme lourde »
Les changements soudains de l’âme
Jean Cassien
Jean Cassien, Père du désert au IVème siècle, en Égypte, introduisit les principales orientations de la tradition monastique orientale dans le monde occidental Ses écrits sur la prière et le discernement spirituel ont eu beaucoup d’impact
Dans ce texte que nous vous proposons, cet auteur présente, avec le langage et les images de son temps, la dynamique du discernement spirituel, c ’est-à-dire les mouvements intérieurs qui nous ouvrent à l’Esprit du Seigneur et à la vie, mais également ceux qui représentent un obstacle
Il faut rappeler que la tradition biblique et sapientielle nous dit que les mouvements intérieurs proviennent d’influences qui nous sont extérieures, c ’est-à-dire des choses que nous voyons, que nous écoutons, que nous percevons et qui nous touchent affectivement. C’est ce que l’on appelle, dans cette même tradition, le « bon esprit » et le « mauvais esprit », qui nous ouvrent à la vie ou nous conduisent, au contraire, à la mort Cependant, ceux qu ’ on appelle « bon et mauvais esprit » NE s’identifient PAS avec le Seigneur et avec le diable, le prince du mal C’est-à-dire qu’il ne s ’agit pas d’une lutte entre Dieu et le diable, car le Créateur est Tout-Puissant et il a déjà vaincu le mal Le diable, qui signifie « celui qui divise », Satan, qui signifie « l’adversaire », le père du mensonge, comme nous le dit la tradition spirituelle, n ’est qu ’ une créature, et il ne peut pas rivaliser avec Dieu C’est dans le combat intérieur, spirituel, que se jouent des forces intérieures (qui sont propres à notre psychologie), ainsi que d’autres forces qui proviennent d’influences
extérieures (le bon et le mauvais esprit) L’Esprit du Seigneur soutient l’influence du «bon esprit» en nous, car il nous conduit à la vie et à la liberté, mais il ne s’identifie pas avec lui, comme le «mauvais esprit» qui nous pousse vers l’esclavage peut être influencé par le démon (qui signifie, «celui qui divise»)
«C’est à ce bienheureux Daniel qu ’ un jour nous demandâmes : comment se fait-il que, retirés dans nos cellules, nous sentions parfois notre coeur se remplir de tant d’allégresse, avec les sentiments d’une joie si ineffable et un tel flot des lumières les plus divines, qu’il ne se trouve point de paroles pour le dire et que la pensée même est inégale à le concevoir? C’est alors une oraison toute pure et facile; et l’âme, comblée des fruits spirituels, connaît instinctivement que ses prières, continuées durant le sommeil même, parviennent ailées et efficaces jusqu’à Dieu.
Mais il arrive aussi que nous soyons remplis d’une angoisse subite et sans cause ; nous nous sentons accablés d’une tristesse à laquelle il ne se trouve point de motif
La source en est séchée des mystiques expériences, mais encore la cellule devient insupportable, la lecture un dégoût, la prière s’égare, inconstante et capricieuse, comme des gens pris d’ivresse Nous gémissons, nous essayons de rappeler notre esprit à sa direction première Vainement ! Plus nous faisons effort pour le ramener à la contemplation de Dieu, plus il se glisse et s’échappe en courses vagabondes Stérilité dans l’âme ! Et ni le désir du ciel ni la crainte de l’enfer ne sont capables de secouer sa léthargie
L'abbé Daniel répondit : Nos pères nous ont donné trois raisons de cette sécheresse de l'âme dont vous parlez.
Elle vient ou de notre négligence, ou des attaques du démon, ou de la volonté de Dieu qui nous éprouve. Elle vient de notre négligence lorsque nous nous laissons aller par notre faute à la tiédeur, et que notre paresse et notre négligence nous donnent des pensées mauvaises, et font produire des ronces et des épines à la terre de notre cœur, tellement que nous devenons stériles et incapables de produire des fruits spirituels et de nous appliquer à la contemplation Elle vient des attaques du démon lorsque, malgré nos efforts vers le bien, cet esprit de malice se glisse dans notre âme et nous distrait, à notre insu, de nos meilleures résolutions
La sécheresse que Dieu permet pour nous éprouver peut avoir deux causes :
La première est que Dieu se retire pour un peu de temps, afin que nous reconnaissions humblement notre faiblesse et que nous ne nous enorgueillissions jamais de la pureté de cœur et des grâces que sa présence nous donnait En nous
éprouvant par cet abandon, il veut nous faire comprendre que nos gémissements et nos efforts ne peuvent nous rendre notre état de paix et de pureté et que ce n'était pas à nous-mêmes que nous devions la joie de notre cœur, mais bien à sa seule bonté et qu'il faut encore la solliciter de sa grâce et de sa miséricorde
La seconde cause est que Dieu veut éprouver notre persévérance et la force de nos désirs Il veut nous montrer avec quelle ferveur et quelles ardentes prières il faut rappeler l'Esprit-Saint qui s 'est caché de nous, afin qu 'après avoir retrouvé avec tant de peine la joie spirituelle que nous avions perdue, nous nous appliquions ensuite à la conserver avec plus de soin et d'amour, car on garde avec négligence ce que l'on croit facilement recouvrer.
Ceci prouve clairement que c 'est la grâce et la miséricorde de Dieu qui opèrent toujours le bien qui est en nous Dès qu'il nous abandonne, nos efforts deviennent inutiles ; l'âme ne peut jamais, sans son secours, recouvrer son premier état ; et cette parole s 'accomplit en nous : «Cela ne dépend pas de l'homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde »
La grâce aussi ne dédaigne pas de visiter quelquefois les tièdes et les négligents, et de répandre dans leurs âmes ces inspirations et cette abondance de saintes pensées dont vous parlez Elle assiste les indigents et réveille ceux qui dorment ; elle éclaire ceux que l'ignorance aveugle ; elle nous reprend et nous corrige avec bonté ; elle remplit nos cœurs, afin de nous retirer, par le repentir, de notre langueur et de notre engourdissement Souvent même, quand elle nous visite, ses parfums surpassent tellement ceux de la terre, que l'âme en est enivrée et ravie ; elle oublie qu 'elle est captive dans son corps »
Entrée à partir des paroles du Pape
«Une des plus sérieuses tentations qui étouffent la ferveur et l’audace est le sens de l’échec, qui nous transforme en pessimistes mécontents et déçus au visage assombri
Personne ne peut engager une bataille si auparavant il n ’espère pas pleinement la victoire Celui qui commence sans confiance a perdu d’avance la moitié de la bataille et enfoui ses talents Même avec une douloureuse prise de conscience de ses propres limites, il faut avancer sans se tenir pour battu, et se rappeler ce qu ’ a dit le
Seigneur à Saint Paul: « Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12, 9) Le triomphe chrétien est toujours une croix, mais une croix qui est, en même temps, un étendard de victoire, qu ’ on porte avec une tendresse combative contre les assauts du mal Le mauvais esprit de l’échec est frère de la tentation de séparer prématurément le grain de l’ivraie, produit d’un manque de confiance anxieux et égocentrique » (Pape François, Evangelii Gaudium).
Entrée depuis la perspective de la prière
Réveiller le monde intérieur qui habite en nous
« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. En effet, il en va du Royaume des cieux comme d’un homme qui, partant en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens » (Évangile selon Matthieu, chap 25, 13-14)
Aujourd’hui, l’on parle beaucoup de “pleine conscience”, de vivre «ici et maintenant» ou bien d’adopter une attitude qui nous permette de «vivre avec une attention totale» Un tel intérêt, qui vient de la spiritualité orientale et de la redécouverte de notre propre tradition spirituelle, est dû au fait que nous nous rendons compte que nous vivons sans savoir où se produit le véritable changement que nous voulons voir en nous et dans le monde
Jésus nous invite à être vigilants, à prêter attention, à être attentifs à sa Présence en nous et à prendre soin de notre cœur Nous vivons très «distraits», indifférents à ce qui se passe dans notre for intérieur. Cela nous empêche d’être conscients des décisions que nous prenons, des paroles que nous disons et des attitudes avec lesquelles nous vivons. Nous critiquons facilement les autres et soulignons leurs erreurs, mais nous ne nous prenons pas le temps d’examiner et de surveiller ce que nous disons et faisons nous-mêmes
Grâce à la prière, nous développons une plus grande capacité à comprendre et à peser ce qui se passe en nous et autour de nous La prière nous fait comprendre des réalités internes qui resteraient cachées en nous Elle nous éveille aux dynamiques qui habitent en nous, ce qui est la condition pour pouvoir aimer librement Nous devons prêter plus d’attention à ce à quoi nous avons engagé notre vie
Nous rendre «attentifs» signifie être éveillés et garder notre cœur Nous avons besoin de prêter plus d’attention aux changements d’humeur et aux pensées qui troublent et rendent malade l’âme, ainsi qu ’ aux manifestations de l’Esprit de Dieu qui apportent la paix, la joie, l’espérance et l’amour Si nous sommes attentifs à ce qui se passe en nous, nous développons une plus grande capacité à écouter la voix du Christ et à la suivre.
Dans ce deuxième PAS du Chemin du Cœur, nous devons reconnaître que bien que nous soyons enfants de Dieu se cachent en nous des dynamiques intérieures qui contredisent cette réalité Ce sont des voix diverses qui séduisent et invitent à
construire une vie centrée sur soi-même au détriment des autres Nous devons être prudents avant de juger durement nos comportements, nos actions et nos modes de fonctionnement Nous devons d’abord nous reconnaître comme des personnes aimées de Dieu Celui qui se sait aimé fait des changements dans sa vie Dans la tradition monastique, les Pères orientaux invitent, en particulier, à prendre soin du cœur Les Pères du désert, dit-on, veillaient à la porte de leur cœur et lorsqu’une pensée se présentait, ils demandaient : «D’où viens-tu ?» Saint Ignace de Loyola, faisant écho à cette recommandation, propose la pratique de l’examen quotidien – la relecture quotidienne – comme un outil pour reconnaître la voix du bon esprit dans notre cœur, recevoir ses mouvements (intérieurs ou spirituels), et repérer les voix du mauvais esprit pour les rejeter.
Exercice - Pratique de la relecture
Approfondissement du deuxième temps de relecture
Lumière et Pardon
À la lumière de l’amour du Seigneur, je regarde tout ce qui m ’enferme, m ’attriste, me dessèche ou me divise avec moi-même, en un mot, tout ce qui est refus d’aimer Il ne s ’agit pas ici de faire une liste de mes péchés ou une enquête sous forme d’inquisition intérieure, mais plutôt de repérer, comme un simple constat, sans jugement de ma part, ce qui m ’enferme, ce qui m’éloigne du Créateur et de mes frères et sœurs, ce qui prend ma vie, et d’identifier le lieu du combat spirituel C’est ici que le Seigneur m ’appelle à aller de l’avant afin que je puisse m ’ouvrir davantage à la vie Car le péché sépare de Dieu, de Celui qui est la source de la vie Je peux lui demander pardon et accueillir sa miséricorde
« Le SEIGNEUR est bienveillant et juste ; notre Dieu fait miséricorde.
Le SEIGNEUR garde les gens simples : j'étais faible, et il m'a sauvé.
Retrouve le repos, mon âme, car le SEIGNEUR t'a fait du bien.
Tu m'as délivré de la mort, tu as préservé mes yeux des larmes et mes pieds de la chute, pour que je marche devant le SEIGNEUR, au pays des vivants.»
(Psaume 116 [114-115], 5-9)
Pratique de la relecture thématique
Peurs et attachements
Nous vous proposons l’exercice d’un examen particulièrement exigeant. Tout d’abord, rappelez-vous que c ’est un temps de prière et que vous devez donc trouver un moment de calme, un lieu où vous pouvez être seuls sans être interrompus, dans le silence.
Ensuite, rendez-vous présent au Créateur et Seigneur, qui vous regarde et vous attend pour une nouvelle rencontre Remerciez le Seigneur pour une grâce spéciale que vous avez reçu pendant ce temps, et soyez reconnaissants, savourant ce don de Dieu
Après, demandez au Seigneur la grâce qu’il vous aide à voir les peurs et les attachements qui influencent vos relations Demandez au Seigneur de vous montrer ce dont vous avez vraiment peur Rappelez-vous que les peurs les plus profondes sont celles qui sont cachées et qu’il est difficile de les voir (peur de la solitude, de la mort, de la maladie, de l’échec, de ne pas être aimé, de ne pas être accepté, de la condamnation, du vide, etc ) Prenez note de ce que vous découvrez
Puis, demandez à nouveau au Seigneur qu’il vous montre ce qui attache votre liberté, ce qui vous amarre et retient. Il peut s ’agir d’une personne, d’une douleur que vous ne réussissez pas à lâcher, d’un lieu ou d’une situation. Ce sont-là des choses que vous retenez et qui vous privent de la liberté de pensée et d’action, qui captent votre attention et sur lesquelles votre cœur est fixé. Les attachements rendent esclave et asservissent les autres Prenez un moment pour que votre cœur vous dise quoi faire et notez-le
Enfin, offrez au Seigneur ce que vous avez découvert afin qu’il vous donne une parole, à savoir son point de vue à ce sujet Le Seigneur parlera à votre cœur Demandez pardon à Dieu pour ces fragilités et imaginez ce que serait le demain si vous n ’agissiez pas sous ces influences Demandez au Seigneur de faire grandir en vous le désir d’une liberté intérieure plus grande pour être plus disponible à son Amour
Ressources
Annexe 1
L’âme lourde
Dans une large mesure, le manque de plénitude (ou de bonheur) avec lequel nous vivons actuellement est dû au fait que nous avons l’« âme lourde » Nous surchargeons notre propre vie de trop de choses qui, la plupart du temps, ne sont même pas utiles Elles ne nous rendent pas meilleurs Il nous est difficile de reconnaître que la plénitude n ’est pas dans ce que nous avons ou que nous possédons La lourdeur de l’âme est due au fait qu’il y a des situations en suspens qui restent à résoudre Il se peut que, lorsque nous restons en silence, des voix s’élèvent de l’intérieur pour attirer notre attention C’est peut-être pour cela que nous cherchons un moyen de faire taire notre intérieur Nous nous étourdissons en faisant un nombre de choses sans fin pour éviter de répondre à la question qui nous aiderait à sortir de la situation dans laquelle nous nous trouvons : « Qui suis-je ? » Pourquoi est-il important de répondre à cette question ? Parce que notre identité ne dépend pas de ce que nous avons, mais d’où nous venons et où nous sommes invités à cheminer Parce que savoir qui nous sommes nous met en mesure de mieux comprendre notre destin et le sens de notre existence.
Certaines personnes ont peur de leur propre intériorité. Elles ont peur de se rencontrer avec elles-mêmes. Elles pensent que si elles se taisent, elles n ’entendront que des plaintes intérieures, mais cela n ’est qu ’ un mensonge Il y a en nous une voix que nous avons besoin d’écouter et c ’est celle qui nous dit : « Tu es mon Fils bien-aimé » (Marc 1, 11) Si nous cessions d’échapper à nous-mêmes, ô combien notre vie serait différente ! Si nous arrêtions de chercher dehors ce que nous devons découvrir en nous, ô combien l’histoire serait différente ! Si nous étions encouragés à écouter davantage, plutôt que de parler autant, peut-être pourrions-nous mieux comprendre que ces paroles que notre Père a adressées à Jésus concernent toute l’humanité : « Tu es mon Fils bien-aimé » Lorsque nous nous reconnaissons enfants, nous cessons de vivre comme des orphelins sans un foyer
Annexe 2
Saint Jean-Baptiste. Un homme de crise
Qui d’entre nous n ’ a jamais connu un moment « difficile » ? Qui n ’ a jamais fait quelque fois l’expérience de cet « étrange » sentiment d’échec ? Plus d’une fois, nous avons vu nos plans, nos projets et nos désirs s ’effondrer Et quand cela arrive, soit nous nous enfonçons dans la tristesse, soit nous devenons agressifs Pourquoi ? Parce qu’il s ’agit là de moments où nous faisons fortement l’expérience de notre propre impuissance Lorsque les choses ne se déroulent pas comme nous le souhaitons ou comme nous l’avons prévu, nous nous trouvons face à nos propres limites Une situation difficile peut-elle nous aider à croître et à mûrir en tant que personnes ? Pouvons-nous capitaliser les « situations désagréables » en notre faveur ? Oui Mais nous ne devons pas nous complaire dans la peine et la lamentation
Les crises sont des charnières qui ouvrent et ferment des moments de notre vie. Ce sont des seuils qui cèdent la place à une manière nouvelle et certainement différente de se percevoir soi-même et la réalité qui nous entoure. Ce qui est décisif dans les crises, c ’est qu ’elles nous obligent à ouvrir les yeux sur la réalité et ne pas la refuser. En définitive, les crises sont ces événements qui nous permettent de corriger, d’amender, de redéfinir, de rediriger, notre vie et ainsi de suite Jean-Baptiste a été un homme de crise Il introduisit la crise en Israël et réveilla de nombreux somnolents
Selon ses propres paroles, la crise est un moment de conversion du cœur Une invitation au renouveau de l’esprit et du cœur Un événement pour regarder notre propre réalité et se demander si nous sommes vraiment authentiques
La crise, que Jean introduisit en Israël, a ébréché le crépi de la loi Il mit en évidence que l’on peut obéir à la loi et être pourtant injuste Il dénonça que derrière la façade de la religiosité se cachait l’avarice et le désir de pouvoir Il montra que la religion, lorsqu’elle est pervertie, produit d’énormes dégâts aux personnes La prédication de saint Jean a laissé à découvert de nombreux loups déguisés en agneaux Il a sévèrement condamné ceux qui se vantent d’être religieux dans les temples, mais qui se comportent ensuite de façon cruelle envers les autres. Les paroles de saint Jean représentèrent une épée tranchante qui pénétra dans la moelle de la religion de son temps et révéla son besoin de renouveau intérieur. Parfois, Dieu suscite près de nous un Jean-Baptiste qui nous « complique » la vie. Ce sont ces personnes qui nous font voir que nous sommes endormis sur la fantaisie et couverts d’illusion Ces personnes nous remettent en question et nous font découvrir notre besoin de conversion
Annexe 3
Croître dans la désillusion
« Après tout, je pense qu’être déçu par quelqu’un n ’est pas une si mauvaise chose En fait, je suis enclin à penser que cela peut parfois être une bonne chose C’est parfois une étape nécessaire, voire incontournable, pour découvrir le mystère que représente chaque être humain et ainsi construire des relations plus authentiques Il arrive que quelqu’un nous déçoive parce qu’il a rompu une promesse, trahi une amitié ou menti, mais je ne parle pas de cette déception qui peut être profondément blessante Je parle plutôt de la déception qui provient du fait de constater que notre propre ego croit tout savoir, tout connaître, tout contrôler Notre égo veut que les autres soient comme il les imagine Il cherche à ce que les autres s ’adaptent à ses besoins, à ses exigences et à ses attentes personnelles Tout comme Procuste, le personnage de la mythologie grecque, notre égo impose sa propre mesure aux autres
S’il ne rencontre pas nos attentes, nous cherchons à l’«étirer », mais s’il est trop grand, nous le recoupons. Par conséquent nos déceptions peuvent parfois être imputables à notre propre responsabilité, car nous jouons avec les autres, en ne respectant pas leur propre identité et le mystère qu’ils représentent pour nous Surtout lorsque nous n ’ avons pas cherché à les comprendre Ainsi, la prochaine fois que nous prétendons que quelqu’un nous a déçu, vérifions que nous n ’ avons pas joué à être Procuste
Il est douloureux de réaliser que quelqu'un n ' a pas un réel intérêt à faire votre connaissance Cette personne n ’est pas intéressée à vous découvrir en tant que personne unique et irremplaçable, mais cherche plutôt à ce que vous répondiez à ses propres attentes, au modèle de personne qu’il avait imaginé que vous étiez Nous avons l’habitude de projeter sur les autres ce que nous voulons qu’ils soient pour nous, en oubliant qui ils sont vraiment Souvent, nous portons sur les autres et les autres le font sur nous, des désirs, des aspirations, des exigences et des rêves, en prétendant nous façonner mutuellement à notre guise comme des «poupées de cire», afin de répondre à des attentes personnelles.
Combien de relations ou de liens avons-nous rompus parce que nous n ’ avons pas su renoncer à la chimère de vouloir transformer les autres en des objets ? Le traître n ’est pas celui à qui nous reprochons de ne pas avoir répondu à nos attentes égocentriques, mais celui qui nous dit « tu es important pour moi » sans toutefois montrer le moindre intérêt réel à notre égard pour découvrir la beauté qui existe chez l’autre Il est triste d’entendre, après un certain temps, quelqu’un vous dire « tu m ’ as déçu » et de constater ensuite que cela se produit parce que nous n ’ avons pas voulu
cesser d’être nous-mêmes pour répondre à ses propres attentes
Je me demande parfois si nous ne continuons pas à construire des «amis imaginaires», comme nous le faisions dans l’enfance, et à dialoguer avec l’image que nous nous faisons de l’autre dans un monologue stérile Il est tellement difficile de construire des liens authentiques et durables en respectant le mystère que représente chaque personne ! Celui qui n ’est pas disposé à permettre aux autres d’être vraiment eux-mêmes aura du mal à trouver quelqu’un à aimer véritablement et par qui être aimé sincèrement. Car aimer, c ’est laisser que l’autre soit et, tout en exprimant ce mystère, s ’aider mutuellement pour que la meilleure version de soi même émerge. Nous devons nous méfier du mauvais ego qui croit pouvoir jouer à «être Dieu», en recadrant les autres selon ses désirs égocentriques. Dans le mystère de l’être humain, nous découvrons la beauté du Créateur Découvrons-la !»
v 10/2023
Suite au livre suivant : le PAS 3 du Chemin du Cœur : «Dans un monde découragé »