En Chemin – Le Chemin du Cœur

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Préface

I. Cadre global de l’expérience

1. Le Chemin du Cœur comme mission de compassion pour le monde

2. Présentation générale de sa structure

3 Pas -Triades - Pauses

4. Pratiques fondatrices du Chemin du Coeur

5. Étapes de la prière avec la Parole

6. Étapes de la relecture spirituelle

II. Dynamique spirituelle de l’expérience

1. Pas Un

2 Pas Deux

3. Pas Trois

4. Première Pause

5. Pas Quatre

6 Pas Cinq

7 Pas Six

8. Deuxième Pause

9. Pas Sept

10 Pas Huit

11 Pas Neuf

12. Récolte finale

III. Aides méthodologiques

1. À propos du processus

a. Triades. Pas. Pauses.

b Durée dans le temps

c Expérience spirituelle

d. Format de présence

e. Matériel de soutien

2. À propos des marcheurs

3 À propos des animateurs et accompagnateurs

a. Rôle de l’animateur

b. Objectivation de l’expérience

c. Propositions pour l’utilisation des livres

d. Propositions pour les temps de pause

4 À propos de l’avenir

a Ressources disponibles

b. Avec d’autres en communauté

c. Formation et accompagnement

IV. Fondement dans la spiritualité du Cœur de Jésus

1. Le Chemin du Cœur actualise la dévotion au Cœur de Jésus

2 Dimension apostolique de la spiritualité du Cœur de Jésus

3. Conclusion

Annexes schématiques

PRÉFACE

Lorsque, en mai 2020, le Réseau Mondial de Prière du Pape a lancé la plateforme numérique du « Chemin du Cœur », peu d’entre nous pouvaient imaginer l’ampleur du voyage que nous nous apprêtions à entreprendre. En ce temps-là, alors que nous apportions les dernières retouches à la conception graphique des 11 livres en espagnol, quelque chose de plus qu’une simple collection de textes prenait forme: une nouvelle étape dans le processus de refondation de l'œuvre était en train de naître.

Ce moment a marqué un tournant dans la mission de faire connaître la manière spécifique de vivre la spiritualité du Cœur de Jésus portée par le Réseau de Prière: Le Chemin du Cœur. L’invitation à vivre cette expérience spirituelle s’est propagée telles des ondes à la surface d’un étang, atteignant progressivement de plus en plus de personnes, franchissant les frontières.

L’équipe internationale s’est alors trouvée face à un double défi: d’une part, animer et coordonner des propositions de formation pour que les directeurs, coordinateurs et équipes nationales fassent personnellement l’expérience de cet itinéraire afin de pouvoir le proposer dans leurs pays; d’autre part, initier le délicat processus de traduction et d’adaptation dans d’autres langues.

Au cours des années 2020 et 2021, nous avons été témoins de la germination de cette graine dans des terres variées. Les expériences se sont multipliées: de rencontres d’un jour à des cycles de 14 sessions bimensuelles, en ligne comme en présentiel Des personnes de divers pays, principalement hispanophones, ont commencé à emprunter ce chemin, à prier avec lui, à l’incarner dans leur vie quotidienne, se laissant transformer par le Seigneur à chaque pas.

Comme une Pentecôte, les premières traductions en anglais, français, portugais et italien ont ouvert de nouveaux horizons. Les retraites et ateliers ont commencé à fleurir dans ces langues également. Un peu plus tard, le chemin s’est manifesté aussi en japonais, en philippin ainsi qu’en d’autres langues, chacune apportant à cette expérience universelle ses nuances et richesses uniques.

L’année 2022 a marqué un nouveau tournant avec le lancement de la première formation des formateurs en espagnol. Cette initiative répondait à un besoin croissant: offrir des outils à ceux qui ressentaient l’appel de partager ce chemin avec d’autres, les préparant à devenir des facilitateurs et accompagnateurs formés et attentifs.

Depuis, nous avons été témoins d’une croissance continue, pas à pas, tant du nombre de personnes vivant l’expérience que de celles se préparant à la transmettre. Les supports et ressources se sont adaptés et enrichis au fil des propositions vécues, répondant ainsi aux besoins spécifiques de chaque contexte. Et c’est précisément cette relecture du processus qui nous a conduits à confirmer la nécessité du livre que vous avez entre les mains

Ce Livre 12 est né de l’expérience vécue au cours de ces dernières années. Il surgit du besoin de systématiser ce qui a été appris, d’organiser les contenus qui se sont révélés particulièrement précieux pour une compréhension plus profonde du chemin. Il ne s’agit pas d’un manuel rigide, mais plutôt d’un compagnon de route, un « kit d’outils » souple et adaptable pouvant être utilisé selon les besoins spécifiques de chaque contexte et groupe.

Au fil de ses chapitres, ce livre tisse un réseau de connexions: avec l’histoire de la dévotion au Cœur de Jésus, la tradition de la spiritualité née des Exercices Spirituels de saint Ignace et les expériences pratiques de diverses équipes à travers le monde Des références historiques jusqu'aux aides méthodologiques, chaque section a été pensée pour soutenir et enrichir le travail de celles et ceux qui accompagnent d’autres sur ce chemin spirituel.

Le Chapitre Un approfondit le Chemin du Cœur dans sa globalité, en expliquant son sens, sa structure et ses pratiques fondamentales

Le Chapitre Deux explore les dynamiques spirituelles internes de chaque PAS du chemin, en incluant certaines pauses nécessaires, ainsi que les liens entre elles

Le Chapitre Trois propose des aides méthodologiques aux accompagnateurs pour faciliter l’expérience du Chemin du Cœur.

Le Chapitre Quatre présente une synthèse historique et spirituelle du lien entre le Chemin du Cœur et la tradition spirituelle du Réseau Mondial de Prière

En fin d’ouvrage, vous trouverez une annexe composée de tableaux illustrant la narration du livre.

Le contenu de ce livre n’a pas pour objectif d’épuiser toutes les possibilités de chaque thème abordé, mais plutôt d’inspirer et de soutenir celles et ceux qui souhaitent accompagner et faire vivre cette expérience. Chaque personne appelée à faciliter et accompagner ce chemin est invitée à élaborer une proposition adaptée à la réalité concrète dans laquelle elle agit

De même, ceux qui désirent approfondir l’un des thèmes ou l’une des approches traitées dans ces pages pourront le faire à travers les 11 livres sur le Chemin du Cœur, déjà publiés, et les divers supports produits pendant le processus de Recréation du Réseau Mondial de Prière du Pape, disponibles en ligne.

Nous offrons ce matériel dans l’espérance qu’il soit une aide précieuse pour proposer le Chemin du Cœur, en inspirant et en facilitant la mission de le partager et d’accompagner de nouveaux marcheurs. Et nous osons rêver que dans un avenir très proche ces pages s'enrichissent de nouvelles propositions et de nouveaux fruits récoltés au fil des expériences de ceux et celles qui porteront cet itinéraire dans divers contextes, en l’adaptant avec créativité aux circonstances des personnes, des temps et des lieux.

Le Chemin du Cœur est, avant tout, un chemin vivant, en dialogue constant avec la réalité de notre temps, à chaque fois qu’il est vécu ou qu’il est proposé... à chaque fois qu’une personne ou un groupe le vit. Que ce livre soit une lumière qui éclaire votre chemin pour accompagner d’autres personnes dans cette belle aventure spirituelle

Bon cheminement…

1. Le Chemin du Cœur comme mission de compassion pour le monde

Le Chemin du Cœur est un processus mystagogique1 et catéchétique qui structure une expérience spirituelle. C’est un chemin de rencontre avec le Christ qui invite à une amitié personnelle et profonde avec Lui, pour collaborer à Sa mission de compassion pour le monde Il nous aide à accorder notre cœur au Cœur du Christ, à cultiver des sentiments et des attitudes plus proches aux Siens et, à partir de cette rencontre transformatrice, à entrer dans Sa mission de compassion.

Le Chemin du Cœur actualise la dévotion au Cœur du Christ dans une perspective apostolique et présente de manière cohérente le trésor de l’Apostolat de la Prière à la lumière des Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola.

La spiritualité du Cœur de Jésus est le fondement spirituel de notre mission, et le Chemin du Cœur est notre manière spécifique de la vivre. C’est pourquoi il constitue l’itinéraire de formation du Réseau Mondial de Prière du Pape.

Le Chemin du Cœur aide à percevoir les défis du monde à travers les yeux de Jésus-Christ afin de se mobiliser chaque mois, dans la docilité à l’Esprit Saint, par la prière et le service, pour les défis de l’humanité et de la mission de l’Église

1 Mystagogie, du grec mystagogía, signifie l’acte d’introduire quelqu’un dans le mystère de la foi de manière expérientielle, c’est-à-dire à travers un cheminement qui engage à la fois la raison et l’imagination, ainsi que les sens et l’affectivité

Ce programme de formation nous aide à entrer dans la vie et la mission du Réseau Mondial de Prière du Pape. Il est le fruit d’une dizaine d’années de travail en équipe internationale, de maturation dans la prière et d’expériences diverses dans le cadre de retraites spirituelles Il s’agit avant tout d'une expérience spirituelle, à vivre personnellement et avec d’autres: soit dans la dynamique d’une retraite spirituelle fermée, soit dans la vie quotidienne, sous forme d’ateliers, de journées, en ligne ou en présentiel.

Les Statuts du Réseau Mondial de Prière du Pape précisent à l'article 4 qu’à travers le Chemin du Cœur, « la vocation missionnaire du baptisé est éveillée, lui permettant de collaborer dans sa vie quotidienne à la mission que le Père a confiée à son Fils ( ) » Et il poursuit : « Le Chemin du Cœur, cet itinéraire spirituel structuré de manière pédagogique, tend à l’identification avec la pensée, la volonté et les projets de Jésus. Ainsi, le baptisé se met en état d’accueillir et de servir le Royaume de Dieu, motivé par la compassion selon le style du Fils de Dieu Ce chemin le rend disponible pour la mission de l’Église. » (Art. 5)

2. Présentation générale de sa structure

Le Chemin du Cœur est un processus, une séquence articulée de différents moments et éléments qui le constituent comme un tout. Il ne s’agit pas d’une succession de conférences sur la spiritualité, ni d’un ensemble d’expériences spirituelles isolées mais d’un un itinéraire spirituel

Il est structuré en une séquence de neuf étapes, présentées de manière cohérente, progressive et articulée. Chaque étape s’appuie sur la précédente et ouvre la suivante Ces neuf étapes trouvent aussi leur écho dans la tradition des neuf premiers vendredis du mois, dans la Spiritualité du Cœur de Jésus, considérée comme un chemin transformateur d’amitié avec le Seigneur à travers la communion sacramentelle et la prière.

Neuf mois, neuf étapes, neuf pas Neuf comme le chiffre de la plénitude, de la complétude, de la totalité. Un processus comme une séquence de transformation, de croissance et de maturation, afin de donner naissance à une vie nouvelle Il invite à vivre un itinéraire vers une nouvelle naissance, une nouvelle vie le plus proche possible du Cœur de Jésus: de son style, de ses

sentiments et de sa manière d’agir. Le Chemin du Cœur aide à naître à la vie de l’Esprit.

Les neuf étapes du Chemin du Cœur sont appelées des « pas », car il s’agit d’un chemin à parcourir pas à pas. En lien avec cette expérience de « chemin », disons dès à présent que, même s’il se déploie dans une progression générale de marche vers l’« avant », il ne s’agit nullement d'une expérience linéaire Bien au contraire, nous pouvons dire qu’il ressemble davantage à un processus « hélicoïdal », comme les hélices d’un hélicoptère ou la forme d’un ressort placé à l’horizontale: il semble parfois reculer, mais dans ce mouvement hélicoïdal, le marche en arrière prépare la progression vers l’avant

On peut de même comparer le développement du processus à un escalier en colimaçon, qui dessine le même mouvement hélicoïdal, mais cette fois-ci de manière verticale Le marcheur gagne alors en « profondeur » ou en « hauteur », repassant par les mêmes lieux, de sorte qu’il peut percevoir le « paysage du chemin » comme identique, bien que différent, puisqu' il passe par le même endroit, mais à des profondeurs ou hauteurs différentes.

Cela nous introduit également à la notion de « répétition » En effet, la proposition de ce processus porte en elle-même l’expérience de la « répétition », semblable à la dynamique des Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola Autrement dit, on revient sur des dynamiques, des thèmes, des fruits qui, en apparence, pourraient sembler les mêmes, mais qui, en réalité, ne le seront jamais tout à fait. Car, s’agissant d’une expérience, elle apportera toujours une nouveauté. Le marcheur, bien qu’il « repasse » par le même thème, ne sera plus le même puisque le chemin lui-même transforme Cela rendra l’expérience différente, car il l’accueillera aussi de manière différente.

3. Pas – Triades – Pauses

Comme nous l’avons déjà mentionné, le chemin se déroule en pas. Chaque pas possède une dynamique interne qui lui est propre. Nous pourrions dire que chaque pas s’ouvre et se referme sur lui-même, et qu’en en même temps, sa clôture ouvre la voie au pas suivant

Les pas 1, 2 et 3 forment la première triade. Les pas 4, 5 et 6 en constituent la deuxième. Et les pas 7, 8 et 9 composent la troisième triade. À la fin de chaque triade, une pause est prévue qui peut également être considérée comme un « pont » entre la triade qui s’achève et celle qui commence Chaque triade possède en outre sa propre dynamique spirituelle, et sa clôture permet d’ouvrir la voie à celle de la triade suivante.

Celui ou celle qui donne et accompagne l’expérience du Chemin du Cœur doit bien maîtriser la structure et l’organisation de l’ensemble du parcours qui fonctionne comme une carte routière pour concevoir et proposer l’itinéraire spirituel.

En revanche, du point de vue de celui ou celle qui vit le chemin, la dynamique interne, la séquence et l’enchaînement des pas sont vécus, mais non pensés. Il ne s’agit pas d’un savoir intellectuel. Les marcheurs ne connaissent pas la structure à priori et il n’est pas nécessaire qu’ils la connaissent Ils la vivent simplement, en font l’expérience, et peu à peu, selon la situation, ils découvrent cette structure comme fruit des « objectivations ou retours » proposés par l’accompagnateur du processus.

Celui ou celle qui donne et accompagne le Chemin du Cœur ne doit non seulement en avoir une connaissance théorique, comme résultat d’un processus cognitif, sinon aussi en avoir fait personnellement l'expérience. Car, dans la vie spirituelle, nous transmettons une expérience: celle de la rencontre avec le Christ ressuscité

4.

Pratiques fondatrices

du Chemin du Cœur

Le Chemin du Cœur, en tant qu’itinéraire de rencontre avec le Seigneur, repose sur deux pratiques fondamentales: la prière à la lumière de la Parole de Dieu et la relecture ou l’examen spirituel.

Écouter le Seigneur et demeurer en sa Parole constitue le fondement du Chemin du Cœur. Tout au long de ses neuf pas, les marcheurs sont invités à devenir des amis de Jésus, à l’écouter, à le voir agir, à être avec Lui pendant le jour et à veiller avec Lui pendant la nuit, jusqu’à ce qu’ils connaissent son Cœur et se décident pour Lui Seul l’Évangile révèle qui est Jésus-Christ; c’est

pourquoi le marcheur est invité à méditer et contempler la Parole. L’Évangile, c’est Jésus Lui-même.

Outre la méditation et la contemplation des Saintes Écritures, le Chemin du Cœur invite chaque jour à pratiquer la relecture spirituelle, également appelée Examen, qui est une manière de reconnaître la présence du Seigneur dans la vie quotidienne. La relecture spirituelle quotidienne aide le marcheur à ajuster son cœur au Cœur du Seigneur, en reconnaissant sa présence dans les événements vécus chaque jour, en restant à l’écoute de sa voix à travers ce qui arrive.

C’est la pratique qui permet aux marcheurs de discerner et de choisir les chemins qui mènent à la vie, et de rejeter ceux qui se ferment et mènent à la mort. En effet, cet itinéraire est aussi un chemin de combat spirituel, qui, dans sa dynamique globale, propose d’apprendre et de pratiquer le discernement pour éviter les pièges de l’ennemi et accueillir l’appel à la Vie que le Seigneur nous adresse, en se laissant transformer à partir du cœur La pratique de la relecture spirituelle est la base du discernement spirituel, afin que le marcheur se laisse conduire par l’Esprit du Seigneur et choisisse selon le Cœur de Jésus, dans les petites comme dans les grandes décisions de chaque jour

La prière à la lumière de l’Évangile et la pratique de la relecture spirituelle sont dites fondatrices, au moins à deux titres:

Premièrement, ces deux éléments doivent être présentés et proposés dès le début du chemin comme des pratiques spécifiques à cet itinéraire, en exposant leur méthodologie et leur sens. Les marcheurs doivent vivre l’expérience de prier avec la Parole et pratiquer la relecture spirituelle pour pouvoir être disponibles, se mettre en chemin et entrer dans la dynamique du processus.

Deuxièmement, ces deux éléments traversent l’ensemble de l’expérience, c'est-à-dire qu’ils sont présents à chaque pas Celui ou celle qui donne et accompagne le Chemin du Cœur doit les proposer en permanence aux marcheurs. D’ailleurs, chacun des neuf pas propose différentes pratiques et pistes de relecture à la fin de chaque livret, ainsi que des textes bibliques particulièrement éclairants pour chaque étape

La Parole inspire et donne son fondement à chacun des pas, et la relecture spirituelle est la base de la pratique du discernement spirituel. C’est pourquoi

il est essentiel que les marcheurs prient avec la Parole de Dieu et pratiquent la relecture spirituelle tout au long de l’expérience de chaque pas.

L’incarnation de ces deux pratiques fondatrices n’est pas une fin en soi, mais un moyen de fortifier la vie spirituelle des personnes, au-delà des limites de cet itinéraire spirituel. Apprendre à relire sa vie et à connaître le Seigneur à travers les Évangiles sont deux piliers de la vie spirituelle du disciple qui choisit de suivre le Christ, car cela lui permet de mieux le connaître et de se familiariser avec Lui dans son parcours de vie, et par conséquent à partir de cette expérience vivante, de le reconnaître dans son quotidien. L’expérience de la rencontre avec Jésus Ressuscité dans la Parole (prière à la lumière de l’Évangile) fait écho et parle dans la vie quotidienne du disciple (relecture spirituelle).

5. Étapes de la prière avec la Parole

Il existe de nombreuses manières de prier avec la Parole de Dieu. La lectio divina est une tradition ancienne de l’Église, et différents modèles peuvent aider à en tirer un profit spirituel. Nous proposons ici quelques conseils inspirés de l’expérience de saint Ignace de Loyola Il ne s’agit que d’indications pour se préparer à la rencontre avec le Seigneur. À chacun de discerner, à la lumière de son expérience, ce qui l’aide ou non. Il s’agit d’accompagner les marcheurs à trouver ce qui leur convient le mieux.

Préparer le corps et le cœur: Il s’agit de prendre soin du temps consacré à la prière, en se demandant quelle est la meilleure heure de la journée pour réunir les conditions minimales de concentration. Fixer à l’avance une durée raisonnable en fonction de ce que l’on cherche et désire; il ne s’agit pas de réaliser un exploit qui deviendrait insoutenable Réfléchir à l’endroit le plus adapté qui favorise le recueillement.

Prélude à la prière: Le marcheur peut d’abord commencer sa prière en lisant lentement le texte qu’il va méditer, en s’en souvenant et en se préparant Ensuite, il cherche une position corporelle qui l’ancre dans le présent, conscient de l’influence de cette posture sur son intériorité. Il se présente au Seigneur avec calme, peut-être en faisant le signe de croix, et entre dans le silence du cœur, non pas avec effort, mais en accueillant ce silence qui éveille la présence divine. Il demande au Seigneur d’être pleinement tourné

vers Lui, imagine le lieu de la scène évangélique, et formule une demande de grâce selon ce qu’il désire vivre dans sa relation à Dieu. Sans se hâter, il demeure dans ce qui lui procure une consolation spirituelle, laissant la rencontre avec le Seigneur guider sa prière

Méditation: Il commence alors la méditation proprement dite, en se rappelant le texte de l’Écriture, une histoire qui ne vient pas de lui, mais qui lui est donnée Il cherche à saisir le sens de ce récit, non pour acquérir un savoir, mais pour découvrir comment il y participe et ce que cette histoire dit de sa propre vie. Il laisse résonner en lui ce qu’il médite, touchant davantage son cœur que son intellect. Ces moments ne sont pas séparés de manière rigide, car l’objectif n’est pas d’accumuler des connaissances, mais de s’ouvrir à une transformation intérieure qui permette au marcheur de regarder sa vie avec un regard renouvelé.

Conclusion: À la fin du temps de méditation, il consacre un moment pour parler avec le Seigneur comme à un ami, partageant ce que la méditation fait naître dans son cœur. Ce dialogue jaillit après avoir pris le temps d’écouter et peut se conclure par les paroles de Jésus: « Notre Père ». Ensuite, durant quelques minutes, il relit ce qu’il a vécu: il observe comment la méditation s’est déroulée (lieu, durée, posture), si les indications l’ont aidé à se rendre présent au Seigneur ou s’il s’est précipité dans le texte. Il réfléchit à ce qu’il a vécu, se demandant s’il a reçu ce qu’il a demandé, si son désir a évolué, et ce qu’il a découvert sur lui-même, sur le monde et sur Dieu Enfin, il note son état intérieur (joie, paix, vide, etc ) pour reconnaître comment l’Esprit du Seigneur le guide au fil des jours.

6. Étapes de la relecture spirituelle

La relecture spirituelle est avant tout un espace de prière avec le Seigneur Trois temps permettent d’entrer dans « l’abc » du discernement: reconnaître et rendre grâce, identifier, choisir demain.

Reconnaître et rendre grâce: C’est le fruit en lien avec le fondement de tout le Chemin du Cœur Rendre grâce humanise, met de l’ordre dans la vie intérieure et affective, oriente le cœur du marcheur vers la vie.

Identifier: Certaines personnes ont tendance, dans l’examen de la journée, à faire une liste de péchés ou d’erreurs, comme s’il s’agissait d’une sorte d’inquisition intérieure. Ce n’est pas l’attitude que nécessite la relecture ni le véritable sens de l’examen spirituel. Celui-ci vise à constater le péché, la fragilité, ce qui sépare de l’Amour: en bref, tout ce qui conduit à la mort. Non pas pour éveiller le jugement du marcheur, mais pour apprendre de sa propre expérience ce qui fait obstacle à la Vie et l’éloigne du Christ. Il s’agit aussi de prendre conscience de ce que produisent les actes, paroles et décisions désordonnées, afin que, partant de ce constat et d’un repentir sincère, il puisse apprendre à choisir la vie

Choisir demain: Fort de cette expérience, le marcheur est invité par l’Esprit à rejeter ce qui est mort dans sa vie, ce qui le sépare du Seigneur et de ses frères, pour accueillir ce qui l’ouvre à la vie que Dieu lui offre Cette relecture conduit, dans la vie quotidienne, à une véritable garde du cœur, selon l’enseignement de la tradition monastique.

Dynamique spirituelle de l’expérience

Les trois premiers pas sont essentiels dans ce processus du Chemin du Cœur, au cours duquel le marcheur s’ouvre, avec une liberté croissante, à un appel gratuit par amour et se rend progressivement disponible pour y répondre.

Afin que naisse cette disponibilité, qui est le fondement même de la réponse à cette rencontre d’amour, il faut un processus inscrit dans le temps, c’est-à-dire un parcours qui rende possible la rencontre, l’appel et la réponse.

Même si nous savons que tout ce qui est vie naît de l’amour et tend vers l’amour, nous vivons dans un monde blessé, un monde où cet amour qui est le fondement de tout n’est pas toujours facile à reconnaître ou à découvrir. Et au milieu de ce monde brisé, il n’est pas aisé d’entendre l’appel à l’amitié. Ainsi, l’ouverture à la réponse rencontre bien des obstacles.

C’est pourquoi ce parcours commence par la reconnaissance de l’existence de cet amour qui soutient toute chose, et comment il trouve un accueil fragile dans le cœur de chacun d’entre nous et dans la dynamique du monde.

À travers les trois premiers pas, le marcheur est invité à explorer la dynamique de l’amour sur laquelle repose sa vie, en faisant l’expérience de la tension entre la gratuité de l’Amour infini, les quêtes inquiètes de son cœur et l’existence dans un monde blessé.

Pas Un

Le « Pas Un » du Chemin du Cœur, « Au commencement, l’Amour », est une invitation pour le marcheur à entrer dans le cœur de Dieu, à fonder son expérience spirituelle dans Son Amour et non dans ses projets saints ou les attentes qu’il peut avoir d’ « obéir » au plan divin Il existe de nombreuses images fausses de Dieu qui n’ont pas été christianisées. C’est pourquoi il est essentiel que toute l’expérience commence par se fonder sur l’Amour.

La dynamique du « Pas Un » consiste à reconnaître un amour concret, réel, vécu, que le marcheur puisse percevoir dans sa propre histoire personnelle

Le lien entre l’amour concret du Seigneur, reconnu dans la vie même du marcheur, fait naître le miracle de la confiance aimante en Sa volonté, qui s’exprime par la gratitude. Cette expérience peut tout transformer.

Ce « Pas Un » pierre angulaire de tout le chemin, invite le marcheur à « reconnaître » combien l’amour est une force concrète et palpable dans sa vie. Il ne s’agit pas d’un amour théorique ou générique, mais personnel, avec des noms et des prénoms L’amour se manifeste à travers des personnes réelles qui sont présentes dans la vie, dans des visages, des événements, qui se sont produits à des moments et des lieux précis, avec des personnes que le marcheur doit pouvoir identifier et nommer.

Ce pas ne « parle » pas de l’amour Il n'invite pas non plus à une réflexion explicative sur ce qu’est l’amour. Le cœur de ce pas est que le marcheur puisse reconnaître, à travers des expériences, des personnes, des événements, des situations, des rencontres réelles et concrètes dans sa propre vie, que l’amour a façonné son existence Non seulement il lui a donné la vie, mais il la soutient et la fait croître. Et, qu’en reconnaissant cet amour, il se sente appelé à rendre grâce.

Ce pas initial est fondamental, car il marque le début du chemin et constitue la base de la première triade. Tout y prend racine. Il est essentiel que les personnes vivent une expérience concrète de reconnaissance de l’amour dans leur vie pour pouvoir avancer aux prochains pas Sans cette expérience, le chemin reste fragile et sans fondement solide.

Pas Deux

Le « Pas Deux » du Chemin du Cœur, « Le cœur humain, un coeur inquiet et en recherche », sera l’occasion d’aider le marcheur à entrer dans son propre cœur, à partir de son expérience personnelle, avec ses lumières, mais aussi avec ses zones d’ombre, ses blessures, son péché et sa misère, après avoir déjà goûté et senti l’amour qui l’anime (le Cœur de Dieu).

Une fois le premier pas vécu, il devient naturel de constater que, face à un tel amour, notre pauvre réponse médiocre devient évidente. L’expérience commune à tous est celle d’un monde fondé sur l’amour, mais dans lequel les liens libres que nous générons le menacent, le remettent en cause, le nient ou le diluent pour mieux le manipuler.

À ce moment du chemin, nous aidons le marcheur à contempler les tensions de son propre cœur, ses désirs d’aimer et de répondre à l’amour, mais aussi sa fragilité dans cette réponse. Le « Pas Deux » invite à considérer le péché dans une perspective saine et libératrice, qui met l’accent sur la responsabilité du don de notre liberté en relation avec l’amour

À ce stade, l’accompagnateur commence à aider le marcheur à mieux connaître les premières règles du discernement2 , à partir de son expérience. Ces règles de discernement sont des lumières qui éclairent le cheminement Pour que le cœur s’accorde avec le Cœur de Jésus, il est nécessaire de mieux découvrir ce qu’est la vie intérieure, les alternances entre consolation et désolation, et de savoir les interpréter. Aucun discernement n’est possible sans attention portée à sa propre vie affective, c’est-à-dire à la dimension relationnelle que chaque être humain incarne, envers lui-même, envers Dieu et envers tout ce qui est créé en dehors de lui.

Celui qui fait cette expérience apprend peu à peu à reconnaître que la vie intérieure est un combat spirituel entre des dynamiques qui nous ouvrent à la vie et d’autres qui nous ferment à elle, nous conduisant sur des chemins de mort L’accompagnateur aide à percevoir comment les expériences vécues, les rencontres, les événements, affectent et génèrent des mouvements intérieurs, des motions. S’éveiller à sa propre vie intérieure est le premier pas de la vie spirituelle, c’est-à-dire de la vie selon l’Esprit Saint.

2 Livre des Exercices Spirituels de Saint Ignace, du n ° 313 au n ° 336 Il convient de connaître le sens et l'application de ces règles

Pas Trois

Le « Pas Trois » du Chemin du Cœur, « Dans un monde découragé », invite le marcheur à entrer dans le cœur de l’humanité, à se connecter à sa recherche douloureuse au sein d’un monde brisé et découragé, traversé de contradictions, souvent tissées entre ses espérances et ses choix. Ce pas encourage le marcheur dans sa mission de compassion, à s’ouvrir à une attitude plus consciente et solidaire, à un amour actif à la manière de Jésus, issu du cœur même de la Trinité.

Ce « Pas Trois » ne se contente pas de proposer une contemplation du monde à travers la dynamique de vie et de mort qui le traverse; mais il invite aussi le marcheur à reconnaître comment lui-même se positionne et prend des décisions face à cette dynamique. Il s’agit d’un pas de clôture, qui, à travers sa propre dynamique intérieure, conduit naturellement à la fin de la première étape du chemin.

Ce premier ensemble de trois pas pourrait être décrit comme le dynamisme de l’Amour Créateur, qui jaillit du Cœur du Père Durant ce premier bloc, le marcheur fait l’expérience de la tension entre l’amour qui le précède et la reconnaissance de sa propre fragilité pour y répondre. Il devient ainsi témoin des conséquences de l’amour, de son dynamisme de Vie et de Mort, dans son propre cœur tout comme dans le monde qui l’entoure

Clôture de la triade: Première Pause

Trois mots et attitudes sont importants à garder en mémoire au moment de conclure la première triade, avant de passer à la deuxième (qui commence au « Pas Quatre »), afin d’aider les personnes que nous accompagnons à approfondir le chemin parcouru: s’arrêter, faire silence, prendre la pause pour vivre le temps intermédiaire.

D’un point de vue méthodologique, il est utile de faire une halte dans tout processus et de regarder en arrière L’image d’un pont en chemin peut illustrer ce moment: un lieu où l’on « monte » pour prendre de la distance, contempler le parcours réalisé, pour repasser par le cœur, approfondir les expériences, prendre un temps de repos, faire une pause C’est alors que l’on pourra, le regard tourné vers l’avant avec espérance, descendre et avancer vers le quatrième pas.

En regardant en arrière et en revoyant ce qui a été traversé, les personnes reconnaîtront aussi certains aspects qu’elles avaient négligés et qu’elles peuvent désormais percevoir plus clairement; d’autres qu’elles avaient abordés plus rapidement et sur lesquels cette pause leur donne maintenant plus le temps de s’attarder. Il est essentiel de prévoir un temps clair de pause pour récapituler tout le chemin accompli jusqu’ici

La clôture de la triade est aussi la conclusion de la dynamique proposée jusque-là, centrée sur l’expérience personnelle de l’Amour créateur du Père, sur la manière dont nous accueillons et faisons fructifier cet amour dans le monde, et sur la fragilité des liens que nous tissons entre nous et avec la Création.

Pas Quatre

Le « Pas Quatre » du Chemin du Cœur, « Le Père envoie son Fils pour nous sauver », marque le début de la deuxième triade À ce stade, celui qui accompagne doit pouvoir percevoir que la personne qui vit l’expérience du Chemin du Cœur a fait l’expérience d’être sauvée par le Christ, ou du moins se souvient d’un événement qui l’a marquée profondément et continue aujourd’hui à l’émerveiller et à toucher son cœur, en y reconnaissant l’action du Christ sauveur.

Dans cette nouvelle triade, le pèlerin s’approche peu à peu, de manière délicate et cohérente, du centre de la rencontre avec Jésus, qui l’appelle par son propre nom pour « être avec lui et être envoyé » pour partager sa mission de libération (Mc 3,13-15), de compassion et de service face à la souffrance humaine.

Et à ceux qui s’ouvrent à cette vérité, soutenus par sa grâce, il leur est donné de passer d’une conscience d’un monde brisé à une véritable expérience du salut (Dynamique interne, « Pas Quatre »).

Ainsi, la méditation sur la kénose, ou « l’abaissement du Christ » ( Ph 2,5-11), dans la mesure où il ne s’accroche pas à sa condition divine mais se fait serviteur et dernier parmi les hommes, est la colonne vertébrale de ce pas. Elle aide le pèlerin à entrer dans la dynamique propre au Cœur de Dieu, en contemplant la manière dont Jésus comprend le pouvoir: non pas comme

une affirmation de sa supériorité, mais plutôt comme un don de soi qui apporte le salut.

L’intention ici est de faire percevoir dès le début que Jésus n’est pas venu pour nous condamner, mais pour nous sauver Ce pas cherche à ce que le pèlerin se sente sauvé, relevé, remis en chemin par Jésus, en l’invitant à méditer et à contempler Jésus dans l’Évangile, à observer ses attitudes, sa façon de s’approcher de ceux qui souffrent.

C’est à ce moment également que nous proposons la méditation de l’Évangile selon la méthode des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola, en invitant le marcheur à prier avec les trois puissances de l’âme (la mémoire, l’entendement et la volonté), orientées vers la relation personnelle avec Jésus, celui qui le remet debout, le met en route et le rend capable d’entendre son appel.

Pas Cinq

Lors du « Pas Cinq » du Chemin du Cœur, « Il nous appelle ses amis », le marcheur approfondit un chemin qui, à partir d’une première rencontre avec le Christ qui nous sauve, le conduit vers une relation d’amitié avec Lui encore plus forte L’invitation est de continuer à apprendre à connaître son style de vie: de sa naissance à comment il parle et entre en relation avec les autres; pourquoi il pleure, il rit, il rêve, il aime… En se basant toujours sur les Évangiles.

Il est vivement recommandé à cette étape du chemin de proposer une lecture complète d’un Évangile, en particulier celui de Marc, pour deux raisons. Premièrement, bien qu’il commence avec le récit du baptême de Jésus et qu’il ne contienne donc pas, comme Luc ou Matthieu, de récit de la « vie cachée » de Jésus, il est le plus court et donc le plus facile à lire. Deuxièmement, étant le plus ancien, il est plus directement lié aux récits des « paroles et gestes de Jésus » qui circulaient parmi les premières communautés chrétiennes (ce qu’on appelle la Source Q), avec moins d’ajouts théologiques ultérieurs créés en confrontation avec l’expérience de la communauté. Jésus y apparaît de manière plus « brute », plus directe dans ses émotions: tendresse, colère, fatigue, joie… À ce stade, le marcheur entre alors plus profondément dans une connaissance spirituelle intérieure de l’homme Jésus, une connaissance intime de Celui qui « s’est fait homme »: Jésus, le Seigneur.

Le Chemin du Cœur commence à se dessiner de plus en plus clairement comme un chemin de disponibilité apostolique Il ne s’agit pas seulement

d’intimité dans la relation avec le Seigneur, mais d’une décision d’amour, exigeante, qui appelle à une détermination et à un engagement. En ce temps, le marcheur est invité à la contemplation, à la manière des Exercices Spirituels Il contemple Jésus comme s’il était à ses côtés, l’écoute, l’observe dans ses gestes, jusqu’à entendre sa voix qui l’appelle et se décide à le suivre.

Il est essentiel ici de prêter plus d’attention au lien avec Jésus qu’aux grands projets que le marcheur pourrait vouloir entreprendre D’autres moments se présenteront pour prier et discerner sa propre mission (l’école, l’action sociale, le gouvernement, la pastorale…); mais celui qui accompagne doit l’aider à se centrer d’abord sur ce qui est premier: Qui est Celui qui appelle, la personne même de Jésus, son Cœur

Souvent, les personnes seront tentées de comprendre l’appel comme une tâche et non comme une relation. Cette déviation du chemin doit être corrigée Ce n’est pas la tâche qui est centrale: ce qui l’est, c’est « écouter l’appel à une relation personnelle d’amitié et y répondre en l’acceptant ».

Ce pas tend à faire comprendre au marcheur que Jésus l’invite à faire partie du projet du Père, et qu’il ne veut pas le réaliser seul, mais avec lui, avec nous Le rôle de celui qui accompagne est d’encourager librement la personne accompagnée à accepter cette invitation, à se laisser appeler par le Christ, à être avec Lui et à être envoyée.

Il est alors important d’être attentif à la dynamique intérieure de la personne, et de l’aider à faire grandir son désir d’être avec Jésus et à s’enthousiasmer pour sa mission. Cette étape devrait allumer une flamme de détermination et d’élan pour la mission de Jésus, et encourager chacun à prendre la décision ferme de le suivre

Pas Six

Le « Pas Six » du Chemin du Cœur, « Demeurer dans le Christ », conduit le pèlerin à entrer encore plus en profondeur dans la relation personnelle avec Jésus-Christ, le Ressuscité Ainsi, cette plus grande intimité avec le Seigneur dispose « l’oreille et le cœur » de la personne à écouter sa voix parmi tant d’autres. Il s’agit de la dernière étape de la deuxième triade, le point suprême de profondeur dans la dynamique intérieure de ce chemin: nous y sommes amenés à demeurer dans la contemplation du Seigneur, à approfondir la connaissance intérieure de sa personne, à apprendre de son style, de sa manière de vivre et de choisir.

Le pèlerin est invité à être et à demeurer les sens tournés vers le Seigneur, à apprendre de Lui, à affermir ce lien, et à se laisser imprégner de sa manière d’agir. C’est, pour ainsi dire, un « cœur à cœur » avec Lui.

Comme chez ceux qui s’aiment et restent ensemble, les paroles deviennent rares voire inutiles et ce pas est souvent plus « silencieux », où le chemin s’affirme et l’expérience s’enracine C’est un moment plus profond et intime avec le Seigneur. En ce sens, la proposition principale de cette étape est de continuer à prier avec la Parole de Dieu, d’approfondir le discernement des esprits pour être dociles à la voix de l’Esprit Saint Aussi, de grandir en intimité et en familiarité avec le Cœur du Christ

Ce pas clôt la deuxième triade et introduit le marcheur à la dernière partie du chemin C’est une sorte d’étape-charnière et importante car elle met en jeu l’amour personnel et profond pour Jésus-Christ Le rôle de celui qui accompagne est de favoriser cette rencontre, en étant discret dans la

conception de la proposition, en évitant d’ajouter des activités ou des dynamiques qui pourraient distraire le pèlerin, et en recherchant au contraire une prière plus simple, plus silencieuse, plus ouverte à la contemplation du Seigneur, afin de se laisser rencontrer par Lui

Le marcheur pourrait avoir l’impression de revenir à des expériences déjà vécues, mais qu’il traverse d’une manière nouvelle, plus profonde, comme dans une dynamique en spirale, une expérience hélicoïdale

Clôture de la triade: Deuxième Pause

À nouveau, sur le Chemin du Cœur, vient le temps de faire une pause pour repasser par le cœur de la dynamique vécue dans ce deuxième bloc du chemin. C’est un pont pour regarder, se reposer et recommencer.

Pour entrer dans le sens de cette deuxième pause, il convient de s’arrêter et de se demander: quelle a été l’expérience spirituelle vécue dans cette deuxième triade? Du pas quatre au pas six, le pèlerin suit un chemin qui le conduit dans une profondeur et une intimité croissantes avec Jésus, demandant et désirant la familiarité avec le Seigneur, la connaissance de sa manière d’être et d’agir La personne qui vit cet itinéraire ne peut avancer vers le septième pas sans avoir vécu en profondeur cette dynamique

C’est seulement à partir de cette rencontre personnelle, avec un cœur transformé, que naît le désir de suivre Jésus-Christ selon son style, et de se mettre au service de sa mission de compassion, en offrant sa vie avec Lui Ce n’est qu’ainsi que le chemin qui s’ouvre avec la troisième triade, et qui met le marcheur en « sortie et retour » vers sa réalité, deviendra réellement l’autel de son offrande, où sa mission s’incarne comme expérience d’amour pour le Seigneur et pour ses frères

Si la dynamique intérieure de la deuxième triade a été faible, si la rencontre avec le Seigneur n’a pas été vérifiée, il vaut mieux ne pas avancer, prendre son temps, attendre, et revenir sur les moments nécessaires pour favoriser cette expérience. Sinon, le marcheur risque de rester à la surface, sans entrer

véritablement dans l’expérience des pas sept et huit, et que les engagements qu’il prendra « pour se livrer à la mission » deviennent un exercice volontariste, ou du moins en partie égocentrique et complaisant

Il est donc essentiel que celui qui suit l’itinéraire du Chemin du Cœur puisse se rendre disponible à cette rencontre, sans vouloir la forcer, ni la demander ou l’exiger, mais en laissant le temps nécessaire pour se laisser rencontrer gratuitement C’est une expérience intime qui ne se contrôle pas, à laquelle la personne se préparer et qu’elle reconnaît quand elle est donnée. Pour ceux qui accompagnent, cela demande un profond respect de la démarche de chaque marcheur, en favorisant et en laissant du temps au Seigneur de le rencontrer et de lui parler

Cette deuxième pause est une invitation pour le marcheur à regarder la dynamique de ses propres désirs, qui sortent peu à peu du cercle de l’autoréférentialité et se centrent progressivement sur le Seigneur Il s’agit de l’aider à se percevoir lui-même et à percevoir ce qu’il désire, à identifier et à nommer ses désirs, à reconnaître ce qui s’est mis en mouvement en lui et vers où ces mouvements le conduisent. La rencontre avec le Seigneur, l’accueil de son amitié et la disposition à passer du temps avec Lui ne laissent pas la personne inchangée depuis le début du chemin. Et cette pause est le moment propice pour faire cette relecture spirituelle.

Cette pause pourrait également être un bon moment pour que l’accompagnateur ait un temps de rencontre personnelle avec le pèlerin, afin de vérifier et confronter son expérience. Si cela s’avère nécessaire, un entretien d’accompagnement spirituel, pour aider et orienter la progression du processus peut avoir lieu

Pas Sept

Le « Pas Sept » du Chemin du Cœur, « Avec Lui nous donnons notre vie », aide le marcheur à entrer dans l’expérience de la vie eucharistique, celle du don de soi dans le quotidien, au cœur de ce qu’il vit. L’union avec Jésus, approfondie dans la triade précédente (et si bien exprimée dans la doxologie de la prière eucharistique: « Par le Christ, avec lui et en lui »), devient peu à peu une identification à sa manière de vivre, de parler, de rêver le monde

À cette étape, le marcheur fait l’expérience que la manière d’être de Jésus reflète la manière dont Dieu a voulu se révéler à nous: comme auto-donation, comme un don de soi Il ne s’agit pas simplement de « donner des choses » (la vie, l’amour, la famille, un message, un exemple...), mais de se donner Lui-même à travers son Fils, et celui-ci dans une vie humaine offerte jusqu’au bout. Le cœur de cette démarche réside dans l’expérience de la dimension sacrificielle propre à l’amour (d’une mère, d’un père, d’un ami, d’un enfant, d’un conjoint...), car elle reflète l’amour de Dieu, qui est intrinsèquement oblatif (qui se donne) et non possessif (qui retient).

En contemplant le Mystère Pascal, nous ne nous limitons pas à la passion et à la mort, mais nous apprenons à lire toute l’expérience d’amour du Christ à travers cette clé, comme l’ont fait les Évangélistes. On comprend ainsi son sacrifice en lien avec sa vie et sa résurrection.

Le marcheur entre dans ce mystère d’offrande de Jésus-Christ (déjà entrevu dans l’Incarnation elle-même), porté à sa plénitude dans le déploiement de sa vocation, dans sa manière de vivre, de traiter les autres, les lieux qu’il a choisis, sa manière d’affronter les difficultés et la menace de mort, sa manière d’être mis à mort, et surtout, comment il a vécu tout cela dans la foi

Et enfin, ressuscité par le Père, ce chemin est « confirmé ». Ce n’est pas simplement un acte héroïque qui nous aurait « fait gagner » le salut, mais une disposition permanente qui nous montre une manière de vivre plus humaine

Le mystère pascal s’exprime pleinement dans l’Eucharistie. Le marcheur fait ici l’expérience d’apprendre à « mourir pour vivre », à se laisser rompre et partager, ce qui n’est pas forcément dramatique, mais constitue en quelque sorte un modèle de vie.

À ce moment du chemin, la personne se retrouve confrontée à un paradoxe fondamental de la vie chrétienne: ne pas chercher à éviter la souffrance à tout prix, mais à aimer dans toutes les circonstances, en assumant la douleur que l’amour fidèle peut engendrer. Être, avec Jésus, un pain rompu et partagé, telle est la clé. Le pèlerin commence à prendre conscience que, s’il veut aimer, cela impliquera des renoncements au cœur du monde, des incompréhensions, peut-être même aussi des mépris, des inconforts et donc, en ce sens, des croix; un « brisement ».

Et même si nous savons qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, que la dynamique de l’offrande de soi génère plus de paix et donne plus de sens à notre vie, cela n’enlève rien à la profondeur de la douleur, qui reste un mystère sacré. Il ne s’agit pas d’une douleur choisie ou recherchée, mais acceptée comme une conséquence de vouloir être fidèle à nos choix, de vouloir être fidèle à l’amour

Pas Huit

Le « Pas Huit » du Chemin du Cœur, « Une mission de compassion », conduit le marcheur vers une synthèse où la mission n’est plus simplement le fruit d’un enthousiasme né de l’écoute de l’appel, mais l’expression d’une identification profonde à Jésus et à sa cause, avec une disponibilité à en assumer, dans la mesure de ses forces, tout ce que cela implique. C’est la manière concrète d’incarner dans sa propre vie le désir d’offrande expérimenté au pas précédent

La mission de compassion est à la fois un don et une tâche. On ne devient pas compatissant simplement par décision: la compassion est reçue d’abord comme un un don: c’est un engagement qui implique toute l’existence En d’autres termes, la mission est confiée au marcheur par le Seigneur lui-même. Mais en même temps, elle ne se réalise pas sans une décision libre et personnelle de laisser envoyé, renouvelée chaque jour, en toute circonstance

Cette décision ne devient véritable qu’à partir de l’expérience du Ressuscité

Et elle ne dépend pas du marcheur: ce n’est pas lui qui prend l’initiative de la rencontre, mais c’est le Christ Ressuscité qui se manifeste triomphant et le comble d’une joie authentique, rendant concret le lien d’amour entre eux

C’est cette expérience de rencontre vivante que nous accompagnons dans ce passage.

Ce « Pas Huit » est centré sur la mission, la mission de compassion. Mais qu’est-ce que cela signifie? La compassion n’est pas une simple sensibilité ou émotion: elle est un critère de conduite, un appel à l’action. Le mot « compassion » vient de cum-patire, « souffrir avec »: c’est la capacité de reconnaître la souffrance de l’autre, de l’écouter avec empathie, sans

jugement, et d’être poussé à agir pour la soulager. Il ne s’agit pas de sentimentalisme. La parabole du Bon Samaritain (Luc 10, 25-37) est un parfait exemple qui illustre cette dynamique

Jésus-Christ invite le marcheur à regarder le monde avec ses yeux, à ressentir de la compassion au plus profond de lui-même à être ému et à décider de travailler et de collaborer avec Lui dans la mission qu’il a reçue de son Père: une mission de compassion pour les plus fragiles et vulnérables C’est Lui l’envoyé, c’est lui qui dirige la mission; le marcheur est appelé à collaborer avec Lui.

À ce stade du parcours, un chemin a déjà été fait avec le Seigneur qui permet au marcheur de percevoir l’invitation à la mission. Il s’agit maintenant de la concrétiser, de traduire dans sa propre histoire ce critère d’action qu’est la compassion. Cela signifie travailler pour les autres, servir et se donner, là où chacun est appelé à incarner la mission: dans sa relation à lui-même, au Seigneur, aux autres et à toute la création. Cette concrétisation historique cherche à « ancrer dans la terre », par de petits pas possibles, les motions reçues tout au long du chemin, afin qu’elles ne restent pas de simples bons souhaits, mais qu’elles deviennent des actes concrets

Le cheminant pourra alors découvrir dans cette étape que souvent il ne s’agit pas de ce qui plaît ou lui plaît, mais plutôt de ce qui construit le Royaume, ce qui fait grandir le bien dans chaque situation et pour chaque personne Cela nécessite une décision, parfois à l’encontre de sa propre sensibilité, de ses sens et sentiments non discernées ou de ce qu’il trouve agréable. Le fait est que la compassion n’est pas d’abord un sentiment, mais un critère d’action.

Un point essentiel à ce pas est d’être attentif chez la personne accompagnée aux élans indiscrets, à ses désirs non discernés de faire de grandes choses, qui ne viennent pas nécessairement du Seigneur, mais de sa propre volonté et son intérêt personnel La vraie consolation pousse à des actions concrètes et réelles accessibles aux circonstances de chaque personne Les désirs du marcheur doivent s’enraciner dans la vie concrète de chaque jour, là où le Seigneur appelle à agir.

Pas Neuf

Le « Pas Neuf » du Chemin du Cœur, « Un réseau mondial de prière et de service attentif aux besoin de l’humanité », représente la projection du cheminement dans la vie quotidienne L’expérience du Chemin du Cœur est un itinéraire spirituel destiné à transformer la vie concrète: elle ne doit pas être une parenthèse ou un échappatoire ponctuel à un moment précis même s’il a pu être un temps fort dans la vie spirituelle de celui qui l’a entrepris.

La mission, priée et discernée, devient maintenant un prolongement continu, vécu de manière intégrée et essentielle avec d’autres, en communauté. Bien que ce soit un chemin personnel avec Jésus, ce n’est pas un processus individuel Cette distinction est importante, car le Chemin du Cœur n’est pas une recette de développement personnel, mais un chemin d’Église (la communauté des baptisés) au service de la mission de compassion pour le monde que Jésus nous confie.

Ce réseau mondial de prière (famille ou communauté) est composé de celles et ceux qui, par l’offrande quotidienne de leur vie, se rendent disponibles pour collaborer à la mission de compassion du Christ Ressuscité, dans toute situation ou état de vie où ils se trouvent.

L’appel à la mission que le Seigneur adresse au marcheur est le feu qui le rend apôtre, envoyé du Cœur du Père au cœur du monde. Ainsi, ce qui nous unit, c’est Jésus: c’est Lui qui nous appelle et nous rassemble pour une

mission commune. Ce qui nous unit, ce ne sont pas nos affinités personnelles, ni un charisme particulier, ni l’amitié, ni une homogénéité socio-culturelle, mais la personne de Jésus, au plus profond et intime de lui-même: son Cœur

Le « Pas Neuf » du Chemin du Cœur, est le dernier de la troisième triade, celle du « départ ». Le cheminant se prépare à revenir dans le monde pour partager avec les autres ce qu’il a vu et entendu au cours de son cheminement Ce bloc prépare concrètement à la mission, à l’offrande de soi, à la compassion et à la vie communautaire. C’est « une offrande à la mission de compassion vécue en réseau, en communauté ».

Ce moment peut être accompagné de la présentation des différentes manières de participer et d’appartenir au Réseau Mondial de Prière du Pape. C’est l’occasion d’aider le marcheur à méditer sur sa manière d’ « être Église », de « se sentir avec et dans l’Église ». C’est l’étape qui ouvre la voie à la méditation sur la mission vécue en communauté

Clôture de la Triade: Récolte finale

Arrivés au « Pas Neuf » du Chemin du Cœur, les marcheurs clôturent la troisième triade et, avec elle, l’ensemble de l’itinéraire. Il est toujours essentiel de consacrer un temps de qualité à cette clôture afin de reconnaître, nommer et récolter les grâces reçues. Il ne s’agit pas d’une expérience spirituelle supplémentaire, mais d’une aide afin que les personnes reconnaissent le plus clairement possible la manière dont le Seigneur leur a parlé tout au long du chemin.

Selon le format de la proposition (en ligne, en présentiel, en retraite ou en atelier, sur quelques jours ou plusieurs mois), la manière de vivre ce temps de récolte variera également. Ce qui importe, c’est que les personnes puissent clore ce cheminement et s’ouvrir à vivre les grâces reçues dans leur vie quotidienne.

La récolte s’exprimera de diverses manières: désirs formulés, motions intérieures, idées nouvelles, clartés surgies, manières différentes d’être, de regarder ou d’agir, renouvellement de liens, relance de projets... Elle seront variées les formes

à travers lesquelles les participants pourront reconnaître comment le Seigneur leur a parlé au cœur

Il est possible que la clôture de l’ensemble du processus englobe également celle de la troisième triade, sans qu’il soit nécessaire de s’arrêter pour cela. Mais il est également de distinguer un temps pour clore spécifiquement la troisième triade, centrée sur l’offrande à la mission en communauté, puis d’ajouter une clôture plus large de tout le processus. L’important, dans tous les cas, est que le cheminement soit pleinement clôturé et qu’une relecture spirituelle soit proposée, permettant de reconnaître, de nommer et de rendre grâce pour tous les dons reçus.

Aides méthodologiques

Découvrons maintenant quelques recommandations susceptibles d’orienter la conception de l’expérience du Chemin du Cœur Il s’agit de petits ajouts au parcours, qui peuvent être utiles pour en tirer un meilleur profit.

1. À propos du processus

Puisqu’il s’agit d’une expérience processuelle et non d’une simple succession de conférences sans lien, la méthodologie doit particulièrement veiller à en faire une une véritable dynamique de parcours vécu, tout en permettant d’en rendre compte, de le reconnaître et de l’exprimer.

C’est pourquoi il est très utile d’utiliser des ressources didactiques qui permettent de percevoir le processus, de le rendre visible ou tangible pour le marcheur et qui fassent sentir l’idée d’un cheminement qui se construit au fur et à mesure qu’il se parcourt. Par exemple: un dessin ou une composition qui s’enrichit ou se complète à chaque étape avec une consigne; la construction d’un chemin avec un cœur à chaque pas ou avec les images suggérées dans les livres; des signes, symboles, lettres, numéros, photos, mots laissés en trace écrite, qui rendent compte du parcours réalisé par le marcheur. Les possibilités sont nombreuses. L’objectif est que les personnes perçoivent qu’elles avancent sur le chemin, qu’elles marchent

Le processus comporte généralement une trame ou un fil conducteur, plus ou moins visible, qui donne de la cohérence à ce qui est vécu, et que le marcheur doit pouvoir reconnaître Par exemple: une même manière de faire la relecture à chaque étape; un mot mnémotechnique pour se repérer dans les étapes de la relecture; une séquence qui se répète au fil de l’avancée; commencer ou finir chaque étape de la même manière; une icône qui sert de dénominateur commun tout au long du chemin; une couleur ou une musique

qui, lorsqu’elle est vue ou entendue, évoque ce fil qui « coud » les expériences traversées par le marcheur.

En somme, le processus doit être vécu et identifié par le marcheur, et c’est en ce sens que doivent aller les ressources méthodologiques de la proposition.

1.a Triades. Pas. Pauses

Au moment de concevoir une proposition, il est essentiel que la personne qui accompagne ait une vision d’ensemble du chemin et en connaisse la dynamique globale, celle qui correspond à chaque triade, à chaque pas et au sens des pauses. Nous insistons sur l’importance de garder à l’esprit le schéma présenté dans les livres, pour orienter chaque pas ainsi que la dynamique interne des pas et des triades, au moment de présenter une proposition ou de préparer une rencontre, qu’il s’agisse de donner tout le chemin ou seulement une partie. Ces éléments permettent de garder le cap et de rester centré, sans se perdre dans la profusion des thèmes et des multiples portes d’entrée proposées dans les livres eux-mêmes.

Autrement dit, la proposition doit rester centrée sur l’essentiel de chaque pas: le fruit spirituel espéré, le mot-clé qui articule l’étape et la dynamique intérieure qui la caractérise. Que ce soit pour une proposition étalée dans le temps ou pour une formule plus condensée, les thèmes et les activités doivent être choisis afin de renforcer les éléments proposés dans le schéma de chaque étape Ces éléments servent de critères de discernement pour choisir quelle porte d’entrée utiliser, quelle activité préparer, quelle musique ou quelle image conviendrait le mieux

1.b Durée de la proposition

Les propositions du Chemin du Cœur offrent diverses modalités de durée Il peut s’agir d’expériences en format fermé, comme une retraite de deux ou trois jours, ou bien de journées complètes ou de quelques heures. Il est également possible de proposer un parcours avec des rencontres hebdomadaires ou bimensuelles pendant plusieurs mois, au cours desquelles les marcheurs participent à un moment de partage et poursuivent ensuite un rythme de prière personnelle dans leur quotidien pour

approfondir le thème proposé. Cette énumération n’est qu’illustrative: de nombreuses autres possibilités existent, selon la réalité concrète des participants, et doivent être discernées par la personne qui accompagne

L’important est que le processus ait une ouverture et une clôture avec du sens et une structure qui prépare à accueillir la grâce et les fruits. Il faudrait éviter la tentation de proposer une succession de thèmes de spiritualité sans lien entre eux, tirés du Chemin du Cœur, sous prétexte que le temps est limité.

Par exemple, on pourrait proposer le Chemin du Cœur en quatre étapes: un bloc de deux introductions, puis un bloc pour chaque triade Cette manière de segmenter, de rythmer et de regrouper le parcours respecte bien la dynamique interne du chemin, sans la forcer. Il serait possible aussi d’imaginer la proposition en cinq rencontres: une introduction, le développement des trois triades (une par rencontre) et une rencontre de relecture finale ou « moisson ».

Une autre option est celle d’offrir Le Chemin du Cœur en retraite d’un jour, avec des temps de prière personnelle, des partages en groupes animés par des facilitateurs ayant déjà vécu l’expérience, et une clôture avec une moisson finale. Le format dépendra des circonstances: du temps disponible, du lieu et des personnes concernées.

1.c Expérience spirituelle

Le Chemin du Cœur est avant tout une expérience spirituelle. C’est pourquoi la personne qui accompagne l’expérience prépare la proposition et organise les éléments de manière à ce que les participants puissent entrer dans une véritable expérience spirituelle Il s'agit de passer de la tête au cœur, non pas tant de comprendre par des idées, mais d'acquérir une compréhension plus large qui englobe la dimension affective de la personne, ses sentiments, ses désirs, ses idées et, dans de nombreux cas, également son corps comme caisse de résonance de l'expérience

Prendre en compte cela aide à mieux discerner les moyens à choisir pour proposer l’expérience. Par exemple, si nous proposons le Premier Pas, il ne s’agit pas de donner au marcheur de bonnes explications sur le thème de

l’amour, mais de l’amener à reconnaître l’amour qui le porte depuis le début.

En d’autres termes, il ne faut pas expliquer ce qu’est l’amour, mais aider la personne à en faire l’expérience concrète de le reconnaître dans sa vie et qu’il puisse ensuite la nommer

Un autre point important est que le marcheur doit pouvoir reconnaître l’expérience vécue et l’exprimer d’une manière ou d’une autre: la nommer, la décrire, la traduire en mots, en images, en chanson, en mouvement, etc Ce n’est pas un exercice purement intellectuel, mais une démarche qui engage d’autres dimensions de son existence. C’est pourquoi il est utile de proposer des éléments qui éveillent et impliquent les sens.

Afin de favoriser l'expérience, il peut être utile d'aider le marcheur à reconnaître ce qu’il recherche (qu'il s'agisse de l'expérience d'amour, de douleur, de péché, de tensions, de rencontre, d'amitié, de don de soi, de mission, etc ) à l'extérieur de soi, par exemple à travers une histoire vraie, une vidéo, une chanson, une histoire, un poème, etc. Puis, revenir comme dans un miroir vers ce qu’il a reconnu à l’extérieur, pour le reconnaître cette fois-ci dans sa propre vie.

Dans ce sens, l’inclusion d’éléments sensoriels comme ceux mentionnés, ou d’autres jugés pertinents, doit être au service de l’expérience, pour aider le marcheur à entrer dans le vécu et à se disposer à recevoir les fruits du pas proposé, en veillant toujours à ce que ces ressources ne soient pas de simples artifices décoratifs ou de remplissage

Il peut aussi être très utile que les participants partagent ce qu’ils vivent en petits groupes, à travers des travaux collectifs ou des partages guidés par une consigne qui les aide à mettre en commun leur expérience C’est une manière de vivre l’expérience personnelle du chemin dans un cadre communautaire.

1.d Format de présence

L’expérience peut être déployée en présentiel ou en ligne La fréquence et la durée de chaque rencontre peuvent être adaptées en fonction du nombre de participants et du contenu de la proposition. L’intervalle entre chaque

rencontre doit permettre de préserver le rythme et la perception d’un processus continu, afin que l’expérience ne se dilue pas. Le marcheur doit pouvoir garder en mémoire ce qu’il vit, afin de construire progressivement le cheminement Si le temps entre deux rencontres accompagnées est très long, il sera plus difficile de maintenir ce sentiment d’unité et de cohérence dans l’expérience.

1.e Matériel de soutien

Il est important que la personne qui vit Le Chemin du Cœur dispose d’une Bible dans sa langue maternelle, afin d’avoir un accès direct à l’Évangile et à d’autres passages de l’Écriture Sainte à partir de son expérience de prière la plus naturelle et la plus personnelle dans une langue qui lui parle au coeur

Il est également essentiel de se munir d’un carnet de notes où le marcheur puisse écrire, dessiner, peindre, en somme, garder une trace personnelle de son cheminement, à laquelle il pourra revenir chaque fois qu’il le souhaite Ce carnet sera particulièrement utile pour la pratique de la relecture ou de l’examen spirituel quotidien afin de mieux discerner la présence de Dieu dans sa vie.

Il est aussi souhaitable que les participants disposent de supports de prière, de lecture, de méditation ou d'exercices en lien avec le thème de la rencontre. Il peut s’agir de textes tirés des différentes entrées des livres, ou d’autres supports adaptés (chansons, vidéos, poèmes, textes bibliques…) tout ce qui peut aider à approfondir le thème abordé lors de la rencontre

1.f Expérience de prière

Il s’agit d’une expérience vécue en dynamique de prière, c’est-à-dire comme une rencontre avec le Seigneur Il est donc essentiel que la proposition soit conçue de manière à inclure des moments de prière personnelle, même guidée, pour que les participants puissent les reproduire et les approfondir dans leur vie quotidienne, entre chaque rencontre. Cela ne va pas de soi et ne doit jamais être considéré comme acquis.

L’expérience du Chemin du Cœur est une démarche formatrice, mais ce n’est pas un cours de spiritualité: c’est un itinéraire basé sur la prière personnelle.

Les guides fournis doivent inclure différentes manières de prier avec la Parole: méditation, contemplation, prière vocale, lectio divina… en veillant toujours à proposer le mode de prière qui favorise le plus l’expérience Pour les personnes ayant déjà vécu les Exercices Spirituels de saint Ignace, les formes de prière propres à cette expérience pourront également être proposées.

De la même manière, les rencontres en groupe doivent encourager la pratique de la prière personnelle avec la Parole ainsi que celle de la relecture spirituelle, afin que les participants puissent en faire progressivement l’expérience, l’apprendre, la mettre en pratique et en faire un véritable mode de vie Par exemple, chaque rencontre peut commencer par un temps de relecture de la rencontre précédente, de relecture de la manière dont le temps entre les deux rencontres a été vécu, ou encore de relecture des fruits et des résonances suscités par la prière avec un texte de la Parole. En résumé, vivre le Chemin du Cœur comme un style de vie suppose la pratique quotidienne de la relecture spirituelle et de la prière avec la Parole.

2. À propos des marcheurs

La conception de la proposition doit tenir compte de l’âge, de l’expérience spirituelle et des aspirations des personnes qui vivent l’expérience. Préparer une proposition pour des responsables paroissiaux adultes issus des groupes de l’Apostolat de la Prière est très différent que de proposer Le Chemin du Cœur lors d’un camp d’animateurs ou de jeunes cadres (JK) du Mouvement Eucharistique des Jeunes, à une communauté établie d’adorateurs ou de musiciens, ou encore dans le cadre d’une expérience ouverte à des personnes qui ne se connaissent pas

Il est également important de prévoir des moments d’accompagnement de groupe et individuels. Il peut être pertinent dans le cas de groupes plus larges, de les diviser en petites communautés, dans lesquelles un facilitateur aide à partager l’expérience spirituelle de manière régulière Il peut aussi y avoir des temps d’accompagnement personnel au cours de l’itinéraire.

D’ailleurs, il est recommandé, en particulier à la fin de la deuxième triade, de prévoir dans tous les cas un accompagnement individuel des marcheurs, afin de prendre le pouls du cheminement et de discerner les appels ou les besoins qui émergent.

3. À propos des animateurs et accompagnateurs

3.a Rôle de l’animateur

La personne qui accompagne l’expérience du Chemin du Cœur est celle qui prépare les conditions pour que les marcheurs puissent réellement entrer dans cette expérience. C’est celle qui aide, qui facilite, qui déploie un dispositif permettant aux participants de parcourir la proposition spirituelle. Les moyens qu’elle choisira pour favoriser cette entrée doivent être adaptés aux personnes, aux temps et aux lieux

Divers outils peuvent faire partie du dispositif, tant qu’ils servent la finalité recherchée. Il n’existe donc pas de moyens fixes, mais des moyens ajustés aux circonstances concrètes de l’expérience Par exemple, dans certains cas, il sera pertinent d’introduire un thème à l’aide d’une vidéo, dans d’autres par un texte de l’Évangile, une image, une musique, voire une proposition de danse. Parfois, la peinture ou les travaux manuels peuvent avoir leur place dans l’expérience; dans d’autres cas, seuls les textes bibliques seront utilisés

Il faut éviter de multiplier les stimulations extérieures ou de trop parler des thèmes. Ce qui compte réellement, ce n’est ni la proposition en elle-même, qui n’est qu’un moyen, ni le rôle du facilitateur, qui n’est qu’un accompagnateur sur le chemin, mais bien que le marcheur entre pleinement dans l’expérience. Tous les moyens choisis doivent viser cet objectif Même si la proposition est parfaite méthodologiquement, si elle n’aide pas à vivre l’expérience spirituelle, elle doit être écartée Il s’agit donc de préparer ce qui est le plus utile C’est cela qui sera toujours le plus beau et le meilleur

Il convient également d’être prudent et d’éviter la tentation d’expliquer longuement. Il s’agit plutôt d’introduire le thème avec justesse, sans empiéter sur le travail intérieur du marcheur, qui doit pouvoir révéler, découvrir et explorer le thème à son propre rythme et selon ses possibilités Il faut aussi éviter de se placer dans un rôle d’enseignant mais plutôt se considérer comme un compagnon de route, qui a déjà parcouru ce chemin et qui permet aux autres d’avancer, en mettant en place ce qui est le plus utile, en retirant les obstacles du parcours, en orientant et en ajustant la marche

3.b Objectivation de l'expérience

Il est très bénéfique que le dispositif proposé prévoie des espaces pour verbaliser l’expérience, pour mettre des mots sur le processus spirituel: cela aide le marcheur à regarder son propre cheminement, à le structurer à travers le discours, à découvrir de nouvelles lumières... Parler du processus aide à organiser et à ajuster ce qui est vécu.

Mais il ne s’agit pas de dire n’importe quels mots, mais uniquement ceux qui permettent de tirer un plus grand profit de l’expérience. C’est pourquoi il est important que le facilitateur donne des consignes claires au moment du partage, que ce soit en petits groupes ou dans des temps de partage plus larges Il est utile de préciser ce qui doit être partagé, à quel moment, de quelle manière et dans quels délais. Par exemple: faut-il écrire, dessiner, seulement parler? À quel moment? Et pendant combien de temps? Cela aide à structurer ce moment et réduit la dispersion, tant individuelle que collective

Après avoir écouté les participants, il est essentiel de prévoir un temps pour recueillir ce qui a été dit et le restituer. C’est une façon de faire sentir les marcheurs qu’ils ont été écoutés et accueillis Il n’est pas recommandé de clore un temps de partage sans une brève et simple restitution. Ce moment constitue une objectivation de l’expérience, qui aide à rendre visibles les fruits, à ajuster la direction, à synthétiser, normaliser et encourager la marche.

3.c Suggestions pour l’utilisation des livres

Les livres de la collection Le Chemin du Cœur sont une boîte à outils pour celui qui accompagne l’expérience des autres. Ils peuvent également servir

d’aide à la prière personnelle, comme matière de prière pour vivre l’expérience. Mais ils sont avant tout une base de contenu pour la personne qui facilite le parcours C’est pourquoi ils doivent être utilisés uniquement dans la mesure où ils aident les marcheurs

Une compréhension claire du schéma d’ensemble servant à orienter chaque étape est essentielle pour la personne qui prépare l’expérience. Cela permet de poser les jalons importants du cheminement, de donner une orientation générale et d’offrir un critère de discernement pour le choix des supports les plus adaptés à chaque étape. Il peut également être bénéfique que la personne qui vit l’expérience de la première triade en connaisse les grandes lignes, ainsi que le cadre de référence et, surtout, la dynamique intérieure, car ceux-ci établissent les pierres angulaires sur lesquelles reposera l’ensemble du parcours.

Cela ne signifie pas que le marcheur doive lire littéralement les textes, mais il est préférable que ce qui y est exprimé devienne le fil conducteur de l’expérience de la première triade, en particulier s’il s’agit de personnes nouvellement initiées. Ensuite, au fur et à mesure que le chemin progresse, la personne qui facilite l’expérience pourra choisir d’autres entrées dans les livres pour présenter le thème de chaque étape Le contenu des livres peut être complété par d’autres supports : vidéos, textes, chants, etc., en évitant toujours la surcharge de matériel.

3.d Propositions pour les temps de pause

Trois idées ou attitudes peuvent être utiles lors des temps de pause qui suivent chaque bloc du parcours, car ceux-ci pourraient être perçus à tort comme de simples interruptions, alors qu’ils constituent également des espaces spirituels importants pour laisser décanter ce qui a été vécu: s’arrêter, faire silence, prendre la pause pour vivre le temps intermédiaire.

S’arrêter est essentiel dans Le Chemin du Cœur pour rompre avec la routine (même celle de nos pratiques spirituelles) pour écouter la Source de vie:

Dieu C’est un acte de liberté, une manière de discerner ce que nous vivons, de nous éloigner des automatismes pour nous rapprocher de l’Esprit Saint.

S’arrêter n’est pas une fin en soi, mais une préparation intérieure à la

rencontre avec le Seigneur, qui nous attend au coeur même de notre quotidien.

Faire silence est également une clé pour entendre ce qui habituellement passe inaperçu, des petits bruits aux murmures de Dieu dans notre intérieur. Il s’agit d’apaiser à la fois les bruits extérieurs et l’agitation intérieure, permettant au marcheur d’entrer dans un dialogue profond avec le Seigneur. Il est nécessaire de faire silence même face aux lectures et aux stimuli, afin que les thématiques du Chemin du Cœur ne prennent pas la place de la vraie rencontre. Ce silence n’est pas un vide, mais un espace fécond pour l’action de l’Esprit.

Prendre la pause pour vivre le temps intermédiaire entre les moments formels de prière et les activités quotidiennes est lui aussi significatif. Comme dans la parabole du semeur, la semence pousse d’elle-même si on lui donne de l’espace Ce temps libre n’exige pas donc d’actions spécifiques, mais une attitude de confiance et d’ouverture pour que la Parole semée dans le cœur porte du fruit, sans chercher à en contrôler la croissance.

Enfin, il est important d’aider le marcheur à garder vivant son désir de vivre pleinement Le Chemin du Cœur À travers la relecture spirituelle quotidienne, il peut vérifier si sa manière de vivre reste en accord avec les étapes de l’itinéraire, dans la confiance que le Seigneur agit en son cœur, même au milieu des occupations quotidiennes

4. À propos de l’avenir

Quand les marcheurs retournent à leur vie quotidienne, comment les aider à garder l’élan et à maintenir vivante la flamme de cette expérience? À cette étape, comme tout au long du processus, nous pouvons trouver un appui dans les Intentions mensuelles de prière du Pape ainsi que dans les ressources proposées par le Réseau Mondial de Prière du Pape C’est une étape particulièrement animée par l’Esprit Saint, moteur de notre mission.

Prier et discerner la volonté du Cœur de Jésus au quotidien n’est pas une tâche facile Après avoir été accompagnés dans un itinéraire spirituel aussi profond, il est fréquent que surgissent un certain découragement ou la frustration. Le marcheur repart souvent rempli de résolutions… qu’il peut parfois avoir du mal à tenir dans la durée Et, comme dans toute relation entre deux cœurs, entre deux personnes, il est nécessaire de cultiver cette relation, de passer du temps ensemble, de partager la vie quotidienne. Sans cela, la relation risque de se refroidir (du moins de notre côté), de devenir distraite ou utilitariste.

4.a Ressources disponibles

Comment soutenir une vie spirituelle au cœur de notre quotidien, sans nécessairement l’aide d’un accompagnateur ou des temps formels de prière que le marcheur a connus en parcourant les neuf Pas du Chemin? La prière de discernement, éclairée chaque jour par la Parole de Dieu, ainsi que la relecture spirituelle ou l’examen quotidien, sont les moyens privilégiés pour prolonger l’expérience du Chemin du Cœur.

Les trois moments de prière quotidienne proposés par le Réseau Mondial de Prière du Pape peuvent être d’un grand soutien. L’offrande quotidienne et la lecture de la Parole chaque matin deviennent alors la clé qui dispose le marcheur, de manière consciente et active, à vivre son quotidien uni au Cœur de Jésus dans une dynamique missionnaire. L’examen du soir sera un moment fécond pour garder « les yeux fixés sur Jésus » (He 12, 1-2), pour s’ajuster à ses critères et à sa manière d’agir, tout en unissant ce que le marcheur vit à l’intention de prière universelle proposée chaque mois par le Pape.

Enfin, la relecture ou examen spirituel de la nuit l’invitera à poser un regard reconnaissant, humble et généreux sur le don de l’amour du Seigneur, à reconnaître ses grâces et ses appels, à demander pardon pour ses manquements et à regarder l’avenir en ajustant ses désirs à ceux de Jésus.

Autres aides concrètes: un petit autel dans la chambre, un carnet spirituel, une image qui évoque l’expérience du Chemin du Cœur, le rosaire, ClickToPray.

4.b Avec d’autres, en communauté

Vivre en communauté est un défi… mais c’est aussi ce qui nous façonne et nous rend qui nous sommes Et la célébration de l’Eucharistie en communauté est sans doute l’expérience la plus concrète qui puisse aider le marcheur à se reconnaître membre d’un Corps. « L’Église fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Église », disait un théologien du XXème siècle. Chacun y est important, car nous sommes tous membres de cette famille des baptisés La célébration liturgique, malgré ses limites, ses imperfections et ses spécificités, demeure pour notre vie chrétienne « la source et le sommet » (Lumen Gentium 11) de la vie et de l’action de la communauté de Jésus.

La participation au Réseau de Prière du Pape implique notre appartenance à l’Église catholique. Se lier à notre réalité ecclésiale locale sera toujours essentiel pour ceux qui vivent Le Chemin du Cœur.

Une autre manière de construire la communauté est de s’engager d’une manière ou d’une autre dans le Réseau Mondial de Prière, qui offre de nombreuses possibilités. Pour ceux qui souhaitent s’impliquer davantage, il est important de rejoindre les propositions et canaux du Bureau National, que

ce soit par une participation personnelle, au sein d’un groupe de prière paroissial, de l’Apostolat de la Prière, du MEJ (Mouvement Eucharistique des Jeunes), ou d’une autre communauté appartenant ou liée au Réseau de Prière Pour certaines personnes, cet engagement plus profond pourra s’exprimer par une Alliance personnelle avec Jésus ou par une consécration.

4.c Formation et accompagnement

Le Chemin du Cœur se vit désormais dans le quotidien, mais cela n’exclut pas la possibilité de revivre une expérience forte qui aide le marcheur à restituer les étapes de cet itinéraire spirituel, à la manière d’une retraite. Comme pour les Exercices Spirituels, il est possible de vivre plusieurs fois l’expérience du Chemin du Cœur et selon différentes modalités

Cela dit, il est important que ceux qui se sentent appelés à devenir formateurs vivent l’expérience des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, selon les modalités proposées dans leur pays Ce sont probablement les Exercices qui continueront à nourrir et à éclairer le plus profondément l’expérience vécue dans Le Chemin du Cœur, tout en permettant de mieux comprendre les dynamiques intérieures qu’un formateur est appelé à accompagner et à préserver chez les autres.

Il est aussi important de suivre la Formation des Formateurs du Chemin du Cœur, proposée sous différentes modalités par le Réseau de Prière, afin de structurer les outils et la pédagogie propres à cet itinéraire.

De même, que l’on soit marcheur ou accompagnateur, il est important de considérer un accompagnement spirituel personnel formel dans les années qui suivent l’expérience, afin de discerner son chemin et de démasquer les ruses de l’esprit du mal Si un tel accompagnement n’a pas été proposé ou possible pendant le cheminement, ce moment peut représenter l’occasion d’inviter ceux qui en ressentent le besoin à accéder à ce ministère de l’Église, de manière adulte et engagée.

Fondement dans la spiritualité du Cœur de

Jésus

Nous prenons pour point de départ deux affirmations:

1. Le Chemin du Cœur actualise la dévotion au Sacré-Cœur du Christ dans une perspective apostolique et présente de manière cohérente le trésor de l’Apostolat de la Prière (aujourd’hui Réseau Mondial de Prière du Pape) à la lumière des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.

2 La spiritualité du Cœur de Jésus est le fondement spirituel de notre mission, et le Chemin du Cœur est notre manière spécifique de la vivre C’est pourquoi nous l’appelons notre itinéraire spirituel de formation.

Examinons à présent ce que nous voulons dire par ces affirmations. Une première synthèse historique nous aidera à établir le lien entre Le Chemin du Cœur et la spiritualité du Cœur de Jésus, qui en est le fondement. Cette synthèse aura également pour objectif d’apporter quelques éléments d’interprétation permettant d’élargir le cadre de référence de cet itinéraire à partir de son fondement

1. Le Chemin du Cœur actualise la dévotion au Cœur de Jésus

La dévotion au Cœur de Jésus, en tant qu’expression d’une spiritualité centrée sur la personne de Jésus-Christ, possède une longue histoire. Elle s’est adaptée au fil des siècles selon les contextes historiques et sociaux, se manifestant sous diverses formes et langages L’Évangile de Saint Jean parle du « cœur transpercé de Jésus » (Jn 19, 34), sur lequel les premiers Pères de l’Église ont longuement médité, et que la mystique médiévale a interprété comme la blessure révélant la profondeur de l’amour de Dieu

Au cours des derniers siècles, les expressions les plus connues sont celles qui ont été médiatisées par les révélations faites à sainte Marguerite-Marie Alacoque au XVIIème siècle, ainsi que par le culte ultérieur au Sacré-Cœur qui s’est développé au XIXème siècle dans une perspective apostolique

grâce à l’Apostolat de la Prière. On peut également citer les révélations de la Divine Miséricorde faites à sainte Faustine Kowalska au début du XXe siècle. Le Réseau Mondial de Prière du Pape, recréation de l’Apostolat de la Prière, est l’une de ces formes d’inculturation

Le Magistère de l’Église s’est aussi exprimé sur cette spiritualité à travers différentes encycliques sur le Sacré-Cœur, comme celle du pape Pie XII en 1956, Haurietis Aquas, ou encore Dives in Misericordia de saint Jean-Paul II en 1980. Plus récemment, le pape François a publié l’encyclique Dilexit Nos en 2024.

La Compagnie de Jésus est liée à cette spiritualité du Cœur du Christ depuis ses origines, principalement à travers l’expérience spirituelle de saint Ignace de Loyola et sa contemplation des mystères de la vie de Jésus dans ce que nous appelons aujourd’hui les Exercices Spirituels. À cela s’ajoute son ministère de prière et de service apostolique, compris comme une collaboration à une mission de compassion pour le monde. Ainsi, tant pour sa spiritualité christocentrique que pour sa perspective missionnaire, le fait que le Réseau Mondial de Prière du Pape soit confié à la Compagnie de Jésus en tant qu’œuvre pontificale devient tout à fait compréhensible

L’Apostolat de la Prière, lui-même d’abord considéré comme mission spirituelle avant de prendre ensuite une forme associative de fidèles, a été fondé en 1844 dans une maison de formation de jeunes jésuites dans le sud de la France Très vite, le lien avec la dévotion au Cœur de Jésus en a marqué profondément le fondement apostolique, qui s’est répandu dans le monde entier, toujours sous la guidance de la Compagnie de Jésus.

C’est d’ailleurs grâce à l’aide de saint Claude La Colombière, jésuite, que Sainte Marguerite-Marie Alacoque a pu faire connaître la profondeur de la miséricorde du Cœur de Jésus. Il fut son accompagnateur spirituel et le confident de ses révélations En outre, lors de sa dernière vision en 1688, reconnue par l’Église, le Seigneur a confié aux Sœurs de la Visitation et aux Pères de la Compagnie de Jésus la mission de transmettre à tous l’expérience et la compréhension du mystère du Sacré-Cœur.

Près de deux cents ans plus tard, en 1883, la Compagnie de Jésus acceptait officiellement cette « mission très douce » (munus suavissimum) de pratiquer, promouvoir et diffuser la dévotion au Cœur de Jésus, par le décret 46 de la

23ème Congrégation Générale. En 1915, le décret 21 de la 26ème Congrégation Générale affirmait: « L’Apostolat de la Prière est un excellent moyen de faire progresser cette dévotion »

À partir de la fin du XXème siècle, les jésuites ont entrepris un renouvellement de la spiritualité du Cœur de Jésus, cherchant à refonder l’Apostolat de la Prière. Le P. Pedro Arrupe SJ, Supérieur Général de la Compagnie de Jésus (1965-1983), affirmait déjà en 1972, en consacrant toute la Compagnie au Cœur de Jésus : « Ce moyen de l’Apostolat de la Prière, qui a tant aidé le peuple de Dieu, peut aujourd’hui, s’il est validement renouvelé et adapté, rendre un service nouveau et accru, à une époque où l’on ressent tant le besoin de créer des groupes apostoliques de prière et d’engagement spirituel sérieux ».

Le pape Jean-Paul II, en 1986, confirmait à son tour la Compagnie de Jésus dans la mission qu’elle a reçue du Christ lui-même de diffuser la dévotion à son divin Cœur, et ce, à travers le moyen privilégié qu’elle a choisi, l’Apostolat de la Prière, en ces termes: « Je vous demande de déployer tous les efforts possibles pour accomplir toujours mieux la mission que le Christ lui-même vous a confiée: la diffusion du culte de son Cœur divin ».

D’autres Supérieurs Généraux plus récents ont aussi répondu à cet appel

Le P. Peter-Hans Kolvenbach SJ (1983-2008) rappelait dans ses écrits sur le Cœur du Christ que la Compagnie a voulu « lier solennellement la promotion de la dévotion au Cœur de Jésus à l’Apostolat de la Prière » Le P Adolfo Nicolás SJ (2008-2016) fut celui qui impulsa la recréation de l’Apostolat de la Prière en Réseau Mondial de Prière du Pape, et donc la mise à jour de son fondement spirituel: la spiritualité du Cœur du Christ. Le P. Arturo Sosa SJ, Supérieur Général actuel de la Compagnie de Jésus, a renouvelé la consécration de la Compagnie au Cœur de Jésus le 31 juillet 2022, fête de Saint Ignace, et a participé à la rédaction des Statuts définitifs du Réseau Mondial de Prière du Pape, publiés par la Secrétairerie d’État du Vatican en juillet 2024

Ces statuts déclarent que son « fondement est la spiritualité du Cœur de Jésus, exposée clairement dans le Document de recréation de l’Apostolat de la Prière intitulé Un chemin avec Jésus dans une disponibilité apostolique (Rome, 3 décembre 2014), et qui offre au disciple de Jésus un chemin pour que ses sentiments et ses actions s’identifient au Cœur du Christ, dans une mission de compassion pour le monde » (Statuts, 2).

Ainsi, en relisant cette histoire, nous reconnaissons que le Réseau Mondial de Prière du Pape, œuvre pontificale confiée à la Compagnie de Jésus, a clairement pour fondement spirituel la spiritualité du Cœur de Jésus, vécue comme un chemin d’amitié avec le Seigneur et de service à sa mission, selon la pédagogie du Chemin du Cœur.

2. Dimension apostolique de la spiritualité du Cœur de Jésus

L’intuition de la prière apostolique qui donnera naissance à l’Apostolat de la Prière trouve ses racines chez un jésuite français, le P François-Xavier Gautrelet, le 3 décembre 1844, jour de la fête de saint François-Xavier, dans le contexte du siècle des missions. Dans la maison de formation de Vals-près-le-Puy, en observant de jeunes jésuites enthousiastes face aux récits missionnaires, en particulier ceux provenant de Madurai, en Inde, il les invite à devenir déjà missionnaires à partir de leur vie quotidienne. Il leur dit: « Votre mission est ici, dans vos études et dans les choses simples de chaque jour. En les accomplissant avec disponibilité à la volonté de Dieu, vous êtes déjà des apôtres qui soutiennent toute l’Église »

Cette proposition simple et profonde trouve immédiatement un écho dans le cœur de ces jeunes jésuites, comme un moyen concret de participer dès maintenant à la mission du Christ, tout en poursuivant leur formation, en approfondissant en eux la disponibilité Cette intuition spirituelle rencontre également un large accueil chez de nombreux laïcs désireux de contribuer à l’élan missionnaire de leur époque.

Cinq ans plus tard, le P Gautrelet officialise cette intuition en fondant l’Apostolat de la Prière (1849) à Toulouse, en France. Avec l’arrivée du P. Henri Ramière SJ, qui avait été l’un de ses élèves, comme successeur à la direction de l’Apostolat de la Prière, l’œuvre prend véritablement son essor Le P Henri Ramière SJ articule la mission de l’Apostolat de la Prière avec la dévotion au Cœur de Jésus, dans une perspective résolument missionnaire, et en 1861 il lance la publication de la revue « Le Messager du Cœur de Jésus », toujours publiée et utilisée encore aujourd’hui dans plusieurs pays.

Le P.Ramière SJ inscrit formellement l’Apostolat de la Prière dans la dynamique du Cœur de Jésus. La prière d’offrande ne se limite plus à

l’offrande des études, du travail ou des activités quotidiennes: elle devient une intention de prière pour la mission de l'Eglise, une prière d'intercession liée au Cœur de Jésus et à sa mission de compassion pour le monde Elle est considérée comme une offrande de vie pour la mission de l'Église

Ainsi, dans « Le Messager du Cœur de Jésus », il commence à inviter à prier pour les intentions du Cœur de Jésus. Un tournant décisif a lieu en 1879, lorsque les intentions de prière commencent à être formulées chaque mois par le Pape (Léon XIII) et confiées à l’Apostolat de la Prière. Le P. Ramière souligne alors plus clairement que cette prière est apostolique et ouverte au monde, une manière pour les fidèles de s’unir au Cœur de Jésus au service de sa mission

En inscrivant plus explicitement l’offrande quotidienne dans une perspective apostolique, Ramière crée en même temps un réseau (ou une « ligue », comme il l’appelait) de prière unie au Cœur de Jésus Il montre ainsi que ce n’est pas seulement la prière qui est apostolique ou missionnaire, mais toute notre vie. Ce qu’il appelait « prière et zèle » (au sens d’attention, de soin, d’engagement), nous l’appelons aujourd’hui « prière et service », car la vraie prière nous dispose à l’action, nous ouvre aux autres et au monde Par la prière d’offrande, nous nous rendons disponibles à la mission du Christ Ainsi, l’offrande quotidienne de notre vie, unie à une intention de prière, nous conduit à cette attitude intérieure de disponibilité pour la mission.

3. Conclusion

Comme le déclarent les Statuts, le Réseau Mondial de Prière du Pape propose aux catholiques un chemin spirituel appelé « Le Chemin du Cœur » qui intègre deux dimensions:

(a) La compassion pour le monde et pour les êtres humains

(b) La communion avec la mission du Fils

« À travers ce chemin spirituel, animé et coordonné par le RMPP, la vocation missionnaire des baptisés est réveillée à nouveau, leur permettant de collaborer, dans leur vie quotidienne, à la mission que le Père a confiée à son Fils Ainsi, ils se rendent intérieurement disponibles à l’appel de Dieu, par son Esprit Saint, qui interpelle et guide chaque cœur et chaque conscience humaine vers le bien » (Statuts, 4).

Aujourd’hui, nous pouvons dire, conformément aux intuitions fondatrices, que le Réseau Mondial de Prière du Pape est « Un réseau de cœurs unis au Cœur de Jésus », qui promeut la prière apostolique pour les intentions de prière du Saint-Père, et qui est composé de groupes et de personnes aux charismes divers, vivant Le Chemin du Cœur comme un itinéraire spirituel qui nous aide à nous configurer au Christ et à collaborer à sa mission

1. Pas – Triades – Pauses

Le Chemin du Cœur est structuré en pas, chacune possédant sa propre dynamique interne On pourrait dire que chaque pas s’ouvre et se referme sur elle-même et, en même temps, sa clôture ouvre le passage à l’pas suivante

Les pas 1, 2 et 3 forment la première triade.

ANNEXES SCHÉMATIQUES

Les pas 4, 5 et 6 forment la deuxième triade.

ANNEXES SCHÉMATIQUES

Les pas 7, 8 et 9 forment la troisième triade.

À la fin de chaque triade, une pause est prévue. Elle peut également être comprise comme un « pont » entre la triade qui se termine et celle qui commence. Chaque triade possède aussi sa propre dynamique spirituelle, et sa clôture ouvre la dynamique de la triade suivante.

2. Schéma général du chemin et mot-clé

Le schéma se déploie en un itinéraire cohérent, tant dans ses blocs ou triades que dans chacune de ses étapes ou pas. Chaque pas possède un mot-clé « structurant », un repère qui aide à focaliser l’attention sur son point central Ce mot-clé sert également de critère de discernement pour l’élaboration de la proposition pédagogique ainsi que pour le choix des dynamiques et des matériaux à utiliser. Si cela s’avère utile, la formation peut également recourir à des verbes-clés, des phrases-clés et à d’autres ressources orientées vers ce même objectif : aider à focaliser Nous présentons un exemple dans lequel le mot-clé a été enrichi en fonction du contexte spécifique de la formation proposée. Voir également le schéma 3.

3. Schéma illustrant le chemin parcouru par le marcheur, de plus en plus profondément.

Le pas 6 est le point le plus profond d'intimité et de rencontre avec le Seigneur

4. Dynamique trinitaire du chemin

En gardant toujours à l’esprit qu’il ne s’agit ici que de quelques connexions théoriques, destinées à susciter une approfondissement spirituel plus grand, et non de parallèles théologiques stricts (ni encore moins exclusifs), il est également possible d’aborder Le Chemin du Cœur dans une perspective trinitaire, en considérant chacune des triades séparément dans leurs dynamiques internes, tout en embrassant l’ensemble du parcours de manière plus globale.

La première triade nous invite à nous centrer sur l’Amour, qui est l’essence même de Dieu De manière générale, elle peut être associée au PÈRE, qui nous parle directement au cœur dans un langage que nous pouvons comprendre, de façon concrète et expérientielle, au cœur même de notre histoire personnelle (« mon cœur »).

De plus, au sein de cette triade, nous pouvons contempler une dynamique trinitaire :

Le Père est le fondement de tout amour génératif (Pas 1), qui se communique en se donnant totalement à nous comme à ses fils et filles bien-aimés.

Le Fils représente l’extériorisation incarnée de cet amour, qui se rend présent dans l’humanité et palpite au fil de son devenir historique (Pas 2), assumant la vulnérabilité de notre propre nature, symbolisée par le cœur.

L’Esprit Saint reflète ce cœur en expansion, qui gémit dans les douleurs de l’enfantement au sein de toute la création, tout en aspirant à la plénitude de

la rédemption (Pas 3), nous désignant l’amour du Bien-Aimé, dont nous nous éloignons si souvent dans un monde désenchanté, « sans cœur ».

La deuxième triade nous met en relation avec le Mystère du Salut, offert et révélé en Jésus-Christ Cette triade peut être associée à la mission du FILS, qui vient nous apporter la vie en abondance. À cette étape du chemin, Jésus nous est présenté à travers ses choix et ses sentiments, nous révélant l’amour humain et divin de son Cœur Sacré (« son cœur »).

Ici aussi, une lecture trinitaire est possible :

Le Père, dans son amour infini, envoie son Fils unique pour accomplir la rédemption du genre humain (Pas 4), pardonnant nos péchés et nous ouvrant les portes du salut.

Le Fils vient à notre rencontre et nous invite à une relation d’amitié et de collaboration apostolique (Pas 5), interpellant notre liberté pour accueillir son appel et partager la vie avec Lui.

C’est l’Esprit Saint qui opère en nous une transformation intérieure, nous configurant au Christ et à ses sentiments (Pas 6), nous permettant d’être habités par Lui et par son style de vie et d’action

La troisième triade nous conduit à intégrer l’expérience chrétienne dans la vie quotidienne, animés par l’Esprit de Dieu C’est précisément l’ESPRIT SAINT qui nous rassemble comme « fils et filles dans le Fils » et nous constitue en communauté, reflet du lien relationnel intratrinitaire (« nos cœurs »).

Au sein de cette triade également, des références trinitaires peuvent être discernées:

Intégrer la volonté aimante du Père au cœur d’un monde blessé implique de participer au mystère pascal (Pas 7). L’obéissance de Jésus s’exprime à travers notre vie eucharistique: nous sommes rompus et partagés avec Lui, nous sommes son Corps Mystique Ainsi, le Père continue de nourrir le monde

C’est le Fils, Jésus Ressuscité, qui nous rend participants de sa mission de compassion dans la vie quotidienne (Pas 8), transformant nos critères et nos attitudes à partir de nos contextes particuliers

Enfin, l’action de l’Esprit Saint nous relie en un véritable réseau universel (Pas 9), unissant des charismes divers et nous mobilisant, par la prière et le service, pour répondre ensemble aux défis de l’humanité dans une mission commune

5. Déploiement de

la dynamique interne du

chemin

Nous présentons de manière schématique la dynamique interne de chaque pas, qui constitue le point de départ du pas : la question fondamentale qui met le cheminant en mouvement afin de recevoir la grâce ou le fruit qui lui est donné Nous présentons également, dans un second temps, la dynamique interne de chaque triade, en tant qu’axe transversal, qui découle du titre du pas et en déploie le sens.

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