terra cognita 39 | 2022

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Alliance de 26 organisations de lutte contre la pauvreté

Combattre la pauvreté et non les pauvres Annina Grob

La pauvreté en Suisse doit et peut être combattue. C’est ce qu’ont demandé, l’année dernière, 26 organisations de personnes concernées et d’organisations du domaine de la lutte et de la prévention contre la pauvreté. Selon AvenirSocial, l’Association professionnelle suisse du travail social, une garantie effective des moyens de subsistance, un meilleur accès à la formation et un renforcement du travail social constituent quelques-unes des mesures les plus importantes.

La pandémie de coronavirus a clairement mis en évidence l’existence d’inégalités et de lacunes dans le réseau de la protection sociale, et la réalité de la pauvreté en Suisse. Ainsi en 2020, environ 722 000 personnes (OFS, 2022) vivaient en dessous du seuil de pauvreté. C’est pourquoi une large alliance a présenté en mai 2021 son catalogue de revendications dans les domaines des moyens d’existence, de la formation et du travail social – dans l’espoir que la résolution et la volonté politique de lutter contre la pauvreté seraient renforcées par l’effet de la crise.

Des moyens d’existence dignes de ce nom Étant donné qu’un certain nombre de personnes touchées par la pauvreté ne font pas valoir leur droit à l’aide sociale, l’alliance a formulé des demandes dans ce domaine. En effet, comme le montre une étude du bureau BASS (2018) publiée début 2019, actuellement le montant de l’aide sociale en vigueur dédié aux besoins de base est trop bas d’environ 100 francs. Une personne bénéficiant de l’aide sociale doit vivre avec des moyens extrêmement limités. Il faut également prendre en considération qu’environ deux tiers des 270 000 bénéficiaires de l’aide sociale en Suisse sont soit des enfants, soit des familles monoparentales et/ou ne peuvent pas être intégrés dans le marché du travail primaire, en raison de leur situation de vie. À cela s’ajoute le fait que les femmes sont exposées à un risque de pauvreté nettement plus élevé que les hommes.

Ainsi, l’alliance a demandé que l’aide sociale ne soit pas seulement améliorée ponctuellement, mais qu’elle soit globalement conçue de façon à permettre de vivre dignement et à couvrir les besoins vitaux. Aujourd’hui, il n’y a pas de dispositions légales contraignantes à l’échelle du pays – la manière dont les prestations d’aide sociale sont organisées est fonction du lieu de résidence. L’alliance a donc plaidé en faveur d’une législation nationale garantissant le droit au soutien dans les situations de détresse. Cela va de pair avec la revendication de l’adaptation des besoins de base aux taux des prestations complémentaires, la suppression des mesures disciplinaires telles que les minorations, l’obligation de remboursement et le faible montant de la fortune librement disponible, l’ancrage d’un conseil juridique indépendant, ainsi que des prestations complémentaires pour les familles. En ce qui concerne spécifiquement la population migrante, l’alliance a demandé que l’obligation de déclaration de perception de l’aide sociale aux offices de l’immigration soit abrogée.

L’éducation, clé d’une vie autonome Environ la moitié des personnes bénéficiant de l’aide sociale n’a pas de certification professionnelle formelle. Une personne sur trois éprouve des difficultés relatives aux compétences de base (Programme national contre la pauvreté 2, 2018), c’est-à-dire qu’elle est confrontée à des défis en matière de lecture, d’écriture, d’expression orale, en mathématiques ou face aux technologies