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Point Triple


un lieu un parcours un ĂŠvĂŠnement


Sommaire

Introduction Lieu-Commun // un lieu L’espace public // un parcours BBB centre d’art // un événement Les artistes Remerciements

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Point Triple

Le « point triple », en sciences, est le point de coexistence des trois états ; solide, liquide et gazeux. Aussi, ce choix de nom pour notre projet d’expositions n’est pas anodin. Tout d’abord, parce que cette exposition des diplômées de la promotion 2015 de l’institut supérieur des arts de Toulouse est une rencontre entre trois options : art, design et design graphique. Au sein de l’école, ces options se côtoient mais se rencontrent peu. Nos travaux témoignent d’une diversité d’approches qui finalement interagissent sur un même territoire. Les formes s’organisent et viennent interroger, éprouver les frontières entre nos différentes disciplines. Ensuite, Point Triple est un projet qui prend place en trois lieux, questionnant ainsi différents formats d’expositions : celui de l’exposition dite conventionnelle à l’espace d’art contemporain Lieu-Commun, celui d’interventions ponctuelles dans l’espace urbain dans le quartier Bonnefoy, et celui d’une soirée événement au BBB centre d’art. Car s’il s’agit de présenter une diversité de pratiques, mais également de questionner les différents formats d’exposition qui, plus que de simples modalités, sont pour nous des médiums à part entière. Enfin, mélanger gaz, liquide et solide peut s’avérer périlleux. Trouver un équilibre entre ces trois états est parfois ardu, tensions et frictions peuvent se créer entre ces éléments foncièrement différents. Par souci d’équité et d’aspiration démocratique, nous avons fait le choix de ne pas intervenir dans la sélection des artistes ou de leurs travaux. La seule condition étant d’être de la promotion 2015 de l’isdaT et d’accepter de s’investir tout au long de ce projet qui durera quasiment un an. Issu d’un long travail d’échanges et de discussions, chacune des réunions et mises en espace a été pour nous l’occasion d’apprendre à nous connaître et à travailler ensemble. Nous avons choisi de vivre ces moments clés et privilégiés que sont ceux de l’accrochage sous la forme de workshops, afin de réfléchir le commissariat de l’exposition en collectivité et en collaboration avec Manuel Pomar, directeur artistique de Lieu-Commun et Cécile Poblon, directrice artistique du BBB centre d’art. Car si de l’étincelle peuvent subvenir accords comme désaccords, c’est là que se trouve sans doute toute la richesse de cette expérience. Confronter tant de visions, tant de points de vue et d’idées nous a amenées à nous dépasser, et à explorer des terrains nouveaux.

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Pour cette première exposition du projet Point triple, nous avons investi l’espace d’art contemporain Lieu-Commun. Ce format d’exposition dit conventionnel fut l’occasion pour nous treize de confronter nos regards, nos convergences et nos différentes approches autour de la question de l’exposition et des problématiques d’accrochage que soulève l’espace du premier étage de Lieu-Commun. Cette architecture de type industriel du quartier Bonnefoy est doté de poutres en métal qui compartimentent singulièrement l’espace des murs. Nous avons donc tâché de tirer avantage de cette contrainte en donnant à la fois le plus de visibilité possible aux travaux individuels de chacune des artistes tout en cherchant à les associer par l’utilisation de la surface au sol. Un lieu, c’est un espace, une architecture mais aussi et surtout une histoire et des rencontres. Ainsi, ces deux semaines d’accrochage/workshop furent l’occasion pour nous d’échanger nos idées avec plusieurs personnes gravitant dans le milieu de l’art. En plus du regard aiguisé de Manuel Pomar, nous avons eu l’occasion d’appréhender le travail de régie, de communication ou encore de médiation qui accompagne ce genre d’événement et que l’on oublie bien trop souvent de mentionner. À l’issue de ces deux semaines, les expérimentations ont laissé place à un vernissage mêlant installations, vidéos, photographies, peintures, éditions, performances et design d’objet.

Lieu-Commun // Un lieu

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Charlotte Caldier Et Pélagie chanta

2015 technique mixte, dimensions variables.

Rébecca Konforti Porte #14

2015 peinture à l’acrylique sur châssis, 80 ×  120 cm.

Oksana Halchak N° 56

2015 élastomère de silicone, bleu outremer, jaune de Hansa, appliquées manuellement, dimensions variables.

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Céline Lachaud Rue du Maltens Julie Saclier Sans Titre (Cent Ans)

2015 édition, impression numérique, dimensions variables.

2015 impression laser, dimensions variables.

Natalya Kebalo Autoportrait #28

2015 peinture à l’huile et à l’acrylique sur toile, 120 × 120 cm.

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Clélia Poirot Théière

2015 pièces en verre borosilicate et pâte autodurcissante blanche, dimensions variables.

Ninon Lemonnier Apprentissage: montagner 2014 — 2015 vidéo numérique, 20 minutes.

Alternative

2015 édition 132 pages, impression numérique, 17 × 24,5 cm.

Caroline Trautmann Les contes de Kiev 2015 impression numérique, 12 × 9 cm.

Julie Saclier Mine

2015 cartes de visite, impression laser, 5,5 × 8,5 cm.

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Soyi Lee Portrait de jeunesse II

2015 installation, quinze lunettes de toilettes, dimensions variables.


Céline Lachaud Jeux de restes Caroline Trautmann Atelier Mobile

2015 bois pyrogravé, matériaux divers, peinture acrylique, 3 × 20 × 45 cm.

2015 installation, métal, bois et mousse, cartes postales et tampons encreurs, 72 × 140 × 110cm.

Oksana Halchak N°52

2015 huile et résine époxy sur toile, appliquées à la main, fruit d’une réaction chimique, 100 × 100cm.

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Camille Blondel Genital panic Caroline Trautmann Territoires 2013 impression gravure, 42 × 30 cm.

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2015 installation vidéo, objets divers et édition, dimensions variables, durée de la vidéo 7,45 minutes.


Marjorie Potiron Presque la fin, presque, Acte II : le Radeau

2015 installation d’objets, matériaux divers, dimensions variables.

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Oksana Halchak N°51

2015 huile et résine époxy sur toile, appliquées à la main, fruit d’une réaction chimique, 100 × 100 cm.

Manifa N’Diaye What costume shall the poor girl wear ? 2015 photographies argentiques, dimensions variables.

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Julie Saclier Formica, variation 1

2015 neuf chaises en formica ; dimensions variables.


Rébecca Konforti Invasion

2015 installation de peintures, acrylique sur toile, formats mixtes.

Rébecca Konforti Alliance

2015 édition, impression numérique, 15 × 21 cm.

Natalya Kebalo Mon hymne national

2015 quatre vidéos numériques, 2 minutes chacune.

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20 h 00 : Clélia Poirot La petite pharmacie

2015 performance de design culinaire, 30 minutes. avec Maëva Atinault Marine Chaumelle

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21 h 00 : Marjorie Potiron Presque la fin, presque, Acte I 2015 pièce performative, matériaux divers, dimensions variables, durée variable, travail en cours. en collaboration avec Solène Caillebotte Manon Gorra Dan Lascar Lisa Hoffmann Karen Moreau Benoît Sanfourche

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21 h  40 : Camille Blondel Genital panic 2015 lecture, 7,45 minutes.

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Exposer un travail dans l’espace public, consiste avant tout à le sortir des lieux réservés à l’art et à le confronter directement au monde. Si la rue peut être synonyme d’interactivité entre le travail de l’artiste et ses habitants, l’espace public est avant tout un espace vivant où les objets qui y sont produits vont évoluer, s’altérer, et sont voués à disparaître. Questionnant ce terrain sur lequel l’art est de plus en plus souvent convoqué, l’une d’entre nous a choisi de s’y aventurer en proposant non pas des interventions isolées, mais un parcours menant le public de Lieu-Commun au BBB centre d’art.

L’espace public // Un parcours

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BBB centre d’art

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Éphémère est le parcours du marcheur, éphémère est ce qu’il voit : des poubelles amoncelées qui vont bientôt disparaître, un graff, un bâtiment... Dans la rue, le temps exerce son pouvoir.

L’incitation au parcours est pour moi une proposition laissée au regardeur, au promeneur, de se sentir disponible, d’exercer son propre pouvoir de perception. Il y a dans la déambulation, dans ce laisser-aller, cet abandon à la marche et au plaisir du déplacement. Traverser des espaces, jonchés de restes de vie quotidienne, des bouts, des traces d’actions anonymes, qui sont parfois des points de départ pour mes réalisations. Le réduit n’est pas l’inexistant, et le fragile peut persister.

Dans le parcours il y a un début et une fin, de Lieu-Commun jusqu’à la rue du Maltens, où se trouve un dessin, se fondant dans la masse d’un mur, une empreinte. Mais comme dans tous les voyages, c’est le parcours qui transfigure, plus que la finalité. Mes travaux sont là pour susciter l’interrogation, la curiosité, proposer au marcheur de se laisser surprendre par sa propre capacité d’interprétation, réactiver sa capacité à inventer le monde, à l’habiter, à le traverser. Laisser dans l’espace de la rue, dans l’espace public, des objets de curiosité, de réflexion.

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BBB centre d’art // Un événement

Pour la dernière partie de notre projet d’expositions, nous avons choisi un temps court, celui d’une soirée, au BBB centre d’art. Plus qu’une exposition flash, il s’agit davantage pour nous d’interroger la notion de l’événement et de la place qu’il occupe au sein du milieu de l’art. Ainsi, certaines artistes ont choisi de travailler sur ce format d’exposition en présentant des travaux qui réaffirment, repoussent, ou encore achèvent les propositions qu’elles ont pu faire à Lieu-Commun. La différence majeure entre ces deux propositions est liée à l’espace mais également au temps. La temporalité joue un rôle clé dans l’appréhension d’une exposition. Tandis que nos réflexions à Lieu-Commun portent beaucoup sur les questions liées à l’accrochage et au rapprochement des formes, ici, l’essentiel du travail est résumé dans la question de l’éphémère et de l’instantanéité. Nous présenterons principalement des actions et performances limitées dans le temps mais aussi un espace qui évolue et se modifie au fur et à mesure de la soirée. À l’heure où nous rédigeons ce catalogue chers lecteurs, l’événement Point Triple ne s’est pas encore déroulé puisque son lancement aura lieu le 14 janvier, il nous sera donc difficile d’en parler. Sachez néanmoins que nous réitérerons cette expérience d’accrochage/workshop sous l’œil attentif de Cécile Poblon et de tous ses collaborateurs du BBB centre d’art. Ainsi, une question se pose : comment retranscrire une soirée événement dans un catalogue d’exposition et de surcroît quand cette dite soirée est à venir ? Pour répondre à cette question et ne pas trahir le secret, les artistes ont accepté de donner quelques indices concernant leur projet dans ce catalogue, une sorte d’avant-goût de cette soirée. Nous ne vous laisserons pas sur votre faim, car depuis la naissance de ce projet, nous avons mis en place un tumblr pour permettre à tous de suivre le journal de nos avancées. Rendez-vous sur  point-triple.tumblr.com

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Oksana Halchak N°57

2015 élastomère de silicone, bleu outremer, pourpre de cadmium, dimensions variables.

21 h 30 : Charlotte Caldier, Rébecca Konforti et Emmanuelle Tornéro Sans titre

2016 installation de peinture murale, tissus et son, dimensions et durée variables.

2o h 40 : Soyi Lee l'Éden

2016 performance, dimensions variables.

Clélia Poirot Artifices

2016 clous et crackers, dimensions variables.

19 h 45 : Marjorie Potiron Panic Room 22 h 10 : Manifa N’Diaye #lesbelles

2016 performance avec Mika Rambar, Antoine Du Cæur, Jules Du Cæur et Jaba La Hot et vidéo par Fluor ; durée variable.

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2016 installation performative, matériaux divers, 2805 × 713 cm. en collaboration avec Solène Caillebotte, Anna Mollière et Lisa Hoffmann.


Natalya Kebalo Blanc

2015 vidéo-projection, 58 × 58cm.

20 h 10 : Julie Saclier Trajet 2016 lecture, 4,13 minutes.

20 h 20 : Camille Blondel Sans titre

2013 performance, dimensions et durée variables.

Genital panic

2013 son, 7,08 minutes en boucle.

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Les artistes

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#1 Pièces à conviction N°6, 2013 Un soutien-gorge noir, objet d’une série de six scellés, dimensions variables. #2 06.58.88.43.91, 2015 Affiche papier, dimensions variables. #3 Sans titre, 2015 Installation, structure en bois, objets, textes, dimensions variables. #4 Sans titre, 2014 Protocole de performance en papier, 29,7 × 42 cm.

Camille Blondel

née en 1989 vit et travaille à Lorient camilleblondel.wix.com/camille-blondel

La performance signifie pour Camille Blondel un acte du corps qui ne représente pas une chose mais, qui vit avant tout directement un instant. Elle crée du jeu avec le voyant agissant. Elle joue avec les autres par le corps à poil. Camille souhaite partager ses expériences intimes, comme la première expérience de l’amour. Or, elle n’oblige pas le spectateur à la toucher, à lui raconter ses expériences intimes, car elle s’en tient à s’ouvrir elle-même aux autres. Son corps est cependant voyant en même temps qu’étant-vu – il est objet et sujet, l’artiste ne se cède pas au voyeurisme des spectateurs. Voilà le jeu interactif, dialectique, fantastique. Si, sous le risque de la critique féministe et de la censure – elle fut déjà censurée trois fois – , elle continue à dialoguer, jouer avec le spectateur. Ce qu’elle veut tout d’abord c’est communiquer avec les autres. Ensuite elle veut se montrer par la nudité en tant que telle, montrer son authenticité, sa sincérité aux autres. Sa vérité.

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#1 #2 Voyage sur la planète, 2015 tissu, branche d’arbre, texte, dimensions variables. #3 Au bout du monde, 2014 parapluies, seize biographies, dimensions variables.

Soyi Lee

née en 1986 vit et travaille à Angers leesoyi.com

À travers plusieurs essais concernant des formes possibles de l’espace, Soyi Lee a l’intention d’inviter ou plutôt d’inciter le spectateur à jouer, à vivre l’instant présent, à éprouver la mémoire rendue présente à travers le corps. Ses travaux consistent à mettre le corps du spectateur en action et à transformer l’espace par cette intervention même du corps. Si le corps est le moyen le plus direct de vivre un instant pour cette artiste, l’espace est toujours modulable par l’intention ou par le vécu des spectateurs incorporés – l’espace existentiel, mémorial, et politique. La forme enfantine ou dramatique facilite ou attire le regard des passants, et ce pour les faire intervenir, et aussitôt leur montrer la profondeur cachée sous l’apparence spectaculaire. Cette ironie consiste à faire voir ce que l’on oublie d’ordinaire autour de nous.

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#1 Porte #1, 2014 acrylique sur toile, 120 × 80 cm. #2 Porte #10, 2015 acrylique sur toile, 120 × 70 cm.

Rébecca Konforti

née en 1987 vit et travaille entre Toulouse et Paris rebeccakonforti.tumblr.com

#3 Porte #4, 2014 acrylique sur toile, 140 × 80 cm. #4 Porte #9, #10, #11, 2015 Vue d’accrochage, isdaT.

En décontextualisant les images, donc en les isolant du cadre de la réalité, Rébecca Konforti invite le spectateur à leur donner une nouvelle signification, en créant un espace imaginaire et subjectif. Avec l’intention de regarder toutes les images sans tenir compte de la manière dont on les hiérarchise ordinairement, elle les épure au maximum pour faire ressortir leur potentiel trop souvent négligé. Notamment en détournant certains codes par le biais de la bande dessinée ou du cinéma. Elle maintient une tension entre l’art abstrait et figuratif pour permettre au spectateur de créer son propre espace subjectif en s’appuyant sur son vécu. Ce choix est une sorte de positionnement « politique », c’est-à-dire qu’il n’y a pas un art meilleur qu’un autre, aujourd’hui que nous sommes dans l’ère du post-modernisme, du montage et mixage.

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#1 #2 #3 Sans-titre, 2015 photographies argentique, dimensions variables

Manifa N’Diaye

née en 1988 vit et travaille à Toulouse manifandiaye.com

Avec ses photographies réalisées auprès de personnes appartenant à des communautés souvent jugées « marginales », telles que les jeunes filles cosplayers et lolitas, ou les queer genderfuck, Manifa N’Diaye pose une problématique double. D’une part, qu’est-ce qui se cache sous ces vêtements extravagants et, d’autre part, en tant que photographe, quel degré d’intimité entretenir avec l’autre pour parvenir à capter de manière juste des instants de son auto-mise en scène publique, aussi bien que des instants plus intimes de la vie quotidienne et privée ? C’est là-dessus que repose sa position de photographe par rapport à ses modèles, ainsi que sa captation de ce qui fait leur identité. Sous les vêtements extravagants, elle voit l’effort que font ces personnes pour incarner leur modèle idéal, qui n’est pourtant jamais tout à fait atteint, puis le retour à la banalité de leur quotidien, un quotidien routinier tel que nous pouvons tous en faire l’expérience. Afin de parvenir à capter ce qui nous lie au quotidien de ces personnalités aux identités fortes, elle n’hésite pas à passer du temps avec elles – elle passe ainsi neuf mois avec la communauté genderfuck toulousaine. Elle présente lors de l’exposition une sélection de photographies prises dans l’intimité des appartements de jeunes queers toulousains, cherchant à convier quelque chose de ce qui se cache sous la surface de leurs apparences. Par ce biais, elle nous invite finalement à contempler ce que nous cachons nousmêmes sous notre propre masque social.

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#1 n°41, 2014 élastomère de silicone appliqué à la main, il n’est pas interdit au public de le toucher le temps de l’exposition, dimensions variables, Je et nous dans l’exposition Brücke im Dschungel, Kunsthalle am Hamburger Platz, Berlin. #2 n°45, 2015 intervention in situ, gouache, papier, dimensions variables, isdaT, Toulouse. #3 n°44, 2014 installation, copeaux de duraluminium sur le sol, pouvant être foulés par le public et produisant du son et des odeurs, dimensions variables, isdaT, Toulouse. #4 n°43, 2015 intervention in situ, silicone sur les murs porteurs de la galerie, appliqué à la main, peut être touché par le public, dimensions variables, isdaT, Toulouse.

Oksana Halchak

née en 1986 vit et travaille à Toulouse oksanahalchak.com

Questionnant la forme possible et virtuelle de la peinture, Oksana Halchak s’efforce d’élargir la notion de peinture et du spectateur. Le spectateur ne contemple plus la peinture à distance, mais il se sert de son corps tout entier, de telle manière que la peinture n’est plus seulement visible à l’œil mais intersensorielle – et notamment touchable. D’autre part, ses travaux mettent la peinture dans une limite temporelle et spatiale, pour ne pas laisser l’œuvre éternelle, mais in situ. La peinture se transforme ainsi tantôt par l’effet autonome physico-chimique, tantôt par l’action de toucher du spectateur. À l’occasion de l’exposition des diplômées de 2015, elle traite un sujet dont elle n’a jamais parlé par le biais de la peinture : la situation de son pays. Elle expérimente et nous parle pour la première fois de la situation géopolitique de l’Ukraine par ce médium.

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#1 #2 Apprentissage : montagner 2014—2015 vidéo numérique, 20 minutes. #3 La cabane, Esparron-la-Bâtie, Alpes de Haute-Provence, octobre 2014, 2015 Tirage digigraphique sur papier mat, 60 × 75cm. #4 Alternative 2015 édition 132 pages, impression numérique, 17 × 24,5cm. #5 La Coste, Esparron-la-Bâtie, Alpes de Haute-Provence, mai 2015, 2015 Tirage digigraphique sur papier mat, 60 × 75cm.

Ninon Lemonnier

née en 1989 vit et travaille à Toulouse toujoursnon.com

Ninon Lemonnier travaille principalement sur la question de la vie paysanne, laquelle est oubliée aujourd’hui malgré son importance historique – quatre-vingts pourcent de nos ancêtres étaient paysans. Elle a photographié, interviewé, échangé une correspondance épistolaire avec Florine, une jeune femme qui a volontairement fait le choix de devenir paysanne en Ariège après un diplôme de master en Droit environnemental, une vie totalement citadine et quelques expériences professionnelles en ville. Les travaux de Ninon consistent alors à nous montrer la vie de Florine en Ariège et dans les Alpes de Haute-Provence. Et ainsi, ce que nous tous ressentons tacitement dans nos vies urbaines. L’artiste se pose aussi une des questions cruciales, autant de la photographie comme de notre vie : comment entrer dans l’espace intime de quelqu’un et le restituer sans trahir ? La photographie, la vidéo et l’écrit que l’on voit dans cette exposition ne sont pas donc seulement la monstration de la vie paysanne de Florine, mais aussi une tentative de réponse à cette question concernant le rapport humain.

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#1 #2 Tripalium, 2015 trois poutres de bois, 120 × 210 cm. #3 Sans titre (Mikado), 2015 mikado de 50 cm, lampe baladeuse, crochet, dimensions variables. #4 Materia (détail), 2015 impression laser, 38 pages, 27,7 × 21,3 cm, support : 30 × 400 × 130 cm.

Julie Saclier

née en 1990 vit et travaille à Toulouse juliesaclier.fr

#5 Vie/Travail, 2015 sept mètres, crayon HB, dimensions variables.

Par l’installation et la performance, Julie Saclier montre la mémoire des ouvriers, sans se limiter aux grands événements historiques. Celle-ci est d’une part plus concrète, et d’autre part moins littéraire que l’histoire écrite. Si elle collectionne, cherche et fouille avec l’aide de sa famille ou de ses proches dans diverses archives et histoires, elle tente toujours de prendre de la distance, par une approche sociologique ou lyrique, afin de préserver une forme d’authenticité. Julie s’efforce de transmettre, de raconter la vie concrète des ouvriers en évoquant au spectateur le souvenir que celui-ci n’a peut-être pas vécu. Nous sommes, ici, convoqués du regard, au passé ouvrier, ce qui fait naître, en chacun, des sentiments variables.

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#1 Autoportrait#24, maquette 2, 2014 MUR#14, isdaT, Toulouse, impression laser, 250 × 250cm. #2 Autoportrait#25, 2014 huile et acrylique sur toile, 110 × 110cm. #3 Autoportrait#25, affiche 1, 2014 Je et nous dans l’exposition Brücke im Dschungel, Kunsthalle, Berlin, impression laser, 200 × 200cm. #4 Autoportrait#27, 2015 huile et acrylique sur toile, 130 × 130cm. #5 Autoportrait#28, 2015 huile et acrylique sur toile, 120 × 120cm.

Se posant des questions sur son identité et sur la culture de notre génération, Natalya Kebalo, jeune femme ukrainienne, peint son autoportrait de manière ironique, à double sens. Tout d’abord elle exprime la pensée imposée par la société, celle qu’elle n’accepte pas. La problématique entre l’identité et le genre ne peut alors se dissocier : elle peint avec les couleurs et les formes que l’on associe à la féminité. Elle se peint à l’aide d’une image numérique retouchée, qui est rapportée aux dimensions de la toile, créant de la sorte une peinture numérique. Et comme elle se peint en regardant une image numérique, elle est encore ironique : il s’agit de son autoportrait, ce qui insinue qu’elle se positionne comme sujet. La tension ironique entre le sujet et l’objet, entre l’identité voulue et celle imposée, entre le réel et le fictif, domine ses travaux.

Natalya Kebalo

née en 1991 vit et travaille à Toulouse natalyakebalo.blogspot.fr

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#1 #3 L’escalier aux femmes, 2015 technique mixte, dimensions variables. #2 Rose imaginaire, 2014 technique mixte, dimensions variables.

Collectionneuse d’objets glânés ou d’outils, comme des pieds de tables ou des appâts de pêche artificiels, Charlotte Caldier crée une forme décorative construite en assemblant le fruit de ses collectes. Par cette pratique artistique, elle a l’intention d’une part, d’essayer de créer une forme décorative en soulignant la tension opposée entre le non-décoratif et le décoratif malgré le risque d’un certain échec. D’autre part elle interroge le sens du genre entre l’art et ce que l’on considère comme en dehors de ses frontières, en questionnant la décoration et le non-décoratif en art, qui restent des sujets laissés de côté. Pour elle, le décoratif a la signification artistique non pas de la beauté esthétique mais d’une réelle démarche de création avec des choses banales, brillantes et scintillantes.

Charlotte Caldier

née en 1989 vit et travaille à Toulouse charlotte.caldier@gmail.com

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#1 Théière, 2014 — 2015 Trois pièces en verre borosilicate, dimensions variables, partenariat avec la société Avitec de Colomiers. #2 Ébauches en pâte autodurcissante blanche, 2014 dimensions variables. #3 #4 Alicament, projet de fin d’étude Prendre soin, 2015 24 photographies d’aliments anti-cancer, tirages numériques 13 × 18cm. Ustensiles de cuisine. Recettes et protocoles associés. (Présentation de quatre plateaux repas – printemps été automne hiver– lors du diplôme.) #5 Croquis réalisé lors d’un stage dans les chu de Toulouse, février —  mars 2014 mine de plomb et encre sur papier.

Clélia Poirot

née en 1991 vit et travaille à Toulouse cleliapoirot.com

Le désir d’aider les personnes à guérir habite Clélia Poirot qui n’a de cesse de se demander comment faire autrement que le déjà-connu et pratiqué. Son but, aujourd’hui, serait de créer un environnement favorable et agréable aux patients hospitalisés afin d’améliorer les conditions de vie dans les instituts de soins. Il s’agit pour elle, par exemple avec son projet Alicament, de créer une nouvelle forme de repas en fonction des saisons et des lieux pour que les patients retrouvent le plaisir de manger malgré la maladie et leur cadre de vie. Chacun de ces projets se construit d’abord par un échange avec l’autre. En effet, pour elle, le designer doit travailler en étroite collaboration avec différents acteurs du projet tels que les artisans qui fabriqueront les pièces, mais aussi des personnes impliquées moins directement dans la fabrication, comme les praticiens des structures de soins. La recherche du designer consiste dans cette collaboration à acquérir de nouvelles connaissances enrichissantes pour son travail futur. À l’occasion de cette exposition, elle a pu, pendant le vernissage, mettre en scène l’effet placebo en proposant des aliments sous forme de médicaments pendant le buffet d’ouverture. Elle a travaillé aussi bien les couleurs, que les formes, les textures et la manière de les déguster.

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#1 #2 Élevation, 2014 impression numérique, 29,7 × 42 cm. #3 #4 Usure, 2015 impression numérique, 29,7 × 42 cm. #5 #6 Art et Architecture, 2015 impression numérique, 21 × 21 cm #7 Ce lieu s’est nommé... , 2015 vidéo, 4,30 minutes.

Céline Lachaud

née en 1989 vit et travaille à Toulouse celinelachaud.tumblr.com

#8 Élection municipale, Place du Capitole, Toulouse, 2014 boucle vidéo, 1,09 minutes.

En partant du principe que la ville est l’effet de l’accumulation historique, sociale, et politique, laquelle résulte de l’effort du « vivre ensemble », Céline Lachaud enregistre, au travers de ses parcours, des traces, des signes conventionnels, et les formes des bâtiments de la ville d’aujourd’hui. Elle extrait des images de la ville pour en reconstituer de nouvelles par lesquelles elle nous invite à nous questionner sur notre être dans la vie contemporaine, urbaine. Ses travaux se fondent donc sur la recherche de la ville, et ses mutations, et pose la question de la liberté individuelle – car cette liberté n’est possible que sous la condition du « vivre ensemble ».

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#1 #2 Atelier nomade, 2015 bois, métal, dimensions variables. #3 Maquettes pour Atelier nomade, 2015 balsa, dimensions variables. #4 Figurer, 2015 objets en bois, espace de parole en collaboration avec l’association Parle avec Elles, Toulouse quartier de la Reynerie. #5 Définir son habitat, 2014 impression numérique, 9 × 6cm. #6 Maquette quartier La Reynerie, Toulouse, 2015 médium, 85 × 85cm. #7 Transfo, 2015 mobilier urbain, métal et verre, dimensions variables. Les enfants de Tournefeuille exposent au Transfo leurs expérimentations inspirées des œuvres de Niki de Saint-Phalle.

Caroline Trautmann née en 1971 vit et travaille à Toulouse locusgenii.tumblr.com

En mettant en évidence le rôle social du designer, Caroline Trautmann souhaite que l’usager puisse prendre conscience de ses désirs, de ce qu’il sait implicitement, de l’exprimer. En nourrissant sa pratique au sein de plusieurs associations, elle se positionne ainsi en tant que médiateur entre l’usager et l’expert, entre les habitants et les institutions ou collectivités locales. Pour aider les usagers à formuler leurs désirs, elle crée des outils ludiques (jeu de cartes, marionnettes…), simples et manipulables. Elle met en place des espaces de parole, une méthode pour tenter de connaître les besoins et grâce à laquelle l’usager participe à l’amélioration de son environnement. Ce sont des espaces conviviaux qui facilitent la prise de parole des usagers. Lors de l’exposition des diplômées, elle a dessiné le mobilier de monstration et de consultation du collectif, et présente son Atelier Mobile, dispositif ambulant réalisé pour aller au devant des habitants et les questionner sur la notion du travail.

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#1 La Soupe, 2014 performance, durée variable. #2 #3 Ceci n’est pas, 2014 exposition en quatre parties, dimensions très variables #4 #5 Presque la fin, presque, 2015 Pièce performative (projet de diplôme), matériaux divers, durée 25 minutes.

Après avoir obtenu un dnap en art, et s’être réorientée en design, Marjorie Potiron démarre sa collaboration avec Lisa Hoffmann, en échange Erasmus à l’isdaT. Cette rencontre a changé sa manière de travailler. Création de l’espace, mise en scène théâtrale sont autant de prétextes pour communiquer avec les spectateurs qui seront appelés à y jouer de leur imagination. L’espace devient alors le lieu où l’événement temporel se crée : cet événement est lui-même à chaque instant le nouveau jeu comprenant la nouvelle règle, la nouvelle norme. LaboratoireS ne cesse ainsi d’être l’espace-en-devenir, de manière imprévisible, non pas accomplie mais à accomplir. En établissant une interaction avec les spectateurs dans l’espace se définissant entre le réel et la fiction, elles veulent questionner, faire questionner, créer avec les spectateurs le sens de la vie ordinaire, faire voir autrement tout ce qui existe autour de nous. Autrement dit, elles tentent de faire basculer la notion de vérité pour la poser d’une manière instable – en Devenir.

Marjorie Potiron

née en 1991 vit et travaille à Toulouse marjorie.potiron@gmail.com

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Remerciements Crédits images Nous remercions tous ceux qui nous ont aidées à mettre en place ce projet pour les textes critiques pour la médiation pour le catalogue

Seungwoo Jin Léa De Joantho Lisa Hoffmann

à la Mairie de Toulouse Adjoint à la Culture  Adjoint à l’Art Contemporain  Chargée de projets culturels 

Francis Grass Pierre Esplugas Vanessa Chien Chow Chine

à l’isdaT Directrice  Anne Dallant Directeur des études  David Mozziconacci Relations extérieures et Édition  Béatrice Méline Association des étudiants  Lennie Tarian Logistique  Patrick Delfaut à Lieu-Commun Direction artistique  Administration  Médiation  Communication  Régie 

Manuel Pomar Aurore Houlés Estelle Giron Marie-Alizée Tulli Laura Freeth

au BBB centre d’art Direction artistique Cécile Poblon Direction administrative Agnès Bonnet Direction des services publics Lucie Delepierre Régie des expositions  Julien Bonnard Responsable formation Stefania Meazza Plateforme ressource Pauline Grasset Partenariat et relations presse  Jeanne-Sophie Fort Médiation Lucie Mothe Accueil Marie Mourougaya Service civique Céline Abadie et Marion Mollard-Fuentes à IPN

Emmanuel Jaudard

la société Acam Jean-Claude Pozzar

À l’exception des pages mentionnées ci-dessous, toutes les photographies sont de Ninon Lemonnier. Les images du chapitre Les Artistes sont la propriété de chaque artiste, sauf mentions contraires. [p28-29] : fig.1, fig.2, fig.6 : Marine Bourlois [p32-35] : Céline Lachaud [p36] : DR [p38] fig.1 : Franck Alix [p39] fig.3 : DR [p46] #1, #2 #3: Franck Alix [p56] #1, #2, #4 : Franck Alix [p60] #1, #3 : Franck Alix [p60] #2 : Liis Lillo [p62] #3 : Franck Alix [p66-67] #3, #6 : Franck Alix [p68] #4, #5 : Franck Alix [p68] #1 : DR

Colophon Conception graphique de Lisa Hoffmann. Composé en Corundum, du Darden Studio. point-triple.tumblr.com point-triple@outlook.fr Achevé d’imprimer à Toulouse, sur les presses de Reprint / Parchemins du Midi, janvier 2016. Tiré à 75 exemplaires. Tous droits de reproduction réservés. Les auteurs, les photographes, les artistes et Point Triple, 2015 — 2016.

ainsi que nos KissKissBankers  Catherine Bonnerot, Jeanne Bordreuil, Marie Bregeon, Nathalie Bruyère, Sophie Buys, Michel Carrere, Loran Chourrau, Joëlle Couget, Sophie Didier, Aurélie Dovil, Michelle Duffau, Lola Fontanié, Antoine et Martine Garcia, Pyrène Garcia-Delesalle, Margaux Gilet, Nathalie Guyon, Guillaume Henriet, Bruno et Dominique Huet, Eloïse Jamme, Seungwoo Jin, Alain Lachaud, Éric Lebreton, Yves Le Douarin, Florian Lefebvre, Margot Lefèvre, Sophie Liados, Marie-Madeleine Mangold, Yannick Meric, Julien Nicolas, Émeline Peccoux, Manuel Pomar, Patricia Potiron, Bernadette Saclier, Charles Tassin, Maurin Trautmann, Raphaël Vallauri. enfin, nos performeurs et nos collaborateurs pour leur présence et leur temps  Solène Caillebotte, Anna Mollière, Benoît Sanfourche, Manon Gorra, Dan Lascar, Karen Moreau, Lisa Hoffmann, Mika Rambar, Jules Du Cœur, Fluor, Antoine Du Cœur, Jaba la Hot, Maëva Atinault, Marine Chaumelle et Emmanuelle Tornéro.

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Point Triple, le catalogue  

Voici la version en ligne du catalogue du projet Point Triple, réunissant treize artistes diplômées de l'institut supérieur des arts de Toul...

Point Triple, le catalogue  

Voici la version en ligne du catalogue du projet Point Triple, réunissant treize artistes diplômées de l'institut supérieur des arts de Toul...

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