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POÉSIEMUZIKETC

LA REVUE

Numéro 0


édito Pour fêter les 8 ans d’existence de Poésiemuziketc nous avons lancé un appel à textes autour de demain. Le thème choisi est difficile car il fait référence à des choses quotidiennes et banales, trop peut-être pour en faire un poème. Nous pensons que la poésie a pour « vocation » d’éclairer le monde, qu’elle demande une distance au réel et un imaginaire qui va hors des sentiers battus. C’est donc un pari pour nous, un pari pour les auteurs. Nous pensons aussi demain comme une possibilité d’explorer notre sentiment de vulnérabilité. Nous nous murmurons enfin que la poésie peut assumer cette part vulnérable sans tomber dans des images toutes faites, une langue singulière qui donne du sens à ce qui n’en a pas. Numéro zéro de POÉSIEMUZIKETC LA REVUE comme le kilomètre zéro d’où partent les routes et les poèmes qui sont présents ici, allant vers de multiples directions pour apporter leur propre horizon : un « demain » Mais n’attendez pas demain pour lire ce que vous pouvez lire aujourd’hui etc ?


SOMMAIRE

Laurence Werner Paul konstantin Delphine Burnod Cédric Merland Dominique Mans Romain Candusso Laura Lutard Lo Moulis Anna Maria Celli Yve Bressande SNG/Natacha Guiller Thomas Pourchayre Perle Vallen Philippe Sarr Aurélie Delcros Fabien Sanchez Elis Podnar Octave Catasta Maxence Saint-Vahl Antoine Leprette Nixie Wilde David Nadeau Laïti Ndiaye Christophe Bregaint

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 26

Nour Philippe Labaune Mirlö Serge Delaive Ludivine Joinot Philippe Leuckx Sandy Dard Patrice Maltaverne Laure Cambau Damien Paisant Lydia Padellec Jos Garnier Valérie Canat de Chisy Jacques Cauda Sophie Brassart Iocasta Huppen Miguel Angel Real Marie-José Pascal Jean-Christophe Stauder Carole Manceau Fabien Leriche Anne-Lise Blanchard

27 28 29 30 31 32 33 34 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49


« Pour les hommes du monde, le lendemain est un jour d'espoir et de crainte : demain, je n'aurais plus mal, demain il faudra payer, demain le soleil peut-être, ou demain l'hiver... Pour les habitants de l'Ile la crainte a disparu. Demain personne ne manquera de rien, personne n'aura un jour de plus. »

(René Barjavel)


© Louis de Sailly


Laurence Werner

Dans la Vallée — extrait

III)

Trop d’années ont flétri l’attache qu’eux seuls retenaient au centre de l’effritement. Ils s’attachaient au monde calme des femmes nomades, à travers elles ils gagnaient l’impalpable pour obscurcir davantage l’impur. La nuit gelée prit le ravin ont-ils cru qu’une seule d’entre elles s’arrêterait ? Scintille une pluie extraordinaire, immobile. Leur silence, le même qui au temps de son pouvoir fécond brisait le père, laisse pénétrer le désir dont il rêva toujours la profondeur.

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Paul Konstantin

A L’INTERSECTION DES MULTIPLES ÉMOTIFS Je suis à un certain endroit intérieur. Comme un centre, comme on dit. Comme un moi. Comme un moi-même. Ce point je le vois comme une intersection. Je vois tous les départs possibles. Parfois je prends une direction. Je la goûte. Je pousse mes billes par là. Et après il y a un doute, plusieurs doutes. Comme si les autres directions m’en voulaient de ne pas les avoir prises. Et ça fait mal. Une douleur. Alors je reviens et je repars. Et je sais bien que le point de départ est sans cesse déplacé par chacun de mes déplacements/choix. Ces changements de directions me rendent hésitant. Je le sais bien. Dur d’investir une possibilité quand le doute est si présent. Et donc les signaux que j’émets paraissent, semble-t-il, faible pour un œil extérieur. Et je ne me sens pas compris. C’est embêtant. J’y suis seul. En fait personne ne peut me suivre. Mes revirements incessants me rendent imprévisibles.

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Delphine Burnod

Demain le chaos s’Êlargira et dans ses interstices le choix enfin

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Cédric Merland

Peut-être les océans finiront-ils par oublier la ligne argentée de l'horizon plus tard ils empliront notre sommeil les fleurs évanouies retrouveront leurs ombres les heures descendues jusqu'à toi

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Dominique Mans

A tous les azerty D'autres pages viendront-elles s'ouvrir aux mots imprévus restera-t-il des azerty à mettre en ordre des conjugaisons à bousculer des virgules à avaler des syntaxes à redresser jusqu'à donner du sens à tous ces empilements infinis de textes en devenir ?

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Romain Candusso

Béant dans le vide, projeté entre futur et présent, un futur sans présent, un jour sans avenir, une harmonique arrachée au corps de ce jour, demain c’était, toujours c’était à remettre à demain et demain s’est démis du temps n’est un plus lieu sauf nous nous approchons de ce lieu du temps sans date en ces temps où l’inaction est un risque, où l’insensé des jours fait signe, murs nus, gravats sur le sol et fenêtres cassées, comme d’une résistance des idéaux qui tiennent contre ce qui veut nous crever les yeux, le risque de nos découragements et de notre légèreté ; j’en ai plein le corps de ce temps projeté et jamais retombé, lui l’invécu, le sur-vécu, le survivant que j’essaie de remettre à maintenant, en main propre, de transmettre contre

le temps usiné et quadrillé. Demain n’aura pas lieu sauf aujourd’hui poussé du corps croissant.

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Laura Lutard

Griffer jusqu’aux flammes Les typographies administratives Du brasier ardent de vos lois S’engorger d’un combustible voyageur Assembler les mutilations En robe de dentelles Sans sexes À exhiber sur le bitume terres battues et marécages Que les fureurs se mettent en boule Et que la partie commence

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Lo Moulis

à plat ventre sous la terre traverser le mutisme du temps sur un lit vieux et pâle allongée sur des miroirs ou sur un coussin blanc ni dehors ni dedans un nuage sur les draps qui s’obstinent ils sommeilleront dans une alcôve de silence les spectres les polaroids les photos pliées perdus sous les cendres

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Anna Maria Celli

Nous recommencer C’était comme naître Le passé pour avenir

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Yve Bressande

En couleurs Passer du temps devant un écran blanc avec dans la tête l'idée d'écrire un poème lever les yeux voir du vert du rouge des feuilles & des roses éteindre l'écran sortir sentir les roses écouter les feuilles bruisser vivre le poème en couleurs

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SNG / Natacha Guiller

Fallait pas partir trop loin, le tronc commun, la famille, la valoche lyophilisée, pour pas se faire haïr par un côtoyeur des transports, fallait pas prévoir un colloque ou un enterrement de province, fallait pas être convoqué.e au barreau. Fallait savoir conduire à trottinette, en monocycle ou marcher dans des chaussures de ville, fallait savoir rester tranquille et mobile dans une rame de gens debout. Fallait savoir soupirer dans sa tête et fermer sa gueule quand un manifeste vous démange, chatter avec une septuagénaire. Fallait maigrir un poil pour loger son sac à dos, ne pas faire d'allergies aux déos bon marché, fallait pas être autiste ou claustro ou malade trophoblastique gestationnelle, fallait savoir respirer par la bouche ou le nez selon le contexte. Fallait pas se fier aux orientations et diseuses de bonne aventure, fallait pas avoir peur du temps écoulé et en retard, en cortège ou l'éloge de la lenteur, fallait supporter les odeurs de traîne, de statuts, de stress, de rigolade. Fallait être léger et NOPANIC, baroudeurcitadine, patient et plus optimiste que par ailleurs. Fallait prévoir large et pas passer date, outre, aimer les danses de foules, fallait kiffer le bruit, la proclamation épiphanique, fallait kiffer les gens, même ceux qui les gouvernent, pour pas péter une durite. Par temps de grève

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Š Damien Paisant

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Thomas Pourchayre

Je ne sais pas si je serai prêt Je ne sais pas j'ai fait des scoubidous avec mes lacets une couverture pour le chien de ma veste des porte-cerises de mes oreilles et un roulé au cornichon de ma langue je ne sais pas si je serai prêt ça se pourrait un faux départ l’arbitre qui oublierait son sifflet toutes les haies qui rappliqueraient au pied des starting-blocks et en pile dans un kiosque à côté des journaux aux unes blanches nous le sifflet coupé sur le paillasson on procrastinerait déjà le jour du lendemain je les attends depuis quand ces unes blanches leur avalanche de titraille aphone le prix la date le tirage pour faire parler un peu et à demain

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Perle Vallen

Reset Il y a celui que tu étais. Celui-ci a prétendu et prétend toujours être. Celuici existe encore quelque part, demain. Celui-ci a vu ses digues se hisser plus haut. Le plâtre s'est effrité sur tes propres fondations. Il faut rebâtir sur tes décombres, sur l'aplat des ruines. Tracer, tisser, décentrer, se positionner sur le côté, évaluer la bonne distance entre soi et les autres. Tenter le geste, l'approche, l'impossible chemin pour toucher. Piocher dans les gravats ce qui reste de fleurs. Des pensées encombrées il restera l'appui et la valeur du temps, ce qui ronge de l'intérieur et ce qui disparaît peu à peu. Il restera ce qu'il faut pour faire de la place à l'essentiel. Comme l'entrée du soleil dans le corps.

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Philippe Sarr DEMAIN… Est :

Une aube Un trou noir une pendule un paquet d’ondes Un pulsar un logarithme une projection Une idée un songe une éclipse une altération Est au présent ce que dieu est à l’homme N’est pas :

Une certitude une évidence un compromis Un prolongement un sauf conduit une condition

un deuil une assignation

N’est pas à lui-même ce que le diable est à l’homme Est/n’est pas :

Dedans/dehors dense/clairsemé unique/pluriel acté/non acté long/bref Est, n’est pas à lui-même ce que Vérité est à l’homme A:

Des idées fixes des obsessions des intuitions des craintes Des indicateurs des soubresauts Ce qui serait top N’a pas :

De passé

d’avenir D’yeux

d’odeur d’oreilles

de musicalité

(Autrement ça se sentirait et s’entendrait) A/n’a pas :

D’heure

de sens De substance

de mémoire d’essence

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Aurélie Delcros

Le grand renviergement C’est le temps du grand renviergement La forêt reprend son droit azur

la lumière sa frayeur

le ciel sa nuit et son

L’abeille son rayon le canard sa diète les branches leur courbure Les fourrés goûtent leur croissance l’animal la multitude des paysages Le sol approfondit son silence l’esprit sa tranquillité l’insecte ses métamorphoses La terre son désordre prospère La gratuité s’ébat comme un miracle et la terre digère les outils de l’homme avec leur minerai Le temps retrouve son indépendance le lapin son tarmac la forêt ses essences Et l’homme son accointance aux plantes aux animaux aux cailloux Le pesticide rentre au bidon le gravier à son lit le fleuve à ses méandres Et l’homme pour un temps renonce à ses gestes sa bouche se nourrit de ce qu’elle peut atteindre Nomade respectable il salue l’humus dans un battement profond et retrouve la patience du lointain

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Fabien Sanchez

Je suis une ombre fuie que la fuite aide à vivre. Je ne trouve pas les mots pour. Eux souvent m’ont trouvé. Je leur sais gré pour le dépassement spirituel et terrestre et que monte au ciel des villes ce que je ne peux plus contenir dans ce corps devenu fol qui espère une âme qui vive ; et son envol, - l’enfant ! Ce sont toujours les mêmes histoires que je prise. Celles où la chambre solitaire d’un hôtel délimite l’errance. Mais aussi les taxis la nuit, le silence des églises, les cafés aux timides lueurs la foule des vivants sur les grands boulevards ; que prolonge celle des morts… 17


Elis Podnar

demain

mes lettres vont te rejoindre sur teintes ĂŠblouissantes de pourpre et de vert au-delĂ des rangĂŠes des tamariniers sans fin

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Octave Catasta

Nous gravirons encore D’autres montagnes indociles Cachant nos visages Ne laissant que nos yeux Annoncer le désarroi Des temps nouveaux Nous apprendrons alors A marcher côte à côte Sans nous prendre les mains Et seulement le courage Pour nous tenir De lien

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Maxence Saint-Vahl

Ma jeunesse violente Dans un éclair me fait entrevoir Les nuits éclatantes de l’avenir Et l’architecture des bonheurs infinis Mon désir encore mal formé Comme une averse de feu Fait resplendir devant moi Des plaisirs douloureux Mais la mélancolie reine Doucement sur le présent Incline sa belle face Et ses paupières baissées Sur ma vie jettent leur ombre

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Antoine Leprette

C'est long, si long ! Il faut du temps pour aller à demain C'est loin, si loin ! Et nous y sommes déjà. Et je me retourne. Demain est déjà hier Que s'est-il passé ? Je l'ai pourtant désiré demain Je l'ai tellement rêvé. Je l'entrevoyais dans mes nuits d'insomnie Je le vivais goulûment dans un présent sans fin Joyeusement Avec délice Avec jouissance Dans un présent déjà passé Demain ! Un autre jour Et la rose est froissée Que s'est-il passé ? On ne m'a pas expliqué.

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Nixie Wilde

Demain, je ne sais pas ce que je vais dire à mon fils Tu peux courir, tu peux rire, tu peux danser Tu peux toucher ? Tu peux serrer ? Tu peux embrasser ? Je ne sais pas, je ne sais pas mon fils Tu peux être heureux de retrouver la liberté, de retrouver le monde De retrouver du monde ? Autour de nous ? Leur souffle ? leurs mains ? A distance ! Ah oui ! C’est vrai mon fils, à distance. Tiens-toi à distance, loin, loin des autres Mais tu as dit : je peux courir, rire, danser A distance mon fils, A distance Maman, je veux la serrer, l’embrasser, je l’aime Oui mon fils à distance. Demain, je ne sais pas ce que je veux dire à mon fils Méfie-toi, sois prudent, raisonnable Demain je ne veux pas dire ça Demain je veux lui dire Aie confiance, aime de tout ton cœur, de tout ton corps, de tout ton souffle. Demain je vais lui dire : je ne sais pas, mon fils, je ne sais pas, je sais juste pour aujourd’hui.

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David Nadeau

LA PELLICULE QUI SUSPEND L’IMPOSSIBLE Les voyants stigmatisés par l'Horreur toute-puissante crèvent la pellicule qui suspend l'impossible, ardente dans son projet de fragmentation des sens, jusqu'à l'annulation d'une partie du vrai. Décomposition de l'aboutissement de la vie, la divine souillure est un baiser lointain perdu dans le labyrinthe de la mort symétrique. J'ai goûté à la brise qui déchiquette les sens, amas temporel figé dans le roc, glorifie le firmament qui m'étrangle. Les prophètes chancellent, fantômes déphasés. La sphère se dévoile, Androgyne-hydrogène.

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Laïty Ndiaye

GENJUTSU dors La nuit nous avale comme promis Demain Quand tu rouvriras ces yeux tout humides Elle aura fini d'emporter le règne du vide ce vide aux sales tentacules ce vide à haleine pestilente

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Š CÊdric Merland

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Christophe Bregaint

Le bruit du jour n’est plus accessible aux sens bercés d’illusions Avant que ne se s’écoule une autre lumière déjà obsolète Faire des ronds dans le quotidien Avec quoi le remixer tant l’extérieur est hors de portée Pour l’instant une info non-essentielle circule en boucle Se coordonner à la longueur de la journée Pendant que les oiseaux volent libres Au-dessus de l’écorce terrestre on gratte un peu de répit à la constance du temps maton de nos vies simulatrices d’aubes en tout genre Demain Changera-t-il la donne

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Nour

Demain Et si demain faisait le tour du monde Gréait un peu son navire implacable Levait les heures Hissait les jours Bordait les ans L’ancre flirtant avec les goëlands Haute dans la mer comme les embruns – S’il s’en allait porter loin le temps sans-cœur S’il larguait les amarres les câbles De notre vie sur terre Et suspendait en mer notre peur si humaine De voir venir demain – S’il faisait échouer nos appréhensions Sur une île déserte Si demain était Robinson sans jamais revenir Si demain prenait le large nous laissant orphelins Des âges siècles délais Si en ses voiles soufflait l’avenir À son bord l’intuition de notre mort – Et si demain faisait le tour du monde

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Philippe Labaune

A d’main d’main partout dan’l’ mond’ d’main est un film d’main band’ et annonc’ d’main la stratégie du choc d’main un nouveau mond’ d’main la veill’ c’est pa’ d’main un phénomèn’ d’société d’main a dépassé d’main quoi qu’il en coût’ d’main du soir au matin d’main la politiqu’ l’ modèl’ l’ dév’lopp’ment d’main adverb’ et substantif d’main est un d’main des centain’s de milliers d’main une tragédie avant qu’ d’main comm’ avant soit passé vous avez tout d’main à la une d’main à la deux à la trois d’main l’espéranc’ déraisonnabl’ porté par d’main au jour l’ jour d’main tous les déchets d’main souhaitez-‐vous d’main on a cru d’main l’inversion d’une dynamiqu’ est née d’main d’cett’ volonté d’main la flambée d’un manifest’ après d’main et changer d’main tituber d’main la mondialisation heureus’ l’mond’ l’mond’ l’mond’ d’ d’main dégoupiller les machin’s infernal’s d’main les mains s’en mêl’nt un nouveau mond’ en march’ d’main s’est organisé d’main nous apport’ les solutions pour un mond’ meilleur d’main les contaminations d’main faudrait voir d’main plusieurs fois d’main est un événement super d’main incit’ à croir’ d’main la ruptur’ et d’main jusqu’à la prochain’ fin du mond’ d’main un’ impérieus’ politiqu’ du confin’ment d’main pressenti par l’espoir oh d’main oh nous oh d’main c’est une cartographie c’est jeudi d’main un’ fois d’plus d’main j’chang’ d’métier d’main j’s’rai d’main j’pars d’main j’pars d’main la dissolution des derniers foyers d’main j’me lèv’ d’ bonn’ heur’ d’main j’m’y d’main j’ travers’ d’main j’serai dans la rue pour d’main j’meurs j’ meurs oh j’meurs

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Mirlö

- La lune bleue ce coeur migrant je te le donne mon ami au-dessus des nuages au début des nuits folles où nos mains rétives cherchent encore le fond comme autant de stupeurs au corps de ce sein où l’âme est enceinte du monde

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Serge Delaive

L’avenir s’éloigne Il habite une ville merdique égarée dans les paysages bucoliques de l’Europe fanée n’importe où pas loin des cadavres postindustriels Il habite avec sa mère démente une ancienne maison typique pas loin des masures vaille que vaille un parc à mobile-homes aux pneus crevés où traînent ceux qui ont atterri là échoués entre violence et résignation Dans son jardin patiemment pas loin de la maison il a planté des allées de buissons traçant un labyrinthe compliqué aux quatre-vingt-neuf solutions qui parfois lui échappent Il habite une ville avachie morte un bar une échoppe un tatoueur où il boit achète et se fait tatouer subissant les conversations veules qui soulèvent sa poitrine La veille de son anniversaire il a marmonné pour personne

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Ludivine Joinnot

que diront nos mémoires des danses d'artifices aux lendemains du séisme que traceront nos troubles - souffles courts contre axe charnière sur la ligne médiane et nos spectres modulables sur bas-côté de route écartés éliminés au prix de vivre il nous faudra choisir d'autres murailles à fortifier

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Philippe Leuckx

Le mot appelle les mains pour que le temps advienne avec l'usage ouvert d'une lumière neuve il vous faudra choisir chaque vocable pour l'azur le hasard le don vous ne direz rien de ce qui fut fait vous a meurtri laissé opaque vous ne direz rien des blessures au coeur sachant le vent devant et l'espace déconfiné

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Sandy Dard

Voyages en suspens

Pour le Printemps de décembre Couronne à la mer

À la fenêtre du poème

J’achète des tomates en scaphandre En pénurie, hors de prix Un virus et des fourmis

Sans odeur ni saveur

La poudre de survie s’achète en pharmacie Les criquets ont tout envahi Ou quand inondations riment avec déforestation… Le poète vend ses œufs de calame Avec des hugs et une flamme Ce carpaccio de chauve-souris est infâme

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Patrice Maltaverne

LA MORT Demain La mort nous accompagne Ne l’oubliez plus Elle vous a assez prévenu Qui n’a pas été piqué Par son ombre Peut courir vite Il y a avant et après Et après c’est trop tard La douceur domestique Compose des tableaux Et des musiques avec Pour que les autres distinguent mieux À travers Cette tristesse invitée Même les rires sonnent autres Grâce à la mort Toutes les danses Ne sont pas macabres Dans la couleur des yeux Une buée s’éternise Qui vit en ce monde

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Š Marc Guillaumat

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Laure Cambau

IL Y A UN VERS DANS LA GRENADE « Il y a un verset dans la flamme »* que personne ne bouge ! Les derniers mots sont du dernier cri mais un babil gravé sur la pierre blanche ne suffira pas Il y a un ver dans la grenade Eve ne mangera pas nous sommes sauvés nous ne sommes pas dans l’histoire L’Histoire ? Un refuge pour lettres battues orchestre vide à dix doigts sous nos têtes brûlées orchestre vide rêve à cru Un conte pour endormir les enfants qui n’existent pas nous ne sommes pas nés la dernière pluie n’aura pas lieu il y a un ver dans la grenade. (*Francisco de Asis Fernandez)

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Damien Paisant

I) Glorifier son déclin Rider le vers de sa peau

Soleil noir II) Faire brèche dans la paroi Prier pour l’essoufflement profane Inspirer la ruine de se renouveler

Corps-citadelle III)

Signe en cascade C’est après l’abîme que son chiffre se lave des calculs qui le font naître

Cascade en signe

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Lydia Padellec

Caricature Est-ce ma faute si je suis tombé sur ce vieux journal daté de 2018 ? Le dessin m’a fait rire. Mon voisin m’a entendu et m’a dénoncé. J’ai bien tenté de cacher le papier. Je n’ai fait qu’aggraver mon cas. Le cyborg me l’a arraché des mains. Je me suis pris une décharge électrique. On peut y perdre une main, parfois un œil. Vous comprenez : vivre en harmonie suppose de ne pas déranger son voisin car la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

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Jos Garnier

vaste soufflerie serpentaire qui cogne aux nouvelles patrimoine estimé à des broutilles calculées sur le flanc blanc des arrière-mondes terriblement âcres sans pareille indéviable monotonie des sens advienne que saura l’urgence du soudé du mémorial aqueduc du parcheminé qui engendre tous les rythmes à plat son obsédant d’un quelconque souvenir transi colloque d’architecture amoindri ou bien ce ne serait que le mépris des passades vitreuses de belle manière que ce soit prendre la file d’attente d’un système disparu depuis l’orage en suspens sédimentation des coudées franches on sera vulnérable bien au-delà et même si l’efficace vision soliloque à tout vent étudie les patientes courbes extraites des bienfaisantes bulles d’outre-tombe gainées de pendules de chêne vert qui s’autodétruisent en cercle d’infamie rendez-vous à des heures flippées et chutes prévues pour un amoncellement dégradé ou dégradant sous la couche de sel gris les incessantes bordées de liberté se clament à hauteur d’insectes vérification possible sans aléa ni surprise dans cette recherche de ce qui s’est passé un risque d’oubli ou d’aveuglement peut-être une autre demande on est seul maintenant on se retrouvera absolument inaudible insoutenable certitude qui constitue cette ignorance du lendemain le moindre bruit de la prédation s’approprie la logique à savoir son devenir infondé nous n’avons pas le choix de l’erreur cette idée-là rend fou comment faire comment hésiter à soi-même nous murmurer la tragédie par compassion ne pas être né trop longtemps non-sens du tout il y a une bifurcation de désespoir vers des perspectives de renoncement est-on capable de supporter la force d’appétit de se protéger des spectres de rêver de ces choses-là l’arrachement ou la croyance de la raison s’accroche par séduction jusqu’à ce qu’enfin la vérité devienne petite histoire de vie

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Valérie Canat de Chizy

demain est le jour après la nuit demain un autre aujourd’hui l’éclosion des graines après les semailles juste cultiver la joie d’être le chat m’attendra devant la porte le soleil brillera ou bien il pleuvra demain n’est pas dans quinze jours on ne sait ce que nous réserve l’avenir

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Jacques Cauda

DEMAIN LA MER Ça nous dit : va près des faces Frémir d’un grand frémissement Quand la mer se regarde va L’aura se jettera dans la Mer chargée sera ton image La vie sera la fureur 24 vagues par seconde Et la parole image par image Pour une forme qui dit Toi ton œil mis dans un trou Quand La parole touchera ta face La mer toujours d’un bleu Humain regardera Ah que l’aiguille tombe Dira-t-elle Et te jette à la mer l’aura Va et tempête et mémorise : D’où irastu Quand Brillera le soleil exorable Envers un ricin ? Mer fille du bleu Regardera la cire bien en face du feu L’eau par la fureur viendra À temps ce sera pour Le jeteur de cordeau Les mangeurs de chair La Résurrection Oui le jour de bâtir tout rebâtir la vie

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Sophie Brassart

Dans l'aride 1. J’ai reçu la voix Offerte aux jeunes oliviers à l’ivresse au repos des jugements ternis par l’ignorance J’ai reçu la voix Offerte aux pans ocres à l’ivoire du siècle Aux transparences, à l’oranger levant les toits à l’atrocité, qu’un souffle habite, aussi pur Et j’ai su la complexité des rapprochements sensibles

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Iocasta Huppen

Sans titre Donnez-moi Un seul petit oiseau qui chante fort Au moment oĂš la terrasse Est mon unique refuge Donnez-moi Un seul arbre en fleur Par temps de quarantaine Donnez-moi Juste un carrĂŠ de ciel bleu.

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Miguel Angel Real

Pas à pas, on apprendra à imiter le rythme d'une flamme : son balancement dans une bougie aux aguets qui devine les chemins du vent et accompagne un regard qui jamais ne connaît le repos. Une flamme c'est un souvenir de paroles trahies que la consistance du temps a arrondi / élimé / érodé mais n'a pas pu fausser. Que retiendra-t-on de sa chaleur quand on voudra réinventer le lendemain ? Regarder humblement pour retenir les contours du feu, oublier les formes connues, se savoir impossibles / incapables / impuissants : céder. Admettre la présence du papier qui pourrait déclencher toutes les métamorphoses, les gestes nouveaux d'une respiration en suspens, pour laisser que la flamme boive / aspire / annihile toute envie de reprendre le vieux décompte du temps. Et LA VIE s'égrènera quand enfin elle sera contenue dans la flamme.

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Marie-josé Pascal

LE PARADIS PERDU Nous irons vers demain, cet arbre plein de promesses Et de fruits inconnus, à la recherche peut-être d'un paradis perdu, Nous laisserons derrière nous le passé délétère Les villes anémiées par des rejets toxiques, Les hommes abattus par les plaies quotidiennes Et par la rengaine des malheurs de ce monde, Nous irons vers demain, tournés vers l'inconnu, Chercher d'autres trésors jusque-là invisibles Et l'instant accompli avec tout son mystère Portera au zénith nos espoirs éphémères Nous irons vers demain sans jamais renoncer Accomplir un destin pas tout à fait tracé.

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Jean-Christophe Stauder

La jungle d’asphalte déroule son tablier. Je suis la route, je suis l’aile, je suis le regard furtif. Je suis le fluide, je suis le réseau-monde. Mon toit s’escamote de l’intérieur, je manipule la matière. Contrôle le flux des artères. Mes pensées-silicium ordonnent la machine-chimère. Je suis l’atelier qui m’abrite. Je suis l’ouvrier qui me façonne. Je suis un cuir tanné et l’odeur de la pluie sur les carrières. Je suis l’objet d’une fabrique. Je suis la station autoroute et le fil de la corniche. J’évite les précipices, je garde le cap. Je suis la pince qui m’étreint. Je suis la caresse du gant : la peau-titane se tend. Au bord de la route, des signes, des mains. Je suis la vitesse. Je suis l’écrou, je suis l’ornière et l’enchaînement des causes. Sur l’établi, le plan tracé. Dans la boîte à gauche, la gâche. Je suis la serrure et la clé. Je cultive mon jardin chimique. J’arrose, j’irradie, je broie, je transforme, je digère. Je suis mes sucs mécaniques. Je suis l’ancien acier froid. Je suis le trafic. Au Gazoline garage, je charge mes accus. Dans ma carlingue, j’ai l’œil sur l’écran radar. J’assimile, je liquéfie, je dévide, je recycle. Je suis la Machine vive. Je suis le cortex qui décortique. Je suis le passager des gamètes. Je suis l’aube blanche. Le lendemain cybernétique.

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Carole Manceau

Demain, c’est juste ce coup de rein incertain que tu donnas pour un lendemain de rien. Rien ni demain pour une hésitation que tu insufflas pour un sourire en moins. Moins de notes et si peu de mots en bout de ligne que tu n’écriras pas pour des lèvres au loin. Loin de moi l’idée d’être emportée que tu évoquas pour n’être qu’ingrat. Ingrat, c’est juste ce coup de cœur incertain que tu envoyas pour rien. Demain fut aigre alors qu’il aurait dû être clair. Rien ni signe qui ne fussent sans lien. Moins de toi et si proche. Loin d’être l’été tout contre lui. Ingrat qui perdurera. Un lendemain de rien qui refleurira Un sourire en moins et deux pour l’autre lui. Pour mes lèvres au loin, il m’emportera. Pour n’être qu’ingrat, il souffrira. Lui ne sera pas demain et l’autre si.

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Fabien Leriche

Rien ne manque au feu hors toi entre deux visages d'atlantes il faut à l'homme une solution précise à tout espace un éclairage en faux dans la perte des secondes solaires reflux du désert avant que d'être entre deux tranches de pain blanc quelle couleur pour peindre une âme l'innocence sera perpétuelle l’avenir sera le leurre au prix de quelle errance as-tu vécu et pourquoi suivre les hommes de vent certains dieux vomissent bien des étoiles ô demain fer à deux bras ! à quoi bon compter le temps si sa blessure ne ferme pas le soleil est un loup victorieux dans chaque pli du corps

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Anne-Lise Blanchard

Demain saurons-nous prendre les chemins de traverse pour rencontrer le réel ? nous aurons soif de ce soleil qui circule de main en main comme les hirondelles dans l’éclaircie demain nous garderons-nous de l’enfer aux habits festifs son allure juvénile enrobe le vide jusqu’à la reculée de nos solitudes demain perpétuel impossible ou souffle frais de la renoncule babil intermittent des ondées auxquels aspire le marcheur silencieux demain s’offre ou s’efface plus rapide que le cheval ailé

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© Christophe Bregaint

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« La Nostalgie de l’avenir »

(Antoine Vitez)

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POÉSIEMUZIKIKETC LA REVUE

Numéro zéro Site internet : https://poesiemuziketc.fr Adresse mail : poesiemuziketc@yahoo.fr Direction : Christophe Bregaint & Damien Paisant Illustrations : Marc Guillaumat, Louis de Sailly, Cédric Merland Christophe Bregaint & Damien Paisant Relecture : Etty Januel Dépôt légal : Mai 2020 Tous droits réservés © Poésiemuziketc, auteurs & illustrateurs

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