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M AG A Z I N E D E D I E A L A C U LT U R E RO C K • n u m é ro 2 • w w w. p l a y s o u n d . f r • j u i n 2012 • gratuit

+ DOSSIERS

+ ITW EXCLUsi

ves SILVERSTEIN WE ARE THE iN CROWD

“ON EN DISCUTe”

GREEN DAY : LA FOLIE DES GRANDEURS ? ET AUSSI : KEANE • PATRICK STUMP • YELLOWCARD • BIFFY CLYRO • KASABIAN • COLDPLAY • HOOBASTANK • METRIC • BOYS LIKE GIRLS • ENTER SHIKARI • A DAY TO REMEMBER • SUPERBUS • Chroniques • News • agenda concerts • Talents ... ©Photopit Access


Playsound le mag • JUIN 2012

PSMAG

Sommaire

03 EDito & Playlist 04 Nouveaux talents 05 LIVE REPORT : Angels & airwaves 06 Réflexion du mois : la Generation mtv,

NUMERO 2 • JUIN 2012 • GRATUIT

10 ans après.

Administrateur et redacteur en chef: yannis mouhoun

08 L’agenda Live 09 Photo du mois : of Mice & men 10 Interview : we are the in crowd 12 Actualité internationale 14 A la Une - on en discute :

responsable de la publication: sami elfakir chroniqueurs/redacteurs: Yannis mouhoun sami elfakir marina lay matthias meunier fabien gallet emmanuel van elslande dorian colas PAULINE RIVIERE

Green day, la folie des grandeurs ?

15 focus : les leaders charismatiques 16 Interview : silverstein 18 RETRO : quand le rock devient

PHOtographe: Fanny Schneider contact: redac@playsound.fr

contestataire

site web: www.playsound.fr

20 Selection du mois 21 CHRONIQUES 22 Enquête : le rock français passe-t-il

- TOUS LES 2 MOIS Playsound est une plateforme d’actualités, de découvertes et de chroniques musicales. Le site s’inscrit dans une démarche de promotion de la créativité et des talents. Les grands noms de la scène internationale y sont également abordés, à travers une couverture globale du rock sous toutes ses formes. L’objectif premier du site est de dégager une synergie du dynamisme lié à l’émergence d’une nouvelle scène montante et de l’expérience des piliers du domaine. Notre magazine culturel a pour but de vous conseiller dans vos écoutes et de permettre au plus grand nombre de bénéficier d’un résumé de qualité d’une information toujours plus dense et plus riche.

nécessairement par l’anglais ?

Recrutement : www.playsound.fr/recrutement/ NB / Compléments des articles et supports audios sur le site. Dossiers exclusifs au magazine pendant 3 semaines.

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Playsound le mag • juin 2012

EDITO & playlist 1. YELLOWCARD - ALWAYS SUMMER 2. LINKIN PARK - LIES GREED MISERY 3. BILLY TALENT - Viking Death March 4. KEANE - ON THE ROAD

FESTIVALIERS FRANçAIS, CET été est votRE. Comme chaque année, c’est à une véritable démonstration de force que se livre la communauté rock en Europe. Plus que de simples concerts, les festivals constituent pour bon nombre de fans un rite initiatique à ne manquer sous aucun pretexte. Tous les ans, l’offre est variée : certains évènements fédèrent, à l’image des Eurockéennes de Belfort pendant que d’autres tentent de maintenir leur orientation musicale, leur particularité et leur réputation, comme c’est le cas pour le Hellfest Festival. Souvent lésée par les groupes internationaux pendant l’année, la France possède de nombreux atouts qui lui permettent d’attirer de belles têtes d’affiches l’été. En 2012, mention spéciale aux programmations du Main Square Festival (Arras) et de Rock en Seine, qui proposent un condensé de tous les artistes qui font l’essentiel de l’actualité cette année. Peu importe le choix que vous ferez, il est à peu près certain que vous passerez du bon temps dans l’hexagone dans les prochaines semaines si vous aimez les décibels.

5. THE HIVES - GO RIGHT AHEAD 6. HOOBASTANK - THIS IS GONNA HURT 7. OWL CITY ft. Mark Hoppus - DEMENTIA 8. METRIC - SPEED THE COLLAPSE 9. THE PRETTY RECKLESS -UNDER THE WATER 10. SUPERBUS - All Alone

Que vive la culture et ceux qui la font vivre !

www.playsound.fr/playlists/

Yannis mouhoun Rédacteur en chef 3


Playsound le mag • JUIN 2012

nouveauxtalents Talent UNTIL THE LAST

#1

Talent CANCER

#2

Talent BASTILLE

#3

Talent VERSAEMERGE

#4

Fort d’une fanbase aussi fidèle que massive, Until The Last, quintet post-hardcore de Valenciennes, ne perd pas le Nord, et ne cesse de surprendre. My Last Feelings, premier EP, n’était qu’un aperçu du talent de ce groupe à la plume redoutable. UTL s’apprête à conquérir la blogosphère et l’hexagone grâce au single My Fairy Tale, ainsi qu’à deux passages très remarqués au Groezrock pour Macbeth. Avec un EP à venir, Until The Last devrait être la révélation française de l’automne.

Qui a dit que le punkrock était réservé à nos amis outre-atlantique ? Aujourd’hui, Playsound vous propose de faire un petit tour en Europe, plus précisément en Suisse, pour y rencontrer Cancer. Leur tout nouvel EP « The Weight of the World » sorti le 12 mai dernier nous offre un punk rock énergique dans lequel bassiste et guitariste se partagent un chant puissant et éraillé associé à une batterie percutante et à des riffs de guitare plus incisifs les uns que les autres. Un talent à suivre pour les tous les amateurs de punk-rock !

Malgré son nom, le groupe nous arrive d’Angleterre. Découvert en première partie de Keane, Bastille est l’œuvre de Dan Smith. L’histoire débute en 2010 avec quelques vidéos postées sur YouTube puis continue avec deux EP, dont le très bon Laura Palmer en 2011. A l’image du single “Overjoyed”, riche condensé d’électro/pop, le quatuor s’illustre par des mélodies imparables et une énergie scénique débordante. Le groupe sortira son premier album dans l’année.

Si le style de VersaEmerge flirtait avec le hardcore à leurs débuts en 2006, c’est un rock alternatif moins agressif que nous offre le groupe avec son premier LP Fixed at Zero sorti en 2011 et révélant tout leur potentiel au public. L’énergie incomparable de la charismatique Sierra Kusterbeck et les riffs bien sentis de Blake Harnage ont contribué au succès du groupe qui alterne entre univers un peu dark mené par une batterie énergique et sonorités plus calmes. Un nouvel LP est attendu prochainement.

genre: SCrEAMO

genre: PUNK Rock

genre: POP ROCK

genre: ROCK

Membres: Max , Alex, STEPH, VIR et MeD

Membres: Joel Bader, Silvio Spadino, Sven Wallwork

membres: DAN SMITH

membres: Sierra Kusterbeck, Blake Harnage

pays: FRANCE

pays: SUISSE

pays: UK

pays: USA

label: NON SIGNé

label: FLIX RECORDS

label: NON SIGNé

label: Fueled By Ramen

site officiel: www.myspace.com/untilthelastmusic

site officiel: www.cancerband.ch

site officiel: www.bastillebastille.com

site officiel: www.versaemergemusic.com

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Playsound le mag • juin 2012

Live REPORT

ANGELS & AIRWAVES Paris - @ Bataclan - 07/04/12

©Kmeron - Flickr

Le 7 Avril, jour du concert d’Angels and Airwaves. Un billet de train pour la capitale et c’est parti. Après quelques arrêts de métro une file de jeunes sur le trottoir du boulevard Voltaire m’indique que je ne suis plus qu’à quelques pas du Bataclan. Notons qu’avant d’y entrer, le groupe s’adonnait à une séance de dédicaces dans un bar Parisien. Il parait qu’on ne pouvait pas leur parler, qu’on devait donner les objets à faire signer au staff qui les transmettait au groupe, lequel exécutait machinalement et tristement la tâche. Dommage pour le public -et peut être le groupe- qui en attendait un peu plus d’un après-midi qui aurait pu permettre d’échanger quelques mots... Revenons en au Bataclan. Après une assez courte d’attente avec mon collègue de Playsound, nous entrons rapidement dans la salle. Pour profiter d’une musique comme celle d’Angels and Airwaves on choisit les gradins. Vue parfaite, fauteuils confortables... quand on pense à ceux qui attendent debout dans la fosse, on se dit que notre choix est d’autant plus judicieux.

Et la première partie arrive. Nommé “Le Blorr”, ce trio venu de Floride ne nous enchante pas vraiment. D’une part le style musical ne correspond pas trop à l’univers que nous propose la tête d’affiche, mais en plus les chansons ne nous ont pas séduit. Pour l’originalité, l’énergie et la maîtrise de leurs instruments, ils marquent des points, mais ça n’a pas semble-t-il pas suffit à convaincre l’ensemble de l’auditoire. Après leur départ, les lumières se rallument. Puis nous voilà remplongés dans le noir quand vient l’intro de Saturday Love. Très bonne entrée en la matière, l’ambiance est au top et le public chante le refrain en choeur. Le groupe enchaîne ensuite sur des chansons issues de tous les albums, représentés plutôt équitablement. On regrette toutefois l’absence de quelques titres phares dans la setlist. En tout cas, l’émotion est présente tant sur scène que dans le public. Ce dernier jouit en plus d’un son et d’une performance plutôt corrects. Evidemment, la réputation de Tom Delonge est justifiée : il chante avec beaucoup d’émotion, mais il chante faux. On le regrette autant qu’on le pardonne. Surtout quand il nous offre une reprise 5

bienvenue de Box Car Racer : There is, après nous avoir raconté, tout en grattant quelques accords, comment il a perdu sa virginité. Histoire cocasse et très habilement contée. Le concert est réellement plaisant. Malheureusement toutes les bonnes choses ont une fin et après un rappel de deux chansons, le groupe quitte définitivement la scène (joliment décorée précisons le). Pour résumer les choses, ce concert d’Angels and Airwaves était plutôt fidèle à mes espoirs, autant qu’à mes craintes : bonne performance malgré la légendaire qualité discutable du chant, excellente ambiance et le rock “Aérien” du groupe passe très bien dans un concert qui nous plonge dans l’émotion et l’univers du groupe (avec de superbes jeux de lumières). On regrettera néanmoins un concert de seulement 15 chansons, ce qui peut s’expliquer toutefois par la longueur de celles-ci. En tout cas le personnage de Tom Delonge a laissé bonne impression, tout comme sa bande, y compris le nouveau batteur, très bien accueilli par la foule. • DORIAN COLAS


Playsound le mag • JUIN 2012

reflexion du mois

LA Génération MTV :

10 ANS APRès

Le début des années 2000 est à n’en pas douter une période cruciale pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du rock. Les premières années du nouveau millénaire ont en effet vu débarquer sur la scène internationale une vague de groupes -majoritairement punk-rock- au charisme et à la popularité incontestable. Au delà d’un nouveau mouvement musical, c’est l’identification de toute une génération d’ados à ces formations qui est clairement identifiable. Dès lors, l’heure est au bilan : près de 10 ans après l’émergence de cette génération, le mythe a-t-il été déconstruit ? Que reste-il de cette faste période pour la musique rock dans son ensemble ? Décryptage. La génération MTV est avant toute chose un phénomène sociologique. C’est l’identification outrancière et massive des adolescents pour des figures du rock. Rappelez vous : tournées mondiales complètes, ventes de disques phénomènales... Le rock est alors mainstream. Comment expliquer cet engouement soudain pour la musique alternative dans son ensemble quand elle parait si marginale aujourd’hui ? La réponse est en partie contextuelle. Les années 90 ont été symbolisées par la musique grunge et le métal, à l’image de feu Kurt Kobain et de Metallica. Le rock se veut moins joyeux et moins orchestré. L’arrivée d’artistes tels que Blink-182 ou encore Green Day révolutionne donc le genre et réinvente l’exercice. Les structures sont moins basiques, les morceaux

gagnent globalement en dynamisme et en rapidité. Le punk-rock moderne est ainsi né, en Californie. C’est donc dans un premier temps l’aspect fondamentalement novateur de cette musique qui explique cet engouement. Nous parlons ici d’effet de mode : ce qui est nouveau est tendance, ce qui est tendance est diffusé, ce qui est diffusé est apprécié: la boucle est bouclée. Qu’on soit pour ou contre la mondialisation et le capitalisme, il est clair que c’est l’industrialisation intensive du marché du disque qui est à l’origine de cette réussite. La globalisation du phénomène aux quatre coins du globe a permis de mobiliser des fans-bases conséquentes. Les médias sont alors des acteurs à part entière de cette réussite, à l’image de la chaîne américaine MTV. Nombreux sont ceux qui vont s’engouffrer dans la brèche : Sum 41, SR-71, Linkin Park, Good Charlotte... Tous réutilisent des codes vestimentaires, esthétiques et styllistiques qui leur sont propres, et tentent d’uniformiser leur musique. L’énergie et la puissance qui se dégagent des mélodies correspond parfaitement avec la confiance en l’avenir alors véhiculée par les jeunes des sociétés occidentales. C’était certain : ce millénaire serait celui du progrès. Ce qui a fait la force de la génération MTV, c’est donc sa cohérence. Il y a alors peu de divergences entre les différents protagonistes de la scène rock internationale. C’est aussi ce qui va causer sa perte : tenter d’être tous différents dans le même moule est un dilemme 6

paradoxal qui va enclencher un déclin lent mais certain du genre. Les labels en sont d’ailleurs les principaux responsables : à trop tirer sur la ficelle, on finit par lasser. Toutes les grandes formations sont ainsi priées de retourner en studio et d’anticiper un tournant musical. C’est l’image d’une musique qui tente de prendre de la maturité en même temps que ses auditeurs. Pour appuyer mon raisonnement, prenons quelques exemples. 2007 est une année transitoire pour Sum 41, Linkin Park et Good Charlotte. En effet, les 3 formations, après des opus qui gagent progressivement en maîtrise, décident de changer radicalement de sonorités et d’explorer de nouveaux horizons. Ainsi, respectivement, “Underclass Hero” succède au brillant “Chuck”, “Minutes to Midnight” remplace le mythique “Meteora” et “Good Morning Revival” fait suite à “The Chronicles of Life & Death”. Ces changements brutaux surviennent tous au même moment ; alors, coïncidence ? Certainement pas. C’est encore une fois la preuve de l’existence de standards musicaux déterminés par les labels (via une poignée de producteurs qui réalisent tous les opus des différents héros du rock US). Commercialement, ces 3 albums seront des échecs et sonneront le glas d’une carrière riche pour ces artistes. Ne soyons pas réactionnaires toutefois : de nombreuses autres formations n’ayant pas pris le risque de se réinventer disparaissent de la circulation sans laisser de trace. Quelle était donc la bonne stratégie à adopter ?


Playsound le mag • juin 2012

reflexion du mois “LA Génération mtv est avant tout un phénomène sociologique.” La réponse qui semble la plus pertinente, c’est qu’il n’y en a pas. L’histoire du rock varie au fil du temps, et il est bien difficile de planifier les réactions des consommateurs de musique. Aujourd’hui, nous bénéficions d’une offre de musique rock beaucoup plus variée, quitte à être moins populaire. De nombreuses formations proposent une musique atypique qui fait du bien aux oreilles, mais qui à l’évidence de fait plus fortune. Les communautés de fans sont plus modestes, et les ambitions également. Les choses semblent ainsi s’être ré-équilibrées d’elles-mêmes et pour cause : la génération MTV à aujourd’hui une vingtaine d’année, et elle a évidemment évolué musicalement parlant. Il est toutefois assez drôle de constater que les pilliers de cette génération MTV tournent toujours, enregistrent plus que jamais et donnent encore du plaisir aux gens. Bien que leur suprématie soit aujourd’hui limitée, un lien affectif évident reste de mise. C’est un peu comme si un amour aussi fort ne pouvait jamais vraiment disparaître, et comme si ces figures bientôt d’anthologie acceptaient avec plaisir de vivre plus modestement. En bref : la passion fédère, et il y a fort à parier, quitte à agacer certains d��tracteurs des plus virulents, que cette génération MTV continuera de faire parler d’elle pendant encore bon nombre d’années.

SUM 41, des rides et des riffs.

• Yannis mouhoun 7


Playsound le mag • JUIN 2012

agenda

Live

GUNS N’ROSES + SHAKA PONK

DEADMAU5

ZZ TOP

à Paris (75) - Bercy le Mardi 05 Juin 2012 à 20h00

à Paris (75) - Olympia le Lundi 25 Juin 2012 à 20h30

à Paris (75) - Olympia le Vendredi 27 Juillet 2012 à 20h00

THE OFFSPRING

Lenny kravitz

MINISTRY

à Paris (75) - Bataclan le Lundi 11 Juin 2012 à 20h00

à Paris (75) - Bercy le Mardi 26 Juin 2012 à 20h00

à Paris (75) - Bataclan le Samedi 28 Juillet 2012 à 18h30

LOU REED

ALANIS MORISSETTE

à Paris (75) - Olympia le Lundi 11 Juin 2012 à 20h00

à Paris (75) - Zenith le Samedi 30 Juin 2012 à 20h00

+ (RAPPEL) festivals français // Dates :

RISE AGAINST

RED HOT CHILI PEPPERS + THE VACCINES

Solidays

à Paris (75) - Bataclan le Jeudi 14 Juin 2012 à 19h30

à Paris (75) - Stade de France le Samedi 30 Juin 2012 à 19h00

Paris - Longchamp Du 22 au 24 Juin

MOTLEY CRYE

METRIC

Eurockennes

à Paris (75) - Zenith le Lundi 18 Juin 2012 à 20h00

à Paris (75) - Trianon le Mardi 03 Juillet 2012 à 18h45

Belfort Du 29 Juin au 1er Juillet

BUKOWSKI + DEVIL DRIVER

GEORGE BENSON

Main square festival

à Vaurel (95) - Forum le Mardi 19 Juin 2012 à 20h30

à Paris (75) - Olympia le Dimanche 08 Juillet 2012 à 19h00

Arras (Citadel) Du 29 juin au 1er Juillet

ADRENALINE MOB

HUGH LAURIE

rock en seine

à Paris (75) - Maroquinerie le Dimanche 24 Juin 2012 à 19h30

à Paris (75) - Olympia le Mercredi 11 Juillet 2012 à 20h00

Saint-Cloud Du 24 au 26 Août

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Playsound le mag • juin 2012

PHOTO

OF MICE & MEN @ BATOFAR, PARIS MAI 2012. © Nicolas Joubard

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Playsound le mag • JUIN 2012

INTERVIEW

WE ARE THE IN CROWD RENCONTRE.

© Billboard

A l’occasion de la venue du nouveau phénomène pop/punk US à PARIS, LA rédaction est allée faire connaissance avec la formation. Playsound : Bonjour à vous deux, premièrement d’où vient votre nom (We Are The In Crowd)? En France, nous ne vous connaissons pas encore vraiment, et souhaitions en savoir plus. Taylor Jardine (chant) : À la base, c’était juste une idée esquissée qu’on a finalement gardée. C’était le titre d’un livre pour enfants que j’avais, qui s’appelait The In-Crowd, mais nous avons finalement choisi de rajouter We Are, notamment pour des problèmes de copyright, ce qui peut paraître confus au premier abord, nous l’admettons.

PS : C’est aujourd’hui votre premier concert à Paris. Êtes-vous excités, qu’attendez-vous de cette grande première ? TJ : Je n’ai aucune idée de ce qui se prépare ici. Je connais Paris mais n’y ai jamais joué. JE : Nous faisons une tournée européenne si rapide que nous n’avons pas le temps de nous préparer aux types de publics, nous espérons juste voir des tonnes de jeunes venir et apprécier autant que possible le concert, français ou non !

TJ : Musicalement, nous citons toujours le même ensemble de groupes : New Found Glory, Foo Fighters, Jimmy Eat World, The Starting Line, …

PS : Le groupe est né en 2009. Aujourd’hui vous avez tourné avec All Time Low, The Maine et êtes actuellement en tournée avec des groupes comme Every Avenue (qui a annulé la tournée, ndlr), The Summer Set, … Comment expliquez-vous un succès si soudain ?

Jordan Eckes (guitare, chant) : Nous écoutons tous des groupes différents, tous nos parents sont musiciens et de ce fait nos influences sont variées.

TJ : On ne l’explique pas vraiment car nous avons cette chance de voyager et de voir toutes ces villes en étant aussi excités que nos fans. Ca n’est

PS : Quelles sont vos principales influences en tant que groupe ?

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pas qu’une somme de concerts, c’est quelque chose de véritablement excitant. PS : Connaissez-vous des artistes français ? Quelle image vous faitesvous de l’art ici ? JE : Je suis allé une fois voir la Maison de Monet sinon … TJ : Je ne vois pas trop … Oh si : Chunk! No, Captain Chunk!, j’en connais un ! Et ils ont le meilleur nom de groupe pos-

“oN garde beaucoup d’idées mais on ne sait pas ce qui figurera (...) sur le prochain album.”


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INTERVIEW

le premier opus de la formation, “best intentions”, est disponible depuis le mois d’octobre 2011. sible. Je veux un groupe qui s’appelle Chunk! No, Captain Chunk!. (rires) PS : Best Intentions est sorti en 2010 sur Hopeless Records. Avez-vous de nouvelles chansons dans les cartons ? Ecrivez-vous tout en étant en tournée ? JE : On enregistre beaucoup de sons sur nos ordinateurs, mais c’est assez dur, car hors des concerts, on pense surtout à se reposer. TJ : On garde beaucoup d’idées, mais on ne sait pas ce qui finira ou pas sur le prochain album. Les choses se passent réellement en studio, même si c’est la tournée qui nous inspire. PS : Vous avez travaillé avec Alex Gaskarth pour le clip de Kiss Me Again. Comment ce tournage s’est-il passé ? TJ : C’était juste fun. Il a enregistré les pistes voix pendant la dernière tournée européenne, et on n’a jamais eu l’impression de travailler. JE : Sûrement pour lui, mais pas pour nous … (rires)

PS : Comment vous connectez-vous avec vos fans aux Etats-Unis qui, vu votre page Facebook, sont particulièrement nombreux et fidèles ? TJ : C’est la même chose avec nos fans dans le monde entier, on a une fanbase très variée avec de nombreux profils et on essaie de répondre aux messages, de voir les fans après les concerts, de créer des chances pour eux de s’exprimer à travers des concours. Nous ne serions rien sans eux. PS : Un petit jeu à la française, nous allons vous dire un mot, et vous devrez y répondre par un autre. C’est parti. TJ : C’est parti … (rires) PS : Être en tournée. TJ : La meilleure des expériences. JE : Du travail. PS : Vans Warped Tour en 2012. TJ : Bandcamp. JE : Impatience.

PS : Jouer en première partie d’All Time Low. TJ : Fun. JE : Fun. (rires) PS : Les jours de repos. TJ : Dormir. JE : Dormir. (rires) PS : Avec quels artistes aimeriez-vous travailler plus tard ? TJ : Mon rêve serait de collaborer avec P!nk, mais bon ça n’est pas partagé par mes potes du groupe … JE : En effet. (rires) PS : Des sorties à venir ? TJ : Nous vivons au jour le jour, mais attendez-vous à de nouveaux singles, clips et à des versions acoustiques très prochainement !

• propos recueuillis par EMMANUEL VAN ELSLANDE & Matthias meunier. 11


Playsound le mag • JUIN 2012

L’actu en bref 1/ Patrick stump rectifie les choses Quelques mois après avoir annoncé son retrait du monde de la musique suite à l’attitude aggressive de certains fans vis-à-vis de ses choix musicaux, Patrick Stump revoit désormais sa position après avoir reçu des messages de sympathie de ses loyaux fans. En clair, Stump donne la priorité à la co-écriture pour le moment mais n’exclut pas un retour sur le devant de la scène. Une bonne nouvelle pour les fans de Fall Out Boy qui espèrent un retour de la formation depuis maintenant plus de 3 ans.

2/ Yellowcard, nouveau single disponible Yellowcard a dévoilé son nouveau single intitulé « Always Summer ». Pas d’infos sur la date de sortie et le nom du nouvel opus pour l’instant. Tout ce qu’on peut vous dire, c’est que ça sonne drôlement bien. De quoi réconcilier avec le groupe les fans n’ayant pas été convaincus par When You’re Through Thinking, Say Yes, paru en 2011. Le retour à l’ère “Ocean Avenue” semble bel et bien enclenché !

3/ Biffy clyro en dit plus sur les 2 prochains albums Les écossais de Biffy Clyro, qui nous préparent actuellement la sortie d’un double-album, ont finalement révélé les noms des deux CD. L’un s’intitulera The Land At The End Of Our Toes, et l’autre, The Sand At The Core Of Our Bones. Ces successeurs de leur excellent 5ème album Only Revolutions (2009), enregistré à Los Angeles, est prévu pour la fin de l’été prochain.

4/ UN CD-DVD LIVE DE KASABIAN LE 26 JUIN Alors que le groupe de Tom Meighan, Kasabian, enchaînera les festivals cet été (on peut citer notamment le Main Square et les Vieilles Charrues en France), les anglais préparent également la sortie d’un coffret comprenant un CD avec 13 titres live ainsi qu’un DVD live (ou une version Blu-Ray) de 19 titres joués à l’O2 Arena à Londres le 15 décembre dernier. Ce coffret CD/DVD s’intitule Live!: Live At The O2 et sortira le 25 juin. Sa tracklist est à retrouver sur notre site.

5/ My chemical romance accueille son nouveau batteur Après la sombre affaire de vol qui avait conduit Michael Pedicone, l’ex-batteur de My Chemical Romance vers la sortie l’année dernière, le groupe vient d’annoncer l’identité de son remplaçant. Il s’agira de Jarrod Alexander. Ce dernier a déjà animé les fûts pour The Suicide File ou encore A Static Lullaby par le passé. Le groupe est toujours en studio afin de préparer son 5ème opus.

+ ON EN A PARLé

+ www.playsound.fr/news/

Le retour de Superbus se précise ! Le groupe vient de mettre en vente son nouveau single « All Alone » sur iTunes, dont un clip a été tourné et devrait sortir très prochainement. Quant à l’album, intitulé « Sunset », il ne devrait sortir que début Septembre…

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Playsound le mag • juin 2012

FIL ROUGE coldplay rend hommage à mca

NOFX : un single en ligne

Au lendemain du décès de Adam Yauch le 4 mai dernier des suites d’un cancer, Coldplay lui a rendu hommage en jouant, à l’occasion d’un live à Hollywood Bowl, une très belle reprise du titre « (You Gotta) Fight For Your Rights » des Beastie Boys. Un beau geste de la part de la formation menée par Chris Martin qu’il convient de saluer comme il se doit.

La bande à Fat Mike a mis en téléchargement un tout nouveau titre « My Stepdad’s a Cop and My Stepmom’s a Domme » qui n’a évidemment pas tardé à se retrouver sur internet. Un titre dans la plus pure tradition du groupe, ce qui fait plaisir à entendre ! N’oublions pas que NOFX sortira le 19 juin prochain son douzième album studio.

LE RETOUR D’HOOBASTANK Hoobastank, la formation californienne, marquera son grand retour cet été avec la sortie de son 7ème album studio intitulé Fight or Flight. Le premier single extrait de l’opus en question, le très rock « This Is Gonna Hurt », est disponible à l’écoute sur notre site. Histoire de vous rafraîchir la mémoire, le groupe a été rendu célèbre via son titre « The Reason », en 2003.

METRIC : PREMIER EXTRAIT La formation canadienne Metric a mis en écoute sur son site le premier extrait de son album Synthetica qui sera disponible à partir du 12 juin. Ce titre, intitulé « Youth Without Youth », donne le ton pour cet opus à venir ; un titre très énergique où l’on retrouve la voix de velours de la chanteuse Emily Haines.

A DAY TO REMEMBER : UN NOM ! Dans une vidéo amateur prise par un fan lors d’un récent concert au New Jersey, visible sur notre site, le frontman Jeremy McKinnon a annoncé que le nouvel album de son groupe A Day To Remember s’intitulerait Common Courtesy. Celui-ci succèdera donc à leur album What Separates Me From You, sorti en 2010. Plus d’informations devraient être dévoilées d’ici peu.

ENTER SHIKARI : UN EP LIVE EN BONUS Le groupe anglais de post-hardcore Enter Shikari a mis en téléchargement gratuit sur son site un EP Live intitulé Live In London NW5 2012. L’EP contient des versions live de « System / Meltdown », « Gandhi Mate, Gandhi », « Destabilise », « Mothership » et « Arguing With Thermometers ». Le 24 août prochain, Enter Shikari partagera l’affiche du festival Cabaret Vert avec The Dandy Warhols et Skrillex pour une unique date française avant de rejoindre le festival anglais de Leeds & Reading.

HAYLEY WILLIAMS EN FEATURING Dans le cadre de son projet solo What’s Eating Gilbert, Chad Gilbert, connu pour être le guitariste de la formation pop-punk New Found Glory, a enregistré un morceau avec sa petite-amie Hayley Williams, la frontwoman de Paramore. La chanson s’intitule « Babe » et fait partie de la tracklist de l’album de What’s Eating Gilbert, The Nashville Sessions 7’ attendu pour le 19 juin sur le label indépendant Paper + Plastic.

Yeasayer : Henrietta, nouveau single Yeasayer, le groupe de rock originaire de Brooklyn, vient passer un petit coucou à ses nombreux fans. En effet, après un petit moment sans nouvelles depuis la parution de leur deuxième album

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Odd Blood en 2010, le groupe vient de mettre un nouveau titre en ligne aux sonorités psyché intitulé Henrietta. C’est à découvrir sur notre site.

MICK JAGGER AU SNL Le samedi 19 mai, Mick Jagger était convié à participer à la dernière émission de la saison du Saturday Night Live aux Etats-Unis. A cette occasion, le chanteur des Rolling Stones a joué les trois fameux titres « Ruby Tuesday », « The Last Time » et « She’s A Rainbow » en compagnie du groupe Arcade Fire. Jagger s’est également joint aux Foo Fighters pour interpréter un medley des Rolling Stones et à Jeff Beck pour jouer le titre « Tea Party ». Tout cela est à découvrir sur notre site.

BOYS LIKE GIRLS : TITRE DU NOUVEL OPUS L’enregistrement du dernier opus de Boys Like Girls, suite très attendue de Love Drunk, est déjà terminé depuis quelques temps. Les trois américains ont décidé d’annoncer le titre du prochain album en promettant une sortie dès cet automne : Crazy World. Espérons que cet album soit à la hauteur des attentes des fans parfois quelque peu décontenancés après le revirement pris au dernier album. Par ailleurs, le groupe a joué un nouveau titre en live, intitulé « First Time ».

BILLY TALENT vient de mettre en ligne un inédit : “VIKING DEATH MARCH”.


Playsound le mag • JUIN 2012

ON EN DISCUTE

GREEN DAY

LA FOLIE DES GRANDEURS ?

C’est la grande nouvelle de ce printemps ! la formation de billie joe armstrong publiera une trilogie qui s’étalera du mois de septembre au mois de janvier. Le groupe aurait-il la folie des grandeurs ? à la rédaction, il y a débat.

OUI !

! n O N

En 2009, avec “21st Century Breakdown”, la déception était au rendez-vous. Bien qu’on puisse comprendre la difficulté de retrouver l’excellent niveau atteint sur “American Idiot” en 2004, cette décision de sortir une trilogie fait état du narcissisme ambiant dans lequel se noie le groupe. Quand bien même ces titres seraient de bonne facture, comment justifier le défoulement médiatique qui va entourer la sortie de ces disques ? Dans le meilleur des cas, le groupe lasse ses fans, et dans l’hypothèse où les titres seraient moyens voire médiocres, le groupe rompt avec ses fans. Voilà grossomodo le choix qui s’offre au trio à l’heure où la presse musicale se montre plus critique que jamais avec les grosses cylindrées de la scène rock internationale. En clair, cette décision relève du suicide musical, d’autant plus qu’il parait peu intéressant de sortir 3 albums dédiés à une seule et même période créative. Cet automne et cet hiver s’annoncent donc redondants, à moins que le groupe ne soit en mesure de créer la surprise en inventant de nouvelles notes, de nouveaux accords et/ou de nouveaux instruments. Ce dont je doute fort.

Green Day. Ces deux mots résument un concept entier dans l’univers si passionnant et unique qu’est celui du punk rock et de ses dérivés (skate punk, pop punk, etc.) Le trio a fait ses preuves au fil d’albums tous plus cultes les uns que les autres, de légendaires condensés de missiles aux riffs simples et efficaces (Dookie, Nimrod) à des albums longs et complets à la densité exceptionnelle (21st Century Breakdown), en passant par un concept-album ayant marqué à jamais l’histoire de la musique en se hissant au top des charts au fil de singles d’une qualité rarement observée dans ce genre musical (American Idiot). Alors, quand on annonce qu’Armstrong et ses compères se préparent à sortir une trilogie d’albums à deux mois d’intervalle, je serre le poing et prend mon mal en patience. Car derrière ces nouveaux opus se cache un nouveau chapitre de l’histoire du punk rock, une nouvelle preuve que ce genre n’a rien d’éphémère et que la créativité peut encore suffir à produire des œuvres aussi travaillées et excitantes qu’une trilogie d’albums. Green Day s’apprête à nouveau à confirmer son statut de légende, et mérite plus que jamais sa place parmi les grands noms du rock, aux côtés des plus illustres de ses influences. EMMANUEL VAN ELSLANDE

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Playsound le mag • juin 2012

hayley williams

FOCUS

frontwoman de paramore.

PETE WENTZ, ex-fall out boy.

l’inFluence des leaders charismatiques Qu’est-ce qu’un leader sinon un chef ? Une référence ? Une personne capable de mobiliser, convaincre et fédérer ? Chaque nouveau printemps, de nombreux illustres leaders musicaux disparaissent et laissent les vestiges de leur règne aussi étincelants que l’or sublimant leur trône à jamais vide. Un leader, c’est quelqu’un d’irremplaçable, d’inimitable, de parfaitement unique. C’est une personne qui a ce petit quelque chose qui la rend grandiose, qui donne des ailes à ceux qui l’écoutent, le voient, le croient, le contemplent, le rencontrent, le suivent et le supplient de continuer à délivrer son message à travers ses hymnes et ses requiems. Un leader, c’est aussi quelqu’un qui nous éveille, nous accompagne puis nous manque, nous laisse seuls avec notre vinyle et nos vieux posters décrochés de magazines miteux à l’époque où la course aux étoiles se profilait sur nos murs de chambre recouverts d’affiches galactiques. C’est ce meneur qui rassemble, fascine et nous donne chaque jour ce petit frisson qui nous prouve qu’à chaque jour suffit sa peine, et qu’avancer n’est pas une option, mais une direction à suivre quoi qu’il arrive, que de telles personnes n’ont pas pu devenir de véritables héros sans traverser les souffrances qui forgent les mythes et les fantasmes. Les fantômes des leaders d’antan continuent à délivrer leurs échos à travers des souvenirs et

des images offrant à chacun une vision de ce qu’il faut devenir pour réussir, s’accomplir et s’épanouir. Donna Summers, Adam Yauch et Robin Gibb s’en sont eux aussi allés, en laissant derrière eux des milliers de larmes nourrissant à jamais leur légende. Car un leader, c’est un artiste qui vit dans notre cœur. Aujourd’hui, on pourrait penser que l’Olympe des Artistes se contente d’ouvrir ses portes sans délivrer de nouvelles icônes nous permettant de croire encore en leur éternité. Pourtant, calmement, dans le vrombissement des enceintes, dans le tremblement des loges à coups d’applaudissements et de cris, dans le pervers des libertés, l’accoutrement et l’apanage, se prépare une nouvelle vague de leaders, parfois insoupçonnés, qui prendront pourtant une place majeure dans les années à venir. Sans même y réfléchir, des visages apparaissent, des souvenirs reviennent, des élans épiques font vibrer les méandres de l’inconscient. Il semblerait que les leaders le deviennent à travers ce caractère mythologique qui forge leur histoire. Tom Delonge, gladiateur et ses projets entrepreneuriaux, son ambition dantesque et sa lutte contre obsessions et cancer, Billie Joe Armstrong et son éternelle compagne et collègue Adrienne, Craig Owens et ses troubles d’incertitude, Hayley Williams et son catholicisme assumé, Will Butler et sa maîtrise de dizaines d’instruments, 15

Xavier de Rosnay et Gaspard Augé et leur amitié à toute épreuve, Tom Gabel papa et mari et son vœu de devenir femme, Justin Vernon et son isolement psychologique magnifié par son premier album, Pete Wentz et ses photos tendancieuses (enfin, tout bien réfléchi, peut-être pas…), les frères Madden et leur goût pourtant critiquable de l’électro de supermarché… Si on a tendance à les réduire à une poignée d’artistes idolâtrés, les leaders se cachent en chacun d’entre nous, alors qu’ils naviguent vers des océans perdus au fil de projets incessants et d’œuvres sublimant leurs efforts. Ils nous apprennent à nous battre, à dépasser nos propres frontières, à aimer et à partager à travers leurs mélodies. Alors qu’ils paraissaient autrefois n’être que des demi-dieux aux allures d’intouchables, ils sont aujourd’hui tout proches de nous, à peine plus admirables, talentueux ou magnifiques. Et c’est à travers ce nouvel aspect que se dessinent ces nouvelles illusions de perfection, qui, loin de nous rabaisser à notre normalité, nous offrent chaque jour un aperçu de ce que chacun peut devenir, au fil des expériences, des déceptions et de ces instants qui nous laissent entrevoir un horizon aussi radieux que celui de ces héros des scènes.

• EMMANUEL VAN ELSLANDE


Playsound le mag • JUIN 2012

INTERVIEW

SILVERSTEIN Avec Josh Bradford - guitare © Billboard

ENTRETIEN Vérité réalisé le Mercredi 25 avril 2012 @ La Boule Noire - PARIS. PS : Vous êtes actuellement en pleine tournée européenne pour la promotion de votre dernier album ‘Rescue” sorti l’année dernière. Comment se passent les concerts ? Les titres de ce 5eme albums sont-ils aussi bien accueillis que les plus anciens ? Ouais, nous sommes sur cette tournée européenne depuis plusieurs mois maintenant, tout se passe bien ! Nous allons traverser 18 pays et donner plus d’une quarantaine de concerts. Le public reçoit très bien les nouvelles chansons. La plupart des morceaux viennent de Rescue mais on essaie de mélanger avec des titres des albums précédents, ça donne quelque chose de très varié. Votre meilleur souvenir pour le moment sur cette tournée ? Mhhh ! Bonne question ! Je sais pas ! (rires) La tournée mondiale était énorme et selon les endroits que nous avons visités, j’ai bu de très bonnes bières ! L’une des choses que je préfère faire, c’est de boire une bière différente d’un lieu à l’autre ... elles sont toutes si uniques et chacune d’elle laisse un bon souvenir de soirée ! C’est quelque chose que je garderai au plus profond de ma mémoire (rires). Ce soir vous partagez l’affiche avec le

groupe “We are the ocean”. Contents de voir que vous avez pu influencer un grand nombre d’autres formations dans votre pays (Canada) mais aussi outre atlantique ? Je ne sais pas à quel point nous avons pu influencer des groupes comme We Are The Ocean. On a joué avec pas mal de groupes, on les a écouté et suivis pendant qu’ils prenaient de l’ampleur, et s’il s’avère qu’on les ai influencé, j’en serais extrêmement heureux. Depuis dix ans on essaie de tourner un maximum dans le plus de lieux possibles, on travaille dur, on essaie de jouer et partager notre musique dans le monde entier, et en même temps on essaie de donner le plus de plaisir possible en donnant tout ce qu’on a. Si l’on peut influencer qui que ce soit, j’espère que ce sera tout ce travail et ce plaisir qui ressortira ! Revenons à ce cinquième album. Il est sorti en avril dernier non pas chez Victory mais sur le label Hopeless Record. Pouvez vous nous en dire plus sur ce choix ? Lorsque nous avons fini le dernier album, notre contrat avec Victory venait de se finir. Après huit ans de collaboration on a décidé que cela pouvait être super intéressant d’aller voir ailleurs ... 16

Nous avions pas mal d’idées pour nos futurs disques mais à l’époque Victory n’aurait jamais approuvé. Ce label nous a beaucoup aidé c’est sûr, mais on cherchait quelque chose de nouveau, on avait besoin d’avancer et sur ce point Hopeless Record nous a beaucoup apporté ! Maintenant nous sommes bien plus libres et le label soutient entièrement nos nouvelles idées ! C’est très bénéfique pour le groupe. “Rescue” semble être un retour aux sources, c’est volontaire ? Oui ! Tout à fait ! Nous avons toujours écrits des titres qui nous ressemblaient et surtout qui nous concernent ! Mais je pense que notre musique a tout de

“oN garde beaucoup d’idées mais on ne sait pas ce qui figurera (...) sur le prochain album.”


Playsound le mag • juin 2012

INTERVIEW même évolué. Nous continuons à nous inspirer des groupes qui nous ont influencé, ceux qu’on écoutait en grandissant par exemple. On continue à être dans la même logique, le même genre qu’à nos débuts, on joue juste avec de nouvelles sortes de sons. Et puis le fait que l’on vieillisse joue beaucoup ! Nos titres deviennent bien plus matures et je pense que nous essayons toujours de garder un côté heavy bien énervé. Peux-tu nous en dire plus sur le processus d’écriture de Silverstein ? En fait c’est toujours différent. Chaque chanson est écrite différemment ! On arrive avec quelques idées de guitare, quelques accords et riffs, on se retrouve tous ensemble dans une pièce et on commence à jammer pour que tout prenne forme naturellement. Rescue est le premier album qui nous a pris autant de temps à écrire, après notre dernière tournée on a fait un break. Ce n’est pas comme un tas de groupes qui à peine leur tournée terminée rentrent à nouveau en studio et reprennent la route 6 mois après. Nous on a choisi de prendre notre temps. On a passé près d’un an à composer, à travailler chaque chanson en détail avant d’entrer en studio. On a pris le temps de tout peaufiner quitte à revenir sur certains passages de certains titres après des heures de travail. Le but était de ne surtout pas se précipiter. Au mois de février dernier vous avez sorti “Short Songs”, un “mini-album” de 22 titres, donc 11 sont des reprises. C’est plutôt surprenant ! C’est un moyen de faire plaisir à vos fans et de les surprendre ou bien de rendre hommage à des groupes qui vous sont chers et au genre punk rock ? Un peu des deux ! C’était aussi un projet personnel qui nous tenait à cœur. On trouvait ça amusant. Vu qu’on a eu pas mal de temps pour le faire, on s’est enfermé dans un studio pendant deux semaines et au final le rendu nous a totalement convaincu. On a trouvé ça génial et on a décidé de le sortir. On savait pas vraiment comment nos fans allaient réagir, simplement qu’ils allaient trouver ça différent de ce que

nous avons l’habitude de leur offrir, mais les retours sont très positifs. Les gens ont l’air d’avoir apprécié. Ce qui est cool, c’est que même ceux qui n’appréciaient pas notre musique nous ont laissé une seconde chance. Ils nous ont écoutés à travers ces reprises et beaucoup ont trouvé ça sympas. Et puis le disque a permis à d’autres de nous découvrir et surtout de découvrir certains groupes que l’on a repris, c’est pour nous quelque chose d’important. Pourquoi ce concept de choisir des titres qui ne font pas plus d’1 minute 30 ? C’était un moyen pour nous de changer un peu, on n’a jamais fait de truc de ce genre, et quand on te donne une restriction comme celle-là, ta créativité change parce que tu ne peux pas avoir les mêmes réflexes que sur un album « normal », tu peux pas répéter le chorus, faire des couplets qui se ressemblent exactement. Tu dois sortir du moule et faire un morceau qui tienne la route quand même. En gros c’était un défi de reprendre à notre sauce des morceaux aussi courts et abrupts. Grâce à ce projet nous verrons les choses d’une manière totalement différente, notre approche va considérablement changer.

Quand on aura fini cette tournée nous rentrerons chez nous pour environ un mois. On va en profiter pour se détendre un peu parce que mine de rien, ça fait un an qu’on arrête pas. Je pense que pendant ce temps on essaiera de jammer un peu, essayer d’écrire de nouveaux morceaux et on essaiera de sortir un album l’année prochaine. On a tous de notre côté déjà quelques petites idées, alors on verra ça tous ensemble. Pour l’instant on a encore quelques concert en Nouvelle-Zélande, Australie, Chine, Japon... On va visiter pas mal de pays donc ça va être cool. Un dernier message aux fans ? Désolés d’avoir été aussi longs à revenir ici, ça faisait longtemps qu’on était pas venu jouer en France, j’espère que ce ne sera pas aussi long pour la prochaine fois !

Parmi les 11 autres titres qui sont des compositions, un nous a particulièrement sauté eux yeux : “La Marseillaise”. Dites nous en plus ! Oui ! On l’a traduite directement en anglais d’ailleurs. La copine de Shane est Française donc ça a certainement joué sur le choix de ce morceau. On s’est rendu compte en traduisant les paroles qu’il y avait quelque chose de très brutal et on s’est dit que ça ferait super sur des riffs heavy. Je ne sais pas combien de personnes se rendront compte qu’il s’agit en fait de la vraie traduction (rires). Très bien ! Et après cette tournée européenne, quel est votre programme ? Nouvelle tournée ? Travailler sur un nouveau projet, de nouvelles collaborations ? 17

• propos recueuillis par FABIEN GALLET & Matthias meunier.

+ www.playsound.fr/ITw/


Playsound le mag • JUIN 2012

RETRO

©Rex

QUAND Le rock DEVIENT

CONTESTATAIRE 1962. Un an avant l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le contexte aux Etats-Unis est tendu. Le pays est en pleine Guerre Froide avec le bloc soviétique et la ségrégation des afroaméricains est toujours présente. Cette année là, Robert Allen Zimmerman alias Bob Dylan, écrira un titre qui bouleversera certainement sa jeune carrière de chanteur folk. Ce titre, c’est Blowin’ In The Wind, une des protest songs les plus populaires à ce jour. A l’époque, le titre sonne comme une révolte en plein mouvement pour les droits civiques et dans une période où la situation s’envenime au Vietnam. Sans citer quelconque événement dans cette chanson, Dylan donnera par la suite comme simple explication que

« les réponses sont dans le souffle du vent », une façon pour lui d’éveiller les consciences et de donner un côté intemporel au titre. Durant les années 60, en plein âge d’or du rock’n’roll, tout un tas d’artistes y allait de sa protestation à travers ce formidable vecteur qu’était la musique. En plus d’avoir un fond, ces titres ont souvent rencontré un franc succès et sont devenus cultes par la suite. Tandis qu’en 1968, en pleine émergence du mouvement hippie, les Doors clamaient fervemment « the war is over » dans leur titre Unknown Soldier prônant le pacificisme et dénonçant la guerre du Vietnam, de l’autre côté de l’Atlantique la même année, les Beatles 18

sortaient leur titre Revolution, premier titre engagé du Fab Four s’attaquant à tous ces pseudo-révolutionnaires souhaitant user de la violence pour parvenir à leurs fins. A travers ces paroles « We all want to change the world / But when you talk about destruction / Don’t you know that you can count me out », Lennon affirme ouvertement désapprouver les gens usant de la violence pour tenter de changer le monde, préférant la manière pacifiste. Dans les années 70’s, alors que l’opinion générale aux Etats-Unis se révoltait massivement contre cette guerre du Vietnam interminable, un mouvement a émergé à la toute fin de la décennie. Une musique plus lourde,


Playsound le mag • juin 2012

INTERVIEW plus agressive, plus revendicative grandissait dans le paysage musical. Le Punk était né. On parlait alors d’une musique protestataire jamais vue auparavant au Royaume-Uni, rejetant toute forme de conformisme et prônant l’anarchisme. God Save The Queen, l’hymne punk par excellence des Sex Pistols s’attaquait clairement à la monarchie, l’accusant d’être un « régime fasciste ». De plus, le Royaume-Uni des années 70 était touché par une forte inflation et un important taux de chômage, peu d’avenir pour les jeunes comme le braillait si bien Johnny Rotten : « There’s no future / there’s no future / there’s no future for you ». The Clash, autre groupe légendaire du mouvement punk, a également son mot à dire dans le domaine des protest songs. Longtemps influencé par la reggae, notamment à cause du bassiste Paul Simonon issu de Brixton, un quartier au sud de Londres où le reggae était omniprésent, le groupe va aller jusqu’à composer une chanson intitulé The Guns of Brixton qui aborde les tensions présentes entre immigrants et policiers, et anticipant même les émeutes raciales se déroulant dans ce même quartier en 1981. Chaque décennie a eu son lot de protest songs, et les eighties n’y échappent pas non plus. Sunday Bloody Sunday est certainement une des chansons les plus marquantes de U2, mais aussi de la décennie de par son engagement. Créant une vague de polémique à sa sortie, le titre a valu une pluie de critiques à U2, les accusant d’encourager une certaine forme de violence et d’avoir d’étroits liens avec l’Armée républicaine irlandaise (IRA). Cette chanson fait référence au dimanche sanglant de 1972 en Irlande du nord durant lequel des catholiques, manifestants pour obtenir leur indépendance et le respect des droits civiques, se font tirer dessus par l’armée britannique, causant de nombreux blessés et de nombreux morts. Bono himself à l’époque expliquera que Sunday Bloody Sunday n’est pas une chanson rebelle mais une chanson revendiquant la paix. Autre grande figure des années 80, Morrissey a lui aussi posé sa voix sur de nombreux textes revendicatifs avec son groupe

The Smiths. En 1985, après un premier album ayant rencontré un certain succès dans les charts anglais, le groupe va sortir Meat Is Murder, un deuxième album plus engagé que son prédécesseur dans lequel Morrissey, en tant que végétarien, exprime sa révolte contre le meurtre d’animaux (il interdira même aux autres membres du groupe d’être photographié en train de manger de la viande) et contre les châtiments corporels (sur The Headmaster Ritual et Barbarism Begins at Home). Fermement opposé à Margaret Thatcher alors Premier Ministre, Morrissey ira même jusqu’à souhaiter sa mort sur le morceau Margaret On The Guillotine sur son premier album solo Viva Hate sorti en 1988. Rage Against The Machine, ça vous dit quelque chose ? Comment parler de protest songs sans évoquer le nom d’un des groupes les plus marquants des années 90. Outre leur musique totalement unique alliant les phrasés rappés de Zack De la Rocha avec des sonorités heavy bien grasses illustrées par le jeu de guitare bien barré de Tom Morello, RATM a su pondre quelques textes bien acidulés. Le plus célèbre d’entre eux, Killing In The Name, s’attaquant au racisme étroitement lié aux pouvoirs en place : « Some of those that work forces / are the same that burn crosses ». En 1992, le célèbre groupe indé Sonic Youth sortira même Youth Against Facism, titre ouvertement antiraciste, antifasciste et dénonçant l’hypocrisie religieuse. On pourrait s’arrêter là, mais ça serait bête de ne pas citer quelques titres énervés tout droit venus du XX-

Ième siècle. Sujet de prédilection dans les années 2000, le gouvernement américain sous la présidence de Georges W.Bush aura été la victime de nombreuses critiques. When The President Talk To God de Bright Eyes, Let’s Impeach the President de Neil Young ou bien Bushleaguer de Pearl Jam sont des bons exemples de manifestations musicales de la part de certains artistes opposés à la politique du président américain de l’époque Dans l’histoire, le rock a toujours soutenu des causes ou véhiculé des messages d’espoir ou de révolte. Mais aujourd’hui, en 2012, alors que la charts sont trustés par des artistes dance aux textes pour le moins douteux (pour ne pas dire insignifiants), on est quand même en droit de se demander où a bien pu passer ce bon vieux rock a guitare contestataire qui a tant fait parlé de lui par le passé. Certes les conditions de vie ont évolué, mais vous ne me ferez tout de même pas croire que l’on vie dans un monde où les oiseaux chantent, le ciel est bleu et qu’il n’existe plus aucune raison de se révolter ? Pourtant, les artistes contestataires se comptent aujourd’hui certainement sur les doigts d’une main et ont bien moins d’impact dans l’opinion publique que par le passé.

“CHAQUE Décennie a eu son lot de protest songs.” • SAmi elfakir 19


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Selection ps

KEANe STRANGELAND produit par Dan Grech-Marguerat musiciens Tom Chaplin, Tim Rice-Oxley, Richard Hughes, Jesse Quin label island RECORDS sortie 04/05/12 Dès les premières notes de Strangeland, on réalise que Keane n’a jamais cessé d’exister dans un coin de notre tête, dans une partie de nous. Le groupe nous invite dans son univers mélodieux, nous conforte et nous porte avec un simple piano et quelques synthés. La formule est simple et efficace. L’effort vocal du chanteur est remarquable, celui-ci offrant des montées extraordinaires. On se retrouve envahis par des colonies d’accords, des armées édentées de notes, des flots de sons, des vagues de transitions, des bourrasques de magnificence au fil des couplets, refrains et ponts toujours plus épurés et – paradoxalement – travaillés. Strangeland est donc un retour aux sources des plus convaincants. On aime : You Are Young, Sovereign Light Café, The Starting Line.

• EMMANUEL VAN ELSANDE 20


Playsound le mag • juin 2012

cRITIQUESalbums Avril et mai 2012 auront été des mois relativement calmes du point de vue des publications musicales. Bilan rapide d’un printemps assez mitigé. Prochaines Sorties : CROCODILEs - Endless flowers (04/06/12) // The Hives - Lex Hives (05/06/12) // Metric - Synthetica (12/06/12) // The Smashing Pumpkins - Oceania (18/06/12) // Maroon 5 - Overexposed (26/06/12) // The offspring - Days go by (26/06/12) // Linkin Park - Living Things (26/06/12) // Green day - ¡UNO! (25/09/12) // GREEN DAY - ¡DOS! (13/11/12) // Green Day - ¡TRE! (15/01/13) Et aussi : Muse, MGMT, Yellowcard, The shins, bullet for my valentine, deftones, aerosmith...

Matt skiba babylone

THE DANDY WARHOLS THIS MACHINE

« Babylone », bien qu’un peu court, s’annonce comme étant un très bon premier album au songwriting de qualité, réussissant le pari de faire du Matt Skiba sans pour autant n’être qu’une simple copie d’Alkaline Trio. Mention spéciale au titre « Voices » pour le côté pop-punk et au morceau « Falling Like Rain » pour la surprenante ambiance qu’il apporte à l’album.

Après 20 ans d’existence, les Dandy Warhols sortent leur 7e album studio. Le quatuor offre un patchwork musical tordu entre son noisy, condensé stoner/électro, titres instrumentaux hypnotiques et pop songs banales (« Well They’re Gone »). Un album décousu mais sympathique. Le temps des hymnes semble révolu mais le cas Warhols n’est pas perdu.

On aime : Voices, Falling Like Rain

On aime : Everywhere I Go, Just A Song

JACK WHITE Blunderbuss

Lostprophets weapons

Surprenants à la première écoute, on se laisse pourtant vite charmer par les nombreux titres présents sur Blunderbuss. Véritable jukebox mélangeant ballades country à des titres blues rock, l’album se veut convaincant malgré un petit manque de folie. Blunderbuss est simplement la marque de l’épanouissement d’un artiste accompli qui nous a tant gâté et qui n’a désormais plus rien à prouver.

Grosses guitares au placard, ballades pop-rock omniprésentes, un changement qui n’est pas désagréable en soi mais qui en boucle fini par lasser. On a pourtant cru que 8 ans plus tard les Lostprophets reviendraient à leur période de jeunesse fougueuse. Néanmoins, pas mal de titres valent l’écoute et si vous êtes un fan des dernières galettes du groupe.

On aime : Sixteen Saltines, I’m Shakin’, Trash Tongue Talker

On aime : Bring ‘Em Down, Better Off Dead 21


Playsound le mag • JUIN 2012

Enquete

©Empyr France

LE ROCK FRANçais

passe-t-il nécessairement par l’anglais ? Un groupe de rock made in France doitil chanter en français ou en anglais ? Le débat fait toujours rage chez les amateurs, les passionnés ou les professionnels de la musique. La question reste en suspend sans qu’une réponse unanime ne vienne y mettre un terme. Même au sein des groupes, le choix de la langue est souvent source d’interrogations. Alors que choisir, la langue de Molière ou celle de Shakespeare ? La question ne date pas d’hier ... On a pu assister à des vagues successives mettant à l’honneur les deux langues. Tout commence évidemment avec l’arrivée de notre genre musical préféré dans les années 60. Le rock anglais débarque en France avec des groupes tels que les Beatles, les Kinks, les Who, les Rolling Stones, et autres Yadbirds. Ils vont laisser une empreinte indélébile sur le paysage musical français, tout comme le rock américain distillé par Elvis et Chuck Berry. Apparaissent ainsi les premiers “rockeurs” français qui aujourd’hui laissent plutôt perplexes : Dick Rivers ou notre Johnny national. Fort heureusement, au début des années 70, portés par les espoirs d’une jeunesse qui s’affirme, un grand nombre de formations voient le jour comme le Martin Circus avec des textes en français. Mais un changement s’opère avec l’apparition de groupes qui considèrent que le rock ne tire sa légitimité que par l’anglais. Parmi eux, Little Bob Story ou les Dogs sont profondément marquées par la scène punk qui se développe. Les textes sont en anglais, ce qui leur vaut une reconnaissance outre-manche, bien moins qu’en France. Le débat est ouvert.

Pourtant, malgré les réserves des maisons de disques et médias des années 80, un rock à la française existe bien. En sont les preuves formelles Téléphone, Les Rita Mitsouko, Indochine d’une part et Trust, Warning, Bérurier Noir ou les Négresses Vertes d’autre part. Ces derniers choisissent de faire passer un message en français, parfois sur le ton de l’humour, le tout sur du rock alternatif, plus “contestataire”. Parallèlement, le rôle de la radio désormais “libre”, a joué un rôle majeur. Face à l’invasion massive des ondes par les groupes anglais, une loi votée en 1986 stipule que les stations de radio doivent diffuser au minimum 40 % de chansons d’expression française. C’est un nouveau frein pour tout les groupes qui souhaitent privilégier l’anglais.

Pony Run Run, HushPuppies, Shaka Ponk, Aaron, Stuck in the Sound et plus récemment Skip The Use, Revolver, Izia, Empyr, Jamaica, François & the Atlas Mountain ou Rover ... tout une scène française qui s’est délibérément réfugiée vers l’anglais.

On entre alors dans une ère de rock résolument français dans les années 90 avec des groupes comme Noir Désir, No One Is Innocent, Louise Attaque, Dionysos ou plus violemment avec Mass Hysteria et Lofofora. Cette ère se poursuit dans les années 2000 notamment avec Aqme, Déportivo, Luke, Superbus, la Team Nowhere, Stupeflip et plus tard la nouvelle scène des bébés rockeurs : BB Brunes et autres Plastiscines dont les textes sont en français. Pourtant les années 2000 marquent aussi le retour en puissance de l’anglais. Inspiré par la “French Touch” incarnée par Daft Punk ou Air qui ont réussit à s’exporter à l’étranger, un amas de groupes se tourne vers l’anglais. Les premiers, Phoenix, ont parfaitement réussit à s’imposer en France mais aussi à se faire une place au niveau international. Dès lors la voie est toute tracée : Pony

Ou tout simplement, le français n’est peut-être pas assez rock ... le débat reste ouvert.

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Se pose alors de plus en plus la question de cette utilisation de plus en plus fréquente de la langue de Shakespeare. Nombreux sont ceux qui prétendent être attirés par les sonorités qu’elle offre. D’autres parlent d’une attache à la langue et d’une forte inspiration tant musicale que culturelle. Mais on peut se demander finalement s’il n’y a pas là une perte d’inspiration liée au français ou bien la crainte de tomber dans une forme aigüe de niaiserie.

• FABIEN GALLET

“un rock à la française existe bien.”


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Playsound Le Mag #2