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neon u n m ag azine v i va n t Avec l’application mobile neon vous avez désormais accès à du contenu intéractif supplémentaire / Vidéos, interviews, photos, musiques / Ce contenu frais et mise à jours quotidiennement alimente le magazine via votre mobile. En plus de ce contenu nous vous proposons d’interagir avec l’équipe et les lecteurs de NEON, discutez et partagez votre avis sur les nombreux sujets que traite le magazine.

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A u b o u l o t m o n l a p i n

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Connaître

voir

av o i r

Jusqu’ou aller pour ton job

Dur retour pour l’immigré

interview sommare d’aurélien

Coucher, mentir, trahir, et même...bosser. Vous êtes

Coucher, mentir, trahir, et même...bosser. Vous êtes

vraiment pret à tout.

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vos stratégies pour mieux vivre les toilettes Petit précis de psychologie de chiottes. Parce qu’on

Après l’incendire Petit précis de psychologie de chiottes. Parce qu’on ne devrait s’emm..avec nos besoins naturels

ne devrait s’emm..avec nos besoins naturels

vendeur de sperme Petit précis de psychologie de chiottes. Parce qu’on

enfants de la balle

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cat egori e

Mais dans quel monde vivons-nous ? Pipi pour tous Petit précis de psychologie de chiottes. Parce qu’on

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Mais dans quel pays Vivons-nous ? Petit précis de psychologie de chiottes. Parce qu’on

Activiste de choc

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bellanger On lui a mis notre sommaire devant les yeux.

Moche power Petit précis de psychologie de chiottes. Parce qu’on ne devrait s’emm..avec nos besoins naturels


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respirer

r e ss e n t i r

p a r ta g e r

mes vacances sur une aire

EVJF à blackpool

edito

d’autoroute

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marseille ma ville Petit précis de psychologie de chiottes. Parce qu’on ne devrait s’emm..avec nos besoins naturels

mes series me coachent Petit précis de psychologie de chiottes. Parce

c at e g o r i e

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Jusqu’ou aller pour ton job

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Coucher, mentir, trahir, et même...bosser. Vous êtes vraiment pret à tout. vos stratégies pour mieux vivre les toilettes

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se travestir, se dépasser ou rester soi-même... 16 expériences vécues dans le monde du travail,, commentées par des spécialistes inattendus, vous aident à trouver vos limites

ou aller

_Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel Son, Camille JP.

Affronter un tyran Pendant huit ans, Emmanuelle, consultante dans un cabinet de conseil, a supporté un boss colérique, agressif, autoritaire et volontiers grossier envers ses employés. Beaucoup ont quitté le navire, lassés de ses sautes d’humeur. «Même les clients ont parfois peur de lui» glisse Emmanuelle. Elle veut que ça cesse, mais elle est pétrifiée à l’idée de lui dire ses quatres vérités. Avec un analyste, elle participe Pendant huit ans, Emmanuelle, consultante dans un cabinet de conseil, a supporté un boss colérique, agressif, autoritaire et volontiers grossier envers ses employés. Beaucoup ont quitté le navire, lassés de ses sautes d’humeur. «Même les clients ont parfois peur de lui» glisse Emmanuelle. Elle veut que ça cesse, mais elle est pétrifiée à l’idée de lui dire ses quatres vérités. Avec un analyste, elle participe alors à des s»ances de coaching. Pendant huit ans, Emmanuelle, consultante dans un cabinet de conseil, a supporté un boss colérique, ade coaching. alors à des séances de coaching pour répéter l’entretien qui décidera de sn avenir: soit elle arrange les choses avec ce patron irascible mais malgré tout compétent, soit elle met les voiles. Trois mois à définir une stratégie pour maîtriser ses émotions et être au top le jour J. Le tout avec un accompagnement tendance ad hoc: massage, ostéopathie et autres manipulations de fluides corporels. Enfin zen, Emmanuelle convoque son boss: «il faut qu’on parle». Rien de bien croustillant dans la confrontation, un simple dialogue sur ce qui va et ne va pas, chose pourtant impossible durant ces huit ans. Depuis ces quelques minutes d’explication le patron est presque sympa.

con n ai t re

pour ton

job?

Notre expert: Marie Pezé, psychanalyste et docteur en psychologie, 63 ans, spécialiste de la souffrance du travail. Emmanuelle à bien fait de demander une aide psychologique, mais le travailleur doit surtout s’informer sur ses droits et graver dans son esprit l’article L4121-1 du Code du travail, qui stipule ceci: «L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs».

Risquer ma vie «L’Afrique me faisait rêver depuis tout petit: l’aventure, les grands espaces... Quand ma boite m’a parlé d’un poste en Angola, j’ai signé les yeux fermés. J’ai vite déchanté. Comme tous les expats, je vivais dans un compound ultrasécurisé dont je ne sortais que pour aller au travail, sous escorte. Une fois, je me suis fait dépouiller sur un marché, une autre fois braquer en voiture. J’avais peur du racket et des enlèvements, j’étais sans cesse sur le qui-vive. J’ai tenu deux ans parce que mon boulot était intéressant et que, entre mon salaire et les primes de risques et de mobilité, je gagnais 75000 euros par an. De retour à Marseille, j’ai pu m’acheter un appartement et j’ai trouvé un travail tranquille. Nicolas, 29 ans, Marseille).

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Notre expert: Roméo Langlois, 34 ans, grand reporter, ex-otage des Farc en Colombie. «La vie d’un expat est à l’opposé de celle d’un correspondant à l’étranger: L’expat est envoyé par son entreprise, qui assure sa sécurité dans un pays à risque, le correspondant lui va à la rencontre du pays. Il faut être vigilant mais ne pas tomber dans la paranoïa.

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con n ai t re c at e g o r i e

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Coucher A 21 ans, Sybille décide de se lancer dans des études de médecine. Problème: la prépa coûte cher. Pour s’en sortir, elle s’engage sur le chemin périlleux des petits boulots. «Je finis par trouver un plan qui me convient parfaitement: faire le service dans les mariages. 200 euros par weekend pour une seule nuit de travail. Le premier soir, je suis en binôme avec un jeune homme de 28 ans,. Il me confie que le responsable me fait travailler en même temps qu’une autre fille et qu’il choisira la meilleur pour bosser régulièrement. Coup de massure. Mais je n’ai pas le choix: il me faut ce boulot. Je lui demande: «comment tu sais?» Réponse: «C’est mon frère». L’idée me traverse alors l’esprit de le séduire pour qu’il fasse pencher la balance en ma faveur. Je lui fais de grands sourires pendant la soirée, tout en essaunt de m’appliquer au boulot. Trois heures du matin, le service se calme, il m’invite à faire une pause clope en tête à tête. Bingo. Il me trouve sympa. Je suis ravie. Il fait froid, on grimpe dans sa voiture et il me dit «tu sais si tu as vraiment envie de bosser on peut toujours s’arranger». Tout va très vite, au moment de me rahbiller je me sens aussi sale que forte, au final, j’ai décroché le job. Est-ce que je regrette, oui et non. Ce job j’en avais besoin mais ça a révélé mon manque de confiance en moi.

Seul souci: la machine à café. Tout le monde parle politique, j’ai du mal à tisser des liens. j’évite aussi les déjeuners: impossible d’argumenter face à une table de dix personnes. Et puis le boulot change de nature, on me demande de préparer des «éléments de langage» pour le ministre. Je dois défence des mesures qui vont à l’encontre de mes convictions! Je finis par quitter le cabinet, l’expérience a été riche. Mais si on me faisait aujourd’hui la même proposition je refuserais. Charlotte, 30 ans, Paris.

Virer un ami

con n aî t re

Changer de nom En 2004, Akim décroche un job de courtier en placements financiers. Les premiers mois, il doit se constituer une clientèle en prenant des rendez-vous par téléphone. Il se rend vite compte que quelque chose cloche: «Mon nom, Mon nom arane gêne les clients. J’ai beau avoir un très bon contact avec eux, je sens que ça les empêche d’aller plus loin. Je mets un peu de temps à accepter cette réalité, mais ça devient flagrant: je ne décroche des rendez-vous qu’avez des clients maghrébins! Je finis par en parler à un collège tunisien qui me demande d’emblée: «Tu n’as pas changé de nom?». Lui travaille depuis longtemps avec un nom d’emprunt. J’en parle à mon responsable, très au fait de cette problèmatique, qui m’apporte son soutien. Ensemble, on réfléchit à un nouveau nom, quelque chose qui sonne français, sans en faire trop. C’est comme ça que je deviens Philippe Monier. L’effet est immédiat; J’obtiens quatre fois plus de rendez-vous. Les réactions sont parfois délicates dans mon entourage, notamment du côté de mes parents, qui peinent à comprendre. Mais pour moi, c’est très simple, je contourne un obstacle. Ce nom d’emprunt, il n’a pas plus d’importance que le costume que je porte. Il m’aide lors du premier contact, après il s’éfface. Mes clients réguliers connaissent mon vrai nom. C’est triste de constater que la société française en est encore à ce genre de préjugé.

Me trahir Charlotte est une socialiste convaincue, encartée PS depuis plus de dix ans. Mais en 2008, cette brillante économiste reçoit une proposition étonnante: une place dans un cabinet ministériel du gouvernement Fillon! C’est le début d’une aventure schizophrénique: «Au départ, ça me semble impensable, mais je décide tout de même de rencontre les membres du cabnet. C’est très impressionnant, une ruche foisonnante ou s’affairent des trentenaires dynamiques. On me parle du poste: passionnant! L’attrait du job et la possibilité de booster ma carrière sont trop forts: j’accepte. Je deviens donc conseillère technique, ce qui à son importance puisque à cet instant je me considère comme une technicienne qui met son travail au service de l’in

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peut être aussi mauvais. Moi, j’ai vécu le « bore-out » quand j’ai été placardisée. On pointe, dans la fonction publique. Je venais au bureau de 8h30 à 17h, mais on ne me donnait rien à faire. J’étais évincée de réunions, il y avait un cordon sanitaire autour de moi. Pour que mon cerveau ne s’atrophie pas complètement, j’ai lu des quantités de rapports de droit et d’économie, en attendant de trouver un autre poste. »

térêt général et non pas d’un gouvernement. Au début, ça se passe bien: mon travail est apprécié, c’est exaltant.

Me soumettre

«Nous sommes une dizaine autour de la table. Le bureau de l’association au grand compet. Les regards se tournent vers moi, le trésorier. J’ai la gorge un peu sèche mais je me lance... Depuis quelques semaines, l’ambiance s’est tendue dans notre bande de potes, enseignants et journalistes. Tous bénévoles, à part deux salariés permanents. Nous suons sang et eau le soir, après nos boulots respectifs, pour terminer un livre collectif, fruit de nos recherches. L’éditeur s’impatiente. Albert, un de des deux permanents devait coordonner l’ouvrage et s’était attribué l’essentiel de la rédaction. Mais il n’a rien foutu et, quand on s’en est rendu compte, tous les bénévoles ont dû enchainent les nuits blanches pour combler ses manques. Naturellement beau parleur, Albert a cette fois compromis un dossier vital pour l’association. Alors le bureau à décidé de le licencier Problème: c’est un pote. Aussi on m’a demandé à moi, le benjamin, de lui annoncer. Je le regarde dans les yeux, lui débite sans ciller l’acte d’accusion et prononce la sentence. Philippe, 49 ans, Montmorency.

Travailler P«  Sur mon contrat, je suis à 37,5 heures par semaine. En réalité, je travaille six jours sur sept, de 10h à 21h30 minimum. J’enchaîne régulièrement plusieurs nuits blanches pour boucler un projet dans mon cabinet d’architectes. Moi qui suis une grosse dormeuse, je repousse sans cesse mes limites. Le café aidant, j’ai découvert que j’étais plus efficace en pleine nuit. En juin, j’ai bossé tous les jours non-stop, weekend inclus, car j’avais 3 projets à rendre, en plus du suivi quotidien de deux chantiers. A la fin, j’étais une loque. Mon patron ne m’a donné que cinq jours de récup’. Impossible d’en demander plus dans une petite agence. L’argent n’est pas ce qui me motive. Je gagne 2 200 euros net par mois, quoi qu’il arrive. Je m’accroche car mon patron m’accorde une liberté totale: je gère tout de A à Z. J’emmagasine de l’expérience pour plus tard. J’ai un objectif: monter ma propre agence avec mes 30 ans. » (Cécile, 28 ans, Montreuil) Notre expert: Aurélie Boullet, 33 ans, alias Zoé Shépard, auteure de Ta carrière est fi-nie! « Cécile a l’air passionnée: c’est génial, mais je m’inquiète pour sa santé. Elle devrait s’économiser, sinon elle va s’épuiser à vivre à une telle cadence. Elle n’est pas loin du burn-out. Il faut trouver un juste milieu. Ne rien faire

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«  Prévoyez-vous d’avoir des enfants d’ici à cinq ans? » « Que pensez-vous des 35 heures? » « Etes vous fumeuse? » Pendant l’entretien, les questions étaient tellement bizarres qu’Elisa a senti que ça ne tournait pas rond dans cette boîte de traduction. « La cigarette, j’ai compris plus tard que c’était pour savoir si on ferait des pauses. Mais voilà, je sortais de mon école de traduction et il me fallait une expérience sur mon CV. Alors j’ai pris sur moi. » Le règlement intérieur est « ubuesque »: interdiction de parler avec ses collègues (ils communiquaient par Post-it!), tous les mails relus par son supérieur, interdiction d’avoir son téléphone portable allumé... « Régulièrement, le patron s’asseyait derrière moi et me disait: «  Vous avez l’impression d’être efficace, là? » Un jour, une collègue ramasse ses affaires alors qu’il n’est que 11 heures. Elisa lui chuchote: « Tu vas où? » Elle lui répond (en chuchotant aussi): « Je suis virée mais je n’ai pas le droit de le dire. » Délirant. «  J’ai découvert toute la puissance du harcèlement. On suivait tous comme des moutons, moi la première alors que je suis plutôt grande gueule. Avec ce job, j’ai appris à me taire et qu’il fallait s’attendre à tout dans le travail.  » (Elisa, 31 ans, Barcelone) Notre expert: Claude de Scoraille, 49 ans, psychothérapeute à la Clinique du travailler « Les premières questions en disent long: le recruteur cherche des profils soumis. Il est dans le toutcontrôle. Face à un patron harceleur, se taire n’est pas la bonne tactique. Se rebeller non plus! Il faut être plus stratégique: tuer le serpent avec son propre venin. Il faut recréer le ralation. Elisa aurait pu répondre: « Je vous remercie de votre attention. Je sais que tout ce que vous faites, c’est pour que les choses aillent bien. Surtout, dites-moi si quelque chose ne vous convient pas dans mon travail. » Il faut sur-solliciter son retour, jusqu’à faire volontairement des petites erreurs. Le harceleurs sera déstabilisé et n’aura plus de plaisir à harceler. »

Bluffer P« A l’époque, j’avais faim et je prenais tous les petits boulots. » C’était il y a dix ans, Justine écumait les agences d’hôtesses et de street marketing. « Vous savez faire du roller? » « Oui, bien sûr » Franchement,


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elle m’aurait dit «  Vous savez faire du parapente? » j’aurais dit oui avec la même assurance. C’est sorti tout seul. Il me fallait ce job, je verrais plus tard pour les détails techniques. » Evidemment, Justine NE SAIT PAS faire du roller. L’agence la rappelle pour une mission de tractage sur roulettes devant Monoprix d’Issy-les-Moulineaux, en banlieue parisienne. « Le jour J à 7 heures du mat dans ma grosse doudoune blanche Monoprix, je faisais pas la maligne. » Les fesses en arrière, les jambes écartées et fléchies au maximum pour être le plus près du sol, Justine s’accroche aux lampadaires, aux poteaux, aux passants... « Mes collègues hallucinaient, j’étais dans un état de polio attitude. Finalement, c’est devenu un jeu avec les passants qui avaient pitier de moi et prenaient mes flyers. Comme quoi ça valait le coup, on trouve toujours une solution pour rebondir. » (Justine, 31 ans, Paris)

son licenciement. » Avocat, échanges de lettres recommandées, Christine se tient à carreau pendant trois mois. Résultat: la mise à pied est levée et Christine a été augmentée à la fin de Nos experts: Marc Blanc, 58 ans, ancien secretaire fédéral de la CFDT chez Total « Christine a le sens des responsabilités. Quand on est irréprochable, on a toute la légitimité pour se faire respecter. C’est plus une question de personnalité que d’âge. Et heureusement! Avec la pression du chômage, nombre de salariés préfèrent courber l’échine plutôt que de se faire remarquer pour obtenir gain de cause. C’est dommage. Les hiérarchies sont aussi en attente de ça. » Sophie M., 32 ans, responsable Notre expert: ElkY, 31 ans, champion de RH depuis huit ans dans le poker, n°1 français secteur de l’assurance « Pour bluffer, il faut avoir « Effectivement, si un salarié confiance en soi et le jouer est performant, il est plus à fond. Sinon, c’est vrailégitime et peut poser ses ment ridicule. Au poker, c’est conditions. Mais dans le cadre une des qualités essentielles du travail, se lâcher à ce pour gagner. Tout l’art réside point-là est à double trandans le regard. Des yeux qui chant. Il faut défendre ses roulent, qui regardent vers valeurs, certes, mais ça rest le bas ou qui brillent un le milieu professionnel, on n peu trop et vous êtes cuit. joue pas sa vie. Dans le cas L’idéal, c’est de porter des de Christine, j’analyse son lunettes de soleil, et surtout augmentation comme un messag il ne faut pas trop réfléchir. déguisé de ses patrons pour Au poker, pour progresser, qu’elle se calme. » on filme les parties puis on regarde si notre visage reste Me faire insulter impassible, si on ne casse pas « En cuisine, on n’est pas des tendres. L la routine des gestes quand on nière dont on se parle peut choquer. C’es a une bonne main. » sec, pas de s’il vous plaît », c’est l’efficac

Me battre Christine, c’est le cauchemar des patrons. Une salariés modèle d’une agence de communication à Nice qui vire au bouledogue à la moindre injustice. «  Je fais bien mon boulot, mais faut pas m’chercher. » A 25 ans, elle remet à sa place un patron autoritaire qui l’accuse injustement d’avoir manqué une commande: « Si j’étais un mec, je vous casserais la gueule. » « Il m’a répondu par un petit sourire, j’avais gagné son respect. J’ai compris qu’avec ce genre de patron, il fallait rendre coup pour coup. » Depuis, Christine enchaîne. « La hiérarchie ne m’a jamais pétrifiée. Je considère que l’autre est un adulte avec qui on doit pouvoir discuter. Je ne suis pas du genre à baisser la tête, c’est une question d’estime de soi.  » Dernier combat en date: il y a un an, elle frôle le licenciement. « Je sui arrivée au bureau en fin de matinée pour rattraper ma nuit passée chez un imprimeur. » Christine est convoquée par le patron, sermonnée, elle s’énerve, se défend... l’affaire tourne au vinaigre: mise à pied pour « insubordination »! « C’était tellement injuste! Il fallait réagir, l’étape suivante, c’était

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prime. » David, 26 ans, a fait ses classe un restaurant haut gamme à Lyon, av monter en grade pour devenir chef d trées. Les « putains mais tu te branles?! sont légion. Pour une botte d’asperge quante, David a déjà vu son chef piq colère noire, taper de toutes ses force plan de travail et lui hurler de rage: «  ment trop con! » « Evidemment, ce rapports infantilisants, et c’est humili faire reprendre devant ses collègues. je me justifiait pour tout je bouillonn compris qu’il valait mieux acquiescer compte c’est que le problème soit le temps, je trouve que c’est justifi métier où il faut savoir résister à la les gens sur qui on gueule moins.. moins bien. Ce sont les codes de n’accepterais pas qu’on me parle dans la vie. » (David, 26 ans, Lyon)

Notre expert: Michel C., 53 ans, dans l’armée française, en activ « Ca ne me choque pas puisse avoir un langag vif au moment du coup Comme dans l’armée, o

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_12 ser les jeunes recrues dans leur retranchements pour les aguerrir. L’humiliation n’est pas une méthode en soi. Mais en cuisine, comme dans l’armée, chacun doit jouer sa partition au moment de passer à l’action. Celui qui se trompe se fait engueuler et passe pour un peintre après des autres. C’est la règle. »

Kerviel). Ceux-là prennent vraiment des risques »

Me faire arnaquer

Ophélie avait pourtant senti l’entourloupe. La première année de son contrat dans une atelier de bijoux fantaisie se passe bien. Puis la situation se Mariner deux ans détériore, les payes arrivent de plus en plus tard et PSi aux JO il y avait une épreuve du recrutement les derniers salaires ne sont pas versés. Ophélie réle plus long. Alessandro pourrait prétendre au poclame, sa boss la balade. Pour ses proches, elle oit dium: deux ans d’entretiens, de tests, de mises en partir. Problème: elle aime travailler. Créer des bisituation, de contre-entretiens, de stages de sélecjoux, c’est son truc. « J’étais très investie. Et ça me tion et d’entretiens de confirmation pour intégrer faisait de l’expérience. » Alors elle joue le jeu. Mais un cabinet d’avocats à Londres. Une machine de toujours pas de chèque. Elle quitte la boîte sans avoir Tout remettre en jeu guerre, à tel point qu’on se demande si ce n’est pas touché ses deux derniers mois, ses heures sup’ et «  J’ai quitté mon job et mon petit confort pour le plus endurant qui décrochera la médaille. «  Je son solde de tout compte. Dans cette affaire, elle a créer ma boîte il y a quelques mois.  » Tamia, 31 me suis battu jusqu’au bout parce que ce job, c’est aussi perdu de la confiance en soi. « C’est comme si ans, tient sur ses genoux le fruit de tous ses efforts: mon assurance-vie. J’aurai toujours cette expéje n’avais pas été reconnue dans mon travail, du coup la Thé Box, des coffrets de thés vendus depuis cet rience pour retomber sur mes pattes. » Alessandra je doutais de mes compétences. » Ophélie a fini par été par abonnement. Avant, elle était urbaniste a 27 ans et cela fait près de dix ans qu’il se préattaquer aux prud’hommes et a récupéré les salaires dans le secteur public. « J’ai eu envie de nouveauté, pare. La bonne université, le meilleur classement, manquants. « Cela m’a rendu la reconnaissance que de travailler sur un projet concret, rapide. » Avec une dizaine de stages, le réseautage dans les conféje n’avais pas eue, mon travail retrouvait sa valeur. » Julia, son associée, elles décident de se lancer: « En rences internationales... «  Pendant les entretiens, (Ophélie, 27 ans, Paris) • une semaine, on avait posé les bases du concept les recruteurs m’ont demandé de leur vendre des et choisi d’engager une bonne partie de nos écobaguettes chinoises équipées d’un ventilateur ou nomies  » Mais l’indépendance a un prix: se jeter encore ce que je pensais de la crise des subprimes. dans l’inconnu de la création d’entreprise, ne pas En deux ans, il faut rester motivé et entraîné à ce se payer la première année et prendre le risque de genre de questions pour répondre du tac au tac. la faillite. « Avec ce projet, on s’expose personnelEt en dehors des phases de sélection, on est censé lement. En cas d’échec, notre déception serait im« s’occuper » comme on peut. » L’ultime test de mense. » (Tamia, 31 ans, Paris) motivation? (Alessandro, 27 ans, Londres)

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Notre expert: Baptiste, 30 ans, trader dans une Notre expert: Yoann Huget, 25 ans, rugbyman grande banque française au Stade Toulousain et ailier du XV de France « Si on ne prend aucun risque, on « Dans se tels processus de selecne peut pas gagner d’argent. Mais tion, il faut beaucoup d’humilité et Tamia prend bien plus de risques de l’acharnement. C’est ce qu’atqu’un trader. Pour la majorité tendent entraîneurs et recruteurs. d’entre nous, le job consiste jusA chaque étape pour Alessandro, tement à les maîtriser. Moi, si comme à chaque match pour moi, je fais des erreurs, je ne perds il faut se remettre en question, pas mon job. Tamia, elle, a engagé tenter de s’améliorer pour tendre son capital personnel, n’a pas de vers l’excellence. On tient sur la salaire et n’a plus le cadre séculongueur en se dopant à l’esprit de risant de l’entreprise. Après, il compétition. A chaque fois, il faut existe un infime minorité e traders repartir sur le terrain en essayant seniors qui jouent avec les fonds d’être le meilleur. » propres de la banque (comme Jérôme

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NAM JULI_ Journaliste NEON


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Nadège, 25 ans, semble partager ce sentiment. Depuis un an, elle travaille dans une boite d’édition à Toulouse. Avant chaque passage aux cabinets, la même question se pose: «Vais-je finir dans le noir ? ». Car Nad_ge est une

Laetitia, 25 ans, admet que son subterfuge « n’est pas pratique ». Il est vrai que l’objectif avoué est ambitieux: Faire mes besoins loin de toute personne susceptible de me connaître. Rien que ça. Mais pas question d’aller au fin fond des bois, laetitia aime trop le confort. Lorsqu’elle part en vacances avec des amis « moment très compliqué », elle arpente les environs avec un seul objectif en tête : repéré les bars du coin peu fréquenté. « Certe je me complique la vie, mais l’idée même qu’on puisse me voir sur le trône me dégoute...».

« J’ai tout testé: les allumettes, l’aérosol, avant, après, rien ne marche.» Jusqu’à la découverte, il y a quelques mois, de la formule idéale. Je m’assois sur la cuvette de sorte à la couvrir intégralement et j’envoie un pschiit de désodorisant entre les jambes ». « La compression relative de l’air entre les fessus et le fond de la cuvete permet aux bonnes odeurs d’étouffer un peu les mauvaises ». Sa technique, Bertrand lui a même donné un nom : la cocotte-minute. Il n’est pas le seul à savoir passé lusieurs années à développer des stratégies pour que les lieux d’aisances le reste vraiment.

lettes

Les odeurs sont sa hantises. Surtout lorsqu’il est au traval. Depuis trois ans, il bosse dans un bureay d’ingénieuss à Montpellier: «Je te laisse imaginer l’ambiance... pas très détendue.» explique t-il en faisant la moue. Pas de chance, les toilettes sont situées juste à côté de la photocopieuse. Le lieu privilégié de discusssion. Et Bertrand, pour courroner le tout, souffre de problèmes de digestion.

c’est la peur de déranger les autres qui m’a amené ¶ Moi, à développer ma technique, confesse Bertrand, 27 ans.

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Pour Marianne, 33 ans, les ennuis ont commencé le jour ou elle a démarré un nouveau boulot. Au même moment, elle s’intallait avec son nouveau copain. Aller aux toiletttes

A cette obsession s’ajoute la notion d’intimité, développée à partir du XVIe siècle. Jusque là, c’est la rue qui tient lieu de cabinet. Honte et pudeur ne sont pas de mise. Et voilà que les bourgeois au nez délicat somment la population de confiner les mauvaises odeurs, comme le rappelle l’historien Roger-Henri Guerrand. Depuis il est bon ton de faire ses besoins seul. Loin du regard des autres. Car ce qui inquiète les obsessionnels du colon, c’est bien la peur d’être surpris en train d’effectuer cette basique besogne. Alors il faut se creuser la tête. Jusqu’à l’extrême.

adpete de la technique du fantôme, dès que quelqu’un rentre dans les toilettes d’à côté j’arrête de respirer. Si la lumière s’éteint tant pis. il faudra continuer sans. « Ce qui arrive quasiment à chaque fois, l’avantage c’est que les gens croient que le cabinet est hors-service, et finissent par en chercher un autre. L’inconvénient c’est qu’on peut rester très longtemps.» Son record est de une demi-heure. Pourquoi un tel luxe de précautions pour tenter de dissimuler nos besoins naturels? Excès de pudibonderie? Hygiénisme pathologique? Les raisons sont souvent psychologiques analyse Dominique Mazin, psychologue. De nombreux adultes oublient que leur défécation n’intéresse personne. Ils montent des stratagèmes pour ne pas être entendus, alors que tout le monde s’en fout ! Et il faut retourner l’âge de l’apprentissage de la propreté pour trouver l’explication de cette lubie. C’est la remière fois que le parent dit ouvertement ce qui est bien et mal : dans le pot c’est bien, à côté c’est mal. Et visiblement, les applaudissements au moindre plouf restent dans un coin de l’inconscient. Les adultes sont persuadés que le monde entier est obnubilé par leur production... comme l’étaient leurs parents.

_Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel Son, Camille JP.

mieux vivre les toi-

La pression des cabinets d’aisances serait-elle plus forte sur la gent féminine? 83% de nos concitoyens ne se sentent pas propres après leur passage aux toilettes. Et la gêne s’accorde aussi au masculin. Malgré ses efforts , Julien, 25 ans, a toujours détesté ce moment. Surtout les odeurs. Pour éviter les désagréments olfactifs, il tire la chasse en plein milieu. Julien n’a rien inventé. Rien d’étonnant dans la culture japonaise, 1400 mots ou expressions pour évoaquer les toilettes. Chez les nippons, le gagdet qui porte le nom Otohimie, reproduit le bruit de la chasse d’eau. Futile? Il permet d’économiser jusqu’à 20 litres d’eau par utilisation, gaspillé pour faire office de camouflage sonor •

Pour évaluer la situation et trouver une solution, il aura suffi de trois coups d’oeil à Sophie, 24 ans, le premier jour dans sa nouvelle entreprise, une banque. Constat n°1: tous ses collaborateurs sont masculins, rien de pire pour me bloquer. Deuxième constat, les toilettes jouxtent la cuisine, là ou tout le monde prend son café et discute. Mais siphie saint comment marche une banque, le matin je consulte en ligne l’agenda de mes collègues. Il suffit de repérer la demi-heure ou ils sont tous en rendez-vous pour filer aux toilettes. Parfois c’est difficile de se retenir alors je prends un comprimé d’immodium et ça passe. Mais ça reviendra. La constipation excessive et la retenue des selles peuvent entrainer des cas d’encoprésie, c’est à dire des fuites de matières.

le matin? Pas question. Elles étaient collées au mur de la chambre. Quant à celle du taf, impossible : plantées au milieu de l’open space. On entendait les mouches voler, alors pendant un an, tous les midis, Marianne rentre chelle elle, juste pour aller aux WC, le truc idiot, j’avais huit stations de métro, le temps d’arriver et de m’exécuter, je devais repartir pour ne pas être en retard. Résultat, Marianne avale tous les jours des sandwichs, et ses collègues finissent par la prendre pour une snob.

les trésors d’imagination que l’on peut déployer pour se sen-

vos stratégies pour De la toux forcée à la cuvette tapissée de papier, c’est fou

NAM JULI_ Journaliste NEON

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1.2 Neon Magazine_4 ¶

neon magazine n4

Nadège, 25 ans, semble partager ce sentiment. Depuis un an, elle travaille dans une boite d’édition à Toulouse. Avant chaque passage aux cabinets, la même question se pose: «Vais-je finir dans le noir ? ». Car Nad_ge est une adpete de la technique du fantôme, dès que quelqu’un rentre dans les toilettes d’à côté j’arrête de respirer. Si la lumière s’éteint tant pis. il faudra continuer sans. « Ce qui arrive quasiment à chaque fois, l’avantage c’est que les gens croient que le cabinet est hors-service, et finissent par en chercher un autre. L’inconvénient c’est qu’on peut rester très longtemps.» Son record est de une demi-heure. Pourquoi un tel luxe de précautions pour tenter de dissimuler nos besoins naturels? Excès de pudibonderie? Hygiénisme pathologique? Les raisons sont souvent psychologiques analyse Dominique Mazin, psychologue. De nombreux adultes oublient que leur défécation n’intéresse personne. Ils montent des stratagèmes pour ne pas être entendus, alors que tout le monde s’en fout ! Et il faut retourner l’âge de l’apprentissage de la propreté pour trouver l’explication de cette lubie. C’est la remière fois que le parent dit ouvertement ce qui est bien et mal : dans le pot c’est bien, à côté c’est mal. Et visiblement, les applaudissements au moindre plouf restent dans

Laetitia, 25 ans, admet que son subterfuge « n’est pas pratique ». Il est vrai que l’objectif avoué est ambitieux: Faire mes besoins loin de toute personne susceptible de me connaître. Rien que ça. Mais pas question d’aller au fin fond des bois, laetitia aime trop le confort. Lorsqu’elle part en vacances avec des amis « moment très compliqué », elle arpente les environs avec un seul objectif en tête : repéré les bars du coin peu fréquenté. « Certe je me complique la vie, mais l’idée même qu’on puisse me voir sur le trône me dégoute...».

« J’ai tout testé: les allumettes, l’aérosol, avant, après, rien ne marche.» Jusqu’à la découverte, il y a quelques mois, de la formule idéale. Je m’assois sur la cuvette de sorte à la couvrir intégralement et j’envoie un pschiit de désodorisant entre les jambes ». « La compression relative de l’air entre les fessus et le fond de la cuvete permet aux bonnes odeurs d’étouffer un peu les mauvaises ». Sa technique, Bertrand lui a même donné un nom : la cocotte-minute. Il n’est pas le seul à savoir passé lusieurs années à développer des stratégies pour que les lieux d’aisances le reste vraiment.

Moi, c’est la peur de déranger les autres qui m’a amené à développer ma technique, confesse Bertrand, 27 ans. Les odeurs sont sa hantises. Surtout lorsqu’il est au traval. Depuis trois ans, il bosse dans un bureay d’ingénieuss à Montpellier: «Je te laisse imaginer l’ambiance... pas très détendue.» explique t-il en faisant la moue. Pas de chance, les toilettes sont situées juste à côté de la photocopieuse. Le lieu privilégié de discusssion. Et Bertrand, pour courroner le tout, souffre de problèmes de digestion.

_Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel Son, Camille JP.

sport, baptisé street golf, se joue même quand on est fauché

Le golf est-il le nouveau skate? La version citadine du

enfants de la balle

con cat egori n ai t ree

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Gabrielle, 24 ans, ne se sert pas de la chasse pour étouffer les bruits: Trois feuilles de papier toilette suffisent. Je forme un toboggan, en les répartissant équitablement sur la porcelaine •

La pression des cabinets d’aisances serait-elle plus forte sur la gent féminine? 83% de nos concitoyens ne se sentent pas propres après leur passage aux toilettes. Et la gêne s’accorde aussi au masculin. Malgré ses efforts , Julien, 25 ans, a toujours détesté ce moment. Surtout les odeurs. Pour éviter les désagréments olfactifs, il tire la chasse en plein milieu. Julien n’a rien inventé. Rien d’étonnant dans la culture japonaise, 1400 mots ou expressions pour évoaquer les toilettes. Chez les nippons, le gagdet qui porte le nom Otohimie, reproduit le bruit de la chasse d’eau. Futile? Il permet d’économiser jusqu’à 20 litres d’eau par utilisation, gaspillé pour faire office de camouflage sonore.

Pour évaluer la situation et trouver une solution, il aura suffi de trois coups d’oeil à Sophie, 24 ans, le premier jour dans sa nouvelle entreprise, une banque. Constat n°1: tous ses collaborateurs sont masculins, rien de pire pour me bloquer. Deuxième constat, les toilettes jouxtent la cuisine, là ou tout le monde prend son café et discute. Mais siphie saint comment marche une banque, le matin je consulte en ligne l’agenda de mes collègues. Il suffit de repérer la demi-heure ou ils sont tous en rendez-vous pour filer aux toilettes. Parfois c’est difficile de se retenir alors je prends un comprimé d’immodium et ça passe. Mais ça reviendra. La constipation excessive et la retenue des selles peuvent entrainer des cas d’encoprésie, c’est à dire des fuites de matières.

Pour Marianne, 33 ans, les ennuis ont commencé le jour ou elle a démarré un nouveau boulot. Au même moment, elle s’intallait avec son nouveau copain. Aller aux toiletttes le matin? Pas question. Elles étaient collées au mur de la chambre. Quant à celle du taf, impossible : plantées au milieu de l’open space. On entendait les mouches voler, alors pendant un an, tous les midis, Marianne rentre chelle elle, juste pour aller aux WC, le truc idiot, j’avais huit stations de métro, le temps d’arriver et de m’exécuter, je devais repartir pour ne pas être en retard. Résultat, Marianne avale tous les jours des sandwichs, et ses collègues finissent par la prendre pour une snob.

A cette obsession s’ajoute la notion d’intimité, développée à partir du XVIe siècle. Jusque là, c’est la rue qui tient lieu de cabinet. Honte et pudeur ne sont pas de mise. Et voilà que les bourgeois au nez délicat somment la population de confiner les mauvaises odeurs, comme le rappelle l’historien Roger-Henri Guerrand. Depuis il est bon ton de faire ses besoins seul. Loin du regard des autres. Car ce qui inquiète les obsessionnels du colon, c’est bien la peur d’être surpris en train d’effectuer cette basique besogne. Alors il faut se creuser la tête. Jusqu’à l’extrême.

un coin de l’inconscient. Les adultes sont persuadés que le monde entier est obnubilé par leur production... comme l’étaient leurs parents.

NAM JULI_ Journaliste NEON

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1.3

pipi pour tous

NAM JULI_ Journaliste NEON

On n’imagine pas toutes les petites vexations que la vie quotidienne apporte à ceux qui se sentent différents.  Quand on n’a pas envie de choisir si l’on est un homme ou une femme, même aller aux toilettes peut être vécu comme une discrimination,  comme le pointait un rapport de la Commission  européenne sur les personnes trans et intersexuées, en 2011. Dans l’arrondissement de Friedrichshain et de Kreuzberg, à Berlin, les indécis vont enfin pouvoir pisser dans leur genre grâce à des lieux d’aisances qui leur sont dédiés dans les administrations ouvertes au public. Une initiative portée par le parti pirate,  entré  au parlement du Land de Berlin en septembre 2011, et votée avec les voix de la gauche et des verts début mars 2013. Avant d’équiper les écoles et les bibliothèques de W.-C. spécialement aménagés, les panneaux « Hommes » et « Femmes » des toilettes de la sécu et de la mairie qui réunit les deux quartiers seront enlevés dès le 1er juin. Le temps de réfléchir à l’organisation de ces wa-wa du troisième type : si l’installation de tables à langer (pour que les hommes AUSSI puissent changer leurs bébés) est acquise, celle d’urinoirs fait débat •

_Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel Son, Camille JP.

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Le golf est-il le nouveau skate? La version citadine du

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1.4 Elles sont la bête noire du président russe Vladimir Poutine. En février dernier, dans une église orthodoxe de Moscou, les Pussy Riot entonnent une prière punk à l’encontre du dirigeant. Une prestation que ce dernier n’apprécie guère. Résultat, deux filles de ce groupe punk féministe ont été condamnées à deux ans de camp de travail. Formées en 2011, les Pussy Riot n’en sont pas à leurs premières frasques. Les punkettes ont participé à diverses performances artistiques au sein du collectif Voïna, dont on vous parlait dans le n°1 de NEON. Parmi leurs actions, il y a eu notamment un phallus géant peint sur un pont faisant face au siège du KGB…

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Protester seins nus, tel est le mode opératoire des Femen, groupe féministe originaire d’Ukraine. En octobre dernier, c’est donc  topless  qu’elles manifestent devant le ministère de la Justice. L’objet de leur indignation ? Le verdict dans une affaire de viols collectifs. Luttant pour le droit des femmes, cessextivistes, comme elles se qualifient, n’en sont pas à leur premier coup d’éclat : protestation lors de l’Euro 2012 et des jeux Olympiques de Londres, mani-

Coup de gueule topless

Des silhouettes blanches sur le sol, un périmètre de sécurité… Non, il ne s’agit pas du dernier tournage deNCIS, mais d’une mise en scène d’Action contre la faim. Dans le cadre de la journée mondiale de l’alimentation, l’ONG a reproduit une scène de crime géante dans une trentaine de villes françaises. But de la manœuvre : représenter les 10 000 femmes et enfants de moins de 5 ans qui meurent chaque année de malnutrition.

Scène de crime

Manifestation à poil contre le commerce de fourrure, mise en scène morbide pour dénoncer la tauromachie… Grand défenseur de la cause animale, l’organisme PETA est connu pour ses actions chocs, souvent dénudées. La petite dernière du genre ? En août dernier, des militantes manifestent place de la Bastille à Paris dans une baignoire remplie de jus de tomate ! Une mise en scène plutôt glauque destinée à dénoncer les tests des labos cosmétiques sur nos amis les bêtes.

Protestation sanglante

Prière punk

chocs

_Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel Son, Camille JP.

Manifestations seins nus, mises en scène culottées… Pour obtenir gain de cause, certains militants ne reculent devant rien.

activiste de

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NAM JULI_ Journaliste NEON

En matière de protestation, la Corée du Sud n’est pas à court d’imagination. La preuve : récemment, une dizaine de militants pro-démocratie ont envoyé par ballon 30 000 tracts à destination de Pyongyang, capitale de la Corée du Nord. Dans ces « colis surprise », des photos d’autocrates déchus, comme le Roumain Nicolae Ceausescu ou encore l’Irakien Saddam Hussein. Le but ? Exhorter les Nord-Coréens à se soulever contre leur nouveau dirigeant, Kim Jong-Un. Ce n’est pas la première fois que Séoul nargue son voisin à coups de ballons de baudruche. Interrompus pendant 11 ans, ces lâchers contestataires ont repris en 2010 •

Lâcher de ballons

Voilà qui a dû dérouter bien des passants : en octobre dernier, une vague de syncopes fait rage devant un H&M parisien. Pas de panique : il s’agissait d’une simulation d’Éthique sur l’étiquette, collectif militant pour le respect des droits au travail dans les pays du Sud. Le but ? Symboliser les évanouissements des Cambodgiens bossant dans la confection, ces derniers ne gagnant pas suffisamment pour se nourrir correctement. Objectif : pousser les marques de textiles se fournissant au Cambodge à payer convenablement les ouvriers. Ces derniers touchent en effet 66 dollars par mois, salaire ne couvrant qu’un quart de leurs besoins de base. Résultat, au boulot, des ouvriers s’évanouissent par centaine. Et H&M n’est pas la seule marque concernée: dans le collimateur du collectif, Zara, mais aussi GAP et Levi’s.

Évanouissements collectifs

festation devant les fenêtres de Dominique Strauss-Kahn suite à l’affaire du Sofitel… Et cela n’est pas prêt de s’arrêter : les Femen ont pris d’assaut le quartier de la Goutte d’Or à Paris, où elles ont crée le premier centre d’entraînement international pour féministes.

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1.4


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vo dur retour pour l’immigré

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Quand Maldonado clandestin mexicain, rentre chez lui, il n’est plus le bienvenu.

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Après l’incendie Leur immeuble à brûlé. Dix-huit mois après, les rescapés racontent.

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Mais dans quel monde vivons nous

Au Brésil, lire ouvre les portes du pénitencier Mais dans quel pays vivons nous

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Ayrault fait son jardin à Matignon

Vendeur de sperme

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Jonas, étudiant, éjacule pour payer la fac.

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2.0


dur re-

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Maldonado à vécu en clandestin aux Etats-Unis. Sur un malentendu, il est rentré au Mexique. Ou il se sent un étranger.

tour

_Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel Son, Camille JP.

voi r

pour

trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze ¶ Voilà détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé». Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

l’émigré

Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les EtatsUnis» admet Maldonado.

2.1

Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entre-temps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des EtatsUnis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère». 400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011.

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_23 «C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un conducteur pour le prendre en stop jusqu’à la ville la plus proche. Pis il se volatilisera en bus sur le réseau routier américain. Soudain, des phares allumés. Maldonado se couche sur le sol, retient son souffle. Il entend des bruits de moteur, des aboiements, des pas qui se rapprochent – Lorsque Maldonado raconte sa fuite, ça ressemble à un thriller au cinéma. Un museau humide se colle contre son oreille. «Monte dans le camoin», lui ordonne le garde frontière. Destination : le centre de rétention.

sur le sol, se camouflent avec de la terre et des branches séchées. La température grimpe, entre 40 et 50°C. EN moyenne, un migrant meurt chaque jour de soif ou d’insolation sous le soleil cuisant. Le quatuor remplit des bouteilles en plastique dans des trous d’eau croupie et mange la moisissure sur les tortillas. Le coyote tue trois serpents. Maldonado: «J’ai cru que j’allais mourir».

c atvoi e g or r i e

L’histoire de Maldonado commence des années auparavant, à Santo Domingo, un village du Sud du Mexique. On y vit souvent avec moins de deux dollars par jour. Il quitte l’école après le primaire, devient plombier puis père de deux enfants. Il boit trop, sa femme le quitte. Il est débordé avec ses deux gamins âgés de 3 et 4 ans. Il les confie à sa mère pour suivre une cure de désintoxication. A son retour, il ne trouve pas de boulot. Sa famille a de quoi manger, du riz et des haricots, mais pas assez d’argent pour inscrire les enfants à l’école. Chaque mois, un bus s’en va vers le nord. A l’intérieur, des jeunes hommes en route pour les Etats-Unis. Les familles qui ont quelqu’un «là-bas» voient leur maison d’argile se transformer en maison de pierre. Dans leurs assiettes, le poulet remplace les oeufs. Ceux qui en sont revenus racontent: les rues sont propres, on a toujours une liasse de billets dans la poche. Ils montrent des photos de voitures de sport, des vues de Las Vegas.

Maldonado, s’en va sans vraiment dire adieu, sans effusion ni embrasses. Comme s’il allait revenir un peu plus tard. Sur son dos, un sac de toile. Dedans, un tee-shirt, une paire de jeans, deux boîtes de haricots, deux litres d’eau et dix tortillas. Le bus ronronne trois jours et trois nuits avant d’atteintre Nogales, ville frontière ou vit sa cousine. Elle lui trouve un «coyote». Le passeur lui demande 1500 dollars pour l’emmener jusqu’à Phoenix, Arizona. Maldonado n’a même pas cinq dollars en poche. Pas grave: tu me paieras ta dette en travaillant là-bas». Pendant trois nuits, Maldonado et trois autres Mexicains traversent le désert. La journée, il s’allongent sur le sol, se camouflent avec de la terre et des branches séchées. La température grimpe, entre 40 et 50°C. EN moyenne, un migrant meurt chaque jour de soif ou d’insolation sous le soleil cuisant. Le quatuor remplit des bouteilles en plastique dans des trous d’eau croupie et mange la moisissure sur les tortillas. Le coyote tue trois serpents. Maldonado: «J’ai cru que j’allais mourir». Maldonado, s’en va sans vraiment dire adieu, sans effusion ni embrasses. Comme s’il allait revenir un peu plus tard. Sur son dos, un sac de toile. Dedans, un tee-shirt, une paire de jeans, deux boîtes de haricots, deux litres d’eau et dix tortillas. Le bus ronronne trois jours et trois nuits avant d’atteintre Nogales, ville frontière ou vit sa cousine. Elle lui trouve un «coyote». Le passeur lui demande 1500 dollars pour l’emmener jusqu’à Phoenix, Arizona. Maldonado n’a même pas cinq dollars en poche. Pas grave: tu me paieras ta dette en travaillant là-bas». Pendant trois nuits, Maldonado et trois autres Mexicains traversent le désert. La journée, il s’allongent

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_24 Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé». Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

«C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un conducteur pour le prendre en stop jusqu’à la ville la plus proche. Pis il se volatilisera en bus sur le réseau routier américain. Soudain, des phares allumés. Maldonado se couche sur le sol, retient son souffle. Il entend des bruits de moteur, des aboiements, des pas qui se rapprochent – Lorsque Maldonado raconte sa fuite, ça ressemble à un thriller au cinéma. Un museau humide se colle contre son oreille. «Monte dans le camoin», lui ordonne le garde frontière. Destination : le centre de rétention. L’histoire de Maldonado commence des années auparavant, à Santo Domingo, un village du Sud du Mexique. On y vit souvent avec moins de deux dollars par jour. Il quitte l’école après le primaire, devient plombier puis père de deux enfants. Il boit trop, sa femme le quitte. Il est débordé avec ses deux gamins âgés de 3 et 4 ans. Il les confie à sa mère pour suivre une cure de désintoxication. A son retour, il ne trouve pas de boulot. Sa famille a de quoi manger, du riz et des haricots, mais pas assez d’argent pour inscrire les enfants à l’école. Chaque mois, un bus s’en va vers le nord. A l’intérieur, des jeunes hommes en route pour les Etats-Unis. Les familles qui ont quelqu’un «là-bas» voient leur maison d’argile se transformer en maison de pierre. Dans leurs assiettes, le poulet remplace les oeufs. Ceux qui en sont revenus racontent: les rues sont propres, on a toujours une liasse de billets dans la poche. Ils montrent des photos de voitures de sport, des vues de Las Vegas.

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Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado.

Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entre-temps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère».

2.1

Maldonado, s’en va sans vraiment dire adieu, sans effusion ni embrasses. Comme s’il allait revenir un peu plus tard. Sur son dos, un sac de toile. Dedans, un tee-shirt, une paire de jeans, deux boîtes de haricots, deux litres d’eau et dix tortillas. Le bus ronronne trois jours et trois nuits avant d’atteintre Nogales, ville frontière ou vit sa cousine. Elle lui trouve un «coyote». Le passeur lui demande 1500 dollars pour l’emmener jusqu’à Phoenix, Arizona. Maldonado n’a même pas cinq dollars en poche. Pas grave: tu me paieras ta dette en travaillant là-bas». Pendant trois nuits, Maldonado et trois autres Mexicains traversent le désert. La journée, il s’allongent sur le sol, se camouflent avec de la terre et des branches séchées. La température grimpe, entre 40 et 50°C. EN moyenne, un migrant meurt chaque jour de soif ou d’insolation sous le soleil cuisant. Le quatuor remplit des bouteilles en plastique dans des trous d’eau croupie et mange la moisissure sur les tortillas. Le coyote tue trois serpents. Maldonado: «J’ai cru que j’allais mourir».

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_26 Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé».

«C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un conducteur pour le prendre en stop jusqu’à la ville la plus proche. Pis il se volatilisera en bus sur le réseau routier américain. Soudain, des phares allumés. Maldonado se couche sur le sol, retient son souffle. Il entend des bruits de moteur, des aboiements, des pas qui se rapprochent – Lorsque Maldonado raconte sa fuite, ça ressemble à un thriller au cinéma. Un museau humide se colle contre son oreille. «Monte dans le camoin», lui ordonne le garde frontière. Destination : le centre de rétention.

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Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

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milles qui ont quelqu’un «là-bas» voient leur maison d’argile se transformer en maison de pierre. Dans leurs assiettes, le poulet remplace les oeufs. Ceux qui en sont revenus racontent: les rues sont propres, on a toujours une liasse de billets dans la poche. Ils montrent des photos de voitures de sport, des vues de Las Vegas.

Maldonado, s’en va sans vraiment dire adieu, sans effusion ni embrasses. Comme s’il allait revenir un peu plus tard. Sur son dos, un sac de toile. Dedans, un tee-shirt, une paire de jeans, deux boîtes de haricots, deux litres d’eau et dix tortillas. Le bus ronronne trois jours et trois nuits avant d’atteintre Nogales, ville frontière ou vit sa cousine. Elle lui trouve un L’histoire de Maldonado commence des années «coyote». Le passeur lui demande 1500 dollars pour auparavant, à Santo Domingo, un village du Sud l’emmener jusqu’à Phoenix, Arizona. Maldonado du Mexique. On y vit souvent avec moins de deux n’a même pas cinq dollars en poche. Pas grave: tu dollars par jour. Il quitte l’école après le primaire, me paieras ta dette en travaillant là-bas». Pendant devient plombier puis père de deux enfants. Il boit trois nuits, Maldonado et trois autres Mexicains trop, sa femme le quitte. Il est débordé avec ses traversent le désert. La journée, il s’allongent sur le deux gamins âgés de 3 et 4 ans. Il les confie à sa sol, se camouflent avec de la terre et des branches mère pour suivre une cure de désintoxication. A séchées. La température grimpe, entre 40 et 50°C. son retour, il ne trouve pas de boulot. Sa famille a EN moyenne, un migrant meurt chaque jour de soif de quoi manger, du riz et des haricots, mais pas assez ou d’insolation sous le soleil cuisant. Le quatuor remd’argent pour inscrire les enfants à l’école. Chaque plit des bouteilles en plastique dans des trous d’eau mois, un bus s’en va vers le nord. A l’intérieur, des croupie et mange la moisissure sur les tortillas. Le jeunes hommes en route pour les Etats-Unis. Les facoyote tue trois serpents. Maldonado: «J’ai cru que milles qui ont quelqu’un «là-bas» voient leur maison j’allais mourir». d’argile se transformer en maison de pierre. Dans leurs assiettes, le poulet remplace les oeufs. Ceux qui en sont revenus racontent: les rues sont propres, on a toujours une liasse de billets dans la poche. Ils montrent des photos de voitures de sport, des vues de Las Vegas.

Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas Maldonado, s’en va sans vraiment dire adieu, sans efrépondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle fusion ni embrasses. Comme s’il allait revenir un peu va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle plus tard. Sur son dos, un sac de toile. Dedans, un va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va tee-shirt, une paire de jeans, deux boîtes de haricots, bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle deux litres d’eau et dix tortillas. Le bus ronronne ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à trois jours et trois nuits avant d’atteintre Nogales, la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». ville frontière ou vit sa cousine. Elle lui trouve un Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière «coyote». Le passeur lui demande 1500 dollars pour fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du l’emmener jusqu’à Phoenix, Arizona. Maldonado sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette n’a même pas cinq dollars en poche. Pas grave: tu un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rame paieras ta dette en travaillant là-bas». Pendant pelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va trois nuits, Maldonado et trois autres Mexicains mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je traversent le désert. La journée, il s’allongent sur le te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant sol, se camouflent avec de la terre et des branches le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à séchées. La température grimpe, entre 40 et 50°C. la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. EN moyenne, un migrant meurt chaque jour de soif Comment pourrons-nous envoyer les enfants à ou d’insolation sous le soleil cuisant. Le quatuor reml’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter plit des bouteilles en plastique dans des trous d’eau les Etats-Unis» admet Maldonado. croupie et mange la moisissure sur les tortillas. Le coyote tue trois serpents. Maldonado: «J’ai cru que Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, j’allais mourir».L’histoire de Maldonado commence vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne des années auparavant, à Santo Domingo, un village gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et du Sud du Mexique. On y vit souvent avec moins de tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourdeux dollars par jour. Il quitte l’école après le priner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première maire, devient plombier puis père de deux enfants. traversée de la frontière, il est devenu quasiment Il boit trop, sa femme le quitte. Il est débordé avec impossible d’entrer sans papiers. Entre-temps, le ses deux gamins âgés de 3 et 4 ans. Il les confie à nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, sa mère pour suivre une cure de désintoxication. A 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de son retour, il ne trouve pas de boulot. Sa famille a de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on quoi manger, du riz et des haricots, mais pas assez prend des mesures sévères contre ce que beaucoup d’argent pour inscrire les enfants à l’école. Chaque regardent comme une «invasion étrangère». 400 mois, un bus s’en va vers le nord. A l’intérieur, des 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire jeunes hommes en route pour les Etats-Unis. Les fa américain en 2011.

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Voilà trente-huit heures que Maldonado est allonil gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus Nous avons besoin d’argent. Comment pourgé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est qu’au Mexique. rons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, admet Maldonado. tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en apvend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle pelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le télégagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à phone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourmoitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses devenant un peu plus graves avec les années. Mais un ner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas traversée de la frontière, il est devenu quasiment ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle impossible d’entrer sans papiers. Entre-temps, le l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de très court, plombage sur l’incisive gauche. Les donbien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on nées sont comparées ave celles de la base du FBI. ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à prend des mesures sévères contre ce que beaucoup L’ordinateur affiche: «Trouvé». la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». regardent comme une «invasion étrangère». 400 Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction américain en 2011. feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’ofLorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta ficier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôà l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio pitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre américain. La première fois, c’était en 2001, et ça pas à la maison, je t’en prie. avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, NAM JULI_ Journaliste NEON

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l’incen-

Maldonado à vécu en clandestin

aux Etats-Unis. Sur un malentendu, il est rentré au Mexique. Ou il se sent un étranger.

_Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel Son, Camille JP.

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Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé». Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique. Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occu-

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pée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado. Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entretemps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère». 400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011.

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«C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un

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lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, mais d u M e xi qelleuelleneevava.bien» pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre

Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé».

pée, et pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l���école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado.

Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entretemps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère». 400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011.

Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occu-

«C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est

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un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé». Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique. Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il


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_32 _32 Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, L’ordinateur affiche: «Trouvé». Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dide faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu manches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les polifois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle ciers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occude se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan pée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occuscanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheet d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de pée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre veux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique. pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent».

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_33 Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado. Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entretemps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère». 400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011.

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«C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé».

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Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

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Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils •

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DEUR DE SPERME

Maldonado à vécu en clandestin aux Etats-Unis.

Sur un malentendu, il est rentré au Mexique. Ou il se sent un étranger. _Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel Son, Camille JP.

Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé».

Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001,

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et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent».

chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admeendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entre-temps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère». 400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011.

Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle

«C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’au-

Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans

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Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé». Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agri-

cole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique. Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu

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es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado. Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entre-temps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère». 400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011.

«C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un

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_36 Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé».

Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et

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personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

«C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé».

Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado.

Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado.

L’ h i stoi r e de M a l don a do com m e n ce de s

Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entre-temps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère». 400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011.

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3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère». 400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011.

a n n é e s au pa r ava n t, à Sa n to D om i n go, u n v i l l age du S u d du

Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entre-temps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les

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Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé».

Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé

Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado. Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entre-temps, le nombre de gar •

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une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.


2.4 fake in china Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche:.

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Blanchiment

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2.5

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Pendant huit ans, il avait envoyé des sous

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SuperProcédurier

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RE S P I MES VACANCES SUR UNE AIRE D’autoroute

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Quand Maldonado clandestin mexicain, rentre chez lui,

RER il n’est plus le bienvenu.

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marseille ma ville

Leur immeuble à brûlé. Dix-huit mois après, les rescapés racontent.

mes séries me coachent Au Brésil, lire ouvre les portes du pénitencier

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3.0


mes va-

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cances sur

Maldonado à vécu en clandestin aux Etats-Unis.

Sur un malentendu, il est rentré au Mexique. Ou il se sent un étranger. _Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel Son, Camille JP.

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une aire

d’autoroute

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Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait

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vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

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Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent».

Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

Mo rbi p h a ret ra , au gu e e u a l i q ua m l ao re et

Il prend la route:4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado. Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entretemps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère». 400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011. «C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé». Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique.

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Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois.


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en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détedix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique. • nus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un crimiPendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo nel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur Domingo dans la province d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En cheet de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les min, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé». va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. Il y a deux ans, en Floride, Maldonado avait grillé un feu «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent». rouge. Il avait alors payé une amande sans faire d’histoire et personne n’avait vérifié son permis de séjour.»Tu étais déjà sur le territoire?» demande l’officier en espagnol. Il fait oui de la tête. Nus sommes à l’été 2009, et c’est la deuxième fois que Leoncio Gaspar Maldonado tente d’entrer sur le territoire américain. La première fois, c’était en 2001, et ça avait marché. Ouvrier agricole en Floride, dans le Michigan et d’autres Etats, en fonction des récoltes, il gagnait pres de dix dollars de l’heure: dix fois plus qu’au Mexique. NAM JULI_ Pendant huit ans, il avait envoyé des sous à sa famille, à Santo Domingo dans la province Journaliste NEON d’Oaxaca, après avoir payé le loyer, le téléphone et de quoi manger. Les dimanches, il leur parlait un quart d’heure en appelant chez les voisins car sa famille n’avait pas le téléphone. Pour Maldonado, ses enfants éaient deux vois devenant un peu plus graves avec les années. Mais un dimanche de 2009, la mère de Maldonado ne vnt pas répondre au téléphone. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit la voisine. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit sa fille. «Elle est occupée, mais elle va bien» lui dit son fils. «Elle n’est pas occupée, et elle ne va pas bien», pense Maldonado. «Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent».Il ne perdra pas sa mère sans l’avoir vue une dernière fois. Il prend la route: 4000 kilomètres en direction du sud, en bus Greyhound et en stop. Personne ne jette un oeil à ses papiers au poste-frontière. Lorsqu’il rapelle chez lui, il est déjà au Mexique. «Ta mère va mieux, le rassure la voisine. Elle était à l’hôpitale, je te la passe» «Mi Hijo, mon fils», dit-elle en prenant le combiné. «Tu es au Mexique?» Ne rentre pas à la maison, je t’en prie. Nous avons besoin d’argent. Comment pourrons-nous envoyer les enfants à l’école, sinon?» «J’aurais dû réfléchir avant de quitter les Etats-Unis» admet Maldonado. Pendant deux mois, il erre dans le Nord du Mexique, vend des journaux, travaille sur des chantier et tu ne gagnes pas d’argent.»Là, tu ne fais que travailler et tu ne gagnes as d’argent.» Maldonado veut retourner aux Etats-Unis. Mais huit ans après sa première traversée de la frontière, il est devenu quasiment impossible d’entrer sans papiers. Entretemps, le nombre de gardes-frontières a doublé. En tout, 18000 policiers surveillent les 3000 kilomètres de grillage. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, on prend des mesures sévères contre ce que beaucoup regardent comme une «invasion étrangère».

400 000 immigrés illégaux ont été expulsés du territoire américain en 2011. «C’est bon», se dit-il en escaladant pour la deuxième fois de sa vie la clôture de sécurité. 2 heures du matin. L’interstate 10, artère principale du Sud des Etats-Unis, n’est qu’à quelques heures de marche. Sur le bord de l’autoroute, il trouvera sûrement un Voilà trente-huit heures que Maldonado est allongé dans la une cellule pour douze détenus. L’air est lourd et humide, la pièce pue la pisse. Il est trempé de sueur, a mal au ventre de faim, mal au coeur de tristesse? D’après la loi fédérale des Etates-Unis, il est un criminel. Infraction «8 USC 1325 – Improper entre by alien», entrée illgéale d’un étranger sur le sol américain. «Leoncio Gaspar Maldonadp!» hurle un officier. Il se lève, le suit. En chemin, il perd à moitié ses chaussures en cuir, son jean glisse sur ses hanches. Les policiers lui ont retiré ses lactes et sa ceinture pour l’empêcher de se pendre. On prend l’empreinte de sa main droite, on scanne son iris, on photographie son visage. 1M64, cheveux coupés très court, plombage sur l’incisive gauche. Les données sont comparées ave celles de la base du FBI. L’ordinateur affiche: «Trouvé».

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mes séries me coachent

Maldonado à vécu en clan-

destin aux Etats-Unis. Sur un malentendu _Un article de Maude Paterson / Crédits photos Samuel S.

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ta tempor blandit, ipsum arcu convallis lacus, in volutpat arcu tellus et ipsum. Pellentesque habitant morbi tristique senectus et netus et malesuada fames ac turpis egestas. Duis malesuada felis a nisi tempus eleifend. Etiam et dolor erat. Pellentesque eu metus in sapien faucibus commodo. Vestibulum eros neque, sodales nec vestibulum nec, laoreet id nulla. Nullam non quam sit amet erat tristique volutpat. Nulla pretium urna at felis suscipit eleifend. Morbi at urna nulla, id consectetur turpis. Nunc ut eros odio. Donec mi massa, sollicitudin et egestas at, posuere eleifend dui. In tortor metus, bibendum eu laoreet non, bibendum interdum dui. Nunc in leo eleifend magna semper egestas vel sit amet ligula. Sed ante metus, consequat eu interdum sit amet, pharetra vitae mauris. Aenean fringilla nulla adipiscing leo pretium dapibus. Nullam cursus facilisis interdum. Cras nisi lorem, vestibulum eu sodales sit amet, pellentesque sit amet eros. Pellentesque sit amet congue dui. In at neque vel risus porta convallis. Class aptent taciti sociosqu ad litora torquent per conubia nostra, per inceptos himenaeos. Nunc ut felis vitae leo pulvinar suscipit. Etiam sodales dui ut lorem pharetra tempus. Morbi placerat est eget nisl placerat luctus commodo tellus interdum. Aenean quis urna ante, sit amet adipiscing risus. Vestibulum vel urna eros, nec rhoncus mauris.

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Pellentesque iaculis turpis vel purus conseq quam, scelerisque vitae blandit ac, sollicitudin in augue nec ante viverra volutpat. Ut tincidu turpis condimentum ultricies. Nullam cons tellus mattis. Nullam purus diam, faucibus ve

Pellentesque iaculis turpis vel purus consequat pulvinar luctus leo aliquet. Nulla massa quam, scelerisque vitae blandit ac, sollicitudin vitae lacus. Donec porta tellus lectus. Mauris in augue nec ante viverra volutpat. Ut tincidunt eros ipsum, nec tincidunt est. In nec mi non turpis condimentum ultricies. Nullam consequat nunc venenatis orci mollis quis tristique tellus mattis. Nullam purus diam, faucibus vel euismod eget, sodales eget velit. Donec rutrum laoreet tellus nec auctor. Phasellus porttitor convallis sodales. Ut nec mauris nulla. Vivamus sit amet tortor eget elit interdum accumsan sit amet a nisi. Sed molestie elit nec arcu placerat et vulputate arcu condimentum. Nunc sollicitudin, metus ac viverra luctus, arcu magna pretium metus, a suscipit velit felis eget mi. Pellentesque dapibus urna nec massa aliquam consequat. Curabitur pellentesque nisi nec velit condimentum nec dignissim lectus tincidunt. Nunc sed lectus mi, non placerat mi. Phasellus justo nisl, viverra ut auctor sit amet, hendrerit vel orci. Duis dapibus, mauris vitae molestie molestie, nisi ipsum tristique sapien, sit amet tempus sem ligula nec lectus. Maecenas magna odio, sagittis ac lobortis ac, pulvinar

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_50 _50 Donec rutrum laoreet tellus nec auctor. Phasellus porttitor convallis sodales. Ut nec mauDonec mi massa, sollicitudin et egestas at, posuere eleifend dui. In tortor metus, bibendum ris nulla. Vivamus sit amet tortor eget elit interdum accumsan sit amet a nisi. Sed molestie eu laoreet non, bibendum interdum dui. Nunc in leo eleifend magna semper egestas vel sit elit nec arcu placerat et vulputate arcu condimentum. Nunc sollicitudin, metus ac viverra amet ligula. Sed ante metus, consequat eu interdum sit amet, pharetra vitae mauris. Aenean luctus, arcu magna pretium metus, a suscipit velit felis eget mi. Pellentesque dapibus urna fringilla nulla adipiscing leo pretium dapibus. Nullam cursus facilisis interdum. Cras nisi lorem, nec massa aliquam consequat. Curabitur pellentesque nisi nec velit condimentum nec vestibulum eu sodales sit amet, pellentesque sit amet eros. Pellentesque sit amet congue dignissim lectus tincidunt. Nunc sed lectus mi, non placerat mi. Phasellus justo nisl, viverra dui. In at neque vel risus porta convallis. Class aptent taciti sociosqu ad litora torquent per ut auctor sit amet, hendrerit vel orci. Duis dapibus, mauris vitae molestie molestie, nisi conubia nostra, per inceptos himenaeos. Nunc ut felis vitae leo pulvinar suscipit. Etiam ipsum tristique sapien, sit amet tempus sem ligula nec lectus. Maecenas magna odio, sasodales dui ut lorem pharetra tempus. Morbi placerat est eget nisl placerat luctus comgittis ac lobortis ac, pulvinar et mauris. Aenean commodo, elit ac rutrum tincidunt, risus modo tellus interdum. Aenean quis urna ante, sit amet adipiscing risus. Vestibulum vel urna ante lacinia tellus, eget vestibulum mi ligula nec purus. Ut pretium lobortis sapien, vitae eros, nec rhoncus mauris. rhoncus nisl luctus et. Vestibulum tempus aliquet metus nec sollicitudin. Morbi ante nibh, vulputate eu auctor sed, iaculis vitae tellus. Pellentesque iaculis turpis vel purus consequat pulvinar luctus leo aliquet. Nulla massa quam, scelerisque vitae blandit ac, sollicitudin vitae lacus. Donec porta tellus lectus. Mauris Vivamus tempus enim id odio mattis id accumsan leo porta. Donec in diam diam. Class in augue nec ante viverra volutpat. Ut tincidunt eros ipsum, nec tincidunt est. In nec mi non aptent taciti sociosqu ad litora torquent per conubia nostra, per inceptos himenaeos. turpis condimentum ultricies. Nullam consequat nunc venenatis orci mollis quis tristique Integer id lectus et nunc venenatis porta. Mauris ultrices rhoncus ante, vitae iaculis lectus tellus mattis. Nullam purus diam, faucibus vel euismod eget, sodales eget velit. • tincidunt id. Praesent id mauris enim. Sed ornare, elit sit amet lacinia viverra, tellus turpis vestibulum elit, a vulputate eros libero non magna. Vivamus facilisis gravida malesuada. Nulla vitae odio sit amet lacus ultrices malesuada bibendum ut sem. Sed auctor, felis porta tempor blandit, ipsum arcu convallis lacus, in volutpat arcu tellus et ipsum.

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Pellentesque habitant morbi tristique senectus et netus et malesuada fames ac turpis egestas. Duis malesuada felis a nisi tempus eleifend. Etiam et dolor erat. Pellentesque eu metus in sapien faucibus commodo. Vestibulum eros neque, sodales nec vestibulum nec, laoreet id nulla. Nullam non quam sit amet erat tristique volutpat. Nulla pretium urna at felis suscipit eleifend. Morbi at urna nulla, id consectetur turpis. Nunc ut eros odio.

NAM JULI_ Journaliste NEON

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