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À L'OUEST ! NO 11 / OFFERT

L E M AG A

ZINE

GRI VAOTUUS FIATIT

QU V R IR R E D É CO U ION

L A RÉUN

À CHACUN SON ZARLOR LES BONS PLANS DES VACANCES-

CAP AU VERT KAN DES MARRONS DOMAINE DES CAFÉIERS

ALON... ... FAIRE, VOIR, MANZÉ, SORTIR -

L’AUTRE FORÊT

DANS LES HAUTS DE 3 BASSINS-

DU VRAC DANS L’SAC

LA BOUTIK AUX IDÉES-

PERCHÉ DANS UN ÎLET

UNE SEMAINE AUX ORANGERS

SE LAISSER GUIDER ? ET VOIR AUTRE CHOSEQUE LE BOUT DU CHEMIN-


MUZIK

FESTIVAL LA RÉUNION

www.regionreunion.com


ÉDITO

Les vacances, c’est l’indispensable consolation du bûcheur fatigué, l’indolence à l’ombre des grands arbres, la promesse d’un bout de vie au ralenti, entre matins bâilleurs et infinies après-midi, l’espoir de se perdre dans le triangle des bermudas.

À ce propos : vous vous posez des questions sur l’utilité de vous faire accompagner par un guide professionnel pour vos randonnées ? Et bien l’un de nos collègues avait aussi des doutes. Pour savoir finalement ce qu’il en est, ou pour vous faire vous aussi votre propre idée, jetez un œil à notre dossier Bat Karé (p.42-45).

Il serait pourtant bien dommage de ne faire que ça (c’est-à-dire pas grandchose) et de ne pas profiter de toutes les Les grandes transhumances des vacances possibilités et activités qu’offre La Réunion entre ceux des hauts qui descendent pendant l’hiver austral. Nous en avons vers les plages et ceux des bas qui recensé quelques-unes et montent dans les cirques vous trouverez forcément nous ont aussi incités votre bonheur dans les à vous présenter un TROUVEZ pages qui suivent. endroit où vous pourrez trouver un peu de VOTRE BONHEUR Par exemple, les quiétude : la forêt de DANS LES PAGES amateurs de musique Trois-Bassins (p.12QUI SUIVENT pourront se rendre 15). Une alternative au festival Opus Pocus plus qu’intéressante et (p.4-5) qui se déroulera complète au Maïdo. du 2 au 25 août. Cette manifestation s’inscrit dans une démarche Ce n’est pas assez loin pour vous ? éducative et invite à la découverte, car elle Vous pouvez alors suivre les pas - et met à l’honneur un instrument différent l’exemple - de notre reporter parti chaque année. En outre, elle s’avère parquelques jours en plein de cœur de Mafate ticulièrement attractive et accessible avec dans l’îlet perché des Orangers (p.16-24). son plateau de haut vol et ses nombreuxCertes, nous ne sommes plus à la même concerts gratuits. période (son séjour s’est déroulé du 26 au 30 décembre dernier), mais ceux d’entre Les amateurs de randonnées trouveront vous qui cherchent à sortir des sentiers quant à eux leur bonheur parmi les battus devraient kiffer. multiples Zarlor organisés sur la période (p.6-9). Il y en a pour tous les goûts : Enfin, si vous désirez vous mettre un de l’immersif, du trek au long cours, peu au vert pendant ces vacances, nous de l’exploratoire, de l’authentique, vous suggérons aussi deux remarquables de l’historique, etc. jardins : le Kan des Marrons et le Domaine des Caféiers (p28-32).

Dir. de la publication : Sandrick ROMY Rédaction | Photos : Apo, Lalou, Arnaud, David, Charles, Sand, Jo, Mickael Couverture - Shivam Modèle - Martha Impression : Graphica DL 6227 / N° ISSN : 2492-3575

Une édition

NO 11

Vavang est réalisé en partenariat avec l’Office de Tourisme de l’Ouest. contact@vavang.re / 0262 10 84 10

L’éditeur décline toute responsabilité quant aux erreurs éventuelles. Toute reproduction ou utilisation, intégrale ou partielle, des images et textes est interdite.

SOMMAIRE FESTIVAL

Opus Pocus P.4

BONS PLANS

À chacun son Zarlor P.6

ALON FAIRE Ateliers d’Anis P.10 ALON MANZÉ Le Tangor P.11 LÀ-HAUT ! Forêt de Trois-Bassins P.12 DANN ZION Une semaine aux Orangers P.16 ALON SORTIR Hauts sons des couverts P.26 ALON VOIR Ferme-auberge Ichabe P.27 CAP AU VERT Kan des Marrons P.28 Domaine des caféiers P.32 ALON MANZÉ La table des Batignolles P.36 ALON FAIRE Bell’Ile P.37 DO MOUN Comptoir du Vrac P.38 BAT KARÉ Bureau Montagne Réunion P.42 CARTE POSTALE Grand Boucan P.46

Remerciements au Jardin d’Eden où a été réalisée la photo de couverture de ce numéro

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OPUS POCUS DONNE DE LA VOIX

COMMENT ÇA, LA CULTURE EST AU POINT MORT DANS TOUTE L’ÎLE AU MOIS D’AOÛT ? AUSSI FAUSSE QUE DÉFINITIVE, CETTE SENTENCE FAIT BIEN PEU DE CAS D’UN FESTIVAL QUI, DEPUIS 2012, S’EST SOLIDEMENT ANCRÉ DANS LE PAYSAGE MUSICAL RÉUNIONNAIS : OPUS POCUS ! HABITUELLEMENT DÉDIÉ À UN INSTRUMENT, LE FESTIVAL A DÉCIDÉ, POUR SA 8ÈME ÉDITION, DE CÉLÉBRER… LA VOIX. CAR CELLE-CI N’EST-ELLE PAS FINALEMENT LE PREMIER DES INSTRUMENTS ? VOUS AUREZ DU 2 AU 25 AOÛT POUR Y RÉFLÉCHIR ET VOUS FAIRE VOTRE PROPRE OPINION. Accordéon, guitare, cuivres, piano, saxophone, batterie et j’en (contre)basse... Durant sept années, toujours début août, l’association Nakiyava n’a eu de cesse de permettre au public le plus large possible de découvrir ou de redécouvrir divers instruments de musique. Via de multiples concerts mais également grâce à des ateliers, des spectacles jeune public, des expos, des conférences, des projections ou encore des master-classes.

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7 ANNÉES 144 CONCERTS 645 ARTISTES 28 NATIONALITÉS

8ème édition du festival Opus Pocus Du 2 au 25 août À Saint-Paul, Piton Saint-Leu, Le Port, Sainte-Marie, Saint-Pierre et au Tampon Renseignements et billetterie sur www.opuspocus.re

« Donner l’accès à une culture de qualité à un public le plus vaste possible, proposer une programmation et un déploiement technique à la hauteur, mais aussi participer à l’éducation artistique... Tout cela constitue des volets essentiels pour ce festival », souligne Yann Vallé, producteur d’événements culturels et associé à sa compère Nathalie Quipandédié, programmatrice musicale, pour l’organisation de cet événement d’ampleur.


FESTIVAL

De fait, depuis 2012, Opus Pocus, ce n’est pas moins de 144 concerts, 645 artistes, 28 nationalités différentes, 4 000 enfants en ateliers et 40 000 spectateurs !

le 22 août à Lespas Leconte-de-Lisle (Saint-Paul) et le 24 août à l’auditorium de Stella Matutina (Piton Saint-Leu), et la world pop des jumelles Ibeyi le 23 août au Teat Plein Air (Saint-Gilles).

Et cette année encore, le festival voit les choses en grand : du solo « De Danyèl Waro à Marie-Claude Lambert Philéas, en passant par au chœur, dans une multitude de styles musicaux, Zanmari Baré, Harry Périgone et Laurence Beaumarchais... la voix sera célébrée sous toutes ses formes lors une kyrielle d’artistes estampillés Réunion complètent de 21 concerts (dont 7 gratuits) donnés par l’affiche, en première partie le plus souvent, des artistes réunionnais ou de renommée précise Yann Vallé. Douze projets réunionnais LA VOIX internationale. À cela s’ajoutent 11 soirées au total, essentiels à l’équilibre et au modèle et un pique-nique en musique le 11 août de diversité imaginé pour ce festival ». En SERA CÉLÉBRÉE à la Cocoteraie de l’Étang Saint-Paul. « Si programmant de la sorte une majorité de SOUS TOUTES Saint-Paul reste l’épicentre d’Opus Pocus, musiciens et chanteurs locaux, accompaSES FORMES notamment Gran Kour [ndlr : école francognés de nombreux invités et souvent dotés chinoise de la Chaussée Royale], le festival de projets inédits, Opus Pocus entend porter continue de s’étendre, annonce Yann Vallé. De une réelle attention à la création artistique péi. Sainte-Marie au Tampon, en passant par Le Port, De quoi, si les astres sont alignés, ouvrir la voie à Saint-Pierre et Piton Saint-Leu, douze salles de spectacles des initiatives de choix. Voire à des commandes, comme et sites patrimoniaux seront investis au mois d’août. Un de plus que cela s’est déjà produit par le passé. l’année dernière. Cette ouverture géographique et humaine permet de rassembler en toute convivialité mélomanes, férus de musique, Ouvrir la voix, ouvrir la voie, c’est tout cela à la fois, cette édition familles et simples curieux. » 2019. Alors haut les c(h)oeurs pour Opus Pocus #8 !

ÉCLECTISME ET VOIX PÉI Pour tous, le plus difficile consistera probablement à établir des priorités parmi l’éclectique programmation de cette 8ème édition. « Anglais, Américains, Français, Belges… Huit artistes internationaux de renom nous honorent de leur présence », se félicite l’organisateur. Vous pourrez ainsi apprécier le groove de Raoul Midon le 3 août au Kabardock (Le Port), le jazz de David Linx Quartet le 4 août sur le front de mer de Sainte-Marie (gratuit !), la soul de Myles Sanko le 9 août au Kerveguen (Saint-Pierre), la poésie de Beñat Achiary et l’éthiojazz d’Arat Kilo le 10 août à Gran Kour (Saint-Paul), le swing de Cécile McLorin Salvant et de son pianiste Sulivan Fortner le 18 août à Luc-Donat (Tampon), le lyrisme du Trio Casadesus Enhco

EFFE MAJUSCULE Europe for Festivals, Festivals for Europe… Mis en œuvre par l’Union européenne, ce label EFFE distingue les festivals qui défendent la qualité artistique et ont un impact significatif sur les plans local, national et international. Un créneau dans lequel Opus Pocus a fait ses preuves, lui permettant de faire partie depuis l’année dernière des 715 festivals ainsi labellisés, répartis dans 39 pays et recouvrant 15 disciplines artistiques. Le festival réunionnais a également été remarqué et distingué pour le lien développé avec les artistes réunionnais et pour son action auprès du jeune public et des musiciens amateurs.

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BONS PLANS

À CHACUN SON

VOUS AIMEZ LA RANDO OU LES SORTIES MAIS VOUS NE VOULEZ PAS FAIRE QUE MARCHER ! VOUS VOULEZ AUSSI DÉCOUVRIR LES ANECDOTES ET SECRETS DE CE QUI VOUS ENTOURE, PARTIR À LA RENCONTRE DES GENS, PARTAGER DES MOMENTS DE CONVIVIALITÉ...

• DU 05 AU 07 JUILLET • DU 02 AU 04 AOUT • DU 30 AOUT AU 01 SEPT.

1er jour : À votre arrivée, vous ferez la connaissance des petits écoliers de l’îlet, qui vous présenteront leur quartier. Ils seront vos éclaireurs de Mafate, curieux et débrouillards, pendant tout votre séjour.

réaliser un boucan. Ou alors vous pourrez tresser de l’agapanthe avec Mémé, qui confectionne des chapeaux, des petits sacs... Vous redescendrez ensuite vers la maison de Lucille, pour l’acte 2 de l’atelier de confiture : la mise en pots !

Une fois les présentations faites, vous vous installerez tranquillement dans votre gîte où un bon repas vous sera servi.

Après cette journée d’échanges familiaux, vous pourrez prendre apéro et dîner dans votre gîte.

IMMERSION À MAFATE "ESPRIT DE FAMILLE"

À L'ILET À BOURSE 3 JOURS - 2 NUITS 175€ : RANDONNÉE GUIDÉE + NUITÉES EN DEMI-PENSION EN GÎTE + DÉJEUNER DES JOURS 2 ET 3 + ATELIERS DU JOUR 2 + TRANSFERT 4X4 A/R

MOMENTS UNIQUES EN PERSPECTIVE ! Pendant 3 jours, vous ferez partie de la famille mafataise.

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2ème jour : Rendez-vous avec Lucille, une habitante de l’îlet, avec qui vous confectionnerez des confitures avec des fruits péi, en toute convivialité.

Puis vous partirez avec votre jeune ambassadeur mafatais : la pépinière, le Boucan, l’église et tous les recoins de l’îlet n’auront plus de secrets pour vous. Vous irez ensuite chez Richeville pour préparer avec lui le déjeuner dans sa cuisine, que vous dégusterez ensemble. Après cette pause gourmande, il vous apprendra à

3ème jour : Vous avez aimé ces deux premiers jours avec votre nouvelle famille mafataise ? Vous serez amené à le dire au micro de la seule radio de Mafate : Mafate 974, qui est diffusée dans tout le cirque et dans la ville du Port ! Après cette immersion dans la vie mafataise, vous redescendrez jusqu’au littoral. MARCHEURS RÉGULIERS JOUR 1 : DEUX-BRAS > LA PORTE > BASSIN BRAS D’OUSSY > GRAND-PLACE - ÉCOLE > GRANDPLACE-LES-HAUTS > ILET À BOURSE | 7H • 9,3KM | DÉNIVELÉS +846M -220M JOUR 3 : ILET À BOURSE > GRAND-PLACE-LESHAUTS > GRAND- PLACE ÉCOLE > CAYENNE > PASSERELLE BRAS D’OUSSY > LA PORTE > RIVIÈRE DES GALETS > DEUX-BRAS | 7H • 9,7KM | DÉNIVELÉS +204M -825M


ZARLOR !

JUILLET AOÛT

... LA SOLUTION : LES ZARLOR ORGANISÉS PAR L’OFFICE DE TOURISME DE L’OUEST. PARTEZ EN COMPAGNIE D’UN GUIDE POUR DES MOMENTS DÉPAYSANTS ET UNIQUES. DÉCOUVREZ DES TRÉSORS PATRIMONIAUX, NATURELS, CULTURELS. PARÉ, PAS PARÉ ?

• DU 9 AU 14 JUILLET • DU 6 AU 11 AOÛT

TREK

INCURSION EN PAYS MARRON 6 JOURS - 5 NUITS 326€ : RANDONNÉE GUIDÉE + NUITÉES EN DEMIPENSION EN GÎTE + DÉJEUNERS JOURS 2, 3, 4, 5 + TRANSFERT 4X4 A/R

6 JOURS POUR ADOPTER

LA MAFATE ATTITUDE ! Vous êtes prêt à partir sur les traces des Marrons ? À découvrir tous les îlets du cirque, les lieux de mémoire et les sites remarquables cachés au cœur du cirque indomptable de Mafate ? Alors prenez vos chaussures, vos bâtons et c’est parti pour un trek inoubliable en compagnie de notre éclaireur de l’Ouest.

JOUR 2 : ILET À BOURSE > GRAND-PLACE-LESHAUTS > ROCHE ANCRÉE > SENTIER D’ACERLE > ROCHE-PLATE | 7H00 • 8,9KM | DÉNIVELÉS +946M -727M JOUR 3 : ROCHE PLATE > LE BRONCHARD > LA NOUVELLE > MARLA | DURÉE : 7H00 - 10,9KM | DÉNIVELÉS +993M -538M

RANDO

PLEIN LES YEUX

GRAND BÉNARE

"SPÉCIAL LEVER DE SOLEIL" NUIT + 1/2 JOURNÉE

44€ : RANDONNÉE GUIDÉE + COLLATION + DÉJEUNER

Départ à 2h du matin. Ça pique un peu, mais nous vous garantissons une expérience que vous n’êtes pas près d’oublier ! MARCHEURS CONFIRMÉS DURÉE : 8H00 - 16KM | DÉNIVELÉ +/- : 704M

MARCHEURS CONFIRMÉS JOUR 1 : DEUX-BRAS > LA PORTE> BORD BAZAR > AURÈRE > ILET À MALHEUR > LA PLAQUE > ILET À BOURSE | 7H00 • 10,6KM | DÉNIVELÉS +986M -368M

• 17 JUILLET • 7 SEPTEMBRE

JOUR 4 : MARLA > TROISROCHES > ROCHE PLATE | 5H30 • 8,3KM | DÉNIVELÉS +233M -733M JOUR 5 : ROCHE PLATE > LA BRÈCHE > ILET DES ORANGERS | 4H30 • 5,7 KM | DÉNIVELÉS +379M -453M JOUR 6 : ILET DES ORANGERS > ILET DES LATANIERS > RIVIÈRE DES GALETS > LA PORTE > DEUX BRAS > RIVIÈRE DES GALETS | 4H30 • 8,15 KM | DÉNIVELÉS +156M -922M

Certains disent que le lever de soleil au Grand Bénare est aussi beau, voire plus beau que celui sur le Piton des Neiges (avec en prime moins d’efforts)... Vous

en jugerez par vous-même et vous nous ferez vos retours ! Prenez votre frontale, des vêtements chauds et partez pour l’ascension du troisième plus haut sommet de l’ile, qui culmine à 2898 m. Une vue à 360° sur La Réunion vous y attend. Vous reprendrez des forces lors du déjeuner qui vous sera servi à votre retour sur la route du Maïdo.

Retrouvez dans le programme des Zarlor 2019 quantité d’autres bons plans : Flâneries, Sensations fortes ou détente, Dann Zistoir, etc.. Il y en a pour toute l’année et pour tous les goûts ! Programme détaillé, infos et réservations auprès des Offices de l’Ouest (St-Leu, St-Gilles, Le Port). Ou par téléphone au 0262 42 31 31. Ou sur le site www.ouest-lareunion.com

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1er jour : Après un petit pique-nique près de

• DU 19 AU 21 JUILLET

MOMENTS UNIQUES EN PERSPECTIVE ! la rivière, vous voilà parti pour l’aventure 175€ : RANDONNÉE GUIDÉE + NUITÉES EN DEMI-PENSION EN GÎTE + DÉJEUNERS DES JOURS 2 ET 3 + ATELIERS DU JOUR 2 + TRANSFERT 4X4 A/R

mafataise.

• 24 JUILLET

Arrivé dans l’Ilet de Grand Place, c’est Eloise qui vous ouvre la porte de sa maison en commençant par son jardin. Vous y choisirez la racine que vous transformerez ensuite en gâteau cuit au feu de bois grâce à ses conseils d’experte.

RANDO

IMMERSION À MAFATE

Une fois installé dans votre gîte, vous irez rencontrer Tonton et parrain Fred pour un chouette sobatcoz (échanges avec les gramouns sur la vie lontan dans l’îlet).

2ème jour : Prenez vos chaussures de marche pour une belle descente de 2h vers la Roche Ancrée où vous pique-niquerez. Puis, direction Grandplace école en passant par Cayenne, pour la NUITS découverte de la boutique du Facteur. Cédric et Joël, qui tiennent le gîte, vous proposeront un atelier de tressage traditionnel de vétiver.

GRAND PLACE

PASSÉ & MODERNITÉ 3 JOURS - 2 CARREFOUR ENTRE

MARCHEURS RÉGULIERS JOUR 1 : DEUX-BRAS > RIVIÈRE DES GALETS > CAYENNE > GRAND- PLACELES-HAUTS | 5H • 6,9KM | DÉNIVELÉS +629M -137M JOUR 2 : DÉJEUNER AU BASSIN DE LA ROCHE ANCRÉE > 5H • 7,3KM | DÉNIVELÉS +535M -535M JOUR 3 : OPTION ILET MOUTOU > DISTANCE : 1,8KM | DÉNIVELÉS +141M -129M | GRAND-PLACE ÉCOLE > PASSERELLE DU BRAS D’OUSSY > RIVIÈRE DES GALETS > DEUX-BRAS | 6H • 5,8KM | DÉNIVELÉS +88M -486M

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3ème jour : Connaissez-vous l’îlet Moutou, cet îlet oublié et aujourd’hui inhabité ? Votre éclaireur de l’Ouest accompagnera ceux qui le souhaitent et leur fera découvrir l’histoire de ce lieu si particulier. Pour ceux qui préfèrent rester plus tranquilles, vous profiterez de l’îlet avec notre éclaireur et les gîteurs. Après le déjeuner tous ensemble, ce sera le moment de quitter Mafate.

CULTURE

DANS LA PEAU D'UN EXPLORATEUR 1 JOURNÉE

38€ : COLLATION + RANDONNÉE GUIDÉE + DÉJEUNER PIQUE-NIQUE

Partez avec nos éclaireurs jusqu’au quartier du brûlé de Saint-Leu et suivez les traces de l’explorateur Héry du XIXème siècle, dont les écrits vous conduiront à la découverte d’une dizaine de cavernes et d’ajoupas où se réfugiaient les esclaves en fuite. Cette grande randonnée débute en forêt de bois de Tamarins des Hauts, que vous franchirez au fil de votre ascension pour aller jusqu’à la planèze du Petit/Grand Bénare et sa végétation altimontaine. Vous évoluerez en milieu hostile - entre caverne Tabac et caverne du roi Phaonce pour une aventure que vous n’êtes pas près d’oublier. Quant au pique-nique salvateur, il se déroulera probablement... dans une caverne. MARCHEURS CONFIRMÉS DURÉE DE MARCHE : 8H A/R LE MATIN : DISTANCE : 11KM | DÉNIVELÉS +898M -236M L’APRÈS-MIDI : DISTANCE : 3KM | DÉNIVELÉ -517M /!\ PIERRES QUI ROULENT, SENTIER ROCAILLEUX, PASSAGES GLISSANTS, UN PASSAGE « HORS PISTE »


• DU 30 AU 31 JUILLET • DU 13 AU 14 AOÛT

RANDO

CULTURE

KALLA2BRAS 1 NUIT - 2 JOURS 94€ : RANDONNÉE GUIDÉE + NUITÉE EN DEMI-PENSION EN GÎTE + DÉJEUNER PIQUE-NIQUE DU JOUR 2 + TRANSFERT EN BUS ALLER + TRANSFERT 4X4 RETOUR

• DU 27 AU 28 JUILLET

RANDO

MAFATE

TERRES AUTHENTIQUES 1 NUIT - 2 JOURS

Voici une randonnée au départ du littoral de La Possession qui va vous emmener via le sentier Kalla (prisé par les traileurs) jusqu’à Dos d’Âne. Vous découvrirez l’histoire de la Dame Kalla, ainsi que celle des premiers habitants de l’Ouest, avant de rejoindre le rempart nord de la Rivière des Galets sur le sentier de bord.

BONS PLANS Encore quelques efforts et vous pourrez vous reposer dans le gîte situé à Dos d’Âne, véritable havre de paix au bord du rempart. Êtes-vous prêt pour une descente d’anthologie le 2ème jour ? Vous quitterez en effet Dos d’Âne pour le fond de la Rivière-des-Galets où vous attendra un déjeuner 100% créole. C’est en 4x4 que vous rejoindrez la civilisation après ce Zarlor riche en émotions. MARCHEURS CONFIRMÉS JOUR 1 : SENTIER KALLA > 5H00 • 10,8KM | DÉNIVELÉS +990M -111M JOUR 2 : DOS D’ÂNE / SENTIER DOS D’ÂNE DEUX-BRAS / ILET FLAMANT > 3H30 • 5,2KM | DÉNIVELÉS +78M -728M /!\ PASSAGE D’ÉCHELLES, DESCENTE TECHNIQUE, TERRAIN GLISSANT, PASSAGES DÉLICATS

102€ : RANDO GUIDÉE + NUITÉE EN GÎTE EN DEMI-PENSION + COLLATION + VISITE ET ÉCHANGES AVEC LES HABITANTS + DÉJEUNER JOUR 2 + LIVRET SOUVENIR DE LA RANDO ET CARTE POSTALE + TRANSFERT 4X4 A/R

LE MAÎTRE MOT DE CETTE RANDONNÉE GUIDÉE AVEC LES ÉCLAIREURS DE L’OUEST EST

LE PARTAGE !

Partage d’abord avec les Mafatais : visite des boucans de Joël et Cédrick et échanges avec M. Boyer du gîte à Grand-Place. Partage entre les participants : sur les sentiers, pendant les moments conviviaux des pauses rafraichissantes (du thé maison vous sera proposé à un certain moment), autour de l’écriture des cartes postales (que vous pourrez envoyer depuis Mafate avec un timbre spécial du cirque !), lors d’une partie de pétanque sur le terrain du gîte du Facteur... Partage bien évidemment avec la nature, sur les 18,5km de sentiers, avec les paysages magiques du cirque, les explications botaniques, géologiques et patrimoniales des éclaireurs. MARCHEURS RÉGULIERS JOUR 1 : RIVIÈRE-DES-GALETS > DEUX-BRAS > LA PORTE > CAYENNE > ROCHE ANCRÉE > GRAND-PLACE-LESHAUTS (NUITÉE) | 7H00 • 11 KM | DÉNIVELÉS +880M -90M JOUR 2 : GRAND-PLACE-LES-HAUTS > GRAND-PLACE BOUTIQUE > LA PORTE > CAYENNE > DEUX-BRAS > RIVIÈRE- DES-GALETS | 4H00 • 7,5KM | DÉNIVELÉ -550M

• 24 AOÛT 58€ : RANDO GUIDÉE + COLLATION MARCHEURS RÉGULIERS BOUCLE DE 5H00 • 11KM | DÉNIVELÉS +256M -271M /!\ PRÉVOYEZ 2L D’EAU MINIMUM, UNE CASQUETTE, DE LA CRÈME SOLAIRE : IL VA FAIRE CHAUD !

Marchez sur ces sentiers, mémoire de la vie lontant... avant qu’ils ne disparaissent complètement du fait de l’urbanisation galopante. À travers ce Zarlor, vous découvrirez l’histoire des nombreux vestiges sucriers, de l’Éperon jusqu’à Bruniquel. Vous

RANDO HISTOIRE SENTIER LONTAN

"VESTIGES SUCRIERS"

remonterez, à travers les zépinars, les canaux d’eau qui alimentaient les usines. Notre éclaireur de l’Ouest vous fera mettre le Cap sur l’Ouest lontan ! Puis vous reviendrez ensuite au XXIème siècle pour vous attabler à un restaurant du littoral. Bon appétit !

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ALON FAIRE

BRICOL GIRL PÉI

LES ATELIERS D'ANIS ON A TENDANCE À CROIRE QUE LE BRICOLAGE EST UNE ACTIVITÉ SIMPLE… MAIS AUSSI RÉSERVÉE AUX HOMMES (EN MÊME TEMPS, LES MESSIEURS ÇA N’AIME PAS CE QUI EST COMPLIQUÉ, COMME LA CUISINE OU LE MÉNAGE PAR EXEMPLE ;-). MAIS CE SONT LÀ DE PURS CLICHÉS. ET POUR LES DÉPASSER, RENDEZ-VOUS AUX ATELIERS D’ANIS. ON A PLANCHÉ SUR LE SUJET POUR VOUS. Depuis début 2018, Anis Deligny organise chez elle, dans sa belle maison de Bellemène Saint-Paul, une série de rendez-vous pour apprendre à fabriquer ses propres meubles ou à en customiser des anciens. Mais elle propose aussi des ateliers dédiés à l’acquisition des bases du bricolage. Ces stages organisés en petit comité, sur un week-end ou sur 2-3 jours, mélangent pratique et didactique. « C’est autant un moment d’apprentissage que de partage et rencontres. Un instant plaisir, pour soi, pour prendre son temps. Une pause écolo et humaine ». Si les Ateliers d’Anis sont ouverts à tous, force est de constater que la clientèle est principalement féminine. « Lorsque j’ai organisé mes premiers stages, beaucoup de femmes sont venues me voir et m’ont expliqué qu’elles n’osaient pas se lancer. J’ai donc organisé les week-ends «quand les filles bricolent» pour démystifier la pratique. Ça a tout de suite beaucoup plu et le bouche-à-oreille fait qu’aujourd’hui mon public est essentiellement

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composé de femmes. De toute manière, hommes ou femmes, l’objectif c’est que mes stagiaires atteignent une certaine autonomie et prennent confiance ». Et pour ça, Anis sait y faire. Cette ancienne artiste baroudeuse explique rapidement être une bricoleuse totalement autodidacte et rassure ainsi ses stagiaires sur les capacités qu’elles peuvent acquérir. Sa patience, sa qualité d’écoute et ses conseils font ensuite le reste. Ainsi Sophie, en stage de «menuiserie facile», nous confirme : «  je voudrais me reconvertir et le travail du bois m’intéresse, alors je suis venue ici pour essayer. Et franchement, Anis est inspirante ». Lucille, Nathalie et Aude ont quant à elles rapporté de vieux meubles et participent à un «atelier relooking». Si leurs motivations sont variées, leurs avis sont tous unanimement positifs :

« Je voulais donner un coup de jeune à cette vieille commode qui a une valeur affective mais je ne savais pas trop comment faire. Les conseils d’Anis sont super » ; « J’ai essayé de customiser d’autres meubles pour renouveler ma déco en suivant des tutos sur internet mais ça a foiré. Du coup je me suis inscrite et vu tout ce que j’apprends, j’ai bien fait ! » ; « Je voulais autant faire moi-même que prendre du temps pour moi. Cette ambiance brico-zen me convient parfaitement ». Aussi conviviaux qu’utiles, destinés aux femmes (mais pas que donc !), les Ateliers d’Anis vous permettront d’acquérir le savoirfaire nécessaire pour réparer, customiser, créer, faire vous-même. Vous serez tellement emballé(e) que vous finirez peut-être, comme moi, par déballer enfin la perceuse que vous aviez achetée il y a quelques années.

LES ATELIERS D’ANIS 6 chemin pavé Lougnon - Bellemène St Paul | 0693 40 30 33 - contact@ateliersdanis.re Détails, dates et tarifs des différents ateliers sur www.ateliersdanis.re


© Emeline

ALON MANZÉ

LES BURGERS - ENTRE AUTRES - QUI METTENT TOUT LE MONDE D’ACCORD

LE TANGOR

LE TANGOR, BASÉ À ST-LEU, SEMBLE DÉJÀ RALLIER TOUS LES SUFFRAGES. LES RAISONS ? UN PROPRIO AU TALENT RECONNU, UN LOCAL COOL, UNE ÉQUIPE ULTRA-SYMPA ET DES PLATS SUCCULENTS QUI CONTENTERONT AUSSI BIEN LES VÉGÉTARIENS ATTENTIFS QUE LES CARNIVORES VORACES. BREF, LE TANGOR MET TOUT LE MONDE D’ACCORD. PRÉSENTATION. Younes Daoudi, propriétaire du Tangor et passionné de cuisine, a commencé à se faire connaître il y a quelques années en s’installant le dimanche soir aux alentours de la rondavelle Chez Jean-Paul. Son idée ? Proposer des plats populaires - burgers et bagels notamment - préparés avec soin et des ingrédients de qualité… et destinés aux végétariens et végans. En dissociant son offre de l’image « junk food » et en s’adressant à une clientèle relativement délaissée, Younes s’est rapidement fait un nom. 6 ans plus tard, son stand est toujours l’un des plus courus du dimanche soir.

Et effectivement l’expérience, en plus de la qualité indiscutable des produits, se fait immédiatement sentir. D’autant que tout est fait au fur et à mesure des commandes. « On fait du chaud tout frais en somme » précise Marion. Tout de même, tous les jours, 3h avant l’ouverture, toute l’équipe s’attelle à la préparation : sauces, marinades, légumes et oignons confits, chapelure, desserts et boissons, etc. Même les pains sont faits sur place. « Tout ça, ça prend du temps mais ce sont des recettes que Younes a peaufinées, puis fait tester et approuver par les gens ».

Poussé depuis longtemps par ses clients, il a finalement ouvert Le Tangor en septembre dernier. « Nous avons 3 spécialités : les burgers, les bagels et les buddha bowls. Nous avons élargi l’offre avec des steaks et du poulet, toujours à la demande des clients. Mais je voulais que les ingrédients (bios et achetés chez le primeur) et l’esprit (du tout fait maison) restent les mêmes ».

Fidèle à son public d’origine, le Tangor propose donc pour ses burgers un steak veggie (une recette bio et secrète à base

de flocons de pois chiche et d’herbes). Mais vous avez la possibilité de prendre à la place un excellent steak haché (black angus) ou un succulent poulet (blanc mariné et pané maison). Les bagels, grâce à leur pain spécial, à la fois plus léger et fabriqué sans œufs ni lait, satisferont les végans et « les filles qui sont souvent un peu moins gourmandes ». Enfin, les buddha bowls sont, par définition, des repas à la fois complets et équilibrés. Avec ses plats revisités avec des ingrédients frais et sains ; réinventés à toutes les sauces et cuisinés de manière décomplexée et originale, le Tangor propose une restauration sur le pouce délicieuse. Plus fast-good que fast-food et fast-fat, nous on dit ça’l’fait !

LE TANGOR 162 rue du Général Lambert - St Leu | Tél 0262 87 07 40 Lundi 11h-30 / 14h30 - Mardi au dimanche : 11h30 / 14h30 et 18h30 / 21h30 Burgers : 8-12€50 (Top produits : Inglewood et Winter is coming) / Bagels 7-8€ (Top produits : Sea view et Titine) / Buddha Bowls 10-13€ (Top produits : Oasis et Gusto poulet)

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LA FORÊT DE TROIS-BASSINS L'ALTERNATIVE AU MAÏDO SITUÉE ENTRE 1400 ET 1800 MÈTRES D’ALTITUDE, LA FORÊT DOMANIALE DE TROIS BASSINS OFFRE AUX RANDONNEURS, AUX GRANDES FAMILLES DE PIQUE-NIQUEURS ET CAMPEURS, AINSI QU’AUX ADEPTES DE VTT, DE MAGNIFIQUES PAYSAGES DANS UN CADRE PAISIBLE ET ENCORE MÉCONNU. POUR CES AMOUREUX DE LA NATURE, CE LIEU REPRÉSENTE UNE VRAIE ALTERNATIVE AU MAÏDO. MOINS FRÉQUENTÉ, IL POSSÈDE POURTANT DE BEAUX ATTRAITS. COMME SES KIOSQUES IMMERGÉS DANS LES BOIS DE CRYPTOMERIAS, OU ENCORE SES BEAUX SENTIERS DE RANDONNÉE. DÉCOUVERTE. 12


LÀ-HAUT !

La forêt domaniale de Trois-Bassins, localisée à 15 minutes de son centre-ville, commence à 1400m et s’étend jusqu’à 1800m d’altitude. La route est indiquée par les panneaux de l’Office National des Forêts, qui gère ce site, ainsi que ceux de l’écogîte. La montée pour la rejoindre est une véritable carte postale composée de nuances de vert, de prairies luxuriantes et de vaches à foison. Une petite fraîcheur se fait ressentir dès que la voie commence sérieusement à grimper. Mais c’est exactement ce que recherchent les amoureux de la nature qui se lèvent de bon matin pour réserver un kiosque. Il y a ceux situés en bordure de la forêt et offrant souvent une magnifique vue sur l’Ouest et un bel espace de pelouse. Et ceux qui sont quasiment immergés dans les Cryptomerias du Japon. On compte (seulement) une quinzaine de kiosques, assez éloignés les uns des autres. Les premiers se situent dès le début de la route Vaudeville, notamment à proximité du sentier de randonnée RF Vaudeville par Calevasse et Simambry. Les suivants parsèment la montée jusqu’à la route forestière des Tamarins. Les derniers se trouvent après l’écogîte (High Hub Hostel).

UN ÉCOGITE QUI ŒUVRE POUR LA BIODIVERSITÉ Epargné par l’incendie de 2011, le High Hub Hostel, au nouveau nom anglais « pour s’internationaliser » est un gîte avec une vraie dimension écologique et environnementale. François et Sylvie accueillent toute l’année des familles, groupes d’amis, aussi bien des jeunes que des gramounes. « Nous avons obtenu le label Esprit Parc, et nous ne sommes pour l’instant que deux gîtes dans ce cas à la Réunion » précise-t-elle fièrement. « Nous travaillons également avec des personnes qui ont ce label : un guide de montagne et pour les Zarlor de l’Office de Tourisme de l’Ouest ». Outre les 7 chambres disponibles, ils proposent « une table d’hôte conviviale et basée sur le partage ». « Nous préparons une cuisine saine et équilibrée avec des légumes issus de l’agriculture raisonnée, et parfois bio ». Des projets agrotouristiques vont bientôt être mis en place : un potager pour les résidents, la culture d’herbes médicinales comme la Fleur jaune des Hauts et l’Ambaville, ainsi que d’autres plantes mellifères. « Nous voulons aider la biodiversité » souligne Sylvie. Que ce soit pour passer une nuit ou juste pour profiter de leur cuisine, il vous faudra réserver à l’avance car l’endroit est - à juste titre - très prisé. Le High Hub Hostel 150 route forestière des tamarins - Les Trois Bassins 0692.05.62.79 - 0692.08.97.31 | guesthousehhh.jimdo.com

BACK TO THE TREES Chaque spot a son charme et l’ambiance change à chaque groupe - des petites aux grandes familles, des groupes d’amis aux randonneurs faisant une halte pour reprendre des forces. Patrick et Karishma, accompagnés de leurs trois marmailles, se sont installés au 1er kiosque. Ils viennent de Saint-Paul en famille pour « profiter du calme et d’une reconnexion à la nature ». « Cela permet de vraiment apprécier le temps présent. Et on trouve toujours des choses qui nous émerveillent », ajoute-t-elle en souriant. Effectivement, pendant la conversation, deux papangues étaient en train de survoler la prairie en face du kiosque. Au 2ème kiosque s’est postée une famille bien plus nombreuse, composée d’une vingtaine de membres. Ils sont bien équipés : tentes, groupe électrogène, marmites et cie. Et de quoi mettre un coup de propre en attendant l’arrivée des retardataires. « C’est pratique pour nous car ce n’est pas très loin de la maison, surtout si on oublie des affaires », explique Suzette, mère au foyer trois-bassinoise. « On fait notre réserve de nature pour la semaine, et on profite souvent de cet espace pour passer une ou deux journées », rajoute-t-elle. Pour beaucoup de ces pique-niqueurs, passer un moment dans la forêt est devenu une tradition. « Je viens ici depuis que je suis marmaille, il faut perpétuer cette coutume », explique Christophe, 34 ans, venu de la Saline-les-Hauts avec sa compagne Isabelle et ses deux enfants. « C’est un vrai terrain de jeu pour les marmailles et c’est aussi pour sortir de la ville, du désordre ». Pour Isabelle, « c’est également un bon moyen de les déconnecter de la TV. Passer un bon moment ensemble avec des jeux de société ». Non loin de leur emplacement, un petit groupe de randonneurs sort de la forêt et clôture sa promenade matinale. « La nature est incroyable ici ; on y découvre de très belle clairières », raconte Aurélie, Saint-Pauloise. Elle et sa famille sont venues pour profiter des sentiers, mais aussi pour visiter la ferme équestre « Le Trou du Jar ».

À DADA

La ferme équestre Le Trou du Jard, à quelques minutes de la forêt domaniale, propose différentes initiations, balades, tours de carrière, et même des randonnées équestres de 1 à 4 jours pour les cavaliers les plus

chevronnés. Vous pouvez également manger sur place des produits du terroir. Myriam organise aussi des vacances à la ferme pour découvrir pleinement le cheval. Des vidéos de leurs différentes balades sur internet révèlent la beauté de l’expérience.

Le Trou du Jard | 203, Chemin Vaudeville - La Chaloupe St-Leu | 0692.29.16.60 | facebook.com/fedtj

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ENVIE DE VOUS PROMENER APRÈS LE REPAS ? Les sentiers qui jalonnent la forêt domaniale de TroisBassins n’ont pas été trop touchés par la tempête tropicale Fakir. Mais on peut observer les conséquences du feu qui en a ravagé une partie en 2011. Pour une promenade dans les bois de Cryptomerias et de Tamarins des Hauts, couverts de Jouvences et de Longose (pestes exotiques), on retrouve deux sentiers principaux qui finissent par se croiser : Le tour du Crédit Foncier par Simambry et la ligne de la Grande Ravine : un parcours de 7,3km pour une durée de 2h15. Si vous voulez randonner avec vos marmailles, il est fait pour vous car il est sans grandes difficultés. Partant de 1400m à 1800m d’altitude, le dénivelé positif est de 400m. Sur le chemin, il est possible de faire un détour de 30min qui vous emmènera au bassin de la Grande Ravine. Le RF Vaudeville au gîte des Tamarins par Calebasse et Simambry : celui-ci présente plus de difficultés et est donc propice aux aguerris. Il offre un parcours de 11,6km pour une durée de 4h30. Lui aussi oscille entre 1400m et 1800m d’altitude, mais cette fois pour un dénivelé positif de 700m. Et propose également un détour pour rejoindre le même bassin. Par ces sentiers vous pourrez rejoindre la montée vers La Glacière et le Grand Bénare. Ou rattraper le sentier qui part de Saint-Leu et qui monte en direction du Grand Bénare par Notre Dame des Champs. Une piste de VTT, la descente Simambry, accueille des amateurs et parfois même des clubs. Des bosses forment des tremplins pour les amateurs de sensations qui souhaitent s’exercer à des acrobaties en BMX. Et si vous préférez faire une balade à cheval (ou simplement aller les regarder dans leur pré), vous pouvez vous rendre à la ferme équestre Le Trou du Jard qui se trouve à quelques minutes en voiture après la forêt domaniale. Enfin, les ornithologues amateurs auront la chance de pouvoir observer les Papangues survolant la forêt et les prairies. Et retrouver, lors de leur promenade dans les sentiers, les fidèles Tek-teks ou autres zoiseaux la Vierge.

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Plus loin, au cœur des bois de Cryptomerias, nous rencontrons un groupe de cinq amis d’une vingtaine d’années, venus eux aussi de Saint-Paul. « Ici on n’a pas de réseau, on est vraiment coupé du système. Et c’est ce qu’on est venu chercher », annonce Julien, tout en préparant le feu. C’est la première fois que certains d’entre eux viennent dans la forêt de Trois-Bassins. « On a plus l’habitude d’aller au Maïdo car c’est plus proche de chez nous. Mais c’est vraiment un coin agréable ici. Et surtout moins fréquenté ».

CUISINE AU FEU DE BOIS POUR TOUS LES GOÛTS Après s’être installé, chaque groupe a pour mission de préparer son petit feu de bois pour nourrir tout ce petit monde car c’est bientôt l’heure de se remplir la panse. La cuisine change également d’un feu de bois à l’autre. Ici, du traditionnel (carry tang, civet zourite, rougail dakatine, accompagnés de riz et de grains). Là, plutôt de la cuisine du monde (riz cantonnais, plats végétariens, grillades au barbecue). Il y en a vraiment pour tous les goûts. « Quand on est une famille nombreuse comme chez nous, cela peut prendre pas mal de temps si l’on doit tout préparer sur place », explique Natalie, jeune mère de famille pragmatique. « Donc on préfère gagner du temps et on prépare ça à l’avance à la case. Comme ça on passe moins de temps à cuisiner et plus de temps à profiter ! ». Tous ces bons petits plats sont souvent accompagnés de bières, de sodas ou de petits rhums digestifs gardés au frais dans des glacières. Ceux qui voudront profiter des balades aux alentours n’en abuseront pas.


LÀ-HAUT !

BEAUCOUP DE QUALITÉS, QUELQUES DÉFAUTS, ÉNORMÉMENT DE CHARME

Parfois aussi, la propreté des lieux est gâchée par quelques individus peu scrupuleux (ils ont même scié et embarqué le 5ème kiosque !). Il faut donc parfois prévoir de faire un petit coup de propre. Et repartir avec ses propres poubelles car certains kiosques ne sont pas (encore?) équipés.

Ce coin de nature offre de nombreux avantages. La distance entre chaque kiosque donne à chaque famille son intimité. Sa quiétude et son air pur sont également plébiscités. Les sublimes paysages s’imposent à tous. Et même s’ils ne sont pas toujours ensoleillés, les Hauts offrent une petite fraîcheur salvatrice en comparaison de la côte.

Le manque de points d’eau est également souligné. Mais comme la zone n’est pas irrigable, ils ne peuvent actuellement pas être mis en place. Il faut donc bien penser à apporter de quoi se désaltérer.

Les kiosques n’offrent pas tous de magnifiques panoramas sur la côte Ouest (ce sont en général les premiers «réquisitionnés») mais chacun offre un cadre préservé. Enfin, les emplacements pour camper sont nombreux. La plupart profiteront de cette nature du samedi matin au dimanche soir.

Enfin, l’incendie volontaire de 2011 déclenché au Maïdo a impacté une partie de la forêt de Trois Bassins (le feu s’étant propagé dans ses souterrains pour embraser les arbres). L’ONF et le parc national de la Réunion ont tenté la régénération artificielle des bois, mais sans succès : le feu a favorisé la progression des pestes invasives et les espèces endémiques ont donc plus de mal à reprendre. Le reboisement de ces régions brûlées avec des Tamarins des Hauts est en cours et il faudra du temps avant que les séquelles disparaissent.

Cependant, même si ce qui est rare est précieux, nombreux sont les pique-niqueurs à réclamer davantage de kiosques. Les places de stationnement sont aussi insuffisantes. Et si cette forêt est moins fréquentée que le Maïdo, il faudra quand même venir réserver son kiosque au grand matin, surtout le dimanche.

Il n’empêche, entre ciel et terre, offrant un climat tropical humide parfait pour se ressourcer, de jolis sentiers et des espaces préservés, la forêt de Trois-Bassins est un petit coin de paradis. Une belle, agréable et intime alternative à la très courue forêt du Maïdo. • Reportage et photos : Charles Monet

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PERCHÉ DANS UN ILET LES ORANGERS

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DANN ZION

J’AIME BIEN FAIRE LE TOUR DE CE QU’IL Y A AUTOUR DE MOI. SAUF QUE J’AI FAIT LE TOUR DE LA PLAGE - PEAU DE BLANC-BEC OBLIGE, JE NE PRÉFÈRE PAS ABUSER ; FAIT LE TOUR DE MA BIBLIOTHÈQUE - QUI SE RÉSUME À LA CHUTE DE CAMUS ET AU ROMAN DE MA COLLÈGUE LALOU ; FAIT LE TOUR DE MES AMIS - DONT LA PLUPART SONT PARTIS D’ICI POUR LES VACANCES ; FAIT LE TOUR DES BALADES DES ENVIRONS ET DES RONDAVELLES OÙ NOUS NOUS ENIVRONS - J’HABITE ST-LEU DEPUIS PEU ; FAIT LE TOUR DES ACTIVITÉS - PLONGÉE, PARAPENTE, ETC ; BREF, JE COMMENCE SÉRIEUSEMENT À TOURNER EN ROND. QUEL CIRQUE…

Cirque justement ! Si j’allais faire un tour dans le cirque de Mafate ? Mais au lieu d’y faire juste un petit détour, comme toujours, pourquoi ne pas passer plusieurs jours dans un seul et même îlet ? Histoire de s’imprégner des alentours, de découvrir les contours d’une vie perchée. Pour ce séjour, mon choix se porte sur un ilet que je n’ai, jusqu’ici, fait que CE traverser : les Orangers.

CHEMIN FAISANT Question parcours, je décide aussi d’envoyer du lourd - j’avoue, je cours - et de faire preuve d’un peu de bravoure.

Je partirai donc de mon bourg - St-Leu - à l’orée du jour. Le lendemain - nous sommes le mercredi 26 décembre -, j’entame mon ascension sous un sourire de lune en empruntant le sentier des Colimaçons en face de Kélonia. Direction Notre-Dame des Champs, le chemin Vaudeville puis la route forestière des Tamarins jusqu’au Maïdo. Après POINT environ 7h de montée régulière, VUE VAUT j’arrive aux remparts de Mafate.

DE LARGEMENT QUELQUES COURBATURES

SE RENDRE AUX ORANGERS • Par la canalisation des Orangers depuis Sans-Souci : 16km et 3-4h sur du plat • Par le Maïdo : 7km et 1200m D- / Le Maïdo est accessible en voiture ou en bus (Kar’Ouest Ligne 2) • Par Deux bras : 8km et 900m D+ / Deux bras est accessible en 4x4 (www.4x4-mafate.fr) ou via Dos d’âne (4,4km & 700D-)

UN TRIP DANS MAFATE ?

Pour trouver tous les circuits, contacts, 4x4, gîtes, etc.. une adresse au top : www.ouest-lareunion.com/mafate

MAFATE ATTITUDE

Le cirque de Mafate est classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. C’est la classe. Et ça renforce l’idée qu’il faut absolument préserver ce lieu. Quand vous y allez, pensez à adopter les 6 astucieux commandements de la Mafate Attitude ! Pour en savoir + : www.ouest-lareunion.com/ mafate/qu-est-ce-que-la-mafate-attitude

Avant d’entamer la descente, et ainsi rentrer dans le vif du sujet Mafate, je m’accorde un repas bien mérité, préparé la veille exactement pour cet endroit : rougail morue froid, sans piment et sans oignon (les coureurs réguliers savent pourquoi). Le panorama immuable est vertigineux. Le soleil n’a pas encore totalement disparu derrière le linceul de nuages qui se lèvent quasi quotidiennement au-dessus du cirque à cette heure-ci. La chance des uns faisant souvent le malheur des autres, j’assiste à l’arrivée salutaire d’un couple de touristes. La vingtaine, rouge écarlate et visiblement en surchauffe, ils lâchent « Aaargh ! La brume a attendu qu’on finisse la montée pour cacher le soleil ! J’ai cru qu’on allait cramer au 75% ». Originaires des Vosges, et bien que marcheurs confirmés, ils n’ont pas l’habitude de marcher sous le cagnard. Ils m’expliquent revenir des Lataniers et, en effet, ça fait une bonne montée. « On avait prévu de repartir par la canalisation [des orangers ndlr] mais ce point de vue vaut largement quelques courbatures ». Reste maintenant à trouver comment redescendre jusqu’à la côte. Éternel débat qu’il me faudra également trancher d’ici mon retour dimanche.

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DANN ZION

Mais pendant que nous continuons de bavarder - c’est ce que j’aime dans les randos à La Réunion : les marcheurs prennent le temps de discuter -, les nuages montent, le vent LE MAÏDO Maïdo signifie « terre brûlée » se lève et le froid s’installe. en malgache. Si dans le passé de probables L’heure de la séparation a feux naturels ont eu lieu, plus récemment ce sonné. sont des incendies criminels qui ont ravagé la zone qui s’en trouve à jamais marquée. À l’époque, les Mafatais remontaient ce terrible sentier avec le maïs sur le dos pour le vendre. D’où, peut-être, le nom du rempart. Accessible en voiture ou en bus, le belvédère offre un point de vue panoramique exceptionnel sur Mafate, sans faire le moindre effort. Il est conseillé de s’y rendre tôt le matin avant que les nuages ne s’installent. Pour les marcheurs, c’est une des portes d’entrée dans le cirque de Mafate. Les 800m de dénivelé mettront vos cuisses et vos genoux à rude épreuve, en descente comme en montée. Le rempart du Maïdo permet également une randonnée plus accessible en direction du Piton des Orangers, puis de l’ilet Alcide. Cette déambulation vertigineuse offre de superbes points de vue sur les Orangers - où les kaz paraissent ridiculement petites - et sur une bonne partie de Mafate.

Je m’engage dans la descente du Ti Col. En contrebas, l’ilet des Orangers a quasiment disparu derrière la brume fantomatique qui s’échappe des entrailles de Mafate. Arrivé à la Brèche, j’aperçois le premier panneau avec le nom de ma destination. A gauche toute ! Le Piton Béronne, que je suis amené à contourner, est orné d’une auréole spectrale. Impressionnant mais en même temps salvateur car, ainsi, je ne suis pas plombé par le soleil.

Sauf chute ou glissade, comme je n’ai finalement pas tant traîné que ça, je suis maintenant sûr d’arriver plus qu’à l’heure au gîte où j’ai prévu de passer mon séjour.

La brume commence à recouvrir les Orangers

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Et effectivement, après un peu moins de 2h de descente, et une dernière petite remontée, me voilà arrivé devant le panneau de l’ONF annonçant la fin imminente de mon périple.

À LA CROISÉE DES CHEMINS Un choix s’offre à moi : Plateau Boutik ou Plateau École ? J’ai beau être souvent passé dans ce coin de Mafate, je n’avais jamais fait attention à l’école et je ne remets pas la Boutik non plus. J’ai, en fait, toujours traversé l’îlet - en marchant ou en courant - mais ne m’y suis jamais arrêté. C’est antinomique mais souvent, lorsqu’on est un marcheur régulier, on traverse des décors majestueux les yeux trop rivés sur ses chaussures pour ne pas glisser. Cette méditation devant panneau me conforte dans mon idée : pendant ces quelques jours je vais prendre le temps d’observer ce qui m’entoure. Je réalise aussi que je ne sais même pas où est le gîte du Kanal qui sera mon camp de base. J’aurais dû faire mes devoirs avant de partir. Du coup, je prend le chemin de droite pour aller voir l’école de plus près. Finalement, le destin faisant bien les choses, j’arrive directement devant une porte indiquant « Snack le Kanal ». J’ai un doute car je pensais loger dans un gîte mais, comme il est encore tôt, que je n’aperçois personne, je décide d’approfondir la question plus tard et poursuis ma route vers cette fameuse école.

J'AI TOUJOURS TRAVERSÉ L'ILET MAIS NE M'Y SUIS JAMAIS ARRÊTÉ

La Brèche ! à gauche toute vers les Orangers


LE CENTRE

COMBIEN DE BALLONS ONT ÉTÉ AVALÉS PAR LES GORGES EN CONTREBAS ?

Je débouche sur un plateau. Un vrai plateau tout plat, avec de l’herbe et un terrain de foot. Par terrain, je veux dire deux cages sans filets qui se font face dans un duel muet. Les limites doivent être à l’appréciation de l’arbitre et comme les bords de la falaise ne sont pas si loin, je me demande combien de ballons ont été avalés par les gorges en contrebas. Je n’avais certes pas d’attentes particulières, mais je suis surpris par l’école. Contrairement à celle de Roche Plate, elle ne ressemble pas à une école. Une grande kaz tout au plus. Pas de cour de récréation délimitée, pas de cloche visible et surtout tout est fermé. En ce mercredi après-midi, pas le moindre signe de vie sur ce plateau à part un chiot fort accueillant. Il me faudra quelques minutes pour réaliser qu’ici aussi, comme sur toute l’île, l’école est fermée pendant les vacances. Malgré le manque d’agitation, il est clair que je suis dans le « centre administratif » de l’ilet. En plus de l’école, l’église - qui pour le coup ressemble à une église - se trouve aussi Le plateau Ecole (au second plan) et le plateau boutik (au premier plan)

Le plateau Ecole (au second plan) et le plateau boutik (au premier plan)

sur ce plateau, mais également un dispensaire et « la maison pour tous ». On m’expliquera par la suite qu’il s’agit d’un centre culturel dans lequel se trouve des livres, des ordinateurs, de la documentation, des jeux, etc.

L’ÉCOLE AUX ORANGERS Environs 10 marmailles se rendent à l’école des Orangers. Certains viennent des Lataniers car il n’y a pas d’école là-bas. Pour veiller à leur sécurité, un accompagnateur fait le trajet avec eux tous les matins (2km et 450m de dénivelé tout de même). L’institutrice quant à elle vient de l’Étang-Salé. La semaine, elle loge dans une kaz isolée à mi-chemin entre le plateau « l’école » et les hauts des Orangers. Le week-end, elle rentre chez elle. L’école étant fermée je n’ai pas pu la rencontrer.

J’observe également diverses kaz et quelques panneaux solaires. Pas le moindre mouvement, tout est fermé, je n’ai croisé personne depuis la Brèche. Je décide de finir mon rougail sur une des tables mises à disposition et c’est seulement à ce moment qu’au loin j’aperçois enfin quelqu’un. À la fenêtre d’une grande kaz, visiblement en construction, une femme secoue un chiffon plein de poussière. Comme je sais être là pour plusieurs jours, je ne vais pas l’interpeller tout de suite (et effectivement, nous nous recroiserons). M. Louise devant sa boutik (la principale de l’ïlet)... Chose rare, il accepte la CB !

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Dominique, le cuisinier du Gîte du Kanal

La terrase en contre-bas du gîte et la varangue du dortoir

Je savoure l’instant présent et la quiétude m’envahit peu à peu. Doucement, l’après-midi s’achève et je suis saisi par les bruits discrets de la nature. Oui, prendre son temps, ça change tout. Tranquillement, je retourne vers le snack-gîte.

LE GÎTE DU KANAL Caché derrière une porte pas vraiment attirante se cache en fait un petit havre de paix. Je suis accueilli par Nathan, le réceptionniste/barman/serveur/homme de ménage - bref, homme à tout faire - dont la polyvalence n’a d’égale que la gentillesse. C’est le beau-frère de Denis, le patron, qui lui est Mafatais d’origine. Il habite maintenant à la Possession mais remonte très régulièrement. Dominique, le cuisinier, complète l’équipe. La nourriture sera par ailleurs très bonne tout au long de mon séjour. Loin des clichés qui voudraient que l’on mange mal et cher dans Mafate. Le tour du propriétaire est vite fait. Une atmosphère paisible émane de la terrasse en parquet qui entoure le bâtiment principal, constitué d’un bar/boutik/snack et d’une salle à manger. En contrebas, à l’ombre des feuillages, un salon d’extérieur se laisse apercevoir. C’est ici que se trouvent les dortoirs.

HÉLICO PRESTO Livraison de nourriture, d’eau, de matériel en tout genre ou encore enlèvement des poubelles (environ une fois par mois) l’hélicoptère est aujourd’hui indispensable pour les Mafatais. Comptez environ 200€ pour une livraison de 950kg. En période d’activité intense, certains gîtes font jusqu’à une livraison de nourriture par semaine. Ils permettent également le déplacement rapide du corps médical ou des secours si besoin. Cependant cette activité n’est pas sans risque : en témoigne la stèle au début du sentier du Maïdo, érigée en l’honneur de Philippe Morin décédé le 31/12/2015 dans le crash de son appareil. La cause de l’accident : un changement brusque des conditions météorologiques alors qu’il finissait une livraison. En 2010 c’était le fondateur de Mafate Hélicoptères, André Bègue, qui avait disparu suite à un tragique accident. Chaque année, habillé en père Noël, il descendait du ciel avec des cadeaux pour les petits Mafatais. Depuis sa disparition le père Noël ne passe plus dans le cirque.

Moult détails et anecdotes me font comprendre que l’hélico fait partie intégrante de la vie des habitants du cirque.

ENCORE

D’ordinaire, lorsque j’y randonne, je peste contre ces survols parfois bruyants. Maintenant, j’en comprends mieux la nécessité.

Vue sur le rempart, sur l’ilet, ses kaz et UN TRUC QU'ON ses cultures… niveau décor, on est NE PEUT VIVRE bien ! Tout est en bois, très propre Nathan me montre l’endroit où sont presque trop -, j’ai l’impression que déposées les livraisons. Dans le jardin, QU'EN RESTANT le gîte est neuf. En fait, c’est presque à maximum deux mètres du bâtiment. SUR PLACE le cas. On m’explique que le Kanal est Le pilote n’a pas intérêt à se rater ! construit à la place d’un ancien gîte. Ils attendent d’ailleurs, si la météo le Les travaux ont duré quatre ans et se sont permet, une livraison de sable pour demain. terminés il y a peu. Quatre ans c’est long, mais pas Je suis curieux de voir ça. Encore un truc qu’on ne tant que ça quand tous les matériaux sont livrés par les airs. peut vivre qu’en restant un peu sur place.

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Encore plus qu’ailleurs dans Mafate, les habitants de l’ilet des Orangers dépendent de la météo. En période de pluies prolongées, coincé entre deux bras de rivière et cerné par les flots, l’ilet devient totalement inaccessible. Bien sûr, les hélicoptères ne volent pas lors de ces mauvaises conditions. En cas d’activité cyclonique intense, les habitants sont donc parfois totalement coupés du monde extérieur pendant plusieurs semaines. Mais la sécheresse est tout aussi redoutable. Perché sur les plateaux, l’ilet ne bénéficie pas d’irrigation naturelle. Une des habitantes affirme qu’aujourd’hui il pleut moins aux Orangers qu’il y a 20 ans. Si le sol y reste extrêmement fertile, le manque d’eau rend parfois certaines cultures plus difficiles : lors de mon séjour, beaucoup de mangues étaient encore vertes dans l’ilet alors qu’aux Lataniers, quelques kilomètres plus bas elles étaient toutes mûres depuis longtemps.

Nathan, l’homme à tout faire du Gîte du Kanal

LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS

COUPÉS DU MONDE EXTÉRIEUR PENDANT PLUSIEURS SEMAINES

Et lorsque l’on demande à cette habitante ce qu’elle souhaite le plus pour l’ilet, la réponse est sans appel : une vraie pompe pour acheminer l’eau dans les hauteurs. « Je suis au bout du circuit actuel de distribution d’eau. Aux heures de pointe, quand tout le monde pompe, c’est à peine un filet qui s’écoule chez moi. ». Un projet visant à tirer une canalisation depuis Roche Plate serait à l’étude. Affaire à suivre donc.

L’électricité de l’ilet dépend également de la météo. Ici, pas le moindre barrage hydraulique pour en produire. Toute l’énergie provient de panneaux solaires. La plupart des habitants possèdent leur propre installation. Denis me montre fièrement la sienne : une cabane flambant neuve équipée de tout nouveaux panneaux photovoltaïques et de batteries dernière génération. Cette technologie de pointe permet de capter le moindre rayon de soleil mais LES ORANGERS EN CHIFFRES fonctionne aussi grâce à la chaleur. Pas besoin d’un soleil radieux pour avoir • 54 habitants • 3 sites : Orangers les hauts, de l’électricité. Installé récemment par rempart et ville • 6 gîtes • 3 boutiks EDF, le matériel est en test et pourrait • 3 accès • 990m d’altitude • 1 médecin qui passe 1 fois par mois (si tout va bien) être étendu au reste du cirque si les • 1 école 1 maîtresse et 10 marmailles résultats sont concluants. Mais bien • 1 église 1 messe par mois que tout cela semble redoutablement • 950kg : le poids du « bigbag » transporté efficace, Denis ne se fait pas d’illusion : par l’hélico • 200€ : le prix de la livraison « Il faut brancher du matériel adapté à l’installation : frigo, four… que nous devons nous procurer auprès d’EDF. Nous leur payons également une facture d’électricité d’environ 40€ par mois. Cette installation c’est aussi un très bon moyen pour eux de mettre un pied dans Mafate ».

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UNE ATACHE DANS L’ÎLET

À 29 ANS, ELLE A DÉCIDÉ DE REMONTER AUX ORANGERS AVEC SA FILLE

Quelques jours plus tard, alors que j’étais installé à la table en bois en face de l’école, une femme s’approche et me questionne de suite : « Qui je suis ? Pourquoi je prends des photos ? ». Curieuse, elle se renseigne sur ma présence. C’est la silhouette que j’avais furtivement aperçue le jour de mon arrivée. Elle aussi m’avait vu et quelqu’un qui reste plus de deux jours dans l’ilet, « c’est pas commun ». La conversation s’engage. Daniella Atache - c’est son nom - est originaire des Orangers. Avec un brin de fierté elle me dit qu’elle est la petite fille d’Arthur Atache, figure bien connue de l’ilet car c’est lui qui a commencé la construction de l’église. L’école porte son nom. Et c’est aussi la nièce de Denis, le gérant du gîte du Kanal. Les Atache sont donc une des grandes familles des Orangers, avec la très ancienne famille des Louise. À l’image de ses ancêtres, Daniella a une histoire peu commune et une grande force de caractère.

CONSTRUIRE AUX ORANGERS Au cours de ce séjour j’apprends que la quasitotalité des Mafatais n’est pas propriétaire des terres qu’ils occupent. Les gens sont unanimes : le facteur de Mafate est propriétaire - mais c’est à peu près le seul. D’autres titres de propriété ont peut être été distribués, mais c’est une information qu’on ne me donne pas, ou qui s’est perdue au cours des années. Le discours est le même au fil de mes rencontres : l’ONF loue en fait des parcelles de terrain aux Mafatais, sous forme de concessions de 9 ans. En théorie c’est l’Office qui donne le droit de construire et/ou de cultiver. Dans les faits l’ilet des Orangers est en terrain déclaré presque entièrement non constructible car dangereux et les habitants se passent donc de ces autorisations.

C’est en CM2 qu’elle descend dans les bas pour faire sa scolarité. Comme beaucoup d’enfants mafatais, elle subira les moqueries de ses camarades. Ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre sa scolarité, d’entamer des études supérieures et de les réussir avec brio. Elle travaillera pendant plusieurs années dans le domaine bancaire au Tampon, puis sur Paris avant de rentrer à la Réunion.

À 29 ans, elle décide de remonter aux Orangers avec sa fille, de reprendre la kaz « Pour construire un gîte, il faut l’autorisation de l’ONF, du Parc National, de la Mairie puis des familiale et d’en faire un gîte. autres habitants. Une vraie galère. Moi j’attends Et comme elle le fait toute que les pelleteuses viennent jusqu’ici (rire) ». seule, ça fait tout de même Gérant de la Boutik Louise 6 ans que ça dure. Prendre son temps disais-je, c’est chouette... mais là, ça force le respect. Même si je ne suis pas invité à visiter le gîte en question, l’aspect extérieur laisse penser que la fin des travaux approche. Ouf !

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L’ÉGLISE Avec Denis elle fait partie de cette « jeune » génération de gîteurs qui veulent faire bouger les choses aux Orangers. Tendre vers une hypothétique autonomie alimentaire, comme à l’époque. C’était il n’y pas si longtemps d’ailleurs. Consommer des légumes de saison et des viandes élevées sur place. Comme ça « on économise sur l’hélico ». Mais pour cela « il faut des parcelles » et les concessions, « c’est l’ONF qui gère ». La manière dont elle me précise ce dernier détail me fait comprendre que les relations avec cet organisme sont loin d’être simples. Elle envisage son gîte comme un lieu où les visiteurs prendraient le temps de se poser. Sortir du schéma caricatural mais pourtant bien souvent vrai : arrivée des touristes qui se ruent sur la douche entre 15h et 18h, rougail saucisse à 19h pétante, petit déj’ à 7h et départ à 8h dernier carat. « Les gens arrivent le soir, ils sont fatigués, ils veulent une douche, un rougail, une Dodo, dormir, un petit déj’ et repartir. Moi mon but c’est qu’ils restent, qu’ils comprennent pourquoi aujourd’hui l’eau est froide ou qu’il n’y a pas de pression. Qu’ils comprennent que s’il a trop plu ou pas assez, les récoltes sont cramées ou gâtées. Que parfois on ne peut pas se faire livrer et qu’il

C’est le Père Pascal, le prêtre du Chaudron, qui officie une fois par mois aux Orangers.

LE FLAMBOYANT MAUVE

Seul arbre de cette couleur dans l’ilet c’est, paraît-il, l’un des deux seuls flamboyants de Mafate. Le second serait rouge et à Cayenne. Mais après réflexions mon « informateur » n’est plus

très sûr de ça. Et puis est-ce vraiment un flamboyant ? Il est sur une propriété privée... À vérifier par vous même !

LES LATANIERS

Situé en contrebas des Orangers, c’est l’ilet « jumeau ». Un endroit tout à fait charmant. Vous y trouverez une « terrasse » avec un point de vue splendide sur Cayenne, Grand Place et la Rivière des Galets.

manque donc des choses de temps en temps. Putain [sic] à mon époque on mangeait du maïs et on était content ! Il faudrait que les gens restent pour comprendre les particularités et les difficultés de notre mode de vie ». Lors de mon séjour, je recroiserai souvent Daniella pour parler de son histoire, des particularités de l’îlet et de son isolement, de la vie en général. Mais, femme aussi déterminée qu’ambivalente, elle refusera toujours d’être prise en photo. « Si les gens veulent voir ma tête ils n’ont qu’à venir me voir, je vais pas bouger ! »

SORTIR DU SCHÉMA ARRIVÉE, DOUCHE, ROUGAIL, PETIT DÉJ' ET DÉPART...

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DANN ZION

BRÈCHE<->ORANGERS

COMPRENDRE...

• Le cimetière des Orangers : L’endroit vaut les 5 minutes de détour. Plus ou moins entretenu par l’ONF, il était à mon passage très fleuri. Les habitants des Orangers qui le souhaitent peuvent y être enterrés. On y retrouve notamment la tombe d’Arthur Atache et de certains membres de la famille Louise. Aujourd’hui les corps sont amenés par hélico, mais à l’époque on les portait sur le petit sentier.

Je dois admettre que mon choix de venir me poser ici la dernière semaine de l’année n’était pas le plus judicieux pour rencontrer les habitants. La grande majorité d’entre eux vivent - parcimonieusement, il faut bien le dire - du tourisme et sont donc présents toute l’année, tous les week-ends. Le seul moment où ils font relâche, descendent sur la côte pour voir leur famille ou prendre l’air tout simplement, c’est la semaine où je suis là !

Un petit sentier de quelques kilomètres qui réserve des surprises :

• Art Mafate : Il m’a fallu deux passages pour trouver les sculptures disposées le long du sentier. Seule une petite pierre marquée «expo» indique l’endroit. Pas sûr que l’artiste veuille vraiment être trouvé !

Du coup, j’ai surtout profité du calme environnant et de l’incroyable osmose avec la nature qui s’impose à tous ici. Le premier soir, après la découverte de l’ilet quasi désert, j’avais pensé que le temps serait long. Cinq jours plus tard, alors que je me prépare au départ, je m’étonne qu’il soit si vite passé.

C'EST EN S'Y POSANT UN INSTANT QU'ON COMPREND

• Baignade : En s’écartant un peu du sentier, vers le lit de la rivière, il est possible de se baigner dans certains petits bassins. Attention aux moustiques ! Comme partout sur l’île les eaux peuvent monter rapidement - soyez vigilants. • Ravitaillement péi : Tout le long du sentier vous trouverez différents fruits en fonction des saisons : pêches, oranges, tomates, fraises... Attention toutefois à ne pas se servir dans les champs de cultures.

Rester plus d’une après-midi, soirée ou matinée dans un îlet ; y rester un jour ou plus, c’est découvrir une multitude de détails qui, additionnés, font un quotidien… vraiment pas commun pour

qui vient d’ailleurs - touriste ou habitant des bas. Un mélange de temps lontan et de modernité presque incongru. Un îlet c’est la solidarité, la débrouillardise, l’attention aux ressources ; l’attachement au patrimoine, à la famille, à l’histoire ; la curiosité de l’autre, l’envie de partage, la profonde humanité ; mais aussi des difficultés spécifiques (l’eau, les concessions, les secours, l’éducation), des revendications similaires aux autres (vie chère, administrations compliquées, rejets politiques) ; etc. En restant un peu sur place ; en prenant son temps pour discuter avec les habitants en dehors d’un rapport prestataire-client ; on finit par découvrir les beautés multiples de ces îlets et de leurs habitants. Et c’est loin de n’être que l’impressionnant isolement de villages perdus dans la nature luxuriante d’un cirque. Les îlets sont plus qu’une étape, qu’un lieu de passage. Ce sont des endroits de vies extraordinaires qui méritent d’être découverts autrement qu’en coup de vent. C’est en s’y posant un instant qu’on comprend. C’est décidé, je vais certes continuer à courir les sentiers, mais je prendrai aussi le temps de me poser de temps en temps dans d’autres ilets maintenant. Promis, je vous raconterai... • Reportage et photos : Apo

5 JOURS (TROP COURTS) AUX ORANGERS -

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• 28/12 : J’assiste à la livraison par hélico et vais visiter le Gîte du Cirque. Je pars à la rencontre des quelques habitants présents. Puis direction des Lataniers à 1h de marche.

• 26/12/18 : Arrivée après 9h de marche. Visite du plateau « école » et glandouille. Rencontre de mes hôtes du Gîte du Kanal ... puis repos bien mérité.

• 29/12 : Je passe la matinée avec Daniella. Puis pars voir les sculptures sur le chemin vers la Brèche (je me paume). Visite du cimetière.

• 27/12 : Visite des trois plateaux. Rencontre avec le gérant de la boutik principale. Discussion sous les étoiles avec Nathan du gîte. On refera le monde tous les soirs par la suite.

• 30/12 : Je profite des derniers instants sur place pour saluer les gens croisés. Dominique, le cuisinier du gîte, m’a préparé un riz soffé pour la route du retour.


Illustrations réalisées par Mélanie Chevallier, artiste Saint-Pauloise

Disponible à la vente exclusivement à l’Office de Tourisme de l’Ouest, à Saint-Gilles et Saint-Leu


© Prod&TIC/Despert | Cadreur Anonyme

ALON SORTIR

LA VIBE À BERNICA !

HAUTS SONS DES COUVERTS NOM SÉMANTIQUE, LIEU ATYPIQUE, AMBIANCE AUTHENTIQUE, PATRONS CHARISMATIQUES, BURGERS EXTATIQUES, BIÈRES MAGIQUES… LE BURGER-BAR-CONCERT HAUTS SONS DES COUVERTS EST TOUT SIMPLEMENT FANTASTIQUE. ON VOUS EXPLIQUE POURQUOI CE SPOT EXOTIQUE NOUS REND SI DITHYRAMBIQUE. EN FAIT, C’EST ASSEZ BASIQUE…

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Tout d’abord, l’historique du lieu. L’endroit s’appelait auparavant Saveurs Exotiques. Tenu par Rachelle et Joël, ce petit resto créole avait déjà très bonne réputation. Mais, suite à un incendie, nos deux comparses ont dû remonter leur affaire. Stoïque, Joël raconte : « Après cette catastrophe, nous avons repensé notre offre. Un ami américain avait commencé à initier Rachelle aux burgers. Pour les concerts, nous avions déjà fait quelques essais et ça a été une révélation. On a donc transformé le lieu en burgers-barconcerts ouvert tous les soirs. Nouveau nom, nouvel esprit. »

une cliente. Joël est au service, Sébastien s’occupe du bar et Rachelle s’active à la préparation des burgers. Les clients discutent ou se distraient aux jeux (il y en a aussi pour les petits). Le public est une vraie mosaïque - familles, jeunes, créoles, métros, punks, etc. avec autant de femmes que d’hommes - et vient des villages alentours mais aussi des bas. Micha et ses amis, la vingtaine flamboyante, détaillent : « On habite l’Ermitage. On adore venir ici pour l’ambiance cool. On est loin du bling-bling. Et puis les burgers sont juste hyper bons, ils valent le détour à eux seuls ! »

Voyons maintenant ce qui est spécifique. Situé dans un petit quartier du Bernica, entièrement en terrasse (couverte), le Hauts Sons des Couverts se repère facilement par son ambiance. « Et encore, les vendredis et samedis, pendant les concerts, c’est la folie ! Nous recevons de 50 à 70 personnes ». La déco est faite de matériaux de récup. « C’est du cosy des hauts » souligne Dominique,

Justement, parlons-en de ces burgers. Ils sont anthologiques. Vous pourrez les déguster sur place ou passer commande.

Les ingrédients sont choisis et préparés avec soin. Le pain, fabriqué par un artisan boulanger de Tan-Rouge, est délicieux. Les frites « double cuisson » sont onctueuses. Et une série de sauces faites maison ultra-savoureuses complète le tout (blanche gingembre citron, moutarde miel, chili thaï, etc.). Enfin, côté boissons, et notamment bières artisanales, c’est aussi du tonnerre : « À la pression nous avons celle de M. Arthur, un micro-brasseur du coin (une délicieuse blonde avec un petit goût de coriandre) ». Bref, monter jusqu’au Bernica pour passer une soirée au Hauts Sons des Couverts ne doit pas vous effrayer. Non seulement ce n’est pas aussi loin qu’on pourrait le croire mais en plus ça vaut le détour. Véridique !

HAUTS SONS DES COUVERTS 9 Route de Fatima, Bernica - Saint-Gilles-Les Hauts | Tél : 0692 52 11 11 Burgers : 7€50 à 10€ à emporter / 10€50 à 13€ sur place - avec frites et sauces maison Ouvert du mardi au samedi, de 17h30 à 21h ; 23h30 le week-end. Concerts : tous les vendredis et samedis de 19h30 à 22h. Et aussi en semaine pendant les vacances. Programmation sur : facebook.com/savexo.re


© Emeline

ALON VOIR

LES TRÉSORS DU TERROIR

FERME-AUBERGE ICHABE LABELLISÉE ACCUEIL PAYSAN, LA FERME-AUBERGE ICHABE EST TOUT AUTANT UN LIEU À PART QU’UN RENDEZ-VOUS INCONTOURNABLE POUR QUI VEUT DÉCOUVRIR ET DÉGUSTER LES PRODUITS DU TERROIR DANS UNE AMBIANCE AUTHENTIQUE ET CHALEUREUSE. VISITE. Cela fait maintenant une dizaine d’années que Patrick et Brigitte Ichabe ont transformé leur belle maison, située à proximité du musée de Villèle et en plein milieu de leur exploitation, en table d’hôte. Et même si la mouvance de l’agro-tourisme se développe, le fait d’être reçu chez un agriculteur actif est encore assez surprenant. Patrick nous explique comment il en est arrivé là : « Nous sommes un peu une exploitation référence - production raisonnée, respect environnemental, etc. -. La chambre d’agriculture proposait souvent aux paysans métropolitains de venir visiter notre ferme. Et comme nous aimions accueillir les gens, partager notre passion, ma femme et moi avons décidé de diversifier notre activité en ouvrant notre maison aux touristes et locaux ». L’agriculture reste bien la principale activité des Ichabe. Mais les commentaires dithyrambiques – sur la qualité de l’accueil, des repas et la beauté du lieu – ne laissent

aucun doute : cette table d’hôte paysanne est remarquable. Le cadre s’avère en effet exceptionnel, que vous soyez installé sous l’immense varangue, à l’intérieur ou dans le somptueux jardin de la maison. Les plats, tous à base des produits de la ferme, sont cuisinés avec talent. Enfin, les hôtes eux-mêmes sont extraordinaires d’humanité et d’authenticité. D’autant plus lorsque Patrick, après vous avoir fait visiter son exploitation, se met à jouer de la musique avec sa femme.

un apéritif maison, une entrée succulente (ah ce gratin de citrouille !), un choix de deux plats traditionnels (lors de votre réservation, vous pourrez choisir votre menu ; nous avions choisi pour notre reportage un coq géranium et un gratin ti’jacques), un dessert savoureux et les fameuses tisanes issues des plantes du jardin familial (citronnelle, romarin, ayapana, etc..). A noter aussi que le vin qui accompagne le repas est spécialement choisi par Brigitte qui a suivi une formation d’œnologie à Cilaos. Bref, là encore, c’est un sans-faute.

Cette dernière, excellente cuisinière par nature, concocte ses repas typiquement créoles le jour même et dès 6h du matin. Pour 30€ par personne, vous aurez droit à

Instants de partage, accueil sincère et cuisine traditionnelle de qualité. À la Ferme Ichabe, vous vivrez un moment aussi privilégié que délicieux. Gloire au terroir péi !

FERME AUBERGE ICHABE 20, chemin des Immortels | 97435 Saint-Gilles-Les-Hauts | Réservations : 02 62 43 94 84 ou 06 92 28 82 51 Possibilité de déjeuner ou dîner en semaine (lorsqu’un minimum de 15 personnes ont réservé) ou le week-end (attention, c’est souvent complet). Repas de 11h30 à 17h et de 19h à 23h (et parfois plus selon l’ambiance) Tarif 30€/personne comprenant apéritif + entrée + 2 plats + dessert + tisanes / cafés + vin ou boisson

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VERT LONTAN KAN DES MARRONS

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CAP AU VERT ! LE KAN DES MARRONS EST AUTANT UN JARDIN BOTANIQUE, UN MUSÉE VIVANT, UN ENVIRONNEMENT CONSERVATOIRE, UN ESPACE DE CULTURE ET D’HISTOIRE QU’UN LIEU PÉDAGOGIQUE, DE TRANSMISSION ET DE PARTAGE. PORTÉ PAR UNE ASSOCIATION D’INSERTION - LE CISCB -, CE FOISONNANT JARDIN EST UN VOYAGE VERT ET VERS LE PASSÉ RÉUNIONNAIS. NOUS AVONS RENCONTRÉ SON CRÉATEUR - JEAN-PAUL BAVOL, UN HOMME PASSIONNÉ ET PASSIONNANT. AVEC SES COLLÈGUES, IL VOUS EMMÈNE À LA DÉCOUVERTE DES INNOMBRABLES PLANTES, LÉGUMES ET FRUITS LONTAN QU’ILS ONT SU PRÉSERVER. MAIS AUSSI À LA REDÉCOUVERTE D’UNE CULTURE ET D’UN MODE DE VIE PROPRES À LA RÉUNION D’AVANT.

EN ROUTE VERS UN TRÉSOR VERT Le Kan des Marrons est situé au Guillaume, dans les hauts de Saint-Paul. Bien que quelques panneaux indiquent son emplacement, il faut un peu chercher pour le trouver. Mais le jeu en vaut la chandelle. A l’écart des axes touristiques, planqué au détour d’une belle ravine (entretenue par l’association qui gère le jardin), l’endroit respire l’authenticité, la créolité lontan… et la belle découverte.

Vous en parler ici, dans Vavang, un magazine à grande diffusion (connu de la Terre entière évidemment), est presque antinomique. Mais non. « De toute façon, non seulement nous n’avons pas les capacités matérielles et humaines pour accueillir quotidiennement des visiteurs isolés, mais ce n’est pas non plus notre objectif de devenir un lieu ultra-fréquenté. Nous tenons au côté humain, sans mercantilisme ; à transmettre autant qu’à montrer. De fait, toutes nos visites sont accompagnées, commentées et durent environ 3h. Elles sont organisées le matin (de 10h à 12h30-13h) et nous regroupons les demandes ».

s’accordent à merveille. « Finalement, c’est la nature qui décide. Un peu comme dans le jardin lui-même où nous laissons les plantes s’épanouir ».

RÉSERVER

Méconnu du grand public, avec à peine 6000 visiteurs par an, dont une bonne moitié de scolaires, cet ancien caro d’avocats marrons (d’où son nom, même si la référence aux esclaves marrons n’est pas non plus innocente) est une sorte de trésor botanique qu’on ne partage qu’entre privilégiés.

Un passage au Kan des Marrons se « prépare » donc. On n’y va pas comme ça. Il est nécessaire de réserver. D’appeler pour savoir quand il y a assez de monde et ainsi se greffer à un groupe - les visites s’organisent à partir d’une vingtaine de personnes minimum. « On essaie toujours de trouver une solution. En général il y a au moins une visite par semaine ». Si le jardin ne ferme qu’entre le 24 décembre et le 3 janvier, certaines périodes sont tout de même plus propices que d’autres. Entre janvier et mars, période potentiellement cyclonique, les visites sont plus rares. Et en octobre-novembre, période plus sèche, les plantes sont un peu en sommeil. Le reste de l’année, d’avril à septembre donc, c’est plus facile d’en profiter. Le meilleur moment étant avril et mai où temps et plantes

CAPHARNAÜM VÉGÉTAL Il n’empêche, même si au premier abord on a l’impression d’être au milieu d’un capharnaüm végétal, le Kan des Marrons est organisé en différentes zones cohérentes et bien pensées. On y navigue entre plantes endémiques, anciennes, sauvegardées, médicinales, sauvages ou décoratives. Ici, la nature n’est pas domptée, domestiquée mais intelligemment mise à contribution. Sur les 6000m2 du jardin, pas moins de 1000 espèces interagissent entre elles et, plus que mises en scènes, font elles-mêmes le spectacle. Six personnes travaillent en

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CAP AU VERT !

permanence pour entretenir ou rénover les différentes parcelles (quand 6 autres employés de l’association, des contrats d’insertions, s’occupent de l’aménagement des ravines alentour). Des marmailles de maternelle et des handicapés sont aussi invités à s’occuper d’un espace éducatif. Bref, le CISCB cultive autant les plantes - à protéger - que les notions de transmission et d’intégration - qui, on l’espère seront sauvegardées.

resserrer le tissu social. Mais aussi de transmettre les valeurs de l’éducation, du partage, de l’environnement, du respect et de l’histoire ».

CULTIVER LA MÉMOIRE

JEAN-PAUL BAVOL LE GÉANT VERT Le porteur de cette philosophie admirable et l’initiateur de ce jardin patrimonial remarquable, c’est Jean-Paul Bavol. Un homme exceptionnel qui a autant la main verte que sur le cœur. À 63 ans - il ne les fait pas du tout -, il a déjà eu mille vies : commis de boutique au Bernica, animateur de quartier, ségatier, acteur et metteur en scène de pièces de théâtre, éducateur sportif, directeur de centre, etc. « j’ai été un marmaille la kour, j’ai été confronté à la misère les 18 ans où j’ai travaillé en boutique… Ma motivation principale, c’est de créer de la joie, de l’entente, de

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humble, Jean-Paul accompagne lui-même les visiteurs quand ce n’est pas Clarisse ou l’une des deux Isabelle qu’il a formées à son image (il appelle tout le monde « mes marmailles »)

Il a créé il y a 20 ans l’association CISCB (Centre d’insertion sportive et culturel du Bernica) et œuvré dans le social pour accompagner des enfants et ados qui, maintenant qu’ils ont grandi, viennent l’aider bénévolement - un peu comme pour le remercier de tout ce qu’il a fait pour eux dans leur jeunesse - à l’entretien du Kan des Marrons. Il a pu aussi en engager certains grâce aux contrats aidés ou d’insertion qui, hélas, sont aujourd’hui remis en cause. Aussi profondément humaniste qu’il est

L’idée du Kan des Marrons lui est venue en fréquentant les personnes âgées des hauts. « Les gramouns sont source de savoir. Ils ou elles me faisaient visiter leurs jardins, me racontaient comment ils se soignaient avec les plantes, me montraient des fruits et légumes qu’on ne trouve presque plus, etc. j’ai réalisé qu’il serait intéressant tant de montrer que de sauver tout ça. De planter pour sauvegarder la mémoire. Alors j’en ai parlé autour de moi et tout le monde s’est impliqué. Nous avons trouvé le terrain, on nous a apporté des graines, des boutures, des racines. Beaucoup de végétaux quasi disparus. Mais aussi des vieux objets, des histoires, des idées. Ce jardin est un projet intergénérationnel, fruit du partage, de l’entraide. Tout en restituant la culture réunionnaise, la vie d’autrefois, on préserve une histoire, une culture, et on transmet aux jeunes générations ».


Jean-Paul est non seulement un amoureux de la terre mais aussi un historien, accessoirement amateur de bons mots. Et c’est un formidable « metteur en scène » de la nature et des traditions. Ainsi, le Kan des Marrons ne se résume pas à ses nombreuses espèces rares ou en voie de disparition - chose déjà exceptionnelle -. C’est aussi un « musée domoun, un musée la kour », un voyage dans le temps, un véritable circuit pédagogique (aussi passionnant que ludique). D’où la nécessité des visites guidées sans lesquelles les visiteurs n’auraient pas toutes les clés. De multiples panonceaux, où sont inscrits des proverbes créoles, ponctuent les allées et donnent un aperçu du bon sens, de la malice ou de l’ingéniosité créole. Les conditions de la vie lontan sont admirablement reconstituées. Train courant d’air, cases en paille ou sous tôle, boutique chinoise, jeux d’avant, etc. nous font réaliser à quel point notre mode de vie a changé. D’autant que tout est absolument authentique. « Tous les objets exposés m’ont été transmis par les anciens. Par exemple, cette « mallette d’amour » m’a été donnée par sa propriétaire peu de temps avant qu’elle nous quitte. Les mémés pleurent en voyant ça ». Le tour du jardin est aussi agrémenté d’expériences

faisant appel à l’olfactif ou au toucher : sentir les anciennes plantes aromatiques utilisées pour les tisanes, toucher à l’aveugle et deviner des fruits et légumes lontan, etc. Enfin, Jean-Paul ou ses collègues ne manquent pas d’ajouter aux explications de multiples et savoureuses anecdotes. C’est tout cela - les gens qui s’en occupe comme l’idée même du jardin - qui nous a fait adorer le Kan des Marrons. Au plaisir des sens s’ajoute un patrimoine qui a du sens. C’est une immersion totale dans la culture - au sens propre comme au sens figuré - réunionnaise et une re-découverte d’un art de vivre. On en ressort aussi interloqué qu’instruit. Franchement, allez-y !

Kan des Marrons 32 chemin Borcher - 97423 Le Guillaume 02 62 96 08 54 - 06 92 85 76 73 Visites uniquement sur rendez-vous.

• Reportage et photos : Sand

ON A VISITÉ La visite commence sous la tonnelle vers les 10h. On nous sert un bon petit « café grillé » et un « riz sofé » typique (du sosso maïs ou de la morue et du rougail tomate à l’ancienne). Des fruits et légumes lontan sont exposés devant nous : «Pommes en l’air», «concombres le chien», calebasses trompettes, brèdes lastron, «zerb à bouc», Zavocats grand collé, un pouss’, goyave, la boule mais aussi papayes péi, figuiers, mûriers, tomates arbustes, ail malgache, etc. Jean-Paul nous détaille leurs origines, leur utilisation, la manière de les cultiver. Rapidement les gens posent des questions, sont interpellés sur l’aspect si éloigné des légumes qu’ils trouvent aujourd’hui au marché. Les anecdotes et conseils fusent (« quand j’étais petit, on mangeait ça comme ça », « pour ceux qui ont du diabète, savez vous qu’avec cette racine… »). Cette première heure est déjà passionnante. Nous le suivons ensuite dans les allées verdoyantes du jardin. À chaque détour, une surprise, une explication, une petite blague. Tout est cultivé naturellement : là, une liane particulière et des avocats étranges ; ici, un caméléon qui fait le beau et des abeilles à l’œuvre ; encore là, un arbre étrange et des fleurs somptueuses ; etc. Couleurs, odeurs, textures : la variété des plantes est phénoménale. Jean-Paul, avec son large sourire et son accent chantant, nous partage son savoir qui semble infini. Tout le monde est captivé : les adultes comme les enfants, les jeunes comme les vieux, les Réunionnais comme les touristes. Différents jeux - sensoriels mais aussi la kour - ponctuent notre parcours. La case mémé, le car kourant d’air, la boutik lontan atick, les cabinets de Mme Pole, etc. sont des reconstitutions aussi poignantes que drôles. Tout comme les multiples proverbes créoles affichés ici et là. Il est 13h et pourtant nous n’avons pas vu le temps passer. Pour ceux qui l’ont demandé à la réservation, des dégustations et un petit repas lontan sont proposés. Au menu, un carri « peau de banane », « la misère » ou « patates cochon » ; de délicieuses confitures...

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FORT DE CAFÉ DOMAINE DES CAFÉIERS

DANS LES HAUTS DE BOIS-DE-NÈFLES À ST PAUL, SUR LES PENTES DU MAÏDO, EXISTE UN ENDROIT OÙ RENAÎT LA CULTURE DU CAFÉ RÉUNIONNAIS. LA FERME SLITI, SURNOMMÉE LE DOMAINE DES CAFÉIERS, EST EN EFFET UNE FERME PILOTE, QUI A FAIT LE CHOIX DE PRODUIRE LE SEUL CAFÉ CERTIFIÉ BIO DE TOUTE LA COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE. UN ART QUE LE COUPLE SLITI PROPOSE DE NOUS FAIRE DÉCOUVRIR, ÉTAPE APRÈS ÉTAPE, DU CHAMP JUSQU’À LA TASSE. EVEIL DES SENS GARANTI. 32


CAP AU VERT !

Au premier abord, c’est une ferme comme une autre. On y accède par une petite route qui monte, qui monte, jusqu’à trouver un petit panneau de bois sans prétention, indiquant simplement « café ». C’est bien là que ça se passe. La promenade commence, commentée et guidée par Martine. Ce jardin, où la nature est laissée tranquille, regorge de surprises à chaque pas, pour peu que l’on soit un peu curieux et attentif. On observe, on sent, on touche, on goûte aussi, parfois. Martine connaît le moindre recoin de ce domaine et partage avec plaisir certains de ses secrets : une floraison généreuse par-ci, des fruits mûrs par-là… Toutes les occasions sont bonnes pour apprendre ou expérimenter.

Le Domaine des Caféiers - ferme Sliti 1156 chemin Féoga - Bois-de-Nèfles St-Paul Visites - et dégustations - sur réservation (au moins 24h à l’avance) les lundis, mercredis, jeudis et dimanches matins. Durée : 1h30 Boutique en ligne : fermesliti.sitego.fr

LES TROIS PETITS PLANTS DE MOKA Ce n’est définitivement pas un champ comme on pourrait se l’imaginer. Toute la production est certifiée bio et ne se limite pas à la caféière. Le long de la promenade, nous croisons pêle-mêle des arbres fruitiers, des plantes aromatiques et médicinales, des orchidées et des arbres divers dans un décor de végétation dévergondée. Au gré des questions et des éléments remarquables, Martine dispense également quelques astuces sur les usages des végétaux que nous croisons.

Il était une fois trois plants de Moka d’Ethiopie offerts à Louis XIV, que l’on repiqua dans les jardins royaux. Ces trois plants adoptés prirent le nom de la famille royale. Ainsi naquit le café Bourbon. L’un des trois plants ne supporta pas sa nouvelle condition et mourut. Dans l’espoir de sauver les deux survivants, on les envoya en Martinique, où ils se mirent à croître et à fructifier. De ces plants vinrent les premières plantations de café Bourbon aux Antilles Françaises. La Compagnie des Indes tenta alors d’importer la plante sur l’île Bourbon. Celle-ci n’était alors que très peu peuplée et l’agriculture locale se limitait à de petites plantations vivrières. Alors, pour impulser la production de café sur l’ile, on encouragea certaines grandes familles à y envoyer un de leurs fils, à qui seraient généreusement fournis terres, plants, et main-d’œuvre. Les premières exploitations apparurent peu après, d’abord à St Paul jusqu’à 600 mètres d’altitude, avant de s’étendre sur une grande partie du pourtour de l’île. Le défrichage et la mise en culture de ces terres, encore vierges, entraînera la venue sur l’île des premiers esclaves, pour la plupart en provenance de Madagascar.

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CAP AU VERT !

Au-delà de ces explications botaniques et pratiques, la visite du domaine est surtout une occasion d’en savoir plus sur l’histoire du café à la Réunion, et sur le fameux Bourbon Pointu, véritable trésor « péi », reconnu aujourd’hui comme l’un des meilleurs cafés du monde. Bien entendu, on découvre également les différentes étapes de la culture et de la fabrication du café, selon un procédé encore artisanal, du « dépulpage » à la torréfaction. L’expérience se termine en apothéose, avec une dégustation d’un « grand cru », du genre qu’on n’oublie pas.

"BOURBON POINTU" A STAR IS BORN L’histoire du Bourbon Pointu est un enchaînement d’incroyables hasards. Vers la moitié du XVIIIe siècle, alors que l’exploitation caféière prend son rythme de croisière, un agriculteur remarque un pied différent des autres. Des feuilles plus petites et plus fines, des « cerises » moins rondes, comme les grains, qui sont nettement allongés et se terminent en pointe. Il a l’idée de laisser sa chance à ce drôle de plant mutant. Grand bien lui en a pris : le fruit donne un café exquis. Une chance, une autre, c’est que la mutation semble persévérer à travers les générations. Le Bourbon Pointu fait son entrée en scène et fait bientôt parler de lui dans les hautes sphères. Le roi lui-même finit par craquer pour ce breuvage, qui devient son café préféré. Jusqu’en 1860, la principale production agricole locale reste le café. Pourtant, pour des raisons que Martine vous racontera, le café péi connaîtra un déclin vertigineux, avec l’introduction et le développement de la célèbre canne à sucre. Le Bourbon Pointu sombre peu à peu dans l’oubli pendant plus d’un siècle... La bonne fée du café fait cependant de nouveau des siennes. Un historien note quelque part ce goût de Louis XV pour le Bourbon Pointu. À la fin des années 90, un Japonais bien inspiré trouve l’info. Ça tombe bien, il s’agit de Yoshiaki Kawashima, directeur de recherche de Ueshima Coffee Company (UCC), en quête de nouvelles essences hors du commun. Qu’à cela ne tienne, une équipe débarque sur l’île avec en tête une idée (qu’elle est bonne) : retrouver le légendaire Bourbon Pointu !

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FORT DE CAFÉ Bien sûr, si son exploitation sur l’île a complètement cessé depuis des décennies, le Bourbon Pointu a survécu dans les jardins particuliers, où il est réservé à l’usage personnel ou familial. En 1999, sur l’impulsion de l’équipe japonaise (cf encadré), et en partenariat avec la Région, un appel est lancé aux Réunionnais pour récupérer des plants. Lorsque le projet de relancer la culture du café Péi leur est proposé, les Sliti acceptent de tenter l’aventure. Comme environ 60 agriculteurs de l’île, ils vont, durant trois ans, planter et faire croître jusqu’à maturité une parcelle « expérimentale » de leur domaine, sur 2000m2, pour commencer. Trois ans qu’ils vont également consacrer à se former sur les méthodes de fabrication, ainsi que sur les subtilités de la dégustation du café. Ils se prennent au jeu. En 2005, lorsque vient le moment fatidique de la récolte et du résultat : bingo ! c’est un délice digne des plus grands crus mondiaux. Martine et Mongi Sliti décident, non seulement de développer cette partie de leur exploitation, mais aussi d’aller plus loin dans la qualité, avec le souci constant du respect de l’environnement. Comme sur l’ensemble des 5 hectares de l’exploitation, la caféière, d’une surface d’un hectare aujourd’hui, est cultivée et certifiée « bio ». Le savoir-faire s’est affiné, les techniques artisanales visent l’excellence. Surmontant les mésaventures, difficultés et autres déceptions, les deux producteurs s’accrochent et ne font pas les choses à moitié. En 2007, leur café est classé Premium Haut de Gamme par les Japonais.


DE LA PRODUCTION À LA DÉGUSTATION La récolte a lieu d’octobre à février. Durant cette période, les visiteurs peuvent participer à la cueillette de ces petits fruits rouges appelés cerises. Elles sont sélectionnées et cueillies manuellement à maturité. La cerise doit être rouge/bordeaux, afin d’exprimer tous ses arômes. Les baies sont ensuite débarrassées de leur pulpe, afin de récolter le précieux grain… Les graines de café sont alors mises en fermentation durant une période de 12 à 36h, selon la température ambiante. Les graines en « parche » sont lavées afin de supprimer toute trace de mussilage (partie gluante de la graine), avant d’être mises à sécher durant 15 à 30 jours. Après séchage, les grains sont séparés des parches, c’est le déparchage (dans lequel interviennent, au domaine, un blender et un sèche-cheveux !).

des plus chers (jusqu’à 700 € le kilo !), qui se savoure comme un grand vin. Enfin, la torréfaction consiste à chauffer les grains afin d’en exprimer tout l’arôme. Plaisir olfactif rare... Voilà ! Votre café est prêt à être moulu et préparé. Compter 7g par tasse de 10 cl. Infuser dans une cafetière à piston, dans une eau à 90 degrés, pendant 5 minutes, et presser. Le moment qui suit est tout simplement délectable. Je suis personnellement une grande amatrice et consommatrice de café. Ce jour-là, j’ai eu l’impression d’en goûter pour la première fois. Je peux dire sans exagérer que ce fut le meilleur café de toute ma vie.

Ainsi, pour un hectare de plantation, la récolte annuelle est d’environ 2,5 tonnes de cerises. À la fin de cette étape, il ne reste plus que 250 kg de café vert. C’est beaucoup de temps, d’efforts, d’amour et de patience. Ceci expliquant cela, le prix du café Bourbon Pointu est à la hauteur du travail fourni. Si ce café est l’un des meilleurs au monde, c’est aussi l’un • Reportage et photos : Lalou

De forme conique et résistant à la sécheresse, le caféier Arabica Laurina (c’est son petit nom) se caractérise par le fait que les cerises (fruits devenus rouges en mûrissant) qu’il produit sont plutôt pointues, de taille moyenne (jusqu’à 15 par nœud). On remarque également sa petite taille, ses petites feuilles et des branches latérales

PORTRAIT POINTU

minces. La densité de ces feuilles permet aux cerises de mûrir lentement et de développer un taux de sucre plus important. La variété permet de produire un café se distinguant par une bonne acidité, une faible amertume mais surtout un faible taux de caféine. Il est de 0,4 à 0,6% contre 1,2 à 1,6% pour les arabica, soit environ la moitié. À la tasse, il est classé « zéro défaut ». C’est un café très doux, qui présente une remarquable longueur en bouche.

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© Arnaud

ALON MANZÉ

LE CLASSIQUE, C’EST FANTASTIQUE

LA TABLE DES BATIGNOLLES DEPUIS UN AN, EN TOUTE DISCRÉTION, LA TABLE DES BATIGNOLLES EST DEVENUE L’ADRESSE PORTOISE DE RÉFÉRENCE POUR NÉGOCIER D’IMPORTANTS CONTRATS. AU-DELÀ, JEAN-MICHEL PELLISSON ET SON ÉQUIPE LIVRENT SURTOUT UNE REMARQUABLE PARTITION CULINAIRE, DONT LE CLASSICISME N’A D’ÉGALE QUE LA JUSTESSE. Salon à la Halle des manifestations, sortie catamaran, visite du Marion-Dufresne... Les occasions d’escapades touristiques au Port ne manquent pas. Contrairement aux bonnes adresses où s’attabler ensuite, si l’on se fie à la croyance populaire. Eh bien, détrompez-vous ! Parmi les restaurants où il fait bon manger au Port, l’un d’eux s’est forgé une solide réputation en moins d’un an : La Table des Batignolles. « La retraite, c’est vraiment pas terrible ». Devant ce triste constat, Jean-Michel Pellisson décide en juillet 2018 de remettre le couvert. À plus de 70 ans, cette figure de la restauration réunionnaise se lance un dernier défi professionnel en ouvrant La Table des Batignolles en plein centre-ville du Port. « Cette ville méconnue est pourtant le poumon économique de l’île. Ce qui constitue une donnée plutôt essentielle pour la table d’affaires que nous entendons être », estime, avec une ironie qui ne le quitte guère, l’ancien propriétaire du Bistrot de la

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Porte des Lilas et de Côté Seine, qu’il a tenus à Saint-Denis entre 1995 et 2014. « Avec La Table des Batignolles, je boucle la boucle de mon triptyque parisien, en hommage à mes belles années passées là-bas », souligne ce Charentais d’origine. A l’heure du déjeuner, la sobre salle de 40 couverts se remplit de patrons et cadres des entreprises de la zone. Nappes immaculées en tissu épais, vaisselle de qualité, jolie verrerie, service soigné, remarquables vins au verre à prix doux : les arguments pour séduire une clientèle professionnelle souvent exigeante sont pléthoriques. « Il s’agissait d’un de nos objectifs, et nous l’avons atteint, se félicite Jean-Michel Pellisson. Toutefois, je pense que la cuisine raffinée proposée par notre chef Rémi

Lasfargues mérite d’être connue et appréciée des Réunionnais en général ». Noix de saint-jacques, foie gras, pavé de cabillaud, sole meunière, selle d’agneau, magret de canard, filet de bœuf… La carte (de 20 à 25€ le plat), les alléchantes formules déjeuner (de 19 à 28€) et le menu dégustation (au dîner seulement, 52€) regorgent des pépites incontournables de la meilleure bistronomie hexagonale. « J’accorde de l’importance aux dressages élaborés, mais ma priorité reste le goût », résume l’ancien second de Côté Seine au moment de faire déguster son dessert signature, le fameux Soufflé du Chef. Encore un grand classique de la tradition française, joué par ce gamin de 27 ans. Et sans aucune fausse note !

LA TABLE DES BATIGNOLLES 31, bd de Brest au Port | Tél. : 0262 55 96 28 | Ouvert du lundi midi au vendredi midi, et du jeudi soir au samedi soir Menus du midi à 19 € (plat du jour), 23 € (entrée-plat ou plat-dessert) et 28 € (entrée-plat-dessert) Menu dégustation en 5 temps à 52 € – Formule du jour sur la page Facebook du restaurant


ALON FAIRE

LE PRIVILÈGE DU YACHTING ACCESSIBLE

LE BELL'ILE

UNE SORTIE EN MER,SIMPLEMENT POUR LONGER LA CÔTE OU, MIEUX ENCORE, POUR ALLER À LA RENCONTRE DES BALEINES (PUISQUE LA SAISON APPROCHE !) C’EST DÉJÀ DU BONHEUR. MAIS QUAND ÇA SE PASSE SUR LE BELL’ILE, UN CATAMARAN MOTORISÉ D’EXCEPTION TENU PAR UN DUO D’ÉQUIPAGE AU TOP, ON FRÔLE LE PRIVILÈGE. ALLEZ, EMBARQUEZ ! Le Bell’Ile se démarque clairement des autres embarcations de l’île. Piloté par l’un des capitaine les plus connus de La Réunion - Laurent Kbidy, 20 ans de métier -, ce catamaran de plaisance à moteur, totalement neuf, permet d’effectuer des sorties en petit comité (12 personnes max), dans un impressionnant confort (le petit côté luxueux du yachting), une grande sérénité (l’avantage de la stabilité d’un multicoque) et surtout... en totale liberté. Car, et c’est l’intérêt lorsque les cétacés jouent à cache-cache, l’autonomie et la puissance de son moteur (qui, bonheur, ne s’entend pas beaucoup) permettent d’aller rapidement d’un endroit à un autre et d’adapter le trajet aux circonstances. « On peut suivre sans difficulté les animaux (en gardant une direction adéquate et une distance raisonnable évidemment) qui nous font le plaisir de nager juste à côté de nous. On gagne du temps pour l’approche et donc pour l’observation. »

Un temps qui passe agréablement grâce à un équipage très prévenant. Aurélie est réellement aux petits soins et vous apportera petites victuailles et boissons régulièrement. Laurent, quant à lui, expert sur la côté réunionnaise comme sur la faune aquatique, n’hésite pas à partager ses observations du pont et à discuter avec vous. La configuration intimiste et l’agencement aéré du catamaran (on peut circuler partout jusque sur le flydeck à côté du capitaine), favorise d’ailleurs autant les points de vues que les échanges. Finalement, c’est un peu comme si des amis vous accueillaient chez eux. « J’ai acheté ce 43 pieds avec un associé. Mon objectif était de proposer, après 16 ans à trimballer des hordes de touristes, un service plus person-

nalisé, plus humain, plus intime et attentif. D’où le choix d’un navire moderne, très confortable et un nombre réduit de passagers. Je tiens à ce que chacun se sente à son aise, ait de l’espace pour bouger, s’asseoir, se prélasser au soleil, etc. Je veux partager la mer dans des conditions idéales ». À noter aussi qu’il applique le même raisonnement avec les cétacés en suivant précautionneusement la charte d’approche. Enfin, et c’est la cerise sur le gâteau, le ratio prix/temps du Bell’Ile (50€/3h ; 25€ pour les enfants) est parmi les meilleurs du marché. Ce qui nous fait dire que même si c’est son gagne-pain, Laurent est surtout là pour partager sa passion. Et c’est un sacré privilège d’en profiter de cette façon !

LE BELL’ILE Croisières Australes | Réservations : 06 93 02 41 74 ou sur le site www.bellile.re Départs le matin de 9h à 12h et l’après-midi de 16h à 19h (horaires modifiables selon la saison) Tarif : 50€/3h par adulte - 25€ par enfant (de 4 à 12 ans). Location possible à la journée ou pour le week-end.

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DO MOUN

© Karine Bod

DU VRAC DANS L'SAC LE COMPTOIR DU VRAC

AU CŒUR D’UN QUARTIER « LA COUR », UNE BOUTIQUE QUI RAPPELLE « DAN’TEMPS LONTAN », UN TEMPS QUE LES MOINS DE 20 ANS NE CONNAISSENT PLUS VRAIMENT… OU PLUTÔT, UN ESPACE DE VIE OÙ L’ON CONSOMME, TROQUE, ÉCHANGE, OÙ ON S’ENGAGE ET OÙ ON PARTAGE À NOTRE ÉCHELLE, L’ÉCHELLE HUMAINE. COMMENT CONSOMMER AUTREMENT ? EN DONNANT DE SON TEMPS ! LE COMPTOIR DU VRAC À PITON SAINT LEU EST UNE ÉPICERIE ATYPIQUE QUI VOIT FLEURIR EN SES MURS DES IDÉES PAS BÊTES ! La vague jaune fluo qui a inondé les ronds-points, péages et autres points stratégiques de France, a aussi secoué l’île de façon remarquable. Le fantôme de la pénurie est rapidement venu s’agiter devant les portes closes des supermarchés. Nous laisserons chacun tirer les conclusions qu’il pourravoudra sur le sujet, mais convenons d’une chose : ce mouvement aura amené tout le monde à reconsidérer sa façon de consommer, à plus ou moins long terme, selon

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les consciences et idéaux de chacun. Les grandes surfaces ayant fermé les vannes, on a vu refleurir les marchés improvisés, et les « petits » commerces ont vu affluer des clients bien contents de pouvoir remplir leurs marmites. Pour certains, ce fut l’occasion d’une (re)mise en question de tout un mode de vie, pour d’autres, une confirmation qu’un autre modèle est possible. Une « alternative », puisque c’est le mot consacré, c’est justement l’idée qui fonde le « comptoir du Vrac », à Piton St Leu.


AMBIANCE « BOUTIK QUARTIER » C’est samedi matin. Au détour d’une petite route bien connue de Piton St Leu, une « boutique » de quartier pas comme les autres. L’endroit s’appelle « le Comptoir du Vrac », c’est une épicerie, entre autres. Dans la cour, des tables et autour, des gens. A l’intérieur, d’autres font leurs emplettes avec des bocaux et des boîtes vides qu’ils remplissent eux-mêmes au fil des rayonnages. A l’arrière, une équipe travail autour d’un bureau. Je suis tout de suite accueillie par Maddie. Le temps de faire le tour, on m’invite à discuter autour d’une tisane. Nous voilà bien loin de l’ambiance de supermarché.

DU VRAC POUR RÉDUIRE LES DÉCHETS Maddie explique. Le lieu a été créé en février 2017 suite à un appel à projet. Il est aujourd’hui porté par l’association Place au Vrac. Il abrite plusieurs pôles, le premier étant l’épicerie. On y trouve des produits « zéro déchet », sans emballage. Tout ce qui est importé (c’est-à-dire tout ce qu’on ne trouve pas à la Réunion) est certifié « biologique », et fourni par de petits producteurs français. Tout ce qui est local n’est pas forcément certifié, le bio à la Réunion n’étant pas encore très développé. « Du coup, une de nos missions, c’est d’aller les trouver (ndlr : les producteurs locaux), les rencontrer, créer une relation de confiance, regarder le terrain, voir à quoi ça ressemble... Est-ce que c’est tout jaune en bas des arbres ou pas... ». On l’aura compris, la qualité du contenu de nos assiettes est un critère incontournable, mais ce n’est pas le seul : il s’agit de favoriser les circuits courts et l’aspect humain. Pour l’heure, on y trouve des légumes (deux fois par semaine, apportés par des petits producteurs locaux) et déjà un choix conséquent de produit « secs », dont certains pour le moins inhabituels  (c’est l’occasion d’échanger et de tester de nouvelles recettes !) A l’avenir, les adhérents pourront probablement s’y fournir en produits frais, comme des fromages par exemple, toujours bio et/ou locaux, bien entendu. L’endroit abrite également un espace « friperie », un espace de troc et un coin dédié aux marmailles.

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DES ÉCHANGES DE SAVOIRS ET D’IDÉES Le deuxième pôle, c’est le « café citoyen », qui fait du Comptoir un lieu de partage et d’échanges, où peuvent s’organiser toutes sortes de rencontres et d’ateliers à l’initiative des adhérents. Chacun peut, s’il le souhaite, transmettre les connaissances ou savoir-faire pour lesquels il est qualifié. Cela peut aller de l’aromathérapie à la fabrication d’objets, en passant par la couture (axée sur le réemploi des tissus), ou encore des événements culturels tels que la soirée projection/débat récemment coorganisée avec d’autres partenaires. « C’est un peu le côté tiers-lieu du projet », ajoute Maddie. Le développement d’un espace de « coworking » est en projet. De même, d’autres associations peuvent trouver là des échanges possibles. Par exemple, l’association « Éclats de l’île » (clowns à l’hôpital) utilise un bureau dans les locaux.

LA MAIN À LA PÂTE La spécificité de ce lieu réside surtout dans son fonctionnement participatif. C’est ce qui le différencie des magasins « bio-équitables » qui se développent actuellement sur l’île. Ça, et les prix. Les deux aspects sont liés. En effet, un des enjeux du projet est de rendre ce genre de produits (qui, à vue de nez, représentent ce qu’il y a de plus cher sur le marché habituel) accessibles à toutes les bourses. Comment ? En agissant sur les marges. Comment ? En intégrant dans le mode de consommation une autre valeur que celle de l’argent : le temps ! Maddie résume ainsi : « C’est du troc de temps, en fait ! »

UNE AVENTURE LOCALE Le concept s’inspire des Food Cop de Brooklin, mais l’équipe à l’origine du projet a tenu à l’adapter : « Nous, on ne ressemble pas à un supermarché. On n’aura jamais envie d’y ressembler ! ». En effet, le Comptoir du Vrac veut trouver sa place sur un territoire (celui d’un quartier) en tenant

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compte de ses particularités, mais aussi dans une culture locale. Certes, les boutiques d’antan ont aujourd’hui moins la cote et se voient boudées par les consommateurs au profit des hyper/super grandes surfaces, connotées de modernité et porteuses de l’image du choix et de la profusion. Mais le modèle de l’épicerie est un choix : celui d’une activité à taille humaine et s’inscrivant dans la vie d’un quartier.

Dès lors, on comprend aisément que la possibilité de faire ses courses au Comptoir du Vrac soit réservée aux adhérents. Donner de son temps fait partie du deal et des conditions de base du fonctionnement. En moins de deux ans, l’idée a su séduire. L’association compte aujourd’hui 380 familles adhérentes (en effet, l’adhésion vaut pour une famille entière) qui donnent un peu de leur temps : trois heures par mois et par famille. En fonction des contraintes et facilités de chacun, les interventions se font sur des créneaux fixes (bureautique, vente, préparation) ou non (ateliers, partage de savoirs, ou en intégrant une équipe de travail).


DO MOUN Les équipes de travail sont des groupes qui se forment et s’attèlent à des tâches spécifiques qui nécessitent une régularité… Cette équipe croisée à mon arrivée dans le bureau, c’est donc la toute nouvelle « team » comptabilité ! (À noter que tous ne sont pas des comptables professionnels).

« TOUT SEUL ON VA PLUS VITE, ENSEMBLE ON VA PLUS LOIN. » Créer des équipes, faire en sorte qu’elles soient formées et organisées afin de fonctionner de la façon la plus autonome possible, c’est aussi un enjeu de ce modèle collaboratif, dont le credo pourrait être « tout seul on va plus vite,

ensemble on va plus loin ». Il s’agit de prendre ses marques puis d’inventer la façon dont on va travailler, ensemble. C’est un réel engagement dans le temps. Maddie explique : « l’équipe vient d’être montée et on pense que d’ici quelques mois elle sera autonome ». En somme, audelà du sacro-saint « pouvoir d’achat », ce modèle pourrait bien permettre à ceux qui y adhèrent de retrouver un peu de pouvoir tout court : celui de s’investir dans la gestion même du lieu, de proposer, de « faire ». Avec un conseil d’administration collégial élu, formé de 5 « Vraqueurs » et d’une équipe de coordination, l’association compte deux salariées à temps partiel. Les adhérents ont donc tous leur rôle à jouer pour que cette affaire tienne la route. Et vous savez quoi ? On dirait bien que ça marche (et que tout le monde y gagne). • Reportage et photos : Lalou

POURQUOI ILS Y VONT ? Pour l’instant, la communication se fait principalement via les réseaux sociaux et le bouche-àoreille. Maddie remarque qu’un couple est récemment venu, orienté par l’office du tourisme de St Leu. Une des adhérentes travaille à la réalisation d’un site internet (autre type d’initiative et de contribution !) qui devrait être bientôt opérationnel (en attendant, vous pouvez suivre la page facebook/epiceriecollaborative). Que ce soit pour l’aspect écoresponsable lié à la vente en vrac et aux produits bio/équitables, dans une recherche de produits plus sains, par conviction ou militantisme, par « raz-le-bol » des supermarchés, dans une recherche de contact social ou de proximité, ou un peu tout à la fois, le lieu attire des familles aux profils variés. De 7 à 77 ans, on trouve ici des personnes de tous horizons, résidant principalement dans la région, mais pas seulement. Portraits.

Anaïs est adhérente, avec son compagnon, depuis février 2018, soit presque depuis leur installation à Piton St Leu. Ils se partagent les 3 heures mensuelles de participation. Aujourd’hui, elle tient la caisse de l’épicerie. Elle a découvert ce lieu grâce à son conjoint, qui lui-même en avait entendu parler sur internet. « On trouvait le concept sympa et ça permettait de rencontrer du monde. Et puis il y a le côté associatif… » Ce qui les a attirés  : le zéro déchet, moins d’intermédiaires, moins cher par rapport aux coopératives bio, etc . Un produit préféré  : les fruits secs comme les noix du Brésil par exemple... J’ai aussi découvert d’autres produits : l’épeautre ou des céréales un peu spéciales que j’aurais pas utilisées comme ça spontanément. Karine vient de découvrir le lieu par le biais d’une amie. Elle a l’intention d’adhérer. Ce qui l’attire : le concept, la démarche qui est contre la grande distribution, qui propose d’autres alternatives. Ce qui m’intéresse aussi ce sont les ateliers. Par exemple ça fait longtemps que je veux faire un atelier couture et c’est vrai que c’est souvent cher. Là, du coup, ça permet d’accéder à ça d’une autre manière. Il y a les produits aussi, le coin troc aussi, je trouve que c’est intéressant. Mais c’est la démarche, surtout, à laquelle j’adhère. La contribution qu’elle pense proposer : aider à la boutique, je pense. Pour les ateliers je ne sais pas trop. Peut-être que j’ai un potentiel qui va se réveiller, je sais pas trop (rires) !

Maddie était infirmière. Son engagement dans le monde associatif a trouvé une nouvelle dimension avec une prise de conscience sur la production effrénée et surtout absurde à ses yeux, de déchets. En l’écoutant, on se rend compte que les aspirations sous-jacentes de ce projet sont bien plus profondes qu’un « créneau à prendre  » parce que dans l’air du temps, ou une lubie « bobo écolo » tendance... Le fait d’être sur une île, où l’on voit directement et immédiatement les effets de la surproduction de déchets, qui s’entassent un peu partout sur terre et dans l’océan, amène à considérer cette question comme un problème tangible, proche de nous, concret. La réflexion peut s’élargir pour devenir plus globale. « Il y a beaucoup de désespoir qui ressort des réseaux sociaux  ». Comme un sentiment général d’impuissance face à un « système » qui nous dépasse, une impression de subir un modèle sans pouvoir y changer grand-chose. Alors justement, par où commencer  ? «  On milite à notre échelle  », répète-t-elle.  C’est-à-dire se réapproprier un peu de notre responsabilité, certes, mais aussi, par làmême, un peu de notre pouvoir d’action. C’est reprendre la main, d’abord sur des questions de base : la nourriture par exemple. Relocaliser ce genre de questions à une plus petite échelle pourrait être une façon de redonner aux gens le sentiment de pouvoir changer quelque chose. « Dans nos choix de consommation, on peut déjà faire beaucoup». Nous nous garderons de verser dans un refrain moralisateur. L’objectif n’est pas de condamner l’individu pour sa supposée passivité, mais bien de proposer une alternative, et donc un choix. Et se dire qu’on a le choix, c’est un bon début, non ?

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SE LAISSER GUIDER ?

ARPENTER LES SENTIERS DE RANDONNÉES EST L’UNE DES PLUS BELLES FAÇONS DE DÉCOUVRIR LA RÉUNION. ET MÊME SI, COMME MOI, VOUS N’AVEZ PAS BESOIN QU’ON VOUS MONTRE LE CHEMIN OU QU’ON VOUS TIENNE LA MAIN, JE VOUS INVITE TOUT DE MÊME À LE FAIRE… ACCOMPAGNÉ D’UN GUIDE. JE VOUS EXPLIQUE ICI POURQUOI. 42


BAT KARÉ

Les plus de 900km de sentiers balisés de La Réunion représentent - je ne vous apprends rien - un paradis pour les amateurs de randonnées. Déjà, il y en a pour tous les goûts : littoral, cirques, îlets, forêts, jungles, remparts, montagne, volcan, bassins, rivières, cascades, etc. Mais il y en a aussi pour tous les niveaux ! De la petite sortie d’une heure ou deux au trek de plusieurs jours, du chemin tranquille à la voie vertigineuse, de la balade familiale au parcours d’exploration, de la montée ardue à la descente roulante, etc. Bref, que vous soyez débutant ou chevronné, vous trouverez votre bonheur. D’autant que ce formidable terrain de jeu a aussi le mérite d’être parfaitement entretenu par les agents du Parc et ceux de l’Office National des Forêts. Les accès sont clairement identifiés, les chemins sont régulièrement défrichés, de nombreux panneaux indiquent les directions et temps de marche. Qui plus est, de nombreux sites ou brochures décrivent minutieusement les différents parcours. Et, cerise sur le gâteau, l’office de tourisme de l’Ouest (dont Mafate dépend) vous facilitera la tâche pour trouver et réserver les gîtes dont vous aurez besoin. Bref, moi je dis : partir faire une randonnée à La Réunion, c’est ultra facile (je ne parle pas du niveau technique) ! Chacun peut, en étant conscient de ses capacités physiques, s’y lancer seul. Et de fait, je me suis souvent posé la question suivante (aussi parce que je bosse un peu dans un mag touristique censé vous présenter des trucs utiles) : c’est tellement easy, pourquoi certains font appel à des guides accompagnateurs de montagne ? Dans un pays étranger, dans une région inhospitalière, dans un environnement hors du commun type haute montagne ou autre, pourquoi pas ! Mais à La Réunion ?! Pour faire une activité spéciale, genre

canyoning où il faut des compétences et du matériel particulier, ça se justifie totalement. Pour une rando guidée, genre les Zarlor de l’Ouest (voir p.6-9), où tu participes autant que tu apprends, ça s’explique et ça vaut même souvent carrément le coût/coup. Mais pour aller marcher sur les petits chemins de randos, là je vois pas bien la nécessité de se faire accompagner par un professionnel !

DES QUESTIONS À POSER AU BUREAU Alors pour en savoir plus et parce que je suis un mec open (oui oui, aussi parce que je bosse pour Vavang), j’ai contacté Bureau Montagne Réunion. Pourquoi eux ? Parce que cette structure regroupe un petit paquet de guides diplômés. Et parce que dans le milieu sa réputation est déjà bien établie alors qu’elle n’a été créée qu’en septembre 2018.

Le Bureau Montagne Réunion (ou BMR pour les intimes) propose toute une série de sorties quotidiennes. Des randos incontournables, assurées toute l’année et dès le premier participant. Il est même possible de réserver jusqu’à 17h la veille ! « Notre volonté est de simplifier la démarche de réservation, qui ne l’est pas vraiment pour l’instant sur l’offre des randos guidées à la Réunion. Nous disposons d’un standard téléphonique toujours disponible et d’une plateforme de résa sur notre site ». (Tarif: à partir de 50€) : LUNDI - Bélouve - Trou de Fer MARDI - Le cirque de Mafate MERCREDI - Piton de la Fournaise JEUDI - Cilaos, La Chapelle VENDREDI - Le cirque de Mafate SAMEDI - Les Makes DIMANCHE - Le Grand Bénare Mais ils organisent aussi des randonnées à la carte et à la demande (suivant combien vous êtes, vos envies, votre niveau, etc.) : « grâce aux spécialisations complémentaires de nos guides VTT, canyoning, trail, marche nordique, escalade, baignade en rivière, etc. - nous pouvons par exemple concocter des randos spécifiquement pour les profils sportifs qui chercheraient à allier découvertes et performances »

bureau-montagne-reunion.re 0262 66 83 65 facebook.com/BMR974

Je rencontre Renaud Goislard et Sylvain Durand. Ce dernier, à qui j’ai exposé mon avis quant à l’(in)utilité des guides de montagne à La Réunion, me répond sans langue de bois : « Tu es à La Réunion depuis longtemps et tu as l’habitude de marcher nous dis-tu. En plus tu as l’air assez sportif et débrouillard (merci ;-)). Alors en effet tu n’as pas forcément besoin d’être guidé. Ou alors pour des randos très spécifiques passant par des sentiers marrons par exemple. Nous en connaissons certes, mais nous avons choisi de rester sur des propositions n’empruntant que des chemins officiels ».

QUI EST QUI ? Le BMR présente un petit portrait détaillé de chacun de ses guides. De quoi se rendre compte du profil varié de ses membres. A découvrir sur bureau-montagne-reunion.re/bio

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BAT KARÉ C'EST QUOI UN A.E.M ? Le métier d’accompagnateur en montagne est né en 1976. L’intitulé du Brevet d’Etat est passé d’Accompagnateur Moyenne Montagne (AMM) à Accompagnateur En Montagne (AeM) car il n’y a en réalité pas de limite d’altitude pour exercer (le Guide de Haute Montagne est formé et habilité pour des sorties nécessitant l’utilisation de matériel d’alpinisme). Ce diplôme valide les capacités physiques du candidat, ainsi que sa connaissance du milieu montagnard (flore, faune, géologie, traditions, patrimoine) et des techniques de sécurité (météo, secourisme, physiologie, conduite de groupe, orientation, pédagogie, organisation). Cette formation très sélective dure trois ans.

ET IL FAIT QUOI ? Il planifie vos étapes et votre itinéraire. Il vous briefe sur ce qu’il faut prendre, ce à quoi il faut s’attendre. Il est garant de votre sécurité (et maîtrise les gestes de premiers secours). Il connaît la flore, la faune et l’habitat. Il partage l’histoire et la culture de sa région d’exercice, tout en sensibilisant son public aux questions environnementales. C’est tout autant un catalyseur d’ambiance, un médiateur qu’un trait d’union entre son groupe et les habitants. Enfin, il veille aux besoins des participants et adapte les itinéraires et difficultés selon eux.

FIND TON GUIDE ! Il existe 3 assos de guides AeM à La Réunion : l’ARGAT, le SNAM et donc le BMR. Et puis il y a les célèbres guides de l’Office de Tourisme de l’Ouest, les fameux Zéclaireurs Clovis et Mathieu. Le site www.ouest-lareunion.com regroupe toutes les coordonnées et infos.

* J’ai testé une rando avec un guide de BMR. Une aventure à découvrir en juillet dans la rubrique Coup de Cœur du site Ouest-lareunion.com

Et alors que je m’étonne qu’il aille dans mon sens, il continue : « Si ton objectif est de randonner d’un point A à un point B ; si tu es capable de bien estimer ton temps de marche, selon les différents dénivelés et difficultés du terrain, puis de réserver tes étapes en conséquence ; si tu connais les aléas de la météo si particulière des cirques, des plaines ou du volcan ; si tu as conscience qu’il faut éviter les sentiers fermés suite aux arrêtés préfectoraux ; si tu vois par où rentrer et sortir pour ne pas faire que des aller-retour ; si tu sais quel équipement il faut prendre pour ne pas avoir trop froid ou faim ou soif… non, franchement, tu n’as pas besoin de nous ! En réalité, on ne va pas essayer d’embobiner les gens qui nous contactent : si ils sont parfaitement autonomes, on se contentera de leur donner quelques conseils ». Ok cool merci...

MEET TON GUIDE ! Vous voulez rencontrer des guides (la plupart y seront) ? « Tester » une rando guidée dans des top conditions ? La super occaz, c’est le Festival de la Rando qui aura lieu les 5-6 et 12-13 octobre prochains !

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Ceci dit, ce petit inventaire à la Prévert me fait réaliser que ce qui me semblait « facile » ne l’est finalement peut-être pas autant que je ne le pensais. Marcheur régulier depuis quelques années, et effectivement originaire de La Réunion, j’ai intégré pas mal de paramètres qui ne sont probablement pas à la portée d’un débutant hésitant, d’un touriste fraîchement débarqué ou de passage, d’une famille ou d’un groupe aux capacités hétérogènes.

DES DÉTAILS QUI N’EN SONT PAS Et à ces éléments acquis plus ou moins inconsciemment, voire sans m’en rendre compte grâce aux amis qui m’ont initié ou accompagné, s’ajoutent en effet les aspects sécurité (l’un des seuls « arguments » que j’avais imaginés pour justifier l’appel à un guide) mais aussi d’autres notions plus « induites ». Telle mon « expérience d’autochtone » qui fait que je ne galère pas (trop) sur les questions d’organisation ou de déplacements qui peuvent vite hypothéquer la réussite d’une rando. Repérer qu’il faut arriver avant telle heure pour attraper le dernier bus ; savoir qu’il faut prendre assez d’eau pour telle portion où il n’y a pas de source ; penser à contacter directement le gîte pour confirmer que je souhaite manger et pas seulement y passer la nuit, etc. Bref, une foultitude de détails qui, mis bout à bout, n’en sont pas. En prenant du recul, je me rends compte qu’un chemin bien balisé, une trace gps et des panneaux indicatifs sont certes des éléments de base pour aider les randonneurs mais ne sont finalement qu’un minimum.


Et alors que je commence à doucement réviser mon jugement sur l’utilité des guides, Renaud ajoute avec un petit sourire malicieux : « En revanche, si tu veux en savoir plus sur les plantes et paysages que tu traverses ; si l’histoire des lieux et des gens t’intéresse ; si tu es curieux des traditions, des us et coutumes, du patrimoine ou encore de géologie, de botanique, d’exotisme ou d’endémisme; si le partage, l’échange, la rencontre sont des notions qui te parlent ; voire même si tu veux découvrir quelques spots secrets, manger ou dormir dans des gîtes savamment sélectionnés, vivre des choses qui ne sont pas forcément décrites dans des brochures (Routard et autre) destinées à des milliers de personnes… ». Ah oui, en effet, dans ces conditions et perspectives, il me plairait d’être guidé. Mais il me reste un fond de scepticisme : est-ce que ça se passe vraiment comme ça ? A l’unisson, et là encore avec une franchise déconcertante, Renaud et Sylvain s’exclament : « Tous les membres du BMR sont à la fois formés professionnellement, connaissent parfaitement le terrain… et sont véritablement passionnés (voir page gauche). On est dans de l’humain donc il faut s’adapter à chacun. Nous garantissons au minimum la sécurité et un bon déroulement pour tout le monde. Mais nous avons aussi et surtout à coeur de transmettre, expliquer, faire vivre à chaque participant une expérience agréable et enrichie ».

Et d’ajouter humblement « globalement, je crois que les gens sont assez contents ».

AU BUREAU SVP ! Il me suffira de jeter un rapide coup d’œil sur les commentaires sur internet pour avoir plus qu’une confirmation de cette ultime observation : les avis sont en fait tous excellents ! Les gens louent certes les paysages de La Réunion (ok, là, le guide n’y est pas pour grand-chose) mais aussi et surtout l’encadrement et l’organisation (« D’habitude je préfère randonner en autonomie, mais comme j’avais des amis dont je ne connaissais pas le niveau, j’ai préféré assurer en passant par BMR. Et franchement je ne regrette pas : chaque jour, ils ont su adapter le rythme et le parcours ») ; la richesse des explications (« Bien que je sois Réunionnais, cette journée fût extrêmement riche en apprentissage ») et l’implication des accompagnants (« Mais surtout nous remercions Julie, cette passionnée… » ; « Notre guide Renaud nous à remarquablement encadrés ») . Le fait d’être guidé par un professionnel présente donc visiblement de nombreux intérêts : « Arnaud est un spécialiste du volcan. J’avais déjà fait une partie de cette rando mais il m’a fait découvrir plein de choses incroyables » ; « notre guide Danny s’est avéré être un expert en orchidées et en milieux humides. Un super moment de partage et d’apprentissage » ; « Laurence

est à l’écoute, prend le temps d’expliquer, connaît plein de trucs sur la faune, la flore et j’en passe. Une journée et une guide formidables » ; etc. Ultime détail : le tarif de la prestation est non seulement reconnu comme tout à fait acceptable mais semble en plus totalement justifié pour les clients. Cette discussion avec Renaud et Sylvain, ainsi que les avis élogieux de ceux qui ont fait appel aux guides de BMR, m’amènent donc à changer mon point de vue de départ. Partir en randonnée avec un accompagnateur en montagne plutôt qu’en autonomie, c’est manifestement agrémenter cette activité de bien des manières. C’est transformer sa balade en voyage, en apprentissage, en émotions, en immersion. C’est vivre une expérience humaine en pleine nature. C’est effectivement se payer un expert sur une activité qu’on peut potentiellement pratiquer en autonomie mais qui, au final, vous en fera voir, savoir, avoir plus (tout en vous soulageant de la préparation et des aléas). Un vrai bonus dont je ferai profiter quelques jours plus tard une amie métropolitaine venue me rendre visite*. Et que je vous invite finalement à essayer vous aussi, que vous soyez débutant ou chevronné, d’ici ou d’ailleurs. • Reportage : Jo | Photos : Sand, Renaud Goislard, Sylvain Durand, Nina&Fred

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CARTE POSTALE 23 JUIN 2019 GRAND BOUCAN 23ÈME ÉDITION Comme à l’accoutumée, le plus grand carnaval de l’île a attiré des milliers de spectateurs venus assister au défilé tout l’après-midi à Saint-Gilles. Retrouvez les photos du Grand Boucan sur www.ouest-lareunion.com

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VAVANG n°11 - Juillet/Septembre 2019  

Le magazine touristique gratuit incontournable qui fait découvrir tous les trésors de l'Ouest de La Réunion

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