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À l'Ouest ! no 4 / offert

L e m ag a

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L a Réun

manzé trotwar street food péi

haut les mains artisans terroiristes

brisants boucans choisis ton camp

slack faces

restez détendus

Monstres & cie méchantes visites dans l’ouest


À À l'Ouest l'Ouest !!

édito

HISTOIRES NOIRES

vous voilà servis ! Alé Voir !

Dossier

Dann Zion

visite guidée

domoun

AGENDA

Infos pratiques boutik sinwa

24h avec...

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En plus de souffrir d’une probable déficience avons voulu vous proposer de visiter les parts morale, il faut n’avoir jamais mis les pieds d’ombres de l’histoire de l’île. Que l’on suive à La Réunion pour croire en l’idée que « la de ruine en musée le destin de Madame France est un pays de race blanche ». Sauf Desbassayns, dont la fortune bien française à penser alors que La Réunion n’est pas la fut bâtie sur la traite négrière (p.13), que l’on France, ce qui à tout le moins serait une s’engouffre dans les cirques en suivant l’odeur erreur historique. Mais qu’à cela ne tienne, de poudre laissée derrière lui par François ce ne serait pas la première, ni la dernière Mussard, le chasseur d’esclaves évadés (p.16), erreur de Nadine Morano. Et puis pour ou même que l’on s’improvise chercheur commencer, dans l’absolu, comment peut-on de trésors dans un cimetière pour percer le sereinement croire en l’existence d’une race mystère du corsaire La Buse (p.18), on se rend blanche, quand nous descendons tous du toujours compte que la couleur noire fait bien même singe ? Et à supposer que parler de partie de l’histoire de France. race puisse être pertinent pour observer êtres humains (nous ne le croyons pas), dans quelle À l’heure où les questions de races, de mesure la couleur devrait-elle être le religions et de migrations occupent critère déterminant ? Prenez les en continu l’espace médiatique, animaux, par exemple : qu’ils il serait aussi judicieux de noirs soient noirs ou blancs, les proposer à Mme Morano ou blancs, labradors sont bien tous une visite du lazaret de les labradors de la même race, non ? la Grande Chaloupe (lire Alors qu’en dépit d’une sont bien tous p.22), point de débarqueblondeur et d’un diament et lieu d’isolement de la même mètre encéphalique comsanitaire pour les dizaines race ? parables, aucun pédigrée ne de milliers de travailleurs validera jamais le résultat d’un engagés en Inde, en Chine, accouplement entre un chihuahua en Afrique ou à Madagascar pour et Nadine Morano. Vous voyez bien, quel remplacer les esclaves après l’abolition. Elle que soit l’angle sous lequel attaquer (car il y verrait peut-être un ancêtre des centres de convient bien ici d’attaquer) la déclaration rétention où sont retenus, partout en Europe, médiatique la plus commentée de la rentrée, des milliers d’exilés. Peut-être y éprouveraiton n’y trouvera que du malpropre. elle l’émotion étrange que procure l’histoire quand elle habite les ruines, et l’émerveilleAlors non, la France n’est pas un pays de race ment de voir que toutes ces cultures, même blanche. Et si nos épidermes ne suffisaient enfermées dans un lieu hostile, sont capables pas à en apporter la preuve, nous serions ravis de dialoguer et d’accoucher ensemble d’inviter Nadine Morano chez nous, histoire d’une société métisse. Peut-être même y qu’elle se rende compte que notre pays s’est trouverait-elle la matière d’une réflexion surtout construit à partir de flux migratoires. enfin capable de voir plus loin que les trois ou Nous lui donnerions peut-être pour guide le quatre générations de porteurs de sabots qui numéro de Vavang que vous tenez entre vos fondent le socle de son étroite identité, et lui mains. Parce qu’à l’approche des comméfont croire que notre pays n’a pas de racines morations du 20 Décembre, qui célèbrent à au sud des Pyrénées.. La Réunion l’abolition de l’esclavage, nous

Retrouvez le Making Off de la couverture de ce n° sur la page Facebook Vavang. Merci aux membres de l’association Slack R pour leur participation et leur accueil.

sommaire ALÉ VOIR ! p.4

Par ici ou par là ...

en coulisses p.9 Pros de la papille

monstres & cie p.12 le paradoxe desbassayns p.13 mussard, la peur aux trousses p.16 la buse, ou le mirage p.18 visite guidée p.22 Migrants d’avant

altitudes p.24 Sur le fil

marmites p.28 Manzé trotwar

boutik sinwa p.31 Planète marmays

bordmèr p.32

Les Brisants Vs. Boucan

domoun p.36 Les mains en l’air

dann zion p.40

Suivez-moi si vous le pouvez

AGENDA p.44

L’éditeur décline toute responsabilité quant aux erreurs éventuelles. Toute reproduction ou utilisation, intégrale ou partielle, des images et textes est interdite. Vavang est réalisé en partenariat avec l’Office du Tourisme de l’Ouest. contact@vavang.re / 0262 10 84 10

no 4 Une édition Dir. de la publication : Sandrick ROMY Rédac. en chef : François GAERTNER Photographies : Mickael DALLEAU Shutterstock : p9, 24,47, 48 Impression : Graphica DL.

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Alé Voir ! GAYAR

TÉ L’OURS !

Oubliez les pépinières aux allures d’usine à palmiers où des tiges mutantes sous perfusion d’engrais poussent comme des haricots magiques sans que leurs pauvres racines aient pu éprouver le contact maternel d’une bonne terre à l’ancienne ; l’Oasis du Couchant est un endroit où le rythme de la nature est respecté. Son fondateur Christian Bondaz a mis 23 ans à bâtir ce havre de paix en surplomb du littoral de St-Leu, sans aucun produit chimique. Et ce sont les graines tombées au pied des grands et vieux arbres qui servent à produire les plantes vendues dans ce véritable jardin botanique, où l’on peut aussi se rendre juste pour le plaisir du cadre, magnifique. À voir absolument !

Membre fondateur et bras armé du Pandakroo à La Réunion, Ant. s’est fait connaître par ses affiches collées dans la rue un peu partout dans l’ouest, qui déclinent un motif unique et quasi obsessionnel : le panda. Visite dans le nouvel atelier d’un animal discret.

JARDIN IDÉAL

AM STRAM GRAMMES

SUR LE BOUT DE LA LANGUE Les gourmands le savent depuis toujours : Le Port est sans doute l’une des villes de l’île où on mange le mieux le midi. Un exemple au hasard : l’Open. Ouvert il y a deux ans et demi, ce restaurant qui ne sert qu’en semaine à l’heure du déjeuner s’est fait sa place en proposant une cuisine contemporaine voyageuse et décalée. Le principe : revisiter les standards de la cuisine française ou européenne en y ajoutant des saveurs exotiques. Ici, le chorizo se marie à l’ananas sur un lit de riz pilaf, et quand les classiques de la gastronomie créole

s’invitent dans votre assiette, c’est pour être détournés. Avec une cinquantaine de couverts par jour d’ordinaire, l’Open n’est pas une usine, et cultive une ambiance plutôt calme malgré l’absence de terrasse. Et si le bruit de la salle vous embête, vous pouvez réserver une petite salle privée à l’étage pour vos déjeûners d’affaires. Monsieur le maire, dit-on, y aurait ses habitudes. Jamais à court de concepts avec des noms anglais, les propriétaires du lieu s’apprêtent à ouvrir, d’ici la fin d’année, une seconde adresse en ville. Après le world of fooding à l’Open, Le One’s servira une street food recherchée – sandwichs originaux, crêpes et glaces – sur place ou take-away, of course. L’Open 70, rue du Général de Gaulle – Le Port Tél : 0262.22.85.74 / Lundi - Samedi, 11h30 - 14h One’s Ouverture fin d’année / Rue des Chagos – Le Port

HAPPY HOUR

© Freddy Leclerc

ONDE LATINE

Vous connaissez Karl Hungus ? Si vous êtes déjà entré dans un bar à La Réunion en vous retrouvant, sitôt la porte franchie, en train de bouger tête et bassin au son d’une obscure et néanmoins irrésistible galette disco-funk, alors oui, vous savez sans doute que qui

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Oasis du Couchant 220, chemin de Guigné – Piton St-Leu / 0692.86.18.10 www.loasisducouchant-cd.e-monsite.com

L'ANTRE DU PANDA

Intutile de raquer un billet pour Shangaï, c’est à St-Leu que vous aurez le plus de chances de croiser un panda ! Dans la rue Haute, chaque année depuis 2009 à l’occasion du Tempo, le Pandakroo s’allie avec une bande de gamins pour une grande séance de collage collective, toujours sur le même thème, motif récurrent de ce collectif d’artistes – le panda. Vous pourrez aussi en apercevoir sur des affiches posées un peu partout dans l’ouest, autocollés sur des voitures, ou dans diverses expositions qui rassemblent les artistes réunionnais associés, même malgré eux, à la mouvance street art : « On parle beaucoup des street artistes qui se retrouvent dans les galeries, mais nous c’est exactement l’inverse : on faisait des expositions avant de faire des affiches dans la rue. »

Ce « nous », c’est un noyau dur de quatre dessinateurs associés depuis 1999 au sein du Pandakroo, collectif né à Saint-Etienne autour d’un fanzine de BD avant de se consacrer finalement uniquement au dessin parce que « les scénarios, c’était pas notre fort ». Installé à La Réunion depuis 2008, seul membre du groupe à avoir quitté la Métropole pour de bon et déjà exposé dans tous les hot spots de la branchitude artistique insulaire, Ant a désormais fermement ancré son crew, son goût du noir et blanc et ses pandas dans le paysage visuel local ; mais pas sa figure, qu’il préfère dissimuler derrière ses dessins. Nous l’avons rencontré dans son nouvel atelier, quelque part dans les hauts de StLeu, où il prépare en douceur sa prochaine expo, Da Ink. Les nouvelles créations sont résolument tournées vers la nature : sculptures en bois, pots de fleurs, mobiles en bois flotté et cartons recyclés côtoieront la nouvelle série de dessins sur carton, bois, papier, planches de skate et grandes toiles encadrées. La sculpture en bois à la Steph Cop, panda naturel double-face,

s’impose comme la mascotte du crew. Comme à chaque sortie du Pandakroo, les formats customisés seront de la fête, part ludique qui apporte un aspect participatif au vernissage. Rendez-vous le 27 novembre à Lokobe pour une soirée à l’ambiance familiale rythmée par les grooves d’un certain Karl Hungus (lire page précédente). Exposition Da Ink du Pandakroo À la boutique LOKOBE – Village artisanal de l’Éperon Vernissage le 27 novembre DJ set avec Karl Hungus de 18h à 22h.

nous parlons. Incontestablement l’un des DJs les plus actifs et les plus appréciés de l’île, Karl Hungus est ce qu’on appelle un digger : un collectionneur de vinyles rares, dont il tire des sets rétro où la funk, la soul et les grooves vintage ont la part belle. Deux vendredi par mois désormais, il met en musique les couchers de soleil au Planch’Alizé, sur la plage de La Saline de 17h à 21h. Ces sessions, baptisées Sol Clap, sont dédiées aux rythmes latins, samba-soul et autres boogaloos. Le pédiluve idéal pour entrer dans le week-end avec les idées propres et les pieds détendus par quelques bons pas de danse. Planch’Alizé 25 rue des Mouettes – La Saline les Bains 0262.24.62.61

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Alé Voir ! PAS DES MANCHES

PALETTES D'ARTISTES

Longtemps considérés comme un désert culturel, les hauts de La Réunion attirent petit à petit les associations et les manifestations culturelles. Dernier exemple en date, l’association Les Rencontres Alternatives a récemment installé sa base au Guillaume pour étendre les activités déjà

multiples menées de front par son couple fondateur, Julien Gaillot et Claire Mézailles. Jugez plutôt : créateurs de la marque de vêtements, bijoux et accessoires R du Temps, les deux complices ont initié il y a quelques années les Rencontres Alternatives pour fédérer les artisans, artistes et créateurs

réunionnais autour d’un marché éphémère régulièrement organisé aux quatre coins de l’île (la prochaine édition a lieu en novembre à Villèle, voir P.44). Ils organisent par ailleurs des ateliers d’initiation à la fabrication de meubles de récupération, notamment à base de palettes. Désormais dotés d’un grand local au Guillaume, ils vont développer l’ensemble de ces activités, et surtout en lancer d’autres : accueil d’enfants dans le cadre d’activités extra scolaires et ateliers divers consacrés aux adultes : couture, menuiserie et sérigraphie. Équipé de matériel d’impression artisanal professionnel, le lieu accueillera également en résidences des artistes et des designers, et prévoit de créer dans l’enceinte de son confortable terrain un jardin pédagogique, et d’y accueillir des mini marchés de créateurs. Un projet culturel et citoyen riche en possibilités ! Pour en savoir plus sur le programme et les modalités d’inscription : www.les-rencontres-alternatives.com

LOCATION

LUXE, CALME ET VOLUPTÉ Oubliez les plans Air B&B « à 5 minutes de la plage » qui vous vendent du rêve sous filtre Instagram, avec des filaos en contre plongée et le bouddha thaïlandais syndical (le nain de jardin du 21e siècle, rappelons-le) shooté dans son éternel écrin de plantes vertes. Le plus souvent, quand vous arrivez, tout est plus petit, plus sale et plus moche que sur les photos, qui ne montraient pas le gros mur en parpaings bruts du voisin et l’antenne-relais au milieu du jardin ; la plage est bien à 5 minutes, mais à vol d’oiseau et à condition de courir à 75 km/h en traversant trois routes nationales ; et à regarder de près, même le bouddha a l’air de faire un peu la gueule. Vous comprendrez pourquoi quand vous aurez passé votre premier petit-déjeûner avec vos hôtes, Igor et Maleficia, retraités de l’administration fiscale des Carpates,

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l’art de recevoir

terranga bonita

autonomie : cuisine équipée, séjour et table à manger installés sous une large véranda en bois, grande chambre avec un confortable lit double. Les finitions et les matières sont soignées, l’ambiance est calme et idéale pour un séjour en couple. La chambre dispose d’un accès privilégié à un verger tropical, qui donne également sur une pépinière de palmiers. Pour profiter en toute quiétude du savoir-vivre à la créole, on n’a pas fait mieux – en tout cas, pas chez Igor et Maleficia. Bungalow Nana Sakifo 12, Rue Aregno – St-Paul / Tél : 0692.40.50.46 Tarifs : à partir de 490€ la semaine / Week-end : 180€

dar la riadada

Le Terranga est l’une des plus anciennes tables de Saint-Paul, et l’une des plus réputées. Depuis quinze ans, son créateur peaufine une cuisine atypique à base de produits frais, et un sens de l’accueil inoxydable. « Je suis un punk des années 3000. » Philippe Maugey n’a pas la dégaine d’un loubard, mais il cultive depuis toujours une originalité discrète, une vision un peu libertaire et égalitaire du monde où les différences sociales n’existeraient pas. « Chez moi, tout le monde est VIP », affirme-t-il avec un sourire. Au Sénégal, Terranga veut dire « l’Art de recevoir ». « C’est à la fois un sens de l’accueil, et une façon de mettre les petits plats dans les grands, de soigner ses invités. Et c’est l’esprit qu’on a construit au fil des années. » Sur la grande terrasse, chaque table profite d’un espace très confortable qui permet de manger sans être gêné par ses voisins, sous l’ombre plongeante d’un beau raisin de mer. Dans l’assiette, cette philosophie se traduit aussi par un souci constant de rester en dehors des sentiers battus. Les deux seuls sacrifices que l’ardoise du chef a consent aux modes du moment sont le café gourmand et le tartare de poisson. Pour le reste, Philippe propose une cuisine qu’il appelle eurocéanne : « Je ne fais pas de cari, mais je ne fais pas d’entrecôte ou de magrets non plus. Et la première chose que j’ai faite en arrivant il y a 15 ans, c’est jeter la friteuse. Je ne veux pas de plats standards. ». Résultat : une gastronomie du marché qui se veut saine, où tout est fait maison, pain et pâte des desserts inclus. Récemment rénovée, la cours du Terranga est désormais protégée de la circulation de la Chaussée Royale de St-Paul par un grand mur qui prête au lieu un calme plus agréable. Elle accueille ses VIP du mardi au samedi, midi et soir. Le Terranga 323 Chaussée Royale – St-Paul / Tél : 0262.45.03.24 Horaires : Du mardi au samedi, 12h - 14h / 19h - 22h

venus s’installer sous les tropiques pour vivre pleinement leur passion naturiste. Pour trouver la location saisonnière idéale, visez plutôt la Kaz Nana Sakifo. Créée en septembre dernier par Jean-David Moreau, un ancien guide touristique doté d’un fameux sens de l’accueil, cette location de charme est située à Plateau Caillou, dans l’écart magnifique du Hameau de Corbara qui borde la Ravine Bernica. Installé sur le terrain d’une grande maison avec un vaste jardin et une piscine, d’où vous profitez d’une belle vue sur la baie de St-Paul, un bungalow de 42 mètres carrés vous accueille en toute

casablanca local

Enseigne marocaine reconnue, Le Riad a récemment déménagé pour s’installer sur un immense terrain de l’Ermitage, où sa gérante casablancaise a récréé l’ambiance opulente d’une véritable médina. Spectaculaire ! Le nom et le concept ne changent pas : «L’art de vivre à la marocaine ». En revanche, le restaurant prend ses aises sur un site beaucoup plus vaste qui correspond mieux aux attentes de la gérante, Sylvie Delbourg : «En arabe, le Riad signifie maison avec patio, alors ce site avec ses espaces intérieurs et extérieurs était tout désigné». Outre la décoration traditionnelle foisonnante, c’est le nombre impressionnant de tables – jusqu’à 150 couverts – qui donne le tournis. Pourtant, l’espace est tel que les clients peuvent s’éparpiller dans divers îlots thématiques et intimistes. Salon intérieur avec tables basses, arcades du patio ou bien tentes touareg et kaîdales : plusieurs décors garantissent une immersion totale. Il y a même une piscine avec tables et tabourets aquatiques, où, en maillot de bain, on se réapprovisionne au bar en contrebas. Affalés sur de longues banquettes, suspendus ou encore dans l’eau, on n’a que l’embarras du choix pour s’installer et apprécier les tapas typiques et andalouses, dont les intrigants Zaarlouk et Tchoutchouka, respectivement caviar d’aubergines et préparation de poivrons. Incontournables, les traditionnels Couscous et déclinaisons de Tajines se dégustent dans une atmosphère tamisée et s’il vous reste encore de la place, ne manquez pas la montagne de pâtisseries orientales, Cornes de gazelle et autres Baclavas, qui fondent littéralement sur la langue. Attention : Le Riad est très grand, mais il affiche pourtant complet tous les week-ends. N’oubliez donc pas de réserver ! Le Riad 12, Avenue des Mascareignes Tél : 0262.33.55.69 / 0692.82.76.04 - Mail : contact@riadreunion.re Horaires : Du mardi au samedi, à partir de 19h

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Alé Voir ! rEnaissance

marrakeche saint-leu

Le domaine des Aigrettes à Saint-Gilles-les-Bains retrouve ses lettres de noblesse. Après s’être reconverti en résidence hôtelière, ce lieu emblématique de la côte ouest a été entièrement rénové et renoue aujourd’hui avec un esprit farniente décontractée.

Dès l’entrée, le décor oriental et l’effluve du Natus d’Orient qui emplit toute la pièce sont saisissants. En franchissant la porte d’Héritages du Maroc, on plonge au cœur d’une oasis apaisante.

very aigrettes

Après un an et demi de travaux, le complexe des Aigrettes, devenu résidence hôtelière après la crise du chikungunya, est désormais entièrement rénové. Depuis le 1er mai, 97 chambres, de la double classique à la suite familiale, réparties sur 11 bâtiments accessibles par d’agréables chemins arborés, accueillent de nouveau les vacanciers. Avec deux étoiles accrochées à sa colline, l’établissement propose désormais aux visiteurs une game unique au centre-ville de SaintGilles. Le prix de la nuit varie entre 60€ et 80€ : «La zone compte surtout des hôtels 4 ou 3 étoiles donc ici, les familles profitent d’un cadre calme et convivial pour des prix attractifs», souligne Laurence Varlet, la responsable. À quelques minutes à pieds du cœur de la station balnéaire, l’hôtel des Aigrettes est aussi ouvert aux non-résidents. Les espaces communs comme la terrasse et la grande salle de réception donnent sur une longue piscine face à une vue imprenable sur la colline du Mont Roquefeuil et le port de plaisance. «L’idée, c’est que les gens du coin ou d’ailleurs prennent un repas ou un verre dans un cadre idéal. Les cocktails du barman, originaire de Tahiti, font déjà sensation ! ». Assis sur la terrasse, on profite de la vue mais aussi du silence. Autour, tout le monde semble fonctionner au ralenti. Mission accomplie pour un lieu qui veut renouer avec les ambiances tropicales alanguies du temps lontan. Hôtel des Aigrettes 30, Chemin Bottard – St-Gilles / Tél : 0262.33.05.05 www.hotel-les-aigrettes.com

marocool

«Un thé à la menthe ?», propose l’une des employées, tirant de leurs rêveries les clients hypnotisés par la vitrine des pâtisseries orientales. Ce temple du bien-être et de l’esthétisme a ouvert à Saint-leu il y a moins d’un an. Sa gérante, originaire de Marrakech, a travaillé durant trois ans avec les Réunionnais, avant de lancer son propre institut.

Une simple vitre sépare l’accueil de l’extérieur, mais le silence règne dans la pièce. Passé un mystérieux rideau, c’est le dépaysement total. Derrière, un long couloir à arcades jonché de bougies relie les différentes salles de soins. Toutes les incontournables techniques ancestrales, du Hammam vapeur aux soins à l’huile d’Argan en passant par l’épilation au caramel, sont assurées par une équipe à moitié composée de Marocaines. Première étape avant de s’abandonner à ces mains expertes, un vestiaire intime pour y laisser ses affaires et surtout ses soucis. L’heure est à la détente, ambiance tamisée, humidité presque palpable et de nouveaux parfums poudrés qui enivrent. La plupart des soins sont des parcours. Pour une « Escapade dans l’Atlas » par exemple, passage par le hammam obligatoire afin d’ouvrir les pores avant un gommage au savon noir suivi d’un enveloppement au Gasshoul. Le tout avec des produits bio et venus du pays. Si après ces longues minutes de répit, le retour à la réalité est un peu violent, le « petit voyage » promis par la responsable à l’arrivée est indéniable. Comme tous les services bien-être, les prix peuvent vite grimper mais beaucoup de prestations esthétiques sont abordables. Quoiqu’il en soit, c’est toujours moins cher qu’un aller-retour SaintDenis - Marrakech. Héritage du Maroc 236, rue du Général de Gaulle – St-Leu Tél : 0262.34.20.00 / www.heritagesdumaroc.fr Horaires : Du lundi au samedi, 9h - 19h

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EN COULISSES

PROS DE LA PAPILLE École de haut niveau pour les métiers du tourisme située à St-Gilles Les Hauts, le CENTHOR organise régulièrement des Master Class réservées aux professionnels de la restauration. Infiltrés dans un de ces ateliers d’excellence de la gastronomie, tels des espions gourmets, nous avons découvert les subtilités des accords mets et vins, en compagnie d’Annie Francoise Crouzet, Maître Sommelier et 4ème Nez Mondial. Excusez-du peu ! «Tout le monde est servi ? Bien. On va faire un parcours au niveau des robes, en commençant par le muscat sur la gauche, puis le chardonnay au milieu et enfin le rosé sur la droite. On a une jolie progression : de l’or clair et cristallin du muscat jusqu’au saumoné du rosé, en passant par l’or soutenu du chardonnay.» Attablés au restaurant d’apprentissage du CENTHOR, nous buvons les paroles du professeur. Au fil d’un repas cuisiné et servi par les élèves, elle nous fait découvrir l’art de la dégustation du vin. Autour du feuilleté d’œufs brouillés et foies de volaille, trois vins nous sont proposés, avec pour mission de choisir lequel forme le meilleur accord, arguments à l’appui. Le suspense est à son comble, seuls les bruits de mastication perturbent la concentration des stagiaires.

Premier nez Plongeant son excroissance nasale dans son verre de muscat sec (I.G.P. des Côtes de Thau), Annie Crouzet enchaine : «Au premier nez, on croque dans le raisin, puis on sent la poire, le pétale de rose et le litchi. Au deuxième nez, après avoir oxygéné le vin, les arômes se confirment. En bouche, il a une attaque vive sur le bout de la langue, qui se développe en milieu de bouche par une belle complexité, et une finale épicée et rafraîchissante.»

Ananas confit, miel, coing ou sirop la cuite ? Le premier nez du Chardonnay (I.G.P. Pays d’Oc La Garibotte 2013) évoque l’ananas confit, le miel, le coing ou le sirop la cuite, pour les palais réunionnais. Quant au rosé (I.G.P. Pays d’Oc Fleur de rosé 2013), il dégage des notes de pamplemousse et de fraise.

Un art de l'instant «Quand on déguste un vin, on saisit l’instant présent. Il ne faut pas faire appel à la mémoire d’un autre vin en référence ou en comparaison. Avec le plat, en proposant plusieurs vins, on aura un accord de complémentarité et un accord de contraste. Quant au choix personnel de chacun, il est toujours subjectif et l’important est de pouvoir expliquer pourquoi on préfère ce vin plutôt qu’un autre.»

Le plat peut révéler le vin Après délibération des convives, le verdict tombe. Le muscat entre en compétition avec la forte saveur du foie, alors que le chardonnay se laisse porter sans s’effacer complètement. En revanche, avec les oeufs brouillés, la texture un peu grasse du muscat s’accorde parfaitement. Quant au rosé, malgré son côté un peu métallique, il se marie mieux avec la force du foie.

Les prochaines Master Class du CENTHOR Du 24 au 27 novembre : découvrir les techniques d’un chef étoilé en sublimant les produits locaux avec Marc de Passorio Peyssard. Du 1er au 3 décembre : maîtriser l’art de la création de cocktails tendance avec Victor Delpierre, Champion du monde Barista Cocktail. Plus d’infos sur www.reunion.cci.fr/formation

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zarlor

rando

31 octobre

Boucle cayenne-bras mouton Rando + déjeuner + visite du jardin botanique de la réunion + atelier coco • 6h30 - 15km • Avec guide • 37€/pers.

21&22 novembre

ROCHE PLATE 2 jours / 1 nuit à mafate Rando + nuité en demi-pension + déjeuner du 2ème jour + transferts 4x4 • 2 x 6h30 - 15km • Avec guide • 91€/pers.

zarlor

conté

14 nov., 19 déc., 16 janv.

kan marron / st paul le guillaume riz sofé + visite + conte + atelier + dégustations

• Tout public • 1/2 journée • Avec guide • 18€/pers.

zarlor

gourmand

UN ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT SUR L’OUEST DE L’ÎLE

12 décembre

zarlor

culture

25 octobre

détak baro kan marron / st paul le guillaume riz sofé + visite jardin + ateliers + conte + dégustations

• Tout public • 9h à 15h30 • Avec guide • 20€/pers.

15 novembre, 10 janvier le vieux saint-paul tour des roches / st paul

petit-déjeuner + rando historique + déjeuner + atelier • Tout public • 8h à 16h • Avec guide • 39€/pers.

29 novembre

musée à pat de la canne au choka riz sofé + visites musée villèle et chapelle pointue + balade + pique-nique créole

• Tout public • 8h30 à 16h • Avec guide • 20€/pers.

trois-bassins spécial foie gras

13 janvier

dégustations + visite + ateliers + déjeuner en table d’hôtes avec vue imprenable sur le littoral

visite musée du sel + balade + visite musée stella matutina + pique-nique

• Tout public • 9h à 14h30 • Avec guide • 71€/pers.

musée à pat du sel au sucre • Tout public • 8h30 à 15h30 • Avec guide • 29€/pers.

Zarlor

Détente paddle

au lagon saline-les-bains

kayak

à la plage de trou d’eau

bien être duo

dans un hôtel 5*

biodiversité

kayak à l’étang saint-paul

Zarlor

Sensations Fortes plongée

au port ou saint-gilles

parapente à saint-leu

observation des baleines

au départ de saint-gilles

+ D’INFOS & DÉTAILS • RÉSERVATIONS

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jeu de pistes

Monstres & cie

Desbassayns, Mussard, La Buse. L’esclavagiste, l’assassin et le corsaire. Leurs vies se perdent dans un brouillard où la réalité historique se mélange aux rumeurs et aux divagations. Pourtant, quelques traces de leur passage sont encore visibles aujourd’hui un peu partout sur la côte ouest.

VOyage sur les pas des grands scélérats de l’histoire réunionnaise. Reportage : Maëlys Peiteado Photos : Mickaël Dalleau

LE PARADOXE

DESBASSAYNS De toutes les personnalités de sinistre mémoire qui ont sévi dans l’ouest, Madame Desbassayns est sans doute la plus controversée. Bienfaitrice pour certains, tortionnaire pour d’autres, Marie Anne Thérèse Ombline Desbassayns était au XIXe siècle l’une des plus grandes fortunes de l’île. Plus de 460 esclaves travaillaient sur son domaine, qui s’étendait du littoral de Saint-Paul jusqu’aux montagnes du Maïdo. Charitable comme il faut, elle savait se montrer généreuse avec les petits colons affaiblis par les cyclones – les écrits conservent d’ailleurs des traces de leurs louanges pour cette femme qu’ils disaient bonne et affectueuse, et qu’ils appelaient avec dévouement La Seconde Providence. Mais pour ceux qui vivaient sous sa coupe, l’affaire était toute autre, et la cruelle sévérité des traitements infligés

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par Mme Desbassayns à ses esclaves lui a, par contraste, valu un surnom moins aimable : La Diablesse. C’est sous ce jour plus sombre qu’elle s’est inscrite dans l’imaginaire créole, qu’elle hante désormais comme le fantôme des crimes de l’esclavage. À tel point que la plupart des atrocités commises par d’autres propriétaires de l’île sont venues au fil du temps s’accrocher à son nom comme autant de casseroles charriées par une voiture et qui plongent sa mémoire dans un tohu bohu macabre où il est difficile de distinguer le vrai du faux. Pour percer le secret du paradoxe Desbassayns, il faut commencer par le début et se rendre au Musée de Villèle , grande habitation où elle à vécu, souvent seule, son mari voyageant beaucoup, avant d’y

régner veuve durant près d’un demi-siècle, unique propriétaire d’exploitations de café, canne à sucre et coton. Une position alors inhabituelle et délicate pour une femme, mais que Madame Desbassayns assumait avec une inflexible fermeté, entourée d’une poignée d’esclaves choisis qu’elle choyait et encourageait à dénoncer les indociles. L’ordre le plus sévère pesait sur le domaine, et certains témoignages dépeignent sa régente comme une authentique psychopathe. Dans Madame Desbassayns : Le mythe, la légende et l’histoire, Alexis Miranville rapporte ainsi qu’elle « passait le plus clair de son temps à faire des misères aux esclaves, leur tordant le nombril, les obligeant à nettoyer le parquet avec leur langue ou à aller prendre et rapporter des galets dans la ravine, leur faisant des marques indélébiles sur le corps

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jeu de pistes

Musée de Villèle

Caverne de la Glacière

Ouvert du mardi au dimanche De 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h30 0262 55 64 10 Tarif : 1€ / 2€

Chapelle Pointue La chapelle est aujourd’hui rattachée au Musée de Villèle. Visite libre et gratuite.

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à l’aide d’un fer à repasser». La journée, l’endroit est aujourd’hui si paisible que l’on oublierait presque les horreurs qui s’y seraient déroulées, n’étaient-ce les ruines cafardeuses du camp d’esclaves et de l’hôpital qui était réservé aux esclaves. Mais encore faut-il savoir que ces vestiges appartiennent au musée. En retrait par rapport à l’habitation, moins bien mis en valeur que celle-ci et recouvert en 1827 par une usine sucrière, l’ancien camp n’est indiqué que par un discret panneau d’affichage jauni par le soleil.  L’existence d’un dispensaire a souvent laissé croire que par humanité, Madame Desbassayns prenait de ses esclaves un soin particulier. C’est ignorer que sa construction tardive, en 1834, moins de 15 ans avant la fin de la traite, venait d’être rendue obligatoire par une loi à laquelle Desbassayns ne fit que se plier. En début de visite, Patrick Couckan, guide du musée, récite machinalement une description générale du lieu mais lorsqu’on l’interroge sur la générosité de la propriétaire, il se transforme soudain en conteur habité. Dans une tirade ponctuée de grands gestes, il dissipe le mirage de la grande bonté de Desbassayns : « Finalement, l’hôpital était surtout un endroit

pour mourir, aucun moyen n’était vraiment mis en œuvre pour les faire survivre. Une infirmière esclave, nommée Véronique, comptabilisait les mourants. »  Autre lieu symbolique et ambigu rattaché au Musée de Villèle : la Chapelle Pointue . Achevé sur la fin de sa vie, ce bâtiment inquiétant que l’on aperçoit entre les grands eucalyptus qui bordent, à Villèle, la route Hubert De Lisle, avait la rare particularité d’être ouverte aux esclaves aussi bien qu’aux habitants des hauts. Mais cette louable libéralité cache en réalité un double calcul. Il s’agissait d’abord pour madame Desbassayns d’obéir aux ordres du roi, qui avait éxigé l’éducation religieuse des esclaves. C’était aussi, selon Patrick Couckan, un instrument de contrôle social : « Cette façon de créer un lien avec la population, en prêchant la victoire du bien sur le mal, était destinée à apaiser les esprits et la soif de liberté des marrons qui s’échappaient. Madame Desbassayns voulait qu’une fois partie la paix règne sur son territoire.» Ces constructions reflètent l’équilibre fragile qui régnait sur un domaine qui n’était pas épargné par le marronnage, la fuite des esclaves vers les hauts de

l’île. Outre les mauvais traitements et la servitude, ces derniers voulaient aussi échapper aux durs travaux qui leur étaient imposés. Pour s’en rendre compte, il faut s’éloigner de musée et monter vers la Caverne de la Glacière , située entre le Maïdo et le Grand Bénare. Lors de leurs expéditions punitives, des chasseurs de marrons y avaient découvert de la glace. Madame Desbassayns y envoya donc des équipes d’esclaves en récupérer au fond de la caverne. Partis aux alentours de minuit de Villèle, ils devaient faire l’aller-retour, soit 40 km, avant le lever du soleil, à pieds, goni sur le dos. Malheur à eux s’ils arrivaient en retard et que la glace fondait. Vendue aux petits hôpitaux du littoral ou aux navires en escale, la glace était stockée, avec le sucre et le café, à  Saint-Gilles , dans un magasin faisant aujourd’hui partie de la structure de l’église actuelle. À sa mort en 1846, Madame Desbassayns fut d’abord enterrée au cimetière marin de Saint-Paul, avant que sa tombe soit transférée en sa chapelle par l’un de ses descendants. C’est à cet endroit, le 4 février 1932, jour anniversaire de sa mort, qu’est réellement née la noire légende de Desbassayns. Ce jour-là, un violent cyclone

s’abat sur l’île et détruit une grande partie de la chapelle, dont l’autel reste mystérieusement intacte. Tout aussi curieusement, la tombe de Mme Desbassayns est en revanche brisée dans le marbre alors que rien ne semble être tombé dessus. Les fissures y sont encore observables aujourd’hui, au centre de la bâtisse. Signe divin ou pas, il n’en fallu pas plus pour qu’elle soit déclarée maudite. Son esprit, désormais échappé, se serait même retrouvé dans l’enfer terrestre du volcan où elle expie ses péchés, en entretenant les flammes du Piton de la Fournaise. À chaque éruption, les hurlements du diable se feraient entendre : «Chauffez Madame Desbassayns, chauffez !».

Au départ de la route forestière du Maïdo, le sentier qui mène à la Glacière est bien connu des randonneurs. Il faut 5,6 km de marche sur un sentier rocailleux parfois assez difficile et qui présente un dénivelé de 450 mètres pour parvenir aux anciens puits où la glace était puisée. À 2500 mètres d’altitude, le paysage est magnifique lorsque le temps est dégagé, bien que les vieux puits de 4m de diamètre pour 6m de profondeur et les brumes qui hantent souvent le lieu lui donnent une atmosphère étrange. Durée : 5h aller-retour. Plus d’info sur www.ouest-lareunion.fr

Si le Musée de Villèle abrite encore le fantôme de sa plus infâme occupante, Madame Desbassayns n’est pas seule à hanter le calme pesant et la pénombre de cette grande demeure. Sur l’un des murs de la maison, un long fusil rappelait encore récemment la mémoire d’une autre douteuse célébrité de l’époque. L’arme a depuis peu rejoint la réserve du musée, mais le nom de son propriétaire dégage encore une inquiétante odeur de poudre : François Mussard, le plus fameux des chasseurs de marrons.

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Square de l'Appel du 18 juin

Connu jusqu’au 19e Siècle sous le nom de Cirque de la Rivière des Galets, Mafate tient probablement son nom actuel de l’un de ses premiers habitants, le chef d’un camp marron, baptisé « Celui qui tue » en langue malgache. Il se serait installé avec quelques autres au niveau de l’îlet Alcide. Facilement accessible aujourd’hui, l’Îlet se situe sur une boucle de randonnée de 5,6 km. Son point de départ est indiqué sur la route forestière du Maïdo. Comptez 2h30 à 3h de marche. Plus d’info sur www.ouest-lareunion.fr

Cimendèf Frontière entre Salazie et La Possession, ce piton culminant à 2228 mètres tient son nom du plus célèbre marron réunionnais. Traduit littéralement depuis le malgache, Cimendèf veut dire « Non-esclave ». Installé dans le cirque de Mafate, il aurait selon la mémoire orale fondé un royaume dans les cirques. Son histoire est relatée dans le long poème Vali pour une reine morte, de Boris Gamaleya, une œuvre fondatrice de la littérature réunionnaise.

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Image d’illustration

Mafate

MUSSARD « Présent convenable aux services qu’il a rendus ». Selon les archives départementales, ce fusila été offert à François Mussard par la Compagnie des Indes en 1754, pour le remercier des efforts fournis au cours des 12 années passées au commandement d’un détachement colonial spécialisé dans la chasse aux esclaves en fuite. Ces derniers, de plus en plus nombreux à partir de 1730, étaient alors un motif d’inquiétude pour les autorités locales. Rassemblés dans les hauteurs, organisés en camps, ils étaient contraints par le manque de vivres et, parfois, de femmes, à descendre sur le littoral pour des razzias qui semaient l’effroi dans la bonne société réunionnaise. Pour répondre à ces inquiétudes, des groupes de chasseurs furent mis sur pied, entretenus par la communauté et rémunérés parfois en esclaves. Celui de Mussard n’était pas le seul mais ses hommes, silencieux et entraînés, capables de recharger leur arme sans interrompre leur course, avaient la réputation d’être les plus efficaces. C’est qu’à la différence de nombre de ses confrères, Mussard n’était

pas un novice. Avant d’être pourvu d’une fonction officielle, ce petit-fils de colon était déjà célèbre pour avoir conduit, de longues années durant et sans que le gouvernement n’ait besoin de l’y encourager, des chasses spectaculaires. Hommes, femmes, enfants : les esclaves libres étaient traqués sans distinction par ce chef d’escadre décrit comme « infatigable ». Ses expéditions punitives pouvaient s’étendre sur plusieurs semaines et à travers les trois cirques, liquidant camp après camp avec un acharnement implacable. On lui attribue ainsi l’exploit douteux d’avoir « purgé » la quasi totalité des cirques de ses campements d’évadés, et la légende veut qu’il se soit personnellement chargé d’exécuter leurs plus grands chefs, comme Mafate ou Cimendèf . Les noms de ses victimes baptisent aujourd’hui de nombreux reliefs de l’île. La légende dit aussi que, pris de remords à la fin de sa vie, l’exécuteur aurait consacré ses vieilles années à l’entretien de la chapelle familiale Notre Dame des Anges ,

LA PEUR AUX TROUSSES avant d’y être enterré. Aujourd’hui disparue, cette petite église s’est certainement tenue sur l’actuel Square de l’Appel du 18 juin, à St-Paul.   Suivant le Code Noir, en vigueur lorsque Mussard sévissait encore, on coupait l’oreille ou marquait au fer rouge de la fleur de Lys, symbole de la royauté, les esclaves capturés. Mais  c’est surtout la mort qui attendait les assoiffés de liberté. Les registres de détachement stipulent que les chasseurs avaient l’obligation de crier au moins trois fois l’ordre de s’arrêter à un esclave en fuite avant de pouvoir faire feu, mais cela ne colle pas avec certains récits de chasse, qui décrivent des esclaves exécutés en file. Les blessés, considérés comme un fardeau encombrant, étaient le plus souvent abattus de sang froid. On leur tranchait ensuite la main droite, que l’on ramenait comme preuve en échange d’une récompense. À St-Paul, ces sinistres trophées étaient cloués, à titre d’exemple, aux grands pieds de tamarin qui surplombaient alors le Square du 18 Juin . 

Longtemps connu sous le nom de Place d’Armes ou Place du Tribunal, ce carré propret, souvent désert aujourd’hui, a était alors le lieu où s’exécutaient les sentences publiques, nombreuses au cours de la longue carrière de François Mussard. Une plaque conserve désormais la mémoire de ces années meurtrières. Y sont inscrits les noms des esclaves qui, en 1811, menèrent la révolte de St-Leu. Sculptés dans la pierre, leurs visages semblent surgir de la stèle, mélange de rage, de fierté et de douleur. C’est ici que, le 15 avril 1812 à 15 heures précises, Elie, Gilles, Zéphir et Paul tombèrent aux quatre coins de la place, devant les yeux d’une foule d’esclaves contrainte d’assister à leur décapitation à la hache. Théâtre funeste de brutales mises à mort, ce lieu a également marqué la fin d’une autre légende réunionnaise, le flibustier auquel sa faculté à fondre sur ses proies comme un rapace a valu le surnom de La Buse.

Autrefois connue sous le nom de Place du Tribunal, le square qui s’étend entre l’hôpital et l’église de St-Paul est aujourd’hui un lieu où les mémoires et les mémoriaux s’empilent : son nom célèbre les résistants de la 2e Guerre Mondiale, le monument posé en son centre est dédié aux morts saint-paulois de la Der des Der, et un autre rappelle les crimes de l’esclavage en célébrant les meneurs exécutés de la révolte de St-Leu. Selon les sources disponibles, c’est aussi sur cette place que François Mussard fit bâtir sa petite chapelle Notre Dame des Anges, avant d’y être enterré. Celle-ci est souvent confondue avec une autre, du même nom, située à l’endroit où se tient aujourd’hui la mairie. L’amalgame est compréhensible : assez proche, également détruite depuis longtemps, cette chapelle plus ancienne appartenait à un autre François Mussard, homonyme et aïeul du chasseur d’esclave.

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Chemin des Anglais Le Chemin Crémont, connu sous le nom de Chemin des Anglais, date de la première moitié du 18e siècle. Pavé et long de 9 km, il a longtemps été le trajet privilégié pour relier l’ouest et le nord de l’île. En 1810, c’est par cette route que les troupes anglaises débarquée à la Grande Chaloupe ont rejoint le plateau de La Redoute à St-Denis et pris possession de l’île, pour ne la rendre à la France que 5 ans plus tard. Le Chemin Crémont un sentier de randonnée fréquenté où l’on distingue encore par endroits les anciens pavés. On y accède depuis la Possession, et il faut compter 8 heures de marche pour le parcourir en entier. Plus d’info sur www.ouest-lareunion.fr

Centre SocioCulturel Nelson Mandela 3, rue de Barakani – La Possession 0262 44 56 60 Horaires : Lundi - Jeudi : 8h30 - 16h Vendredi : 8h30 - 15h

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LA BUSE

OU LE MIRAGE 7 juillet 1830, 17h. Olivier Levasseur est pendu haut et court à Saint-Paul sur la fameuse Place d’Armes, conformément aux prescriptions d’une sentence consignée dans un procès verbal conservé aux Archives Départementales : «Nu en chemise, la corde au col, à la main une torche ardente du poids de 2 livres (…), il sera conduit en la place publique pour être pendu et étranglé jusqu’à ce que mort s’en suive (…). Son corps y restera vingt-quatre heures et ensuite exposé au bord de la mer ». Cette exécution, aussi hâtive que spectaculaire, reste aujourd’hui encore une énigme à plus d’un titre. Six ans plus tôt, Levasseur avait bénéficié d’une vague d’amnisties étendue à nombre de ses anciens camarades qui avaient, comme lui, rangé les drapeaux noirs. De fait, la piraterie n’existait plus dans l’océan Indien au moment de la condamnation de La Buse. D’anciens forbans coulaient désormais des jours paisibles parmi les colons respectables. Devenu quant à lui pilote dans la baie d’Antogil à Madagascar, Levasseur est pourtant fait prisonnier

par le capitaine Dhermitte en 1729, un négrier venu faire le plein d’esclaves. Les historiens suspectent la capture d’avoir été secrètement commanditée par le gouvernement de Bourbon, désireux de faire main basse sur les richesses supposées du corsaire. Une thèse que semble appuyer le caractère aussi exceptionnel qu’expéditif du procès de Levasseur. Car si La Buse est l’un des pirates les plus célèbres de l’histoire, ce n’est pas à cause des troubles fréquentations qu’il a pu entretenir au cours de ses années d’exercice, de Barbe Noire à Benjamin Hornigold. Sa postérité cache, bien sûr, un trésor ; le plus mirobolant de tous les magots, un butin à côté duquel tous les trains perdus remplis d’or nazi qui peuplent l’imaginaire mondial passent pour des SICAV de petit fonctionnaire. Le 20 avril 1721, La Vierge du Cap, navire amiral de la marine portugaise avec ses 800 tonneaux et ses 72 canons, ramène les richesses inestimables du vice-roi et de l’archevêque de Goa. En réparation dans le port de

Saint-Denis après un ouragan ravageur, démâté, une bonne partie de l’équipage malade débarquée et la plupart des canons emportés par la tempête, l’invincible vaisseau est vulnérable.  La Buse et son comparse John Taylor profitent de l’aubaine. Ils hissent le pavillon rouge de l’Angleterre pour s’approcher discrètement avant de dévoiler leur sombre bannière. Dans une bataille sanglante à laquelle toute la population de Saint-Denis, à terre, assiste impuissante, le vaisseau royal plie. Victorieux, les pirates tractent leur prise jusque dans la baie de Saint-Paul avant de filer vers Madagascar pour se répartir un butin que certains évaluent aujourd’hui à presque 5 milliards d’euros. La rumeur le veut tel que même le plus petit matelot de l’équipage, composé de 200  hommes, aurait reçu 40 diamants. La suite des ses aventures est incertaine, comme à peu près tout ce qui entoure ce personnage dont personne ne peut dire avec conviction quand il est né, ni où. Ce qui ouvre la voie aux spéculations les plus fantaisistes. En tapant « La Buse » sur internet, attention les yeux. À part une déferlante de crânes, flammes en GIF et autres cartes jaunies sur fonds sonore de vagues complétant le parfait kit du «site-type années 90» que des particuliers passionnés d’ésotérisme ont enrichi eux-mêmes, citant le plus souvent comme source unique une page Wikipédia aux références fragiles, on ne trouve que peu

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d’informations. De nombreux chasseurs d’or ont pourtant consacré une grande partie de leur vie à suivre la piste du trésor dans les différents lieux où on l’a dit caché : Madagascar, les Seychelles, Maurice ou encore Rodrigues. Seul Le Mémorial de la Réunion, somme de référence sur l’histoire de l’île coordonnée par Daniel Vaxelaire à la fin des années 70, évoque la possibilité qu’Olivier Levasseur, souvent en conflit avec Taylor, ait caché une partie de sa part à Bourbon rapidement, alors que le bateau mouillait dans la baie de Saint-Paul. Sur le trajet qui le conduisait de sa prison à son lieu d’exécution, arrivé sur le chemin Crémon aujourd’hui rebaptisé   Chemin des Anglais , le corsaire passant non loin de la Ravine à Malheurs aurait même fait à ses geôliers une édifiante confession : « Avec ce que j’ai enterré ici, je pourrais racheter l’île entière». C’est en fouillant sur ce sentier que Bibique, le plus fameux des chercheurs de trésor réunionnais, a retrouvé en 1990 une mystérieuse roche qu’il pensait liée au forban. Anciennement exposée dans la mairie de la Possession, la pierre a été transférée

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depuis peu au Centre socio-culturel Nelson Mandela dans le quartier de Saint-Laurent. Évidemment, on est allés la voir. Passé l’escalier extérieur de l’entrée, impossible de la manquer. Même si on ne s’attendait pas à la voir siéger comme le Graal sur un autel baigné de lumière, on a été franchement surpris de la reconnaître par terre, à même le carrelage en plein milieu de l’accueil. Aucune indication, aucun panneau, zéro socle et sans la moindre protection, cette pierre que d’aucuns considèrent comme un indice important pour retrouver le trésor le plus fabuleux de l’histoire est posée là, comme un vulgaire gadin. Pour me confirmer son origine, seul l’interlocuteur «concerné» que nous a indiqué le standard de la mairie nous alpague à notre arrivée. « Bah voilà… », commente platement cet homme en redressant machinalement la pierre avec le pied, éparpillant au passage les quelques miettes de roches qui s’effritent au contact des prises électriques adjacentes. Un jeune riverain qui passe par là s’interroge en voyant notre timide attroupement autour de l’objet. Quand il apprend ce qu’il représente, l’effarement et l’excitation se lisent sur son visage, mais

pendant cinq minutes maximum. Très vite, il vaque à ses occupations sans demander son reste. Le responsable de l’accueil lui, a déjà regagné sa pause déjeuner. Des gens viennent spécialement ici pour observer la pierre selon le centre, mais pas assez pour penser à la mettre en valeur, semble-t-il.

Nationale. Il le cite dans son ouvrage Le Flibustier Mystérieux. Mais cette oeuvre fondatrice du mythe moderne de La Buse a été publiée en 1934 par les éditions Le Masque, spécialisée dans les romans policiers et d’aventure, et non pas scientifiques ou historiques. Le cryptogramme a-t-il seulement existé ? Dès qu’elles touchent à l’imaginaire, les frontières entre fantasmes et faits réels sont minces. Après de longues minutes au téléphone pour vérifier, la documentaliste de la BNF semble vraiment perdue : aucune trace du cryptogramme que l’on pensait conservé à Paris, si ce n’est sa reproduction dans le roman en question. Impuissante, elle me renvoie dans une dernière tentative vers la page Wikipédia du sujet : «aucune institution française n’a à ce jour possession dudit cryptogramme. » Dans cette lacunaire chasse au trésor où même les scientifiques ont du mal à faire la part des choses, il ne reste du pirate qu’un mémorial, une large tombe au  cimetière marin de Saint-Paul .

«Olivier Levasseur dit La Buse, écumeur de mers du Sud», indique la plaque. Pourtant, les condamnés à mort n’avaient pas pas le droit d’être enterrés dans les cimetières, et l’emplacement n’existait même pas au moment de l’exécution du corsaire. Sa soidisant tombe est en réalité un rafistolage datant de la restauration du cimetière marin en 1970. La croix à tête de mort qui l’orne aujourd’hui a été découverte par Ignace de Villèle en 1944 sur la plage du cimetière tout juste remuée par un cyclone. Tentante mais assez peu crédible, l’attribution de cette tombe reconstituée au pirate est fermement écartée depuis 2010. Egratignant encore un peu plus le mythe, le petit canon placé à sa gauche, certainement destiné à renforcer l’image belliqueuse du forban, est en réalité la propriété de la mairie et servait à tirer les feux d’artifices.

Cimetière marin de St-Paul Si la tombe de La Buse est un gros fake, le cimetière reste un lieu d’histoire intéressant à découvrir. Il abrite notamment (pour de vrai) les tombes de Leconte De Lisle et d’Eugène Dayot. Sur la plage qui sépare son enceinte de la baie de St-Paul, des fouilles ont découvert l’emplacement d’un second cimetière, réservé aux esclaves. Le site a, depuis, été aménagé.

Pour obtenir plus d’informations, il faut contacter les archives de Saint-Paul et de la Possession : «Datant de la fin du 17ème et du début 18ème, les symboles sur la pierre ressemblent étrangement à ceux présents sur le fameux cryptogramme attribué à La Buse. Il se trouve à la Bibliothèque Nationale de France à Paris, et demeure pour l’heure indéchiffrable». Ah, le cryptogramme, clé de l’énigme, ce bout de vélin que le corsaire aurait jeté dans la foule avant de mourir, avec cette phrase célèbre : « Mon trésor à qui saura le prendre ! ». Cette série de caractères étrange est la matrice de nombreuses théories sur l’emplacement du magot. On lui accorde un certain crédit parce que le premier à l’avoir rendu public est Charles de La Roncière, illustre historien, membre de l’Académie de la Marine et ancien bibliothécaire à la Bibliothèque

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visite guidée

Le monde perdu Des forêts originelles, largement endémiques, qui recouvraient la côte ouest à l’arrivée des premiers colons, 99 % ont disparu, rasées ou exploitées par l’homme. Le petit pourcent qui reste ne subsiste le plus souvent que parce qu’il est situé sur des pentes inaccessibles, ou dans des ravines, comme c’est le cas à la Grande Chaloupe.

L'effet bœuf Les règlements sont faits pour susciter le mépris des cancres, celui du Lazaret a donc bien sûr retenu l’attention de Vavang, pour une raison notamment : la seule viande autorisée pour le commun des résidents était le bœuf. Quand on sait que la majorité des engagés retenus ici venaient d’Inde, et refusaient donc le plus souvent d’en manger, on ne peut y voir que deux explications. Soit il s’agissait d’une idiotie due à la méconnaissance des populations accueillies ; soit il s’agissait d’un calcul cynique destiné à économiser la viande.

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MIGRANTS D'AVANT Longtemps laissé à l’abandon, le Lazaret de la Grande Chaloupe est aujourd’hui l’un des monuments incontournables du patrimoine réunionnais. Un lieu-clé de l’histoire de l’île, et une fenêtre symbolique sur celle des migrants, comme on dit désormais, qui ont contribué à faire de la France un peu plus qu’un « pays de race blanche ». « C’est ICI qu’est l’âme réunionnaise ! » La voix soudain plus forte et les indexes des deux mains de mon guide qui pointent ensemble vigoureusement vers le sol insistent sur le caractère définitif de la déclaration : ici et pas ailleurs. Longtemps laissé à l’abandon, le Lazaret de La Grande Chaloupe n’est inscrit sur la liste des monuments historiques que depuis 1998,

et sa rénovation n’a débuté qu’il y a une dizaine d’années. Le lieu a pourtant été, durant près d’un siècle, un passage obligé pour les dizaines de milliers d’engagés, ces ouvriers recrutés dans le monde entier pour fournir aux propriétaires terriens une main d’œuvre bon marché après l’abolition de l’esclavage.

Indiens, Africains, Malgaches, Chinois ou de la traversée ou au contact des autres même Océaniens : beaucoup des hommes résidents. On sait en revanche un certain et femmes qui ont peuplé La Réunion ont nombre de choses sur l’organisation de la débarqué non loin de là, à l’endroit où se vie au sein de cette zone de quarantaine, à dressent désormais les immenses grues mi-chemin entre la prison et l’hôpital, où du chantier de la Nouvelle Route du Litdes gens venus du monde entier se retroutoral. Ils ont marché jusqu’à ces longères vaient isolés ensemble. Ce côtoiement coincées dans l’ombre des remparts de contraint en terre étrangère a provoqué la ravine de la Grande Chaloupe, où l’on des frottements et des mélanges culturels retenait les passagers des navires où l’on peut voir les prémices du suspectés de transporter des processus de métissage qui malades, ou venant de a donné naissance à la pays que l’on pensait culture réunionnaise. un lieu-clé de touchés par les C’est sans doute l'histoire de l'île, maladies dites ce qui explique le pestilentielles : discours catégooù des gens venus variole, fièvre rique du guide du monde entier se jaune, peste lorsqu’il présente retrouvaient isolés ou choléra. Les rapidement le lieu ensemble bâtiments de ce et son importance. centre de rétention sanitaire, conçus pour Pour mieux s’en rendre accueillir 400 personnes, compte, il faut s’attarder ont pu en contenir aux périodes dans les salles de l’exposition Métissage d’affluence près de 1000, installées sur des Végétal, qui illustre à travers les plantes nattes en attendant la fin de leur période l’adaptation des engagés aux ressources de quarantaine – 10 jours minimum pour et aux ingrédients dont ils disposaient sur les travailleurs engagés, beaucoup plus place, et leur influence sur leurs habitudes longtemps en cas d’épidémie. culinaires, cultuelles ou médicales. Cette seconde exposition complète parfaiImpossible de savoir exactement combien tement la première, plus générale, et de personnes sont passées par ici entre apporte un grand nombre d’informations la mise en service du lazaret, vers 1860, et d’anecdotes qui permettent d’imaginer et son abandon définitif au milieu du XXe ce qu’a pu être la vie au lazaret, antisiècle. Impossible également de savoir chambre de la créolisation. Les marges de combien, exactement, y sont mortes, cet article en sont quelques échantillons. victimes de maladies contractées lors

Ô Zamal Le Lazaret contient la preuve que le zamal n’a pas attendu Ousanousava pour avoir mauvaise réputation. La thèse du Dr Coustan, médecin ayant travaillé au Lazaret dès les années 1860, précise ainsi que l’usage de certaines drogues comme le bétel, en vogue parmi les engagés, pouvait être encouragé par les médecins pour soulager leurs « soucis » et leurs « inquiétudes ». Le bon docteur précisait en revanche aussitôt : « Nous condamnons celui d’un certain poison narcotique dont les effets sont déplorables. Je veux parler du chanvre indien. »

100 balles et un mars Tous les pensionnaires du lazaret n’étaient pas logés à la même enseigne. Lorsqu’il arrivait à de riches voyageurs de s’y trouver retenus, ils bénéficiaient en échange d’un prix raisonnable d’attentions et de menus spéciaux. Mais ça ne les empêchaient pas de se plaindre. Dans une lettre adressée au gouverneur, l’un d’eux réclama par exemple qu’on y fasse installer un tennis et de quoi jouer au croquet, et rapporta pour appuyer sa demande la remarque d’une jeune connaissance : « Une quarantaine sans croquet est une année sans printemps. »

Idée reçue L’histoire mal connue du lazaret et son aura négative (isolement forcé, promiscuité, peste, choléra et mort ne sont pas des facteurs favorables, il faut l’avouer) ont parfois répandu l’idée que le lieu est associé à l’histoire de l’esclavage. C’est à la fois faux et vrai. Bâti en 1860, soit 12 ans après l’abolition, le lazaret n’a jamais accueilli le moindre esclave. Mais d’une part, dans les décennies qui ont suivi l’abolition, l’immigration africaine et malgache était encore à La Réunion largement assimilée à la traite. Et d’autre part, la construction du lazaret était une forme de réponse aux nouveaux flux migratoires impliqués par l’engagisme, lui-même conséquence directe de la fin de l’esclavage, et forme de travail contraint où la liberté de l’engagé était toute relative.

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ALTITUDES

SUR LE fIL Découverte par le grand public à la faveur de vidéos virales spectaculaires dans les plus beaux paysages de l’île, la slackline en altitude attire un nombre croissant d’amateurs de sensations fortes. Mais les sorties les plus extrêmes restent réservées à un noyau dur d’équilibristes doux dingues. Portraits d’un sport extrême à travers quatre pionniers. Ils sont un peu les enfants de Tenzing Norgay et de Philippe Petit – le premier homme à avoir escaladé l’Everest, et le funambule risque-tout qui, en 1981, a marché sans filet entre les Tours Jumelles de New York. La communauté des slackers réunionnais ne cesse de grandir. Chaque week-end, ils sont plus nombreux à se promener en équilibre plus ou moins précaire sur des lignes tendues entre les arbres qui bordent les plages, mais ces démonstrations anodines à un mètre au dessus du sable ne sont que la sage vitrine d’un sport extrême qui se joue loin des regards, en altitude, entre les reliefs les plus vertigineux ou au dessus des eaux les plus turbulentes. Oubliez donc les plagistes coquettes prêtes à tous les gadins pour travailler leur périnée et gainer leur abdomen : les deux pratiques reines de la slack sont la highline et la waterline. Comme leurs noms l’indiquent, il s’agit de marcher en équilibre sur des lignes tendues en hauteur, au-dessus du vide, ou au-dessus de l’eau. Inconnues du grand public il y a encore quelques années, ces hobbies casse-cou font aujourd’hui l’objet de vidéos virales foldingues qui mettent en scène les plus beaux paysages de l’île.

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En juin dernier, le funambule Nathan Paulin a établi dans les brumes de la Rivière de l’Est un nouveau record du monde de highline : 403 mètres parcourus sur un câble tendu à 250 m au dessus du sol – record largement battu quelques jours plus tard le même homme à Millau, dans le sud de la France. Mais les slackers péi n’ont pas attendu l’arrivée de ce professionnel sponsorisé pour « ouvrir des lignes » dans les hauts. Depuis 2011, des groupes de passionnés, hommes ou femmes, organisent régulièrement des expéditions de plusieurs jours en montagne pour fixer des appuis et tendre leur fil entre les pics les plus grandioses des trois cirques.

Nous avons rencontré ces pionniers d’une communauté en expansion, et ceux qui tentent aujourd’hui d’organiser ce mouvement dont la popularité croissante va sans doute impliquer qu’il se structure. Car le vide défié par les slackers est aussi juridique. Comme de nombreux sports extrêmes, la slack est peu réglementée, dénuée d’encadrement, et encore souvent pratiquée en autonomie.

2011, avec ses partenaires Adrien Monges et Baptiste Barbier, il installe la toute première highline de La Réunion (dans le jargon, on dit « ouvrir une ligne »), au sommet des Trois Salazes, entre les cirques de Cilaos et de Mafate. Partis à 12h de Saint-Denis, il leur a fallu une journée entière, sous la pluie, pour monter, percer la roche et fixer les ancrages d’une installation achevée à la frontale. Bivouac sur place en attendant le lever du jour et le lendemain, Bertrand se jette à l’eau : «Je suis le premier à être passé, c’est histoire de tester la ligne mais nous étions sûr de notre équipement. C’était fabuleux. »

Le Précurseur

BERTRAND AUNAY Sûrement l’un des premiers slackers de La Réunion, Bertrand découvre la highline en regardant une vidéo extrême des Bad Slacklinners, aujourd’hui Flying Frenchies, dont un membre est un ancien compagnon de corde, actif dans les Alpes aux Aiguilles du Diable. Impressionné, ce grimpeur aguerri, amoureux de la montagne, veut tenter le coup. Il s’entraîne d’arrache-pied pendant trois mois, cherchant à maintenir son équilibre. Comme tout débutant, et malgré son désintérêt total pour cette catégorie de slackline, il s’exerce sur le sable à partir d’octobre 2010, avec des lignes de 10 à 15 mètres. Puis dès qu’il en a l’occasion, en sortant du travail, chez des amis à l’apéro, il monte sa ligne dans le jardin. Il est, de son propre aveu, devenu «boulimique». En janvier

Les Trois Salazes culminent à 2100 mètres d’altitude. À cette hauteur, les risques sont énormes. Le vent, les éboulis et surtout l’inattention sont les pires ennemis des slackers. En plus d’être équipés de casques et de baudriers, la plupart du temps, Bertrand et ses acolytes disposent d’un «back-up» : une deuxième corde, située sous la première et reliée à d’autres points d’ancrage, qui sert à se rattraper en cas de chute. «Ce n’est pas parce que nous avons confiance en notre matériel que nous n’avons pas peur. C’est une sensation particulière, mais c’est toujours mieux que d’être enfermé dans une salle de sport. ». Presque seul à tenter ce genre d’exploits à La Réunion il y a encore quelques années, Bertrand Aunay ne revendique aucun monopole : « Le niveau de la slack a complètement explosé. Si nous ne l’avions pas fait, de toute façon d’autres si». Leur grande première en 2011 avait été filmée et diffusée sur Youtube, mais ce n’est que deux années plus tard, à l’occasion d’une autre traversée de la ligne des Trois Salazes que la slack made in Réunion est apparue sur les radars du grand public (lire après).

THE WALK RÊVER PLUS HAUT Robert Zemeckis, le réalisateur de la trilogie Retour vers le Futur ou de Forest Gump, revient sur les écrans avec The Walk. Il y raconte l’histoire vraie de Philipe Petit, pirate funambule qui en 1981 eût l’idée folle de tendre un câble entre les deux Tours Jumelles de New York et de le traverser, en plein jour, au nez et à la barbe des autorités, sous les yeux hallucinés des passants quelques centaines de mètres plus bas. Avec Joseph Gordon Levitt et Charlotte Lebon, ce biopic adopte la dynamique d’un film de braquage pour romancer l’un des exploits les plus insolites du 20e siècle. Sortie prévue fin octobre au Cinécambaie

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de sa journée». En ligne, il publie aussi des tutoriels pour les débutants, dans lesquels il décrit à sa façon les noeuds ou encore les manipulations de la corde. «Pour mettre en place sa slack, chacun a sa méthode. C’est un sport nouveau et il n’existe pas encore de règles universelles dans l’installation des lignes. Moi, j’ai confiance en la mienne mais d’autres diront qu’elle n’est pas assez sûre. Pour l’instant, tout le monde apporte son expérience, on fera le tri après».

L’homme du réseau

KEVIN BORG Avant la slack, Kevin a pas mal bifurqué entre l’escalade, qu’il a laissée pour son esprit trop compétitif, et le surf, abandonné pour les raisons que l’on sait. C’est à la plage qu’il découvre la discipline, avant de s’investir à fond, et de créer la première page web complète sur le sujet à La Réunion. Sur Slackline974, Kevin référence les lignes ouvertes sur l’île, prend des photos des ancrages déjà en place et explique l’accès aux différents lieux. Seule une soixantaine de lignes sont aujourd’hui répertoriée sur son site, mais il s’efforce de le mettre à jour. Sur une carte interactive, initiée par Bertrand Aunay, il géolocalise les prochaines sorties avec un descriptif du rendez-vous, la difficulté de la ligne et le matériel nécessaire pour la monter. Avant, le bouche à oreille servait à fixer les rendez-vous des slackers mais grâce à ces nouveaux outils, « y a plus qu’à imprimer les topos et profiter

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Slackers de highline ou waterline, ça ne s’invente pas et une formation préalable est vivement conseillée par les différents pratiquants. Avec ses tutos, Kevin espère qu’il limitera les accidents chez les novices qui partent en solitaire. «La difficulté n’est pas de trouver les lignes à ouvrir mais bien un coéquipier qui a les compétences requises pour s’y aventurer. ». Certainement l’un des slackers les plus actifs de La Réunion, Kevin Borg a ouvert à lui seul beaucoup de lignes. En bon connaisseur du terrain, il a même été contacté par l’équipe de métropolitains de Nathan Paulin, détenteur du record du monde de traversée en juin dernier. «Ils avaient peu de temps et voulaient savoir ce que je pouvais leur proposer comme sites pour ne pas en manquer». À peine rentré de Nouvelle-Zélande, où il a étudié l’anglais pendant plusieurs mois, il énumère ses projets de sortie avec avidité. Des fourmis plein les jambes, il annonce déjà son prochain projet : une high-line au mini Trou de Fer. Mais avant, des lignes en solo, par ci par là, histoire de se retrouver la forme. Loin du trip records et compétitions, qui l’a complètement détaché de l’escalade, Kevin recherche l’esthétisme. Pour les Trois Salazes, l’une de ses préférées, il décrit un paysage «hypnotisant». 

aujourd’hui. Le noyau dur, devenu un groupe d’amis, pratique la slack depuis environ quatre ans et organise via différentes pages Facebook les sorties en montagne ou dans des bassins. L’un des objectifs de Nicolas est de sécuriser la pratique en orientant les nouveaux slackers vers des lignes qui correspondent à leur expérience. Pour lui, La Réunion a encore beaucoup à apprendre : «En France, c’est beaucoup plus démocratisé et depuis plus longtemps, alors le niveau n’est pas le même». Bien sûr, l’île est riche en «spots magiques» qui poussent les sportifs à viser toujours plus haut, et plus loin.

buzz & vidéo

JEAN GALABERT Jeune sportif hyperactif, Jean Galabert est le premier à avoir fait le buzz avec une vidéo de highline 100% locale. Filmée comme le simple souvenir d’une sortie sur la ligne des trois Salazes, Own Land devient virale dès sa mise en ligne en 2013 et, avec 70 000 vues au compteur, offre une vitrine internationale à la slack réunionnaise. Un succès inattendu que Jean, modeste, tempère : « C’est beaucoup à l’échelle de l’île mais un grain de sable sur la toile ». Il fera peut-être mieux avec son prochain film, Santié Domoun, réalisé cette fois dans des conditions semi-professionnelles. Entouré par des membres de l’association Slack’R et épaulé par l’entreprise Drone Copters, spécialisée dans l’imagerie aérienne, il suit dans ce court-métrage différents slackers pour un tour de l’île des lignes situées dans ses paysages emblématiques. Au-delà de la slack, son objectif est de faire découvrir au monde entier le décor où évoluent les funambules : « Le potentiel est énorme a la Réunion. Je veux que les gens voient ce film et se disent : ‘Ok... Je dois impérativement visiter cette île’. Selon moi, la carte des sports extrêmes n’est pas assez jouée par la Région et l’IRT». Présenté pour la première fois le 17 octobre dernier lors du Zot Movie Festival (lire encadré), Santié Domoun a obtenu le prix du meilleur film.

La voix de la sagesse

NICOLAS FOK CHEONG Il a longtemps été l’un des plus grands espoirs du bodyboard réunionnais, mais Nicolas Fok Cheong a été brutalement éloigné des vagues après les premiers drames de la crise requin. Reconverti dans la slackline, il conserve le lien avec l’eau en se spécialisant dans la waterline, et fonde il y a moins d’un an l’association Slack’R pour structurer ce sport qui doit faire face à l’afflux massif de nouveaux pratiquants. Créée en novembre 2014 pour initier les débutants et encadrer les sorties des confirmés, Slack’R est l’asso qui comprend le plus d’adhérents sur l’île

La responsabilisation du mouvement paraît indispensable pour éviter les accidents qui donneraient du sport une mauvaise image, mais aussi pour crédibiliser la pratique face aux assurances ou aux autorités du Parc National des Hauts, dont l’accord est indispensable pour ouvrir légalement des lignes sur son territoire. En l’absence de législation spécifique, beaucoup sont encore installées discrètement, sans autorisation. Nicolas parle alors de « slack marron ». Malgré l’attrait des lignes spectaculaires dans les montagnes, Nicolas préfère quant à lui évoluer au dessus de l’eau. Maître nageur à la piscine de Vue Belle à La Saline, il a même ouvert un créneau d’initiation après avoir tenté, un jour, d’installer une ligne au dessus du bassin. Tous les dimanches matins, de 8h à 10h, débutants et habitués peuvent venir s’y exercer. ll fait aussi des ateliers avec les écoles et les clubs pour faire découvrir la discipline. . 

© DR / Zot Movie

ALTITUDES

ZOT MOVIE FESTIVAL 8ème Édition La grand messe annuelle des sports extrêmes et du cinéma toutes catégories a tenu sa 8e édition le 17 octobre dernier sur la plage du Cap Homard à Boucan Canot. Des images inédites, présentées les pieds dans le sable et gratuitement à un public toujours nombreux. Les meilleurs réalisateurs, en lice pour les prix du meilleur scénario, du meilleur film ou encore de la performance, ont été départagés par 6 membres d’un jury de professionnels. L’ensemble des vidéos présentées, dont Santié Domoun, de Jean Galabert, prix du meilleur film, sont à visionner sur le site du festival. www.zotmoviefestival.com

lancez-vous ! en pratique Vous aussi, vous pouvez jouer les funambules. Mais avant de prendre le chemin de la montagne, il est indispensable de s’entraîner et de bien maîtriser les bases de la discipline. Voici les adresses indispensables pour démarrer dans les bonnes conditions : Slackline974 L'association Slack'R  

Piscine de Vue Belle

50 Rue Jean Albany – 97422, La Saline Facebook : « Slack’R » Mail : slackr.reunion@gmail.com Tél : 0692 60 01 97 – Nicolas Fok Cheong

Ateliers Waterline tous les dimanches matins, de 8h à 10h Chemin Jonction, La Saline Les Hauts 0262 22 43 74

Le site qui référence les lignes ouvertes, centralise l’info et apporte des conseils précieux www.slackline974.org Facebook : « Slackline974 » Mail : slackline974@gmail.com

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MARMITES

MANZÉ TROTWAR Burgers, bagels, food trucks en tout genre : les nouveaux concepts de restauration rapide se multiplient aujourd’hui à grande vitesse. À tel point que l’effet de nouveauté n’est plus un critère suffisant pour choisir son menu. Les nouvelles adresses doivent désormais miser sur la qualité et parfois sur la rareté autant que sur l’originalité du concept. La preuve par cinq.

friterie

La Frite Belge Quiconque a vu Bienvenue chez les Ch’tis ou fréquenté un habitant du Nord-Pas-deCalais sait qu’il existe dans ces régions septentrionales proches du cercle arctique une gastronomie traditionnelle hyper calorique qui permet aux peuplades locales de survivre à des températures extrêmes, et qui fait leur fierté malgré le fait que personne ne connaisse la composition exacte de ses mets les plus prisés, comme la fricadelle, la viandelle ou le poulycroc. Tous ces plats ont pourtant une origine certifiée : la Belgique, génial pays du snack et de la bonne bière où les diététiciens sont implacablement traqués, hachés, panés puis fixés aux pare-chocs des friteries ambulantes. La Frite Belge est la première adresse à La Réunion entièrement vouée à cette tradition magique et roborative et le moins

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qu’on puisse dire est que l’établissement lui fait honneur. Déjà, sa propriétaire Christelle Couchot est une authentique Belge, et elle est à ce titre au moins deux fois plus sympa que la moyenne des humains, mais surtout ce qu’on y mange est en tout point fidèle aux classiques de la friterie du plat pays : la frite, déjà et surtout, est abondante, croustillante et bien dorée, à la différence il faut bien le dire de nos frites faccides et translucides de camion-bar ; elle est aussi arrosée d’un vaste choix de sauces. Et si les spécialités de « viande » ne vous inspirent pas confiance, vous pourrez vous rabattre sur l’un des meilleurs croque-monsieur qu’on ait goûté depuis des lustres. 20, boulevard de Verdun – Le Port Horaires : Mardi - Jeudi : 11h - 15h / Vend. & Sam. : 11h - 15h / 18h - 21h Tél : 0692.36.99.46 Facebook : À la frite belge de La Réunion

BURGers

Cantina America Saint-Gilles est à la fois la ville pionnière et la mieux dotée pour les burgers : dans la foulée du 66 Burger Club, légendaire précurseur, de nombreuses autres adresses sont apparues – dont le fameux Sergio Burger, près du Dancing des Roches Noires. Comment faire sa place sur ce territoire déjà squatté par des poids lourds ? À La Cantina America, la réponse est simple : en étant à la fois meilleur et plus authentique. Barbe et coupe soignée, tatouages et sneakers montantes au bout de ses gambettes fines, Malo a convaincu il y a trois mois son vieux pote Flo, cuisto spécialisé, de quitter son poste dans une adresse de burgers haut de gamme en Suisse pour ouvrir avec lui ce petit resto en face du port. Ensemble, pour se démarquer, ils jouent à fond la carte de l’americana jusque dans le moindre détail. Déco à base d’affiches importées directement des États-Unis, menu enfant servi dans des Cadillac en carton (made in USA, of course), soda Dr Pepper et sauce pimentée texane « 1400 fois plus forte que le tabasco » : il ne manque que les blondes à mini-short en jean et santiags mastiquant du chewing gum pour parfaire l’ambiance diner à cowboys. Mais la grosse différence est surtout dans l’assiette et sur la carte que les deux camarades ont imaginée ensemble lors de précédentes aventures en Suisse ou dans les Alpes du Sud. Viande de boucher, pain de boulanger, produits recherchés avec soin et préparations maison (dont les sauces, excellentes) : la Cantina s’inscrit dans le courant d’une street food de qualité et domine clairement son sujet sur la côte ouest. Avantage supplémentaire : l’ambiance relax de la terrasse, où les chaleurs estivales vous donneront sans doute envie de boire une Bud en vous éventant avec votre Stetson – pour la Bud, la maison en propose ; pensez par contre à ramener votre propre chapeau. 165, Avenue du Général De Gaulle – St-Gilles Horaires : Ouvert tous les jours non stop de 11h à 23h, sauf le jeudi. Tél : 0692.75.72.99 Facebook : Thesonoftexascantinaamerica Livraison possible

Saveurs Exotiques C’est l’adresse secrète, le petit spot planqué dans les hauts qui n’ouvre qu’un soir par semaine, mais qui sort de l’avis de ses habitués LE meilleur burger de l’île. C’est d’autant plus surprenant d’ailleurs que Saveurs Exotiques est, de jour, un restaurant spécialisé dans les caris rapides, sur place ou à emporter. Mais tous les vendredi soir, la taulière Rachel rameute en cuisine toute sa famille et quelques potes pour un service exclusivement dédié à l’art exquis du sandwich rond. Depuis le comptoir, on voit tout ce petit monde s’agiter avec le sourire dans une ambiance bon enfant parfois un petit peu dépassée quand les commandes arrivent en nombre – mais l’attente aux heures de pointe est commune à toutes les bonnes adresses spécialisées. Ni trop secs, ni trop gras, parfaitement dosés et savoureux, les burgers sont ici baptisés par d’amusants jeux de mots en créole. Le basique s’appelle ainsi le Mac Doss ; le double baptisé Ou Lé Pa Kap vous met au défi de le terminer ; et le fromager qui en d’autres lieux serait platement nommé Savoyard, Raclette ou Genevois monte au filet pour un hommage au plus célèbre des champions suisses : Rodzèr Fépadérèr. La dégustation sur place est possible, mais si vous préférez emporter, la pré-commande au téléphone est vivement conseillée. 9, Route de Fatima – Le Bernica Horaires : Burgers le vendredi uniquement, de 18h à 22h30 Tél : 0692.52.11.11 Pas de livraison

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MARMITES

boutik sinwa

bagels

L'Atelier à Bagels Issu de la gastronomie yiddish d’Europe Centrale, le bagel est un pain très ferme en forme d’anneau (ou de bouée, disons), très associée à la culture de la street food new yorkaise actuelle, c’està-dire branchée et moins mauvaise pour la ligne que les traditionnels burgers. Débarquée à Paname en 2011 et rapidement adoptée dans toutes les grandes villes où il croque les parts de marché du kébab et du jambon-beurre, ce concept de sandwich sain où l’on retrouve souvent des produits frais et des crèmes de fromage est désormais dispo dans l’ouest, à Saint-Gilles. L’Atelier à Bagels a ouvert récemment dans la rue de la Poste. Comme la tradition l’exige, le pain lui-même est fait maison, ainsi qu’une partie des préparations dont il est ensuite garni dans la petite échoppe devant laquelle on peut ensuite y mordre à même le trottoir, assis sur des tabourets de bar, les coudes posés sur sur un bar étroit. L’esprit street food est donc ici pris au pied de la lettre, mais les bagels eux-mêmes sont un peu chargés et gagneraient à s’épurer. La maison propose également des citronnades, des yaourts, des quiches maison et des tartes maison. Et votre bagel peut être accompagné au choix de frites ou d’une petite salade. 14, rue de la Poste – Saint-Gilles Horaires : 11h - 15h Tél : 0692.27.74.84 Facebook : latelier.abagels

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food truck

Kantine la roue Je sais ce que vous pensez : à La Réunion, on n’a pas attendu la mode des food trucks dentelle pour faire gratiner des sandwichs américains à l’arrière des camions-bars. Et vous avez raison. Sauf que l’un des intérêts du food truck d’aujourd’hui est qu’il est ambulant : au lieu de squatter toujours le même spot, il se déplace chaque jour pour créer des rendez-vous hebdomadaires qui permettent de briser, une fois dans la semaine, la routine des pauses déjeûner. Embarqué dans leur camion hyper stylé et très reconnaissable, doté d’un nom bien trouvé qui marque les esprits, la Kantine La Roue est en train de s’installer dans le paysage routier de l’île, et notamment de l’ouest, où il passe le plus clair de son temps. Au menu : burgers travaillés en finesse à base de bons produits, parfois originaux (frites de patates douce), et salades pour ceux qui préfèrent garder la ligne. Duo efficace et sympathique derrière le comptoir, attrait d’un camion vraiment classe, qualité dans la moyenne haute et tarifs dans la moyenne basse (moins de 10€ pour le premier menu) : indéniablement, la Kantine la Roue a du charme ! Midi (11h - 15h) Mardi : La Possession, sur le parking de Dom’Eau Jeudi : Cambaie, ZI, sur le parking de RTS Pneu Soir (17h - 22h) Du Jeudi au Samedi : St-Paul, rue M. & H. Leblond Tél : 0692.23.50.56 Facebook : Kantine la roue Indispensable pour vous tenir au courant des allées et venues de la Kantine, sujettes à évolutions.

PLANÈTE MARMAYS La boutique pour les mamans qui aiment décorer leurs enfants. Un peu planqué dans un pâté d’immeubles résidentiels, dos tourné à la route et invisible aux passants motorisés, Kriké-Kraké a tout d’un secret bien gardé. C’est un comble, pour un commerce, de vivre ainsi caché, mais l’univers de cette boutique dédiée aux enfants est d’emblée atypique, résumé par sa belle enseigne C’est que Kriké-Kraké n’est pas l’un de ces échoppes où s’entassent les jouets en plastique et les vêtements Made in China : ici, on propose principalement des choses rares, produites par la crème des créateurs réunionnais actuels ou dénichées en Métropole. Les irrésistibles (quoique fragiles) livres musicaux des éditions Zébulo pour découvrir le maloya ou le séga côtoient ainsi sur les rayonnages les amusantes histoires à illustrer soi-même de la maison parisienne branchée Supereditions ou les doudous barrés et les toiles joyeuses de Virginie, créatrice réunionnaise de la marque Nini Tout Plein. On perçoit dans l’ambiance calme et assez élégante de cette boutique l’envie de proposer des choses différentes, rares, et Kriké-Kraké a d’ailleurs lancé sa propre marque de vêtements. Il faut dire pour être parfaitement honnête que c’est le genre d’endroit qui plaira sans doute plus aux mamans qu’à leurs enfants, mais enfin, jusqu’à preuve du contraire, c’est encore elles qui savent le mieux ce qui

est bon pour leur progéniture, qui livrée à elle-même choisira toujours un t-shirt Spiderman affreux ou une panoplie Reine des Neiges et ne pourra jamais apprendre les bases du bon goût. Et pour être totalement, parfaitement complets, disons aussi que le bon goût comme souvent n’est pas donné – mais ça ne coûte rien de jeter un œil ;-) Bonus : pour encore quelque temps, Kriké-Kraké accueille dans ses murs une jeune marque de déco, Georgette se la pète. Du mobilier contemporain, élégant et bien fini importé d’Afrique du Sud. C’est un peu cher mais dans la gamme de prix des boutiques de déco tendance, c’est une alternative de qualité aux boutiques qui vendent des meubles en bois flotté balinais au prix du vase Ming. Kriké Kraké 12 rue de la Cheminée, Saint-Gilles Les Bains 0262 91 26 22

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BORDMÈR

LES BRISANTS BOUCAN VS.

Camarade, choisis ton camp ! Le beach-tennis rencontre un tel succès à la Réunion qu’il faut une patience tenace pour espérer fouler le sable blanc d’un court. Mais avec ces quelques tuyaux vous devriez sortir votre épingle du jeu. Plaisir et tranches de rigolade garantis. Alors camarade, qu’attends-tu pour choisir ton camp ?

AUX BRISANTS,

DE LA PLACE POUR TOUS

Expérience sociologique. Prenez un petit Mahorais de 20 ans qui a grandi en banlieue lyonnaise. Arrachez-le le temps d’une journée à son milieu dyonisien et placez-le au beau milieu d’un court de beach-tennis sur la plage la plus branchée de l’ouest. Enfilez-lui un short de bain en espérant qu’il se fonde dans la foule. Laissez-le garder son bob et ses baskets. Et observez. Quelques quolibets d’abord. Pas méchants. Et puis assez vite des liens se créent. Des univers se croisent. Et il repart enrichi d’une leçon gratuite et d’un 06. Tout arrive. Et rarement par hasard. Quand Bertrand Coulet a rapporté les premières raquettes de beach à la Réunion vers 2001, se doutait-il de l’ampleur que prendrait le phénomène ? Parler d’engouement pour cette pratique est une douce évidence. Il n’y a qu’à passer aux Brisants un soir de semaine, et à plus forte raison en journée le week-end, pour s’apercevoir qu’on tient-là le nouveau sport national, juste après la dodo-bouchons-coucher de soleil. Le filet était pourtant haut.

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La précision du sniper « Le beach-tennis est un sport très simple d’un point de vue technico-tactique. Tout est dans la précision : c’est l’exigence du sniper, deux battements de coeur le plus espacés possible », image Nicolas du Viking Beach Tennis, une des trois écoles actives sur le spot des Brisants. « Mais il est vrai que les tantines viennent surtout se muscler les fessiers », s’amuse-t-il. Ses cours à lui sont complets pour l’année à venir. Mais vous pouvez tenter votre chance auprès des autres écoles...

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BORDMÈR

Exigence technico-stylistique

BOUCAN,

LÀ OÙ TOUT A COMMENCÉ

Notre Mahorais se sera amusé le temps d’une après-midi. À terme, trouverait-il sa place dans ce milieu sans pitié ? Sous le couvert d’une ambiance « assez relâchée [où] les gens sont cool », selon Il fallait être là, le dimanche 20 septembre à la compète de rentrée Lionel vice-président du 3B (Bourbon Beach Brisants), on de l’ARTVBT (Association Réunionnaise de Tennis Volley sent bien présente une certaine exigence technicoet Beach Tennis) pour retrouver l’ambiance qui a stylistique. Les gars sont là pour la gagne ! C’est fait de Boucan une plage légendaire. Ados, c’est même le seul moyen de toucher une raquette ici qu’on venait allègrement se rincer l’oeil. de la place aux heures d’affluence. « 2 matches gagnés, Ce dimanche-là, aux premières loges sur le pour tous, loisirs tu sors. T’es prioritaire sur la gagne d’après ». court n°1, une bonne camarade à ma droite, ou pros. et même, une dodo dans la main gauche, je savourais Main dans le dos, un joueur indique à son une sorte de flash-back, à la Marty McFly, pour ceux qui partenaire où servir. On dit « test » pour d’un truc oublié. viennent juste un coup d’essai et « bonne balle » quand à la plage ça compte. Et là ça part. Très vite même. En Avant de débarquer aux Brisants, le beach à face il y a du répondant. À jouer tous les jours, la Réunion a réellement commencé à Boucan certains atteignent le haut niveau. Leur pratique Canot. Une poignée de passionnés se retrouvaient les amène du Japon à l’Italie en passant par Aruba, l’autre pour jouer, simplement. Une asso est née. Et de 15 ils sont paradis du beach après les Brisants. « Il faut de la place pour tous, vite passés à 200 pratiquants. Avant de migrer à Saint-Gilles où loisirs ou professionnels. Et même, pour ceux qui viennent juste à la l’herbe était plus verte – pardon le sable plus blanc. Plus plat en fait, plage », conclut Lionel, perspicace. et avec davantage d’espace où installer les filets. Jusqu’à ce que le spot devienne surpeuplé, et qu’un retour à Boucan s’avère vital pour la survie du jeu dans l’ouest. Et surtout pour retrouve l’ambiance roots des débuts.

Idéal pour débuter

Ma raquette spiderman A Boucan pour prendre un cours, en individuel comme en collectif, c’est vers Ken et Raph qu’il faut se tourner. Le Boucan Beach Tennis enseigne à tous les publics : cours adultes tous les soirs du mardi au vendredi et le samedi matin. « On prend cinq personnes maximum, sur 1h15. On choisit son jour dans la semaine, c’est un cycle de 15 cours ». Les enfants sont les bienvenus également, dès 4 ans avec « tout adapté : des petites raquettes en bois spiderman pour dire ‘je joue au beach’... ».

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Avec une colonisation assez récente, Boucan affiche une ambiance plus familiale, voire encore plus décontractée qu’aux Brisants, et avec moins de pression technique, même si l’exigence est de mise ici aussi. On y verra moins de gamines en maillot hyper sexy, plutôt des trentenaires bien sous tout rapport. Respect et tolérance sont la règle d’or et Arnold, engagé à temps plein sur le court, veille au grain. En somme, Boucan pourrait bien se présenter comme l’endroit idéal où débuter, surtout avant 16 h. Le club se structure. Il manque un coin buvette et les fortes houles ont tendance à tout ravager. Les concerts du vendredi soir du bar d’à-côté, et bientôt les filets pour les surfeurs, devraient bientôt achever de remettre Boucan au centre de la carte des plages, comme avant. « Arnold est le référent sur place. Il est là pour faciliter les choses, faire tourner les joueurs, et rendre ça fluide», estime Ken, qui y donne des cours. Avec un Challenge à venir en décembre, nul doute que la fine équipe devrait y parvenir.

tout l’ouest à disposition SAINT-leu

SAINT-GILLES En plein coeur de la station balnéaire

En centre-ville NOUVEAU

Bat Laleu 1, rue le Barrelier 97436 Saint Leu Ouvert lundi de 13h30 à 17h30 Du mardi au vendredi 9h-12h et 13h30-17h30 Samedi 9h-12h et 14h-17h

1, place Paul Julius Bénard 97434 Saint Gilles Les Bains Ouvert 7 jours sur 7 10h-13h et 14h-18h

22, rue Léon de Lépervanche 97420 Le Port Ouvert lundi de 13h30 à 17h Du mardi au samedi 9h30-12h30 et 13h30-17h00

À l’entrée Nord de Saint-Leu

Le Port

7 0810 797 79

prix (num. Azur, local) d’un appel

m s• eunion.co r a l t s ités • promo e iv u t c .o a w • s w é is w rsonnal

seils pe tions • con a v r e s é r • s n • informatio


DOMOUN

LES MAINS EN L'AIR On le sait peu, mais Trois Bassins est l’un des principaux viviers de l’artisanat réunionnais. Les 19 et 20 décembre prochain, le 5ème Marché de Noël sera l’occasion de s’en rendre compte. Avant-goût avec quatre artisans et créateurs qui, de la déco à la musique en passant par les rillettes, montrent toute l’étendue d’un savoir-faire tous azimuts.

Jean-Noël Urbatro AMOUR TAMBOUR

Une case créole et sa cour, on ne peut plus simple. En contrebas, on devine un jardin et un parc aux animaux. « Cabris, volailles, lapins… j’ai tout ce qu’il me faut ici ». Le reste, Jean-Noël Urbatro le gagne à coup de clous enfoncés dans les tiges de fleurs de canne et cadres en bois qui constituent ses kayambs, l’instrument traditionnel du maloya dont il est l’un des fabricants les plus respectés. Ses kayanms sont dispersés aux quatre coins de l’île, sur les marchés, dans les boutiques de souvenirs, lors des fêtes locales et même… en métropole. « J’ai mille pièces qui partent en France chaque année. En général je suis derrière, comme au Salon de l’Artisanat à Porte de Versailles, en avril », note l’artisan tout de modestie. Ce travail l’occupe tous les jours. Pour lui, pas de week-end en famille sur le bordmèr ou de pique-nique chemin volcan. Ses vendredi et samedi,

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il les passe sur le marché forain de Saint-Paul. Là, il peut expliquer son art et partager sa passion. Mais pour transmettre son savoir-faire il préfère son chez-lui, à Trois-Bassins. « On travaille en famille en cas de grosses commandes. Tout le monde donne la main et gagne un ti monnaie ». Outre les kayambs, Jean-Noël fabrique toute la famille des instruments du maloya traditionnel : bobre, roulèr, djembé, pikér et sati. Il monte aussi des mini-cases créoles en contreplaqué, carton, bois de natte et vétiver. Curiosités qui s’arrachent « comme des petits pains ». À 57 ans, celui qui exerce ce métier depuis 22 ans, après avoir été maçon, n’a plus rien à prouver. Casquette Dodo Sportif, veste Kawasaki, jeans et savates : Jean-Noël Urbatro a tout du gars heureux qui vit à la fraîche. Et son Trois-Bassins à lui a des airs de vieille campagne où il fait bon respirer à pleins poumons.

Sergio Nève

FILS DE FER

Et pour cause : son carnet de commande est plein. Lorsque nous le rencontrons, il achève le mobilier d’une boutique de vêtement à Saint-Gilles, où on lui a donné carte blanche. « Je fais finalement assez peu de travaux traditionnels de ferronnerie, comme les portails par exemple. Mon truc, c’est vraiment la création d’objets, de luminaires et de mobilier, dans un style plutôt industriel. J’aime que le métal, qui pour moi est une matière noble, reste brut. Je le travaille pour qu’il soit propre, et je le vernis, mais si je peux éviter de le peindre, j’évite. J’assume aussi mes soudures. Je ne les efface pas à la meule, je préfère les travailler pour qu’elles soient belles. »

36 ans, toutes ses dents et un fer à souder ; Sergio Nève termine ses journées avec la gueule noire d’un héros de Germinal, mais le sourire aux lèvres. Depuis un an et demi, cet autodidacte a fait de sa passion un métier : il est ferronnier d’art. Dans le cri du métal que l’on scie, dans le feu des étincelles, dans les nuages ferreux du polissage qui lui noircissent le visage, il s’épanouit, non loin de l’enclume où son grand-père maréchal ferrant battait déjà son lourd marteau, et qu’il conserve précieusement dans son atelier. la gueule noire

Comme souvent lorsqu’il s’agit d’artisanat, la simplicité cache donc chez d'un héros de « Je ne suis Sergio Nève un germinal, mais le pas comme lui travail patient sourire aux lèvres forgeron, je ne et minutieux. fabrique pas mon Abats-jours faits propre métal, mais de lanières de c’est de lui que je tiens métal et qui projettent cette passion je pense. Au des zébrures lumineuses, départ, c’était un passe-temps, j’ai tabourets de bar minimalistes commencé par faire mon propre mobilier, aux formes géométriques, ajouts de créer quelques luminaires. Je ne pensais bois cérusé « à la Sergio » : les pièces pas en vivre un jour. Quand je suis arrivé imaginées par cet autodidacte partagent à La Réunion (il vient de Cannes, NDLR) des lignes droites, sobres, et témoignent il y a six ans, je me suis installé pour d’un goût marqué pour une épure créer un nouveau produit alimentaire, de efficace et moderne. l’ananas confit au rhum. Et puis j’ai voulu changer, et mes amis qui voyaient les 37 chemin Raux, ZAC Bras-Montvert pièces sur lesquelles je travaillais sur mon Trois-Bassins temps libre m’encourageaient à me lancer Tél : 06 93 13 63 72 comme ferronnier. Finalement je me suis Web : www.sergioneveart.com lancé, et je ne regrette pas. »

Rendez-vous : Tous les vendredi et samedi au marché forain de St-Paul. Tél : 0693.70.12.96 Web : chauvière.sitego.fr

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DOMOUN

Arnaud Sirot

Et s’il accepte volontiers de tout encadrer, même les collages de fête des mère et les canevas de chatons de votre grand tante, sa spécialité est un peu plus moderne : la caisse américaine. Une méthode d’encadrement classe et actuelle, plutôt destinée aux grandes On pensait le métier d’encadreur disparu, toiles. Ce mode d’encadrement a séduit notamment le galeriste ambulant ou presque, en même temps que ces Olivier Poudou, qui fait la promotion comptoirs spécialisés des grandes des plasticiens locaux et les expose dans enseignes de bricolage où une dame divers lieux de l’île, dont l’hôtel Lux****. formée à la hâte vous annonçait des Grâce à cette collaboration, Arnaud délais de deux mois pour mettre a pu encadrer une partie votre petite photo de des peintres les plus mémé sous verre. intéressants de l’île, Eh bien, on se un point Jimmy Cadet ou trompait. « C’est d'honneur à Éric Raban. vrai que c’est

CADRE SUPÉRIEUR

défendre une façon un boulot qui Il a aussi lancé devient rare, de faire, avec des récemment mais il y en a qui matériaux dignes une galerie s’accrochent ! » de ce nom en ligne qui Des encadreurs propose des tirages qui s’accrochent… photographiques en On ne sait pas si Arnaud collaboration avec différents Sirot est amateur de jeu de photographes réunionnais. Scènes mots, en tout cas on sait qu’il travaille de la vie quotidienne, paysages, photo beaucoup : « J’ai arrêté de compter à 70 sous-marine : le site fonctionne comme heures par semaine. » une banque d’image. Vous choisissez celle qui vous plaît, le format auquel Il partage son temps entre sa boutique, vous aimeriez l’imprimer, le support et Images Déco, à St-Paul, et son atelier une gamme de finition. Prix d’arrivée : situé dans la Zone Artisanale de Trois de 19€ pour une impression simple sur Bassins. C’est le prix à payer pour tenir papier de 20 cm sur 30 cm à 200€ pour quoi qu’il arrive les délais promis à ses les plus grands tirages sur des matériaux clients (15 jours max, quelle que soit de plus grande qualité. Une idée la nature du cadre à fabriquer) et pour connectée et inventive pour offrir aux pouvoir continuer de pratiquer son touristes des souvenirs photographiques métier dans le respect des règles de modernes. l’élégance. Ici, pas de vitres en plexiglas, pas de moulures cheap montées à la va-vite : « Je mets un point d’honneur à défendre une façon de faire ce métier correctement, avec des matériaux dignes de ce nom. »

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La boutique : Images Déco – 13 d Route des Premiers Français – St-Paul Horaires : Mercredi - Vendredi : 14h - 18h Samedi : 9h - 18h // Tél : 0693.90.20.20 www.imagedeco.re La galerie en ligne : www.ile-en-cadre.re

MarieMichèle Fatol

LA CANARDEUSE Les bottes en caoutchouc, la blouse et tout l’équipement du laboratoire d’où elle vient de sortir pour nous parler – « D’accord, mais pas longtemps ! », nous a-t-elle prévenus – et le téléphone qui sonne sans arrêt : c’est à peine si, avant de poser pour la photo, Marie-Michèle Fatol prend le temps de demander à sa secrétaire si sa tenue est convenable en ajustant d’un geste éclair la charlotte qui lui couronne la tête. « On est en pleine transformation, la journée est courte et ce soir, il faudra livrer. Je n’ai pas trop le temps, il y a beaucoup de choses à faire. » La semaine cultiver les précédente, traditions de elle avait déjà la gastronomie esquivé le paysanne en rendez-vous les adaptant pour des raisons similaires : aux saveurs « Nous préparons réunionnaises la transformation, il faut faire les courses, aller récupérer toutes les matières premières. Je n’ai pas trop le temps, il y a beaucoup de

LE MARCHÉ DE NOËL DE TROIS BASSINS

19 & 20 DÉCEMBRE

choses à faire. » Vous l’aurez compris, Marie-Michèle Fatol est une dame occupée. Fermière, elle a repris il y a quelques années l’exploitation de son mari, et la présidence de l’Association des Producteurs et Tansformateurs Fermiers (APTF) de Trois Bassins, une coopérative agricole qui rassemble une quinzaine d’exploitants de la région, et dispose d’un laboratoire de transformation où ils fabriquent des rillettes, quelques plats cuisinés, divers produits à base de volaille, et surtout la spécialité de Michèle : le foie gras. Elle-même éleveuse de canards, elle se fournit régulièrement chez d’autres confrères pour parvenir à satisfaire une demande en forte progression dans l’île, et développer la filière des produits fermiers locaux de qualité. Une filière qui respecte les produits du terroir et cultive les traditions de la gastronomie paysanne en les adaptant aux saveurs réunionnaises : rillettes parfumées aux litchis, au combava ou à l’ananas. Un goût et un savoir-faire péi que Marie-Michèle Fatol s’attache aussi à faire connaître et reconnaître, puisqu’à travers l’APTF, elle participe également à l’organisation du Marché de Noël de Trois Bassins, véritable vitrine pour les producteurs et agriculteurs de la commune, mais aussi pour tous ses artistes et artisans.

Artisans, paysans et producteurs du cru, en plein air, dans la fraîcheur des hauts : le marché de noël de Trois Bassins est une saine et agréable alternative aux courses de fin d’année dans des super marchés encombrés d’embouteillages humains. Sans compter que des animations et des ateliers gratuits sont organisés tout au long de la journée pour permettre aux enfants de fabriquer leurs propres décorations de noël. Des concerts ont également lieu chaque soir.

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DANN ZION

SUIVEZ-MOI SI VOUS LE POUVEZ Qu’y a-t-il dans la tête d’un participant lambda au Grand Raid ? Réponse : du courage, de la passion et… beaucoup d’humour. Rencontre avec Corinne Emma, qui était cette année sur les sentiers de la course la plus dingue de la Réunion. 40

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DANN ZION

Sur les pas de Corinne Emma

« Ce que j’aime ici c’est la vue sur la mer, pas besoin de monter haut pour en profiter, et parfois voir des dauphins ». Nous sommes au Cap la Houssaye, un de ses sites d’entraînement et Corinne Emma vient de démentir tous les détracteurs des courses de montagne. Oui : les coureurs savent apprécier les paysages qu’ils traversent à toute allure. C’est peut-être même leur principale motivation. Elle a 40 ans et c’est une petite boule de bonne humeur. Corinne s’entraîne presque tous les jours avec son équipe composée de Johnny, Polo et Fabrice. Ces quatre-là sont gonflés à l’endorphine et passent leur temps à kass lé kui (à déconner). Ou bien ils détaillent les parcours de leurs sorties à venir ou se taisent, se concentrant pour ne pas se froisser une cheville sur des terrains accidentés. A chaque type de relief son entraînement. « Pour le départ du Grand Raid cette année, il y a de la route et de la côte. On s’y prépare en montant de Plateau Caillou au Guillaume. Je ne m’entraîne pas à la descente car ça casse les fibres, ça donne des courbatures et abîme les articulations. J’ai appris pendant les courses, comme l’Arc-en-ciel avec ses 30 km de montée et de descente. L’idée c’est d’amortir le choc, rester souple, et porter des chaussures qui accrochent bien », conseille-t-elle.

Petit bonhomme de chemin Après les fêtes de fin d’année – leur seule pause – Corinne et sa team ne reprennent pas immédiatement la montagne. Ils commencent par du plat. Avec leur entraîneur Jean-Yves Richard du Caposs et un groupe de 30 coureurs, ils enchaînent les tours de pistes, précédés d’un échauffement sur terrain meuble et suivis d’exercices divers : fentes, gammes, fractionnés. Il y a aussi les marches de Plateau Caillou : « les escaliers sont un bon entraînement pour les cuisses ». Elle en a fait du chemin, l’instite lancée dans cette folie il y a huit ans. Elle pour qui la course doit rester un loisir, et surtout pas une pression. N’empêche, elle a son petit palmarès. 1ère en 2013 du Trail Bassin Boeuf et du Camelias Raid. 1ère en 2014 du Trail de l’Eden et de la Pannonaise. Et 17ème femme du Grand Raid en 2013 en 42h30. Allez Corinne, fonce : on est avec toi !

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À notre tour – et à notre rythme – nous avons voulu arpenter les sentiers où elle s’entraîne. Pour peu qu’on la laisse faire, Corinne nous perdrait sur ces chemins qu’elle pratique quasi-quotidiennement. Une superbe occase de découvrir des promenades.

Cap la Houssaye

un lion dans la brousse « Beaucoup de gens viennent marcher ici, surtout le matin, et le soir pour courir. Je viens parfois y faire des fractionnés : on se donne un temps et on le fait à fond. On travaille ainsi la vitesse ascensionnelle». En se garant sur le parking côté montagne, face au Cap la Houssaye, on découvre plusieurs départs de sentiers et pistes VTT. « C’est un passage du Cross de la Savane qui a lieu en février. Il y a très peu de plat, beaucoup de montée-descente, en tout 400 m de dénivelé. En continuant on peut rejoindre Saint-Gilles les Hauts », précise Corinne.

Sentier de Bord

attention au vertige ! « C’est un passage du Grand Raid, quand on redescend de Sans Souci, qu’on traverse le lit de la Rivière des Galets, et qu’on remonte par ici en direction de Dos d’Âne » résume la connaisseuse. En fin de journée les reflets du soleil déclinant sur les remparts sont somptueux. En bas on devine les pistes des 4x4 qui vous déposent à l’entrée de Mafate. Une partie du parcours se fait en aplomb du rempart, dégageant de belles vues sur la rivière. On traverse aussi des parties en forêt. Accès : par le quartier Halte-là à la Possession, au bout de la rue de la Roche Glisse. Départ au niveau du stade.

Stade du Collège Circuit Jean Albany Pascal Ravenne en piste… Et pourquoi pas travailler un peu de plat ? Vos genoux vous en remercieront, et vous pourrez vous concentrer sur votre cardio. « On mesure ainsi la VMA, la vitesse maximale aérobie qu’on peut tenir sur six minutes ». En marche rapide ou carrément en course, faites-vous quelques tours de stade pour vous échauffer, puis juste en contre-bas des tours de pistes, si possible en dehors des horaires d’entraînement du Caposs, le Club d’athlétisme de la Possession. Accès : par la route de Dos d’Âne, au niveau du lieu-dit Sainte-Thérèse, sur le parking du collège, descendre le long du stade et se garer un peu plus bas. Vous aurez le choix entre le terrain de foot et la piste d’athlé.

montez les pneus cross Bon ok un circuit de moto cross n’est peut-être pas l’idéal pour une promenade en famille. Mais les motos ne sont pas là tout le temps. Renseignez-vous sur leurs horaires pour les éviter et profitez de vues plongeantes sur la mer, avec une végétation si luxuriante qu’on s’y perdrait (pas vrai Corinne ?) Le mieux pour éviter ça est de rester sur la piste principale, qui descend d’un côté vers la Possession par le chemin des Anglais et de l’autre vers la Grande Chaloupe. Accès au circuit par la route de la Montagne. Au bout de 15 mn de montée, passée l’église à droite, prendre à gauche au panneau.

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AGENDA

RENCONTRES ALTERNATIVES Voilà quelques années que les Rencontres Alternatives invitent un public grandissant à la rencontre de tout ce que l’île compte de créateurs, de designers ou d’éditeurs underground. Ce mini-marché ambulant investit régulièrement différents lieux de l’île, mais l’un des sites les plus agréables

où il pose ses stands est sans doute le grand jardin du Musée de Villèle. Bijoux, jouets, vêtements malins, mobilier de récupération, livres, déco, peinture ou photographie : chacune des Rencontres se renouvelle en conviant des exposants différents, et permet de découvrir de nouveaux créateurs. La restauration sur place est possible, une buvette sert de la bière locale artisanale, et un concert sonne toujours dans l’après-midi la fin du rendez-vous.

apéro LEU 46 PROJECT

to be branché

Chaque mois, l’association Sakousi organise des projections de diaporama consacrées au photographes et aux artistes réunionnais. Situées sur la plage et organisées en partenariat avec la rondavelle saintleusienne Leu 46, ces soirées sont l’occasion de joindre l’utile à l’agréable : prendre un apéro pieds dans l’eau le vendredi soir tout en découvrant les images produites par différents créateurs de l’océan Indien, professionnels ou amateurs, reconnus ou encore inconnus.

Pour savoir quoi faire, sortir, vous divertir, deux possibilités : Pour un agenda général sur tout ce qui se passe spécifiquement dans l’ouest de La Réunion, rendez-vous sur le site de l’Office de Tourisme de l’Ouest, rubrique Agenda. Le tout nouveau site www.ouest-lareunion.com la kass larmoir pour s’adapter à tous les écrans.

8 NOVEMBRE | Jardin du Musée de Villèle | St Gilles Les Hauts

Ronda. Leu 46 | St Leu | 6 NOV. 19h | Gaby Barathieu 4 DEC. 19h | Anaor Karim

RÉUNION ÉLECTRONIK GROOVE Chaque année, le site magnifique mais très guindé du Golf du Bassin Bleu s’encanaille le temps d’une nuit, et se transforme en dancefloor de toute première catégorie dédié aux évolutions les plus actuelles des musiques électroniques. L’organisation et l’aménagement du site sont irréprochables, et la programmation est à la fois pointue et toujours pensée pour faire danser les presque 2000 personnes qui s’y réunissent chaque année pour faire la fête. Plus d’une douzaine de DJs se succèdent tout au long de la soirée et jusqu’aux premières lueurs du soleil, qui éclairent alors le cadre spectaculaire du golf au son du dernier set. Les DJs sont pour beaucoup issus de la très vivante scène électro locales, mais aussi de Roumanie ou du Canada, le REG étant un partenaire du Montréal Elektronik Groove, l’un des plus grands festivals électro du Québec. 27 NOVEMBRE 20H | Golf du Bassin Bleu | Line-up : Julian Juweil, Simina Grigoriu, Thylacine Live, Robert Robert, Sauvage, Basstenders, Afrique 2000, Issa Sacha, St Thomas, So Watts, Alex Roland, Vi Russe.

© Barathieu

Et pour un agenda culturel, rendez-vous sur le site www.azenda.re qui répertorie tous les concerts, soirées, spectacles ou événements organisés sur l’île. Cerises sur le gateau, vous pourrez y acheter vos billets en ligne, avoir la prog cinéma, lire des chroniques d’albums ou livres.

La prochaine projection sera, raison de plus pour y assister, consacrée au travail du photographe Gaby Barathieu, auteur de splendides photographies sous-marines et chasseur de paysages. Elle aura lieu le 6 novembre à 19h. La suivante, le 4 décembre, présentera les illustrations et la technique d’Anaor Karim, auteur de visuels 3D et d’images inspirées par la SF.

soirée

Simina Grigoriu © Marie Staggat

shopping

© DR

concert

HINDI ZAhRA culture

© Francois Louis Athénas

VICTOIRE MAGLOIRE DIT WARO

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Quand le dramaturge Didier Ibao se penche sur une page méconnue de l’histoire de l’île, ça donne une tragicomédie pétaradante dans les tranchées de la Première Guerre Mondiale. Car le héros de cette histoire, Victoire Magloire, est l’un des 15 000 Réunionnais engagés sous les drapeaux et éparpillés (au sens propre comme,

bien souvent, au figuré) sur les différents fronts de la Der des Der. Inspirée par les recherches récentes d’une historienne sur un sujet jusqu’ici très mal connu, cette épopée d’un petit planteur du Brûlé enrôlé par amour est donc l’occasion de découvrir, dans sa violente réalité, un destin type de poilu réunionnais. Mais c’est aussi un moment de théâtre créole populaire, familial, vivant et drôle, où deux comédiens équipés d’accessoires rudimentaires inventent de drôles de façons de faire revivre l’histoire.

Voilà 5 ans qu’on attendait que la chanteuse parisienne d’origine berbère donne une suite à l’excellent Handmade, premier album qui l’avait révélée comme l’une des voix les plus atypiques et séduisantes de la nouvelle scène folk. C’est chose faite depuis quelques mois avec Homeland, un disque magnifique aux ambiances bohèmes glanées au fil de ses voyages autour du globe, et mariées aux sons traditionnels du désert. On y croise aussi bien le blues des touaregs que des rythmes latins ou des ballades soul suspendues, comme Any Story, single efficace et rêveur, à l’image d’une auteure qui parvient à conjuguer le verbe planer dans toutes les langues mélodiques de la planète.

13 NOVEMBRE | Le Séchoir | Piton St-Leu

12 DÉCEMBRE 21H | Kabardock | Le Port

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carte postale

LE CIRQUE DE

10 octobre lors du 1er festival de la rando

MAFATE

Randonnées à travers Mafate, bivouacs, balades guidées en forêt, observation de la voie lactée, contes au coin du feu et risofé au réveil : au début du mois d’octobre, plusieurs centaines de participants ont pu s’évader à Mafate et dans tous les hauts de l’ouest lors du tout premier Festival de la Rando. Activités de pleine nature, théâtre ou arts plastiques, simples balades en forêt ou itinéraires mythiques pour marcheurs confirmés, spectacles au coin du feu : le temps de deux week-ends, l’évasion était au rendez-vous pour les participants à cette belle aventure collective, en totale immersion dans le Parc National de La Réunion. Retrouvez toutes les photos des deux week-end sur la page Facebook Tourisme Ouest Réunion

classé au patrimoine mondial de l’unesco

vous voulez passer par là ? vous voulez réserver ce gîte ?

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• guides accompagnateurs • taxiteurs • gîtes • • carte • portes d’entrées • randonnées • photos • • réservations •

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tout le cirque de mafate est sur www.ouest-lareunion.com/mafate


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Vavang  

4e numéro du magazine touristique gratuit de l'Ouest de La Réunion. Ce numéro a été réalisé par ZEdition en partenariat avec l'Office de Tou...

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