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Le capnansme 'Oe la séduction

Le capitalisme dela séduction

Michel Ctouscard

Une anthropologie d e la modernité quotidienne, une crilique acide et acerbe de l'éternel réformisme. conscient ou inconscient. respec­ tueux ou contestataire, une intervention de franc-tireur dans la guerre Idéologique: autant de niveaux de lecture du Caplfalismede

la séducrim�

Sur les traces de Rous.seau, dans un style autant philo�ophique que littérnire, l'auteur part à l'assaut de nouvelles idées reçues. Il décor­ tique les ri�uel� d'ihitiatioo gigognes de Ill� civlli�tion capitaliste" jenns, llip('!�r. mck, elisco, b�sch, J?ilnle - et nou� propo�e ai11�i de reconquérir une réalité occultée par les vedettes de l'idéolo­ -

...

gie et du discou�. Retournant comme u1� ganties formes falsifiées cela subjectivité et d e la connaissance. de l'éthique et de l'esthétique, il en révèle les coutures faites au gros fù de la stratégie de gesuon de la crise: le réformisme hbertaire. Mtchd CI<>Lt�C�td �• pt'Ofcsscurde: sociologl!: à I'Um�1! de Ponter$. Il a d�jâ

publié 1'ltr< tt ft CtXI�. �iùom Mouton, Paris-La Haye 1972 ,Nt!D-fasdrmut /diol1>1fl� tlu tltSJr, Mmoo' Oènotl rollecùon MM1ation\ Pans t97.1; u Fri•·olt• til•• So!mur, éd•t•ons L•bri!S-'Haf!ier, Paris 1978. •

nmhlème'lléditions soci ales

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Michel Clouscard

Le capitalisme de la séduction Critique de la social-démocratie libertaire

Éditions sociales


Du même aul.enr

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1. 'f:tr1: �� h: t't)/le. « l.� ,-y,,c�.� tle.['rodudion ll'u n ensnuhli! prl!1'11/lifn/i.Hc •, éditions Mvulùll, 63U p., l'ari•·Lu Ha_v<:,

1972.

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R.til'oll!tim? -o., 140 p., Pt�ris, 1973.

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l.r. Frivu}e e.J le Sérieu.x. �'t·rs un norn"imu protrcssismc �diti<ms Libr�s-llt�llier. \90 p .. l'uri,, 197!1. o.

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â Domirtiqu1: Pt1gani, l'auteur doit h�aucoup.


•,

•, Prélude

Poster. flipper, {'uke-box?

Téê!l·àgers. Une closse d'lige fait ses cla�ses. Eco e de la vie. Disciplines d'éveil. Exercice$ de pionniers. On les prend en main, par la main. n'est pas bien difficile: il suffit de glisser la pièce. Er d'appuycr sur le bouton. Premiers émois. la quotidienneté $e balise de rcpè•·cs familiers, complices. èhaleureux. On se retrouve. On se reconnait. Autour du flipper et du ju'ke·box. Les messages s'envolent. Remeura+elle le groupe qu'il aime? Ah! les mots jolis qui font tilt :poster, flipper. juke-box... Le phonème fait déjà la chanson, J'accent tonique la musi­ que. Les mots qui font les choses, celles du rêve. Tout p�s. Et prêt-à-pOrter. Première dynamique de groupe. Elle va nous mener loin, très loin. Spontanêe, informelle, innocente. le frce et le flipp. Ces petits usages et objets anodins. d'une insignifiance telle qu'ils som au-dessous de tout s-oupçon, sont au corn· meneement du ricucl initiatique à la civilisation capitaliste. Et magie, totem. potlatch, échange symbolique. Ethnolo­ gie... du plan M:�rshall.

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De 1elles énormités, des énoncés aussi gros et &implistes vont laire frémir toul honnête homme. Mais ce n'est pas 1out. Nous allons en rajouter : nous voulons en venir à une an1hropologie de l a modernité. Et celle-ci �era un traité de la frivolité t-;ous suivrons la vieille entremeueuse. La mode, si vous prélére�. Le prè1-a-porter du désir. Comment la fesse lait signe? Et comment le signe lait le désir? Nous entreprendrons un peti1 tour du monde, celui de la mondanité. Nous nous glisserons chez Castel ct Régine. Plus rien de la jet-society ne nous sera é1ranger. Nous irons au Club. Au Club Méditerranée et à Ibi�a. Au bal du samedi soir, aussi. Où sont les midinettes d'aman? P&ychédélique, sono, whisky-coca. Quelle est la tenue de rigueur du rigorisme libéral ct permissif? Que faut-îl djre et laire à sa première fumette? Sur quel ton laut-il disserter du bon u�age dé la drogue? Nous éwdierons la savame drague de l'anliphallocrate: ne jamais oublier qu'une femme libre a é1é une jeune fille rangée. De même que • la comtesse a toujours 1reme ans pour le bourgeois •. le révolutionnaire de la bourgeoi&e aura tou­ jours le5 cheveux longs. Et comme le snobisme est joli lorsqu'il 1ransgresse et qu'il ca5se! E1 le rock, le disco, Le reggae... Vous aimez? Nous suivrons la bande. de sa première surboum à sa dernière magouille. Comment l'anima1ion machinale devicnl·elle le destin des ànimaux-mnchlnes? Nous proposons une somme de la frivolité enfin prise au sérieux. Nous avons déjà consacré trois livre$ à l'étl!dc de la séduction 1, Car nous prétendons q11e son concept est devenu nécessaire à l'explicalion de la nouvelle lulle des classes. Et la récenle ulilisalion idéologique du mol doit nous inciter à une londamenlale mi5e au pofm. C'est Je frivole qui permet d'accéder à la 1o1alc compré­ hension d u sêrieux. La dialectique du frivole et du sérieux rendra comp1e des rapports du procès de produclion e1 du procts de consommation. U lau1 proposer le lien dialectique, le pom en1re deux univers qui s'ignorent. lien que toul le savoir de la modernilé a mission idéologique d'occuher. Nous devons dire l'inconscient de l'inconscient de la psycha­ nalyse :cc que celle-ci doit oublier. cacher pour fabriquer ou justifier les idéologies tendanciellement dominnmes. Cette 1. Plu• dt mille pag.. d• 197l a 1978 1 .

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curnpréhension de la modernilé sera une conlri bUiion au d.-vdoppcrnem du marxisme. E1 une arme de combat. Nous devons établir commenL l'innocence des prc.'m1er<; tmois a pu en venir à l'actuelle social-démocra1ie libenairc. Au1reme�1 d11, comment le désir e1 l'imaginaire on1 accedé •u pouvoir cuhurel, pouvo1r devenu minislériel


Première partie

L'initiation mondaine Ă la civilisation capitaliste


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L'honnête homme ne peut pas snober notre anthropologie de la modernité

Notre entrcpri&c : l'anthropologie de la mod�rnit6. La ..uciété capitaliste française, de la Libération à l'actuel pouvoir du PS, sero étudiée selon les catégories de l'anthro­ pologie : échan e symbolique, initiation, rituel. totem, g t11bou, mana, potlatch, etc. projet devrait, pour le moins. susciter la curiosité de l'honnête homme •. Nous entendons par honnête homme /'intellectt.e/ de bonne foi. t'homme de bonne volonté, celui •tul est capable d'une ottltude réflexive, critique. Celui qui .lit écouter. Nous lui soumettons notre projet. C'est lui que nuus voulons convaincre. C'est notre interlocuteur privilê· aoe Notre • interlocuteur valable •. Comment cet honnête homme pourrait-il nous refuser sa hoenveillante attention? Ne l'accorde-t-il pas systématique­ tu�nt au• recherches inêdites? Parfois insolites. Bi7.arres, oneme. Toutes les minoritk ont le droit de s'exprimer. E t 'urtout les minorités cuhurelles. E n particulier les cher­ 'heurs Isolé� qui ne prétendent apporter que des contribu­ lions personnelles. L'honnéte homme défend avec ferveur cc droit d'expression sur tous les fronts, de la connaissance, de •

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la politiqut>, des mœurs. Non St'ulemcnt il est l'avocat du droit de dire, mais il propose aussi les moyens d'être entendu. Aussi : une anthropologie de la modernité? Pour·

quoi pas. D'ailleurs. l'honnête homme pourrait-Il récuser les d�marches épistémologiques qu'il a agréées, qu'il loue, qu'il proclame même? Celles qui ont bouleven.é la connaissance traditionnelle de l'homme Celles qui ont fait • le nouveau • .

savoir. Nous allons proposer un usage des catégories anthropo­ logiques qui ne fera qu'apporter de l'eau à son moulin. La grande conquête des sciences humaine� n'est-elle pas l'in· conscient? C'est aussi son cheminement que nous voulons montrer. Comribuer à établir qu� le caché s'étale au grand jour cl que l'anodin est révélateur de l'essentiel. A notre manière, nous reprendrons une démarche que la psychana· lyse o re ndue familière à l'honn�te homme. Nou-e contribution personnelle consistera aussi à mon· trer que les signifiants p roposent leur propre �ogi9'!e et . qu'un signe >ignllie autre chose que la chose qu 1l des1gne. L'honn�te homme va retrouver ce que la sémiologi e lui a appris, d'autant plus que nous proposerons certaines consi· ne et du dérations très inMites sur les rapports du s1 g réfé rent (rapports de la logique du signe et de la logique du travail).

La nouvelle histoire n'enseigne-t-elle pas que toute la

dyna miq ue macrosociale peut être contenue et exprimée par un �vénement? Toute une structure en un carnaval. Toute l'histoire en un système de gestes. Ce sera aussi notre démarche. Reconstituer un en$emblc à partir de certains de ses éléments, rêvêler la structure à travers la conjonctur. e. Montrer que l'événement est aussi avènement de l'histoire. Et qu'une figure phénoménologique peut révéler toute la logique. L'�tude de l'échange symbolique n'a-t-elle pas établi que l'échange d'un rien en révèle autant, sinon plus, que le tout de l'khange? Aussi l'honnête homme ne pourra-t-il que s'intéresSt'r à une anthropologie de la modernité qui veut révéler derrière l'usage banal d'un objet l'intention même de la civilisation capitaliste. De méme que l'ethnologue a pu délinir totem et à partir d es usages les plus quoti· diens. Enlin, nous dirons à l'honnête homme : • N'�tes-v ous pas devenu le spécialiste des suspicions légitimes? N'êtes· vous pas le maitre du soupçon? Toutes ces d�marches de la " nouvelle connaissance " n'ont-e11cs p n s servi à dévoiler l e

tabou

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ht'flllnement d'une idl!ologie - capitaliste -au" effets •un1 caché� que pervers? Et toute la culture récente montre que vous avez cherché à la dénicher aussi bien en sa quotidienneté anodine que sous les masques les plus trom­ f'('UI' Aussi. vous vous deve2, pour être [idèle à cette orlg tlance frémissante qui vous honore, d'entendre une nou· ...-11.· et iMllendue dénonciation de la stratégie de l'idt!olo11� Vou$ sauret vite si ce n'est qu'une fausse piste. Vous êtes t ll•·mcnt averti. Honnête homme, vous vous devez de un•iderer avec une certaine bienveillance pour le moins, ce (Jiu nu pire serait exercice de style sur des procédés dont �""" !tes très friand . • De plus, nous prenons un engagement qui devrait piq uer au vif la curiosité du sceptique qui croit en savoir trop ; <rtlc anthropologie de la m()dernlté veut en dire encore plu�. ct même prétend dire autre chose que le discou rs dr l'intelligentsia en cours. Nous prétendons que ce qui !'<muait plair e comme exercice de style deviendra un très Il 1 o u tant travail de fond. Et nous promettons même à l'honnête homme les �mo­ tl orh fortes - dont il ralfole- de la subversion culturelle : f'n umir à demanteler la nouvelle culture par ses propres l'""'·t•dé� culturel s. Mais subversion autre que la subversion U.tdlliOnnelle. Fnfin, nous ferons m�me cette promesse -qui devrait

h11layer ses dernières rétkençes: nous voulons satisfaire les tirmandes épistémologiques et politiques les plus profondes.

Prnposer autre chose que les révélations d'u$agc d'une qui va m�me se révéler n'être que la sophistique du <nJlltnlisme. Telles sont les ambitions de l'anthropologie de la moder­ nil�. Mais comment constituer cette science? Quels seront ••t fondements épistémologiques? Quelle méthode d'loves· tl(lution? Nous allons proposer tout d'abord la systématique des tltucls d'initiation. De l'initiation au système. A la civilisa· tlom capitaliste. Ces procédures initiatiques seront révélatri · c5 de ce que cette ch•ilisation a de profond, de secret, d'intime. Nous pr�tendons accéder ainsi à l'essence même du système. A ce qui sera révélateur de sa culture, de ses �uleu� de SC$ mœurs. Ce sera une sai sie de • l'intentionna­ l lh • même. De la pulsion subjective qui fonde la civilisa· ilun capitaliste. Cette recherche aura une double armature scientifique. t··� procédures initiatiques seront établies grâce à l'archéo­ l1111ie du monde moderne. L'anthropologie culturelle se •ulture

.

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fondera sur une analyse �pecilique des objets. L'initiation c:uhur�lle sera initiation aux ob�ts {abriquis, manufacturés. L'usage culturel sera l'u�ge d'un objet. La culture est d'abord une pratique L'initiation au système sera l'usage de e, sa certains objets du système. L'apprentissage de l'usa g dimension psychosociologique permettront de révéler la procédure initiatique. Et selon une lecture immédiate, au premier degré. La description donnera l'explication. Telle est la demarche :l'objet produit produit à son tour un usage. Et celui-ci est la modalité de l'initiation. Un système des objets pcrmellra alors de reconstituer le syMème de leurs usages. Et celui-ci l'ensemble initiatique. Un système de mœurs. Nous disposerons donc d'un double système de détcrmi· es initiatiques. A n:Hions : les objets fabriqués et les usag partir de cet ensemble nous pourrons définir un système d'objets - et d'usages - sp«ifique : les modalités de l'initiation au ludique, au libidinal, au marginnl. Une syst�matique d'usages qui sera l'initiation à la civilisation capitaliste. Autant d'usages initiatiques, autant de llgurt& phénomé· nologiques. Le ludique, le libidinal, le marginal serunt définis selon une phénoménologie d'usages. C'est la pro.ti<,ue sociale qui constitue et codifie ces trois notions. Ce sont les conduites, les fom•cs, les �ignes du relationnel, de la sociabi­ lité qui proposent les contenus. les sens de la ludicité, de la libido, de la marginalité (l'existence précède l'essence. c'est la phénoménologie qui engendre la logique). Ces trois termes ne sont que des éléments constitués par les rapports de production et de consommation. Ce réalisme radical doit permettre d'éviter les deux déviations idéologiquus de l'actuelle culture : le dJscours métaphysique (Lacan) et les analyses du scientisme (Bour­ dieu). Il faut écarter toute spéculation sur les essences (le signifiant comme hypostase idéaliste qui doit cacher le procès de production) ou sur les cruffres (l'hypostase positi· vistc des statistiques ct liOndages qui oblitèrent t'âme du monde). Démarches inquiétantes. car eUes portent e n elles une implicite prescription et un terrorisme . Ecartons aussi tout malentendu : une phc\nomenolog•e n'est pas une chronique. Celle-ci veut reconstituer la singu­ larité du (ait, son uniCité. Pour la pht\noménologlu, cc fait n'o que valeur d'élément de construction d'un ensemble clos ct finalisé. Le chroniqueur peut toujours p réu:ndre qu'il fallait dire un autre fait ou l'interpréter différemment. La phénoménologie doit ignorer cette critique :elle reconstitue

larvé. .

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lutd1c de la nécessité. Celle de la généalogie d'un projet, d'une intentionnalité, d'une stratégie. La phénoménologie le� ré\'èlc en montrant leur commencement, leur parcours. leur accomplissement. Trois moments d'un réalisme radl­ cul, puisque usages qui expriment les rapports de produc­ flun ct de consommation. L'obJet de notre livre èst d'exhausser une intuition en un 'Hlli'Cp\, Nous vpulons dl re le mondain. Ce terme va progres· •lwment se Justifier en accédant à son contenu. L'Initiation mondaine est d'abord un système d'usages. 1«'lui-ci doit être reconstitu� en une phénoménologie du ludique, du libidinal, du marginal. Ce sera la seconde Mtermination du mondain : la prOIIn!ssive synthèse de ces tru1s auributs en leur essence, en leur substance. On peut a lor$ en venir à une logique du mondain. On disposera enfin du concept de mondain {phénoménologie et logique). Pour •rvc!lcr la nature profonde et combien cachée de la civilisa· li<Hl capitaliste potlatch d'uHt part dt la plus-value. Nous avons proposé à l'honnètc homme les trois essen­ tl�llcs composantes de son discours. Ce sont celles de l'Intellectuel de gauche, les trois éléments de sa culture. tumment pourrait-il ne pas agréer notre projet? Nous >�Illlons aussi privilégier l'étude de la libido, du ludique, du mar&inal. Nous opérons selon les mêmes catégories de la ,unnai�sance. Nous voulons subvertir la société capitaliste. Mai� œt honn�te homme wnsenlira·HI à nou.s écouter lo•qu'au bout? Restera-t-il notre. interlocuteur valable •? lur maintenant, habilité par son propre projet, nous devons l" ..oumettre à une interrogation qu'il ne pourra plus éluder. 1·•r Interrogation qui le ronge déjà, par caricaturiste inter· pu�ée, par la bande - dessinée_, par autocritique d'exor­ 'i�me. Nous dirons tout haut ce qui se dessine en marge. Nuus ne ferons qu'appuyer le trait, l'évéler, exaspérer. Claire li• etécher va gllsser du côté du concept. Cette interrogation sera des plus graves. Et nous savon� trn bien que le clerc dispose d'un pouvoir tel qu'il peut la lourner en dérision. Il va nous traiter de vieux grincheux, de moraliste ... Mais nous n'aurons pas peur du ridicule. Et nous •hui� irons même le ton le plus solennel pour demander : • Clerc, n'avez-vous pas trahi? Et trahison de classe. • Le clerc, à l'origine, était le contempteur du monde. En lin de parcours de sa laïcisation, le voilà dans le monde. Et hmgtemps, il a su résister au mondain. Il était devenu le tclmoln du monde. Dans certes, mais encore à côté : le ècepteur, le confesseur laïque {une certaine psychanalyse), • o j urnali ste d'avant les media, Je romancier. Certes, il

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lantosmolt le monde, éternel Topaze à l'écoute • des secrets du grand monde •. Et du désir, de l'imaginaire. Mais, dans une certaine mesure, il connaissait et mnitri.ait le monde. Et il savait le dé noncer. Maintenant -et c'est un phénomène nouveau, �norme, capital -. l'intellcctud de gauche vient d'accéder � l a cOn$ommation mondaine. Et il en est m�me le princopal u�agcr.

Pire, encore, il est devenu le maitre à pe nser du monde. Il propose les modèles culturels du mondain. Non seulement il a a ccédé à la consommation mondaine, mais il en est l ' un des pntrons. JI a la toute-puissance de prescrire Et de codi fi er l'ordo·e du désir. Aussi peut-on encore demander à ce nouveau privilégié de renoncer à ce qu'il vien t à p eine de c ueilli r? Il est enfin invité au festin et n ous le prions de cracher dans le cavi ar et de lâcher le morceau. Mai s ce q ui est le plus grave, le plus décourageant, le plus inquiétant, c'est que cet in tellect uel de gauche présente ses nou,•eaux privilèges comme des conquê­ tes révolutionnaires. Et nous v�nons lui demander de r�con­ naitre qu'il est pris la main dans le sac.alors qu'il prétend, d e cette main, bran dir le Oambeau de la l iberté. E t voici ce clerc au pouvoir. Le mensonge du monde v a devenir vérité politique, vertu civique. Ce phénomène est d'une portée incalc ulable. Ce qui était censé être l'opposi­ tion au pouvoir va devenir l'alibi même du pouvoir. C'est le principe du pourrissement de l'his toire . Et le triomphe de • l a bête sa uva ge • : la société civile. Topaze est devenu le maitre à pe nse r du monde, avec !es pleins pouvoirs d'une mondanité social-démocrate tri omphant e. N'est-il pas trop tard? Le clerc n'u·l·il pas définitivement trahi? L'intellectuel de gauche, de libidinaiité en ludicilé, d� marginalité en convivialité, n'cst·il pas définitivement intégré dans le système? Dans le mondain, dons la social­ démocratie libertaire? Mals que ce derc prenne garde. La vocation, et le fondement de son statut, est la connaissance. S'il renonce à sa vocation, il remet e n cause son t.tatut. S'il ne veut plus de son rôle, ce rôle sera supprimé. C'est de lui-même qu'il s'expose à deux remises e n ordre. D'abord du bourgeois, qui ne l'agrée dans le monde que dans la mesure où i l fait son métier. Un certain savoir contestataire a pu distraire son oisiveté, meubler un temps dont on ne salt que faire. Cet t e surenchère mondaine de la culture a lassé. Le te mp s de l'exil est venu, pour le bouffon, lorsque le roi s'ennui e . 20

Mois c'est le peuple qui aura la force et le pouvoir de m1uqucr radicalement cette imposture. Et c'est lui qui rrootcro la définitive sanction. Par le rire, l'énorme «lat rhc quo rcra s'«rouler la comédiehumaine qu'est devenu lrrc Une l�istible hilarité gagnera tout auditeur de ce agcr du néant. Le clerc sera conservé, embaum� e n son 1 uun., comme l'inénarrable témoignage de la vanité uo go:oise. 1l�rs de peu de foi , il serait temps de vous reconvertir. Si � '"' tcne1. encore tant soit peu à votre vocation, si vous nd�z être encore des i ntell ect uel s de gauche, soye:t des ntrolocuteurs valables. Ne snobez pas notre interrogation. N� •�n�ur�z pas cette conceptualisaUon du mon dain. Vou� ferlez votre propre procès. Ce serait la preuve que VOll<• �uflisa nce cl inCatuation ont définitivement submer é � 1t11• raison d'être, la volonté de comprendo·e alliée à gla Ul'' ""' de l 'nutocriti q ue. Et que vous avez définitivement hoi" la vanite! de classe et le narcissisme de caste. Mais s'il est vrai me nt trop tard, que l'honnête homme­ ou du mo ins cc qui peut en rester - nous accorde quand mfone, sans trop se compromettre, en cachette, u n petit clin d (roi complice et nostalgique.

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2

Premier niveau initiatique : poster, flipper, juke-box.­ Genèse de « l'innocence » et échange symbolique

A.- MAGIE Flipper ct juke·box sont des machines qui prolongent l'univer$ magique de l'enfance dans J a société adulte. Ils u·présentcnt un seuil ct un passage, la fin de J'cnlancc ct le •ummencement de l'adolescence. Leur usage est aussi une Mdsive promotion sociale : il signifie 'l'accession nu statut •k consornmoteur. la fonction ludiqtte investit la société Industrielle ct ln soumet à ses valeurs. Cette magie n'est pas le génie de l'enfance. Bien au wntraire. Elle est celle de l'idéologi-e néo-capitaliste qui Incarne dans l enfant et qui devient alors le génie de 1 rnlance capitaliste. Nous sommes l à a u cœur de la ..oci�té de consommation • , du prem1er dressage du corps ·• la con.ommation. On a voulu opposer la spontanéité et le naturt'l de l'enfant à • la société de consommation • de l'adulte. C'est 1� contraire qui est vrai : l'enfant s'abandonne sans aucune 1etenue à l'univers de la consommation, tandis que l'adulte lorsqu'il csl producteur- peut lui résister. '

23


en l'enfant Quelle est la genèse de cette magie? Comm .� l 1 déolog1e ent Comm ? • ané devient-il « innocent •• • spont l'enfancè? e, i princ le dès tit, jnves ion ? de l<l consommat opolo­ anth\ ee L'explication sera prôposée par un: donn o11 ct.e fonch nt 1veme exclus est gique '· Le corps du bébé alt eco!ln coté La turé. imma un : c'est Car consommation. . :du�atton . . L el tette donnée ontologique : l e droit natur • pnnc1 pe de consiste à ·reo;lresser cette nature vouée au o', le c�rps métie �u et cité de la ge i)tissa Pad'appre plaisir producuon. de s pr_oce a\l ellrc soum se à r e p end pr a doit e du corps oonstste à soumettre le L'éducation politiqu '• au principe de réalité. r « princ ipe de plaisi . aliste, ce travall �e don p;,\s ��r: çapit tème ys s le Dans onsab1hte fait · le droit naturel doit se prolonger en trresp ation ?e �éduc io�1 mmat conso la à ge c'ivique. C'est le dressa le p�rmts· hbera sera i u q • ion mmat conso de é la • sociét prmé1pe de sive, libertai re C'est la toute-puissance du • •.

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plaisir

•·

· n de 1a Les parents ne font alors que proposer l'éducatio i�pose ci C!!lleliste. société inc;\ust�i ell e �us tutelle capita nel ncuon fo !'e systè" Un iques techn _ l'usage coutumier de ses prmce de la peut du trs pouvo les plie multi et nge qui prolo . manufacturés, consommation. Celui-ci va jouer des objets foncuonnel usage est qui Ce ial. utilitaires du milleu fa!Dil naturel de droit Le ue. ludiq t,1sage nt dev� es pour les adult s au statut l'enfant deviènl dési volture d'usager. C'est l'accè de consommateur. bouton u : Usage magique :, i l suHit d'appuyer sur ':l. celu1 famtl•al, ce l'espa dans èges . privil ses tit inves ant L'enf e mcnts de l'équipement ménager. Et de tous les éqUtp _ d.� obJets �<:s lor$ a n�ent devi� qui etc) (voiture, télévision, tsJr, du !udl· pla �e 1pe prmc du rvice s Au ion. mmat conso . � dun pr?ces de que. L'enfant profite L intégralemen�, lute - tgnorer production qu'il peu\ - sans culpab1llté encor totalement. é ans cônna !­ C'est l a magie m!lderne : u n appare1l utolis � on assery1e fonct1 une , ment ionne {onct tre la nature de son ite. Dun �rodu ,ra qui l i a v tra du e l'o{dr onner sans ,soupç geste, seul un d it, sOuha rien, sans aucun eiT9rt, d'un se;ul 1te. parla ion . surgit une çonsommat A la co�som­ L'enfant est alors d'une totale disponibilitf;. chaodtse. Il mation. Voyez sa manipulation de l'objet-mar .•

Î

,

�rieux,

.

.

.

u progrcJ;sisme • Vers un nouvea 1. Cf. u FrivtHf el te 1978. Michel, Editions ..il•r�s-Halller, Paris,

24

'•

Albin

tait preuve d'une dextérité, d'une désinvolture qui stupé­ fient le cerde de famille. Il témoigne d'une aJ!ilité d'usage, d'une facilité insolentes. Toute une culture -celle de la technologie de la société industrielle avancée - s'est consacrée, acU prix d'un Immense travail, au développement du confort, Et sa carac­ tériStique. est d'avoir pu aueindre une extraordinaire facilité tic son usage ; il suffit d'appuyer sur un bouton. Le. pri ncip e de la pédagogie d'intégration au s.ystème capitaliste est alors cet usage magique -par l'enfant -du fonctionnel. Lénine disait que le communisme c'est l'électricité plus les So�iets. Le capitalisme, c'est l'électricité plus ta magie lonctionnelle, 4utrefois. l'usage d'un progrès était encore une technique d'usage. Penda11t longtemps, l'instmment de llbéralion a enwainé de dures contraintes. Un travail d'usage autre.que le travail de pi'Oductiq·r\. Il y avait comme un échange symbolique, entre le travajl qui pcrmctl.lli t l'usage et la fonction libératrice de cet usage.

Avec l'électricité, il sufi'it d'une pichenette, geste magi, que, alors, de démiurge : l'�nfant profite d'un progrès sà:ns donner aucun travail - même symbolîque-en échange. Il s'installe dans la totale ignorance du travail nécessaire à celle consommation. La pédagogie du système consiste à maintenir çette ignorance et à exalter cette gratuité. L'eo­ lnnl èloit se ''autrer <lans cet univers magique : la récupéra­ lion totale du travail el du progre�. L'univers fonclionnel­ o'é8ultat du fantastique travail de l'humanité -est alors réduit à la fonction ludique qui prolonge et accomplit l'univers ludique enfantin, Le capitalisme veut qlle nous restions jeune$ et que noLIS soyons comme des enfants! Le lravail des uns sera l'éternelle adolescence des autres. Le principe de l'éducation d'avant le capitalisme mono­

poliste d'Etat : la ludicité de l'enfant devait très vite uffronter le sérieux de la praxis. Il fallait apprendre à vivre.

•route pédagogie était aussi un apprentissage. l;"our le moins celui des techniques d'usage de la vie quotidienn�. Car celle­ ci exigeait une multitude de u·avaux domestiques. Et cha­ cun devait en prendre sa part. On dressage élémentaire du corps était Je sevrage civique (celui de la passivité du corps). Du corps organe de réception et d'usage, corps de la o.llgestioo, corps originel (corps de la� société d,e coosomma· lion •). Cette structure c!ducatlve ne doit surtout pas être taxée de bourgeoise. Ce n'est pas l'ideologie qui J'imposait, mais le mode de production. Et elle se vérifiajt, par la force des

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choses, davantage en milieu populaire qu'en milieu bourgeois.

. . garantor cette Mai� la bourgeoisie s'efforç;ut aussi de chie sociale. Il structu� il tous les niveaux de la hiérar ' ce que faire serait(ne corps du um minim ge fallait un dressa _ e mode d son lit) pour participer au vécu quotidl�n d'un _ l ppces ct très contrao­ dev peu . � production aux technologies e 1 a.�pren­ gnantes. De là, par exemple. des � radotoon�. com� . tton covoque tissage sur le tas (du fils de famtllc) ou 1 éduc:a boy-scouts (la dérivée de la préparation militaire : le� ntlsme écolo· rnilha un ser propo su avait culture bourgeoise isantes de notre écolog tions préten les l duque s auprè giquo ). époque semblent bien molles et l'arcs.�cuses noes civi­ r�sista ces plus trouve ne nt Muintenant. l'enfa ve même des préser le On ue. ludiq ent issem im•est son . à ques us autor ola­ exercices pMagogiques élémentaores, deven technologies risme et brimade. On lui livre toutes les rencontre plus ne el origin ue magiq sme activi Son e. d'usng de barriere.

c:

B.- TOTEM de la nouv�lle Avec le llippef, l'animation magique La fonctooh le. glob� é sociét lle nouve la it invest famille priation appro et ludique devient symbolique de J'échange totémique. ité au milieu L'acte de consommer. jusqu'alor� délim r�p�o rts de aux f<�mllfal. élargit son champ de réalisation . ­ c ondus socoét la toute coup, production. D'un geste. d'un saisis e n sont liste, capita n gestio sa cl e inism tridle le mach on miniaturée-le un ac � symbolique. E n une reproducti n totémique - la priatio flipper - qui autorise une appro

;

. partie de flipper'. symboh�ue­ Un gestuel rituaHsé, une saynète, . Car s1 le ment. évoque, reproduit la gest� capit� lo�te tant que en est c é, re-JOu est e inism processus du mach mmer récupère conso de e L'act tion. ropria d'app e oliqu symb

rcpèe �

1. Nut.�t rcconStituon1

a'aalt dom; du tlippcr

�h:çtruu,quc� - cc")( de outre

26

mentalité

du d�but de la phénomcnolog\�; U traditionnel. Let; nouveaux �cu� l"elèvent d une la sophistication du cama«laaç

un •

mom�nt

dassique

propre à 1a crist".

Ir procès de production. Celui-ci, de !onction industrielle.

d vocnt ludicité magique. C'est ce qui est signifié par le

flipper . le rituel de fécupération, d'inversion, d'idéologisa­ Hon Alors la ludlcité devient J'acte de consommer. De dttou� ncr. l'échange symbolique. eo son principe, est cette lmt·rsoon- magique. li est ce coup de force : le procès de msommation s'lmpzy..e au procès de production. C'est une fatallt� de la symbolique. En effet, la nature du •apitalisme ne peut �tre saisie que de lrois manières :par le lu11o�-le travail de conceptualisation du marxisme:pnr la J113xis- le travail, la trnosformalioo de la nature: pnr le vmbole-acte allusH. frag mentaire, concret cencs, mais or1lucteur au seul procès de consommation. Le vécu, spontané, existentiel- celui de l'enfant puis de . 1 11tlole�cent/c - est toujouo·s d'ordre symbolique. ri ne Jwrçolt que les apparences : les résultantes du procès de pooduction. l'adolescent/e se meut en dehors do la réalité d• la praxis et a fortiori du logos. U est porté de symbole en �mbole, sourd et aveugle. Toute notre culture, celle de: 1 homme révolté, mnis combien soumis. se meut en celle )mbolique. Elle est exorciste. L'idéalisme. en son londc­ "'"nt, consiste à cacher la réalité pour en profiter. le sens-de I'C:'Change- est alors celui que le consom­ ooo�teur donne aux choses. La fonction symbolique véhicule l'odéologie de l'nppropriation. de la réduction. de la récu�­ o.ttion' (et nous verrons que le symbclis,fe immnnem, au t•ontrairc, perme! l'ldcntilication du procès du travail et du procès de la reconnaissance. de la poésie et de ln révolution). Le flipper est donc le symbole des symboles de celte �vmb�lique. Toute la procédur\! du machinisme ost là, merveilleusement condensée, unifiée. En un appareil : ln loonctionnalit(! - la domestication - électrique el mécani· ' ue au service du consommateur. Pour rîen. Pour le plaisir. 1 \ est à noter que c'est un jeu où l'on ne gagne rien. Sinon !Incommensurable satisfaction de rejouer. de reproduii'C, de ot•péter. de vérilier l'ordre des choses (du capitalisme). la •••a�uité c;st _l'essence du jeu : il est le contraire du travail, tuUJOUrs ontercssé. le flipper est la mise en jeu des jeux de la lumière du mécanisme. du son. Il est une algèbre des éléments. q 'un demiurge dé<:hnlne, domestique, canalise. D'un doogt, il ordonne les lois élémentaires du machinisme. Selon la pente naturelle, celle de la pesanteur (la consommation). Doigté de

•.

1

Le fncani.tmc: est le meilleur �xomple de Cette idéolo(l:h:

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pas trop en laire. la pichenette : consommer est un tact. Ne la consomma· . sur ce plane mena Une Car ça fait tîlt aussi jeu le rappelle tioo Une épée de Damoclès. l...o règle du constamment. appropriation Le Oipper est bien une transmutaiion et aliste est capit n uctio prod la : ique totém el e oliqu svmb ' n'y a plus JI nal. libidi ue, evenue un ellercke féerique, ludiq d uction prod de s procè nse imm� D'un . . qu'un jeu de machin � JeU symbolique le que t ret1en ne n -o e anit l'hum de - celui ironie du capita­ et désinvolte du machinisme. Implacable

lisme. on ne gagné C'est un jeu performant • · Où, paradolle, rmance. perfo une par iée rien. Une gratuité doit être signif mét·ile. ce sur e ironis ité la gratu Celle�! dit le J'1lêrile, màis tout Mais <lue t. rman perfo être petit qu'on igner Il faut témo ite. gratu ce rman cela est inessentiel. Le jeu est la perfo de la Ce qui veut dire que la loi est reconnue : la nc!cessité qu'�n ier signif faut Il érée. récup sée, inver Mais production. que le trava.l· peut faire aussi bien - symboliquement n'en est pas qu'on s Mai l. socia e leur. Qu'on maJtrise l'ordr jeu du a -le flipper - doit être à la fois passionnant-ç pour sérieuJ< au pris être doit jeu accroche - et anodin. Le au sérieux sa proclamer la gratuité de l'enjeu. Ce jeu prend sérieux. Se du fri\•olité pour témoigner de la frivolité l'essentiel. de is mépr son ire passionner pour J'anodin. c'est d ique. totém tion opria appr e, oliqu symb Magie, échange it gratu l'acte à ;�ccès r [lippe Le tch. potla Mals aussi faut li réel. llage gaspi symbolique - est aussi accès au la et n cat!o ratifi lu soit se dépen la que le premier accès à ter accès prem le que même (De llage. gaspi du ion proclamat ludique.) Il faut à la machine devait répéter et prolonger le ange symboli· L'éch se. dépen la ine, Identifier le jeu, la macb •. ichit s'enr • ne, ction que se perfe •

C. - POTLATCH L'ETHNOLOGIE DU PLAN MARSHALL Nous ne ferons que rappeler les caractêrlstiques du potlatch. Car c'est tout notre livre qui sera la démonstration que la consommation mondaine-cachée derrière la notion idé<lloglque de • société de consommation • - n'est qu'un potlatch. Potlatch de la plus-value.

. Le J?Oilatch est une dépense somptuaire qui perme! . ,1 etabhr la h�e�rnrchle sOC'iale selon la consommation. 1 '••tude de ce potlatch (de la plus-value) permettra donc de wmplétu la définition des classes sociales. Et de contribuer A apporter au marxbme le complément nécessaire aux •la,sifications déjà connues. celles du proc�s de production Pr�poser les fondements économiques, 'IOCiologiques. h"tonqucs de cc potlatch sera définir l'intrusion du plan M..rshall' dans la société traditionnelle (en France). Le t>Otlatch nalt du plan Marshall. La consommation bour­ �··oisc spécifique du néo-capitalisme commence uvee la p t'n�trntlon de l'Impérialisme américain. L'américani$atlon r la vic française s'inaugure par la consommation des ti \llrplus made in USA. Mai&, d� mêm., qu'une certaine modernité juvénile- a pu •Ille : • Httler ? connais pas •, l'intellectuel de gauche, 111�mc lui - su•tout lui?- risque de nous répondre : • Plon Marshall ? connais pas : on n'en parle jamais dan� le Nouvel Ob>. • Ou . bien : • Pour définir la modem•lè, pourquoi ••monter s• loin? • Il est \Tai que pour cet intellectuel la modemit�. bien souvent, ne commence que par le dernier hlm à la mode. Le twist? Connais pas. Le reggae, oui. Et la guerre du coca ? Elle était devenue un affrontement natio­ nal. Elle avait occasionné des débats passionnés, à I'Assem· blée. Quel Intellectuel de gauche se rappelle de ce combat <Ontre un trop évident symbole- alors - de la p�nétratlon .ommcrciale ct idéologique ? Ceqe amnésie programmée ne fait que révéler l'impor· lllnce de ce qui doit être oublié. Le plan Marshall e-st bien l'aNc étymolo�ique de notre modernité. Son rôle est fondo· mental. Dans 1 immédiat àprès-guerre, il a greffé une écono· mie d'abonçlaoce sur une économie de la rarNé, de ln nti$èi'C rnême. Et il a greHé le modèle américain culturel dans une \OCiét� traditionnelle, rurale. Cette acculturation radicale a •utorisê ainsi un phénomène radicalement nouveau : l'im­ ma�e�ce de. l,'êconomique el du cuhurel. Alors que dans La -.oc•éte tradH•onnelle, les deuJ< termes se dispOSent selon la plus grande distance possible et conservenc une autonomie •dative certaine, la modernité sera l'immanence de leurs rappons d'expression Le culturel sera l'e�pression des besoins idéologiques du marché. C'est la définition de la \OCi�lé civile, que Hegel avait prévue et dénoncée. 1 Plan d'alde dOl USA • l'Euro)><. Du 3 avril 1948 a u 31 dlkembrc 1 95 1 douze mHiiards de doit��ors furent fournis à sei:ze pays europ�en' (23 lu Fr�nee) l..ct 516' comme don! 116' seulement comme p�t.

'*' po f u 29


L'autre grande amnésie de l'intellectuel de gauche : le surplus. ce commis vovageur du plan Marshall. L'extraordi· nalre gamme des surplus vestimentaires, machinaux, al!· mentaires, etc Cet oubli s'explique en parue par la modemt· satlon de la boutique de surplus. D'abord ollicine d'un produit d'une roret� et étrangeté telles qu'elles suppert ai�nt l'�lan de l'Imaginaire et du désir, elle cM d evenue le heu méme de la banalisation de la marchandbe, du mélange des mode� ct des produits exotiques. C'est ce processus de banalisation qui est la procédure même de l'amnésie 1• La stratégie du plan Marshall - celle des surplus- va révéler ln nature du potl<ttch. De ln même manière que le (llppcr et le juke-box nous ont permis de reconstituer l'acte magique et totémique. Définir le potlàtch revient à montrer la !.tratégic de séduction du plan Mnrshall. La conquête de marché sera la braderie des surplus, l'offrande laite à la jeunesse du peuple de France, des jeux du machinisme. Le mode d'emploi de la surabondance, du factice. L'appât et l'usage des surplus. Et tout le reste suivra, inexorablement : I'UDR, la mise en place du modèle de production américain (méprisé._ par de Gaulle 1). Ces objets - du jeu capitaliste : llipper, juke-box, pester - ne sont pas des surplus utilitaires. Mois des gadgets. Ils ont une fonction économique tr� pr�cise : ce sont des primes à l'achat. Ils ont été le surplus publicitaire du plan

comme cadeaux, comme primes. Ce liOnt !es enjoliveurs du plan Marshall. Le poster? L'image que l'on donne il l'enfant pour récompenser les parents de leurs achats. La déculpabilisa· tion ùe dépenses au-dessus des moyens de la famille. Et

Marshall,

l'enfant Incite à l'achat, pour les images. Le père et le lils sont les deux parties prenantes du plnn Mnrshnll. A l'un les surplus utilitaires. A l'autre les surplus ludique�. En prime, un supplément d'âme. L'âme des surplus. L'usage des surplus : la ludicité du consommateur : le rêve am�ricain. Tous ces gestes ludiques seront comme des modes d'em· ploi pour le bon usage du plan Marshall. Flipp.:r, juke·�>?x, poster initient à la civilisation américaine du geste facile, car usage du surplus. Geste ludique, de con�ommateur dé&invohc qui utili� et qui jette : supplément d'âme de la pacotille qui se lait culturelle. 1 . Oant noult proposerons les luis dans nolrt' seeonde partie : loalqu� du RWndain •·

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La

Se vendre pour manger ou se vendre pour jouer : le pian \lar&hall tient le� d�u� bouts Deux dressages. Mais alors •tU< l'indtpcndancc nauonaie pourra être rco:onqui<.e avmboliqueml'nt, d'ailleurs - lorsque le gaullisme aura mis rn place le capitalisme monopeliste d'Etat, le suppiêment d'âme apportê pat le plan Marshall sera devenu le modèle 1•rumotionnel de la mondanité juvénile. Excrois�ance mons· 11ueuse d'une grelle culturelle, animation machinale qui ••houtira à un monopole, soumission et servilité qui auront 1 arrogance de se dire émancipation et libération. Les suq>lus utlli1aires sont des cadeaux. Et cadeaux de ·�s cadeaux : les machines ludiques. Double offrande, dou· hlr don... de l'impériali$me américain : le pain et le jcy, l'utile et l'agréable, l'objet ct son mode d'emploi, la machine rt le rêve américain. En échange ? Rien l I.e pur potlatch. Mais alors soumis· •llln par l'offrande ; conditionnement idéologique d'un mar­ 'hl!, dressage du consommateur. C'est-à-dire tout. Le capitalisme avait lo marchandise. Mais pas la ellen· ide. En un rien de temps, il invente et produit son marché. <renie du capit.lli,me. Le supplêment d'âme made in USA - ce bout de reve Américai n implant� dans une France qui crevait la faim -. la ludicité du consommateur, va devenir l'idéologie néces­ ;alre au développement du capitalisme monopeli>te d'Etat. Le • génie • de ce cnpilnlisme est d'avoir ioventê un • utlatch en c;1scade;, en ricochets. Au potlatch de l'imp.!ria· 10me américain, il faut aîouter le potlatch du consomma· h'ur franc;ais. N<)u� situerons celui-ci à deux niveaux : macrosoclal et microsocjal. Le second niveau étant une répétition symboli­ 'ue du premier. le ricochet d'un ricochet (tout un processus '<' l'expansion idêologiq uc est ainsi révélé). L'implantation du plan Marshall (en France) autorise la tupture avec la société traditionnelle. C'est l'accès au gaspil· lug�. symbolise! par l'offrande faite à la machine ludique, la ptécctte gii�>�>êt! dans la fente. Il n'y a ni acte d'achat ni gain l"»sible. Mais dépense ostentatoire pourune conwmmation uclusivement ludique. Alors, différenciation et hiérarchisation. Avec les gens de la m• et même IV" République. Avec une idéologie de l'konomie sou à sou, des bouts de chandelle, du bas de lntne. Idéologie de la privation (et même du sacrifice). Morale du mérite : la consommation ne pOUVait etre que .elle du fruit du travail. L'honnête homme se souviendra sans doute, n'étant pas

l

j

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oublieux comme les arriviMes et les cyniques. de ces textes de J'école primaire (dictees du Certificat d'études, par exemple) qui enseignaient la codification de la dépense. Et dépense du salaire. L'usage du premier salaire - de l'ap· prenti- était même un rituel. L'enfant remettait fièrement et tendrement cet argent à la mère. Caron manquait de tout, des bien> de subsist:anc�, en particulier. Parfois, certes, l'enfant usa it du prix de son travail pour quelque dépense pt:rsonnelle : l'achat de souliers, de vêtements. C'était une dépense utilitaire. L'honnête homme va hausser les épaules avec agace· ment : • Maintenant. nou� vivons une autre éroque. Ce n'est plus pareiL • C'est bien ce que nous disons. Avec les raisons de la différence. Le�quelle� ne sont peut-t!tre pas celles de l'honnête homme. C'est ce qui le choque. Mais nou• ne moralisons pas ; nous ne faisons qu'indiquer des procédures de consommation. Cet accès à une symbolique du gaspillage est le premier moment de l'arrivisme, de la promotiQn de lu nouvelle bourgeoisie. Une nouvelle hiérarchi e - par la consomma· lion - est possible. Par un nouvel échange symbolique. Une piécetle permet de signifier le dédain d�s valeurs traditionnelles et le mépris de leurs représentants. Comme cette provocation est facile el anonyme. n suffit de gli.ser la pieœ à la nouvelle idéologie, à son animation machinale. Tout un snobisme de mas5e est ainsi inauguré. Par l'appropriation symbolique de la nouvelle consommation ludique et margint�le. Exlraordinaire pouvoir totémique et symbolique : il peut snober la hiérarchie établie par l'idéo· logie de l'économie, de la valeur, des ):llérites, mépriser le sérieux d'un autre mode de production. Cet échange symbolique autorise le renversement des valeurs : le ludique du néo-capitalisme dénonce le sérieux ­ de la société traditionnelle. Et pour ce faire Il dispose de cet alibi : ce sérieux est - aussi - celui de la bourgeoisie du capitalisme concurrentiel libéral. La promotion du ludique sera alors la dénonciation de l'oppression bourgeoise ! Le premier venu peut s'offrir ce potlatch : en gaspillant - gaspillage dont le flipper, le u j ke-box, le poster sont les meilleurs symboles - il peut prétendre se meure au-dessus ct en dehos r de l'argent. Ou pouvoir traditionnel de la l>ourgeoisie. Ainsi il sc promeut dans la nouvelle symbolique de la consommation mondaine. Celle-ci se révèle en son �ssence : un usage. Et noo un avoir. Le néo-capitalisme- révolution des révolulions, celle du libéralisme - permettra de }ouir sans avoir. Le néo-

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capitalisme est cette stratégie de la séduction, de la soumis· 11on Celle-ci est conquête de marché et pratiq ue ldéolo· _

a•quc

Tout adolescent - l'âge légal est sei�e ans - peut .tccédcr à ce rituel initiatique. (Avant, son désir doit mûrir derrière la glace.) C'est le droit de toul citoye n. C'est aussi l'inversion radicale de la sensib ilité adolcs­ •·cnte. L'apprentissage de la vic n'ost tllus l'appr entissage du mais l'np�rcntissagc du gasp!llage. (Apprentissa g<l ��� ,1 usage symboltque. Imprégnation tdéologique bien plus qu accession aux moyens réels de cette dépen se.) Cc qui cM déterminant, c'est la pédagogie du jeu et non telle_ �u t ava il; Des mHiions d'années-lumière séparent . la -..:nstbtltte d e 1 apprentt - celle de la misère ouvrière du (CL 1 et la sensibilité de l'adolescent apprenti de la .onsommation libidinale, ludique. marginale. Il faut vite marquer le corps de J'adolescence. Avan t la marque du nrocès du travail. Pour que l'échange symb olique - du <'tmsommateur - s'interpose inévitablem ent entre l'homme ''' sa production. L'acte de rupture - histor-Ique - de la sociét é tradition· nelie et de la nouvelle société, se répèle symboliquement, maintenant -au niveau microrelationnel . Le gaspillage ­ lltpper, juke-box:. poster- signifie encore la même provoca­ tion et la même promotion. Mais au n iveau de la vie quotidienne, comme radicale b;�na li$liiÎon d'usages consa·

nléi!CI',

-

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H�S.

Certes, le dernier bénéficiaire du potlatch inaug uré par l'tmpérlalisme américain répète le grand drame macroso ttal, la scène originelle de no1re çh:�mp socioculturel : la conquête du nouveau marché ct l'écrasement de la société traditiOnllcllè. L'acte étymologique, l'âète [ondatcur du •y�tème est rejoué. Mais dans l'indifférenc e générale. Le 11udique manteau de la banalisation recouvre les significa. tluns idéologiques. Quoi de plus anodin qu'un juke·box ? Qui nt plus innocent qu un oueu j r de Cli pe p r ? Les usages de rupture - avec la société traditionnell e - et d'intégration •u� mœurs du néo-capitalisme - ne font plus probl�me. f�ut est acquis. T?ul e ble joué. Appa remment plus rl) . tl oppo�ttton . Ausst qw s offusquerait d'usages insigni· liants ? Oui entreprendrait une croisade visan t à pourfendre lu banalité quotidienne?

'

1 CapJI•Utmc concurrenaiel libéra).


3

Second niveau initiatique . Jeans, treillis, cheveux longs, guitare portrait robot. ­ Le prêt-à-porter de la contestation

A. - OU MODÈLE A SA CONSOMMATION DE MASSE : D'HOLLYWOOD A L'INDUSTRIE DES JEANS Pour cc nouveau banquet, une nouvelle tenue de sortie 'imposait. Le narcissisme de classe change de toileue. les habits du dimanche deviennent démodés lorsque le diman­ 'h� s'étale sur la semaine. Quel prêt-à-porter de la spoota· fl<'llè?

Suivon5 la mode. Telle qu'en elle-mëme la vanjt� de

tllhse la change. Elle va meure la dernière main l la

panoplie vestimentaire des nouveaux usages mondains. Quel derrière? Puisque la mode est son éternelle ct •hongcante promotion. Et sa raison dernière. 1 1 sc portera en blue-jeans. D'un bleu dêl11vé, si possible. 1 rs jeans vous le corsètent à ravir. la troisième (Républi· <JUC) corsetait en haut. La cinquième corsète en bas. Le ,hangement de République se mesure nu déplacement du •""etage. Conquêtes de la frlvolilé, dites libératrices, crues 35


émancipatrices, voulu�s révolutionnaires. Les révolutions du liberalisme sont ine!!abl�. Jeans, toilene du liber.:k. Silhouette t'xquisc : le corse­ tage en basa!finc, mincit. moule, galbe. C'est vraiment autre chose. Porter desjeans les pattes au ras du sol lait gagner un surcroît d'élégance et de sveltesse désinvolte de cinq centimètres au moins. (Et camoufle les talons hauts. Double bénéfice.) Du côte où, pour la plupart des lemmes et pour bien des hommes, cela a tendance à être court (d�s palles de derrière). Le cul est devenu une silhouette. Et quelle silhouette! Celle de l'archétype hollywoodien. Les eans, j à l'orig!ne tenue de travail, permettent de camouller cette promotton mondaine, du derrière. Et la tenue de vulgarlsatton holly· woodienne sera le symbole du mépris d'Hollywood. de toute sophistication mondaine (constante inversion des signilica­ tions de la réalité par les signifiants mondain�). Hollywood est descendu dans la rue, et les idéologues diront que la jeunesse tourne le dos au passé, qu'elle méprise le� modes ! Promotion du derrière :Il est devenuenfin une solhouette et celle-ci est celle de la mode. Une matière a pris lorme. Ce qui était en puissnnce est devenu en acte. La sexualité a revêtu la mode. Quelle séduction 1 Quel triomphe narcissique ! L'objet lourd, gros, obscène, la !emme encombr�e de son derri�re, culpabilité secrète, pesante, pendante au dos (étalée çur la poitrine) s'el!ace et devient la silhouette longue, fine, souple, galbée élégante sans le vouloir nonchalante, d�contrac· tée. Llbre. Autre. L'unisexe. Pour revendiquer l'identité (laquelle?). Le couturier vous faisait porter la toilette : toute une civilisation. Et celle-ci s'avérait non seulement incapable de résoudre le problème mais aussi de le poser : que faire d'un derrière qui révèle, dans le moindre geste, à travers la sexualité, la maternité, Cet élargissement du bassi�, celte disposition de l'<». iliaque, qui proclame la fonctoon de l'espèce en même tempb que le désir de la créature? Le couturier ne savait comment s'y prendre : le cacher ou le révéler, le révéler en le cachant ? Ce qui se révélait, alors, c'était l'ambiguïté du statut de la femme ; objet de désir et moyen de reproduction. Et à mesure que la �our­ geoisie accède à la société civile - à la sphère des besoons­ l'icléologie du désir se développe de telle manière que le derrière, moyen de reproduction, est de trop (de �u�n.s, Fragonard, Delacroix, Renoir à Van Dongen et Modtgltam). Le nouveau bourgeois devenu le parlait consomm31eur ne •

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\rut que d'un derrière objet de désir. Le derrière de la pundeuse doit s'effacer pour ne plus être que la silhou eue t11venu:c par la libido capitaliste Cette opération est réalisée par les blue-jeans. L'eurêka tlt- la mon�anité : l'uniforme du désir, l'objectivat de la ploullocratoe. Voici le nouveau corps pr�t-à-porter. ion Le corps tlu dé�lr. Le, couturiers peuvent allqr sc rhabiller. Les uoc1déh�tc:s doivent se soumettre au modèle. Certes, déjà la mode était descendue dans la rue. L'élcl­ tncc de;• modélistes était devenue <;o!lle du prêt-à-porte . 1 omotatoon de Chanel. Pour un derr.ier combat de r. rue ' d'm rierc -garde. Une banalisation chère. ' Alol'l>, la femme pauvre élégante. La toilette de la femme 'lill ne peut la porter. Quel style : ta préte petite· hourseoise de maman, affichée, proclamée. Lantion copie de la 'upt� comme bonne tenue, re:,pectueuse. Le blue-jean permet de franchir d'un bond res et no veaux �e l'étiquette bo�rge�ise, pour revêtir le barriè corps idéal, o•lui qu Holly,vood a mts s1 longtemps à forger dans son udooc lt rêver. Les jeans permettent f.l:e passer de la robe llt<l<lèle au CQrps modèle. La toilette était valor isante du •uuturicr, de la mode. Elle revêtait le corps, Alors que les 1<''"� donnent forme - parfaite - au corps. Le corps re­ lnHnt� ! Une autre peau. La forme culturelle, d'abord prototype de l'usine à rêver t reproduite en série. C'est le modèle parfait qui deYieni ro.t-a-porter. "· sulfit de l'endosser pour se l'appr r. Bl.ue-jea_ns, reve de femme 1 A ln portée de toutes,oprie corps r•o!att rcvetu en masse. Enfin une féminité désencombrée Ir la rnaternjté, le sexe sans la reproductio n, le désir sans le 111n1·ia�e Cl le '!lariage avec le divorce. Le corps libre, , n11turd, spont ane 1 Le corps sans la toilétte ! Le corps sans la mode- 1 (.''est toute l'idéologie de la libo!ralisation qui est endos­ avt'C les jeans. Idéologie sans laquelle ces e j ans ne ••ocnt qu'un banal instrumt'nt de ln mode. Oucl truquage mondain ! Le corps comme silhouette à l 11cr, pur fantasme phallocratique, inven tion hollywoo­ lhnne, pr�uit d'im ponationaméricain, le corps -image, le _ corps sophistiqué - la ''ps de séne - mats vulga on lo n•ttc soph.istication, seront proclam•ês le corpsrisati libéré 1 1 uooi!orme d époque sera le symbole de l'émancipation. f\•1 est l'échange mondain : le bon de la mauvaise lui. 1'homme invente la lorme d'un usage désir qui n'est plus j" un fantasme. La femme soumise incarne, objective, • uront' corps à ce désir. Son émancipation est son all�geance. •

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Celle docilité est bien curieuse, bizarre... Cherchons le &&ln - féministe - de cette soumission libératrice. Les jeans sont devenus la mesure de toute femme. fls imposent un inexoJ"llble êgaUtarisme mondaon. Et la terrible �élection cachée par cette commune dimension (comme dans tout groupe ou communauté qui se prétend égalita· riste). Nou> proposerons cette mesure comme l'élément privilégié d'une classitlcation. Comme approche d'une ana­ lyse des rappons de la féminité et du féminisme. n y aura donc celle$ qui en portent ct celles qui n'en portent p�s. Deux mondes. Tout Je monde ne peut pas habiter le corps de 1'1..1sine à rêver 1• Parmi celles qui portent, deux sous-ensembles. Celles qui peu,•ent et celles qui ne devrai ent Deu� autres mondes : les dindons et les reines. Cel es dont le cul, par les Lcwi's, devient divin ct celles dopt le cul devient un • gros pétard •· Celles qui sont encore plus femme d'échapper au destin vesdmentairc de la femme et celles qui, croyant échapper à ce destin, le mettent grotesquement en valeur. Trois ensembles (qui contiennent une multitude de sous­ ensembles). Trois ordres. Trois types de femmes. Double tare des non-porteuses, dénoncées par la conver· gence des mépris, comme pas belles et vieux jeu (les dindons les désignent comme rbcs et les reines comme vilaines). Les porteuses s'accordent même pouo· dire que si elles ne sont pas belles e'cst ·parce qu'elles sont réacs : elles n'ont pas ��� s'épanouir, se libérer. elles sont restées soumises aux car­ cans de la mode bourgeoise, conformistes. Les porteuses accèdent à un nouveau statut de la lemme, poHtic o ·mondain. 'Les belles filles vont encore augmenter leur pouvoir et dénoncer Je • sols belle et tais-toi • (quitle Îl se refaire lemme-objet, au moment voulu). Elles auront un langage, politisé, contestataire, subversif. Belles, oui. Mais intelligentes, aussi. Vigilantes. L'anti·femme-objet (Joan Baez). Alors elles supplantent, dans la to:-rriblè concurrence mondaine des femmes : les dames bourgeoises, les dindons et les autrCl> belles fillt:l> (qui ne sont que belles). Cet arrivisme mondain se complète de l'autre arrivisme féminin par le féJl)inisme. les dindons, ou les plus vieilles (ou moins belles, car être moins belle peut être une blessure narcissique, en l'espèce, pire que de ne pas ètre belle) vont politiser et inteUectualiser l'affaire à outrance et mener la

r, a s.

t. Eo par1Jcu1icr à �auAf' d� tetriblc.-s c:uloltd de �h�val. 38

IIIICrre contre la phallocratie. Elle$, qui sont si peu fêmini · uo·s, accèderont à l'essence de ln féminité : l'ident it� 1 Très honne affaire, c�mpcnsation symbolique ct transfe rt p�y· •hanalytique quo est une excellente catha rsis. Et un réel pouvor i .. sexiste, de séduction autoritaire car mainm i;c sur tlt• jolies bécassines et de vieux perdreau� cultur els. Et ;ur plusieurs colonnes de l'édition littéraire du Monde. Double système de promotion mondaine, d'arr ivisme des ••·mmes. Accession au statut de la femme libérée . Mais, longtemps unies face aux non-porteuses, en une première 1wriode d'implantation de )a mode. ces femmes vont entrer <Il conflit. Et justement de par leur succès. Processus banal """ prises de pouvoir (on s'unit face à l'adve rsaire puis on se d«�i� pour mono_poliser ce pouvoir). La uerr e civile du g ltmonosme (et sa ftn) succêdera à la fin d la e jeune (flle ••ngée. A un moment ou l'autre, inévitablement, cc règlem ent de wmpte : • Elle est con - Elle est moche. • L'union sacrée fn,e a� non-porteuses ne résiste pas à la guéril la de l'identité . ftmtnoste et de l'éternel féminin, ces deux statuts de la lemme qui ont permis sa promotion mond aine. Statuts ltlt·ologi�ucs qui ne sont ni au féminin ni au masculin, ni une ruoduc11on de 1,homme ni unè production de la femme mais ur" production commune selon les valeur s culturell;s qui Jkrmettent à une nouvelle classe sociale de prendre le puuvoir idéologique. Complicité profonde des hommes el d··• femmes qui profitent de cette p1·omotion . Au désir de homme deven � le fantasme Imposé par Hollywood et ! londustroe des jeans, corn respo d l'émancipation de la f�rnme, devenue leur promotion mondaine. Ainsi se forge t unité de cl11sse, le pouvoir du libéralisme, le monopole •ulturel, l'encadrement de la socialdémocratie libertaire.

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8. - LE VISAGE DE LlDÉOLOCJE • Cheveu� longs, cheve ux lon&s. • Ah ! ces cheveux longs. Tobou suprême. Ne touchez pas à la femm e blanche qui Jmtte la culott e : tabou néo-féministe. Ne touche z pas au 'une h�m �e qui porte les c?eveux longs : autre tabou de •mancopatoon. Ces idéologtes du néo-lib�ralisme �ont '""'CS : elles garantissent leur impunité en invers ant leurs •wniliants. Et comme dans l'ordre mondain seuls comptent lo• signifiants ...

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crédulités. Ou ses Chaque époque a sa foî. Ou ses merite. La belle âme affectations. On a les fervellrs que l'on ltes. Et q,u'importe révo et ns exhibera toujours ses indignatio l'essentiel n'est-il es, niqu plato ns lutio le prétexte de cc:s révo et • l'indiHérence � ? pas de dénoncer • le conformisme uK longs (Heur) cheve aux Certains ont voulu €roire Comme d'autres ine. Lorra à la et ce comme d'autres à l'Alsa tes trafics de tous nie, simo en nie simo De es. aux reliqu e. class de signes constitueront une sémiologie at 1 Admirable et Quelle entreprise l Quel )ong çomb classe - caste en de e issism narc un r ulgue prom : grotesqt�e ion. Mais quel déris le symbole chéri de la liberté 1 Quel le sél'ieux de est té i [rivol la que e pouvoir. Le mondain révèl m'?de. e de Ubert la i\)n alisal libér la de Faire . . l'idéologie Geme te. lrber la so1t Avoir des martyrs. Pour que cette mode de la bourgeoi$ie. ent idéologique 1 Et quel tact, quel sens musical du mom - mode de !a naire Ni avant, ni ap�ès : la mode révolution ent subtil, mom un t -es mode la révolution et révolution de ique et émat Math e. ssair néce mais ble, précis, imprévisi vous ou z agace vous : musical. Avant : vous [aites l'ire. 1\p(ès ez. régn [aites sourire. Pendant : vous ndes affinités, Quel mot d'ordre mystérieux. quelles profo re ces héros J'omb quels s.ens s!lbtils ont rait cheminer dans ? Pour longs eux chev les : but de la nuit vers le même re. Le d'ord mot un . ménl ra11ie de cri soudain en Jaire un oir pouv Le diantine. pouvoir de ce qui a été une caste. l'estu d'une idéologie. pur s'est-il [ondu ? • • Comment en un plomb vil l'or n qui se révèle. C'est tout le processus de la récupératio : l'idéal est fiant signi L'idée devient symbole, le symbole sémiologie en e chang se ution devenu 1� mode. La révol •

1�

mondaine. risme cullllrel et un Putsch mondain qui devient un terro stratégie, tout rante fulgu r. éclai un arrivisme politique. E'l pouvoir est inimitable. le tenain a été occupé. Le signe de ce ième génér;ltion dés Quand il sera contrefait - la deux - il n'est plus que s a�tre les cheveux longs. et t.olltes tes, ralliement miet des ge parta e. mass mimétisme de pouvoir seront­ d!l d'après la victoire. Aussi les dépouilles entis -sur le appr les d Quan elles abandonnées au vulgaire. ce sera le longs ux cheve les r�nt porte x tas - et les bouseu rs. Et ailleu est �,till signe de la démode 1 • Le pouvoir mond le phénomèoe 1. AlOrJ le pl,lnk, mi•'i�mode s&ns commune: me!ure nvec

social des çhc,•eux longs.

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toujours les martyrs de la cause ne seront pas de la de ceux qui en profitent. Cette mi�al:'derie de combat - les cheveux longs - dit hl�u le narcosstsme de Ses enJèux. Elle est la réussite d'une lungue quête, phrénologique. Une époque cherchait on s vl•age. Et elle le trouve, lorsque l'adolescent découvre le de son narcissisme et la classe sociale la figure de sa •ductlon. Le charme [ou du néo-capitalisme. Les cheveux longs sont l'arrangement parfait de la • vlsagéité • de l'époque. C'est la dernière touche du poster. . Il• uu!onsent un nouveau cadrage-montage du visage. Celui­ hn1te la photo d'art au point de devenir photogéniq1-1e. . 1rlle cotffure permet même d'arranger la • choséité • (la . olunnée osseuse, tendmeuse), de modifier la physionomie, �>tpression d'ensemblè des traits. Les cheveux longs •at·hent les oreilles décollées, le crâne aplati et le citron (de l .lntellectuel). De même que la barbe - autre usage idéolo­ e, autre message du poil - permet de cacher le menton •lttu luyant ou en galoche. Ce n'est pas à dédaigner. . M11os ce$ cheveux longs permettent surtout de suraj9uter lUit' pl!ls-value esthétisante au visage. Ils aménagent la l••liesse : flou artistiqtJe, {ond scénique, auréole : boucles et uudulations frissonnantes, cascadarttes, ruisselantes sur les fJlnules. Ovale cadré, affiné, a01·éolé. Portrait encadré d'un 11•1 décoratif que le visage en est stylisé, purifié. Il aura cette touche, féminine el tendre. de l'homme pur c•t fomanttque. l'iconographie spiritualiste et idéaliste a houjours enrol!é de celte auréole enjoliveuse le visage de ses mc&sagers. Le Christ, le romantique, le hippie, 8.-H. Lévy... lie est devenue même le meilleur moyen de la récupération 1�volutionnaire : Guevara. , Alors, • la visagéité • est de l'ordre du décoratif et de ornemental. De l'enjoliveur. Le visage de l'époque est � )a lui� IIT\age d'Epinal. icône saint-sulpicienne, poster améri­ lllln et photogénique. c�u_e a�féterie mi'?audeuse, photo truquée de ramille, 'llh•spc-atlon �ondame, est le nouveau visage : celui de ,'urc�letype de epoque. Il est la figure même de l'idéologie. 'ion mcamation. Le cliché s'est substitué à la singularité, l'image au . wrtralt; l'ei<pressiol) de la sensibilité est devenue cellè de 'Idéologie. La visagéité n'est plus celle de l'individualité d11gulière : la tête du portrait, sillonnée, ravinée par l'his­ luire. Unique. Solitaire. Mais celte face anonyme : l'idéolotel�e !!u'ell� se por!e, uniforme devenu chàir, servilité Incarnee Ju�qu à devenor l,expession du visage. r • ummc 1 A<C

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Ce visage est un signe, un symbole, un message : celui du naturel • 1 La visagéité est cette nouveauté culturelle : le naturel 1 Le charme d'une nature enlin atteinte, révélée, vécue. Visage du libérateur. Le montage mondain est proclamé cri spontan�. pulsion­ nel, révolte l Le signe le plus artificiel est ascèse, quète dése�perée (admirable pose) du naturel. Toute-puissance d'un signifiant idéolog•que ct mondain au point d'atteindre l'archétype. Comme si toute imitation de la nature n'éiail pas le commencement de l'art. De l'art-i!ice. Un signe est d'autant plus idéologique qu'il apparaît • naturel •. Laisser pousser les cheveux, ce n'est pas naturel, mais culturel. C'est unè déci,ion, un choix, un signe. Celui d'une nouvelle nature. Celle de la nouvelle société. Nature de l'idéologie. •

C.

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LE PETIT RIEN QUI FAIT LE MODÈLE

Jeans et cheveux longs... L'image n'est pas encore par­ faite. Une enluminure manque à l'icône. Oue faut-il de plus pour que la silhouette se profile en sa bouleversante nu'"'""· dans 1� crépuscule tendre de l'Occident bourgeois? ........�u· rehausse le je-ne·sais-quoi. témoin de l'ineffable, rien le classicisme d'une tenue pour en loire le tout modèle. Ce que l'œillet (à la boutonnière) est au smoking. que l'ombrelle était à la toilette de la e j une fille de bonne, (amillc. Elle se déployait pour déployer les grâces m11nnuo-: deuses d'un corps-social à la fois languide et prude. Instrument du faire-\•aloir narcissique manque à la tenue sortie de l'émancipation? Que faut-i) de plus pour que nostalgie nous soit enfin cc qu'elle doit êtr<:? Honnête homme, vous l'avez. au bout de la longue. Et • Ah, oui • VIl confirmer que vous ne vouliez pas le dire en le sachant bien. L'inconscient - ce [ourre-tout de bourgeoisie - n'appartient pas au psychanalyste, mals l'idéologie. Il est le non-dit :le rdus de dire. La volonté de pas savoir ... ce que je vous souffle... Mals si vous vous refuse:t. encore à dire ce que vous voulez pas savoir... n'est-ce pas la preuve de votre compl cilé ?.. . Complicité objective, collective, idéologique inconscient collectif. Alors? Que manque-t-il à votre connaissance vous reconnaissiez votre idéologie dans la tenue idé:olcogictue

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de l'époque? Un instrument, gracieux, mélod ieux... Vous y �tc•.. tu gu!tnre. E_h oui, la guitare 1 Un air de guitare ? Non : ,•>bjct. C est-à-d 1re le signe. Le s mbole. y Qu'importe d'en jouer. Il suffit d'en porte r. Bt parloi§ , d lill gratter. Alors. jeans, cheveux longs. guitare : la panop lie est au •urnplet. Trois signes fulgurants : l'uniforme de la liberté. . 1u libe•·te de l'uniforme.

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Troisième niveau initiatique l'animation machinale. ­ La statue de Pompidou A. - L'ANIMATION MACHINALE

L'époque est à l'animati9n. Humour noir du capitalisme. MIJL du manque d'âme. Mot du • supplément d'âme •· Prodigieu x pouvoir de celle animation : elle donne la vic. 1�Ile de l'idéologie. Le capitalisme va animer le corps de la m�me manière que s'anime la matière. Celle de la statue de Condillac. Ce philosophe sensualistc a\llit reconstitué le corps à partir d'une statue vierge. 1n1nimée. L'expreuion corporelle, la vie elle-même se déve­ luppaient en même temps que les sens animaient 101 staiUe. 1undillac voulait montrer que la vie peut s'expliquer par la ule vie des sens. Et que ceuJ<-ci ont méme comme effet la lk'n>�. l'intellect n'étant que la synthèse finale des sens. Le capitalisme procède de la méme manière : il anime '"'" statue de chair des sens -au double sens du terme -de l'Idéologie. C'est la synthèse de ces animations qui sera le ·'••cours idéologique. Tel est l'ordre généalogique :de l'ani­ m.ition corpoo·dle à la vie de l'idéologie. De la matière à la 45


pen�L'C : de la vie mondaine a11� repr�sentations idéologi­ ques de �e vécu. La statue de C,ondlllac nous permettra de reconstituer l'animation sensible du capitalisme. Mais nous devons alors la débaptiser : Condillac était un philosophe des Lumières alors que l'animation capitaliste est un obscurantisme. Celui de la • civilisation • capitaliste. Car c'est au moment Où le capitalisme monopoliste d'Etat - en France s'ac('omplit, triomphe, que la statue atleint sa perlcctlon machinflle, grâce au supplément d'lime du régime pompido­ lien, ce monarque éclairé de l'obscurantisme capitaliste. C'est le moment majeur de l'intégration permissive. Aussi appellerons-nous la nouvelle statue, statue de Pompidou. Le néo-capitalisme est le nouveau maitre sensuahste, à penser et à de-penser Il dispose de fabuleiL� moyens expéri­ j u­ mentaux. Son laboratoire : la vie. Son matériau : la e nesse. Son but : le dressage sensualiste du corps. Son pou,•oir : l'animaUon de la matière. A partir d'une table rase, la sulfisance sensualiste se lera monopole. Pour en venir a un jmpérialisme des sens. Le sensible engendre b•en le sensible, car le sensible, par définition. celle de sa dynamique, tend toujours à déborder le sensible. D ne peut que surenchérir sur lui-même. Sa croissance est excroi�Mmce, sa reproduction prolifération, spirale infinie d'une finalité sans lin. la statue de Pompidou sera bien plus belle que celle de Condillac. Car le capitalisme apporte une animation >cnsua· liste qui mvestit et déborde très vite les .ens du corps. Sa machination est telle qu'elle impulse. dynamise, déborde le sensualismc propre à ce corps. Les sens sont aljssit6t dopés, drog1.1é� par l'animation machinale. Très vite alors, grelle monstrueuse, d'une animation machinale sur la des créatures. Les sens sont exaltés et multipliés, emlDCir1c�s par la démesure. Mach1nale surenchère, sans co1mro•e sans lin. Livré à lui-même, sans régulation structut·al,e. l'organique se cancéri8e et devient pure idéologie. Le mannequin est déjà en place : sur les tréteaux de scène mondaine, il pc>se : jeans, cheveux longs, guitare. Il le port du corps du prêt-à-porter. Son animation n'est celle de ces objets : il vit leur vie. Comme la guitare se comme on se coilie, comme on use ses jeans. n est le� de ces choses. Il est vêtu de signes, il �·anime de Ce corps de signes, gestuel du costume, est le oremi•el éveil de la statue. Un baiser réveillait la Belle dormant, une odeur d� rose éveillait la statue de I.UilOII La stalue de Pompidou. elle, s'anime par des incilat 46

d une extraordinaire vulgarlt� narcissique : des nippes , •urplus vestimentaires du capitalisme. SI des signifiants aussi pauvres ont le pouvoir de dont!Cr vi<•, c'est qu'il n'y avait pas d'antériorité subje ctive ou ��nll.menta le. n ne [aut pas chercher d'intentionna lité uthe c. Les affects se�nt la consommation de ces signj­ . lconts Affects des s•gmliants ct non signjfiants des affects y,,. machinale. Le �estuel du costume porte en lui-même ln premi ère ·�1lmat10� machinale : flipper, juke-box, poster. Pas besoin J upprenhssage, d'essais et Cl'l'eurs. Porter sa silhou ette est "" ' �i �avoir user de ces objets. Ce n'est pas une nouve lle t-t•tat ton de � e stes. mais un élargissement du champ • . antucl, un raffinement des effets de silhouette. Tout naturellement, sans transition, sans m�d iatio n ..n, a�prentissage, l'�nimation machinale prend en charg� Ir, du mannequ•�· Le corps va récevoir tous les gestes d us e. Usage do sa v1e. Il devient fonctionnel. L'automate ag drvlcndra système de fonctions. C'ar l�s objets veulent des gestes. Des gestes d'usage. Ces 1 les dli'Ont des mots. Gestes et mots feront des actes. Et lctes seron1 alors des affects. Ou sensualisme à l'allec ti­ �ltt : aHectivit� sensualiste. l'elle est la mise en scène de l'animation capila liste. Le "'r>s est doublement animé : pàr la machiné et par le l" " ' �· Deux dynamiques de la machination idéolo gique. D e s le principe, le corps est ogi par la dynamique de l• u upe. Les usag�s des objets initiatiques som les gestes . d un groupe très mfotmel mats homogène. Mëmes obj ets, n•�mes gestes, m!mcs ots. Qui se ressemble s'assemble' fllli •e plait s'imite. !!change du signe du groupe (du totem) - signe de . •h;m�e. Une dynam1que de groupe, factici té chaleureuse l1111nat1on du corps, récite la première geste du corps social: &..- •urps du mannequi� devient le corps du group Le e. corps hlll\•duel se construit et s,anime par la dynam ique de l"'upe. . . . r nn•mat10n spéc•l •quement machinale sera d'abord ce qui vient ?e !a machine qui mc t le corps, mais aussi ce qui 1;1 du <O �p.s 1mttc la maclune et repète le jeu de machine. Le " •h1msme � ppone une • création continuée • du corps. '" la m a chi ne, le corps du mannequin arréteralt son élan • •rait incapable d'apprendre autre chose. Mals de par le machinal, le corps a une rn�mo lre : la 1 r•�tltlon mecanique de ce que la machi ne lui a appris. Sans ""'une innovation. Rabâchage aussi machinal que la ·

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machine. L'animalion de la statue &e lcra selon ces deux dynamiques : la dynamique de groupe ct l'animation machinale Une extraocd inaire empathie naîtra de leur fusion, reflet vitaliste de l'animation mêcanl$te. Un rythme, une complicité organique, un code mondain. Suivons la bande. Elle va produire le corps de la machination capitaliste, le corps de la statue.

B.

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LA BANDE - LE! PARCOURS DE LA MARGINALITÉ.

libéral s'est L'Instruction ci\•ique de l'Occident

s : le boy-scout ct temp$ satisfaite de ces deux institution parfaitement à it initia club. Ce modèle anglo-saxon . Le chic titive répé liste, tiona tradi société victorienne, i s' c soi de rise maît La . eman gentl un nir devait deve ; p ire l'Em Alofb t. �it en héroïsme hautain du solda et les guerres hégémoniques des nations. dans la ".atLtre. Le boy-scout apprenait à se débrouiller maitnser Pour ent. Le civisme naissait de cet affrontem de <m>uc"' pline disci la à ettre soum se nature, il faut savoir . Pour Le boy-scout était armé jusqu'aux dents : ail nge ))o; club Prl •· Toujours prët. Le ête honn et ile • puér niè­ o ml es bonn des oire ervat cette Instruction civique : cons , agne camp la ès d'apr thé, le ès d'apr res, de la virilité gentlemen le trnvail. il avait inventé une intimité de des soucis ct bas d'en cement protégée du monde . ages 1'économie dès mén elle pro:pa;rat La nouvelle instruction civique, la nouv e d'un er relev au métier de boutgeois va Le n6o.c:apita dHférente et d'une grande originalité. grand dê!>armem<m plus du Celle tion. situa la face à su faire ent où le Mom e. moral de la société bourgeois • société de la Alors gâté. t bourgeois est totalemen d'élevage • · mation • e><ige une nouvelle • structure une nouvelle culture de classe. re de la Deu>< terribles tares rongent la cultu e�ce de ércsc dégén la de ig,tes s deux elle, traditionn e '"•'"""'� mem la de faces le débile et le dévoyé. Les deux endit sur respl é cach ont geois bour nts Tout ce que tes pare leurs rar>nor• de dit nonle Tout ons. rejet leurs face de le front de 1'pnf,,� intimes s'inscrit en lettres lumineuses sur iel. ctér • dlf!tcilc • , du cara

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Le gentil Jean de la Lune est devenu mot d'époque : le d, pleu­ eignar •••·bile. L'ahuri c�t un demeuré. Le rejeton g r< ur, peureu�. pouFsif a grandi. C'est un taré. Et Il va encore usser : c."est un raté. La terreur de toujours de toute o p lam•lle arrtvée. le fruit sec, mûrit en série. sans vergogne. d11ns les serres chaudes de l'éducat;on libérale-pcrmi��ivc Le type qui vou� dilapide un héritage en cinq sec. Le oids fl!Ort qui devient le parasite de la famille. Celui qu'il p f•Ut tramer comme un boulet, enfant, adulte, vieillard. (Les •nfonts demeurés font des vieux agités : il leur en faut du 1<mp$, pour s'éveiller, au sexe, en particulier J) le pauvre Il tle que les parents portent à bout de bras. Et qui sera tncnpa?le de gérer la boutique quand papa ne sera plus là. 1<" qu1 étal! lu secret des grandes homilles ' le débile •urnouflé, planqué dnns quelque école privee de la Drôme ou , ,j,. 1 At-d�chc, le demeuré, terreur et panique des dynasties lM>urge<Hscs, s'étale maintenant au grand jour de$ classes de •attrapage. L'autre face du caractériel : Jojo l'affreux est devenu un d•voyé. Autre terreur des dynasties bourgeoises. Le mouton de vilains tours aux j nuh Le gosse sournoi�. Celui qui oue luco� et au� chats. Qui en lait voirde venes et de pas mures 1� bonne et à l'instituteur. Qui vole les parents. Qui les cnace. Qui fait des colères terribles. Qui a de sales hl toires. Qui commet des indélicatesses. Qu'il faut chas�er Ou qui s'enfuit, un jour, après avoir volé l'argenterie et Ktvert le gaz. Contre qui on se cadenasse. Oui finira mal. Ces deux terrJbles ligures de la décadence de classe ont lait un saut qunntité-quallté. Cas d'espèces du temps de la '"lété victorienne, Il$ deviennent des séries proliliques. hüUIIIcs, au nive11u de la société libérale avancée - dans le pnun·issement de la sodété tradltionn�lle. r.-lles sont les données socio culturelles. La nouvelle n tmction civique va les utiliser au mieux des intérêts du •• libéralisme. Pour une nouvelle éducation. Pour une •uvelle stratégie iMologique. Elle va se servir de l'échec hJ<ati[ de la société traditionnelle pour la promotion des u,·c:lles valeurs. La dégénérescence de classe sera le ""''n �u. renouveau de la classe dominante. La dynamique e va naître de cette décomposition éducative. 1 amvts� rdtnalre culture du négatif, révélatrice du pouvoir o a 1\lr •enouvcllemcnt de la bourgeoisie. Ce qui tendait à '"'''cher la reproduction de classe va au contraire autoriser "' tadicale mutation. Ce sera la culture par la bande '"" �lnalité) de la b;�nde. . ( est tout un nouveau rituel d'initiation. Non plus à 111

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société victorienne, vertueuse, mais au lib�ralisme, à la libre entreprise, à la magouille, au système !l· . . Il faut déniaiser, dessaler, alfranch1r 1 endormi, 1 ahun. L'enfant trop sage doit être très vite préparé à C'es allronte· ments.ll faut qu'il soit . à la coule •· Qu'il en linisse au plus vite avec ses rëvasseries. De même l'agressivit� doit être rkupérée, détournée, canalisœ. Pour faire des leaders, des chefs, des animateurs. La bande doit établir un équilibre entre ces deux extrê­ mes. Une norme d'usage doit apparaltre par la dynami que de groupe. Une nouvelle culture doit permettre de transfor­ mer les défauts personnels en vertus de classe. Le rêveur et l'agressif doivenl se corriger mutuellement, Pour ne pas devenir des demeurés ou des dévoyés. Un� nouvelle synthèse doit concilier les extrêmes. Ainsi s'opère la sélection. Ainsi sc:ront écartés les incapa­ bles, les trop ou les pas assez. Ceux qui témoignent d'un sy't�me éducatif • sclérosé • ligê su; des voleurs.• dépa�­ sé.!s • et qui ne peut plus que fabrtqucr des rates. Rates d'une vertu impossible, ratés de la praxis, alors. Ou, caracté­ riels de classe, irrécupérables car incapables de s adapter. de changer. Trop débiles ou trop violents. De nouveaux leaders doivent surgir. Ceux qui s'avèreront ap,tcs aux mutations les plus brutales. Qui feront preU\'e d initiative. Oui sauront composer, participer, s'intégrer. Ceux qui. livrés à eu)(-roêmes. sauront ne plus répéter un rituel de classe qui a perdu toute clficience. • La sélectio� _ naturelle • est terrible dans celte espèce sélectJOnnée, rafli­ la née par l'histoire : la bourgeoisie. Car elle doit survie de l'espèce. sa reproduction matérielle èt La sélection, contre les autres espèces (féodalité, nr.�'"'�· riat), passe par la sélection dans l'espèce. Pour appr�ndre !'­ maltriser les autres classes socinles. le bourgeo1s datt apprendre à supplanter ses concurrents de ln Lo culture de classe s'impose cette terrible police : les individus qui témoignent de fixntions culturelles m�es. La bande a quatre fonctions �ducatives. quatre initiatiques. Elle doit aider à quitter la tradition ('l: a· victorienne : la morale). Elle doit produire les l ectionne modèles ct symboles de l'émancipation. Elle sé meilleurs sujets et écarte les scories de classe. Elle l!'épare la participation, à l'intégration au syst�me. Elle dott une rupture. éveiller une vocation, proposer un ac·nr•enllis· �age. La bande 1 la même fonction éducative que

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du s:auvagc : rompre le lien ombilical, abandonner l'adolcs· ••·ni à lui-même, pour qu'il apprenne à se débrouiller, et par �<•us les moyens. Lorsqu'il aura fait ses preuves. il pourra pArticiper à la société adulte. Mais alors que le sauvage ne lait que r�pétcr- symboliquement -le Même, la structure tttbale, la bande elle, assure une mutation. Elle invente de nouvelles valeurs, de nouveaux modèles. Elle est le lieu du olt•venir, de la mutation interne. En elle. l'essence du "J>italisme : la rêcupération idéologique du progrès. L'Occident libéral a fait du roman d'apprentissage de la l�t•urgeoisic un modèle pédagogique et unç norme initiati­ quo•. Apprend1·c à changer, pour continuer ; à bouleverser, 11nur préserver; à abandonner. même. pour retrouver. Le tinapage contrôlé sera le brevet de bonne conduite. C'est ln l'•' sntion de> pouvoirs d'une bourgeoisie traditionaliste à IUil' bouraeotsie libérale et permissive. Comme conti nuit� et tc·uforcernent de la classe bourgeoise. La bande est la médiation nécessaire. Entre la société qui défaît ct celle qui se refait. Entre la famille en crise et la lamille des nouveaux parents (normalisation du permis$if). �111re les situations perdues (de la gestion colonialiste) et les nouvelles affaires (du capitalisme monopoliste d'Etat). Entre 1 débouchb traditionnels et les nouveaux métiers du ter­ lllue et du quaternaire. La bande autorjse la rupture avec la "l�té traditionnelle et l'intégration à la .nouvelle socié�. Car la bande permet la production çl'une empathie )'<'<ilique du néo-libéralisme. EUe détourrte. récupère les "'"" sentiments cultivé� par la famWe traditionaliste. Pour 1 RJapter aux dures réalités de la vie. Ce�tes, à un niveau httll<tue, symbolique, expérimental. Mais a,Hrontement qui I IIICl de dépasser la naïveté famjlialist.e du petit bien 1 ,.,. Sans que celte émancipation tourne mal. Bien qu'elle ll�<>nlll le mal (symboliquement). Ces preuves faites, la "'''' devenue adulte se prolonge en relations mondaines 1• 01 ièmc moment de l'empathie : les vieul' copains, devc1 de Jeunes loups, font équipe et savent aider le congénère 11 J�, a aidés ou qui les aidera. L:ne affectivité, d'origine familiale, se déverse dans la ll<tntté de la bande. Pour se prolonger dans les relations -Haire�. de carri�re, de magouille'. Certes, selon une Il nte entropie. El selon de terribles mutations de l'affect 1 tlwudc.o Saultl, surtout dans Vince"'· Frfmçois, llwl tl lt� tmtrts, • f111•1�11'1tnt ruis tn t�ne eettc d}•namique �c:lale.

1 1 lt sy81éll\e de porenoé défml dan• (.e F rivol•., lt Sirltux.

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étymolqgique. Mais ce sont justement ces deuJ< dernières déterminations dè l'empathie qui font l'ascèse sentimentale de la bou�geoisic llbérale con_qu6rante. la fl!mill� au» , copains, des copains aux relattons mondames (d affatrçs) : tel est \� parcours des se�tlroents, leur engendrement el leur , finalilé. On apprend à vtvre. Le rom<�n d :).pprent•ssage est une praxis de clasSIJ. Le bourgeois est • sincère • i il com­ bine le sentiment et l'intérêt de classe selon un équilibre parfait. Le brave 1petit doit devenir un chic copain. Et cel�· ci une relation utile. El) fin de parcours, certes, parfOis, souvent même d l'amertume ou du mé'pris. Mais si J'amitié se meurt, à b u de souffle, usée par le profit. la nouvelle bourgeoisie triomphe, portée par les magouilles de toutes les bandes de vieux eopains. L'éducation bOurgeoise aura garanti sa finalité: un sys­ tème de discontin,uités autorise l'implacable continuité de la classe sociale. P�r la terrible sélectio� du P.ar�ours htltiati­ que. Que d'épreuves surm6ntées, de dtsconunuJtés raJUStées, d'abandons assurés, d'intégrations n�gociée$. Pour réussir, quelle accumulation de preuv.es, de métites, �e vertus. . c QUI ont su comb•ner empathae tes élus seront eux illdividuelle et profit de classe. L'idéologie du capitàlisme est une idéologie; de la bande, du lobby, du groupe privé. La pédagogie de clllsse initie à cette structure co�rpune �u cœur et à l'intérêt. Il faut les deux : tout bourgeo•s a besom des autres bourgeois. Pour suppla)'ller (l'autres bQurgeois. Tout est bande. Iout est cult_ure.de la marginalité. . . <:ette empattjie est constJtuuvc de la oc•été s c1vÜe du libéralisme avan�é de la social-démocratie, de la libéralisa­ tion des mœurs. N us avons reconstitué les trois mon•cnts de sa généalogie et, par conséquent, de leurs géné11logles. Les bons sentiments s'émancipent par la bande. P()ur deve­ nir des usages privés, d'un groupe. Les relation� (mondai­ nes) seyant l'util,isation publique de ce c.ompromts. C'est la cult1.1re de la privatisation du collectif. Le famillalisme s'élargit dans le'gro\ipe séleotil. Et celui-ci investit la chose publique. Un <:;ontinuum est assuré : celui de la classe sociale. Car la généalogie de la nouvelle bourgeoisie - celle du néo-libéralisme permissif devenu social-démocratie libertaire - n'ept autre que cette progression. Tel est lê véeu d'une praxi� de classe, la relation entre )a famille et la �iété : la captation du domaine public par l'usage privé, lequel accomplit les intérêts dynastiques' ·

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Tout un systè,me d� patente ob ecL I\!e èe proce$Su! selon des IOhi doublement uccuJtt!es par l'idéoiQgie d ocnina.Qlç , que ce soît le structurU·

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Culture de l'incivisme, stratégie de l'arrivisme. Une bonde de bons copains est faite de sacrés loustics. C'est la loi rie la bande, de l'empathie, de la marginalité. La commu­ I�Auté marginale s'.:difie sur la tt·ansgrcssioll. Structure de toute bande. La cult1..1re de l'htcivi$m<; doit aménager un savant mélange de bons sentiments et de contèsta�il)n subveFsive. l.u bande ne doit plus reproduire les valeurs de la société 11aditfonnelle : plus de boy-scouts. Mais elle ne doit pas, non J>lus, devenir la bande à Manso•t ou la bande à Baader. Le •hic type et le voyou sont les deux pôles de la bande. La 11ouvelle dynamique de groupe - dynamique du IJI;>éra­ ll�me. de l'émancipation - doit 'COlicijîer les deux termes en une synthè$e qui permet d'écarter la naïvete 9ntologique, lumilialistc, d le chantage du monde d'en bas sur les fils de lumille. C'est un échange d.e \lons procédés pêdagogique s. Le voyou affranchit le chic type. En échange, c� dernie r le II'Cupère (ou le neutralise). La !;>ande est cette sourno ise oollaboration de èlasses, du [ils de famille et du sous· jli'Cllétaire, du marginal à la bourgeoisie traditionnelte ct du marginal au prolétariat. Deux déclassés dont l'associ ation ••t la dynamique de groupe, celle de la bande. Dynam ique .J,, l'arrivisme mondain d4 libéralisme avancé jusqu' il la -.JCial-démocratie libertaire. S'encanailler sans déchoir, jouir sans se compromettre : lot bande est l'initiation aux nouvelles mœurs du libéral isme. 1 Ile prépare même aux nouvelles carrières d1.1 libidinal, du ludique, du marginal. Faire la vie en faisant carrièr e. La hunde est surtout un nouvel usage, une nouvelle culture ­ bUIIFgeoise - du monde d'en bas. Celui-ci est policé, nt·utralisê, exploité. En particulier selon des formes nouvel1<1 de la prostitution clandestine (ainsi la michetoneuse ... ). Ou ne se ruine plus pour les cocottes de luxe. La camara de­ ' 1� sexuelle permet une consommation qui n'est-plus tarifée. PIJur les filles venues du commun, la reé()nnaissanc e dans lil hnnde - selon un statut, un rôle - est une promot ion mondaine qui permet les grandes espéra nce � des carrières •• tlstiques ou simplement de grandes vacaoc�s. Ou de dîner r11 ville. En échangè, bien sûr.,. (Mais tout cela ne va-t-il p;�s al• �oi ? Nous ne faisons que montfer. avec un total manqu e olr tact et la lourdeur d'un sociologue qui se prend au rdcux. ce qui lait le charme discret de la bourge oisie.)

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du système de parenté de Lévi·Sll'aUS$

�j,.1raJre.

ou

la

oontcSt.;j.tiOJl du fils

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Tout en faisant la catharsis de ses pulsions et de ses impuis�anccs, le nouveau bùurgeois contrôle et neutralise le monde d'el) bas. Oouble normalisation, Dou�le maltrls;, par La bande, du libidinal, du ludique, du margmaL Controle de soi et contrôle des autres. . Cette culture de l'incivisme lait des parvenus qui n'ont rien de décadent. Ces bourgeois ont aUronté le vice êl ont su lui résister. Ils- savent même le manipvler. C'est la lorce du permissif, de la nouvelle élite bourgeois-e. Les rites d'initiatjon om permis cette sélection. La nouvelle bourgeoisie est u,ne cuhure • morale • : celle d� . l'incJvîsme qui sail jusqu'où il ne faut pas aller trop lom. Nt ho� la loi ni dans la loi : les grands libéraux-libertaires sont des malins et dès hommes torts. Et des créatures sensiblés : la sentimentalité a été l'outil de leur promotion. De l'af(rontement du chic type et du voyou doit naître une nouvelle norme. un "ouveau système de régulation. C'êst le scénario et le pathos de toute bande 1• Trop de bons sentiments : le voyou les manipule. Trop de subversion : le chic type se perd. Tl faut des ponts, des séductions, des fascinations. Tout un jeu d'échang.es, de rencontres, de con!usions. Pour que la bande devienne ce qu'elle doit être. elle ne doit tomber ni vers le hal..tt - l'édlfiéation morale - ni vers le bas - le délit criminel. Son homogénéisation est la syi\thèse des bons sentiments et de la transgression. L'idêal, c'est d'établir cette réciprocité : les bons sen\iments comme moyens de la subversion ou celle-ci comme moyen des bons sentiments. Alors l'auditoire bonrgeois applaudit des deux mains. te gauchiste s-erà le chouchou -et la mascotte- du système, Le no1.1veau bourgeois aura su confondre l'idéa· lisme moral et la subversion de la chose publique. L'iocr· visme est une école d'arrivisme. A condition d'avoir été bien élevé. L'histoire de la bande occidentale et libérale vérifie cette structure. Sa dynamique de groupe commence à la récré et !init à la manil. De N;mterre, elle vous conduit dans l'Ardèche. Ou à Katmandou. Du canular aùx barricades. Des copains (de Jules Romains ou de Tissot) à la communauté

ue, une allegOr!c , 1. Carné, da.ns Lt.s Tricheur.s, en .a fniL un combat myth iq d uel dîgne dt!�. plu.s belles enlumi�ures du Moyeo Age. Voyou �� Chu� . t p� dêvoile gënlatcmcnt lt:-s c·njeux mondatn$, rr\ctaphystque�� pohtaque.s y du j�:-u dt: la bande. V())'Ou doit }oue.r au Chic lypt. comme· Chiç type: au

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Voyou, Sltlitégies d'Qn sérieux. inlplac•blc.

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•nuvage •· Des Tricheurs de Carné à La Cllinoise de 1 tdard. De la çafétéria au grand voyage. o< Il ne s'agit pas ici d'entrêprendrc l'histoire de la bande tlu libéralisme. Il faudrait plusieurs volumés. JI nous suffira •l'Indiquer les axes essentiels de son développement. Quels uut ses supports ? Quels rôles sociàwc. quels statuts, quels lllodèlcs privilégiés véhiculent l'incivisme carriériste de la hnude ? Essentiellement : ceux de l'intellectuel et de l'artiste. llun$ Le Frivole et le Sérieux, nous avons défini le système de 1• margina!i1é qui pèrmel tout un recyclage des surplus tlrmograph<ques et .culturels de l a bourgeoisie. Système très toomplexe qui doit articuler ' dérive de l'accumulation. �tension des secteurs de production, système de patenté, r•oduction idéologique et esthétique. Un strict détermi­ nl�me expliAue la production culturelle et esthétique de la n•ruvclle pourgeoisie. Notre étude d<l la bande n'est qu'un appendice de cette tll·llnition scientifique dé la marginalité. Elle nous a permis ,,,. proposer des ligures phénoménologiques illustratives J'une conceptualisation. Et de rendre plus concrets des r•pports de production qui devaient d'al)ord ête r situés dans 1� totalité du prO.:ès de production, dans l'histoire globale. 1 histotre de la bande permet aussi de définir le système de l1 marginalité dans une perspective très particulière : celle •h l'animation idéologique, de l'instruction civiqu� (au �ens 1�,ge), de la pédagogie. Elle montre bien le cheminement de l't<léologie libérale jusqu'à la social-démocratie libertaire. '" dynamique de groupe, de la bande. est le lieu même de la ptoductioo id�ologique. Et selon deux 'rôles sociaux, deux slatuts de classe, aulvilégiés par le néo-capitalisme, car supports de cette ptqduction : l'intellectuel et l'artiste. En même temps que • deux �urplus démographiques et culturels se recyclent. • constl!uè l'idéologie. Comme pratique idéologique. "mme existentiel de l'idéologie. Cès intellectuels et artistes 1111 pour fonction d'inventer des modèles qui doivent dcve­ llh des usages de masse, ceux de la social-dêmocratie lth�rtaire. L'histoire de la bande permet de montrer leur prise de l'@VOir idéolt)gique : la promotion sociale par la promotion l•· l'incivisme, de l'idéologie contestataire. L'arrivisme de l'iutellectucl est particulièrement e�empl<1ire. Quel par· •""rs ! Indiquons son schéma (d'une bande à U)le bande). Tout d'abord. l'ajmable subversion du canular : les 11pains (de Jules Romains) s'initient et initienL au pouvoir •

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de la nouvelle intelligentsia. Le club s'ouvre à une nouvelle promotion sociale. Par la culture. Un nouveau code 6�otéri­ que permet de constituer un clan. <A:lui-ci met en boite ­ gentiment, encore, car pas trop sûr de ses arrières - la population inculte. Le boy-scout perd son sérieux. ll en vient à jouerde bons tour& aux bonnes gens. Son service civique tourne à la dértsion. Mais on en reste là. Le canular aura permis • l'identité • du groupe. On est autre. L'Ecole Normale a (ail se� gammes. Celles du terrori�me intellectuel. Pe l'�rrivisme culturel, de la promotion culturelle des nouvelles touches mo}"cnnes, émancipées ct profiteuses. Le nouveau modèle culturel devra traduire l'arrivisme dans l'appareil culturel le plus élaboré. De là des productions idéologiques ultra­ sophistiquées, canulars objectifs et insconscients qui devien­ dront la Culture. Celle des actuelles vedettes de l'intelli­

gentsia. Culture de clans, de coteries, de ba)"ldes, de groupes de pression idéologique. Pour en venir à la bande à Jean Daniel qui a réussi cette performance : être un symbole et un monopole. Les copains, maintenant, se oarta:2e1n1 sO<:ial-démoctratie gâteau : la modernité culturelle de libertaire. A moi, à toi. De la vraie nouvelle droite (Lévy) à fausse nouvelle gauche (Touraine). Ou de l'ex-gauchisme l'ex-droitisme. Culture des ismes qui savent se �cr1voyer Equipe Informelle mais profondément tloiiJI<>­ s l'asceneur. gène, puisque leurs dissemblances sont semblables, hOI:no­ généité d'une bonne bande de copains qui (ait carrière. qui lait la Culture. (Nous reviendrons largement sur problème dan$ notre prochain livre, consacré à la produc­ tion culturelle.) Et l'artiste ! Quel parcours, lui aussi 1 Une bande à Dans nos précédents livres, nous avons voulu montrer son histoire est révélatrice de l'histoire de l'Occident i éologique et esthétisante - fantasmatique projection d des surplus de classe. De Dott Quichotte au NtVé!U Rameau, de Flaubert à Artaud, la folie de l'artiste n'est l'histolrè de l'atroce blessure narcissique de celui qui est trop dans l'être de classe. Le laissé-pour-compte objectif déchct, la bouche - et l'esprit - inutile. Quand il n y a de Croisade ou d'Empire colonial, l'idéalisme devient absolu. Plus de débouchés pour le plein de classe. Que reste·t·il? Sainlt·Genlllain··des-f'rt:s. bandes d'artistes. Puis le campus. Pes bandes Et quelle concurrence, alors. La névrose - cette surer•c�tèN narcissique du narcissisme de classe - ne suffit plus

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!.tire carriè� d'artiste. Car elle est devenue objective, de ',on�omma�10n co�rante. tl faudra politiser, à outrance. 1our se diHércnc1er. Ce sera le gauchisme. Une autre mrrlère. La bande à Cohn-Bendîl. Tels sont les éléments constitutifs d� la bande : l'intellec­ tu�l et l'art�ste ; le chic type et le dévo é; le naifet le malin; 1, bourgeo1s et le sous-prolétaire; e raé t et l'arriviste �utour �'eux g r ��itcnt ceux qui n'ont pas de rôle bien défini ma ls �u• en é(tnll!ve p o� o s eront la majorité sociologique, : •llencte . use.C est un aud1to1re devant lequel sc oue le drame •k' la bande. Trois rôles sociaux ordonneront le relatio nnel <lu groupe : le rôle du bouffon, de l'entremetteu r du truand '· !rois axes de la dynamique de groupe. Le le�der ce!u• qui sait manipuler ces rôles et ces per&onnages. . O ut S�ll rédut t � les ou�rances et convaincre la majorié •flenc1euse. Et 1 amener a une action organisée. Norma lisée. Arprc�tissage au mét�er d'animateur idéologique, fonctio n �-.ent•elle du néo-capitalisme. J.t:s odalités proprement • psychologiques • de la < ons! lluho n de la importent peu. Simple jeu de _ onti(IUttk, de promtscuités. Ces rencontres se font partout '"' l�s st u ;ctu�� se défont, là où elles se meltent Il trainer. A n •tor d )-ln vo1stnage: en classe, au bistrot, dans une P bolte. 11 , . •. 11itl d .un simple Jeu de machines, des rencontres de l nnimat10n machin:tle. La. bande : le lieu de la culture de la marginalité! Elle 1•1udwt les modèles de la consommation - tr an sg r e l>Sive modèles de la consommation mondaine de la soc �m ial·d O: "nrie libertaire. Culture du plus grand écart autori sé de la rlu.. grande différence possible (dans la bourgeolsi�). Les "'lrc!m�s sont exclus de cette subversion norma tive. La l11m�c � Mans�n et l:t bande à Baader seront des gardefous, 1 hm1tes qu 11 ne faut surtout pas franchir. La subver sion 1>il rest�r de bon goût : contestataire. Lorsque la bande happe a �a normalisation libérale, elle se tourne contre sa ltnallté quo est de promouvoir la social-démoc ratie liber· ••1re. <A:IIe-ci, une fols en place, désigne élie-m ême les hunHères du permissif et les excès à exclure gr:\ce aux lo111de� à Manson et à l3aader. Elle enfouit ainsi dans la vie llhJtidoenne ses nouveaux privilé&lés. La fureur des extré­ . '" lut permet de banaliser son incivisme. Et même de le 1 •uposer comme modèle civique. La libéralisation du néo­ apualisme deviendra la liberré.

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Cl. L'Erre tt le Cod•. SdJdons

Mouion,

630 p., Paris·La Haye, 1972.

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C. - LA BANDE SONORE L'autre animation : sonore. L'autre machination : boite à ry thme, cabine leslie, pédale wah·wah, synthétiseur, fender , guitare électrique, etc. L'autre Initiation à la monda· nit� : psychédélique. Après la mécanique de groupe, voici la mécanique • musicale •· Branchons la sono. Le dise-jockey ouvre les vannes. La statue accède au rythme '· t'automate au déhanche­ ment. Le désir à sa forme : les sens s'élect risent. Le manne­ quin s'anime de pulsions : gestes snccudés, répétés, figés. Bruitages de ces élans machinaux. Projection ct transferts. Vic de machine, c0rps du désir, corps rythmé. Le désir s'est éveillé. La statue est vivante : le machinal est son instinct (le vitalisme n'est que le rdlet actif du mécanisme. Il n'est qu'un signiliant de l'animation machinale). L'être est gc$tuel. Et celui-ci est Je ry thme. Cette mimique de la musicalité machinale va prolonger et accomplir Je gestuel de la bande. Nous venons de voir co mment la statue est devenue corps humain en empruntant les aestes de cette bande. L'expression corporeUe est les ligures socio-culturelles de la bande (de loustics). Elle n'est que l'expression de la dynamique de groupe, u n premier système de mimiques. Maintenant l'�tre de la bande et pour la bande va s'épanouir, s'enrichir de l'être sonore, pour ct par le rythmet. Car l'expression de la dynamique de groupe l!st de•ver1ue

l'animation sonore. Le groupe n'aura de réalitt: q :�:��� .ch � a ; � tiqn des spatio-temporalités organisées par la m musicale (essentiellement la Boite). Les deux d � � �'épousent : la bande sera par le rythme, comme ceJtUl·CI sera par la bande. A la limite la bande - le groupe ­ bMde - musicale - seront la marne cho�e. la réification de l'humajn par la machination capitaliste. la meme bande qui se déroule, se récite, se répète, imph•ca· ble programmation machinale de l'idéologie Ballet mates (Béjart ne fera que sophistiquer davantage rhétorique morphologique, emphase esthétisante des l. Cclul Cli.H! nous allons dé(inir comme apéciflque du nto-capitallsme isomorphe, m�trique, mécaniq,u-t. d le dtbur toul malentendu : cdul du 2. R�p6tum-h , pour �carter èo

copitulhunf!.

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oncs et des déclinaisons de l'expression corporelle du machi­ nosmc). Le. rythme sans le swing l Copie conforme mals contrela­ \Un d abol � quc Le rythmeà contretempsdu s won�r l Le geste Jauvage r e duit au geste mondain. Car, nous l e verrons konguement, le rythme du rock est la récupération capita­ . h•te du swon�r : l a répétition mécanique se glisse dans le jazz pour l'utiliser à des fins de dressage du corps. . d01t réciter. Après l'uniforme, la mise au Le mannequon pas : psychédélique. Dressage d u corps, dressage du désir.

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Suovons cette nouvelle bande marginale. Elle va propo·

><'l' un autre rituel initi;�tique. Un autre mode d'emploi du Ltlrps. Un nut•·c gestuel, un autre dressage. Le co�ps doit d.·vcnir définitivement le corps de l'incivisme. Le gest�tel devient acte : conduites ordonnées selon une fon. La g�atuilé ct la ludicité d:abord ex�•·ciccs de style et . t•a ures ompusées doovent maintenant 1nvcstir l'univers • uite. Pour signifier le défi de la bande à la • société •. Ln handc va �c poser en s'opposant : son unité organique '>Cra ie • umbat contre la société. Le capitalisme l'a investie de cette mi\�i�n : pénétrer le champ d'expression du principe de rt1alu� et 1mposer les valeurs du ludique, du libidinal, du margonal.

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Le rituel Initiatique devra signifier - symboliquement .Sabord, puis réellement - la rupture et le défi. JI faut �roposer un �change symbolique qui. dès le principe, rend 11utre. Le sceau de la révolte, de l'insoumission de la •ubversion. Pour, en fin de parcours, accéder à la ra icalisa­ tion politique (le Mal 68 estudiantin).

d

Le leader ou animateur - le dynamiscur de la dynami­ '\ue de group: - s e a celui ql.ti ose. Celui qui prend ,r . . l lnillauve. Ouo lait 1 acte sacrilège. Oui vole le feu. Et II'IWerse le tabou. Symboliquement . Le symbole se révèle alors le lieu de l'usage ludique. Le � · : stuel sera la manipulation de signifiants très allusifs. 1 ê tre de la bande n'est que œ sysème de signifiants qui ne pose sur rien. Et qui ne peut être que par un volontarisme •• t

• on�tant, une constante surenchère. Lieu du conformisme ••1hcal et de la radicale facticité. Il faut touj ours en rajouter, . t•rou,·er, à soo et aux autres. Le symbole doit être constam­ mrnt maintenu et renforcè par un volontarisme de l'esca­ l.de.

Celui·ci est porté par le langage de la bande. C'est un qui produit des mots phares : des signifiants •tui sont totems et tabous. Mots inventés par le groupe, mots ••sot de groupe

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de passe et mots clés. pouvoir ésotérique ct incantatoire de la bande Ces mots feront le passage à l'acte. Le volontarisme verbal dé·bouche sur une mise en demeure. A force d'en dire, on en aura trop dit. Il [aut que la preuve suive. L'escalade verbale impose une réaUsation effective. Telle e•t la dynamique de groupe : un langage propria­ toire et incantatoire - une pr�paration psychosociologique - doit inciter à l'acte. Celui qui en prendra le risque sera nlors reèonnu par le groupe comme le;�dcr. Les che[s et les sorciers sont ceux qui réalisent ce que le groupe dit. Alors ils font ln rêalité de groupe. Et celui-ci les récompense. La bande devient par celui qui ose ce quelle dit. Elle peut quiuer la gratuité de son gestuel r,our enlln accéder à un acte, lequel, aussi symbolique qu Il soit, èst enfin la rupture désirée et délivrance. De la rntuité, de la ludicité, � du bavardage et des rodomontades . JI faut un acte, sans que l'on puis�e trouver une raison d'agir. Mais avant tout échapper au terrible univers du ludique et du gratuit, celui des signifiants sans signifiés et sans référent. A tout prix un acte qui s'insère dans la réalité quotidienne, pour en finir a•ec J'insignifiance radicale de la !rivalité. Le mot phare des mots phares : la fauch�. A force d'en parler, de le vouloir, de le rêver, le passage à l'acte. Acte étymologiqu e , sacrilège, anti·tabou : le vol. Celui qui l'ose devient le chef. L'initié qui initiera. Alors la bande pourra s'élancer à la conquête d'une nouvelle réalité : un immen'>f: parcours d'abord symbolique - l'esthétique de la nouvelle bourgeoisie - puis, enfin, politique. Le moteur de sa dynamique sera dans ce passage de l'ordre ludique au principe de réalité, de la marginalité subversive aux modè· les socio-culturels de la social-démocratie libertaire. Toute la mauvaise foi de la bourgeoisie - et toute sa malice-est dans cette culture de l'incivisme, du système de la magouille, de la fauche qui n'est pas toue à fait le • La propr iété, c'est le vol • , a dit Proudhon. Formule de libertaire. Mais si toute propriété n'est pa$ le vol, toul est bien une appropriation illégitime, analogique à appr<,_ priation par l'extorsion de la plus·value. Alors la fat1d1e rthèle un apprentissage. Celui du métier de bourgeois. n'c$1 pas subversive, car elle a une double (onction svrnD<,_ lique. l. l.'acle gnuut.. à la limh�. sera l'acte dA: ceue liberation Faî� n'Importe quoi� mads le faire. L'actt! a;ratult ne l'�l jarnuil. 11 '-"$l la .. >lulion m�taphyttlquc de J'impuis:!ian«: politique (voir Lt; PosJédh de Dostolevski). 60

Elie est une allusion (cl une répétition symboliqu�. Initiatique) à l'acte étymologique de la bourgeoisie . l'accu­ '""lalion primllivc, la rapine qui a fondé le destin de la bmrrgeoisie. Elle est aussi Initiation à l'affairisme. Et propédeutique 111 commerce, aux aUaires. à la concussion. Savoir acheter, • f•UI revendre en faisant du bênélice. Sa\'oir échanger. Etre • l'affût des bonne� affaires. Magouiller. A la Libération, un premier système de cette marginalité urgit ; les aUaircs vont reprendre. C'est un milieu ellerves­ •ne, informel, con[us. diffus, relation de café, de boite, de l"éscntatlons, où se côtoient, en particulier, magouilleurs r.lu marché noir. petits et gros revendeurs, • réacs • ou 1.1chos • en n1pturc de droits civiques, jeunes loups viclo· rh-ux et opportunistes, (ils �e famille et dévoyés, etc. Dans ce untexte de magQullle systématique, la (auchc comme s age de la magouille, et la combine comme lauche •prentis 11 •t�lementée. ne se dlsllnguent que par la hauteur des melles, simple, double, triple. La fauche �xemplaire, l'acte fondateur de la bande more, à J'extraordinaire destin, l'intronisation de l'anima­ c ur. leader et locomotive de la bande du capitalisme monopoliste d'Etat, sera la lauche du disque. Acte haute· ment symbolique, passage d'une époque à une autre. Fauche du surplus amér icain. Encore et toujours le '"plus américain. On n'en sortira jamais. Il réapparaît, tel qu'en lui-marne le capitalisme le change, 1ndestruct1ble ; tute new-look, éternel surplus. Comme une prolifération lliiCéreuse de la marchandise. Comme un emblème, symh<rle suprême de l'impérialisme ct de sa séduction (jeans, V Llisquc, etc.). Un : ln fauche. Deux : d'un surplus. Trois : pour la frime. Ti lille composante de la ludicité marginale, de l'acte initia­ tique à la soclét� de consommation, de la symbolique d'açcès à l'affairisme. C'est l'inauguration du nouvel ordre lnltrieur. Le commencement de l'animation sonore. De ln l1ance ludique, libidinale, marginale qui va s'épanouir dans 1 n�picalisme monopoliste d'Etat. Ainsi commence un inconscient collectif. Celui de la "'•uvelle consommation mondaine. Inconscient sociologique une nation. Dans Le Frirole et le S&ieux, nous avons déjà ruposé ses composantes économiques et historiques. Cel­ ci n'ont rien d e commun avec l'inconscient de la psycha· "'lyse. L'inconscient collectii est doublement caché : par la t••ychanalyse et par... la méconnaissance sociologique. Aussi il a'étaler:. au grand jour. Car réputé (rivale et anodin,

f

61


l'�tude de ses manifestations semblera, elle aussi, Car la bourgeoisie veut se cacher ce qui est inllVC>uable cette marginalité ludique et libidinale. ce n'est pas beau ! L'âme de l'Occident est devenue le mode d'emploi �urplus de J'impérialisme. Ce qui est presque jet� .lw rn • . marchand est le supplément d'âme du syMème. s• américain : pacotille mel:'cantile : culture de tion! Dernière esthétiqu e . de l'Occident 1 Cette culture permet d'occulter la double appartenance l'ordre impérialiste sous l'ambigu>té du fétichisme et de esthétisme. Le surplus est à la lois une marchandise signifiant absolu. Nous verrons qu'il est la synthèse valeur idéologique et de ({1 valeur marchande. Féticlht suprême. La pub du marché ct le march6 de la pub. d'usage ct usage de la valeur. L'essence du mondain. Telle est la stratégie du plan Marshall. Ou potlatch de plan Marshall. Les surplus sont Je commencement et support de la consommation mondaine des nouvelles geoisies de l'Occident capitaliste. Le modèle d'usage de surplus doit exprimer une intention subversive, C01ntesta taire. L'acte étymologique :faucher des surplus pour frimr'r Trois significalions en un symbole, lrois composantes lout gesluel mondain. Potlatch du capitalisme-subv•ers;iOI - régulation du système. Le capitalisme veut la N'llnte�ta tion ludique pour implanter et normaliser son marché. Ainsi s'écoule la marchandise, par la promotion lie devenue gestuel mondain. Le pli est alors pris. Tout geste con&ommation mondaine sera une allusion à l'ordre •rrttrru rai et à son acte étymologique. Un usage ludique · e marginal sera antérieur à tout usage et à 1oute p de l'objet. Dressage du corps, initiation à la conS<)mm�!ti<)O A la Libération, donc, les GJ liquidaient, dans qucs de surplus. les disques de jan dont l'armée a , avait armé les unités, soudeuse du moral des Disques à usage mUitaire mais bonne musique grandes formations, chanteurs célèbres. jazz • chtssiqtre La lauche, de ces disques, inaugurera la no1uve:u con�mmalion musicale. Elle crée un mode d'en1pl•oi disque 1• Elle sera au commencemenl de la dilfusion aique par l'industrie du disque. faucher le V disque, ou plus exactemenl dire à la l'avoir fauché. Certains disques furent peut-être fauchés. bien des cas acquis par des magouilles diverses, des trocs

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marché noir.

t. V dlque i : disque de ta Victoi�.

62

La transgression devenant modèle d'usage. le V dis u e �t11it lancé. Le marché de la marginalité, marché des surplus (qui "a renouveler le marché des puces) est consncr�. ratifié 1.. 1alorisation de l'objet est autant dans sa réputation wbveNivc que dans l'usage estMiisant. La manière d'ac· •luérir décide de la façon d'utiliser'. Mais qui fauche ? Oui peut pré1endre avoir fauché. Qui I"'Ut être cru ? Il faut oser défier les lois de la tribu : la morale de la socir!té traditionnelle, celle d'avant la guerre. 1 t certes, les circonstances sont favorables : cette morale est •rlle d'une bourgeoisie vaincue, collaboratrice, totalement Mconsidérée. Oui prendra l'Initiative de la définitive rupture ct qui 111ru le plaisir ct l'avantage d' inaugurer tout un nouveau \'&!ème promotionnel ? Car le leader désigné va devenir un •nimnteur et un patron. fi representera l'élite d'une généra· tlon qui a débuté avec les 13 2, s'est installée avec la urboum, pour triompher avec le yé·yé (et triomphe corn· rlh'rcial). Elite qui M:ra à l'origine des modèles de consom­ mation du nêo-capitalisme. Il raul une situation interlope, une double appartenance la marginalité. Le leader est celui qui peut circuler d'un ,,.,..pe mar ginai ô un groupe clos. rt doit appartenir ilia lois ��� monde clos de la bande adolescente et à l'univers de la n•�souille adulte. C'est un entremetteur. n dispose des deux •..les ct se sert de l'un - où il n'est qu'un larbin, un ummissionnaire, grouillot de la magouille- pour maitri· <1 l'autre - où il devient le leader. Affranchi par la umbine adulte, à ses dépens souvent. berné pnr les grnnds, l• l<·çon reçue Cl retenue lui permet de manipuler Je groupe uvénile. d'en imposer ct de s'imposer. Bouf(on chez les durs ' 1 devient dur chez les tendres. Entremetteur aussi, entre la bourgeoisie et ce double Vhlèmc de mar&lnalité. C'est un fils à papa (ou pre�quc). 1 lui qui fait le mur. Qui sort. Qui organise les surboums. },,� lui. A la coule. déjà animateur. ['n ces mnrginalités. d'une redoutable inculture musi· al• il témo�gne d'une certaine culture. Héritage familial, u <<�nere qut a pianoté en bâillant. Ou elienl des première& 1 ltcs de jau, qui en a retenu quelques noms. quelques airs, u lques tics.

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63


Ce bagage lui sulht pour en imposer. On le croira quand il dira avoir fauché le V disque. Ln bande l'écoutera cl le suivra. li sera son éducatcur-ani mate\tr. L'animation t.onore sera son œuvre. Cette initiation. de la nouvelle généraLion bourgeoise, est doublement caTactérisable. Ln bande sera rejetée et snobera ce rejel. Processus socio�ulturel très ambigu : deux raisons contraires croisent leurs cHets pour un résultat commun. Indiquons très brièvement le schéma de cette animation sonore. Bile va d'abord sc heurter' aUlc deux cultures musicales populaires. Celle du jaa. et de l'accordéon. Musique de deux proletariats : du Noir américain et du Blanc lrançai5. Le bourgeois, rej eté, va les rejeter ; marginalisé, il va les marginaliser. Ne voula nt ni ne pouvant s'intégrer, il les récupércra. Ce processus est celui de la mise en place de la nouvelle culture, de la nouvelle bourgeoisie du capitali sme monopo· liste d'Etat. Une culture bourgeoise originale n'est plus possible. La bourgeoisie n'a plus de message à apporter. (Ce q u'elle a pu laire par exemple au moment de sa lutte contre la monarchie de droit divin.) Elle ne cherche que des alibis culturels à sa consommation. Pour ce laire, elle puise dans les traditions populaires pour justilier ses usages mond:.in�. C'est un processus d'esthétisation de l'esthétique qui carac­ térise l'après-guerre (du plan Marshall à la crise}. L'implantation. en France, du capitali sme monopoliste d'Etat (et du modèle américain} va se mesurer d'ap rès l'irrésistible progression de cette nouvelle culture bour· geoise, hybride, syncrétique. commerciale, qui. partie de rien - de la surboum - va monopoliser tout le chllmp culturel et laminer les traditions populaires : le jazz sera quasi an�anû, interdit et l'accordéon récupéré par la mode rétro. Cette culture musicale est un inépuisable filon com­ mercial, idéologique, mondain. Implacable terrorisme culturel de l'inculture du libéralisme. Cet extraordinaire phénomène, �ul caractérise l'idéolo­ gie du capit alisme monopoliste d Etat, est évidemment passé inaperçu : l'intelligentsia a bien rempli son rôle de larbin du système. En échange. elle a reçu une consomma· tion mondaine privilêgiée. Le pouvoir d'initier au SYl>tètne, (L• Mo11d•. Le Nouvtl Observateur, u Matin, etc.). Et pourtant . ce phénomène sociologique de la consom· mat i<>n musicale est particulièrement révélateur. Alors qu'en Amérique - lieu étymologique de celte consomma­ tion musicale - plusieurs régulat ions ont délimité son 64

r•pan�ion, en France il s'est déployé d'une mani�re outran· •••re, caricaturale. C'est la marque de la colonisation culLu·

telle : le tolonisntcur • met le pnquet •, eJ<pérlmente sans vrtgogne, osant à l'étranger ce qu'il n'osera'! Cl ne pourrait l•ore chez lui . Il trouve toutes les complicités et toutes k'S •rnplaisances. L'arrivisme mondain du consommateur fera 1· reste : la France, de rurale, deviendra la France du rock Jllll\ du disco. Le rock - terme générique qui contient toutes les "'Jlélitlons entropiques de la contrefaçon. toutes les sous· onurqucs �e la rabrication originelle - va r �cupêrer le jazz . . • ••Hnme l tdéologle de la Fete t écupérera la hesse populaire, • vmme la mode rétro récupérera l'accord•'on. De la même manière, le gauchisme récupérera Marx !livre deuil) : l'intégration politique au système. Comme le nru·kMtisme des vedottcs de l'idéologie (Lévi-Strauss, Fou­ 'nuit, Laëan, Barth�s. AJthusscr) récupértera Knnt pour ,,.,,·ul ter Hegel (Livre Lrois) : l'intégration culturelle au \1\lème. Suivons la bande, encore. Elle montre le cheminement "•tentiel de cette idéologie. Quelle trajectoire! Son arrivisme est celui de l'expansion du rythme • pur •. l t on peut proposer - très schématiqueme nt - quatre ou •i uq grandes périodes de cette mutation. Oc la Libération à la fin des années soi:tantc : le jaz1., la moogique instrumentale, Sydnty Bechet faee à la dynamique •"4rndante de l'animation musicale venue des surboums. Le ja11 lace à la danse. Puis une période chanJière : le yé-yé, le t"bt. Tnomphe du • rythme •. Enorme conditionnement t•at les médià$. Ensuite, l'impériali sme du rock (et du •tup� chanté). Avec une apothéose : les Eleatles (une entro· l' ph peut contenir de belles résurgences. L'accident qui "11!1rme la règle). C 'est aussi la disparition des dernières b<•hc� de jazz à Paris. Récemment : la première intematio­ '•l� musicale et esthétique. La mondialisat ion du rythme le rh·� pauvre : le di6CO, Tout petit regain du jnn, quelques llnllvclles boites. Enlin, un nouveau • retour aux sources • tu rythme : le •·cggac. etc. l.c leader de la bande, l'animateur. l'enlremeucur, pas· '"ta la Fête avant d'aller à la boite. Il y conduira la bande. lête de quartier - produit de la Libération, seule ontmation • qui pui sse se ta rguer d'avoir été r�eilemeot t "l'ulaire - va perme11re à la bande de prendre ses •li•tances avec les mondanités naives el sommaires de ce qui •1 1 pour elle la populace. La bande peut s'y commettre. Et ' umuser de bon cœur. Comme on peut s'amuser des gens 65


simples (avec eu..c). Il y aura dans leurs gestes la • distancia· tion • subtile du bourgeois qui va au peuple. Pour montrer et se prouver lt1 'différence en d'imperceptibles nuance�. Puis le leader, d'un bon mot, donnera le signal du départ. Pour aller à la boite (à la cave). A la Fête, il a pu &nober. Et asseoir son prestige en apprenant aux autres comment snober. A la boite, il s'expose à se faire snober. Il va se révéler l'entre·deux : celui qui quitte le bal populaire sans accéder à la culture classique- djfj à classique - du jau. Et

culture sélectiv�. Le jazz - celui de Bons Vian 1 - est bien alors un

élitisme bourgeois. Celui des hériliers d'une tradition. Une certaine bourgeoisie a su reconnaître, recueillir, maintenir, conserver. Cette' musique populaire a été rèspect.!e, êtudiée. avec dignité ct ferveur. Sans essayer de se l'approprier. Avec une rare honnêteté intel lectuelle. l'authent q i ue amateur de jazz. n'aimera tellement, par exemple, dan<;er ou voir Déjà, tout un univers - un goalfre-sépare danser du le jau de 'amateur éclairé ou du professionnel (critique ou musicien) de l'expression corporelle de l'animation sonore. Ces conservatcurs 2 ont repris et continué une grande tradi­ tion. Sans dénlll urer le genre : musique instrumentale, Sydney Bechet ... Aassi, entre les amateurs éclairés et la clientèle mon· daine, le malentendu sera énorme. le leader conduit la bande à la boitè pour l'affranchir : pour danser, frimer, • s'amuser •. Et ils rencontrent des pédagogues, des tradi·

jan. l

pas

tionalistes.

La culture jatz se révèle un barrage pour la nouvelle génération mondaine d'une radlcnle inculture musicale. JI aurait fallu apprendre. Ecouter. Travailler. C'est·à·dire per­ dre les prestiges de l'émancipateur. Se soumettre à des précepteurs. Aussi le leader va éloigner sa bande de ces boites

savantes. Mt�ls tout en récupérant soigneusement les signi­ fiants culturels du jazz, les usages mondains de la Boite, les canevas musicaux. D a récupéré, de même, • l'ambiance • de lo F<lte, son animation spontanée. Aussi dispose-t-il malmenant p'une nouvelle sémiologie mondaine, comme signes de la rupture,

onl q u ts Otr

du ia-ZL â &randc: œuvre, évidemmtn& m«'onnue 1. Cf I.e$ (collection t0tt8 •). 2 Contcnaleun a la manière dotu Parker, A ba fln dt &a \1'(41:, r'vafl d'uo conservatoire. Ou A .1 maniere d'André l-lod.elr, tonqu'il propOSe les r�ale-s de compoiltlon du J"'•· •

66

lu•tement, avec la fête de quartier et avec le jazz authenti· 'l"e Il va proposer une animation sonore moderne qui l''�tendra dépasser des !ormes archaïques ou conservatri· «S Rcjetê par deux cultures populaires, il les utilise pour ),., snober. en réèupér;tnt leurs signes pour trahir lçuresprit. Le jazz sera perverti en rock : La Fure ur de vivre. La onu!ique de la subversion el de la révolte. C'est·à-dire l'anivisme mondain de la nouvelle génération blanche. La renforceret développer l'autre d.·naturation du jau va rversion, qui a déjà fait le leader. L'acte �ubversif étymo· ua ique - la fauche - va devenir le gestuel même de l'Incivisme. Ur Fureur dt vivre sera le raccordement de deux <lynamiques 1 celle du rythme - ct non du swing-, çelle de ln contestation -éi non de la révolution. Doable pre$tige du !�ader, initiateur à la musique et au politi�ue. Double •uflisance, arrogance de la bande. De la surboum aux Rulling Stones. Proposons quelques repéres de cet arrivisme, de cette 1•romotlon mondaine. Ou comment l'industrie du disque a <Unquis son marché. C'est d'abord chez lui que le leader amène copains et mpincs. Pour leur faire écouter les V disques de sa fauche et dr ses choix musicaux. Musique p l us dansante. plus oythmée, plus simple. Plus • moderne. •· le leader doit avoir bien des qualités. Entremet teur

alors

l" l

mondain, il doit aussi proposer l'appareillage élémenlllire ; '' disque et le pick·up. Acquis, laisse·t·il entendre, par <l'autres combines. JI faut les deux pour faire les leaders •l'une génération : l'équipement matériel et les signes mon. dalns, l�s tics culturels et les objets de leurs usages. Pnrmi tous ces leaders, certains vont devenir des patrons. C'rux qui pouront r un saut qualitatif. Il faut pouvoir propo­ •·r un équipement de plus, un outil indispensable : le local. l.t plus à la coule des leaders crééra la nouvelle cave ou la noovelle boite. C'est celui qui, dans le système de la onarginalité interlope, a su étabUr les meilleures relations h)U celui qui dispose de l'argent hérité de papa). Pour ootquérir cet équipement, par combine et magouolle. Alors, la su version sc faisant affairisme accède à sa vitesse de croisière. lorsque le leader devier\! le patron, l�t lwnde devient la clientèle. la bande rabat d'outres bandes. La fusion des bandes dans la même clientèle fera la boîte qui marche. Alors la mode relance l 'affaire. Une mutation s'est opérêe : une dynamique marginale • •l devenue une fonction et une structure. Un aenre est né de lo1 récupération mercantile, une structure d'accueil. Une

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«llule centralisatrice draine la multitude des petits groupe­ ments informels. Une demande, confuse au début. vient d'accéder à sa meilleure formalisation. Tout le restesuivra : l'indu�trie du disque, la commercialisation de l'animation wnore. !1 [allait tout d'abord : l4la création du besoin; 2•1a cellule d'accueil et d'usage : la boîte; 3• la mode et ses annonceurs (Régine). Alots le produit manufacturé de série peut s'écouler. Il a trouv6 ses supports, ses officines de promotion. Mais il ne s'agit là que de la première phase de l'cxpan­ >ion de l'animation sonore. Celle-d connaîtra un extraordi­ naire renouveau grace au dtveloppement technologique. Et de la technologie de pointe. Les nouvelles figures du gestuel mondain de l'animation sonore seront propos«s par ces usages technologiques. l'empathie e.<t encore celle de l'ap· pareil. Le champ d'expression de la machine est le geMuel de la bande. Du pick-up à la sono, du disque à la cassette, de la surboum au concert : autant de bandes, de gestes, de mots qui s'auto-engendrent progressivement. Autant d'écoutes, autant de sémiologies d'usages, d'expressions corporelles, de ligures de la dynamique de groupe. Surproduction alors d'émotions, de sentiments, d'états d'âme : tout le pathos machinal engendré par l'animation sonore. Ou comment le néo-capitalisme produit le spontané, le naturel, l'indigna­ tion contestataire. Alors, du petit g o r up e de la surboum à Woodstock, l'empathie juvénile d evient la sensibilité de l'époque. On a la psyché que J'on mérite. C�lle de la nouvelle consomma­ I ion musicale qui permet une fabuleuse progression du chllfre d'affaires de l'industrie musicale. L'empathie, de cellll nouvelle dynamique de groupe, sera définie par l'articulation des techniques de pointe et de la mécanique sociologique. L'animation sonore dispose d'un extraordinaire davier : la combinatoire de deux mécani­ ques, celle de l'humain et celle de la machine. Pour manipu· 1er l'intimité intérieure et l'intimité extérieure. la subjecti· vité et la classe d'âge, l'individu et le collectif. {On peut même se demander si l'extraordinaire progression technolo­ gique de ce secteur ne pourrait pas s'expliquer par la non moins extraordinaire manipulation idéologique qu'il a auto­ risée.) le concert et la cassen� permettront de tenir les deux bouts. DeuK figures techno-sodologiques qui recouvrent l'animation sonore. qui font l'âme juvénile. le concert est une médiation essentielle : il rassemble les clientèles des boites (comme la boîte avait déjà rassemblé 68

dts bandes) pour une nouvelle écoute. Il a un rôle de ntmli,ation et de diffusion. li consacre les groupes et lance

le· nouveaux tubes.

C'est que l'extraordinail't' développement de l'appareil· lage technologique a dépassé les moyens de la plupart des pntrons de boites. Tout passe d:10s la sono. la monopolisa· lion se fait comme dans tous les <lutres secteu.rs soumis à la • libre entrepl'ise •· En écartant des concurrents par l'inves­ tissement dans les nouveaux moyens de production de l'onimation musicale, la technologie Instrumentale avancée. Centralisation, mais aussi décentralisation : le groupe 111nérant fait Woodstock, mais il fait au�si la province, la ampagne même. C'est comme si la boite allait à domicile, • r. 'e r l'événement. Pour in,•enter • spontanément • une <10U\•elle bande : les auditeurs du concert. Un groupe homo­ lène d'individus jusqu'alors isoles. Pour implanter au cœur cie la province la demande musicale standard (le stéréotype le• plus simplifié, le rythme de plus en plus sommaire). l'investissement dans l'appareillage sonore est tel qu'il <•xige la r"nt11bilité du produc:tivisrnc. la tournée entraîne d'énormes frais généraux. Un parc automobile est nécessaire l'OUT le déplacement des instruments, des techniciens, des musiciens. le groupe doit se produire en une série haras­ •ante de concerts. Cette dynamique de la décentralisation territoriale et du 1egroupement musical (du groupes) permet d'atteindre la totalité de la classe d'âge. Elle aboutit à Woodstock. L'apothéose. la bande des bandes, le concert des concerts. La première internationale de l'animation machinale. la cassette ct le microsillon ; l'l!coute intimiste. De l'Intimité exLérieure et intérieure. Ecoute solitaire ou d'un �etit groupe de copains. Une • sélection • s'est faite. Celle de la vulgarisation de lo technologie avanc� de série. Et celle de la banalisation Immédiate des tubes, de la mode la plus avanc�. Cette figure tcchno-sociologique permet un double pro­ lu : musical et industriel. Par une double publicité : la réciproque promotion de vente de l'objet - la cassette, le microsillon - et de l'œuvre - musicale, du groupe. Le disque fait vendre le rythme, comme le rythme fait vendre le disque. Deux sources de profit, absolument complémentai, res. La pub est rythme, comme le rythme est pub 1 • Pub du 1 . R)'thmto. rc.'pifons-te encore, du nkH�:ophallsme morphe, mc!trlque)

:

t'anti..swina, (iso­

69


syst�m�. modèle de la consommation musicale et modèle de toute consommation mondaine. L'animation machinale a fait l'âme et le collectif, le cri subjectif ct la morphologie sociale. Certes, les écoutes intimistes. mtero-sociologiques n'ont pas 1� pouvoird'inv�n­ tion et d� promotion de l'animation corporelle de la boite ct du concert. Ceux-d restent les lieux privil�giés du mondain. �s grands modèles gestuels sont événementiels : ils témoi­ gnent d'une dynamique de groupe qui rend compte de la conjoncture historique, d'un moment particulier, vecu selon une symbolîque spectaculaire, dom les media garantissent la diffusion promotionnelle. Mais le côté consommation privée de la cassette ut du micrc>Sillon révèle une intox, une imprégnation sonore encore plus contraignante et révélatrice. C'est une intériori­ sation maximale de l'idéologie. Un procédé alors privilégié de la reproduction de cette idéologie. Car gestuel d'accueil, intimiste, de l'Autre, de toute autre information el relation. Un maniérism� de l'écoute se propose comme �ubversion subjective a priori. Tout naturellement, alOI'II, l'usage du hasch, de la drogu�. Comme raUinem�nt d� l'usage inti­ miste, ingrédient de la subjectivité. Le ha:.ch, découvert au concert, devient communion intimiste. rentré à la maison. L'ampli, les spots, le psycl�é<lé­ lique-maison font de la chambrette une petite boite. Et le hasth permet, entre intimes, d'atteindre l'intimité de l'idéo­ logie capitaliste, la microreproduction de l'atmosphère extases collectives.

O.

CONTRJBUTION A UNE THÉORIE DU JAZZ : LE ROCK, OU I.E RYTHME SANS LE SWING. U: SWING, OU LE TEMPS RETROUVÉ -

I.e rock, ou le jazz sans son âme, ou le rythme sans le swing l AIOI'II qu'il se prétend révolte et subversion, il que soumission à l'ordre capitaliste. Nous allons proposer à l'honoéte homme une théorie j du rock et du capitalisme qui de•_.a,;r, rapports du az7., scandaliser les idées reçues. Les siennes, h�las. Le rock (et ses Mrivés) découpe la durée musicale tranches homogènes, répétitives, similaires. Le devient une durée linéaire débitée en tranches identiques. C'est le temps du Même, du devenir réduit à

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� • pétili?" · Ce qui a été sera. Ce qui .sera a étt!. Rép�tition de l tde � Htqu�. Rythme réduit à l'isomorphe, à la s�ule métrtquc. C'est une sécurisation maximale. Total conforml$me Rten ne peut faire Intrusion. I.e Mêm� garantit le M�me. l Autre est radicalement interdit. L'Autre, c'est·à-dirc: la re l'aventure ,],fference, aussi infime qu'elle soit. L'o uver tu ca ique, outO: ! i mprovisation. La répétition, machinale mé mattque écarte les deux possibilités de l'intrusion de l'Autre <If la rencontre. 0� la vraie vie. Ce rythme empêche - et tl une manière brutale, sommaire, terroriste, impérialiste­ , la fmahté ct l à-côté : cc vers quoi va le temps ct ce qui so pnsse �n même temps. On ne veut pas savoir. tJainc de ta mélodte et de la fugue. Le temps ne doit pas échapper Il son H'nfermernent rythmique. Durée close, d'une société clusu d'un co�ps enclos sur sa misère, durée enclose dans le Même: Duree sans progressiun qui exorcise l'angoisse du dcve­ ntr, qui se refuse à reconnaitre l'écoulement du temps vers _ a fm : la mort. Refus d'a!h'Onter, d'assumer. Exorcisme lundamenral d� la culture bourgeoise. lmerdiction de toute difference, de la reconnaissance de l'autre. Boum-boum : c'est toujours pareil. Sécurité machinale. Rten ne se pas�. Rien ne se passera. Rien ne doit se paser. s l• temps tourne en rond. Eternel Retour du Méme. l.e corps "'cette pauvre certitude, d'être le Même. Mais être du non­ ' tre ; le temps san� l'autre, Le temps sans l'amour. Cette temporalité encagée, prisonnière d'elle-m�me est J,, dimension esscnliell� du capitalisme. Elle dit son g;and � · nfermement. Elle est la temporalité du solipsisme, de 1 nullsmc, du narcissisme, du schiz.ophrénisme. l'expé· ttcnce corporelle - et spirituelle -la pius pauvre, Temps de la foule solitaire. Du psychédélique. Chacun onferJ?é en , son rythme : chacun danse pour soi, corps machtnal. � autre frôlé. heurté, pourtant. En fragments. La communton • du rythme (sans le swing) est alors cet �<hangc, du n,on-�tre. N<;>uvelle sécurisatio n : l'Autre est . ausst ref� s de 1 Autrt:. De 1 Echange. Tl est emmuré, lui auss1, • n sa sohtude. JI ne tentera rien pour en sortir. Ry1hme (du rock) : répétition :refus et négation. Mais d� 1_ Autre. Et con•entement au capitalisme. Refus de 1 Echange. Pour une sécurité terrée, égoïste, mécanique. Ce rythme est ptre que conservateur. ll est réactionnaire •1 porte en lui une violence de refus fascisanre. JI doit tnrerdi eà tout prix l'histoire, la reconnaissance. Le rock est � l.t mustqu � de Ill majorité • bruyante • de la nouvelle petite hourgeotste, du consentement au système (complément à la _

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majorité • silencieuse • des • anciens • petits bourgeois). Surtout ne pas être dérangé de �on conformisme. Que ça continue. Que ça se répète. A jamais. Cette durée musicale est l'exploitation commerciale e• la rttupcration idéologique d'une dimension anthropologique fondamentale. mais ignorée, amais j dite. Le rythme en son �tymologle en sa genèse est un fait culturel, le lien social du désir 8 la 'jouissance. Nous ne reviendrons pas sur c�u� qualité première du corps qui inclut toutes les autres (amsr les fixations psychanalytiques, qualités secondes du rela­ tionnel), C<>r nous l'avons longuement définie duns l'Eire et le Code. 11 nous suHira d'en rappeler l'essentiel. . Pour que le désir (l'appétence) d1-1 béb� ottetgne la satisfaction de l'être. il faui l'intervention de l'Autre, de la culture, de la mère. La première connnissanfe du corps est cette expérience temporelle : la consommahon apportée et garantie par un rythme. C'es�-à-dire une régu!ation parf�ite, . . une normalisation venue de Autre, qui rdcnltfre la fonctron, la relation la durée. Celle temporalité est la substance :par la mère, désir assouvi et garanti. L'être premier (l'anté­ pr�dicatil). Le rythme est le savoir organique de la sub�­ tance. Cc qui est dans le corps plus lui·M�me que lut. L'immanence de l'être et de la cu hure. Alors est pos�ible la première mémoire : ee répe tllrve, ment du temps. Une temporalité, car dur pern1e1 un devenir en répétant un paSllé. Cette memoire le support de toute une culture du temps, du corps, l'histoire, de la musique. La substance originelle doit 6tre progressivement Pour accueillir· l'être de la cité. Le rythme, su-u�•u•rc manence, en sc répétant entralne le jeu du IOJ�ctlorln«:t, . relationnel, du spatio-temporel. Et le travarl de ces '"'''ÇIS'U" ries modifie progressivement l'expérience t�mporelle nelle qui doit en venir à son intégrale né� allon : la m•eroorc ou lo temps finalisé par la médjation de Autre, de Toute la culture de la reconnaissance. de l'Autre, de Alors la substance est dépassée, niée. Ses données - teR IJX l devren· atio ves :le fonctionnel, le relationnel, le sp � )f :<:Urver C>OJC nent autonomes. La division du travail permet a celle dynamique. Toute cene culture peut être niée, refusée : la "'"""'" lit� demeure figée dans le pur répétilif. Le devenir sera Même. L'autre sera réduit au Même. C'est le rythme capitalisme : le rock. Le rythme sans le swing est l'es! !enct , < >r eu< temporelle de ce capitalisme. Il est l'expression corP de • l'aliénation de l'homme •· La marque du

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ttlpétitil, saccadé, fébrile. de la machine. La répétition •·Roiste et sécuri1>ante du Même. La volonte de consommer '•ns rien produire. Et refus de l'échange, du partage. La suprême imposture, récupération idéologique et mon­ daine, consiste è prétendre que ce rythme est le swing. A partir d'une analogie formelle - de canevas. de Kansron ­ ··mre le jazz et le rock, on dira que celui<i (et toutes ses J�rlvcs) non seulement continue le ja,_z mais encore l'ac­ mmplit, le libère! Ce serait le même swing, perfectionné, rpnnoui. Idéologie de la récupération! Le swing est Autre. JI est l'Autre du rythme capitaliste. !1 n'est plus la temporalité ancagée, cncqdréc, gardée, policée de la répétition machl­ nnle, forcée, ilbr·utissante, mais au contraire le temps perdu ,., retrouvé, le temps qui suspend son vol. Le temps éternel. llne répétition, oui, mais celle du Même et de 'Autr l e. Le rrmps accompli, le temps libéré, celui de la réconciliation Ju Même et de l'Autre. L'un. Le temps de l'harmonie. Car cette temporalité n'est autre que l'identification e du temps de la communauté et du temps du corps. 1r fait p 1 ..- temps de l'histoire humaine a su retrouveret exprimer le r.•mps de l'innocence, celui du premier moment du corps. Mais en tant que phénomène historique et culturel. C'est un nntisubstantialisme qui interdit toute récupération à des !rns de consommation. Deux rythmes se confondent en une h.trmonie totale, cosmique et singulière. Le swing. En termes de musicologie, H est évident que le rock t<'èupère le jazz en le réduisant à ses schémas et à des tics. euille • en conviendra. Certes, le rock (et ses Oui a la • f .l�rivés) est déjà dQns le jazz des origines. Mals comme une •lrtuallté connue du ju� et refus�. dédaignée. Ou ironique­ ruent utilisée. l ogue que nous voulons Mais c'est surtout en anthropo marquer la différence. Car c'est à ce niveau que se font les manipulations Idéologiques. L'anthropologie historique p.rmettra decompléter notre théorie du jazz. Montrons tout d'•bord le processus idéologique de la récupération, celle ui veut utiliser le jazz pour justifier le rythme capitaliste, 1 nimation machinale. On nous dira que le Noir swingue en tant que race, en t•nt que Noir. Cette thèse substantialiste, ontologique est nlors... raciste : une qualité ontologique est attribuée � une nllure, à une race. Et quelle qualité : le sens de l'harmonie, J, {leste de la participation immédiate à l'ordre naturel, •"'mique. Harmonie préétablie, entre un corps, une race, le 73


�osmos (qualité qui lait un autre peuple �lu, enchaîné et messianique). sme : les acquisitions de la culture, Mtthodologie du raci de l'histoire sont dites naturelles, innées. Alors que l'être est un a�quis historique, moment ou résultat d'une ph�noméno­ log•e. d'une praxis. d'une saga. Pour ces idé oloai s . le swing c't la couleur de la peau. Et non la cuhure d un groupe huma10 devenu homogène et particulier de par une longue histoire. qui est celle du ja7.z. Ces idéologues iront jusqu'à raconter qu'il y aurait un lieu - en Afrique - de l'origine du jau, de la musicalité pure. Substantialisme naïf - ou cynique ? - du retour aux sources. Thème éternel de la réaction. Retrouver l'essence de I'AI'rjquc sérail retrouver l'essence du Noir, l'essence du rythme. C'est l'idéologie du néo·colonialisme écologisant. id�'ologic du sous-développement : • Une race est pure ... elle a échappé aux tares de la civilisation... Il laut la pr�serveret empêcher les exploiteurs de l'équiper en biens de production industrielle, car pollutions et nuisances vont suivre. • Le swing devient du coup le modèle d� la contc:st;lti<on, la subversion de la société industrielle et capitaliste. une subsumee : un lieu, une race. une e.o;ence naturelle. Le Noir swingue et témoigne ainsi d'une pureté ontologique que le Blanc. par son histoire, a reniée, e ffacée de son corps. pour � soumettre au gestuel policé de la civilisation. Mais grâce au rock - qui développe le jau - le Blanc pourra retrouver cette innocence d'avant la civilisation (l'antéprêdicatif). Ces idéologuès dil•ont que le rock libère le et moral, du mnintien "a'u"'"'·' r corps de son carcan eligieux occidenllll. Alors le corps 11'est plus guindé, honteux de même. Il s'exprime. Le corps mod.:lé pur la religion, cucp..e• er d• blli>é, corps du péché, peut se défouler. s� libér c·s Cette idéologie est habilitée par toute une c 1 : � � � � do la modernité. Il faut la psychanalyse. Et sa marxiste. Et l'ethnologie. Les deux quêtes de l'a1ntéor<!d tlf. De l'être d'avant la civilisation corruptdce (avant 1 toire individuelle et avant l'histoire de la soci�té). td�logie de la modernité qui n'est qu'une no.luVE�Ile i me de toujours. Anthropologlsauon mouture du vita ls l'élan vctal. Bergsonisme revu et corrigé selon les no'uvc���x besoins Id�logiques. Par le rythme (du rock), on se la société close (du conformisme bourgeois). Pour ae<cécler l'harmonie et à l'innocence (de l'élan vital). A la pulsion, à �pontanéité. à l'élan. l.'1d�logi�> utilise toujours les mêmes trucs. La vie... vlc du vilalisme. L'idéologie du capitalisme mc,no,polisc.c:,

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d'Etat ne fait que développer et exalter l'idéologie du u•pitalisme concurrentiel libéral. Celle qui étall déjà l'idéo­ lo&ie du combat contre • les Lumières • et le mécanisme tCientiliquc. Triste imposture : le rock n'est qu'une pulsion aus,i16t mécanisée, encadrée, soumise. Morne répéti tion : le swing n est plus, ne reste que le rythme mécanique, isomorphe, mdrique, celui de la temporalité capitaliste. Piteuse contre­ laçon. Mais que la toute-puissance du capitalisme a impo· n quelconque entre le 11-e. Pourtant. peut-on établir un lie Mhanchement d'Elvis Presley et un chorus de Parker 7 1 'intelligentsia ne s'est guère indignée de cette imposture. Au contraire. Po�r elle, le rock est une manière de se révolter lllntrc le système. Cette conception du ja�� substantialiste, néo·capitnllstc, mondaine, doit être dénoncée et écartée. Et contre cette r\ploitation de l'harmonie préétablie de Leibniz. nous rroposerons une thèse hégélienne et marxiste. Thèse antiro­ ll>te. Celle de ln production historique d'une temporalité unique : l e swins. qui n'est ni dans la nature ni dans la race. Mais fait de cuhure. Pour swinguer. il laut être Noir. D'accord. Presque d accord, car pas mal de musiciens Blancs swinguent, aussi . I l ces nombreux cas d'espèce suffisent à infirmer la thèse •ubstantlaliste : le swing n'est pas un [ait de race. Si des !lianes �wingucnt, c'est qu'ils participent, de l'inlérleur, à la 1talité historique de la culture noire. Et non en usagers. Il faut avoir été esclave. Majs encore et surtout améri­ uin. Il raut les trois qualilés. articulées en un ensemble dl&tlectiquc <;:1 historique : être un Noir qul devient un r•clavc et un esclave qui dovien1 américain. Le Noir est le •uppo•·t ct le véhicule de cette culture. Au résultat, • l'es­ k·nce • du Noir : le swing. Non pas comme permanence et 1<aurgencc d'une qualité naturelle, mais comme nQ!ure drvenue, culturelle. Fait historique. Alors que J'idéologie ••'ut en faire la contre-histoire (l'antéprédicatil). Cette culture du jazz est d'abord un fait de migration. Et uon un lieu lixe et étymologique. Mjgrato i o qui est le plus monstrueux dépl:�cement de population de l'histoire. Le twing est la microtemporalité qui rend compte de celle tn.&tro spatio-temporalitê. E.n un ellipse, toute une histoire. 1 n un ra�'Ourci temporel, tout un espace. Cette migration sociale est un phénomène historique ounque : les deux bouts de l'histoire se rencontrent et •tdcntilient. Le: mode de production du primitif ct le mode 75


de production capitaliste vont se contondre en un genre de vie qui donnera naissance au swing. Cette identification ne pourra être celle d'une cité auto­ nome, l'organisation d'un espace social institutionnel. Le lieu de la con-pénétration des deux cultures se�a �ne temporalil�. Le surgissement du refoule! est une margmahté Un à-côté de la cité institutionnelle. Le swing est dans et

côté. Cette temporaUté nouvelle, en • son essence • est blues. Microtemporalité, à côté de la macro spatio-ternpon•·' lité américaine, et qui rend compte de la totalité migration Noire (intégration à l'Amérique incluse). unité organique temporelle doit rendre compte, en durée très brève, en une cellule musicale, d'une mt•llitu<ie discordante et dissonante de faits hi�torlques. C'�:sl-<\·<ltire le vécu tribal, le déplacement de population, Ill nostalgique, la participation à l'ordre industriel. Part lion contrainte et forcée, mais aussi participation cul volontaire, involontaire, par le jazz. Armstrong chantent en américain et non dans un dialecte atrlca,tn. Autant de dissonances qui pourtant constit ensemble homogène, autant d'accords dont le désa<:co,rd .era le lien. L'unité de la cellule musicale sera l'ensemble des di scordances. Le jazz est cette élaboration synthétique : il selon la causalité historique et Il s'uniUe aussi selon finalité historique. En une ponctualité antagonismes, les ruptures, les discontinuités de l'hist,oire. Le swing, reproduction de la saga du peuple noir an>i>r·i. cain, C$t une temporalité qui se déborde Rlle-même, dêbolte pour glisser mais se rattraper juste à l •nstant où semblait se perdre. Temps syncopé. qui af(irmc, puis se revient sur lui-même pour mieux se dénoncer et se re<:onn· mcncer. Temps qui se détruit à mesure qu'ii se construit intime. la modulalion même gui ainsi devient une durée 1 intention subjective, l'histoire du peuple Noir '· Le swing est une re-création organique- individuelle

··r;� �� �1t�;:

1. Celle-c-i est l'histoire du jn:z. Elle •'ac.M:"e et uci$ecl� t ropoll s amklc:afne. italiste · la mi tcmtnt de la ville c-ap Noir. ck·la\'t paysaft. Demit:r- momt:r'll du calvalro. Moment uaume .• alors. ac-wa1iie le subjll!t"tivitê unh·erselle. Il .u ja occld<ntale. celle de l'homm< blanc. Cln&h•nte Jro·nle de l'histoire : alors que l'Occident �ndain singe rythme ..Su swlng. le Noir prend en charge 1a rn�lodi" inl1n1e, Ouell� en ordre ! OucHe lec.-ont M"i' alle� expliquer ça à f'oucault l!l è Jet�n ,

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de l'histoire globale. C'est un vécu qui répète l'éternelle ;cène. Recréation organique car temporelle, durée existen­ liell� qui éprouve comme la première fols : duue musicale. Supériorité de la musique sur les arts plastiques qui ne peuvent que r�présenter. Ils n'échappent pas à la fonction wmbolique. A des médiations nécessaires pour exprimer une înlention. A une objectivation qui rend intelligible la 'ubjectivîté, mais qui aussi ta trahit. Le swing, au contraire, re-vit l'histoire racontée. En un vécu du corps qui expérimente charnellemen1 l'acte histori· que du peuple Noir américain. Il est pure subjectivité. Et ce vécu est un savoir absolu : une synthèse organique. Il fait le lien entre tous les moments. Il est création ct création d'une totalité. Comme expérience du corps et maitrisc du corps. Le pouvoir de répéter, le macro en un micro, le multiple dans l'un, le Même dans l'Autre. Tous les aUects sont unifiés en une sagesse historique, qui 1ranscende les moments. Rien n'est oublié. Mais tout prend .son sens. • Aimez ce que jamais on ne verra deux fois. • Le jan est toujour'S Autre. Sa nuance : l'Autre dit par le Méme, ta communication la plus intime et ta plus ac1uelle. L'lneffa· ble. Le Code est I'Etre. Sans aucune m�diation. Comme •mmédiate participation. Seule la musique peut Je laire. Et elle seule en a le droit. Ceue imperceptible nuance qu'est l'existentiel ne se répète jamais deu11 fois. C'est le contraire ab.solu du rock, du rythme machinal. Car l'expérience microrépétitivc, des moments de la saga, ne peut être jamais le m�me. On n'éprouve jamais de la mèrne manièfe ce qui nous est consubstantiel. Le swing est cette émotion indicible : J'uni· cité de valeur univer sell e. Le swing est l:entre-deux rythmes, constamment débor­ dés : entre le tanHarn et entre le t·ock. Car Je tarn-tom ne swingue pas. Encore moins le rock. Mais le swing se confond aussi à ces rythmes. Pour les dénoncer et se dire Autre. Alors deux systèmes de «emporalités révèlent leur fonction so!curi· ionnaire, leur refus de sante, leur ontologie répétitive et réact reconnaître cet Autre qu'est devenu le Noir - esclave américain. Le swing, musique populaire parce que de valeur universelle, dénonce à la fois la fixation régionaliste à l'Afrique et la rkupératîon capitaliste de l'Occident. Il refuse en meme temps le vitalisme du primitif et le machi· nisme du capitalisme. Ce que l'idéologie cherche à idenlî· fier. Formidable humour de la saga noire, car savoir du passage, de la médilltion, de la rupture. Savoir du produc· 77


teur-esdave. Et production d'un mode de production : le mode de production indUStriel. Car c'c�t le travail de l'esclave qui est à l'origine de l'accumulation primitive, laquelle, réinvestie dans le secondaire, permettra l'extraor­ dinaire progrès économique du capîlali�me des monopoles. Producteur alors totalement frustré de sa production. Ce que le jau dénonce alors dans le nxk, c'e\t le rythme de la consommation capitaliste. Humour notr de la saga Noire qui ..e &ert de ses singes Blancs (Elvis Presley) comme faire· valoir du swing. Le jazz est alors vraiment subvcrsiL Un chorus de Parker suffit à dénoncer la facticité de la révolte, de ln contestalîon, de la subversion machinale ct mondaine. Le u-uqua.ge de ces Blancs qui veulent encore se servir des Noirs. Mais ce swing dénonce aussi le retour aux sources, thème essentiel du néo-colonialisme écologlsant. De même qu'il est autre que le rythme du capitalisme, bien que le Noir soit à l'otiginc de sa puissance industrielle, il est autre que le rythme africain, bien que le Noir américain soit d'origine africaine. li renvoie Sun Ray et Elvis Presley dos à dos. La contrefaçon vilaliste, de la restauraiion ontologique, ne dit pas la nostalgie du Noir mais celle du Blanc. C'est mépriser le blues. expression culturelle du déplacement de popula· tion. C'est dédaigner le rôle essentiel du peuple Noir améri· cain dans le pnxès de production. C'est vouloir que l'Afrique croupisst en sa misère séculaire. Idéologie du Blanc dérangé dans lUl consommntion et qui voudrait la restaurer en un lieu privilégié, à l'abri des tut·bulences des producteurs. qu'ils soient Blancs ou Noirs. Pour qu'un espace et un rythme sauvages intot·disenl à Jamais tout aménagement socialiste du territoire : nouvellès colonies de vacances 1• ,

E. - BlLAN PROVISOIRE DE L'AI\IMATION MACHINALE. VITAUSME ET ANIMISME

La statue de Pompidou - celle que le régime produira et diffu&era en serie, culture de masse - a appris à vivre et à vivre sa vie. Son intégrale passivité lui a permis d'accueillir

Cl. tu Coloniu de

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wacances.

Françui� de

Nesronl.

•u mi�ux les stimuli utéricurs. Et de déployer, alors, tout le 1• 'tue! adéquat. Celui d'un dressage quasi pavlovien. toute un,· gamme de réflexes conditionnés, ge.stes d'usages d'ob­ )eh prlvil.,giés, initiateurs. Ça fonctionne. La statue est fonctionnell..-. Ses gestes se •nt articulé,. en séries, celles-ci en conduites hiérarchi6{-e& t finalis�s. pour faire des actes. Lo dynnmiquc gestuelle, d'abord purement organique, .-t devenue psychologique, puis sociologique. Trois syst�­ tnes morpho ogiques se sont stratifiés pour donner des lnnctions au corps. Celles des usages de la nouvelle t'Onsom­ rnution mondaine. Vie purement maciJînnle, d'automate : de geste en geste, clv signe en sigrtc, de conduite en conduite, la systématique clll paraitrc va Constituer son être. l,'être mondain. Le multrc - le capitalisme - dispose de cet extraordinaire p"uvoir magique : animer le non-êrre des gestes de sa matière. Le moindre sHmulus suffit à déclencher une •traordinaire complexité gestuelle, morphologique, sémio· lc>atque. Tel est le paradoxe de la passivité, celle de la n•ali �re. La moindre animation rencontre une totale disponibi­ lhr La marque s'enfonce sans résistance et se diffuse Immédiatement. La matière. pur réce-ptacle, est extraordi­ n•trement maiMable. Son impuissance à être lui donne ce •nuv oir · être la première lorme proposée. et n'être que celle "'me. Le non-être est la plus grande disponibilité à la

l

l

lcnme.

Cette dynamique de l'animation crée un univers nt.tchinal - en expansion,. Une fois lancée, la statue ne o'urrêtera plus. Le poids de la matière l'cntralne, constante ••cèlération du rythme, de plus en plus fébrile. Il semblerait presque que le mannequin en rajoute, de lui même, tllnt l'élan de Ill passivité est irrésistible, à cause de· 'a pesanteur. Cet élan vital est intarissable, une fois tlunnée la chiquenaude initiale. fi est t-omme une vibration qui ne peut plus s'arrêter et qui même s'amplifie. tant le \!.Ir aide à la résonance. L'onde de l'animation machinale t un vibrato infini Et comme ce paraltre est vivant ! Toute une dynamique t devenue une animation et celle-ci un système de nthmes. Le capitalisme a fait du machinal la pul�ion, la •1•untanéité. L'élt�n vital. Le monde de l'apparence - le mondain - est un non· �tre diabolique, une Imitation de la vie qui [ah plus vraie ttttc la vic, qui en rajoute. Le diable e11 [ait trop pour imiter ,

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l'inimitable. Il}' a dans l'animation machinale une fébrilité qui la trah it. Le rock en fait trop pour être le swing. L'automate est trop parfait pour être la vie. Notre approche anthropologiq.re nous a déj à permis de définir le corps selon le rituel initiatique, la magie, le totem. le potlatch, l'échange symbolique. C'est le corps de la consommation. Le corps de la modemité sodnl-dêmocrate. Une autre catégorie de l'ethnologie, et fondamentale l'animisme -, nous permettra de compléter cette généalo· gie du corps de la modernité. Car Je vitalism� est au�si un animisme. Le corps est lnilié. Initiation au mana, aux forces occultes, obscures qui rl!gissent les phénomènes vitaux. Rites d'initiation à un univers où les objets et les gestes sont gouvernés par une entité spirituelle, une âme. Cette âme n'est outre que celle du... capitalisme C'est l'âme de l'animation machinale. L'initiation est intégration - inconsciente - r�u système, participation idéologique spontanée, • innoce11te •, au mana (de l'être capitali�te). C'est ce mana ql''il faut cnpter. C'est ce à quoi il faut s'inlégrer. A un premier niveau, c'est l'initiation aux objets féliches et aux gcs1es totems (poster, flipper, juke-box, cheveW< longs, jeans. guitare, etc.). Première initiation mondaine, première animation machinale, premier ani­ misme. Puis, à un second niveau, le riluel initiatique progresse vers la participation. Elle n'est plus symbolique, mais expérience existentielle -le rythme (celui du rock). La radicale soumission du corps à l'animation machinale - le psychédélique - permet de participer au grand tout et même d'atteindre ln transe, le mana lui-même. Ce rythme 1 est la meilleure des Structures d'accueil de l'animation machinale, Alors l'expression corpor<!lle assi­ mile immédiatement, sans détour, la mécanisation du vécu imposée par le néo-capitalisme. Le rock est la plus parfaite structure de dressage du corps. 11 est une préparation à la fébrilité de la nouvelle société. Par ce rythme, l'intégration machinale au machinal des rapports humains. Alors 1 vital s'identifie à la dynamique capitaliste. Le vitalisme est le vécu de l'animation machinale. Nous verrons que les autrès niveaux de l'inltia'tiOJn mondaine à la civilisation capitaliste sont aussi dures de captation du mana. Ainsi le hasch, ct les dr•�l!llCS dures, permettront l'dta�e. l'immanence totale.

1

1,

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Isomorphe, mt:trique.

En fin d'initiation, ce �ra l'accession à des objeto :,ttchc• trh sélectifs mais u�uels (un certain usage de la moto, par exemple). Le mana ne S<!ra plus une expérienc" ludique, momentanée, propriatoire. Mais une pratique quo­ Udlenne, une consommation, çellc du maitre de • la société ,,,. consommation • . L'intégration ou système est acquise. Animation machinale : vilalismc, animisme, fétichisme. nu consommalour. Car tout cc dressage coporel r n'est que la mise en place d'une forme. Celle de la consommation mondaine. Atteindre cette forme est atteindre l'essence du '.tpilalisme. Son mana. Le corps se laisse animer car ainsi Il accMe à la forme la lu' parfaite de la consommnlion mondaine. Nous avons ln explication de l'extraordinaire facilité avec laquelle le •" ' ps parvient à des usages cxtr*mement sophistiqués. C'est •·• passivité elle-même qui permet au machinal d'a ir. C'cM s •·• soumission qui autorise son pouvoir. L'abandon à la (l<'.qanteur fait le jeu de machine. Extraordinaire pouvoir· d'êngcndremcnt du non-être, de l'en soi. Touhl$ les ligures décrites ne sont que le développe· ment de la même • aptitude • à recevoir sans avoir cu à t dulr c . A prendre sans rendre. A répéter sans progresser. po passivité, paradoxalement, deviem un acte. L'acte d'uti· h•er, d'user, de se servir sans avoir i!laboré, travaillt. Cette pa,sivile est la réceptivité de la matiere : pure forme de 10nsommntion. Le corps ne fait que ci!der de plus en plus à � pesanteur. U s'abandonne entièrement aux stimuli du •••Pttalisme. Pour élargir extraordinairement son champ lunctionncl. 11 n'y a aucune progression dans la dynamique de la otntuc. Ce n'est pa� par un perfectlonl)ement inlime què Je 111rps atteint la pedection formel!� de la consommation. C 'est au contraire par la radicalisation de sa passivité. Par le plus grand abandon. La plus grande soumission. Les marques du dressage se font ainsi de plus en plus (l<•nétrantcs. De plus en plus coercitives, impérieuses. La 1""-qivité de la statue s'avère infinie, dé(initive. Son • éduca· lion • a consisté à l'abandonner à elle-même. A sa nature A •un penchant. A sa • spontanéité •· Cette veulerie semble sans limite. La rhétorique machi­ n�le interdit l'authentiqué révolte. Tel est le corps mod�le •1u� Je nouvel éducateu r - ou animateur- devra fabriquet· 1" série.

r

la


5

Quatrième niveau initiatique l'initiation mixte, subversive et institutionnelle. Le hasch et un certain usage de la pilule

A. - LE CORPS AUTONOME DU MANNEQUIN 1 Du psy. du •ensuaUsme Oe psycbidEiique) l l'intEaratlon llalhulioDJlellc Le corps comme machine à rêver -

La dyn�mlquc de groupe et l'animation sonore ont donné

lU corps un êquipcment machinal tel qu'il peut fonctionner

de lui-même. La statue dispose, maintenant, rappelons-le,

If un savoir organique mais aussi psychologique et soclologl­ ur L'automate est devenu autonome. ll devient adulte.

Il reste un automate : il ne sait que ce qu'il a appras par

le hande et le machinal. JI ne peut que fonctionner belon la tugrammationacquise. I l la répète, certes, machinalement, m4i• sans que le programmateur ait à intervenir A un •ment de la vie machinale, la création • continuée •. !Intervention constante des stimulateurs, ne seront plus ut e s.s aJnos. .

Au d<ibut, le mannequin n'était que pulsions. gestes "··adés, rythme fébrile. Il était psychédélique. Son Inti· 83


mité incérieure n'était que la projeclion d� l'intimité exté­ rieure Inventée par le capitalisme. L'univers du stroboscope ec du synchéciseur - l'animation machinale - est aussi l'univers mental du robot humain parfaitement dressé. Les pulsions ne sont pas des conduices. Encore moins des actes. Mais quand il n'y a que pulsions, le psychisme n'est qu'un jeu de lumières et de bruits, de gesces qui ne peuvent concinuer, d'intentions aussitôt oubliées. Et tout cela inlas­ sablemenl, inexorablement répécé. Le premier sensualisme - de la statue- n'est que machines. C'est le psy. du psychédélique. L'�tre m:1crnnao l'être des pulsions. Le bruit et la mièvre f11reur de gesticulation. La satue t de Pompidou nccède à une ani tion spt!cillque, propre au rythme du capitalisme. Inodit••·· La statue de Condillac disposait d'un sensualisme... sens. Celle de Pompidou a le sensualisme du psy.. que seul capitalisme pouvait inventer et déverser dans la •••,...,,., Nouvelle Innervation, qui écoule et Inocule dans Je intime du non-être organique les signWcations intimistes l'animation machinale. L'être psychologique est celui du sensualisme. Et ccllui e�t l'être du psychédélique. Le mannequin a bien la dirne11· sion • psychologique • de sa nature. Celle qu'il mc:rn•e. psy. ebl le résidu d'une sensation. Et celle-ci le r�sidu consommation. Le tout est un dressage. Oc l'être � A la fin çlç la culture par la bande - de group e •: - Je corps dépasse ce premier conditionnement. M'""'"" nant, le robot dispose d'une mémoire. C'est un coule, qui sait vivre. Celle mén1oire est tr�s SO(philsti:qu,ée, très êlaborée. Le mannequin mondain peut répondre stimuli mondains - et à eux seuls - selon l.irl choix. Et peut proposer ce qui ressemble à l'improvisation : de velles combinaisons, plus systématisées. peut p11iser rmes. un énorme arsenal de signes, de gestes, de o Pour proposer même des conduites très complexes, imprévisibles tant les matériaux acquis sont mul divers. Le robot devient un extraordinaire montage de estuelles Cl sonores qui s'ar1icuJenl pour proposer e discours machinal. Celui de la mondanilê capilallste. Le mannequin • s'humanise • · Sa machination ressern• ble de plus en plus au gestuel humain. Comme ces qui, au dernier moment de leur récitation mcicanictue, proposent un geste inédit, surprenant tant il i Geste qui parait même plus vivant que le vécu oq�arlique. LI statue, alors, semble vraiment s'animer. A de acqub. elle se propulse même vers des improvisations

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OC"rnblent être de son invenlion. Comme le ressort en tïn de wurse impulse un gestuel, plus souple, plus délié, plus oué, tellement semblable aux gestes rares de la créature, • l . anomation machinale à son zénith se dêtend au�si en une ,.--te qui semble vraiment humaine. Alors la statue semble avoir une erne. Comme si eUe échappait à son mécanisme Puur vivre d'elle-même. Ubre. D'une vie née de la perfection liu geste. Hoffmann 1 a pu s'y laisser prendre. Mais cet humain est un trop humain inexorablement dénoncé par on nr sait quelle imperceptible fébrilité. Ce corps parfait du machinal va pouvoir s'élancer vers ll.-s conduites mondaines encore plus perfectionnées. Vers une définitive Intégration corporelle au système. Le manne­ �ui!l .m�ndain va �ccéde� à des conduites adultes. Celles de l lntiJauon mondame nuxte, subversh•e et institutionnelle (pAr la drogue et la liberté sexuelle). Mais alors son passé devient son inconscient. Comme uur l' u�aln. La statue aura un inconscient : Je psychédé· r que, unavers pulsionnel de la première animation machi­ nale. Le rêve capitaliste peuplera le rêve de l'animal­ machi!le. _D'ellemême, maint nant, la statue devient ce que � 1� capuahsme ;a faite. Ce quelle rêve, c'esr ce qu'il y a de plus machinal, de plus extérieur. Ce sera son intimiti•, son moi P "?fond. Son cela. Ce qui est au fond de la profordeur n MJnd ame : le machinal. Profondeur du superfice i l : la noachination capitaliste. Ce rave est bien ce qu'il y a de plus superficiel. Celle vie drs sens est le non-sens de la vie : l'élan pulsionnel ui q rrrombe en même temps qu'il s'élance, la répétition fébrile. ln discontinuités sans [in, dis�onnances et discordances. Le rt've Cfl mécanique c�r il n'est que jeu de ' lachine. Le corps ! . uns autre. Mnis lmnté par i autre. Il est organique en son lnlflulssancc d'être sans l'autre. Et c'est son seul message. 1 'Interprétation du rêve doit être l'interprétation de la nttlièr� : un non-sens hanté par le sens que la culture et la •••liOn Imposent. Cet inconscient fail du corps une machine à r�ver. Rève d machine. De la machination capitaliste. Rêve, psychédé­ h•lue, hallucin oène sont les trois aspects de ceue animation n•·•�hinalc. Le du corps est celui de l'inhmitê' de onconscient, de l'âme du mannequin mondain. Deux nutomatlsmcs vont se confondre :celui de l'anima­ Hon capitaliote et celui du corps. Les programmations de ces

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Celui d•o contco d'OIIouboch.

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deux machines à rêver vont s'identifier pour propçscr même scénario du même rêve. L'univers du synthétiseur et du strob0$éope sont gés. conlondus en une totale lète des sens du machinal. haut moment du rêve - par le syncrétisme de tous constituants- et plus haut moment de l'animation m:ao111• nale - par l'e>�!rême sophistication de l'appareil psychédélique est alors la projection spatiale. èollor·ee, temporalité briséé d'un rythme sans swi La .eo•r�•u.. hachée de �e rythme reprend et répète )a <:onlpc>sition' spectrale de la lumière. Imaginaire de pacotille, riche,.se l'animation capitaliste. Le corps comme machine à rêver le prêt-à-porter du rêve bourgeois.

L La subvetsiop radicale nonnalité conformiste

Le Dagtant délit d'une

Ce corps bourgeois va préserver le plus possible ces prérogati,•es mondaines. Car il dispose son plus grand potentiel de séduction. Tl est à la lois l'être le politique, le vécu et Je message, la consommation daine et la révolte. La pseudo-naîveté politique peul donner le charme de la révolte ingénue. Cette révolte mondaine se c6nfine longtemps dans marginalités de la bande et de l'animation sonore. savourer. Se consommer. S'utiliser comme (lrme es,;eroti<�ll� de la séduction. De la drague. Les minauderies de De<1n se reluserom longtemp.s à leur priSe de parole. Tel est l'énoncé de la mondanité occidentale ; la séd.uct.ion est contestataire. De là sa problématique : comment lier l'expression corporelle et le discours politique, la cipation et la représentation, le signe et la parole. équilibrer la consommation mondaine et le message que. Car les deux termes sont en rapport d'expression. par la subversion politique que le mondain se valorise. par le mondain que le politique se promeut. Cet équilibre parfait (dl.l troisième niveau initiatique) pourra être maintenu. Car le mondain est conoarrme l'escalade subversive. De par la concurrence et l'usure signes. C.e qui c6mmence comme sélection, ma�ginalité petit groupe tombe très vite da(ls la consommation masse. La banalisation des signes réd4it de plus en mièvre message contestataire des premières intti�1tuml mondaines. Pour écarter la concun·ence de la mi,ni-trançh d'âge d'avant (on est pas�é de la mode pour une génération

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mode pour une dêcade, puis pour une classe d'âge, puis l"•llr un été) et supplanter les rivaux de la nouvelle mini­ •l.>sse d'â!!e• il faut proposer d'autres modalités transgressi­ "•· Pl�ts violentes. Plus politisées. La subversion se radicalise, accède à la plus grande llllllsgrcssion possible dans le mondain ; la drogue et le ne, Cette consommation transgressive e.xaspère le message pr�Htique de l'émancipation, de la libéralisation. C'est la Rllinde bataille contre les tabous et les jnterdits. L'expression corporelle est alors la réalisation d'une Intention poliûque. Alors qu'au niveau du rock et de la hnnde, la pseudo-innocence ontologique était telle que le •• < :u semblai( apolitique. Du troisième au quatrième niveau Initiatique, l'émancipation passe du combat contre le père •" combat contre • la sociêté •. Les conduites <:ontestaires se font systématiques, finali­ IN'S. Elles quiitent l'univers ludique de l'adolescence, l'ani­ nhttion de groupe et l'animation sonore, pour des conduites ouvertement transgressives, discoureuses, personnalisées. rnt(agées. Mals sans quitter définitivement l'expression "''porelle. L'enjeu reste le sensible, la consommation mon­ d.tlne, l'accès aux signes, au pouvoir libidinal. ludique, nt•orginal. Les •·eprésentations politiques ne se séparent pas rncore du vécu. Alors la contestation mopdaine atfeint le moment dialec· litJue de sa plus srande contradicUon interne : contradictiqn ntre l'insûtutionnel et la subversion. Car ce qui se dit Llllllestation n'est qu'initiation mondaine, niveau supérieur do l'intégration au système, à la sOèiété permissive. Tel est I.e n1ensonge du monde. Le grand combat contre l'institution­ lit1 n'est que la substitution de l'institutionnèl de demain à rlul d'hier. C'est ce Oagrant délit de nouvelle normalité conformiste que nous allons dresser, à propos de la drogue et de la liberté 'KUelle. Comme avant-dernier moment de l'initiation mon­ dltlne. Cela nous permettra de constater, une fois de plus, la 111nlonde duplicité du corps mondain. Ce corps est le unNtanl double jeu d'un faux jeton. L'économie du plaisir ,1 celle de la mauvaise loi politique. Elle C$l le ronstant "JlllOrlUnisme d'une double vie t. Ce corps mondain est à la fois psy. du psychédélique et '1gucité manœuvriè,-e. Il va disposer de tous les niveaux de 1 l:.1 oous. ''erron& que cett<." economu� n est autrt- que le poiJa•ch de la e le nc!O-capitali.sme donne au parasitisme de d&.SSC1 l'lu,·valuc. l,.a forme qu

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l'initiation mondaint. Et de leurs si�nes et rit1.1el$. Il celle hypocrisie, cette mauvaise foi, ce pouvoir de 1 idé'olcl· gie : être à la fois Je sensualisme machinal et de la nouvelle société, l'instinct pulsionnel et la gest l'économie, le naturel spontané et le modèle ull urel, ''-·--'-·-· ct le désordre. Ce corps mondain est l'incarnation notrveau pou1•oir de classe. Mais ainsi, il aura accompli un parcours : celui l'e�<pression corporell.e. Toutes les possibilitéS :,.unmt vécues, accomplies, Ce corps ne peut que se succomber à l'inUation des signes. U tombe dans la t>analttSll-, tion, la culture de 111asse. Alors s'ouvre un nouveau parcoursJUondain, celui du . •• discours politique. La concurrence, au niveau de 1' ,.. ,.. ;. • $iOrl corporelle, sémiologique est telle qu'il faut �h·•�<'h<>r nouveau système de réalisation. sera la prise de pat·otc politique, l'ère des nouveaux sophistes. A partir de Bendit. Le corps mondain antédcur esl alors démodé. JI n'est plus le moyen unique de mondain. Il se fera snober par J'ironie sophiste, Sans dénqncé, car c'est aussi le corps du nouveau sophi�té. l'opportunisme de celui-ci est tel qu'il utilise au m:lxtmtJm les effets vestimentaires ét sémiologiques. Mais ce corps néglil!é, .c distancié •. Le mondain de l'expression corporel deviendra le faire-valoir de la parole politique. Il n�:rmettro de montrer Ill di(lérence en�re celui qui sait dire ne sava·it pas. Différence entre le naïf de bonne vn''"'""' messager poHtique. C'est la h;volité mondaine de l'""''"'''· rage qui fera le sérieuJ< du discours gauchiste. Nous venons de démasquer le mondain dans t•,.,,nrP«;nn corporelle. Mais il est déjà ailleurs. Et dans politique ! Ç'est le SOphÎ$tC maintenant qui va scène du monc;le. Et c'est au niveau politique que le doit être aussi défini, poursuivi. dénoncé (ce sera le livre l'intégration politique au système).

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B. - LA DROGUE, L'USAGE MONPAlN ET LA PHARMACOLOGIE DE L'OCCIDENT 1.

La manlpulatloo idfologique et la théorie maérialiste t

Ah! La tête du petit-bourgeois à sa première lumette C'�st qu'il se passe enfin quelque cho•e. On a •

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l'�vénement • . Quelque chose d'interdit. De dangereux. ll')elfal>les mimiques de l'impétrant. Papa dort mais la • •lice veille. Va.t-il devenir un camé ? Mais les copains sortt A Vigilants, chaleureux : • Respire fort ... attends. ça va •�nir. • Il y aura deux races. Ceux de la planète et les autres. 1 <'S Initiés N les bourgeois. La plus belle icône du système l• hasch. Vous tire:t sur le joint et vous entrez dans la tt'sistance. L'usage de la drogue est la vole royale de 1 intésration - �ubverslve. Le meilleur usa!le de l'ambiguïté wnstitutive du système. On nous dit maintenant -on : les médias - que le hasch r�l inoffensif! Donc, deux périodes de la valeor d'usagé J>t'Oposêe par les media, les • spécialistes • de la drogue, les ·�perts, les éducateur�, etc. Les rejetons de la bourgeoisie ont longtemps pu croire et ••mout faire croire qu'ils ét<�ient des maudits, des suicidai­ rt•s, des héros des ténèbres. Puisque le hasch était la drogue. f1 celle-ci la déchéance. Alors qu'ils n'étaient que les pères tranquilles de l a consommation marg inale. Voilà le modèle parfait de la malédiction-bidon. Elle a !Qngtemps servi à l'avant-garde, image cl'Epinal de l'initia­ lion - à peu de 'Irais - aux tén�bres. Premier profit l<léologique. Cette image, le type • qtf\-�e-détruit·parce-que-le•sys­ ttme-le-clégoûte •, est un remake de J'imagerie- romantique. Mais quelle extraordinaire dégradation du contenu et du lllCSsagc, te romantîque authemique o'épouver<)it plus­ r Mvèc la drogue - ce que les autres veulent obtenir - par la di'Ogue. Le romantisme est une ascèse. Un acte, une volonté. 1'extase de l'idéalisme subjectif est au résultat d'une praxis. 1 'amère récompense d'avoir tenté de vivre. De même, l'autre extasé de l'idéalisme sul;tjeetif J'.,�tase mystique - se gagne par de terribles exercices •rlriluels. Quarante jours dans le désert. Ou tout bonnement Ir jèûne. Mais toujours la soumission du corps, son dressage ljltOtidien, celui de • J'abrutissement •· AJors parfois- mais « n'est pa.s le but de la spiritualité - des illuminations, des �t·nnses. Le sentiment d'être Je maitre du monde par l'e�Cpé· rlcnce charnelle de son néant. Le drogué, au contraire, co e. Et consommation IMologiqu� du corps. Il cherche à obtenir ce à quoi le 1 umantique et le mystique cherchent à s;..rracher. Le drogué ••1 l'essence même de la société de consommat�on. Alors que •m image idéologique rétend Je contraire. La drogue est le p l�tlche par excellence de là consommation. C'est le rituel de l'achat qui valorise le produit. Sa

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clandestinité, sa cherté (ont le sélectif de la marchandise. rituel de la prise consacre sa valeur d'usage. Etre • ché • prouve la valeur ineffable de la marchandise. danger encouru témoigne que son usage est au-dessus

moyens du commun des mortels. r o gue. Un acte L'acte d'achat est la d éle ct . Une élite act�eu parfait : clandestin, subversil, s

l'essence de

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t'es,cnce mi!me de la valeur. L'extase ne peut que Pur geste de consommateur : le produit ne doit pas payé avec l'argent d'un travail. Mais avec t'argent du vol. la prostitution, de la magouille, du système O. Comme le V disque - fauché - te consommateur marchandise. Si elle signifiait une part de travail - de travail - elle n'aurait plus cette valeur suprême de nr.nda1il de luxe. Un produit très rare doit être consommé sans avoir • gagné • · L'idéologie parasitaire du père sc renouvelle t'idéologie parasitaire du fils. La consommation- •vm�.oU que - du luxe est proposée à tous : la rar•ete marchandise est consommée comme • rareté • du mn«""' mateur. Le hasch est maintenant proclamé inolfensif. danger. Il • n'accroche • pas : l'imagerie de la d�cho�arao e était totalement usurpée. Alors se romantiq u étichisme de la marchandise. Le drogu� ment le f accroché : à un fétiche. Le fétiche privilégié de la société consommation. Celle qu'il prétend contester. Ce second moment de l'usage du hasch va autoriser extraordinaire déploiement idéologique. Une savante lcctique de la mauvaise foi permettra plusieurs niveaux re::lunee. • On • a chassé la malédiction du hasch. Aussi va··t·ell 1 nves t ir, maintenant, ex<:lusivernent les drogues D'une pierre deux coups : on relance le statut du maudit on revalorise, par une nouvelle signilication consommation banale (en évitant sa trop gra tion). Ainsi on élargit les champs d'usages idl;ol<>giqu,el Pour gagner de nouveUes clientèles. Il s'agit d'une valorisation. Par l'idéologie. L'usager du hasch redevient une victime : celle de l*ti<e répressive du bourgeois, de l'éternel philistin 1• petit consommateur devient l'innocence encore et to�tJOI.II persécutée par le conlormisme. Le bourgeois, en sa

����f;·��·��;�;!

1 De nos jours, comme cha�;.·un te sillit, telui-ci n"cst autre que le �toHmrn

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alité. ne sait pas que le hasch n'accroche pas. li attribue aux drogues douces les méfaits des drogues dures. Cet usager est alors un pionnier, un libérateur. Il va usumer la répression policière car il veut la (jb<\ration de nt. Par le hasch. le déverrouillage du nocturne. de l lnconscie l lmaginalre, du rève. Le hasch est un combat contre les tnterdits et les tabous du positivisme bourgeois. • On • dira que le bourgeois a peur du réve, de J'incons· ,tent, de� pulsions. Il ne veut pas que l'imagination prenne

1, pouvoir. En même temps qu'il réprime le rêve (le hasch), il laiss e (aire le trafic des drogues dures (cocaane). Parce que •·�st un commerce, ça rapporte du fric. 1\t parce que le hourgeois est vraiment un salaud : il s'en fout que le Càmé sc détruise. Le bourgeois, c'est l'indifférence. Ce dl�cours est une double incitation à la coru;ommation, du hasch et des drogues dures. Le petit consommateur ·�cède au statut mondain de contestataire radical. Et de \llntestatlon poétique. Un peu de fumée, et la preuve est lulle. li n'est plus un bourgeois. Il est autre . lniljé au nocturne. Ailleurs. C'est un moment essentiel de la consom mat ion mon· Jame. Après avoir valorisé l'usage par la malédiction rumanti9ue, on le survalorise par le message politique. Le danger s est d�placé : il n'est plus dans J'eUet du hasch mais dans la répre�sion policière. Fumer, ce n'est plus vouloir se .t.truirc. C'est détruire le système. Et devenir un poète. En même temps, les drogues dures relancent la vieille ntnlédiction. Le statut de maudit sera définitivement 111ranti. Car triplement désigné : par les media, par la police, par les consommateurs (et marchands) du hasch. Ultime avatar de la poésie maudite : pourètrc nuthcnti· ha1 maudit il faut être un camé. Hors de la drogue, point de tlatut ni de salut poétique. C'est parce que l'on est un camé QIIC l'on est maudit, donc un poète. Le signe de la malédic· tum s'est substitué à l'œuvre et au message. Le poète de la naudernité n'a plus à écrire mais à témoigner (Artaud). Sa ���·se i , c'est sa vie : la drogue (dure). Tout le reste n'est que nutvrerie littéraire. • Shootez •-vous. Oétrulsez.vous. C'est 1 ,euJ témoignage recevable, face au système. C'est que l'inllation des signes de la subversion est telle tn'll faut constamment apporter la preuve. La surenchère miologique est une constante de la marginalité. C'est elle hiérarchise. Par elle la conquête du statut. Le pouvoir • • aignes est un âpr e combat. Il [aut pouvoir proposer le 111ne que l'autre n'a pas encore. Le signe d'après. Le signe

'1"1

(,,�ignes,

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Car à mesure que les usages marginaux .se banalisent signes qui les désignent perdent leur prestige, leur autorité. Ils sont vite recouverts par d'autres sianes, plus subversifs. Le mondain, c'est le pouvoir du moment présent. Et c'est siane qu'il faut proposer. En fin de parcours, cette escalade sémiologique aboutit au camé. La dialectique de la marginalisation est �:eante : il faut sans cesse prouver, à soi, aux copains, aux parents, aux éducateurs, aux flics, aux journalistes, aux fille�... La subversion est prise au mot : • Montre piquoutes. • Oue serait un maudit qui ne oc défonc;crait pas ! A cc prix, le statut mondain, Une simple constatation permettra une première démys• tHicatlon de l'idéolo�ie du • jcuné·qui·se-détrult-parce-que· lc·sy,tème-le-dégoûte •· Certains falls pt·ouvent au �v;""'"'" qu'il n'a que trop aimé le système et que sa or,�tenaue . autodestruction romantique n'a été qu'un moolh,emr •ulx dent. L'issue fatale provient, presque toujours, des mtVUICC& de la consommation. Ainsi l'overdose. Un minimum précautions a éte négligé. Ou l'usager 5'cst laissé • refiler une came pourrie. La malédiction n'est pas dans le produ mais dans son usage. Même l'acte de consommer ·�•ow""' une certaine discipline, un certain travail. Tout con�>mm;•· teur abusif -en quelque domaine que ce soit - prend risques, de consommateur. Nou� venons d'établir un premier niveau de la :�� .� �;{j:; '.ê tloo lMologlque : le statut du cami'!. Mais pour d définitivement cette idéologie, el voir à quoi et à sert, cela ne suffit pas. Il faut proposer une théorie sc''""'"'" q u!l de la drogue. De son usage idéologique. Le doit oser lntet·venir en un domaine où le sophlstè 1 où tout expert a son contre-expert, les spécia scientistes - du soéiologisme et du psycl\oloaisn�e illuminés de la nouvelle éducation ··A·••" les idées reçues, par de l'intelln<enu..a. Notre théorie consistera à inverser le discours de 1 loaie. Celui des spécialistes du psy. Nous diroM : le accroche. Et c'est un fléau social. Par contre, les dro�2lJL"S dure. n'entraînent pas nécessairement l"accoutuma Elles ont deux usages : le bon et le mauvais. Un a priori essentiel à notre démonstration : il i"<:arcer le dualisme de l'âme et du corps qui préside discours idéalistes de l'intelligenbia. Pour ces savants cialiMcs du • manque • . puisque le hasch n'a pas organiques décelables, ü n'accrocherait pas. Pas de pas de preuve. Pas V\.1, pas pris. Alors qu'au contraire les

P�ii���o�t�J

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tttamates de la cocaïne, par exemple, sont évidents. Notre theorie - matérialiste - prétend au contraire que tout ce qu• est psychologique -et même surtout ce qui est psycho­ ouc:iologique - est aussi organique. Mais d'une oraanicité q111 peut ne pas .se révéler, en effet, selon les mesures quantitatives dont on dispose actuellement. La traœ n'en '' pas moins dans le corps. Tout geste de consommation est d'ordre stnsiblt. Il marque le corps à la lois par un produit ct par l'usage de ce produit . L<! plaisir - de la consommation -est un acte qui "lut à la [ois la morphologie sociale (le geste micro-social) t1 1 la [onction organique. Ce qui accroche, donc, c'est aussi et 111rtoul, la forme, l'usage, la façon (de consommer). Et ainsi ., constitue la mémoire sensible, l'inconscient :�u bon sens du mot : la mémoire de la matière, de l'organique (ct non la ..ulc mémoire libidinale). Le matériau social est aussi Important que le maté•iau apporté par le corps. Celui·d est la�onné par cette morphologie sociale. L'habitude est portée ar cette excentration du corps qui est la mémoire du corps. Tout un gestuel social devient ainsi la voie d'accès au pl,isir. Geste initiatique, préparatoire, proprlatoire. Et •te qui est plus que symbolique, car commencement de •ete. Et si ce geste est proposé par une quasi-institutionali­ ation, le corps ne peut alors que le ratifier. Le répéter. Pour rr•.sentir encore le plaisir déjà éprouvé. Ainsi nalt l'accoutu­ Rldnce. Elle est un fait organique : à la fois social et urporel, morphologique et fonctionnel. psychologique et .,k•ologiquc. Nous avons vu que le rythme était au commencement du urps comme volonte\ de la répétition, principe de l'�ternel re-lour cl de l'élan vital. Et comme lien culturel ct organique du désir et de la jouissance. Aussi le corps ne peut que �uùloir la répétltion du plaisir. Du nouveau plaisir. Les ln<ilations morphologiques et sêmiologiques seront aussi lucsistibles que les Incitations biologiques originelles. Et dès le premier geste. l'accoutumance. La première nsation. aussi infime soit-elle, est déjà mémoire. Memoire ul veut la répétition. Le premier rituel est habitude. La ·�mière prise un manque. Il n'y a p;u d'expérience corporelle gratuite, comme ça, 111r voir. Rien n'est anodin, sans conséquence Tout mar· l'", tout eM dressage. Le sensible ne peut que vouloir ••p�ter le sensible : le corps lait ce qu'il sait faire. C'est une m•chine à répéter ce qu'il a appris. Notre m11tèriallsme est... leibnizien. C'est l'infinitésimal •till compte, la plus petite différence, la moindre marque.

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Car toutes ces trac<!s, aussi légères soient-elles, s'accumulent pOUr constituer la sensation. Leur multitude devient une forme a priori du corps : la sensation. Ce qui du corps est tellement attentif au plaisir qu'il ne retient que le pltlisir et la plus Infime solliciilltion de ce plaisir. Tout sert à la sensation et commence par l'infime. Telle sera notre définition du sensible : le pouvoir d'ac­ coutumance du corps et pouvoir tel que la moindre sollicita­ don est reprise comme r�pétltion-rythme. Tout accroche. Tout. une fois éprouvé, devient manque. Et qu'importe la nature du plaisir; la sensation est l'acte d'unifier en une forme, et le rythme l'acte de répéter cette sensation, le

môme. Le sensible se répète ct se déborde lui-même. La scnsa· tion, produite, se reproduit. Constituée, elle devient une forme a priori du corps. un service organique. Elle ne veut qu'elle-même, la répétition. Prenez trois cerises dans un pante�. 1out le panier y passe. Abandonnez un paquet de bonbons à un bambin... L'appétit vient en mangeant. L'ac­ coutumance commence à la première cigarette, au premier verre, à la première femme, à la première bouffe : Et bien sûr à la première fumette. Celle-ca accroche d'autant plus que Je rituel de la consommation en impose à l'initié. Ce qui le marque, répétons-le inlassablement, c'est la morphologie de l'acte. l'investissement socio-culturel. Le conditionnement répétiiH prend forme Cl sens selon l'im· pact du gestuel social dans le corps. Plus ce gestuel est ritualisé, solennisé, valorisé et plus la tendance à répéter s'impose. elle sera fonction de l'impact de la rupture et de la transgression. Plus l'événement a de sens. plus la scnsat est prégnante. Plus le corps se souvient cl plus il tend reconduire, à répéter l'affect étymologique. Plus il accoutumé, accrochê, en état d'attente, de manque. De là l'importance des rituels initiatiques dans toutes civilisations : il faut inscrire la loi du socius dans le Par la morphologie sociale, la forme et le sens de sensation. Ce sont les marques de la sociabilité qui iro,.,.,,,. les voies d'accès au plaisir. Le corps devient ainsi un acte sociabilitè, une pratique sociale, une praxis. Un langage

une fonction. l-'usager du hasch est accroché par son propre son investissement affectif, politique, culturel. Le cé1ré•noo nlal de la lumette a une valeur tellement symbolique ­ rupture avec la .société traditionnelle et de passage à nouvelle soci�té - qu'il marque à jamais la seJ\Silbiliit4 adolescente. Le nouveau bourgeois cherchera à rép�ter

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moment lablleux. cette renaissnnce. Soit par la répétition � du ntuel - al sera alors accroché au hasch - soit par la recherche d'un rituel de rupture encore plus radical -ce '>era l'escalade. Le hasch est bien un rtéau social : la fétichisation d'une consommation initiatique à la vraie société de consomma­ tion. Il est intronisation au snobisme de masse Initiation mondaine à la ci �il!�ti plus pur s �n capitaliste. JI es1 lymbole dé celle CIYIIasat•on de la conSQmmatjon - trans­ . gressave. Osons le mot : le hasch e�t l'initiation au parasitisme �aal -:- de la nouvelle bourgeoisie. A l'cs�ence du système · 1 ClUo�1on de la plus-value à des fins de jouissance, de ..en�ahon : une consommation resquillée. L usage de la drogue dure relève du même usage du �nsible, de la d�lectique l'inJinitésimal et de la répéti­ tion. de la relati on qu antné-qualité, du conditionnement morphologique et sémiologiquc, Aussi distinguerons -nou� deux usages : l'usage misérabiliste et le • bon • usage. Celui qui a he. Et la jouissance heureuse de la marchandise. � � La d1Ueren c e se ramenant à deux attitudes op�s de •onsommateur. Répétons-le encore : le probli:me de l'u�coutumance est <elu! du mode d'emploi. De la façon. de la manf�r e. Une . <ertatne culture permet une attitude de consommateu r qui •utorise la pleine jouissance, sans déchéance physique, lntellectuclle, morale. en Orient, par exemple, lorsque la . .!rogue date dure est Intégrée dans un genre de vie qui par lua même conditionn� � priori le bon usage. Et à l aussi une <tude approfondie révélerait qu'il s'agit d'une cuhure éli­ tl6te, sélecti.ve. L,usage de mas$e ne pouvan t être que misérabiliste, abrutissant. Les usagers incompétents. maladroits, trop avides, trop dr1involtes nbuseront du produit. Ce qui est la caracté risti­ 'l"e du pan•enu de la consommation. Et non la seule u�ractéristlque de celui qui est accroché aux drogue s dures Alors l'incompétence de l'usager manque la bonne jouis: ..nee. Ile est pure!l'ent quantltati,•e. Pour ce panen u, la . qu�ntate est la qualité. Aussi aura-t-H la déchéance sans la tuuassance : il sera toujours - en bon petli consommàleu r _ e pas la consommation -en état de manque. 1111 n.e maatris . P lu\ al en prend, plus al lui en faut. Certains conso�ment la symbolique, d'autres le produit. i11ut� consommataon est une culture : le même produit •utra�era des effets ct des significations contradictoires. t •ruuns se soumettent à un modèle culturel -celui de la

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malédiction de la drogue - d'autres soumettent la drogue au bon usage de leur savoir. C'e�t bien le mau\'ais usage de la drogue dure qui accroche : lorsque l'on consomme au·dessus de ses moyens, phy\iologiqucs, psychologiques, financiers, on tombe dans la misère, physiologique, psychologique, financi�re. Et c'est la misère qui accroche. C'est le misérabilisme de l'usager qui fait le manque. La drogue est alors le besoin du manque. Parce que le mis�rabilisme est besoin el mnnque. le camé e�t d'abord accroché par le statut mondain du maudh. Puis accroché par le misérabilisme de l'usage. Le bon usage de la drogue dure, évitanl ces deux pièges, n'acc:rochc )'as. C'est la consommation du connaisseur. Du produit en lam que produit. Et non consommation lot'cée de l'imagerie. Le camé misérabiliste, par la double emprise de l'ldêolo· gie - et par su double soumission à cet te idéologie - est déjà soumis il la drogue. U ne peut ré-sister, sc reprendre. A chaque traitement, il recbute. Car c'est un accroché • en soi •. Son profil psycho-sociologique en fait, dlectivement, un prédcMiné La mi�re psychologique, sociologique, éco­ nomique. ne peut que recréer de la mi�re. Croire é chapper à son destin en profilant d'une idéologie sélective, élitiste, c'est le réaliser par les moyens mêmes de l'évasion. Le connals�cur. au contraire, goûte à tous les produits. A la recherche du meilleur produit. Mais surtout du meilleur usage. D'une manière précautionneuse, habile. li s'agit de profiter. Oc jouir. C'est la savante économie de l'usage qui donne au pt•odui1 ses qualités. De même qu'il y a un bon usage gastronomique des vins fins et chers. Il y n un art de vivre tlu drogué. Né pas confondre éthylisme rnonduin et délirium tremens de l'Assommoir. Un gentleman, ivre-mort, saura encore sc tenir raide et sauver la lace. Le voyou vomit partout. Le bon usage de la drogue • dure • ? Demandez à la Maison-Blanche. Mais • les secrets du grand monde • échapperont toujour� aux Topazes de notre Intelligentsia. Une certaine culture des classes sociales dominantes permet d'accueillir toutes les expériences et même toutes les ine. D'autres ne habitudes de la consommation monda savent pas s'y prendre. La consommation les submerge, les déborde : ils ne sont pas faits pour ça, diront les habiles usagers du permissif. Il c�t vrai, aussi, que le drogué - heureux - peut avoir des histoires. Et qu'il peut chuter, lui aus<i. dans le miséra· bilisme et ln fébrilité du manque. du mauvais usage qui accroche. A partir d'un déboire, d'un échec sentimental, 96

d'une catastrophe linancière. Preu,·e supplémentaire que ce n'est pas la drogue en tant que telle qui accroche. mnis le • onditionnement psycho·sociologique, l'environnement affectif et «onomique. Une théorie de la drogue - et une thérapeutique du drogué - consiste donc, d'abord. à démystifier les idées reçues. A montrer que tout n'est qu'usages de la mondanité •·t mondanité de l'ldéologte : uo nouveau champ d'e�pres· •ion d u néo·capitnliste, un nouveau pouvoir de manipula· tton.

l. La dro1ue, la patholoaie mentale et l'arythmie sociale L'honnête homme nous pardonnera·t-il d'avoir osé criti­ quer ce qui n été, peut-être, l'une de ses promotions ou valori�ations mondaines ? Et de lui asséner que ce qu'il prenall pour un voyage au bout de la nuit n'était qu'une promenade pantoullarde au jardin des idées reçues? Accep· . . tera-t-tl de constd�rer comme une • aliénation • ce qu'il a proclamé être une libération? E�ayons encore d'ébranler le scepticisme du consomma­ teur tmbu de fausse innocence. En élargissant cene théorie de la dr�gue. En montrant les rapports de la drogue, de ln pathologte mentale et de l'arythmie sociale. En expliquant tomment la pharmacopée occidentale a pu devenir une thérapeutique - celle des psychotropes - de la drogue 1 Comment peut-on soigner en inoculant le mal? , �out d:abord : comment classer les drogues? (1 faut un cr•!ere qut rende comp(e de la totalité du phénomène social qu est le syndrome du drogué. La distinction dr og ue dure ­ drogue douce vient de se révéler artificielle idéologique journalistique. Il faut proposer la composante �ommune Il l� • "���� • de la droiue (sa qualité intrinsè que). au corps de J mdtv1du. au corpa social. Le rythme originel du corps sera le critère retenu. JI sc décompose en un temp� lort et un temps faible. un haut et un bas, une impulsion et une retombée. Il est l'unité organique des deux pul�ions contradictoires du t:orps. En une cellule temporelle, la contradiction, mais aussi la •ynthèse, des deux données sensibles : l'élan et la pesanteur ' l'en soi et le pour soi, la dé ense et J'économie. p De là., par analogie, la classification des drogues selon la patholo�te de ce cou le : excitant·stupélian t ; exaltation· p dépresston, Selon les deux temps - pervertis - du rythme •.

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le qui conlient comme originel 1• Classification trés simp références e t nomencla­ s qualités secondes' toutes les autre es permettra alors rythm des ie olog tures. Montrer la path d'eKpliquer le syndrome du drogué. psycho·somntlque <;omment cette structure de base du lésions de cette les font se t men atteinte? Com peut être s avons constaté que forme a priori de la sensibilîté? Nou opole et l'impéria· mon le l'idéologie capitaliste avait imposé e culturel -el rism terro Ce g). swin le lisme du rythme (�ans s. �ar cette corp du ge dressa le acab impl un est mondain oquc, car olog path nu deve à monopolisation, le rythme est déj nta· rime expé e autr toute , ,b,lors le. pure répétition machina vocation de que n'a s corp Le dite. inter est e tion temporell rmination : répétition conso;ommation. Selon cette triple déte age automatique du pass re, l'aut sécurisante, exclusion de ce. désir à la jouissan é d'établirque sl le Dans 1 Etrt tt le Code nousavons euay corps �e heu du que g molo ! rythme était l'ex�rien�e ét.r (onctoon, de la de e noqu orga e unit qu la substance en tant êtr� it deva m relation, du spallo·temporel) ce ryth � ! autre. e de sanc nnaiS reco la par l'éducation, le civisme, . ncl, uon rela le nel, tion fonc le : niée substance doit être spécilicité, leur spàtio-temporcl doivent acquérir leur ce temporelle êrlen l'exp te, nomie, leur cuhurc. A la limi la mélodie Infinie. çette éducation. Toute La culture capitaliste interdit r, animation machinale tend à exaspére .. ,,. . , ,. , ,, ath<>l La tion. mma la temporalité de la conso dans ualise s'act ation omm cons de à la société dite otion. Maladie de formes mêmes de cette consomm te qui salnct.tOJ1nl anen imm ce justi consommation abusive, ose - objective la consommation mondaine. La névr me même du rythme. système ,,a se d�velopper au ryth celles de la : ves titati selon des mesures quan la socia�ilité �u de és ralit mpo io-te celles des spat rotle liberta1re. lisme avancé jusqu'à la social-démoc

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o.gle

L'ani?� ation machinale veut le paroxysme Ce rythme aro�ysuque va casser. L'unité organique de ses deux r •Onstotuants se défait La cellule, qui équilibrait en une harmonie vitale la pulsion et sa retombée, se désagrège. Ca� chaque terme s'est hypertrophié au point d'empê· <hcr 1 autre. Alors que le rythme est un éguflibre tel que les deu� c?ntraires som un tout organique, 1 ary1hmie du néo· ,·apuahsme en arrive à opposer les deux éléments constitu· tifs du '·écu le plus intime. Le psychosomatique est atteint •n ses rondements. L'équilibre du corps. de la cellule de base qui porte l'élan vital, est remis en question. De là, deux pathologies : la fébrilité paranoïde et la prostration schizoïde. Le moteur s'emballe ou Il ne peut plus dé mnrrer. La mac�ine ne fonctionne plus. Elle ne peut plus . raJuster, synchrontser ses expériences temporelles. Elle en l�ot trop. Ou pas assez.. Deux temporalités : les deux expé­ rtcnces essentielles de l'existentiel, les deux modalités constitutives du vécu se juxtaposent et prornèrent comme une lésion cancéreuse du psychosomatique. L'animati on machinale néo·capitalisme en a trop demandé. Et il (a�t bien �olr que dès le principe cette pathologie . tst dtalectique : boen que le rythme soit malade, îl tend tncore � se répéter : les deux hypertr'Ophics vont se succéder (exaltation - prostration ; paranoïa - schi�ophrénie) et même se compénétrer. Le néo-capitalisme a substitué, à l'harmonie originelle du corps- celle que le swing redécouvre -la dissonance et la discordance. Au nom du rythme -celui du mécanique. • Hurlez sans lin, dissonances, ct di sloquez les ombres. • La falsification est devenue la maladie (et celle-cl (ait la leçon à la bonne santé 1). Dès qu'un terme 11pparaft, il est guetté et absorbé par son contraire (qui avant 1 équilibrait). Et ce cycle va se répéter. La cyclothymie sera constitutive de l'arythmie du nêo­ upitalisme. Cyclothymie du paranoïde et du schizoïde. Cette patholo;ogie va se révéler à troi s niveaux : aux trois moments de hiatus, de rupture, de cassure du rythme capitaliste ... Trois modalités du syndrome du drogué. Car la drogue sera eUet et cause. poison et remède. D'abord l'ex.citant. Pouo· répondre à la demande. Pour $�Ivre les autres. Participer. La drogue pérmet l'accéléra­ lion. Le coup de fouet. La pulsion s'exalte, répète de plus en plus vite. De coup de fouet en coup de fouet, de drogue en drogue, la machone est de plus en plus fébrile. Le corps ne peut plus se suivre. Puis le calmant : deuxième moment de l'acquisition du 99


syndrome. Mal� �on usage [onclionne comme celui de l'excitant : par le 1rop. (Alors que le ry1hm� du swing est une . relation d'équilibre. un dosage.) Le drogue, pour rétabhr le rythme, en fait 1rop. Enfin troisième moment : pour guérir la prostration et l'atonie encore un excitanL C'est le momenl de la répéli­ tion : c�citant..çalmanL Premier et second moment : l'un ou l'autre. Troisième moment : l'un et l'autre. Aux deux pre­ miers niveaux un seul élément est alteint, arythmie par· tielle. Au troisième niveau, la maladie a tout pénétré el elle

e:dge la répéti1ion du mal. Alors l'accoutumance. Le sujet est accroché. lrrémédia­ blemenl. (Justice immanente : le rythme - sans le swing ­ crèvera du rythme.) La surconsommation mondaine l'abus - est une névrose objective qui débouche sur la psychose. Et elle peut se localiser et se mesu•·cr par

l'arythmie sociale. Cette théorie - élargie - de la drogue nous permet donc de corriger - encore - les idées reçues : il �·y a pas d'escalade mais un cycle· ce qui accroche, ce n est pas le r cycle, le r thme de l'.aryth'?ie, m�is son usage. poduit r La cause du syndrome du drogue est exténeure a la drogue : elle est dans la surchauffe de l'animation machi· nale imposée par le néo-capitalisme. Le corps a perdu son équilibre : wur le retrouver il a recours à l'autre déséquili· bre, I l manque constamment son objeçtif. C'est cette course éperdue après un rylhme perdu - celui du swing - qui

1�

la cause du syndrome. Telle est l'origine de la pathologie de • la soc�êté consommation •· De la vraie société de consommation. la consommatîon mondaine. Alors cette dialectique. de rythme à la drogue : Le vécu est réduit à la seule temporalité du rv•.n�oe. 2. Exaspération de c� rythme : sur-consommation dinale, ludique, marginale. 3. Cassures e t rattrapage par la drogue; le entretient la maladie : la drogue soigne la drogue. 4. Accoutumance à la drogue; celle-ci refait le ryth

1.

celui de l'arythmie. Le drogué est au résultat d'un proçessus objectif. En de parcours. l'existentiel est •·adicalement artificiel, ct drogue. Alors qu'elle se croit marginale, la •v,nholiaw

contestat!llre de la drogue non seulement système mais en est le ciment. Elle est devenull� l'animation machinale, au rythme lébrile, P imposé par la dynamique du néo-capitalisme. Elle s

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un moyen essentiel de la reproduction des rapports de production. De modèle séJecûl, la drogue éSt devenue une pratique sociale, dê masse. l� �rogué cOllesta!aire fait la publicité et la promotion ùu systeme. Et !'honnete homme comprendra mieux, main­ tenant, pourquoj l'idéologie néo-capitaliste le valorise. le propose comme un héros de la contestation, de l'éfuancipa· tlon, dernier héros romantique. C'est qu'il doit servit de modèle, d'exemple à imiter. Gr;îc� à la drogue, e néo-capitalisme peut imposer et r'eprodu•re Je tythme mfernal du système. L'animation m�chinale pê�t être ma i aJe, paroxystique. Alors la dyna­ . � "? m•que cap•tahste e s mamtoent, se relance, se répète. Pour un productivisme du corps, du sensible, de l'existentiel {indus­ trie du plaisir el du loisir). Pour Je plus grand profit. Publicité et promotion se font essentiellement à deux niveaux. Promotion des temporalités rythmées. celles de la mond3;nité, de l'industrie du loisir et du plaisir, de la vie quo�1d1enne aussi. ·Et p·l)mot�on de l'industrie chimique qui � de lubnque la pharmacopee J Occident. Engendrement réci­ proque de ces promotions de vente. L'ar.ythmie sociale fait l;� promotion des psychotropes et ceux-ci entretiennent, <'Xaltent l'arythmie de l'animation machinale. L'usage de la drogue $e banalise, se vulgarise comme les rythmes de la 'onsommàtion mondaine. la drogue est bien l'initiation 1uprème au systèJl'le, l'intégration maximale. Entre les drogues du drogué. contestatl!ire et celles de la thérapeutique • norm�lé • il n'y a pas de différence de nature. Mais de dose. De degré dans l'àccoutumancè. C'est la même maladie, le même syndrome, la même thérapeutique. l,a drogue cause la maladie, puis la drogue • soigne • l'effet la maladie 1 La vraie différence entre le drogué • anli· •yst�me � et e p�tit usager de la drogue est Je passage du IJiodele selecn1 a 1 usage de masse. EJttraordinaire paradoxe, tcl'tes : la drogue, de marginalité subversive devient norme et prescription médi.cale. Mais ces renversements de sens ne ltmt que témoigner des manipulations idéologiques. Et de l<�ur extraordinaire pouvoir. Cette théorie des rapports de la drogue, de la pathologie me�t�le et de !'arythmie sociale doit encore s'élargir pour d�hn�r la totalité des rapports de production. Le ythme du capitalisme monopoliste d'Etat est patho­ r l<Jglque en son essence. Il est la matrice de la névl'ose •Jbjective de l'époque, de son double versant, schizoièle et pnra toï�e.Anxlété chronique, dépression nerveuse, névrose ! · ObJecuv., », psychose latente : quatre niveaux, quatre

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êtapes de l'arythmie sociale, car quatr� effets • culturels • du capitalisme monopoliste d'Etat, d'une réorganisation spatio-temporelle du vécu extraordinairement brutale. En un peu moins d'une génération, un peu plus d'une décade, ce mode de poduction r capitaliste a totalement modifi� la vie quotidienne, le genre de vie, la qualité de la vic. L'urba­ nisme sauvage. la eité-dortoir sont le résultat d'un formida­ ble déplacement de population. Avec, c;omme corollaire, ta dé��rtification des campagnes. Aussi, tes temporalités traditionnelles- celtes qui auto­ risaient le rythme villageois de ta société préindustriellé el qui s'étaient maintenues même sous le capitalisme conc,ur­ ,,.,.,�, rcntiel libéral - ont été totalement liquidée' ... temps de travail et te temps de non-travail s c a : � autour de la cellule familiale. Et celle-ci dans naut� villageoise. Le temps de loisir, en tant que n'existait pas : tes temporalités de la famille ct de commu!Uluté l'impliquaient, le contenaient, l'organ•.,••en••· Tel étail le rythme du vécu, à partir de la cellule l"'""'"'e• Mode d\' production sans productivisme systémati�é. temporalités informelles, vacantes, fluides. Nous définissons Ici une structure temporelle certaine imman�1\C� du vécu personnel et du vécu colle<:tif. Cela ne veut pas dire que c'était • le bon vieux ·-···.-­ C'était une �xistence au rythme lent, compass�. rural. d'un mode de production précapitaliste (ou encore

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soumis au capitalisme). Les temporalités ne se oousc:ut:�teDI pas, ne se disputaient pas le temps. C'était un moment où temps ne courait pas après lul-méme. Où le temps avait temps. Où l'on prenait son temps. Le capitalisme monopoliste d'Eiat a inventé un étrangement absent à lui-même. Un temps du tt·op tôt ou trop tard. Un temps qui �e sou,•ient trop et qui attend Un temps d'entre deux temps : d u passé et de l'avenir, de nostalgie et de la prospective, de l'avenir du lut ur et de maison de campagne, du lutur antérieur et du composé. Le capitalism� monopoliste d'Etat a totalement tl�o:n.ll l'harmonie spatio-temporelle inventée par France (celle de ses modes de production). Si les éc•�lc•gil>t� étaient sérieux, ils ne diraient pas vouloir protéser la nat.un mais le traV$il de l'homme objectivé, devenu nature, désèrts naturel : campagne humanisée, forêt marécages cultivés, montagnes recouvertes domestiqués, etc. • Oui au cantonnier, non à l'é<:Oi<)gil;ml mondain. •

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substitu<;r au rythme rural le productivisme géné­ . rahsc, le capuahsme monopoliste d'Etat a désintégre la • llulc familiale. C'est le lieu de l'emploi et non plus le lieu d'origine qui fixe la famille. matntenant. Une extraordinaire tllaspora des régions recouvre 1'hexagone. Cette arythmie .macro-sociale nous semble être la cause ,.8,cnticllc de la pathol?gie sociale. Car elle objective le •!�placement de populatiOn et le productivi�me. Oeu>t énor· 111es lraumnHsmes qui s'actualisent, s'expriment tout tl'a�ord dans les conflits familiaux. La pathologie de la lamolle est avant tout le reflet du rythme fou impose par les •adences du néo-capitalisme. Le lieu de refuge organique, '"thm ê par la communauté villageoise, est devenu terre

l . uli If. désagregation d� 1� cel!ule f�milialr sera récupérée l' r 1 odéologte, comme 1deolog1e de 1 émancipation. Le coup

d• lorce, de terreur du néo-capitalisme - à la campagne­

camouflé par tout un discours de la libération - à la •Ille E� même temps, la société industrielle invente Je temps •lt• lotsir. Temporalité qui sera le lieu de l'émancipation. Car " lemps de loisir va se dé,•elopper sous la double pression du progrès social (Front populaire, Résistance) et de l'indus­ tl du loisir. Et de telle manière que les conquétes sociales ront utilisées, récupérées par l'industrie du loisir et du plaosir. Pour en venir au ministère du Tem s libre. !ait q�e le no�veau rythme socia ne dispose plus . . d• unotê organoque fam1lle/vollage, d une temporalité apai­ aanrc, de longue durée, lente, équilibrée. A la place : deux •v•tèmcs spalio-temporels : le temps de travail et Ill temps d• loisir, Et entre les deux, ce monstruèux cancer spatio­ trmporcl : le temps de tran�port. Trois systèmes du vécu sans lien organique et sans lieu l�rcmiel. T':ois mouvances sociales hétérogènes. Et oppo­ . • • · ContradictOires même. Et chaque système devient de tn �lus com�lexe. Sa pratique interne de plus en plus dill erencoée. Ausst, les raccordements des trois existences nil de plus en plus heunés, conflictuels. On ne peut pas �••re trois vies en une : un temps de tra,·ail soumis aux o1lcnces infernales, un temps de loisir plein à craquer, un t onps marginal, qui n'est ni temps de loisir ni temps de ttttvnil, vide à pleurer. Cette arythmie sociale est une situation objective : la t••thologie inhêrente au système capitaliste, à l'organisation t \on e!.pace et de son temps. Pathologie de la famille. "''vt ose objective. Forme à priori de la dépression nerveuse. lll'rn

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d� Totalt> désagrégation de J'intimité. A la place, J'intimis.me . tstes tour de ux troupea (oule : les- bandes de jeunes et les . cette a remède un er propos de ble incapa est e Le systèm r �u­ situution puthologique. Et pour cause. Ses idéologues � pms· t e leme �ncurab � � sent toute perspective synthétique. des tes, ils proposent soit des idéologies du trava1l so•t té idéologies du loisir. Encore et toujours la c-omplémentan no· tech pour rate technoc du rechn�rate et du gauchiste. Le le cratiser le temps de travail. Le gauchiste pour g�uc)tiser temps de loisir. Le système veut les deux, pour JUXtapos�r · deux univers. les rendre irréductibles, pour que cette oppos• de destin e t n ien de isme capit;>l � tion b1'écifique du . � . e, l'homm� : le travail ou la consommation hb•dmale, Jucuq•u : totalité 1� de marginale. Et pour interdire ainsi l'étude rapports de la production et de la consomma!lon. i.es idéologues du travail ne considéreront qu.e l_'elfet : l'aménagement spatio-temporel. En se gardant b1en changer la cause : Je mode de production capitaliste. Les gauchistes ne retiendront, eux, que l'e:Kpl'essio•nl intersubjective de cette névrose objective. Pour proposer solutions volontaristes et subjectivtstes à base de visme naturaliste : l'écologie. Alors les deux idéologies se juxtaposent pour ca.cho.r ' �r l'aryth':'iee l'ènoncé du problème. Et pour exas�ér nt. Tro•s s� dech�re se et lent b<1uscu se Trois univers· les 24 heures vQient S!1 enl, d!sput se oralité .temp spatlo de s ' 'au�es 52 les e. la joumee, les 7 j�urs d� la sen:'ain , . c: : : ene1 d homog heu un a1t y il �auo_n l'année. s,.ns qu •rome, cruelle une par : re contrai au Bien ation. d'unHic système se sert de la référence uni!aix:e pour . . l'arythmie sociale. La famille - �a reumo� fam•l.•a devenue l'une des raisons essentielles de 1 excro•ssance tiers-temps (le temps de transport). La famille éclatée, se retrouver, dépense temps et argent en de longs multiples voyages. En voiture. La dynamique néo-capitaliste tend à l'arythmie rMiica:,l• et à la plus forte pathologie sociale. Car le tiers-:ten�ps temps marginal au loisir et au travail) a�gmente de l'augmentation du rythme du travatl et du loisir (le rythme de travail sous l'effet du prood:•ct:ivi.snae de la manipulation des rythmes �iaux, le rythme du sou$ l'effet dè l'industrie du loisir). Alors le temps •

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Oeu)l CX"nl quatre·vingt-dnq millions de tourlstes en 1980! soil5 de plu• qu'en 1979. 1.

104

r�l •· de la montJ.·!! et du calendrier, ne peut plus oontenir ces trois temporalités à tendances monopolistes et impérialis­ tes. Ce qui fait un rythme social infernal, un vécu à .:o.ntre(emps, un temps qui n'a pas le temps, qui court après lut-même et qui n'est plus qu'une durée impartie entre deux autres durées impératives. Car le néo-capitalisme, maintenant exploite au maxi· mum ces trois systèmes de spatio-temporalités. U gagne sur le temps de travail (productivhme et licenciements), sur le temps de loisir (énorme exploitation par J'industrie du loisir du week-end, des va(:ances), sur le temps de transport (augmentation sntématique du prix des transports en commun, de l'essence...). L'exploitation de l'homme n'c:st plus seulement celle de son travail. Mais aussi celle de son temps, de son vécu. Et au moment où c:é vécu se croit eri dehors du système (consommation mondaine). D'où la radicalisation de la pathologie de ce temps volé ; l'excès de rythme ou le décrochage, l'excitation fébrile et la Jlrostration atonique, la surtension et la sou�·tensioq. Il s'agit d'une pathologie • normale • : celle de la sur;ac­ tivité d'un appareil psychosomatique qui fonctionne au­ (lessus de ses moyens. Au productivisme du systèm� corr'es· pond un productivisme psychosomatique qui, nécessaire• ment, un jour ou l'autre, aura des ratés. L'arythmie sociale pourrit les relations intersubjectives, familiales, intimes. La t�n�lçn mo11te. Un simple reta�d ... Et la dispute éclate. Pour un rien, semble-t-il. La pharmacopée �<:identale répond à l'animation machinale ' elle est devenue l'industrie de la drogue. be même que le capitalisl)le fabrique la pollution et l'industrie llntipoUutive, il [abrique la pathologie mentale et ses remè­ des. C'est encore une double source de profits, pour les monopoles. Le capHalisme a d'abord proposé le 'rythme - symbole �• usage - comme voie d'accès au plaisir d� la social­ démocratie libertaire. C'est la promesse et l'alibi de la <lvili�alion capitaliste : le bonheur en tant que plaisir. Et ce plaistr cm tant que consommation ludique, libidinale, mac­ Hinale, Cette promese s nest plus qu'une pharmacopêe : l'usage de la drogue - rythme : stupéfiant - calmant, fébrilité ­ prostration. A la limite, les deux effets contradictoires dans lt• même produit, comme certaines drogu,es le proposent ·

dèjà.

Et cette industrialisatîon de la drogue a fait coup double : elle vend le rythme et le plaisir. Elle garantit la lOS


cadence inlernale du vêcu el le dernier plaisir possible d� cè vécu. Implacable mesure du plnisir apportépar le capitalisme. Extraordinaire chute de la promesse initiale. Le bonheur devenu plaisir, le plaisir tellement dégradé qu'il n'est plus qu'une épicerie du sensible. Et pire encore : une pharmaco­ pée. Il ne s'agit même plus de jouir. Ou de proposer les conditions de la jouis$ance. Mais i:l'anesthêsier. Le bonlleur est devenu le moyen d'avoir moins mal. De pouvoir encore

tenir lé coup. Lè capitalisme se dénonce lui-même. l l a ainsi perdu ses alibis ija justification. la conquête du plaisir s'achève à l'infir�èrie. Dérisoire parcours : de l'exaltation du plaisir à sa maladie. Mais en même temps, le capitalisme prospère. li a bien • accroché • sa clientèle. 11 vend son propre condi­ tionnement, les moyens de soumission à la 1emporalîté et à la finalité qu'il pi'Opose. r On achHe, dans le même acte, la maladie et le emêde. C'est le même produit. A la fois cause de la maladie et moyen de l a guérison. La drogue pet·met d'aul!indre la perfection diabolique du dressage du corps : la meilleure soumission au système par la plus grande tromperie sur la marchandise vendue. Le capitalisme, marchand de rythme el de drogue, entremetteur de l'imaginaire.

C. - LES FAÇONS SEXUELLES : D'UN CERTAIN APPRENTISSAGE DE l..A PILULE A LA NOUVELLE COQUETTERIE (LE FÉMINISME)

1. La pilule, la régulation

l'usage

démograpb.ique civique à l'usage mondajn

et la

fillette.

Le hasch, en se décrochant des drogues dures, est subversion qui tend à une reconnaissance institullonneu,e.' La pilule, institutionnelle, légale, tend, par un èer·taiin - nous disons bien par un certain usage, et général - à la subversion. Deux stratégies deux dynamiques, mais de sens inverse, ratifient le idéologique du système : la consommation Celle-ci joue alors ;tu maximum de 1 contestation et l'ordre. Avec le hasch est apparu social du pata el de l'infra-institutionnel où se profonde complicité - mais jamais reconnue -du pottvoir

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et de ses prétendus contestataires. Cet anti-instilutionnel vise à l'institutionnel. l'atteint presque, mais 1� pouv(lir préserve un espace infime entre la revendication et l a reconnaissance officielle... pour préserver le statut contesta­ taire. Ou bien (nous allons le voir) l'Institutionnel glisse vers un usage particulier, outrancier, que le législateur n'avait prévu, n'avait pas voulu prévoir. La norme obten\.le par n nouvelle loi apporte c,le tels avantages, satisfait tellement le progrès social, que l'usage abusif, scandaleux, en est habilité, justifié, oublié 0\.1 toléré. Deux stratégies du sys­ tème. du pouvoir du libéralisme, de sens contraire (ce qui brouille les pistes) mais qui garantissent le jeu malin et •tructural de l'autorité et de sa prétendue contestation. Au niveau de l'usage du hasch, et bien plus encore de l'usage outrancier de la pilule, l'initiation mondaine à la dvilisation capitaliste rend à accéder à la consommation de masse. li ne s'agit plus, comme nous l'avons vu au niveau de l'animation de groupe et de l'animation Sonore, de produire une • élite • mondaine qui Jm•entera des modèles. Mais d'inciter à une consommation'collective. Selon deux nouvel­ ks pénétrations, quantitatives. La drogue atteint toutes les • la�$es d'âge et toutes les catégories socio-professionnelles. Rdativemenl, certes. Mais il ne s'agit déjà plus d'une • unsommation de club, super privée e� sélective. L'usage llléologique et tendancieux de la pilule doit conditionner ltlUie la jeunesse. A partir de cetre tranche d'âge 14-16 ans, •die de la nouvelle scolarité obligatoire. Au moment où la fillette devient une adolescente. L'institutionalisation de la pilule a été une grande u f!lQuête du progtès sotial 1 et du progrès moral. Nous '"''rons dlre qu'elle est une moralisation décisive des mœur·s. (Et ce qui va t·out d'abord s'avérer scandaleux, c'est 1111'un droit institutionnel soit rejeté dans la clandestinité r•or la mauvaise volonté de certains praticieps. Ainsi se "vèlc la mauvaise foi du moralisme bourgeois.) La loi Neuwirth sur la pilule est d'abord la reconnais­ noce par l'Etal du pt·ogrès de la médecine. C'est ta consé­ ""tion iustitutionnelle de la reche1·che scienû(ique. Le l•'&islateur a vulgarisé une acquisition de laboratoire qui

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rmes. l'at OOits.équent, ne relèNenl l Cette loi a valeur univers e-lle. Ses no u\'er leurs solutions dans ct\$ d 'espèces. Car c ous les cas doh·ent tto -. l""r�pe Ctivc universelle de la loi. L'Uni versalité n 'est pas l'addition de • _. 1 1 les: ca�. Mais un a priori q u l les inclue . Ju.sCirter la loi par d e.s C i\ S l r�r�pèces autoris�ra l'in· ttrvenl iOn de l'idéo lp gic. Oans les d�ux sens : l'titiste et gauchist e.

l'" • � <.'"}

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permet un progrès décisif de la contraception. Le� gara_nt1e_s institutionnelles de l'usage consacrent les garanhes sctenu· fiques du produit. La chimie et la loi normalisent ainsi la fécondité·. Celle-ci n'est plu� • naturelle • , spontanée, désor­ donnée. Mais doublement S\)Umise à l'ordre social. La lécondit� e�l policée. Au sens étymologique de pl)litlque, civilisé. Cètte acquisition po)itique autorise un deuxième pro· grès : la normali�ation démographique. L'universalité de la loi vise à la mondialisation de son application. La science doit intervenir en un domaine jusqu'alors totalement aban­ donné à la nature : la natalité. La nature doit êtré soumise au polilique, en. son ?rincipe même. Le biologique doil être dirigé par le sctentitique. Et les deul\ dçnvent se soumettre au poli tique. Il s'agît d'une révolution - nataliste et biologique ­ d'une portée iromense. Aussi essentielle q\le la révolution technologique et scientifiqt.�e accolllplie par le travailleur c(lllectil. On peut en particùlicr envisager, enfin, une solu­ tion à ce lléau : la laim dans le monde. Troisième niveau. corollaire du progrês social apporté par la pilule : le planning familial. La visée démographique doit se réaliser d'abord par une programmlltion el des coutumes qui transforment la vie familiale. Pour normali�er la vie sexuelle, il faut se soumettre à de nouvelles contraln· tt;S : l'usage de la pilule. Contraintes légères qyi pQrtent en elles de nouvelles normes civiques. Car la loi, la science, le progrès soèial, dans cette perspective universelle, s'identifient pour proposer une nou­ velle civilité : l'usage qe la pilule est un devoir civique. Ce qui veut dire aussi : la Hbêration. de la femme. _Au sens a�ors récis. de libération � .liberté. Parce que la lot permet a la p condité d'échapper à l'i#ologje politique et au hasard fé biologique. Aux deux systèmes de l'irrationalité qu�, habile­ ment combinés, ont fa)t d� là femme la nature de 1 homme. �lors <JUe celui-ci, d'animal politique, devenait le dtoyen du

monde. De par la loi, il s'agit d'en finir avec une idéologie réactionnaire, mutilapte de la lemme : celle d'une procréa· tion soumise aux ha�<ttds de l'espèce de par les dé\érminis· mes idéologiques. Double aliénation, Par l'idéologie, qu,i réduit la femme à un fonctionnalisme �eproduereur : le cj-oamp fertile de la JXlOdeuse e�t expl<;>lté selo.n ��� besoins . des classes dominantes, Et par 1 orgamque, qut latt de cette procréation une espèce de loterie, de par le mépris des loi& de l'ovulation.

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Le détournement de la loi sera un phénomène idéologi­ que extraordinaire. Pour servir et justifier la nouvelle bourgeoisie. Notre critique va consister à montrer cette •·écupération, l'inv�rsto11 de l'intention du législ&teur. E.n es de la effet, la coutume sèmble avoir consacré çieux usag · pilule : l'usage bourgeois e� l'usage popt.�laire. D'un côté, la oon-t.�tilisation de la pilule, une éviderate sous-consommation et, pavadoxalement, dans les milieux sociaux qui en auraient le plus besoin. La loi a le moins d'effectivité dans les couches- sociales pour lesquelles pour­ tnnt, elle était laite. En particulier dans les lieux privilégies et traditionnels de la misère sexue)le. Par ai lléurs, dall!l de nouvelles couches sociales, on constate deux phénomènes, quantitatif et qu,alitatil. Une sutconsommatiol) si l'on ose qire, de la pilule. Surconsom­ mation relativement à la sous-consommation des milieux opulaires. Et, en même temps, le glissement du sens de p 'usage. La pilule devient le moyen du droit au plaisir, l'essentielle conquète de l'idéologie du désir. Alors la culture sexuelle est réc;luite au plaisir. Et à une conception encore Jllus réductrice du plaisir, Celoi·ci n'est plus qu'un usage 5exologique, de [onction, de consommation. L'intention de l a loi èt l'usage idéologique s'avèrent être en relatior. inverse. Alors que l'universaHté d� la loi ne préjugç pas des cas particulîers, l'idéologie lui ÎlllPOSe des • .

l

Intérêts de classe, <)e. corporation, d'individu. Pour crét.)r �es

�égrégations de classe, d'âge et de sexe. Pour occulter la lutte des classes. Tel est le fonctionnement idéologique, le passago: de l'univet·salité dé la loi à son usage de classe :

1. Les forces de progrès imposent ùne loi révolution­ naire, de portée t.�nivers�;lle. Première récupération de la

bourgeoisie : justilier son pouvoir qe classé par la loi 1,rogressiste (Neuwirth).

2. U détournement de la loi, selon <leux autres récupéra­

lions :

- par sa non-appli cation dans l!!S populations qui pour­ l&nt en ont le plus grand besoin;

- par de nouveaux modèles de la consommation mon· daine, à l'usage de la nouvelle bourgeoisie.

Autrement d i t ; le privilège de classe - la nouvelle consommation libidinale, ludique, margin;1le - va s'habill" ter, se justifier par la loi révOL\ItiOnoaire. Ce privilège va se proposer comme un droit. Un droit à conquérir. Le nouveau t·ombat révolutionnaire. Combat pour la liberté - du jeune

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et de la femme - contre les tabou' et les interdits de l'homme adulte. Extraordinaire habileté de l'idéologie : a'•oir identifié le sexe et la liberté, la consommation sexuelle et la libération des opprimés. Le sexe, en dEfinitive, est le chemin de la liberté. Ainsi le nouveau bourgeois se dœulpabilise en promouvant sa sexualité en combat r�volutlonnalre. D'une pierre deux coups, contre la bourgeoisie traditionnelle et contre le prolétariat. Ainsi l'idéologie tient les deux bouts : la loi et la révolution, le statut légaliste ct le statut subversif. Nous demanderons à l'honnête homme si vraiment on peut croire - si vraiment il a pu croire : 1 , Que le modèle de celte sexualité • révolutionnaire • n'avait rien à voir avec le nouvel usage bourgeois de la libido ? 2. Que l'expansion universelle de ceue libido, ludicité, marginalité ferait éclater les structures • répressives • de la 'IOCiélé? N 'a·t·ll pa� pensé, au contraire, ne serait-ce qu'un moment :

1. Que le modèle de cette sexualité pseudo-révolution· naire n'a d'usage possible que dans le contexte d'une social· démocratie libertaire?

2. Qu'alors sa vocation véritable est de soumettre les âmes ct les corps pour empêcher la révolution des travail· leurs?

Ln cible, c'est la iillette. la classe d'âge, la sous-classe d'âge, de 14 à 16 ans. Il faut l'amener à consommer la pilule ; tout le reste suivra. L'usage du produit entralnera l'idéolo­ gie de l'usage, une nouvelle initiation au système.

Il laut saisir la lemme à la sortie de l'enlance. Au moment de sa plus grande malléabil!lé, vulnérabilité. Affective, psychologique, morale, civique. Moment iMal du meilleur dressage : la moindre marque sc fait indélébile. Le corps ensuite ne pourra que répéter. C'est un âge desarmé : il n'a

plus la dynamique de l'enfance, il n'a pas la structuration de la femme. Un âge disponible. Enorme entreprise de subversion de l'âme adolescente : il faut empêcher la psyché, l'écraser en son lieu d'éclosion. Car lieu de rEsistance à la consommation mondaine. Lieu de la pudeur ct de l'imaginaire.

Car celui-ci est un âge de la vie : entre l'enfant et l'adulte, l'adolescence ou la virginité. Age d'or, moment où le génie de l'enfnnce prend l'âge d'homme (ou de femme). Où l'élan c.l'un corp� devient le pro jet d'une conscience. Fécondité de

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•c qui n'est plus c t n'est pas encore. Réalité qui devient imaginaire et imaginaire qui cherche sa réalité. ié t acqui;,e- grâce Alors, l'acquis de l'enfance, l'aUectiv a la famille et à l'éducation familiale - projette des •�alisations d'adulte sans encore disposer des moyens ociaux qui permettent leur accomplissement. Moment pnvilég ié . âge de 1;� vie de l'imaginaire. Moment concret, urganique, de l'imosinaire. Celul-ci n'est pas alors fonction uu entité abstraites. Mais expérience corporelle. Un geste du •orps : un imaginaire réel. Toutes les culturt�s ont mô\�nilié, célébré, protéaé ce moment. Celui de l'attente, qe la foi, de l'initiation. Attente .te l'amour par le plus grand potentiel affectif. L'affectivité •pprise dans le cercle familial vo:ut Se déverser, s'épancher dans l'Autre. Alors la grande rencontre : la Jeune Pille et le Jeune Homme. Et n'nyons pas peur du ridicule : la vierge ct lr puceau. Les meilleures conditions possibles du projet •objectif. L'égalité des chances et la chance de l'égalité. 1haque sexe est l'égal de l'autre et chaque sexe apprend à l'autre pour s'apprendre lui-meme. Alors les relations indi· vtduelles accomplissent la fusion des genres. Tel cM le grand Imag inaire : la rencontre. Le couple 1• Contrairement à ce que raconte la niaiserie culturelle •mbinnte, l'Occident n'est pas phallocratique. Bien au <Ontraire. C'est même lui qui a inventé la psyché, cette histoire d'amour de l'Occident. La culture de l'Occident est ltministc. Il n'a pas interdit l'imag inaire amoureux. la •encontre, Je couple : tl a exhaussé ce moment en des\in de l'homme ct de la [èmme. Mai$ si l'Occident a su poser le p.r:oblème de la reconnnls· lance amoureuse - Je problème du couple - il a été Incapable d'apporter une solution heureuse. La psyché est llagique : il n y a pas d'amour heureux. (Sau[ au moment de lo collaboration de classe de la bourgeoisie ct de la m1blesse : la bourgeoisie de robe.) C'est que le& nèce&sités de la reproduction de classe (longuement explicitées dans l'Eire " lt Code) doivent briser les prétentions subjectives. Proces­ •us fatal : il interdit l'amour en même temps qu'ill'invt!nte. 1 'tnterdit est la cause de la passion amoureuse. Alors que l'tdêoloaue bourgeois croit que la passion est contre l'inter­ .Jn C'est le contraire : la psyché est spécitique a l'Occident -

1 Lu fonceion .:duc:ntJHt dt: la soc;jétédoit consistera donner b �hacun let m•Uitures chance' d� \'l'f'rv tel âgf;' de la vic.. De le préterv�r c� d'aides n lo. u..11�1ion de son projet.

Ill


car eUe propose lu conditions de la reconnaissance... pour l'empêcher. En son essence, en sa structure le psychisme bourgeois est • sado-masochiste •· A cause des rapports d� production et non à cause de la libido. l.a classe sociale dominante se lait Sllr la commune Mfaite de l'homme et de la lemme. L'être de classe n'est ni phallocratique ni féministe. li est du genre neutre qui résulte de la neutralisation des deux intentions subjectives. L'asexualité de la classe sociale �t acquise, paradoxale­ ment, par I'EI·os de classe. Le pouvoir de cla&SC est la reciproque dénonciation des pouvoirs du sexe. On renonce au couple : en êchnnge, le pouvoir de classe. Le problème du couple n'a donc pas encore trouvé sa solution. Il a été posé. Tl ne peut plus être éludé. Les c�• hure$ socialistes cl commun'istes auront comme essentielle voca­ tion de réconcilier l'homme ct la lemme. En tant qu'indivi· dus qui font le collectivisme. En tant que [in de la psyché occidentale. Et en tant qu'accomplissement de cette psyché. Après celte longue digression (qui n'en est pas une, car elle permet de situer le problème conjonctul;'e.l de la pilule dans l'histoire de 13 psyché et ce livre dans l'ensemble de notre producl ion) revenons à l'â�e de la vie - l'imo�inaire de l'adolescent - qui prépare à 1 €Ige d'homme ou à J âge de femme. Cet âge tendre doit être rayé de la Carte du Tendre. En échange, la carte des usages mondains. usages de masse. lonclionnels, de l'animation machinale. Celte répression de la subj ectivité de l'imaginaire, des Hauts de 1furlevent, du Château d'Argol, du romanesque, sera proclamée émancipa· lion! On peut proposer trois moments de cette • émallclpa· tion •· D'abord écarter le problème mêtaphysique, posé et non résolu : celui du couple. Première régression. Ecrnser psyché. Une fois bâillonnée, le discours sexualiste s'imp<; sera. Le naturalisme, vitalisme, mécanisme de l'animation machinale. La psyché est réduite à l'émancipation sexuelle 1 Pour une idéologie de la consommation libidinale, ludique, marginale qui sera l'idéologie de l'industrie du loisir. Ce dressage procède par conditionnements so•ciolo�:iqoJCI progressifs. C'est d'abord le ges1uel de la première coo�so·m·• Puis t matioo ludique (julœ-box, flipper. poster, ec.). de l'uniforme, le portrait-robot. Pour en venir à la doublle animation machinale. Alors le travail de conditionne est quasi accompli : la fillette est déjà mûre. Pour la pi'IUI•e. C'est dans la Ioulée, portée, projetée par cette dy•namiiqu�e, qu'elle consommera un produit de plus.

1 12

Les st�rêotypes loncrionnels fonctionnent tout seuls. Le corps réctte la leçon de choses et de gestes appris. Pour agir dans,ct selon ce langage imposé. L âme machinale va passer à l'acte sexuel machinale· ment : elle � est conduire fatalement, par le gestuel appris. Le gestu7J d avant le prép:ue, le commence, l 'Impose. L acte �cxu�l n �st �lus qu'un geste situé dans une série. JI n'a plus de Mgmhcahon par lui-même. Mais de par la totalité du comportem�nt. sens de t'acte est dans ce qui le précède et dans ce qu• le su•t. JI est la signification de la série. Une . con�mmatoon de pli;IS, un rythme de plus. L'acte sexuel est un clément parmi_ d autres qui a la nécessité sociologique des ge�tes à faire et des mots à dire. Alors l'initiation sexue(le écarte la culture de la déClorai­ "'"· les riluels er les cél6brations valorisantes, qui faisaient de ce nome ':' t !-' ': mo�cnt privilégié, unique, d'une portée •ymb o hque mhme. L 1déolog.ie de la consommation fait de la sexu�lué une con_som �atio parmi d'autres. la psyché se paupénse, se banaltse à 1 extr eme. Après avoir écarté l'ima· amaire de t'allente, l'Idéologie dévalorise l'acte sexuel en le r<!duisant à uo acte d'ubage, à la consommation (du plaisir). A la place de la psyché, l'initiation de série. L'impératif wtégorique de l'opinion libérale. Le� adolescentes sont Jlllonnécs de slogans, de modèles, de signes de conseils' de � vues, de spécialistes, d'éducateurs... Malheur à ceUe qui • n est pas dans le coup. Elle sera repérée, désignée, dénoncée, moquée. Comment pourrait-elle se dérober? Les copines qui <ous tou�nent le Les garçons qui vous charrient. La quaranr �me mondame. Laquelle consentirait d'être • une h t g r cotse •.? eo_mment la filleue pourrait-elle - d'elle· _ meme - res1ster a cet environnement idéologique et s'écar· '''' du tro�pea� ? Comment pourrait-elle soudain briser en rlle tout 1 acquts culturel et al!ectil de l'animation machl· "tic qui déjà l'a inexorablement modelée? Surtout lorsque c'est la mère qui lait fonction d'entre· metteuse. La mère ou l'éducateur. Bien Intentionnés, ils pocnnent les devants. Leur démarche est préventive. Ils sont -..ucicux des intérêts de l'adolescente. lls pensent agir pour t, mieux. Etant donné l'époque, pensent-ils, il • vaut mieux • ':'e pas attend�c qu'elle soit bêtement enceinte. tl . vaut m•eux- • évtter 1 avortement. Bien que l'avortement lui ouui_. ait été banalisé, vulgarisé. Mais quand même : JI<>Urquot prendre le moindre risque alors qu'il y a la pilule' Aussi la mam an ou J'éducateur sym a agissent préventi� _ ''ment : � Tu sa•� ma petite fille... la pi ule. • Nouvel avatar ol la senllmentalné bourgeoise : le néo-intimisme du positi·

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visme petit-bourgeois. Celui de la mère et de la fillette, de l'éducateur et de la fillette, de la fillette et de sa copine, de Jo. fillette et de son partenaire. A la fois légal ct intime, secret et public, subversif et instilutionnel. Dernier avatar de la psyché occidentale forme extrême de sa pau�risation, de son extinction. Une culture de l'ôme accommode ses restes. Et intimisme qui s'étale, maintenant, dans les media. Intimllé bavardée sur les ondes, sur les écrans, sur huit colonnes à la une. Courrier du cœur, du sexe, des magazines �cialisés ou pas et des émi�sions intimistes des radios commerciales. Stéréotypes de ma�se qui se proposent comme culture de l'intériorité. Cette procédure Initiatique s'est substituée à l'initiation clandestine, sauvage, politique. Celle des premiers combats pour l'usage des contraceptifs, de la pilule. Combats d'avant-garde des nouveaux docteurs Folamour, des éduca· teurs • apprenons à faire l'amour • au lycée. Ou défi à la • répression sexuelle bourgeoise •· Aux tabous et interdits. Maintenant, les inciUHions de l'opinion libérale sont telles que ta fillette demande • spontanément • sa pilule. On a te.llemcnt bien su la lui dorer. Une troisi ème période de l'usage semble même déborder nnitiation intimiste (comme celte-ci avait dépa� la reven· dication politique). C'est celle qui s'avoue franchement revendication d'u�gcr, dé consommateur : la pilule du distributeur automatique. El gratuite. Entre te flipper et le distributeur de coca-cola et de chewing·gum. Et pourquoi pas dons la salle de classe ? Loi des trois états de la consommation-transgressive : message politique, pratique intimiste, usage de masse. A mesure que la consommation gagne en c:xtension le message politique se perd dans l a banalité de la consommation quotidienne. L'initiation reste clandestine, marginale. Mais eUe est devenue une banalité et une conduite de masse! Lu deux dynamiques conMitutives de l'ambigu"ité social-démo­ crate sc �ont parfaitement compénétrées. Subversion tt institution s'équilibrent pour proposer un nouveau type de conduite : le normatif contestataire. Ce modèle culturel, ce dressage de masse, cette pression de l'opinion fonctionne selon trois moments constHutib 1 . Il faut s'émanciper, se libêrer des interdits et tabous. 2. Donc prendre la pilule. 3. Alors passer à l'acte sexuel. ou bien : 2. Donc passer à l'acte sexuel. •

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3. Alors prendre la pilule.

Qu'importe l'ordre empirique des motivations. En tous les cas une • causalité structurale • - d'ordre logique et non �v én�men . tlel - régit le fonctionnement idéologique. La pre scn p1on id�logique est impérative. C'est elle qui t motive : le droit à la pilule est le droit à la sexualité comme le droit à la sexualité est le droit à ta pilule. La garantie contraceptive incite à l'usage comme l'usage à la précau· tlon.

.. Ainsi � révèle le '!léean\sme idéologique de l'usage. l tdéolog.e crée le besotn et 1 usage. Cet usage devient une fonction sociale. Et cette fonction crée l'orgasme. L'idéologie impose une pratique. Celle-ci devien� une fonction. Et celle-ci l'émancipation sexuelle. Mais orgasme à la mesure de son usage : sociolo ique, g fonctionnel. machinal. Une jouissance à la mesure d e son conditionnement. Et nous nous permettrons de donner un conseil aux sexologues, puisque sexologues il y a, et m�me aux psyc�analystcs. Ne cherchez pas ailleurs les causes de la pathologte de la nouvelle sexualité. Un sexualisme de masse aussi fonctionnal!st� et sociologique est à priori une forme réduct�•ce de la joUJ�sance. Ce trouble de jouissance, cenes, se mantfeste de multiples manières. Mais la cause essentielle est dans la soumission au modèle de série. On a la jouissance que l'on mérite. Que voulez-vous : le . socio!ogtque est frigide! Et le macbJnal machina l ! Si pour cert�ms le sexe est de,•enu un Instrument politi que, pour­ quot s'étonner de ln piètre jouissance qu'il apporte? Justice 111manente. Une remarque, pour conclure ce chapitre. Nous n)avons entrepris ni un travail de sociologue ni un truvaU d'expert. Rappelons que nous cherchons à définir les figures phénoménologiques de l'initiation mondnlne à la civilisa­ tion capitaliste. Aussi que J'honnête homme n'attende pas de nous le discours culturel que justement nous cherchons à dénoncer. C'est-à-dire les spéculations du sociologisme el de l'expertisme. Car à expert contre-expert et à sondage contre· so�dag e . N�us récu�ns cette culture scientiste et empirique , QUt a loncllon d ahmenter le confusionisme de l'idéologie. Nous n'avons pas cherché à faire le bilan des divers méfaits et bienfaits de la pilule à la manière du néo· positivisme. Ce n'est pas notre propos. Nous avons voulu disting�er deux usages. L'':'snge révolutionnaire et l'usage t éologtque. Comment la pilule peut libérer la lemme: - et 1h omme - et comment elle conditionne la femme et l'homme. La me IIPure et la pire des choses. Soit l'initiation

115


mondaine à la consommation libidinale, ludiqut', margi­ nale. Soit la maîtrise de la nature et un nouveau ch•isme. l. Le &exisme mondain, la psyché

et

la lutte du classes

Protester contre le détournement. .. d'usage de la pilule et le- dressage... mondain de la filieUe va povoque� r l'Inévitable réplique mondaine : • Phullucrate! • Et peut-être mên\e dans la bouché de l'honn�te homme. Jouons le e ju ; en piste pour la dispute mondaine. Celle ui structure le mondain. La scène du monde ne s'anime que q d'éternels poncifs. Chacun doit réciter son rôle. La procréa­ lion semble avoir programmé ces piques de sexe. Ell� font partie de l'approche amoureuse. Ce sont des rituels mon· d;.dns. On a ainsi quelque chow à dire el à se dire. Joutes de sexe, conventions mondaines, ingrédients du d�sir. Un homme arrive. Un phollo ? • L'ennui s'envole. • Et çomme le mot sonne bien. Pballo... Toute puissance mondaine du signifiant. Mot choc, boun·é de sens et d'énw· tions. Mot de vigilance. De militantê. Mot totem. Celle qui le dit la première a gagné. Mals si nous voulons jouer le jeu de la dispute mondaine, c'est pour amener des arguments peu usités dans le genre. Notre • entrisme • nous permettra de forcer la place. C'est sur la scène mondaine elle-même que nous poserons ce problème de la connaissance : quels sont les fondements cpistémologiques du fémini�me ? Alors, deux répon�es. féministes. Deux contres, dnins : bâiller ou snober. le bâillement, irrésistible. au de deux ou trois répliques. • Quel raseur 1 • Ou la dédaigneuse. L'ironie mêprisante d'une jolie bot•che. beaux yeux écarquillés d'un étonnement amusé. L rire de la femme spontan(-c face au savoir sclérosant. avant d'être éconduit de la scène mondaine, derechef : • moins, définissez le domaine de l'émancipation de la fenom-' et celui de sa récu�rntion. Puisque vous dites votJs·rnelme. que tout est récu�ré. Donc, comment distinguer l'autlterlti• que féminisme de sa contrefaçon, mondaine. bourgeoise ? En profitant d'un certain flottement de l'auditoire peut-être même d'un (•ncouragement. dans le regard l'honnéhe homme, nous gliswrons le problème de la C011nlliS. snnce sous les colifichets rhétoriques de la mcmdlanlté en lcroftS un paradoxe mondain. La provocation présentera sous la forme d'un nouveau jeu de sociét� proposerons une hypothèse qui devrait exciter la curio.sit,Ai 116

des salonards de la mondanité culturelle. Ne serait� que par son énormité : • Si vous vous refusez à tout critère reflexif, rationnel. vous autorise1 la pire des confusions. A la limite, alors, vous vous exposa à cette interrogation : et si la néophallocratie... c'était le féminisme ? Si le dernier masque du monstre imitait le visage de sa victime? Si la phallocratie atteignait sa perfection par sa pseudo-dénon­ cla\ion? Et si les militantes du MLF n'étaient que des manipulées de l'éternel pouvoir mâle ? Permettez-moi d'ex­ poser cette hypothèse... Recevez-la d'abord comme uno amuserie culturelle, une énormité qui vous fera bien rire. El puis... • Eh oui, tout ce travail de mise en scène est nécessaire pour forcer la scène mondaine! Autrement, le savoir reste aliéné par sa formalisation abstraite. Une mimique ou un bon mol suffisent alors pour le ridiculiser et l'écarter. Nous ne faisons que suivre la leçon de Socrate : la provocation réflexive doit affronter les sophistes. Sur leur terrain. Pour leur mettre le nez dans leurs mondanités, leurs trucs de aéduction. Nous nous proposons donc d'établir la vacuité concep· tuelle des termes féministes �l phallocrates en montrant leur plénitude mondaine. L'émancipation de la femme passerait par le refus du mariage? Par l'union libre ? En luttant contre I'institutiona· hsation du [pjt sexuel? Mais c'est l'éternel combat du phallo! • Je n'épouse jamais • avait fait broder sur ses draps un célèbre tombeur, cité par Montherlant avec quelle �dmiration 1 Et l'essentielle préoccupation de cet homme de plaisir n'était-elle pas, en bon rentier, en bonne littérature de rentier, de se sauver du mariage ? On n'épouse que par pitié. Pour le dragueur, ce pur produit de la modernité (ce fléau oocial, Iront jusqu'à dire les féministes) n'est-ce pas le mème .umbat ? Et quand un homme se marie, les copains n'ont·ils pas toujours dit qu'il se passai t la corde au cou ? Mais qu'eux n� se feraient pas avoir de s i tôt... Dieu sait si le phalio redoute l'institutionnel. Est· li nécessaire de développer encore ce thème du ma· liage épouvantail du pouvoir mâle ? La {in de la jeu­ nesse. la fln des Incartades ! la belle-mè.re, le travail, les ••nfants 1 Adieu lu belle vie : • Si tu veux pas que ta lemme l'emmerde .. • Le phallo - de maman - n'avait qu'une crainte : le •hantage à l'en[anl. Sous la pression sociale (anti-phallo en .

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l'occurrence car l'opinion publique ne soutient pas le • pou· \'Oir mile •• contrairement à ce que peuvent dire certains idéoloaues) i1 fallait bien qu'il • y passe •· Aussi. quelle terreur. quand elle n'avait plus ses règles. Mais il pouvait encore sauver son coup. Par l'avortement. E.ncore un autre pouvoir de classe. Dans le milieu populaire, le phallo. lorsqu'il avait mis une fille enceime, lui, devait �pouser, c obligé •· Dans la bourgeoisie, le pouvoir mâle avait recours à l'avortement. De deul< manières, directe et indirecte. En l'imposant à la lille c séduite •. Ou en l'aban· donnant purement et simplement, surtout lor�qu'il s'agis· sait de quelque boniche ou autre Hile du commun. Alors celle-ci, complètement paumée, d'elle-même, nvait recours à la [aiscuse d'anges. Ou comble de la misère sexuelle, s'avortait die-même. Pour le phallo bien né, qui prenait en charge l'avorte· ment, que de problèmes : • Avec les lemmes on a toujours des histoires... • Ça coûtait cher. un avortement. Il fallait trouver une avorteuse. Se compromettre. Oue de ri<oou•'" Que de soucis 1 Rappelez-vous Mathieu, ce brave lorsqu'il inaugure lts ChemJnsde la li�rté.Ce héros •aru>en. comme tout bon petit bourgeois qui veut vivre cherche à laire avortersa maîtresse. Et comme il est cm1bêté Remarquable continuité du pouvoir mâle. Derrière !déoloaies apparemment opposées, la méme attitude. chemins de la libi:rté- du (ils - c:ommencent où linisS<:nl· ceux de la littérature des reotiers - du père. La relève est assurée. Le refus de l'institutionnel est aussi le refus d'u certaine paterriité. Avant, les bâtards du prince poussa • à la va que e te pousse • · Mais le code Napoléon est regardant : es lois recherchent la paternlté. Le contraint à de graves obligations : pensions allmtmtair·es� etc. Certes, obligations théoriques et platoniques : s'il e$t condamné, peut ne pas s'exécuter (même e t. deux tiers des bommes ne paient pas les pensions a res auxquelles ils ont été pourtant condamnés. Sans vaise volonté avouée : ils gagnent si peu 1). Mais il y a risques. des menaces. Les gosses, ça revient cher, il faut nourrir. les élever, s'en occuper... Pas de mariage et pas d'enfant : la liaison et t·a· vm ·te­ ment, constant mot d'ordre de la phallocratie e la Son combat anti·institutionnel. Ses chemins d Pour ratifier la famille, se marier et avoir des enfants moment (bourgeois) venu. Avec certaines : on n'épouse et on lait avorter. Avec d'autres : on sc marie et on a enfants. •.

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E.n un premier moment, donc, que demande le phallo? Le refus de l'Institution et le droit à l'avortement. Ce seront les premiers exercices imposés. Au [éminisme. Premières tâches. Première manipulation. Le phallo- de maman - ne se retirait pas, bien sur : à la gêne point de plai�ir. Pas de préservatif. non plus. Cela pte la spontanéité. Tout échoit à la lemme. Autres tâches ménagères : • Lave-toi... tu t'es bien lavée?... Je t'avais dit de faire attention ... • Et le phaUo engage le combat pour l'avortement libre. Mais sans se • mouiller •. sans avoir à laire le moindre travail. Ses femmes seront en première ligne. Avec les héroYnes de la libération de la remmc. Celles qui ;�ccumulaicnt les avortements pour donner le bon exemple. Les performantes (alors qu'il est maintenant établi que les accouchenlcnts prématurés et même les fausses touches spontanées sont proportionnels au nombre d'avor­ tements subis antérieurement.) Celles qui exploraient les techniques nouvelles. Ou qui partaient et partent encore, pitoyables troupeaux, par autobus entiers, en de� pay� moins • répressifs • (les • mecs • n'ayant pas toujours payé le voyage). Un personnage de Ionesco ne pourrait-il pas d>n: : • Mais comme c'est curieul< .. Ce sont toujours les lemmes qui avonent. • Et comme c'est curieux. ce sont toujours les lemmes qui prennent la pilule. De même qu'elles ont été - et sont •·ncore - les victimes de l'avortement tTop clandestin de la laiseusc d'ange�. aux suites opératoires difficiles 1, de m�me qu'elles ont été soumises à l'avortement de série, qui tllminuc les chances de grossesse à bon terme, de m�me elles ont dû • essuyer les plâtres • d'une pilule qui était devenue usuelle sons êtt·e encore au point. Et c'e�t bieo tardivement que l'on a découvert, par exemple, qu'après 35 ans, les cHets <'llnjugués du tabac et de la pilule exposent aux risques •ardio-vasculaircs. Les groupes industriels multinationaux unt évidemment édulcoré ces effets négatifs. Le gauchisme t.·s passe aussi sous silence (collusion objective des deux t�rmes). Alors que des examens médicaux préventifs ct •y•tématis�s auraient énormément réduit ces risques. Cc n'est que maintenant que l'on invite les fumeuses de plus de IS ans à choisir soit de ne plus fumer, soit un autre 'ontraceptil (le diaphragme ou le stérilet). .

1 L'II\'Onemcmt, m�mc dans les meilleur($ conditiôni, ����lica-.thir\.lrQic.:al qui peut avoir dH oomptic:a,tlcu'llS

reste un acte

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Dlscr�te et ron�tante ironie du p()uvoir male : la lemme objet d'u�u&" et sujet d'expérience doit veiller, d'elle-même. au bon entretien du matériel. • Ton corps est à toi; sache que les • mecs • ne veulent plus de ri<que�. d'ennuis. Sois da�ponible à leurs désirs sans les importuner de ton corps IOf'squ'lls n'en ont plus besoin. Sois fonctionnelle : gère tes ovule comme une bonJlf! lemme. Cela fait partie. mainte· nant de tes obligations mondaines. C'est ton problème. Et nou• en avons proposé la bonne solution. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes des bommes possible. Sols lolministe et tais-toi. • C'est la r&:upération mondaine du pro�:r�s social que nous dénonçons, sous sa couverture féministe. Que le rhé· teur mondain ne profite pas de notre dénonciation d'un certain usnge de l' a vortement pour insinuer que nous le condamno(ls. Nous souhaitons, au contrair-e, le plein usage de la loi. Rappelons que nous voulons l'abrogation dês restrictions mentales, de la clause de conscience qui permet encore à bien de� médecins d'éluder son intégrale applica­ tion. Et nous proposons même comme exemple à suivre celui de� pa)s de l'Est. L'avortement n'est concevable qu'en écartant le libéra· lisme pcrmi\�if- qui le récupère - et l'iM oio gic réaction­ naire- qui l'interdit. Il faut établir, là aussi, la ligMjuste ct dénoncer les usages abusifs, mondains qui manipulent les lemmes pour maimenir le confort sexuel male. Et exiger l'applica1ion de la loi dans les secteurs où elle est le plus sous-utilisée, alors qu'il s'agit de la plus authentique misère sexuelle, sociale, affective. Et nous constatet·ons que cha· cunc de ces idéologies se justifie par l'aull'C. Pour ainsi empêcher le bon usage de la loi. Une féministe conséquente, réellement anti-pballo, mili­ tante en guerre contre les privilèges. ne devrait-elle pas exiger la pilule pour les • mecs • ? Ou autre; garanties, chlfurgicales. même? Ne sont-ils pas concernés. eux aussi ? De quels droits celle aHüude et ces privilèges de purs consommateurs? N'est-ce pas une vieille habitude • macho • : que la femme prenne tout en charge ? A elle les responsabilités, l'entreti en du matériel. A l'homme l'usage, le plai,ir. Et la désinvolture du consommateur. Les sauteurs qui ne pourraient présenter le cenificat médical adéquat ne d<:vraicnt-ils ptts être boycottrs ? Encore une fois : la femme a toul à gagner des lois sociales et le phallocrate a tout à gagner du féminisme. l-'émancipation mondaine de ln femme non �ulemcnt s'accompagne d'une plus grande garantie d'usage pour le

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phallo mais encore élargit extraordinairement son champ tl.- consommation. • La circulation des femmes • e�t deve· nue ce que le phallo n'osait imaginer. Nous verrons dans la libéralisation des lois du divorce une autre conqu�te de la phallocratie moderniste, machid· •étique et manipulatrice. Qui profite du divorce (dans la onj oncture actuelle?) Ne sert·il pas, en définitive, à liberer ··ncore plus le pouvoir mâle de l'institutionnel, du mariage, •le ses obligations, en particulier à l'égard des enfant&? l.tudlons de près le proHI socio-professionnel du couple qui divorce. Pour en dégager une loi tendancielle, non-dite ct � couverte par les motivations psychologiques soulflées. • wrinées, par les médias. Intéressons-nous à une catégorie d'âge particulière : celle des gens de 35·40 ans jusqu'à 50· SS ans. A ccqe génération mariée avant 1968, qui est l'âge • mûr • et qui peut bénéficier maintenant des facilités du divorce, octroyées par le libéralisme d u système. En lui toisant grâce des 1>tatistiques, nous proposerons à l'honnête homme, deux portraits robots. Lui : après des débuts parfois difficiles, il dispose main· trnanl d'une bonne situation. Ne serail-ce qu e par le mérite orme. ll est dans de l'ancienneté. JI s'est maintenu en bonne l Ir secondaire, et surtout, le tertiaire. Profession libérale, udrc, Ingénieur, professeur. Elle : ne dispose d'aucune qualification professionnelle. l'ils de métier. Elle a abandonné ses études pour sc marier, older son mari, élever �es enfants. Elle : au foyer. Lui : au bureau, en voyage d'affaires, en diner, en soirée. Autant d'occasions de rencontrer des lemmes d'un autre milieu social, plus jeunes et disponibles. Il dispose enfin du genre de vie (argent , standing) que le oystème a mis au point pour séduire. Aussi va-t-il délaisser puis répudier l'épouse non compétitive. Sa nouvelle et jeune [emme, par-dessus le marché, dispose d'un métier. d'une qualiiicalion professionnelle. Un outre traitement. Réel ou virtuel (elle pourra cesser de lt'Rvailler ou elle pourra se mettre à travailler). Comment la lemme délaissée, répudi�, pourrait-elle • refaire sa vie • ? Elle propose, eUe, deux ou troi s enfants à endre en charge, un corps fatigué, une cane de chômeuse. ,. Il va falloir qu'elle clw:rcbe du travail. Tout en s'occupant rntore des enfants... Telle est la situation type que la libéralisation du divorce • autorisée. Deux destins de femme. Une perdante. Deux tl\1&nants. Bien sûr, il est d'autres divorces. Pour d'autres classes

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d'âge. Mais avec cette constant� . prise en charge des

rf

et non·pakmcnt des dérisoire& enfants par la mère 1 pensions ahmentai s. Situation de fait qui est le reflet d'un privilège objectif. Comment le nouvcliu phallocrntc ne serait-il pas lémi· niste, puisque le féminisme est le vieux projet phallocro te adapté au libéralisme avancé jusqu'à la social-démocratie libertair e? De toute son hypocrisie sexiste, il a \•oulu que la lemme c réussisse • son divorce comme elle a déja • réussi • ses avortements. De même. en lançant la lemme &ur le marché du travail, il rèus�ira à en faire une chômeuse. Car là aussi, lcb dés som pipés : toujours deux dcst1ns de lemme, Celles qui profitent du Système. Célles qui en sont victimes. Les bourgeoise$, nanties de diplômes el qui se sont casées avant la r�cesso i n. Ou qui, maintenant, bénéficient d'une qualilication professionnelle qui leur permet d'exer· cer un métier libéral, ou d occuper les secteurs de pointe d� public-relations, des mass-media. Ccll«:l> qui ont le pouvo•r de choisir. D'attendre. De se !aire pistonner. Qui savent plaire. Qui gèrent les boutiques de mode. Qui ont du relations. Des oncles bien placés. Celles qui peuvent rentrer à la maison. Après avoir gagné la moiso1\ de campagne. ôu l'autre voiture. Et les femmes d'origine populaire. Sans diplôme. San• qualirïcation professionnelle. M�me pa.s ouvrières. Même pas OS. Les femmes de salle. Les balayeuses. Les serveu�es. Les bonnes (portugaises). Lc!s femmes de ménage. Les vendeuses. L'imr(lense armée des femmes à tout faire. Contraintes de pr�ndre n'importe quel travail. Les salsun· nières. Et toutes <:elles qui ne trouvent même pns ces humbles et pauvres tâches. Chômeuses. Ou même pot chômeuses. Le! féminisme est celle idéologie qui consacre une nou· velle et terrible ségrégation dans le sexe féminin. Ségréga­ tion de classe qui organise deux destins de femme. Celles qui parviennent, arrivent. Qui s'intègTenl à la dynamique du syMème. Celles qui ont droit aux essais et erreurs. Aux expériences non seulement permises mais recommandées. Et qui, en définitive, réussissent ou réussi­ ront leurs mariages, leurs enlants, leurs carrières. Et celles pour qui J'avortement, le divorce, le travail-chômage sont de •••

'

1 U • papa·poule • n'est qu•un gad3t't idMiotJ.iq�� On. n'a pas V\1 de papa�poute chez les • to r is�huil •.

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terribles drames, des traumatismes irrécupérables, des tprwves insurmontables.

Certes, ce n'est plus le destin de Fantine. L'idéologie de la classe dominante s'est • humanisée •· Un certain misérabi· lisme féminin n'est plus possible. Mais le néo·capitalisme condamne toujours à un échec objectif la majorité de la population féminine. Echec sexuel, affectif, social. Le système a su gérer magistralement cet C-chec. Grâce à >eS lois • sociales • qui empêchent ces femmes de s'insurger. Il a su récupérer le n�gatif par une bonne gestion de l'échec : un bon avortement, un bon divorce, un bon chômage. Toute une population féminine est assurée de • réussir • ses Mais aussi échecs. Au prix d'une in.sntlslaction r p ofonde . d'un moindre maL politique. Cette • fourchette • idéologi, que permet au système de ne rien accorder d'essentiel à ces lemmes tout en empêchant leur révolte. Trois moments du destin de la [emme, trois promesses tlu capitalisme libéral. Avortement, divorce, travail-chi.>· mage. Pour certaines. trois ligures du malheur. Pour d'au­ tres, trois moyens de s'Intégrer, d'arriver. Pour beaucoup les deux à la fois, tantôt l'un, tantôt l'autre. Et alors l'extraordi­ naire confusion idéologique du discours féministe. Répétons-le : nous n'avons entrepris ceue polémique que rour battre l'adversaire sur son terrain : la dispute mon­ daine. Pour montrer que son audience ne repo� que sur un pouvoir idéologique. Le fémiois.me n'a aucun fondement th�rique.

Aussi, maintenant, devons-nous élever le d�bat. Et pro­ poser notre contribution aux fondements scientifiques d'une theorie révolutionnaire des rapports du sexe. de l'homme et de la femme. Certes, le féminisme relève d'un bon sentiment. A l'ori· aine, c'est la saine et même sainte colère de la femme uutragée. C'est \•oulolr reconquérir une dignité bafouée. O•anité de la femme scandalisée d'être réduite à la seule •ille u r d'usage. Légitime protestation, morale, devant la tl�gradation de la psyché. Revendication aUective de la ltmme qui prétend ne plus être réduite au fonctionnalisme vulgaire du sexe. Mais ces bons sentiments sont aussitôt récupér�s par l'idéologie, par le féminisme. Ce ne sera pas la faute du néo• apitalisme. Ce ne sera pas la social-démocratie libertaire qui �ra responsable. Mais l'homme. Pas tel groupe d'born· llles. Mais l'homme en général. L'homme en tant qu'essence. 11 c'est e 1 délaisant l'homme que la nouvelle femme se fera. Cette modernité révolutionnaire • se révèle n'être •

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�u·un archaïsme à usage réactionnaire. Une rÇactivnt!on dé 1 Eve éternelle, sous prétexte de retrouver l'identité perdue. El!ectivcment, très longtemps, �es origines de l'huma­ esclasses sociale•. • la wciété • nit� au �ystème occidental d a étc !ondée sur les rapports de sexes. En raison de deux raits e�wntlcls qui se recoupent : la division du travail et le système de parenté. La première division du travail s'organise sur la dJvlsioo des sexes. Le travail - de reproduction de l'espèce - et te travoi l - de 8ubsistance- sont deux systèmes spécifiques C'est un a priori • logique •· Le lait de l11 mutemité, et de la premièl'c structt,tre d'éleva�e, entraine une répartition de-<· tâ�hes qui peut être très sommaire, certes, en fonction du $Cx�:. Oès le princlpe, il Ya unedif(érertce. Et POI!r 1\l!tant que la femme participe au travail d,e sub!li$tance et de reproduc­ tion de la torce de trayajJ, c'est selon <;les fonctions et des rythmes qui prévoieNt cette différence. Diflérencll qui ne veut p ns dire néeessaircment subordination ori&inelle. ' L ordre du travail se di$pose alors néce!>Saircment selon un $ytt�me de parenté soit masculin, soit (éminin. Dans le• deu� cas, ce système de parenté - et qu'importe qu'il soit matrilinéain: ou patrilinéaire ou un compromis d� deux ­ réduit le destin politique et le destin de chacun à n'être que l'e�preSliion naive, mécaniste de la division de� sexes. Le politiq u e et la vie pcrsoonelle ne sont que l'expression de la � rjlroduction de la tribu. Il est eSlientiel de constater<tue cette diH�rence objective, structurale n'indique pas une subordination conStitutive de la femme. Cette nature sociale Qriginelte ne peut servir d'argument ni aux pha�loètales ni nux (émitlistes. On ·a voulu l'interpréter en I?�Jétllnt une ld�logic moderne sur une structure qui, p�r elle·mcmé, n'est pas un ord•·e de domln:tlion. Et même Engels est tomhé. à notre avis, partiellement. dans ce piège. Mals Il c&t auSlii essentiel de constater que la dil(érence Implique le conllictuel. l'antagonisme, le cOntradictoire. Ce conflit par lui-même n'eS'! pas négatiL Il n'y a pas une ratalit� de domination, mais plut6t le principe de la dynami· que sociale. Et nous pensons que ce conflictuel est même n�crssaire à la structure d'éle\'3ge. L'enfant doit être la reproduction d'un double, d'une contradiction interne. Pour devenir. Pour qu'il y oit une dynamique de l'être. Pour qu'il se projcue. l'inwnsdcnt collectif, Je nôtre, celui de l'époque, porte cette culture. Celle de la tribu fondée sur la division dé$ &Ci"t:S. Son actualîsntion. au niveau de la vie quotidienne, est

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l'etetnelle querelle domestique. Le conrlit intime de tout c-ouple. Cene querelle est devenue le fondement de la eom�dle humaine. l'ironie de l'humanité eM n� de cette ...,mpitemelle el vainc querelle. .Exercice somme toute plato­ nique. catharsis. Ce conflit est culturel, obj ectU. Ce n'est pas comme Je croient certain� idéologues un conflit biologique, inscrit clans la nature. Ce naturallsme esraJors une métaphysique. C''est au contrairt: un conflit inhérent au mode de production rymologiqu, r e. Et pr�sent dans J'inconscient collec:tlf. C'est une reproduction des rapports de production. l.e féminisme va se servir de ce fopd atavique. l'our l'utiliser en une modernité idéolo·giqus; qui pl'<:t.,!ld dépasser lu lutte des ol�sscs. Alo\'1! qu'au <;ontraire c't:st là lutte ÙIJS .tasses qui réactive ces fixatiotts étymologiques et leur .tonne leur sens exact. L'Occident feodal et bourgeois, par l'organisnlion des dasses sociales. dépasse mais aussi ré cupè re Je dualism�J unginel. La nobl<"sse ct le servage, la bo u rgeoisie ct le rrol�tariot dé(ini�scnl deux nouveaux univers. Celui où l'on •�torque la plus-value (et où on en_ profite, de près ou de Juin : dérive de l'accun\ulation). Et celui où l'on produit • �tte plus-value. Bien sûr, dans ce nouveau système, les antagonismes �tymologiques continuent à se manïrester. Mais dans. La lutte des classes subsume et conditionne la hme des sexes. Dans la classe dominante, la femme prolite aussi dé l'extorsion de la plus-value. D'un(> manière objective, évi­ demment (il ne s'agit pas <l'apprécier- les bons ou les mauvai$ scmimcntS). Don<;, comme .,. exploitatrlce • de l'autre femme, de la classe dominée. Ge qu.i nt>, l'empêche pas d'etre aussi, éventuellement, • exploitée • par l'homme de 1� dasse dominante. (On peut être la pt'olét.aire de l'homm� ri IlVOir une année de lnrbîn$, Une simple bonnè ou fcmnle , J .. ménagl' �uffit ))arfois à faire la Madame). Alors on peut l'roposer cetLè équation, objective, comme la division de la MM:iétê en classes sociales : exploitation de la clas.>�e dominée (plus grande) que l'exploitation de lâ {emme par l'homme ,lens la classe dominante. Plus grande, parce que c'est le pouvoir de classe - la <lumioation d'une autre classe sociale - qu.i 11utorise, qui 'untlent le pouvoir de l'homme - mais de la classe domt "''nte - sur fcti femme& - de la classe dominée mais auui ,,,. la classe dominante. Et la cause inclut, contient toujours 1 rllet. La cause est plus grande que l'effet. L'antériorité l..glque, économique, politique -de la lutte des clas�cs -

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lait de la lulle des sexes une consêquence, un eifel. La chronologie historique celle qui apporte la mémoire collective de cette lulle des sexes - est soumise à la caunlit� politique et économique. La lutte des classes réactive la lutte des sexes. Ccllc·cl n'était plus qu'une lorme vide qui va véhiculer le nouveau contenu historique. ta lutte des sexes n'a alors de sens que par la lutte des classes. Celle logique se vérHic abondamment au niveau em iri­ p que. Quelques questions très • naïves • permettront de le constater. Quel était Je pouvoir du charbonnier sur la châtelaine? Quel est celui du travailleur éiranger sur Del­ phine Scyrig? Voit-on souvent les dames des classes domi· nantes être ises à des hommes de telle manièrequ'elles acceptent de vivre comme el avec les femmes des classes dominées? Certes, il y a des variables. Nous en avons étudié les lois : la dérive de l'accumulation porte un système de parenté qui ne fait que confirmer la loi que nous venons de proposer. �ésumons en deux propositions les rapports • sclenlifl· ques • de la lutre des c asses et de la lutte des sexes : 1 . La femme de la clt1sse dominante • exploite • objectivement à la lois l'homme el la femme de la classe dominée. 2. L'homme de la classe dominante • exploite • objectivement - la femme (de la classe dominante et de la classe dominée) et lôomme (de la classe dominée). Ce système de relations est constitulif du pathos occiden· tai. Il ordonne l'intersubjectivité structurale. Celle qui est l'inconscient. Et qui est recouverte, cachée par les • moti lions • psychologiques explicites. Et nous ajouter "s le petit appendice qui explique plus p r é cisémentlla � : . l'âme de l'Occident : dans la classe dominante se : aussi la contradiction de classe, en tant que co,ntradiictiinn int�rne, relative, hiérarchie dans la classe. Ainsi le d'alnesse. 11 s'agit là d'une donnée structurale de classe dominante. Alors les deWl dominés-!nternes peuvent -et ne De1uv••nt que - se reconnaître ct s'allier face au dominateur. C'est situation structurale de l'amour (d'abord courtoi�) et mythe de Tristan et Iseult. Le vassal, le cadet, le cheval • s'allie • subjectivement à la (emme, à la lille. à la sœur suzerain. Mais impossible amour. Terrible piège : les conditions la reconnaissance sont proposées... et sont aussi • su:ut'IUira• lement • impossibles. Alors amour fou. Si l'alliance m•en• est quasi-inévitable. de par l'analogie des situations. si

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••-connaissance totale est aussi l'ab!>Olu de l'a , elle ne rtmet pas en quesli o. elle ne doit pas remellre en question . <,> . IIOD la CODITadiC ma)Cure entre (esclasses sociales. fl ne peut avoir de lieu politique qui institutionalise dérive Interne Elle doit rester 'i consc l de ienl classe (celui que ; l_ nous d1sons). La contradoctoon relative ne peut que rester dans la contradiction majeure. Ç'est le principe de la contradiction relative incluse. Le fondement du destin, de la poésie et de la musique de l'Occident, L'amour fou l'impos' �lble amour : la psyché ou la mélodie Innnie. • Ces thèses sont éveloppées dans deux. de nos livres. l. Etr� tt le Code est 1 étude de psyché, de ses origines­ le mythe occidental de l'amour : Tr istan et Iseult - au romanesque bourgeois et à la fin du romanesque Oa psycha· nalyse). Le Frivole et le Sérùwc est l'étude de la bourgeoisie moderne, po,t-romanesque. la contradiction intern e issue de la dérive de l'accumulation, est devenue le ga uchi me. Il ne remet pas en question la contradiction majeure. Mais il ocusslt à renverser, à son profit, ln contradiction interne. Le llbéralism� avancé et �rmi�sil du fils succède à l'idéolo!lie o.:Onscrvatnce el morahsatnce d11 père et chemine vers la prise de pouvoir social-démocrate. Les deux propositions fondamentales, scientifiques, que nous avons établies montrent que la luue des cl a totalement transformé, travaillé l'antaeonisme des qui �st au commencement de l'histoire de l'humanié. t Mainte· nant. la femme s'oppose à la femme comme l'homme a'oppose à l'homme. E.tla femme s'allie à l'homme comme l�s classes sociales s'opposent (et certes en ce domaine les trahisons de clas�e sont multiples, puis ue mythe et ro�a­ nesque il y a ; mais mythe et romanesque sont aussi des •égulations de classe). L'extraordinaire expansion des couches moyennes peut •occulter la contradiction majeure : bourgeoisie - proléta­ nat. Et la lulle des classes peut être sous-estimée, ignorée et n1éme con�idé� comme • dépasr.éc •. Pour blen des rem­ noes, ol n'est pas évident qu'elles participent à l'exploitation Je la classe dominée et que celle exploitation soit plus 'and e que leur exploitation par l'homme de la classe l J ,ominante . C'est qu'elles méconnaissent le rôle exact de ces 'ouches moyennes dans le procès de production et dans le wocès de consommation. Et il est vrai que le statut de ces touches sociales est partlculièremcnt ambigu. Elles son1 à la fois victimes cl profiteuses de l'extorsion Il� la plus-val �e. Elles ne possèdent pas les moyens de l'•oduction mars extorquent une certaine plus-value. Cette

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double monstruosité Matutalre explique la confusion fonda­ mentale de la nouvelle idéolog ie et. en particulier, le féminisme. Celui-ci va inverser la situation objective (que nous avons définie). L'antagonisme de sexe, originel, sera réactiv� au point de prétendre dépa�ser la lulle des classes. Et le marxisme (surtout lorsqu'il sera léniniste), sera même dénoncé comme un phallocratlsme larvé. Apparaît alors un corporatisme du sexe : un sexisme. Le mélange confus des • intéréts • du sexe - féminin - de la culture- bourgeoise -du di<cours -libertaire. Est sexiste toute représentation qui (alt du sexe une • c•scnce •· une d�termination transcendante à l'histoire. Sexe • naturel •. pur, au-delà des rapports de production. Ce corporatisme promeut un fait biologique en une • nature • métuphysique. Aussi, tout pouvoir politique, de toute culture historique, sera identifié au pouvoir mâle. Le combat révolutionnaire du féminisme est le combat contre l'homme en tant que sexe qui s'est identifié au processus de l'histoire. Alors, ce n'est plus la guerre des sexes de l'origine. C'est une nouvelle guerre. D'ordre métaphysique. Celle de la substance contre l'histoire. La femme est l'anté-prédicatif, la non-détermination, la non-représentation. Elle est ce qui était avant la culture. Elle est l'ami-progr�s absolu. Elle est l'humanité d'avant l'histoire. J-listoire décrétée vaine, pré· texte à la prise de pouvoir phallocratique. Le combat féministe se révèle n'être que le combM de l'idéologie r6>ctionnaire contre le sens de l'histoire. Et sou• une forme moderniste. Le féminisme réactive un archaïsme, le dénMure, le fal�ific pour en faire uoe nouvelle idéologie de la substnncc : l'Etre sans l'histoire (idéologie commune à tous tes penseurs de la m()dcrnlté bourgeoise. à partir de Heidegger). Ce corporatisme va Intervenir dans la lutte des classes pour em�cher... la libération de la lemme : l a fin de l'extorsion de la plus-value. Car c'est ce mécanisme du capiua­ lisme qui contient, aussi, toutes les • aliénations • de la lemme C'est dans le système capitaliste que s'accomplit corporâtlsme : le nouveau statut conféré à ta femme n'cal autre, alors que son nouveau pouvoir mondain. La collusion de la revendication féministe et de l'extorsion de la value est une nouvelle stratégie, mondaine, du pouv·o•r classe. Elle a fonction d'implanter la soclal··dêmcJCr:at libennire • et ce q�•i est désolant (rappelons··le) 1 Tf'f �tt le p.JJ'CC)UtS du feminisme rewendicattOft archaisantt­ l'opposlt•on puis partlc..pation doucereuse au pouYoir. &,.to: ftm>iDI!imol ·

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bon sentiment : la révolte 1/igitime de la lemme outragée (toute idéologie se farde d'une vertu. Pour la détourner). l'emme doublcmenJ outragée : par l'homme de la SOciété victor ienne et par l'homme violeur de la modernité. A rra,·ers les modes de production, continuité du • salaud • . Cette femme va revendiquer - très légitimement l'cgallté des sexes. Mais pour glisser aussitôt dans la récupé­ rn11on idéologique : celle qui combine, amalgame, Jo réelle situation de la femme dans la société moderne et la revendi­ cation sexiste du féminisme. Le féminisme sera celle contradicrion absolue, cc pur paradoxe mis en place et promu par le pouvoir : l'égalité des 'exes est voulue en même temps que le sexisme radical (du. féminisme). Et m�mc par ce sexisme. Comme si l'anté­ pérdtcatif pouvait se concilier à sa négation. Comme si l'égalité • naturelle • pouvait s'identifier à l'égalité politi­ que et culturelle. Comme si le processus de dc!substantialisa­ taon de l'histoire pouvait à son résultat, proclamer la �ubsta»ce absolue. La seule mesua·c de l'égalilé politique entre l'homme et la femme, c'est l'égalité devant le travail. C'est l'égalité propo­ •ée par le socialisme (celui qui lutte contre la social­ démocratie). C'est la seule manière d'en finir à la lois avec l'Eve éternelle et l'Homme éternel. Alors plus de phallocra­ tes ni de féministes. Mais un r61e commun, dans le procès de production et de consommation. Rôle de l'égalité collecti­ viste. Bien sùr, le féminisme ne peut avoir que du mépris pour ce genre d'égalité. L'émancipation ne peut être que l'�man­ dpation du sexe par Je sexe. Alors la contradiction fonda­ mentale du féminisme - l'égalité d�s sexes par le sexisme ­ l'avère la coquerteriede la femme moderne. La contradiction ne fait que camouner la stratégie éternelle de l'Eve éternelle. ir du sexe, La coquetterie n'est qu'un stratagème du pouvo une ruse sexiste. Si le féminisme dénonce la femme-objet, c'est pour mieux valoriser le sexe féminin. La coquetterie classique est bien connue : 1 . Provoquer (subtilement, si possible) l'homme : 2. Se refuser: 3. Alors • l'intéresser •. Banal et efficace. Mals ce travail de valorisation n'est pas l'essence de la féminité, de sa nature originelle. C'est un travail culturel, de opposanll. tratêaies. Elerncl ftmi.Un!

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civili�atlon ; valoriser la femme, l'arTacher à sa banalit� fonctionnelle, à s a simple valeur d'usage. L'Occident féodal et bourgeois. qui a perfectionné et $Ublimé ce processus, est profondément • féminl�te •· répétons-le. La psyché est la finalité de sa cuhw·e. Mais cela est de l'ordre de l'incons· cient collectif. La stratégie culturelle se camoufle sous les apparences institutionnelles. Tous ceux qui dénoncent la phallocratie logocentrique -les Derrida, Deleuze, Foucault, etc. - s'y sont laissés prendre. Le féminisme va sc servir de la tr�dition culturelle de l'Occident à des fins corporatives. l>our servir les intérêts particuliers de certaines lemmes. Comment procède la nouvelle coquetterie? 1 . • Je veux bien dincr avec vous. Je suis une femme émancipée. Sans tabous ni interdits. J'ai [ait toutes les expériences, pour me llb�rer. Je suis disponible . .. Je écoute... 2. Je ne sui.s pas celle que vous croyez. Vous ave1. cru que j'étais une femme à homme et une femme [acile, parce que suis une femme libre. Je me refuse à vous puisque vous a cru que j'étais ce contre quoi je me bats. Vous venez de vous révéler ,Phallocrate. 3. J ajouterai que je vais me donner à d'autres oour aeux. ralsoM contradictoires, cupricieuses : - parce que cet autre me sert, sexuellement, sans que ns pe e engager quoi que çe soit de ma personnalité et de

aUectlvité. - parce que œt autre est partisan de la li�ration [emmes. Lui n'est pas phallo. 4. Je vous ferai constater au passage que vous mi;nr·i"""' ces deux types d'homme& PQur des raisons que rêvolutlonnaires : ce sont des bellâtres naïvement mnch<>l ou des courtisans de l'idéologie dominante. li se trouve, ami, qu'il y a plus beau ou plus malin que vous. Je me résume (dit-elle) : vous me vouliez, mais donne à qui vous mépri&ez. Voilà. Je vous laisse l·aciOI'IlOn, vous m'avez invitée. • Nous avons dramatisé et psychologl&é le processus de coquetterie moderniste pour bien établir sa stratégie. tes, no� coquettes féministes sont bien incapables de un discours aussi explicite, cohérent, lucide. Elles le en fragments. En lambeaux, plus exactement. Nous laisserons au psychanalyste le soin de en nous permettant de lui suggérer une hvnothi'<" travail : n'y a-t-il pas une dimension hv•té trictue altitude ? Objectivement hystérique : conduite so<:iolloglqloe, 130

mudèle cultur�l. L'hystérie ayant comme CQ("Oitaire la lrlgi­ •llt�. Car comment jouir si l'acte d'amour se lait contre ? N'est-ce pas la meilleure préparation à l'insatisfaction •exucllc, dont l'errance sentimentale est le symptôme ? Choisir à qui se refuser? Pourquoi un tel travail ? Ne faut-il pa� être, pour employer le langage à la mode, aussi maso <lUC sado ? Quelle nostalgei de l'époux! Quel hommage ! Et •tue! dépit ! Amoureux. Une justice immanente frappe ln coquette f�miniSte : double échec de sa vie de [emme, de l'orgasme et du cœur. L••s grandes amouo·cuses n'ont pas de rhétorique. Tout un arrivisme mondain va exaspérer et caricaturer .,. processus. La coquetterie, d'arme secrète, démonique, va vulgariser en un modèle culturel prét·à·porter, lui aussi. S•miologie et morphologie de la nouvelle mondanité, mais mgnnisée selon un code qui reste, aussi laxiste qu'il soit, •clui de groupes sociologiques clos. En fonction des valeurs Je la bande, par exemple. Ou d'une mode. La llbcrté sexuelle ll'�te �élective. La femme est libre, mais de circuler et de •'tchanger dans ces enclos culturels et sociologiques. En .J,flnitive, elle est toujours chasse gardée. Comme dans les uuupeaux où les grands mâles se partagent les femelles (apr�s de durs combats) ct chassent ensemble les Intrus. Le bourgeois chasse à l'extérieur. Mais chasse gardée à la maison. Ou bien il est échangiste. Donnant, donnant. Aussi le code peut être mal Interprété. De terribles malentendus peuvent naHre d'une mauvaise lecture. 1 ttranger - à ce code- peut faire d'énormes contresens. U f'<' Ut croire que la femme qui s'offre - dans J'universel de l'Idéologie, dans le �roupe, le milieu, la bande -s'offre aussi • lui. 11 croira que c est son tour, Que c'est facile. Qu'il en a le doult. Mais on lui dit : • Liberté sexuelle, out, mals surtout pa\ avec vous. • L'interdit est aussi brutal que la provoca­ llon a pu être évidente. Cette situation subjective peut s'exaspérer selon des dt�nnées objectives. Alors la com�dle humaine tournera au dtame social. Le permissif rencontre le cas exemplaire de la t�tlicnle exclusion du festin : le travailleur immigré. JI s'ag it d'un type d'homme particulièrement incapable- de d.!cod er 1• provocation mondaine. li vient d'une culture, d'une classe oudale, d'un mode de production qui ignorent tout des <><: �dures d'incitation au permissif. La relation antérieure, pr � � �rite en termes psychologiques, devient alors le choc de ,J,•ux civilisations. La provocation objective des exclus peut JIH •ndr e cette figure : le sexisme du féminisme et le racisme J. ,, la nouvelle bourge�isie s'épaulent pour piéger cet intrus, 131


lui lnisser croire que c'est pour lui, que son heure est venue. A travers les Individus, la rencontre prend atoN tes propor· tioll$ d'une trngédie antique. Les situations deviennent mythiques. C'est un affrontement brutal de stéréotypes culturels. la déconvenue. la colère d'avoir êtê bafoué peu· vent inciter à une terrible revanche, de classe, de roce, de sexe. Et c'est le viol. Ce prolil est l'inverse de celui du violeur fils à papa, blow.on doré un peu laf sur les bords, dont les motivations sont opposëcs à celle du travaiUeur immigré. La diversité des situations, leur contradiction meme, prouve bien que le viol peut être autre chose que l'act,e macho, l'actualisation criminelle de la latence phallocrato· que qui sommeillerait en tout homme. Il s'cllplique, avant tout, selon les rapports de classe. (Et nous avons peut-être eu . ns o le tort de trop psychologiser ces situati�ns. Ma!s nous nv manoère une d théor1ques apports nos aussi proposer voulu concr�te. Selon des scènes mondaines, des illustrations du

drame social.) Toute notre démonstration tend à établir que la guerre des sexes ne fait qu'exprimer une situation idéologique, et que le féminisme est l'une des idéologies de la social· démocratie. Il n'y a pas d'essence des sexe� : un antiprêdica­ tif antêrleur aux rapports de production. Mais de� désl�na­ t ions très subt iles et des signi(ications très ra!llnées des roies sociaux de l'homme et de la femme. Par le mode de production et de consommation.

Alions au cœur de la dernière sensibilité bourgeoise occidentale. Etablissons l'aporie qui prouve l'Inanité des co11sidérntlons féministes et phallocratiques. Proposons au jugement de Salomon la situation para�oxale qui prouve que la solution ne peut apparaltre qu en dehors de cet antagonisme • <:temel • · Peut-on violer une putain? C'est le problème posé par Sarto� dan� Lil Putain respectueuse. Et qui est le problème même du libéralisme sexuel. Probl�me révélateur des limi· tes cullurelles d'une civilisation. Non, bien sûr, dit le phallo. C'est elle qui a com­ mencê. D'elle-même la prostituée s'est mise en dehors de la loi éternelle pour vivre sans rien laore du travail de l'homme. On ne peut violer qu'une femme honnête. Celle qui vil selon la loi. Alors c'est un terrible péché. Qui doit �tre puni de mort. Mais une putain non consentante est une contradic· tion dans les termes. l'impure ne peut ètre atteinte d'une impureté. Une putain ne peut pas protester d'un viol. La -

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tause du mal ne peut se plaindre d'un effet du mal. Prendre de lorce une putain, c'est la punir par où elle a péché : c'est ne pas la payer. • - • Oui, bien sûr, dit la féntiniste. C'est l'homme qui a commencê. De même qu'il a créé l'esclavage, il a impos4! la prostitution. Celle-ci est essentiellement une violence. Toute prostituée est constamment violée. Prendre de force une prostituée n'est qu'une redondance de l'ignoble : c'est vou­ loir lui prouver,encore qu'elle n'a aucune liberté, aucune e>t.istence personnelle en dehors de l'exercice de son métier. • la prostitution, c'est la faute de l'homme ou de la lemme? Ce débat Sclliste - celui qui cherche à imputer lçs responsabilltês à tel ou tel autre sexe - débouche sur une casuistique où le libéralisme révèle toutes ses contradic· tlons, son opportunisme, son éclectisme et son syncrétisme. Il conduit à des paradoxes insoutenables et à un alexandri­ nisme à la lois odieux et ridicule. les attendus de certains juges, à l'occasion de procès pour viol, témoignent d'un extraordinaire talent de navigateur à vue à travers les écueils du libéralisme. Courteline et Ubu ne sont pas loin. Peaufinons cet alexandrinisme : peut-on être violée en piU'touze ? Ou bien peut-on, dans le même acte sexuel, être consentante et refusante? La chatte de la voisine aura-t-elle le droit de témoigner ? Si le mari préfère une position amoureuse et si sa f emme la refuse, est-ce un cas de divorce ? Au bénéfice de qui? Où est le licite et l'illicite du IlL conjugal? Et de celui de l'union libre ? Vanité de ces débats. Dérisoire remake de la dispute théologique à po·opos de l'origine du mal. Mot d'enfant : • C'est lui qui o commencé... • Guerre des sexe$, guerre en dentelles. Le champ de bataille est ln scène mondnine. Ce qu.i importe à la stratégie idéologique, cc n'est ni les phallocrates, ni les féministes. Mais leur dispute. Celle de Jean Cau et de Gisèle Halimi. le tapage et la retape des mondains. Pour empêcher de poser les vrais probl�mes. Pour faire diversion. Pour occulter les énoncés scientifiques. le vrai débat doit être proposé selon les rapports de production. C'est seulement par leur connaissance que l'on peut énoncer le probl�me. Et envisager sa solution. Tout d'abord en situant phallocratie et féntinisme dans la lulle des classes. Ce sont deux statuts mondains, sexistes. Pour une commune consommation libidinale, ludique, margi­ nale. Celle de la social-démocratie libertaire. la f arouche .

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guerre des sexe, n'est qu'une querelle de consommateurs. Portés par une commune idéologie, les deux vieux complices se disputent boUigcolsement la plus gro8se part du gâteau libidinal.

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Cinquième niveau initiatique : la moto, la chaîne hi-fi, la guitare électrique, le nikon. ­ La définitive intégration au système par la technologie avancée

A. - L'USAGE PROGRESSISTE ET L'USAGE MONDAIN Comme pour la pilule, comme pour lous les produits commercialisés de la science, de la techno ogie, du progrès, il y aura deux usages de la moto : le b<in ct le mauvais. l'usage utilitaire et l'usage Idéologique. Celui du progrès et celui de la récupération corporatiste, mondaine. Bien sùr, l'idéologie nes embarrasse pa� de ce distinguo, qui est pourtant d'une importance capitale. Au contraire, elle procède par l'amalgame, le con[usionnisme. Pour le vieux *rincheux, tous les motards sont •<les pétaradeurs. Ainsi 1 idéologie peut condamner tout usager de la moto à cause des abus de l'usnge corporatif et mondain. Aussi dirons·nous : vive la moto 1 Et pour cel�. dénonçons tout d'abord la récupération idéologique de sun u�age. • Si tu as ton bac, tu l'auras ta moto. • Ou la guitare electrique, ou la chaine hi-fi. ou le nikon. Ces objets prcstigi�ux vont inaugurer un nouvel échange à la [ois

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symbolique et pratique. dans la famille et dans la société. Un protocole de l'accession à l'objèt va caractériser son usage. Ce nouvel usage fera la médiation cnu·c ceux de la consommation-transgressive et t'eux de 1<.> sociét� dite de consommation. L'initiation adolescente s'acl•ève et la parti· dpation adulte a4 systèmé commen�e. Par un simple glisse­ ment. Un rien qui permèl dé passer Jes btuel$ initiatiques à l'intégration radicale. Il e.�t pr(>po$é un modèle d'usage qui prolonge et achève la conso·mmation mixte, celle de l'initiation mondaine, à la fois subversive ct institutionnelle. L'ambiguïté constitutive se dépasse en s'accomplissant. Le modèle d'usage n'est plus ·un monopole de l'adolescence sans ètre d'usage coltrant pôut· l'adulte. Tl n'c)st plus margio'-\1 silns être vraiment banalisè. Ce n'est plus un usage exclusivement ludique sans êt<: r cependant purement fonctionnel. C'est qve l'usage vienL ·d'accomplir un très insidi�ux mais très importa(lt renversement de signHicatlon. 11 $Îgni· fie, encor�. la différence. JI fajt autre. Mais alor� qu'antérieu­ rement il s'agis�ait de signifier une différence avec la société, c'est maintenant l'ne différenèe 4cms la société. Les nouveaux usages hiérarchisent dans les classes sociales. E� non pllts dans la marginalité. Ils marquent une barrière et un niveau. Ce sont déjà des éléments de standing. Des signe$ de possession. �ls'coûtent cher. La stratégie d� subversion-intêgrative ooosiste à multi­ plier ces corporatismes de consommateurs. Face à la lutte des class�s. se constitue un système de corporations d'usa­ gers qui pfélend transcender les classes sociales. Et fédérer lés int�rèts partiQuliers de selle el de classe d'âge. En une, sorte d'immense ',fédératiôn qui contiendrait les multiples façons de la consommation ludique, margina,le, libidinale. Alor•s ce système• inter-corporatif imposerait ses valeurs. s Tout d'abord en occultant la lutte des classes. En.suite en e proposant comme un idl!al révolutionnaire qui dépasserait célie lutte des classes (ces intérêts corporatifs So!)t le fondement des f r� e do-marxismes).

Le corporatisl'!lc des motards est très révélateur de ce proce$sus. Pour le situer historiquement, nous le mcttron� en relation avec une bande très particulière, celle qui devient hord,e, c�lle de 1'équipe é sauvage. Ce Hlm, que l'intellectuel de gauche, alors, avait beauc<lup al m.!, dénol;l­ çail une dynamique de groupe qui vire au commando. Et toute une série de Hlms américains a montré comment s'enchaînent les exactions que le terrorisme mondain de la

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modernité a reconduites et banalisées (casseurs, auto· nomes). Nous ne pensons pas que l'actuel àorpor<ttlsrne des motards soit lclointifiable à ée modèle. Car la mondanité de l'usage a gommé l'essentiel de la mythologie originelle. Même - et SUl'tout récupérée - la technologie très avan�ée du néo.capitalisme a imposé une nouvelle dynamique de llroupe. (Cependant, une certaine conduite s<�uvage retrou· vera le nomadisme conquérant et le défi ll la norme.) Ce c6rpor(ltisme se présente comme une �llégeance. Et à • la société de cQnsom!Jlaljon •, dont il est l'une des plus belles vitrh;�es. fln prcmièrè 1\pproche, c'est plutôt un trou­ peau de moutons qu'un commando de choc. Mythologie? Oui, de • la soéiété de consommation •. C'est une sémiologie de l'avoir, du prestige, du pouvoir d'avoir. La moto est devenue une sémiologie du standing. Ce qui séduit, c'est l'objet de luxe. Ç'est-à-dire non utilitaire. Jl doit propose� un niveau de consommation qui écarte, éconduit to4te allusion à l'instrument de travail. L'ol;:>jet est stan­ ding : grosses cylindrées, chromes rutilants, gàdgets dernier cri, performances ahurissantes, vitesSes vertigineuses, cuirs rares, marques exotiques. Tout est prétexte â des regroupe­ ments, des dé(i]és qui sont des expositions ostentatoires. Cette symbolique de l'avoir est aussi -une m)'th�logie de l'évasion. l-'idéologie social-démocrate dl.l temps libre trouve là un appare!llagl! de col)lmando du loisir. J..a moto est l'objet qui véhicule idéalement l'imaginaite, le lantas­ matique de la social-démocratie libcrtaîrc. Elle permet à l'idéologie de prendre corps, de s'objectiver. Elle donne (orme et sens au virtuel, au potentiel. Celui de l'évasion. Mais évasion par l'avoir. Par le luxe. De la technologie avancée, cet imaginaire ne retient que les prestiges du standing. Ceux qui permettent d'écarter les autres usagers. Ceux qui avalent l'espace qui sépare la vie quotidiennedè Ill vie de loisir, du temps libre : • La moto était belle et s'en allait là-bas. • Sémiologie de .l'avoir, mythologie de l'�vasion : la moto sera donc le signe-objet privUégié de la séduction, séduction objective. C'est la moto qui fait tout le boulot du dragueur, par rituel interposé. Se révèle alors le nouvel ordre de la séduction, qui dénoncé la séduction traditionnelle. La conquête amoureuse n'est plus celle de la femme par l'homme (ou de l'homme par la femme). Ellees.t la conquête de l'idéologie, de ses signes-objets. Ces jeunes sont amou­ reux de l'idéologie. A travers les sign,es ils adhèrent sans réserve à une situation politique. Mais ainsi ' l'idéologie leur 137


dcv�nu donne le poU\oir de la 'édoction. Le sign�·Ob_ieL est qu un plus est n n�nelle La ion. séduct la de le moyen la lin et gadget de plu�. un �tanding de plus. un ;igne e plus. . Cette ludicité, libidinalilé, marginalité çlc 1 usage socoal­ 1� mytho\ogi� originelle, c;lle de la dérnO<:rate va . ue. horde sauvage. Mythologre alors afladre, amolhe, exsang t devien qui ique nomad ce du • vive la mort �. L'erran ent liquem symbo ;;.., u va te terroris tion invasion et occupa que r�apparaitre. Mab in�istons sur ce point : il ne s'ag�r� IS. M! �nJltr mythes au ions ;" de furtives résurgences. d'allus re rdcolog 1 usage de ludicité la : termes • En d'autre vi ve 1� social-démocrate - va récupérer et intégrer le, le déh mort • - l'idéologie fasciste. Le défi à la mort devrent nt ­ alarma que, statisti grand, très danger du motard. Le de mort de la moto devient le piment du loi�ir. Le risque sc - est alors le sérit•ux - du jeu. La ludicitê de l'u�age énorme est jeu, du , L'enjeu l'usage. de valorise du risque gratuité de l'usaRe mondain retrouve .une mytholpgoe, 1 étcr· comme une nouvelle chevalerie. celle de 1 errance de te· l'affron e dernièr et secrète lin comme a nel marginal qui ce déji. ment de la mort. Rungis a été le lieu privilégié de com· L'hécatombe dés courses de moto csl uuc promotion mort. la de tion merciale par la promo . vooc Et cette idéolollic prétend se vivre auss1 sur la r­ anti·no ique. romant . publique! L'us,age privatif. sélectif la ve. L'épreu . c i l b u p l'usage dt! matif s'exerce au lieu mc!me de code le tion réalisa de champ . comme a reuse quête aventu qu al· la route. Le corpornti�me de consommateurs en tant e pas dispose ni! qui lrontement de J'autre (celui la mort de nt onteme qu'a!lr tant en ct caste) de sémiologie devient un conflit avec l'ensemble des usagers de la e. Il C'est le dernier avatar du combat contre le systèm qui Ceux . atisme corpor ce de leader& mené par les de l'idéologie contestataire. qui l'ont promulguée ou sée. Oo retrouve trois types d'animateurs : le !ils à blouson doré venu du 1 6•, le cadre contestataire. le toLroan

?

rejoindr\'

1

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ou rocker. La contestation de l'ordre, du quotidien, de é en. une boite, un ?istrot. . n'est plus maq;inale, parque qu1 campus. Elle est une co•tduite lud1quo, 1nytholog1que Et aloir. faire-v d'un S<:rt de l'usager banal comme . l'expose, à son tour, à l'accident La consommation-transgresshe est devenue 1 que de la voie publique. Pro\ocalion objectiv� et oarog" réel Conduisant dolléremment ce motard condwr mal. est ligure de l'affrontement du frivole t'L du sérieux

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rè':élatrice d � mœurs ac10elles. Le ludique. le marginal. Je lrbodrnal se g liS sent dans les spallo-temporalitês de l'usage _ dvrquc. Sous préteKte de contester la soci�té de consomma­ tion, on nargue l'usager de la route. Le corponnisme do la moto est une réalité qu'il fallait définir en son • intentionallté • . Il est avant tout une •traté�ie de la séduction. Il veut imposer une sémiologie _ 1écupcratnce de tout motard. Cette stratégie ne doit être ni •urestimée (ne considérer que eN usage, et tomber dans le panneau de l'idéologie qui veut que cette int�ration soit •lccompli�) ni sous-estimée (considérer le phénomène moto •omme négligeable). Aussi, maintenant, allons-nous situer ce fait corporatif dans la totalité du fait social. Nous complètcrons sa phéno­ ménologie en le situant dans la hiérarchie des classes oociales. Alors i l apparaiu·a que les rapports de classe tnclu�nt et subsument la tentation corporative, mondaine. H q� ols apportent une régulation objective. �ordre des classe� sociales se reproduit par la consom­ mation de la production industrielle. Et celle·ei �61 l'impla­ •Able hiérarchie des prix. Tout usager de la moto s'inscrit nécessairement dans cet ordre, capitaliste. Le corporatisme nlondain, celui de la consommation de luxe et de standing nnh en haut. et se pro�age de haut en bas. Alors que atrreux foncuonnel de l usage est soumis à une d ynamique ltl\crse. Il n.y a nen de commun enlre l'humble d eux roues qu'est la mobylette. le vélomoteur, le cyclomoteur et le gros cube exotique que 1� quidam contemple bouche �e. Leur . rrlatoon est celle de 1 rnsolence de la rareté (mercantile) et de 1 humble banalité de l'usage. La malice idé�logique, pour confondre les deux usages, lltllise une analog1e pour conclure à une identité. A partir de dunnées infrastructurales communes elle va en venir à des nc.lus,ions de mauvaise foi . Le confusionnisme procède lin••· c est sa force : u.n élément réel permet de JOUer sur les ocmblances et à parlir d'un point commun infrastructu· 1 on conclut à une identité superstructurale. Tout engin à deux roues dispose d'u.ne mobilité d'une maniabilité enviées et même jalousées par le corpo� atisme tin quatre roues. Les deux roues ont en particulier cet h<lf!'"C svanlage de pouvoir se faufiler dans les bouchons. Au' 1 le chauffeur agacé peut identifier l'avantage !onction· 1 auJC abus du corporatisme mondai n, à sa conduite orntureuse. L'équipement 5�'cilique de tout motard est h r. compliq� é. bizarre (casque, combinaison, luncues, •ni\, etc.) . C est que la sécurité routière exige de tout

1�

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usager des deux roues une sophistication protectrice telle qu'elle peut apparallre comme OUirt111cière, comme un accoutrement, un déguisement même, une façon coûteuse de se diférenéier. f Le chauffeur en surchauffe - celui du bouchon - dira que c'est un maniérisme. El un mani�rlsme de jeunes. Car la qua•i·tutalité des usagers de la moto sont des jeunes. Pour la bonne raison que c'est un moyen de locomo· lion moins cher que la voiture. Telle sera l'inversion de la mau,•aise foi · alors que le cyclo-moteur t�moigne de la modicité des ressources et que l'équipement est extrême· ment contraignant, on dira qu'il s'agit d'une fantaisie et cet équipement :,cra même le signe de lo vanité d'être jeunè. .Mais peul·<ll1 confondre celui qui achète une petite cylindrée avec l'argent de son travail et de ses économies et celui pour qui le gros cube n'est qu'un cadeau parmi d'autres? Quelle mauvaise loi, d'identifier un moyen de transpon nécessaire au travail el un gadget n«essaire à la drague. Et nous dirons m�me que c'est à cc niveau que l'on peut établir une permanence de la sensibilit� populaire. Ceci dit sans aucun populistne. Se révèle, en effet, une fondamentale contlnuité de classe entre le paysan-ouvrier du capitalisme concurrentiel libéral et le travailleur de banlieue ct de la grande banlieue. C'est la même situation et du coup la même sensibilité qui se véhicule. C'est la même empathie adolescente, de l'apprenti de l'atelier à l'auxiliaire des grands services de Ill nation. C'est la même entrée dans la vie, la même r�ponse. Tout un comportement, alors, témoigne d'une totale fidélité de classe. Et du coup d'une grande indifférence à la séduction mondaine. Se révèle une naïveté, au sens noblt' du terme, une fraîcheur adolescente soigneusement censurée par les imagiers des media. Car elle est adhésion spontanée au progrès technologique et refus de l'idéologie du mépris du progrès. C'est que, pour les classes laborieuses, en milieu rural et ouvrier, èn particulier, la moto n'est pas un gadget. Elle e61 un investissement d'équipement, Un instrument deve11u nécessaire à la vie de u·avail. Que cet engin serve aussi au divertissement, pourquoi pas? Que la moto permette le samedi soir de promener Mimi -et de l'épater, mine de rien - o u qu'aux beaux j o u rs elle autorise une balade à la mer, quel censeur aurait le droit de s'en formaliser? Les travail· leurs vivent leur vie. eux aussi. Dans ce conditionnement familial et professionnel, 140

aucune Msinvolture de l'entretien. On sail trop ce que coûte une moto et à quel point elle est nécessaire. Il y a une prise en charge de l'objet. Et une rupture radicale avec l'usage magique. Alors que dans les premiers niveaux de l'initiation mondaine, l'usage des objets est la totale ignorance de leur production matérielle, économique, politique, cet utilisa· teur tend au contraire à un entretien de reconstitution et de re-production. C'est toute une quètc, révélatrice d'un pro­ fond besoin. Et celui-ci est bien plus, est autre chose que le besoin de br icoler. Ce n'est pas une nostalgie témoignant d'une fidélité archatsante, comme l'ethnologue-idéologue voudrait le faire croire. C'est llu contraire, tout d'abord, une gestion de pauvre. Plus qu'une économie (éviter d'aller p endrc • un coup de barre • chez le garagiste), une néces· , _r stté : on n a pas le sou. Aussi cette nécessité va s'identifier légitimement à une ludktt�. Et le besoin au plaisir. La prise de po�session de l'objet (l'avoir) sera justifiée par tout un travail. Alors, tout le progressisme de cet usage apparaît. Cela commence par un rituel d'entretien. L'adolescent astique son engin après chaque sortie. Et avant. Puis il en vient à des Interventions ponctuelles, des réparations. Il considère qu'il doit pouvoir s� tirer d'sUaire en css de panne. Il aide ses copains et se fait atder par eux. Une omicalt! spontanée, de quartier ou d'entrepr ise, qui n'a rien à voir avec le corporatisme mondain. naît de la moto. Puis s'instaure, phénomène que tout observateur peut repérer (le dimanche matin, par exemple), tout un rituel de montage-démontage. C'est la dêlinitive rupture avec l'usage magique. L'adolescent veut savoir comment cel;t fonctionne. Il veut reconslf\lire, refaire ce qui lui a été livré comme p�oduit magique. Ainsi il démysti!ie l'objet, ji l'arraèhe à l'tdéologie. Pour le rendre à la technique, au travail, au sérieux. Tout en prenant son plaisir. C'est un jeu. Alors il se détourne totalement de la consommation mondaine. Il tend l devenir un technicien. A la limite, la moto n'est plus qu'un mini-laboratoire expérimental. Tout cela, bien sùr, ne peut être explicité par l'adoles­ cent. C'est doublement interdit. .Par le corporatisme mon· dain, de l'usage magique et du plaisir transgressil. Et par le cen_seur, pour qui_ la moto ne peut être qu'usage magique et platsir transgresstf. Les deux discours se renforcent mutuel­ lement pour occulter le niveau de l'usage populaire. L'in· conscient collectif est là, caché, interdit. traqué car mena· Ç ante potentialité d'une l:antastique reconquête de l'univers des objets. Et démystification opérée au niveau de la plus

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haute séduction technologique, au plus haut niveau de l'u�agc magique, totémique, terroriste.

B - LE GRAND PASSAGE Nous allons maintenant situer ln nouvelle Initiation mondaine dans la totalité initiatique cnr ce moment est l'accomplissement de toute une éducation. A la fois civique ct mondaine. Nous avons vu q�•e la société capitaliste a inventé une péda(logie d'intégrntion au système : l'usage ludique du fonctionnel. Et nous avons essayé de montrer q ue le premier moment Initiatique est cer • apprentissage • de l'enfant : le lransfert de son animation magique dans les techniques de l'environnement familial. Parti d'une manipulation des objcu fabriqués, de la récupération de l'univer� fonctionnel, de la société industrielle. le processus initiatique revient à la technolo�ie avancée, pour s'achever ct s'accomplir. Mais alors qu au commencèment il s'agil d'actes symboliques. d'exercices formels, maintenant c'est un usagé de prise de possession. L'appropriation n'esl plus totémique, allusion à des scènes étymologiques, comme pour les jeux auiOmati­ qucs (flipper). Elle est une pratique sociale, une manipula­ tion s�ricuse. Elle exige un entretien, une technique d'usage très élaborée, qui doivent s'apprendre. 1\ussl, est-ce une suffisance quasi ontologique qui est garantie par ces deux entrées dans la vie, de l'cn!ant puis de l'adolescent. t.a progressive initiation mondaine sera enca­ drée, portée, par cette animation technologique. Les 2'. 3', 4• niveaux initiatiques sont inclus dans l'usage ludique, magique de la production induslrielle. Ils sont dynamisés, propulsés par l'animation machinale. Ainsi se compénètrent sons problème, la libido et l'induslrie, le ludique et le fonctionnel, le marginal et l'inslitutionnel. Tous ces usages libidinaux, ludiques. marginaux, d'abord appris en tant que tels au niveau initiatique, seront ensuite reconduits comme pratiques de masse, comme usages de la soc:ial·démocratie libertaire. Mais après toute une transmutation, celle du passage du modèle SC:Iec:lil à l'usage de masse. Et c'est seulement ceux qui n'ont pu réaliser le parcours complet, ceux qui, par la lorce des chose�. n'ont pu ètre initiés au toul dernier échange symbolique (essentiel. parce

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qu'il assure le grand passage), ceux qui n'auront reçu que les initiation� insuffisantes, qui persisteront dans la < �'Onsommation des signHic:ations ouvertement transgressi­ vcs. Ou bien ce> ratés de la consommation - qui auraient b1en voulu mais qui n'ont pas pu-feront des f ixations aux n1veaux initiatiques antérieurs (usages machinaux, cheveux longs, etc.). Les autres intégreront ces moments, et leurs aignes dans la totalit� du parcours. Us peuvent les conserver. mais leurs significations seront autres. A la limite, deux personnes pourront avoir le même système sémiologlque vestimentaire pour des significations d'usages radicalement différentes. Les signes n'indiquent que les stratilicalions archéologiques. Le même signe peut marquer la plus grande différence d'usage. Ce que les specialistes du signe semblent ne pas avoir compris. C'est l'usage du signe qui importe. Et non le signe en tant que tel. En fin de parcours Initiatique, l'arnbigu ité conslilutive du rituel - entre la marginalilé et l'institutionnel, la ,ontestation et l'intégration - va devenir l'ambiguité de la nouvelle bourgeoisie, de la nouvelle société. Le dernier modèle iniliatique sera l'ambigu ïté même de la social­ démocratie libertaire. Le mode d'emploi des objets sera révélateur d'un nou· veau genre de vie, d'un nouvel échange symbolique, d'un nouveau conlrat -oc:ial, d'un nouvel usage de l'avoir. Aussi. devons-nous, tout d'abord, compléter la dé f inition de ce mode d'emploi. Pour êtablir Je principe qui ordonne la modernité. les nouvelles mœurs. C'est plus qu'un corporatisme de consommnteur. la définitic;>n de celui-ci a certes permis une première approche. Mais elle ne suffit pas à la dé f inition d'une stn.tclure tonslitutivc des rapports de production. Lo nouvelle consommation sélective est essentiellement ln consomma­ tion du luxe de la technologie. Il ne s'agit en aucune manière de biens d'équipements (soit collectifs, soit des ménages) à vocation lonct!onnelle. utilitaire. C'est le sé l �ctif de la technologie qui est consommé. L'usage cher et rare. Le prototype. Le modèle. la première série. la série la plus <hère. la plus recente SC:rie. Celle que l'on se di�pute. Le dernier cri. le dernier perfectionnement. La dernière trou­ •aille. Celle qui change tout. Oui fait autre. C'es1 la série qui a valeur symbolique et valeur d'usage, usage du �ymbole dans le quotidi�n. Cette appropriation totémique reconsti­ tue le club, le clan. C'est la SC:Iection d'une élite. Par un totem qui est aussi un usage prestigieux. L'accession au luxe de la technologie a une portée

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symbolique qui permet même de snober le luxe traditionnel. Car elle témoigne de l'intégration à l'essene<.' même du SVMème, à '<On mana. Elle est la récupér:�tion. à usng� privé ei ludique, de la révolution technologique et '!<:ientilique de Et r�up�ration particulièrement habile, car la va eu r s�mbolique est im·estie dans l'usage. Ce qui permet a),,., l'accè> au plu.� grand pou,•oir de sèductton. Le travail des autres, l extraordinaire revolution techno­ logique et bcicntifique, est devenu l'u�age privé, intime, •ingul•l.'r. Usage qui n'a rien de commun Avec l'ubage quotidien, usage domestique ou usage du travailleur. Mai� nouvel usage qui permet de reprendre et de transcender l'us:�ge ludique, libidinal, marginal acquis antérieuement. r Cllttc pure con�omm';llion mondain�. exercices et signes nés de l'animation machinale (de groupe ct sonore) ôtait quand même marquée d'une certaine gratuité. Ce qui était une force et une faiblesse. Car pur signifiant mondain maja :1ussi.. manque de moyen. Maintenant, la technologie avan­ cée permet d'exalter la sémiologie de séduction antérieure, de multiplie r ses effets par un nouvel lbage du luxe. Le pouvoir e S<'duction est un fonctionnel devenu ludique un sérieux de\'enu lrivole un procès de production devenu u�age mondain. L'u�age proposé est l'accession à un genre de vic réelle· ment parasitaire. Aux meilleures cond itions de la consom· mation transgressive. Car la consommation ludique, libidi· nale, marginale veut dire, maintenant, deux systèmes de récupérat ion. L'objet a été produit par l'autre :le travailleur de la rl-volutlon technologique et scientlriquc. Et aussi payé, off<!rt par l'autre : Je père. Au sommet du syst�me, trône une çullllàrnmation mo11daine d'une • innocence • parlaile. Et !lui si gnilic la plus parfaite exploitation de l'homme par 1 homme. Aussi ce modèle d'usage tend à devenir le genre de vie de ln social-démocratie libertaire. La consommation· trùngrcs�ivc devenue objective - rapports de production "'t le fondement du nouvel ordre intérieur.

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La social-démocratie libertaire A.

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LE NOUVEAU CONTRAT SOCIAL DU PÈRE ET DU RLS

Le père ct le fils ont passé un contrat social (• SI tu as ton bac, tu l'auras, ta moto •). C'est un moment crucial du nouveau modèlè éducatif. Et c'è.st à ce niveau que doivent �Ire situés et traités les ràpports du père, de la société, du lils. Ce que les idéologues et les psychanalystes ne semblent même pas soupçonner. C'est alors que la problématique psychanalytique venue de la société traditionnelle trouve •cs solutions par le libéralisme avancé jusqu'à la social­ democratie. De l'interdiction à la permission. Solution par l'avoir-bourgeois des problèmes de l'être-de classe. Ce moment n'n pas existé pour Kafka. Alors qu'il est maintenant devenu la norme familialiste : un rituel de ru ptu re et d'intégration, le protocole d'accords de la nou· >elle famille (entre le père libéral et le fils contestataire). 1'est un véritable contrat social : un acte d'échange à la fois •ymbolique et pratique, aux multiples attendus implicites. t'est le résultat d'une négociation, d'un compromis. 145


Ce moment est l'achèvement du rituel familial et commencement de l'entrée dans La vie. Il accomplit un système de récompenses- par l'obj et ludique - de toute ratllicatlon de l'ordre familial. Récompenses du travail scolaire. A partir du o j uet machinal de la première enfonce, le fils a ainsi reçu un formidable �uipement ludique : l'équipement pour la montagne (habits, chaussures, skis), l'équipement paur la mer (fusil de plong� so1us-:manne. bateau pneumatique, planche à voile), l'équipement tennis, l'équipement paur le cheval. etc. Recouvert ct d'usages ludiques, J'enfant progresse dans l'ins•titoJti•omnel en fonction de cet équipement de l'industrie du loisir. La r�cotnpense du succès au bac opère un saut qualitatif. Il est demandé une ratification solennelle de l'institution­ nel : Le bachot est le grade minimum de l'entrée dans la vie bourgeoise, de l'accès à la classe sociale. En parents proposent eux-mêmes l'extraordinaire que, libidinal. marginal qui, tout en continuant mondaine et parachevant l'êquipement ludique, aussi (et cela est essentiel) La différence sociale. Un tellement sélectif, coûteux, prestigieux qu'il mérite ou.et<>WS elfons, quelques sacrifices. Autrement dit, la famille consent à l'émancipation � t l'adolescent. Dans la mesure où celui-ci s'Intègre à llla Et cette intégration est non seulement acceptable, l' (pour le fils) mais encore voulue, demandée. Car elle dult, accomplit même, la consommation ludique. En sant de la technologie avancée. La famille a fait de l'enfant un citoyen. Elle a "''nrt"f" les rapports de production. Elle a assuré le passage de société traditionaliste à la sociétê libérale avancée ·u�qu'à social-démocratie libertaire. Trois subtiles ortlcu ations l'émancipation dans le système. Dialectique machiavél de l'�ducation du libéralisme. On !Ibère le fils. mesure où il s'intègre au système. Et il veut s'intégrer, alors il élargit son champ de consommation. Ainsi la société acquien un nouveau modèle de reJ)TCKI�lC• tlon des rapports de production. Le système travail.r.l-.c.r>rn. pense-consommation ludique (de la technologie de pomt·eJ assure la reproduction du système. Sans se substi totalement au modèle de reproduction de la société tionnellc, il le dynamise et prend sa relève en circonstances de la scolarité grande, moyenne, petite geoise. Ce modèle permet de renforcer... la sélection. Il incite ratifier le système scolaire et encourage â la course

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diplômes. Et aux situations. L'adolescent doit comprendre 11ue ses privièges l ant�rieurement acquis ne seront garantis, ,t élargis, que par la r�ussite scolaire. Alors le contrat social, d'abord conclu dans la famille. devient le contrat social entre la nouvelle soci�té et le nouveau citoyen. Le fils doit adhérer à la dialectique de la consommation libérale et permissive. li ne lui sera pas demandé de oenoncer au système de consommation libidinale, ludique, marginale, celui de l'initiation l't)Ondaine. Le père n'attend un tel sacrilice. Ce n'est pas l'un ou l'autre. Mais l'un �t 'autre à condition que ce soit aussi l'un après l'autre : • Après le bac, tu pourras te défouler. • Et l'un par l'autre : • Si tu, a$ le bac, tu l'aura� ta moto. • Il est demandé au fils de savoir y loire. De savoir en laire tant soit peu pour en nvoir beaucoup. Le fils doit comprendre qu'en délimitant momentanément sa consommation mondaine - sortir un peu moins, ne plus fréquenter telle boite, tel copain, laisser tomber les Illies jusqu'à l'examen, etc. -elle lu! sera rendue au centuple. Car il aura acquis les moyens de la reconduire ··n un champ de réalisation bien plus vaste. Répétons-le, le système initiatique est �lectil. JI doit propaser les modalités de l'adaptation, de la radicale muta­ Hon d'une classe sociale. Pour une nouvelle hiérarchoe. Il laut apprendre la consommation libidinale, ludique, margi­ nale. Et il faut apprendre à la maîtriser. Beaucoup doivent -e perdre en ro111e. Et végéter diln� les Abus d.u ludique, d11 marginal, du libidinal. Les plus forts feront une nouvelle race de bourgeois, maltres de leur libido, de leur classe ,ociale, de la société. Le fils qui saura ratifier ce contrat social fera preuve d'un •ens moral digne de celui de son père. Nous distinguerons tleux genres de • reconversion • morale, apparemment upposés. Dans le cas de la reconversion • sincère • l'adolescent ••ccepte de jouer le jeu du père, car manipulé-manipulant, il va (comme nous l'avons déjà indiqué), prolonger, recon· duire, renforcer les privilèges acquis dans les phases anté­ neures du processus initiatique. Et formidable ironie, grâce ap ap a 1 C'est lui qui a proposé le marché. le nouvel khanae •ymbolique et réel. Ainsi, l'adolescent se réconcilie avec la lamille sans renoncer A la consommation-transgressive. En faisant plaisir à papa, il garantit institutionnellement l'es­ �ntiel des prérogatives acquises. Un équilibre heureux est 'nfin établi, entre le transgressif et l'institutionnel, entre le doamp imaginaire ct les nouveaux usages fonctionnels, •ntre les copains de la bande et les parents, entre ln botte et

' las

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les études. La continuité entre les générations bourgeoises est réalisée Entre l'ami-système des jeunes et le système des adultes. Formidable opération de déculpabilisation de la consom­ mation-tran�gressi \'e, de l'adolescent, de la nou velle bour­ geoisie. C'est l'Institutionnel lw-même, le père, le pouvoir qui ratifient le désordre établi comme nouvel ordre lnt�­ rieur. L'ordre moral est dénoncé par le père. Papa conseille même le bon usage de la consommation ludique, marginale, libidinale. Alors, l'e"traordinaire désinvolture morale du nouveau bourgeois, de l'adolesc:cnL Le v6llà décomplexé, libéré. Totalement décontracté. Il disposait déjà symboliquement du p rincipe de réalité par la r.Jcupération ludique, magique du fonctionnel acquis par le travail dès autres. Maintenant, ccue consommation est non seulement autorisée mais recommandée. Et par le gardien de l'ordre. La généalogie de la fausse innocence s'achève. Elle a commencé par le transfert de la magie enfantine dans l'usage fonctionnel. Et elle s'accomplit par la ratification adulte, institutionnelle, morale de la consommation libidi­ nale autorisée par cette falsification originelle du principe de réalité. (Il faut bien souligner que si le père bourgeois se de prete à ce eu, j c'est qu'U n'est qu'un symbole du réalité. C'est-à-dire une usurpation. Le principe de réalité ­ en sa réalité - est le produçteur. le prolétariat, le travail· leur. Le père - la fonction symbolique - ne lait que représenter la classe profiteuse de ce travail. JI est le gardien des lntêr�ts de classe - de la r�alité de la classe dominante - c t non le principe de réalité en son essence. La psychana­ lyse exploite cette ambiguïté. Sa fonction a été d' identifier le symbole - de classe - et le principe d� réalité. Pour permettre au père -au symbole - J'opérQ\fon idéologique que nous décrivons.) Déculpabiliser la consommation mondaine : c'est non seulement un mot d'ordre de la nouvelle morale, du nouveau civisme, mais surtout une nécessi té �conomique. Il laue consommer la nouvelle production. Celle de l'i ndustre i néo­ capitaliste du loisir et du plaisir. Toute l'initiation décrite est une préparation à ce devoir civique. De nou,•eau" besoins ont été créés. Besoins d'ordre ludique, libidinal. marginal. Toute une consommation parasitaire est devenue nécessaire au nouvel ordre intérieur. L'autre reconversion est machiavélique. Elle permet aussi de renforcer la déculpabilisation. C'est J'autre achève.. ment de la fausse innocence. Alors J'adolescent, le nouveau

pri ncip e

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huurgeois, s'installe définitivement dans le confort de la mauvaise foi du libéralisme avancé jusqr.là la social-démo­ 'ra tic libertaire. Le contestataire faussement reconverti va (aire de • J'en­ trhme •. Un vieux procédé stratégique de la subversion, t!largi, maintenant, aux dimensions du système. Il va jouer 1� ,teu, lui aussi, ct laisser croire qu'il ratifie le contrat social proposé par le père. Il affectera de �ravailler. Passera examens et concours. Pour entrer dans le ;système. Mais sans avoir renoncé à la consommation-transgressive. Et c'est le nouveau contrat qui va lui permettre de la vivre dans des postes privilé�iés, des situations clés. Alors il • détruira • le •ystème de ! Intérieur. Arrivisme macJliavélique, pour la b onne cause. , le fils. alors, consomme sans "ergogne les objets du nouvel échange symbolique. D'abord •;eux que la famille peut procurer. 11 va extorquer le • maximum • aux parents. Puls par magouilles et combines divèrses, par tuus les procédés d'une marginalité dont nous ayons vu les modali­ te• de promotion (la bande), i l accédera à une consomma· lion libidinale, ludique, marginale, exeeptionnelle, exem­ plaire. Cet adolescent, devenu homme du système-antl· •ystème, dira ct mème croira que celle contestation interne - subversion, transgression - démoralise l'Occident, mine l'ordre social qui s'écroulera par la �volution libidinale,

ludique, marginale.

Certes, cette stratégie n'est vécue que très rarement sous r.rtte forme radicale ct politique. En [ait, nous avons proposé un • entrisme • d'ordre freudo·J;Darxis\e. En lui attribuant 1one cohérence stratégique parfaite. Le plus souvent l'adolcs­ 'cnt ne propose que des éléments, es lambeaux de ce 1 discours. Mais que ce soit sous une forme politique ou sémiologi­ dimension libertaire s'épanouit dans la social­ que, la 1 < 6mocratic. Dimension qui deviendra constitutive du sys­ t•·me. Et qui sera même son fondement idéologique. Toute une nouvelle bourgeoisie, libérale et permissive, croira , ontester J'ordre établi, par ses mœurs. Elle prétendra meme préparer une révolution radicale, à la fois sociale et .. •xuelle qui dépasserait un marxisme fondamentalement repressi(. lui aussi. Quelle science de la mauvaise foi : prétendre dénoncer 1 extorsion de la plus-value en la consommant, en la gaspil­ lant au nom de ln révolution libidinale, ludique, marginale ! e, une lomme s'il n'y avait pa s une complicité pr ofond 1clation de cause à e et , du moyen à la Hn. Les deux

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opéralions sont un ensemble de complémentarités. Les deux laces de la plus·\'alue :son extorsion et son usage. Le profit a deux moments · celui de l'extorsion et celui de la jouissance. La stratégie idéologique consiste à proposer comme un antasonisme ces deux moments. Mais cet antasonisme, du père et du fils, de la bourgeoisie traditionnelle et de la bourseoisie libérale et social-démocrate n'est que la complé­ mentaritr des deux fonctions du système, des deux moments historiques de la bourgeoisie, de l'économie politique et de l'économie libidinale du capitalisme. Tel est l'ordre de la nouvelle consommation mondaine. Elle se caractérise, essentiellement, par 1.1ne double déculpa­ bi)iSalion. Par le pète et par la contestation. ll fallait en finir avec l'ordre moral, Pour proposer un autre modèle de la reproduction des r'pports de production. Celui qui rend compte de la révolution technologique et scientifique. Pour la récupérer. 1 L'actuel régime - Gelui du PS au pouvoir - en son versant de gauche a�torise l'accomplissement de toute cette culture de l'émancipation. U permet, plus que amais, j les deux reconversions du fils, les deux entrées dans la vie du nouveau bourgeois. Il unilie tous les courants contestataires, PSU, écologistes, • divers gauche •. etc. Il russure,l�gitime même, toute la culture de la marginalité, de la ludicité, de la libidinalité. Ce qui est peut-être perdu en qualit� - les modèles durs, purs - est regagné en extension, par la gestion politique. Une formidable opération idéologique e5t alors vraisem• blable : la culture libertairé deviendrait pouvoir politique. L'accomplissement se révèle n'être qu'un commencement ; toute cette idéologiq va s'institutionnaliser dan� l'ap areil p d'Etat. Le libertaire: peut accéder à un terrorisme d'Etat parliculi�rcment original : l'organisationnel d� l'autoges­ tion libidinale, ludique, marginale. Pour un conditionne· ment des masses sans précédent, une industrie du loisir et du plaisir devenue essentielle sourœ de profit et principe de régulation do.: la crise. Deux syst�me.s d'exploitation, maintenant, s'6quilibrent et sc complètent. Celui du procès de production et celui du procès de consornmafion. La bourgeoisie a refait son unité. La contradiction originelle-ordre moral e t contestation ­ s'est dépassée en une synthèse harmonieuse. C'est la réconci· lintion, sincère ou machiavélique, du père et du fils. Le capitalisme a garanti sa rontlnuité par la discontinuité de la bourgeoisie, vers le nouvel ordre intérieur. Le conflit père et fils n'était qu'un problème de partage. '

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Un malentendu à propos de l'usage d'une part de la plw.· value. Une fois ce problème résolu un formidable front unitaire se constitue race à la classe ouvrière. Celui de la !a l-dém oc ratie libertaire. L'opposition au système:, ultra � hbé rale, a viré. Elle est devenue l'aile gauche de la socinl­ democrate i . Le syst�me s'est renforcé de son opposition (la contestat.ion). li peut se fermer sur lui-même. Le libérah�me avancé jusqu'� la MJcial-démocratie libertaire, pourra, s'il le faut, redeven•r autoritaire. conservateur, réactionnaire Alors u e autre dynamique, une autre strntésie politique � pour gerer la crise. Le nouvel ordre intérieur, issu de l'ascendance du capitalisme monopoliste d'Etat, de ln crois­ sance, profilera de la crise pour garantir ses acquis.

B. - DE L'AVOIR SANS L'USAGE A L'USAGE SANS L'AVOIR

La jouissance n'est plus dans la thésaurisation - de l'argent. L'avoir pour l'avoir. Le bas de laine. Ni m�me dans la possesis on de l'obj et. Mats dans l'usage. Celui de l'usu­ fruit. Celui du • rentier •· Celui du gaspillage. Le nouveau contrat soc.ial garant!t un nouveau st tut de l'usage : dispo­ � ser des o�JCts srlecttfs sans le$ avotr produits et sans les _ avotr payes. Statut sélectif, qui tend à devenir le mod�le de consommation de la nouvelle bourgeoisie. La stratégie du système - de la social·démocratie libertaire - consiste à proposer ce modèle - de classe - à toute la société. E suyer d'intégrer la société globale dans s l'idéologie de la classe sociale (démarche terroriste du libéralisme : une partie cherche à soumettre le tout). Faire de ce qui est le pratique d'un groupe- de strate de classe ­ l'idéolo!'ie d'une classe d'âge. Puis élargir cette idéologie en idéologte d'une génération. Puis en idéologie d'une sociét4!. Pour accéder à la société de consommation, la vraie société de consommation. Celle-cl n'est pas. en son essence - comme on a voulu nous le faire croire -la soumission aux objets manufacturés de la producto i n de série (et l'aliénation par leur avuir). C'est Ir populaie qui resp ecte, �urestime même l'objet fabriqué. l; t à son nt�veau le plus banal : la grosse production de série. · lt po�r cause : 1 ouvrier sait ce qu'il en coûte, pour Je produire et pour l'acheter. Dans l'économie de la famille uuvrière, Il y a un ordre implacable des priorités. Que 151


l'honnête homme sourcilleul( consulte le budget des ména· ges. En IJrioritê : les l:!iens de subsistanGe. Puis les biens l budget des vacances familiales. Et ce d'équipement. Enfin e qui reste est consacré à J'équipeMent ludique ùes enfants. S'il en reste. E.t comme à tous les coups il en reste peu, cet équipement qui passe au$sj après l'équipement, co'!'bien coûteux, de l'écolier, se réduit à peu de chose, Au" JOUets traditionnels, avec quelques fantai�ies vestimentaires. Ce budget ignore donc: les objets de la série pmmotionnclle de là société de consommation (oHerts sur un plateau par le e bourgeois). A moins que l'adolescent ne travaille pour èr p )es acheter. Ce qui est une tout autre affaire. L'usage mondain, au contraire, doit proclamer \a liberté ets sélectifs de la dans l'avoir. La manipulation des Obj production de série ne doit pas rèlever de la praxis. Ils ne servent pas à [açiliter la vie du travailleur (équip,ements collectifs et du ménage). Ils ont une tout autre fonction. Us sont de l'ordre du divertissement et de la fantaisie. Leur usage doit justement permettre. la • distanciation • a':ec l'univers du �ravail et de la subststance. Usage ostentatOire et ironique. Il faut montrer que l'on a. Au P?int de sav.oir s'en moquer. Et de jeter. Ce dont les autres revent. La [ete. Cettes, le principe de réalité est pris en considér�tion. Pour être iro)'liquement récupéré, consommé. Et a so•t meilleur motnent ; le progrès apporté par la révolution technologique et scientifique: Pou; réduire cette technol�gie • avancée à une !onction de dt\ erttssement. Tous ces obJets, en définitive, ne sont p<l$ pris au sérieux. Le progrès est subtilement ba(oué : il n'est qu'un gadget. Alors que l'ouvrier, au contraire, • sacralise • l'objet fabriqu�. Et à son plus bas degré : la production d� grosse série. Dérisoire camelote, diront les freudo-�at'X!stes, à laquelle il sacrifie sa liberté. Le nouveau ftls a papa témoigne élégamment de son mépris en se jouant, lui, de ces objets • aliénants •. Et des plu$ beaux. Des plus chers. Des plus rares. De la production. il ne retient que ce qui amuse, divertit. Mais usage qui utilise, consomme, en affectant de dédaigner. L'idéologie néo-capjtàliste a multiplié les moyens d'apporter cette preuve. l'oute une sémiologie qui balise le chemin de l'arrivisJlle mondain. Il faut être cet autre qui n'appartient pas à l'univers du travail, de la production, de l'économie familiale, mais à celui de la consommation ludique, marginale, libidinale. Tel est le sen$ fondamental de l'ini!iation au nouvel usàge de l'avoir. Ce modèle de consommation mondaine - sélectH - va se dédoubler. C'est une loi sociologique. En extension et en 152

compréhension, en sa pureté • contestataire • et en consom· mation de masse. Il cède à la pesanteur sociologique ou il �xaspère sa signification idéologique. La consommation-transgressive, ludique et désinvolte, vo accéder à ia quintessence du système. A la formulation politique - gestuelle et sé)l'liologique - du modèle. C'est l' ltime forme du potlatch. Cdui de l'Occident capitaliste. . l échange symboltque devenu un qouveau contrat social. ropose ses signifiant$ les plus purs. Alors la boucle est p bouclée : l'initiation mondaine qui débute par le potlatch !lnit par le potlatch. Mais celui-ci, au début purement •ymbolique et imaginaire, s'élargit maintenant aux dimen· •ions des rapports de production et prétend même les remodeler. Des machines à $0US du potlatch en miniature (flipper, juke-bo") l'usage mondain a accédé au potlatch de la plus-value. La culture bourgeoise s'avère byper-réaliste, puisqu'elle peut soumettre le principe de réalîté lui-même. En créant t�re sym�9ltque de l'imaginaire. C'est-à-dire une pratique de l •déolog1e qui est une systématique de l'usage mondain. Toute une sémiologie va se détacher de ses usàges pour ne �ignifier qu'elle-même. (Nous allons étudier ce processus dans le n• livre). Ces signifiants seront le sélect du sélect de la consommation·transgressive, Ils vont autoriser un acti· visme mondain qui vire très vite au politique : gaspiller, jeter, casser. C'est un des meilleurs moments de la séduction mon­ daine. Càr il propose la meilleure synthèse de l'animation mondaine (des stades initiatiquèS) et de l'activisme politi­ que. Le gestuel, le sémiologiquc, le morphologique acquis par les usagers des objets de la consommation mondaine «•rviront à l'exp�essîon des signifia�ts idéologiques. Tc>ut •l'"!n coup surgiront des êtres (des adolescents), purs pro· dutts de cette consommation mondaine, qui disposeront nussi de la geste du casseur. Ce terrorisme mondain - gaspiller, jeter, casser - a t�ujours été Je couronnement de la promotion mondaine. Le •Igne de l'élite du procès de consommation. Les exemples historiques abondent. Marque - anale? - du consomma· h•ur- radical. Elle a une double signification : bafouer le •roducteur et empêcher la consommation de l'autre. Deux uis salir, marquer. Ce n'est plus la consommation en tant ' ue tell� qui imp�rte. Mai� ses entendus, ce qu'elle implique. _ •t' poltttque et d économique. n faut passer à la sig nifica­ tion, la révéler, l'expH.,iter. Par la destruction de l'o bjet on lignifie Ja destruction - symbolique entore - de l'autre.

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Car dcstruclion de ce qu'il a produit et de ce consomme. Symboliquement, on le prive, on le castre en sa double compo�ante vitale, de producteur et de consomma­ teur L'extraordinaire pouvoir du capitalisme a été d'offrir ce luxe suprême - l'exaction - au premier venu. Ce qui était la marque d'une aristocratie s'est banalisé, vulgarisé. N'im· porte qui a pu se l'offrir. Certes, le plus souvent au niveau d es signes et des gestes. Mais aussi en tant qu'acte • auto­ nome • · Le luxe suprême : casser, gaspiller. jeter, est des­ cendu dans la rue. • L'autonome • a été l'apothéose du système. Sa dernière cocotte de luxe. L'autre usage - de masse - du modèle de consomma· tlon mondaine est d'une importance capitale : nous en av(>ns fait le principe de l'explication des nouveaux rapport$ de clMses. Dans nos deux dernîers livres (Néo-fascisme et idéologie du désir et le Frivole et le Sérieux) nous avons es.sayé de définir • l'essence • de la social-démocratie. A parth· de ses fondements économiques, sociologiques, cultu­ rels. Pour établir les nouveaux enjeux du eu j polllique. Nous résumerons nos thèses en quelques propo'lhions actualisées. Toute une stratégie de séduction porte sur les couches moyennes. Car leur extension quantitative a autorisé ce saut qualitatif : elles décident du destin électoral de la Fran.ce. El leur statut ambigu les rend particulièrement vuln�rables (rfoppçlons q�'elles ne possèdent pas les moyens de produc­ tion... mais qu'elles extorquent une certaine plus-value alors qu'en m�me temps elles sont aussi soumises à cette extorsion!). Le but de cette stratégie est d'unifier l'opposition au PC en constituant une • classe unique •· A l'origine, ces couches moyennes (e�sentiellement issues du tertiaire ct du quater­ noire) sc redistribuent selon l'ordre politique traditionnel. De droite à gauche, quatre dynamiques. Chirac, de J'UDR au RPR : c'est l'alignement des couches moyennes sur les classes moyennes traditionnellement réactionnaires. Le cou· ranc • d�mocratie avancée • veut profiter de la modernisa· tion et propose un réformisme avancé. Le centre-gauche est l'opposition à ces deux courants: il propose un réformisme radical. Enfin, une partie de ces couches moyennes tend à s'allier avec le PC. En un premier moment, la séduction social-démocrate a proposé un consensus idéologique, race nu PC. En un second moment, le pouvoir de séduction sur les couches moyennes a été tel qu'il n attiré une partie importante de l'électorat de Chirac et de Giscard. Et même du PC. .•.

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Alors le système dispose d'une régulation Interne : le jeu de bascule- ou d'alternance- du centre droit et du centre gauche. Pour une consommation régulée en !onction de la pesanteur sociologique d'une nation qui change tOUl en préservant ses arrières capitalistes. Toute sa stratégie, main· tenant, consiste à unl!ier définitivement ces couches moyen­ nes. Selon les modèles de la différence, de la séduccion, de la consommation. Pour en venir à une première étape ' la radicale dérive des Hxations poUtiques originelles vers une dasse sociale qui serait l'identification de toutes les couches moyennes. Enfin, seconde et dernière étape : la fusion de ces çouches ll)Oyenncs et des classes moyennes traditionnelles, la fusion du centre gauche et du centre droit, en une clasoe unique, nouvelle clnsse moyenne qui n'aurait même plus besoin de l'alternance. Dans ces conditions. on comprend très bien la stratégie du PCF : l'unité d'action à la base. L'alliance des couches moyennes et de: la classe ouvrière selon ce corps organique : le travallleur collectif. Et nous nous permc:urons d'ajouter que c'est l'exploita· tion de ce travailleur colleCLil qui fait la consommation mondaine. Et que, par conséquent, l'alliance à la ba�oe est aussi la prise de conscience du procès de consommation que nous venons de définir.


8

Les lois de l'initiation mondaine à l a civilisation capitaliste Tout un syst�me d'obJets -fabriqués- et de produits ­ •endus - a autorisé la systématique de l'initiation mon­ daine à la société capitaliste. Ce système d'objets est à la production économique ce que l'institutionnel est à la production idéologique : la révélation objective des rap. ports de classes. C'est dire à quel point il est essentiel. Car constitutiF, K<'néalogique. (Toute la pensée contemporaine l'ignore : elle rst idéaliste. Elle peut ainsi, à la manière des rreudo­ marxistes et des idéologues de l'émancipation inverser l'ordre des choses). Les modes d'emploi, les usages de ces objets sont des hgures phénoménologiques. Celles<i expriment le sens tdéologique -en ronction de l'usage de l'objet. Le tableau de ces usages permet de proposer la systéma­ tique initiatique, selon une progressive intégration à la nouvelle société, l'actuelle social-démocratie libertaire. l" nivellu : llippu, juke·boxe, poster, etc. 2' nivellu : jeans, (cheveux longs), treillis, guitare, etc. 3' nivellu : sono, synthétiseur, stroboscope, lender, etc. (les objets de l'animation sonore et machinale de groupe). 157


4' niveau : drogue et (un certain usage de la) pilule. 5' niveau : moto (un certain usage), chaine hi-li,

électrique, nikon, etc. Cc tableau de> ligures initiatiques- des modes d'en1pl•r>l idéologiques d'objets et de produits spéciliques de duction néo<apataliste - est l'Initiation à la • s<><:iét:é consommation • · A la vraie société de con .. )mm•llicJn que les idéologues de la société de oonsommabo•• . mission de cacher. La consommation est mondaine : uo'""" nale, ludique, marginale. Cet apprentissage est celui d'une société • hi�1toJrioue Les objets initiatiques sont ceux de la prc:>d\JCt:ion indus• triellc. Et les ligures phénoménologiques de celles de la modernité. Cette historicité a étê située dans la totalité antlu'Op•olc>­ gique 1• Nous avons voulu montrer comment la vie pe111 c - u11 modelée par l'histoire. Comment les âges de la s'identi!ier aux âges d'une culture. Comment emanl. lescent, l'adulte deviennent les trois âges de la cu1mre capitaliste. Nous aurons un autre tableau. qui indique les trois de celle culture. Ceue identification situera dans un champ de réalisation les donnélllt historique$ et les donnees anthropologiques. Nous aurons ainsi la relation continui du p rincipe de plaisir à la consommation social-démocrate, pulsion à l'ob]èl, de l'h1conscient à l'infrastructure. de

2•. Ensuite, la participation à un vecteur sociologique, à

un� dynamique de groupe structurée, Onalisée, hiérarchisée,

Nous pourrons établir les lois de la cootinuitê généalogiqu�. Lois dial�ctiques des passages. Le parcours de l'intention sa réali�ation. de la puissance A l'acte. l" dge : de l'animisme magique de l'enfance à ludique et marginal de la machine, de la te,:hr•ol•ogie (1"' niveau initiatique). 2' 4gt : l'acquisition des usages mondains spécifiques la nouvelle société La culture libidinale, ludique, margina en tant que telle. Cette culture prévoit trois niveaux iniliatlqu<ls. relais, trois articulations d'une progtession. Autre loi l'initiation mondaine. 1°. D'abord, l'initiation sémiologique. L'intégration petites touches, au détail {l" et 2• n iveau initiatique). un apprentissage pointilliste, expérimental, de petits bouts. De signe en signe, de reconnaissance en reconnaissance.

pdaa-lnstitutionncllc : la bande. Et l'homogénéisation de toutes ces bandes par l'animation sonore (3• niveau initia­ tique). J•. En!in, à partir de cet axe sociologique et grâce aussi à l• ��miologie apprise, l'accession aux conduites psychologi­ ques. Conduites tr�s personnalisées, très • dillérentes •. très tl'lectives (4• niveau). De la sémiologie à la dynamique de groupe, de celle-ci •u� condu ites individualisantes. fi faut une base, sur l•quelle s'appuie un vecteur, pour se projeter vers le som­ met. Pour qu'il y ait enfin une consommation libidinale, ludiquQ, marginale autonome. Pour • libérer • Je jeune ct la Irmme des tabous et des Interdits. Tels sont les détermlnis· mes sociaux de • la liberté • libidinale. J' 4ge : l'âge d'homme. L'investissement de cette culture dans la structure même de la social-démocratie, dans la o<x:iêté adulte (5• niveau). C'est la totale récupération -par l'usage libidinal, ludique, mt�rglnal - de la production industrielle. Ce processus s'objective en Industrie du plaisir rt du loisir. Une ressource essentielle de l'état social­ démocrate. Et la fin et les moyens de l'idéologie libidinale, ludique, marginale devenue adulte. De l'enfance à l'adolescence, de celle-ci à l'âge adulte '­ L'enfant doit atre uo pseudo-adulte. L'adolescent infan· tlle. Et l'adulte un éternel adolescent. Tel est le processus de l'infantilisation d'une société : faire de l'immaturé un adulte •rr.:spon$8ble. Par la médiation de l'adolescence, d'une <Ontestation qui n'est que voie d'accès à la consommation mondaine. Pour cela, produire un enfant à la coule, un u�ager averti et difficile. Ecaner de l'éducation les conduites d'apprentls$8ge du procès de production. A insi que toutes lrs valeurs qui s'y rattachent. Ne proposer que les conduites de consommation ludique et marginale, libidinale. Pour que l'adolescent reconduise cet univers ludique !lans la société adulte. En t.ant qu'immaturation devenue irresponsabilité civique. Mais, nous l'avons vu, irresponsa· hilité prise en charge par le système · irresponsabilité ro gr ammée du consommateur, lequel ne fait qu'accomplir e plan du néo-capitalisme qul conquiert ainsi un immense ct nouveau marchél,

Au tcN uh prt!<'lf maintt-nant. de Kieoce: d� l'homme. Et non pfu.t ..ton la �uctlc>n de l'anlhropologic l l'ethnologie..

1 Un nouvel àge � le ttohfème Aac •· oou"elle dlent�le- de l'industrie du k)l-5fr. esl m craJn de compM-u�r ce 11bleau. 2. ct. la préface de LI flivol• ., ,. Sirl<UA.

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1

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En reprenant tout le processus historique et anthropolo­ gique on peut alors, pour conclure cette première partie, p�opo$er les trois lois de l'initiation mondaine â la société capitaliste. Lois dont l'universalité contient les trois séries de lois déjà établies (le tableau des usages, celui des âges c:le la vic, les trois articulations de la culture libidinale en tant que telle). l" loi : La vraie société de consommalion commence dès la pll.IS tendre enfance : le jouet machinal. L'infrastructure industrielle esl constitutive de la ludicité enfantine. Dès le principe, l'enfant récupère le fonctionnel. le technologique. Son animisme magique deviendra le pragmatisme ludique du parlait consommateur. 2' loi : Le principe de plaisir n'a pas une existence · au spécifique qui pourraH être extérieure (et ne.• •o•1· ent l'investissem rincipe, le principe de réalité. Oès r, nal n'est possible que p lU· ! infrastructure, la technolog•e, le

fonctionnel. 3' loi : Société de consommation et pl'incipe de plaisir s'engendrent réciproquement. 11 faut la collaboration, la rédprocité de l'infrastructufe économique et de la pulsion libidinale pour faire une société de consommation : la • civilisation • capllaliste. Corollaire :Il n'y a pas d'innocence ontologique du jeune er de la lemme. Mais une fausse innocence que la mau foi des idéologues a rendue • naturelle • · Production capita­ liste et contestation d'ordre freudo.marxiste ne sont pas une réelle co(ltradiciion, mais, au contraire, une comp.lémenta· rité stratégique. Le principe de plaisir n'est jamais usage (autremeni, il est pure mythologie, mé·taJ>h)•sicjue'). èst un corollaire du principe de réalité. Car sa re,::u: r : La consommation d'une part de la plus·value. � � � objective d'un pouvoir de classe. Les niveaux de l'initiation mondaine révèlent que c'est partir de l'appareil infrastructure! la libido se à loppe. C'est dans et par cette économique et sociale, que les figures p�!��:é�o se de la consommalion mondaine peuvèot naître, , per, acquérir leur autonomie. Autonomie qui se soumet à société globale, à l'infrcastructure du mode de production. C'est dans l'industrie du loisir et du plaisir que la libido fera sa carrière adulte. Nous avons proposé un anti lreudo·marxisme radical. n'est pas la société capitaliste qui a récupéré )a libido. I l! société capitaliSle q1.1i a • inventé • la libido. Celle-ci pas une essence, un a priori, un antéprédicatif. Elle ne peut

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èlre qu'une lorme de classe qui alors prend un contenu idéologique. L'appareil infrastructure! est au commence­ men\ et à la fin de la carrière libidinale, ludique, marginale. S!l récupération est le principe et le but de la culture mondaine. Tel est le double support de l'initiation, de l'intégration au système : intérieur et extérieur, infrastruc(uel r et incons­ cient, économique el libidinal. C'est à la fojs l'apprentissage du rêve americain (il pan ir du plan Marshall) ct l'initiation au parasitisme social de la bourgeoisie (grâce à l'extorsion il� la plus-\•alue). L'idéologie social·d�moérate, à partir du plan Marshall, est devenue l'idéologie de l'émanci)'ation libidinale, ludique, marginale. Le fonctionnel -acquis par le travail des autres - devient ludique en même temps que la f:r:�mce se soumet au modèle amériéain. • • •

La systématique des usages de l'initiation mondaine nous a permis d'établir la phénoménologie du mondain. Le second livre va consister à définir la Logique du mondain. Phénoménologie et logique constituent le concept de mondain. Ou les modalités - C;ichées par toute la cultuTè regnante, éelle qui a pfoduit l'idéologie du néo·capitalisl)le - d u poùatch d'une part de la plus.-value.


Deuxième partie

La logique du mondain


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L'irrésistible expansion mondaine

A.

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D� LA PHÉNOMÉNOLOGT� A LA LOGIQUE

1. De l'autonomie fooctioooeUe des usages moodaios A leur tyst�me de siplfi�nts - Le symbolùlme immanent et le lignifiant mondain

A plusieurs reprises, nous avons montré la qualité exptln· ,loniste d'un certain genre d'objets. Ceux de l'animation machinale. Ils veulent des gestes. Gestes d'usages qui à leur tour veulent des mots, des phrases, des discours. Pour constituer des actes privilégiés. Ces usages passent progressivement d'une initiation êhtiste à une pratique de masse. Alors les actes et di•cours ,..;Jectifs se sy&tématisent en conduites psycho-sociologiques. Celles qui relèvenl des mesures de la sociologie et de la psychologie universitaire. En fin de parcours. tout un champ de conduices fonctionnelles devient autonome. C'ebt un saut de la quantité à la qualicé, une accumulation de macériaux telle qu'ils peuvent ê1re organisés indépendamment de leur 165


détermination originelle. Un univers- celui de la consom· mation mondaine - a atteint \.me telle expansion qu'il se clôt sur lui-même, de par sa suffisance fonctionnelle. Et qu'il se gère lui-même. Deux caractéristiques de cet ensemble : 1 . Une conduite peut se condenser, $" contracter en une marque tellement signifiante qu'elle peut se substituer à la conduite : le signe. 2. On peut circuler d'une conduite à l'autre en échan­ geant les signes qui les expriment. Parce que l'allusion à la conduite est devenue évidente pour tous. Parce que toutes les conduites expriment les mêmes valeurs. Alors, celte autonomie fonctionnelle peut devenlr un système de signifiants. Une causalité structurale codifie la multitude des conduites (powtant très l;lifféren­ ciées, très sophistiquées) selon un réf érent unique. L'autonomie fonctionnelle est acq�,ti�e : un langage nou· veau s'est constirué, qui peut se couper de ses origines et fonctionner par Je propre jeu de ses allusions. C'est un autre usage : l'incitation n'est plus dans l'animation machinale mais dans le pouvoir sémiologique. Proposer le signe sera disposer de la [onction sans avoir à s'y soumettre, à la repmduire. C'est pouvoir la consommer mai� aussi pouvoir glisser à l'usage d'autres fonctions. Tout est devenu inter­ changeable. Et disponible. Alors la donation de sens ne s� fait plus à partir des choses vers la consdence. Mais à partir des mots, du discours. Pour revenir aux choses, les désigné�. Et les réanimer par l'idéologie mondaine. En leur insufflant des signiHcations qu'elles n'avaient pas originellément. L'animaüon machinale a propos\� une systématique d'usages. Celle-ci est devenue un système de signifiants. Et celui-ci s'est lait opératoire. Alors l'élan vital n'a plus besoin de ses supports mécanis· tes. C'est l'intention subjective qui décide et conditionne. Pour r11venir sur la réalité sociale et l'investir de ses décisions. Pour proposer une autre dynamique, une autre expansion. Alors l'animation idéologique lient les deux bouts. Telle est la généalogie du nominalisme moderne. Généa· logie définie en sa réalité économique; politique, culturelle. Néo-nominalisme de toute l'actuelle culture bourgeoise. C'est le substrat idéologique du discours des vedettes du discours (Lacan, Foucault, Barthes, et même Althusser). Ce nominalisme est une double opération. D';;�bord le passage des objets aux conduites, de celles.ci awc signes.

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( rM le passage <lu $ignifié au setù signifiant. L'éloignement ll•llnit)f de· la réalitê par le signe, le mondain, le pouvoir ullurel de la nouvelle bourgeoisie. Rupture-négation : l e procès de consommation se coupe l'nbord du rrocès de production. li accède à son propre fnnclionalisme (celui de l'animation machinale). Pour accé­ ch•r ensuite à un système logiq1.1e de signifiants. Et celui-ci J'CUL même se faire autonomé et • oublier • son [onctionnel d'origine. Telle est la première rampe de lancement de l'idéalisme : ltluble c oubli, double amnésie, des moments anlé1·ieurs, ceux cie la phénoménologie, ceux de la réalité originelle. Mais il ne s'agit là que de la première Opération de la lrBtégie nominaliste de l'idéologie. Car le système des •IKnifianls revient sur la réalité. Pour, grâce au pouvoir léologique, l'investir des sigr�Îfications du mondain. Et lc 1111�i, attribuer aux choses, selon la systématique d'usages que nous avons définie, les déterminations idéologiques de ln coosommation mondaine. Ce second moment est esse11tiel : après avoir acquis son �lltQnomie fonctionnelle el accédé au système logique de ses ratiques , le mondain, par le signifiant, tend à se faire 11 hégémonique, letroriste, impérialiste. li revient dans le réel, <hargé du pouvoir idéologique. Pour l'occulter, le subvertir, h· nier. Telles sont les moc;lalités de l'affrontement des deux �ystèmes, du procès de consommation et du procès de t>roduction. L'économie humaine, celle du néo-capitalisme, •·•t cette relation des objets et des signes. Celle des biens manulaèturés, el celle des signes qui autorisent lroduits, cur usage. Relation du travail et de sa consommation : le rassage de la valeur d'usage brut à la valeur mondaine. Ueux univers. Il est essentiel de comprendre que par définition, l'uni· vers du travail ne peut pas s'opposer à cet inwstissemenl : l'objet, une fois produit, lui échappe, De par les lois du �npitalisme. De plus, t:n son • essence •, le proc;ès de production ne dispose pas d'une sémiologie spécifique. De pnr la bonne et simple raison que son discouvs, c'est la production des biens matériels! Son dire et son faire ! l'objet manufacturé. L'ordre du travail n'a rien à dire. Car il est. Son intention est réalisée par sa production, Immanence de la puissance et de l'acte, de l'intention et de la réalisation. (Dieu doit partager ce privilège ontologique avec le principe de rêalité, le procès de production, le prolétariat.) Cet univers ne dispose pas d'un système d'expression

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autonome. Pas de signifiants autres que le référent. Cette édouble pas. Elle n'a pas à produire un rblité ne se d ction. langage autre que la p rodu Immanence du relationnel et du [onctionnel. La relation avec l'autre est dans la production. Le système relationnel et le po:ocès de production s'identifient et s'e><priment l'un par l'autre. Toute symboliquo alors 11e peut être qu'immanente au réel. La symbolique de l'échange est dans l'objectivité de ln productiçm. Il n'y a pas de distance essentielle, de rupture entre les deux ordres. La symbolique immanente dit cette interp�nétratlon. .Elle est un acte, un vécu dans le réel, sans médiation. Alors que le signifiant mondain est pur artifice, convention. Il n'a de validité que par le pouvoir idéologique. Celte symbolique Immanente établit la participation, alors que le signifiant mondain n'est qu'une représentation autoritaire et conven· tionnelle. Le réalisme socialiste, en tant qu'épistémologie et esthé· tique, prétend reconstituer oct univers. Et s'identifier ainsi à la grande poésie. celle d'Hôlderlin, de la quête du • NGtion· ncl •, qui est l'immanence de l'existeoliel et du géo·politl· que. l'ldentification du procès du travail, de l'humanisation de la nature, de l'appareil sensible du corps '· Ne plus représenter mais participer. Hôlderlin et Lénine ont eu le m�me projet : accéder à la réalité, participer à son être. .Et pour cela dénoncer et écarter la culture idéal1ste, bour· geoise, celle des signiUants, de l'artifice, du mondain. Mais c'est justement cette trop grande richesse humaine du symbolisme immanent qui permet au signHiant mtmclain de s'i!llposer. Car ]'économie capitaliste ne reconnait que signes de �on pouvoir. Dans le [nee à face des deux mes : celui du procès de production et du procès de c611SO•m· mation, du principe de ré:.lité et du principe de travail et du mondaio. de l'échange du symbolisme immll• nent et de l'échange du signifiant mondain, c'est le pouv•Dir idéologique qui l'emporte. Sur le champ de bataille, de l'esprit et du mondain. signe - de la représentation - et un symbole l'immanence. Le signe renvoie à un autre signe, le sv•rnbolà renvoie au réel. Et c'est l'artifice qui gagne. Car syStèmes se disposent contradictoirement : le mondain établit une relation horizontale et lè sy1mb·o1!sm,• 1

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Cf L'Etr• <l lt Cod•.

Immanent une relation verticale. Dans le système capita· liste, œ dernier relationnel, renvoyant 1\ une praxis refus�. ni�. perd toute valeur, toute signification. Le circuit est déconnecté. Le courant ne passe plus. Le ,ymbole immanent devient un signe banal, commun. Une platitude dont le signifiant mondain se gausse. Ce signe est en ef(et tr�s pauvre, car ce n'était pas sa richesse formelle qui lui donnait son sens, mals seulement son contenu qui maintenant est mis entre parenthèses par les signifiants mondains. Par contre, ln communication horizontale par les signi· Hants se diHuse sans aucun problème. Le signe renvoie à un autre signe, comme l'artilice renvoie à l'artifice. le méme au même. Le lien est établi : l'échange mondain : la consom· mation parasitaire. Alors, le signifiant mondain, par l'échange de ses s ignes, devient la réalité même. Et le symbolisme immanent, déconnecté, apparaît comme irréel, signe vide. • dépa$Sé •• lieu commun. Monstrueux renversement du sens des choses N de la significa\ion des signes. Monstrueu>t pouvoir dl!s aignes su•· le� choses et les personnes. l. Les atratfiJcs du afo·oom.inaliame : occuper Je champ politi· que et le champ culturel Toute la culture actuelle s'est efforcée de donner un ttatut épistémologique au signe. Pour justifier, par la connaissance scientifique, l'opération fondamentalement Idéologique qu'est le néo-nominalisme. La remise en ordre, que nous avons entreprise, permet de dévoiler la stratégie c:ulturelle et politique du n(-o·capitallsme. La logique des signifiants est devenue opératoire. Tout <l'abord en se réinvestissant dans tout le système relationnel du vécu de la modernité. Pour Je baliser de signifiants essentiellement idéologiques qui véhiculent les valeurs de la nouvelle classe dominante. L'inter-subjectivité sera soumise � une sémiologie de l'échange qui écarte a priori tout le procès de production. L'échange n'est plus que l'échange Ulondain, celui des signes de la consommation parasitaire. Mais ce qui caractérise la culture de l'après-guerre. et particulièrement celle de l'ascendance du capitalisme monopoliste d'Etat, c'est l'investissement de cette lo�iquc tl�s signifiants dans deult systèmes, deux domaines qui jusqu'alors savaient résister au mondain : le politique et le 'ulturel. C'est une étape essentielle de l'édification terroriste du néo-nominalisme : la conquête de catégor ies qui ont 169


pourtant comme justilication et mission de proposer les valeurs universelles, norm;ttives du sérieux. Alors le mon· dain peut non seulement 9pérer en un domaine jusqu'alors étranger et hostile, mais encore � servir des catégories politiques et culturelles pour véhiculer ses propres valeur�. Ce sera l'ère des sophistes : le volitique et le culturel soum•s aux nouvelles idéologies du système. Période de l'impéria· lisme, de l'hégémonie néo-nominaliste. Lé formalisme triomphe '. Aussi. devrons-nous prendre l'honnête homme par la main (celle qui n'aura pas été prise la main dans le sac) pour le gqider à travets ces dédales stratégiques de l'idéologie. l l faudra lui montrer d'abord comment l'arrivisme mondain est <IUSSi la promotion politique. Celle synthèse, de l'inspira· lion mondaine et de ses moyens polltiques, autorise une terrifiante occ1.1ltation et dénaturation des valeurs de gau­ cl)e, socialistes, révolutionnaires. Ce sera le parcours poli· tico-mondain du lreudo-marxJsme à l'actuel pouvoir socia­ liste : de Rocard à Rocard, du PSU au PS. Ce sera l'objet du deuxième livre de l'initiation à la civilisation capitaliste : •

l'initiation politique

•·

Et pour compléter son édiliéalion, nous guiderons l'hon­ nête homme à travers un autre '" savant dédale. Celui de la culture Pour lui révéler les ruses de l'autre • entrisme • fiant mondain. l'occupation de j'espace culturel par le : • L livre troisième d'un l'objet sera Ce rpond<�in.

culturelle à la civilisation capitaliste.

Il nous faudra établir le processus de monopolisation savoir par la nouvelle bourgeoisie. Montrer que son est profondément homogène alors qu'il semble très rli,,P...i. fié et mème disparate. Culture terroriste qui doit interdir·e référent historique. Et qui occulte même le siJ!nifié 1 iCl(iol•O· rapports de production. Lé discours des vedettes gje : l-évi-strauss, Lacan, Foucault, Barthes, Althusser. nous permettra de reconstituer la spécificité du conS�en:sul culturel de l'après-guerre à la crise. De par justement procédés employés pour cacher Je éontenu historique, politi·

que, culturel de la social-démocratie.

1. Dans la pJ•emiêre parile de l'Erre 1-t le Codt nous a"·ons exposé lea modaliLêS pls•êmoloa.iqucs è dt: ée poûvoir nëo-kancien.

170

J, Le d�oubleme11t stratégique du modèle et les deu�t domaines

de la nouvelle sensibilit�

Mais a'ilant de déployer ces stratégies de l'idéologie, sur nos acquisitions épistémologiques. Car $i I'Jnitiation mondaine est achevée, en tant q1,1e dressage wrporel par l'animation machinale, le parcours Spécifique •le la catégorie -le mondain - lui, est loin d'être accompli. La dynamique mondaine dispose. en fin de parcours de Iïnitialion, d'un arsenal opératoire complet et parfait. Appareil mondain qui va autoriser une nouvelle expansion. La catégor'ie mondaine a d'abord été modèle culturel. l'our devenir fonction sociale. Puis structure des rapports de dusse. Et enfin système logique autonome et opératoire. En lin de parcours, le mondain peut utiliser toutes ces données .liachroniques comme outils. moyens. L'accumulatio·n est l<'lle qu'elle opère un saut qualitatif. Toutes les acquisitions de la généalogie sont synthétisées en un seul acte. Nous sommes passés de la phénoménologie à la logique : le mondain est une catégorie et une pratique qui opèrent en fonction d'une finalité globale. Et celle-ci s'accomplit selon des moyens articulés en un ensemble hiérarchisé. Mainte­ nant, à n'importe quel moment de la généalogie, le sujet mondain peut opérer selon cette logique. Il dispose de la fin èl des moyens. C'est l'acquisition d'un autre pouvoir. Celui de la logi­ que. La phénoménologie permettait le pouvoir sur le moment, sur une [igu�e. �ur un objet. Pouvoir du nouveau, de la mode, de la • création • . Pouvoir des !cadets, des locomotives, des prescripteurs, des annonceurs. Si la logi· '}UC a perdu ce privilège, elle invente, par contre, deux techniques essentielles de la rnondanitê : le syncrétisme et l'alternance ... Les deux faees de l'opportunisme. Les deux <lpérations possibles sur la phénoménologie : l'utllisatioq de •n totalité ou d'une partie, techniques dê gestion de la consommation. L'expansion du mondain est maintenant celle de cette Ioglque. Selon un arsenal opératoire très différent de celui de la phénoménologie. Mais qui se dispose comme une deuxième rampe de lancement. Nous avons déjà indiqué à propos de la phénoménologie, •ans insister sur ses modalités, le principe de cette dynami­ que : tout modèle sélectif se dédouble en conduites encore plus êlitistes et ell usages de masse. C'est une loi soêiologi-

1evenons

171


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que. Le modèle succombe à la pesanteur � ����: � � ; l'utilitaire... Ce qui libère son aspect form el, sémi, . morphologique. Ce qui autorise alors tout un formalisation, d'esthétisation. L'expan�ion mondaine se réalise selon ces deu� dvoa1mJ. que• : en extension et en compréhension, en quantite qualité. Pour que le mondain accède à sa faut ce dédoublement, qui permet d'occuper très différents, considérés comme opposés et tibles : les masses et les élites, le philistin et l'intelll �� les usnges communs et les archétypes, la banalité S< � = que et l'inconscient collectif. Ce dédoublement révèle la stratégie essentielle du tèmc. Car ce strntagème mondain lui permet de m<mc•pc,Jisef la senslbili1é de l'époque. Selon deux opérations. manipulations idéologiques. Tout d'abord, réduire la sensibilité aux seulès m••u•u du mondain. Il n'y aura d'expression corporelle et subjecti�e que par les figures phénoménologiques décrites. Puis, tout relationnel libidinal, ludique, m••rR:rn;n devra s'exprimer selon les deux modalités de la IO�Dq'�· Selon le d�doublement du modèle. Alors ces deux dérives seront proposées comme antago­ nistes. Leurs connïts vont enclore, circonscrire le d'expression possible de la sensibilité. Il n'y aura de •• lité que dans et par les rapportS des usages communs et archétypes, du bon bourgeois et de l'intelllaentsin, de coutume normative et du signe électif, de l'institution et de ln transgression. Chaque terme va se poser en s'opposant à l'autre. Pour ainsi se développer jusqu'à sa perfection. L'id�logie tient bien les deu/( bouts, les deux entrées système. Celle sensibilité est le lieu de la dispute mondaine. Pour ou contre. Mais dispute des deux modalités du même. Pour p roposer le choix entre deux variantes et ainsi consa­ crer les mêmes valeurs. Celles de la consommation mon­ daine d'un mode de production. Alors, se révèle la deuxi ème opération idéologique, celle qui permet la totale monopolisation de la sensibilité. Car cene procédure d'inclusion des termes de la pseudo-contra­ diction eM aussi procédure d'exclusion de la vraie contradic­ tion. Les sensibilités antérieures sont totnlement ignorées, reduites à l'insigniliance. L'époque sera coupée de toute tradition, de tout modèle historique. Ce sera une totale amnésie du cœur et même des sens. Tout commencera par le• signes et les formes de la mondanité n�-capitaliste. .Extrnordlnalre fausse innocence qui prétend être un corn-

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��:=�� r.

172

m••nccment alors qu'elle n'est qu'un accomplissement. Et la ri'Océdure d'exclusion des autres sensibilités s'achèvero par un� opération particulièrement machiavélique de cette l•usse innocence : la mode rétro. La nouvelle sensibilité sera à la fois la banalité sociologi­ qu� et les archétype$ de l'inconscient collectif. Sensibilit� r•dicalement mondanisée. Terrorisme mondain, terrorisme du libéralisme, terrori�mc du néo-capitalisme. Ce dédoublement du modèle n'est pas le dernier moment matégique de la mondanité. Nous verrons au�sl que le rnondain, après s'être ironiquement contredit, pour mieux brouiller les pistes ld�loglques et pour mieux prospt1rer, on�ra retrouver l'unité organique dù modèle originel. Ce ocra l11 forme derni�re de la social-démocratie libertaire.

B.

-

LES MÉTALANGUES OU MONDAIN - L'IDÉAL

1. L'uthftinrio11 du arts - L'accà au fantasme Le système logique- celui des signifiants mondains va surenchérir sur sa logique. Et exaspérer sa propre lurmalisation, stylisation, esthétisation. .En se dédoublant rn une axiomatisation de l'axiomatiqiJJ! (de l'axiomatique qu'est déjà le système des signlfian!s). C'esl la production d'une métalangue. Celle du mondain. JI s'agit d'un saut dialectique. Celui du passage de la quantité à la qualité. Celle opération est réalisable lorsque le premier système de slgni[iants est saturé, redondant. Un choix est alors possible : écarter les éléments qui sont de moins en moins signifiants et conserver ceux qui le sont de plus en plus. Alors, plusieurs étapes du travail de sur­ axiomatisation. Nous situerons d'abord une démarche qui caractérise la modernité : la nou\•elle esthétique. Ou l'esthé­ tisation des arts. Les nouveaux beaux-arts. JI faudrait dire, plus prkisément : • jolis arts •. Nous définirons très brièvement cette essence culturelle. Car nous la traiterons ultérieurement (dans le h\'re consa� • l'initiation culturelle) d'une manière syst�malique. En déterminant l'infrastructure qui la produit. U nous suffira ici d'indiquer le processus de cette super-formalisation. L'art sera soumis aux signifiants mondains. Les signes du mondain, déjà extraordinairement élaborés. seront sélec­ tionnés, condensés, stylisés. Et organisés en systèmes d'ex173


pression €orporelle spêcitiques. Ce sera l'art des si�mifiantl Ceux de l'expression mondaine du corps. Alors, de nouvelles castes vont manipuller u ne culturelle très sélective. Et accomplir un t>· p formalisation. Le gestuel, la sémiologie, mondain sont réduits à leurs éléments co,�stti\JLUIS. Qiue lquLet axiomes de b�se. Et ceux-ci s'organisent ensuite en discours spécifique : les combinaisons possibles de axiomes. Et les dérives (expressives) de cette grammaire corps. Tous les arts traditionnels seront alors revus et .-n•,••··�· El s.oumis à cette esthétisation. Le théàtre, la mtJSiLQUI�. danse, le cinéma seront • rénovés • en fonction exigences. Une extraordinaire dynamique de groupe sera tous azimuts la nouvelle expression corporelle. nouveau corps de l'esthétisation de l'art. Tous, ayant voulu le même modèle sélectif, se rellrouv•e­ ronl dans la même culture de masse. Celle-ci, fortd!omen,tal•e­ ment snob, se dira populaire. La sophistication extrême gestuel sera proposée au peuple, Comme -gestuel de liberation. Ce paradoxe est constilutl{ de • l'art • mL)dJ!rnLe; Les avant-gardes sont descendue$ dans la rue. chent à vulgariser une sémiologie mondaine devenue lon et brouillon de culture. L'animation culturelle or<>ooS<I la "" spontanéité • du corps. Et plus l'alibi poli radicalise, comme message révolutionnaire, et tuel et le signe sont sophistiqués. rafiinés, 1-«>tl>rl� .. .�•. elliptiques. Alors se constitue un super çode de séduction, un .�v·••"'m• d'allusions sémiologiques qui dè sélection en séllecLtioJn, media en media, de subvention en impnesario s'i:mp•os,erl! dans un certain public. Celui des p féminines déjà conditionnées par les ménologie, de l'initiation mondaine, par les usages premier degré, de la mondanité. Une nouvelle dynamique groupe apparaît. Elle autorise une ultime sélection , daine. Celle des producteurs de cette nouvelle esthétique. celle des premiers usagers de cette production. La culturelle permet la constitution d'une nouvelle élite daine qui monopolise les signes de la séduction. Les veaux prescripteurs du mondain. Mais culturel. A la limite, cette esthétique accédera à la production fantasme. Et de toute une fantasmagorie esthétique. que le signe, de formalisation en formalisation, est deveniJ un extraordinaire condensé. Le signe des signes. Celui qui accomplit, en une ponctualité explosive, la totalité d'un

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I'Prcours. Et ce parcours, rapp�lons·le, est celui de la lmnsgressioo, révolte, cooteSl<!liOn. Le fantasme est ce moment, d�:s beaux-arts, de l'c�théti­ •ation subversive � la sophi!;'tication extrême d'une expres­ dnn corporelle comme point de non-retour de la révolte, de ln négation. Moment par.oxistique. Un signe parfait est •rparu. Comme rÇcompense d'une quète, d'une ascèse. Signe suprême. Le vivre et l'exprimer, par l'expression «trporelle, est alors la singularité même. l..'acte suprême de Iii subjectivité. Lé geste irrécupérable. Celui du maudit. te oigne qui fait autre. L'artiste. Nous avons déjà proposé tout un parcours de cette iltnla�magorie idéaliste à la bourgeoisie. Celui de l'esthétisa­ rion de la subjectivité par les nouveaux beaux-arts 1 • C'est en <léfinitive, presque toute la culture moderne. L'exploitation uulximale du formalisme (du signifiant mondain). li s'agit là de la forme parox,i$tique des I)Ouveaux beaux· arts. La mondanité culturellè se sa.tislera (et ainsi se défi­ nira) d'un compromis entre cet esotérisme fantasmatique et 1� première formalisation des signifiants mondains. Syn­ lhèse harmonieuse qui permettra de ckculer d'un domaine à l'autre, du fantasme au môndain, de la recherche d'avant· anrde à 1<! consommation libidinale, �ans trop se compro· mettre dans l'un ou l'autre. Ne pas être trop mondain (Coateau). Ne Ji)�s être trop [ou ( Artaud). Mais être un peu lou, un peu mondain. Proposer à la fois l'art pur et l'art populaire. Disposer à la fols du peuple et du geste le plus •ophistiqué. Quelle séduction 1 Quel artiste, quel cr6ateur 1 Cette stylîsation exquise permet à l'intelligentsia de jouer sur les deux tableaux, du l�ntasme ct du mondain. Consommation du fantasme et consommation mondaine. i."une par l'autre. C'est le fantasme �ui sert à séduire cac le IAntasme est J'ess ence du mondain, De grands noms illustrent celte esthétisation de l'art; vedettes des jolis-arts : Godard (le cinéma) ; Chéreau !l'opéra) ; Béjart (la danse) ; le Living, Planchon (le théâtre). L'expression corporelle de la mondanité bou�geolse. !.'avant-garde des avant-garçles. La fantasma;gorte prescrite, les modèleS d'usage de la mondanit!S cultur�:tle. Nous venons de reconstituer le parcours du beau de la modernité. Ou CO!Jlmenl la sensibilité a été invesiie par le mondain : l'esthétique est devenue l'esthétisation. celle-ci une sémiologie qui s'achève en fantasmagorie. Ce lorma·

175


lisme radical est un idéalisme parfait. L'irr�alit6 du ré!fél'enl el du signifié autorise la réalité de cel univers. Ccl est une pratique cuhui'CIIe. Et il règne en maitre.

œuvre esthl'tique qui voudra exprimer le rêi�!'Cnl signifié sera considérée comme art pompier, dém<l<lé e, pauvreté C>thétique. Nous avons aussi établi une continuité : celle de connaissance- du libéralisme, de la social-démocratie-et celle de l'esthétique - du libéralisme, de la social-démocra· lie. Par leur lieu commun : le signe, lieu commun de l'idéalisme. L'idéologie du signifiant permet la double opé­ ration do l'idéalisme. D'abord, la dénégation du référent ct du signifié. Et même l'inversion de sens par ln des significations - du signifiant - sur Je sens du travail des hommes. Le néo-nominalisme qui préside l'épistémologie de la modernité sc continue ct s'accomplit dans le néo-f ormalisme qui engendre l'art moderne. Tel est le parcours de la culture de la modernité. tenons les deux bouts de l'idéalisme, de la synraxe mondanité. Entendement et sensibilité se développent le �me ensemble idéologique. Car les deux systèmes soumettent au même pouvoir sémiologlque de la m•onc:la­ nité. Celle-ci engendi'C une connaissance Idéaliste qui peut qu'engendrer, à son tour, une eMhètiquc mondaine. L'esthélique du formalisme n'est qu'une dérive du nomi<na· lisme. Car le savoir de l'idéologie ne peut qu e pourrir en esthétisme. N'éUlil-il pas, dans le principe,le po'urriss,ement de l'entendement ? La culture de la moder:nilé est profondément homcogène. Alors qu'elle affirme le contraire : les discontinu

catégories et les domaines hétérogènes. Cet art el épistémologie onl la même fonction Idéologique : produire le monde réel de l'imaginaire, le monde voulu par l'idéolo­ gie. La réalité est doublement camouflée :par le travestisse­ ment fant asmatique des beau><-arts et par te travestissement que l'idéologie du signe impose aux sciences humaines.

2. La

actes) esl disponible, matériaux d é jà transmutés. Alors pourront apparairre les ..llégories, les mythes de la modernité du néo-capitalisme : des actes exemplaires arcomplis par des personnages exemplaires en des sp<�tio­ trmpora lité� cxemplnires. Ces mythes sont au résultat d'un long proc�us de la logique mondaine. Toute figure de la phénoménologie du mondain est <onstituée de trois éléments : un acte (ou une conduite, ou un geste); un personnage (ou plusieurs); une spatio-tempo­ oalité. Au niveau empirique, concret, ces matériaux se i disposent d'une manière plus ou mons arbitraire. Les ,irconslances ct les événement$ peuvent faire que tel élé· onen! - au moment du surgissement de la figure - est privilégié ou négligé. Alors qu'ultérieurement on inversera �un importance. Les figures ph�noménologiques apparais­ "ent dans le désordre, en fonctio.� des hécessilés historiques. 1:1 leurs compo santes se disposent aussi selon ces événc­ onents, selon onjoncture. c Tout autre est le processus logique de la mylhologisa­ llon. Progressivement se constituent trois systèmes de d�ter· oninations de l'acte, du personnage, du spatio-lemporcl.

ln

( h aque composante de la dynamique mondaine s'élabore en spèci!icilé. Indépendamment de l'ordre phénoménologi· 4ue. Acte, personnage, spatio-temporalité s'épurent de plus ,n plus de leurs contingences événementielles. Certains ognes sont abandonnés. D'autres. au contraire, privtlégiés. li y a accumulation, condensalion de sens. Et allègement, tylisation de la forme. Plus on accède au contenu pur cl J>lus cette forme se dégage des malé'riaux de la contingence. Certains moments de ceue logique vont autoriser la tonveo·gence ct l'unification des trois systèmes de détermi,a

productio11 des arc:Utypea du moadaln. �olocies

a) L 'uistence idlologique

Aussi importante et révélatrice que soit celle métalangue du mondain - l'art moderne - elle est incluse dans un processus encore plus général, essentiel : la production des mythologies d'une civilisation. Nous avons d'abord reconsti· 176

tué' le processus de formalisation . d'axiomatisation, en un domaine qui proposait certains rl:�res à l 'honnête homme ll'nrl moderne). Pour acquérir un modèle qui nous guidera rn un domaine où tout est à faire. Celui des mythologies, de� arcltétypes de l'inconscient collectif de notre modernité. li ""s'agil plus de Mcrii'C des mœurs comme au niveau de la phénoménologie. Mais de reconstituer leurs lois. Il ne s'agit rlus de monti'Cr la vie. mais à travers la vie, la loi qui po kide à ces mœurs. La mythologisation commence de la même manière que 1 esthétisalion des arts. Elle utilise les mêmes éléments : .rux de la formalisation logique, qui propose l;� perfection d�� formes ct des contenus. Cette formalisation recouvre .t'esthétique tout 5011 nppareil ppératoire. Une extraordl· naire richesse des mo.tédaux (gestes, signes, conduites,

177


nations. Ce sont des ligures très riches qui marquent étap.:� essentielles de la logique. Ces accomplissements (de la logique) seront le moment parlait où les trois systèmes de déterminations. après avoir r�allsl! leur perfection spécifique, vont converger pour atteindre une parfaite unité. C'est le mythe : un acte exem· platte accompli par un personnage exemplaire en une spatio­ temporalitê exemplaire. Un acte idéolo&lque est devenu archetype Et comme c'est beau ! Exemple : le hippie. C'est un moment parfait ; celui de l'incarnation ldéologi· que. Toutes les conditions étaient rêunics pour que la perfection de l'essence entraîne l'existence. A un moment, la pression ct le conditionnement idéologiques SOill tels qu'ils c:récnt l'évén�ment :le hippje, le casseur, lc Mai 68 �studian­ lln, Woodstock, etc. Surg it l'acte idéal, la figure logièjue qui synlhétlse les multipl es conditions de son existence. Et moment parfait, d'existence phénoménolog ique, laps de temps où cet acte s'impose comme une évidence, une nécessité. Ces archétypes ne sont ni imaginaires, ni réels. Mais mythologiques : m i-réels, m i-imaginaires. ns sont la réalité de l'imaginaire social. Leur existence de fait est certes une fulgurance. Existence d'éphémères, qua�l irréelle. Mais leur avant et leur aprh témoignent bien de la réalité. Celle de l'Idéologie. Avant : ils sont des projets, des désirs. Après : ils sonl des regrets, des nostalgies. Les deux ancrages dans l'Inconscient collectif. L'existence de l'imaginaire, c'est la perfection de ln formalisaritm qui l'impose. L'archétype est comme un archange : si bf!au qu'on le désire et qu'on le regrcuc. S'JI n'a pas d'existence réelle, il est l'�xistcnce du désir et du regret. \ Cc qui est bien réel, c'est èe double mouvement de la logique : la production des contenus idéologiques selon une esth6tlsation progressive. Ure pratiq ue devenue très exten· sive et un modèle devenu forme parfaite. Les archétypes sont des ·fictions si belles qu'elles appel­ lent l'existence. Celle-ci n'est autre que la convergence d'un extraordinaire concours de· circonstances. Une vie naît du hasard des circonstances - et de la nécessité - de l'idéologie. Pour aussitôt se défaire et proposer les motiva­ tions du vécu, du mondain. Double existence du mythe. -

b) La g;nialogi� d� l'inconscient collectif : la mode -

dimodt. u refr;s du néo-nominalisme et d� 1 'antlprtdicarif Quel eSI 1� processus concret de Ct'tte production de l'imaginsirc social? Par quelle réalit� hibloriquc, sociologi·

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que. la lorme et le contenu se rencontrent en leur perlee­ linn ? Quel est le lieu. l'espace social qui permet à la réalité do· �c faire fiction, à la fiction de se faire réelle? Comment ,trculc+on du réel à l'Imaginaire. de l'imaginaire au ré<!! ?

(omment les mythologies? Comment le mondain produit "'' archétypes? Répondre à Ct's questions. c'est reconstituer la g énéalogie de lïnconscient collectif. Non pas propo,;er, '"mme le f ait la ps>.'chanalyse. l'interprétation des rêves et <irs fantasmes de 1 individu. mais le procès de production olt·S archétypes dans les rapports de production. Produclion Inconsciente en ce «!n� : elle ne semble pas s·e�prlmer par •··s rapports de production. Mais à côlé. Et même sans. E1, à la limite, oonlre. L'inconscient semble une enlité autre què Ir� rapport$ de production. C'est que les modalités de sa production sont ignorées, o..:cultécs. Elles som non dites et non sues. Et c'est cc qui loit lo• mystère de l'inconsèient. Alors qu'il est une pratique. un vécu sociologique, selon des relais objectifs de la soclabllit�. Mais sociabilité cochée. Et qui n'est autre que le chemine­ ment de l'idéolosie dans l'existentiel. Toute la culture actuelle s'efforce de cacher cet incon�· ,tent collectif. • Oubli • combien révélateur. Volonte de ne savoir et de ne pas dire qui est, en définitive, le projet et r ssence de la psychanalyse. C'est l'inconscient de l'încons­ 'ient de la psychanalyse qu'il faut révéler. Celte démarche montrera le pi'OCt'ssus Idéologique de l'occultation. C'est-à· dire le refus de dire et même de connaltre la catégorie mondaine. la procédure de sa mise en scène et en âme. Refus d'établir la manipulation du procès de consommation par l'Idéologie du néo·capirolisme, selon des figures du libidinal, du ludique, du mQrginnl qui sont les à priori objccllls cie Inule expression subjeètlve. Aussi. montrer comment, dans la réalité sociologique, cela se fait, se cache, s'oublie e1 comment cela se rappelle, se n.o·actualise, c'est montrer à la fois le processus idéologique que la psychanalyse permet d'occulter (et l'idéologie de la psychanalyse) et la production des archétype� du mondain. Projet énorme. Ambition qui peul paraitre, évidemmcmt, prétentieuse et démesurée. Lorsque nous aborderons la dimension spécillquement culturelle du néo<apitalismc, nous exposerons la synthèse de nos contributions. Nous r oposerons l'histoire de la sensibilité occidentale selon la ogique de la production, celle des modes de production Pour définir le syst�me entropique de cette l>Cnsibilité. Quatre • continents • la constituent : le mythe féodal. le romanesque sentlmenlal de la bourgeoisie, la llbido de la

ra s

r.

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psychana.lyse, le .sexualisme de l'actuelle social-démoèratie libertajrc. Il s'agit là des modalités concrêtes dés rapports de production. des lois de l'inter-subjectivité. Celles de l'infrastructure du relationnel de l'homme et de la femme. (Lois qui doivent ècre situées dans les déterminations du relationnel déjà proposées, au qu11trième niveau initia­ tique.) L'inconscient collectif est alo•·s défini comme une lecture au premier degré de l'hjstoire. Il ne s'agit pas de révéler ce qui es� caché derrière. Mais d'établir la réalité immédiate du non dit et du non su. Ce qui est l'idéologie et que J'Idéologie rend • inconscient •· Dans notre actuelle perspective, il nous suUira de locali­ ser un premier cheminement de l'inconscient collectif dans et par les rapv.orts de production. Pour définir le schéma de ce processus. Ou comment les archétypes se c:onnituent. Les rapports de la mode et de la démode vont nous permettre cette localisallon. Mode et démode seront la partie visible de l'iceberg dont la partie invisible est le mondain. Le$ idéologtes dominantes ne retien0ent que J'aspec� visible. superficiel, banal du phénomène. Le sigrùfiant seul importe. La consommation mondaine est ainsi téduite il priori aux mondanités et aux modes. Que ce soit pour le duc de Lévis-Mirepoix ou pour l'idéologue social-démocrate (Banhes) la mode n'est que le signe de la mode. L'énorme partie cachée de l'icebe�g - l a consommation mondaine en tant q1,1e )>ouvoir de l'idéologie - étant ignorée n'existe pas. On ne retient que le signifiant du mondain. Le gros du signifiant : la mode. Le meilleur exemple de cette réduction superficielle d'un phénomêne qui pourtant est le révélateur des rapports de classe, est bien la mode selon Barthes. Son outrecuidance néo-nominaliste lui permet d'escamoter, comme un presti­ digitateur, le contenu philosophique, économique, politique de la consommation mondaine : le potlatch d'une part de la plus-value. Alors que la mode est la rencontre du procès de production et du J?rocès de consorpmation, le lieu privilégié de leurs rapports. Phénomène global, structural, fait social total. Mais la soumission idéologique au système est telle que le signiCiant de la mod<: permet de l'il!norer. Que ce soit au niveau de la con�ommation mondaine naïve ou au niveau de l'étude • scientifique •· Ce terrorisme c1.11turel de la frivo­ lité, de l'étude frivole du frivole veut interdie r l'explication par la consommation mondaine, consommation idéologique 180

du néo.capilalisme, aspect majeur de • l'aliénation humaine • et de la nouvellè explojtalion de l'homme par l'homme. La mode est par l'extorsion de la plus-value et par ln consommation parasitaire d'une part de ce • surplus •· Mode et démode ainsi redéfinie$ vont nous permettre de •Ir uer sociologiquement, par une lecture au prerni�r degré, 1<: •h�minement de l'inconscient collectif et la production de •cs archétypes. La démode est aussi révélatrice que la mode, sinon plus. Hile est le moment essentiel de cet inconscient. La mode n'est que la fixation, l'objectivation libidinale. Et tout le travoil de 1'o1obli - de l'inconscient - �� dans le processus ,Je la démQde. Modè et démode pré�ntent cet avantage inestimable, rour le théoricien du mondain, d'être des phénomènes naïfs, au premier degré, type de phénomènes qui épuisen� en leur développement phénoménologique ' tout leur contenu, toute leur signification. Apparaissent alors, en loute naïveté socio­ logique, psychologique les processus de la fixation et de l'oubli. Au niveau méthodologique, c'est une chance : pou­ voir mesurer -par le superficiel, l'évidencebanale, l'évéJie· ment, le fait -le processus de l'inconscient. Les mystères du otocturne s'exposent alors au plein soleil des mesures anthro­ pologiques. Mais la production des archétypes du mondain ne peul �1re réduite à ce� manilestalions phénoménologiques Oa rnodll et la démode). Celles-ci n'indiqu�r()nt que des proces­ \US, des lieux de circulation. Ce ne sont que des repères. !.'inconscient collectif ne doit pas être pensé comme une •ubstance. Il n'est pas le support des archétypes. Il est le procès de production des archétypes, JI faut écarter tout être référentiel, tout à priori, toute •ubslantialité. L'inconscient collectif est un lieu sans mys­ tère : celuj d'une circult�tion très particulière i:le l'informa­ lion et de la communication. Il faut donc éliminer l'antéptédicallf huserlien s qlli préside à toute l'tdéologie actuelle. Idéologie d'un commen­ �cment pré-discursif, antérieur à l'histoire, Innocence anté­ oleure aux rapports de production. Et idéologie de la •lonation de sens par cet anléprédicatif. sens qui se super­ J){lse, pour le nier, au sens de l'histoh-e. Ce substantialisme n�ïf èt réactionnaire caractérise, en particulier, la psyehana· 1. R�p�tonti·lc pour éc:��rter Loutt ilmbîguitê: le ceue phl:nomênologie. "''PCCl

de

signHltuu n·cst qu'un

181

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lyse moderniste. (Celle de Lacan : le stade du avant • le processus de sociabilisation.) l'antéprédicatil va aulociser l'idéologie des pulsions même temps que le m�prls du progrès. tl est le princi réactionnaire de l'idéoloaie social-démocr:ue. les seurs en vogue. dans la mesure où ils ont dévellop,pé principe épistémologique (chacun en son domaine : sp<:cll>U•; SMlon du travail ldéologiè)ue) et sans s'en douter souvent, sont des Idéologues du s ystème 1 • Il faut écarter toute no$talgie théologique et toutes dérives épistémologiques. Notre destin n'a pas été perdu. n'a jamas i eu Lieu. Il n'y a pas eu de destin. Le sens n'a été, quelque pari, donné, rlxé. Puis oublié. En tous les perverti par l'histoire. li faut récuser toute quête Cl relï;ta•un•� tion d'une substance perdue. Dans Je domaine de la co•�mus­ �ance comme dans celui de la politique. La nostalaie de substance londe toute idéologie réactionnalre. ll n marque indélébile, plaie secrèle de l'Eternel Graal, irroèc"•sa· ble témoignage d'une pureté ou innocence perdue. Notre destin est à laire. Tout c:ommence, tout a mencé, par les rapports de production. l'inconscicnl menee dans et par ces rapports. n n'exprime pas chose. Il n'est qu'une modalité de l'échange, du rela·•---�• Une figure spécilîque de l'information et de la co,mnou,,ica-1 tion. Et la circulation du message est très visible. inomédia au premier degr�. étalement phénoménologique sans tère. le contenu du message est aussi évident, aussi ment sociologique. Aussi, le libidinal, le ludique, le mar"inal sont immédiatement définissables. leur su•·gll>seme lixat10n, Jeur Statut, leur U$8ge1 leur Ul>iOUnliiUTl sance et excroissance peuvent être situés dans l'e111Sc:mlble d'un parcours connu. Celui des pratiques, des usages, coutumes de la vie quotidienne. Il ne [aut donc chercher ni derrière, ni avant. dessous, n i en dessus. Ni à côté. Mais dans. Dans les ra[ID<Jl •

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�dicadf et lt nfo.nominaUsme fOnt les deux fondt'ments 1. L'antépr loa:le. Celle que \lchi<:uJ.ent les scien(;er. humalnb de 1'actue11e l � modetnhé, pour propo$er un neo-po5itivisme. C'eJt h• ale des adversaires, avoués ou p.-.s. du matériaH$me hislorlque . n'est pas dans et par le pro<:h de production. Mal, avant ou Avam l'histoire ct dant le slane. Au$Si mettronJ.-nous dAns le H1.1sSerl, Heidegger, Uvl·Strâull, Lacan� les fteudo·m8tXI&ltS, Barthes. et<:. Et même Allhullcr. •urtout Ahhus�er (Cl. la pr61tt<l de tr te Code). Dans le trobi�mé Hvre de ce crait6 de la soclal·démocrade ferons Ja synthèt t de nos critiques.

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de production. le sens n'est pas enfoui ou caché. Il s'étale au e•and jour, naif. immédiat, au premier degré. Celui d'un "'eau $pécifique de la circulation de l'information et de la u1mmunication. l'étude de la mode-démode permettra de le rrvéler. en termes sociologiques. Monlrer cette réalité est All•�i faire apparaîtrecomment elle a été cachée, dénaturée. t'est établir comment l'inconscient est ce que cache la tt,ychanalyse.

') Les trois moments sociologiques dt l'lnconsciem collectif. 1 a circulation idéologique de la libido La mode-démode, circulant en ce lieu concrer : l'incons· ,ient collectif. va permettre de produire cette extraordinaire arme de guerre idéologique : les archétypes. D'abord. des rrdondances d'évidences, des inflati ons de signes. Puis l'oubli soudain, total. Pourquoi ? • L'inconscient • travaille vraiment en profondeur : il J'longe dans les ténèbres ce q11i triomphait sous les sun· li ghts . Mals pour un terrîble travail de la vieille taupe, taupe Id éologique qui chemine souterrainement pour construire tnut un domaJne : le mondain ct ses archélypes. D'abord, la fixation : la mode. l'émergence de • la I'Ulsion •· Brutale. soudaine, imprévisible. Spontanhe. Sur­ IS S ement d'un geste, d'un signe. d'un groupe. Une belle IJ f orme est née. Un style, un genre. C'est la forme - belle ­ d'une symbolique de l'échange ; l'expression et la commun!· 'ation d'un groupe très s�lectif. Alors la difJusion est Immédiate, fulgurante. � mode est une dynamique de groupe. Mais très particulière. Son implantation est ce moment où l 'échange tlu groupe est l'acquisition d'une nouvelle [orme esth�tique. l.a quelle forme s'use très vite. se démode, car elle n'est que la f orme d'un moment. Celle de la promotion de vente d'un ubjet, d'un signe, d'un produit qui tombe ensuite dans la •onwmmalion courante 1• la mode est devenue nécessaire à l'économie de marché. Et c:ela est valable pour tous les produits de l'échange. En particulier pour ceux du libidinal, du ludique, du marginal. l.t pour leb produits culturels (nous le verrons plus longue· ment lorsqu'il s'agira d'établir la signification ontologique de l'échange dans l'économie de marché). Ponc, la mode : l'identification de la pulsion. de lu 1. De le bwt�que P\IX antnds maaa!\:{nJ tl lUI( &randes

Surfaces.

183


lixalion, du transfert. Si pulsions de la psychanalyse il avait, elles se fixeraient et se tran sféreraie ...tn i � ment en cette première formalisation de la o n 1. libidinale, ludique, marginale. Dès le principe, elles draient la forme et le oomenu de cette figure sociologique la oonsommation mondaine. La ph�noménologie du mondain, celle que proposée, montre bien qu'il ne peut y avoir de sens de la libido que par des figures d'incitation idéolcogi<tue Et que le ludique, le marginal, le libidinal contenu - ne deviennent que ce que cette ohén,omoén.ol<>llil devient. L'efficience, l'actualisation, la sation libido ne sont possibles que par le mondain. Et à mesure cette libido se développe, se conquiert le pouvoir du dain. (Pouvoir tel qu'il soumellra même le politique et culturel.) Constatons que la psychanalyse s'avère Incapable situer !:1 libido dans la phénoménologie et la logique mondain. (Que peut valoir une analyse qui Ignore ce tionnement fondamental de la soeiété libérale? Ses nismes, ses lins, ses moyens? Sa srratégie ?) Alors qu théorie du mondain permet de rendre compte de tous termes de la psychanalyse, démystifiés et situés dans rapports de production 1• Le deUldème moment de la généalogie de l'inconscient la démode. C'est l'oubli. Le refoulement. Après la filu1tic•n, l'éclat, le travail du deuil. Et ainsi. ailleurs, le rerllorcc,m.enl de la marque apportée par la première actualisation li nale. Tout un travail du négatif. Etablir le cheminement de la démode est encore révélateur que de constater c;omment la mode s'lm Comment un signe peut supplanter un autre signé ?

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1 1\êpo'loni·le, il n'y a �"'' d'ant<'prc!dloatll. 1..<• puloloiU aveu d� leur père spi.ritUêl, sont mytholoc iquès (au idèa!Ualtl) Lts pulsions. c:'t$t l� ch a mp du dè$îr OU\I<'rt par ta •

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i 1 Incitations dtsordonlk!es •• m .. ac in a.. l propooo'eo par i t'bnonllt de marc:h6. Pulsions qu deYJt111\ent fantatmtt par ..ltc:the d\.t mondain Au nweau anth.ropologique. nouJ a\-ons euay� de monuw q\M � • comme.nce • par le rythme. C"n 1 la donnée p�mf�t't". qui cof'llicnt pulslon comm� un é.J-rmcnt. une donnee con�litutive Cett lonque r)'th� te dèfah que ta pulsion �t rait anarchi1te, dHordonMc. Non pas pQr S« propres qualités. mais de par une cxaJpfration tt une C'I.Jsure r)'thme aocial. Cetle: ternpot"alitê orla:tnellf - lt- rythme: - c•l la substanc-e, ue et du culturel. Ce que 1< corps veul reproduire, lt: pn.:rntcr Uen du bioloaiq répéu=r. Temporalité qui accueille et �r[e les incltacJuns culturelles 1\ ta <.:ou.onunnuou llb1dinale. ludiqtJe. marglnale, Llchc11 uu IIUtilet.

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184

à un moment, les cheveux longs permettent. sans long de supplanter un rival ? Et pourquoi, à un autre 1noment, c:e même signe est devenu anodin, anonyme? umment les jeans ont pu être un signe de nonoonformisme, •mi-institutionnel, contestataire même, et devenir le signe mtme de la banalité ? Quel est le rôle de l'oubli? Et son cheminement soeiolo­ l•<tue? En fait, la mode en exil de sa gloire, endehorsde son mument, n'a fait que déplacer son centre de gravité et t'ln�taller en d'autres territoires. Si elle a disparu de la "'ème mondaine. si le groupe qui l'a implantée s'efface et se dl�sout, c'est que son message a pu gagner une audience tll<'ore plus quantitative et qualitative. Selon l'extension quantitative d'un uut•·c groupe (banalisation et vulgarisa­ tion du modèle) et selon l'extension qualitative de la lurmalistltion (esthétisation des beaux-arts). C'est une nouvelle application de la loi plusieurs fols �rrifiée : Je modèle sélectif, originel, se dédouble en usages dt masse et en formalisation esthétisante. Pour deux nouvel· lo·s clientèles. C'est aussi le cheminement de la démode. Alors que pour les obM!rvateurs superficiels (le discours de l •ntelligentsia sur la mode) la démode est une fin. pour le théoricien du mondain die sera. au contraire, le oommence· ment d'une dynamique de oonquéte d'autres espaces. d'au· tres populations : l'esthétique d'avant-garde et les usages de masse. Mals elle n'est pas reconnue. Elle chemine masquée, en •'étalant au grand jour. La mode se camoufle sous la démode. Ainsi renlorcêe, dilatée, cette double expansion, l'Xtension, est une double stratégie du camouflage ldéologi· que. Cheminement souterrain - de l'inconscient - ct en •urrace - les groupes sociologiques - de la consommation mondaine. Forme et fond, groupe et message. dans une relation d'implication mutuelle et de totale réciprocité au moment de la mode, se dédoublent maintenant en deux dynamiques d'expansion, de conquète. L'échange mondain investit d'au· tres territoires. d'autres espaces sociCH:ulturels Et sous des formes, en effet, qui ne semblent plus être celles de la mode originelle. Ce sont des dcrl•es bien lointaines de l'événement étymologique qui s'expriment dans la formalisation et la massification On reconnalt difficilement le modèle originel, historique, dans les raffine­ ments sophistiqués de l'avant-garde. Et la consommation de masse semble trahir le message d'origine. Mais ainsi, la mode s'est étendue jusqu'à obtenir les 185


C'Onditlons, objectives et subjectives, de la nouvelle Une autre formalisation - plus esth�tique - et un receptacle - plus large, plus sociologique. Pour faudra deux nou•eaux consentements. Des gens venus dcut. grou� op� devront se rencontrer 5elon conditions de l'expansion économique et pri'Ci•C1J, pour constilUcr un nouveau gr oupe d ont néité sera la nouvelle mode 1• Alors b'opère une nouvelle sélection. Apparaissent nouveaux groupements. D'abord hétéroclites, puis de en plus homogènes. Bloc syncétique lu t que •Y••meu1 r p ôt que. Un collage. Et surgit la nouvelle mode : phénoménologique qui lait la synthèse d'un contenu I!OCiologiquc el d'une nouvelle lorme stylisante. Le même est devenu l'Autre ; avec du vieux on fait du neuf. Une mode. Une nouvelle séduction. C'est le troisième moment sociologique de la gé•�é ,gi� . la de l'inconscient collectif : la re-actualisation. tion, aprè s l'oubli, une nouvelle actualisation. ta fixation a été la mode. Son oubli, la démode. Et nouvelle ligure, qui réveille. sollicite, relance la originelle est la nouvelle mode. Et sans qu'il !>Oit n dan� la nouwlle ligure, l'ancienne fixation. C'est ce caractériM: cet inconscient collectif : à chaque coup c'est neuf. Oc la création. De la spontané ïté. La libido - et le ludique et le marginal - a d'abord fixée et di(fusée par la mode. Refoulée par la démode �·est étalée el approfondie. Pour réapparaltre selon une' grande exu�nsion et une meilleure stylisation. Autre. L'inconscient colleclif chemine bien selon des sociologiques. La banalisation et la formalisation de la Hbido se !ont loujours selon des groupes sociaux. l'incons­ cient collcclil est une dynamique de groupe. Mals faite de discontinuités : celle des modes. Discontinuités qui révèlent la profonde continuité de la mode, la profonde continuité de la dynamique de groupe. La mode a cheminé par la démode pour de•enir la nouvelle mode. Tel es1 le processus radicale­ ment continulste et finaliste de la mode. Les discontinuités des modes constituent l'homogénéi1é de la mode.

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Il faut donc écarter les banalités d'usage, celles des • Eu:rnel Retour • ou la mode caprice, discontinuités accidentelles. La mode n'est ni cycle ni nlingence. ll faut aussi renvoyer à sa fonction idéologique k discours de Banhes . la modesigniliant ne signifiant que lul·même. C'est ainsi effectivement, qu'elle apparalt au unsommateur de la mode. La pseudo-scientificité de la lugoque des signifiants ne fait que dire la naive idéologie du onsommateur.

l ld,tol·ogiJes : la mode

La logique de la mode est dans le référent et dans le IIQnilié : dans les rapports de production. Elle est, dans le pfinclpe, incitation à la consommation mondaine, laquelle fondamentalement conditionnée par l'idéologie, laquelle rwopose les con\lltions de la consommation des privilégiés d1• sytème.

r•t

La mode est une progression linéaire des modes. Vers une finalité : la production de ses archétypes. L'accumula­ tion des modes doit permettre la production de la mode en wn essence. D'usage en usage, de signe en signe, la mode doit produire les modèles parfaits de la consommation mondaine. De mode en mode, d'oubli en oubli, le mondain doit atteindre les synthè5es délinitives (les archétypes}.

Alors le mondain a trouvé ses plus larges assises, son ruenslon maximale dans les groupements sociaux. En même temps, la formalisation esthétisante a écané tous le$ �léments contingent s. Elle a effacé les singularités d'époque pour exaspérer l es constantes. La geste mondaine s'accom­ plit alors en allégories, mythologies. Actes parraits de la .:onsommation mondaine. Ceux d'un mode de producllon. P..t qui répondent - en inversant les sens - aux actes J!arfaits du PfOCès de production. Pour proposer l'autre iacc, cachée, dç l'<!xplolt:ltion de l'homme par l'homme : l'esthé­ tique de la consommation. Celle du capitalisme monopoliste d'Etat. Le système a produit la beauté du capitali�me. Ln marque prolonde du pouvoir mondain dan• l'inconscient �ollectif d'un mode de production (capitalisme monopolistr d'Etat}. ta • sensibilité • accède à son plus pur message. A un idéal vécu. L'Incarnation de l'idéologie. L'honnête homme va sans doute juger cette démonslrn· tion trop théorique et abstraite. Mais la conceptualisation doot savoir sc priver des appuis sensibles de l'inluition, puisqu'elle prétend établir des lois universelles et dénoncer abus idéologiques du sensible. Néanmoins, pour nider l'honnête homme à se défaire de ses préjugés mondains, nous lui montrerons quelques·unes des belle5 images qui

le s

187


peuplent le nocturne de l'Occident. Icônes qui veillenl sur rêve mondain et qui hantent l'inconscient collectif. Flash, fulgurance, éclair en notre nuit : dans le or.mtt• cule bleu, le hippie chemine, guitare au dos. Sol mépris. Au.delà de l'oubli, celui qui a osé le rêve impossible le grand silence. El sa musique. Autre archetype du rêve libenaire de la soc:ial-dénJoc:ra• tic : sur les barricades, en jeans, baskets, treillis, chevc�u• long� ruisselants, estampe estompée par la fumée grenades (défensives), Oou artistique, le sable sous le pavé, pavé à la main, l'étudiant brave les CRS. Autre icône du système, figée, décomposée, hiératisée ses fragments psychédéliques : l'adolescent(e) se libère les {ulgurances du rock. Corps cambré, rythmé, dé<:onplo�x En transe. Pulsions et désirs d'une jeunesse qui • � système b. • Planètes des jeunes. • Le capitalisme est devenu grand imagier. L'usine du prêt-à"rêver. Utopies l!at·anuct increvables. L'honnête homme, qui s'appelle nuance, cet du libéralisme et de la restriction mentale, qui d'accorder, en gros, et de tout reprendre, en détail, va doute objecter qu'une.radicalisation outrancière gâte Il! de vérité contenue dans notre analyse. Nous m�li.n:tenons dil)mp de la sensibilité est totalement recouvert par _ logie. Parce qu'il est devenu le champ de la c��: � mol)daine. La libido, le ludique, le marginal sont l : les véhicules de cette idéologie. L'ordre de'� lla= �� � � ·�: ,���:: � est totalement occupé par J'iaéologie de la s• libertaire, L'honnête homme dira encore : • Le hippie, les 1eal\s, chèveux longs, toute la panoplie sémiologique d une taine contestation venue de Mai 68 ... C'est démodé ! quoi en parler! la crise a remis toutes ces choses place. • Nous le remercierons de J'argument qui ret>lor"" notre démonstration et lui apporte même sa cot>cl:usion. Car la grande démodeuse des modes el même dain, c'est bien la crise. C'est elle qui a balayé les ctame:ur1 idéologiques et mondaines d'un certain Mai 68, que le Juin des travailleurs avait déjà remis à sa place. Mais brutale intrusion du principe de réalité autorise le refoulé. Elle permet de reconstituer· ailleurs, dans l'ino:o�ts· cient collectif, la par[aite esthétique de l'idéologie. loules ces images deviennent alors parfaites : arc:héttvnes. côn$ommatlon mondaine accède au Panthéon des m'tthol<,. gies. Si la mode se démode, c'est pour que ces ar<:bétYI>CS règnent dans l'inconscient collectif. Un peu comme

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188

MH•ods artistes, pas tout à t'ait reconnus de leur vivant, qui, •tne fols morts, tombent. el) • enfer •. que l'on oublie même, �� que l'on retrouve soudain à la une, sur huit colonnes, tocJuvelles idoles des jeunes, leur tombe devertant alors un lieu de pèlerinage cult11rel tan4is que leurs œuvres s'étalent tl�ns les musées nat.onaux . La crise permet l'ul!ime •lt'mode. Celle qui consacre la mode. Modèle de consommation, Imagerie de l'avant-garde, usage de masse ont cheminé dans l'inconscient collectif pour ,.1re consacrés en fin de service, mytbes de la m6dernité. l}uelle promotion mondaine l 01.1e l'imagination prenne le puuvoir? Hélas, cela est fait depuis 10ngtemps. Triste oéalité. Ces archê!ypes sont la super-production du système : les modèles culturels parfaits de • l<t société de consomma­ lion •, société de la consommation mondaine : libidin<tl<:, lttdi'lue. marginale (nous verrons, en \ermes politiques et .-ult11rels, que ces archétypes sont les à�légories représentati­ vos de l'idéologie freudo•marxiste de la nouvelle social­ <lémocratie). Leur per(ection témoigne de l'apogée du capitalisme 1110nopoliste d'Etat (de la phase d'ascendance). C'est l'ul­ llme rêve de la statue de Pompidou (celle qui nous a permis de reconstituer la sensibilité de l'animation sonore et machi· flijle), C'est le grand potlatch d'une-part de la plus-value. Les modèles de consommation (autorisés par la S\lr'production t•l le gaspillage) de la grande illusion. Celle d'un capitalisme � la croissaoce sans pr<>blème. Beaucoup ont cru que la Fête ne fàl$8i! que commencer. Alors que c'était déjà une fin, de partie. €ertes, dès que ces archétypes ont atteint leur perfection et alors leur existence (puisque la perfection contient l'existence) ils ont été refoulés par la crise. Mais cet echec leur confère là gloire du nocturne : ils vivent dans l'inconscient collectif. Et ils attendent le grand retour du rc:foulé. Hs sont devenus les grandes allégories de la liberté tlu libéralisme. Ils sont une promesse. Ils témoignent de ce qui a pu être. Ce à quoi on a dû renoncer. Partiellement. Provisoirement. C'e�>t aussi ce que l'on pourra refaire, en mieux. Si la social-démocratie gère bien la crise.

i

d) La mode rétro, ultime en.c/os au Pam/ti:m é des arc/tétypes

Le système se clôt sur et par cc Panthéon des archétypes. Bt il s'enclôt par la mode rétro. Dès qu'il atteint la perfeçtiol). de ses mythes, il tirelepont-levis sur les sensibili­ tés des époques antérieures. Il ne doit pas y avoir d'autre 189


mémoire que celle du système, celle du capitalisme mrmn.,.. list� d'Etat. C'est l'ultime moment de la catégorie daine, celui de son impérialisme hégémonique.

Ce moment nous semble avoir été celui du disco. pouvoir mondain s'est étendu, étalé jusqu'à recouvrir mond�. Le disco. radicale vulgarisatoon du r v thm e ""IP""' liste, d'un rythme réduit à n'être plus qutune sc:ms.to� binaore mécanique, a eu une audience universelle. Ce lut phénomime extraordinaire : la pr�mière immédiate dialisation d'un modèle esthétique, d'un canevas musoc;ao New York. Paris. Mais aussi à Moscou. Tokyo, "c•ouJI"o Partout. Dans le moindre bled. Son implantation lul11urante, en quelques semaines. Le néo-càpitalisme prouvé qu'il peut maintenant imposer - par les immédiatement, totalement la forme culturelle qui • le plus parfaitement le conditionnement nécessaire à consommation mondaine des masses. La sensibilité devenue un mode d'emploi. Et cela au niveau pllmé·taire. Phénomène d'une portée incalculable.

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Mais cet impérialisme totalitair� du n 'r rencontre encore des ilots de résistance : le sauo.-.. . • venues des modes de production antérieurs Car toujours à, l ces modes démodées par la mode du cajpnansmte, monopoliste d'Etat. Le chiffre de vente du musette, l'accordéon, de Tino Rossi est loin d'avoir baissé. Marne au moment de l'apogée du rock. On relu.sait du monde Châtelet. L'opérette a toujours une Immense audience. tango lait toujours des ravages. f)utant de po·uuves de la permanence de sensibilités autre$. Diflérentcs (mais alors réellement dil!ercntcs). Et autant de menaces pour le monopole musical du néo­ capitalisme. Car non seulement ces formes de sensibilité témoignent de J'opposition farouche des vieilles générations, mais aussi de la résistance de certains éléments des nouvel­ les &énérations qui renâclent, hésitent encore à se soumettre au rythme de machination sonore. Et qui cherchent d'autres formes d'expression.

l a

La mode rétro permettra de colmater ces fissures et de juguler définitivement ces témoignages des traditions popu­ laires. La formalisation esthétisante produite par le capita­ lisme monopoliste d'Etat va s'exporter. Et occuper les autres territoires de la sensibilité, ceux qui résistent encore au monopole. Cette expansion hégémonique du mondain dans la sensibilité est comparable à son expansion dans le politique et le cultureL Toutes les catégories, tous les 190

de l'existence, doivent être soumis au monopole­ -du modèle de la consommation mondaine. l.a mode rétro permettra d'e>tprimer le signifiant mon­ ln du néo-<:opitalisme dans des [ormes culturelles pour­ nt radicalement differentes. Formes qui semblaient s'avé­ ' Irreductibles. Et qui pourtant seront marquées du sceau • pouvoir. Celui de ln nouvelle coloniution • culturelle. modes, n'ayant pu �trc liquidées. seront conservées et 1••me • rénovées •· Pour être soumises à un autre code uhurel. Entreprise d'une très subtile perversion. Il sulflra lun très léger lnlléchissement, d'un glissement, d'une oubli. Alors un seul signifiant mondain, ollllractiou, •llusif même, permettra une 1 radicale inversion de sens. l'h�nomènc classl<jue, banal, celui de la rêcupérnllon. Le rétro va donc désigner la mode ennemie. Et feindre de 1 •dopter. Pour sc distancier malicieusement. Pour se l··marqueren affectant d'imiter. Une nuance, ce rien qui fait utre, diHérencc seulement �rceptlble des initiés. ralflnenotnt sélectif, permet, dans la sémiologie même de l'ndver­ uore, d'ironiser sur le gestuel d'une autre époqueLa moquerie ne semble s'adresse-r qu'à certains signes, clunt on met en exergue la naiveté, la platitude ou la ...,dondance. Mais ainsi est dénoncé tout le vécu que ces Isnes révèlent. Celui d'avant la modernité, d'époques sans u$ages sélcctils, raflinés, sans modèles sophistiqués. Sans vèritable consommation mondaine. Sans l'extraordinaire pouvoir autorisé par le modèle de consommation du néo­ '"pitalismc. Des modes d'antan, ce qui suscite la haine -cachée - de ln mode r�tro, c'est leur sériéu)<. Celui-ci est insupponnb)e à l11 frivolité de la nouvelle t"nsommation mondaine. Cè$ modes témoignent d'une libldo, ludlcité, marginalité grnves. Ces choses-là n'étaient pas encore devenues des produits de çonsommatlon, la promotion de vente d'un mode de produc­ uon. Ces modes d'aman expriment des traditions populaires qui sont des formes de résistance aux incitations de l'indus­ trie du plaisir. à la consommation mondaine du libidinal, du ludique, du marginal. C'est l'univers du jazz et de l'accor­ déon. Et nous avons vu que, en son principe, la mondanité du néo-capitalisme était leur perversion. leur récupération. La mode rétro ne lait que clore la boucle. La facticité mondaine s'insurge d'une telle crédulité. Elle dénonce ce sérieux. Cette bonne foi. Aussi, sous prétexte de retrouver cet univers perdu, on le recouvre de signes sophisliqués qui dénoncent sa naïveté, sa lourdeur beso•

d'un

191


gneuse. L'extraordinaire système des signifiants mcondaia du néo-capitaUsme va proposer des deuxième, uu'•»•m• quatrième niveaux de lecture et d'usage du tCltle origi Nouveau code d'une consommation mondaine raffinée,

braie, agressive, terroriste. Consommation amusée ct sante d'un mode de production aux sentiments et révolus, d'une bonne f ol de péquenots. Mais il est essentiel de �omprendre que ce mépris objectif. Il est dans les formd, les signes. C'est une struc1u� culturelle. L'objectivation d'un processus. Une résu L'usage de cette lorme culturelle est un usage • objectif • mépris amusé. Il ne s'explicite pas en sentimenu. Cela tellement de soi. Ce serait inutile. C'est une époque s'adresse à une autre époque. 'Les individus ne font que cette dif!érence radicale, objective. Ils consomment mépris indifférent, si l'on peut dire. Car la différence tellement radicale que l'on peut s'en amuser sans roëme rendre compte de ce qu'elle signifie. La plus extraordinah·c réussite du système, son aèl1ève• ment sera cette mauvajsc foi : l'ignorance l'intention objective. Elle va autoriser un né<)·p,at•�r�oaliisnle! rétro. Celui qui se scandalise du pa1ter11al,lsrroe degré, raciste ct colonialiste, de papa. La rn.etc•r•c•ue casuistique mondaines vonl proposer un renouveau de l'idéologie du • bon sauvage • qui a l'Idéologie quasi or!iciellc du paternaüsrne çOIOnialiste. El belle âme mondaine surenchérit même sur cette idê!ol<)gi•e.! Alors que papa voulait faire du • bien • à prétendait lui apporter le frogrès, le fils contestataire voudra, lui, con$erver intact cette bonne nature. Car lieu anthropologique, ethnologique, archaïque, de la substance, du rythme, de l'harmonie préétablie. Ce que la vilenie colonialiste et le progrès polluant n'ont pu en1amcr. Cette idéologie du bon sauvage est l'idéologie du retour aux sources qui au·delà du rétro enrobe la consommation mondaine de l'Ineffable bonne volonté de l'idéalisme moral. Idéologie de l'archaTsme qui fonde l'esthétique de la moder· nité. Que l'indigène reste aussi merveilleusement simple et pur 1 Qu'il ne soit pas. lui aussi, une victime du progrès. Nous verrons, au niveau politique et culturel, les modalités de ce néo-colonialisme écologisant. ,

192

. C. - LE PROSAÏQUE DU MOI:OAIN : LES NOUVELLES COUTUMES DE MASSE ET LA CASCADE DES SNOBISMES

1 Le droit à la différence : la nouvelle blérucbie sociale. La ali!JIIIaril' : le signe d'un genre

-

Après l'idéal, le prosaique. Passons à l'ordinaire de la cmsommation libidinale, ludique, marginale. Celle qui se d•tache du modèle sé lectif originel pour se banaliser, se ulgarlser en consommation de masse. Comment définir la systématique des usages mondains? Ouel est le processus de l'implantation dans les masses? Quel critère proposer pour une classification? Le droit à la dilrérence - ce f ameux droit à la diUérence revendiqué avec 1u111 de passion par les dqètrlnaires du libéralisme - va l't'rmettre de sîtuer les nouvelles hiérarchies sociales. Celles du potlatch de la consommation mondaine. Différences qui ur1t fonction idéologique de • dépasser • les hiérarchies du procès de production : les classes sociales. Droit à la diffé­ rence qui prétend rendre subsidiaire le critère de classilica­ liOn selon CCli clu$e$�iales. Des stratificatioos d'une autre tpoque, révolue, nous dira-t-on. Nous avons déj à constaté que les diiiérences définies par Ir procès de consommation n'étalent que des corporatismes de consommateurs. Le droit à la différence se révèle n'�lre qu'une stratégie de diversion, de séduction, d'intégration. ércnce, Bt comment ne pas ironiser sur ce droit à la diH puisqu'il se ramène, en définitive, au droit d'imiter? Il n'a de réalité que dans la mesure où l'individu s'intèjlre à un aroupement. Ce sont des différences corporatives. Des res­ ..cmblances, alors. Certes, ces di(férences se modulent selon toul un système de variantes. Du libéralisme traditionnel à la nouvelle ,ociétê. De celle·ci au libéralisme avancé, à la radicalisation de la société permissive. Du libéralisme avancé au triomphe politique de la social-démocratie de Mitterrand. L'histoire o·écente propose un extraordinaire cl:wier de diHérences. la stratificatiOn de trois régimes. La redistribution du modèle selon ces dif[érences s'est alors tellement affinée, perfectionnée, personnalisée qu'il semblerah que l'on ne peut plus le reconnaître dans ses


usages. La dillérence, vraiment ? Une originalité telle l'individu pourrait être radicalement autre? Il n'en est rien. C'est tOUJOurs le même standard. même signe, le même groupe, le même modèle. différent que soli l'usage, il n'est possible que dans dynamique de groupe, en référcnèc à un ensemble. Nous avons atteint le paradoxe même de la m<m<unm• Sa cüff�rence est l'imitation. On est un individu mesure où l'on rep�sente un genre. On est singulier . l'on est le signe d'un genre. Le mondain est ce procusus valorisation de l'individu par le genre. Il autonsc ce usurpation narcissique : dire n'être que soi-même alors l'on n'est qu'une résuhante de l a dynamique de groupe, copie conforme. Ce qui est l'essence du mondain est aussi la diHérence social-démocratie libertaire. Le standard est vécu co�nm J'originalité. L'individu se singularise dans la mesure ou s'intègre à un genre. La proclamation subjective n'est que ratification d'un groupe sociologique. Et plus oo est le genre d'un genre, plus on se croit M>i-même. Tel est l e jeu de la diffé•·eoce : le plus grand écart modèle est la sup1·éme ratification du standard. ._nnolJ� proclame une singularité qui sc rcconnalt et s'affirme par signes d'un genre. Le néo-capitalisme a privatisé outrance : la diflérence. Pour produire ce modèle standard l'individu de la social-dé!IlQÇratie libenaire. Un genre que. Celui de tout individu. L'indh,idu est un genre comme le genre est un Individu. Ce système de dHrérenœs - rappelons·le- doit aboutir à la classe unique. C'est une stratl\gie . Le droit à la diHércnce débouche sur 1� ressemblance d e tous les différents. La classe unique sera la [édération de tous les corporatismes de consommateurs. Homogénéisation d'abord des couches moyennes. Puis de la société globale. Le procès de consom­ mation imposerait ses valeurs a u pl"QCès de production. • Comme c'est curieux, comme c'est bizarre • ce para· doxe du mondain : la singulari té en U>nt que genre! L'ani­ mation de la statue débouche sur une intimité inLérieure qui n'est que le pur reflet des mécanismes sociaux. Extraordl· naire pouvoir de l'idéologie : imposer une subjectivilé

(rt égalitarisme de la dillérence autori:.e un autre mc de hiérarchies. Alors qu'il pr�tend dépasser les hies de classe5 Il les renforce par le� hiérarchies _, � ; 1 � t �ê ��c�A� c haque moment, un signe signifie barrière et 1 � d des diffé•·cnces. cascade des mépris, cascade I V• Et dan> la hiérarchie • horizontale • du mondain. Chacun snobe l'autre dans la mesure où re peut l e snober. Le pouvoir de snober c&l consenti à qui consentent à se faire snober. Ainsi e�t-on dilférent elle guerre des �ignes mondains, aussi fèroce qu'elle � joue dans le même consentement au mondain. C'est guerre froide idéologique dans le contexte d'une roexis­ paclfique. Chacun vit sa vie. C'est un snobisme de Et avec quelle suHisance métaphysique ce confor· sociologique sera revendiqué : l'individu contre le wnem•e. La libérallsation du libéralisme doit être vécue nquête de la liberté. L'idéologie néo-capitaliste son but. La révolution du libéralisme sera la at•·olution. Celle qui a mis en place la social-démocratie

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a. Les trois piliers de la civilisation capitaliste .. a d e, l'animateur

·

machinale, aussi.

Il y a là comme une grâce. Que le capitalisme distribue à ses dévôts. Aux initiés. Pouvoir proclamer spontanéité créa· triee, conduite liUbversivc même, ce qui traine partout comme signes de genre! Le lieu commun est devenu valeur privée. Le con[ormismc le signe de la singularité. 194

Les trois piliers du système

:

:

la boîte, la

la boite, la bande. l'anima­

t�ur. L'âme du capitalisme. On peut imaginer un ethnologue l'an 1 00000. en qu�te de civilisations disparues, qui ••·constituera it la société cap ital iste à p artir de ces trois lunctions. Celles qui permettent de reconstituer tout le J'tK:ès de la consommation mondaine. Et les valeurs de

,1,

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ilmc mondaine. Mnls quel moraliste de notre époque s'en soucie? Les La psychologie j ,.ienccs humaines ne les évoquent amais. � prolondeurs ne semble même pas soupçonner ces bou­ .. , 1 •hes d'ombres du non-dit. Alors que la boîte. la bande, l'animateur sont les clés de la civilisat ion capitaliste. Les pivots de la &ensib!lité d'une epoque. Leurs usages sont la tram!! même de la libido dans les rapports de production. Ils modèlent un relationnel ,�ché qui deviendra une nouvelle civilité. Quel extraordi­ naire parcours! Quelle généalogie :du modèle marginal à la norme institutionnelle 1 Mais quel chercheur semble soup­ çonner ces évidences. l'extraordinaire richc'<oe de ces maté­ tiaux de la connaissance ? Voyez l'animateur. Il est parti de rien. De la surboom. 1 95


D'un rien. qui sera tout : J'ambiance. Une boite qui mo.,.,.llu c',est une boîte où • iJ y a de l'ambiance •. Ce petit d une bande a fait une grande carrire è . Sa fonction a un fabuleux déploiement. C'est lui qui préside aux dest mondaines (animateur de club). C'est lui qua va maîtr iser media. C'est lui qui deviendra le nouvel éducateur. C'est qui dlrlse le marketing et m!me le service de vente du capitalisme. Il fait aussi les révolutions, à l'occasion Bendit). Les p art i s politiques ne peuvent plus s'en C'est que la bande est arrivée. Elle s'est élargie o cuper les rapports de production. Et dans les postes 7 d1rection du système de production et du système consommation. Tout est lobl;>y, mainmise de groupes. . pes de press•on ct rapports de forces de groupements. bande, tout un arrivisme social occupe les postes de leader-., de managers, de responsables. L'aJTivisme de la bande (cl. le 3° niveau de l'loi mondaine) complète J'arrivisme par le système de Darer•� (cf. u Frivol� tt le Sérieux). La dynamique du libéra11isme au confluent de ces deux dynamiques de groupes. nouvelle bourgeoisie encadre la modernité. Pour A'"·""­ rénover les entreprises traditionnelles. Selon de no•uvoell•"' méthodes de gestion (public·rtlarions. etc.). Et modeler toutes les nouvelles entrepr ises du quaternaire même. Selon les nouveaux besoins de trie du loisir �� du plaisir. L'animateur est le médiateur entre le système que la plus.value et le système qui la consomme t"''"'AI'I·-� ment). On le retrouve à toutes les charnières : de la production, celles de la consommation, celles du passage de 1� production à la consommation. C'est lui qui met l'ldéolo8•e en acte. En acte de commercialisalion. Il est le mêtlér de l'idéologie et l'ideologie de ce métier. 1! est ainsi le grand révélateur. La dynamique de son rnét1er l'év�le la dynamique de l'idéologie. Et en dernière analyse la finalité de cette idéologie. A quoi sert-il ? A quoi sert, en dernière in�tance, le capitalisme ? Pourquoi cette ité organisationnelle et redistributive? Ça imm�nse complic sert a la consommation libidinale, ludique, marg inale. Aux valeurs de la social-démocratie libertaire. A la consomma­ t!onmondaine. Comment? Par la bande, par la boite, par . 1 ammateur. Les lieux, les moyens, les lins de la mondanité. Lieux initiatiques et usages quotidiens. , Rendons à �es ha'!tS lieux de la civilisation capitaliste r rtent. Puisque ceux qui se sont donné 1 �o �mage q�.Ils mé m1ss•on de debusquer le caché les ignorent. Et qu'ils nous 196

ruposent les • pulsions • comme étant à l'origine du parcours libidinal ! Des entités abstraites, imaginaires. nwthologlques à la place du rormidable appareil d'incita­ lions esthétiques, économiques, politiques du néo<aplta· lr•me. La psychanalyse est bien le couronnement idéolosique du système. Elle parachève l'entreprise d'occultation de la ualité. Alors que • l'inconscient • s'étale au grand Jourde la h•nalilé quotidienne. Réalité que L'on ne doit pas dire, qu'Il 1.1ut feindre d'ignorer et qui devient ainsi • l'inconscient • .te la psychanalyse, inconscient de J'inconscient. COmment peut·On ignorer ces évidences économiques, 'ullurellcs, morales révélées par la catésorie du mondain? Surt111.1t lol"8que l'on se propose de soigner une névrose <ombien objective, surdéterminée par la surconwmmation mondaine. La psyehologie des profondeurs devrait avoir ln profondeur de remonter ilia surface. Là où cela se passe. Au arand jour (celui des lumières tamisées). Mais comme la J'Sychanalyse a convaincu tout le monde que la vérilé de la <haïr est cochée et Inconsciente, il sufrit à la libido capita· liste - et à ses moyens d'expression et de diffusion - de •étaler au grand jour pour être isnorée. 3. Les niveau de la consommation mondaine a) Régine et Cosrel Une clnssilicatlon des usages mondains sera possible grâce aux déterminations apportées par • les différences • ct les • piliers • de la civlllsation capitaliste. Ln nouvelle hiérarchie soclale - celle du mondain. celle de la consom­ mation - eut sc reconstituer selon les spécificités de la p boite, de la bande. de l'animateur. Les signes des di!rérences indiqueront l�s particularités d'usages de groupes homo­ gènes. Nous proposerons trois types d'usages de l 'lll;age stan· dard : trois sous�nsembles de cet ensemble qu'est le mon­ dain. (Sous<nsembles qui contiennent des sous-divisions a l'infini, de par le droit à la di!Iérence.) Trois ports de signes. Trois prët·à·porter de la libéralisation des mœur�. Trois • continents • de la sensibilité néo-capitaliste Trois types d'usage du libidinal, du ludique, du marsinal. Le sommet, lo base, l'entre-deux. Castel et Régine ; la lièvre du samedi soir (ou vendredi soir) ; le Club Médlterra· née et lbi�a. 197


La nouvelle gentry, aristocratie bourgeoise, d'abord. noblesse peut y être admise. Sur dérogation, natrcona,• piston. Les clubs où l'on peut même snober princesses. Nouvelle étiquette, celle de l'arrivisme m<>n<ilall C'est le gratin. Un pouvoir nollchnlant de matou� repus avides. Des animateurs qui ont lait et défait les moeurs deux générations. Les grands modélistes. Et qui sc vent, élile suprême, locomotives un peu [atiguées consacrées. La botte est devenue club. On ne reçoit plus des clien•111 mais des amis. Et les amis des amis. Arnicale, asliOCiation corporation de la réussite mondaine. Desgens qui ont dai)S le spectacle, les arts du mondain (la chanson. dnéma, etc.). L'Olympe du mondain, vassaux ct comrne1n. saux. Lobby de la consommation mondaine. Pabu accumulation des consécrations mondaines, des prestiges vedettes. Avec un noyau d'intimes, qui rêgentent le club. PntJvoif dans le pouvoir, quasi occulte. Ceux qui ont !ail la ba devenue boite, devenue club. Trois moments de leur visme, trois moments d'un terrible combat. Aussi sorlt·i'IJ comme de vieux briscard�. vieux complices qui en ont vertes et de pas mOres, mais qui, maintenant, mc•nopollscmt le pouvoir mondain. Quelle est la sous-boite de l'autre ? Car là aussi. et surtout là, la • différence • est énorme. Castel snobc·t·il

vraiment R�gine? De quel droit ? L'établir serait faire progresser la connaissance • des secrets du grand monde •· ce caché révélateur des pouvoirs du prin ce de ce monde. Clubs de J'olympe mondaine. Pour des festins de princes. Les invités ? Les grands de ce monde :la Jeunesse, la Beauté, la Jet-society. Fabuleuse sélection. Extraordinaire concentration des pouvoirs. Quatre élites, quatre petits princes de ce monde­ Jeunesse, Beaut�. Vedette, Argent - se sont donnés rendez­ vous pour refaire l'Olympe. Celui du capitalisme. Nous prétendons qu'en ces lieux, en ces clubs, règne un pouvoir turible. Ce pouvoir est même un terrorisme, cdui de la désacralisation. Car ce sont les lieux mêmes de la lin totale des tabous. Tous les interdits mythiques ont été balay�s. Là, on a osé. On est ailé jusqu'au bout. On a pu aller jusqu'au bout. C'est le temps ct le lieu incroyables de la fin - vécue - des valeurs occidentales. En ces lieux, le capitaJisme atteint la perfection mondaine. Les valeurs bourgeoises - du libidinal. du ludique, du marginal -ont liquidé tout empêchement. Elles triomphent.

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l honnê t e homme va peut-être penser que notre descrip·

e•t bien emphatique et encore une fois outrancière. ,., comment exprimer l'horreur spirituelle éprouvêe lk'•nrH le triomphe du prince de ce monde ? Aussi pousse· •n•·nous l'emphase jusqu'à l'allégorie. Pour montrer à un unnêtc homme réticent - car s'il ne va pas chez Régine ou ut·êtr e espère-t-il un jour être introduit ? - ce que •Mt'l pe l>1able a gagné. Jusqu'alors le mondain - le pouvoir du monde - se heurtait à la grande allégorie spiritualiste, morale, éthique, le l'Occident : Richesse ne peut acheter Amour. Telles hticnt les limites du mondain, une opposltton lnsurmontahl' · Jeunesse-Beauté, lieu de résistance, de pureté, {ace à la �duction de l'argent et du pouvoir. L'amour ne s'achète pas. Pl • qui sc consacre à l'or doit renoncer à l'Amour •. Mals avec la fabuleuse promotion de la Vedette, une "'"diation dialectique surgit qui permettra la réconciliation tirs inconciliables. La Vedette comble les aspirations mon­ daines. Celles dont nous avons vu la généalogie, et qui sont d�venues • inconscientes •· C'est-à-dire les plus intimes, les plus profondes. La Vedette est un autre archétype du mondain. Des usages mondains. Il est la réussite même, la perfection des aspirations libidinales, ludlqu�s. marginales. Il est la &élection des sélections. On ne peut pas trouver mieux. Il est l'essence même du mondain. Son statut est ication narcissique. JI est objectif. JI n'est plus une revend constamment consacre par le plébiscite des media. La Vedette ne cherche plus la reconnaissance. Elle est poursui· vie, traquée par ses admirateurs, par les fans. La gloire l'importune, trouble sa vie privée. l,.cs grands club� autorisent la rencontre, hl reconnais· sance et les amours de Jeunesse-Beauté et de ln Vedettè. La séduction du monde séduit même les incorruptibles, cor· rompt les mythes, bafoue les allégories, dénature les contes. Amour lui-même, qui avait pour mission de résister au pomoir mondain, qui devait témoigner de l'authenticité d'une pulsion amoureuse Indifférente aux prestiges du pouvoir, succombe devant la réussite sociale. Les nouvelles mythologies bourgeoises l'emportent : les media ont plus de poids que l'éternelle nllégol'lc. Celle que l'Occident avait inventée comme modèle culturel absolu. Prescription éthi­ que : le cœur doit mépriser le monde. L'amour est celle liberté qui peut dire non au prince. Et choisir le berger. Berger qui est maintenant le travailleur étranger 1 L'OS ne fait P8!. le poids devant ln Vedelle. Les civilisations de l'Occident s'étaient transmises ce

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message. A partir des conflits mythiques de l'Olympe que civilisation grecque avait proposés pour instaurer ct ·

nir la hiérarchie de se.s valeurs. Mythes repris par le A e chretien : les allégories de la civilisation chevalerc:�Q'IM L �thique devenue esthétique. Le mythe féodal s'était longé dans le romanesque de la bourgeoisie : l'amour le long et douloureux travail de la reconnaissance danb le monde. EnHn ces catégories-�ternelles-··•••n'•·� axiomatis�s en un scientisme petit·bourgeois : le Je, Cela, le Sur·moi. Et leurjeu abstrait sur une scène du abstraite. Ultime stade d'une entropie. Tels sont les qua moments du parçours gréco·judéo-chrétien : quatre mome:nc de la c:ulture de l'àme et du cœur face aux valeurs du mc1ndle. La culture néo·çapitalistc a balayé cette 6tlllq•ue·est.hé•tl• que. A la place, j'Olympe des vedctLes : les loir e s g sunlights, des media, du show-business, de la publicité. la médiation de la Vedette, les élans du cœur et les oo•uv<>ini d�• monde opèrent une monstrueuse synthèse. La M•rn••ntinn mondaine altère l'inaltérable. Amour et Argent aiment Vedette. Et celle-ci aime Amour et Argent. Il n'y a plus contradictoire. Par le truchement de la Vedette, tout monde - de cet Olympe -copine. Les termes allégolriquet sont devenus des partenaires. Ils se partagent le DO'UVo)irl mondain d u capitalisme. Le grand tabou est L'Olympe est devenue un club. Ce que le capitalisme peut offrir de plus privé. Ces noces monstrueuses des narcissismes du capitalisme sont donc la fin des valeurs occidentales. Celles qui avaient inventé la Psyché, l'Amour, la Femme. Inventions - laut·il encore le répéter- incluses dans la Jojlique de produc­ tion, dtlns l'histoire des modes de production (de la fin du mode de production esclavagiste au mode de production capitaliste, en passant par la nécessaire médiation du mode de production féodal). Valeurs, certes, des classes dominan­ tes. En ce sens que le statut de la Femme et celui de l'Amour ont pu �tre extraordinairement privilésiés de par l'exploita· . 110n du seri et de l'ouvrier. La noblesse et la bourgeoisie avaient fait de J'amour une praxis de classe : le s stème de y parenté qui garantit la reproduction des rapports produc­ t•on. Mais alors l'Amour et la Femme, promus par la culture de classe, '!Ont aussi soumis, aliénés par cette c:ulrure : il n'y aura pas d'amour heureux 1• (Sinon celui du mariage, du moment de la bourgeoisie de robe.)

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.• 1 capitalisme - en son hégémonie - liquide. à sn nl�re, ce système de reconnaissance, la psyché occiden· Les grands clubs- Régine et Castel - ont promus une prostitutionnelle. Car la Vedette eM bien la aro•n<lle pute du syst�me. Le pur produit de la promotion de de l'industrie, du loisir et du plaisir. Elle s'est vendue u •uccès, au show-business. Aux valeurs culturelles des �<dia. C'est elle qui conditionne les masses. l!n ces lieux, chacun se prostitue au succès. L'argent u �i. D'abord l'argent : le producteur est à la remorque du Investissement. Il lait la cour au succès qu'il ne faut pas nu•nqucr sous peine de faillite. Vedette et producteur se font nlutuellcmcnt la cour. Quant à Jeunesse et Beauté, elles ne 11vent plus à qui sc prostituer. A la vedette, au producteur, 111 metteur en scène, au journaliste, à l'animateur? li n'y oura de Beauté que reconnue, statutaire, codifi�e p;�r tous ca entremetteurs du succès. Peut-il )" avoir une Beauté si rllc n'est pas mise sur la scène du monde, si elle n'accède pas ou pouvoir mondain, si elle n'a pas le rôle de la Beauté : mannequin, artiste de cinéma, cover-girl, etc.? Que de l··ndrillons attendent que leur beauté soit reconnue par ces princes charmants du mondain. Commune dimension prostitutionnelle. Mais mondaine. Ille est un échange. Et non un achat. Elle n'a pas la brutalité de la corruption natve (celle du marchand). Elle témoigne d'une brutalitê encore plus terrible, car civilis�. mondani· .œ. Elle a valeur d'échange symbolique : elle est la trame du relationnel. Ce n'est pas un acte isolé. Mais le modèle ,J'usage. La corruption est telle qu'elle est devenue le signe même de la reconnaissance. En ces lieux, l'argent n'�st plus un problème, ne doit plus être un probl�me. Il ne saurait être une linalité. Il est un moyen parmi d'autres. Reconnu et accepté par tous. Cet univers mondain fait même de l'argent un moyen très relatif. On peut ncc�der à son pouvoir par bieo d'autres moyens. Plus prestigieux. Plus valorisants. Tous savent que l'argent est la loi. Mais loi qui doit composer avec les autres pouvoirs d11 mondain. C'est une loi dont on se sert. Et qui n'est plus qu'une convention mon· daine parmi d'autres. L'argent est là comme par surcroît. Il n'est que le corollaire des mérites mondains. Un signe, une preuve. Mais il n'est pas le but. Total renversement d'une idéologie de J'argent venue du capitalisme de papa : l'argent qui achète tout, l'argent du luxe, du noceur. L'argent n'est plus qu'un des moyens du mondain. Le 201


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potlatch s'est substitué à la th�saurisation. Le •u n'est pa� d'acheter le luxe. Car le luxe est potlatch : le mondain. Et l'argent n'est qu'un de ments, qui doit composer avec Vedeue, .feune�se. L'argent est fait pour être dépens�. Donc, il en faut, méprise l'avoir de l'argent car on exige son usage. Et doit signifier, aussi, usage est purement mondain. mépris des usages, par la mode. L'avoir en tant que tel doit jamai� signifier. Ce serait une balourdise. Une goùt. Tr�� grave. Le signi!iant, c'est le mépris de Par la dépense, le gaspillage, le caprice frivole et CO'ùt�:ux geste surprenant, improvisé, spontané. L v"'ll""'"'"'; fastueuse mise en scène libidinale ou ludique. •rr,um•• en des lieux inhabituels, populaires. Pour d'ironiques amusantes provocations. Quête du bizarre, du saugrenu, cocasse. A tout prix 1• L'argent nco compte pas pour les Dieux. Ils le m#nri...• Mais ils en ont besoin pour le dépenser (Le sapeur bert dit l'ironie des Dieux et la prétention du n bourgeois). En ces mondes, tous savent qu'il faut de l'a On leur en a donné, ils save"t en donner. L'argent est po1,1r circuler. Comme les belles femmes. Et ce n'est l'argent qui fait la différence. Cat· toute une multitude et veut donner de l'argent pour • sortir • les jolies Mais ces gens-là ne sont pas admis chez Castel ou Régine ou ne font pas partie de l'aéropage. Pas de de prestige, pas de signe. Aucune signification mcmclaill4 Les courtisanes des vedettes se refusent aux riches. elles alors des courtisanes? Elles choisissent ceux gloire a choisis (et elles sont payées, de surcroit). Elles partie du Club. Jeunesse et Beauté n'auraient pas suffi a reconnaissance mondaine. Autrement, elles ne ser'aie'n que des michetoneuses de luxe. Que l'honn�te homme comprenne que le mondain n'est ni le pouvoir de l'argent, ni celui du sexe, ni celui de jeunesse, ni celui de la beauté. Mais le meiUeur système leurs rapports. Leur promotion réciproque. Chaque sans les autres, n'est rien. La Vedette est le suprême de cet ensemble. Par lequel chaque terme plit. A la gloire du capitalisme. De m!me que les archétypes - le hippie - ont

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1 Felltni nt le Jnnd de ce pollllchJOcial-dlmo<nllo Visconli. au contrau"'t. ttmotrne <k l' h é roJ\mc qu'ett la rèsistance proa:rusi•1e ;.u mondam. 202

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une pertectlon esthétique et idéaliste, ces clubs l'autre perfection mondaine. Mais alors que les sont une sublimation évanescente les clubs 1mois1nent d'une pesanteur matérielle qui s'abaisse jusqu'à

l)rostitution mondaine. Tels sont les deux bouts du rêve capitaliste. Ses deux l!uctures d'accueil el ses deux systèmes promotionnels. encerclement par le haut el par Je bas, par l'argent et par ldtal. par le hippie et par la Vedeue, par la contestation et pilr le succès. Les chemins du rêve partent en sens contraire, I'J'Iaremment, mais convergent vers l'Olympe du mondain. O.·ux terribles escalades. Mais ceux qui arriveront seront umme des Dieux. Les idoles des jeunes. Idoles d'une

n.,uvelle civilisation. Ces deux modèles de l'arrivisme mondain encerclent toutes les valeurs de l'opposition au système. Le rêve apilalisle, son imaginaire, sa sensibiiit� rl:duisent le prin· lpe de n!alité à n'�tre plus qu'un fantasme. Une menace lointaine. Celte de l'ennui, de la répression, du communisme

•talinien. Tel est le pouvoir mondain selon les deux promotions de la libido, du ludique, du marginal, selon deux styles de vie •tui peuvent mêmé prétendre se faire la guerre. Pour mieux 11!allsj:r leur encerclement stratégique. Deux modèles de l'emancipation, de la libéralisation des mœurs, du vivre sa v1e. Oeu�< loçomotivC$ d11 rÇve çppiu!liSie. Voilil le pQWqt4<>i du rêve. Alors que la psychanalyse ne lait que rêpondre au de quoi et de qui l'on rêve. La psychanalyse n'est qu'une clé des songes. Nous pr s la clé de leur réalité. Ce ne sont op oson pas les mécanismes e l'usage individuel qui nous intéres· •cnt, mais la production de l'imaginaire social. Et sa distribution mondaine selon des usages qui permettent de contrôler les deux entrées du champ social : par l'archétype et par le Club, par l'opposition à la réussite et par la soummission à la réussite. Cet imaginaire est bien plus que le rêve et que l'imagination. C'est la réalité mëme de l'Idéologie. La s ocial émocratle libertaire. en son essence.

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b) Le Cl ub Méditerranée

er Ibiza.

Après la grande pr�trise mondaine, venons-en au mon· dain à l'usage des couches moyennes. li se consomme au Club Méditerranée et à Ibiza. Pourrait-on dire que le Club M<!diterranée est à lbi7a ce que Castel e.t li Régine? Mais la • dilférence • n'est pas que de Lonalité. Le Club Médi­ terranée consacre l'arrivisme des couches moyennes. Alors

203


qu'Ibiza représente la consommation de masse (de couches moyennes) : un modèle d'usage qui dérive toutes les stations de l'industrie du loisir, à la mer ou à neige. • C'est snob sans l'être • ; c'est sélectif. mais tout monde peut y aller! Ce qui rend le Club Méditerra.née inimitable, d'avoir proposé le rituel initiatique à la cor1s0:m ludique, marginale, libidinale selon un sens exquis de sensibilité de ces couches moyennes. Celles qui ont promues par la dynamique de la croissance, des no\Jv�:au secteurs el services. Ainsi qu'une fraction des classes nes traditionnelles, reconverties au moment de l'asce11d;mc du CME. Ces gens-là étaient en quête d'un mo d :l, èle � � du loisir, d'un style, d'un geru·e. Le Club l\ 1 prop<>se alors un modèle parfait. celui • des gens savent s'amuser •· La permission ludique, libidinale, nale sera proposée par la hiérarchie sociale. Elle ne sera une conquête d'intention transgressive. Mais un modèle divertissement proposé par l'élite bourgeoise. Celui de classe sociale - ou de la strate de classe - située immc �dia· tement au-dessus. La clientèle du début ' sera la frange inférieure de grande bourgeoisie immédiatement mêlée aux franges r ieures des couches moyennes : professions libérales, "a<lr.-• supérieurs, chefs d'entrepris(:," Un lieu culturel corn permet de rencontrer et même de fréquenter - cotnm:e Gentils membres - des gens enviés et admirés, Cette promiscuité mondaine est le modèle qui va awtori· ser la progressive démocratisation du loisir sélectiL deuxième moment, ce sera les cadres moyens, des torlctiort· naires (enseignants) les • moyens • des professions libéra­ les. Puis dernière étape, l'ouverture du Club aux petits employés, midinettes même, étudiants. Tout le monde peut envisager un séjoll'r au Club Méditerranée. En presque tous tes cas l'argent du séjour provient du métier et non de la ·propriété. Les nouvelles mœurs de là conommation s moderne seront celles de la jouissance de nouveau;'( revenus. Tl s'agit alors d'un radical changement du genre de vie. Trigano a eu l'immense • mérîte • de théOriser cette situation. La jouissance ne doit plus dériver de l'avoir mais de l'usàge. Et il faut apprendre à user de celle jouissllncè.

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de la mondanité c:t non pas du début dll Club.

• de thésaurisation. source de privation et d'austérité.

crédits de vacances. Usage de l'objet prêté. Louer Usage de passage. Joui$sance sans s'embarrasser de , de la possession. A la limite, l'avoir est inutile. De

l'a liberté se�uetle du Club Méditerran�. le modèle de )a circulation des objet.s est j\ussi celui de la ln·ulation des femmes : en user sans s'embarrasser de la .. �session. Partage démocratique de la jouissance. Parts de ouls5ance. Dans le Club. Entre membres. Car cet égalit<o· l'me libertaù·e de l'usage est dans une propriété privëe m icro-reproduction de la structure de la social-démocratie ,ertaire). il Cette idéologie ne fait qu'<Hargir, systématiser les OIJ.duites définies au dernier niveau de l'initiation mon· duine (l'usage ludique des objets de la technologie avancée). 1c Club Méditerranée reprend çc moment en une industrie du loisir qui est aussi une idéologie du plaisir. Ce qui était un exercice initiatique est devenu une pratique, à la [ois banale et sélective, coutumes de masse des couches moyennes. Dans Le Frivole el le Sérieux nous nous sommes deman· tlés lequel récupérait l'autre : ;rrigano ou Foucaul t ? Ce dcmier est-il le service de promotion de vente de la nouvelle Industrie du loisir ? Ou Trigano est-il Je disciple des philoSO· phes de la libéralisation libertaire des mœun ? \(ain débat, avons-nous conèlu ear les deux ont coopéré, chaèun en son t)umaine, à la mise en place \lu nouvel ordre intérieur : celui de la phase d'ascendance du CME. l i laut à la fois préparer les mentalités et proposer les infrastructures. Apporter une id�ologie et le modèle de son usage, Trois caractéristiques du Club Méditerranée - l'élargis· �cment • démocra,�ique • de la clientèle ; le libéralisme permissif du libidinal, ludiquq, I!Tlargina l ; la cberté encore sélective du séjour - préfigurent la • classe unique • classe moyenne - qui est Je pJ;Y.Jjet e�$entiel de la social· démocratie. Ces trois caractéristi�ues de la civilisation du loisir tendent à une massi!icatiolh du libéralisme et à une libéralisation des masses (bourgeoises). L'émancipation libératrice doit homogénéiser toutes les couches moyennes selon le meme modèle promoti0n111el de J'industrie du loisir. Le Club Méditerrane � témoigne d'un saut qualitatif de cette idéologie. Il est la mesure parfaite du ch�min parcouru par la bande, le leader-animateur, la boite. Au commence· ment des procédures d'initiation àila consommation (libidi· nale, ludique, marginale) l'aspect provocateur, transgressif,

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subversif est essentiel. Maintenant l'intégration est ac•quiise, La symbolique de rupture, symbolique Initiatique SIJ.ge de la bourgeoisie Lraditi()naliste, vertueus e, éc<,nr•m••- ' thésaurisante à la bourgeoisie émancipée, libérée, dé] pêr l• sière est, certes, encore maintenue. Mais selon des " " 'u"""'• d'usage de la bande, de l'animateur, de la boite qui "'"''-''• gnent d'une autre • mentalité • · d'un ardvisme tranquille, sans aucune fébrilité, sans mau.vaise conscience. C'est la vites$e de croisière de la consommation mondaine. La subversioq a cédé le, pas à un aimable copinage libidinal, ludiq1.1e, marginal. L'acte d'achat des services a garanti ces usages. Et justifie la éonsommation. Elle e$t On est là pour • récupérer • ct • se relaxer •· Aussi l'animateur - l e leader de la dynamique de groupe - se dét11che du groupe pour accéder à une autonomie fonctionnelle. 11 accède au métier et au statut de ce métier. L'encadrement de l'univer� du loisir est cehd du patefna· lisme lorsqu'il vire au <;opinage. Le coodiHonnement ne doit surtout pas être autoritaire. Mais hyper-libéral, permissif. La dynamique libe�taire d1.1 'groupe de consomq�ateurs (mondains) rencontre la dynamique libérale du système organisationnel de l'indus.trie du loisir. Les deux s'identi• lient en cette figure de l'encadrement. le Gentil Organisa­ Leur (GO) qui chevauche les deux intèntionalités et qui les conèilîe. Fonction idéale de la social-démocratie libertaire. (Idéal du système, principe de son autogestion.) L'animateur - GO - doit réaliser la synthèse des demandes de la consommation mondaine. D'une consom­ mation paisible, arrivée. Le problèq�e n'est plus comment y accéder. Ce n'est plus la frénésie, la fébrilité transgressives. Mais comment la gérer. Ce n'est plus qu'un problème d'emploi du temps. Car i l s'avère que la jOuissance ne va PliS de soi : son usage rbvèle des contradictions, des incompatibilités. Les doctrines épicurienqes en témoignent. La Jouissance doit être une économie libidina)e, une gestion, une programma. tion, up dosage. Le GO doit proposer un équilibre savant de ludicité, de copinage, de libidinalité et ... de culture. Quatre entrées dans le syst<lme de la jouissanqe, (inaliu! de la $oc.ial-démocratie libertaire. Quatre options, mais aussi quatre tentations du modèle parfait de la sociétê des loisirs. Il est essentiel que l'équilibre soit maintenu. Car ces composantes se justifient réciproquement. Libidinalité oui, car il [aul se défouler. C'pst la culture qui le dît. Ludicité, mais entre gens qui save�t aussi s'apprécier et sympathiser. 206

La bonne conscience du groupe, sa sarlté morale sol)t .tnns le dosage savant des activités du Club. La consommà· tlon mondaine doiL enfin devenir totalement innocepte. �nos aucune culpabilité ni agressivité. Modèle parlait d'une 'IOCiété per�T,�issive et • responsable •• Voie royale c;le l'auto· � tstion du libidioal, du ludique, du marginal dans la social­ ,é lmocrade. Aptès le Club, voici la libre cité de cette consommation mondairle : Ibiza. C'est un pas de plw; vers l'émancipation ues masses bourgeoises. Celles-ci débordent enfin les d�ux modèles qui, en même teml?s, les subjùguaient et les brimaient. Deux interdit$, deux blutages, Mais aussi deux Incitations. Saint-Tropez et le Cl1.1b MéditeJTanée ont longteP\pS été un niveau et une barrière. Un exemple, mais ilnpossible à Huivre. tln interdit, de par la cherté commune lill Club et à Saint-Tropez. Un blocage devant le terrible snobisme venu de l'après-guerre, des profiteurs de la libération (marché noir, BOF 1 , etc.) du show-business-, des locomotives mytho, logiques (B.B.). Blocage aussi devant le culturel et l'espl'it de Club. Ces in\libitions ont pu être levées de par un saut qualita­ tif et qual'ltltatil des couches moyennes. Expansion qui a été celle d'un moment de la croissance (phase d'ascendance du CME.). Un nouveau potentiel économique a auto•'isé une autre gestion du budget de vacances. L'industrie du loisir· a su prévoir cette mutation. En particulier en E.�pagne qui n'est. pas chère (proche et sous•développée) q1,1i est dépay­ sante (car sous-dévelopJ?ée) et gorgée de soleil (gat'anti). Un no]Jveau style de consommation mondaine esl apparu. Sans locomotive (de boite) et sans animateur (de Club). Double banalisation de l'esthétisme des modèles de la consommation mondaine. Ce,.x--ei se dégradent en quelques signes ponctuels. Cette consommation de masse ignore les belles manières sélectives. Plus de tabous mon dains. La consommation se veut sans médiations, sans alibis, sans détours. Elle est brutale et massive. Pa$ de temps à perdre. Cette nouvelle bringue n'a pourtant rien de commun avec la bringue de papa, celle du ft:tard, du noceur en smoking des années lolles. Car aussi dégradé que soit le modèle originel. aussi • libéré • que soit le consommateur mondain (ljbéré même des usages séleçtifs) la jouissance est toujours �oumise à l'organisatiqnnel de l'indu$trie du loisir. 1 . BeUI're, œuJs, fromage.

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On doit prévoir, là aossi, un emploi du temps. Du permissif, cene,, mais régi par des prévisions de rer>ta'billit4 On ne peut échapper aux coutumes et usages qui ré�tisl>ent une civilisati n. La nouvelle bringue s'organise selon réltulati•o.­ ntces>aires. Comme au Club Méditerranée, Il faut plus moins équilibrer les quatres (onctions loisir moderne libldlnalité, culture. copinage, ludiclté. Selon lor certes égradées, mais cependant génératrices c équilibre, d'une certaine mesure qui témoignent, tive, d'une mailrise certaine de la consommation libidinal<ll et ludique. Bringuer, oui, mais en copains. S'éclater, mals sans détruire (les drogués sont de plus en plus mal Ignorés). On partage les frais. Pourquoi ne po.s se oa:rtaszèr l�s femmes. On se les passe, même, comme on se voiture. C'est les vacances. Ça ne dure qu'un moment. Il en profiter. Il y a un impératif permissif de l'industrie loisir Vacances mi-sportives, mi-bringucuses ; mi-tJDtainates mi-copineuses. On ne se couche pas trop tard en pr.ev•s•on: d'une partie de chasSC" sous-marine. Trop fumer empt...:he de bien plonger. Parfois, quelques regrets, en partant • Si ma lemme (ou ma maitresse) n'avai t pas été là •. L'année prochaine, on s'organisera mieux. Mais déjà, sports d'hiver...

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La fièvre du samedi soir

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Castel et Régine, c'est permanent. Ibiza ne dure qu'une saison. Un mois même. Apr ès, • ce n'est lus ça •· • La fièvre du samedi soir • (ou du vendredi soir ne durera que quelques heures. Aussi le bal organisé par une association sportive ou professionnèile, ou la boite qui draine la jeu­ nesse lusieurs lieues à la ronde devront proposer, à l'usage vulgaire, un condensé explosif... Pour une consommation ultra-rapide, immédiate, brutale. Il fout en prendre pour la semaine. Une bonne et grosse soupe pour les rustauds du mondain. Dressage sommaire : boum-boum ct pam·pam. Le rythme et la • violence •· Et alle>:: vous coucher. �s deux animations essentielles de la mondanité capita­ liste, la bande et le rythme, sont reduites à leur plus simple expression. Leur commune linalité - la subversion - n'est plus que • violence • gratuite. En œs lieux, l'appauvrisse­ ment des signiliant.s mondains est radical. C'est qu'on n'a plus besoin de raflincr, on ne s'adresse pl vs à de' gens cultivés, à des groupes sélectifs. Mais au tout-

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nant, aux incultes du mondain. Il faut proposer de bons sig:ne:s, pour permettre au • plus demeuré • d'adhérer à

de la consommation capitaliste Il faut la populace, les troupiers du mondain, ses t11dlaSl;es On doit les amener à une consommation de signes •de• de tout contenu, à un gestuel si élémentaire qu'à c6té k salut militaire peut paraltre un raffinement. Car le contenu libidinal, ludique, marginal est quasi nul, 1 on le compare au qualitatif et quantitatif de Castel, Régine, du Club Méditerranée, d'fbiza. Ce ne sont que des •••stes. Ceux du [estin de la consommation monda ne offerte rar le néo-capitalisme. Mais ces signes semblent • accra· 1her • d'autnnt plus qu'ils sont rudimentaires, !rustres. Ctttc consommation mondaine, la part du vulgair-e, doit 1•rrmettrè trois opérations idéologiques. D'abord fixer les aonsibilités aux symboles de la consommation mondaine du .apitalismc. Et selon les ligures les plus pauvres. Pour e. rmpêcher ces jeunes d'accéder à une conscience politiqu Pour fabriquer des abrutis. Verrouiller les âmes et œurs. Boum-boum et pam-pam. La sono ct les coups. Ensuite créer le besoin du libidinal, du ludique, marginal. Sans le satisfaire réellement. Exaspérer l'envie et ne pas laisser accéder au festin. Rendre impur sans laisser des consommer. Exciter la concupiscence et ne céder miettes. Ainsi conditionner une énorme clientèle au marché du désir. Et prép rer une certaine intêgration des à la social-démocratie libertaire du loisir et du plaisir. Inciter A ne consommation idéologique, sémiologique, bymbo­ liquc. La • violence • est alors la forme subversive ln plus totalement int6grée au système 1• Et même son garde-fou. La • violence • joue un rôle de régulation interne, de neutralisation r{:ciproque. Elle est une soupape de sécurité. Certes, le !lie est le symbole à abattre. Mais cela ne va pas plus loin. Le système paie des gens pour jouer ce rôle. Ils per-mettent de • se défouler •. de récupérer le mécontente­ ment au niveau d'une symbolique très conventionnelle. De même, les leaders de la Mmocratie avancée jusqu'au permissif n'étaient pas mécontents que l 'instituteur et le professeur soient eux aussi considérés Oies. Et que ladite • violence • puisse les atteindre. On se vengeait ainsi, par loustics interposés, des On déconsi-

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J. Nous uallerons t�l loncutrnent du p r oblt"m � de la vioJC'nc.,) dimll le livre Il o·inltlation polltlqu�). Il nous su fH r a. maintenant, de montrer un rôle priviléat' de cene • violence •·

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déralt la fonction publique et l'école lalque. Ou temps maos. c'était l'action directe sur les petils chefs. Le sy•stèll( propose machiavéliquement des cibles. En bureaucratie et fonction publique, il justifie le • combat du voyou contre la répression étatique. Le nouveau régime saura-t-il comballre une idéologie dont le laxisme tend à devenir force de Les gauchistes qui sympathisaient avec les casseurs ont volé au secours de la victoire socialiste vont-Us faire auto-critique ? Le système doit multiplier les défoulements sv:m�10U ques. Pour Interdire une réelle prise de c 'i onscllc Cn l ,ce Cette vlolenc�. répétons-le, ne dépasse pas lac , �� i symbolique. Elle a un rôle de catharsis, même. Alors que frusu·otion de ces tatés de la consommation mondaine l'agressivité qui en résulte vont atteindre. réellement profondément, les petites gens. Ceux sont aux • preml�res •· Car les victimes de la violence (voir les statistiques) sont l'environnement immédiat du pré-délinquant ou du délinquant. On se fait lesdents sur les vieux, les fe� nm .es, oyés. Immigrés, les petits commerçants, les petits empl sur la famille. Mals il est essenliel de constater que la • violence •• retourne contre le violent. C'est une guerilla constante entre les parqués des nouveaux ghettos nlsation pompidolienne. Ainsi une parfaite ne•utr·alisa:tion, régulation. normalisation de ces nouvt'lles • classes aao!lc�­ reuses •· De par, justement, le libre jeu de ln violence. Le • violent • rati[ie et préserve le nouvel ordre inté­ rieur. .en portant la guerre civile dans son propre camp. En acceptant de disputer férocement à l'autr<l lui-même le$ quelques miettes du festin qui servent de misérables appâts. Mals comment pourrait-il échapper à la pression des médie, au bourrage de crâne ? La • violence • est le geste et l'image qu'il suffit de ramasser dans la boue Idéologique pour croire être enfin quelqu'un ou quelque chose. Dérision des dérisions : la • v iolence •, le geste même de l'impuis­ sance mondaine, devient son dernier signe. Cette subversion est le meilleur g&-"3nt du nouvel ordre Intérieur. Et, noLis le verrons au n iveau politique, elle permet de mobiliser les classes mo1ennes c.radilionalistes, face • à la montée d e la violence • . Pour un fascisme quotidien.

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Une nouvelle civilisation A. - SES PÉCHÉS CAPITAUX 1. Le mondain : la aenhe de son innocenee et sa valeur �plstemologique Nous avons voulu définir une dimension essentielle des rapports de production. Le mondain, Ce terme permet de circonscrire les modalités du procès de consommation qui expriment au mieux la spécificité du néo-capitalisme. Le mondain est le Ueu même de l'expression idéologique. ll est l'essence du système. Et l'essence de la social-d�mocratie. Nous avons progressivement exhaussé une intuition en une catégorie de la connaissance. Le terme - mondain est devenu un concept. ri a d'abord été défini comme une phénoméoologie. Nous avons montré les procédures de l'initiation mondaine. Nous avons proposé la systématique de ces initiations. Nous avons ainsi établi la généalogie des nouvelles mœurs. La stratégie mondaine qui permet de supplanter les coutumes de la tradition.

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Puis nous avons proposé la logique du mondain. fonctionnement de la catégorie lor�q1.1'ell� devient nome. C'est un autre système. La catégorie a valeur nnén•­ toire lorsque la phénoménologie s'e$1 accomplie. LOrsooue nouvelles mœurs sont devenues cèlles du libéralisme ""'"""' jusqu'à la social-démocratie. La catégorie a pu ètre définie comme une phén•omtenol<>-: gie et comme une logique. Deux systèmes de uetcrnu1n�,u•"•• - complémentaires, unitaires - des modalités consommation mondaine autorisée par la société c•vue. , C'est dire la fécondité de ce concept opératoire. La caté�rorie - le mondain - a permis à une intuition l'appareil démonstratif que nous venons de proposer l'honnête homme. Phénoménologie et logique concourent pour définir sensibilité elle-,nême. Le pouvoir de la catégori<: est tel que le mondain e�t devenu la sensibilité de l'époque, le vécu au niveau existentiel, subjectil, intentionnel. L'élan du cœur "el l'état d'âme, Après la perfection phénoménolo!;!ique, puis logique, la catégorie s'accomplit en cette ultime petrfe.:ti<>n.< Elle est devenue la sensibilité d'un mode de pn�u''"''"'"· , Bien au-delà d'une conjoncture, d'une époque, d pays. tant que commune référence des figures ludiques, mar�ina­ les, libidinales, apparemment les plus contradictoires. Sen­ sibilité en profondeur et en surface : archét)'pes de l'incons­ cient collectif et usages de masse. La sensibilité de l'homme, ce qu'il a de plus intime et de plus spontané, est devenue la sensi,bilité du nio-capitaUsme. De l'homme mondain, celui qui est soumis aux puissances trompeuses. Celles de l'idéologie : un imaginaire qui est devenu une pratique, un vécu, une existence : l'ordre signi­ fiant. L'accomplissement du mondain est cette (ondamentale perversion. Et elle se propose comme innocence ! Selon les mu)!i ples modalit�s d'expression de la phénoménologie et de la logique. Autant de figures de la c:onsommation mon­ daine. Autant de déterminations du libidinal, du ludique, du marginal. Monstrueux vouvuir de l'idéologie, pouvoir d'in­ verser la réalité, pouvoir de l'idéalisme, pouvoir mondain. Le capitalisme a inventé l'innocence. Plus de culpabilité, de péché, d'interdit. de tabou! Mais le droit à la jouissance. Tout et toul de suite. L'usage naïf. spontané, pêremptoire. Usagé devenu d'évidence, vérité d'évidence qui n'a plus à se justifier ou à se proclamer. C'est cette fausse innocence qui est l'essence même du

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aystème. L'essence du mondain. Elle fbnde la • civilisation " lllpitaliste. Elle est le • civilisé • de la nouvellê civilisation. l 'Idéal et la pratique du système. Son <1libi, son projet, sa vocation. Le néo-capitalisme a fabriqué, machiné, importé QI exporté cette nouvelle civilisation. Et la sodal-démocratie �st la meilleure gestion de ce système. La caté!iorie du mondain - elle seule - permet de révéler l'impOsture, la mauvaise foi, le mensonge de cette civilisation. Elle apporte l'aJ?pareil épistémologique qui 1évèle la stratégie du néo-capitalisme. Elle autorise l'homo­ tténéis ation des multiples modalités de réalisation de l'idéo­ ogie (corporelle, culturelle, politique). Le mondain est à la l lois un lieu synthétique et un moyen de réalisation. Il révèle sa finalité et le moyen propose l'acte de l'idéologie. de son accomplissement. Notre dernière dénonciation du mondain - et de la fausse innocence qui le couronne - va consister à montrer les trois péchés capitaux de cette civilisation (ainsi nous ferons la synthèse de toutes nos critiques antérieures).

l

11

Trois thèses sur la civilisation capitaliste : Civilisation de la fausse innocence : première civilisation sensuelle.

1.

2. Potlatch d'une part de la plus-value. 3. Civilisation machinale.

Et les trois thèses s'ordonnent dialectiquement selon une

relation causale et continuiste. En une ellipse, résumons

l'ensemble : première civilisation sensuelle, civilisation machinale. Autrement dl!, il n'est de réelle sensualité que par le machinisme. Celte ellipse a le mérite de bien montrer la relation cacl;!ée entre la libido et la machine. Alors que les idéologies du consensus prétendent à une hétérogénéité radicale et même à une contradiction absolue. Mais cc raccourci peut aussi induire en erreur. Car il manque la médiation essentielle qui propose l'explication globale. JI faut bien insister : c'est par le deuxièmemen(que l'ellipse révèle son sens. C'est par le potlatch d'une part deJa plus-value que s'instaure le système généralisé d'un nou­ veau parasitisme social. Osons le dire,

Cette • civilisation • ne peut revendiquer aucune tradl­ tion, aucune référence historique. Elle est radlcalei,'Oent autre. Son • innocence • ne peut être justifiée ni par le paganisme ni par le Sauvage. Parce que l'échange mondain est un potlatch de la plus­ value. La consommation mondaine est une symbolique et une pratique des rapports de classe. Elle exprime la totalité

213

••


de l'exploitation de l'homme par l'homme. Elle est le� du capital en tant que modèle d'khange. C'est que cette civilisation est structuralement la ration de la production industrielle. Elle est un octol•m ment de fonction de la maclline, détournement d'usage l'objet fabriqué. Toute la consommation mondaine relève l'animation machinale, d'un modèle standard, d'un robot. Elle est le pur reflet vitaliste de la fonction de machine. Elle est machination idéologique : r�pération la machine, du fonctionnel pour le pro[it ludique, mntrllilna libidinal. Et cet asservissement prétend dénoncer nisme, la sociéé t industrielle, la production de robotisation socialiste ! Depuis Huxley jusqu'à l'é•colngisnll4 c'est toujours la même chanson. Ouelle imposture culot ! 2. La pcem.ihe civilisatioll susaeUe Le nouveau statut du corps est la mesure de première civilisation sensuelle de l'histoire. Le corps a effectivement • libéré •· JI vient d'accéder à un politico-anthropologique d'une radicale originalité. Ce corps a acquis une autonomie quasi totale. ...,,...., disons bien le corps. Et non • l'homme, le ci personne •.) s'autogestionne. Il e�t devenu cet social qui fonctionne san< aucune transcendance. aucune référence à la transcendance verticale Dieux...) ou à la transcendance horizontale (le devoir la société). Le corps est à luJ-mame ses propres 'tins moyens. Le paganisme, objectera l'honnête homme, n'étail-ce déjà une civilisation sensuelle? Et ce que nous avons dénoncé comme consommation - transgressive ou forme mondaine, ne serait-ce pas, au contraine, des préfigurations d'un retour aux sources? Les commencements d'une nou­ velle innocence ? Les premiers moments d'une libération radicale des contraintes artificielles de la civilisation judéo­ chréticnne?

11

Certes, le paganisme, dans la mesure où il était un mode de production esclavagiste, a pu être une civilisation sen­ •uelle. Le corps - force productive - libérait le corps ­ �oyen de jouissance. Le travail des uns autorisait déj à la hb•do des autres. Et notre mode de production, dans la � esure où il autorise l'exploitation de l'homme par l homme, propose aussi une culture du plaisir. On pourrait

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lf<IIOUie dire que le travailleur étranger est •

l'industrie du du plaisir ce que l'esclave était à l'épicurisme. {Il lr•nblle que plus le procès de production est répressif et plus consommation libidinale, ludique, marginale est permis· tlve.) Différence essentielle des deux modes de production : le paganisme était une civilisation du sacré. Alors que la lvilislltion capitaliste se définit, au contraire, comme une d«acralisalion radicale. La lin des tl\bous et des interdits. Le sacré du paganisme Interdisait le libéralisme permis· 111, la dimension libertaire de l'actuelle social-démocratie occidentale. Au même titre, en définitive, que le christia· msme. Polythéisme ct monothé isme ont en commun le r�spect, la vénération de Dieu ou des Dieux, qu'importe. SI l�s ùmes appartiennent à Dieu, les corps appartenaient aux Di�ux. Dans les deux cas, la vie civique doit �e soumettre, Impérativement, aux tables et lois des révélations divines. Auni, dans le paganisme, la fête des sens est la fête des Dieux. La sensualité ne lait qu'honorer les Dieux. On leur r�nd ce qu'ils ont donné. Mais selon un rituel sacré. Lequel doit gérer l'économie du corps selon les lois de la cité. Honorer les Dieux, c'e'• honorer la cité. C'(St dérendre l'ordre social, le ritualiser, le atructurer, C'est interdire toute consommation-transgres, alve. Ce qui serait un double crime : à l'égard de� Dieux, à l'égard des autres. Crime civique et sacrilège relig'eux. C'est seulement moment de la décadence que la sensualité déborde les Dieux, au nom des Dieux. La désacra· llsation - les Dieux devenus symboles ornementaull de la culture sceptique - autorise alors la première consomma· cion libidinale, ludique, marginale. A la Cour, chez l'empe· reur, le prince. A la ville, chez le riche ou le 11'\êtèque parvenu. C'est ce moment qui deviendra, pour la culture libérale de la bourgeoisie, le paganisme. Réduction qui permet de proposer un modèle permissif exemplaire au nom d'un athéisme conséquent. Ou au nom d'une • authentique • émancipation. Ce sera aus.si le premier • malaise de la civilisation ; le scepticisme rooge la cit6; les idéologues de l'époque cher­ chent désespérément à retrouver l'ordre perdu. Stoïciens ct Epicuriens s'efforcent de redéfinir la • ligne juste • de la consommation. Le lléau de la balance oscille entre le trop ou le pas assez. Toute logique des besoin� l'lot impossible lorsqu'eUe • oublie • le producteur. Et le Sauvage ? N'est-il pas un autre exemple de l'inno-

au

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c�nce de ln consommation libidinal�. ludique, oduction Bien au contraire. En œs modes de p r l'ordre social régit une économie de la rareté. Aussi, une société de l'étatisation rad1cale 1. Et sans que le social soit diversifié : sans appareil d'Etat. Etat alors ment intériorisé, tdlement est forte la pression des tote� · st des tabous qui garantissent le mode de production. n survivre. Aucune marge de sécurité. Le besoin ne pourra maitrisé, presque maîtrisé, que par une mécanisation du fonctionnement du groupe, de la tribu (système parenté, en particulier). Mais le potlatch ? N'est-il pas justement ln preuve surplus? La fête ? Le gaspillage? La desu·uction •v'""'"'"' des •·ichesse$? Certes, c1d, et c'est pour cela justement que nous sons le terme de potlatch pour caractériser un certain de dépense de la civilisation capitaliste. Trois analo·gie•s' consommation de surplus; dépense ostentatoire, tuaire, illimitée; pour instaurer une hiérarchie sociale ne r�lève pas du procès de production mais du procès consommation. Mais analogies formelles qui expriment sianilications politiques et culturelles très différentes. Le potlatch du Sauvage instaure un système de co1ntraia tes sociales, au-delà des biens de subsistance, par s'avère un systèm� collectif de redistribution, de c•rcuttattlot des richesses. C'est un échange collectif très coJntraig:nalll coercltil et répressii. en définitive, qui ln consommation de type libertaire. Alors que le ""l " l .'a"'""'l propose les moyens, les extraordinaires moyens d� la sation libidinale, ludique, marginale do l'ntomc social. l'individu en tant qu'individu. Et dans son principe, cette consommation est tra,ns.�re•s; sivc. Contre l'Etat, le père, les institutions, la soc:iêt·é, Car le capitalisme a instauré un espace social � �� pas chez le primitif : celui de la société civile. SP hèl �� d des besoins issus de la production capitaliste : sion a priori des valeurs libérales, d'un désir qui qu'exprim er la concupiscence d'une économie de qul s'�st total�m�nt substituée à l'économie nelle. Alors ce désir est subversi!, par exprim � le libéralisme économique qui. pou rs e liquider les blocages sociaux originels. a La fête et le potlatch- du Sauvage-consacrent l'n•rnr.-•

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.•,.,.,oue. Celui d'un coll�til tellement structuré que toute

dt�oen,;e ne peut que ratifier la volonté générale. Alors qu'au •ntraire la consommation individualiste ratifie le désordre tabli par les incitations libidinales de la société civile (désir dt· la psychanalyse, qui se confirme étre l'idéologie du ll�ralîsme). Est-ce que les descriptions proposées par les ethnologues rrndent bien compte de la globalité sociale ? Le potlatch •tu'ils définissent est·ll bien • un fait social total • ? On a vcmlu faire du potlatch la preuve du mépris de la possession. Il témoignerait d'un l!change symbolique pur, du dédain de l'<�voir. Pour fain� honte à l'occidental, aliéné dans l'échange d•• l'économie de marché. Mais ce potlatch n'est-il pas celui de l'ethnologue plutôt que celui du Sauvage? L'ethnologue- occidental- n'a·t·il pas transférc! dans une nature idéale son idéolo!Jie idéaliste ? N'a·t·il pas inventé un lieu d'innocence antéprédieativc, prédiscursive? L'Eden d'avant l'histoire, Et le rève d'une consommation libidinale, ludique, marginale n'a·t·il pas été Innocenté par cett� innocence inventée du potlatch? Il faudrait examiner de très près les modalités de la production et de la consommation du Sauvage. Destruction ;omptual� des riches�s? Par qui ? Ceux qui les ont produi­ tes? N'y a·t·il·pas des écartés, des interdits de potlatch ? Tout Je mond� y a·t·il droit? Féte de qui? N'y aurait-il pas potlatch et potlatch? Sous ses dehors somptuaires, un certain potlatch serait-il vraiment telle· ment difll:rcnt de l'économie de marché? Cenaines de ses modalité� ne seraient-elles pas les formes mêmes du marché de l'économie précapitaliste ? Le potlatch est un échange de biens d'une écOnomie qui a su dépasser l'économie de subsistance, Mais échange qui, derriere Je rêve ethnologique, serait déjà une stratclgic de marché. La première conquête de marché. Le potlatch ne sernit que promotion de vente. Et d'ordr� politique : le moyen de gagner des alliances. Le pot de vin qui permet de convnincrc, de séduire. Pour troquer ensuite selon des équivalences mercantiles qui n'auraient pas été reconnues comme telles par les ethnologues. Le potlatch : première pub ? Et pub totale. Pubdes pubs. Phl!nomène social total qui engage toute la structure sociale, l'appareil d'état étant t�llement lourd que la nouvelle démarche économique l'engage totalement. Société du potlatch, société de la pub. En ce cas, il faudrait rem•erser la relation établie par l'idéalisme de l'ethnologue. Le lieu de l'antéprédlcatll, loin

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d'être celui de l'innocence, Je merveilleux exemple l'échange symbolique pur, non mercantile, sc:rait contraire un merveilleux exemple pour l'économie ca.IPit;a­ liste. Celui d'une pub intégrale, structurale, modèle � � �' mique qui modèle tout le relationnel. Le Sauvâge ,., .! rait le procédé Je plus e[ficace de l'économie de marché : pub doit gérer l'intirnité roême des relations humaines ; étatisée, modèle d'échange devenu structure du reLaticlnrtel. Quelles que soient les analogies apparentes ou réelles, aucune civilisation, en aucun mode de production iJ n'y l'équivalent de J'actuelle consommation mondaine. qui est autorisée p·arla société tivile sphère de besoins cHiques du mode de production capitaliste. Mode consommation issu de l'extorsion de la plu.�·value. Le potlatch du Sauvage - en tous les cas - ......a.a l'ordre étatique d'un collectivisme. li a fonction la marginalisation par la consommation. Au coJ>lraire, consommation mondaine est oelle d'un atome social. une consommation - transgressive, Ubertaire, anti-sociale. La décadence du paganisme est celle d'un mode de production. Al,l contraire, la consomm;uion mondain� q11e nous avons définie est celle de l'ascendance de ce mode de production ultime du capitalisme : le capitalisme monopo­ liste d'Etat. Elle témoigne de la toute-puissance de l'impé· rialisme économique sur les âmes et les cœurs : l'aliénation mç>J;�daine. L'idéologit! du qésir - idéologie de la société civile - a permis la récupération de toutes les oppositions tradition­ nelles, celles de l'humanisme libéral. C'est un phénomène d'une énorme importance : le système a récupéré son oppo· silion de gauche. Et il l'a même intégrée dans son idéologie, comme promotion de vente des pr6duits libidinaux, ludi­ ques, marginaux qui sont la promotion dé vente des l!Utres produits fabriqués (Foucault, pub de l'rigano : Trigano. pub de l'industrie du loisir et du plaisir; celle-ci pub de la société industrielle capitaliste). Il n'y a plus d'opposition c:ullurelle, de l'inteJlectuel en tant qu'intellectuel, de l'lnteJiigentsia. Le consensus idéologique est acquis. Il lau! bien souligner que l'idéOlogie lreudo-marxiste e�ntielle composante de l'idéologie social-démocrate a connu sa croissance ct son expansion dans la période d'ascepdance du capitalisme monopoliste d'EtaL P6u1· culmine� et connai!re son apothéose en Mai 68 (estudiantin). �est l'idéologie de la consommation libidinale, ludique, marginale autorisée par la totale expansion de la société clvile. Ce n'est pas une idéologie de décadence mais d'ascen•

,

-

218

dt�nce. La

• démoralisation de l'Occident • témoigne de la tuutc puissance du capitalisme et de la foudroyante progres· lon de la social-démocratie libertaire. Le capitalisme n Intégré dans le sysème t toutes les �ppositions extérieures à 1� classe ouvrière et au procès du 4ravail. Aussi ne peut-on <Onsidérer comme décadentes une idéologie et dés mœurs ul garantissent un tel pouvoir. R€>aliser une telle intégra· q on et récupération est le signe même de la vitalité, de la 1•ugnacité du néo·capita!isme. Qui, mais : la crise'? Crise incluse dans la croissance. Crise du capitalisme et non extérieure au système. Car c'est lu croissance elle-même qui révèle Ues contradictions inter· nes du capitalisme. L'impossibilité d tenir les promesses du rêve américain, du lreudo-mar'Xisme, du libêraUsme avancé jusqu'à la social·démocratiè libertaire.

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3. Le potlatch d'une part de la plus-value

u) La consommation du manque de diutre et de la hiérarchi· .sation mondaine La genèse de l'innocence est l'accession à la consomma· tion mondaine. Monstrueuse innocen<:e : potlatch d'une part de la plus·value. Parasitisme sociaJ d'une c,lxtra6rtlinaire • ridlesse • idéologiql!e, 11\!X ml.lllip!ç� lorm�:� C! masql.lfl$. Une part de la plus-value. donc, après extorsion, n'est ni réinvestie, ni éapitaliséc. Mais déperlsée. Cette dépense va déterminer là double composante éco\lomico-politique de la consommation mondaine. Alors le mondain s'alfirme bien comme le lieu privilégié du système capitaliste. Lieu de réalisation et de synthèse. Ceue catégorie est l'articulation de l'Jdéologie de la consom· mation et de l'écOJ;>omie du marché. Le mondain révèle le 1 f6nctionnement de la société civile. Ce qui est dépensé est aussi une part, une quantité de travail (cf. Le Capital). Mais alors que Je Sauvage, par Je potlatch dépense et gaspille) sa propre production, il s'agit -au niveau de l'économie capitaliste - de la dépense, de la consommation, du gaspillage de la production de l'Autre : la classe ouvrière. En sa nature, donc, la consomm<�tion du surplus - la part de la plus-value - corréspond au manque de consom­ mation du producteur. Tel est le princ:ipe des correspondan­ ces entre le procès de production et le procês de consomma­ tion. Loi sommaire. brutale. (Et que l'honnête homme ne

(

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nous reproche pas un mécanisme qui est celui du ca�11111 lisme. Nous ne faisons que reconstituer sirnolerne1nt fonctionnement des lois élémentaires, sommaires, onu...... du capitalisme.) En son fondement économique, la con.wmmation daine du surplus est aussi la consommation, si l'on dire, du manque de l'Autre. Par la dépense, se confondent s'exaltent réciproquement la consommation du surplus et privation du nécessaire. Nous avons Il les deux donn<éet constitutives du mondain (du nouvel échange instauré par néo-capitalisme). En son fondement anthropologique, la cOI�somrnati<>n mondaine - l a symbolique de l'échange du ll�)·CI!pitalilsmJo - sera aussi cette monstrueuse syn\hèsc : l'un- est le manque - de l'autre. Bt )'usage mo·nd.aln au!re q11e la consommaJion de cette situation �o�''"''min''" Situation objective des rapports du procès de 1ra1vau procès de consommation vécue sous une forme "�'"'"·•q••c.1 Nous disons bien : Je mondain, en son essence, e$t cette jouissance des rapports de production. Par le mondain, deux principes économiques font une synthèse anthropologique. Surgit une existence spécifique :de par le manque de l'un, le surplus de l'autre. Chaque terme n'a d'existence que par l'autre. Tout banalement dit : la jouissance mondaine est la jouissance de l'exploitation de l'homme par l'homme. Ce qui fait le charme de la consommation du surplus, c'est bien sûr la consommation, mais parce qu'elle est J'exploitation de l'homme par l'homme. C'est parce que l'autre n'a pas le nécessaire. Il s'agil là d'une situation objective : celte des rapports de production. Et ji s'agit du lieu objectif de l1incor1Scient. Celui que la psychanalyse doit cacher. Le mondain est l'expression structurale des rappor t s de classe. li est, de l'inter.subjectivité, ce qui n'a pas besoin de se savoir pour être. La jouissance mondaine, en son essence de classe, est le reflet de ces rapports. Elle est essentiellement, pour employer un mot en vogue. sadique. Mnls d'un sadisme ob�ctif, enfoui dans les rapports de classe. Ce n'est pas une intentionalité maligne. Mais une situation objective, telle­ ment r�lle qu'elle n'a pas besoin de s'�prouver subjective­ ment. Et elle ne doit pas s'expliciter. Elle doit rester un rapport impersonnel. anonyme. Car rapport de classe. Ce Slldlsme ne s'arlresse pas aux personnes. Mais à une classe sociale. L'lnter>uùjeclivité ne doit pas le reconnDitre. 220

Ce n'est que dans les périodes de crise, de situation paroxistique, de bouleversement social que certaines per· \Onnes vivront subjectivement, explicitement cette situa· lion : Sade. Alors la reconnaissance amoureu,e - du mon· dain - devient sadomasochiste. La crise est telle que les •apports de classes wnt éprouvés - subjectivement -en n totale. Et comme une lrur essence. Comme une o ppre ssio totale culpabilité. l'autre d evra être victime et bourreau. Celle essence de la consommation mondaine - jouis· 1.1nce du surplus en tant que privation de l'autre - est évidente pour le luxe. Par exemple la haute couture. C'est le travail de la cousette qui fait l'éclat d'une toilette. J..a peine de l'une est la Joie de rautre. Le !�xe est le reflet invcrbCÎ d.c la misère, Cela étai\ évadent, <�uSsl, ,pour la morale traditton· nolle. Celle d'avant 1c lreudo-mal<isme. r L'économie fDmi· lialc contraignait l'enfant à ne rîen gaspiller. Exemple : les habits du dimanche, ou ne pas laisser de restes, à table. La consommation mondaine est bien essentiellement une dégustation de classe. Un acte de participation à l'ordre social objectif. Acte • inconS<:ient • de ratification. Non su comme tel. Ce qui est une autre source de jouissance : celle de la mauvaise loi, celle du jeu bourgeois qui cache son jeu. Mauvaise foi de la fausse innocence qui ainsi garantit son ective, impunité. Alors qu'il s'agit d'une provocation obj fondamentale, de classe. Deuxième (onction idéologique de ce potlatch : marquer la différence. Non plus maintenant entre les classes sociales (bourgeoisie - prolétariat), entre les genres, mals entre les individus du même genre, dans la bourgeoisie. La richesse est le moyen traditionnel de cette valori�a· tlon. Les dépenses oslentàloires dq riche, du parvenu propo­ sent barrière et niveau. Les sociologues ont particulièrement bien étudié ln dimension standing de la nouvelle soclnbillté. Le genre de vie et les signes extérieurs de richesse sont devenus un repère fiscal (c'est dire leur importance). Mais si le [rie est un moyen de la diliérence. celleo<:i ne peut se r�duire à son usage. Il est une modalité du potlatch qui permet d'exprimer cette différence sans le fric. Et de snober. De snober même le riche et le fric. C'est le potlatch suprême : obtenir sans l'argent ce que les autres se dispu· tent à prix d'or 1 Potlatch d'une aristocratie. Modalités bype rs· é lectlves de l'échange mondain. Obtenir un échange sans rien dormer en échange? Sans donner de l'argent ou une marchandise ? C'est apporter un au-delà de ces valeurs. Des signes très promotionnels ct très hiérarchisants. 221


Ce pouvoir n'est possible qu'à un certain niveau l'échange •ymboliquc. Il faut proposer des conduites, sianes. dt'S gestes si chargés de signification ame qu'ils !.Ont directement opératoires. Des • Séz toi •· Pour autoriser une quasi-appropriation à priori meilleur du libidinal. du ludique, du marginal. Des signes or qui erm nt comme un droit de cuissage ld�logique. ette p olue appropriation totémique. L'abs C'est par ex�mple et évidemment le pouvoir id�logique de la mode. Pouvoir de ses prescripteurs et dlfluseurs. Ils bénéficient de tous les prestiges d'une séduction fonction· nelle. C'est surtout le pouvoir de la mode idéologique. Ce pouvoir doit être situé à trois niveaux : le prescripteur, le diffuseur, le consommateur. De Foucault à Jean Daniel, celui-cl à la vulgate de la consommation transgressive gaucho de cafétéria, par exemple). (Nous avons déjà or(>DO•sé les le concept opératoire qui permet d'articuler moments de ce pouvoir : la dérive de l'accumulation. Elle est le heu de production et de circulation de l'id�logie mondaine de la social-démocratie libertaire.) Ce pouvoir culturel permet de proposer au·delà des usages prestigieux des nouveaux obj ets, au-delà de leurs sémiologies d'usages, la quintessence de l'usage mondain. Alors l'ld�logie saisit le vif, elle devient l'intentionnalité même du suj et. Elle est en lui plus lui-même que lui. Elle produit le oc<: plus ultra du mondain, les modèle$ existen­ tiels, les œuvres esthétiques. Elle s'Incarne même, son pouvoir étant tel que l'essence produit l'existence. Dans 1'6tcrnité, celle des archétypes : le hippie, le casseur, la vedette, l'animateur... le maitre à penser. Alors cette fétichisation <lu sujet devient le suprême totem. Le sujet (l'Individu qui s'est identifl� à l'idéologie mondaine la plllli avancée) peut se proposer lui·même comme objet d'échange du suprême potlatch. Nous sommes là au coeur de la séduction. Nous dévoilons son fonctionne­ ment le plus intime. C'est-à-dire le plein pouvoir de l'idéo­ logie. Ce sujet se propose comme le signe absolu. le signe Incarné. Son pouvoir de séduction consiste l s'Identifier à l'id�logie. Sa subjectivité est l'obj ectivation du mondain. ll e5t l'archétype. L'�change symboHque idéal va être celui de ce pouvoir idéologique, de cette parfaite sémiologie du ludique, du libidinal, du marginal, et... de la chair [ralche. Donnant, donnant. L'un apporte la culture, l'autre sa jeunesse et sa beauté. L'un, les modèles, les signes, les styles; l'autre, son

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orps. L'un apporte les sens de l'usage. L'autre ptrmet 1 usage des sens. L'un initie au genre, propose les manières, apporte les moyens (la drogue par exemple). L'autre accorde "' faveurs. Tel est l'échange du couple idéal de la social­ dt•mocralie libertaire. Tel est le principe-au sommet- de la libéralisation du libéralisme, le modèle de l'échange •ymbolique entre hommes et lemmes qui se soumettent au •ystème idéologique. Par cet échange amoureux, le jeune et la femme accèdent A ln culture. Au pouvoir - caché - de la culture social­ démocrate. L'intellectuel de gauche, l'honnête homme (ce <JU'll en rest�) lui, accède au pouvoir sur le sexe, la jeunesse, la femme. Double errlvlsrnc. La séduction n'est qu'une stratégie politique : ln procédure d'unification des couches moyennes pilotées par ces modèles existentiels. Elle est la soumission au système, la manière de s'échanger sur le marché mondain pour accéder au pouvoir. Celui-ci a une double faoo : le pouvoir politique et le pouvoir du sexe. La social-démocratie libertaire permet leur synthèse. le pouvoir suprême. Par cette modalité de l'échange symbolique - stratégie de la séduction-nous avons établi une modalité du don qui mobe même le fric. Ce suprème poùatch est l'accès à la plus belle différence. Il permet la sélection et la hiérarchie mondaine par la dépense provocante des signifiants mon­ dains et de la libido. On accède à ce que l'on ne peut pas avoir par le !rie, mais {'Br la culture. Ce à quoi el :\ qui le fric fera la cour. Pour apporter discrètement, selon de savants détours - un support finan­ cier à ce suprême potlatch mondain. Les idéol o ues de la g social-démocratie qualifieront celle ultime phase de récupé­ ration. Alors qu'il s'agit d'un moment privilégié du passage du modèle sélectif à l usage de masse. Moment qui mnrque ' une continuité ct non une dif[érence. Telles sont les deux caractéristiques du potlatch de la plus-value. Double racine du snobisme • objectif • : le mépris du travailleur·producteur et la hiérarchisation de la consommation mondaine. Ce sont deux qualités a priori qui modèlent tout usage mondain. Et toute autre signification affective ne sera que qualité seconde (en particulier les intentions de la belle âme gauchisante). b) u s�rvic� de promotiorr de vente d'urre civllisario11. Dt la mode au mo11dain : de la valeur d'usage à la valeur d'�change Mais ce potlatch est bien plus que la valorisation mon­ daine de la bourgeoisie. n a aussi, et peut·être avant tout.

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une fonction économique. Il est le service promotionnel capitalisme. La part de la plus·value, qu'est Ir potlatch, est dtpensée. Non ré investie. Mais dépense qui, en délliniitl• s'avère rentable. Et qui est même le moteur de l'économie marché Le service promotionnel de la société civile. C'est 58 pub. Et pub des pubs. Pub au sommet : les mondaines du potlatch, les deux attributs à ualités q de la consommation mondaine, se réinvestissent dans promotion de la marchandise. Nous sommes maintenant au lieu même de l'arti•cul:�tliOI de l'idéologie et de l'économie de marché. C et le comment de l'idéologie du marché et de l'éc:o�10n1ie l'idéologie. Les deux termes sont l)n un" telle réciprocité leurs aHributions s'échangent. Marché et idéologie ne vent se comprendre que par cette complémentarité. idéologie pas de marché. Sans marcM pas d'Idéologie. C'est le lieu d'explication privilégié des rapports l'infrastructure et de la superstructure. l'idéologie n'est que ;uperstructurale. Le marché n'est pas qu'une économ ique. Si le marxisme veut gagner la guerre que contre la social-démocratie, il devra établir les mes précis de cette compénétralion de l'idéologie m a rch é (notre étude du pouvoir mondain est une contr-ib,,.. tion à cette recherche). Marcht! et idéologie ont donc en oommun cette mt,ma. tion : le service promotionnel du néo-capitalisme. Et ut•s deux qualités mondaine a priori, deu�t attribu l'idéologie et au marché : i l faut signHier une c• qui objective les rapports de classe. La consomma.uo•n mondaine est le pur rèOet inversé de la production J . C�$ deux attributs mondains vont permettre la nrc>rno>­ tion de la marchandise : la mode. Nous en venons à sa derni�re détermination. La mode est, étymologiquement. promotion de vente. En fin de parcours, elle est pure esthétique (les jolis arts, ceux de l'esthétisation de l'art}. C'est ce parcours qui révèle l'essence de la mode, l'essence du mondain. L'origine économique du phénomène (de la mode) exphque l'esthétisme de son expression demi�re. La compromission mercantile de l'origine est la raison de

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1 Mrtan••mc de notre:démarche, dira l'honn�tc homme. 0\ai, cncoTrunc fois commt'tont mécanistes lb loi! du marthé et <IA' I'Idfolosle. Mi:canisme de la con�ommation lmmidiatt':, ront:rète. de l'exploit•rion de: l'homme: par l'homme. Ce qut est aussl le mêc'.aoisme de la ��l�tlon entre proflteurs. Nout ne faltont qu'un tnwail de" monst.r,.tion •·

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l'achèvement esthétisant. De l'une à l'autre, Il y a, en M!initive, rapports d'expression. Le mercantile produit de 1 <'sthétisme comme celui-ci du mercantile. Esthètes et t«hnocrates sont la double face du système 1 . Par la mode, la preuve a été faite : le nouveau produit est •dectif. Il est la meilleure eKpression conjoncturelle de la qualité productive du capitalisme. la mode dit cette <OUCnce. Le modèle d'usage est la façon de signifier l'ldéolo­ lie dans et par l'utilisation de l'objet. La mode est le roces�us d'intégration qualitative du nouvel objet dans p l'univers des objets et de ses usages. Et c'est par et dans l'ensemble que tel objet et tel usage prennent leur significa­ tion idéologiqlle. l,.a mode c&t lu \'>romotion du système des objets. Leur promotiQn de vente est f11ite par l'idéologie. Cc système des objets manufacturés est à deux niveaux. C'est d'abord le 'ystème des objets de l'initiation mondaine. Nous l'avons fini par la phénoménologie des usages mondains (de la dé première partie). C'est ensuite la fonction symbolique de l'usage, l'à priori iMologique qui préside à tout usage. Toute fonction de l'objet sera récupérée par la signification ldéolo­ &ique de son usage. Au premier niveau, celui du dressage mondain par l'usage mondain. le capitalisme impose une consommation libidinale, ludique, marginale. Des a priori. des empr;!intes, des automatismes. Pour qu'ils modèlent ensuite tout usage fonctionnel et même la consommation de subsistance. De telle manière que toute production capitaliste est obligntoi· rement estampillée de son usage mondain, promotionnel. C'est le rôle de la mode. La valorisation idéologique de la marchandise est le rôle capital de la mode. Nous ne saurions trop y insister. Toute mode est le plus beau des potlatcbs de la plus·value. La dépense de prestige qul est la plus beUe marque hiérarchi· que. La mode est une consommation parasitaire privilégiée car exemplairement parasitaire. Elle est le mode d'emploi de l'idéologie. Comme mode d'emploi de l'objet. Et il n'y a de mode que parcequ'il y a des objets à vendre. La mode est le corollaire de la marchandise. Elle est la première et essentielle conquête du marché. Le meilleur des modèles de consommation de la production des autres. Mais la caractéristique essentielle du phénomène de la mode est de faire oublier cette fonction mercantile, essen1. Un t,.emplc apectaculair�

le dcsi&n.

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tlelle de l'économie de marché (nous l'avons constaté propos du discours idéologique sur la mode, Barthes). L'économique doit disparaître sous le sig;nuiaa La fonction esthétique doit cacher la fonction La loi de diffusion de tout modèle mondain va de montrer comment la mode s'innocente et comrnet�t arrive à cacher son rôle économique sous l'esttoétiolle. mode doit mëme signifier le mépris de l'bcor•o�niqtue. être le meilleur support publicitaire de l'écoo1ornie liste. La mode, d'abord naïve promotion de la production, déploie selon deux sphères spéciliques du mondain. mode d'emploi au moment de l'apparition d'un objet veau sur le marché, elle devient indilf.!rcnte à l'objet, détache, pour n'être que manières du relationnel: , qucs d'usages de groupes. La mode est passée du[, . au relationnel. De la mode au mondain. Nous avons longuement essayé de montrer que le s'éloigne de la (onction jusqu'à se laire autonome inverser l'ordre des choses : alors le slsniflant. système très sélectif s'instaure : celui du pouvoir mc>n<lail de cette sémiologie qui fonctionne non plus sur les ob,jets mais sur les personnes. Ce système s'oraanise à sy5tème des objets de l'initiation mondaine jusqu'aux trpes du mondain (le hippie, le casseur). l!n passant 1 esthétisation des arts de la modernité. L'autre sphère spécifique du relationnel mondain déploie parallèlemem à l'usage sélectif : l'usage prc>sa:ique, la consommation libidinale, ludique, margina de Castel, Régine, du Club Méditerranée, d'ibiza. des st! de J'industrie du loisir, de la lièvre du samedi soir. 1 �! <. . Ktrêm de la mode tend à se banaliser et à se vulaarlser à l'e: A la limite, le potlatch de la plus·valuc se consomme lamille (ln maison de campagne). Trois aspects, donc, de la mode : celui du mode d'emploi de l'objet et ceux du mode d'emploi de l"autre. Oouble face du mondain. la mode a porté la valeur ldbologique de l'objet dans la valeur relationnelle. Le mode d'emploi, de l"objet, est devenu le mode d'emploi de l'autre. Certes. l'objet étymologique a disparu du ch:.mps usuel. Mais sa valeur d'usage est devenue la valeur d'échange. la mode est bien la réciproque exaltation de l'idbologi­ que et de l'économique, de l'usage et de l'objet, de l'écon<>­ mie libidinale et de la libidinalité de l'économie. Elle est l'échange de la valeur d'usage ct de la valeur d'échange. La réification de l'échange et l'idéologisatlon de l'usage. La

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rromotlon de la marchandise et la promotion mondaine ùngendrent réciproquement, symétriquement, harmonleu­ "'mcnt. De l'esthétisation de la marchandise à l'esthétisa­ lion de la subjectivité, le capitalisme a réalisé le plus ettissement de l'humain. Par le frivole, r"raordinaire assuj la très sérieuse stn�té g ie du potlatch de la plus-value. Mais ce potlatch d e la plus-value n'est que le couronne­ ment d'un édilice. Et il ne faudrait pas que cette description d'une réalité superstructurale lasse oublier l'infrastructure qui la porte. Aussi. nous rappellerons : 1. Q1,1e la nouvelle mondanité -la nouvelle symbolique de l'échange - n'est que Je • reflet •. combien actif, d'une mutation fantastique de l'économie de marahé. Elle marque le passage du capitalisme concurrentiel Ubéral ou capita­ lisme monopoliste d'Etat. C'est une totale m1,1tatlon éconl)· mique et une totale mutation des mentalités. l!n un peu moins d'une aénération, un peu plus d'une décade. une extraordinaire contraction économique s'est accomplie : le capitalisme des monopoles est très vite devenu le capita­ lisme monopoliste d'Etat. Et celui-ci v�hlcule l'impérla· lisme bconomique des grandes soci�tés. L'irrésistible étale­ ment mondain de l'époque ne fait que rendre compte du saut qualitatif de la croissance économique. 2. Que le mondain lui-même est porté par une infras­ tructure. Le pa ss ag e de la bourgeoisie traditionaliste au potlatch de la plus-value se réalise selon une nouvelle distribution des classes sociales. Dans ù Frivole er le Sirleux nous avons essayé de définir le moteur du changement. C'est un ensemble trc)s complexe : la dérive de l'accumulation. JI articule : système de parenté, croissance é conomi ue, exten­ q sion des secteurs de la pl'oduction, statuts culturtols. C'est le Heu llOCiologi que de la transmutation de J'économique en culture. C'est le lieu de la production idéologique. Tout un système de pat·cnté se développe pour gérer le mondain. Chasse gardée. immense domaine de la nouvelle exploita­ tion réservée au !ils contestataire, énorme réservoir des nouveaux métiers. Si une part de l'extorsion de la plus-value a été réinvestie dans l'économie libidinale, c'est qu'il y a une nouvelle source de profits. Et de nouvelles strates de classes qui en profitent. La dérive de l'accumulation nous a permis d'éta· blir les modalités de l'implantation des couches sociales qui promeuvent le libéralisme avancé jusqu'à la social-démo­ cratie libertaire.

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4. Civilisation sens�teUe : ciYilisatioa machiJ:Ial� Civili•ation mondaine. civilisation sensuelle. de la innocence, du potlatch de la plus·\•alue : civilisation nale. Nous entendons par machinal la soumission à tion machinale. Une machination - une idéologie, �h·atégic - récupère le machinisme. Le mal ne vient pas la société industrielle en tant que telle, de la civilisation la machine, mais de la perversion idéologiqùc qui produit s6ri� lcg animauJt•machines. Animation machinale : civilisation caphallste. témoigne d'IJn do1-1ble complot : contre la machine et l'âme. Elle est réc1-1pération du progrès et corruption tuclle. El les dewt sont en réciprocité. En une re'"""' d'engendrement réciproque. La récupération du progrès à l'origine de l'avilissement moral. Oe même que celui-ci peut se développer que par les moyen� de la pr<lducti<)l capitaliste. L'idéologie tendanciellement dominante- celle du ralisme avancé qui vire à !asocial-démocratie libertaire évidemment comme essentielle [onction de cacher structure de la civilisation capitaliste. Et même de

verser.

Résumons ses thèses. Ce som celles de l'uhime nrr•�•�' tion de la civilisaiion capitaliste. Et formidable ironie l'hiMoire, celles de l'opposition au système 1 Celles de ltoùvclle gauche (celle qui voudrait e�clure le PC). autorisoront aussi l'idéologie de la gcstiqn de la crise. Le progrè$ a trouvé ses limites : pollt,&tions et nuisances. La machine a engendré la société technicienne. Celle-ci la technocratie (et son corollaire : la bureaucratie étatique). La �uumlssion à cette situation permet l'accession à la société de con�ommation. Celle-ci est la récupération de la classe ouvrière, qui s'embourgeoise. Le système se cl6t sur lui­ même. sur le désespoir de l'honnête homme. Mais une opposition se développe, une nouvelle révolution se prépare. une doctrine révolulionnaire est nee. C'est la révolte de la 'ensibilité contre cene rationalité étatisée et répressive. Le degré zéro de croissance. l'écologie. la lune contre les centrales atomiques en sont les manifestations les plus récentes. L'orig ine, de cette philosophie antisy!.tème, est rappe­ l lons-le, e {reudo-marxisme : la rêvolte de l'authenticité

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llllltllrtal•c. ludique, marginal e - instinctuelle, naturelle ­ la consommation de la production de série du tcme. Les rejetons -en révolte - des couches moyennes rnanciperonr les travailleurs. Par l'Eros Nous venon� de proposer un modèle idéologique qui se -.udule bien sür selon la conjoncture et la tendance politi· que, du gauchisme à l'uhra-libéraüsme. de celui-ci au PS. Mais pour autant que les variantes semblent s'éloigner de ce modèle, celui-cl reste la ré f érence commune de la nou"elle liche non (et anti) communiste. C'est J'idêologie qui tend à ominer les autres idéologies. en Occident. M�mc le giscar­ dl&mc s'en est Inspiré. partiellement : alibi de l'austérité. Nous avons essayé de dénoncer cette imposture. 11 faut mverscr les thèses qui fondent la ci"ilisation capitaliste (< e lle de la gestion du libéralisme économique par la social· émocratie). La machine est innocente e t la fausse inno­ <ence est coupable. Cette dernière est la résultante de l'animation machi­ nale. Sensualité et sensibilité se sont constituées par un <ertain usage - idéologique - de la machine et des objets qu'elle produit. Ceue animation machinale est m�me deve­ nue le machinal de l'inconscient (les archétypes). Et ceue animation préside aux usages de masse. Le vitalisme (l'aspect sauvage, barbare, instinctuel du mondain) n'est que le renet du mécanisme. La machine a inscrit dans la chair son fonctionnement. Comme la machine fonctionne, fonctionne l'usage mondain. C'est le même déroulement d'un • pi'Ogramme • commun à la mécanique et à la chair. C'est le mondain q1,1i témoigne de la robotisation, du radical manque d'imagination de la nouvelle bourgeoisie. Toute la geste subversive et contestataire de l'étatisation technocratique n'est que jeu de machine. La statue dévide une bande, la programmation ludique, machinale, libidi­ nale que le système propose en séries. C'est le a:rand renfermement du libéralisme monopoliste. Les animaux­ machines vivent la vie machinale de l'animation machinale. En un premier moment une machine a produit l'usage. Puis l'usage a produit une autre machine, plus perfectionnée. Si la machine lait aussi vite et aussi bien une sensibilité et si celle-cl [ait aussi vite et aussi bien du machinal. n'est-ce pas la preuve que cette sensibilité est en ses origines et en ses fins, machinale ? Pure répétition d'un programme impose. Cette sensibilité qui se prétend instinctuelle, pulsion­ nelle, contestataire n'est que la [orme de la domestication idéologique. Cene soumission autorise la jouissance.

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Comme récompense. Sensibilité qui est la Conne même de technocratie, le haut lieu de la récupération du progrès, détournement d'usage par l'idéologie. Elle est le d'emploi de la technocratie. La gestlon idéologique système La machine est innocente. par contre, en son fonctionnel Elle est l'obj ectivation du progrès. Et progrès au service du collectif. Elle permet une "y''"�""' naire gamme de biens d'équipements. A quatre nhreAm•l biens d'équipements collectifs (électricité, tranSIPOirts, biens d'équipements mi-collectifs - ml-des m1:na1ges courante, etc.); biens des ménages (cuisine 6lect .,.••• •. machine à laver, etc.) ; biens spécifiques à la vie de la famille (voiture) et à ses distractions (télévision). L'idéologie - essentiellement pnr le freudo-marxisme a cherché à faire croire que ces biens d'équi ements assimilables aux biens de consommation. (P our or<,t dr que la classe ouvrière - qui en eliet accède, rcllali.ve,ment. ce genre de biens - était intégrée dans le sv:stème biens ne témoignent, par eux·mêmes, tn•lesUsile ment libidinal. • Consomme •·t·on le tout à machine à laver les biens de l'usage ludique, marginal ? Comme le hasch ? N'est-li pas d'ailleurs légitime que le travailleur accède la possession des biens, des machines qu'Il a produits? sont des biens utiles, des instruments qui facilitent travuil. le travail domestique (de la lemme en pa rtic,ulie les tâches ménagères. Ils permettent une vie certain bien-être (combien relatif} de la classe nuvrii�r·•� qu'ils autorisent une autre vie que la vie dç s� Niveau de vie et genre de vie restent radicalement de ceux de la consommation mondaine. (Dilf�rencc de sociale). L'usage de ces biens ne déborde pas leur fonction. vertu progressiste est dans leur fonctionnalité, que la bilité mondaioe ne peut réellement investir. Bien essaie, par la publicité, et l'usage idéologique des tm!OJ1a. Deux types de biens, deux types d'usases : ceux e st vrai que les deu" mondain et ceux du progrès. El syst�mes sont des effets du machinisme. Et l'OS, l'horr•m,e· outil, l'homme devenu outil de la machine, en est le symbole. 11 est la f extrême de l'aliénation. Mais il faut bien voir que cette situation n'est pas inhérente à la production industrielle, mais qu'elle est l'effet de l'exploitation capitaliste. La moderne gestion de l'écono­ mie capitalist a imposé un nouvel ordre, structural du

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trmps de travail et du temps libre. de la production et de la u�mmation. Les deux momentS essentiel� de cette clviii· otion machinale, de la machination qui récupére le machi­ rusme Premier moment : l'industrialisation a autorisé une norme libération du temps de travail. Dans Le Frivole et le re spectaculaire : \rrleux nous en avons proposé une ou Moyen Age, il fallait 28 heures de travail abstrait pour une livre de pain. Maintenant, U suUit d'une demi heure. 'industrialisation a libéré l'humanité de la terreur du 11\anque. Elle sarantlt la vie de subsistance en libérant tout un temps de travail qui avant ne suffisait même pas à tlcquérir le nécessaire pour vivre Deuxième moment : cette libération par le temps de travail•abstrllil a été récupéée, r par la nouvelle bourgeoisie, comme temps marginal concret. Comme marginalités, ludi· dtés, llbidlnalités du mondain. (Le meilleur symbole de c tte récupération est le hippie.) Alors que les travailleurs, eux, ont à peine profité de cette libération dont Ils sont pourtant la cause.

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Aussi peut-on dire que la nouvelle aliénation, par le machini�mc, n'est que le corollaire, l'effet des nouvelles marginalités, ludichés, libidinalités, autorisées par le détournement d'usage de la machine. Au potlatch de la plus­ value cor r e spon d la nouvelle exploitation du travailleur. L'autre face de la consommation mondaine, c'est le produc· tivisme, l'inflation, le chômage. Et c'est la classe ouvrière qui en est l'essentielle victime. L'autre face du hippie, c'est le travailleur étranger. A l'idéologie de la Fête correspond l'au térité sur le$ tnlVailleurs. Au ministère du Temps libre. chômeurS'.

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Oui la machine est libératrice. Et la Causse innocence ­ qui pro(itc du capitalisme en condamnant toute société industrielle - est coupable, aliéna te

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D'un cOté, la maîtrise de la technologie. En sa production et en son usage. Double maltrise de la classe ouvrière. Double maîtrise du maitre. (Celui que la psychanalyse ignore pour ne spéculer que substitut, sa caricature : le père.) Double modalité du principe de rêalité, en tant que réciprocité du procès de production et du procès de consom· mation.

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De l'autre la soummission à la technocratie :la consom­ mation mondaine, la nouvelle sensiblité, la nouvelle bour­ geoisie. l.c principe de plaisir en tant que potlatch de la plus-value. Le parasitisme social camouflé sous les ligures 231


mondaines de la consommation plus ou moins transgres­ sive. Le machinisme a deux effets : la rationalit� fonctionnelle '" la �>ensibilité mondaine. le bon usage du progrès. Et l'usage de la récupération du progrès. Une machination s'oppose à une authentique libération. En inversant le� propositions du libéralisme, nous dirons qu'une société technicienne devient technocratique - et bureaucratique et étatique - lorsque la machine sert à la consommation libidinale, ludique, marginale. Et par contre, une société technicienne devient socialiste lor�qu'elle per­ met la libération des masses (par la nationalisation des !onctions producUves) et la liMration du corps de l'industrie du loisir et du divertissement. D'un côté, la privatisation et. .. l'étatisation du progrès. Car les deux vont de pair. C'est la caractéristique du capitallsme monopoliste d'Etat : les nationalisations ont été récupérée> par l'Etat à des fins de privatisation, pour servir les int�r�ts particuliers. Grâce à l'Etat, l'extraordinaire expansion de l'industrie capitaliste du loisir et du plaisir. Capitalisme monopoliste d'Etat : consommation mondaine. Le privatif s'étatise définitivement par le truchement du divercissement social-démocrate. La vic privée devenue vie de loisir est immédiatement gérée par les instances étati­ ques. La spontanéité libertaire, venue de la consommation­ tr:�nsgressive, du freudo-marxis111e, du g11uchismc, qui a cheminé des premiers émois, autour du flipper cl du juke­ boxe, jusqu'à Woodstock est, en fin de parcours, prise en charge par le ministère du Temps librt:. La société assistée devient celle de la libido assistée. Le sens idéologique de l'étymologie sc dévoile sans vergogne en son aceompHssement. la jleste libertaire s'abandonne à l'Etat, dans la mesure où celui-ci accomplit ses désirs. Certes, c'est un processus de banalisation. Mais c'est aussi une • conquête de masse •· le révolté, le trans­ gresseur jette le masque : ce n'est qu'un veau. le hasch sera en vente libre. De l'autre côté, l'usage collectif du progrès. Le passage au socialisme. Dans la perspective du dé�rissement de l'Etat. Et aussi du dépérissement du mondain, des modèles idéologiques de l'usage libidinal, ludique, marginal. La fin du tcrTOrisme mondain. De son pouvoir nominaliste et de son formali>mc esthétisant. Des idéolo ies dérivées de la g com.ummatiC'n - transgressive. Des archécypes et des usa­ ges de masse de la social-démocratie libertaire. Alo••· l'Interdit mondain écarté, la vraie vie. A partir 232

d'une connaissance anthropologique qui démystllie la psy· chanalyse ct ses dérive� (lesquelles fondent les idéologies de la social-démocralie libertaire). Celle donc nous avon� pro· posé les éléments. Et qui permet d'accéder à une connai5· •ance matérialiste du corps. Pour vivre une scnsibilit� enlin libérée de l'ideologie. Pour un corp5 �ans mondanité. Un corps enlin libre qui ne sera plus soit seulement une foJ:'ce productive, soit seulement un moyen de jouissance. U n corps libéré de la vacuité ludique et de la nécessité écon<>miquc. Un corps qui ne sern plus oucll de cravail et qui ne sera plu� objet de fantasme. C'est le corps de la chtilisation socialiste (le corps antj-soclal-démoçrnte). Alors la double aliénation du sensi­ ble sera dépas�ée. le corps sera réconcilié avec 11.11-mêmc. La lutte des classes a hypostasié Je sensible en une terrible contradiction : le plaisir et le travaîl (et la psycha· nalyse a essayé de camoufler cette réalité- la jouissance de l'un par l'exploitation de l'aurre - en un antagonisme symbolique et arbitraire : principe de plai sir et principe de réalité). La société socialiste sera la fin de la contradlcclon intime, subjective. La fin de t'instinct de mon. Une liberté que l'on ne peut même pas imaginer. Comment ? Le l>OCialisme Je dira. Car il faut sc garder de projeter dans la société sans classes le cond•tionnernent inconscient de l'actuelle culture. li faut sc préserver il tout prix des dérisoires utopies proposées comme poétiques par l'idéologie. La liberté (vécue) est encore de J'ordre du Noumène. Mais sa première exigence, immédiate et impérative, est bien de dénoncer ses contre-façons : le mondain. El si poétique il doit y avoir, si un projet-pr:ogramme peut être évoqu6, nous proposerons cette lormule : l'habitat humain rêvé par Marx sera aussi le • N'ationnel • d'Hôlderlln.

8. - SON APOGÉE : L'INFORMATISATION DE LA SOCI�T� AU SERVICE DE LA CONVIAVIUTÉ 1. La maiaoD de c:arapape, lieu

de

toutes Jeo ric:oac:iliaûooo

L'informatisation de la soci�té, au sc,·vice de la convivia­ lité. sera l'idéologie humaniste de Ja nouvelle sociét� social· démocrate. Cette idéologie est une synthèse. Celle des deux 233


dynamiques, apparemment opposées, constitutives du sys­ tème. Cette synthl!se n'est possible que lorsque chaque composante s'est accomplie en sa perfeclion Il a fallu que l'animation en vienne à la convivialité. Et que la technocra­ tie accède à l'informatisation. La mondanité - le mode d'emploi de la consommation de la nouvelle bourgeoisie - aura connu trois grandes périodes. L'lmplantatiOl. sauvage, d'abord. Celle de la bande, de la subversion. Le règne du provo, du rock, du rythme. du hasch. U fallait proposer des modèle$ de rupture, percutants, violents. Pl,tfs l'implantatipn de masse. Les usages mondains selon les trois niveaux de la nouvelle hiérarchie sociale. A J'usage des 61ites, des couclll:s moY.ennes, du populaire. Ln pesan­ teur sociologique du mondain. Enfin, la dernière période : après le surgissement du modèle et la vulgarisation des usages, voici l'Informatisa­ rion au service de la convivialité. Alors le système en est à sa vitesse de croisière. • La société de consommation • -celle de la nouvelle bourgeoi­ sie qui exclut la classe ouvrière, mais qui cherche à la séduire et à la manipuler-accède à son Idéologie • huma­ niste •. La convivialité est le meilleur usage de la société de • consommation •. Le mode d'emploi des modes d'emploi, celui qui subsume tous les moments de l'accession à la consommation mondaine. C'est une loi de la production idéologique : le discours humaniste surgit comme couronnement d'une systématique d'usages, Ceux de la consommation • libératrice � d'une production aliénante. On discours théorique justifie dans une perspective universelle des intérêts de classe. Cette théorisation philosophique surgit à chaque moment impor­ tant de 111 croissance du mode de production. t'humanisme est donc le véhicule de la bonne volonté (celle qui pave l'enfer), de l'idéologie. Il permet de dé,•elop­ per un discours bienveillant, cordial, généreux m!me. Cet aspect humain s'épanouit d'abord dans le paternalisme. La modernité humaniste va faire de ce p�re un grand frère. Le paternalisme va se donner une dimension protee· triee et organisationnelle qui rend encore plus • humain • l'humanisme du capitalisme. La larme à l'œil du radical­ socialiste sincère deviendra celle du social-démocrate convaincu, pathos revu et corrigé par les public-relations de l'américanisation. L'animation idéologique du pouvoir poli­ tique ct économique est la synthèse de ces deult dynamiques du néo-capitalisme (l'une spécifique de la bourgeoî�îe fran234

çaise, l'autre caractéristique de l'impérialisme américain). A un certain moment de la croissance - à son 1.énith­ cette animation idéologique, des grands commis de l'état et des grands managers des multinationales, ''a rencontrer l'animation idéoloalque que nous venons de reconstituer (l'an imation machinale du mondain). Pour une synthèse au sommet, humaniste. Synth� de la dynamique contestaire, subversive, écologique ct de la dynamique organisationnelle des public-r�lations et des techniques nouvelles de l'informa­ tion et de la communication. X.., lieu de synthèse? La maison de campagne. Ccll(!·ci sera le symbole de la rencontre et de la réconciliation des deux grands systètn�s d'exploitation et de profils du sys· tème. Nous en ferons le symbole de la nouvelle société, du nouvel humanisme. Et le moyen de leur explication. La France de I'UDR - de la gestion gaulliste- est un merveilleux exemple de l'arrivisme économique, politique, culturel. Elle a mis en place tout un nouveau système de profit et de réinvestissement de ce profit. Une nouvelle forme de classe - avec gTande, moyenne, petite-bourgeoisie - est apparue. Nouvelle classe sociale qui est l'essentielle profiteuse du système, du capitalisme monopoliste d'Etat. Son parcours est urbanistique : de la spéculation immo­ bilière à la maison de campagne. Des cabanes à lapins de Pompidou à la somptueuse résidence secondaire. Le profit fait sur la ••ille est réinvesti (partiellement) à la campagne. (Comme ln bourgeoisie d'argent l'a toujours fait depuis le Moyen Age). Trois moments • socto-culturels • de cette spéculatiun. D'abord. la déserci[lcatlon des campagnes : envoyer les pana�s et les habitants des petits bourgs travailler dans lcb grandes villes ct dans la banlieue parisienne (et expédier aussi les travailleurs de Paris dans la banlieue). Puis, alor�. racheter à vil prix lerres èt maisons. Enlin, par la loi sur les plus-values. empêcher d'autres parvenus, trop tard parve­ nus, de faire ces sp�culations. (Le hippie se situe, lui au��i. dans cette mouvance. Comme un charognard, il s'installe dans la misère rurale. De la désertilication, il rait un décor bucolique. De la restauration archaïque et artisanale - au noir - une source de revenus). Liquidation de la Vieille France, réinvestissement des pro(its de l'industrie et du commerce, bucoUsme écologisant � triple dimension de la résidence secondaire qui entrelace les acquis de la techno­ cratisation et les rheries champêtres des arrivistes et parvenus. Autant l'implantation des usages mondains de la civilisa235


ti011 capitaliste témoigne d'un arrivisme 51!uvage, d'un narcissisme vulgaire, d'une libido arrogante, autant la maîtrise de toutes les techniques et de tous les moments de la consommation mondaine témoigne de la convivialité. C'est le moment de la halte. Du repos. La maison de campagne- était nécessaire à la consommation mondaine. On aime se reposer auprès d'un bon feu de bois. Après la promiscuité libidinale des marginalités mondaines. la cam· pagne sauvage. Les autochtones, ça changé quand même d� têtes du cosmopolitisme àe l'industrie du loisir. Et puis, à la maison de campagno, il y a aussi tout cè qu'il faut. On peut, entre intimes, à l'occasion, s'y éclater encore, tranquille· ment. Ayant" usé et abusé de toutes les animations, prêt à repartir vers de nouveaux rivages, l e nouveau bourgeois se repo$e en sa maison de campagne, relais et pivot de sa prodigieuse migration mondaine (renet inversé de la migra· tion du travailleur rural qu'il a délogé). La convivialité elit bien l'humeur cordiale, réjouie, joviale, hilare même, de la nouvelle bour!leoisie qui a réussi. L'idéologie de )a participation, à la ville, devient, à la campagne, la convivialité. Moment du potlatch, de l'étale· ment des richesses et des (petitS) cadeaux somptuaires. A la ville, on s'acc�oche, on {once, on se bat. A la campagne, on se relaxe. On reçoit les amis. On exhibe sa réussite. On la fête. Plus dtl fébrilité. Les jeux sont faits. La bande a triomphé. Elle est devenue caste ou strate de classe même, sélectionnée par le système. Le prolétariat? C'est une notion périmée, arcbalque, qui fait sourire. On peut, entre vieWt éQpllins, se rappeler les vieux souvenirs, le temps de la vache enragée. Après s'être partagé les wofits. A ce festin, cordial et jovial - et il y a de quoi - on peut même inviter un pauvre. Au bout de la table. Pour le dessert (ça porte bonheur). Mais l'invité le plus attendu, c'est le [ils. Et le plus inattendu. Le plus fêté. Son arrivée surprise, inopinée, sera un grand moment familial. Le couronnement de la convivia· lité : le père consent à passèr l'éponge sur bien des choses. Son humeur champêtre, accueillante, bienveillante, sur­ prend et touche le fils prodigue, un peu penaud et embar­ rassé. Et le père - le système - va même offrir au füs révolté le décor de ses rêves : une nature sauvage. La réalité même du rêve hippie. Un �illeurs sans J'autre (sans le producteur). Natt.�re sauvage qui n'est autre qu'une nature longtemps travaillée, humaniSé!! puis abandonnée. Nature faussement sauvage : désertifiée. Une ceqaine campagne a été désencombrée de sa praxis, de l'animation industrieuse

236

d'avant la mainmise de i'UDR sur Je territoire rural, d'avant la migration imposée par l'indusrrialisatiot1 capi'taliste. EUe est devenue le décor rêvé du fantasme hippie : une nature bucolique, désertique. solitaire, aux villages abandonnés, aux maisons en ruine... Pourquoi Je fils repartirait-il cher­ cher en un ailleurs dont il a éprouvé l'inconfort ce qu'il a sous la main ? Et puis, à la maison de campagne, il pourra installer la chaine hi-fi, tous les gadgets. Et avec sa moto... Le grand moment de la réconciliation, du père et du fils, ce sera la commune restauration, dont on parle depuis des années, tout en rustique. Le père apporte le fric. Le fils ses visions. Et la main-d'œuvre à bon marché. Celle du travail noir : les copains de$ Ans déco, les hippies - ex-hippies. ­ reconvertis dans l'artisanat d'art, etc. On s'était fâcl'té i) la ville (après le résultat des examens} ; on se réconcilie à la campagne. L;J. comédie bourgeoise ­ comédie familiale - en est à l'une de ses dernières scènes. C'est au cœur de la famille que le système réconcilie le profiteur qui a créé le système et celui qui le consomme. On se redécouvre. Le père écologise et le fils bricole : • s'il voulait � dira le père. El la mère de répondre : • ce qu'il est doué •. Ensemble on va traquer les antiquaires de la rc!gion. On accumule, on engrange les objet$ les plus variés. Des plus archaïques aux plus sophistiqués. Le système des objets attei'nt sa plénitude. Le père rafistole la vieille bagnole découverte par un coup de veine inouïe, dans une vieille grange. Ou le vieux meuble que le • père Machin • a enfin lâché. L�: fils s'affaire entre la tondeuse à gazon. S'il moto et sa chaine hi-fi. la mère astiql'e les chaud ons âprement c marchandés chez le brocante4r du village. E.t la fille pro· mène ses rêveries bucoliques, du retour auic sources, à bicyclette. Tout le monde est de'\'enu copain. 'La convivialité a triomphé des conflits familiaux. (Ceux du frère et de la sœur, du père et du lils, du mari et de la lemme). Elle a apporté la solution moderne, pragmalique 'à des problèmes d'avant la maison de campagne). On tue le veau d'or. Le père invitera les copains et les copines du fils. Le ms sera copain avec les copains du père et de la sœur (brochettes). J..es deux générations vont s'in"iter. la convivialité est bien l'idéologie ùe la réconciliation des de1.1x courants constitutifs du système et jusqu'aJon; radica­ lement opposés : celui de la techno-structure et celui de l'émancipat.ion libertaire. Ce qui veut dire que le système a atteint un équilibre décisil, structural. Toutes les formes antérieures ont été dépassées et intégrées dans un ensemble

237


qui n'autorise plus les outrances et exac1lons qui ont pu être néce�saires pour écarter et effacer la société traditionnelle. s toute Maintenant, il s'agit de gérer un acquis. Comme aprè révolution, lorsque la situation apparaît irréversible. ll laut normaliser, institutionnaliser. La nouvelle consommation mondaine, après avoir jeté sa gourme, usé ct abusé du libidinal et du ludique, doit s'apaiser. Elle s'installe à la maison de campagne. C'est l'étape-repos. Elle est un accomplissement et un commencement. Elle est la fin de l'émanclpatlon·transgres­ sive. Et le commencemeDl du libéralisme avancé jus qu'à la social-démocratie libertaire. La l)lédiation bucolique de la maison de campagne permet de passer du PS1J au PS. La maison de campagne est l'articulation entre l'arrivisme et l'arrivé. La société traditionnelle- de l'avoir sans la jouissance - a été liquidée par la nouvelle société de la jouissance sans l'avoir. Plus de combats d'arrière-garde. Mais au contraire, la paix des braves : la jouissance sans l'avoir se complète de l'avoir de la jouissance. La nouvelle bourgeoisie a intégré la consommation mondaine d'avant-garde dans la tradition bourgeoise. La France est centre-gauche : social-démocratie libertaire. Et on convivialise eo diable. On invite tout le monde, pour un potlatch bon en(ant. Les hobereaux ruinés du coin, pour leur montrer ce qu'ils ont perdu. Les amis enrichis pour leur montrer qu'on est plus riche qu'eux. Et si on n'est pas plus riche qu'on a plus de goût, qu'on est artiste. Les amis des enfants, pour s'en faire des amis et contrôler les enfants. J..e directeur pour lui faire la cour. Le curé du coin (s/;1 en reste un). Mon curé chez les riches. Vieille Structure. Un intégri$te, c'est l'idéal : • Ce qu'il est marrant • · L'instituteur, quand Il est gauchiste. Mon gau· chistc che:t les riches. Nouvelle structure : • Au lond, il a raison. • Et les indigènes. main-d'œuvre à bon marché, si on sait y laire. On s'en son avec de bonnes paroles et un bon verre. Ce n'est même pas du travail noir. C'est de l'entraide. Pour entretenir la pelouse, tailler les arbres, (aire un garage. Les braves gens du coin feront aussi le gardiennage. Ils surveilleront la propriété, en hiver. 2. La aodal-d�mocratie libertaire, comme aolutioo des contra·

diction• du Ubûalisme avaod

Cette convivialité est une structure relationnelle essen­ tielle de la nouvelle société et d'abord modèle de la réconci· 238

lialion du père et du fils, de la production technostructurale et de la consommation libertaire, de la France du nouvel avoir et de celle de la jouissance, elle va s'élargir en structure de civilisation (du loisir). La convivialité devient une forme de soc iabilité à priori. Celle de la vraie • société de consommation • (ludi ue, libidinale, marginale). Forme qui modèle la gestion In dqus­ melle et mondiale du divertissement social-démocrate. Elle est le contrat tacite entre les consommateurs et entre ces consommateurs accomplis que sont les parfaits touristes. Et elle doit être aussi le mode d'échange entre Je touriste et !'indigène. Bntrc le nouvel exploitant et J'exploité de tou­ Jours. Cette qualité de la vie est l'impératif catégorique du néo­ colonialisme écologisant. Car J'industrie du tourisme, du loisir, du plaisir - sous ses multiple� àspects- n'est autre que celle lorme combien sournoise de l'impérillllsme écono· mique et culturel. Que ce soit à l'intérieur - à la maison de campagne -ou à l'étranger- au Maroc, à Ibiza, etc. - il faut • être bien • avec l'indigène. Le considérer, le flauer même. Pour bénéficier du meiUeur service, de la mellleure qualité de la vic, du meilleur usage. Le contrat d'amabilité, de convivialité engage les deux partis. Le touriste appone les devises,consent au • service • et accorde même le pourboire. En toute bienveillance, amabilité, sindrité. Il vient consommer de la qualité de la vie. C'esr-à-dire les modalités ludiques, libidinal.s, margi· nales offertes par cc néo-colonialisme. Il n'a aucune inten· tion agressive. faisons l'amour, pas la guerre. Aussi ne veut·il pas être trompé sur la marchandise. Le set-vice de l'indigène doit satisfaire son empathie tourisll­ que. La convivialité est une réciprocité : l'indigène doit savoir offrir les services adéquats : artisanat d'art, prosl1lu· tion, spécialités culinaires, gentillesse, etc. D'une manière pittoresque et spontan�e. Ces services font partie de l'envi­ ronnement. De la qualité de la vie. L'animation idéologique est devenue le nouvel humanisme. Les public-relations en sont les véhicules et les métiers. La convivialité est la morale de • la société de consommation •. Mais l'internationalisation, et même la mondialisntlon de l'industrie du loisir (et de la société qu'elle modèle) pose d'énormes problcmes d'organisation et de gestion. Ne serait-ce que pour une gestion immédiate de cette industrie du loisir. Comment concilier les rythmes ACOiaires, la meilleure rentabilité des stations de neige ou balnéaires ou thermales, !� circulation automobile et Je budget familial 239


des loisir�? Et à moyenne échéance, horizon 90, par exem­ ple : étant donné l'augmentation du pr!Jt de l'essence, le nombre de chômeurs et le taux de scolarisation, l'augmenta­ tion des salaires et la construction des autoroutes, quelle industrie automobile. quelle voiture de tourisme, quelle chaine de montage ?

A longue échunce, il faut prévoir l'évolution structurale de la social-démocratie : articuler le procès de production et le procès de consommation. Pour établir l'équilibre entre la quantiu! de chômeurs possible et la qualitli du loisir pro­ posé. Et moduler le tout selon l'âge, le sexe, la profession.

Onns les trois c;as, cela doit se faire à ln gloire de la social­ d6mocratie libertaire. li faut donc aussi concilier le profit et l'Idéologie, la séduction des masses et leur· exploitation. C'est cc que l'informatisation de la société devra réaliser. C'est le fameux rapport Nora. Déjà, Bison Futé était au service du barbecue. Mais ce n'était là qu'une esquisse, un aspect local du problème. L'informatisation sera un super­ plan. Le plan des plans (ceux-ci ne seront plus que des tranches de réalisation). Cette informatisation de la société sera au service de la convivialité (de l'industrie du loisir et du plaisir) 1,

Evidemment, cette intrusion de l'ordinateur dans la vie de loisir-qui est devenue la vie privée, comme la vie privée est devenue la vie de loisir - pose des problèmes humanis· tes à l'idéologie convivialiste. unanimiste, écologiste du loisir. L'o•·dinateur n'est-il pas réputé etre le !lie, l'Etat, la machine, la logique, l'ennemi de toujours de la spontanéité ludique, marginale, libidinale? Cette Idéologie humaniste et libertaire va se trahir et révéler son opportunisme. L'humanl$mc va apparaître comme le lieu de réconciliation de ln bourgeoisie de gauche et du pouvoir, la manière de concilier les privilèges corpora· tils de l'intelligentsia et le projet culturel du pouvoir.

l'intelligentsia, longtemps certes, s'est opposée, d'un bel �lan de sa belle âme, à l'intrusion d'une programmation �tatlque dans la vie privée et l'univers du loisir. C'�tait l'e�sentiel de son d iscours Face au pouvoir. C'est le thème �me de la littérature et des ans engagés. u Meilleur des mondes d'Aldous Huxley est le livre, le symbole, le mythe m�me de la contestation du Fonctionnel programmé. Et Dieu salt si la belle âme indignée a usé et abus é ces archétypes

d e

L c·t"ll la récQridHatlon des- deuJl Françc:,

240

rêJafit11ne Cl

conviviale�

pour critiquer les réalisations des pays socialistes. Mai 68 a été J'apothéose de celle prétendue résistance du ludique et du marginal à l'Etat technoct'ati que. Et voilà que le nouvel humanisme sera l'inFormatisation de la société! Et au service de la convivialité 1 Et celle nouvelle doctrine libêrutrice est proposée par ceux-là m�mes qui se sont Faits les chant:res de la contestation. de la libérali�ation des mœurs, de la convivialité. C'est le Monde lui-même qui a fait la promotion du rapport Nora. Le Monde, cet Officiel d'un libéralisme huma­ niste réfl�chi et responsable, le porte-parole de toutes les contestations ct dissidences, si auac;hé aux libertés el aux droits do l'homme. Pierre Vinnsson·Ponté, lui-même, qui lut l'un des plus grands journalîstes du Monde et peut-être le plus exemplaire, prestigieux diffuseur et prescrlpte�1r d'opi· nions (de celles qui lonl les majorités sociologiques) a fait le marketlns do cette nouvelle doctrine en deux articles • remarquables • ' · Et. apparemment, cette prise de position n'a pas fait problème pour les lecteurs du Mortdt, ni pour les humanistes bon teint de l'Intelligentsia. Pas de fracassante levée de boucliers ni d'abondant courrier des lecteurs. Pourtant, le phénomène journalistique et idéologique est énorme. C'est une extraordinaire volte-face. De l'huma­ nisme au nom de l'humanisme. Puisque le discours libéral. subversif même, en tous les cas contestataire, s'identifie, maintenant, à la pire des programmation�. celle de l'lnfor· matique 1 C'est l'opposition libérale, elle-mème, celle qui glorHic la vie libre, spontanée, sans artifice, celle de l'indi· vidu libéré des carcans idéolosiques, étatiques, technoerati· ques, qui non seulement se réconcilie avec la programma· tion bureaucratique - si ardemment dénoncée en Mai 68mais qui lui demande de réaliser son propre projet d'éman­ cipation. en surenchérissant même sur une programmation qui devra être Informatisée l Au nom de la convivialité, de la soclét� lib�rale avancée. On croit rêver 1 Que cela soit proposé par le ltbérateur libéral ! Et apparemment agré<! par l'intelligentsia contestataire! Ce néo-humanisme technocratique et convivlall�te est, en définitive, parfaitement logique. Il vériFie, d'une manière parfaite, notre dHinition de la civilisation capitaliste : civilisation ludiq u e et sensuelle� civilisation machinale. Alors que l'idé o ogie dominante a prétendu le contraire

l

j 1978. t. Cl. U Mo•d• du 28 Juin el du 29 uin

241


(jusqu'à l'énorme lapsus révélateur de P. Viansson-Ponté). C'est la structure mème du capitalisme. Mals a j mais dite, jamais avouée (sau[ par le lapsus). Car c'est le lieu même de l'inconscient : l'interférence du procès de production ct du procès de consommation (cc que la psychanalyse doit cacher). Ce néo-humanisme est un accomplissement stratégique. JI doit permettre de réali ser le projet du néo-capitalisme :le rérormisme social radicalis�. comme la solution des contra­ dictions du li�raltsme �nomique. Cette stratégie politique est • la meilleure • solution de la contradiction interne du capitalisme. Le libéralisme n'a pu persévérer dans la croissance que par le capitalisme monopoliste d'Etat. Selon sa double fac e : l'étatisation de l'économie et la social-démocratie politique. En lin de parcours, le capitalisme est ce monstrueux paradoxe : le libéralisme �nomique est étatique et l'appareil d'Etat est social-démocrate. Le capitalisme a .nré à gauche - au niveau polltlco<ulturel - et a viré à droite - au niveau économico-social. Sa dialectique a inversé ses composantes originelles : libéralisme économique et conservatisme poli· tique. Quelle ruse 1 Ce paradoxe est la dernière chance de la gestion c:apita· liste : la • normalisation • de l'Impérialisme économique par le • sociali�me • de la social-démocratie. Le néo-capiLa· lisme réduit à une insoutenable contradiction, soutient le capitalisme par cette comradiction même, devenue straté· gie d'intégration ct de récupération. Dans Nlo-{ascisme et Idéologie du désir et dans Le Frivole tt le Sérieux, nous avons dé à essayé d'établir les modalités cultuelles et politiques de c:otte stratégie. De montrer pourquoi la technostructure étatique et la consommation ­ transgressive étaient en complémentarité. Et comment l'or· ganisation de la production (par la nouvelle droite) t et de l'organisation de la consommation (par la nouvelle gauche) constituaient un ensemble bomog�ne : la social-démocratie libertaire. Nous résumerons cette stratégie en quelques proposl· lions. Tl s'ag it, pour les deux camps, de casser la société traditionnelle selon une division du travail straté�lque. Selon un système d'échanges. Chaque partie offre à 1 autre des services et reçoit sa récompense. C'est une nouvelle r

j

l Il ne ,·aau ë"•d�mmt'-nt pat de . la nou'·dle droite •. inv�ncHcoc:nmc: dh•crs.lon par t-es médlot.J mais de la MU\'tlle drohe réelle.c:elle quia misen plact" l� capitah,rnc monopoliste d'Et.at

242

économie humaine. Elle révèle les fondements • spirituels • de la civilisation capitoliste. la nouvene gauche - celle qui veut écarter le PC de la gnuchc a offert . 1. Le discours c:ontcstataire du pouvoif traditionn�l. 2. Le nouveau modèle d'usage des objets. En échange, elle a reçu : 1 . L'institutionnalisation de la libéralisation des mœurs, jusqu'à la société permissive. 2. Les pleins pouvoirs politiqu es. ert : La nouvelle droite a oH 1. L'appareil infraotructural de production technocrati· que et étatique. 2. Les objets de la consommation mondaine et de la société des loisirs. En échange, elle a reçu : 1 . la gestion de la crise par la nouvelle gauche ; recon­ duction de l'austérit� imposée aux tranllleurs (producti­ visme, inflation, chômage). 2. Le détournement de la révolution technologique et scientili ue par ceux-là mêmes qui avaient mission d'en q [aire profiter les travailleurs. Le meilleur des mond�s possible - l'informatisation de la société au service de la convivialité - l'apothéose de la c:ivllisalion capitaliste, sera cette synthèse, au sommet, des deux courants constitutifs de la social-démocratie liber­ taire ; la �nciliation du ceolre-<lroit (qui récupère de plus en plus les droites traditionnelles) et du centre-gauche (qui a mission de rééquilibrer la gauche en isolant le PC), celle aussi du technocrate et du libéral, de l'Etat et de la contestation. C'est la meilleure adaptation du réformisme soèlal radicalisé au • libéralisme • économique, la meil­ leure gestion de la production par la consommation (pro­ duction du travailleur collectil et consommation de la nouvelle bourgeoisie). La crise va révéler la nature profonde de ce syst�me : l'austérité (la répression économique sur les travailleurs, essentiellement la classe ouvrière) a comme corollaire non seulement le maintien mais l'expansion de la c:onsommation social-démocrate. C'est en pleine période de crise qu'est née l'idéologie de l'informatisation de la société au service de la convivialité. A mesure que l'austérité s'aggrave, le chJffre d'aflalres de l'industrie du loisir, du tourisme, du plaisir augmente. Les deux semblent être en raison inverse. La jouissance social-démocrate a comme condition le producti· visme, l'inflation, le chômage, etc. -

243


Cette jouissance n'est possible que par la récupération de la révolution scientifique et technologique au nom de l'inlormo.tisation de l a convivialité. Le détoumement d'usage de la machine, de l'usage fonctionnel, au profit de l'usage ludique, lib1dinal, marginal auemt un seuil limite. Ce détournement a deux effets : faciliter la vie de • convivia· lité • et rendre plus dure la vie des travailleurs. Ceux..ci doivent produire davantage et dans des conditions de plus en plus difficiles pour que les non-producteurs aient la vie de plus en plus facile. (La sous-consommation des ménages ­ et tout d'abord au niveau de l'équi ment - a comme corollaire la surconsommation de J'in ustrie du loisir.) C'est l'ultime machination capitaliste, le dernier perfectionne. ment du détournement de l'usage fonctionnel. Ce détourne· ment de sens - du sens progressiste de l'industrialisation­ aboutit à l'actuelle crise. Crise structurale, interne, logique : celle des contradictions internes du libéralisme économi· que, celle de sa gestion par la social-démocratie libertaire.

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Table des matières Prélude

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......

9

Première partie :

L'initiation mondaine à la civilisation capitaliste Ch:;J.pitre premier : L'honnête homme ne peut pae snober ootre anthropoloaie de la modemitf , , . , . . . , . . . ,

1S

Chapitre 2 : Premier niveau n i itiatique : poster, fUpper, Geohe de l'innocucc et «banae symbolique .. ,........ . . . . . ........ .. . .. .

23

A. Magie ...... .... . ............. . . . B. Totem . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. - Potlatch - L'ethnologie du Plan Marshall

26 28

iuke·box

-

. . . . . .

. . . . . . . . .

-

. . • .

-

.

23

.

Chapitre 3 : Second niveau n i itiatique : jei.IIS, nUUs, cheveux loop, phare : portrait robot - Le prêt·•· poner de la cootestatioo , .... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

A.

-

Ou modèle à sa consommation de masse : d'Hollywood à l'industrie des jeans . . . . . . . . ,

35 35 245


- Le visage de l'id�ologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. - Le petit rien qui lait le modèle . . . . . . . . . . . . .

39 42

Chapitre 4 : Ttoisl�me oiveau lniliJitique : l'animation machinale- La ltahlt de Pompidou . . . . . . . . . . . . . , . . .

45

I:J.

A. B. C. D.

- L'animation machinale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - La bande -Le parcours de la marginalité . . - La bande sonore . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Contributio n â u ne théoriedujaxL-Le rock ou le rythmt! sans le swing. Le swing ou le temps retrouvé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . E. - Bilan provisoire de l'ammalion machinale - Vitalisme et animisme . . . . . . .... .. . Chapitre 5 Quatrl�me lliveau iaitiatlque : l'illiliatioo mixte, subvenive et iattitutionnelle - Le hasch et ua . ......... «nain ul8ge de la pUule . .

45 48 58

70 78

83 83

comme machine à rêver . . . . . . . . . . . . . . . 2. La subversion radicale - Le flagrant délit d'une autre normalité conformiste . . B. - La drogue. l'usage mondain et la pharmaco· logie de l'Occident . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 . La manipulation idéologique et la théorie mntérinlistt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. La drogue, la pathologie mentale et l'arythmie sociale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . , . . C. - Les façons sexuelles : d'u11 certain appren· tissage de la pilule à la nouvelle coquelleric (le féminisme) . . , . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . 1 , La pilule, )a régulation démographique et la fillclle - De l'usage civique à l'usage mondnln . . . . . , . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. Les sexismes mondains, la psyché et la lutte des classes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

83

Chapltre 6 : Cinqui�me niveau ialùa.tique : la moto, la chaine hl·fl, la lllitate �lectrlque, le nikon - a dtfini· tive inttaration au syStlme par la technologie avancée . . .

L

A. - L'usage progres�iste et l'usage mondain . . . .

B. - Le grand passage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chapitre 7 :La social-dtmoc.ratie Libertaire

86

88 88 97

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106 135

135 .142

..

145

A. - Le nouveau contrat social du père ct du his . . . . . . . . . . . ............. .

145

246

• •

.

. . • . . •

151

8: lois de l'initiation mondaine l la c1v U •sahon capitali ste. . . . . . . . . . , . , , , , • , . . . . . . . . . . .

157

�h�pit�e

à ..

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Deuxième partie : La loJique du monèlain

A. - Le corps (autonome) du mannequin . . . . . . . . 1. Du psy du sensualisme (le psychédélique)

à l'intégration institutionnelle- Le corps

l'usage sans . . . ,.. ., .

B. - De l'avoir sans l'usage l'avoir . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Chapitre premier : L'intlistible expansion mondaine

g f

A. - De la phênoménolo ic à la logique . . . . . . . . 1. De l'autonomie onctionnelle des usages mondains à leur SJStèmc de signifiants­ Le symbolisme Immanent ct le signmant mondain . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. Les stratégies du néo-nominalisme : occuper le champ politique et le champ culturel . . .. .. . . . . . . . . . . .. . . . . . . 3. Le dédoublement stratégique du modèle et les deux domaines de la nouvelle sensi· bililé' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' . . . ' . . ' . . . . . . . . . . . ' B. - Les métalangues du mondain. L'iMal . . . .. . 1 . L'esthétisation des arts - L'accès au fantasme . , , . , . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. La production des orchétypes du mon· dain - Mythologies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . a) L'existence idéologique , , , . , . . . . . . . . . . . . .

b) La généalogie de l'illcOnscient collectif : la mode-dimode. Le refus du néo·nomltta· /ismett de l'ontéprédicatl{ · '· . . . . . . . . . . . . . c) Les trois moments sociologiq ues de l'in· conscle111 collectif- La c1rfulat1on idéologique de la libido . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . d) La mode ritro, ultime enclos du Panthéon des archüypes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

C. - Le prosaïque du mondain : les nouvelles coutumes de masse et la cascade des snobis· mes . . . . . . , . , , . . . . . , . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 . Le droit à la différence : la nouvelle hié· rarchie sociale - La singularité : le signe d'un genre . . . . . . . . . . . , . . . . . . . . . . . . . . 2. Les trois piliers de la civili�allon capila· liste : l a boite, la bande, l'animateur 3. Les niveaux de la consommation mon· daine . . . . . . . .. . . . . . . . . .

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....... a) Régir�e et Castel . b) Le Club Méditerranée et !bita . . . . . . . . . . c) lA fièvre du samedi soir . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . • •

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Chapilre 2

;

Uoe DOuvelle dvil.isatioo . . . . . .

A. - Sespéchéscapitaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 . Le mondain : la genèse de son innocence et sa valeur épistémolog ique . . . . . . . . . 2 . ln première civilisation sensuelle . . . . . . . 3. le potlatch d'une part de la plus-value . . . a) La consommation du manque de l'autre et r mondaine . , . . . . . . . . de la hiérachisation b) Le service de promotion de velite d'une civilisatio•t. De la mode au mondain :de la valeur d'usage à la valeur d 'écl: w e . . . . . . ug 4. Civilisation sensuelle : civili s ation machinale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . B. - Son apogée : l'informatisation de la société au service de la convivialité . . . . . . . . . . . . . . 1 . la ma�S?" �e campagne. lieude toutes les réconcthauons. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. la social-démocratie libenaire, comme solution des contradictions du libéralismeavancé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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La

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(directeur : Jacques Milhau) Depuis 1945, public des etudes, des essais individuel$ ou collec­ tt!s qui prennent place au cœur des débats th�oriques et idtoloal­ ques de notre époque. Aujourd'hui, elle chnnse de format. elle s'agra,ndlt elle s 'enrichir

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collection Problèmes

�jà�ut : Michèle BeRTRAND : u statut de la religion chtz Marx tf Entls. g Man et En&cls ont·ll� été les détracteurs de la religion �u• 'on croh? Bien au contraire, leur intérêt pour la rclisJon ne s est pas d�menti, et c'e<tt en hommes de science, non tn propagandistes. qu'ils tn ont abc;rdê l'étude D'où '•lent cet intfrtt >

l

D Burrucu. J. LoJtmœ. E. 0ARY, R. Dl!uc-ttotx. c. MAtii8U · Clas'* ouvrllre tl 50Cial-dbnocratle : Lille et Mars<tllt. Quelle e" l'originalité de la SOtial-démocratie françeise? Pour répondre à cette question les auteurs ont choisi de confronter l'analyse du déveiOpfl"ment ouvrier à celle de l'exercice du pouvoir pol itiques du municipal daM les dcu>< principaux • bastions •

Purti !IOCiallste : Lille et Marseille.

Michel J)tON : us catholiques tl lt pouvoir : crlst du • constnsus • (enqul(t$ en Moyenne et en Lorraine). Quelle C$t l 'in!l ucntC de l a crise Sur le com ortcmcnt des <hn;. tiens? Oucls sont les rapports nou�s au n de l'histoire entre • consensus • et catholicisme?

r

Claude DUMR : Format/or• perm antn(t tt contradictions sociales. lle continue • est entrée duns l'uttua­ • formation professionne lité au début des années 70. Exigence issue de mal t968, elle �tait censée bouleverser les méthodes traditionnelle• d'éducation, per· mettre aux travailleur$ de gravir des echelons dans la hiérarchie sociale et éponoulr leur penonoalité... 0\i en est-on aujourd'hui rklltmmr?

LA

Jean C•oar.v · lA rhioorit konomiqut libbalt ou nioo-classiqut. Jèlln Gadrey rbume simplement les arsuments de lo theori<: dominante, sans recourir à la lormalis;�tion. Ce crnvoil de rechtr· the est donc IMgement accessible aux non·spéclali•te•.l tous ceux qui entendent sc situer de façon critique dans le concert des idée• économiques courantes. Ils y seront aidk par un alossaire de termes courants de lo théorie néo-classiql,le


Jeon·Paul Jou"tv : Comprendre les illu$ÎO"·'· L'illusion exi�1e bien. Elle a ses causes el ses consêquences lhllorlques e1 pratiques Elle joue un rôle dans nos pen�. Pour la depa�..er, 11 fau1 donc la prendre au sérieux ' d�mon1er les 1llusions que nou� enu..:tcnons vis-à-vis d'elle C'est le tell> de cel essai phllowphlque.. .

Solanae Muco�R JOSA : Pour lin H�el ., Marx. I.e rapport Hegcl/Marx est le sujet depuis qu1nu ans d'un d�bat

philo�uphique nourri. Solange Mercier Josa en renouvelle le. terme• et nous propose une �crure crois� qui �claire bien des aspccl• de la question. Jean SUR8T·C�NALe : ES$aîs d'ltistofro africaine (dt la trolle des Noirs au coloroialisme).

Je��n Surei·Canalc, dont on conroait déjà ln série importante d ouvrages géné.-aux sur l'hî$toir� de l'Afrique lropleale el sur le tiers monde, abùrde Ici quelques problèmes clts de celle partie du monde : la traite el ses répercussions à l'époque précolonialc, les économies africaines a.près l'indépendance, e1c. Et dans la s�ric ProbltmtJ·histoin (direclour : François Hincker} : '

R o f er BouRouo� : Le Fascismt, idtlologit et pratiques. Ou est-ce qu e le fascisme? En s'appuyam sur l'histoire des mouve­ mcnb et panis fascstes leW'$ slrucluJ"Cs, leun: programmes. leur propaaande a>ant la prise du pou•oir, on p.:ut montrer à la fols les sp�ifkités el les caractères communs du la$Cismes el du !aac;.me.

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R. BoUR06Ro�. J. BURLF.S, J. CtR.AULT, R. MAII.TtLLI, J·l RODQRT,

J.J. SCOT, o. T�RTAKOWSKV. G. WtLLARO, s. WOLIKOW : Le l'CF, �lapes tt probltmes, 1920-1972. Ont.c lcxtcs d'historiens �'<>mmunistes sur le PCF, sa >lrutégie son activité. son roncHonnement : une source lm orrante de connais­

p sance e1 de �flexion, une étape dans une e r c erche à long terme.

h

Antoine CASANOVA, Ange RoveR.I! : Peuple corse, rivolution er nation /r<mçalse. Oue uvon>·nous de l'histoire de la Cor<e ? La Vendetla. Napol�on Cl Colomba cachent une réalité beaucoup plus complexe faite de spécificités nationales et régionales qui onl permi> I'Jntégràllon de l'Ile • lo Fronce. I.e momen1 où tout se joue : le xvu.. slkle. M

OtoK. R HuARD, A. LAcROix, M. MotSSONNtco., M. O. TART�ROWSKV, · 1.4 Clasu

polltiqut

S. WoUicow

SIMON,

ouvriùefraroçalu tl la

l.a naiuance des partis politiques en France, les oraanJsa1lons du

Parll communiste dans les entreprises et son analySé de la classe

ouvrl�re autour des années trente. les rapports des lunes revendi· calivc\ cl poliliques, l'influence des partis de droite et, plus général�mcnl, le� rapporls entre les grand& courants idllologiques et les choix politiques en milieu ouvrier. Une matière riche el souven1 inédite pour ln réflexion.

Michel VovnLLr :

&aue�'.

V/lit tl campagne au xvuf siécle. Chartru er la

Prt{ace d'E!.rnest L.ol>rousse.

Une \•ille qui lire toute sa substance de la campagne let hommes. les graines mais �unout la rente. Mals cene cil� d�pendanteellt en réalité domlnatri<:<!, par l'cmp1 ise qu'elle manife\le 'ur le monde rural. Ce sont bien 111 des • problèmes nationa11x d'histoire sociale • comme l'écril Ernt'st Labrousse dans sa préface. Et <ba• l'aadeiiU prfaentation

(poche) :

Jacques MILliAU : Cloronlquu pl1ilosophiques. Henri S•LvAT : L 'imelllgtnct, mythes tt rklités. Pierre BRVKO, Catherine Ct.2MEN1', Lucien SEVE : Pour unt critique marxiste de la tl1éorl• psychanalytique. Suzanne de BRUNHilfF : l.a Monnaie éhez Marx. Jacques d'IIONil'r : Htgtl .,, son temps. Pierre J�UOLE : Essai "" l'es ace et le temp•. Maurice OP.!'AILLOr, Edmond PRETECI!ILLe, Jean·Pitrre TOI!kAIL : &soins tl mod• dt producrion. Jean-Pierre DeuLI!l : L'Etat du changemtrot. Michèle BI!RTRAND · Hi!;toire eo théories économlquts. Etc.

p


.4'h""� d'ilttprimtr sur prtJst CAMERON

dans l,.. a�tll •"' dt /o

S.E.P.C. (Cker)

à SainH.,mand·MOHtrond

pour le complc d4 MIJ61dor1Êdlsiotfs socialtJ 146�

ru� du Ptwbout�·/IQÎ$�mm1h'� 15010 Pari$.

N• d'Edition : 1912. N• d'lmpr•Mion : 176711069 D�pl>t léaal : 4' trlmtllr.

1981.

Clouscard Michel - Le capitalisme de la séduction CLAN9 bibliothèque dissidence nationaliste nationa  
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