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Octave Cowbell


2002

une dĂŠcennie 2012


Kilo (voir p. 74)


photo SĂŠbastien Bourg & Sandra Aubry (voir p. 85)


Baba Puja (voir p. 79)


Hommage Ă  Solange Bertrand (voir p. 84)


Alberto Sorbelli, photo Olivier Henry Dancy (voir p. 61)


La chatte Caillou dans l’exposition de Sébastien Grisey (voir p. 85)


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Octave Cowbell, préface… Lorsque, au début des années 2000, j’écoutais d’une oreille distraite Hervé Foucher, au Flamenco, se lancer à longueur de nuit dans de longues tirades un peu fumeuses où il exprimait, à qui voulait l’entendre, le désir extravagant d’ouvrir sa propre galerie d’art contemporain, je m’amusais des rodomontades d’un jeune excentrique comme il en traînait pas mal, à cette époque, dans ce bar improbable, et à qui la proposition d’Andy Wahrol « chacun, dans le futur, aura droit à ses quinze minutes de célébrité mondiale » avait visiblement tourné la tête. Entre deux grèves et deux « manifs », cet étudiant en arts plastiques caressait alors son propre fantasme d’artiste. Sa pratique était prometteuse, d’ailleurs, dont témoignaient les Cocottes en carton géantes qu’il disséminait dans l’espace urbain, à Luxembourg, notamment, capitale voisine dont il fréquentait assidûment les galeries, en particulier celles de Martine Schneider et de Erna Hecey, surprises et ravies de voir débouler ce jeune Français bohème à l’enthousiasme communicatif. Mais, de toute évidence, le futur « directeur » d’Octave Cowbell n’avait pas encore arrêté de quel côté du manche il allait bientôt se poster. Le passage à l’acte, lorsque Hervé transforma pour de bon une partie de son appartement en espace d’exposition, amusa plus qu’il n’étonnât. Ce garçon qui n’avait pas froid aux yeux était capable de tout. Calme, piétonne, située au centre-ville, la rue des Parmentiers où il résidait se prêtait idéalement à son caprice. L’ouverture d’une « galerie alternative » au rez-de-chaussée du numéro 5 attira tout de suite les sympathies, sans que personne n’osât encore envisager la pérennité d’une entreprise dont quelque signe avantcoureur signalait pourtant la qualité spécifique : le fait que Nicolas Valance, jeune ingénieur en design se consacrât très sérieusement à la conception d’un minuscule escalier censé permettre aux visiteurs d’accéder au lieu sans passer par la porte. La formule «  Entrez par la fenêtre  !  » recueillit tous les suffrages, au point qu’elle faillit servir à désigner l’endroit, avant qu’on opte définitivement pour un énigmatique «  Octave Cowbell  ».

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On trouvera peut-être dans ce catalogue quelque explication quant à la genèse de ce nom mystérieux. Quoi qu’il en soit, cet escalier-fétiche joue, de toute évidence, un rôle de premier plan dans cette histoire, puisqu’il constitue, jusqu’à ce jour, l’emblème et l’identité de la « galerie » d’Hervé. En 2002, Hervé commença par exposer son frère, David Foucher, frais émoulu d’une école d’art, puis d’autres artistes, appartenant au cercle des amis proches, comme Corentin Grossmann et Samuel François. Mais cela ne devait pas rester une histoire de famille ou de copains, et l’idée s’imposa très vite d’une alternance entre artistes débutants et artistes confirmés. Les circonstances allaient accélérer les choses. En novembre 2003, la ville de Metz, que rien ne prédisposait à devenir un centre stratégique en matière de création contemporaine, se préparait à accueillir le CIPAC, un important Congrès des professionnels du monde de l’art. La position d’Octave Cowbell commençait à devenir intéressante. À cette occasion, Éric Poitevin, ancien diplômé des Beaux-Arts de Metz, et qui bénéficiait déjà d’une notoriété internationale, accepta aimablement la proposition de venir exposer quelques photographies dans ce lieu sans prestige. Entre temps, la pièce de l’appartement donnant sur la rue avait été repeinte, le plancher poncé, et, de fait, constituait, avec son éclairage au néon, un « white cube » tout à fait présentable. Hervé, de toute évidence, était sur le point de remporter son pari, démontrant aux sceptiques et aux grincheux la puissance performative d’une proposition purement volontariste. Les représentants de la Ville, du Département, de la Région, du Ministère ne renâclèrent pas à gravir les deux marches du fameux escalier. Dès lors, tout en continuant à revendiquer sa position marginale, Octave Cowbell commença à trouver sa place au sein des institutions et, même, à recueillir quelques subsides des pouvoirs publics. Attractive et conviviale (avec ses vernissages généreux et sansfaçon), la petite « structure », désormais dotée de statuts associatifs, allait faire preuve, pendant les années à venir, d’un dynamisme stimulant et d’une vraie pertinence locale. Certains artistes qui y avaient monté leur première exposition commençaient à se faire remarquer, à «  réussir  ». Lorsqu’il fut question de célébrer ses cinq premières années d’existence, l’association publia Un Quinquennat, premier catalogue rétrospectif au format d’un livre de poche préfacé, en termes très élogieux, par Jean-Jacques Aillagon.

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En 2008, lorsque la nouvelle équipe municipale initia, en catastrophe mais avec le succès que l’on sait, l’opération Nuit Blanche, elle trouva auprès d’Octave Cowbell un soutien massif dont elle se montra reconnaissante. En 2010, le Centre Pompidou, loin de renvoyer au néant d’où il était issu le plus petit de ses rivaux, exprima, par l’intermédiaire de Laurent Le Bon et de ses collaborateurs, sa bienveillance face à une liberté de ton dont l’insolence lui faisait nécessairement défaut. La petite fanfare de la rue des Parmentiers pouvait continuer à jouer, en contrepoint de l’orchestre symphonique du quartier de l’Amphithéâtre. Le « créneau » d’Octave Cowbell restait viable, imprenable. Aujourd’hui, Octave Cowbell possède sa place, son histoire, son style. Il constitue une sorte de modèle alternatif, et pas seulement aux yeux des jeunes gens qui, dans les écoles d’art ou à l’Université, ont l’âge qu’avait Hervé Foucher il y a dix ans. Octave Cowbell fait des émules. La Conserverie, Toutouchic et Modulab, pour ne citer que ceux-là, ont marché sur ses pas. Et ce n’est sans doute pas tout à fait un hasard si le dixième anniversaire d’Octave Cowbell coïncide avec le lancement d’un ambitieux réseau d’art contemporain en Lorraine. Olivier Goetz Président de l’Association Octave Cowbell

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Octave Cowbell n’est pas un lieu comme les autres. On y entre en passant par la fenêtre, sans effraction mais au contraire avec une invitation toujours bienveillante, via un petit escalier, signe distinctif que nul visiteur ne peut oublier. Depuis sa création par un groupe d’amis passionnés il y a 10 ans, cet espace situé au cœur de Metz n’a pas pris une ride : ni dans la dynamique de sa programmation ni dans la générosité de son accueil des artistes et du public. Expositions, réalisations in-situ, dîners d’artistes, marchés aux puces, résidences, ateliers, tables-rondes, éditions d’objets et publications, autant de projets réalisés intra ou extra-muros par cette association singulière qui symbolise la vitalité de la scène artistique lorraine. Accueillant sans distinction les professionnels de l’art, les amateurs éclairés, les passants curieux et les voisins complices, Octave Cowbell a cette capacité à générer une empathie immédiate, un lieu où l’on se sent bien. L’artiste Jean-Christophe Massinon, qui nous a quittés il y a tout juste un an, l’avait bien compris en s’engageant aux côtés de son ami Hervé Foucher, directeur d’Octave Cowbell, pour développer ses projets les plus audacieux. Audace et expérimentation sont en effet les mots clefs qui caractérisent l’action d’Octave Cowbell, que ce soit en invitant des artistes de renommée internationale à un nouvel exercice d’intimité ou en offrant aux plus jeunes, à peine sortis des écoles d’art, une première expérience professionnelle. Aujourd’hui, cet anniversaire, c’est la reconnaissance de dix ans d’engagement en faveur de l’art contemporain, au plus près des artistes et avec un enthousiasme sans faille. Mais c’est également le témoignage d’une complicité sans égale avec un public issu de tous horizons. La DRAC Lorraine, qui a soutenu Octave Cowbell depuis ses débuts, ne pouvait être que partie prenante de cette belle aventure à laquelle nous souhaitons longue vie. Un lieu professionnel incontournable et chaleureux qui a désormais fait des émules dans la ville de Metz ! Jean-Luc Bredel, directeur de la DRAC Lorraine

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On dit toujours qu’il est difficile de passer la porte d’un lieu de culture… Eh bien, ici, il suffit de passer par la fenêtre. Voici 10 ans qu’Octave Cowbell a osé… osé prendre le défi de l’art contemporain, osé prendre le défi de faire venir des artistes reconnus mais aussi des artistes en devenir… et inviter le public à leur rencontre. Et le pari est gagné car il se trouve là un beau lieu de culture : où les artistes, les œuvres, le public viennent se rencontrer… un regard furtif, on rentre par-là ? Oui… On est accueilli, guidé si on le veut dans la découverte… et la conversation se poursuit au milieu des œuvres ou dans la rue… parfois avec l’artiste… parfois avec d’autres visiteurs et on partage une passion, une initiation, une rencontre… J’aime ce lieu car il est sans prétention mais il est plein d’ambition. L’ambition de la culture : il ne s’agit pas simplement de créer, mais il faut confronter cette création aux regards de tous les autres : les professionnels, les institutionnels, les passionnés, les curieux… et tous ici peuvent entrer, parler et échanger. Il se construit alors face à l’œuvre une nouvelle création, celle que chacun voit, celle que chacun construit dans son dialogue soit avec son voisin, soit souvent avec lui-même. Il ne faut jamais accepter la culture comme un modèle imposé, contraire aux aspirations de la vie. Avec François Mitterrand à la Sorbonne en 1983, « Je n’invite personne à fermer les yeux sur le monde qui nous est donné aujourd’hui. Nous avons à le transformer, pas le fuir, moins encore à le nier. Sachons, face à lui, conserver la force de notre étonnement.  » Pour reprendre la parole de René Char : « Nous ne serons jamais assez attentifs aux attitudes, à la cruauté, aux convulsions, aux intentions, aux blessures, à la beauté, aux jeux de cet enfant vivant près de nous avec ses trois mains, et qui se nomme le présent. » Dans un monde où l’on aime les certitudes, dans une société qui ne supporte plus l’interrogation et le débat, mais qui pourtant perd ses repères, il est essentiel d’avoir des lieux comme celui-ci, des équipes comme celle-ci. Car ils forgent des convictions, car ils construisent un débat sans concession, car ils permettent de réfléchir à l’utopie, car ils sont des pistes, des relais vers un avenir plus collectif en étant attentif à ce présent. Et on ressort par la fenêtre et on repart de la rue… mais jamais comme avant. Thibaut Villemin, vice-président du Conseil régional de Lorraine

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Une fenêtre originale qui s’ouvre sur l’art contemporain dans ses formes les plus diverses ! C’est à Metz, au numéro 5 de la rue des Parmentiers. La galerie associative Octave Cowbell défend ici son point de vue, offre un regard sur les travaux singuliers d’artistes plasticiens, vidéastes… L’association nous invite aujourd’hui, pendant dix jours, à fêter son dixième anniversaire, une occasion de revenir sur le parcours de la plus petite galerie de Metz qui a su imposer son nom étrange aux côtés du Fonds régional d’art contemporain ou de l’École Supérieure d’Art de Lorraine, qui a vu aussi pousser le géant – et ami – Centre Pompidou-Metz… Dès le début, le choix est clair et affirmé : Hervé Foucher et ses pairs désirent la proximité et la convivialité, la simplicité mais aussi l’exigence artistique, «  un rapport simple, actif et quotidien à l’art  » défendu notamment par l’artiste regretté Jean-Christophe Massinon. Pendant cette décennie passée, la galerie Octave Cowbell a ainsi permis à de jeunes créateurs de s’exposer au regard des Messins et d’habiter ce lieu atypique. À chaque fois un défi, une chance et des amitiés nouvelles. Le Conseil Général de la Moselle accompagne l’expérience de ces passionnés depuis le commencement. Ce lieu a en effet toute sa place aux côtés des autres structures d’art contemporain existant sur Metz et avec lesquelles la galerie Octave Cowbell a su tisser des liens, créer des passerelles. Ces liens, l’association les étend aussi à d’autres expressions artistiques, avec Musiques Volantes par exemple. Avec la galerie Octave Cowbell, c’est un partenariat que le Conseil Général a développé pendant ces dix ans, puisqu’on y retrouve, comme une galerie de portraits, les neuf artistes mosellans qui ont bénéficié de la bourse départementale de Berlin ou encore de jeunes étudiants de l’École Supérieure d’Art de Lorraine que le Département soutient également. Le Département poursuit ainsi son soutien à la jeune création sur un territoire qui dispose de tous les atouts pour participer à l’émergence de talents et faire rayonner largement l’excellence : à Metz, bien entendu, mais aussi ailleurs en Moselle avec d’autres associations et d’autres lieux comme la Synagogue de Delme, Castel Coucou à Forbach, Plus Vite à Hampont, etc. Grâce à des passionnés comme ceux de la galerie Octave Cowbell, l’art contemporain est à la fois rencontre, réflexion, échange, découverte. Je tiens à féliciter cette petite équipe qui anime un réseau prometteur. Bravo pour ces dix années d’expositions audacieuses reprises au présent catalogue. Bon anniversaire à ceux qui animent ce lieu unique mais aussi une belle visite à toutes celles et ceux qui franchiront demain… la fenêtre de la galerie Octave Cowbell. Patrick Weiten, président du Conseil Général

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L’association Octave Cowbell nous réserve depuis 10 ans des surprises en apportant au public messin un regard, un brin décalé, sur l’art contemporain et la jeune création. Ce 10e anniversaire consacre le propos artistique d’une association dynamique loin du conformisme et de la facilité. 2002, c’est la première surprise que l’association Octave Cowbell nous a proposée en ouvrant, rue des Parmentiers, une galerie d’Art dont l’entrée se pratique par la fenêtre. Ont suivies 10 années de présentations de jeunes artistes, de performances et de projets hors les murs qui ont consacré une association pleinement reconnue par les institutions culturelles, le public et les artistes. Acteur dans la cité, elle a développé des partenariats avec toutes les structures de l’art contemporain en région et on peut citer parmi elles, l’École Supérieure d’Art, le Frac Lorraine, l’EPCC Centre Pompidou-Metz, la Synagogue de Delme, le centre d’art Faux Mouvement, Castel Coucou, etc. Ce travail ne s’est pas limité au territoire lorrain car des projets ont été tissés avec tous les acteurs de la Grande Région (belges, luxembourgeois, allemands) et de l’Europe, pour ne citer que leur échange d’artistes avec la Slovénie intitulé BLA ! BLA ! BLA !. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager une liste à la Prévert des jeunes artistes présentés soit dans la galerie Octave Cowbell soit au cours des événementiels de Constellation ou des Nuits Blanches. On peut citer notamment : Vincent Delmas, Samuel François, Hervé Foucher, JeanChristophe Roelens, Marco Godinho, Étienne Boulanger, Anne Delrez, Philippe Zunino, Aurélie Amiot ou Benjamin Dufour. La liste des artistes serait longue s’il fallait la décliner tant les projets ont été nombreux au cours de ces dix années passées. Ces exemples démontrent, s’il en était besoin, l’engagement militant de l’association à faire découvrir au public messin et lorrain toutes les facettes de l’art d’aujourd’hui ; association qui ne comprend que des membres bénévoles, il faut le souligner ! Ouverte aux idées et aux débats, l’association n’a pas résisté à l’envie de présenter des artistes reconnus au niveau national ou international tels Éric Poitevin, Solange Bertrand, Jean-Christophe Massinon ou comme vous avez pu le voir cet été Patrick Tosani. La dynamique des institutions et des acteurs locaux de l’art contemporain contribue à faire de Metz une place importante de l’Art en France et le travail mené depuis dix ans par l’association Octave Cowbell y a trouvé toute sa place. Je formule le vœu qu’elle poursuive avec cette même énergie et efficacité que nous lui connaissons, et lui affirme le soutien de la Ville à ses côtés. Antoine Fonte, adjoint au Maire, délégué à la Culture

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VOS MAGAZINES DE RÉFÉRENCE DANS L'EST ZUT ! ÉTÉ 2012

NUMÉRO 20

06.2012

ZUT ! ÉTÉ 2012

LA CULTURE N'A PAS DE PRIX

—— CULTURE TENDANCES & LIFESTYLE ——

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STRASBOURG

LORRAINE

NUMÉRO 14

NUMÉRO ZÉRO

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STRASBOURG

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SAiSON Nuit Blanche 5 JULIEN NÉDÉLEC

MAURICE LOPES Mer. 5 septembre ››› Ven. 5 octobre 2012

Ven. 5 octobre 2012

ZIM & ZOU Mer. 7 novembre ››› Ven. 7 décembre 2012 www.studio-piknik.com | Charlotte Sivrière

JUSTINE BLAU Mer. 6 mars ››› Ven. 5 avril 2013

SOPHIE HASSLAUER Mer. 9 janvier ››› Ven. 8 février 2013

XAVIER MARY Mer. 8 mai ››› Ven. 7 juin 2013

JULIAN MONTAGUE Mer. 19 juin ››› Ven. 19 juillet 2013

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23 ter rue de la Haye (f) 57000 Metz info@letoutouchic.com www.letoutouchic.com

du mercredi au samedi 14h00 à 18h00 (+ sur rendez-vous hors horaires)


100 expositions


Playtexte et Playmobil David Foucher

2002

du 25 août au 15 septembre 2002

Le travail de David Foucher questionne les images et les textes qui circulent sur Internet (webcam, livres d’auteurs comme La Métamorphose de Kafka, articles célèbres comme le J’accuse d’Émile Zola, ou images de presse...). Il joue sur la disparition de l’image et l’apparition du texte et inversement. Tout est dans le point de vue du spectateur, sa position devant l’image ou le texte. La récupération et la mise en confrontation de deux univers, images-textes, est la principale problématique de ce jeune artiste diplômé de l’École des Beaux-Arts de Tours. David Foucher conçoit également des sites web en collaboration avec le Groupe Laura, association tourangelle qui diffuse l’art contemporain dans la ville de Tours et aux alentours.

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Mon Parc Corentin Grossmann

Inkunstruction Samuel François

du 25 septembre au 18 octobre 2002

du 7 au 23 novembre 2002

Le travail de Corentin Grossmann s’inspire de la peinture des pays asiatiques à laquelle il ajoute un côté manga, ces BD japonaises qui regorgent de petits personnages loufoques.

Le travail de Samuel François se situe entre le graffiti, le graphisme et l’installation. Il tient à ce que sa production soit adaptée aux lieux  : peinture éphémère, vinyle autocollant repositionnable… Samuel n’oublie pas le travail fait auparavant dans la rue.

C’est bien de la peinture, mais sur des matériaux inattendus, comme la moquette, où la précision d’exécution n’est que plus remarquable…

Son travail est souvent lié à la guerre, logos inspirés des décorations de l’aviation militaire tchèque, ciels fluos qui rappellent ceux d’une guerre nucléaire.

Corentin Grossmann, étudiant en maîtrise d’Arts Plastiques à l’Université de Metz, propose également des installations multimédias et un riche travail sonore.

L’artiste navigue entre la rue, les galeries, un futur bureau de création et les multiples commandes de tee-shirts, flyers, stickers et autres produits dérivés. Samuel François est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Metz. Il a déjà à son actif des expositions à Milan, au Luxembourg et au Palais de Tokyo.

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Une petite pièce, des petites pièces

2003

du 14 février au 1er mars 2003

Une question essentielle était posée  : Comment faire rentrer une exposition de groupe de 36 étudiants/artistes dans un espace de 26 m2 ? Une solution  : quadriller toute la surface des murs avec des lignes bleus (fil de maçon) horizonales et verticales produisant des carrés de 38 x 38 cm. Chaque participant pouvait choisir occuper de 1 à 3 carrés maximum contigus ou non. Après avoir tracé les lignes bleues nous avions trouvé que l’espace était magnifique, une citation minimaliste très réussie. Pourtant il fallait jouer le jeu annoncé  : économie de moyens, espace vital réduit, frictions, vides, pleins, assemblages. Cet état des lieux rassemblant des dizaines de projets d’un groupe d’étudiants très hétéroclite avec dosage homépatique obligé mixant photographie, édition, vidéo, dessin, objets.... dans des carrés de 38 cm a permis en plus des échanges avec les visiteurs très nombreux de poser un regard critique sur le statut de l’exposition de groupe aujourd’hui. La galerie Octave Cowbell est bien placée dans le Top 100 des plus petits lieux d’expos «  pénétrables  » si on élimine les vitrines comme The Wrong Gallery de Maurizio Cattelan et les espaces nomades  : caravanes et autres «  musées en valises  ». Pour être le prochain curator de la biennale «  in the pocket » qui aura lieu en 2009 dans le « Transsibérien »... Je sais de quoi je parle. Jean-Jacques Dumont

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Dérivation(s) Emmanuel Molinet

Pattern Collectif Inkunstruction

du 17 avril au 8 mai 2003

du 23 octobre au 10 novembre 2003

Quels mécanismes, enjeux, constructions s’établissent et opèrent, nous entraînant dans une simulation de l’instant et du tout ?

Le collectif Inkunstruction s’articule autour de Samuel François, jeune artiste diplômé de l’École Supérieure d’Art de Metz.

Distinctions, paradoxales à l’égard d’un réel saturé et pourtant existant, qui sont en train d’affecter notre système immunitaire (collectif et individuel) et d’augmenter le risque (risque démographique, environnemental, politique, religieux, économique et sanitaire).

Le collectif propose pour la seconde fois une intervention in situ dans un lieu d’exposition. À savoir : un wall painting et une installation de treillis militaires et ballons de baudruche. Cette intervention questionne la place des marques dans le milieu Hip Hop et les valeurs symboliques qu’elles représentent.

Il s’agit d’extraire ce réel des images pour le percevoir dans ce qu’il est : un réel qui se fragmente, se comprime et prend une autre identité. Ce qui nous conduit à percevoir un autre rapport à lui, à sa complexité.

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Éric Poitevin

Le Dîner des Andouilles

Exposition personnelle dans le cadre du CIPAC 2003

Participation au CIPAC 2003 - Église des Trinitaires

L’œuvre photographique a dû jouer avec le lieu d’exposition, intimité et proximité, intérieur et extérieur. Une vache de 3 x 4 mètres a été accrochée dans la rue, une photo de paysage prend place au fond de l’espace, un portrait placé au-dessus de la cheminée rappelle que le lieu a d’abord été un appartement privé.

Dîner-concept d’Olivier Goetz et Frédérique Lecerf. Avec des performances d’Echopark et Skall et le concours des étudiants en arts de l’Université de Metz.

27 novembre 2003

du 23 novembre au 23 décembre 2003

Ce dîner entièrement gratuit et ouvert à tous (sur réservation, nombre de places limité à 150), a pour but de faire œuvre originale. Il allie ambiance musicale et visuelle à un repas gastronomique, avec une vraie vaisselle et de vrais serveurs.

Éric Poitevin va, avec cette exposition, à la rencontre d’un nouveau public, et pour l’association, il s’agit d’une nouvelle légitimité en montrant qu’il est possible de montrer des artistes reconnus à côté de jeunes artistes en quête de reconnaissance.

De plus, cette soirée sera l’occasion de promouvoir une spécialité locale menacée, l’andouille lorraine cuite dans la purée de pois.

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11, rue des Parmentiers F-57000 Metz bjorkvin.france@gmail.com www.bjorkvin.com


Léon, sa vie, son œuvre

Nicolas Valance et Hervé Foucher

2004

du 24 janvier au 20 février 2004

Proposition de Nicolas Valance et Hervé Foucher, l’exposition permet de découvrir des images réalisées par une personne inconnue, durant une période de treize ans (de novembre 1971 à décembre 1984). 3000 diapositives, achetées pour 20 euros dans une brocante de Bruxelles, représentant des scènes de vacances, des courses cyclistes, des fêtes, des sorties familiales…  Toute la production d’un individu, d’une famille, tout un univers. Les prises de vues peuvent paraître banales mais restent cependant uniques par leurs cadrages et leurs sujets. Il n’y a donc pas d’artiste, d’œuvre, mais une mise en image… Les diapositives sont à découvrir par les deux fenêtres de la galerie. Ce dispositif de vision du privé à partir de l’espace public pose, naturellement, la question d’un certain voyeurisme.

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L’homme assis dans le couloir

Another Bored Joe Julia Varga

du 3 au 7 mars 2004

du 25 mars au 16 avril 2004

À partir des pages de L’Homme assis dans le couloir, de Marguerite Duras, les étudiants de première année d’Arts Plastiques ont réalisé des photographies.

Exposition personnelle de Julia Varga, artiste hongroise, diplômée de l’École des Beaux-Arts de Cergy-Pontoise. Parmi toutes les informations que l’on peut glaner sur Internet, se trouvent des portraits de militaires. Pour être plus précis, de militaires ayant choisi une image d’eux dans le but de faire des rencontres. Sur ces sites de rencontres, ces photos sont présentées accompagnées de deux textes ; l’un qui précise l’identité de celui qui cherche et ce qu’il cherche, l’autre, une liste de mots-clés, deux ou trois phrases.

En une image, comment réaliser le sentiment éprouvé de cette lecture  ? L’objet de la fiction est l’image, toujours manquante, impossible ou interdite. L’œuvre de Marguerite Duras trouve sa place dans l’écart entre l’écriture et l’image. Chacun a projeté dans cet écart l’image de ses désirs... Cette exposition est accompagnée d’une lecture de Guy Didier, acteur au Studiolo de l’IRTS de Lorraine.

Julia Varga, au moyen de la vidéo, reproduit ces images ainsi que les textes qui les accompagnent. Le geste est minimal et l’effet est maximal.

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Un-Heimlich Valérie Bert

Youpi Uriel Krakover

du 14 mai au 11 juin 2004

8 et 9 mai 2004

Dans le cadre des Ateliers Ouverts

Artiste multimédia, Valérie Bert travaille sur l’accumulation d’images.

Installation d’une rampe de skate dans l’espace de la galerie.

Pour cette intervention, elle a voulu privilégier le lieu en proposant une installation vidéo qui jouera avec les fenêtres de la galerie, en produisant des images avec une actrice, en rapport avec la fenêtre de son appartement à Paris.

Six DJ’s se relayent le temps d’un week-end  : Giant Metal, Gilles Sornette, La Neige… Installation vidéo : VJ Pirat, Nicolas Nalé.

(Voir les sites web http://lepluslegerdpi.free.fr ou http://osmos.free.fr.)

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AMG Mars et Damir Radovic

Une immanence plate Philippe Zunino

En collaboration avec Castel Coucou.

« Je m’adresse aux langages »

du 10 au 25 juin 2004

du 23 septembre au 16 octobre 2004

Exposition du collectif Mars et Damir Radovic, artistes français et bosniaque.

Une diffusion publique des œuvres sonores de Philippe Zunino.

Installation, questionnement sur l’Europe.

Dans les pièces sonores de Philippe Zunino, nous assistons à une écriture qui parle d’elle-même, qui n’invoque pas la grammaire, mais plutôt l’oralité sous toutes ses formes.

«  Nous avons demandé à Dean Inkster (critique d’art) de nous écrire un texte sur la notion du J-1 ainsi qu’une interview du collectif. Nous sérigraphions en grand format les deux textes que nous apposerons à l’entrée de la galerie. » AMG Projets  : Parking AMG performance, Veine de soldat installation, Mammifère Animal Respirant en Surface tirage numérique, Les vieux sont de doux rêveurs installation, Radeau de la Méduse installation, 3mcube de fumés tirages numériques et installation, Plan d’invasion de musée maquette, La dissolution de l’origine du monde vidéo.

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MY MONKEY art & graphic design gallery

ART, GRAPHISME, CACAHUÈTES, HUMOUR, VIN.

15 r du fbg des 3 maisons f-54000 Nancy contact@mymonkey.fr

+33 (0)3 83 375 408 +33 (0)6 10 883 779 (GSM) www.mymonkey.fr

www.mymonkey.fr

Avec le soutien de la DRAC de Lorraine, de la Ville de Nancy, de la Région Lorraine et de toi.


Comfort Room Jason Gubiotti

Impact 2 Franck et Olivier Turpin

du 21 octobre au 11 novembre 2004

du 15 au 25 décembre 2004

Performance in situ et projection de la captation pour la durée de l’exposition.

Les peintures de Jason Gubbiotti empruntent au registre urbain  : celui du territoire et de sa représentation, des architectures, des contours d’immeubles et de l’ensemble des lignes et des structures qui régissent visuellement la vie urbaine. Leur imagerie ne relève pas d’une esthétique académique de l’art abstrait, mais davantage de la culture pop, du consumérisme, du design ou de la mode, autant de références qui situent ce travail dans le contexte du paysage culturel contemporain.

«  […] Les techniques mixtes (vidéos, dessins, animations, sculptures en bois ou en résine, photographies) utilisées par Franck et Olivier Turpin sont toutes au service d’une même préoccupation : l’objet matriciel. […] Lorsqu’ils prennent la décision de se rejoindre dans une pratique artistique commune en 1995, c’est avec une véritable série vidéo, à épisodes, intitulée Siamoiseries. Ce médium semble alors le plus apte à transmettre quelques uns de leurs sujets : le mouvement bien entendu, la mise en scène, le théâtre, le jeu, le “marionnettique”. L’identité du duo est repérable au kit combinaison et casquette blanche des peintres en bâtiment qu’ils arborent. Rien de très sophistiqué. Malgré tout l’uniforme virginal de nos compères indique déjà, à travers quelques courtes vidéos fantaisistes et burlesques, davantage l’état d’esprit du laboratoire que celui du chantier de peinture. À courir, danser, escalader, boxer, à travers des paysages urbains, marins, campagnards, Franck et Olivier Turpin s’inventent de véritables épopées. Toutes leurs aventures s’inscrivent dans un décor naturel. Mais il n’est pas question de cinéma. Il est question de vision. Et la vision c’est la distance. La distance entre les corps. Apparaît un des leviers du travail artistique des Turpin... » Claire Le Restif, le 15 juin 2003

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Faute photographique Cédric Tissot

2005

du 17 mars au 3 avril 2005

L’ensemble se compose de trois projets particuliers mis en œuvre autour de la photographie comme aberration et de l’objet photo comme trace de sensation et de consommation industrielle. Une série de photographies numériques ayant pour sujet la pellicule photosensible : un passage photo entre médiums. Une autre série de photographies intitulée films qui représentent uniquement les contours et les plis de lumière de feuilles plastiques transparentes. Le sujet représente l’objet même de la composition des photographies industrielles, le plastique. Un assemblage fait de photographies oubliées par leurs auteurs dans les points de vente/développement. Rassembler sous forme de masses les images de mémoire d’inconnus qui sont littéralement des photographies oubliées ; comment ce qui sert à se souvenir a été oublié au magasin.

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Catastrophe ! Mucus Cumul 1 Infiltration Corentin Grossmann Mucus Cumul 2 Gregory Wagenheim

Julien Grossmann

du 7 au 10 avril 2005

du 14 au 30 avril 2005

Le projet Catastrophe  ! propose un espace immersif étrange, mêlant dessin marouflé à même les murs, personnages 3D imprimés, sculpture, projections vidéo et environnement sonore.

Une surface d’eau non filtrée recouvre les deux-tiers de l’espace de dessins vectoriels immergés  : une faune de protozoaires imprimés s’étend et se confronte aux insectes et autres poussières qui viennent mourir dans l’eau du bac. Au sommet de la cheminée, trois crevettes chantent une messe morne, retransmise par un haut parleur fixé au plafond, duquel proviennent également des bruits aquatiques.

Il est question de l’Homme, de sa condition physique et des limites qu’il éprouve au contact de son environnement, en résonance au tsunami du 26 décembre. De la confrontation du dessin (graphite), utilisé pour définir un espace exotique dérangé, et des personnages 3D « universels », s’instaurent de multiples jeux de postures accentuant l’idée d’un chamboulement physique des éléments après la catastrophe.

L’étrangeté de la scène, la transformation de l’appartement en un espace mystique où la cheminée devient un hôtel et où la rosace du plafond diffuse des chœurs quasi-religieux, les frictions du vrai et du faux contribuent à poser la question de ce qui peut causer cette infiltration plutôt ambiguë...

L’installation introduit des dimensions imperceptibles à ce fait d’actualité et propose un regard plus poétique et synthétique, sans s’éloigner des images stéréotypées de plages paradisiaques et de végétation luxuriante.

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Moto 2005 Pique-nique Mucus Cumul 3 Mucus Cumul 4 Denis Knepper Nicolas Muller

Mélanie Blaison Amandine Meyer

du 6 au 8 mai 2005

du 12 au 15 mai 2005

Cette troisième exposition du cycle CUMUL présente un travail de dessin centré autour du thème de la moto.

Le jeune collectif MUCUS poursuit son cycle d’exposition à la galerie Octave Cowbell avec Pique-nique, une installation poétique évoquant l’univers de l’enfance et sa part de fantasmes.

Des photos, des images prises sur le net ou dans des magazines deviennent des outils de travail. En pratiquant le dessin à l’aide de diverses techniques de reprographie, l’image initiale se métamorphose.

Chiens de faïence et dessins installés apparaissent comme des créations pulsionnelles où l’inconscient et ses jeux érotiques pourraient bien nous semer.

Ainsi, de cet amas d’éléments clichés et stéréotypés naissent de nouveaux samples qui, mis côte à côte, créent de nouvelles narrations  ; narrations qui la plupart du temps restent relativement primaires car résultant souvent d’un simple jeu de superposition ou de chevauchement.

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Les fleurs du bord de route Anne Delrez

Apposition Marie-Christine Dieudonné

du 19 mai au 16 juin 2005

du 29 septembre au 15 octobre 2005

Au cours de mes errances routières, je n’ai jamais vu les personnes à qui nous devons ces fleurs ; je n’ai jamais surpris une silhouette penchée sur sa composition. Je ne l’aurais pas photographié. Mais, elle m’aurait certainement aidé à saisir qui sont ces gens qui s’approprient ainsi l’espace public pour y faire pousser anonymement un espace d’intimité.

Rapporter un lieu, un morceau de ville dans la galerie. Le cadrer pour le saisir petit à petit, et accumuler ces détails afin de recréer cet espace, comme ornement, autour d’un autre détail présent dans la galerie. «  Un lieu, c’est difficile à appréhender, à saisir  ; mais l’analyse de l’espace de la galerie me permet d’établir une règle qui me guidera dans cette recherche. Cette pièce est composée de décors peu perceptibles mais qui se superposent, se répètent autour de chaque cadre  : les fenêtres, les portes, et la corniche du plafond. Ce sont de petits détails qui permettent une accroche, une liaison possible avec l’extérieur. La galerie, c’est une boîte, c’est concentrique. Vue en plan, c’est une sorte de carré tronqué. Vue en perspective, ce sont les faces d’un cube liées à 90°: c’est un schéma perspectif classique avec ligne d’horizon, fuyantes, et point de fuite :

Alors, je les imagine, toutes différentes, comme sont leurs bouquets. Prenant le temps de choisir, de créer, de regarder encore un peu, de se recueillir au rythme des voitures qui défilent, agitant l’air qui fera vibrer les pétales. Choisir ce lieu comme si nous étions plus proches de nos êtres manquants quand nous nous trouvons sur le lieu du départ précipité. Je n’ai jamais vu les « restants » déposer les fleurs pour les absents. Ces mausolées sont d’étranges composites  : instinctifs, proches d’un art brut, d’un art populaire. Une sorte de lieu de liberté où s’exprime la souffrance du manque, d’un mort qu’on ne veut pas trop vite oublier, trop vite cacher. Alors que peu s’habillent religieusement de noir afin de mettre en avant leur fragilité, surgit au détour des virages une culture du deuil.

“La chambre à demi vide avec son plancher de navire tout juste jointoyé dont les lignes de fuite marquées par les orifices spiralés des branches et les clous polis s’orientent vers un même point dans le lointain, a quelque chose de spacieux et de noble qu’elle doit à un ornement en ellipse sur le plafond en stuc.” (Peter Handke, L’Absence)

Nos paysages sont ponctués de bouts de mémoire, de déclarations d’amour, d’intimité.

Un lieu de ville, c’est un flottement permanent. Certes, c’est un espace avec haut et bas, gauche et droite, dessus et dessous, mais on est dedans et dehors en même temps. C’est un espace perspectif vertical en frottements continus.

Anne Delrez

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8 rue de la petite boucherie 57000 Metz 09.51.63.66.07 cetaitoucetaitquand@free.fr www.cetaitoucetaitquand.fr

La galerie est ouverte : mercredi, jeudi, samedi de 14h à 18h vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h

Avec le soutien de La Région Lorraine, du Conseil Général de la Moselle, de la Ville de Metz, de la Drac Lorraine, du Café Rubis, de La Cour des Grands et de La Plume Culturelle.


Burn Baby Burn Olivier Kosta-Théfaine du 20 octobre au 6 novembre 2005

Burn Baby Burn est une exposition résolument « from la banlieue » !

Le choix d’un cadrage permet de le saisir morceaux par morceaux. L’accumulation de ces détails me donne un espace : un ornement d’échantillons d’espaces autour d’un autre détail qui fait partie lui-même d’un autre espace (celui de la galerie). Ma démarche est d’extraire un détail de ce cadrage, révéler ce qui fait champ et hors-champ et ainsi mettre en évidence les transitions, les espaces interstitiels, ce «  vide  » qui permet une apposition aux «  pleins  » de la galerie. La photographie du lieu qui sera apposée à celui de la galerie sera décortiquée afin de démontrer le passage de cette infime ligne entre premier, second et troisième plan, ce frottement imperceptible parce qu’insaisissable, entre des plans qui pourtant se répètent, comme autant d’anecdotes, pour faire décor autour d’une ligne de fuite. »

Dans chacune de ses interventions, Olivier Kosta-Théfaine utilise des éléments issus de la culture populaire qui font référence à des univers déconsidérés par la majorité. Sortie de son contexte, puis disposée dans la galerie, chaque pièce redevient, le temps d’une exposition, une œuvre d’art à part entière et semble enfin acquérir un statut honorable.

M.-C. Dieudonné

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Urbest

Étienne Boulanger & Thierry Géhin

2006

24, 25 et 26 janvier 2006

Dans le cadre du 12e salon pour l’espace public, en collaboration avec Castel Coucou. Présentation sous forme de vidéo-projection du travail de deux artistes qui travaillent en lien avec l’urbanisme : Étienne Boulanger (résidence à Berlin) www.etienneboulanger.com et Thierry Géhin (Architectures provisoires, résidences Frac Grand Est, en Meuse produit par le Frac Lorraine en collaboration avec le Vent des Forêts). Présentation d’une publication sur le thème de l’art en milieu urbain, la commande publique, intitulée Dédales et méandres, quand l’art se fait urbain de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Nancy.

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Alain Amsellem

Jean-Christophe Roelens

du 26 janvier au 10 février 2006

du 5 au 25 mars 2006

Je fais de petits films vidéo, comme on tient un journal, tous les matins.

L’artiste messin Jean-Christophe Roelens présente pour la première fois ses peintures à Metz.

Ça a à voir avec la cuisine d’images, sons, textes, collectés un peu partout, devenus, plus tard, au démoulage, un petit montage de 5 à 7 minutes.

Ses paysages de couleurs, pour la plupart de très grands formats quasi monochromes, témoignent d’une fine sensibilité et de qualités de peintre désormais solides.

Délires d’introversions sur des cycles courts.

«  J’ai toujours l’impression qu’un tableau me regarde bien plus que je ne le regarde. Que c’est moi qui fais office de perspective. Que lui est total, inaltérable, et qu’il m’observe de travers, dans ma fragilité ».

Des tricycles, d’humeurs péri-mentales et de pré/occupations concentrées. C’est que je cherche encore comment mixer la viande hachée sans trop d’efforts apparents.

«  Je suis toujours ce que je vais devenir  », disait Georges Perros.

Alain Amsellem

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Le spectacle est dans la cuisine Xavier Célanie

La Mafia Normale

1er avril 2006 - concert

du 20 avril au 6 mai 2006

Le spectacle est dans la cuisine est une exposition de dessins, de bandes dessinées et de graffitis. On y découvre un univers loufoque où se côtoient, l’air de rien, guerriers intergalactiques et agent techniciens de surfaces. Il y a dans ces situations un rapport du quotidien à l’extraordinaire et de la place que ce dernier prend dans nos vies.

Ce qu’il y a de bien avec la vie, c’est qu’il existe des moments rares et magnifiques, comme profiter d’un délicieux vernissage à la galerie Octave Cowbell ou écouter du gangsta rap à fond les ballons  ! Qu’à cela ne tienne  ! Breakolage et ce bon vieil Octave s’associent pour vous donner tout cela, en effet, après la récente sortie de prison de leur leader, le cartel de la Mafia Normale vient remuer la merde ! À grands coups de langage de rue, les rimes fusent comme des missiles sur des beats atomiques, tenez-vous prêts pour cette déflagration sonore digne du Bomb Squad et de Kid Frost réunis. Vous n’en sortirez pas indemne... Yeah Yo et Cheapy Chips

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Arabeskiale et Lorkaïda

Quelques minutes en retard ou un temps en avance

Sabrina Lahrèche & Laure Bensoussan

Marco Godinho

du 18 mai au 3 juin 2006

du 29 juin au 15 juillet 2006

Arabeskiale

La proposition d’un espace à penser le temps.

Sabrina Lahrèche, jeune artiste d’origine algérienne, travaille sur la question de la place de la population arabo-musulmane en France et de sa représentation dans les médias. L’artiste puise son langage artistique dans la culture musulmane et occidentale en utilisant des symboles forts : voile islamique, versets coraniques, drapeau et écharpe tricolores... Qu’elles prennent la forme de photographies, d’interventions dans l’espace urbain ou de vêtements, les œuvres de Sabrina Lahrèche traduisent les préoccupations d’une population à la croisée de deux cultures.

Attendre, pour s’acheminer vers d’autres destinations. On est déjà ailleurs quand on attend, notre imagination se met en route, comme un voyageur qui arpente les chemins du monde, sans limites ni frontières. Mais par l’attente le visiteur observe ce qui l’entoure. Il peut dialoguer avec d’autres visiteurs, se confronter à l’inconnu. Ces points d’arrêts sont des liens entre deux  ; on imagine qu’il y a toujours quelque part un point d’arrivée. C’est cette durée qui m’intéresse, attendre pour aller quelque part, mais entre temps que se passe t-il ? C’est plutôt le temps qu’on consacre aux choses qui m’intéresse et pas celui qu’on croit y consacrer. Attendre devient un espace de réflexion si on est disponible pour se prêter à l’expérience.

Lorkaïda (Vidéo, 01:38, 2005) Par un amalgame de codes culturels et religieux, sous la forme d’une parodie absurde d’un reportage de la chaîne Al Jazira, cette vidéo de Laure Bensoussan réunit des éléments qui, dans la culture arabo-musulmane contemporaine, sont considérés comme provocants voire blasphématoires.

Ce point d’arrêt propose un moment de relâche. Un instant d’action personnelle en déplacement, qui permet de s’évader au quotidien en regardant autrement ce qui nous entoure. Se déplacer pour pouvoir faire l’expérience du temps dans l’espace, attendre que quelque chose se passe, prendre le temps pour lire des messages codés, s’asseoir en face de quelqu’un, prendre en considération la présence de l’autre, passer quelques instants en sa compagnie, se recueillir tout seul pour penser le temps, contourner un obstacle, s’approprier un peu de courage pour continuer la visite.

Du paradoxe de l’artiste présentant ses peintures dans ce contexte, naît un questionnement sur les environnements parallèles coexistants de création et d’évolution artistique.

Marco Godinho 55


Keep the dust Étienne Boulanger

Water Building Nicolas Schneider

du 14 au 30 septembre 2006

du 19 octobre au 4 novembre 2006

L’exposition Water Building à la galerie Octave Cowbell présente une série de 14 aquarelles monochromes rouges, toutes du même format, et trois dessins polis sur plexiglas.

Le travail développé depuis 2004 est basé sur la standardisation et la radicalisation de l’urbanisme à Pékin. La ville éventrée est propice à l’émergence d’espaces et de situations transitoires, matière première nécessaire à ma démarche artistique. Des interventions sont opérées directement en ville de façon à infiltrer et à interroger cet environnement architectural mouvant.

Nicolas Schneider dessine énormément, quotidiennement, depuis toujours. À partir de petits dessins confinés dans ses carnets, il réalise de grandes peintures aquarellées sur papier. L’alchimie entre l’eau, le pigment et le support est spectaculaire. Il y a quelque chose de mystérieux dans le surgissement des macules sur la surface. L’eau est à la fois matière et sujet, les formes aléatoires qu’elle dessine apparaissent fluctuantes, changeantes. Rien n’est dit, mais ce qui se passe dans l’espace même de la feuille de papier invite à la réflexion et bouleverse nos certitudes pour laisser la part belle au rêve, grâce en partie à la qualité des monochromes et à la vivacité des couleurs (une expérience mentale puisque l’artiste est daltonien).

L’installation présentée à la galerie Octave Cowbell rend compte des dispositifs de fortifications temporaires érigées en périphérie des nombreux chantiers de la ville. De la même manière, le volume de la galerie est sectionné par une paroi non linéaire qui fragmente l’espace et contraint la circulation à l’intérieur du lieu. Ce mur est utilisé comme support pour la projection des trois séries diapositives réalisées en 2005 et 2006, Covers, Frames et Fences. Étienne Boulanger

Les 14 aquarelles peuvent être prises comme des légendes d’une carte de rivières, celles que Nicolas Schneider aime parcourir. Dans les trois dessins sur plexi, il y a une volonté de disparition, d’évaporation. Le dessin disparaît et apparaît au gré du mouvement du regardeur telles des images se reflétant dans l’eau.

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Une leçon de peinture d’Oskar Kokoshka à Günter Brus dans une exposition de Hermine Bousquet

Sylvère Hieulle

La Galerie du Cartable

du 6 au 11 novembre 2006

du 24 novembre au 9 décembre 2006

Sylvère.h est un photographe à l’ancienne, mais jeune. Originaire de Reims, il collabore au magazine Come Unity, et s’illustre régulièrement au travers de portraits de musiciens. À Octave Cowbell, dans le cadre de Musiques Volantes, il propose une série de paysages autour de son terrain de prédilection, ainsi que trois portraits.

La Galerie du Cartable (Fabrice Cotinat, David Legrand, Henrique Martins-Duarte), structure audiovisuelle portative pour piéton, présente depuis 1999, Une leçon de peinture d’Oskar Kokoschka à Günter Brus dans une exposition d’Hermine Bosquet. Dialogue non cultivé écrit à deux mains par Gilles Durand et David Legrand. Quand l’expressionnisme s’allie à l’actionnisme (hier) pour un acte d’extrême culture qui rejoint l’extrême simplicité (aujourd’hui) afin que l’homme cultivé se retrouve à un autre niveau que l’homme culturel. Oskar Kokoschka : Benjamin Thomas Günter Brus : Hermine Bosquet Le filmeur Camerarius : Xavier Aujoulet Le kakkeur : Frédéric Lignon et David Legrand

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Il faut calmer Joël Hubaut David Michael Clarke et Joël Hubaut

2007

17 janvier 2007 à 19h10

Sur une invitation de l’École Supérieure d’Art de Metz. (option art) Un million et 44e anniversaire de l’art Projection de la vidéo-performance créée pour l’occasion Il faut calmer Joël Hubaut par David Michael Clarke et Joël Hubaut.

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De l’autre côté Mathilde Mestrallet

Sébastien Gouju

du 25 janvier au 17 février 2007

du 8 au 31 mars 2007

De l’autre côté, photographies

En disposant une armée de figurines en plomb teinté, mon projet est de confondre des sculptures à l’espace naturel. Ces figurines représentent des soldats de douze centimètres environ portant perpendiculairement une feuille d’arbre comme couvre-chef. Ces feuilles ont pour objet de donner le sentiment de surélever l’espace plan du sol, de dissimuler les personnages. Le camouflage, la nature et les artefacts sont au cœur de ce projet. L’installation implique le mouvement du regardeur, sa participation dans l’espace d’exposition. Pour appréhender la totalité du travail, le regard devra frôler le sol.

Je me suis intéressée aux anciens quartiers ouvriers situés à Stiring-Wendel, plus particulièrement aux façades des maisons. Ces quartiers sont situés à proximité de la frontière allemande. Ces maisons sont des copropriétés, dont la limite de propriété est clairement dessinée. Chaque maison est identique par sa forme initiale, marquée d’une limite précise, mais singulière par l’évolution de chaque partie de la copropriété. Chacune ressemble à l’autre, mais gagne une identité dans sa division. Chaque façade est séparée en deux, par différents crépis, couleurs, portes et fenêtres… J’ai essayé par différents cadrages de mettre en tension ces « accidents » d’architecture.

- Vues du haut, les feuilles créeront un espace plan fragmenté. Ils formeront ainsi un tapis de feuilles parées de tous les tons du plomb et du cuivre. - Au niveau du sol, le regard offrira, la vision d’une forêt de petites figurines.

Aller retour, vidéo Dans un ancien quartier ouvrier, un jeune homme en selle sur sa mini-moto, un camion d’entrepreneurs et une voiture tournent en rond, passent leur temps. Manège incessant, chorégraphie improvisée, vertige d’un jeu.

À travers le volume et les matériaux, il s’agit de questionner le point de vue, l’image. En défendant l’idée que celle-ci a quelque chose de faux, d’irréel. Sébastien Gouju

Mathilde Mestrallet

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L’exposition politique Cédric Geney

Judd

7, 8, 19, 20 et 21 avril 2007

du 3 au 19 mai 2007

Un Fingerskatepark (piste de skateboard pour doigts) sera mis à disposition pendant la durée de l’exposition.

Opportuniste et rose, L’exposition politique de Cédric Geney chez Octave Cowbell présente, à l’occasion des élections présidentielles, un ensemble de dessins et de peintures, ainsi qu’une peinture murale réalisée sur place.

Concert Samedi 07 avril à partir de 22h00.

Les acteurs de cette élection, candidats et personnalités politiques médiatiques, sont confrontés ici à la rhétorique d’un discours économique soi-disant dominant. Avec humour et une pointe de cynisme, la question de la soumission du pouvoir politique aux « réalités » industrielles et capitalistes est posée.

PARAL-LEL (Lyon-live) À la fois fédérateur et pointu, Paral-lel nous promène d’un bout à l’autre du spectre de l’electronica, en commençant par le mélange hip-hop/grime, en passant par l’ambiante, pour finir par du nu-break/jungle à vous faire péter le slip. www.myspace.com/pll -- www.beerecords.com GIANT METAL (Metz-live) Giant metal mélanges scratching et machines analogiques pour un parcours entre hip /hop et electro crado. www.myspace.com/giantmetal DJ MOATIB (Metz-dj set electro breakbeat) On ne présente plus ce phénomène qui va vous emmener vers des terrains nouveaux, puisque pour l’occasion, il laisse ses disques de jungle pour du breakbeat. www.myspace.com/moatib

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En même temps Alberto Sorbelli

L’art du jeu de l’oie «…sa nouvelle œuvre intitulée : “En même temps, jeux des médias avec la société” est un autre commentaire de la société du spectacle. Le principe : 18 organes de presse (Art Press, Les Inrockuptibles, Le Monde ou le new-yorkais Very) ont accepté de lui offrir de l’espace, comme on prête ses murs à une exposition…  » Gilles Verdiani pour la case 40, paru à la page 18 de Elle, n˚2873 du 22 janvier 2001. Les commodités de la conversation

du 31 mai au 23 juin 2007

«  … Alberto Sorbelli a décidé, plutôt que de venir se représenter, d’investir la presse. Il a ainsi contacté differents journaux, revues et magazines, leur proposant de convertir, le temps d’un numéro, quelques-unes de leurs pages en autant de cases d’un jeu de l’oie qui ne prendra corps qu’au fil du temps, au rythme des parutions. Si la connotations désuette du jeu de l’oie (il trouve son origine dans les sauteries libertines de la Carte du Tendre au XVIIIe siècle) contraste avec son mode de formalisation et de diffusion (les réseaux des médias), c’est qu’Alberto Sorbelli navigue volontiers entre modèles du passé et pratiques contemporaines.  » Yvane Chapuis et François Piron pour la case 56, paru à la page 34 de Mouvement n˚7 fevrier/mars 2000.

Éditorial «  …  Enfin, il nous a paru intéressant d’intégrer à ce numéro le projet réel d’un artiste (et non sa description). Alberto Sorbelli propose de produire une œuvre dans l’espace de plusieurs médias, sorte de “jeu de l’oie”, ou pour le dire autrement, de “jeu transitionnel” entre le spectateur, le médium et l’artiste. Le journal du Cnp devient ainsi l’un des “espace d’exposition” de ce projet, donnant du même coup un air de réalité à ces virtualités fabuleuses que sont les projets d’artistes.  » Regis Durand et Francis Lacloche pour Le Journal du Centre National de la Photographie n˚ 10, 1999.

Le jeu de l’oie «  Les interventions d’Alberto Sorbelli se glissent dans cette limite inframince de l’expérience réelle et fictive. Il joue la pute dans des lieux d’expositions, le secrétaire de M. Sorbelli, se fait tabasser à la Biennale de Venise. Des provocations qui sollicitent explicitement des réactions, définissant en miroir le langage de l’artiste. Depuis un an, Alberto Sorbelli diffuse des images issues de ces actions qui s’immiscent dans le réseau des médias sous le titre En même temps. Ces parutions diffractées se synthétisent “ici et maintenant” dans Jalouse en forme de jeu de l’oie…  » Sébastien Pluot pour les cases 86/87/88/89/90 paru à la page 38 de Jalouse, n˚38, mars 2001.

Moralité de l’immoral «… En dispersant son moi dans les médias et en se (re) présentant sous la forme d’une histoire inachevée, Alberto Sorbelli se produit aujourd’hui comme il le faisait il y a cinq ans avec le choréographe Andy Degroat à Paris, dans le Salon d’honneur de l’Ensba : effraction, fait d’hiver, éparpillement d’états, de songes et d’histoires. Ne faisant pas semblant mais ayant l’air de faire semblant. Un être humain en somme… » Guy Tortosa, pour la case 27, paru à la page 122 du catologue de l’exposition Nous nous sommes tant aimés, décembre 1999 - fevrier 2000, commissaire de l’exposition : Alfred Paquement.

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Statégies d’apparition «  … Au-delà de la simple apparition, l’inflexion du flux de signes des médias vers un autre mode de communicaton est l’une des stratégies adoptées. Alberto Sorbelli injecte de l’intime dans le champ médiatique, espace public par excellence, en glissant systématiquement au milieu de ses interviews publiées dans la presse son propre numéro de téléphone  : exercice de déviation, extirpant le lecteur de sa neutralité par la soudaine divulgation d’une information d’ordinaire occultée, qui le convoque à une attitude de possible acteur d’une communication directe, non médiate. » François Piron pour Le Journal du Centre National de la Photographie, n˚ 11, 2000.

Metz-Plage Anne Delrez

du 27 août au 22 septembre 2007

Plongeons dans Metz-Plage tandis que Paris-Plage s’étiole sous les brumes. La capitale imite la province avec cinquante ans de retard. L’époque est formidable. Une galerie commémore une piscine remarquable. Le Corbusier disait qu’il n’y avait rien de plus beau qu’un paquebot. David Hockney a tenté des années de fixer des reflets dans l’eau. Et nous voici dans la piscine du Luxembourg pour la commémoration d’une piscine remarquable du siècle dernier. Tout coule. Le nageur est un fleuve. Le temps un enfant qui barbote dans un bac à sable.

La thématique du corps travesti «… Je m’étais déjà exhibé dans des vernissages internationaux habillé en prostituée, distribuant ma carte avec mon numéro de téléphone : +33 (0) 616 34 74 70. C’est visà-vis du devenir dans le rôle que je suis sensible au doute. Le doute est pour moi une véritable matière, j’y attache un grand intérêt pour la seule forme d’art qui est aujourd’hui essentielle, dans ce parcours inévitable de dématérialisation de l’œuvre. Car même si on continue parallèlement à sculpter la pierre ou à peindre des tableaux – moi-même j’ai une pratique du dessin que je soutiens – l’après-Duchamp nous oblige à considérer une telle évolution de l’art.

C’est avec plus que de l’enthousiasme, une exaltation véritable, qu’on se laissait traîner là. Nous étions jeunes et les choses avaient du goût. Odeur de frites et de marécage. Car la rivière borde les installations balnéaires et les embarcations de passage font des bruits de moteur. O l’odeur des frites de ce temps là ! Découpées main et bien grasses ! Grand bain, grand cornet, grand appétit ! Rien encore de « maxi ». Jusque là tout était parfait.

… Mon œuvre a un tissu tellement proche de celui de la vie qu’on a du mal à l’en séparer. On a dit de moi « il joue à ne pas jouer ». Ce personnage travesti en bouffon, ce fou travesti en personnage anonyme de notre quotidien, nu tel un cynique de l’Antiquité, tombé par magie hors de son temps, a dû se travestir pour survivre. C’est évidemment le secrétaire, la pute, l’agressé, c’est aussi l’étrange, l’hétérogène. C’est la nudité de l’esprit, la seule matière que je peux travailler en tant que plasticien. Mon seul vrai travestissement, à la façon d’Hamlet, ma seule vraie nature. Être ou ne pas être travesti ? Qu’est-ce que se travestir et avoir l’air de l’être ? Être travesti et ne pas avoir l’air de l’être ? » Chantal Hurault pour Alternatives Théâtrales, avril 2007.

Benoît Goetz

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To spiti Diane Moreau & Olivier Goetz

IRIS... Charles Kalt

du 27 septembre au 14 octobre 2007

du 18 octobre au 3 novembre 2007

Charles Kalt est professeur à l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg, il présente pour la première fois son travail à Metz. L’exposition comportera une sélection de travaux récents qui sont construits autour d’un travail de la couleur dans l’espace. Des variations sont proposées autour d’une forme récurrente  : l’irisation. Les pièces sont réalisées à partir de formes simples et abstraites en référence à l’art concret.

Programmation évolutive, exposition, projections vidéo, restauration. Comme on revient de voyage à la maison avec ses valises remplies de souvenirs, la mienne sera remplie de différentes œuvres échelonnées sur plus de 30 ans. Gravures, dessins, photos, éléments sculpturaux, le tout constituant une chronique visuelle, une espèce de souk de la mémoire qui veut enregistrer en décrivant le moment, les visages, la collecte des éléments qui se sont assemblés sans discrimination, trouvés au hasard des déambulations quotidiennes.

« Mes travaux sont le résultat d’une démarche qui consiste à utiliser la couleur imprimée pour produire des pièces uniques composées de multiples. Obtenus par des jeux de construction, ils exploitent les processus spécifiques du médium. Il s’agit de produire de la différence avec du pareil multiplié. Les pièces données à voir en sous-tendent toujours d’autres, celles qui seraient encore probables. »

L’exposition sera constituée de trois accrochages différents échelonnés sur trois semaines, mêlant le temps d’exécution des œuvres mais toujours reliées par le même thème  : la Grèce et tout ce qu’elle recèle de mythes obsédants sans cesse renouvelés. Comme on fête un retour de voyage entre amis à qui on distribue les souvenirs autour d’une table, l’exposition To spiti sera ponctuée d’événements (film, lecture, musique, bouffe…) donnant place au témoignage de ceux qui ont aussi connu des moments grecs.

Charles Kalt

Une partie de vie offerte pour le simple plaisir de partager un vécu indélébile, un sujet de rêverie pour de vieux camarades. Diane Moreau

J’ai rencontré Diane Moreau en Crète, il y a 30 ans. Sa maison de Myrthios, dominant la large baie de Plakias (« le plus bel endroit du monde »), exerçait sur la petite commu63


Pulsing Carole Douillard

du 22 novembre au 15 décembre 2007

nauté d’étrangers établie dans l’île un certain magnétisme. Nous jalousions cette résidence idéale. Sa pratique artistique de l’époque (gravure, dessin, peinture) trouvait dans son art de vivre un prolongement logique et harmonieux. Charme des années 70 : Plakias aura été notre Big-Sur…

Carole Douillard est plasticienne, ses recherches s’ancrent dans l’action et la performance. Elle vit à Nantes et présente pour la première fois son travail à Metz et dans la région. Pour l’exposition Pulsing, elle propose un ensemble de dessins qui se «  répandent  » sur les murs de la galerie. Les Dessins Electro-pulsifs*, qui s’apparentent à des dessins automatiques, rendent compte de la pensée en cours de l’artiste à un instant T : celui-là même de la formulation de l’image à l’esprit. Il s’agit donc pour le public de faire face à un déployé mental, une forme psychique in situ qui s’articule avec le lieu dans lequel elle est réalisée.

Avons-nous tellement changé, depuis  ? Pour Diane comme pour moi, le souvenir de cette habitation lointaine (dans le temps et dans l’espace) continue de nous hanter. « Où que j’aille, la Grèce me blesse » écrit Georges Séféris. L’origine de ce qui nous point, dans notre douleur d’un passé perdu, est plus circonscrite. Nous n’en sommes pas moins d’étranges escargots : la maison qui nous accompagne ne nous abrite pas, c’est nous qui l’abritons.

* série du Mas d’Azil, Ariège, septembre 2007. « Carole Douillard est une sentinelle à l’affût, habile à prendre le réel en affection, un réel résolument bruissant et stimulant. D’où sa pratique assidue de la performance, comme moyen de se frotter continûment au vivant, et de performer pour faire mieux, en temps réel.

L’été dernier, nous nous sommes donné rendez-vous là-bas, dans la maison de Myrthios, pour cultiver notre nostalgie et préparer To spiti, l’exposition. Confrontés à la réalité, nos souvenirs ressemblent de plus en plus à une fiction. Peut-être est-ce pour les exorciser tout à fait que nous avons éprouvé le besoin de convoquer, une fois encore, ces images, ces histoires, ces figures, ces saveurs… et tenter de les partager avec le public.

(…) Elle s’ingénie à mettre en scène l’invisible ; comme des systèmes d’opposition que le langage produit, un langage qui exclut, rejette, maltraite, ou inclut, aime et rapproche. Les mots, avant l’espace, délimitent et séparent les êtres, Carole Douillard écrivit ainsi, en 2006, l’insulte “Racaille” en police Putain, au Lieu Unique, à Nantes.

Olivier Goetz Entre Myrthios et Montréal, il y avait Metz, où la galerie d’Hervé Foucher pouvait parfaitement devenir, pour quelques semaines, « to spiti », la maison.

Soucieuse des distinctions génériques, elle explore aussi d’autres dialectiques, comme celle du masculin et du féminin, de la surface et de la profondeur, du soi et de l’autre. Dans le 64


cadre des Nuits Blanches, à Paris, elle s’est assoupie dans un lieu public ; une galerie d’art. La performance, A Sleep, mettait en scène dans un lieu ouvert aux spectateurs le corps échoué de l’artiste, son geste intime et privé du sommeil, révélant du même coup l’opposition, criante à Paris, entre les actifs, qui vivent debout, et les sans abris, qui sont à terre. Carole Douillard, qui cultive toujours la pratique intime du dessin, explore le lien entre exposition et spectacle, entre socle et scène  ; elle investit, avec sa singularité de plasticienne, l’espace scénique, qu’il soit théâtral ou musical. Le 27 octobre 2006, elle ouvrait le concert des ex Little Rabbits + Philippe Katerine, chantant a capella, dos à un public de 1500 personnes, dans une performance intitulée Rock’n Roll Suicide, qui s’apparente ici à, dans tous les sens du terme, une cérémonie d’ouverture. » Murielle Durand-G (texte paru dans 303, Né à Nantes, comme tout le monde, n° 96 hors-série, été 2007)

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Une cohabitation

2008

du 24 janvier au 16 février 2008

Carte blanche aux 5e année/option art de l’École Supérieure d’Art de Metz Métropole. Pendant une vingtaine de jours, des étudiants de 5e année de l’option Art de l’ESAM investiront la partie galerie de l’appartement d’Octave, travaillant sur l’idée de l’habitat et de l’échange. Les étudiants tenteront de «  cohabiter  » dans cette petite pièce de l’appartement au delà du modèle standard de l’exposition de groupe. Les réalisations présentées seront produites spécialement pour ce rendez-vous. Laurent Bozzolini - Brice Defaux - Marina Herivault - Emilie Joly - Kathleen Potier - Anaïs Rossi Y Costa - Voicu Satmarean - Mathieu Schmitt - Patrick Wong - Vanessa Steiner

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Mille et un (toujours) Rarès Victor Malureanu

R de banlieue Pierre Gauthier du 6 au 29 mars 2008

du 10 au 26 avril 2008

Commissaire invité : Hervé Bize

1001 monnaies d’artiste frappées par la Monnaie de Paris, métal jaune, 26 mm hors capsule, signées Rarès V.

Dans son travail, Pierre Gauthier ne s’attache à aucun médium particulier.

Rarès Victor vient de créer 1001 monnaies d’artiste à partir du Levant et Couchant de Soleil. L’avers est l’Orient comme le revers est l’Occident et le jeu de pile ou face re-génère le sens. Par sa démarche Rarès V. nous ramène au mythe d’origine de la peinture, du dessin, voire de l’objet. Il lance le défi de «  l’intimité subtile  » par l’approche du nu et par ce que la monnaie d’échange révèle quotidiennement de nos vies.

Au gré des rencontres, des invitations et de ses déplacements, il opère par ses objets, au spectre très élargi (collaborations d’artisans, photographies, vidéos…), des télescopages de sens et associe jusque dans ses expositions les personnes ayant participé à leur apparition. Le titre de l’exposition, R de banlieue, est bien sûr une allusion non dissimulée au fameux Air de Paris de Marcel Duchamp.

Ces pièces ne peuvent qu’éveiller chez le collectionneur éclairé et le critique idéal une envie d’art.

Pierre Gauthier nous invite à découvrir des travaux textuels, jouant avec des mots, des marques, souvent sous forme d’anagrammes, ainsi que des sculptures mobilières qui brouillent les pistes entre design et art. L’ensemble de pièces qu’il présente durant le mois de mars à Metz à la galerie Octave Cowbell est totalement inédit.

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Un Quinquennat 3 mai 2008

Stock Zéro, Philippe Zunino

À l’occasion de la parution de son catalogue récapitulatif de cinq années d’existence, Un quinquennat, Octave Cowbell invite, le 3 mai 2008, à 20h30  : Philippe Zunino et JeanChristophe Roelens.

Stock Zéro s’inscrit dans la continuité du projet initial Bibliobus Avis de Passage qui s’est développé de 2002 à 2004 avec la collaboration du centre d’art Contemporain d’Albi Cimaises & Portiques, du CNEAI Chatou, ODDC Côtes d’Armor, et du Parc Saint Léger-centre d’art contemporain Pougues-les-Eaux.

Octave Cowbell présente et achète le fond de multiples de Philippe Zunino et invite Jean-Christophe Roelens, à faire resurgir des murs les vestiges des expositions passées…

Le commissariat général fût assuré par l’artiste Philippe Zunino. Le fonds Stock Zéro a été accueilli en de nombreux lieux, tels que les Écoles des Beaux-Arts de Bourges, Cergy, Dundee University, Metz, Strasbourg, mais également dans des associations, des écoles primaires ou des lycées.

Instants de Révoltes, Philippe Zunino Artiste de la déflagration et du blasphème, Philippe Zunino nous confronte avec humour et distance à la violence de l’organisation des discours qui structurent notre quotidien, par un jeu complexe de confrontations, de télescopages, de mutilations et de surgissements incontrôlables. La parole et le sens que portent ses films – réalisés pour certains avec David Legrand – se désagrège, dans l’expérience vécue. Un travail burlesque qui joue de la fragmentation et de la recomposition des désirs ou espoirs refoulés. Ces films trouvent ici leur cohérence dans la diversité et l’éclatement d’une utopie commune et sans fin inscrite dans une vie quotidienne qui ferait du langage populaire la conversation courante de la pensée et de la créativité.

Ce fonds regroupe actuellement 300 œuvres pour la plupart des multiples d’artistes, mais aussi des éditions limitées, VHS, CD audio, affiches, marques page, etc. Toutes ces œuvres sont destinées à la consultation sur place ou au prêt. Ce qui sous-tend ce projet, ce sont les idées de liberté et de plaisir, tenter une échappée, une sortie des territoires et des pratiques culturelles cloisonnées, jouer avec l’inattendu, la surprise, éliminer la pesanteur des intermédiaires entre l’art et sa réception. Cela n’est pas sans conséquences sur la forme des œuvres retenues. Elles sont petites, légères, se prêtent, se donnent où s’emmènent chez soi. C’est dans ce jeu du glissement, de l’instantanéité, que naît le sens. Les incursions brèves, où l’engagement de la pensée se manifeste très souvent avec humour, ne manquent pas de se révéler subversives par rapport au statut de l’œuvre d’art, de son usage et de la société qui l’inspire.

Maryline Chutet.

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Némésis et le coing Sanjin Cosabic du 29 mai au 14 juin 2008

Commissaire invité : Sammy Engramer

Toutes les œuvres présentes dans le fonds actuel ont été données généreusement par les artistes qui ont bien voulu soutenir ce projet, que la galerie Octave Cowbell réactive au sein de ses activités artistiques.

Sanjin Cosabic, tout en interrogeant la notion du sujet au regard des tableaux abstraits, nous renvoie à des questions politiques ou religieuses, d’humanité, entre humour et ironie. Dans certaines œuvres récentes et comme en réaction au flot d’informations visuelles, les figures inventées, les icônes d’hier et d’aujourd’hui se croisent et se réinventent dans un processus d’hybridation. Ces œuvres évoquent l’idée d’un film dépourvu de scénario, sans début ni fin, où les notions du réel et de l’imaginaire se confondent. Un langage pictural aussi éclectique que singulier.

Pierre Luc Darnauld

Décapage, Jean-Christophe Roelens Pour les cinq ans d’Octave Cowbell, l’artiste peintre JeanChristophe Roelens réalisera in-situ un travail sur la mémoire de la Galerie. Roelens propose de faire, à la manière des archéologues, un «  décapage  » des couches de peintures superposées sur les murs de la galerie. Armé des outils qu’il utilise pour ses peintures, il travaillera les murs pour découvrir et révéler les traces laissées par les installations et expositions précédentes…

Céline Assegond

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Idéogrammes Swimming Jean-Christophe Caroline Massinon Chevalier du 7 au 30 août 2008

du 7 novembre au 7 décembre 2008

Commissaire invitée : Géraldine Dufournet

Jean-Christophe Massinon travaille sur un langage artistique à la fois fonctionnel et accessible. Tourné vers une communication active par le biais d’édition de multiples tels que des autocollants, des sérigraphies, des posters, des cartes postales, des livres… Il diffuse ses pictogrammes de façon sauvage sur la voie publique ou par Internet.

I was swimming across the sky Clouds and angels by my side Then I realized that I was lonely And it wasn’t such a good thing Manon, Arles

Le NON d’avril 2002 est un exemple de cette pratique qui associe le développement d’un langage visuel simple, sa diffusion, et un engagement de l’art dans la vie et le monde. Massinon diffuse largement le NON antifasciste par Internet en réaction au résultat du Front National au premier tour des élections présidentielles en France.

I was flying in paradise In that ocean of dead lights I was looking for your smile in the wind But there was nobody there this morning Laurie, Nîmes

Relayé par la presse nationale, le NON fera le tour de l’hexagone.

I was swimming across the sky Clouds and angels by my side Then I realized that I was lonely And it wasn’t such a good thing Cécile, Salins I believe in your smile everyday But I know that you’re far from my way When I talk to the moon I can hear you In the dark I can see, I can feel your light Mary’s legs

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Une cohabitation 2

2009

du 4 au 21 février 2009

Carte blanche aux 5e année/option art de l’École Supérieure d’Art de Metz Métropole. Octave Cowbell invite neuf étudiants de 5e année de l’option Art de l’École Supérieure d’Art de Metz Métropole. Pendant une vingtaine de jours, à moins de cinq mois de la fin de leur cursus, ils tenteront de « cohabiter » dans cette petite pièce. Au delà du modèle standard de l’exposition de groupe. Photographie, installation, vidéo, dessin, objet, édition... les projets présentés seront principalement produits pour ce rendez-vous. Alain Colardelle, Carole Dufour, Guillaume Lemuhot, Charlène Marchand, Sarah Monnier, Petronela Petrov, Kathleen Potier, Aude Terver, Sophie Zwingelstein

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Mode d’emplois Mathis Collins Sébastien Rémy Cyril Verde

Julien Lescoeur

du 26 février au 22 mars 2009

du 26 mars au 25 avril 2009

Commissaire invité : Cédric Schönwald

Dans un environnement quotidien et familier, la ville, Julien Lescoeur trouve les éléments plastiques et sémantiques à partir desquels il construit un univers insoupçonné.

Mode d’emplois est le résultat d’une carte blanche confiée à Cédric Schönwald par Octave Cowbell.

Dans un contexte urbain, le photographe traque la présence fantomatique des habitants, sur des lieux de passage ou dans des espaces privés, déserts aux heures intermédiaires, pendant le sommeil de toute activité. L’artiste crée des univers autonomes au fort pouvoir de suggestion. Il y a, dans son approche, une part descriptive qui suggère l’importance du personnage, du lieu ou de l’objet qui sont montrés. Cette position du regard confère à ces photographies un caractère pictural. La lumière y est révélatrice de ces dimensions, de ces possibles que le photographe, sans mise en scène particulière, distingue et rend visibles. Dans la singularité de son point de vue, Julien Lescoeur nous immerge, avec une certaine tension, dans un univers urbain dont il révèle les absences, le vide et l’anonymat. Mais c’est en observateur de ces pulsations qu’il se positionne, et, dès lors, c’est dans notre imaginaire que le sens de ces images se développe pleinement.

Une exposition dont les participants, Mathis Collins, Sébastien Rémy, Cédric Schönwald et Cyril Verde, se soumettent mutuellement à des modalités d’emplois concoctées par l’un ou plusieurs d’entre eux pour l’un ou plusieurs d’entre eux. C’est un travail sur la collaboration qui cherche à se nourrir des influences et des rapports de force, des dissensions, des contradictions, pour faire quelque chose – exposer, s’exposer – ensemble, sans hiérarchie ni fonctions. Mode d’emplois est une exposition en appartement  ; elle donne à voir un environnement domestique. Il y a des meubles, des effets personnels, quelques éléments attestant d’une ou de plusieurs présences animale ou humaine. Il y a un flipper. Le flipper y joue un rôle important. Il y a aussi le manuel du flipper. Le manuel du flipper peut se comprendre comme un mode d’emploi de l’exposition Mode d’emplois. Un mode d’emploi qui explique peu. Un mode d’emploi avec la contribution exceptionnelle de Jean-Claude Moineau.

La démarche est totale et fait passer à travers son filtre tous les objets qu’elle aborde. Ce faisant, elle donne naissance à un corpus cohérent, dont les éléments autonomes fonctionnent dans leur unicité d’objet photographique mais qui s’enrichissent, également, des échanges et des relations qu’ils instaurent entre eux.

Mode d’emplois est une tentative d’exposition, pas une exposition manifeste. Mode d’emplois n’ambitionne aucune inscription dans quoi que ce soit. Mode d’emplois est un jeu, une procédure éphémère qui se découvre en se déroulant. Mode d’emplois est l’exposition qui naît par ce processus et qui s’y poursuit.

Marjorie Deshayes

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Kilo

Ambassade Kilo

du 11 au 22 mai 2009

mercredi 24 juin 2009

Agence Borderline, Jean-Christophe Massinon, Lakonik, Les Frères Ripoulin, Lieux Communs, Samuel François, Nicolas Muller, Patrick Perrin, Gregory Wagenheim

Agence Borderline, Jean-Christophe Massinon, Lakonik, Les Frères Ripoulin, Lieux Communs, Samuel François, Nicolas Muller, Patrick Perrin, Gregory Wagenheim

Kilo est un projet réalisé dans le cadre de Constellation, la manifestation de préfiguration du Centre Pompidou-Metz.

Kilo et sa bande de marins déjantés se déportent sur le Quai de la Seine (Paris XIXe) pour rejoindre Baze Media sur le Boat Media, et montent à bord de la péniche Demoiselle avec leur cargaison de productions en tous genres.

Dans l’alphabet mystérieux des pavillons de marine, « Kilo » signifie : « Je désire entrer en communication avec vous et vous invite à transmettre ». Le projet a consisté à transformer la galerie messine en atelier ouvert produisant affiches, dépliants, flyers, multiples, art virtuel et multimédia dévoilant un point de vue original sur le Centre Pompidou-Metz en cours d’achèvement. Avec les moyens du bord, les artistes et graphistes ont travaillé très librement sur l’image du nouveau centre d’art dans son contexte géographique et politique. Dans les années 70, la construction de « Beaubourg » suscita de nombreuses réactions d’incompréhension ou d’hostilité. En 2009, la construction d’un bâtiment muséal, si avantgardiste qu’en semble l’architecture, suscite beaucoup moins de passion. Le caractère consensuel des réactions face aux institutions artistiques laisse craindre une certaine banalisation des activités culturelles... L’insolence déployée par les artistes du projet Kilo est une manière de se prémunir contre le risque d’indifférence et d’ennui qui menace, de fait, toute entreprise de cette envergure. La production de cet atelier a été, au fur et à mesure, exposée dans l’espace public, afin de donner le maximum de visibilité à ce dialogue urbain entre la plus petite et la plus grande des institutions défendant l’art contemporain sur le territoire messin. Olivier Goetz 74


Ça ressemble à quoi le bonheur ? Anne Delrez

Frank Jons

du 29 octobre au 21 novembre 2009

du 10 septembre au 3 octobre 2009

Une exposition de photographies issues des albums de famille des uns et des autres. Une collecte d’images initiée par Anne Delrez pour l’association C’était où ? C’était quand ?

Je n’ai pas encore vendu mon âme et pourtant lorsque la pente est rude je pourrais être tenté de le faire. En serais-je capable ? Certainement pas.

Se dire, en feuilletant et re-feuilletant ces livres d’images et y voir tant de sourires, d’étés, de fêtes, de naissances, de jupes blanches, de soleil, de cadeaux, de voitures toutes neuves, de bras entrelacés, de verres levés, de maisons construites entre amis, que peut-être ce n’est pas un hasard... Que peutêtre ces albums de famille sont le lieu d’une dédicace au bonheur.

Sur le long chemin de mes errances, j’ai choisi de prendre la peinture à bras le corps, sans accorder la moindre concession aux modes, à la facilité, en gardant pour chaque processus créatif la fraîcheur, l’innocence de la découverte, l’instinct d’aller plus avant. Chaque toile est un éternel recommencement, une nouvelle prise de risque, une sorte de défi lancé à la capacité de créer. Ni réflexion préalable, ni essai. La peinture est en moi et je suis dans la peinture. L’esprit doit être confiant, libre, réceptif. Le corps disponible et malléable, afin de pouvoir capter les aléas susceptibles de surgir à tout moment.

Anne Delrez

Ma peinture est la vie et la mort. Quiconque ne crée pas avec ses tripes ne peut le comprendre. Il ne s’agit pas de simples couleurs, de simples coulures, éclaboussures, de simples délires de pinceaux, mais bien d’un engagement fort, de jeter l’ensemble des émotions sur la toile, dans tout ce qu’il y a de plus sincère et de plus instinctif. Une peinture faite de concentration et de fluidité, de contradiction aussi  : entre la fougue des premiers instants et le calme de la maturation, entre la passion des sentiments et l’apaisement qui survient après, entre la violence du chaos et la douceur de l’amour. Frank Jons 75


Bulbe Collectif GIRI

2010

du 11 au 27 février 2010

Développant, depuis 2004, des projets artistiques in situ et des interventions urbaines, Vanessa Gandar et Vanessa Steiner du collectif GIRI proposent d’investir Octave Cowbell en présentant Bulbe. Cette intervention porte sur la création d’une œuvre unique, éphémère et ludique. Réalisée entièrement de papier, carton et adhésif. Cette installation représente de manière figurative un jardin. Une invitation à laisser son regard bondir de choux en choux.

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Les puces d’Octave

Alexandra Sà

27 février 2010

du 11 au 27 mars 2010

Pendant une journée, Octave Cowbell transforme ses locaux en marché aux puces. Vous êtes invités à venir chiner des objets proposés par des artistes et des amis d’Octave, œuvres d’art ou fonds d’ateliers, objets de collection ou collection d’objets…

Entre le point d’équilibre et le point de rupture, elle travaille le décadrage avec humour et distance en jouant de la multiplicité des supports et des médiums. «  Utilisant, dès ses premières pièces, son propre corps comme matière d’expérimentation de ses préoccupations, et aussi comme instrument principal de ses mises en scènes, c’est aujourd’hui l’ensemble du réel qui est appréhendé comme extension de son corps percevant. » Céline Poulin-Le Bureau Pour cette exposition à la galerie Octave Cowbell, Alexandra Sà propose trois sculptures et une sérigraphie. Ces œuvres mettent des objets dans un état transitoire, en usage décalé et en mouvement. Par opposition à l’objet standardisé, réifié dans son image et sa fonction.

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Solutions Aurélie Tampons François Génot Amiot du 1er au 22 avril 2010

24 et 25 avril 2010

Ne baignons-nous pas encore, légèrement engourdis, dans la tradition des « leçons de choses » ?

Le temps d’un week-end : Imaginez, une jeune femme capable de jouer avec vos impressions… Imaginez-la détourner les processus afin de démultiplier votre plaisir visuel… Imaginez les possibilités graphiques, les émotions multiples, le positif allié au négatif… Imaginez les gestes et les outils… Et puis cessez d’imaginer pour venir découvrir, le travail d’Aurélie Amiot combinant dessin, gravure et vidéo. Laissez vous emporter par ses petites histoires. Et emportez les traces pour composer votre univers suivant un modèle différent.

Cette série inédite (2007-2010) est présentée pour la première fois ici. Elle fait partie des expériences d’atelier de l’artiste. En concomitance avec ses recherches questionnant la représentation contemporaine de la nature, François Génot s’amuse à recycler et à réinterpréter les résidus documentaires ou matériels de notre quotidien en imaginant des processus de fabrication (à l’image des 54 hypothèses de la fonte du glacier du Saint-Gothard, 2007, et plus récemment des Petites annonces, 2009). Ici, François Génot fait parler les tampons d’école des années 60 qui ne veulent résolument pas s’en tenir au carcan imposé du signe... Cette détermination symbolique qui forge et appauvrit la pensée. Par le principe de l’accumulation, les images prennent vie, se transforment en de nouvelles possibilités, parfois reconnaissables, mais toujours mouvantes et dynamiques, presque organiques.

Frédéric Serra

Ce travail au croisement du dessin et de la gravure montre des images poétiques et iconoclastes bercées par un plaisir enfantin.

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Bla ! Bla ! Bla ! Boštjan Pucelj Tomaz Fulcan Davorin Slana Eva Lucka Kozak

Baba Puja

du 11 au 22 mai 2010

du 26 au 31 mai 2010

4e étage Galeries Lafayettes et galerie Octave Cowbell

Il y a quelques mois, dans le cadre de Constellation (préfiguration du Centre Pompidou - Metz), la galerie avait accueilli le collectif de l’Ambassade Kilo. Durant plusieurs semaines, ce rassemblement de graphistes internationaux laissa flotter, au vent des Parmentiers, un pavillon jaune et bleu qui, dans la langue universelle de la Marine, signifie «  je veux entrer en contact avec vous  ». De l’imagination de cette ambassade artistique, et sous les pinceaux talentueux de Jean-Christophe Massinon, naquit également un personnage haut en couleur, Baba Pompon, dont la persistance, sur les réseaux sociaux d’Internet (facebook/baba.pompon), peut laisser croire à la possibilité d’une existence virtuellement éternelle…

Cet échange artistique entre des artistes slovènes et français est né suite à une volonté de permettre la diffusion de l’art étranger, en particulier de la Slovénie, qui est un pays membre de l’Union Européenne et qui reste cependant peu connu. Il a donc pour but de permettre à des artistes slovènes et au public lorrain de découvrir et de dialoguer entre eux à travers des médiums différents, tels que la peintures, la gravure, la photographie et le cinéma. Cet échange se veut comme un point de départ de dialogue entre la France et la Slovénie. Il offrira ainsi la possibilité d’apprécier l’art contemporain au-delà des frontières, en s’ouvrant vers de nouveaux horizons et en explorant cette « nouvelle Europe » : l’Europe de l’Est.

De là à faire de Baba Pompon une idole, il n’y avait qu’un pas. Détournement psychédélique d’une figure historique tutélaire, Baba se présente dès lors, dans le panthéon messin, en compagnie de sa divinité parèdre : Cloclo Pompon ! La convocation de ce couple enchanté ne dénonce, pas plus qu’elle ne la célèbre, la « religion culturelle » répandue aujourd’hui au niveau planétaire. Elle joue plutôt avec ses codes et sa mythologie, accompagnant d’improbables rituels les réjouissances collectives qui entourent la décentralisation d’une institution des plus prestigieuses. Cultuelle, plutôt que culturelle, la puja* en question n’est pas une parodie ; elle transforme l’espace d’exposition en un temple provisoire où le divin Baba préside, du haut de sa gloire, aux destinées de ceux qui observent, d’un œil amusé et bienveillant, le génie d’une époque et ses manifestations locales. *En Inde, la Pûjâ (prononcer poudja), est une cérémonie d’offrande et d’adoration de la divinité. Olivier Goetz

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P.A.F.S. / Slurp Christophe Baudson

A Room Leslie Chaudet

du 24 juin au 24 juillet 2010

du 16 septembre au 7 octobre 2010

Les peintures de Christophe Baudson nous entraînent dans une proximité immédiate, dans une envie tactile ancrée depuis longtemps en chacun. En effet, on retrouve une contemplation appétissante dans les petits formats bicolores intitulés Slurps (une onomatopée utilisée dans la langue anglaise pour suggérer la délectation) ou dans les longues frises rayées (nommées Spectres). Leurs lourdeurs de texture et leurs couleurs vives nous rappellent presque les friandises sucrées de notre enfance.

Articulée autour du corps, ma pratique plastique tend aussi bien à la sculpture qu’à l’installation. Quatre grands axes de prédilection s’en dégagent : l’enveloppe corporelle, le corps hybride, le corps expansé et le corps résiduel. Intéressée par les volumes et les individus, mon travail prend effet dans ce qui touche au domaine du sensible, de l’intime, du banal. Ancré dans une temporalité singulière, il témoigne d’une appartenance à une époque. Les propositions tendent à matérialiser des sensations, des émotions, des moments de vie. Les pièces proposées à l’occasion de cette exposition rendent compte de préoccupations liées au corps. Ici, le corps se veut trace, empreinte ou résidu. Le travail s’axe sur la notion de corps résiduel. Il nous renvoie à la dimension affective des objets avec lesquels nous vivons et explore les relations entre la mémoire et le temps.

Mais on peut aussi lire dans cette opposition entre la surface lisse et les empâtements « trop » chargés une envie presque « symbolique » de confronter deux objets, couleurs, textures qui tendent vers une frontière, au bord de la toile, une frontière sous tension, une limite où se déroule les choses les plus intéressantes.

Leslie Chaudet

Cette idée se poursuit aussi dans les visages en «  extase  » de la série P.A.F.S., des images glanées sur l’Internet sont filtrées et pixelisées pour reprendre corps dans une peinture à l’huile encore très empâtée, donnant une image qui, à l’inverse de l’image plate et lisse de d’ordinateur, devient « hyper-présente » et aussitôt démentie par le traitement en carré de la grille. V.C

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Qui savait au début qu’il n’y aurait pas de fin ?

Jérôme Giller

du 28 octobre au 20 novembre 2010

Jérôme Giller développe une esthétique qui élève les attitudes et le jeu en paradigmes artistiques. L’artiste pratique l’auto-fiction pour ancrer son art dans la vie. Depuis 2009, il se consacre exclusivement à l’art vidéo. Il se filme, incarne des personnages, crée des gestes conceptuels, invente des situations et des micro-performances destinées à l’enregistrement de l’œil de la caméra. Cet œil, qui agit comme un miroir, nous propose une poésie visuelle ironique du monde, peuplée de gestes mécaniques et absurdes où la sérialité et l’épuisement tiennent lieu de mesure du temps. Il présente ici un ensemble de vidéos faites de boucles de temps cybernétiques qui figurent des espaces obsessionnels et névrotiques.

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AG OB AS Ann Guillaume

2011

du 9 décembre 2010 au 8 janvier 2011

Les pièces de l’exposition AG OB AS sont inspirées d’objets archéologiques concrets ainsi que de sites de chantiers de fouilles, de mythes archéologiques. Elles font partie d’un laboratoire de recherche sur l’art et l’archéologie. L’archéologue remonte l’histoire à contre-sens. Il creuse la terre pour révéler l’invisible. Plus il creuse et plus les traces de l’occupation humaine sur le terrain sont anciennes. Dans une stratigraphie verticale, plusieurs périodes peuvent être représentées. La pièce Incendie illustre ce phénomène grâce à la couleur relative aux sédiments des couches terrestres (couche d’humus, terre noire, couche de démolition, couche d’incendie et sol géologique). On peut dire que l’archéologue s’enfonce dans le temps par la verticale. Partant du postulat formulé par Warburg  : «  L’Occident ignore ce qui ne peut être mesuré », Ann Guillaume présente une série de mires graduées, Mesures. Utilisées en archéologie, les mires graduées matérialisent l’échelle de l’objet photographié ou la profondeur de la fouille. Ces règles ne donnent pas la mesure en centimètres (les mesures sont fausses) mais assurent de l’existence de l’objet exposé qu’elles accompagnent. La réappropriation des techniques et des représentations archéologiques permet à Ann Guillaume, par la reconstitution, de casser la chronologie linéaire. Elle permet de faire revivre physiquement une pratique, un objet, d’invoquer un temps passé. Rails de chemin de fer en céramique est un faux vestige issu du chantier de fouille de Bassing en Lorraine. 82


Mortelle poubelle Le Mégot

du 17 janvier au 3 février 2011

Ces vrais-faux créent un va-et-vient temporel entre un potier visionnaire du 2e siècle et la réalité du site qui va bientôt être recouvert de rails de TGV. La vidéo AG OB AS participe de la même pratique  : l’archéologie expérimentale, l’imitation ouvrant l’accès à une meilleure compréhension. Cette vidéo montre un archéologue occupé à tailler le silex, à confectionner des outils, suivant des méthodes répertoriées par déduction et analyse. Elle met en scène un geste fossile dont les contours sont ensevelis sous la réalité contemporaine et l’avènement de la machine.

La galerie Octave Cowbell prête ses lieux, durant deux semaines au collectif Le Mégot. Ces jeunes artistes, pleins d’énergie, dotés d’une création débordante (dessin, sérigraphie, vidéo, musique..) ont carte blanche ! Pendant ce temps, les Messins, artistes ou non, acteurs culturels ou simples usagers, sont invités à venir partager un moment avec eux pour expérimenter et fabriquer de nouveaux projets…  Cette résidence sera donc un lieu d’expérimentation artistique bouillonnant où la jeunesse prouvera qu’elle a sa place au sein de la scène artistique contemporaine.

Dès l’époque de Cicéron, les collectionneurs romains, en quête de sculptures grecques, étaient victimes de faussaires. Le Moyen Âge est traversé par le problème des fausses reliques ; à la Renaissance, Michel Ange cache ses Cupidon dans la terre pour leur donner l’air d’être de véritables marbres gréco-romains. Aujourd’hui cette pratique reste courante. Elle permet aux musées d’exposer l’Histoire sans en altérer les vestiges authentiques. En exposant Fossile  ? et le livre de René Benjamin Glozel, Vallon des Morts et des Savants, ouvert à la double page où le faussaire explique sa technique pour fabriquer de faux galets, Ann Guillaume rappelle que les œuvres répliques faites par les faussaires ne sont jamais dénuées d’originalité.

Un pot de finissage aura lieu le 3 février pour clore ce premier chapitre qui sera suivi par l’événement «  Bazar Bataille  » organisé par le Mégot au Gueulard pendant le mois d’avril. D’ici là tout le monde est chaleureusement invité à venir franchir la fenêtre de la galerie Octave Cowbell ouverte en permanence durant ces deux semaines de janvier pendant les horaires de travail des artistes.

À travers ses œuvres répliques qui imitent l’archéologie, ses trouvailles, ses techniques, ses interprétations, Ann Guillaume dévoile la survivance d’une culture dans une autre et montre que l’archaïque est synonyme de modernité. 83


Le monde pittoresque des castors

Solange Bertrand

du 6 au 20 février 2011

du 23 février au 12 mars 2011

Exposition hommage

À l’occasion de «  Associé(e)s  » troisièmes journées professionnelles de l’ÉSAL, 23 et 24 février 2011.

Solange Bertrand, qui vient de décéder à l’âge de 97 ans, aura marqué des générations de Messins, jeunes esthètes ou artistes postulants, qui pouvaient trouver, dans son atelier de la Rue de Reims, à Montigny-les-Metz, le modèle d’une vie dévouée à la peinture. Fiers d’avoir pu rencontrer et admirer cette personnalité hors du commun, les membres de l’Association Octave Cowbell ont décidé de lui rendre hommage, en présentant, de manière spontanée et impromptue, une sélection de quelques œuvres, tableaux et dessins, empruntées à diverses collections privées. Il ne s’agit pas, en l’occurrence, de synthétiser, entre quatre murs, une production abondante et multiforme. Seulement de témoigner, à vif, de la reconnaissance éprouvée pour une figure marquante de la vie artistique lorraine au XXe siècle.

À travers la chasse au sanglier de Calydon et l’expédition des Argonautes, Castor arpente le monde par les terres et les mers. De la Méditerranée au Canada, exotique, étrange et insolite, son mythe pittoresque persiste. Pierre après pierre, branche après branche, Castor construit son œuvre. Grâce à sa queue large et aplatie en forme de truelle et sa denture parfaitement adaptée à l’écorçage du bois, Castor réalise d’ingénieux ouvrages pouvant atteindre plus de soixante quinze mètres de long et plus d’un mètre de haut. Grand laboratoire paysagesque. Après des explorations du quotidien, en forêt, à Las Vegas ou sur le net, ils documentent leur vision du monde  : Camille Grosperrin, Juliette Goiffon, Clara Prioux et Vincent Broquaire ont établi leur hutte à la galerie Octove Cowbell. À chaque époque ses odyssées.

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État mental d’insatisfaction caractérisé par... Sandra Aubry & Sébastien Bourg

Mymerica Sébastien Grisey

du 17 mars au 9 avril 2011

du 14 au 30 avril 2011

État mental d’insatisfaction caractérisé par un déséquilibre provenant de l’écart entre une attente et sa réalisation qui n’est pas (encore) effective

Mon imaginaire de petit Français est peuplé d’images américaines. Des paysages du Far West aux rues de New York, des plages de Californie aux bayous de Louisiane, aussi loin que je m’en souvienne, les États-Unis ont toujours été présents, visuellement, de manière très forte, au cinéma, à la télévision, dans la photographie et l’actualité la plus spectaculaire.

Sandra Aubry et Sébastien Bourg travaillent en duo depuis 2006. Leurs recherches se portent sur les espaces transitionnels  : espaces, signes et situations-limites, paradoxes où les frontières se renversent et basculent nos repères. Ils prennent comme base des formes architecturales et iconiques existantes, qu’ils revisitent et détournent par décalages, contradictions et retournements. Leurs travaux visent l’épuration, cherchant l’équilibre de formes incomplètes, entre-deux, qui scintillent par leur présence et leurs absences. Le sentiment de frustration génère une attitude de projection et d’élaboration.

Il y a dans toutes ces images imprimées dans ma mémoire des constantes... icônes indélébiles, la bannière étoilée, un sheriff  : Stetson, étoile et pistolet, un logo Coca-Cola, une bible, un dollar et des voitures fabuleuses. Clichés ? sûrement… mais quand l’occasion s’est présentée pour moi de partir 10 jours en tournée avec Mell et une bande de musiciens New Yorkais je n’ai pas hésité. De Big Apple à la Nouvelle-Orléans, le long des Highways, au bord du Mississippi, dans les motels et les bars, elle était toujours là, l’Amérique dont je rêvais, MYMERICA ! Cette exposition mélange photographies, objets et souvenirs d’une Amérique entre présent et fantasme, capture ou simulacre des vestiges d’un âge d’or aujourd’hui révolu. Le présent est-il si décevant que mon âme ne frémisse qu’à la vue d’une épave de Chevrolet ? Sébastien Grisey

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Apporte-moi ! Doris Drescher

Les puces d’Octave 2e édition

du 12 mai au 11 juin 2011

12 juin 2011

Sculptures, installations, photos, vidéos, dessins, peintures… Les réalisations de Doris Drescher se prêtent à une lecture polysémique. L’artiste possède, au plus haut point, la science des déplacements (des métaphores). Son art, s’il recycle généralement les matériaux d’un environnement ordinaire (biographèmes ; fragments de son corps ou de sa maison ; objets de son quotidien, vêtements, etc.), prend ses distances avec le réel, au point d’atteindre parfois la pure abstraction. Mais, nourrie de philosophie et de science, son inspiration n’est pas gouvernée par des règles préétablies, ni même par des principes relevant d’une simple rationalité. L’harmonie des images est traversée de fulgurances imprévisibles. Comme si la réalité se fissurait pour laisser sourdre la lumière d’une inquiétude indécise, entraînant la vibration des formes, l’irisation des couleurs, le séisme des sensations…

Les Puces d’Octave, empruntant et détournant l’idée du marché aux puces, constituent l’occasion d’une rencontre originale avec des artistes contemporains. Ces Puces seront un moment privilégié pour les contacts humains, la valorisation de pratiques artistiques décalées, minoritaires voire clandestines, et, également, une occasion de faire de bonnes affaires tout en dégustant une saucisse grillée et un verre de bière. L’association Octave Cowbell, qui œuvre pour la promotion des jeunes artistes et la diffusion de leur travail propose à ses invités de présenter des objets qui leur appartiennent, œuvres négligées ou oubliées, ready-made, éditions (papier, cd, vidéo...), multiples (estampes, pin’s...), objets de collection, rebuts d’atelier. Les chineurs, quant à eux, sont invités à acquérir ces œuvres originales, à moindre coût, et négociables directement auprès des artistes.

Olivier Goetz

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Ce n’est rien Étienne Pressager

Nuées et merveilles Skall

du 15 septembre au 15 octobre 2011

du 28 octobre au 26 novembre 2011

Among the garbage and the flowers There are heroes in the seaweed Leonard Cohen

Comme des titres le laissent deviner (Passepartout, Fidèle au poste, Divagations, Je ne sais pas où je vais) dans la plupart de mes dessins récents, il s’agit avant tout d’occuper le terrain  : l’occuper physiquement en couvrant la feuille de traits de crayon et, à l’exemple d’On Kawara envoyant ses cartes postales, montrer que je suis encore là, ou bien dessiner sans y penser, comme un loup urinant pour marquer son territoire.

Éminemment singulière, l’entreprise artistique de Skall semble attendre qu’on forge pour elle une catégorie stylistique appropriée. S’agissant de saisir le caractère aimable de son évidente préciosité, je proposerais, pour ma part, et à défaut de mieux, le terme de Pop-rococo. En effet, le caractère brillant de tout ce qu’il compose ne dénote aucune arrogance de classe ni de culture. Sa richesse d’apparence et sa fragilité extrêmes n’ont rien à voir avec le luxe ostentatoire des nantis. L’hyper-monde qu’il convoque, et auquel il appartient, n’est en aucun cas celui de la mode et du bon goût. La beauté qu’il vise est souveraine, exempte de tout préjugé esthétique, de tout embrigadement idéologique. Répondant à sa seule intuition sensible, elle ne fait aucune concession aux bonnes mœurs ou à la doxa des genres. C’est la splendeur d’un univers personnel qui s’impose mais que l’artiste s’attache, cependant, à mettre en scène pour la partager, faisant ainsi la démonstration que les merveilles qu’il installe sont à portée de tout regard, que la subtilité d’un équilibre ou la complexité d’un montage, si elles échappent au vulgaire, s’imposent, comme des évidences que l’on peut aisément saisir.

Étienne Pressager

Skall possède plus d’une corde à son arc et plus d’un tour dans son sac. Sculpteur, performeur, vidéaste, installateur, l’ingénieux artiste relève le défi de l’art contemporain par une simple poétique du regard. Avec lui, l’apparence des 87


Un certain art belge, une certaine forme d’humour

Jacques Lizène du 1er au 23 décembre 2011

En partenariat avec le Forum-IRTS de Lorraine, dans le cadre de la manifestation  :  «  Y a-t-il une exception belge ? Non, peut-être ! »

choses triviales subit une étonnante métamorphose, elle se retourne comme un gant pour donner naissance au monde enchanté dont il signe la configuration bizarre. Dans ce paysage composite, la chasse au trésor peut commencer. Le regardeur voyagera longtemps, de pièce en pièce, de détail en détail. Tout ceci est bien étrange  ; et, quelle densité de surprises au centimètre-carré ! La moindre d’entre elles n’est pas cette empathie que nous éprouvons d’emblée devant ces décors de féerie, comme si nous étions nourris de la même nostalgie improbable. Car Skall est un artiste hanté. On pourrait formuler que son imagination est composée de ses souvenirs, à condition d’ajouter aussitôt que ses souvenirs sont aussi la forme de son imagination. Car, si le point originaire de sa créativité se situe dans l’évocation d’une enfance qu’il a passée en Orient et en Afrique, son œuvre trouve sa pertinence dans le contexte d’une actualité qui est bel et bien présente. Certes, fin connaisseur des «  arts premiers », Skall détourne à son profit des influences traditionnelles, mais il n’hésite jamais à déplacer, au besoin, la symbolique des formes et la valeur des matières dont il s’empare. Tout est dans tout, et tout est illusion. L’art de Skall est sens dessus-dessous. Pour l’individu plus ou moins borné et aveugle qui passe à sa portée, il constitue une illumination fugace, quelque chose comme un satori ludique et profondément démocratique.

Depuis quarante ans, Jacques Lizène, artiste autoproclamé « Petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle » affirme, par une multitude de petits gestes dans tous les domaines artistiques (peinture, sculpture, cinéma, vidéo, performance, chanson), son concept de médiocrité comme un dogme. Il en a fait un outil redoutable d’efficacité pour remettre en question les idées, les valeurs, les systèmes, les acquis moraux et esthétiques de nos sociétés.  Un certain art belge, une certaine forme d’humour, documentaire fiction (1993, couleurs, son, 52 min, IRIS production, WIP et RTBF Liège, en collaboration avec Paul Paquay. Et la complicité active d’Anne Aimée). Dans ce projet dont l’idée remonte à 1983, il s’agit de « remplacer par simulation vidéo des monuments parisiens par des œuvres d’artistes belges. Position pour une exposition virtuelle  ». Faire sortir de terre parisienne, afficher en incrustation ou en simulation virtuelle, c’est-à-dire en trois dimensions, des œuvres d’artistes belges dont l’irruption iconoclaste ou dérisoire donne fugacement un autre sens aux lieux.

Olivier Goetz

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CENTRE D’ART CONTEMPORAIN LA SYNAGOGUE DE DELME EXPOSITIONS

Erick Beltrán

La part abyssale Jusqu’au 30 septembre 2012

Marie Cool Fabio Balducci

Come tavolo, come lago, come vivo spazio Octobre 2012 - Février 2013 En partenariat avec le 49 Nord 6 Est - Frac Lorraine

Susan

Hiller

Exposition personnelle Mars - Mai 2013

COMMANDE PUBLIQUE

RÉSIDENCES

Berdaguer et Péjus

Gue(ho)st House Inauguration samedi 22 septembre à 12h

Clémence de Montgolfier et Niki Korth Juin - Août 2012

Tony Regazzoni

Septembre - Novembre 2012

ÉDITION

Image

Chloé Maillet Louise Hervé

Attraction étrange Edition JRP Ringier - parution octobre 2012 Marie Cool Fabio Balducci, Untitled (table cloth), 2004, technique mixte. Courtesy Marcelle Alix, Paris.


Jean-Baptiste Defrance

2012

du 14 janvier au 4 février 2012

Une nécessité. Un désir. De la peinture. Des objets. Sur tous supports. Supporter le Réel. Être traversé. Traverser. Les murs. Les Autres. Être touché aussi. S’ouvrir. S’ouvrir le Cœur. Ouvrir les yeux. Du fond. De la forme. Du fond qui rentre dans la forme. Du gris coloré. Et puis une exposition...

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Luna Park Frédérique Lecerf

Judith Deschamps du 8 au 25 février 2012

du 1er au 31 mars 2012

En collaboration avec Diane Augier

Une exposition pensée comme un tourbillon, un tourbillon de lumière, un tourbillon de reflets, un tourbillon de la vie. Un Luna Park dans lequel s’est installé un train fantôme. Le fantôme d’une Scuala Grande di San Rocco, par le miroir reflétant le plafond, la rosace d’or, ou la tête de Medusa réfléchissante. Les néons se répondent dans la pièce de la galerie et sortent chacun d’une histoire. L’histoire d’un motOR de tracteur doré à l’or fin  ; de fenêtres vénitiennes et de palazzi, d’une Minoterie d’or, et de son blason, comme une Armoirie pour chevalier à la toison d’or ; d’un hommage, en porte-biberon, au père de l’art contemporain, MD JUNIOR ; d’une voiture au trait enfantin ICH, le Moi, fondement d’une personnalité, résonnant comme un tour de manège  ; d’une confrontation entre espace d’or  : Gold Cube et White cube, soulevant l’instabilité du lieu de monstration et de sa destination  ; du Salon Parisien  : enseigne rose repassant, dans notre imaginaire, les images des dîners performatifs. Tout cela créant ce Luna Park dans lequel la saturation lumineuse va danser avec l’espace son-OR, programmation d’or et de gold renvoyant à l’Orpailleuse.

Diptyque Vidéographique (Captation 1 et Captation  2) révèle la recherche impossible dans laquelle Judith Deschamps est prise. Exposé à Octave Cowbell, presque un an après son achèvement, il fait l’objet pour elle d’un questionnement sur le retour. L’artiste tente, au moyen de la re-présentation, de sonder ce qui dans le fait d’y revenir, la travaille et lui semble aussi déterminant.

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Keep Portland Weird Adam Baz

Le temps est invention ou il n’est rien du tout. Arnaud Dejeammes & Vincent Delmas

du 19 au 29 avril 2012

du 3 mai au 9 juin 2012

En partenariat avec le Centre Pompidou-Metz

(Horloge de poussière et espace théorique)

Le travail d’Adam Baz représente un processus créatif fastidieux. Ce qui commence par un simple trait de stylo se construit et se transforme en une structure élaborée – des rouleaux denses, des vagues abstraites ou des tas de cheveux. Une seule courbe d’encre est multipliée et repliée sur elle-même sans relâche révélant une abstraction qui semble se propager.

Cette proposition d’Arnaud Dejeammes et Vincent Delmas mêle art et théorie autour des concepts d’horloge et de temps. Arnaud Dejeammes a étudié le phénomène de gel pour l’appliquer aux ordinateurs. Il a fait tatouer une seule et même ligne blanche sur le dos de sept personnes anonymes. Il propose d’aller se perdre dans les forêts belges. Il a consacré plusieurs années de recherche aux revenants.

En prenant de la distance, le spectateur identifie dans le travail de Baz des images cohérentes ou des formes massives, mais lorsqu’il s’approche de la pièce, l’ensemble se désintègre en révélant les nombreuses parties qui le composent.

Vincent Delmas a exposé des durées. Il se filme devant sa télé quand il est témoin de l’histoire en direct. Il a fait résonner le doute dans une église. Il a fait estimer par la justice la valeur de ses idées perdues.

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Peanuts & Cie

Croyance à la maison Pusha Petrov

Association Jean-Christophe Massinon

du 14 juin au 17 juillet 2012

du 23 juin au 31 août 2012

En partenariat avec l’Institut Culturel Roumain

Au Parc Sainte-Chrétienne

Ce projet photographique interroge, par le biais d’un système narratif sériel, la relation, la dualité, voire le paradoxe, qui existe entre l’identité de l’individu et le groupe, dans différentes communautés établies à Paris.

Le Parc Sainte-Chrétienne de Metz, dans le quartier du Sablon, accueillera trois installations conçues par l’artiste Jean-Christophe Massinon pour les éditions 2008, 2009 et 2010 de la Nuit Blanche à Metz. Parenthèse artistique estivale où l’on pourra rencontrer, pêle-mêle, deux cacahuètes géantes, des «  observatoires  » urbains et une dizaine de bancs propices aux confidences et aux déclarations d’amour.

Le spectateur, invité dans l’intimité des espaces d’habitation, découvre les valeurs chères à chaque famille, qui sont liées à leur tour aux valeurs communautaires. La mise en scène des intérieurs révèle l’omniprésence en leitmotiv de la religion, le rôle majeur de la tradition dans la définition du mode de vie, et questionne l’identité personnelle face à l’identité du groupe, l’individualité face à l’uniformité.

Inauguration et pique-nique le samedi 23 juin de 12h à 18h avec le Système Son Saucisse. Cet événement est co-organisé par l’Association JeanChristophe Massinon, la galerie Octave Cowbell à Metz et la Mairie de Metz, dans la cadre de la Nuit Blanche 5.

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Patrick Tosani

du 12 juillet au 18 août 2012

En concertation avec l’artiste, cinq photographies ont été retenues pour figurer dans l’exposition monographique qu’Octave Cowbell consacre, durant l’été 2012, à Patrick Tosani.

Je ne suis pas photographe, mais j’imagine que photographier des liquides pose, à la fois, des problèmes techniques et esthétiques. La fluidité du modèle doit être traitée, d’une manière ou d’une autre. La pluie, par définition, ne reste pas en place  ; sa transparence est agitée de mille traits scintillants. Quant au lait, bien que plus lent, ou plus placide, il a sa propre dynamique  ; il s’étale et il déborde. Il tourne, même, ainsi que toute matière organique ! Les connotations mentales sont également très différentes. L’eau est vive et claire. Le lait est dense et nourricier. Tandis que l’objectif de l’appareil se focalise, que la vitesse de l’obturateur se règle, l’œil de l’artiste (c’est, du moins, ce que j’imagine) doit opérer un travail théorique, anticiper les réactions d’un celui qui sera, in fine, confronté aux images issues de ce processus.

Le format imposant des pièces et la dimension modeste du lieu limitaient forcément ce choix. Mais il s’agissait aussi, et surtout, de répondre aux exigences d’une proposition artistique particulièrement dense et singulière. On ne traite pas Tosani par dessous la jambe ! D’abord, parce qu’il s’agit d’un très grand nom de la photographie ; ensuite, parce que tout son travail est synonyme de précision physique et de rigueur conceptuelle. Dans le corpus tosanien, chaque image possède ses propres règles et sa propre méthode... En apparence, le propos est simple ; on pourrait dire, élémentaire  : un sujet par photo, une idée par série. L’artiste fait tout pour faciliter la lecture de ce qu’il donne à voir. Mais, bien sûr, cette apparence de simplicité dérobe en fait de grands mystères  : l’obsession d’un objet, la profondeur de sa représentation.

De toute évidence, Tosani est quelqu’un de très précis, méticuleux. Son emprise sur la réalité de ce qu’il photographie semble totale. Pour autant, il ne présente jamais son sujet de façon naturaliste. Dans La troisième pluie, l’écran liquide se déploie comme une vaste chevelure dont chaque brin capte la lumière, avant de rebondir légèrement sur le sol où se forme une sorte de marre à la consistance étrange, presque visqueuse. On est devant une scène de pluie. Cette averse est la pluie en soi, et non la pluie en situation. Comme au théâtre, on assiste à un petit drame qui saisit, de façon synthétique, la vérité de l’élément qui est mis en scène.

En l’occurrence, les cinq images (quatre + une) retenues dans l’exposition présentent un point commun qui est le rapport à la matière liquide. L’eau, dans le cas de la plus grande et la plus ancienne (La troisième pluie, 1986), le lait, dans celui de cette étonnante série des Chaussures de lait I, II, III, (2002).

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À la transparence de la pluie, quatre autres photos, de moindre taille, opposent l’opalescence d’un lait qu’on boit des yeux. Tosani est un grand coloriste. Certaines de ses prises de vue mobilisent une palette rutilante ; ce n’est pas le cas ici. La gamme des couleurs se déploie du très sombre (le cuir noir des souliers) au très clair (le lait), dans une gamme où le gris (le sol où sont posés les souliers) et le beige (la poussière sur les chaussures) rappellent qu’il s’agit bien de photographies en couleur. Le grain des matières est merveilleusement modulé (du poudreux au ciré, du lisse au mouillé). Mais, on ne saisit pas tout de suite les enjeux formels de cette virtuosité somptueuse. Sans doute parce que l’on reste stupéfait devant l’étrangeté d’une situation invraisemblable. Remplir de lait des godillots plus ou moins usés (comme d’autres, remplissent de champagne des escarpins de femme...) constitue le détournement troublant de certains clichés attachés au vêtement, à la nourriture, au genre, etc. Le choc de ces images est très violent. Poétique. Surréaliste ? Chacun pourra y aller de son petit commentaire. Mais la puissance de certaines images n’est-elle pas, précisément, de résister aux interprétations ? D’être plus fortes que le sens, jamais vraiment satisfaisant, qu’elles semblent, néanmoins, induire ? Les photographies de Tosani sont de cette espèce. Des énigmes éternelles, inoubliables. Olivier Goetz

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RÉSIDENCES En mutualisant les compétences au sein d’un atelier, Ergastule favorise l’accès à un grand choix de techniques traditionnelles et actuelles. Ergastule propose une aide à la production aux artistes qui la sollicitent.

ÉDITIONS Chaque année l’association édite des multiples d’artistes signés et numérotés. Ces éditions ont pour but de diffuser l’art contemporain et de soutenir l’initiative par l’acquisition d’une œuvre.

ERGASTULE 24 rue Drouin 54000 Nancy +33 (0) 9 52 36 97 05 contact@ergastule.org www.ergastule.org


Philippe Zunino

Chez Paola

9 décembre 2006

Octave Cowbell extra-muros

La galerie Octave Cowbell présente : Une intervention de Philippe Zunino chez Paola Casagrande et Dominique Fellmann

Amateurs d’arts et membres de l’Association, Paola Casagrande et Dominique Fellmann ont offert, à plusieurs reprises, l’hospitalité à Octave Cowbell. Situé rue Gambetta, au cœur du quartier allemand, leur grand appartement cossu se prête à merveille à ces réceptions du troisième type dont le luxe principal consiste en l’accueil des artistes et le libre échange autour de leur travail. La consommation non mercantile de l’art s’accommode au mieux de cette amitié sans chichis, de cette mondanité sans exclusion ni discrimination. On partage un verre de vin, un morceau de brioche ou, mieux, quelque très bon goulasch ou une excellente polenta. Paola est cordon-bleu et Dominique a les idées larges. Tous deux s’accomodent très bien de nos extravagances. Octave Cowbell leur en est infiniment reconnaissant.

1. Conférence / performance de Philippe Zunino : Décohérence 2. Projection du film de David Legrand et Philippe Zunino, Une intensité négative 3. Débat / collation dvd / cd / badges proposés à la vente kdo piège sonore

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Rue Berlioz, carnets ouverts en appartement

Jean-Christophe Roelens

Tommy Laszlo septembre 2009

27 novembre 2010

En collaboration avec Fabrice Kastel

Chez Paola, j’ai présenté des pièces rouges. Pas sous la forme d’une exposition, plutôt comme un “salon”, une soirée de rencontre avec nos amis, autour d’expériences et de propositions artistiques.

Rue Berlioz, carnets ouverts en appartement était l’occasion d’inviter curieux et convives autour d’un verre de vin et quelques maquettes video, dessins d’étape de projet, en attendant la présentation de l’installation Rue Berlioz, quelques mois plus tard. Un carnet est un atelier. Une forme plane où la mise en rapport de notes, de dessins avec des textes ou des images donne corps à un projet. C’est un espace de réflexion à tiroirs  : plus on avance dans la recherche, plus on trouve ou abandonne des idées en cours de route, les intuitions de travail se construisent ou s’étiolent. Ce sont ces étapes qu’il s’agissait de montrer au cours de cette soirée  : mettre en espace des carnets aboutis mais fragiles, des dessins de travail entre deux piles de livres et un sofa, diffuser la symphonie fantastique de Berlioz, douter, ne plus douter...

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Église des Trinitaires Octave Cowbell extra-muros L’église des Trinitaires est un très beau bâtiment de style baroque appartenant au patrimoine messin. Longtemps innoccupée – après avoir servi, successivement, à l’ordre des Trinitaires (au XVIIIe s.), aux Protestants (au XIXe) et aux pompiers (au XXe) – elle a été restaurée, suite à son classement, au titre des monuments historiques, en 1973. Elle sert aujourd’hui de lieu culturel et de salle d’exposition temporaire. C’est à ce titre qu’Octave Cowbell y a organisé plusieurs expositions, la taille du lieu, la difficulté d’y intervenir sur les murs, obligeant toujours à trouver des solutions scénographiques originales.

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Campus on Air

Les durées exposées Vincent Delmas

Valérie Bert Roberto Martinez Anne Roussel 17 et 18 octobre 2008

du 7 au 29 mai 2010

Trois c’est 3.

77 durées d’exposition allant de 1 à 77 minutes.

Comme des narrations possibles, sans bavardage, trois approches vidéo qui interrogent notre système de perception, et restituent une idée du regard (regardé-regardant). Une exposition comme un écho à des histoires potentielles, des impulsions, des tropismes de quotidien, des fragments, des plans bruts ou montés…  Trois rapports à l’image filmée.

Invité en 2009 pour la Nuit Blanche de Metz, Vincent Delmas semait le doute à l’église Sainte-Ségolène en proposant une installation audio qui s’immisçait dans l’espace très privé de la foi pour en questionner les fondements (J’ai un doute... (Allô ?!)). Ce printemps, c’est dans une autre église de cette même ville, celle désacralisée des Trinitaires, qu’il nous convie à faire l’expérience de la durée  : à heure fixe et pour un temps de visite possible à chaque fois différent. À l’intérieur, un dispositif vidéo permet d’apprécier chaque durée d’ouverture pour ce qu’elle est : une plage de temps «  pur  » arrachée à notre quotidien et à ses activités, que celles-ci relèvent des obligations ou des loisirs.

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Apporte-moi ! Doris Drescher du 12 au 28 mai 2011

semble la disponibilité physique et mentale de celui qui pénètre l’espace de l’exposition.

L’art de Doris Drescher est une invitation  : «  Apportemoi ! », dit-elle. Cependant, elle ne dit pas quoi. L’artiste joue magistralement du vide et du plein. Face à l’aporie d’un sujet vacant, nous voici rendus à nous-même, dans l’obligation de suppléer par l’imagination aux lacunes de ce qui s’offre au regard…

Apporte-moi ! formule le désir d’une expérience de partage. On sait, depuis John Cage, que, dès lors qu’on cesse d’en avoir peur, la blancheur et le silence recèlent d’insoupçonnables richesses. Ce qui se montre est ce qui se cache, et vice versa. Aussi, ne s’agit-il pas de combler le vide, mais bien de révéler, d’un coup de crayon (et avec quelques fleurs, un peu de sable ou le chant des oiseaux), une part de ses secrets…

1. Dans la galerie Octave Cowbell, l’artiste expose une série de dessins. Sept, peut-être  ; c’est difficile à affirmer, car certains semblent manquer. Ou, disons plutôt que l’absence serait leur mode d’existence paradoxal. Le geste est subtil, au point qu’il est difficile de dire s’il s’agit de tracer ou d’effacer. D’ailleurs, est-il encore question de voir  ? Le dessin tend vers l’écriture, l’écriture vers le dessin… Quelques éléments concrets, un fragment de réel, une bribe de mémoire suggèrent l’ébauche d’une histoire ou d’une biographie… Cependant, le fil qu’on s’apprête à suivre s’emmêle, puis se brise, comme si le sens refusait de se nouer… Ariane s’égare dans son propre labyrinthe ! Le nuage se défait au moment même où la figure fait son apparition.

Mais, chut ! n’en disons pas plus, car ce sont des intuitions qui s’esquissent. Franchissons, maintenant, le seuil de la villa des mystères… La vulnérabilité des images et la fragilité des installations font tout le prix de la proposition. Olivier Goetz

(mais) 2. Dans l’église des Trinitaires, Doris Drescher a élaboré une seconde exposition, en écho à la première. Ne cherchez pas d’explication ! Il n’y a pas de mode d’emploi, pas de clef des songes. Certes, la spatialisation des objets induit le déchiffrement de certaines correspondances, mais c’est la même langue sibylline qui se parle. Or, justement… Plus importante que la vacuité (relative) des surfaces et des volumes, 102


Brave Happiness Jad Fair du 8 au 11 décembre 2011

Penn & Teller) qui finança le label 50 Skidillion Watts dans le but de sortir les albums de Half Japanese.

« J’ai d’abord commencé à découper parce que je voulais avoir quelque chose à faire en voyageant. J’avais de longues tournées avec mon groupe Half Japanese et j’ai ressenti le besoin d’utiliser toutes ces heures passées dans le van. Lire me donnait mal au cœur, et ma main tremblait trop pour dessiner, mais j’ai découvert que je pouvais m’en sortir pas mal avec une paire de ciseaux. » (Jad Fair)

Kurt Cobain fut également un fervent admirateur du groupe leur demandant, en 1994, d’assurer la 1re partie de huit concerts de Nirvana sur la tournée In Utero. Le documentaire Half Japanese : The Band That Would Be King, retrace l’histoire et la trajectoire de ce groupe unique. Sorti en 1993 et dirigé par Jeff Feuerzeig, il reçut un accueil critique très favorable.

Débarqué du Texas où il vit avec sa femme Patty, ses deux chevaux Pepper et Wunjo et ses trois chiens, Sunshine, Cowboy et Jiffy Pop, Jad Fair présente sa première exposition personnelle en France depuis une quinzaine d’années. Les Beatles combattant un géant aux côtés de superman, des monstres en tee-shirts Hello Kitty, des squelettes, des poissons ou des cœurs...

Le talent de Jad pour le design de pochettes d’albums, (il réalisa de nombreuses pochettes de Half Japanese ainsi que celles de la plupart de ses albums solo), le mena vers une seconde carrière d’artiste plasticien. Ses dessins simples et joyeux et ses découpages de papiers complexes et tortueux sont présentés dans des galeries aux États-Unis, au Canada, en Europe, en Australie et au Japon. Seize livres présentant ses œuvres ont été publiés au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, en Suisse, aux Pays-Bas, aux États-Unis et au Japon incluant le coloré Blue Skies and Monsters publié aux éditions Map en 2006.

En art comme en musique Jad Fair manie des formes simples et banales, d’une apparente naïveté. Influencées par les découpages mexicains qu’il côtoie régulièrement comme par ceux de son frère David, ses compositions sont autant d’accumulations de scènes légères et grinçantes, qui malgré de faux airs de maladresse manient avec habileté ironie et humour. En 1974, Jad Fair co-fonda avec son frère David, le groupe de rock alternatif lo-fi Half Japanese. Durant les trois décennies suivantes, Half Japanese sortit environ 30 albums, s’attirant ainsi un grand nombre d’inconditionnels grâce à son enthousiasme pur et débridé pour le rock. Parmi les fans célèbres de Half Japanese, on retrouve Penn Jillette (du duo comique 103


Castel Coucou Espace d’art contemporain en territoire minier

60 avenue St Remy F-57600 FORBACH +33(0)761 410 606 castelcoucou@gmail.com www.castelcoucou.fr Avec le soutien de la DRAC Lorraine, du Conseil Régional de Lorraine, du Conseil Général de la Moselle et de la Ville de Forbach.


École supérieure d’art de Lorraine, ÉSAL = un établissement public de coopération culturelle Metz + Épinal. Partenaires particuliers de l’ÉSAL = un riche réseau de proximité, institutions artistiques et culturelles / Centre Pompidou — Metz, Musée de l’Image, FRAC Lorraine, Centre d’art la Synagogue de Delme, Octave Cowbell… Ouverture transfrontalière = Luxembourg / Belgique / Allemagne + programme Erasmus 250 étudiants / Art = Dispositifs multiples / Design graphique = Images + Systèmes graphiques et narration 3 diplômes nationaux ÉSAL = DNAT + DNAP, 3 ans / D NSEP – Master, 5 ans 1 diplôme ÉSAL + Université de Lorraine = Master professionnel Arts de l’exposition et scénographie, 4 ans Ateliers = animation et images numériques, cinéma, dessin, écriture, édition, gravure, hypermédia, infographie, installations multimédias interactives, peinture, photographie, scénographie, vidéo, volume, plateau de prises de vue, A.R.S. (atelier de recherche sonore), typographie… Recherche = Centre de recherche I.D.E. (Image – Dispositifs – Espace) / A.R.S + Supélec / LabVies (Volume Interactivité Espace Scénographie) + Université de Lorraine / typographie La Messine / EQART (Espace en Questions dans l’Art contemporain)… Galerie de l’Esplanade = expositions, workshops, événements… Équipe pédagogique = artistes / théoriciens / praticiens Peter Allen / Eléonore Bak / Julia Billet / Sally Bonn / Roselyne Bouvier / Abdelilah Chahboune / Célia Charvet / Julien Chaves / Alain Conradt / Christine Decruppe / Joël Defranoux / Arnaud Dejeammes / Cyril Dominger / Luc Doerflinger / Michel Dreistadt / Grégoire Dubuis / Jean-Jacques Dumont / Didier Erard / Jean-Denis Filliozat / Agnès Geoffray / Chistophe Georgel / Franck Girard / Christian Globensky / Hélène Guillaume / Gérard Hutt / Patrick Jacques / Robert Jung / Jérôme Knebusch / Daniel Kommer / Michael Kummer / Alain Georges Leduc / Yan Lindingre / Elamine Maecha / Dan Mestanza / Philippe Poiro / Thierry Receveur / Agnès Schmit-Gorchkoff / Alain Simon / Jean-Luc Tartarin / Chloé Tercé / Frédéric Thomas / Anne Toussaint / Pierre Villemin EPCC ÉSAL, siège / 1, rue de la Citadelle, 57 000 Metz T +33 3 87 39 61 30 / beauxarts@metzmetropole.fr Direction EPCC et site de Metz = Nathalie Filser Direction site Épinal = Etienne Théry


Rainbow in northern Irland overfield plate. Photo : Vivienne Beck

Nuits Blanches Nuits Blanches, nuits d’Octave. En cinq ans, plus de trente projets ont été proposés par la galerie. Parmi les tout premier : Tonight is a good Night to have a White Night de Samuel François. Toutes les nuits ne sont-elles pas propices à « avoir » une nuit blanche ? Nuit d’insomnie, de travail, d’attente, d’angoisse et parfois, d’amour. Un ballon blanc – visage que chacun ira chercher Place d’Armes. Des centaines de sourires qui se baladeront dans les rues. Octave aura donné la première impulsion à ces Nuits Blanches : légèreté sans insouciance, gravité sans pesanteur. Plus tard, un poisson surprise de Bertrand Gadenne, au beau milieu d’une avenue. Ephémère dans son aquarium. Enfin, la rue Serpenoise, avec Junga de François Génot, qui fait pousser des bouquets de bois. Ils disparaîtront dès le lendemain matin. Que d’efforts pour si peu de temps ! Ballon qui s’envole, poisson qui s’enfuit. Restera une amitié, une complicité, entre Octave et la Nuit.

Cinq ans après l’été 2008, où la ville de Metz se tourna vers Octave Cowbell pour mettre en place sa première Nuit Blanche, on peut se demander ce qui était le plus déraisonnable. Organiser, en un temps record, une manifestation de cette envergure  ? Ou compter sur l’appui d’une si modeste association  ? Outre quelques noms d’artistes (au premier rang desquels, celui du regretté Jean-Christophe Massinon), Cowbell n’avait guère, à placer dans la corbeille de la mariée, que sa fraîcheur de vue et son jeune enthousiasme. Mais, peut-être est-ce là la clef d’une réussite improbable. Il faut reconnaître à la Ville ce courage, et, à l’association cette inconscience, qui firent qu’on se jeta à corps perdu, tel des enfants, dans cet ambitieux projet. Courage ? Rien, en effet, ne préparait Metz « l’endormie » à devenir une ville branchée, trépidant toute une nuit au rythme de performances artistiques parfois bien audacieuses… Inconscience ? Au moment où commençait à se dessiner la silhouette emblématique du Centre Pompidou, la plus petite des «  galeries  » messines, celles où l’on entre par une fenêtre de la rue des Parmentiers, jouait dans la cour des grands, n’hésitant pas à retrousser ses manches, ne doutant jamais, en dehors de toute vraisemblance, du succès à venir… À l’une et à l’autre, l’avenir aura donné raison.

William Schuman

Hervé Foucher

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2e édition

1re édition

2 octobre 2009

3 octobre 2008

Idéogrammes / Peanuts, Jean-Christophe Massinon Installation, sculpture, parvis de la gare

J’ai un doute… (Allô ?!), Vincent Delmas Installation sonore, église Sainte-Ségolène — De l’incapacité de la raison à donner du sens à nos vies naît la foi qui s’accompagne immanquablement de sa part rationnelle : le doute. Pourtant, bien que fondamental, peu de place lui est laissée au sein des lieux de culte. À travers son projet, Vincent Delmas fait résonner le doute dans l’église, en donnant à entendre des personnes s’interrogeant sur la présence d’un interlocuteur.

Sweet Train Train, Philippe Zunino Circuit dans la ville, départ place d’Armes Tonight is a good night to have a white night Samuel François Installations colorées, place d’Armes Taroop & Glabel Exposition, galerie Octave Cowbell Nids, Alain Colardelle Installation, promenade de l’Esplanade

Junga N°5, François Génot Installation, rue Serpenoise — JUNGA est un processus d’agencement plus ou moins aléatoire sur le mode du jeu de construction «enfantin». Il crée une entité dynamique puisant sa source dans la vivacité végétale des friches, des forêts anciennes ou d’environnements urbains. L’installation confronte les participants à une allégorie de la stabilité dynamique des espaces urbains, de la non maîtrise des éléments, et toujours de l’imminence d’un cataclysme dont nous pourrions être les instigateurs. Dans le cadre de Nuit Blanche-Metz, l’œuvre se développe pour la première fois dans l’espace urbain en proliférant au cœur de la ville.

Barka Alba, Voicu Satmarean Installation, esplanade et place de la Comédie Fantasmagorie, Laurent Bozzolini Installation, place de l’Esplanade Punktierter Garden Installation sonore, cloître des Récollets L’inversion du geste, Jean-Christophe Roelens Exposition de peintures, église des Trinitaires Nicolas Muller Performance et installation, Hôtel de Ville Nadia Lichtig Musique, Hôtel de Ville 107


Barbie Foot, Chloé Ruchon Design d’objets, Hôtel Foch — Le Barbie Foot réunit en un même objet deux univers que tout oppose. D’un côté, le monde tout rose de Barbie, jeu de petite fille mais aussi tout l’univers de la séduction et de l’ultra-féminité, de l’autre le monde viril du sport. Ce projet a été réalisé en partenariat avec la société Bonzini et la marque Barbie.

Dummy Birds, David Renault et Mathieu Tremblin Installation, rue Rabelais — Installées sur les corniches des bâtiments du centre-ville, des caméras de surveillance factices veillent et s’animent comme des automates en fonction du passage des piétons. Clin d’oeil au film Birds d’Alfred Hitchcock, l’installation Dummy Birds met en exergue la logique sécuritaire et le sentiment d’insécurité, incarnés par ces oiseaux de mauvais augures que sont les caméras de surveillance.

Papa Kebab, Module Ranch (Vanessa Steiner, Cédric Shili et Nicolas Silesi) Installation, loge du Lycée Georges de la Tour — À l’occasion de la Nuit Blanche messine, Module Ranch promet d’être au rendez-vous pour vous offrir une de ses spécialités culinaires, de 20h à minuit. Il sera installé dans la conciergerie du Lycée Georges de la Tour pendant cette tranche horaire. L’idée est d’offrir un kebab réalisé en carton stock assaisonné de couleurs vives.

Et demain…, Véronique L’Hoste Photographie, rue de Verdun — Et demain… est une série de portraits atypiques, construits autour de l’absence du regard, de mains qui frôlent et cachent un visage, formant ainsi une sorte de masque… Qui sommes-nous réellement ? Diplômée de l’ESAMM et infographiste multimédia, Véronique L’Hoste propose, à travers l’utilisation du médium photographique, une découverte de l’intimité de l’être, de son identité mais aussi de son altérité, qui reflète notre propre vécu.

Le Poisson, Bertrand Gadenne Vidéo-projection, consulat d’Algérie — Il faut imaginer notre déambulation nocturne dans les rues de la ville. Nous marchons dans l’avenue du Consulat d’Algérie et nous découvrons la présence fugitive d’un énorme poisson rouge dans l’encadrement de l’une des vitrines de l’immeuble. L’animal apparaît et disparaît par intermittence, regardant les noctambules médusés par cette étrange intrusion. Le poisson nage le long de la paroi vitrée, se retourne puis s’enfuit. Puis il revient nous rendre visite d’une allure énigmatique et silencieuse.

Tour de contrôle, Jean-Christophe Massinon Installation, édition, distribution, rue de Verdun / Trinitaires — Massinon propose un point de vue sur la vie (sauvage  ?) dans l’espace urbain. Les animaux et les hommes se partagent le territoire depuis toujours et sans accord préalable ni formalités administratives. Le partage territorial inter-espèces serait donc possible ?!

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Jeux de mots, Alexandra Sà Tee-shirts, rue de Verdun — Entre le point d’équilibre et le point de rupture, Alexandra Sà travaille le décadrage avec humour et distance en jouant de la multiplicité des supports et des médiums. Pour cette édition 2009, elle propose avec Delphine Bundschuh, Metz around, une série de goodies à utiliser sans modération. Diplômée section Arts à l’ENSAD Strasbourg, elle a présenté son travail dans plusieurs centres d’art (Le Plateau, Le Crédac…) et prochainement au centre d’art Les Eglises à Chelles.

Confidences, Chloé Ruchon Installation, avenue Leclerc de Hauteclocque — Confidences est une barrière Vauban transformée en fauteuil confident. Reliée aux autres barrières standard, elle s’inscrit dans l’espace urbain comme une parenthèse. Confidences n’est plus uniquement un obstacle, une séparation mais devient un espace de rencontre, d’échange et laisse cours à de nombreux scénarios d’utilisation. Soigner les soignants, Philippe Zunino Installation, proche de l’Hôpital Bon-Secours — À l’hôpital Bon secours sont présentées huit vidéos issues de la résidence d’août à septembre 2009 où l’artiste est entré en relation avec la structure hospitalière et l’ensemble du personnel lors d’actions partagées en disposant des «  placebos artistiques  ». Placebo artistique = inducteur de relations humaines. Hervé Connangle.

100 sexes d’artistes, Jacques Charlier Affichage, rue de Verdun — Le projet d’affiches 100 Sexes d’Artistes de Jacques Charlier, censuré à Venise, invite les Messins à (re-)découvrir l’art du 20e siècle à travers des caricatures d’organes sexuels inspirées par le travail d’artistes célèbres. En se photographiant devant leur motif préféré, les habitants peuvent participer au jeu LIBÉRER VENISE et gagner un tee-shirt original.

Rythmique de nombres premiers, Benjamin Dufour Vidéo-projection, salle de classe du Lycée Louis Vincent — Un nombre premier est un entier divisible uniquement par 1 et lui-même (à l’exception de 1). Tous les autres nombres entiers positifs sont des multiples de nombres premiers. L’ensemble des entiers étant infini, la suite des nombres premiers l’est également.

9. A long long afternoon in the park, The Plug Installation, rue de Verdun — Querelles de couple, conflits intergénérationnels, bagarres de Hooligans, vandalisme des plus malins, messages d’amour – haine des jeunes du quartier, consommation de substances illicites, amour d’une autre âme, certains plus convoités que d’autres pour leur discrétion, secrets dévoilés mais jamais dans l’oreille d’un sourd, bar en plein air des plus démunis… Tant d’événements vécus sans jamais livrer la moindre émotion. Telle est la vie d’un banc. C’est un soir de pleine lune que toutes ces émotions furent enfin partagées. Et sous la lumière romantique des réverbères, la magie opéra.

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3e édition 1er octobre 2010

Kiss + Ride, Jean-Christophe Massinon Installation visuelle/sonore, quai des régates — Nul doute, il y a autant de définitions de ce mot que d’individus sur la terre. L’Amour, chacun en rêve sans savoir à quoi il ressemble, chacun en veut sans savoir en quoi il consiste. Nul n’en connaît la formule, nul ne sait le faire naître, et quand il meurt, on découvre la dureté de son agonie. Reflet, apparition, transe, état euphorique, l’Amour fait fi de tout et a fortiori des conventions. L’Amour serait-il divin ? L’Amour serait-il mystique ? Promenade amoureuse en bord de Moselle.

Pedica, Maria Cristina Escobar Lopez Installation visuelle / sonore, Musées de la Cour d’Or — Ce projet se présente sous forme d’une installation et d’une projection vidéo sur un lit de sel disposé au sol. Deux projets qui vont être mis en place dans le même espace, séparés par des cimaises, afin de permettre la projection vidéo dans un espace obscur et l’installation avec une lumière ambiante. L’univers sonore commun aux deux projets est un ensemble de sons d’ambiance aquatique, avec des bruitages, de sable, de sel, de vents et de cliquetis. Quelques centaines d’hameçons de pêche sont suspendus du plafond au sol. Les hameçons vont être installés en représentant un mouvement de vague, la projection vidéo aura les mêmes dimensions mais sur une surface plate et c’est l’image vidéo projetée qui va permettre de visualiser le mouvement des vagues. Le spectateur sera invité à se déplacer autour des deux pièces, immergés par le son.

Canopée mobile, François Martig Installation, au Pontiffroy — La canopée désigne l’étage supérieur de la forêt, en contact direct avec l’atmosphère libre, mais c’est aussi dans l’ameublement le ciel de lit ou baldaquin. Canopée mobile se présente sous la forme de remorques dans lesquelles sont plantés des sapins formant une sorte de bordure. Au centre se trouve un carré de pelouse offrant un bel espace pour s’étendre. Étendu, le public pourra voir le ciel dans ce rectangle formé par les cimes des sapins, une sorte d’espace hors-du-monde.

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4e édition 30 septembre 2011

Magic Mall Jackpot, Olivier Crouzel Installation vidéo, centre Saint-Jacques — Magic Mall Jackpot est une installation vidéo aléatoire. Inspiré de l’univers des machines à sous et des fêtes foraines, ce dispositif est vidéoprojeté sur les murs des centres commerciaux. Olivier Crouzel transforme ainsi la façade du centre commercial Saint-Jacques de Metz en lieu de loisir et de divertissement. À chaque tirage gagnant la machine s’éveille…

I dream of a black dream ou entre ici et nulle part, Myriam Mechita Installation, Musées de la Cour d’Or — Cette installation se déploie dans l’espace du musée dans une densité inhabituelle. Du sable noir, recouvre le sol et fait disparaître les socles, les stèles flottantes à la surface comme sorties d’une coulée invisible et inattendue. Des oiseaux, petites mésanges en résine transparente posées sur les stèles. Pleurent des larmes de cristal, annonçant une vague de tristesse infinie. La lumière est modifiée à la limite du visible, seul les oiseaux sont distingués nettement. Des vitrines, saturées d’objets en verre, ne permettent plus rien voir véritablement, les objets s’amoncellent et débordent de la vitrine qui reste ouverte, des tas de verres et de carafes sur le sol.

Et Zoo  ! THTF, Pauline Le Caignec, Arnaud Théobald, Lycée agricole de Courcelles-Chaussy Installation, centre Saint-Jacques — THTF, avec l’aide du paysagiste Arnaud Théobald du Lycée Agricole et le partenariat du zoo d’Amnéville, s’emparent du Forum de la place Saint-Jacques et le transforme en un zoo géant. La végétation vous guidera à travers un parcours où animaux en tous genres viendront vous accueillir et vous surprendre. Ces créatures hybrides entre animaux et éléments de la ville (moyens de transports, éléments architecturaux…) habiteront cet espace dans lequel ils évolueront en lumière et en musique le temps de quelques jours. Le visiteur est invité à parcourir ce zoo et à rencontrer les animaux, à les toucher (Attention, plantes fragiles).

Ascension rue du paradis, éleves de 1re, lycée Robert Schuman Installation vidéo, rue du paradis — Le projet de la rue du Paradis, c’est tout d’abord trouver dans la ville une échappée discrète, LA bonne adresse qui nous transporte. De là, cheminer, grimper vers un ailleurs irrésistible… Un appel céleste… Rue du Paradis, entre conservatoire et café, une jeune fille fait le mur…

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Photo : Filthy Luker

Global Rainbow UK with Meteor. Photo : Mike Ridley

5e édition 5 octobre 2012

Global Rainbow, Yvette Mattern Installation lumineuse, avenue Foch

D’immenses tentacules gonflables font éruption des immeubles et simulent une invasion par une pieuvre monstrueuse. Une créature imaginaire semble prendre possession des lieux mais cet envahisseur est plus hilarant qu’inquiétant. Pour cette nouvelle installation pour la Nuit Blanche, les artistes proposent un nouveau design de tentacules avec des mécanismes cachés incorporés et une programmation numérique pour créer les bras sauvagement agités d’un céphalopode en colère.

Global Rainbow est une impressionnante projection laser en plein air créée par l’artiste Yvette Mattern. Elle se compose de sept faisceaux parallèles de lumière laser de haute spécification, représentant le spectre des sept couleurs traditionnelles de l’arc-en-ciel, et est conçue pour être projetée à travers de grands sites ouverts, des zones particulièrement peuplées. Avec la projection, l’artiste entend englober la diversité géographique et sociale dans sa portée et symboliser l’espoir.

Une télécomande pour se programmer ailleurs en quelques secondes, Jean-Jacques Dumont Installation, parc de la Seille

Tentacules, Filthy Luker, Pedro Estrellas Installation, Banque Populaire de Lorraine-Champagne

La téléportation traverse l’histoire de la science-fiction et nous renvoie à Star Trek, au capitaine Spock, aux possibles annoncés par la physique quantique.  Aujourd’hui, au-delà de nos modes de déplacement à revoir, elle met aussi en jeu l’idée d’un mouvement libre des populations, d’un pays à un autre, d’un continent à un autre.  Cette édition est une télécommande à découper et à assembler avec un peu de colle à partir d’une impression A3 qui sera en distribution lors de la Nuit Blanche. Elle ressemble à une télécommande de téléviseur sans l’inscription “on-off“, ni de numérotation, mais chacun peut les inventer, ajouter des mentions ou colorier l’objet. Une fois montée, cette télécommande qui peut tout de suite être recyclée, permet de vous déplacer instantanément là où vous voulez.

Les Art Attacks in situ de Filthy Luker infectent les villes autour du monde avec des œuvres gonflables qui donnent une nouvelle vie aux bâtiments et aux espaces urbains, et surprennent le spectateur par la manifestation instantanée d’objets irréels dans des lieux inattendus. Par leur échelle disproportionnée, leur couleur surnaturelle, et son monde comique insensé ressuscité, les œuvres de Filthy Luker ont un impact visuel fort. Elles cherchent à provoquer une réaction de surprise, un sourire et à déformer la perspective sur l’environnement urbain. Octopied Building est une œuvre réalisée en collaboration avec l’artiste également anglais Pedro Estrellas. 112


JeanChristophe Massinon Ce catalogue est pour nous l’occasion de rendre hommage à notre ami Jean-Christophe Massinon, artiste dont le parcours rencontra celui d’Octave Cowbell au cours de l’été 2008, et qui, plus proche qu’aucun autre, peut-être, est resté pour nous, jusqu’à sa disparition prématurée en septembre 2011, un complice et un inspirateur. JeanChristophe ne se sentait pas seulement en phase avec les objectifs et les activités de notre association, il y mit en œuvre son dynamisme et y engagea sa créativité. Nous lui devons le souvenir de moments incroyablement joyeux. Aux images qui rassemblent, ici, une (petite) partie de sa production, nous joignons un texte inédit d’Olivier Goetz sur Stardust, réalisation monumentale que Massinon créa en 1999 dans le cadre d’un 1% artistique. Cette sculpture de 30 mètres de long habille aujourd’hui la façade du © Association Jean-Christophe Massinon

Lycée technique d’Esch-sur-Alzette, au Luxembourg. Nous remercions Claudine Collilieux qui avait commandé ce texte, de nous autoriser à le reproduire.

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Cette obscure clarté qui tombe des étoiles

On peut aborder Stardust comme le résultat d’une commande passée dans le cadre, relativement contraignant, de ce qu’il est convenu d’appeler le « 1% artistique ». On connaît, depuis quelques décennies, le succès et l’intérêt de cette obligation légale de consacrer un pour cent de la somme dépensée pour un chantier public à la réalisation d’une œuvre d’art. Il en découle, en effet, un double bénéfice : celui d’offrir, à la fois, du travail aux artistes et un supplément d’âme à des constructions dont l’intérêt général ne garantit pas foncièrement la qualité esthétique. En l’occurrence, s’agissant d’un lycée technique, on mesure d’emblée l’écart qui sépare l’austérité fonctionnelle du bâtiment et la proposition audacieuse de Jean-Christophe Massinon, l’artiste qui a imaginé placer, à l’entrée de l’établissement, cette étonnante « poussière d’étoile ».

Soucieux de la pertinence contextuelle de son installation, Massinon, n’aurait pu se contenter d’accompagner, sans poser sur elle la distance critique de son regard rieur, l’astreinte qu’un tel lieu fait peser sur ses utilisateurs. Que Stardust constitue une figure stellaire, c’est ce qu’atteste le titre de l’œuvre ; pour autant, la forme et le style de son exécution évoquent, tout aussi bien, une opération de dynamitage de l’institution qui l’abrite. Mais, tels sont le prestige de l’art et l’efficacité de sa ruse ! Plutôt que de trahir quelque intention terroriste, Stardust brille, aux yeux de la Chimène qui l’accueille, de cette « obscure clarté » dont parle Corneille, sans laisser voir que le même motif, dans un tout autre cadre (au sein d’une bande dessinée, par exemple) pourrait signifier le souffle d’une véritable explosion…

Je suis frappé par le fait que ce portique, pour monumental qu’il apparaisse, ne constitue, en aucune façon, un monument. Il reste, et c’est une performance s’agissant de ce qu’il faut bien qualifier de sculpture, un événement. C’est-à-dire que l’œuvre ne se fige pas dans la lourdeur de sa propre matière. Stardust n’impose pas un respect imbécile, il se situe résolument du côté d’une certaine impertinence, celle-là même qu’on attribue, à tort ou à raison, à une jeunesse dont on imagine aisément qu’elle renâcle parfois à franchir le sas qu’illumine l’intervention de Massinon. Pour preuve, encore, qu’on ne se trouve pas confronté à un monument, le fait qu’il semble à peu près impossible à photographier. Pour en avoir une idée visuelle précise, il faut s’y reprendre à plusieurs fois, multiplier les angles de vue. Pas facile de comprendre ce qui se joue ici. Ça contourne, ça traverse l’espace, avec beaucoup de dynamisme. Ça fulgure. Ça explose. Et, pourtant, c’est toujours là, agissant, virevoltant ! Massinon ne fige pas l’explosion qu’il figure, il la manifeste et la prolonge, obligeant le regard à courir après ses fusées. « Poussière d’étoile » répond, ainsi, à la définition donnée, par André Breton, de la beauté, lorsqu’il écrit que celle-ci « sera convulsive ou ne sera pas ». Et parmi les termes qui caractérisent pour lui cette convulsion, le plus approprié : « explosante-fixe » (et on se souvient, dès lors, que Pierre Boulez a composé un morceau qui porte précisément ce titre : Explosante-fixe).

Dans un petit texte qu’il rédige pour présenter son œuvre, JCM révèle avoir puisé son inspiration dans l’histoire d’Esch-sur-Alzette où se situe le lycée sur lequel il intervient. Tantôt florissante et tantôt en crise, l’histoire chaotique de cette cité industrielle est faite de grandeur et de misère. L’artiste affirme également qu’il a ressenti

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le mouvement, la circulation de ces jeunes gens, la vie qui les anime, où il veut voir, avec l’optimisme qui le caractérise, la possibilité de rebondir, d’être flexible… Je suis frappé, en effet, par l’adéquation de la forme qu’il réalise (un entrelacs fulgurant de matière solide, le dessin d’une étoile filante, le « Pif ! Paf ! » d’un scénario animé…) et celles des cultures populaires dont il a toujours aimé s’inspirer. Stardust est aussi le nom de plusieurs films, d’un jeu vidéo, d’un groupe de musique, d’une sonde spatiale, etc. Massinon a mis en avant cette idée positive d’un bâtiment dont la fonction sociale excède, de toute évidence, le système qu’il héberge et qu’il ne contient pas entièrement. Un lycée, en effet, ne se réduit pas à un lieu d’étude ; il abrite également la vie qui en déborde. Il est le foyer de rencontres amicales et d’amours adolescentes. Et l’artiste, de toute évidence, s’est senti en phase avec l’incandescence joyeuse et bruyante de ses récréations. L’œuvre de Jean-Christophe nous rend attentifs au fait que la jeunesse, tandis même qu’elle se plie, en pénétrant sous le portail qu’il a construit, à la contrainte éducative, n’attend que le moment où, repassant par le même sas enchanté, elle surgira librement, pour s’égayer dans l’espace buissonnier qui lui revient en propre. L’artiste, en apposant ce signe étoilé sur la façade, a remis l’enfant (celui de Jules Vallès, celui de Jacques Prévert) au cœur du bâtiment. Il en a célébré la liberté d’esprit et de corps. Ce faisant, il introduit joie de vivre et poésie dans l’architecture ; surtout, il en assouplit le carcan. Ses courbes s’enlacent avec des lignes droites. Son rire en ponctue la sévérité. Car, au fond, cette intervention plasticienne ne nie aucunement l’architecture, non plus, d’ailleurs, que le projet éducatif et sociétal incarné par celle-ci. Elle se contente de jouer avec eux à la lisière du possible, manifestant ainsi de manière magistrale la liberté de l’art et l’intelligence de ses usagers.

© Association Jean-Christophe Massinon

Enfin, pour moi qui écris ces lignes si peu de temps après la mort prématurée de JeanChristophe, il est important de dire ceci : L’artiste voyait dans son projet la mise en abyme du destin d’une cité et de sa jeunesse. Ce que nous y voyons, nous, désormais, c’est la mise en abyme de Jean-Christophe lui-même. C’est son propre destin d’étoile filante qu’il a superbement fixé, d’un geste léger et heureux, dans ce lieu improbable qui conservera, pour longtemps, son esprit. Comme le dieu de la Genèse suspend des luminaires dans le ciel, Jean-Christophe installe Stardust au faîte d’un édifice contemporain. Au commencement le ciel était vide et sombre. Mais au tohu-bohu du monde actuel, Jean-Christophe Massinon est venu apporter son sourire et sa beauté. Olivier Goetz

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Peanuts, installation, parvis de la gare de Metz, Nuit Blanche Metz, 2008 photo Olivier Henry Dancy


Portrait de Jean-Christophe Massinon, 2010 photo Association Jean-Christophe Massinon


Peanuts & Cie, installation, parc Sainte-ChrĂŠtienne de Metz, 2012 photo Association Jean-Christophe Massinon


Kiss + Ride, extrait du catalogue, Nuit Blanche Metz, 2010


Petit feu, impression numÊrique, place d’Armes, Nuit Blanche Metz, 2011 photo Association Jean-Christophe Massinon


Š massinon

Baba Pompon, dessin numĂŠrique, exposition collective Kilo, 2009


39 portraits d’amis

Nous avons demandé aux personnes dont nous dressons ici un portrait subjectif de nous confier une image représentant une œuvre d’art dans le contexte de leur habitation. Libre à chacun d’interpréter la consigne à sa façon.


JEAN-JACQUES AILLAGON les territoires de l’art texte : Laura-Maï Gaveriaux photo : en haut : Maison, Étienne Martin, en bas : Taroop & Glabel, sérigraphie

Jean-Jacques Aillagon entretient un lien charnel avec Metz, la ville dans laquelle il a vu le jour. Né rue des Parmentiers, c’est comme si sa curiosité pour tout ce qui est culturel à Metz avait été devancée par ce lien fortuit qui ne pouvait que le conduire à passer, un jour, la fenêtre d’Octave Cowbell. Son rapport à l’art, il le pense, mais l’on sent aussi, dans sa façon de le raconter, qu’il est emprunt d’affect. Son milieu familial et sociologique ne le prédestinait pas à devenir l’un des grands acteurs de l’art contemporain en France. Peut-être que sa conviction en une destination de l’homme par un dépassement de soi a trouvé, dans les émotions artistiques, son véhicule. Enfant, il habitait Creutzwald, en Moselle et quand il allait à l’école, il passait à travers l’usine pétrochimique de Carling, «  ça puait terriblement  »… mais il trouvait ça beau, ces cheminées d’acier qui s’élevaient dans le ciel. C’est peut-être là que s’est formée sa sensibilité à l’esthétique moderne. Jean-Jacques Aillagon a passé la majeure partie de sa carrière à faire vivre l’art dans des structures institutionnelles, mais il a la conviction que les structures privées, notamment les galeries d’art, tiennent aussi une place majeure dans le maillage culturel. C’est parce qu’il continue de les écumer à la recherche d’artistes à découvrir, qu’il a

rencontré le travail de la photographe Catherine Larré, sa dernière émotion en date, lors de ses vacances en Bretagne, à la galerie Réjane Louin (Locquirec). S’il doit évoquer les lieux d’art qu’il aime à travers le monde, il sera en peine de faire une sélection… « Il ne faut pas être unilatéral, on peut être touché, dans la même journée, par des lieux très différents » ; de même qu’il affirme ne pas vouloir séparer la cause de l’art classique et de l’art contemporain. Car même Mona Lisa, dès lors qu’elle est admirée par une personne aujourd’hui devient, pour lui, une œuvre contemporaine… L’émotion artistique est toujours située, elle fait l’homme autant qu’il la vit à l’image de sa subjectivité. Pour Jean-Jacques Aillagon, Metz est véritablement devenue une ville de culture ces dernières années, tant par l’installation du Centre Pompidou délocalisé (à la création duquel il a participé), que par les initiatives événementielles qui y ont vu le jour, le travail notable du Frac et la création d’Octave Cowbell, qu’il aime à évoquer comme une initiative aussi intelligente que frondeuse. À lui qui fut Ministre de la Culture, on demande s’il ne craint pas que la crise économique que connait la France et le monde relègue la culture au second plan des priorités. Alors réaffirme-t-il cette conviction qui est la sienne�� : «  même dans la pire difficulté, l’être humain ressent la nécessité de se 131

dépasser, de s’échapper, et n’est pas privé de cette aspiration à ressentir des émotions qui le transportent, qui lui rendent de la grandeur et de la dignité… Déjà les hommes des cavernes, même dans l’adversité qui était celle de devoir s’abriter, se nourrir, éprouvaient le besoin de s’exprimer artistiquement. » L’art n’est pas une nourriture de riche ou une occupation pour les temps heureux, mais une compagnie pour tous les jours. Il n’est d’ailleurs pas un collectionneur au sens strict du terme : il n’achète que ce qu’il peut accrocher et ce avec quoi il aime vivre. On pourrait se demander à quoi aspire aujourd’hui Jean-Jacques Aillagon, après avoir vécu toutes ces expériences exceptionnelles dans le monde de la culture… Alors, son regard pétillant accompagne une réponse toute imprégnée de l’envie des premiers jours  : «  dans la vie, on aime toujours les nouvelles aventures. Quand on me demande quelle expérience de ma vie j’ai préférée, je réponds toujours la prochaine. C’est là qu’est l’excitation : l’idée de conquérir d’autres territoires, c’est exaltant et c’est aussi une sorte de défi vis-à-vis du temps qui finit toujours par vous rattraper. Actuellement, je suis justement dans une phase où je ressens très profondément ce besoin d’une nouvelle course  : j’ai envie d’un marathon encore… je reste donc attentif à ce qui pourrait venir exciter ma curiosité. »


AURÉLIE AMIOT pilote certifiée des machines à imprimer texte : Marie-Céline Henry photo : THTF, encre sur papier, 70 x 100 cm

Un lit de bébé à côté d’un énorme barbecue rouillé  ? C’est une jeune maman comblée qui essaie de ranger la galerie Modulab au cœur de l’été. Elle est sans voix (à cause d’une laryngite) : « Je n’en suis pas encore remise. Lili-Rose est née le jour de la SaintValentin  !  » Belle surprise, qui illumine encore une trajectoire polychrome. De l’enfance surgissent tout à coup de petites maquettes de fêtes foraines bricolées par son arrière-grand-père, vendeur de bonbons sur les marchés. On les voit. On y est ! Née à Châlons-sur-Marne, elle a très tôt été indépendante, mais elle avoue être « très fière de sa relation avec sa sœur et son frère », famille qui recompose bien. Alors ? Elle n’aimait pas trop l’école, et le dessin la poursuivait. Elle fera trois ans aux Beaux-Arts de Metz. Et deux à la Villa Arson de Nice  : «  Ça reste une grosse machine à fabriquer des artistes contemporains. C’était chouette, mais très dur aussi. » Elle y explore le dessin, la gravure, et même la vidéo, croise dans les ateliers Jean-François Chevalier et Noël Dolla. Dans sa galaxie, du graphisme, de l’illustration, de la bande dessinée... « Je suis fan de Pascal Brutal (personnage de Riad Sattouf), j’aime les images de Joëlle Jolivet, le travail d’Éric

Duyckaerts, celui des THTF. ». D’autres grands noms l’accompagnent  : Camus, Kundera et... David Bowie. En 2006, elle débute une résidence d’artiste au Centre International Frans Masereel, en Belgique. Nomade à Londres, Athènes, Venise, Los Angeles, elle reviendra finalement à Metz parce qu’elle est amoureuse... et qu’un espace de travail attribué par la DRAC l’attend. Cinq années d’enseignement des Arts Plastiques s’ensuivent, mais elle fomente son coup  : avoir ses propres machines pour la gravure, la sérigraphie. Et une galerie associative. C’est avec une camionnette, des presses, du papier, des encres qu’elle sillonne désormais la région avec un atelier itinérant créé en 2008  : Etching. Pour rendre l’art plus accessible en milieu rural, dans les associations, les musées, les lycées, les collèges, les médiathèques. « Je suis très attachée à l’édition. » On la croit quand elle montre Réducteur de Dette, le travail réalisé en collaboration avec les éditeurs Nancy Sulmont-A. et Jean-François Assié du petit Jaunais en 2011 : des lithographies en noir et blanc, tamponnées en rouge de sentences lapidaires : “Pauvre con”, “Charogne”, réponses imaginaires de contribuables harcelés à une administration automatisée. 132

En 2010, elle avait proposé son travail à Octave Cowbell, et avait enfin trouvé son lieu qui deviendra Modulab. Un bel espace qui fusionne au quotidien dans un joyeux mélange atelier d’impression et galerie d’exposition, proposant aussi des résidences, des workshops, des appels à projets, des ateliers pédagogiques. Elle y expose des artistes passionnés comme elle d’estampe, de gravure, de lithographie. Et travaille le linoléum pour son prochain portfolio Échappée Belle, une série narrative qui s’annonce féerique, passe un concours pour être enseignante en école d’art. Elle ne rit même pas quand elle dit  : « Wonder Woman, c’est pas moi ! »


NICOLAS D’ASCENZIO ouvert de nuit texte : Laura-Maï Gaveriaux photo : Étienne Bardelli (Akroe), 2011, sérigraphie

Le parcours de Nicolas d’Ascenzio ne se résume évidemment pas à la Nuit Blanche, dont il est aujourd’hui le directeur artistique. Mais chacune des éditions qu’il a déjà orchestrées, ainsi que la cinquième en train d’aboutir, représente une date charnière dans son cheminement parce qu’elle constitue l’apparaître réalisé de ce travail de fond qu’il mène à l’année, au sein de l’Action culturelle de la Ville de Metz. Son métier, il le conçoit comme le fait d’inventer et de créer en mouvement, dans des situations parfois compliquées à appréhender. D’autant que dans le champ de l’événementiel culturel, le fait de n’être pas dans une galerie ou un musée oblige non seulement à prendre en compte le mouvement, mais aussi à l’initier. Investir un tunnel, un espace du Centre Pompidou, un jardin botanique, ou un hall de gare, chaque fois les situations sont inédites et imposent de se renouveler  : «  aller interroger tous les coins de la ville avec des interventions culturelles qui surprennent. » Son histoire avec Octave Cowbell commence à l’époque où il intervenait dans la vie culturelle messine, mais dans un cadre associatif. Un état d’esprit qu’il lui est parfois reproché d’avoir conservé, lui qui se refuse à être fonctionnaire, par peur peut-être de s’installer dans un confort de fonction qui pourrait scléroser sa recherche.

De cette famille de la culture messine, il aime dire qu’elle lui plaît parce que c’est chaleureux et simple. On sent qu’il y nourrit des amitiés autant que des projets professionnels. Dans son rapport aux arts plastiques, la musique tient une place fondatrice, jusqu’à imprégner son travail : « il y a un parti pris dans la direction artistique de la Nuit Blanche, qui postule qu’à Metz, le temps des arts plastiques, comprend une forte présence musicale. C’est important pour moi car j’aime les projets croisés.  » Nicolas d’Ascenzio aime croiser les arts numériques, la vidéo-projection, les arts vivants… « Pour les plasticiens, il y a des médiums dans tous les sens aujourd’hui, à l’ère du numérique, et je trouve dommage de se cantonner aux formes d’expressions classiques.  » Pour lui, l’art contemporain, c’est « l’art du moment, et l’art du moment, est aussi fait avec les technologies actuelles. » Ces derniers temps, il écoute WU LYF en boucle, un groupe de Manchester qui n’existe plus depuis quelques semaines et qui n’a fait qu’un album, sublime, à la croisée du rock, de l’électro et de l’indé. « Sinon il y a le dernier album de Simian Mobile Disco, dont je suis super fan aussi. La musique… oui, j’ai toujours un casque ou des écouteurs sur moi, je travaille en musique, ça c’est certain. » Le projet qui l’inspire le plus en ce moment est la biennale orchestrée par Jean Blaise, Le Voyage à Nantes, qui 135

place des œuvres d’art contemporain qui ont vocation à rester pérennes dans l’espace public. « Laisser des traces sur le territoire : je trouve ça génial, dans un moment où un euro est un euro, de dire aux gens que leurs impôts servent aussi à constituer un environnement culturel voué à devenir leur patrimoine. » Il aime aussi le projet initié à Lille, le festival Fantastic. « Ce sont deux villes qui ont cassé les tabous de l’art contemporain en décomplexant totalement les questions de tourisme  : oui, on peut faire du tourisme culturel, c’est pas grave… c’est cool ! » Il cherche ainsi, à leur image, à insuffler cette énergie qui donne aux habitants la fierté de leur ville. «  Le Vent des Forêts  : je trouve ça super classe comme projet… tu travailles le territoire… dans la Meuse, tu places des pièces dans la forêt, tu suis une démarche de qualité… » Cette capacité d’admiration de Nicolas d’Ascenzio pour ce qui se fait ailleurs est touchante et exprime bien cette curiosité permanente envers tout ce qui pourrait lui permettre de toujours rester en mouvement. D’ailleurs, il se voit déjà partir, se lancer dans d’autres aventures toujours avec la même passion.


CHRISTOPHE BAUDSON agent de texture colorée texte : Marie-Céline Henry photo : Chris Ashley, HTML drawing, 2008 et 2009, impression jet d’encre unique

Sous un improbable parasol défraîchi, après plusieurs sodas pour contrer la chaleur, il semble toujours un peu fébrile. Son registre n’est pas l’éloquence, il préfère montrer. Impatient, il recherche dans les méandres de l’Internet les traces de ses aventures au pays de la matière et de la couleur. Il a besoin de s’ancrer dans l’image, d’attirer l’attention sur un petit détail, de préciser le velouté ou l’éclat d’une peinture, fugacement aperçue sur un écran. C’est pourtant un tactile, un sensuel. « La puissance de la couleur, ça m’intéresse ! » Sa passion a d’abord été le dessin. Aujourd’hui encore, il expérimente sur papier des motifs de femmes, de fleurs, de papillons, juxtaposés avec de la pop colorée, ou de l’abstrait. Il aime «  les choses qui ne collent pas ensemble, ce qui se passe à la frontière, à la limite.  » En peinture aussi, il s’intéresse à la confrontation, la mixité, la contiguïté, la jonction des surfaces lisses ou empâtées, la matière qui déborde, les couleurs franches, qui s’affrontent, qui éclaboussent. Ses séries Slurp et ses longues frises rayées Spectres sont de pures gourmandises tentantes et régressives. Il cultive l’ambiguïté aussi, créée par le trouble d’une image persistante derrière le motif abstrait de gros confettis, ou des touches très épaisses, presque kitches, carrées comme des pixels. Depuis les années 80, il utilise l’ordinateur et les

filtres pour s’approprier les images parfois érotiques glanées sur la Toile. Des visages de femmes extatiques apparaissent furtivement dans la série P.A.F.S., qui sera exposée entre autres à Octave Cowbell en 2010. Il goûte avec délice à la peinture à la seringue et produit de surprenants tableaux de spaghettis multicolores, jouissance naïve, pur plaisir du geste. Couleur, motif, matière : « Je vois ça comme une partition de musique. » Né à Longwy en 1969, il prend des cours de dessin à Arlon, puis dans une École d’Art à Valenciennes. Un bac technique ne l’a pas empêché de poursuivre sa voie. Un an d’atelier de peinture aux Arts Déco et surtout la Fac d’Arts Plastiques à Strasbourg le plongent dans l’histoire de l’art, et révèlent un réel engouement pour la peinture, les Impressionnistes, la Renaissance italienne, Corot et Matisse. Il connait ses classiques, mais il se plonge aussi dans les contemporains comme Jonathan Lasker, Bernard Frize, David Reed, Mark Francis, et suit depuis longtemps le travail de David Salle... En 2008, il se délectera des fresques de Sol LeWitt à la Biennale de Venise et des tableaux de Raoul de Keyser. En 1994, il était parti à Dublin pour suivre sa femme, et fera des allers-retours fréquents en Lorraine, région qui restera comme un port d’attache. Dans les années 2000, il y rencontre Jean-Christophe Massinon. Avec d’autres artistes, ils forment un 136

collectif  : «  Dream Team  ». ll évoque avec émotion les projets réalisés en commun, leurs virées épiques et leurs expositions en 2001 à Berlin, leur amitié qui survivra à la dispersion du groupe, et la disparition de son ami, en 2011. Il expose en 2003, à Épinal, un grand dessin mural explosif avec l’association d’art contemporain La lune en parachute  ; en 2004, Le triage à Nanterre et le Salon de la Jeune Création à La Villette ; en 2007, Welcome to Our Neighborhood, à la Stadtgalerie de Saarbrück. Il y a des pulsations dans son rythme de travail, avec des poses, et d’énergiques reprises. Avec Skin Maximizer, il mixait images vidéo et son. Il écoute du Hip Hop de la côte-ouest, Madlib avec Yesterday’s New Quintet, du jazz des années 60, Steve Reich et de la musique électronique allemande  : «  C’est de la musique à peindre  ». Il s’attendrit sur Broderie, un dessin mélancolique de Seurat et puis vagabonde dans les tons d’automne d’une toile de Sean Scully. Il rêve. Il est parti. Christophe Baudson en 5 dates : 1969 : Naissance à Longwy 2001/02 : Visite à Berlin avec la Dream Team 2004 et 2007 : Naissance de ses enfants 2011 : Mort de Jean-Christophe Massinon


ESTELLE BERRUYER d’ici ou d’ailleurs, de nulle part et de partout texte : Olivier Goetz photo : au mur : dessin sans titre d’Edith Dekyndt - sur l’étagère : kiddouch de Matali Crasset Estelle Berruyer n’est pas d’ici. Elle ne connaissait même pas Metz avant de devenir Conseillère pour les Arts plastiques à la DRAC Lorraine. Originaire de la région Rhône-Alpes, elle a commencé, à Grenoble, des études d’Histoire de l’art et de Management culturel, qu’elle poursuivit ensuite à Paris. «  J’étais boursière. Issue d’un milieu modeste, je dois à la République d’avoir pu étudier », annoncet-elle fièrement. Forte de son bagage universitaire, elle intègre la Fondation Cartier, peu de temps après sa création. Marie-Claude Beaud, à qui elle exprime sa reconnaissance, y fut son mentor : « Il fallait être polyvalent, je m’occupais à la fois des ateliers, des résidences d’artiste, des expos… On avait une grande liberté mais, aussi, beaucoup de responsabilités. Cela a été très formateur. » Après cette première expérience professionnelle, Estelle envisage de passer du privé au public  ; elle obtient des responsabilités au ministère des Affaires étrangères. En 1991, elle est chargée de mission à l’AFAA (futur Cultures France). Elle fera les trois quarts de sa carrière (« mais je n’aime pas ce mot, disons plutôt mon parcours professionnel ») au ministère des Affaires étrangères. Aux États-Unis, en Argentine, en Corée du Sud. Après douze ans passés à l’étranger, Estelle se dit qu’il est peut-être temps de rentrer au pays. «  Parce que, si tu te retrouves représenter la France, et que tu ne connais plus ton pays, tu es déconnectée.  » Mais elle ne voulait pas aller à Paris, trop violent et, de plus, «  je ne crois pas que c’est là qu’il y a le plus d’énergie  ». Elle a envie de travailler en région. C’est alors qu’elle entend parler de ce poste messin. Estelle présente ce choix comme une évidence  : « En fait, bizarrement, j’étais déjà venue dans votre ville, à l’occasion du CIPAC, en 2003. J’y avais entendu, d’une oreille dubitative, Jean-Jacques Aillagon présenter le projet

du Centre Pompidou. Après coup, j’y vois presque un signe. Les mauvaises langues disent que je suis un peu sorcière… » Metz, pour Estelle, offre l’avantage d’être une ville située au confins de trois frontières. «  Cela m’a rassurée, après la vie internationale que j’avais menée. Rien ne m’empêchait d’aller passer une journée au Luxembourg, en Allemagne ou en Belgique.  » En 2009, devenue Conseillère (elle insiste : elle tient au féminin) à la DRAC, elle est très attentive aux initiatives locales, se montre assidue à toutes les manifestations culturelles, visite systématiquement les expositions d’arts plastiques (celles d’Octave Cowbell, en particulier), mais pas seulement. « J’aime aussi beaucoup la musique, et la danse… » Estelle adore son métier. Avec ce poste, elle est revenue à ses premières amours, les arts plastiques. Bien sûr, elle aimerait pouvoir travailler dans tous les domaines, ce que le système ne permet pas de faire. Elle n’a rien à reprocher à l’administration, si ce n’est ce découpage disciplinaire arbitraire, qui ne rend pas compte de la réalité. « J’ai eu la chance de travailler toute ma vie dans le domaine artistique. Ce qui m’intéresse, c’est à la fois l’art et les artistes, si je n’ai pas les deux je ne suis pas à l’aise. C’est ce qui m’a fait me spécialiser dans l’art contemporain. J’aime avoir affaire à des personnes vivantes. » Concernant l’avenir, Estelle a sa propre théorie. Elle n’est jamais restée plus de quatre ans dans le même emploi. Pourtant, elle aime Metz et n’a pas envie d’en partir. Il lui reste trop de choses à faire, à parfaire, de réseaux à lancer, de liens à tisser. Elle puise son énergie chez les artistes, autant qu’ils puisent chez elle l’aide dont ils ont besoin. D’ailleurs, chez elle, Estelle vit entourée d’œuvres d’art. Elle hésite un peu à parler de sa « collection », tout en donnant les signes d’une véritable collectionneuse. « Pour moi, 139

une œuvre d’art n’est pas un objet décoratif. Les œuvres que je possède témoignent toujours d’une relation. » Ses goûts ? « Je ne sais pas si j’ai vraiment une ligne arrêtée. Je préfère les œuvres abstraites, conceptuelles, plutôt en noir et blanc. J’aime Lawrence Weiner et Buren et, en même temps je suis capable d’apprécier quelque chose d’un peu kitsch. En règle générale, j’aime beaucoup le médium papier, le dessin, la photo. » Elle ne se sent pas atypique, mais son parcours est singulier. Ses atouts  ? Avoir été confrontée à des cultures différentes, à d’autres sociabilités. Estelle se sent bien partout. Aux États-Unis, elle a expérimenté le privé à outrance, l’absence de ministère de la culture. « Je n’ai rien contre le privé, mais il faut un équilibre. Trop de public ce n’est pas bon, pas assez, non plus. En Argentine, j’avais la responsabilité de tout le champ culturel (à part le cinéma). Ce qui m’a rapproché de ce pays, qui est peut-être celui que je préfère, c’est que j’y étais pendant une crise politique très grave. J’ai appris beaucoup de choses. Que faire d’un budget culturel dans une situation où les gens n’ont même plus de quoi manger  ? Le fait d’entendre dire  : “on n’a plus rien, il faut qu’on garde la culture”, m’a énormément impressionnée. Je voyais des théâtres qui ne fermaient jamais. Personne n’était payé, et tout le monde continuait à travailler, parce que, s’ils avaient perdu ça, ils auraient tout perdu. Si les artistes ne font pas bouger les choses, je ne vois pas qui peut les faire bouger. Les révolutions se font avec les artistes. Les artistes français, aujourd’hui, ne sont pas assez engagés. On est des enfants gâtés. On vit bien, pourtant, même si c’est dur… Regarde ! On a le droit de prendre un café ensemble sans être mariés, sans être obligé de se voiler les cheveux, sans se demander si une bombe va nous tomber dessus… »


VALÉRIE BERT faire un film texte : Olivier Goetz photo : Tentative d’une image pauvre

Quoi de neuf ? Valérie Bert est en train de terminer son film. Un vrai  ? Oui. Un court de 22 minutes, tourné avec de vrais acteurs, de vrais techniciens, du vrai matériel… Elle n’en n’est pas à son premier essai (elle a déjà réalisé Après l’hiver, un docufiction sur sa grand-mère). Avant, elle faisait plutôt de la vidéo, mais, en fait, « ce n’est pas du tout un tournant ; quand j’y réfléchis, le cinéma est là depuis le début.  » Le déclencheur, c’est quand Damien Odoul lui a proposé de tourner dans En attendant le déluge (avec Pierre Richard) et L’histoire de Richard O. (avec Mathieu Amalric). Alors, actrice ? « Non, ça n’a pas marché. Je ne suis pas bonne, je crois. Ce qui m’intéresse dans le cinéma, c’est l’écriture, le découpage, le son. Travailler en équipe.  » Maintenant, elle écrit le scénario de nouveaux longsmétrages, et ambitionne de devenir cinéaste pour de bon, même si « ce n’est pas facile, quand tu n’as pas fait d’école, que tu n’as pas d’argent. Pourtant, il y a des gens qui font leurs films avec presque rien, c’est possible ». Valérie Bert a eu un parcours un peu chaotique. Une année à l’École du Louvre, un DEUG en Histoire de l’Art, une maîtrise d’esthétique. Elle échoue à l’entrée à la FEMIS, mais se retrouve à l’origine du Festival Paris-Berlin. L’art contemporain, c’est lié à Jean-François Colcanap, avec qui elle a fondé, en 1998, les Acolytes de l’Art. Dans la douzaine de vidéos qu’elle réalise au début des années 2000, Valérie améliore le monde, ajoute des pétales aux fleurs, adoucit l’eau de la mer, etc. Invente le mot «  Eutopie  ». Parallèlement, elle dessine, pratique l’aquarelle. Surtout, passe beaucoup de temps sur Internet, crée des sites, s’intéresse aux réseaux sociaux, à Facebook, où sa page

« Sissi Solo » connaît un franc succès. Elle y présente toute une série d’albums. Des photos d’amateurs piochées sur le Web (J’ai pas sommeil, Bonjour, c’est moi), des dessins (Ça coule), des vidéos (Écologie des images), une cinquantaine de diaporamas, réalisés à partir des clichés qu’elle prend sur sa télévision, lorsqu’elle regarde des films. «  “Écologie”, dit-elle, parce qu’il s’agit d’une forme de recyclage  ». Petit à petit, elle affine sa pratique, « sur un film où j’ai 200 images, je vais en choisir une qui me plaît, après, je cherche un écho dans un autre répertoire, j’associe, je monte, jusqu’à ce que le résultat me satisfasse. C’est une sorte de journal intime. Je regarde les films à travers mon appareil photo, ce qui me fait beaucoup loucher (rires). Mais je crois que ça finit par dire quelque chose, surtout dans les derniers. J’ai compris progressivement comment réaliser ce truc. » Contrairement à ses contemporains, Valérie ne dénigre pas la technologie. Elle ne la sacralise pas non plus, elle l’utilise. « Facebook m’a aidé pour plein de choses. C’est un peu devenu mon atelier. Et, comme ce n’est pas moi qui signe, mais cette Sissi Solo que j’ai inventée, je n’ai aucun complexe. Je travaille dans la fiction… Il y a même des gens qui commencent à m’appeler Sissi. Bien sûr, je ne réponds pas, car j’oublie que je m’appelle comme ça, comme un chien qui ne reconnaît pas son nom. Les pseudos, ce n’est pas pour me cacher, c’est romanesque. » Et on imagine Sissi Solo, à la fois oisive et occupée, se morfondant en attendant l’appel d’inconnus dragués sur le net. « Il m’est arrivé des aventures, des gens qui essayaient de me joindre, des illuminés, mais, aussi, des personnes vraiment intéressantes. D’une certaine façon, ça 140

me plaît que ça reste en partie virtuel. Je déteste avoir des images chez moi, les images réelles. Ça me fait peur. » Valérie joue avec l’invisible. Elle dit  : «  Je suis toujours active, mais de façon invisible. J’ai une activité de création personnelle et constante, mais qui, jusqu’à maintenant, reste en grande partie invisible ». Si on lui demande quels sont les artistes qui comptent le plus pour elle, elle hésite un peu avant de dire : Roberto Martinez. Et puis, Jean-Marie Straub. « Je n’ai pas à aller chercher loin. Ils habitent tous les deux dans mon quartier. Je connais bien Roberto. Straub, je ne le connais pas, je l’ai rencontré une fois, il m’a invité à boire un café.  » Et, soudain  : «  Il y a un autre artiste qui compte beaucoup, c’est Ban Jas Ader. Il me bouleverse. Son travail magnifique se termine dans un mystère total. Il est allé faire une performance en pleine mer et n’est jamais revenu. Ça confine à la fiction ». « Dans tous mes projets, conclut Valérie, ce qui m’intéresse, c’est toujours la question de l’argent et de la redistribution. Ça n’a pas changé depuis les Acolytes. Les deux films que j’ai écrits, le court que j’ai tourné portent sur ce thème. La notion de dépense, de don, toute cette économie. Je pense, en fait, que c’est lié à mes origines prolétaires. Et au fait d’être du côté des dominés, tout en ayant (un peu) des outils des dominants. C’est quelque chose dont la plupart de ceux que je côtoie, mes amis artistes ou cinéastes, sont très éloignés, cette réalité des gens qui vivent dans la précarité. Ça peut paraître naïf, mais, quand tu vis clivée, tu te rends compte de ce qui se passe d’un côté et de l’autre, et c’est assez impressionnant. »


HERVÉ BIZE ascète stakhanoviste texte : Marie-Céline Henry photo : Andy Warhol, Cow wallpaper, 1966, sérigraphie sur papier, 115,5 x 75,5 cm.

À quelques pas de la Place Stanislas, une cour discrète et calme. Dans les impressionnants locaux silencieux de sa galerie, au cœur du centre historique, Hervé Bize ne s’attarde pas sur la fresque Art Nouveau près de l’entrée  ; son temps est compté. Poignée de main ferme et pas assuré, le stoïque galeriste nancéien n’a qu’une religion : le travail. Il poursuit inlassablement la mission qu’il s’est assignée  : accompagner les artistes sur le long terme, faire découvrir leur œuvre, accroître leur visibilité dans le monde entier. Quel parcours atypique pour cet autodidacte, né à Nancy en 1966  ! Il n’est pas passé par une école ou une université, fait assez rare dans le monde des galeries. L’histoire est belle  : à quinze ans, la découverte dans sa généalogie d’un ancêtre peintre lui donne envie d’en savoir plus. Ce sera un événement déclencheur  : «  Des choses basculent à ce moment là.  » Ses études de droit à peine commencées dans la perspective d’approcher le milieu des ventes aux enchères, il les stoppe, entretient rapidement des contacts avec d’autres artistes et organise deux Biennales dans sa ville natale, en 1986 puis 1988. A Linea, une galerie associative, naîtra d’abord, modèle qui reste associé dans son esprit à l’expérimentation, puis Art Attitude, dans une perspective plus durable. Il collabore simultanément avec Nicolas Hélion (fils du peintre Jean Hélion), et passe beaucoup de temps

à Paris. Un lien très fort et pérenne se noue avec Ben Vautier et François Morellet, figures tutélaires, jouissant d’une forte notoriété, sensibles à sa démarche et à son enthousiasme. Sa complicité avec Emmanuel Saulnier, Bruno Carbonnet, Philippe Cazal ou Bernard Borgeaud est née de l’identité du lieu et du suivi attentif de leur démarche. Constamment happé par les projets, il remarque que les choses se sont accélérées, qu’il y a plus de sollicitations, et que la programmation de la galerie ne représente actuellement que dix pour cent de son temps, le reste étant consacré à des événements extérieurs. De fait, la situation géographique n’est plus si importante  : «  Un collectionneur peut être à cinquante kilomètres de Nancy ou en Argentine. » Depuis cinq ans, il a développé un important réseau sur la côte Est des États-Unis, et surtout New York, où il séjourne régulièrement pour collaborer avec des galeries, des musées, rencontrer artistes et collectionneurs. Il y apprécie la diversité des quartiers, des ambiances, et la préfère nettement à Paris. Il se déplace constamment pour promouvoir la démarche des artistes qu’il soutient et représente, entre autres, Peter Rösel, Eric Hattan, Marko Lehanka, Marco Godinho. «  Il faut toujours faire plusieurs choses à la fois, ne pas perdre le fil, et surtout préparer, anticiper.  » En 2013, dans le cadre de Marseille-Provence, Capitale européenne de la culture, il sera commissaire d’une exposition André Cadere, 143

artiste très important dont il souhaiterait mieux faire connaître l’ensemble de l’œuvre, comme celui d’Alain Jacquet d’ailleurs  : «  Ça m’intéresse énormément, il y a encore beaucoup de choses à faire.  » Il déplore le peu de temps disponible pour écrire des textes d’analyse sur des artistes ou des mouvements, malgré son intérêt pour l’édition. Pendant quinze ans, il a publié le journal Art & Aktoer, écrit sur DADA, se passionne pour Duchamp, Picabia dont les imprimés «  ont une présence aussi forte que des œuvres solides. » Dans un style de vie un rien janséniste, pas de musique, même quand il voyage, parce qu’il a besoin de calme et de concentration  : «  ll y a beaucoup de choses perturbantes dans notre quotidien...  » Ce collectionneur à la personnalité secrète montrera ses Pièces à conviction à Delme en 2000. «  Il y a des œuvres avec lesquelles on ne peut pas vivre mais dont on sait qu’elles vous accompagnent.  » Il esquisse un sourire furtif vers le plafond sans se départir d’un maintien parfait. « Ça me fait plaisir que cette somme d’énergie produite ait laissé une trace dans l’esprit de certaines personnes, et un intérêt pour l’art. » Hervé Bize en 5 dates : 1966 : Naissance à Nancy 1986-1988 : Les deux Biennales 1989 : Ouverture de la Galerie Art Attitude 1999 : Exposition Nouvelles perspectives 2010 : Participation à Art Basel et changement d’enseigne


MARION BODIN lumineuse passionaria de l’art texte : Marie-Céline Henry photo : Jean-Christophe Massinon, Petit feu, bois sérigraphié 15 x 15 cm

Toute auréolée de couleur, collier kingsize, fossettes et petit tatouage étoile, elle salue plusieurs amis, attache son vélo et débarque comme une comète. «  Forbach, c’est pas le bout du monde ! » La directrice artistique de Castel Coucou ne tarit pas d’éloge sur «  sa  » ville. Pourtant originaire de La Rochelle, née à Niort, c’est ici qu’elle a trouvé sa place. Ses 10 années de trombone et des affinités avec le théâtre n’ont pas empêché sa mère de déceler chez elle sa vraie passion  : l’art. Les débuts seront difficiles. Trop jeune, désarçonnée par l’enseignement, trop conceptuel, pas assez structuré, une première année aux Beaux-Arts de Nantes lui laisse un goût amer. Déçue, mais obstinée, elle trouvera à la faculté d’Histoire de l’Art de Poitiers des réponses à ses questions, et avec recul, comprendra pourquoi son travail de peinture ne la satisfaisait pas. « ll ne faut pas rester centré sur soi-même, il faut connaitre l’histoire de l’art pour créer, comprendre la continuité des choses. » Un an en Slovénie avec le programme Erasmus la conforte dans ses choix. Une salutaire bouffée d’oxygène, des échanges fructueux et un nouveau départ. Elle se donne une deadline pour

faire quelque chose : « Je voulais organiser des événements.  » Deux rencontres décisives rendent les choses possibles : Olivier Goetz pendant son Master Art et Culture à la faculté de Metz, et Hervé Foucher d’Octave Cowbell, qu’elle évoque avec un respect mêlé de reconnaissance : « ll a l’art dans le sang. Sans lui, rien n’aurait été possible.  » Elle accouche de l’exposition Bla ! Bla ! Bla !, après un autre épisode slovène.

les gens, les bars, les échanges.  » Et puis  ? «  J’avoue, Gerhard Richter m’a scotchée  ! J’aime aussi beaucoup les artistes slovènes du collectif IRWIN, mais j’ai adoré tous les artistes d’Une Nuit en 2012…  » Qu’est-ce que c’est  ? Un événement rassemblant une vingtaine d’artistes présentant des œuvres et des performances, invités à investir les chambres d’un hôtel pendant une nuit. Où ça ? À Forbach, bien sûr !

«  Il y a plein de choses à faire  !  » Un an s’est écoulé depuis son arrivée en tant que directrice artistique de Castel Coucou, elle dresse un bilan dithyrambique  : «  C’est magnifique, j’adore être à Forbach, et pas à Metz  !  » Elle s’enthousiasme du travail de sensibilisation envers la population locale, les partenariats avec l’Allemagne, les écoles. S’émeut d’une rencontre fortuite entre un passant et l’art contemporain. Une petite structure associative est un formidable terrain d’expérimentation. Quand on lui dit  : «  Bon courage  !  » pour convaincre les décideurs, monter ses projets, boucler ses budgets, elle répond, tenace : « Il y a toujours moyen de s’en sortir ! »

Marion Bodin en 5 dates : 1986 : Naissance à Niort 2004 : Les dreadlocks 2008 : Projet slovène 2009 : Rencontre avec Hervé Foucher 2011 : Arrivée au Castel Coucou

Lui reste-t-il du temps pour courir, les concerts hip-hop, cuisiner les pâtes qu’elle adore ? Elle s’emballe : « J’adore 144


PHILIPPE BRUNELLA pas si conservateur texte : Laura-Maï Gaveriaux photo : Jean-Bernard Grondin, Sans titre, 2010, technique mixte, 66 x 54 cm

Pour Philippe Brunella, tout commence au lycée Robert Schuman de Metz lorsqu’en octobre 1973 il entend, sur un haut-parleur de l’établissement, l’annonce d’une réunion d’information pour le club d’archéologie du lycée. C’est son premier contact avec les fouilles, l’histoire et le patrimoine, la première des étapes qui le mèneront vers sa carrière d’archéologue. C’est d’ailleurs avec une grande précision qu’il évoque ce temps où il a, pour la première fois, «  gratté le sol, pas loin de Peltre, sur la route de Strasbourg, la RD955, sur un petit établissement gallo-romain.  » Pendant un certain nombre d’années, il a entretenu avec Metz un contact physique, immédiat, par les fouilles (parfois artisanales) qu’il effectuait dans les alentours, alors notamment qu’il œuvrait au sein du GUMRA (Groupe Universitaire Messin de Recherche Archéologique) qu’il a contribué à créer en décembre 1977. Il raconte même avec une certaine tendresse que certains des objets qu’il a extraits au cours de cette période ont pu séjourner chez lui, être restaurés par ses soins, avant d’intégrer les musées. Le 1er décembre 1988 est une autre date marquante pour lui, puisqu’il se voit nommé au Conseil Général de la Moselle pour travailler sur ce qui allait devenir le Parc archéologique européen

de Bliesbruck-Reinheim. Cette fonction l’amènera à développer ses activités de fouille, de recherche, à assurer la liaison avec les collègues scientifiques, à assurer la préservation du patrimoine disponible et à penser la muséographie des pièces et des sites à présenter au public. Puis il prend la direction des Musées de la Cour d’Or, le 2 mai 2011, imprimant par là-même un véritable changement dans sa carrière  : il passe de la recherche scientifique et de la fouille archéologique à l’espace du musée, qu’il connaissait jusqu’alors de biais. Sa nouvelle fonction recouvre des activités diverses,  guider une équipe dans les missions essentielles d’un musée : la conservation des collections, leur étude, « car l’on ne peut conserver correctement que ce que l’on connaît  », leur enrichissement et leur présentation. » Lorsqu’on lui demande ce qui constitue, d’après lui, le lien entre patrimoine et création artistique contemporaine, il répond que celle-ci « constitue le patrimoine de demain  : si nous pouvons conserver un certain nombre d’œuvres artistiques aux Musées de la Cour d’Or, c’est parce qu’il y a eu des créateurs. » On comprend dès lors que pour Philippe Brunella, ce qui fait le patrimoine n’est pas son ancienneté. Le patrimoine peut aussi recouvrir des formes de productions récentes. Il semble que pour lui, la galerie soit complémentaire du musée, en ce que son caractère intimiste 147

permet de montrer des artistes encore confidentiels et permet également aux œuvres, en rencontrant un public, de remplir leur fonction première, celle d’émouvoir. Il exprime tout de même un souci, celui de la conservation. Par là même il se positionne en opposition avec ceux de ces collègues qui envisagent la création contemporaine comme nécessairement éphémère, comme devant se soustraire à la notion de collection. «  En tant que conservateur, cela me pose souci.  » Mais de son propre aveu, un souci limité, puisque son métier l’a souvent amené à fréquenter des objets antiques inscrits dans le quotidien de leurs usagers… Il est habitué à jongler, tel un équilibriste, entre l’exception que constitue le moment de l’exposition et la norme formalisée d’objets à l’origine forgés pour être usuels (une cuillère en bois, une écuelle, un grattoir…). Lorsqu’il vient à Octave Cowbell, c’est pour découvrir, en admirateur, toujours curieux de ce que peuvent être les productions culturelles actuelles. Mais, comme en général il n’aime pas savoir ce qu’il va voir, il s’y rend toujours un peu au hasard… il est là-bas rarement déçu, porté par le hasard et au gré des rencontres, exactement comme lorsque ses mains de fouilleur finissaient par rencontrer un trésor, à force de gratter…


MARIE COZETTE orpailleuse en quête de sens texte : Marie-Céline Henry photo : Cesare Pietroiusti, Sans titre (possession éphémère), 2008, bière sur papier modigliani 200 gr Série de 10 000 œuvres uniques, distribuées gratuitement et sujettes à une propriété limitée dans le temps. La possession de ce dessin ne se fait qu’à la condition que son propriétaire, quelque soit le moment où l’œuvre est exposée, de manière privée ou publique, accepte de renoncer à sa possession en faveur de la première personne qui la réclame. L’acte de prendre possession de cette œuvre implique la connaissance par le nouveau propriétaire des éléments pré-cités, et son consentement aux mêmes conditions de limitation de propriété.

Ses yeux sombres cernés d’un discret khôl noir regardent souvent au loin. Machinalement, elle ramène ses longs cheveux en un chignon improvisé, provisoire. La directrice de la Synagogue de Delme est-elle songeuse ? Plutôt concentrée, appliquée. Car il s’agit d’art contemporain : c’est sérieux. Le moteur de toute une vie. Originaire de Nancy, pendant l’enfance, l’art est un univers familier, ses parents pratiquant l’un la musique, l’autre le dessin. Quand elle commence l’École du Louvre à Paris en 1996, elle affirme paradoxalement une rupture avec un univers classique. En effet, dans ce contexte exceptionnel, au cœur même des œuvres, elle choisira l’art contemporain, parce qu’il est politique, connecté à l’histoire, à la philosophie, ancré dans le monde, et permet la transversalité des savoirs. Son deuxième cycle de muséologie ne l’en détournera pas. Elle ne voulait de toute façon pas travailler dans des musées. « J’allais tout voir. J’aime bien les Symbolistes, Odilon Redon, Gustave Moreau, Max Klinger. Leur univers troublant, décalé, reflète une inquiétude de fin de siècle. Ils ont anticipé la réalité du monde.  » Les Avant-Gardes aussi, avec la nébuleuse Fluxus, Robert Filliou  ; et les Dadaïstes, les Surréalistes, qui ont su traduire l’inconscient collectif. « L’artiste est un catalyseur des préoccupations politiques, sociales.  » Elle cite Adrian Piper, une féministe américaine conceptuelle qui pose les questions de classe, de genre, de race, et

porte la voix d’une minorité. Elle s’impliquera, donc dans des projets et des lieux indépendants, à Paris, avec Bétonsalon qui lui permettra de montrer beaucoup d’expositions sur des durées courtes : « Ça se faisait à l’énergie, sans moyens  ». En contact avec toute la scène émergente, elle fonde aussi The Store, un lieu éphémère qui a très bien marché. En 2005/2006, elle s’occupe de la programmation de l’École d’Art de Bourges. Mais le métier de commissaire indépendant est complexe, peu rémunérateur, précaire. En 2007, elle postule à la Synagogue de Delme, et choisit véritablement ce centre d’art contemporain hors des sentiers battus qu’elle avait repéré, avec une belle identité. Ce challenge en zone rurale l’excite  : «  C’est une fierté qu’un tel lieu puisse exister, en dehors des capitales et des grands centres urbains. J’étais très motivée parce que c’était ce lieu-là  !  » Elle connaissait peu le Nord-Est, finalement, et a du apprivoiser l’histoire de la région. « Elle est passionnante, complexe, avec une charge historique forte. » Aller voir les autres centres d’art est indispensable. Elle rencontrera rapidement Hervé Foucher, qui avait un des seuls lieux indépendants dans la région : « Il faisait partie du paysage. » Elle écume les biennales, les foires, dans toute l’Europe, et avoue s’être « fait avoir » par New York. « C’est cliché, mais c’est vrai ! » Une vie entièrement consacrée à l’art ? Oui, c’est sûr. Elle lit Georges Didi-Huberman  : « Images malgré tout, un livre important, 148

très juste, utile pour penser le rapport à l’art.  » Si elle s’accorde une pause, c’est avec la musique électronique de Kraftwerk, la techno de Détroit, Joy Division ; elle avoue adorer Dominique A dont elle a tous les albums. La Gue(ho)st House, à côté de la Synagogue, un fantomatique bâtiment en cours de finition engendré par Berdaguer et Péjus, lui prend actuellement tout son temps. C’est l’aboutissement de quatre années de travail, un projet complexe et très lourd qui donnera plus d’espace et de visibilité au lieu. Cette fin de chantier est le début d’une nouvelle dynamique. Elle s’enthousiasme en évoquant Susan Hiller, un coup de cœur pour une artiste dont elle a pu admirer la rétrospective à la Tate Britain récemment, qu’elle exposera à Delme en 2013. «  Instaurer une relation de confiance, ça prend du temps. Ce lieu permet de faire venir des gens de renommée internationale. » Quand elle dit : « Je ne collectionne pas. Je n’ai pas de rapport de propriété avec les œuvres », on comprend que l’amour vrai n’emprisonne pas. Marie Cozette en 4 dates : 1976 : Naissance à Nancy 1996 : Part faire ses études à Paris 2003 : Première expérience fondatrice de commissariat d’exposition à travers la création d’un lieu indépendant à Paris The Store 2007 : Arrivée à Delme


OLIVIER DANCY génie civil texte : Marco Leveratto photo : Denise Dancy, sans titre, 1987

Cette photographie est à l’image de ces dessins énigmatiques destinés aux enfants [qui doivent y retrouver, dissimulé, un portrait]. Olivier Henri Dancy est caché dedans. Il y a des photographes de paix, comme il y a des photographes de guerre. Leur point commun est qu’ils s’effacent derrière le sujet, se confondent avec la technique photographique et, du même coup, ne se trahissent jamais. Ils font leur métier seul et sans faire de bruit. Leur talent est d’être là quand il faut, de se rendre disponible, de faire ce qui doit être fait, de se vouer imperturbablement à l’exercice de leur profession. Les photographes de paix sont, eux aussi, des hommes d’action, même lorsqu’ils passent leur journée dans la pénombre de leur studio. Ils doivent composer avec la situation, se mettre au service de leur mission, accepter les exigences de leur fonction, travailler sous contraintes de temps et d’argent. Ils ne font pas ce qui leur plait, mais ce qu’ils se doivent de faire pour être à la hauteur du métier de photographe. Ils acceptent de se laisser prendre par la technique, car ils savent bien que chaque photographie est une épreuve, qu’elle se mérite. «  Travailler fatigue  », rappelle le titre d’un poème de Pavese. Photographier est une bataille lorsqu’il s’agit d’en vivre. Pour respirer, Olivier cultive son jardin. Un grand jardin, dont on croirait qu’il ne s’occupe pas, tant les plantes y prolifèrent, et semblent rivaliser d’exubérance. Olivier soigne ses chats, qu’on pourrait prendre pour les chats du quartier, tant il y en a. Lorsqu’il le peut, il s’adonne à la menuiserie, avec le sérieux, semble-t-il, d’un ébéniste

professionnel, tant il a d’outils. Il s’entraîne aussi régulièrement à jouer du saxophone, tant il adore le jazz. Cultiver son jardin, prendre soin de ses chats, fabriquer ses meubles, aimer le jazz, autant de façons de construire son espace personnel, autant d’occasions aussi de faire des choses comme il se doit, d’assumer ses tâches avec sérénité, d’être l’artisan de son plaisir, de trouver la paix avec soi-même. Olivier a commencé par être photographe de mode. Comme Irving Penn et Erwin Blumenfeld, ses deux modèles. Les photographes de mode agissent, comme les photographes de guerre, par nécessité  ; ils sont, tout comme eux, prisonniers de l’actualité qu’ils fabriquent. Ils ne photographient pas pour s’amuser, passer le temps, faire des expériences, s’exprimer… Leurs photographies servent à agir, à décider, à se décider, elles sont utiles. Le photographe de guerre construit des témoignages humains qui sont des appels à la justice, le photographe de paix réalise des expositions d’objets qui sont des odes au plaisir [savoir]. Les photographies publicitaires d’Olivier se caractérisent à la fois par leur simplicité et leur sophistication, à l’image des natures mortes d’Irving Penn, que certains critiques comparent à une «  sorte de reportage culturel  ». La clarté compositionnelle, l’économie formelle, la maîtrise de la lumière, le contrôle méticuleux de tout ce qui entre dans le cadre de la photographie sont des exigences inhérentes à la photographie publicitaire. Olivier se rapproche d’Irving Penn par son effort tranquille pour s’y soumettre, en artisan modeste. C’est ce qui lui a permis de devenir lui aussi un artisan consommé, 151

maîtrisant les secrets des matériaux photographiques, et appréciable pour la qualité descriptive de ses arrangements d’objets de consommation. Cette science photographique des objets ne vient pas que de l’exercice de la photographie publicitaire. Olivier l’a aussi forgée dans les photographies qu’il réalise régulièrement pour les revues d’architecture nationales et internationales. Qu’il s’agisse du patrimoine architectural du XXe siècle (la Villa Savoye) ou de bâtiments contemporains (le Centre Pompidou-Metz), on retrouve la même efficacité dans la restitution de ce qui fait la singularité esthétique d’un bâtiment, la compréhension de sa particularité architectonique, la manière dont il s’inscrit dans l’espace, la façon dont s’organise son espace intérieur. Les photographes de paix nous permettent de juger de la chose, d’en faire l’expérience, d’en pénétrer la réalité. Ils œuvrent pour nous aider à domestiquer notre regard, à nous approprier notre environnement, à éprouver la présence des objets, à reconnaître comme ils sont faits, à comprendre ce qu’ils nous font. La photographie qui est capable de cela est une photographie qui ne se prend pas, mais se construit. Olivier est membre d’une famille de constructeurs, ingénieurs de travaux publics et architectes. L’art de construire, c’est celui de rendre le monde habitable. Regardez la photographie. Elle construit un espace serein. On entend Albert Ayler. Le fauteuil est là, qui nous tend les bras. Le photographe de paix est un photographe du génie. Civil.


CHRISTIAN DEBIZE photo : le bureau de direction de l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy. Entre les fenêtres : Étienne Pressager, Tripes et boyaux, 2009, crayon rouge et bleu sur papier, 137 x 101 cm

Christian Debize, directeur de l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy. Suite à la proposition de Jean-Jaques Dumont, il répond ici par un clin d’œil à l’exposition Une petite pièce, des petites pièces en février 2003. L’espace de la galerie était quadrillé par une grille de carrés de 38 x 38 cm. C’était la première carte blanche à l’École Supérieure d’Art de Lorraine et à l’ensemble des étudiants de l’option art. Christian Debize a choisi dans le fonds de gravures de l’ENSA de Nancy une reproduction du XIXe d’après une gravure de Rembrandt de 1630 (format 9,5 x 13,5 cm).

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VINCENT DELMAS

Ci-dessous : 4733 signes pour une esquisse de portrait de Vincent Delmas

texte : Marie-Céline Henry photo : Cesare Pietroiusti, Untitled (transient possession), 2008

Un billet de train marque la page 102. « Quelque chose qui est à ma recherche et qui a besoin de moi pour se révéler.  » Cette phrase poétique, énigmatique de l’artiste Robert Barry surgit du livre Art conceptuel, une entologie que Vincent Delmas pose sur la table. Est-ce un heureux hasard  ? Il n’y en a pas. Ce très bel ouvrage est plus qu’un élément de documentation. C’est un signe, quand on connait son goût pour l’extrême précision, la justesse et le refus de l’à-peu-près. Sans être complètement obsessionnel, il confesse sans peine : « Je suis un champion des classements, des listes.  » Ses œuvres sont le fruit d’un phénoménal travail de recherche, qui prend beaucoup de temps et demande énormément de rigueur. Elles sont le plus souvent minimales, conceptuelles, ne laissant rien paraître des efforts qui les ont accouchées. Une sorte d’élégance qui le caractérise. Au terme d’un long processus d’élaboration, il utilise l’image, le son, la vidéo pour extraire la substantifique moelle d’événements vécus au quotidien, dans la sphère privée, de ceux auxquels il participe en tant que citoyen  ; pour en quelque sorte optimiser l’expérience. Le temps est une notion fondamentale qui se retrouve dans tout son travail. Le temps de l’intime, le temps mesuré, le temps de l’Histoire en marche aussi, quand il se filme devant la télévision pour témoigner de sa contemporanéité, pour se sentir au cœur de l’événement. Ici et maintenant  : une philosophie d’artiste, une philosophie de vie.

Né en 1975 à Clermont-Ferrand, il fait des études scientifiques, étudie la structure de la matière, puis est objecteur de conscience. À partir de 1999, il fera ce qu’il appelle un «  break  » de dix ans  ! En Allemagne d’abord, à Münster, sans parler la langue, il vit de rien et fréquente la Kunstakademie. Puis de 2003 à 2008 à Paris, voyageant aussi dans les capitales européennes, de la même façon bohème, pauvre et luxueuse  ; permettant de prendre le temps de vivre idéalement la ville, de visiter des expositions. «  Je n’ai jamais autant lu qu’à ce moment là  !  » des livres d’artistes, des essais, et avec l’arrivée d’Internet, des textes en ligne essentiellement. Il a un goût pour la philosophie, et trouve même dans Schopenhauer un modèle de vie accessible... Intéressé par Guy Debord et l’Internationale situationniste, Fluxus et la vidéo expérimentale, il aime aussi le cinéma d’Alain Resnais, Les Idiots de Lars von Trier et se souvient de L’Œil du Cyclone à la télévision. Il a collaboré avec des musiciens et fait quelques scènes dans un trio guitare-contrebassevidéo. La musique est essentielle et le passionne plus que tout. L’estimation de ce qui est important dans l’histoire de la musique devient une enthousiasmante exégèse ! Celle de la fin des années 1960 avec avant tout les Beatles et Brian Wilson, puis plus tard Led Zeppelin, The Who, le jazz fusion des années 1970. «  J’aime les guitaristes, John Scofield, surtout  ». Il y a des chefs-d’œuvre efficaces dans la musique, qui offrent toujours quelque chose de neuf, à chaque écoute, qui servent la créativité. Une œuvre, quelle qu’elle soit, doit entrer en interaction, faire écho. Elle doit inspirer, c’est sa fonction  ; révéler 155

quelque chose d’inédit. Il faut pour cela la mettre à l’épreuve, l’épurer, aller à la sève. Cela prend du temps. Il expose depuis 1998, à son rythme, dicté par ses exigences. Le circuit de l’art vidéo qu’il fréquentait était un peu trop autarcique. Son goût du bienfaire, son éthique le poussent à vouloir faire des propositions toujours plus pertinentes. En 2009, il présente pour la Nuit Blanche J’ai un doute...(Allô?!) dans l’Eglise Sainte-Ségolène, une œuvre sonore qui relayait un questionnement existentiel. En 2010, c’est dans l’Église des Trinitaires qu’il offre des plages de temps «  pur  » à expérimenter  : Les durées exposées. En ce beau printemps, le Centre Pompidou-Metz ouvrait avec Chefs-d’œuvre  ?, L’ombre d’un doute planait au Frac Lorraine, et Mathieu Copeland proposait Une exposition (du) sensible à la Synagogue de Delme : «  Plein de chouettes moments  !  ». Il connait Hervé Foucher depuis 2009 et apprécie sa capacité à laisser de la place, à permettre au travail de se faire. Chez Octave Cowbell, récemment, avec Arnaud Dejeammes, il expose une horloge de poussière et un espace théorique  :   Le temps est invention ou il n’est rien du tout.  Complexe, Vincent Delmas ne se laisse pas réduire à des manières de rectitude. Extrêmement sensible, sensible aux extrêmes  ; il navigue avec humour d’On Kawara aux anecdotes quotidiennes dont il est friand, avec parfois une joie d’enfant, non feinte ; un bonheur décidé comme un projet. Il sait à coup sûr raconter les histoires, sans livrer les petits secrets qu’il connait.


ANNE DELREZ une sensibilité sensible texte : Olivier Goetz photo : peinture de Raphaëlle Paupert-Borne Anne Delrez arrive au café où nous nous sommes donnés rendezvous avec le premier tableau qu’elle ait jamais acheté. Une toile minuscule qui tient dans son sac à main : « C’était la première expo de l’artiste et elle a vendu un tableau, le soir même de son vernissage, à moi qui n’avais pas de fric ! ». Nous sommes ici pour parler d’Anne et Anne commence par me parler d’une autre. Difficile de ne pas y voir le signe d’un certain altruisme, et d’une générosité certaine. La directrice de La Conserverie, lieu dévolu à la photographie de famille, s’est mise au service des autres, des petits, des sans-grades, des amateurs, de tous ceux que menacent l’indifférence et l’anonymat. Elle ne «  conserve  » pas seulement les images, elle en parle, les expose, les diffuse… « Ce qui m’intéresse, dit-elle, ce sont les gens.  » Essayons, néanmoins, d’en savoir plus sur sa propre personnalité. Anne est originaire de Metz, qu’elle a quitté, en 1991, pour s’inscrire en fac d’arts plastiques à Montpellier. «  Mais là j’ai fait une super-bourde ; je me suis trompé dans les codes d’inscription et, du coup, me suis retrouvée en cinéma ! J’ai laissé faire, et, finalement, je n’ai pas regretté car c’était une expérience très enrichissante. J’ai rencontré des gens formidables avec qui j’ai fait des films et passé du bon temps. » Ses études finies, elle débarque à Marseille où elle affirme avoir pu, dans la mixité sociale de cette ville foisonnante, mettre à l’épreuve les principes de son éducation, celle de son père, principalement, Daniel Delrez, avocat et personnalité politique de gauche bien connue pour son anticonformisme. Elle finira d’ailleurs, à la fin de notre entretien, par extraire fièrement de son sac (après le tableau) un livre qui

lui est consacré et qui vient tout juste de sortir en librairie. « Le grand moment pour moi, ce qui m’a vraiment fait prendre conscience de l’intérêt de la photographie de famille, c’est Charles et Gabrielle. À l’époque, je faisais des photos de presse pour pouvoir manger. Un jour, après le décès de mon grand-oncle, j’ai “hérité” d’une boîte de photos qu’on m’a mise entre les mains en me disant “Ça, c’est pour toi”. Je l’ai ouverte, et ça a été le choc.  » Le choc en question, c’est celui des images, bien sûr, de leur beauté intrinsèque. Mais aussi, la forme particulière adoptée par le couple pour se photographier l’un l’autre, toujours dans le même cadre, et presque dans la même position. Anne était seule à l’avoir remarquée. Anne a l’œil, comme on dit ; une sensibilité aiguë, dans les deux sens du mot (technique et sentimental). Émerveillée par sa découverte, elle n’aura de cesse qu’elle n’ait exposé la série (à Marseille, à Toulouse) et, surtout, d’en avoir fait un livre, qui sortira finalement en 2003, moment où, après la parution des ouvrages de Roland Barthes et de Michel Frizot, commençait à poindre une forme d’intérêt pour la photographie vernaculaire. «  Cette étape a été décisive. Elle m’a permis de nouer les contacts avec lesquels je travaille encore aujourd’hui. Surtout, je me suis rendu compte que l’on peut avoir sa propre démarche artistique avec le travail des autres. » Après ce premier « succès », Anne n’avait aucune raison de revenir à Metz, sauf que… on revient toujours sur les lieux du crime. «  Je suis tombée amoureuse de Jean-Yves [Roelens] que je connais depuis l’âge de dix-huit ans. Ça faisait vingt ans que je le draguais, il a fini par s’en apercevoir ! (rires). J’avais différents 156

projets d’expo, pour lesquels j’ai demandé hospitalité artistique à Hervé Foucher qui m’a aussi filé un coup de main pour réaliser un film ». Après, en janvier 2011, c’est l’ouverture de la Conserverie, baptisée en grande pompe «  Conservatoire National de l’album de famille » (ça la fait rire). Pourquoi « national » ? « Parce que ça ne mange pas de pain. Mais aussi parce que ça fonctionne avec de l’argent public. La Conserverie n’est pas un lieu d’accumulation. D’abord, c’est un service public. Elle est vite devenue une sorte de référence entre l’image-document et les artistes contemporains qui traitent de ce sujet. C’est une relation de confiance. Les gens viennent y déposer ces “trésors” sans valeur qui les embarrassent. La Conserverie est un lieu de dépôt, pour éviter que les photos partent à la déchetterie, mais c’est surtout un centre de documentation et d’émotion. » Le territoire artistique d’Anne Delrez se situe à Metz. Ce qui lui convient parfaitement, peut-être aussi parce qu’elle a un enfant à élever et qu’elle peut concilier la gestion de son lieu, rue de la Petite Boucherie, et sa vie de famille. Cela ne l’empêche pas de se sentir artiste. Au contraire. «  Désormais, j’ai pris conscience que je pouvais revendiquer personnellement un acte artistique. Ce que je fais à la Conserverie, ou dans le cadre de “C’était où, c’était quand” (son association), c’est moi qui le fais. Je signe de mon nom, maintenant. » Anne Delrez a fini de parler d’elle. Mais quelque chose me dit qu’on n’a pas fini d’en entendre parler. Elle a des projets en réserve. Elle a envie de faire des documentaires, glisse-t-elle dans la conversation, «  mais sur des sujets tellement graves que, pour le moment, je tiens ça à distance. »


JEAN-JACQUES DUMONT lunaire chercheur de l’anti-matière texte : Marie-Céline Henry photo : Alain Séchas, photomatou n°5, 2007, impression offset sur papier, édition Frac Basse-Normandie

Il lui faut bien un quart d’heure pour se décider : en terrasse en plein soleil, ou sous les arcades, mais il y a beaucoup de bruit... Il hésite... longtemps. Il faut trancher. Indécis, on vous dit. «  Je suis très lent, il m’a fallu du temps. ». L’art contemporain n’a pas tout de suite fait les yeux doux à son hésitante silhouette filiforme. Originaire de Vire, étudiant, il doutait déjà. «  Je n’ai pas fait une école d’art pour être artiste. Je voulais faire de la scénographie.  » Logique. L’École d’Art de Rennes, donc, lui donne une formation humaine, plutôt que technique. Il avoue avoir fait de la peinture, mais il corrige aussitôt  : «  le diplôme était un truc qui avait à voir avec la peinture ». On respire. L’été il fait des petits boulots, visite Prague, Londres et la Grèce avec des copains, fréquente les spectacles de danse, le théâtre, se souvient de Dance de Lucinda Childs et Sol LeWitt : « Je recevais tout un peu dans la gueule ! » Il découvre l’art contemporain, La Nouvelle Sculpture Anglaise, Tony Cragg, David Mach, Jean-Luc Vilmouth. À peine diplômé, il est tout de suite acheté par le Frac  : «  À l’époque, ils faisaient un peu n’importe quoi  !  » Étrangement, il est reçu à un concours pour devenir modéliste de chaussures. Finalement, il sera prof pendant 10 ans. Partagé entre un atelier dans le Perche,

la Normandie et Paris. Quand il postule dans les écoles d’art, il loupe souvent le coche d’un cheveu, et atterrit à Metz en 1992, pensant n’y rester que cinq ans, au maximum. S’en suit un grand trou noir artistique : « Il m’a fallu plusieurs années pour me trouver un territoire. » Ce sera le Grand-Est, où il enseigne aux BeauxArts de Metz, et aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Son camp de base d’où il rayonne et propose aux quatre coins de France d’étranges télécommandes en faïence pour « se téléporter » et des marteaux en papier  : «  Tu les fous à la poubelle après. » Les outils l’intéressent. Prendre la mesure de quelque chose, et non pas produire des images. « Des choses qu’on connait tous, qu’on peut tenir dans la main. C’est pas complexe. » Ses bouteilles de détergents en plastique découpées comme de la dentelle ne coutent rien à produire. Elles sont délicates, raffinées, trompeuses : « Le rapport à la séduction m’intéresse. Ça peut-être un véritable piège.  » Il donne la priorité à l’édition, la diffusion, la mobilité, mais il a du mal à travailler en groupe  : un solitaire en réseau, en quelque sorte. «  Hervé [Foucher] je l’ai eu comme étudiant. J’avais donné comme sujet de licence  : faire une exposition avec quelque chose qui tient dans la poche. Ce qu’il avait fait était vachement bien  !  » Ses étudiants feront des propositions collectives à Octave Cowbell  : Une petite pièce en 159

2003, et Cohabitation 1 et 2 en 2008 et 2009. Il sillonne la France avec ses objets de rien du tout : L’infini en cours d’effacement, et ses catalogues aux titres évocateurs : À force de regarder au lieu de voir ; passe à Beaubourg pour Anri Sala (et pas Richter), a adoré l’expo Robert Crumb, mais « n’aime pas la façon dont il dessine les nanas ! » Cet insatisfait maladif a-t-il quelques petits plaisirs solitaires  ? Revoir Les Ailes du Désir de Wenders, et de vieux Pasolini, en lousdé. Jouer du ukulélé, en solo ! Et puis collectionner les albums à colorier du monde entier, maltraiter des manuels de physique, de chimie, des atlas. « Je suis tellement dans le mixage que je consomme trop. » Il écoute David Byrne et Brian Eno, Can et toujours Clash, quand son fils est plutôt… musique classique. Il remarque qu’il y a moins de jeunisme, quand il participe à l’exposition collective Portée chez Glassbox, toutes générations mélangées. Si ce néo-rural rêve de voyager davantage, il confesse contre toute attente  : « Je suis plus serein. » Jean-Jacques Dumont en 5 dates : 1956 : Naissance à Vire 1981 : Année historique. Étudiant et premières expositions intéressantes 1989 : Naissance de mon premier enfant. J’aimais bien où je vivais 1992 : Première année en école d’Art 2012 : Une belle année


NATHALIE FILSER photo : Philippe De Gobert, série Les ateliers d’artistes, 1999, photographie

Nathalie Filser, directrice de l’École Supérieure d’Art de Lorraine, ÉSAL. Suite à la proposition de Jean-Jaques Dumont, elle répond ici par un clin d’œil à l’exposition Une petite pièce, des petites pièces en février 2003. L’espace de la galerie était quadrillé par une grille de carrés de 38 x 38 cm. C’était la première carte blanche à l’École Supérieure d’Art de Lorraine et à l’ensemble des étudiants de l’option art.

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SAMUEL FRANÇOIS décomplexé texte : Olivier Goetz photo : Vue de mon chantier où j’ai posé deux œuvres qui nous suivent depuis Berlin. Une de Jean-Baptiste Bernadet. L’autre de Olivier Kosta-Théfaine. On n’est pas encore chez nous alors tout est dans des cartons ou sous bulles.

Samuel François est l’un des artistes dont Octave Cowbell tire fierté d’avoir été parmi les premiers à l’exposer. Aujourd’hui, où il bénéficie d’une visibilité internationale à l’âge de 35 ans, il est à peine surpris de découvrir, dans une revue de déco qu’il feuillette par hasard, l’un de ses dessins accroché au mur d’un appartement en Espagne… Il n’en tire aucune gloriole  ; ça le fait sourire. Il n’est pas du genre à dresser un inventaire scrupuleux de leurs œuvres. Démarré dans le champ des pratiques urbaines, son geste conserve une liberté pariétaire. L’itinéraire de Samuel François commence à Pont-à-Mousson. Il passe ensuite par Nancy (brevet de technicien collaborateur d’architecte), Strasbourg (BTS en architecture d’intérieur) et Metz (diplôme des Beaux-Arts). «  J’en avais marre de faire des plans sur ordinateur. Je voulais faire du graphisme. Mais mon entrée aux Beaux-Arts a été une catastrophe parce que les professeurs de l’époque y enseignaient un type de communication beaucoup plus sociale que graphique. Je me serais enfui, si je n’avais pas rencontré Jean-Jacques Dumont, qui m’a permis de dévier vers le département Art. J’ai passé mes deux diplômes en Art. Le premier sans problème, le second, moins bien, parce que je n’étais plus très présent  ; je faisais déjà des expositions, dont la première à Octave Cowbell, au sein du collectif Inkunstruction.  » Après les Beaux-Arts, Samuel continue à pratiquer le graphisme en freelance avec son groupe, avant que son itinéraire bifurque. Depuis quatre ans, indépendant, il travaille avec deux galeries, l’une à Paris (Jeanroch Dard), l’autre à Bruxelles (Alice). «  Jusqu’à présent, mon boulot de graphiste finan-

çait mon travail artistique, aujourd’hui, je commence à vendre des pièces, ce qui me donne un peu plus d’indépendance. » Si le graphisme (papier, éditions) constitue sa formation initiale, Samuel François est aussi reconnu pour son excellence dans le milieu graff. « Le Graffiti est ce qui m’a permis de faire quelque chose de mes mains, avant même de savoir précisément ce que je voulais faire. J’ai côtoyé des graffeurs dès la sortie du collège. Je partais graffer dans les terrains vagues comme d’autres allaient faire du foot.  » Samuel ne renie rien de ces années sauvages, son art reste liée à la spontanéité, au paysage urbain. «  Les notions d’urbain et de paysages restent au centre de mon travail. Elles apportent dans l’espace d’exposition quelque chose qui appartient à la rue, non le propos du vandalisme ou de la détérioration, mais l’esthétique d’un coup d’aérosol. » Pour autant, passer des pratiques illégales de la rue à l’art policé des galeries n’a rien d’évident. « Les gens ont tendance à m’identifier au graff. Quant à moi, j’ai toujours fait la différence. Peindre sur des trains, il m’arrive de le faire encore aujourd’hui, pour braver un interdit. J’ai retrouvé le goût de ça en allant vivre à Berlin, quand j’ai décroché la bourse du Conseil Général, en 2006. J’ai trouvé dans cette ville une énergie dingue. Dans le même temps, je développais une création distincte.  » Ce qui est difficile à changer, c’est surtout le regard posé sur son travail. À ses yeux, la reconnaissance tarde à venir. Elle arrive de l’étranger. Des expositions qu’il fait en Pologne, en Espagne ou à la galerie Laura Pecci, de Milan, qui exposait Wim Delvoye. « J’y ai rencontré des gens qui n’avaient aucun préjugé. Surtout, j’ai fait la connaissance 163

d’Olivier Kosta-Théfaine qui venait lui aussi du graffiti. On a grandi ensemble. Ça m’a émancipé  ; j’ai pu entamer des choses très différentes, avec une autre écriture. Je suis sorti de mon carcan. » Samuel conserve un attachement viscéral à Octave Cowbell. « Hervé pourrait me demander n’importe quoi, je le ferais sans hésiter. J’ai connu beaucoup de lieux comparables, aucun n’a cette audace au niveau de la prise de risque, tout en restant décontracté. J’ai présenté Olivier Kosta-Théfaine à Hervé qui l’a exposé. Olivier parle de Cowbell dans les mêmes termes que moi. Pour lui aussi ce fut un déclencheur. Il y a un truc particulier que tous ceux qui ont expérimenté reconnaissent. » Samuel François embrasse les propositions avec beaucoup d’enthousiasme. Bien que fasciné par la peinture (les Américains, Christopher Wool, Israel Lund…) il ne se définit pas vraiment comme peintre. Aucune forme ne le représente vraiment. «  J’appartiens à une génération qui se fout du médium. Je trouve toujours le médium approprié à ce que je veux faire, selon les circonstances.  » Ce sont souvent les œuvres qui s’imposent à moi. Ça peut prendre du temps. Je temporise. C’est plus de la paresse que du doute. Ou peut-être un manque de méthode. J’entasse des choses. Soudain, ce que j’ai accumulé apparaît. J’ai juste recadré, c’est devenu une sorte de collage, et je l’expose comme ça. Sans complexe. À un moment donné, il faut que ça sorte. On a l’impression que je produis beaucoup, mais en fait, je suis paresseux. » Jolie paresse que celle de cet artiste de vif-argent.


MARCO GODINHO le temps pourfendu texte : Laura-Maï Gaveriaux photo : Felix González-Torres, 8 bonbons d’une installation au Wiels à Bruxelles de l’exposition hommage intitulée Specific Objects without Specific Form qui a eu lieu début 2010

Sa première rencontre avec l’art s’est faite par le dessin... comme tous les petits… il aimait le dessin et la construction… Aussi parce que sa mère était couturière et qu’il l’observait construire ses patrons. Le moment où il choisit ensuite sa voie, c’est lorsqu’après le lycée, il opte pour l’examen «  arts et métiers  » qui, au Luxembourg où il a émigré avec sa famille à l’âge de 10 ans, est un baccalauréat spécialisé. C’est à ce moment que se fait la rencontre avec son futur métier d’artiste. Par la suite, son départ à Nancy, où il entre aux Beaux-Arts, est une étape qu’il aime évoquer surtout pour les rencontres qu’il y a faites avec d’autres jeunes plasticiens. La curiosité est depuis son moteur : il aime montrer des choses qui ne sont pas immédiatement visibles. S’il voit quelque chose qui ne semble pas tout à fait à sa place, un micro-événement à peine perceptible aux yeux du passant, cela sera susceptible de lancer le travail de création. Marco Godinho se lie au sens, au langage et donne ainsi une place prépondérante au concept  : ce n’est qu’après qu’il se met en quête du médium qui lui permettra de donner corps à ce qu’il souhaite exprimer. Mais il peut s’agir aussi d’allers-retours  : le médium finissant par informer le concept, notamment lorsque la matière, le support laissent

apparaître des failles  ; surtout pour un artiste comme Marco Godinho pour qui les failles, les chemins de traverse et les espaces interlopes recèlent tant de choses à penser, à créer. Lui qui parle cinq langues, et qui s’exprime rarement dans son portugais natal, lui qui sans cesse revient au langage lorsqu’il doit parler de son travail… on pourrait presque s’étonner qu’il n’ait finalement pas choisi de s’exprimer par la littérature… on pense ici aux littératures d’exil, qui lui iraient si bien… et l’on finit par comprendre qu’il est en art comme on est en littérature. «  L’art... a besoin d’un contexte, d’un autre, mais c’est comme dans l’amour, où l’on a besoin de l’autre. Il a besoin d’un réceptacle. » Évidemment, tout est lié à cette situation d’exilé qui est la sienne, mais il ne l’énonce que rarement, finalement. Ce n’est pas tant la condition de l’immigré que celle du déplacement, du mouvement perpétuel, qui agite son discours et ses œuvres. «  J’aime beaucoup les notions d’infini, où l’on pose la question de savoir ce que sont les limites, ce que sont les frontières. Ce qui m’a souvent porté, c’est l’idée du déplacement, cette présence de choses qui ne sont pas à leur place, l’incertitude. » Pour cette raison, il aime l’artiste Felix González Torres parce que ses œuvres paraissent justement comme projetées dans l’infini  : il aime notamment ses installations de montagnes de 164

bonbons… des œuvres très poétiques, mais qui de façon indirecte, questionnent le monde. Il garde d’ailleurs quelques uns de ces bonbons chez lui, il les emmène dans ses multiples déplacements. Car Marco Godinho n’aime pas se dire qu’il réside quelque part. Même la notion d’atelier, qui pourrait l’enfermer en un lieu fixe, il n’aime pas ça… Il voyage donc beaucoup et, là où il s’arrête, il s’amuse à laisser ces bonbons pris sur une installation de González-Torres sur une table, une étagère car ainsi, lorsqu’il reçoit des gens, ils demandent s’ils peuvent en prendre et cela suscite une conversation. La conversation, c’est précisément la raison pour laquelle il aime Octave Cowbell… lors de son passage chez Octave, il a apprécié la présence d’Hervé Foucher dans l’élaboration de l’exposition. Car lorsque ce dernier reçoit un artiste, il ne se contente pas d’accrocher des œuvres au mur, mais entre en conversation avec eux. Toujours le langage qui revient, et qui vaut par le lien qu’il permet de construire à l’autre, le mouvement qui se dégage de ce lien et si possible les points de rupture qui peuvent surgir de langages différents qui entrent en confrontation. En fait, Marco Godinho est peut-être ce que nous appellerions un poète-plasticien.


JULIEN GOETZ plus petit détonateur commun texte : Marie-Céline Henry photo : Diane Moreau, Catharsis

Il est assis recroquevillé dans l’embrasure de la fenêtre de la galerie, posture inconfortable quand on a de grandes jambes. Les yeux mi-clos, il a l’air un peu hagard, mais il sourit. Pas de manière ici, c’est un peu comme à la maison. Il faut dire qu’il connait les lieux comme sa poche. Il vit depuis plus de dix ans dans un appartement situé trois étages au dessus. Son harmonium gravé à inspiré son nom à la galerie et il a assisté à sa naissance. Au centre stratégique de l’histoire ? En fait, il fait presque profil bas en évoquant son parcours. Goetz, tout un héritage... Né en 1978 à Kefalas, en Crête, son enfance passe rapidement par l’Inde, le Népal puis des allersretours entre Metz et le Périgord. Il se dit cancre à l’école et commencera par être charpentier pendant un an. Fausse route. Peut-être une réminiscence des spectacles de rue organisés avec des copains dans sa prime jeunesse en Dordogne, il fera une licence d’assistant de gestion en développement culturel à la fac de Metz. Depuis 2000, il est le monsieur toucheà-tout du Studiolo de l’IRTS-Lorraine, une association dédiée à la pratique et à la promotion des arts vivants, mêlant amateurs et professionnels. En tant que régisseur, technicien lumière, son, il travaille avec les metteurs en scène

Didier Doumergue et Éric Lehembre, le concepteur sonore Benoit Faivre  ; réalise des captations vidéo pour Tommy Laszlo et collabore aux spectacles de Dominique Fabuel avec des étudiants et des enfants. Une belle multiplicité de talents  ! Il précise  : «  Je ne suis pas concepteur. J’aime mettre mes compétences au service d’un projet. Faire en sorte que la technique produise l’effet recherché sur scène pour ceux qui jouent.  » Il croise la route de la compagnie Astrov de Jean de Pange, compose la musique de films d’animation pour Xavier Gorgol, et s’investit aussi à mi-temps dans la programmation du forum de l’IRTS, organisant la semaine belge avec la présence de l’artiste Jacques Lizène. Son univers personnel est paradoxalement plus musical que scénique. Dominique Fellmann lui a fait découvrir quelques joyaux peu connus avec l’Electrophone. Son voyage intersidéral traverse les confins des galaxies d’Ergo Phizmiz et Sébastien Tellier, Philip Glass, Robert Ashley et Brigitte Fontaine, Boris Vian et Jean Yanne. Vaste programme  ! Il grapille aussi quelques perles sur la radio Internet Shirley & Spinoza. Ce passionné de musique jouet-il lui même de quelque instrument  ? «  Voici la liste de ce dont je ne sais pas bien jouer  : piano, scie musicale, harmonium, bouzouki, harmonica...  » 167

Il fouille le cinéma expérimental de Milton Moses Ginsberg avec Coming Apart, celui de Lars von Trier, mais aussi la danse contemporaine de Wim Vandekeybus. Et question lecture  ? «  Il y avait tellement de livres à la maison ! » Quand il voyage en Turquie, en Italie, au Maroc, il cherche à rencontrer les gens  : «  Je marche et je vois où ça me mène.  » La famille est très importante pour lui, bien sûr, mais il apprécie surtout l’esprit de clan, où ce sont les affinités qui font le lien durable. Il adore organiser des soirées conviviales, recevoir, que les gens se sentent bien accueillis  ; sait plutôt bien cuisiner d’ailleurs et se verrait même pourquoi pas restaurateur ! Au fait, n’avait-il pas arrêté de fumer  ? À la question  : «  Tu aimes beaucoup faire la fête quand même, non ? », il répond du tac au tac : « Je suis solide ! »


SÉBASTIEN GOUJU dialectiques de perception texte : Laura-Maï Gaveriaux photo : Marion Auburtin, IKEA, 2003, acrylique sur carton, 7 x 13 cm, photo de Émilie Salquèbre.

À quatre ans, il regardait Let’s dance passer à la télé… il aime toujours, écouter Bowie… Dire qu’il se prévaut d’une aspiration «  pop  » serait trop galvaudé pour lui, mais il y a assurément quelque chose de léger dans le travail de Sébastien Gouju qui pourra faire penser au ton décalé de la pop culture. S’il doit se raconter en quatre dates, il remontera le temps en commençant par septembre 2007, sa première exposition individuelle à la galerie Semiose, à Paris. Mars 2007, son exposition à Octave Cowbell, qui fut assez décisive dans la suite de son parcours. L’été 2003, lorsqu’il termine ses études aux BeauxArts pour commencer à travailler au Castel Coucou. Puis la date fondatrice, en 1997, lorsqu’il apprend qu’il est pris aux Beaux-Arts de Nancy. S’il devait donner une toute première image de lui-même à un inconnu, il lui dirait qu’il aime bien la sculpture « parce qu’on peut se cogner dessus » : il y a, dans cette idée « l’humour, le jeu sur le corps ». De son travail, il aime aussi annoncer qu’il aime « mettre en déroute les attendus ».

vivant, la spécificité des arts plastiques tiendrait dans le fait que le visiteur serait le spectateur de la pièce. Par exemple, si l’on admire ses dessins, il faut s’approcher de très près pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un collage. Sébastien Gouju aime amener les observateurs de son travail à se déplacer autour des œuvres proposées, avant même de pouvoir former son jugement. Ce rapport physique à l’œuvre d’art est comme un lien objectif qu’il aime tisser entre celui qui regarde et l’œuvre qui se montre. « J’aime bien me tromper  : je n’aime pas être trompé, mais j’aime bien me tromper  », comme une déroute de plein gré  ; il aime être amené à « regarder le revers » des choses et des gens. Contredire cette idée très chrétienne de la Renaissance où le point de vue fixe exprime l’unicité de Dieu. C’est pourquoi Sébastien Gouju veille à ne jamais s’enfermer dans un propos univoque, ni même binaire  : il voudra toujours contourner le jeu des contraires pour lui préférer la dynamique du sensible… comme une dialectique de la perception, plus qu’une confrontation des opposés »…

C’est l’observation qui lance toujours le processus créateur chez Sébastien Gouju. Le sens intrinsèque que les matières portent en elles semblent déclencher le travail de l’imaginaire  : «  Malgré les apparences j’ai une approche très formelle des choses.  » Il attache une importance au sensible plus qu’au cognitif ; ses œuvres naissent ainsi presque toujours d’une « incongruité des choses  »  : sa démarche est perceptive, tactile et matérielle, avant toute forme de narration ou d’engagement. La question du point de vue revient souvent, ne serait-ce que parce qu’il a à cœur d’impliquer le spectateur dans l’œuvre. À la différence du spectacle

Même dans ses rapports humains, Sébastien Gouju recherche la surprise du déplacement. Pourtant, il n’aspire pas à l’ésotérisme : il tient, par exemple, à ce que sa grand-mère comprenne ses pièces  : il ne s’agit pas d’imposer un sens à travers un art narratif, mais de permettre un premier accès, lequel laisse à tout un chacun la liberté de construire son propre rapport interprétatif à l’art. Il pense aussi que l’art, ça s’apprend  : c’est pourquoi son passage aux BeauxArts est important… car pour lui, cette idée duchampienne que tout commence en 1917 ne fonctionne pas… Il y a 30 000 ans et quelques d’histoire des arts qu’à défaut de continuer, il faut pouvoir situer. 168

S’il aime insuffler de l’humour et de la légèreté à ses réalisations, il ne saurait se contenter de l’idée que tout ceci ne revient qu’à une vaste blague, celle du «  tableau IKEA  » où l’on fait semblant. Il y a des enjeux, un propos dans le fait de faire de l’art aujourd’hui, qu’il tient à conserver dans sa démarche et son rapport à l’œuvre. Il a pu s’installer dans une boucherie, au fin fond d’un village du Pas-de-Calais : alors le cadre est posé, celui-ci intervient dans le processus. Ou bien les œuvres peuvent fonctionner hors contexte  : elles peuvent s’insérer dans un espace, en adéquation, comme une rencontre fortuite… c’était le cas des petits soldats qu’il avait présentés à Octave Cowbell… montrés ailleurs, c’est comme si les pièces avaient acquis une nouvelle épaisseur de sens, alors que chez Octave Cowbell, elles fonctionnaient déjà très bien, comme si Octave Cowbell avait été fait pour les accueillir. Toujours cette question du point de vue et du déplacement. Parmi les questions qu’il investit de sa réflexion, celle de savoir où commence et où finit l’œuvre. Il préfère s’approprier l’espace privatif, comme le lieu d’habitation, plutôt que le white cube. En intégrant l’œuvre à un environnement déjà constitué, la coexistence d’un monde qui précède la création laisse place à un échange complexe entre le commencement, l’acte original et son contexte d’exposition. L’œuvre n’est presque plus l’exceptionnel mais surgit sur le fond du quotidien. Attendre de lui qu’il évoque des noms d’artistes qu’il aime se heurtera à cette même obsession du déplacement et de la surprise  : il se refuse à l’exercice parce que répondre serait déjà l’acte d’enfermement de ses aspirations volubiles et vagabondes.


SÉBASTIEN GRISEY les trois vies d’un photographe discret texte : Marie-Céline Henry photo : Sébastien Grisey, Impala 59’, tirage numérique, 60 x 40 cm

Il s’excuse en souriant d’être très en retard, mais son naturel posé l’emporte et l’on peut bien comprendre qu’il ait eu envie de courir, le matin, bien qu’il «  ne fasse pas vraiment de sport  » (à part le semi-marathon de Bruxelles, quand même !) C’est un mobile. On le croit arrimé à Metz, il transite entre New York et Tokyo, bientôt la Chine. Né à Dreux, il grandit à Metz avec sa mère, et son père d’autre part qui lui donnera ce goût des voyages. Un an en faculté de droit et d’anglais ne l’ont pas convaincu, mais un DUT Service et réseaux de communication feront de lui un infographiste polyvalent. Au cœur de l’Internet émergent, une start’up nancéienne spécialisée dans l’informatique médicale : il y sera chef de projet pendant 10 ans. Les navettes avec Boston pour ce travail lui redonnent la bougeotte. En 2003, il part à Tokyo avec un petit appareil pocket, tout simple, puis repart, plus tard, mieux équipé, avec un ami architecte ; il y mitraille l’incroyable mégapole tokyoïte. «  L’architecture est au croisement de l’art et de la technique. Les grands architectes sont aussi des artistes. » Mais on aurait aussi bien pu le suivre dans son «  road-trip  » de New York à La Nouvelle-Orléans, passant par

Philadelphie, Nashville, Memphis, accompagnant un groupe de musique… comme on le comprend, comme on l’envie. Son exposition à Octave Cowbell Mymerica en 2011 retracera cette épopée. Il y vendra sa première photo : « En fait, ce sont les autres qui décident que tu es photographe. » Ce qu’il appelle sa «  deuxième vie  » avait commencé juste avant, en 2010, à la direction de la Maison de l’Architecture de Lorraine. Il travaille en collaboration avec la Ville de Metz, le Centre Pompidou-Metz, La Nuit Blanche, les Journées du Patrimoine, avec une exposition à l’Eglise des Trinitaires en 2011. Il shoote la musique en live, en noirs et blancs électriques, graphiques, puissants  ; l’énergie des concerts mais aussi l’intimité des groupes qui offrent des portraits ténébreux et racés. Il aime rencontrer du monde, des artistes. «  Renaud Monfourny, mon ami photographe des Inrocks m’a beaucoup influencé. C’est le top en portrait ! » Il va suivre Marie Madeleine aux Eurockéennes, et en tournée en Chine bientôt, tapi backstage pour de magnifiques ambiances sur le vif, puis c’est sûr, arpenter les villes en quête d’improbables et spectaculaires contreplongées. « Mon travail est la plupart du temps lié à la musique, à l’art. »

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Il photographie toutes les expositions de la galerie Toutouchic. Et cite entre autres Robert Frank, Bruce Davidson, Julius Shulman. « Andy Warhol reste une référence. Je n’ai pas le formatage des écoles d’art. Dans l’art contemporain, il y a toujours une belle histoire à raconter. C’est un peu une escroquerie. Je n’ai pas de complexe. » Il rêve aussi d’un lieu pour accompagner, montrer des artistes. Son autre grande passion, c’est la musique. Ce sera sa «  troisième vie  ». Il pratique la guitare, le piano, en solo. Ses premiers coups de cœur furent la pop anglaise, le rock-folk américain, il se dit à fond dans le jazz maintenant  : Coltrane, Miles Davis, Thelonious Monk, le bebop, quoi  ! «  Tout sauf la merde commerciale ! » Sébastien Grisey en 5 dates : 1974 : Naissance à Dreux 1991 : Club photographique du lycée 1996 : Rate un stage à Oslo, mais rencontre sa femme 2006 : Naissance de son fils 2009 : Commence sa “deuxième vie” après le bureau


CORENTIN GROSSMANN orfèvre en paradoxes texte : Marie-Céline Henry photo : Corentin Grossmann en bas : La récompense, 2012, graphite, crayon de couleur et aérographe sur papier, 150 x 90 cm. En haut : Mark Hollis et Talib Kweli, trek au Népal, graphite, 2012, crayon de couleur et aérographe sur papier, 150 x 90 cm

D’impressionnantes lunettes de soleil lui mangent le visage. Il ne les retire pas, et jette un coup d’oeil sur l’exposition en cours. Il arrive de Bruxelles où il vit, et affiche une décontraction de fin d’été, une nonchalance élégante teintée d’un brin de désinvolture. Lent, patient et laborieux, son travail obstiné autour du dessin contraste avec une image branchée qu’il constate sans la rechercher : « Le plus important, c’est de savoir où je vais.  » Il dessine la nature, des paysages, du minéral, avec un regard poétique, dérangeant et humoristique, s’inspirant de ses expériences personnelles, au plus près des choses vécues. Né en 1980 à Metz dans une famille assez créative, il était plutôt mauvais élève mais adorait dessiner  : «  Dès qu’il y avait un truc graphique à faire, j’étais concerné. » Ses années de guitare classique au Conservatoire ont certainement laissé des traces, la musique le stimule plus que les images. Il quittera le carcan d’une pratique musicale très rigoureuse à seize ans, aspirant à être créateur plutôt qu’interprète, et s’échappe dans les arts plastiques. Avec son Master à la Fac de Metz, il entrera directement en troisième année aux Beaux Arts.

Très actif avec le collectif MUCUS, il fait ses armes de jeune artiste avec de nombreuses expositions en Moselle, au Luxembourg. Sa rencontre avec Hervé Foucher sera décisive. Il fait partie du noyau dur de la création de la galerie Octave Cowbell. «  On n’avait pas d’espace, on voulait montrer, et se montrer aussi  !  » ll souligne  : «  Hervé était plus concret que moi, plus dans l’action, plus dans la création du projet.  » ll y exposera Mon Parc en 2002, et avec Gregory Wagenheim qu’il connaissait depuis le Conservatoire, Catastrophe en 2005. La bourse pour Berlin en 2006 lui permet de vivre et travailler plusieurs années, et lui ouvrira paradoxalement des portes à Paris, grâce à des amis comme Samuel François qui l’ont mis en contact avec la galerie Jeanroch Dard, spécialisée dans les œuvres sur papier. Une première exposition personnelle en 2009 et des ventes lui permettent de continuer à se consacrer exclusivement au dessin. Eric Troncy, directeur du Consortium de Dijon qui le présente en 2011 pour le Prix Fondation d’entreprise Ricard dans l’exposition collective The Seabass, lui apporte une belle visibilité ; mais il reste fidèle à ses ancrages : rareté et qualité. « Je ne suis pas un artiste qui réagit, ou qui agit vite. » 172

De longs et nombreux voyages en Inde le stimulent beaucoup. Il est intarissable sur la sensualité engendrée par le mélange fascinant de la souillure et du sublime. On pourrait remarquer de discrètes références exotiques nichées dans ses dessins. «  Je me nourris de tout sauf des arts plastiques.  » Il ne hiérarchise pas ses préférences. Si Sigmar Polke l’a vraiment marqué, il aime le cinéma d’Apichatpong Weerasethakul, Thaïlandais qu’il appréciait bien avant qu’il n’ait la Palme d’Or à Cannes. Les performances au croisement du théâtre et de la danse, novatrices et transdisciplinaires, l’intéressent. Il est encore ébloui par l’univers pop, construit, très esthétique de l’artiste belge Miet Warlop : « Un choc total. C’est à vivre et pas à décrire ! » Il y a toujours une installation ou de la vidéo en plus de ses dessins exposés, et il envisage sérieusement d’y intégrer des performances, avouant en avoir un peu «  marre de travailler seul  ». Plusieurs heures de dessin assidu par jour, parfois, un travail lent et patient en constante germination, dans un stimulant bain mêlant hip-hop et musique indienne classique... Un nirvana moderne, peut-être ?


JULIEN GROSSMANN le son et l’image texte : Olivier Goetz photo : Boy Vereecken, Poster, 2008, 70 x 100 cm / petit clavier, Casio, 1983 / steelpan, Mr Kino, 2012

Julien Grossmann peut se vanter d’avoir porté Octave Cowbell sur les fonds baptismaux. En 2002, tandis que la petite bande qui gravitait autour d’Hervé Foucher se torturait les méninges pour trouver le nom de la future « galerie », son regard fut arrêté par l’inscription d’un bouton d’émail, sur le vieil harmonium de facture allemande du voisin du dessus  : « Oktav-Koppel »… ! Rien d’étonnant, de la part de ce musicien dans l’âme qui, avant de s’orienter définitivement vers les arts visuels, avait déjà essuyé ses culottes, depuis l’âge de cinq ans, sur les bancs du Conservatoire de Metz (piano, clavecin). Mais, sans doute, à ses yeux, le Conservatoire était-il trop conservateur, tandis que l’école d’art paraissait ouverte à sa créativité débordante. Il reste, de toute évidence, marqué par cette courte carrière musicale. Julien continue à faire de la musique et lui accorde, jusqu’à ce jour, une large place à l’intérieur de sa production. Tout en réfutant l’appellation de «  plasticien sonore  », le jeune artiste revendique son goût récurrent pour l’archive enregistrée, l’histoire des technologies du son… Fasciné par le rapport entre l’immatérialité du son et la matérialité de son support, il tente, de manière quasi-obsessionnelle, d’ouvrir le médium (disque, vidéo…) sur autre chose que ce pourquoi il a été conçu. « L’évolution des technologies tend à faire oublier que les médias sont aussi des objets physiques. Je me suis vite rendu compte que les outils qu’on utilise, ou qu’on utilisait, pour produire et transformer le son ont une valeur visuelle  ; ils constituent un matériau sculptural qui m’intéresse, au même titre qu’un bloc de marbre ou de bois. » Une date importante dans son parcours  ? le départ en Finlande, en 2005, où il termine un Master en arts plastiques, dans le cadre d’un

programme Erasmus. Ce séjour concrétise son désir de rompre avec la vision franco-française de l’activité artistique. Par la suite, un séjour de cinq ans aux Pays-Bas vient confirmer, à ses yeux, la relativité des critères du goût et du jugement esthétique  : «  Contrairement à ce qui se passe en France, où l’histoire de l’art - que j’aime bien, par ailleurs - pèse de tout son poids, la pratique artistique constitue, là-bas, un véritable engagement social. En Hollande, l’art s’inscrit dans le moment, il englobe l’actualité. L’artiste est nécessaire à la société. » Désormais installé à Bruxelles, Julien assume tranquillement un exil de proximité qui lui offre une position «  intermédiaire  » et lui permet de «  métisser les points de vue  ». «  J’aime les petits pays, dit-il, et je pense qu’on est en train d’assister à une forme de relocalisation de l’art, car la vision moderniste d’un art universel me semble sur le déclin… Si les institutions paraissent encore assez figées, on observe des ouvertures, des failles. Des dialogues s’engagent avec d’autres formes de culture… » Et même si, depuis quelques années, la visibilité de son travail explose, Julien reste modeste. Cela tient à sa personnalité, sans doute, mais aussi au goût qu’il cultive pour les objets eux-mêmes, qui le détourne de tout narcissisme. «  Je lie ça à la question du paysage. Je travaille beaucoup à l’échelle de la maquette. Curieusement, je constate aussi que les objets sont des objets de convoitise économique  ». Non sans humour, il pousse parfois jusqu’à l’absurde l’exploration de ce qui ne constitue généralement, pour le commun des mortels, que des supports d’information. Ainsi, de ces macrophotographies qui font apparaître les sillons creusés dans la cire de vieux cylindres de phonographes comme des 175

paysages fantastiques, et qu’il expose, associées aux portraits des pionniers de l’enregistrement ethnographique. La poésie du projet s’accommode alors d’une critique postcoloniale extrêmement lucide. «  La volonté louable de préserver ce qui va disparaître est forcément complice d’une modernité qui, en même temps qu’elle rend possible leur enregistrement, participe à la destruction des cultures répertoriées. La charnière du XIXe et du XXe siècles est une période qui me passionne. À partir du moment où le phonographe est apparu, la diversité des manières de chanter, la diversité des traditions musicales, y compris dans la musique occidentale, a été perdue, au profit d’une codification universelle. La question se pose, d’ailleurs, de la même manière quand il s’agit de l’image  : que vole-t-on à l’autre quand on en prend un cliché ? Techniquement, on ne soustrait rien, mais au fil du temps, il y a quand même un mouvement social et économique qui change la personne qui a été enregistrée. » Enfant des nouvelles technologies, Julien Grossmann n’est pas dupe de leur ambiguïté ni de leur hypocrisie. Pourtant, dans la lucidité de l’artiste, nulle acrimonie ; au contraire, sa curiosité sans borne s’accompagne d’une certaine bienveillance. Ses yeux pétillent dans un visage sérieux. Julien adore les clichés, les stéréotypes, parce que, dit-il, ça touche à la culture populaire. «  Je joue avec des codes que tout le monde peut saisir. Par-delà le jeu de l’art contemporain, j’entretiens une relation au réel. Tous ces médias, malgré leur dimension pseudo-virtuelle, ne sont pas des fictions. L’économie du monde marche avec la culture. Il n’y a qu’à voir à quel point les médias ont une influence politique, dans le cas des dictatures, etc. C’est fondamental pour avoir une vision du monde. »


BÉATRICE JOSSE sans titre texte : Olivier Goetz photo : Marco Godinho, Le Monde nomade, 2006

Béatrice Josse, directrice du Frac Lorraine, n’aime pas trop l’idée de ce portrait. Non par fausse modestie, mais parce qu’elle n’aime pas apparaître. Elle préférerait rester invisible. «  L’idée de posséder des objets et de les utiliser comme décor de vie est antinomique à un idéal que je souhaiterais sans objets, sans attaches, sans contraintes matérielles ou sentimentales à des fétiches, souvenirs... Utopique  ! Mais il faut bien se fixer certains objectifs, non pas pour les réaliser mais pour s’en approcher. » La rédaction de ces lignes lui désobéit, donc, plus encore que la photographie placée en regard, qu’elle concède à notre insistance. Pour cette page, nous aurions pu demander à l’imprimeur quelque encre sympathique, au typographe une police sans corps, mais, comme elle n’aime pas non plus la facilité, il nous a finalement semblé plus judicieux de chercher une autre solution pour lui offrir l’hommage que nous désirons lui rendre. Car Béatrice n’est pas discrète par manque d’ambition, elle n’entend pas nier ni minimiser son action. Nous l’avons vu affronter des réactions parfois très hostiles, et pas toujours venues de là où on les attend. Béatrice sait recevoir les coups. Cette femme est une combattante, récemment qualifiée de «  femme-flic de l’art contemporain » par le journal Le Monde.

Les apparences sont trompeuses. Sous sa carapace de baroudeuse, Béatrice cache une intelligence et une sensibilité qu’on trouve rarement chez ses collègues de la maréchaussée. Peutêtre, chez les chasseurs-alpins (mais ce sont pas des policiers), avec lesquels elle partage au moins le goût de la haute montagne. C’est d’altitude et d’oxygène dont elle a besoin pour se ressourcer et, pour ce faire, s’éloigner des lourdes tâches qui lui incombent. Et quand ce ne sont pas les «  latitudes suisses  » (titre d’une exposition mémorable) qui l’attirent, c’est la solitude d’un phare isolé en pleine mer, pour elle, le comble du luxe et du repos. Radicale en ses principes et en ses choix, l’intelligence de Béatrice est d’abord une lutte quotidienne contre la bêtise sociale, culturelle et politique. Celle du machisme ordinaire qui régit le monde, celui de l’art comme les autres. Le fait que la collection, avant son arrivée, ne comprenne que 5% d’artistes femmes (et que, malgré un travail acharné, l’équilibre ne soit pas encore rétabli). Le fait, également, qu’on veuille à tout prix, sous prétexte de « Fonds », accumuler des objets d’art dans des réserves où leur conservation constitue un véritable problème écologique. Une option absurde, dans une époque où la raison commande plutôt la décroissance. Logique avec elle-même, Béatrice soutient au sein du 176

comité d’acquisition de son institution des propositions qui peuvent sembler paradoxales  : œuvres minimalistes, voire immatérielles, protocoles conceptuels. Elle collectionne aussi les brouillards (Ann Veronica Janssens), les armures en verre (Patrick Neu), les pages blanches (Stano Filko). Chère Béatrice, je termine mon portrait avec ce petit poème de Ryôta (17181787) qui vous va comme un gant :

ものいはず 客と亭主と 白菊と

— Ils sont sans parole L’hôte, l’invité Et le chrysanthème blanc


LAURENT LE BON voyage à travers l’impossible texte : Olivier Goetz photo : Fiat lux

Qui a passé ne serait-ce que quelques instants en sa compagnie sait que Laurent Le Bon (désigné ici par ses initiales) est un homme d’esprit. Difficile d’imaginer plus vif, plus malicieux que lui. Ce grand monsieur aux allures de jeune homme (quand cessera-t-il de paraître «  jeune  »  ?) porte de lourdes responsabilités qui n’ont réussi à imprimer sur lui la marque d’aucune pesanteur. Étrange charisme que le sien, qui ne trahit nulle volonté de pouvoir… Ceux qui le fréquentent au quotidien, ses collaborateurs, insinuent qu’il sait se montrer «  autoritaire  ». Tant mieux  ! Dans le cadre des fonctions qu’il occupe, l’autorité est forcément une qualité. Mais, nous ne parvenons pas, quant à nous, à deviner le Mr. Hyde que déroberait ce Dr Jekyll. Et, pour rester dans le champ du fantastique, on l’imaginerait plus volontiers aux commandes de quelque navire mythique, en argonaute rusé louvoyant entre Charybde et Scylla, ou en capitaine Nemo, à la barre du Nautilus… Cependant, ne voilà-t-il pas que nous trahissons déjà notre projet  ? Toute tentative de portrait de LLB est-elle inéluctablement vouée à la littérature et à l’imaginaire ? La question mérite d’être posée. À Octave Cowbell, où nous n’avons jamais affaire à lui que pour des collaborations légères (l’Ambassade Kilo, lors de Constellation, Portland, en liaison avec le Studio du CPM), la liberté de ton et la fantaisie de LLB sont particulièrement prisées. Le simple fait qu’il franchisse le seuil de la galerie (pour autant qu’on puisse parler de seuil s’agissant d’une fenêtre) y fait passer comme un courant d’air frais. Sa présence aux vernissages fait dire aux mauvaises langues qui veulent montrer qu’elles ont lu Ruy Blas que l’étoile rend visite au ver de terre  ; mais les autres

admirent plutôt sa simplicité, son humour et sa franchise. Pour autant, il n’est pas facile de savoir ce qu’il a en tête. «  Mais, que pense-til vraiment  ?  » est une phrase que l’on entend souvent. C’est que la réserve est chez lui tout un art. Son silence même, plutôt qu’une dérobade, est une forme d’éloquence. Aussi, en arrive-t-on à guetter le moindre signe qui émane de sa personne. On le scrute comme un oracle. Cela doit parfois lui peser. Sa présence, au sein de ce catalogue, dans la partie réservée aux « amis », pourrait ainsi trahir de notre part un certain opportunisme. «  En le grandissant  », ne manqueront pas de dire certains, « ils cherchent à se grandir »… La réalité est toute autre. Nous sommes attachés à LLB. Nous aimons son travail, son dévouement, et sommes conscient de la dette contractée envers lui par la communauté messine. Toutefois, Lacan nous ayant enseigné que « les sentiments sont toujours réciproques », il convient de se demander quel est le revers de telles déclarations. En quoi consiste, dans ce cas précis, la réciprocité ? Hasardons quelque réponse rapide. Ce qui relie LLB à Octave Cowbell est une certaine forme d’optimisme. N’ayant, en ce qui nous concerne, rien à gagner ni rien à perdre, et lui, sans doute pour des raisons symétriquement inverses, se trouvant dans une situation analogue, le dialogue (parfois muet) qui s’instaure entre nous se noue à merveille. Notre relation est faite d’estime (de notre part) et, pour le moins, de respect (de la sienne). Et, de même que la pérennité de notre projet relève, après dix ans, d’une sorte de miracle, il apparaît clairement que les projets de LLB (depuis son exposition sur les nains de jardin jusqu’à 1917, en passant par tant d’événements remarqua179

bles) portent tous la marque d’une utopie réalisée. Flirtant avec l’impossible (une exposition sur le vide, par exemple !), LLB parvient toujours à démontrer le pouvoir de l’imagination. Le Centre Pompidou– Metz constitue, en lui-même, un immense défi dont il continue, sans relâche, à s’émerveiller. Sa pratique du commissariat est profondément jubilatoire, car LLB est le roi de l’association libre, c’està-dire qu’il possède admirablement, dans la tradition du surréalisme, l’art de rapprocher des objets dont la rencontre génère une interprétation imprévisible qui fait, littéralement, voler en éclats le sens de chacun d’entre eux. Que ceux qui douteraient de ce qui est avancé ici se plongent dans les catalogues de Dada, de Chefs-d’œuvre ? ou de 1917, pour comprendre de quoi il s’agit. Oui, nous admirons LLB. Nous aimons le voir affronter les frimas lorrains dans son imperméable. Nous scrutons avec curiosité son regard pétillant et légèrement dévastateur. Nous rions de son humour faussement cynique. Il nous plaît, avec lui, de n’écarter aucun rêve, même si la réalité se charge parfois de rabattre l’enthousiasme amené par ses propositions (nous nous souvenons, notamment, de celle, rapidement avortée, d’exposer la boîte-en-valise de Marcel Duchamp rue des Parmentiers). Quand cela arrive, il en semble lui-même, aussi marri que nous. Mais sa moue, alors, est celle d’un enfant qui pense déjà au prochain tour qu’il va jouer. À la formule de Gramsci, qui lui irait si bien  : il pessimismo della ragione e l’ottimismo della volontà, peut-être préférera-t-il, en guise de conclusion, ce titre, idoine tout aussi bien, d’une pièce de Jules Verne : Voyage à travers l’impossible (où l’on voit le capitaine Nemo resurgir sous les traits de Maître Volsius) ?


FRÉDÉRIQUE LECERF l’Art de l’Or texte : Olivier Goetz photo : dessin de Paul-Armand Gette

C’est à elle que l’on doit, en 2002, ce Dîner des Andouilles1 offert aux représentants du «  monde de l’art  », à l’occasion d’un CIPAC2 qui, cette année-là, se déroulait à Metz. Cette performance multi-sensorielle, où se mêlaient allégrement cuisine, vidéo, performance et création sonore, fut comme un grand cérémonial d’intronisation d’Octave Cowbell dans le paysage culturel. Enseignante, à cette époque, au département d’Arts plastiques de l’Université messine, Frédérique avait d’emblée sympathisé avec le petit groupe d’agités qui allait former, autour d’Hervé Foucher, le noyau dur de notre Association. Frédérique aime les événements plus que les monuments. En fait, sur le plan artistique, elle n’a que peu de goût pour les objets (même s’il y a des exceptions), elle préfère les projets, c’est-àdire les processus, les relations, les montages… Sa pratique fait grand cas de la participation des spectateurs sans qui, pense-t-elle, l’art serait moins intéressant que la vie. Dix ans plus tard, si son regard pétille encore à l’évocation des fameuses «  andouilles3  », c’est que celles-ci métaphorisent à merveille ce que nous sommes, les uns autant que les autres, nous pressant aux vernissages, nous démenant avec l’«  institution  » pour faire valoir la puissance de l’imagination, et la reconnaissance d’un art, qui pour prétendre au statut

de « contemporain », doit pratiquer une certaine forme de surenchère. Festive et joyeuse, Frédérique s’amuse de cela comme de tout, tout en prenant très au sérieux les conditions de réalisation de cette ascension vers la joie. Par ailleurs, jouant des métaphores et des analogies, Frédérique a élu l’or comme son médium de prédilection. Dans sa démarche plasticienne, la matière précieuse matérialise, autant qu’elle symbolise, son propre rapport à l’art et sa relation au public. Elle est d’ailleurs sur le point de soutenir un doctorat portant sur «  l’or dans l’art contemporain. » Elle même orpailleuse (elle a appris la technique de la dorure à la feuille à Venise, sa ville d’élection), elle affectionne tout ce qui brille, ainsi que l’ont montré, outre certains feux d’artifices qu’elle a réalisés, ce Luna Park qu’elle présenta, à Octave Cowbell, en 2012, une exposition composée uniquement d’œuvres en néon. Car, l’or, dit-elle, plus qu’une couleur ou une matière, est un espace et une lumière. Son éclat nous renvoie à notre fascination. Frédérique conçoit l’or comme une fiction et un fantasme, une « machine », dit-elle, qui ouvre à la quatrième dimension. Toutefois, ce n’est pas à Frédérique que l’on apprendra que la vie n’est pas toujours dorée, et que la dépense artistique ne peut se contenter d’être purement frivole. Compromis avec un réel 180

qui l’avilit souvent, l’or répond aussi à des préoccupations marchande (y compris dans le domaine artistique) qu’entache la Finance qui gouverne le monde. Toute l’ambiguïté est là. Religieux et monétaire, l’or est aussi le signe ostentatoire d’une certaine arrogance : celle du pouvoir et de la sexualité. L’or comme l’art attirent et repoussent. Ils sont tous deux forces attractives et répulsives. Et lorsque Frédérique met de l’or dans son art, invitant parfois ses spectateurs à en manger, elle ne fait que rappeler que la jouissance artistique n’est pas sans comporter une certaine forme de cruauté. La méthode vous laisse rêveur ? Dans son travail, Frédérique Lecerf ne conserve de naïveté que ce qui est nécessaire à la convivialité, pour que « ça marche », pour ravir le sens et les sens des amateurs d’art. — 1

Entièrement gratuite, cette performance se déroulait dans une ancienne chapelle (la salle Ochs), transformée pour l’occasion en espace performatif. Elle était réservée aux cent-cinquante premiers inscrits, sans discrimination. Elle fut suivie, dans le parcours de l’artiste, d’un certain nombre de «  dîners banquets  », presque tous réalisés en collaboration avec d’autres artistes, à Paris (Salon Parisien), ou dans divers endroits où elle était invitée (Vent des Forêts, centre d’art de Pougues-lesEaux, Le Pavé dans la Mare, etc.

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Congrès Inter-Professionnel de l’Art Contemporain.

Spécialité messine issue du fond des âges et qui ne survit plus que grâce à Éric Humbert, maîtrecharcutier, qui en conserve jalousement la recette.


RICHARD LOUVET mercenaire au service de l’image texte : Marie-Céline Henry photo : Lucie Cavey, L’Oiseau et le soleil rouge, 1984, feutre sur papier

Prenez trois mots : « photographe », « enseignant », « graphiste », jonglez avec, et posez cette question à Richard Louvet : Que fais-tu dans la vie ? Il répond : « Je dévore l’image. » Il est de cette génération qui a bu le flot ininterrompu de la télévision depuis tout jeune. Maintenant, il est sevré du poste : Ouf ! Né en 1979 en Normandie, il plonge à 14 ans dans la photographie avec le reflex de son père. Son parcours scolaire chaotique l’amène dans une école de publicité, mais être un rouage du consumérisme ne l’enchante pas : « Ça me faisait chier la pub ! » C’est pourtant l’occasion de faire beaucoup de stages ; un passage dans l’atelier Polymago à Paris le forme véritablement et lui confirme que le monde ne s’arrête pas à la publicité. Il découvre le graphisme dit «  d’auteur  », avec Neville Brody, Vincent Perrottet, Alain Le Quernec, Roman Cieslewicz, Pierre Bernard. Mais il veut revenir sur le fond et décide de continuer ses études malgré une promesse d’embauche  : quatre ans d’Arts Plastiques à la Fac de Rennes, un an en Pologne, et un an à Metz. Il peut enfin développer son travail personnel autour de la photographie,

de la vidéo. Il y croisera le chemin d’Hervé Foucher et plus tard créera le catalogue Un Quinquennat. Il sera prof, toujours. Avec plus ou moins de bonheur. Dans l’Éducation Nationale, des universités, des écoles privées, des centres de formation. Il enseigne la photographie, la typographie, la culture de l’image, forme aux logiciels et à la communication. Fin 2004, il entame avec Lieux Communs un beau parcours à deux qui se termine en 2012, avec quelques grincements de dents. Dans ce laboratoire graphique et éditorial, il créera notamment avec son associé toute l’identité visuelle de La Criée, le centre d’art contemporain de Rennes. Dans ce lieu, il participe d’ailleurs à une exposition de Romain Louvel, un projet artistique ambitieux et facétieux, brassant sociologues, artistes, éducateurs, autour du regard «  néo-colonial  » posé sur les classes populaires. Ironiquement, la question du dispositif muséal est interrogée et celle du concept même d’exposition bouleversée  : «  C’est une grosse farce, jouée très sérieusement ! » Au sein du collectif photographique Bip, il maintient sa pratique artistique vivace, travaille le numérique comme l’argentique, la chambre grand format 183

comme le petit appareil « tout pourri » des années 90. Il aime la mise en scène, le portrait  ; les images spontanées, très orchestrées, ou encore documentaires de William Klein, Jeff Wall et Raymond Depardon, les piliers de sa pratique photographique. «  Pour une bonne exposition sur le Surréalisme, je me déplace.  » Il aime les avantgardes russes, Lissitzky, Malevitch, Rodchenko. Cet homme d’images qui pense en 2D «  veut voir ce qu’il y a derrière la colline.  » Son instinct de découverte le fait voyager dans toute l’Europe, à deux, pour faire des photos, mais sans «  projet.  » De l’Islande aux Balkans, de l’Ukraine à l’Espagne, parce que la culture européenne le passionne, parce qu’il y a une logique, une porosité culturelle entre ces pays. Comme Martin Parr, il aime un certain rapport trivial, intime au quotidien, et poste une photo par jour sur son blog Wunderbar, marqueur temporel qui l’oblige au choix. Aime-t-il entretenir la confusion des genres, par exemple en ne signant plus de son nom son travail de graphisme ? « Parce que les gens aiment te voir à un seul endroit.  » Et que lui veut rester ce luxueux couteau suisse !


KEVIN MUHLEN extrême intimité texte : Laura-Maï Gaveriaux photo : Pascal Grandmaison, If one travelled in a straight line, 2010

Il aurait pu achever ses études universitaires en histoire des arts médiévaux, puis dérouler une existence de chercheur, lové dans le cocon érudit des rayonnages de bibliothèques et des salles d’archives. Mais en décembre 2003, Kevin Muhlen décide d’arrêter sa maîtrise pour se tourner vers la culture contemporaine… Il passe des fresques d’églises aux installations frondeuses du Casino Luxembourg… Il pense alors être à la recherche d’un certain quotidien de l’art, attiré par la production des œuvres en direct. Il croise Octave Cowbell en 2004… à l’occasion d’un barbecuevernissage… Cette rencontre marque aussi une étape dans son rapport à l’art  : c’est l’expérience d’un espace différent de la galerie conventionnelle, où l’agencement, la démarche, la vision décalée d’Hervé Foucher le confortent un peu plus dans l’idée que l’art peut être produit et montré ailleurs que dans les structures habituelles de l’atelier et du musée. Une autre rencontre fondatrice, l’artiste Bruno Peinado, alors qu’en 2005 ce dernier participait au projet Sous les ponts pour le Casino… Après des échanges par mail, leur rencontre en chair et en os au vernissage de l’expo fut le début d’une amitié qui se concrétisa en septembre 2010, par l’exposition monographique consacrée à l’artiste. C’était la première exposition pour laquelle Kevin Muhlen officiait en tant que commissaire, et c’était important pour lui que ce soit pour montrer les œuvres de Peinado. Pour Kevin, la personnalité d’un programmateur transpire nécessairement dans le lieu qu’il orchestre. De son métier, il semble aimer le lien qu’il lui permet de nouer avec les artistes, les

autres lieux d’art contemporain qu’il visite à travers le monde, les acteurs de ce milieu à la fois vaste et suffisamment circonscrit pour en faire la cartographie humaine au fil des rencontres. C’est d’ailleurs la nature de son lien à Octave Cowbell : à se croiser, partager des intérêts communs, échanger des propositions, Kevin Muhlen et Hervé Foucher apprennent à se connaître et à se reconnaître dans une même famille… «  Autant Hervé que moi, nous restons attentifs à ce que font les autres… au fil du temps, il y a des résonances qui s’établissent… même si ce n’est pas facile de se voir régulièrement, on se suit par le travail de l’un et de l’autre… Même si ce sont des échelles très différentes, le Casino et Octave Cowbell… » Kevin aime évoquer leur participation commune au jury du Cercle Artistique Luxembourgeois qui fut une «  expérience amusante  », où leur intention fortuite de détourner, de décaler le processus de sélection les a fait se retrouver sur une même longueur d’ondes tacite. Le Casino, Kevin Muhlen ne veut pas le voir comme un musée… il n’y est pas question d’expositions rétrospectives, et pas vraiment non plus de manifestations collectives ; « plus que de réfléchir à ce qui s’est fait, je voudrais privilégier la réflexion sur ce qui se fait et ce qui va se faire. Je mets un point d’honneur à soutenir les artistes dans la production de nouvelles œuvres et à la création de projets spécifiques pour le Casino, plutôt que de choisir sur catalogue ce que que j’aimerais bien exposer  ». Pour qualifier cette démarche, Kevin choisit le terme d’ « intime », comme si c’était dans cette intimité nouée avec les artistes, au cœur de leur créativité, qui fait la motivation première de sa 184

démarche. Accompagner les artistes dans un processus créatif est constitutif de la façon dont ils conçoivent leur métier, aussi parce que cela «  crée des liens plus forts entre l’institution et l’artiste ». Les expositions de groupe le dérangent pour le risque de patchwork un peu décontextualisé, où le discours que tisse le commissaire pour donner une cohérence prendrait le pas sur l’œuvre. On comprend que Kevin Muhlen est une sorte d’équilibriste, imprimant ses aspirations esthétiques dans l’espace du Casino, tout en restant en filigrane discret du propos des artistes qu’il invite… Cette aspiration esthétique, il faut dire enfin qu’elle est nourrie par une curiosité permanente envers toutes les formes de production artistiques  : le cinéma semble y tenir une place de choix, la musique y est assurément essentielle. Il a lui même officié pendant une douzaine d’années comme guitariste dans un groupe de métal (deathcore) et participe aujourd’hui au projet expérimental Soleil Noir… Il annonce avec amusement une exposition pour l’année prochaine, conçue autour des musiques extrêmes dans l’art contemporain… Récemment, Kevin a été touché par l’exposition Uraniborg de Laurent Grasso, au Jeu de Paume, « parce que l’on pouvait se plonger dans les salles et le propos de l’artiste  »… Toujours ce lien d’affect avec l’intimité d’une œuvre, comme un fil rouge dans sa façon de se mouvoir dans l’art… Une sensibilité «  extrême  », dans les multiples sens du terme, qui affleure sous une discrétion presque timide  : c’est l’impression que laisse en partant Kevin Muhlen…


NICOLAS MULLER poésie de l’espace texte : Laura-Maï Gaveriaux photo : Jérémie Grandsenne, 2010, blanc correcteur sur carte postale, 10,5 x 15 cm

Le rapport qu’entretient Nicolas Muller au processus créatif est intimement lié à la matière  : il est intuitif, il n’a rien de prémédité  : «  pour moi la couleur n’a aucune portée conceptuelle, elle est vraiment liée à l’envie… » Ça, c’est pour la genèse de la partie de son travail constituée de dessins, de peintures, d’œuvres sur papier, réalisées à l’atelier… En ce qui concerne les projets en volume, les idées peuvent surgir de façon fortuite dans l’esprit de l’artiste, «  en marchant dans la rue, en allant acheter mon kilo de tomates au supermarché »… Parce que là aussi, il y a quelque chose de l’ordre du premier jet, l’idée telle qu’elle lui est venue se verra réalisée assez fidèlement… Il y a quelque chose du parti pris dans la volonté de Nicolas Muller de respecter ce côté incisif, sanguin et tranchant de l’intuition, de ne pas la noyer dans une élaboration a posteriori trop sophistiquée. Il y a bien sûr toujours la possibilité d’un lien entre le lieu et l’œuvre  : investir un espace amène à en saisir les spécificités, qu’elles soient d’ordre architectural, sociologique, historique… C’est ainsi qu’il a pu s’installer dans des préaux d’école, des lieux en friches, des anciens appartements inoccupés… Réfléchir aux spécificités de l’espace, parce que « lorsqu’on met un dessin au mur, l’œuvre ne se passe pas que dans l’espace du dessin, elle a lieu sur le mur entier  ». C’est ainsi qu’il aspire à investir prochainement l’espace carcéral, pour y travailler sur les idées de cloisonnement et de décloisonnement, si prégnantes dans son travail. «  Quelle résonance au fait de faire un travail artistique aujourd’hui ? » Cette question, même s’il la pose fugacement, comme

pour se retenir de trop conceptualiser sa démarche, Nicolas Muller paraît la traiter en note de fond, ne serait-ce que par les préoccupations sociales qui émargent de sa création… Il aime se pencher sur la façon dont les sociétés envisagent l’espace, son utilisation et la place de l’œuvre dans cet espace. «  Lorsque je suis en processus de production, j’aime me rapprocher des artisans, me rapprocher des techniciens, des médiateurs, des régisseurs et de toutes ces personnes qui gravitent autour d’un lieu et j’aimerais que mon travail porte encore plus, à l’avenir, cette chose englobante qui constitue l’œuvre » : c’est ainsi qu’il concevrait sa propre démarche d’art participatif. Il n’est pour autant pas question de faire un art illustratif, mais de faire porter, par son travail, cette conscience d’une certaine situation économique et politique dans laquelle il s’inscrit. Pour Nicolas Muller, l’espace n’a de valeur que parce qu’il porte la marque de l’humain. « L’art est en fait potentiellement un espace de consensus, dans lequel on peut fédérer des questionnements et des aspirations esthétiques, sur un fond primitivement transgressif. » Son histoire avec Octave Cowbell est profondément reliée à son éclosion artistique  : «  Je me souviens de mes premières visites à la galerie Octave Cowbell en 2002 : d’abord une exposition signée Corentin Grossmann, ensuite une carte blanche laissée à Samuel François. À l’époque, je connaissais peu ces artistes mais je nous savais de la même génération  : la vingtaine toute fraîche, le premier encore étudiant et le second tout juste diplômé. Les travaux d’artistes jeunes et confirmés se sont croisés chez Octave Cowbell et la perspective d’une exposition à la galerie m’est vite apparue comme une magnifique première 187

opportunité de montrer mon travail hors du contexte scolaire. » Le parcours esthétique et culturel de Nicolas Muller est un univers intérieur foisonnant, qu’il aime évoquer dans l’ordre de ses découvertes… On lui laisse carte blanche, il convoque sa galerie idéale… 2003  : Dolls (2002), film de Takeshi Kitano ; 2006 : Amor vacui, horror vacui, exposition de John M Armleder, Mamco, Genève ; 2006 : Le Cœur Absolu (1987), roman de Philippe Sollers ; 2007 : He Weeps for You (1976), installation de Bill Viola présentée à la Hamburger Bahnhof, Berlin  ; 2008  : L’ivresse de l’absolu, exposition avec Pierrette Bloch, Hanne Darboven, Pierre Ferrarini, Wolfgang Laib, Roman Opalka, Niele Toroni et Claude Viallat, Fondation Salomon, Alex ; 2008 : They live (1988), film de John Carpenter  ; Un Prophète (2009), film de Jacques Audiard  ; 2010  : Nummer Acht (2007), film de Guido Van Der Werde, présenté à l’occasion de l’exposition Esthétique des pôles. Le testament des glaces, Frac Lorraine, Metz  ; 2010  : Innen Stadt Außen, exposition de Olafur Eliasson, Martin-Gropius-Bau, Berlin  ; 2010  : Bruit (1993), vidéo de Absalon présentée à la Hamburger Bahnhof, Berlin  ; 2010  : Körper (2000), chorégraphie de Sasha Waltz, Schaubühne, Berlin  ; 2011  : The Clock (2010), film de Christian Marclay présenté lors de la 54e Biennale de Venise ; 2012 : B, installation de Trickster-P présentée lors du festival Far°, festival des arts vivants, Nyon… Aujourd’hui et depuis quelques années déjà, il vit et crée à Genève qu’il évoque presque comme une utopie  : un point aveugle au sein duquel il lui est laissé suffisamment de champ pour se forger sa propre vision et aller chercher ailleurs de quoi le nourrir et l’inspirer ici.


PATRICK PERRIN You know what ? Youpi ! texte : Marie-Céline Henry photo : Gregory Wagenheim

Le défricheur. Le dénicheur. L’explorateur. Ce pourrait être le titre d’une super-production hollywoodienne, avec comme acteur principal... Patrick Perrin. Mais c’est sur la scène musicale messine que sa silhouette débonnaire est devenue familière au fil des ans à tous les amateurs curieux de pépites sonores et friands d’esprit convivial. Pat, le programmateur de Musiques Volantes, envoie du bon son trente fois par an aux Trinitaires  ; s’associe à la Nuit Blanche Metz et nous éclabousse récemment avec Ebony Bones pour NB LAB2  ; collabore aussi avec le Centre Pompidou-Metz pour de multiples événements musicaux égrenés tout au long de l’année. Point d’orgue de la saison, le désormais très renommé festival Musiques Volantes, pendant lequel il nous fait à chaque fois découvrir la crème des nouvelles formations musicales, des démarches artistiques singulières, à l’esthétique toujours novatrice  ; en liaison avec le collectif des autres programmateurs de Strasbourg, Paris, Poitiers, Bordeaux, Stuttgart… Né en 1976 à Metz, il passe par la Fac section arts du spectacle où il croise Olivier Goetz, et se produira ensuite pendant quelques années avec un groupe de musique électronique, tout en touchant au graphisme et à

l’illustration. Les arts plastiques sont toujours liés pour lui à la musique, au graffiti. Quand Hervé Foucher lui propose l’espace d’Octave Cowbell en 2004, il installe avec Uriel Krakover une rampe de skate, de la vidéo, et bien sûr du son pour Youpi, une sorte de mini festival  : «  C’était assez drôle. Et il y avait une énergie, une émulsion, tout était à faire  !  ». Il continue d’apprécier les festivals à taille humaine comme le Micro Festival en Belgique, ou Less Playboy is more Cowboy au Confort Moderne à Poitiers. Il aime découvrir, être toujours surpris  : «  Voir des trucs qu’on ne connait pas. Par exemple, La Colonie de Vacances, c’est marrant  !  » Cet assemblage déjanté de quatre groupes, Marvin, Pneu, Papier Tigre et Electric Electric joue ensemble de délirants concerts quadriphoniques. S’il n’a plus le temps de scratcher avec ses platines vinyles, il se ressource dans le hip-hop, le rap indépendant, et talonne les formations avec une forte démarche artistique, Company Flow ou The Soft Moon qu’on entendra d’ailleurs en novembre pendant le festival  : «  Les groupes que j’aime bien, j’essaie de les faire venir. » Quand il voyage, il se distrait à Berlin, par exemple au Musée Der Dinge devant 188

une collection abracadabrante d’objets usuels et précise, amusé : « ça va de la vaisselle nazie au kiki ! » ; ou parcourt les improbables méandres de la Demeure du Chaos de Thierry Ehrmann, près de Lyon. Il flâne dans le dédale des ruelles de Naples, ou à Londres dans les quartiers des anciens entrepôts transformés en ateliers d’artistes. Toujours à l’affût de nouveautés, il se délecte aussi devant « ses » classiques : Suicide Club de Sono Sion, cinéaste d’avantgarde japonais, les films de vampires italiens de Dario Argento, mais aussi le cinéma de Tati ou Demy. Il collectionne les comics américains et anglais. Entre vintage et avant-garde, il ne choisit pas. Le nez sur son téléphone portable habillé d’une coque orange fluo façon cassette audio, il l’avoue  : «  Je passe ma vie sur Internet.  » Mais il concocte aussi de bons petits plats, pas de « junk food » pour ce technophile mais plutôt du risotto. Avant de replonger dans le rush musical, il pose un regard bienveillant sur le chat de la galerie : « Caillou est toujours là, ça me rassure. »


ÉRIC POITEVIN l’acuité du faucon Propos recueillis par Olivier Goetz photo : sculpture de Gilberto Zorio, 1995, étain à souder

Origine J’ai été élevé dans une grande liberté au sein d’une famille, non pas pauvre, mais modeste. Pas de livres chez nous, juste quelques disques qui venaient de mon grand-père. Pas d’art à la maison. Seulement la télévision. On regardait tout, sans discernement, Danièle Gilbert, Zorro, parfois Jean-Christophe Averty… Cela ne m’a pas complexé, mais j’ai très vite compris que quelque chose me manquait pour faire de la peinture ou de la musique. C’est ce qui m’a poussé vers la photographie. Vocation Car la photographie a un rapport avec l’économie. La peinture, même quand tu fais des croûtes, c’est forcément intellectuel. C’est un truc de classe que tu n’as pas dans la photo. C’est comme le fait d’être petit au milieu des grands. Ça te permet de faire des choses que ne peuvent pas faire les grands. La photo a des qualités, des arguments que n’ont pas d’autres pratiques. Je préfère polir ces arguments. Je crois que c‘est pour ça que mon travail est relativement lisible dans le paysage contemporain. Formation Je me suis barré à la fin de la terminale. J’ai déraillé, délibérément. Je me suis inscrit aux Beaux-Arts de Metz, la seule école qui vous acceptait sur dossier, sans le bac. La seule aussi, à proposer un enseignement de la photographie. À l’école, je crois que je passais pour ringard, mais je m’en foutais. Il m’a fallu pas mal d’obstination. Cela ne relevait pas d’une claire conscience de ce que je faisais, plutôt du plaisir à faire apparaître des images. Je n’ai compris les enjeux que plus tard, quand j’ai rencontré Michel Frizot, qui m’a confirmé la richesse de la photographie. Dès que j’ai décroché mon diplôme, mon instinct m’a poussé à m’échapper, du côté de Bordeaux, dans la galerie Jean-François Dumont, avec des artistes comme Pascal Convert. Carrière Je viens d’avoir cinquante et un ans. Je vis bien. J’enseigne à l’École des Beaux-Arts de Paris où j’ai un atelier. Je ne voulais pas y aller, mais la directrice des études m’a convaincu. Je me dis souvent que je

dois tout à mes images. Je leur dois mon quotidien, mon toit, mes amis… Ce sont elles qui m’ont permis de transcender mon milieu d’origine. Mais il faut nourrir la pratique tous les jours. Comme quand tu fais un feu, si tu ne mets pas une bûche le matin dans la cheminée, il s’éteint. Il ne faut pas lâcher. Tant que ça m’intéresse, je continue. L’histoire se construit comme ça. Bien sûr, les gens se posent des questions et je m’en pose aussi. Mais ça reste un jeu. Mangiennes Je n’ai pas une relation naïve à la campagne. Je n’aime pas trop qu’on insiste sur le fait que j’y vis parce que les gens se font des idées très caricaturales. La campagne, c’est quelque chose de très violent. Pendant qu’on est en train de parler, il se commet au moins vingt-cinq assassinats dans le jardin (rires). En fait, c’est arrivé après mon séjour à la Villa Médicis. J’aimais bien ce village. Petit, j’y venais déjà, aux champignons, à la pêche. Rome a été une période cruciale, j’y ai vu énormément de monde. Je ne voulais pas retourner à la situation d’avant. Je n’avais pas d’économies, mais j’ai eu la chance de vendre un peu. Et avec ces petits sous on s’est dit qu’on pouvait tenir un an. J’ai loué une baraque. La campagne dans l’absolu, je ne sais pas si ça m’intéresse. Ce que j’aime, c’est la relation à l’espace et au temps. Quand j’étais gamin, j’adorais la biologie. À la campagne, tu regardes un escargot, un pois de senteur, quelques noisettes qui vont bientôt tomber. Je travaille avec ce vocabulaire primaire. J’ai conscience d’être dans un vrai biotope. J’aime nommer les choses. Il y a trente ans, je voyais des oiseaux, aujourd’hui je vois un bouvreuil, un pic épeiche, un grimpereau… Les arbres, c’est ennuyeux. Mais si tu distingues un robinier d’un érable champêtre, ça amène de la complexité. Animaux Les vaches, je m’en fous. Elles m’intéressent quand elles sont dans un tableau de Van Gogh, de Rosa Bonheur ou chez Damien Hirst… En fait, ça pose la question de ce que c’est que regarder intensément. La photo me permet d’avoir l’acuité du faucon, dont nous ne sommes pas équipés à l’origine. Et puis la relation au 191

temps. Quand je photographie une vache, l’espace de quelques secondes, je vais au-delà du concept, je regarde vraiment la vache. J’aime regarder sans hiérarchie, ce que permet la photographie. Le monde de l’art Pour moi, il n’y a pas de milieu de l’art. Un monde de l’art, oui, peut-être, mais le milieu, c’est nous. C’est à nous de créer des situations. On ne nous doit rien. Le monde de l’art, c’est une aventure, des idées. C’est là que je m’aperçois que je préfère les idées aux vaches. Présence de la mort La mort ? C’est un prétexte. Les crânes, un pied-de-nez à l’histoire de l’art. Ce n’est pas très sérieux bien que ça produise de l’image sérieuse. Quand je ne sais pas quoi photographier, quand je m’impatiente, je sors les crânes de la boîte, je ne leur demande rien. Les animaux morts, c’est le seul moyen pour moi de les toucher. Tu n’attrapes pas un sanglier vivant, ou un cerf… Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir passer la main dans les plumes ou dans les poils de l’animal. Technique Je continue à photographier à la chambre. Tant que la chaîne de production dont je suis tributaire existe encore. Je commence à faire des essais avec le numérique, parce que ça a beaucoup évolué. Le couple prise de vue argentique – tirage numérique est extraordinaire. À condition de ne pas tirer les tirages en direction de la peinture. Je reste vigilent et dois batailler avec les tireurs pour qu’ils ne mettent pas de la peinture dans la photographie. Ce serait catastrophique pour moi, la négation de tout ce que j’ai fait. Projets Je suis en train d’avancer sur une série avec des oiseaux. Je fais pas mal de portraits, notamment de jeunes femmes. Mais c’est compliqué. Les gens te disent oui, puis ils te disent non… Je continue ma série sur les cerfs, avec le musée de la chasse. Et puis, il y a ce projet de bouquin. Une grosse monographie. Un projet de longue haleine…


JEAN-CHRISTOPHE ROELENS le feu sous la glace texte : Marie-Céline Henry photo : Benoît Laffiché, Le monde entier, 2006, sérigraphie couleur, 87 x 122 cm, Lendroit Éditions

«  Tu ne sauras jamais ce que ça représente dans une vie... ça peut aider à vivre  !  » Il est habité soudain. On le pensait un peu timide, effacé : c’est un volcan ! Quand il évoque ses premiers chocs visuels, ses rencontres quasi amoureuses avec des œuvres, il se révèle  : «  Rothko, Clyfford Still, Willem de Kooning, ces pièces-là m’ont marqué pour toujours, ça m’a fait vouloir vivre autrement ! » Il avait décidé de peindre, et s’il a fait des études d’histoire et d’Histoire de l’Art à la fac, puis plus tard un an à l’École du Louvre ; il avait envie d’être de l’autre côté, celui du «  faire  ». Né à Metz en 1967, on aurait pu le croiser à New York, pauvre et se payant difficilement des cours à l’Art Students League, passant ses journées au Met, ébloui. Puis à Prague, pendant un an dans un atelier, cherchant inlassablement à « se trouver » en peinture. De retour en France, à Nancy, il est intermittent du spectacle dans l’univers de l’opéra, de la danse ; il est aussi bien figurant que machiniste, mais peindre reste son essentiel. Pendant plusieurs années aux Pays-Bas ensuite, il sera scénographe et créateur de décors de théâtre, notamment dans la compagnie Beestenbende, travaillant avec des réfugiés kosovars, afghans, iraniens ou africains sur des projets d’intégration multiculturels dans les camps implantés dans le pays. En 2000, il revient en France, scénographe et directeur artistique d’un

gros projet dans les Ardennes  : Givet ou l’optimisme. Un ambitieux travail mêlant théâtre et multimédia engagé après la révolte des ouvriers de Cellatex et né du climat social explosif dans la ville. Il interroge  : «  Qu’est-ce que l’art peut faire au niveau d’un territoire  ?  » Il répond  : «  On propose un langage universel. Mais c’est dur de faire bouger une ville  !  » En 2002, directeur artistique du festival, il présente la résidence d’un photographe, le travail de création réalisé en lien étroit avec les habitants et des concerts. Il faut dire qu’il considère le théâtre, dans la veine de Jacques Lecoq et Dario Fo, comme l’art du mouvement, du geste, du corps, des masques. Mais il ne s’y retrouve plus, et s’il n’a jamais arrêté la pratique de la peinture en parallèle de ses activités, il veut s’y consacrer désormais entièrement. Il commence à montrer son travail, représenté par la galerie Jean-François Dumont, à Bordeaux, et vit enfin de sa peinture ; de très grands quasi-monochromes à l’huile. Une belle aventure humaine pendant laquelle il croise Eric Poitevin, Pascal Convert, Michel Aubry, Hubert Duprat  ; et des collectionneurs réellement passionnés.

of signs pour Björk à Reykjavik. Mais il fabriquera aussi ses propres pièces, par exemple, une chevrolet recouverte de verre pilé rouge écarlate pour la Nuit Blanche Metz en 2010.

En 2004, il est en résidence à Berlin ; en 2005, il montre une série de peintures à Octave Cowbell, et reste très impliqué dans l’association  : «  C’est ma famille aussi.  » Quand sa galerie bordelaise ferme, il commence à travailler à la production et la fabrication d’œuvres aussi diverses que le mobilier liturgique de la cathédrale de Metz, des pièces pour Nuit Blanche Paris ou Tree

Jean-Christophe Roelens en 4 dates  : 1967 : Naissance à Metz 1987-1988 : Cours d’histoire de l’Art sur la Renaissance 1989-1990 : Arpente le Met de New York pour quelques cents 2012 : Exposition Sol Lewitt à Pompidou-Metz

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Ses recherches se développent maintenant sur toutes sortes de supports, l’émail notamment ; travaillant à tendre la couleur pour qu’elle devienne un miroir  : «  Je me sens absorbé par la couleur.  » Il s’ouvre à de nouveaux champs de création. Ses Flight Cases en formica Chromatique Game, évoquant le spectre de l’arc-en-ciel, sont destinés aux enfants des écoles et abordent un axe important de son travail actuel  : la correspondance entre la couleur et le son. Il se passionne pour les synesthètes Scriabine et Messiaen, sa recherche convoque Newton et Pythagore, mais aussi Goethe et le percept de Deleuze. « Transmettre une émotion sans ta présence, c’est la définition d’une œuvre d’art.» Il vit littéralement le monde à travers la couleur. Intarissable, en quête de sensations toujours renouvelées, il proclame sa passion intacte, furieuse. Il s’illumine... « Partout, des couleurs t’appellent... ».


WILLIAM SCHUMAN sensible penseur texte : Laura-Maï Gaveriaux photo : Taroop & Glabel, sérigraphie

Si William Schuman, qui déteste être appelé «  l’homme de la Nuit Blanche  » («  je suis tout sauf un noceur  ») devait jalonner sa relation à la culture, il ne choisirait pas des dates, mais la découverte de contrées artistiques… Cela commence quand, adolescent, il lit À la recherche du temps perdu, «  ça a modifié pas mal de choses… c’est un mot un peu fort, mais que j’utilise quand même : ça m’a un peu dépucelé. » Chez Proust il aime cette ironie et cette autodérision par lesquelles il a appris à avoir un regard distancié sur le monde et les gens et tout en même temps, « essayer d’avoir sur eux un regard amoureux, sinon amical.  » La grande rencontre suivante fut avec Les Baigneuses, alors que Cézanne est un peintre qui ne s’est jamais offert facilement au regard de William Schuman : « Cézanne, c’est dur : c’est aride, terreux, il ne facilite pas l’accès, à la différence de Matisse ou de Picasso, qui s’offre par la force de ses volumes… tandis que Cézanne, on a le sentiment d’avoir de la pensée. » Vient ensuite la musique classique, toute la musique classique, «  ça peut aller jusqu’à Schönberg. C’est certainement ce qu’il y a de plus important dans ma vie, la musique.  » C’est pourquoi d’ailleurs il n’écoute jamais de musique de fond : il a besoin de s’y plonger. Enfin, William Schuman entretient un rapport étroit avec les villes, toutes les villes.

Pour ce professeur de philosophie, il semble que ce soit d’abord l’idée de ville qui l’interpelle, « la ville comme un lieu clos  »  ; puis sa diversité sensible à travers celles qu’il a visitées. Il aime chercher les limites de la ville comme on cherche, en philosophie, à délimiter les concepts. Il évite ainsi d’aller dans les musées lorsqu’il visite une ville, il préfère marcher et flâner. Ce rapport à la ville imprègne constamment sa réflexion sur la Nuit Blanche. Pendant cinq ans, il a essayé d’instaurer un rapport distancié avec Metz, une petite ville dont on fait vite le tour  : «  j’ai essayé de faire comme si cette ville, je la découvrais  : matériellement, en investissant des lieux que je ne connaissais pas et symboliquement, en la regardant autrement.  » Encore une fois, le rapport à Proust est évident, le rapport à ces villes proustiennes qui se déplient « comme des fleurs japonaises. » Pour un homme de culture classique, s’atteler à la conception de la Nuit Blanche ne fut pas évident, car William Schuman avoue volontiers ne pas avoir un rapport naturel et immédiat à l’art contemporain. Mais cette expérience lui a justement appris à ne pas mépriser ce que parfois, les tenants de la culture classique peuvent être amenés à mépriser. Autant il peut y avoir un élitisme, un autisme de l’art contemporain dans ses excès de conceptualité, il y a aussi un élitisme de la Grande culture pour ce qui se fait de plus actuel dans 195

l’art. Il a voulu que la Nuit Blanche soit l’événement populaire qu’elle est aujourd’hui et c’est peut-être là sa plus grande fierté quant à sa mission. Il reconnaît ne pas avoir les codes de l’entre-soi qui a parfois cours dans le milieu contemporain, confesse qu’il y a déjà tant de choses qu’il n’a pas lues et vues dans l’art en général… et avoue aussi qu’il a parfois l’expérience de la déception : « je suis toujours tellement dans l’attente de l’émerveillement… il y a des œuvres qui refusent de complaire, de répondre à cette attente. » William Schuman fréquente finalement l’art comme il fréquente un grand texte de Spinoza ou de Descartes dans leur beauté d’agencement  : par le rapport immédiat du plaisir. «  Il y a une palpitation de la pensée, dans la philosophie  : ce que l’on attend et que l’on trouve à juste titre dans les grands textes, on voudrait curieusement le refuser à un art qui ne relèverait que de cette catégorie extrêmement flou d’art conceptuel ? » C’est ainsi que Williman Schuman se meut dans l’art contemporain comme il marche dans la ville : à la recherche du ravissement sensible.


SKALL l’artiste dans un magasin de porcelaine texte : Olivier Goetz photo : Masque de Gras-Dkar ou de Nyapa (Démon Blanc), Himalaya, mi-XXe siècle, customisé avec une tiare (1950) et une langue (Californie 2006)

Skall n’a rien d’un potier. Il aime la vaisselle, c’est tout ! Il goûte aussi la transparence du verre. Il adore les perles, les camées, tous ces machins qui brillent et qui étincellent. Il n’a rien contre le strass, à condition de ne pas disposer de vrais diamants ou de vrais rubis. Skall est un artiste lâché dans un magasin de porcelaine. Il ne sait pas ce qu’il cherche, mais il sait ce qu’il trouve et compose ses sculptures à partir de ça, assemblages audacieux dont l’équilibre défie les lois de la pesanteur. Il ne manie pas le feu, la cuisson de la terre  ; il fait scintiller la substance autrement. Profondément baroque, son œuvre est un délire formel, une tornade de matière et d’imagination. Skall aime les belles choses, mais, pour lui aussi, « le beau est forcément bizarre ». Indifférent à la valeur marchande des objets, il arpente les marchés aux puces comme à la belle époque du surréalisme. D’un geste sûr, il s’approprie son bien. Sous ses doigts de fée, le bon grain se sépare de l’ivraie, la merveille apparaît dans l’ordure. Rien de bien rationnel dans cette façon d’agir. Le magicien fait de l’or avec du toc, du Sèvre avec du plastique, du vieux Saxe avec du plâtre peint... Skall cultive un jardin secret, c’est le souvenir d’un Orient lointain où il passa une partie de sa jeunesse. Des images de «  pudja  » avec des offrandes de fruits et de fleurs restent gravées dans son regard. Désormais, il vit comme un

sâdhu dans la jungle des villes, un moine du XIIIe arrondissement, un paysan de Paris aux rayons de supermarché des frères Tang. Mais Skall n’a rien de dogmatique. L’archaïsme et l’exotisme de sa production sont vite rejoints pas une extrême modernité. C’est une expérience corporelle, la somme des perceptions et des affects d’un homme qui ouvre les yeux sur le monde, et qui est capable de révéler un paradis dans l’enfer de la banalité. Skall est lui-même la plus convaincante de ses créations. Il faut avoir vu ses performances, parfois splendidement photographiées, où il apparaît quasi-nu, chaussé de cothurnes en boîtes de conserves ou en pantoufles de poulets crus, le corps enrubanné, la tête coiffée de branches ou de plumes. Il se métamorphose alors en nuage, en oiseau de paradis, en cerf en rut... On comprend alors qu’il se trouve à la tête d’un univers dont il ne livre, à chaque apparition publique, que quelques aperçus rapides, mais dont il contrôle la cohérence et l’unité. Il ne s’agit, en aucun cas, d’un programme intellectuel. Plutôt de l’incarnation d’une certaine sagesse, d’une certaine étrangeté, aussi, car, s’il se sent bien partout, Skall n’est chez lui nulle part. Ne lui parlez pas de sobriété, de bon goût, ces valeurs bourgeoises  ! Parlez d’harmonie, plutôt, d’équilibre atteint, de joie, aussi, et de santé émue. Le pharmakon de l’art est savamment dosé. Car il existe une morale du dérèglement, un garde-fou qui maintient l’artiste au bord 196

de l’abîme auquel il emprunte un parfum d’extase. La folie du monde est le vocabulaire avec lequel Skall, l’optimiste, trace les lignes d’une espérance à laquelle il ne renonce jamais. Son œuvre est un talisman. Prenons n’importe laquelle de ces lanternes d’Aladin géantes où s’accumulent des figurines, où gambadent des monstres, où s’égarent des bouddhas... La pagaille des menus objets se fait pagode, monstre marin, ville engloutie... Ce sont des paysages où, comme dans la peinture chinoise, sommeillent des dragons. La bonne déesse, debout sur son char tiré par un attelage de prestige, s’avance, fendant la foule des fantômes, dans le monde de ce qui existe. Le cortège entraîne, dans son sillage, toute la fantasmagorie de l’artiste, les éléments montés en écaille les uns sur les autres. Ascension d’audace et d’humour. Quelque chose de sacré s’exprime dans le scintillement des idoles. Quelque chose comme l’abolition de toute séparation entre nature et artifice. Il n’y a pas un millimètre de matière qui ne soit secoué d’électricité magique. Les sculptures de Skall sont revitalisantes, elles pompent des énergies subtiles et les redistribuent au gré de leur fantaisie souveraine. Ce sont des narghilés qui fument, des soupières qui bouillonnent, des photophores qui clignotent, des tabernacles où rougeoie l’hostie d’un désir polymorphe.


ALBERTO SORBELLI insaisissable texte : Claire Lahuerta photo : Fiorenza Sorbelli (Roma 10 octobre 1962 - Roma 7 janvier 2012). Photo prise par Bruno Lévy dans mon appartement 38 rue Greneta Paris 2e. La photo est exposée dans ma chambre à coucher.

«  Méfie-toi, c’est un fou furieux Sorbelli ! » m’avait-on avisée.

le public arrive alors que nous sommes encore attablés dans la galerie. Très bien.

C’est donc intimidée comme une gamine de 12 ans que j’arrivais à la galerie, une heure à peine avant le vernissage, mon caméscope à la main. Mai 2007. Je voulais un entretien, pour un papier dans une revue. J’avais vu Sorbelli, quelques mois plus tôt, saborder nonchalamment la pièce CopiRight mise en scène par Éric Lehembre, dans laquelle il aurait dû jouer. Dans laquelle il n’est pas venu  ; dans laquelle il est apparu, triomphant, tout à la fin ; pour saluer. Juste pour saluer. Le ton était donné.

Je rentre chez moi, rédige mon papier, le lui envoie. Miracle : on est en phase !

J’entre dans la galerie, je descends les quelques marches, je m’avance. Je le vois, tourner dans la pièce. Je me présente  ; très courtois, il accepte l’entretien sans aucune difficulté. Je pose ma caméra, je filme ses mains. Je sors mon papier et commence à poser quelques questions. Il m’interrompt brusquement  : je suis comme les autres, je ne comprends rien, mes questions sont débiles, ça n’est pas du tout ça. Arghh… je range mon papier. Je r’attaque. Donc, Sorbelli n’est pas un performeur. C’est un tonitruant. Point. Je saisis. L’entretien se révèle bavard,

Je me réjouis de voir que le qualificatif d’«  extatique pouffiasse  » dont je l’affuble fait écho chez lui. Désormais les choses sont déverrouillées. Je reçois, sporadiquement, des mails de Sorbelli. Je suis un fol me dit-il, je voudrais vous revoir  ; échanges délirants. J’écris, ça et là, quelques lignes pour lui. Toujours avec ce plaisir étrange qui me fait composer sur je-nesais-quoi, puisque les années passant, le lien s’étoffe mais je ne le saisis toujours pas. Tant mieux.

emmitouflante d’une mamie. Je vois du coin de l’œil que la porte des toilettes est en verre, je ne vais pas insister sur le thé. Nous discutons, je le retrouve profondément courtois, dandy, attachant. Il s’enfouit derrière un rideau lourd dans un antre qui doit être sa chambre, et revient de ce capharnaüm en me tendant une profusion de dessins : choisissez ! Je fouille les feuillets, je retrouve des dessins connus, d’autres que je n’ai jamais vus. Je pense à ma fille qui adore les mouches –moi aussi– c’est très bien ça.

1 vous deveuz avoire 1 acido (vous n’avez peutetre deja eu et apprecier le etat psycophisique) 2 vous devez aussi avoire un dessin mais comment vous donner cela?

De loin en loin, je ne cerne rien d’Alberto Sorbelli. Sinon le caractère insaisissable qu’il cultive, et qu’il est, au-delà de toute composition. Je confirme : Sorbelli n’est pas un performeur. C’est un tonitruant. Mais d’une incroyable élégance, d’un raffinement rare dans les rapports humains, et d’une intelligence singulière. De celle qui constitue les êtres à la marge.

Fin octobre, un soir, j’entre chez lui. Il nous prépare un thé, je m’installe dans ce salon improbable, entre la théâtralité outrageante, baroque et l’esthétique

Octave Cowbell aura été le lieu d’une rencontre, le point d’ancrage d’un lien étrange, l’espace d’un choc esthétique d’une puissance inouïe.

Octobre 2011. Sorbelli doit me remettre un catalogue auquel j’ai contribué.

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VANESSA STEINER « Vaness » joue collectif texte : Marie-Céline Henry photo : Vanessa Gandar, Cascade Langevin, Île de la Réunion, 2009, 80 x 80 cm Exposition Moving Worlds, Triennale jeune création, Roundabout 2, CarréRotondes, Luxembourg, 2010

Derrière une grande mèche retorse, et souvent une casquette, un énergique regard bleu clair. Posée aujourd’hui dans sa galerie, tranquille, elle est plutôt sereine. Retour au calme après la fête d’anniversaire du week-end. En fond sonore, un peu de musique  : «  J’aime Filastine, et le dernier David Lynch  ». Son parcours artistique n’est pas forcément un long fleuve tranquille. Elle est née à Metz, et son entourage familial, dans lequel on retrouve des sculpteurs sur bois autodidactes, l’a laissée libre de ses choix. « Ma maman m’a couvée, je me sens globalement en confiance. » Les Beaux-Arts, donc et un diplôme. En combien d’années déjà  ? Elle n’envisageait pas de faire autre chose. «  J’aime mixer le graphisme et les arts plastiques, les installations décalées, en extérieur.  » Elle travaille avec des matériaux pauvres comme le scotch ou le carton, explose les couleurs vives, réinterprète les sujets du quotidien, sortis de leur contexte. Après trois ans de peinture aux BeauxArts, elle réalise qu’elle aime les volumes. Avec un côté poétique. Et de l’humour. C’est à ce moment qu’elle croise le chemin d’Octave Cowbell, par des amis d’amis, parce qu’elle cherchait des lieux où il se passe quelque chose.

Et dans cet esprit, en 2004, elle fonde GIRI, un collectif à deux avec Vanessa Gandar, avec qui elle explore encore ses thèmes favoris : les petites saynètes quotidiennes, pleines de clins d’œil, de dérision, questionnant l’échelle et l’exposition in situ. Et évoque un Love Boat en carton, yacht de fortune, et une sirène peut-être. Avec son autre collectif, Modul Ranch, crée en 2008 avec Cédric Shili, un graphiste flirtant avec l’installation, elle propose des scénarios exubérants et décalés inspirés de choses banales et futiles. Elle participe à la Nuit Blanche 2011 et sort encore des murs aseptisés des galeries. Et pourtant, c’est bien à la galerie Toutouchic, crée en 2010 avec son compère, qu’on la retrouve. Cette petite boîte à idées à la façade rétro intacte, rue de la Haye, expose des artistes qui eux aussi, travaillent la typographie, les couleurs, le volume. Ses chouchous  ? Tony Weingartner, Xavier Mary, Pierre Vanni. «  Travailler à plusieurs, c’est un challenge, une urgence. J’aime bien aller au fond des choses, jusqu’à saturation. J’aime bien cette énergie  !  » C’est probablement pour cela qu’elle joue de la musique. Batterie, clavier, guitare et chant. Hip-hop, électro-rock, jusqu’à l’ambient. « Je n’ai pas peur de 200

mélanger les styles. Je n’ai pas appris la musique. Je suis décomplexée, même si je sais que cela demande de la rigueur. » Un pote arrive, il a pensé à son anniversaire, elle saute de joie, et enchaîne pour présenter l’exposition en cours. Sérieuse quand même. Elle commence un Master 2 scénographie/art de l’exposition. « J’ai envie de m’ouvrir les portes à fond la caisse ! »

Vanessa Steiner en 5 dates : 1980 : Naissance à Metz 1987 : J’ai quitté le côté “baby” 1994 : Nirvana 2001 : Entrée aux Beaux-Arts 2008 : Sortie des Beaux-Arts


PASCAL YONET forestier de nos désirs d’Art texte : Marie-Céline Henry photo : Sébastien Mettraux, sans titre, 2005, bois peint, 12 x 35 x 15 cm

Qui peut vous donner une furieuse envie de vous précipiter au cœur de la Meuse, dans un espace rural de cinq mille hectares à une heure de Paris, pour y rencontrer de l’art contemporain, niché au cœur de six villages que l’on croit à tord endormis  ? Pascal Yonet, le fringuant directeur artistique du Vent des Forêts, qui arpente par tous temps ces quarante-cinq kilomètres de sentiers s’enthousiasme : « C’est rare ce qui ce passe là. C’est très beau ! » En totale osmose avec les habitants qui ont créé ce projet il y a seize ans, il initie, accompagne, convie les artistes à produire des œuvres nées dans ce contexte très singulier, ce lieu atypique, généreux et humain. «  C’est leur territoire, leur bien commun. Je suis invité, et j’invite les artistes.  » Avec comme critères l’audace, la prise de risque, la recherche  ; le projet doit être nécessaire, à l’initiative d’un développement territorial et artistique. «  J’aime travailler dans cet environnement complexe. On est récompensé au centuple. J’aime les gens qui le créent, qui répondent présents. » En 2008, après avoir visité le lieu, sous le charme, il met ses compétences, sa passion, son envie au service d’un projet qui est assurément citoyen, politique. Il choisit les artistes sans thématique ni appel à projet  ; se fiant à son intuition, attentif à un travail, à une typologie, une esthétique ; dans un contexte qui évolue tous les ans. Car la direction artistique, c’est un métier, ça ne s’invente pas. Un savoir-faire qu’il a acquis d’abord en créant sa propre maison d’édition, après des études de philosophie à la Sorbonne.

Né en 1968 à Gennevilliers, féru d’art, friand de cinéma, il avait la farouche volonté de faire, au cœur d’un réseau d’artistes. C’est l’édition d’un catalogue avec Glen Baxter qui lui ouvre les portes du Cneai (Centre national de l’estampe et de l’art imprimé) à Chatou, où il apprendra le métier pendant dix ans  ; c’est à dire prendre des risques, accompagner dans les modes de production, trouver les bons outils, les bons artisans. Il pourra y exprimer son goût esthétique, se former à d’autres horizons, complémentaires, trouver d’autres voies, de nouveaux réseaux. Il produira notamment Hans-Peter Feldmann, artiste fondamental dont il apprécie la personnalité, la perspective sur l’art. Se révèlera l’absolue nécessité d’une méthodologie à partir d’un savoir-faire. En Meuse, il veut apporter de la différence, faire advenir. Car c’est tout le paysage qui se transforme, qui est impacté  : «  Le Vent des Forêts est fort parce qu’il y a prise entre la ruralité et la modernité.  » Il exclut d’ailleurs de loger les artistes ailleurs que dans les familles locales, et les habitants sont les médiateurs. Les déambulations du visiteur l’amènent aux abords d’un fascinant jardin de brume réalisé par l’artiste japonaise Fujiko Nakaya en 2011, devant un féerique projet de Vincent Lamouroux Aire 23 en 2010, ou le Monstertruck humoristique et démesuré de Théo Mercier et Christophe Hamaide-Pierson, la même année. Au détour d’un chemin, un accueillant Nichoir de Matali Crasset  ; les œuvres perdurent, et le Réenchantement de Jean-Luc Verna continue. La compagnie de danse contemporaine Mi-octobre, en résidence pendant trois ans, propose, entre autres, des ateliers corporels, 203

en extérieur  : «  C’est merveilleux  !  » Il s’est battu pour la présence du corps, de la danse dans ce contexte rural. Ses affinités chorégraphiques vont de Pina Bausch à Trisha Brown, de Jan Fabre et Jérome Bel à Xavier Le Roy. Il est aussi très sensible à la beauté pure, à la noblesse d’usage de la céramique. Il milite pour le temps de la libre pensée, de la marche, pour la confrontation à la nature et à son propre étonnement, toujours renouvelé. « Il y a une ouverture d’esprit due à ce projet, c’est précieux. Les artistes pressentent tout ça ! » Mais rien n’est évident. Il faut redonner de la confiance, de la force, de la volonté à ce territoire, et conserver sa mémoire, aussi. «  J’ai beaucoup de chance. Il y a de belles personnes, de l’initiative. » Il parle ici autant de Mme Simon, octogénaire et incontournable figure locale qui accueille le visiteur, que de sa précieuse petite équipe  : « Être bien entouré, c’est capital. » Avec une belle ardeur et un enthousiasme communicatif, Pascal Yonet s’attache sans relâche à créer le contexte pour que les choses murissent, infusent, que des œuvres concrètes naissent aux flancs des villages et se disséminent sous les pieds des marcheurs. Il faut pour cela un fort ancrage humain. Il reçoit beaucoup et remercie  : «  Les projets, c’est toujours avec l’autre ! ».


PAUL ZEHREN tampon encreur texte : Stefania Becheanu photo : Canevas

Ça dessine, ça griffonne, ça imprime, ça sérigraphie ! Bref, ça s’active à tout va dans les collectifs Le Mégot et Fensch Connection. Paul Zehren, avec ses dreadlocks, typiques de la vallée de la Fensch (lol), est sur tous les fronts pour produire dans la bonne humeur des affiches, des sérigraphies, des tee-shirts... À voir, une toute nouvelle série très portable imprimée à l’effigie d’Horst Tappert, barrée d’un accueillant slogan «  Polizei  »  ! Il est du coin, né en 1985 à Algrange. Revenir sur ses études commencées en électronique et en aquaculture n’est vraiment « pas très important  ». Plusieurs voyages à Liège lui permettent de découvrir ce qu’il aime vraiment faire, le graffiti, le dessin, les photomontages, et de travailler dans l’atelier d’amis, alternant deux semaines en Belgique, deux en Lorraine, dans un bel esprit d’équipe. Il s’installe un an plus tard dans la cave de la maison de sa mère, avec son premier kit de sérigraphie. Depuis 2010, il collabore avec les galeries messines Modulab, et Toutouchic, pour des affiches, des tirages sérigraphiés. Le Mégot expose en 2011, à Octave

Cowbell, un joyeux mélange de créations graphiques et textuelles réunies sous le doux nom de Mortelle poubelle. Carte blanche pour une sorte de résidence qui sera un lieu d’expérimentation artistique bouillonnant et énergétique, visant aussi à rencontrer un public de manière plus informelle. C’est dans l’échange que fonctionnent de toute façon Paul et ses compères, Matthieu Becker, François Billault, Charlie Zanello ; ils aiment produire ensemble, cherchent à se faire connaître, et apprécient un «  retour génial.  » Beaucoup de folie, une création foisonnante, qui déborde les frontières parfois un peu lisses de l’art imprimé puisqu’ils expérimentent tous les supports, du fanzine au teeshirt et probablement tout ce que vous leur proposerez  ! Fan de «  street art  », il préfère l’artiste toulousain issu de la culture graffiti Dran à Banksy pourtant plus connu ; et apprécie le contact simple avec les artistes-amis qui l’entourent. Il vous donne rendez-vous pour la toute prochaine Nuit Blanche à Metz très bientôt !

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PHILIPPE ZUNINO last but not least texte : Isabelle Carlier photo : Taroop & Glabel, Transubstanciation

Quand Thomas Bernhard dit  : [...] ce qui caractérise ce genre d’êtres, qui sont d’abord un peu fous et qu’on finit par dire complètement aliénés, c’est qu’ils jettent de plus en plus, et sans relâche, les trésors de leur esprit par la fenêtre (de leur tête), et que, simultanément, dans leur tête, les trésors se multiplient aussi vite qu’ils les jettent par la fenêtre (de leur tête). Ils jettent de plus en plus de trésors - dans leur tête il y en a de plus en plus, et, forcément, de plus en plus menaçants, et pour finir, en jetant ainsi les trésors de leur esprit par la fenêtre (de leur tête), ils ne peuvent plus soutenir la cadence, et leur tête ne peut plus contenir tous les trésors qui ne cessent de se multiplier dans leur tête, et qui s’accumulent dans cette tête, et cette tête finit par éclater. Voilà ce contre quoi Philippe Zunino lutte sans relâche, par une recherche constante d’un détachement très oriental nécessaire à la préservation des trésors de l’esprit, et du corps. «  J’aurais été un petit acteur comique trop flippé. J’aurais pu faire n’importe quoi. Jusqu’à ce que je me trouve à quarante ans. » Le corps et le langage réunis, voilà la structure de travail d’un homme en quête de la pensée. Une pensée à transmettre. Il est de ceux qui ont avant tout une relation. Entre soi, objet même de recherche, et l’autre, miroir ami ou ennemi. Car dans un monde où rien n’est séparé et où chaque chose influe sur l’autre, il est de ceux qui ne peuvent pas être

neutre, indifférent au monde. NON ! Philippe Zunino vit avec le monde ouvrier, va de villes en villes avec des personnes les plus incroyables et communes à la fois au sens du commun des mortels, les plus vivantes et conscientes de leur Être. Être ! Être relié ! Êtres reliés … Un artiste  ? Oui mais plutôt un ethnologue, un penseur. C’est avant tout une poétique, et une politique de vie qui traverse l’œuvre d’un homme touché sans cesse par tout ce qui l’entoure amoureusement ou violemment. Il le dit lui-même : « les films que je fais ne sont pas simplement destinés à être projetés ou vus ... ils m’aident surtout à vivre ! Ils transmettent ou tentent de transmettre de la pensée… de l’espace et de l’amour. » On comprend alors pourquoi, il est inspiré par des penseurs, philosophes, poètes, scientifiques écrivains ou artistes qui ont avant tout une pensée de vie au-delà de leurs œuvres. Bizarrement ce sont souvent les plus méconnus, les plus rejetés, mais certainement pas les moins bons. Pour les Grimaces de la Mélancolie, film en préparation (soutenu par Bandits-Mages, la Région Centre, la DRAC Bourgogne), il puise les éléments en résonance, comme autant de particules d’un seul et même objet, chez Gilbert Simondon, Nietzsche, Aby Warburg et dans l’attraction-passionnée de Charles Fourier. 207

Analyse réflexive  ? Oui il connaît parfaitement la psychanalyse aussi. À travers ses derniers films, Philippe Zunino donne à sentir la présence de l’autre. Car dans un monde où tout est relié, le corps et la pensée fonctionnent ensemble, et cette banalité qui saute à l’esprit de beaucoup, la mettre en image n’a pas cette même évidence. Or c’est ce vers quoi tend cet artiste autant aimé que controversé car tout simplement proche des hommes. Ainsi il a réalisé depuis 2010 une vingtaine de portraits d’artistes, de cinéastes, de philosophes, d’amis, de personnes rencontrées aux vies extraordinaires. Dont Emile Parchemin, Bernard Stiegler, Boris Lehman, et Bruno brocanteur marginal. Le dévoilement du réel occulte la réalité. La pratique d’un art sans art. L’homme sans histoire.


Le Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain est un lieu de création et d’expérimentation de l’art d’aujourd’hui. À travers une programmation internationale et principalement axée sur une jeune génération d’artistes, le centre d’art présente des expositions et des résidences d’artistes aux démarches innovantes. Avec l’InfoLab, il dispose d’une bibliothèque spécialisée dans les éditions d’art contemporain et des magazines culturels, avec une salle de lecture en libre accès et une connexion Wi-Fi gratuite.

Bruno Peinado, Sans titre, INCAOS, 2010. Maria Anwander, Not All Art Will Go Down In History, 2012. © photo : Jessica Theis – Blue Box Design

Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain 41, rue Notre-Dame L-2240 Luxembourg www.casino-luxembourg.lu


Que sont-ils devenus ? Ann Guillaume

Cédric Schönwald

Depuis Octave Cowbell, Ann Guillaume anime un laboratoire de recherche à la cité internationale des arts de Paris NEVER ENDING OBJECT qui interroge l’objet à travers différentes disciplines, laboratoire qui s’installe en Janvier 2013 à L’ENSCI à Paris et à la Box à Bourges pour l’année 2012-2013 entant que Commissaire d’exposition.

Bonjour,

Enfin elle est invité à la Tôlerie à Clermont ferrand en Septembre 2012 sur une invitation d’ ALexandra Sà, pour une exposition qui s’intitule L’Archéologie, un Mythe Contemporain.

Corentin Grossmann

— http://annguillaume.fr

Cédric Geney Bonjour, Depuis “l’exposition politique” à la galerie Octave Cowbell en 2007, j’ai poursuivi mon travail de relecture/ déconstruction/analyse critique de l’univers politico-économico-sociologicorigolo dans diverses manifestations solos ou collectives. Mes images bavardes et absurdes m’ont permis de voyager jusqu’au Québec pour une résidence de 15 jours et une exposition, en Allemagne, aux Pays-bas et dans divers lieux en France. Depuis 2010, je travaille avec la galerie Maïa Muller à Paris pour des expos et des participations aux foires (Art Paris 2011)...Bref, ça va quoi... j’avance doucement, à mon rythme, et surtout je fais d’autres trucs sans rapport avec l’art et ça fait du bien ! Bon catalogue — www.cedricgeney.com http://www.facebook.com/ cedricgeney.plasticien

Entretemps, je suis devenu rédacteur en chef du magazine art 21. Donc, globalement critique d’art et commissaire d’exposition. Bien cordialement, Cédric

Mon travail est une recherche permanente de formes hybrides par lesquelles je propose des connexions entre des domaines de réflexion que l’on tient trop souvent cloisonnés. Des représentations archétypales, des icônes, ou encore des imageries populaires vont se trouver déréglées, parasitées par un mode de réécriture personnel faisant surgir certains mécanismes inconscients d’associations d’idées. Souvent construites par analogies, mes formes, qu’il s’agisse de vidéo, de dessin ou de dispositif utilisant la projection, résultent d’une vision qui se déplace de l’échelle cellulaire au grand ensemble à dimension humaine voire cosmique. Si je me réfère à une réalité locale, partielle, minuscule, ou très courte c’est pour mieux l’inscrire dans les mouvements interdépendants, et infiniment complexes des innombrables éléments qui composent notre cosmos. L’ambiguïté de la démarche réside aussi dans cette pensée dont la tendance structurante est d’avance vouée à l’échec. Il peut être question, non sans humour, de la chose la plus légère et la plus grave à la fois ; les mettre en relation, sans hiérarchie aucune est une poésie qui me plaît. Mes coordonnées, — http://corentingrossmann.com

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Charles Kalt Je suis heureux d’apprendre que vous avez intégrée l’association Octave Cowbell en temps que chargée de production. La perspective d’un catalogue rétrospectif des 10 ans de la galerie est une très belle et bonne nouvelle. Veuillez bien félicité Hervé Foucher pour sa persévérance et son engagement. Effectivement j’ai eu la chance d’exposé dans ce lieu emblématique. J’en ai un très bon souvenir. Vous dire en quelques lignes ce que suis devenu depuis est tout relatif J’ai pris de la bouteille et mon travail d’artiste suis son chemin. Depuis que je me suis retiré de la vice présidence du CASTEL COUCOU j’ai d’autant plus de temps pour moi. Au jour d’aujourd’hui je suis fasciné par les questions et la problématique du motif et je continu à développer mes œuvres dans la ligne de l’art construit. Je viens de réaliser des papiers peints (voir ci-joint des photos de mon intervention au Musée du Papier Peint de Rixheim) et j’ai sous le coude un nouveau livre d’artiste. Aude-là de mon travail personnel, je réalise réalise des éditions en tirage d’art dans le domaine des arts imprimés et des livres d’artistes sous le label : c.k.éditions.


Que sont-ils devenus ?

Vous pourrez voir partiellement des réalisations sur mes deux sites (charleskalt.fr & ckeditions.com)

cartons que je fixais sur des palettes de chantiers récupérées dans la rue. Il m’a fallu de nombreuses années, un voyage en camping car pendant 8 mois aux USA pour peindre définitivement à même le sol et à l’acrylique.

Sinon je continue à enseigner l’art à Strasbourg au sein de l’EQUIPE 1 (equipe-1.com) dans la nouvelle structure de la Haute École des Arts du Rhin. Je suis à votre disposition pour toutes informations complémentaires. Bien à vous — www.charleskalt.fr www.ckeditions.com

Étienne Pressager Il ne s’est pas passé beaucoup de mois depuis mon exposition à la galerie. Entre temps j’ai juste fait une exposition à l’artothèque d’Annecy sous le titre “je ne sais pas où je vais” Elle vient de se terminer et j’ai participé à une exposition collective à Hegenheim (68). Vous pouvez trouver des précisions sur mon site à la rubrique “biographie” Je reste bien entendu à votre service pour répondre à toute autre questiion. — www.etiennepressager.fr

Frank Jons Frank Jons, le rebelle de la couleur Influence première : Estève, Poliakoff, Kandinsky, De Staël Issu d’un cursus comptable et financier et après avoir passé 7 années à exercer la fonction de trésorier d’entreprise, la peinture que je pratiquais en tant que distraction nocturne, a fini par s’imposer à moi. À la suite d’un entretien houleux avec une DRH, j’ai décidé d’être libre. Contre vents et marées ! Mon entrée en peinture fût donc très tardive. J’ai d’abord commencé avec le pastel gras sur papier, car c’était un moyen économe qui offrait la possibilité de créer en toute liberté. En retrouvant dans un placard un coffret de couleurs à l’huile reçu en cadeau à Noël, je me suis mis à peindre de manière classique sur des chevalets. Mais j’avais la grande frustration de ne pas être dans le même élan qu’avec les pastels. J’étais à la recherche d’une autre manière de peindre où le tube utilisé comme pinceau serait le prolongement de la main, avec la liberté d’utiliser la peinture comme les pastels gras, en passant de l’un à l’autre sans se soucier d’autre chose que de la création. Le support est ensuite descendu vers le sol. L’huile a été remplacée par des liants acryliques et des pigments. J’ai commencé à peindre sur des 210

C’est en créant la nuit que je me suis aperçu que j’avais besoin d’une énergie supplémentaire pour faire avancer ma peinture. Et ce fût la musique : le rock, l’électro, l’indie rock à plein volume comme guide et déclencheur de mes émotions. Je n’utilise d’ailleurs pas la même musique pour préparer mes châssis et pour peindre. Créer en musique tel que je le conçois, c’est entrer en transe, c’est faire en sorte que l’esprit et le corps ainsi totalement libérés, puissent jeter sur la toile l’ensemble des émotions. Il n’y a aucun croquis préalable, aucune préparation mentale. C’est l’instinct, la découverte, la surprise, l’accident qui compte. Au sens propre du terme, c’est un engagement physique. Une lutte permanente où se côtoient et s’entrechoquent la rage, la tendresse, la tristesse, l’amour, la joie. La musique est forte. Bloquée sur le même morceau elle finit par me saouler. Je suis au dessus de la toile, je tourne autour, je fais corps avec elle. Une peinture faite de concentration et de fluidité, de contradiction aussi : entre la fougue des premiers instants et le calme de la maturation, entre la passion des sentiments et l’apaisement qui survient après, entre la violence du chaos et la douceur de l’amour. C’est l’histoire de mon bouillonnement intérieur.


Que sont-ils devenus ?

mais accompagnée par 2 artistes de Rhônalpins et un photographe Italien.

Mathilde Mestrallet L’exposition “De l’autre Côté” avait eu lieu en 2007 à la galerie Octave Cowbell. Elle fût ma première exposition personnelle: le début d’une belle aventure. J’ai, depuis, effectué plusieurs résidences d’artistes: à Behren les Forbach, avec le Castel Coucou, et à Miskolc en Hongrie, avec le Club de Strasbourg en 2008, puis à Pont Aven, aux Verrières Résidences-Ateliers en 2009. Ces résidences m’ont permise d’approfondir mes recherches en lien avec les territoires que j’arpentais, et développer une certaine pratique de la photographie documentaire. J’ai participé à plusieurs expositions collectives notamment “Fait Maison” au Bon Accueil à Rennes et “Nous n’irons plus au bois…” à la Galerie Blanche, de Briey en Forêts, avec les artistes: Julie Meyer, Julie Vayssière et Gauthier Sibillat, en 2009; “Photographes en Alsace” à la Filature, à Mulhouse, en 2010, et enfin “Come as you are” aux Moyens du Bord, à Morlaix en 2011. J’ai aussi réalisé une commande publique 1% à la SMAC “la Citrouille”, à Saint-Brieuc, en 2009-2010.

En effet, nous envisageons de créer une galerie associative qui verra le jour au printemps 2013, à Etoile-sur-Rhône près de Valence. Cette galerie sera intitulée: “Cockpit: lieu d’explorations visuelles”. Cette “plateforme” sera composée d’un atelier photo argentique noir et blanc et d’un studio photo. Elle sera le siège d’une maison d’édition qui développera des axes liés au territoire, aux passerelles entre Art et Littérature, et elle permettra également de publier des catalogues d’exposition. Ce lieu sera aussi la station, le camp de base, d’un collectif de photographes européens. Nous pensons aussi organiser un festival Photo/Gravure /Dessin, qui pourrait avoir lieu sur plusieurs communes, établissant un pont culturel entre les 2 rives du Rhône. Pour ma part, hormis la dizaine de mois de chantier qui me séparent de la finalité de ce projet, je continue à réaliser des projets documentaires en lien avec le territoire. Je suis actuellement en train de recueillir des témoignages de paysans Ardéchois étant venus s’installer dans la Drôme après la seconde guerre mondiale. — www.mathildemestrallet.com

Rares Victor 2012 SIX WEEK ENDS D’ART CONTEMPORAIN, 12 lieux / 70 artistes (Rares V. / initiateur du projet) / Nancy LA NOUVELLE ESTAMPE, Jeunes graveurs du Grand Est, Volet I, Galerie 379 / Nancy  NU DESSIN / A 13, Autour du dessin, (Dessin & Digigraphie), NÜ KÖZA / Dijon  2011 LE MOINS DU MONDE, édition d’artiste ‘‘Sourire doré’’ (Coll. Ergastule), Frac Lorraine / Metz  OUAA ! , avec Elise Dufour, Marjolaine Phulpin & Philippe Paoletti, Galerie Rares V. / Nancy 2010 IN TIME INTIME, avec John Curin, Étienne Pressager, Juul Kraijer, V.R. Musée du Sel / Marsal  60 YEARS 60 ARTISTS, uniunea artistilor plastici, Galerie Europe, Musée d’Art / Brasov, (Ro) 2009 COLLECTION ERGASTULE, Espace en vue : éditions d’artiste, Frac Lorraine / Metz  2008 MILLE ET UN {TOUJOURS}, exposition personnelle, galerie Octave Cowbell / Metz  MOI INTIME JE PUBLIC, exposition personnelle, instal. œuvre Trésor, Galerie Neuf / Nancy 2007 1001 MONNAIES D’ARTISTE, frapées par la Monnaie de Paris, Aide individuelle à la création 2006 THE INTERNATIONAL FESTIVAL OF VIDEOART OF VALENCIA, Sala Naranja / Valencia (Es) LABORATORIO DE ARTE ET LA VIA PUBLICA, participation VIA-LAB 06 / Valencia (Es)

Ces différentes expériences m’ont confortée dans l’envie de continuer sur ce chemin, d’explorer des nouvelles possibilités, non plus seule,

2005 SUPPOSITIONS SUPERSTITIEUSES, exposition personnelle, Galerie Wégimont / Liège (B)

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Que sont-ils devenus ?

KUNST & BIOLOGIE, expo. arc-artem, Kunsthalle der Eropäische Kunstakademie / Trier (D)

cryptique et de désobéissance civile. Du plus récent au plus lointain : 2012 – « Creapolis », Project Room, centre d’art Le Quartier, Quimper

2004 DE LA LORRAINE, vision kaléïdoscopique arc-artem, Musées des Beaux-Arts / Nancy & Metz

2012 – « Chutier », Project Room, centre d’art Le Quartier, Quimper

2003 LE CORPS, XIIIème Biennale Internationale de l’Image / Nancy

2011/2012 – Résidence « 1+1=1 1+1=2 » avec Art4Context, Quimper

1999 TEST 1999, uniunea artistilor plastici, Galerie Europe, Musée d’Art / Brasov, (Ro) 

2011 – Colloque « Graffiti as psychogeographical map: the new European urban intervention », UIMP, Santander (ES), Santander

THE FIRST INTERNATIONAL MEETING IN ROMANIA, Médiathèque N. Detaeye / Brasov (Ro)  1995 LE CORPS HUMAIN, Catacombes du Musée d’Art / Brasov, (Roumanie)  — Galerie Rares V.  (visible sur Rendez-Vous : 033 (0) 6 98 44 49 77) 20, Place de l’Arsenal RDC  54000 Nancy France www.raresvictor.com

François Génot Thuya Bomba Black grass The last storm  Broussailles Jungle Bitche De la sortie et de l’ordinaire Sur la route d’Eppe-Sauvage Solutions tampons Les îles Le jour de la promenade Land is yours La grande traversée Panorama La clairière Les bas-cotés Macule

2011 – Jeune Création, 104, Paris

Les Frères Ripoulain Né en 1979 à Rennes, David Renault vit et travaille à Rennes, France. Né en 1980 au Mans, Mathieu Tremblin vit et travaille à Arles, France. David Renault et Mathieu Tremblin se sont rencontrés en 1999 à l’université à Rennes et ont formé à l’issue de leurs études en arts plastiques le duo les Frères Ripoulain en 2006. Ils intègrent en 2012 le réseau Documents d’Artistes Bretagne. En solo ou en duo sous le pseudonyme des Frères Ripoulain, ils privilégient des formes de créations contextuelles dont le mode opératoire se rapproche de celui des travailleurs de la ville et en témoignent par le biais d’espaces de consultation inspirés des bureaux d’étude où ils explorent sur le mode de l’enquête de terrain et du work in progress les relations entre urbanité et urbanisme. David Renault et Mathieu Tremblin œuvrent dans les espaces en jachère de la ville et développent des protocoles d’action urbaine autour des notions de contre-façon, d’abandon et de dégradation, d’expression autonome et spontanée, de langage 212

2011 – Chic Art Fair, Cité de la mode et du design, Paris 2011 – 56e Salon de Montrouge, La Fabrique, Paris 2010 – « Outsiders », Centre Culturel Colombier, Rennes 2009 – Nuit Blanche Metz Du plus proche au plus éloigné : 2012 – Nuit Blanche Paris 2012 – « DIY or BUY » à la galerie DMA, Rennes 2012 – 6e biennale d’art contemporain de Bourges, Panorama de la jeune création, Bourges 2012 – « Franc-jeu », Art in the flat, Paris

Julia Varga Je suis en train de travailler sur un film documentaire en étant en résidence à Khiasma, au Lilas, lieu de production et de diffusion. Après avoir fini un autre longue metrage documentaire, Check Check Poto produite dans le cadre d’un résidence au Laboratoires d’Aubervilliers. — www.khiasma.net


Que sont-ils devenus ?

Olivier Kosta-Théfaine Herbier est une œuvre présentée pour la première fois chez Octave Cowbell en 2005 lors de l’exposition Burn Baby Burn. Elle fut, sans aucun doute une base pour l’élaboration d’autres pièces réalisées depuis, de part l’utilisation du medium tout d’abord, à l’instar des Symphonies, plafonds entièrement brûlés à la flamme d’un simple briquet (Fondation cartier pour l’Art Contemporain - Paris 2009) mais aussi par association d’idées, celle d’une nature recomposée ou réinventée comme les Jardins inspirés des jardins à la Française, mais dont le végétal a laissé place aux tessons de verre brisé (Musée Cognacq-Jay Paris 2011, Domaine Départemental de Chamarande - 2012). Suivront Les Paysages de Banlieue (papiers de grand format brûlés) et tout un ensemble dœuvres inspirées d’une « végétation de ville ». Ainsi, Sans titre (mur), sculpture exposée chez Cripta747 - Turin 2009, composée d’un mur et de fleurs, mais aussi ce texte graffité sur les cimaises du Kulturhuset – Stockholm 2012 (Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps), ou plus récemment encore, la création d’un livre (Guide de Wroclaw - Escapade en Basse-Silésie) édité par le BWA Awangarda, recueil documentant la végétation sauvage qui ponctue l’asphalte de la “Venise polonaise”. Une invitation à la flânerie et à l’observation d’un environnement quotidien (Wroclaw 2012).

THTF

Jérôme Giller

Ces deux jeunes artistes issus du street Art (collage et graffiti) se rencontrent en 2008 autour d’un bureau d’écolier où ils commencent à dessiner ensemble. Après quelques dessins et peintures à deux, ils décident de former THTF collective en novembre 2009.

L’exposition “Qui savait au début qu’il n’y aurait pas de fin”, ponctuait une recherche plastique sur l’installation vidéo. Depuis, j’ai repris mon travail artistique dans l’espace public, les territoires urbains et péri-urbains.

Commence alors un travail d’illustration en noir et blanc sur grands formats destinés à être collés dans les rues des villes de france et d’ailleurs. De gros personnages souriants et curieux du monde dans lequel ils sont lâchés, formes géométriques, éléments surréalistes, et compositions des plus emmêlées peuplent peu à peu les murs qui deviennent leur terrain de jeu. Ce médium leur permet de faire connaître leur travail et ainsi d’accéder à des lieux d’art contemporain, de participer à des événements culturels où ils présentent un travail plus abouti de peinture et sculptures colorés (volumes bois/papier) Nous continuons toujours à enchainer les projets, nous avons récessement été invité à réaliser une exposition au Musée En Herbe à Paris avec l’artiste Gilbert. Une exposition est en cours à la galerie DATTA à Lyon. pour nos projets futur, nous allons partir en Normandie afin de réaliser une peinture en partenariat avec l’association le M.U.R (Paris). Voila en gros pour les nouvelles! à trés bientôt ! — www.thtfcollective.com

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En 2011, j’ai mené une résidence artistique à la Ville de Tourcoing, “Greetings From Bourgogne-Marlière”. J’y est organisé des situations collectives de marches urbaines dans le but d’interroger les constructions et les représentations liées aux notions de territoires et de frontières par l’expérimentation de formes nomades d’être à l’espace. Depuis 2012, en collaboration avec Kim Bradford, je développe un cycle de micro-performances enregistrées en vidéo, “Déplacements”, qui consiste à déplacer des objets et des êtres dans l’espace public pour en interroger l’organisation matérielle et culturelle. — www.jeromegiller.net

Sylvère Hieulle bonjour et bien je continue ma carrière de photographe. je suis depuis 7 ans le photographe de la cartonnerie ou je réalise une énorme galerie de portraits des artistes qui s y produisent. en parallèle je continue mon travail plus “plasticien”


Que sont-ils devenus ?

Samuel François SAMUEL FRANCOIS (b.1977) lives and works in Hettange-Grande (Fr).  His work recently appeared in solo project at Institut Suédois during la Nuit Blanche, Paris. His work has been featured in group exhibitions at Centre d’art Dominique Lang, Luxembourg ; galerie NaMiMa-École Nationale Supèrieure d’Art de Nancy ; Milieu Galerie, Bern ; galerie Jeanroch Dard, Paris ; Cripta, Turin ; ALICE, Brussels and Centre Georges Pompidou, Paris. He curated +4an exhibition about Artists-Books and A New Idea of Landscape at galerie NaMiMaÉcole Nationale Supèrieure d’Art de Nancy. He currently working on Bunk Edition, a young publisher label. BIO Solo Exhibitions Recent Works, Galerie Jeanroch Dard, Paris 2012. Open 4 Business, ALICE Gallery, Brussels 2012.  No I’m Waiting for..., Nuit Blanche Paris, Institut Suédois, Paris 2011.  Here & There, Nuit Blanche Metz, Metz 2011.  Collection, Galerie Jeanroch Dard, Paris 2010.  Wait&See, Cripta747, Torino 2010.  Yes I Did, Delkographik Studio, Rennes 2009.  Zuper !, Milieu Galerie, Bern 2009.  Neu !, Centre Jacques Brel, Thionville 2009.  Let’s get cool, Galerie JeanRoch Dard, Paris 2008.  Il était une fois une fois, A.L.I.C.E Gallery, Brussels 2008.  Talk about nothing, A Part, Grenoble 2008.  It’s ok ?, Saarländisches Künstlerhaus, Sarrebrücken 2007.  Snapshots, La Passerelle, St-Brieuc 2007.  What can i do today ?, Extrabold, Luxembourg 2007.  Untitled1bis, Galerie Aoutlow, Metz 2005.  Color it ,Le Trait d’Union, Neufchateau 2005.  NoGhetto, The Dull Monkey, Nancy 2004.  Patterns, galerie Octave Cowbell, Metz 2003.  Inkunstruction, Le Camji, Niort 2002.  Inkunstruction, Spraylab, Nancy 2001.

Group shows  Text Library, Trans 6, Arnhem 2012.  Bartholomew, JSBJ, Gallery Steinsland Berliner, Stockholm 2012.  All Over, CarréRotonde, Luxembourg 2012.  Nothing, Galerie NaMiMa, ENSA, Nancy 2012.  Sleep Disorders, Centre d’Art Dominique Lang, Dudelange (Lu) 2011.  Bartholomew, JSBJ-12mail, Paris 2011.  A New Idea of Landscape, Galerie NaMiMa, ENSA, Nancy 2011.  Vertigo, Galerie Jeanroch Dard, Paris 2011.  Inkunstruction was ..., Winterlong Galerie, Le Pilori, Niort 2010.  ZEICHNEN, Milieu Galerie, Bern 2010.  Renato Leotta - Olivier Kosta-Théfaine - Samuel François, Room Gallery, Milano 2010.  Dust Snow, Winter Sculpture Park, Poznan 2010.  Dysfashional, Parasite, Paris, 2009.  I Could Do That, Milieu Galerie, Bern, 2009.  When I Grow Up, Galerie Jeanroch Dard, Paris 2009.  Nuit Blanche, Mayenne 2009.  Genesis, ChapterOne, London 2009.  Scales of the Universe, Curated by Justin Morin, Galerie JeanRoch Dard, Paris 2009.  Playground, Centre Georges Pompidou, Paris 2009.  ParisPraha, Czech Center, Paris 2009.  — www.samuel.francois.com

Xavier Célanie J’ai développé mon agence de communication et actuellement je développe mon activité artistique qui se concentre aujourd’hui sur le portrait et l’installation et le carton d’emballage... — www.xaviercelanie.com http://www.facebook.com/ xaviercelanie.creations

Sanjin Cosabic Suite a l’exposition à la galerie j’ai aménagé mon nouvel atelier à Tours et entamé la nouvelle période de mon travail. Celle-ci à été montré au Lieu d’Art Contemporain Artboretum à Argenton sur Creuse lors de l’exposition (sur proposition de Groupe Laura) “jYin et jYang”, Sanjin Cosabic et Diego Movilla, en 2011 (un catalogue à été édité jYin et jYang, édition Artboretum + collaboration Groupe Laura). Puis, en 2012 à L’École Supérieure des Beaux Arts de Tours (sur proposition de Sarah Zurcher, directrice de l’École) lors de l’exposition “ON Y VA”, pour la deuxième rencontre avec Diego Movilla. Les images des deux expositions sont sur mon site Internet www. sanjincosabic.com. Entre temps j’ai obtenu L’Aide Individuelle à la Création, DRAC Centre en 2010, puis, une autre auprès du Conseil Régional du Centre en 2012 Pour la suite, et pour le moment,  deux expositions individuelles sont prévues pour le Centre d’Art l’Anexe à Saint Avertin et au Lieu d’Art contemporain Artboretum à Argenton sur Creuse, les deux pour 2013. D’autres projets en commun avec Diego Movilla sont aussi prévus mais les lieux de diffusion ne sont pas encore fixés. Certaines œuvres sont rentrées dans des collections privées et une à la Collection Artboretum. Pour les images vous pouvez choisir sur mon site Internet. Si vous avez besoin d’autres informations n’hésitez pas à ma contacter. cordialement, Sanjin Cosabic — www.sanjincosabic.com

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DESIGN . NICOLAS PLEUTRET

ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE D’ART DE NANCY 1, AVENUE BOFFRAND B.P. 13129 54013 NANCY CEDEX

+ 33 (0)3 83 41 61 61 WWW. ENSA - NANCY.FR ECOLE.ART @ ENSA - NANCY.FR

L’alliance ARTEM (ICN Business School, École nationale supérieure des Mines, École nationale supérieure d’art), est un exemple unique de transversalité pédagogique : ateliers de recherche et de création, plateforme de recherche, master of science Design et management du luxe, accessibles aux étudiants de l’ENSA à partir de l’année 4.


Que sont-ils devenus ?

Sébastien Bourg et Sandra Aubry Suite à leur exposition à la galerie Octove Cowbell, Sandra Aubry et Sébastien Bourg ont réalisé d’autres expositions personnelles en 2011 et 2012, dont SPECIMEN à l’hôpital psychiatrique Vauclaire à MontponMénestérol, Dématérialise-moi ça !  à Lyon au sein de l’association Attrape-couleurs, et “APRES TOUT RIEN” à Paris dans la galerie de Roussan qui les représente. Ils ont également été invités dans diverses expositions collectives sur Paris : x,y,z & t, sur un commissariat de Romain Salomon à la galerie Anne Barrault, Lightness à la galerie Less is More Projects, Dessins/ Transferts à la galerie Maeght, Je hais les couples sur un commissariat de Jeanne Susplugas et Alain Declercq. En 2012, ils ont participé aux salons DRAWING NOW et CHIC Dessin. Ils livrent cet été 2012 leur première sculpture pérenne dans le cadre d’un 1% artistique commandé par la Région Centre pour le lycée En Forêt de la ville de Montargis.

Julien SCHMITT “Judd” Mon parcours continue son bonhomme de chemin, avec les mêmes envies et des ambitions se limitant toujours au plaisir de peindre, de faire, de créer des petits mondes. Depuis mon passage chez Octave Cowbell, ma pratique c’est nettement affinée et la technique a aussi évoluée. Je vois plus grand et plus brut mais garde également un intérêt pour des créations plus torturées, chargées et compliquées. Des portes s’ouvrent pour des réalisation géantes sur des bâtiments industriels. — www.julesdugaz.canalblog.com

Vanessa Steiner Vanessa Gandar « GIRI est un collectif d’artistes féminins crée en 2004, il signifie en japonais: obligation morale. Il s’agit, en effet, d’adopter une attitude neutre en faveur d’une démarche commune, comme l’utilisation en terrain neutre, celui des initiales GIRI le suggèrent, à l’exemple des architectures japonaises d’une flexibilité à toute épreuve face aux événements naturels, contre vents et marées. L’idée d’individus pratiquant plusieurs activités parallèles au sein du groupe est importante. Ainsi chacun se complémente dans une pratique collective de projets in situ, dans lesquels chacun se met en scène sous forme d’expositionsperformances, impliquant le spectateur et dans l’esprit Dada. » Didier Damiani, Commissaire d’exposition Bulbe est une installation in situ qui porte sur la création d’une œuvre unique, éphémère et ludique. Réalisée entièrement de papier, carton et adhésif, cette pièce plastique représente de manière figurative un jardin. À la fois frais et ludique Bulbe est en complet décalage avec le lieu d’exposition: un jardin dans un appartement. Une invitation peu commune, entre humour, créativité et dérision, à laisser son regard bondir de choux en choux.

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Le collectif GIRI continue d’utiliser l’espace comme déclencheur vivant de chaque installation et provocateur d’émotions pour le spectateur qui devient l’acteur majeur de cette expérience. Ces créations hybrides et fantaisistes aux rapports d’échelles volontairement modifiés mettent en avant leur caractère propre, avec leurs particularités et leur kitch inhérent. Une invitation à revisiter tout en couleur notre quotidien. Regarder l’œuvre comme des propositions artistiques en conservant une dimension esthétique très forte telle est l’idée à retenir de leur travail contextuel. En parallèle, Vanessa Gandar continue son travail de photographe et élabore son nouveau projet “ Mers du Nord “ et Vanessa Steiner a ouvert récemment une galerie d’art graphique à Metz : le ToutouChic qui diffuse la jeune création. — http://giri-collectif.com/ http://vanessagandar.ultra-book.com/ http://www.letoutouchic.com/

Nicolas Schneider L’exposition à la galerie Octave Cowbell, fut importante et à posée un peu de nouvelles bases pour mon travail. Ce fut la premières exposition où j’ai montré du dessins. Dpuis je ne montre que des aquarelles  dans mes expositions. Mon travail n’a pas tant changé que cela. Toujour Monochrome Depuis Je  dessine énormément, quotidiennement.


Que sont-ils devenus ?

Amandine Meyer

Leslie Chaudet Après avoir débuté une formation en Arts plastiques à L’Université de Rennes 2, elle  intègre en 2004 l’École des Beaux-Arts de Rennes, et obtient le DNSEP avec les félicitations du Jury en 2009. Elle rejoint alors le Vivarium (2009), atelier artistique indépendant situé à Rennes. En 2010, elle participe à la 10e édition de la biennale d’art contemporain de Mulhouse et réalise la même année, A Room, sa première exposition personnelle à la galerie Octave Cowbell à Metz. En 2011, elle s’associe à la Galerie Castel Coucou pour l’exposition Une Nuit / Eine Nacht. Poursuivant ses recherches, elle développe activement ses projets au Vivarium et prépare actuellement ses prochaines expositions en Bretagne. — www.lesliechaudet.com www.vivariumatelier.blogspot.com

Amandine Meyer est née à Metz en 1980. Formée aux Beaux-Arts de Nancy, d’Angoulême et de Metz, elle développe surtout un travail de dessin et d’auto-édition. Elle aime jouer avec les formes narratives ou graphiques des livres et des revues qu’elle réalise, notamment : La villa, le beurre et les tartines (édité par les éditions Solo Ma Non Troppo en 2012), Soleil (2011), Le Chemin des doigts (2010), L’huître et le pèlerin (réédité par les éditions Kaugummi en 2010).

Marie-Christine Dieudonné Lorsque j’ai exposé à la Galerie, je travaillais ponctuellement comme designer-scénographe sur la conception d’exposition. Cette fonction me prend la plupart de mon temps aujourd’hui et c’est celle qui me fait vivre... J’essaie de me préserver des moments de création plus personnelle, mais ces moments ne sont pas aussi fréquents que je ne le souhaiterais !

Amandine est également régulièrement invitée à participer à des revues graphiques collectives, telles que Dopututto des éditions Misma (Toulouse), Tomoko (Paris), Uzo (Tokyo), Kaugummi magazine (Rennes)...

Je ne désespère pas... Un jour viendra, où j’aurais le pouvoir d’agir sur l’horloge qui tourne sans cesse...

Elle travaille aussi la céramique en empruntant des motifs à l’univers de ses dessins, fait d’interrogations existentielles, d’amusement érotiques et de pérégrinations autour de l’identité féminine.

Bien cordialement !

Ayant participé à des expositions collectives de dessin contemporain (récemment : 13 Etranges, hors les murs du Parc St-Léger en 2012, Which Witch au Cagibi, à Lille, en avril 2012, Aller-Retour , à la Rtt de Bruxelleson Une Nuit/Ein NachtNuit Blanche de Metz. Elle rêve aujourd’hui de dispositifs d’expositions foisonnantes, où se mêleraient céramiques et grands dessins, en attendant que ses créatures achèvent leurs transformations dans un livre. — http://amendin.free.fr

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Et j’avoue que le métier de designerscénographe est passionnant et permet de laisser la place à une grande part de création.

Julien Lecœur sinon depuis mon expo chez vous en 2009, je poursuis mon petit bonhomme de chemin avec des expos régulières chaque années (veuillez trouver mon cv en fichier joint). Une de mes œuvre fut acquise par le MAMC Strasbourg et présenté au sein de la collection permanente en 2010 et lors de l’expo “la ville moderne” en 2011. J’ai aussi exposé au 104 à Jeune Création, CRAC Alsace, les Voies Off du festival de Arles et fus nominé pour le « Edward Steichen Award Luxembourg ». Je prépare une expo à .HBC Berlin en Septembre et a la galerie RitschFisch de Strasbourg en 2013. — www.julien-lescoeur.net


Que sont-ils devenus ?

Philippe Zunino Veuillez trouver ci joint le texte retraçant mon parcours depuis dix ans en lien avec mes projets actuels, j’aimerais si possible que celui ci paraisse dans son intégralité, (à vrai dire j’y tiens beaucoup !) si cela est possible, sinon je voudrais vérifier le contenu avant que vous le coupiez au cas où ! de façon à ce que j’ai écrit garde toute sa cohérence. . . . Le dévoilement du réel occulte la réalité. TEN YEARS AFTER / Upper CAMERA Les grimaces de la mélancolie Une iconologie de l’effondrement ontologique À l’occasion du « decennat » de la galerie Octave Cowbell je n’évoquerais pas le temps, mais plutôt l’espace, l’espace généré par ce temps passé, en mettant en exergue la citation de Emmanuel Lévinas le temps est pure espérance - au regard de mon expérience vécue ces dix dernières années et des films ou pièces sonores que j’ai produit en 2 fois 5 ans. De fait ces dix ans sont deux espaces différents, dont le premier sera celui qui fût initié par la Galerie O W lors de la projection du film La Psychanalyse de Guy Debord par Freud dans l’appartement de Paola Cassagrande et le second Soigner les soignants à l’occasion d’une invitation en résidence à l’hôpital central de Metz pour la nuit blanche de 2007. Ce sont ces deux temps d’exposition et de création proposé par O C qui ont été un des points déterminants dans mon travail au cours ces dix dernières années. Alors du temps oui, mais surtout plus d’espace. Tout comme le héros du roman  « Le meilleur des mondes » , qui aspire à un temps rempli d’espace, un temps sans limites, et sans contrôle sociale, en somme une extension du temps, extension qui devient espace individué

pour le philosophe Gilbert Simondon ou encore une hétérotopie pour Michel Foucault, en somme une utopie achevée. C’est cette utopie achevée que je retrouve dans la démarche de la Galerie O W et c’est également celle que je développe aujourd’hui dans mon projet UPPER CAMERA : les grimaces de la mélancolie, qui prendra la forme d’un film que je réalise actuellement avec le soutien de la région Centre et Bandits Mages à Bourges. Dans un monde post moderne où tout est mis en concurrence, dans un monde de réseaux, je m’intéresse à l’espace, dans le sens où j’entend l’espace comme représentation du théâtre du vivant, hors de toute métaphysique. Upper Camera est un mode de construction iconographique qui tente de refléter l’effondrement ontologique de la pensée occidental, c’est pourquoi désormais je ne considère plus la création comme un outil, mais plutôt comme une arme, une forme pré-historique d’avant l’art, et pour reprendre les mots de Marcel Duchamp je dirais que « l’art est un crime parfait ». C’est aussi pourquoi je pense que le temps est une illusion.Il n’y a d’action que dans l’espace de l’action. Je parlerais comme dans mes films récents d’une vraie intimité avec la spatialité car dans « tout être là » résiste et réside un devenir ailleurs, un lieu à vivre. La galerie Octave Cowbell m’apparaît comme un de ces lieux des possibles. Dès lors ce que j’entreprend depuis 5 ans, trouve spécifiquement son origine lors du tournage du film SOIGNER LES SOIGNANTS nuit blanche de Metz en 2007 . Moment particulièrement décisif qui m’a fait basculer dans un autre mode de réalisation. C’est parmi le personnel soignant que j’ai perçu la relation entre les êtres comme une forme de représentation du pathos c’est à dire la tragédie humaine où toujours persiste le vivant, la joie d’être là et d’être attentif aux autres. Il y a 10 ans tout comme aujourd’hui, 218

« le temps est pure espérance », il y a dix ans je m’exerçais et développais l’art de la critique de la critique de l’art, sous la forme d’un activisme filmique ou sonore virulent et ironique avec David Legrand, aujourd’hui l’ironie activiste étant devenue une norme télévisuelle de type Canal +, j’ai abandonné cette voie sans issue, autre que la répétition du même par le même. FiVE YEARS AFTER : aujourd’hui je fais du« thaêtre » je cherche à filmer un théâtre de vie, archaique ou symbolique, où la représentation technique tend à imiter les hommes. Des images qui se résument à ces mots / donner à penser/ UPPER CAMERA est une réflexion sur l’immanence, vécue comme réalité relationelle par l’image et le langage, dont la seule intention est de faire passer de la pensée par l’image dans un cadre hors champs. En 5 ans j’ai réalisé une trentaine de films regroupés sous le terme générique UPPER CAMERA - il s’agit de documentaires, de portraits réalisés en auto production ou en co production avec l’association Bandits Mages à Bourges, soutenu par la Région Centre et la DRAC Bourgogne. Ce travail s’inscrit dans une approche qui traite essentiellement de la relation entre les individus et l’individuation collective / Gilbert Simondon / ou encore Bernard Stiegler “ De la misère symbolique “. Ces films ont été exposés ou projetés pour la plupart durant les années 2007 et 2012. Cette démarche s’inscrit dans la continuité de ce que j’avais entrepris il y a dix ans, et ceci sous l’initiative de la Galerie O C, elle est le fruit d’une mutation, d’une gestation, qui signifie l’espace  perçu  comme une totalité ouverte car en progression d’être et augmentation de désir. Filmer le vivant dans son propre théâtre. Philippe Zunino


Que sont-ils devenus ?

Étienne Boulanger Le travail d’Étienne Boulanger s’appuie sur la réappropriation de zones transitoires de l’environnement urbain. Dans les villes emblématiques de la métropolisation, telles Berlin, Pékin, Shanghai ou Tokyo, il repère interstices, friches, et espaces résiduels pour les investir par une habile stratégie de camouflage. Décédé en octobre 2008 à New York, Étienne Boulanger travaillait sur le phénomène de “gentrification”, conséquence de la politique municipale new-yorkaise de « tolérance zéro ». Alors en résidence pour 6 mois au ISCP (International Studio and Curatorial Program), il venait de finaliser son premier catalogue monographique Interventions en territoires flottants. Coédité par les Frac Lorraine, Alsace et Bourgogne, il rassemble une sélection d’interventions réalisées de 2001 à 2008, notamment Plug-in Berlin (2001-2003), work-in-progress qui consistait à habiter dans des espaces interstitiels de la ville, Single Room Hotel (2007-2008), chambre d’hôtel deux étoiles camouflée derrière des panneaux publicitaires, Contreformes, ligne A (2007), parasitage de sculptures publiques à Orléans, ou encore Panoptique (2008), série d’abris permettant d’échapper au système d’alarme volumétrique de l’espace d’exposition.

infra-muros - Étienne Boulanger Exposition du 9 avril au 19 juin 2011 Centre d'art Bastille, site sommital de la Bastille, Grenoble vue de l'exposition : Projet Plug-in Berlin, 2001-2003 Photos : Katia Gagnard - Association Étienne Boulanger

Les plans, vidéos, diapositives, écrits et toute autre trace documentant ses interventions, du repérage au résultat de ses actions, étaient généralement présentés sous forme de dispositifs autonomes. Ils sont aujourd’hui conservés par l’Association Étienne Boulanger, crée en 2009. Elle poursuit à présent la communication de l’œuvre d’Étienne Boulanger, la publication d’ouvrages ainsi que l’organisation d’expositions et de conférences. — www.etienneboulanger.com 219


*IrèneIrène, la famille de substitution de ceux qui n'ont pas de meuble de famille. www.ireneirene.com


Éditions & multiples recettes favorites. Certaines sont fameuses, d’autres fantasques… mais toutes, selon eux, sont susceptibles d’assouvir les pires fringales. Pour la galerie, c’est l’occasion d’offrir au public de cette soirée mémorable un souvenir de cet événement inaugural et, plutôt qu’un vulgaire livre d’art, cet exquis ouvrage qui trouvera naturellement sa place dans la cuisine plutôt que dans la bibliothèque ! OG

scientifique au travail artistique. Delphine Malosse et Marlène Prost ont écrit les textes qui accompagnent les images de Jean-Christophe Massinon, permettant à galerie Octave Cowbell d’offrir, dans le cadre de la Nuit Blanche messine, ce beau bestiaire urbain. OG

Roamer Mathis Collins, Sébastien Rémy, Cédric Schönwald, Cyril Verde Édition publiée lors de l’exposition Mode d’emploi. Édition publiée en 2009 et limitée à 100 exemplaires avec deux contributions quasi-inédites de Jean-Claude Moineau.

Est-ce que mon cœur a aimé jusqu’alors ? Bestiaire urbain Nuit Blanche-Metz deuxième édition, Jean-Christophe Massinon, Delphine Malosse et Marlène Prost 2009 En partenariat avec l’Aquarium Museum de Nancy.

Nuit Blanche Cuisine Nuit Blanche-Metz première édition, Jean-Christophe Massinon 2008 5000 exemplaires. Imprimé sur les presses de l’imprimerie de la Ville de Metz. Recettes de la Nuit messine  Lorsqu’au bout de la nuit se fait sentir la faim, pourquoi ne pas rentrer chez soi se faire cuire un petit quelque chose ? La Galerie Octave Cowbell associé à JeanChristophe Massinon pensent aux affamés des marathons culturels nocturnes… Il a demandé aux acteurs de la Nuit Blanche : artistes, organisateurs et partenaires, de lui livrer leurs

5000 exemplaires. Imprimé sur les presses de l’imprimerie de la Ville de Metz. Jean-Christophe Massinon a un talent particulier pour l’image figurative. Quel qu’en soit le format ou l’échelle, ses œuvres possèdent, à mes yeux, trois qualités précieuses. 1. Éminemment graphiques, elles oscillent entre l’enluminure et la signalétique, empruntant toujours quelque chose à l’écriture. 2. Picturales, elles sont le fait d’un vrai coloriste. Ses dessins ont la somptuosité et le velouté de l’aquarelle. 3. Enfin, Massinon s’intéresse à ce qu’il peint, au point d’apparaître comme un artiste engagé. Ses séries donnent un sens précis aux objets qu’elles déclinent. Grâce à lui, les choses futiles (en apparence) deviennent hautement significatives et éminemment désirables… Grâce à la collaboration du Museum-Aquarium de Nancy, il s’est agi, dans le présent ouvrage, d’associer un travail de vulgarisation

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Nuit Blanche-Metz troisième édition, Jean-Christophe Massinon 2010 5000 exemplaires. Imprimé sur les presses de l’imprimerie de la Ville de Metz. Dieu sait si l’amour peut rendre bavard ! Mais, la plupart du temps, c’est pour ne rien dire que l’amoureux est volubile. De bonheur, il bafouille ; de chagrin, il bégaye… Ici, rien de tel. Insolemment mystérieux, ce petit livre est sans parole. Pour exprimer l’essentiel, l’auteur a préféré se taire. Au « choc amoureux » répondent, du tac au tac, des images-choc. Jean-Christophe Massinon est artiste ; son langage est celui des formes et des couleurs. Tout commentaire desservirait sa muette éloquence. Aussi, ne disons que ceci : entre partie de plaisir et carnage, se tient l’amour. Un simple échange de regards peut modifier le cours de l’existence. L’amour est intraitable. Inconsolable, aussi. Car, on sait bien que « les histoires d’amour finissent mal, en général ». Alors, souvenons-nous de la leçon d’Orphée : sur le chemin qui remonte des Enfers, surtout, surtout, ne pas se retourner… Plus facile à dire qu’à faire ! Même remisé dans le secret d’un placard, ce livret portera toujours la trace de cet amour. Incandescente rencontre, dans la blancheur obscure d’une nuit d’octobre. OG


Éditions & multiples

Sérigraphies

ET ZOO Nuit Blanche-Metz Quatrième édition THTF 2011 5000 exemplaires. Imprimé sur les presses de l’imprimerie de la Ville de Metz.

Un Quinquennat Octave Cowbell 2008

Sérigraphie de Frédérique Lecerf, 30 exemplaires signés et numérotés.

Sérigraphie de Doris Dresher, 30 exemplaires signés et numérotés.

Édition à l’occasion des cinq ans de la galerie Octave Cowbell. Ouvrage réalisé par Lieux Communs (J. Cottencin & R. Louvet). Ouvrage imprimé à 1000 exemplaires.

Sérigraphie de Jean-Christophe Massinon, 30 exemplaires signés et numérotés. 222

Sérigraphie de Taroop & Glabel, 50 exemplaires signés et numérotés.


11, rue des Parmentiers F-57000 Metz primiam.france@gmail.com www.primiam.com


Merci Octave Cowbell, son Président Olivier Goetz, son directeur Hervé Foucher, remercient chaleureusement :

la «  famille » de l’Est : Khara Nizharadze, Schota Nizharadze, Robert...

les financeurs de l’association : La Direction régionale des affaires culturelles de Lorraine, Le Conseil Régional de Lorraine, Le Conseil Général de la Moselle, La Ville de Metz

la famille Foucher : Henriette, Jean, Lucien, Anne-Marie, Dannie, Marie-Dominique, David, Mélanie, Lilo, Heidi, Benoît, Emmanuel, Maeg, Lucile, Poly la famille Goetz : Rose, Jean, Benoît, Guillaume, Julien

les structures partenaires qui ont aidé financièrement à la publication de ce catalogue :

ainsi que : Jean-Jacques Aillagon / Pierre Aimée Albrecht / Nicolas Antenat Nicolas D’Ascenzio / Saphira Aubry / Monique Auburtin Liliane Beauquel / Estelle Berruyer / Antonia Birnbaum Marion Bodin / Jean-Luc Bohl / Antoine Bolzinger / Bob Boulanger Lionel Budna / Gaël Calvez / Isabelle Carlier / Carlo Paola Casagrande / Alexandre Causin / Fred Cavallin / Lucie Cavey Nora Celeski / Géraldine Celli / Éléonore Jacquiau Chamska Corinne Charpentier / Claudine Collilieux / Olivier Dancy Greg Diaferia / Guy et Anne Didier / DJ lezard / Hélène Doub Didier Doumergue / Jean-Jacques Dumont / Benjamin Dufour Dominique Fabuel / Sébastien Faucon / Leslie Fefeu Dominique Fellmann / Hélène Ferjoux / Côme Ferrand-Cooper Bertrand Fleury / Maxime François / Maud Galet-Lalande Florence Gauthier / Hélène Guenin / Lisa Georges / Xavier Gorgol Sébastien Gouju / Nathalie Griesbeck / Claire Grossmann Sarah Guedj / Lionel Hinderblesse / Philippe Hubert / Roland Huesca Pauline Husser / Odile Jager / Mathilde Jannot / Gregory Jérome Floria Julien / Jung-Won Kang / Bruno Keppi / Françis Kochert Dominique Koessler / Domna Kossyfidou / Élodie Krakover Claire Lahuerta / Edwige Lambert / Myriam Lamni Frédérique Lecerf / Laurent Le Bon / Éric Lehembre Anaïs Lellouche / Élisabeth Lequeux / Jean-Marc Leveratto Richard Louvet / Enrico Lunghi / Johanne Malguid / Julia Massinon Marylin et Emmanuel Molinet / Alexandra Müller Anne-Sophie Ohmer / Marina Pepe / Odile Petterman Johannes Peeters / Patrick Perrin / Nicolas Pinier / Philippe Pintore Aurélia Monnier / Pierre Ravenel / Maria Rebelo / Daniel Rodriguez Jean-Christophe Roelens / Jean-Yves Roelens / Patrick et Catherine Rolin / Jean-Louis Roselli / Irene Scacciatella / William Schuman Frédéric Simon / Gilles Sornette / Jana et Véronique Studer Patrick Thill / Nicolas Tochet / Annabelle Turkis / Nicolas Valance Aurore Veille / Lise Walgenwitz / Gretel Weyer / Philippe Zunino (et Maryline), Mathilde Osmont et Ben Garin, Cathy Frissung et tous ceux que nous oblions de citer…

Le Centre Pompidou-Metz (Président Alain Seban, Directeur Laurent Le Bon) Ainsi que le Frac Lorraine / le Centre d’Art la Synagogue de Delme / l’École Supérieure d’Art de Metz / l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy / la Nuit Blanche-Metz / le Casino Luxembourg / le Mudam Luxembourg / Castel Coucou - Forbach / Le Vent des Forêts / Ergastule / My Monkey / Modulab / Toutouchic / La Conserverie /  Drop Out / Média Pop / IrèneIrène les autres structures amies : L’Association Jean-Christophe Massinon  (www.jcmassinon.com) L’Association Étienne Boulanger (www.etienneboulanger.com) L’EPCC Metz en Scène (les Trinitaires) Musiques Volantes / Bandits-Mages / Librairie Géronimo /  l’IRTS de Lorraine (Forum, Studiolo) / Le Carreau - Forbach / Faux Mouvement / le Cercle Artistique Luxembourgeois / les Musées de la Cour d’Or / OGACA / Metz-Métropole / La Plume Culturelle tous les membres de l’Association et, notamment : Louis Mazenod, son précieux trésorier / Marie-Céline Henry et Lisa Studer, ses indispensables collaboratrices les stagiaires et les assistantes : Stefania Becheanu / Delphine Dos Santos / Violaine Higelin / Keumm Joo / Boyeon Park / Saskia Peeters / Nina Richard / Laura Wadrawane / Mengru Xie

Cet ouvrage est édité à l’occasion du 10e anniversaire de la galerie Octave Cowbell le 20 septembre 2012

Direction du projet : Octave Cowbell (Hervé Foucher & Olivier Goetz)

Imprimé sur les presses de l’Imprimerie Moderne à Luxembourg à 1000 ex.

Auteurs : Stefania Becheanu Isabelle Carlier, Laura-Maï Gaveriaux, Olivier Goetz, Marie-Céline Henry, Claire Lahuerta, Marco Leveratto

Crédits Photos : Les photographies des cahiers images et des cahiers « 100 expositions » sont la propriété de la galerie Octave Cowbell (sauf mentions contraires).

Avec la contribution de : Lisa Studer, Vincent Delmas, Richard Louvet

Coordination éditoriale : Hervé Foucher et Marie-Céline Henry

Conception graphique : Radikal Reduziert

Chaque photographie d’œuvre de la rubriques « 39 portraits d’amis » est la propriété de la personne citée en vis-à-vis. Les photographies du cahier « Jean-Christophe Massinon » sont la propriété de l’Association Jean-Christophe Massinon (sauf mentions contraires).

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Myriam Mechita, photo SĂŠbastien Grisey (voir p. 111)


Les Puces d’Octave (voir p. 86)


Nadia Lichtig, photo Olivier Henry Dancy (voir p. 107)


Samuel Franรงois, photo Olivier Henry Dancy (voir p. 107)


Jad Fair (voir p. 103)


Philippe Zunino et David Legrand, photo Olivier Henry Dancy (voir p. 107)


THTF, photo SĂŠbastien Grisey (voir p. 111)


Jean-Christophe Massinon, galerie Les Arches


49 NORD 6 EST FONDS RÉGIONAL D’ART CONTEMPORAIN DE LORRAINE 1

BIS

RUE DES TRINITAIRES, F-57000 METZ / TÉL.: 0033 (0)3 87 74 20 02 / INFO@FRACLORRAINE.ORG

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2002

une dĂŠcennie 2012


Octave Cowbell 5 rue des Parmentiers F-57000 Metz info@octavecowbell.fr www.octavecowbell.fr +33(0)354 443 124 +33(0)661 622 779


Une Décennie