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Le Jardin du Diable

concours 2009 pour les jardins de Chaumont

Nathanaël Este-Klein_Pierre Guyot de la Hardrouyère_Naïk Lashermes


L’expérience du Jardin du diable Temps 1 Vous marchez dans l’herbe, des jardins plein la tête. Vous avez déjà cédé à la méditation dans les jardins Zen, admiré respectueusement les jardins d’apothicaires, et jalousé plusieurs jardins potagers. Vous avez évolué parmi les bambous et les rochers, effleuré des plantes médicinales, caressé des fleurs d’autrefois. Vous avez contemplé les jardins qui reposent l’esprit, et appris de ceux qui soignent le corps. Vous avez senti, goûté, touché. Mais qu’avez vous entrevu des jardins de l’âme ? Vous franchissez une haie, en quête d’inaccessible. Mais votre corps se fige, et vous restez là, interdit. Votre raison a arrêté votre élan. Devant vous, une immense bulle laiteuse fait apparaître et disparaître une jungle de plantes inconnues. Et vous ne rêvez pas. C’est au gré des faibles respirations de la bulle que le jardin affleure à la surface, dévoilant à votre regard d’étranges silhouettes blanches qui errent au milieux des plantes. Vous êtes suspendu au souffle léger d’une nature qui semble étouffer, intrigué par l’intuition persistante qu’elle est peut-être en train de disparaître.

Temps 2 Entrer dans la bulle fait naître chez vous autant d’excitation que d’inquiétude. Vous pénétrez dans un sas où pendent d’improbables combinaisons de protection. Vous entrevoyez par transparence une végétation inoffensive, et comprenez mal les raisons de cette précaution. Mais les mots qui flottent au dessus du seuil vous condamne à revêtir cet étrange accoutrement avant de vous glisser enfin dans la bulle. L’atmosphère y est légèrement plus chaude, les couleurs y sont légèrement plus vives. Vous faîtes un tour sur vous même, fasciné par des champignons perchés dans les airs, des lianes qui courent sur le sol, et toutes ces plantes que vous ne connaissez pas. Dans votre combinaison étanche, vous contemplez stupéfié une nature interdite.

Le concept du Jardin du diable De tout temps et dans toutes les cultures, les hommes ont consommé des psychotropes. Aujourd’hui, ces plantes sont illégales dans la plupart des pays occidentaux. Pourquoi nos dirigeants ont-ils décidé d’éliminer une nature qui a été utilisée, respectée, et honorée depuis des milliers d’années dans tant de civilisations ? C’est l’une des questions posée par ce jardin, qui réunit 12 espèces de plantes hallucinogènes et propose au visiteur d’explorer cette nature interdite. « Selon les sociétés chamaniques qui y font appel, la “drogue” ouvre à l’invisible, elle déclenche la communication avec les esprits, elle induit une grande mobilité de l’âme. » Cette idée, qui se retrouve dans l’origine du mot « psychotrope » - psukhé, - âme sensible, esprit – et tropos, mouvement, transformation – explique l’usage rituel des plantes comme véhicule permettant le transport de la conscience de l’être humain dans d’autres dimensions. Comme le souligne Michel Rosenzweig dans son ouvrage Les drogues dans l’histoire, « ce que nous appelons les états modifiés ou altérés de conscience étaient jadis dit vérité révélée parce qu’ils constituaient les connaissances mis au jour par l’intermédiaire des plantes psychoactives. » Comment, dans ce contexte, comprendre la prohibition contemporaine ? Sans doute faut-il chercher des éléments de réponse du côté de la perception occidentale. En proposant de pénétrer au cœur de cette perception, le Jardin du Diable souhaite d’abord interroger la conscience des visiteurs. Faut-il, comme les prêtres du XVIème siècle qui découvraient les indigènes d’Amériques et leurs étranges rituels, considérer la consommation de ces plantes comme le « culte des démons », et leurs consommateurs – les chamans du monde entier – comme des « ministres du diable »  ?

Temps 3

Vous fixez un moment deux lianes inertes en observant une forme étonnement familière, quand des sons d’un autre monde viennent surprendre votre déambulation. Vous n’avez pourtant aucun écouteur dans les oreilles. Est-ce la nature qui vous parle ? Il vous faudra un moment pour comprendre que ces vibrations ne sont que les résonances décalées de vos propres mouvements, le retentissement de votre présence dans ce microcosme organique. Comme vous progressez dans la bulle, les rumeurs se font plus pénétrantes, puis s’évanouissent dans d’innombrables inflexions. Vous écoutez silencieux les échos clandestins de votre propre conscience. Vous gagnez le centre de la bulle, attiré par une lumière singulière. Au sein de ce noyau suprême, votre image se démultiplie à l’infini dans un axe vertical qui semble relier la terre au ciel. Vous souriez alors à cette idée saugrenue : ici, à Chaumont, dans cette bulle artificielle à l’agonie, vous êtes peut-être en train de voyager au cœur du sacré.

Le dispositif Le dispositif proposé consiste en une structure de plastique souple type ETFE maintenue gonflée à l’aide d’un compresseur electrique. Un sas permet de limiter la déperdition d’air à l’aide d’un rideau de lamelles plastiques indutrielles, et sert d’espace transitoire dans lequel le visiteur enfile une combinaison intégrale type combinaison anti-bactériologique. A l’intérieur un climat plus chaud et humide est recrée, la plupart des plantes proposées nécessitant une atmosphère de type tropicale. Dans l’enceinte de la structure, deux autres dispositifs influencent la perception immédiate des personnes sur leur environnement: une installation sonore d’enregistrement/retransmission amplifie et renvoit les sons émis par les visiteurs et, au milieu des plantes, 2 surfaces miroirs se reflètent verticalement l’une dans l’autre démultipliant l’espace du jardin. A l’entrée du sas, à l’extérieur, un panneau format A0 informe le visiteur sur le projet, et lui permet de mieux cerner les problématiques abordées tout en ménageant la surprise de la découverte.


« Tu vas enfin connaître le tabac, c’est le “chemin des âmes”, la nourriture des esprits… Le tabac doit pénétrer ton corps. Tu dois en faire ton allié car il te conduira où tu voudras, il te fera voir… » Jean-Pierre Chaumeil , L’expérience initiatique d’un chamane yagua


« Si un investigateur extraterrestre atterrissait pour me demander quelle est la chose la plus étrange que nous ayons réalisée sur cette planète, je lui répondrais spontanément: “Et bien, nous rendons des plantes illégales”. John Mohawk


« Que l’homme, aujourd’hui en peine de se survivre, mesure là ses pouvoirs perdus… » André Breton, Main première


Cannabis sativa

sas d’entrée

Datura stramonium L. Diplopterys cabrerana

surface réfléchissante

Mandragora officinarum Banisteriopsis caapi Cannabis indica

paroi gonflable Salvia divinorum Psychotria viridis groupe surpression électrique

Papaver sominferum Lophophora williamsii

groupe contrôle humidité/température

Virola callophylla Petiveria alliacea


Au vu du caractère expérimentale de la réflexion, l’estimatif financier ne peut être donner de manière précise. Une liste des matériaux nécessaires à la mise en place de l’installation peut néanmoins être faite:

Une structure gonflable PVC d’environ 160 m² avec matériel de gonflage et maintient en surpression. Des exemples de structures proposées à la location: www.inflate.uk 10 combinaisons de protection anti-bactériologique 5 enceintes de type unidirectionnelle - http://www.bande-annonce-prod.com/installation_sonorisation.html du film réfléchissant industriel La plupart des plantes proposées pour l’installation étant interdites de commercialisation, il n’est pas possible de donner d’estimatif financier. Ceci dit des structures de recherche de type INRA travaillent sur ces plantes et un partenariat pourrait être envisagé.


le jardin du diable