BeautifulArt Le magazine d'art contemporain africain

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BeautifulArt

Le magazine d’art contemporain africain 1er trimestre 2016

L’ART CONTEMPORAIN AFRICAIN EN MOUVEMENT

AFRICAN ART FAIR 2015 Bilan d’un salon pas comme les autres Portraits d’artistes et interviews Les lauréats du Concours International CIBart

DOSSIER SPECIAL: L’école Nationale des Beaux Arts d’Alger L 17814 - 2 - F: 7,00 € - RD

Son histoire illustrée de photos rares !

Les Matchacha Men, une étrange tribu investit le paysage urbain BeautifulArt //1


EDITO

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ne nouvelle année commence et plus que jamais, l’équipe rédactionnelle de Beautiful Art se veut porteuse de messages de paix et de fraternité. Que l’art et la culture demeurent des vecteurs d’ouverture d’esprit, un lien indéfectible entre les peuples. La deuxième édition du salon d’Art Contemporain African Art Fair a eu lieu du 15 au 18 octobre 2015 dans cet esprit d’unité qui nous est cher. Une soixantaine d’artistes plasticiens en provenance de tout le continent africain était réunie dans la spacieuse galerie Joseph en plein cœur du quartier du Marais. Dès le 14 octobre, certains de ces performers avaient investi la capitale exprimant leur art sous les traits d’hommescanettes, d’une femme bafouée, d’entités défendant leur liberté, interrogeant le passant de manière ludique sur l’avenir de notre monde. Depuis quelques mois, la France accueille l’Art Contemporain Africain à bras ouvert. La presse se penche sur ce nouveau courant qui séduit de plus en plus de collectionneurs et de curieux. Les salons, expositions, et autres foires s’enchainent essentiellement dans la capitale, tous désireux de faire oublier les statuettes de pacotille vendues pour être de l’artisanat local. L’Afrique regorge de talents là où le monde moderne n’est pas encore venu polluer les esprits. Ces créateurs s’inspirent de la terre de leurs ancêtres et de leur histoire. Ils plongent leurs doigts au cœur de ce que Mère Nature leur offre comme matière première. Ils réutilisent, recyclent, détournent chaque morceau de bois, chaque objet, chaque grain de sable et donnent ainsi naissance à un art incomparable.

Non, l’Afrique n’est pas archaïque. Elle est moderne et créative ! En janvier 2016, la galerie Joseph dans le 3ème arrondissement de Paris aurait du accueillir le salon Congo Oyo Nini Art Fair. Pour des raisons de sécurité, cet évènement a été reporté au mois de mai. 70 artistes plasticiens, peintres et sculpteurs exposeront l’art congolais dans toute sa splendeur. D’autres salons sont décalés de quelques mois suite aux attentats du 13 novembre 2015. Souhaitons que la culture retrouve progressivement sa place dans le quotidien des français. Le N°2 de Beautiful Art vous invite à découvrir des artistes africains, des lieux d’apprentissage et d’exposition. Il vous présente aussi les lauréats du Concours International Beautiful-Art récompensés à l’occasion de la 2ème édition du salon African Art Fair. Plus largement, découvrez au fil de ces pages, cet art contemporain africain qui nous anime et nous passionne, qui vous interpellera sans doute.

Agnès DU PREZ Rédactrice en chef agnesduprez@beautiful-art.fr


BeautifulArt

Le magazine d’art contemporain BEAUTIFUL ART Magazine trimestriel Directeur de publication : Christian Miltoni Rédactrice en chef: Agnès Du Prez Rédaction : Robert-Louis Liris, Maurice Miltoni, Agnès Du Prez Nos correspondants français : Hafida Jemni, Emmanuelle Fréget, Eddy Ekete Mombesa, Joe Okitawonya Malandy Nos correspondants à l’étranger : Hellal Zoubir (Alger), Alain Zirignond (Côte d’Ivoire), Maki Garba (Niger) Photos : Littre Africa, FX Rougeot, Sarah Modeee, MYLP Créations, Kamel Bellatrèche, Eddy Ekete et Aude Bertrand, Pressamédia, Emmanuelle Fréget, Brian J. McMorrow Graphisme et maquette: Armelle Forneris Marketing et communication: Flore Miltoni, Nadège Boissy, Ali Assani, Wilfried Colas Imprimeur: COYOTEPRINT.COM Chaussée de Waterloo, 1453 - 1180 Bruxelles Belgique tél.: +32 (0)2 373 09 60 Diffusion: MLP 76 Rue de Reuilly immeuble Cap Levant 75012 Paris Contact abonnement: abonnement@beautiful-art.fr BeautifulArt Siège social : 11 Rue du Maréchal Foch - 03200 Vichy Tél.: 04 43 03 29 20 contact@beautiful-art.fr SIRET : 50242206400037 APE: 9002Z N° TVA intra : FR9652240264 INSS : En cours BeautifulArt //3


SOMMAIRE Page 3 Edito Pages 6-7 Sommaire Pages 9-12

African Art Fair

14-15

Modernité du mouvement Afro-expressionniste contemporain

Pages 16-22 DOSSIER SPECIAL

L’Ecole Nationale des Beaux Arts d’Alger, Naissance d’une institution

24-25 PORTRAIT

Mourad ABDELLAOUI, Peintre dans l’âme

Pages 26-27

IN SITU MATCHATCHA MEN # 4 Une étrange tribu

Page 29 ASSOCIATION

Pages 43-45 PORTRAIT

Rencontre avec Claudy Khan, « Le prophète de l’art »

Page 47

La mutation -Les variations de l’invisible

Pages 48-50 REPORTAGE

VICHY, ville d’eau, prépare… LE CENTENAIRE du Musée Des Arts d’Afrique et d’Asie

Pages 52-53 HUMANITAIRE

Coup de pouce à l’association « Pays d’Escurolles-Lac Koboro »

Pages 54-55 MADE IN FRANCE

Galerie Berthéas - Les Tournesols C215 « Le roi du street »

Pages 58-61 DECOUVERTE

Voyage en Casamance Rencontres au pays des Diolas

Pages 64-67 REPORTAGE

Collectif : KINACT Des artistes engagés

Biennale de Venise 56ème édition La femme africaine à l’honneur

Pages 30-31 QUAND LES ARTISTES ONT DU COEUR

Page 69 FESTIVAL

Patrick LOUEMBET Couleurs OGOOUE 2015 - 2ème édition

Page 33 CHRONIQUE DE JOE J’arrête ou je continue ?

Pages 34-41

Les lauréats du Concours International BeautifulArt

Abidjan Revel’art Festival

Pages 70-71

Musée National Boubou Hama du Niger Son histoire et sa vocation sociale

Pages 73- 82 AGENDA

D’ici et d’ailleurs


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African Art Fair 2015

30

16

DOSSIER

Ecole Nationale des Beaux-Arts d’Alger

33

26

Les Matchatcha Men

43

Portrait: Quand les artistes Les laurĂŠats du ont du coeur concours Beautiful Claudy Khan Patrick Louembet Art

52

58

Humanitaire France - Mali

Reportage Voyage en Casamance

64

Biennale de Venise BeautifulArt //5


T I A

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AFRICAN

ART FAIR 2015 Robert-Louis Liris fait partie des membres du jury du concours CIBart (Concours International Beautiful Art). A ce titre, il était présent sur le salon African Art Fair, en sa qualité d’expert. Cet ancien professeur d’histoire est co-rédacteur de nombreuses revues d’art contemporain. Passionné et rêveur, ce poète nous livre ses impressions.

Les membres du Jury et Cash, lauréat du 3ème prix du concours CIBart. De gauche à droite: Robert-Louis LIRIS, Christian MILTONI (organisateur du salon), CASH (artiste), Jeau Philippe OUVRY, Marie-Line THERRE (Crédit photo : FX Rougeot)


Trois jours au Musée….. Impressions… La force du concept « d’Afro-expressionnisme » porte une espérance de rassemblement autour d’artistes dont la diversité est apparente. Le geste de peindre et de sculpter, celui parfois théâtral d’installer, est ce qui nous rassemble tant il est évident que l’on se ressemble en toute fraternité. Pour mieux être, inversons le cours du temps qui nous traverse : Nouvelle Afrique puis Vieux Mondes mille fois parcourus, désormais en tant que future communauté transhistorique.

« Dehors, pour revoir ce que je n’avais jamais vu. » On pourrait interpréter les foisonnantes productions - exposées à Paris et Vichy - de ce mouvement d’expressionnisme africain contemporain, comme la réouverture d’un ancien passage déjà parcouru à la quête de nouvelles formes. Le nulle-part est partout mais à chaque mirage, on croit renouveler une illusoire vision. Pressentons-nous que seul le bouleversement des images permettra à tous les créateurs qui cherchent à peindre, écrire ou sculpter avec ornements et démesure, d’aborder une terre promise, un fragment égaré du secret de l’univers, une comète de cendres qui nous dirait tout ? Dans la représentation artistique, il faut atteindre la « Figure du dehors » écrit Michel Serres : « Dehors pour revoir ce que je n’avais jamais vu». Les œuvres exposées à la galerie Turenne tordent le cou aux mythes créatifs dits « à l’image de… » D’où étaient-ils venus, ces modèles mille fois copiés qui ont inspiré les académies du réel pauvre et les gyrovagues en fuite qui font horreur aux maîtres du moment ? Cette peinture expressionniste africaine se tait parfois car elle ressent et sait ! Elle renonce au verbe, estompe ou cache le signe pour entrevoir un vrai commencement du monde en miettes et fait toute sa place au geste pictural premier esquissé dans la grotte pariétale. Alors sous nos yeux plaçons les masques des anciens pour voir en nous-mêmes les images répudiées ou volées à une Création supposée.

Sculpture Emmanuel Kavi (TOGO) (Crédit photo : Little Africa)

Les œuvres inspirées par l’introspection, ce silence pour les yeux, nous libèrent par désordre de l’illusion de l’ordre. Voici, de par le monde ouvert, venu le temps des confluences des expressions africaines et eurasiennes. L’expressionnisme de survie a fait œuvre de tout bois. Certaines œuvres semblent faire entendre les bris et les bruits de surfaces des objets fracassés, des appels de réfugiés naufragés, des horreurs de toutes guerres, des cliquetis des chaînes des hommes et des femmes séparés et toujours retenus, des enfantssoldats enrôlés et enlevés. Sur des barques solaires, des femmes bleues, mères-nuit de la sagesse, voguent vers la lumière de la mutation de l’homme. Voyages incessants aux empires sans bornes de l’inconscient : bas les masques architectes de cités célestes à l’élan sans limites, visages brisées de vives couleurs, aux reliefs scintillants de présence, tout semble convoqué « à partir du tréfonds », en passant par le surnaturel, laissant à mi-chemin le flou et le latent sans parfois se priver de laisser transparaître l’universel de maîtres modernes tant l’Afrique est mère-mémoire des cœurs et de la matière en mouvement.

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EXTR

AIT

DOSSIER SPECIAL

L’Ecole Nationale des Beaux Arts d’Alger,

Naissance d’une institution

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mel Bellatrech

Crédit photo Ka

Ecole

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eaux

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Le rêve d’un peintre, ou la naissance d’une école. Dès 1843, une école libre de dessin, sur l’initiative du peintre français Jean Baptiste Achille Bransoulier, arrivé en Algérie en 1842, est fondée. Il sera assisté dans son entreprise par le peintre Joseph Sintes. Mustapha Orif, biographe du miniaturiste algérien Mohamed Racim, nous apprend que, Ali le père du miniaturiste, fréquenta

cette école pour apprendre les rudiments du dessin. L’école était installée rue du Lézard, une rue perpendiculaire à la fameuse rue de la Lyre, qui mène vers la mosquée «Ketchaoua». Il faut signaler que cette école sera fermée arbitrairement par la mairie d’Alger en 1876 sans aucun motif. En 1877, un arrêté municipal signé par le Maire

d’Alger la transformera en «École municipale de dessin ». En ouvrant ses portes, cette école déménagera de la rue du Lézard pour se domicilier au n°4 de la rue Charlemagne (ex Charles Quint ) et ce non loin de la mosquée «Ali Bitchin» ; la rue, et une grande partie du quartier n’existent plus, détruits pour cause de vétusté.


1 : rue du Lézard 2: rue Charlemagne ( ex C. Quint ) 3 : rue des Consuls ( quartier de la Marine).

L’enseignement artistique à la rue Charles Quint. Pour cette nouvelle dénomination, le peintre Charles Labbé en assure la direction : il y enseigne le dessin. Mesdames Dargette et Rivière y dispensent des cours de dessin et de géométrie. A noter que, l’école exposera un album des travaux scolaires des élèves, à l’Exposition Universelle de 1878. Elle sera de nouveau transformée en 1881, pour être nationalisée le 08 décembre de la même année, par le président français Jules Grevy qui donne naissance à l’École Nationale des Beaux Arts d’Alger. Le peintre Charles Labbé sera maintenu à son poste de directeur et conservera les locaux de la rue Charlemagne. Cette nouvelle école disposant d’un statut national, sera ouverte le 1er décembre 1881, dans un local insuffisant pour accueillir un trop grand nombre d’élèves, mais aussi parce que vétuste. Le décret présidentiel signé le 08 novembre 1881 par Jules Grevy, plaçait l’école sous l’autorité d’un ministère de l’instruction publique et des beaux arts, dirigé à l’époque par Jules Ferry. Ce décret organisait le régime des études en trois divisions réparties comme suit : - 1ère division : le dessin à main levée, en géométral, de solides géométriques, élémentaire d’architecture, d’après la bosse et perspective. Les enseignants M. Emile Marquette (un des architectes du Pavillon Algérien de l’Exposition Universelle de 1889 ) et M.Rousselot seront chargés d’encadrer cette division.

Affiche publicitaire pour lancer le concours d’accès à l’école des beaux arts. Collection privée.

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ASSOCIATION

Collectif : KINACT Des artistes engagés KINACT est un projet basé sur 3 axes forts : - La valorisation des artistes et de la création artistique - La création d’une dynamique de partage et de recherche entre artistes - La transmission, la sensibilisation et la formation des artistes et du public L’histoire de KINACT commence en 2003 à Kinshasa au Congo avec la création du collectif Ezapossibles. Détournant 200 carcasses de voitures pour les transformer en œuvre d’art, des artistes ont exposé ces créations dans l’enceinte de l’Académie des Beaux Arts. Eddy EKETE faisait parti de ce mouvement novateur. KINACT est lui, né en 2014, il est un mélange de différents collectifs d’origines africaines et européennes. KINACT, c’est une rencontre d’artistes performeurs. La première édition a eu lieu du 08 au 28 août 2015 à Kinshasa. Son but : offrir une visibilité nationale et internationale à des artistes qui souffrent des limites du marché africain. Pendant 3 semaines, les artistes du collectif sont allés à la rencontre de leur public en visitant 11 communes : performances, projections vidéo, concerts ont été présentés gratuitement. Des conférences-débats ainsi que des ateliers à destination du jeune public ont également été proposés. L’édition 2016 est en cours de préparation avec une semaine de résidence à Kinshasa pour les artistes. Plus d’information sur : www.kinact.org Contact : kinact1rdc@gmail.com

Crédit photo: Eddy Ekete et Aude Bertrand


Crédit photo : Pressamedia - www.pressamedia.com

Le Concours International BeautifulArt est un moyen idéal pour vous, de promouvoir vos œuvres sur la scène internationale en gagnant une exposition et 5000€ en prix. Le Concours est ouvert à tous les artistes visuels d’origine africaine résidents de n’importe quel pays, débutants ou confirmés. Le Concours International BeautifulArt est une occasion de vous faire connaître que vous ne pouvez pas manquer !

Rendez-vous sur www.beautiful-art.fr, et inscrivez-vous au concours !* (*) En déposant votre candidature, des frais vous seront demandés. Frais facturés pour les services de représentation et de promotion.

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Les Lauréats

du Concours International BeautifulArt Dimanche 18 octobre 2015, à l’issue de la 2ème édition du salon d’art contemporain African Art Fair, trois artistes ont été récompensés pour la qualité de leurs œuvres, par un jury constitué de professionnels et de grands amateurs d’art contemporain. Beautiful Art vous invite à découvrir ces trois personnalités hors du commun.

1er prix

2ème prix

3ème prix

Christian

Pierre SEGOH

CASH

BADIBANGA

Une exposition dans une

Une exposition d’un mois

Une exposition d’un mois

galerie parisienne et une

à la galerie BeautifulArt à

à Vichy, une exposition à

exposition d’un mois à

Vichy

Paris et une autre à New-

Vichy

York


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