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MAGAZINE de MSF CANADA

Volume 15

Numéro 1

Hiver 2012

DEpEches

CRISE SOMALIENNE SOMALIe : Sauver des vies dans un contexte difficile, p. 02 libye : Guérir de ses traumatismes, p. 05 | MYANMAR : Triage : des choix impossibles, p. 06 Haïti : S’occuper des femmes à risque, p. 08 | Témoignage : Survivants des villes : la vie dans un bidonville, p. 09 Voilà pourquoi je travaille pour MSF : p. 12 | MSF au Canada : « Merci de m’avoir ouvert les yeux », p. 14


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Sauver des vie dans un contexte difficile

M

es missions avec Médecins Sans Frontières (MSF) m’ont conduit dans des endroits où règnent une grande souffrance et des problèmes médicaux humanitaires. Mais aucun de ces défis n’est comparable à ceux de la Somalie où je me suis rendu au mois d’août 2011. Subissant des conflits internes depuis 20 ans, les Somaliens sont les pions d’une bataille internationale, leur pays étant la scène principale de la lutte contre le terrorisme. Les services de santé publique sont inexistants, et il est même difficile d’obtenir des soins de santé de base. En 2011, la sécheresse, qui a compromis les récoltes et fait monter en flèche les prix de la nourriture, a forcé les habitants de la Somalie méridionale et centrale à partir. Ceux qui ont pu le faire ont tenté de trouver un semblant

de sécurité dans la capitale, Mogadiscio, ou de l’autre côté de la frontière, en Éthiopie et au Kenya. Le sort de ceux qui sont restés demeure incertain, car peu de travailleurs humanitaires ont réussi à se rendre dans les zones les plus touchées par la crise actuelle. Ce sont les histoires individuelles qui m’ont le plus marqué lors de ma visite à Mogadiscio. J’ai rencontré une jeune femme originaire de Lower Shebelle qui a marché cinq jours pour se rendre jusqu’à la capitale. Elle avait commencé le trajet avec son mari et ses sept enfants mais a dû abandonner la moitié de sa famille à michemin. Elle a réussi à trouver refuge dans un parc surpeuplé, mais les quatre enfants qui l’accompagnaient étaient malnutris et vulnérables aux maladies. N’ayant accès qu’à une aide très restreinte, il ne lui restait que peu d’espoir quant à son mari et ses autres enfants

© MSF

Dépêches Vol.15, no1

somalie

qui étaient trop faibles pour continuer le voyage. Cette histoire, on peut l’entendre des milliers de fois à Mogadiscio. L’été dernier, j’ai visité les camps de réfugiés autour de Dadaab au Kenya. Là non plus, il ne reste pas grand-chose aux gens qui arrivent, si ce n’est l’espoir de trouver de la nourriture, des soins médicaux et un environnement sécuritaire pour eux et leur famille. Ces camps abritent désormais près de 500 000 Somaliens. Mes collègues de MSF qui œuvrent à Liben et dans ses environs, dans l’est de l’Éthiopie, rapportent les mêmes histoires de désespoir et de dénuement. Ce qui est le plus difficile à accepter c’est que les intervenants humanitaires et nous-mêmes sommes souvent dans l’incapacité d’aller dans les endroits où les gens souffrent et donc


Notre personnel somalien a fait montre d’un dévouement et d’un courage extraordinaires en restant auprès des habitants pour leur offrir, tant qu’il le peut, les soins dont ils ont besoin. En outre, nos équipes ont organisé des opérations d’envergure en offrant des soins médicaux et nutritifs là où les réfugiés sont venus s’installer. Mais cet équilibre précaire entre un accès négocié et un niveau de sécurité acceptable peut se rompre à tout moment. Entre la mi-mai et début novembre 2011, nous avons traité 55 000 enfants dans nos centres de nutrition thérapeutique et 26 000 enfants ainsi que des femmes enceintes et allaitantes dans des centres de nutrition supplémentaire en Somalie et dans les camps de réfugiés de l’autre

En fin de compte, la situation demeure très préoccupante. Nous savons que des milliers de personnes restent inaccessibles. La réalité complexe de la Somalie est une grande source de frustration pour nous, et nous avons parfois le sentiment de travailler en marge de la crise. Cependant, l’aide que nous fournissons est énorme et sauve de nombreuses vies tous les jours. Les négociations que nous menons pour atteindre les zones et les habitants les plus touchés me rappellent sans cesse le travail difficile qu’accomplissent mes collègues en Somalie, au Kenya et en Éthiopie. Je suis également reconnaissant de la générosité des millions de donateurs des quatre coins du monde qui nous permet de poursuivre et d’accroître notre aide cruciale auprès des Somaliens.

Unni Karunakara Médecin Président international de MSF

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© Yann Libessart / MSF

C’est la raison pour laquelle, à mon retour de Somalie, j’ai pensé que nous devions parler des restrictions auxquelles nous sommes confrontés lorsque nous apportons de l’aide dans ce pays. Les donateurs doivent accepter le fait que leurs dons ne sont pas forcément utilisés pour distribuer une aide médicale et nutritionnelle vitale aux Somaliens en détresse. Néanmoins, MSF les utilise là où elle a su se faire accepter

Je ne suis pas en train de dire que l’on ne peut rien faire. Loin de là. Malgré l’insécurité et les restrictions sévères, l’intervention menée par mes collègues a été d’une efficacité impressionnante. Les équipes MSF continuent d’offrir des soins médicaux dans une dizaine d’endroits en Somalie, de part et d’autres des lignes de front, comme elles le font depuis les 20 dernières années.

côté de la frontière. En même temps, nous avons vacciné 150 000 enfants contre la rougeole et en avons traité 5 000 autres qui avaient contracté la maladie. Nous avons également pris en charge un millier de personnes atteintes du choléra. Nos centres de consultations externes ont reçu 365 000 patients, et 16 500 autres patients ont obtenu des soins dans les services d’hospitalisation. Nous avons également réalisé 4 500 accouchements.

Dépêches Vol.15, no1

Dans les endroits où nous sommes en mesure de nous rendre, les politiques des clans compliquent des procédures simples comme l’embauche d’une infirmière ou d’un infirmier ou la location d’une voiture. Les puissances étrangères sont présentes directement ou indirectement sur le sol somalien. L’offensive militaire kényane, mise en place à l’automne dernier, a aggravé la situation pour les acteurs humanitaires indépendants, tels que MSF, dont la sécurité et la capacité de travailler reposent sur la véritable indépendance et celle que perçoivent les intervenants locaux.

et où elle a pu poursuivre ses opérations sur une durée allant parfois jusqu’à 17 ans. La dure réalité de la Somalie est que la plupart des gens demeurent hors de portée des organisations qui pourraient les aider à survivre.

© Sven Torfinn

de leur apporter une aide vitale. Lorsque nous finissons par y accéder, c’est après des semaines de négociations et dans un contexte dangereux pour notre équipe. Il se peut que ceux qui contrôlent la région nous interdissent d’amener des travailleurs humanitaires expérimentés sur leur territoire ou encore nous imposent leurs propres règles comme d’apporter du matériel ou d’organiser des campagnes de vaccination.


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C’est dans ce contexte que MSF a prodigué des soins médicaux intensifs à plus de 10 000 enfants sévèrement malnutris qui avaient été confiés à ses bons soins en mai et juin 2011. L’organisation mène des projets dans le nord du Kenya (principalement à Dadaab), dans l’est de l’Éthiopie (dans des camps de réfugiés à Malkadida, Kobe, Bokolmayo, Hilleweyn, Dolo Ado) et dans une grande partie du centresud de la Somalie (à Marere, Beledwayne, Dinsor, Daynile, Mogadiscio, Jowhar, Guri El et Galcayo). Au cours de la même période, MSF a admis 54 000 enfants sévèrement malnutris au sein de ses programmes de nutrition ambulatoires disponibles dans plus de 30 endroits dans ces trois pays. L’organisation a aussi mené un dur combat contre le double fléau mortel de la rougeole et de la malnutrition aiguë, qui touche surtout les enfants. Malheureusement, une grande partie de la population somalienne n’a jamais été vaccinée, que ce soit contre la rougeole ou toute autre maladie, car des années d’instabilité, l’absence d’un gouvernement efficace et d’un État fonctionnel ont provoqué l’effondrement du système de

santé. Sans traitement, la rougeole se révèle souvent mortelle pour les enfants.

fuient conflits et sécheresse ont continué d’arriver à Mogadiscio.

À la mi-novembre, les équipes MSF avaient vacciné plus de 150 000 personnes contre la rougeole en Somalie et dans les pays voisins, et traité plus de 5 000 patients contre la maladie pour l’année 2011. La situation n’en demeure pas moins précaire. D’une part, la couverture de vaccination doit être intensifiée à Mogadiscio où d’innombrables personnes continuent d’affluer à la recherche d’aide. D’autre part, la présence de groupes armés restreint énormément l’accès à certaines régions du pays, de sorte que les équipes médicales n’ont pu venir en aide à la population, ne serait-ce que pour évaluer la situation. Les campagnes de vaccination de masse contre la rougeole ont ainsi fait face à un mur.

Depuis des années, les Somaliens traversent la frontière pour se réfugier chez leurs voisins au Kenya. En juin 2011, leur nombre a explosé, alors que plus de 40 000 personnes s’y sont installées chaque mois. Présente dans le camp depuis 2009, MSF offre une gamme complète de soins de santé à la population du camp de Dagahaley. Dans le camp d’Ifo, MSF a dû interrompre ses activités à la suite de l’enlèvement, le 13 octobre, de deux membres de son personnel. À Dagahaley, l’insécurité a forcé MSF à réduire temporairement ses activités, mais celles-ci ont repris en novembre.

L’arrivée de la saison des pluies ne fait rien pour améliorer la situation des enfants et des adultes qui vivent dans des camps de fortune à Mogadiscio et ailleurs. Dans la capitale, de plus en plus d’enfants souffrent de maladies hydriques, dont la diarrhée, qui contribue aussi à la malnutrition. En outre, MSF s’est préparée à affronter une éventuelle épidémie de choléra, potentiellement dévastatrice pour les centaines de milliers de personnes déjà malnutries qui vivent dans des conditions d’extrême promiscuité. Ces fléaux s’ajoutent à l’insécurité et aux conflits, qui continuent de faire des victimes parmi les Somaliens. Le 30 octobre 2011, MSF a soigné 52 blessés, dont 31 enfants, à Jilib, dans le sud du pays, après qu’une attaque ait fait des victimes parmi les civils déplacés. Dix jours plus tôt, des équipes MSF à Daynile, à la périphérie de Mogadiscio, ont traité 83 patients blessés par balle et déflagration et ont dû suspendre leur campagne de vaccination contre la rougeole. Malgré tout, des milliers de personnes déplacées qui

Au cours de la première semaine de novembre, les conflits dans le sud de la Somalie et le long de la frontière du Kenya, les violents orages et les inondations ont considérablement réduit le nombre de nouveaux arrivants au camp de Dadaab. Quant à l’Éthiopie, de plus en plus de personnes ont cherché à y trouver refuge. Les interventions d’urgence menées par l’organisation lors de la crise somalienne ont parfois peiné à se cristalliser en actions concrètes auprès de la population somalienne. MSF a en effet connu des problèmes de sécurité dans le pays et aux frontières et a dû restreindre ses opérations dans certaines régions de la Somalie. Malgré tout, MSF a été en mesure d’accroître ses activités et de lancer de nouveaux projets. Ceux-ci, ajoutés aux neuf structures médicales qu’elle gérait déjà dans le centre-sud de la Somalie, ont fait d’elle le principal prestataire de soins de santé gratuits de la région.

François Servranckx Chargé de communication

© Yann Libessart / MSF

© Yann Libessart / MSF Dépêches Vol.15, no1

M

ême si elle s’est endurcie au fil des épreuves, la population somalienne a fait face à une année difficile en 2011. Le conflit qui dure depuis 20 ans s’éternise et la sécheresse, l’une des pires jamais enregistrées dans le pays, a aggravé la situation. Des milliers de personnes ont été obligées de fuir la Somalie et cherchent maintenant une aide humanitaire dans des camps de réfugiés au Kenya et en Éthiopie. D’autre part, une épidémie de rougeole gagne du terrain, et le manque d’infrastructures et de services fragilise encore plus la population. En octobre et novembre de l’année dernière, de nouvelles offensives militaires lancées dans le sud du pays et dans la capitale, Mogadiscio, ont également touché la population civile.

ÉPIDÉMIES, MALNUTRITION ET CONFLITS FONT LE QUOTIDIEN DE LA POPULATION


© Ron Haviv / VII

I

l semble que les niveaux d’anxiété élevés et les autres problèmes psychologiques de la population fassent partie des questions n’ayant pas trouvé de solution immédiate à l’issue de la révolution libyenne.

libyE

Coordonnatrice d’une équipe de psychologues pour MSF à Yesran, petit village de Libye au sud de Misrata, Juliet Donald a vu de près les situations traumatisantes que la population a vécues.

Juliet ajoute que, dans ses hôpitaux et partout où ses équipes se rendaient pour distribuer des fournitures médicales au moyen de cliniques mobiles, MSF recevait continuellement des patients présentant des signes de traumatisme. Nombreuses sont les personnes racontant qu’elles ont dû se réfugier dans des caves, ou les familles entières qui se sont entassées dans une seule pièce à cause de l’insécurité et de la violence continuelles dans les rues. « Presque tout le monde a perdu au moins un membre de sa famille ou un proche dans les combats », dit-elle. « Il est fort probable que les syndromes post-traumatiques dont souffrent les habitants résultent du fait qu’ils n’ont même pas eu le temps de pleurer leur famille ou leurs amis, puisqu’ils devaient souvent fuir pour se mettre à l’abri. » Au lendemain du conflit, prendre en charge les problèmes de santé mentale représente un défi de taille pour le système de santé du pays. Lorsque MSF a démarré son intervention d’urgence en Libye, en février 2011, ses priorités étaient d’offrir une assistance médicale de base – comme les chirurgies pour les blessés de guerre – et de soutenir le personnel hospitalier, qui était débordé. MSF a également distribué des antibiotiques, des analgésiques ainsi que des médicaments pour les maladies chroniques. Avec l’intensification du conflit, les besoins médicaux ont eux aussi augmenté. Alors que la majorité des intervenants du système de santé devait se concentrer sur les blessures liées à la violence, MSF s’est focalisée sur les soins obstétriques et néonataux intensifs pour les femmes enceintes dont les complications mettaient en danger leur vie et celle de leur bébé. En outre, l’état psychique instable de la population est devenu de plus en plus visible. En octobre 2011, alors qu’il travaillait avec des équipes

Guérir de ses traumatismes en Libye, Gabriele Rossi, médecin et coordonnateur d’urgence pour MSF, a qualifié la situation à Syrte de grave et a affirmé que les besoins en soins de santé mentale devenaient considérables. « Au moins 15 de nos 50 patients qui présentent des blessures liées à des traumatismes ont également grand besoin de soins psychologiques, car ils souffrent du syndrome de stress post-traumatique », déclare-t-il d’Ibn Sina, le principal hôpital de Syrte. « Ces patients ont des cauchemars et des flash-back et souffrent de dépression. Certains sont incapables de parler et pleurent continuellement. Un patient est même suicidaire. Tous les patients, en particulier les mères et les enfants, nécessitent un soutien important, car ils tentent de surmonter les événements dont ils ont été témoins. » Des troubles psychologiques sont également apparus chez les personnes déplacées ou qui se sont retrouvées cernées par les combats. En octobre, MSF signalait par exemple que la ville de Syrte ressemblait à une ville fantôme. La

population avait fui. Ceux qui n’avaient pu le faire sont restés barricadés chez eux pour se mettre à l’abri des perpétuels combats entre rebelles et kadhafistes, et ont souvent dû se passer de soins médicaux. MSF a estimé qu’à Syrte seulement, près de 10 000 personnes se seraient retrouvées piégées dans les combats. Toutefois, certaines d’entre elles, blessées, auraient été incapables de quitter leur maison pour se faire soigner. Et même après la reprise des interventions médicales et des chirurgies pratiquées par MSF, la sécurité est demeurée la principale préoccupation de la population libyenne. Selon Juliet, des ressources supplémentaires en matière de soins de santé mentale sont nécessaires pour s’assurer que les Libyens guérissent autant que possible de leurs traumatismes psychologiques.

Gilbert Ndikubwayezu Agent des communications

Dépêches Vol.15, no1

« Les enfants étaient exposés à des scènes de violence », affirme-t-elle. « Ils entendaient très souvent des coups de feu retentir en pleine nuit, ce qui est une expérience vraiment traumatisante. »

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Myanmar

Triage :

Dépêches Vol.15, no1

des choix impossibles

© Chris de Bode

06 Depuis des années, MSF interpelle les bailleurs de fonds, les organismes non gouvernementaux et le gouvernement du Myanmar pour qu’ils interviennent dans la lutte contre le VIH/sida qui ravage le pays afin d’augmenter rapidement l’accès à la thérapie antirétrovirale. Toutefois, de nombreuses lacunes dans le traitement se font encore sentir et la tâche est colossale, ce qui oblige certaines équipes de MSF à faire des choix radicaux. Néanmoins, MSF parvient toujours à trouver et à traiter les patients les plus malades.

T

in Oo Shwe a 32 ans. Quand je lui ai tendu la main pour le saluer, il n’a eu aucune réaction jusqu’à ce que sa mère mette littéralement sa main dans la

mienne. Il n’avait pas remarqué mon geste, car le sida l’a quasiment rendu aveugle et sourd, mais, comme il le dit lui-même, son état s’améliore. Même s’il en était au stade avancé de la maladie, Shwe a eu vent de MSF juste à temps pour recevoir un traitement antirétroviral (TAR) et entamer son processus de guérison. À son admission, son taux de CD4 (charge virale permettant de mesurer le degré d’affaiblissement du système immunitaire) était descendu à 18, un chiffre traduisant une vulnérabilité extrême et qui peut entraîner la mort si aucun traitement n’est administré. Conformément aux lignes directrices de l’Organisation mondiale de la Santé, toute personne dont le taux de CD4 est inférieur à 350 devrait recevoir un TAR. Shwe a eu de la chance, car, dans ces circonstances, beaucoup succombent à des

infections opportunistes comme la méningite et la tuberculose. Conditions défavorables Les Nations Unies estiment que 120 000 personnes au Myanmar ont besoin d’un TAR de toute urgence. MSF administre le traitement à plus de 20 000 des 30 000 personnes qui bénéficient actuellement de la thérapie grâce au ministère de la Santé et à d’autres organisations. Face à des chiffres aussi alarmants, MSF a dû faire une sélection difficile parmi les personnes à qui elle offre le traitement à vie. Notre organisation n’a pas la capacité de s’attaquer au VIH/sida à l’échelle nationale, et pour gérer le volume de patients, MSF doit maintenant procéder à un triage complexe.


Haïti

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À

ll’aube du deuxième anniversaire du séisme, Haïti peine à se relever. Au milieu des tonnes de gravas qui jonchent le sol, des centaines de milliers de personnes vivent encore dans des camps de fortune. De même, la majorité des Haïtiens n’ont toujours pas accès à des soins gratuits et à un environnement sanitaire adéquat. Et pour aggraver la situation, une épidémie de choléra d’une ampleur sans

MSF en Haïti MSF continue de travailler en Haïti, en particulier à Port-au-Prince. Les équipes, composées autant de personnel médical que logistique, apportent leur soutien à ces quatre structures de santé : À Port-au-Prince • Un centre de référence de 110 lits pour les urgences chirurgicales (ouverture : janvier 2012). • Un centre médico-chirurgical de 180 lits destiné aux victimes de violence et d’accidents. • Un centre de référence en urgences obstétriques de 130 lits qui fournit 24 heures sur 24 des soins gratuits aux femmes connaissant des complications. À Léogâne • Un hôpital de 160 lits prenant en charge les urgences chroniques en gynécologie-obstétrique, néonatologie et traumatologie.

© Yann Libessart / MSF

© Frédérik Matte / MSF

S’occuper des femmes à risque

précédent s’est déclarée en octobre 2010, infectant jusqu’à la fin de la même année 465 000 personnes et faisant plus de 6 500 morts.

n’est encore gagné pour son bébé auquel il faudra encore prodiguer des soins particuliers pendant quelques temps.

Au plus fort des défis et des difficultés constantes en Haïti, le Centre de référence en urgences obstétriques (CRUO) de MSF offre des soins obstétriques gratuits aux femmes de Port-au-Prince présentant une grossesse à risque.

Enthousiaste et toujours plein d’entrain, Carl Casimir est le coordonnateur médical adjoint au CRUO. Avec un père médecin et une mère infirmière, son parcours était déjà tout tracé. Il a rejoint MSF un mois seulement après le séisme. « Le premier mois, j’ai aidé les blessés dans la rue. Ensuite, j’ai voulu avoir un impact à plus grande échelle. Même si ma famille voulait que je quitte Haïti car l’endroit était trop dangereux, je suis resté par choix et solidarité. MSF me donne la chance de réaliser cela chaque jour », ajoute-t-il.

Dirigé par MSF, le CRUO accueille en consultations, et ce, 24 heures sur 24, plus de 2 000 mamans par mois. Sur ce nombre, entre 700 et 1 000 présentent des complications lors de leur grossesse ou arrivent en plein travail et accouchent peu de temps après. Cependant, environ 30 pour cent des mamans qui accouchent au CRUO n’ont pas de complications. Maman de 34 ans, Belgarde est une des patientes du CRUO, et son histoire est touchante et pénible à la fois. Elle est venue au centre, enceinte de son quatrième enfant, le seul encore vivant. Le premier bébé est mort-né et les deux autres n’ont pas survécu. Sa pression élevée y est pour quelque chose, nous confirme Wina Isidor, un médecin haïtien travaillant au CRUO. Belgarde nous raconte ainsi son histoire tragique sans trop laisser transparaître ses émotions. Mais on sent bien que l’affection qu’elle porte à sa petite, née prématurée il y a quelques jours, camoufle une fragilité bien naturelle. Rien

Lorsque l’on discute à bâton rompu de la situation médicale actuelle en Haïti, le docteur Casimir se montre cependant très réaliste. « Tout reste à faire, des infrastructures aux ressources humaines. Mais il faut aussi que le gouvernement fasse preuve de plus de volonté pour améliorer le système ou sinon, c’est le privé qui mène le bal. Il faut donner un meilleur accès public aux soins, et ce, en tenant compte de la situation du peuple, qui est très précaire », dit-il.

Frédérik Matte Chargé de communication


Témoignage

la vie dans un bidonville

A

fin de lever le voile sur les besoins humanitaires et médicaux critiques dans les zones urbaines aux quatre coins du monde, MSF, en collaboration avec l’agence de photos NOOR et les Productions Darjeeling, présente le projet multimédia Survivants des villes. « Les habitants des bidonvilles vivent dans des conditions de vulnérabilité constantes », explique Loris De Filippi, directeur des opérations pour MSF. « Ils vivent dans des endroits qui ne sont pas conçus pour accueillir des résidents, en plus d’être victimes de discrimination et de négligence de la part des autres classes sociales. Le projet Survivants des villes nous permettra de sensibiliser les gens à la crise

humanitaire qui sévit dans de nombreux bidonvilles du monde. » Pour répondre à cette situation, MSF fournit des soins aux résidents de plus de 20 bidonvilles, tels que des migrants et des demandeurs d’asile qui souvent ne disposent d’aucun droit aux soins, et vivent dans la crainte d’être dénoncés auprès des autorités locales. Dans ses interventions, MSF fournit notamment des soins aux migrants vulnérables au cœur de la ville de Johannesburg, traite les malades du sida dans les quartiers défavorisé de Nairobi, et offre une assistance aux personnes déplacées par les inondations dans les rues de Karachi. Dans ces bidonvilles,

Grâce à une série de documentaires en ligne captivants, Survivants des villes illustre le quotidien de ceux qui vivent dans les bidonvilles de Dacca, Karachi, Johannesburg, Port-au-Prince et Nairobi où MSF apporte actuellement une assistance médicale. Pour entendre des récits personnels et en savoir plus sur la vie dans ces quartiers, visitez le site www.urbansurvivors.org/fr.

Qu’est-ce qu’un bidonville? L’agence des Nations Unies, ONU-Habitat, décrit un bidonville comme étant un quartier délabré dans une ville, et caractérisé par une lacune dans un ou plusieurs des cinq secteurs suivants : logement durable, espace de vie suffisant, approvisionnement facile en eau potable, accès à des installations sanitaires et sécurité d’occupation pour éviter une expulsion forcée.

Dispatches Vol. 15, Ed.1

Survivants des villes :

MSF est souvent la seule organisation à prodiguer des soins gratuits aux résidents.

© Francesco Zizola / NOOR

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Le chemin ferroviaire ougandais, connu localement sous le nom de « Lunatic Express », passe à travers le quartier de Kibera à Nairobi, au Kenya. Ignoré par les autorités de la ville et le reste de la société, le bidonville de Kibera est considéré par le gouvernement comme une agglomération non légitime.


© Alixandra Fazzina / NOOR

Dispatches Vol. 15, Ed.1

Une fillette de cinq ans jette des détritus sur les berges polluées d’une petite rivière traversant la colonie de Machar (moustique) située à Karachi au Pakistan. L’ancien village de pêcheurs abrite désormais plus de 700 000 migrants et réfugiés vivant dans des logements illégaux et délabrés.

© Stanley Greene / NOOR

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Dans le bidonville de Kamrangirchar, à Dacca au Bangladesh, une femme traverse prudemment une passerelle de bois construite entre les maisons audessus des eaux polluées du fleuve Buriganga. Jadis, la péninsule de Kamrangirchar était utilisée comme dépotoir pour les ordures de Dacca. Aujourd’hui, les grandes industries déversent encore leurs substances toxiques dans la rivière que les habitants des bidonvilles utilisent pour se laver et faire la lessive.


Dispatches Vol. 15, Ed.1 © Pep Bonet / NOOR

Des migrants originaires du Lesotho se rassemblent pour écouter de la musique traditionnelle dans l’immeuble Dark City situé à Johannesburg en Afrique du Sud. Dépourvu de système d’évacuation et de tout-à-l’égout, Dark City fait partie des nombreux immeubles délabrés de la ville où s’entassent des résidents menacés d’expulsion forcée et de rapatriement dans leur pays.

© Jon Lowenstein / NOOR

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Chantale (nom fictif) parle à un psychologue MSF dans un bidonville de Port-au-Prince, en Haïti. Chantale a été agressée et violée alors qu’elle traversait un terrain vague près de chez elle. La violence sexuelle et familiale est monnaie courante dans les bidonvilles du pays.


12 Voilà pourquoi je travaille pour MSF Raghu Venugopal travaille à Toronto en tant qu’urgentiste. Il est parti en mission avec MSF au Burundi, en République centrafricaine (RCA) et en République démocratique du Congo (RDC). En août 2011, il parle dans son blogue de son engagement envers ses patients et la profession médicale, et de ce qui l’encourage à œuvrer pour MSF. En voici un aperçu :

plus mal en point que lui, une femme s’est présentée et c’est elle qui est devenue notre première patiente.

C

Le cours des événements me rappelle la raison qui me pousse à travailler pour MSF.

ette semaine, nous avons placé deux patients séropositifs sous traitement antirétroviral (TAR). La première patiente, âgée de 34 ans, se trouvait dans le coma dans notre service de soins intensifs. L’autre patient, un homme de 35 ans tellement amaigri à cause du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), était hospitalisé depuis le mois de mars car il était incapable de marcher ou de s’asseoir. Depuis mon arrivée en mai, j’avais continuellement tenté de lui faire bénéficier d’un traitement antirétroviral, et j’avais toujours pensé qu’il serait notre premier patient. Cependant,

Ceci a marqué un tournant en RDC car nous estimons qu’il s’agit d’une des premières fois où un patient s’est vu administrer un TAR dans la région de Masisi située au Nord-Kivu et en proie aux troubles.

Il y a plusieurs mois, bien avant mon arrivée, tous les membres de notre équipe avaient été invités à prendre part à une discussion portant sur MSF et le traitement contre le VIH dans cette région. Des pourparlers se sont tenus dans des villes congolaises comme Mweso et Goma puis se sont déplacés à Amsterdam, pour revenir ensuite dans les villes où ils avaient débuté. À cette époque, et encore aujourd’hui, l’équipe a fait le bilan des principales priorités, missions et capacités. Cette réflexion a pris en ligne de

compte le fait que le VIH fait partie des priorités de traitement de MSF au même titre que le paludisme et le choléra. Les personnes atteintes du VIH ne sont pas différentes des autres. Cependant, le fait de travailler dans une zone de conflit et d’instabilité chroniques complique la situation. « Certains » ont dit que les traitements contre le VIH en Afrique étaient voués à l’échec. Et « ils » ont ajouté qu’il serait impossible traiter les personnes séropositives dans les zones de conflit africaines. Toutefois, MSF « leur » a prouvé le contraire après avoir mis en place des programmes de lutte contre le VIH à travers le continent, notamment dans des environnements difficiles comme la RDC et la RCA. Nous avons démarré nos activités de lutte contre le VIH progressivement, en dépistant d’abord les survivants d’agression sexuelle, qui semblaient avoir contracté la tuberculose ou être gravement malades, tels que des adultes présentant un syndrome de dépérissement.

© MSF

Dépêches Vol.15, no1

POURQUOI MSF


Nos équipes médicales et logistiques ont commandé des tests adaptés, des fournitures médicales et des médicaments nécessaires pour prendre en charge des patients séropositifs. Elles se sont approvisionnées en médicaments antirétroviraux pour administrer le traitement à un petit nombre de patients pendant au moins une dizaine de mois. Notre équipe de coordination établie dans la capitale a travaillé de concert avec les

Pour faire démarrer son programme à Mweso, MSF a fait venir d’Amsterdam et de Londres des spécialistes du VIH. Désormais, la mise en œuvre du programme est assurée par un médecin ougandais affable, motivant et qui n’hésite pas à faire part de son point de vue. Pendant ses huit ans avec MSF, il a eu en charge des milliers de patients séropositifs en Afrique, en Asie et en Europe. Il a formé notre personnel infirmier, assisté nos médecins et mis son expérience et sa sagesse au profit de notre projet. Pour préparer notre prochaine commande internationale de médicaments contre le VIH et la tuberculose, lui et moi avons travaillé tard le soir et nous sommes appuyés sur des programmes informatiques pratiques qu’il avait mis au point avec d’autres collègues MSF au Myanmar. Par ailleurs, MSF dispense davantage de formations à l’hôpital rural. Nous avons l’intention d’offrir au personnel de l’établissement un cours de 10 jours sur la manière de traiter les patients séropositifs. Ceci permettra d’augmenter les capacités du personnel du ministère de la Santé et de MSF. Nous recevrons ensuite un plus grand soutien technique qui permettra à notre personnel médical et infirmier de suivre des formations dans la région et dans le monde. Ce sont notre expertise, nos idées et nos moyens logistiques qui ont fait bouger les choses. Nous amenons une multitude de ressources dans de petits villages bien souvent oubliés par le gouvernement et la communauté internationale.

© MSF

Pour ce faire, nous avons sollicité la coopération du ministère de la Santé qui constitue le principal prestataire de soins de santé auprès de la population congolaise. Lorsqu’il nous a demandé de ralentir la cadence et d’obtenir davantage de soutien avant de commencer les TAR, nous avons respecté sa demande et collaboré avec ses équipes. Nous l’avons aidé à renforcer ses capacités et à s’acquitter de ses responsabilités. Travailler avec le ministère de la Santé complique parfois les choses, mais assure la pérennité de notre projet. Car, en fin de compte, la prise en charge des personnes séropositives doit être assurée par les Congolais eux-mêmes et non par les organisations non gouvernementales. Ainsi, notre intervention est utile lorsque notre expertise et notre empathie permettent de sortir ces patients séropositifs de leur condition. L’une des tâches de MSF consiste à démontrer qu’une telle action est réalisable.

représentants du gouvernement provincial afin de conclure un protocole d’entente avant d’offrir la thérapie antirétrovirale. Néanmoins, c’est un homme, atteint du syndrome de dépérissement dans notre hôpital, qui a donné le coup d’envoi de cette initiative et nous a poussés à intervenir auprès des fonctionnaires provinciaux pour obtenir l’autorisation d’aller de l’avant.

Le premier médecin ayant prescrit une ordonnance à nos deux patients faisait partie du ministère congolais de la Santé. En effet, la réussite de notre programme ne pouvait être garantie sans un personnel compétent, des locaux adaptés et des médicaments de qualité. De là, il était important à nos yeux qu’un médecin congolais montre la voie à suivre. Il pourrait se passer des semaines, voire des mois, avant que l’état de santé de ces deux patients ne s’améliore. Mais peut-être finira-t-on par admettre qu’on ne doit plus mourir du sida et que des solutions existent. L’espoir fait vivre. Voilà pourquoi je travaille pour MSF.

Raghu Venugopal Médecin

Votre opinion : sondage aux donateurs

N

ous remercions les plus de 14 000 personnes qui ont répondu au sondage de MSF adressé aux donateurs canadiens. Ce questionnaire nous a donné l’occasion d’en savoir plus sur vous et de connaître les raisons qui vous motivent à soutenir MSF. Il nous a aussi permis d’optimiser nos méthodes de communication et d’identifier ceux et celles qui souhaiteraient nous appuyer de différentes façons.

par les récits du terrain, notamment ceux sur nos projets, les patients et les travailleurs humanitaires. La plupart des participants au sondage ont révélé que, pour recevoir des informations sur MSF, nos publications comme Dépêches, Voix du terrain et nos communiqués par courriel constituaient leurs méthodes de prédilection. Et nous avons été heureux d’apprendre qu’un grand nombre de personnes partagent leur numéro de Dépêches avec des amis afin de les conscientiser.

En outre, les commentaires de certains ont directement porté sur ce magazine. Nos donateurs nous ont dit qu’ils étaient grandement intéressés

Enfin, plusieurs messages importants sont ressortis de ce sondage : l’engagement profond des donateurs envers notre action médicale

humanitaire, leur préoccupation à l’égard des personnes en détresse, et leur désir de s’assurer que leur argent est utilisé là où les besoins sont les plus pressants. Nous sommes très reconnaissants envers ceux qui ont pris le temps de nous envoyer des messages de soutien, notamment pour honorer le travail de nos équipes de terrain, ainsi que des critiques et des suggestions constructives. Encore merci pour vos observations que nous vous encourageons à nous faire parvenir tout au long de l’année en contactant le service aux donateurs au 1 800 982-7903 ou à donorrelations@msf.ca.

Dépêches Vol.15, no1

Notre équipe médicale a élaboré un plan d’action détaillé, mais mesuré, pour augmenter graduellement les activités du VIH. Nous avons constaté que la majorité des patients que nous traitions souffraient de maladies autres que le VIH. Ainsi, nos priorités consistaient plutôt à gérer un important hôpital général en zone rurale, où la demande dépassait de 110 à 115 pour cent sa capacité d’accueil, à répondre aux épidémies continues et à fournir des soins primaires dans de petites communautés négligées des alentours.

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Dispatches Vol. 15, Ed.1

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MSF au Canada

« Merci de m’avoir ouvert les yeux »

À l’automne 2011, MSF a reconstitué Un camp de réfugiés au cOEur de la ville dans le cadre d’une tournée de quatre villes dans l’Est du Canada. Au rédacteur en chef du journal Times & Transcript de Moncton : Merci Médecins Sans Frontières J’ai beaucoup aimé visiter le camp de réfugiés. Je ne voudrais surtout pas attraper le choléra et devoir faire mes besoins dans mon lit. Je ne voudrais pas devoir porter des souliers faits en pneus non plus. Ça ne serait pas drôle de vivre dans une tente pendant 50 ans. Je m’estime chanceux de vivre au Canada. - Ronan Jensen, 7 ans

R

onan Jensen a été tellement impressionné par sa visite de l’exposition Un camp de réfugiés au cœur de la ville à Moncton qu’il a fait parvenir cette lettre au journal local, le Times & Transcript. Ronan a fait partie des 17 000 visiteurs du camp de réfugiés que MSF a reconstitué dans les villes de St. John’s, Halifax, Moncton et Québec à l’automne 2011. Selon Karel Janssens, le coordonnateur du projet, l’expérience s’est avérée très révélatrice pour grand nombre de personnes : « La majorité des visiteurs n’avaient qu’une vague idée de la vie des réfugiés; c’était un concept très abstrait pour eux. »

Des abris de fortune, des latrines, un centre de traitement du choléra ainsi que d’autres éléments d’un camp de réfugiés exposés en plein cœur des quatre villes ont permis d’illustrer ce que sont forcés de vivre 43 millions de personnes à travers le monde. « Je suis une personne très visuelle et en me promenant dans le camp, j’ai remarqué de nombreux détails, comme ces jouets que les enfants ont fabriqués pendant les longues heures monotones où ils ne peuvent aller à l’école, » explique Jan Anderson Toupin, qui a suivi la visite guidée. « Je pouvais imaginer tous ces gens faisant la file pour aller aux latrines et à quel point il est difficile et dangereux pour une femme de rapporter de l’eau à sa famille. Cette expérience m’a profondément touchée et je vous remercie de m’avoir ouvert les yeux. » Le quotidien des réfugiés n’était pas seulement illustré par l’aspect visuel, mais également par les visites guidées menées par les médecins, les infirmières et les logisticiens qui ont travaillé pour MSF dans des camps de réfugiés du monde entier. Tous participaient à ces événements de façon bénévole et certains

d’entre eux se sont rendus dans les quatre villes; bravant le vent, la pluie et le froid pendant de longues heures et faisant de leur mieux pour préserver leur voix pour accueillir le flot constant des visiteurs. Leur dévotion à MSF et les histoires personnelles qu’ils ont relatées aux visiteurs étaient au cœur de cet événement. De même, la réponse extrêmement positive du public a été très gratifiante pour ces travailleurs de terrain devenus guides pour l’occasion. « Je reviens à peine d’une mission de neuf mois au Tchad et je suis toujours surpris du peu d’intérêt que mes amis et ma famille portent à mon expérience », explique le logisticien Grant Assenheimer. « Ce que j’ai préféré dans mon expérience de bénévole au camp de réfugiés est de faire connaître une partie de cette réalité au Canada et d’avoir la chance de faire part de mes histoires et de mon vécu aux gens. »

Claudia Blume Attachée de presse


Les Canadiennes et Canadiens en mission Anthropologiste

Bahreïn Edith Fortier Montréal, Qc

Coordonnatrice de projet

Burundi Carole Smith Ottawa, Ont.

Coordonnatrice des finances

Cameroun Serge Kaboré Québec, Qc Colombie Carol Bottger Montréal, Qc

Coordonnateur médical Médecin

Côte d’Ivoire Christopher Anderson Vancouver, C.-B. Logisticien Patrick Boucher Montréal, Qc Coordonnateur logistique Jean-Marc Kuyper Montréal, Qc Logisticien Patrick McConnell Toronto, Ont. Logisticien Fiona Turpie Dundas, Ont. Anesthésiologiste Mathieu Vandal Montréal, Qc Administrateur Égypte Abdulqadir Omar Toronto, Ont.

Coordonnateur médical

Éthiopie Rink De Lange Sainte-Cécile-de-Masham, Qc Personnel d’urgence Martha Gartley Toronto, Ont. Spécialiste en eau et assainissement Nicholas Gildersleeve Montréal, Qc Coordonnateur logistique Nathalia Guerrero Velez Montréal, QC Coordonnatrice de projet Peter Heikamp Montréal, Qc Logisticien Colleen Laginskie Toronto, Ont. Infirmier Alecia Wilson Vancouver, C.-B. Infirmière Jennifer Yeo Newmarket, Ont. Administratrice logistique Guinée Anne-Marie Cayer Kelowna, C.-B. Lysanne Lafetière Montréal, Qc

Sage-femme Infirmière

Haïti Myriam Beaulieu Cyr Rimouski, Qc Analyste biomédicale Nicholas Bérubé Québec, Qc Logisticien Rhiannon Hughes Port Alberni, C.-B. Médecin Jean-Baptiste Lacombe Lavigne Montréal, Qc Logisticien Wendy Lai Toronto, Ont. Coordonnatrice médicale adjointe Hélène Lessard Saint-Georges, Qc Coordonnatrice des finances Patricia Mantoyani Toronto, Ont. Administratrice logistique Frédérik Matte Outremont, Qc Chargé de communication Luella Smith Waterside, N.-B Coordonnatrice médicale Martine Verreault Rivière-du-Loup, Qc Coordonnatrice de la pharmacie Inde Etienne Blais Montréal, Qc Logisticien Andrew Bohonis Thunder Bay, Ont. Logisticien Abdelhamid Echihabi Montréal, Qc Logisticien Alejandro Gomez-Juliao Bathurst, N.-B Logisticien Arif Hasan North York, Ont. Chirurgien Michael Minielly Toronto, Ont. Chef d’équipe logistique Irak Reshma Adatia Vancouver, C.-B.

Coordonnatrice de projet

Liban Steffen DeKok Kingston, Ont.

Chef de mission adjoint

Liberia Brenda Vittachi Calgary, Alb.

Infirmière

Dépêches

Médecins Sans Frontières (MSF) 720, av. Spadina, bureau 402 Toronto (Ontario) M5S 2T9 Tél. : (416) 964-0619 Téléc. : (416) 963-8707 Sans frais : 1 800 982-7903 Courriel : msfcan@msf.ca www.msf.ca

Nigeria Krystel Moussally Montréal, Qc Épidémiologiste Michael Talotti Bowmanville, Ont. Administrateur logistique Alia Tayea Oakville, Ont. Agente responsable des affaires humanitaires Michael White Toronto, Ont. Coordonnateur de projet

Sharla Bonneville Toronto, Ont. Logisticienne Pascal Desilets Ottawa, Ont. Logisticien Delphine Ferry Montréal, Qc Administratrice des ressources humaines Maude Giboudeaux Montréal, Qc Coordonnatrice de projet Fabienne Gilles Toronto, Ont. Coordonnatrice des ressources humaines Jeffrey Grass Toronto, Ont. Logisticien Jean-François Harvey Rivière-du-Loup, Qc Coordonnateur de projet Marie-Michèle Houle Victoriaville, Qc Infirmière Marie-Eve Isabel Montréal, Qc Infirmière Antoine Jean-Sébastien Maranda Gatineau, Qc Spécialiste en eau et assainissement Todd Phillips Winnipeg, Man. Logisticien Kirby Pickard Vancouver, C.-B. Infirmier Kirsty Robertson Toronto, Ont. Infirmière Letitia Rose Vancouver, C.-B. Infirmière Claudette Seyer Outremont, Qc Infirmière Emily Marie Shallhorn Pincourt, Qc Infirmière Catherine St-Amand Montréal Qc Coordonnatrice des finances Bayu Sutarjono Toronto, Ont. Logisticien Jennifer Turnbull Ottawa, Ont. Médecin

Ouganda Joanne Cyr Montréal, Qc

Somalie Gregory Camirand Mission, C.-B.

Libye Gisèle Poirier Montréal, Qc

Infirmière

Malawi Mariam Kone Montréal, Qc

Médecin

Mozambique Isabelle Casavant Montréal, Qc

Infirmière

Myanmar Marika Daganaud Québec, Qc

Chef d’équipe médicale

Niger Myriam Berry Vancouver, C.-B. Coordonnatrice des ressources humaines Elisabeth Canisius Hamilton, Ont. Médecin Marie José Fiset Québec, QC Administratrice Charles Gadbois Québec, Qc Logisticien Alphonsine Mukakigeri Québec, Qc Logisticienne Tricia Newport Whitehorse, Yn Infirmière

Ouzbékistan Susan Adolph Halifax, N.-É. Ashok G Chhetri Toronto, Ont. Jan Hajek Vancouver, C.-B. Altynay Shigayeva Montréal, Qc

Infirmière Infirmière Médecin Médecin Épidémiologiste

Pakistan Loretta Ann Beaulieu Vancouver, C.-B. Coordonnatrice des ressources humaines Jaroslava Belava Vancouver, C.-B. Chef d’équipe médicale Erwan Cheneval Montréal, Qc Responsable des ressources Tyler Foley Oromocto, N.-B Logisticien Michèle-Alexandra Labrecque Montréal, Qc Médecin Stephanie Taylor Whistler, C.-B. Anesthésiologiste République centrafricaine Fidele Bana Montréal, Qc Médecin Joseph Baugniet Montréal, Qc Logisticien Eric Beauséjour Laval, Qc Logisticien Diboh Gédéon Bedikou Gatineau, Qc Médecin Thomas Haythornthwaite Coordonnateur de projet Ottawa, Ont. Kanadi Ibrahim Gatineau, Qc Logisticien Stephanie Mayronne Vancouver, C.-B. Infirmière AnneMarie Pegg Yellowknife, T.-N.-O. Médecin Jean-Serge Polisi Saint-Hubert, Qc Administrateur logistique Charlotte Sabbah Montréal, Qc Travailleuse sociale République démocratique du Congo Eboukele Aka Toronto, Ont. Pharmacien Cindy Barbe Farnham, Qc Infirmière

Rédactrice : linda o. nagy Directrice de la rédaction : Avril Benoît Coordonnatrice de la traduction : Jennifer Ocquidant Collaborateurs : Joe Belliveau, Claudia Blume, Unni Karunakara, Frédérik Matte, Gilbert Ndikubwayezu, François Servranckx, Raghu Venugopal Photo de la couverture : © MSF

Logisticien

Soudan Kevin Coppock Toronto, Ont. Chef de mission Megan Hunter Prince George, C.-B. Coordonnatrice logistique Elizabeth Kavouris Vancouver, C.-B. Chef d’équipe médicale Anne O’Connor Toronto, Ont. Infirmière Wendy Rhymer Winnipeg, Man. Sage-femme Hilary Shackleton Toronto, Ont. Infirmière Soudan du Sud Lorna Adams Holland Landing, Ont.

Médecin

Sri Lanka Pierre Labranche Montmagny, Qc Coordonnateur logistique Thierry Oulhen Montréal, Qc Coordonnateur de projet Michel Plouffe Saint-Jean-sur-Richelieu, Qc Coordonnateur de projet Tchad Othmar Arnold Whitehorse, Yn Infirmier Sara Badiei Coquitlam, C.-B. Logisticienne Julian Donald Toronto, Ont. Logisticien Sabrina Gobet Toronto, Ont. Coordonnatrice des ressources humaines Isabelle Jeanson Toronto, Ont. Coordonnatrice de projet Zimbabwe Colette Badjo Laval, Qc Médecin Kovarthanan Konesavarathan Guelph, Ont. Médecin Sandra Elizabeth Stepien Vancouver, C.-B. Coordonnatrice des finances

Tirage : 132 750 Graphisme : Tenzing Communications Impression : Warren’s Waterless Printing Inc. Hiver 2012 ISSN 1484-9372

Dépêches Vol.15, no1

Arménie Alexandra Vanessa Ascorra Torres Québec, Qc

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Lorsque des personnes perdent tout à cause d’une catastrophe naturelle, d’une guerre ou d’un conflit, elles ne sont plus en mesure d’envisager les prochaines étapes de leur vie, mais nous pouvons les y aider. Grâce à votre appui futur, MSF pourra répondre rapidement et efficacement, souvent en l’espace de quelques heures, à une urgence médicale imprévue. En prévoyant votre succession dès aujourd’hui, vous nous donnez les moyens de sauver des vies dans l’avenir. Pour en savoir plus, appelez-nous au 1 800 982-7903 et demandez à parler directement à la personne en charge des dons testamentaires ou envoyez-nous un courriel à canadaplannedgiving@msf.org.

Lauréat du prix Nobel de la paix 1999

© Giulio Di Sturco

DONS TESTAMENTAIRES POUR MSF


« Dépêches » - Hiver 2012