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DU MÊME AUTEUR Aux Éditions Mnémos

Petits Arrangements avec l’éternité, 2009

Retrouvez l’univers du livre sur internet :

www.or-et-emeraude.fr


Éric Holstein

D’or et

d’émeraude


Ouvrage publié sous la direction de Charlotte Volper

© Les Éditions MNÉMOS, mars 2011 2, rue Nicolas Chervin 69620 SAINT-LAURENT D’OINGT * ISBN : 978-2-35408-094-5 www.mnemos.com


À Flo Pour Élias et Sarah


Prologue

Je suis Guao Cuhuma, le grand condor qui veille sur ces terres, et lorsque je déploie mes ailes, mon ombre s’étend de la vallée du Méta au sud, pour aller, loin au nord, assombrir les eaux de la mer des Caraïbes. Je suis Guao Cuhuma, l’oiseau roi au regard perçant. Je vois loin. Le passé et le futur. Je suis Guao Cuhuma, qui planait dans le ciel au-dessus des lagunes lorsque Bachué est sortie des eaux d’émeraude, tenant par la main son jeune enfant. J’ai vu l’enfant grandir jusqu’à ce qu’il engrosse la première femme et que de ses cuisses toujours ouvertes, sortent les Muiscas, marionnettes nues à la peau de cuivre, marchant sous les feux de Chiminigagua. J’ai vu ces misérables rognures du père de toutes choses se débattre et convulser, puis grouiller sur la Terre des cimes. Lui arracher leur pauvre pitance, la violer de son or pour s’en couvrir. J’ai vu les hommes se battre et mourir, vider leurs entrailles de leur sang et de leur merde, dégorger leur foutre dans des ventres avides et se reproduire, encore et encore. Je suis Guao Cuhuma, planant au-dessus des montagnes de l’est lorsque l’homme barbu qui se faisait appeler Bochica, le porteur du bâton, celui qui enseigne et donne est arrivé parmi les Muiscas. Il a planté dans le sol les graines de kyhysa, le coton qui vêtirait ses semblables et aussi le guiñapo, dont les épis dorés les nourriraient. Les Muiscas l’ont remercié en s’enfonçant plus encore dans la bêtise et la dépravation. Et lorsque la fureur du fleuve menaça de les engloutir, ils se souvinrent de lui et le supplièrent de les sauver.


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Alors, Bochica a repris son bâton. Il a traversé l’arc-en-ciel, croisant ma route céleste, et a frappé le roc de son bois, fendant en deux le monde des cimes, ouvrant la terre pour que l’eau s’y déverse. Je suis Guao Cuhuma et j’ai vu les Muiscas de nouveau l’oublier. Je suis Guao Cuhuma, j’ai laissé le serpent ramper dans les hautes herbes, s’arrêter et arracher du sol sa tête étroite. Il a ouvert grand sa gueule et planté ses crocs dans la jambe de celui qui enseignait et donnait. Bochica est tombé au pied des falaises, là où le mur des sommets s’ouvre à l’est et forme trois combes qui s’enfoncent dans la montagne. Je suis Guao Cuhuma qui volait dans le ciel lorsque les hommes blancs sont sortis de la vallée putride du Magdalena. Je les ai vus gagner, je les ai vus perdre. Je vois ce que je suis. J’ai foulé cette terre avant toi. Mon bec a déchiré tes entrailles et je m’en suis repu. J’ai vidangé tes tripes, brisé tes os pour en sucer la moelle. Mes pattes se sont couvertes des sanies de ton corps et mes griffes ont raclé la chair sur ton crâne. Je me suis nourri et les ultimes restes de tes restes maculent la roche des montagnes où je t’ai excrété. Et malgré tout, je suis un oiseau roi qui ne règne plus. Tu m’as dépossédé et je te maudis. Tu n’auras d’autre choix que d’être le charognard de ton engeance. Puisse ta propre faim te condamner à la violence éternelle.


Deuxième partie

« Soudain m’apparaît le temps, sous l’aspect d’un vénérable vieillard accablé par le poids des ans […] : “Je suis le père des siècles ; je suis le mystère de la renommée et du secret. […] Je vois le passé ; je vois l’avenir ; et dans ma main s’écoule le présent. […] Supposez-vous follement que vos actions aient le moindre prix à mes yeux ? Tout cela n’est pas même un point à l’échelle de l’infini qui est mon frère. Regarde, me dit-il, […] ne cache pas les secrets que le Ciel t’a révélés ; dis la vérité aux hommes.” Le fantôme disparut. Ébahi, transi pour ainsi dire, je restai inanimé un long moment, étendu sur cet immense diamant qui me servait de lit. Enfin, la formidable voix de la Colombie m’appelle ; je ressuscite, je me redresse, j’ouvre de mes propres mains mes paupières alourdies, je redeviens un homme et j’écris mon délire. » Simón Bolívar, extrait de Mon délire sur le Chimborazo, Équateur, été 1822


1. En fait de fiers centaures, ce n’était qu’une troupe de gueux dépenaillés qui s’avançait sous la bannière impériale de Charles Quint. Depuis bien longtemps déjà, ils avaient renoncé aux plastrons d’acier. Ils portaient d’épais surcots de coton que seuls les plus précautionneux étaient arrivés à ravauder. La moiteur, omniprésente, avait eu raison de ces armures molles, et parfois même de leurs porteurs qui parvenaient encore à mourir de déshydratation dans cet enfer tropical. Leurs casques y avaient été mangés de rouille et, pour nombre de ces rufians, leurs épées ne valaient pas mieux. Enguenillés, sales et hirsutes, la peau jaune de la pestilence des forêts et les yeux éteints par l’épuisement, ainsi allait la piétaille. La cavalerie n’offrait pas un meilleur spectacle. La soixantaine de chevaux miraculeusement rescapés n’étaient plus que des carnes étiques, dévorées de parasites, pelées par l’humidité. Celles dont l’échine le supportait encore étaient montées à cru. Les selles avaient pourri et les hommes avaient fait bouillir le cuir des harnais pour tromper la faim obsédante. Bon nombre des cavaliers avançaient à pied, tenant leur rosse à la longe. Comme toujours, depuis le début de cette longue débâcle, Gonzalo Jiménez de Quesada marchait devant, monté sur un étalon andalou qui avait été ombrageux. Le velours brodé d’or de sa selle mauresque avait disparu, ne laissant que la haute assise de bois. Il avait pris l’habitude de la garnir de peaux de daim tout juste tannées. Il n’était ni plus glorieux ni plus vaillant que sa troupe, mais taisait ses tourments, car au loin se dessinait la fin du calvaire. Ces dernières semaines avaient été parmi les plus éprouvantes d’un voyage de près d’un an qui avait apporté plus que son lot de souffrances. À ses côtés, chevauchait Hernán Pérez, son cadet. Venaient ensuite Lebrija et Céspedes, les deux capitanes qui avaient reconnu les montagnes pendant que


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Quesada, dévoré par les fièvres, attendait de savoir s’il allait mourir à la sortie du canyon creusé par le Río Opón. Il avait survécu et conduit ses hommes, poussés toujours plus loin par leurs rêves de grandeur et les ombres de Cortés et Balboa. Aujourd’hui, les sandales de peau que portaient les fantassins étaient bien mal adaptées à la marche en montagne. Des éclats de roche coupantes jonchaient les sentes sommaires et les hommes s’y entaillaient les pieds. Le regard de Quesada s’attarda un instant sur le visage d’un des marcheurs – un gamin du nom de Diego Romero. Un Galicien mal dégrossi arrivé aux Indes en même temps que lui et qui avait vu tomber beaucoup de ses amis. Ainsi ce Castillan, dévoré par un jaguar au tout début du voyage, dont les hommes avaient donné le nom à la rivière boueuse où ils avaient jeté sa dépouille. Diego Romero allait pourtant sans se plaindre. Son regard vague fixait les pas de celui qui le précédait, des marques profondes encavaient ses yeux et sa sueur laissait dans la crasse de son visage des coulures blanches. Sa ceinture était faite d’herbe tressée et ses jambes couvertes de simples peaux attachées par des liens de roseau. En lieu et place du casque cabossé qui dodelinait sur sa tête au départ de Santa Marta, il portait maintenant l’un de ces ridicules chapeaux en feuilles de palme que Pericón leur avait appris à confectionner. Son acharnement à survivre tenait plus de la cupidité que de l’illusion d’avoir trouvé la route du paradis, mais Quesada était fier de ce garçon, comme de chacun des soldats parvenus jusque-là. Un instant, il eut la tentation de lancer un encouragement à la troupe, mais l’expérience lui avait appris qu’un chef doit avoir le verbe rare, pour rendre sa parole précieuse. « ¡ Teniente general ! Voilà Chipatá, annonça fièrement Juan de Céspedes. C’est le village dont sont originaires les guides que nous avons capturés. — Il se pourrait qu’ils se montrent hostiles à notre égard, Gonzalo. » L’intervention d’Hernán Pérez ne semblait pas être du goût du capitaine. Lui-même avait un jeune frère dans les rangs, mais il se refusait à l’imposer indûment. « Tu as raison, répondit Quesada. Nous ferons marcher les indigènes devant. Ceux du pueblo n’attaqueront pas les leurs. Et puis ils verront qu’ils ont été bien traités. » Le lieutenant général laissa vagabonder sa main jusqu’à ses fontes et en sortit un pain de sel d’un gris pâle tirant sur le rose, griffé çà et là d’un blanc très pur. Le tout premier, celui que San Martín avait ramené de sa mission de reconnaissance.


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L’officier avait dit l’avoir trouvé dans une hutte abandonnée. Le sel était d’une qualité bien supérieure à celui que l’on extrayait des salines de la côte. La découverte de ce modeste trésor avait été cruciale. Les hommes l’avaient d’ailleurs bien senti et Quesada savait que dans la troupe, c’était un fier-à-bras du nom de Camacho qui s’en attribuait le mérite au terme d’un récit fanfaron… Plus tard, ils avaient trouvé bien d’autres pains, mais celui-ci n’avait plus jamais quitté la sacoche de Quesada. Il se surprit à sourire. Lui qui avait rêvé d’or, c’était finalement de sel qu’il allait se couvrir, passant du sublime au profane. « Il y aura mucho beaucoup plus là où tu nous vas aller, teniente. Ça, c’est plein bueno, pour toi et tes guerriers. » Quesada avait fini par se faire à l’espagnol estropié dont usait Pericón. L’Indien apprenait vite. C’était un bon géant, fait prisonnier par San Martín qui l’avait ramené de son exploration du Río Opón. Il n’était avec eux que depuis quelques semaines et déjà, le sauvage avait appris assez de la langue des conquérants pour se faire comprendre. Peut-être même pourrait-on en faire un honnête chrétien si Dieu lui prêtait vie ? L’homme les avait guidés le long du fleuve d’abord, puis de son affluent. Il avait également sauvé les derniers chevaux lorsque les fortes pluies sur le plateau avaient transformé le capricieux Río Grande en torrent de boue. L’Indien avait conduit les cavaliers jusqu’à une corniche escarpée où ils étaient restés deux jours entiers, attendant que les eaux baissent. Les fantassins n’avaient pas eu cette chance. Ils avaient dû se réfugier dans les arbres ou sur de petits éperons rocheux. Quarante d’entre eux avaient péri, noyés. Cette dernière avanie avait eu raison des rares provisions apportées de La Tora. Les arquebusiers étaient parvenus à garder un peu de poudre au sec, mais il faudrait faire sécher le reste dès qu’un camp digne de ce nom pourrait être établi. Peut-être dès ce soir, dans ce village ? « Capitán Céspedes ! Nous devons faire bonne figure pour impressionner les populations indigènes. Dites aux hommes de se rembrailler ! J’aimerais aussi que nous déployons la cavalerie sur deux lignes. Seuls ceux dont les bêtes sont les plus faibles sont dispensés, mais qu’ils passent alors à l’arrière de la colonne. De combien d’arquebuses disposons-nous encore ? — Pas plus d’une demi-douzaine, j’en ai peur, general. — Cela suffira. Demandez à leurs servants d’apprêter leurs armes, qu’ils puissent y bouter le feu à mon ordre. — Tout de suite, general ! » Le capitaine s’éloignait déjà, lorsque Quesada le rappela.


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« Ah… et capitán, pourriez-vous m’aller quérir le padre de Lezcamez ? C’est lui qui doit garder par-devers lui le texte du Requerimiento. Qu’il soit assez bon pour bien vouloir me l’amener, nous allons en avoir besoin. — Si fait, señor general ! — Et… Veillez à ce que Valenzuela ne brutalise pas les Indiens. Cela serait du pire effet. » Les hommes renâclaient, mais obtempéraient. Le lieutenant général avait appris que c’était lorsque la troupe ne râlait plus qu’il y avait des raisons de s’inquiéter. S’assurant d’un coup d’œil que ses ordres étaient exécutés, il ne vit rien dont il ait pu rougir dans les pathétiques tentatives des soldats pour améliorer leur mise. On fit donc déployer les cavaliers et on poussa au-devant d’eux une poignée d’hommes et de femmes apeurés, que la perspective d’un retour dans leurs foyers ne semblait pas rassurer. De part et d’autre de la piètre parade équestre, on posta les arquebusiers et Gonzalo Jiménez de Quesada mit en branle sa piteuse armée vers les palissades qui délimitaient le village.

2. « De la part de Son Altesse Impériale Charles le Cinquième, et de Son Altesse Royale, doña Isabela, Reine d’Espagne, dompteurs de peuples barbares, nous, leurs humbles serviteurs, vous notifions et vous faisons savoir, du mieux qu’il nous soit possible, que Dieu notre Seigneur, Un et Éternel, a créé le ciel et la terre, ainsi qu’un homme et une femme, dont nous sommes tous descendants et en avons été procréés, ainsi que vous, ainsi que tous les hommes de tous les temps et ainsi que tous ceux qui après nous viendront… » Le padre Antón de Lezcamez avait perdu l’habitude des belles phrases. À mesure que l’expédition avait progressé dans la jungle, il n’avait plus guère prononcé que des oraisons funèbres de plus en plus hâtives. Et lorsqu’il devait administré les derniers sacrements, c’était avec une familiarité qui aurait fait horreur à son évêque. Aussi hésitait-il un peu en lisant les tournures ampoulées. Il butait sur les mots, s’égarait dans les phrases. En revanche, la complexité solennelle du document rappelait à Quesada une autre vie dans laquelle il avait été un simple avocat victime d’un malencontreux revers de fortune. Aussi, lorsque la proposition de Don Pedro de Lugo, qui venait d’acheter la gouvernance de Santa Marta, lui était parvenue, il n’avait guère hésité avant de s’embarquer pour les Indes.


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Aujourd’hui, campé dans ses étriers devant ces indigènes, écoutant distraitement le prêtre basque réciter sa litanie profane, il lui semblait impossible que cela ne fît que deux ans à peine. « Et si vous n’agréez point à notre Sainte Foi, ou si, malicieusement, vous y mettez du retard, je vous certifie qu’avec l’aide de Dieu, nous entrerons puissamment contre vous, et vous ferons la guerre par toutes les manières possibles, et vous tiendrons sous le joug et en l’obéissance de l’Église et de Leurs Majestés, et nous nous emparerons de vos personnes et de vos femmes et de vos fils et de vos filles et en ferons des esclaves, et comme tels les vendrons et en disposerons ainsi que nous en autorisent Leurs Majestés qui nous envoient, et vous prendrons vos biens, et vous ferons tous les maux et dommages qu’il nous est possible, ainsi qu’il arrive aux vassaux qui n’obéissent point ni ne veulent satisfaire leur Seigneur et lui résistent et contredisent ; et nous clamons que les morts et les dommages qui s’ensuivront seront de votre faute et non de celle de Leurs Majestés, ni de la nôtre, ni de ces chevaliers qui nous accompagnent. » Il ne se lisait guère de compréhension dans les regards de ces païens. À l’approche de la troupe, ils étaient sortis en nombre. Si leurs mises étaient plus sophistiquées que celles de leurs congénères de la vallée du Río Grande, ils restaient des sauvages idolâtres. Quelques hommes s’étaient détachés du groupe, menaçants. Vêtus simplement de ces pièces en cotonnade blanche qui paraient les deux sexes, ils firent montre d’une agressivité hésitante que Quesada considéra avec bienveillance. Aucune de leurs armes n’était en mesure d’effrayer les conquérants. De simples casse-tête, des épées rudimentaires en bois de palme, des couteaux d’os ou des javelines dont la pointe avait été durcie au feu. Pas même un arc et encore moins de lames en métal. Certains, en revanche, allaient au combat avec à l’épaule une besace de roseaux tressés. Des statuettes en or en dépassaient, attirant les feux du couchant et excitant l’avidité des hommes de troupe. Ils semblaient, à tout prendre, plus inoffensifs que les effrayants sauvages demi-nus qu’ils avaient rencontrés jusque-là. Les guerriers indiens s’étaient avancés dans le plus grand désordre, sans oser se lancer à l’assaut. Ils avaient jeté sur les chevaux des regards effrayés, ce qui n’était guère étonnant. Avec le temps, les Taironas de la côte s’étaient habitués aux bêtes, mais Quesada avait rencontré à Santa Marta plusieurs vétérans de la Conquista qui parlaient encore, en riant, de la sainte terreur qui avait frappé les farouches Indios à la seule vue des premiers cavaliers. D’un simple geste, il avait ordonné au lieutenant Tafur de faire avancer les chevaux de quelques pas, suscitant un prudent mouvement de recul chez les autochtones. Alors seulement, Quesada avait autorisé le prêtre à sortir des rangs pour leur lire, en espagnol, le Requerimiento.


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Une fois la dernière phrase prononcée, les sauvages étaient restés interdits. Un homme, parmi eux, s’était finalement avancé. Sur son passage, les autres Indiens avaient détourné le regard. Ses robes colorées arboraient des motifs géométriques d’ocre rouge. Sur sa tête, une tiare d’or et à ses poignets, plusieurs bracelets du même métal. Arrivé au centre de l’espace vierge séparant les deux camps, il avait levé son bras, semblant raviver d’un geste les velléités guerrières de ses hommes. À son tour Quesada avait levé un bras. « Muñoz ! Un seul coup. En l’air ! » L’arquebusier avait fiché la crosse de son arme au sol, pointant le canon vers le ciel, et s’agenouillant auprès de l’engin, il avait bouté le feu à l’amorce. La détonation avait résonné dans la plaine comme un coup de tonnerre. La fumée grise et l’odeur de salpêtre dérivaient encore au vent que les Indiens détalaient. Le vieux chef et quelques braves étaient demeurés à leurs places, pétrifiés. Sûr de ne plus rien risquer, Gonzalo Jiménez de Quesada s’était avancé, sa troupe piaffant dans ses pas, pour investir le village. Le cacique abandonné les avait regardés passer en silence, laissant le flot des envahisseurs s’écouler autour de lui.

3. Devant l’horrible dépouille, Gonzalo Jiménez de Quesada comprit combien l’Indien allait lui manquer. Le capitaine Fonte avait, au matin de cette première nuit, trouvé le corps de Pericón. On l’avait égorgé dans son sommeil, mais à l’infamie de cette mort on avait ajouté l’outrage de la profanation. Son meurtrier avait odieusement défiguré sa belle tête d’indigène. De la rustre harmonie de ses traits ne demeurait plus qu’une charpie sanglante. Le tueur s’était tout particulièrement acharné sur son nez et sa bouche, lacérés au point de n’être plus qu’une pulpe bouchère. On lui avait aussi crevé les yeux et sous ses paupières mi-closes, un exsudat translucide s’était écoulé, se teintant de rose au contact de la chair ouverte. Dernier viol, son scalp avait été découpé et sa splendide chevelure arrachée. Il ne restait au sommet de son crâne qu’une peau à vif, recouverte déjà d’une croûte de sang coagulé. Quesada était surpris d’éprouver une peine non feinte. De par sa nature naïve et presque enfantine, Pericón avait été un compagnon honorable, bien que, naturellement, il fût un impie. Nerveusement, le lieutenant général faisait tourner


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à son poignet le bracelet de roseaux tressés dont le jeune Indien lui avait fait cadeau. « Ça chassera mauvais ojo de toi, tienente », lui avait-il dit. San Martín, qui l’avait rejoint, en portait un semblable. Dans sa bienveillance de bon sauvage, Pericón en avait ainsi confectionné plusieurs qu’il avait offerts à de nombreux hommes. La plupart les arboraient toujours, pensant sans l’admettre au terme de cette interminable épopée, qu’une protection supplémentaire contre le mauvais œil ne pouvait nuire. « General ? Il va nous falloir agir. Beaucoup des hommes sont choqués par le meurtre de l’Indien Pericón. Ils l’aimaient bien. — J’en ai la ferme intention, capitán. Nous allons faire un exemple. » La rage froide de Quesada se muait en une sainte fureur. « Qu’on rassemble les indigènes. Prenez Valenzuela et répartissez-vous une trentaine de soldats. Fouillez toutes les maisons et trouvez l’arme avec laquelle on a tué ce malheureux. Amenez-moi son bourreau, nous le jugerons et l’exécuterons. Dites à del Junco et Fonte de poster des hommes pour surveiller les abords du village. » Rien, pourtant, n’avait laissé pressentir ce drame. Laissant le vieux cacique sur le champ de leur bataille avortée, les Espagnols avaient fait leur entrée au village dans un silence terrifié. Les Indiens les avaient observés prendre possession des lieux depuis l’abri de leurs huttes, laissant se faire cette molle invasion au milieu du fouillis désincarné. Là, une potiche de terre noire dans laquelle on préparait le yucca. Plus loin, un métier à tisser et des bourres de coton débordant d’un sac. On n’entendait que le tintement dans le vent des breloques d’or qui pendaient aux portes des maisons et sonnaient comme une pavane funèbre. Ce n’étaient que de frustes mobiles, petites girouettes en feuilles de métal de quelques millimètres d’épaisseur. Il fallut se montrer strict pour que les hommes n’allassent point les décrocher séance tenante. Quesada mit du temps avant de percer le secret de ce calme blanc. Pas un chien pour renverser une écuelle de nourriture abandonnée, pas de cochons pour se nourrir des ordures. Pas même le caquetage d’une poule. Aucune, en fait, des rumeurs familières des bourgs de Castille. Jamais le lieutenant général n’avait mesuré si clairement la distance entre le Vieux et le Nouveau Monde. Pour rustiques qu’elles semblaient être, les huttes de bois aux toits de chaume étaient d’une facture qui démontrait assez la maîtrise des bâtisseurs du cru. Au centre, l’une d’elles, plus grande, devait abriter le cacique. Les Espagnols s’y dirigèrent en premier.


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Largement ouverte sur le dehors, seules des nattes d’herbe tressée préservaient des îlots d’intimité. Habilement décorée de montants de bois sculptés, sa haute charpente l’élevait telle une pyramide. Plusieurs de ces mobiles d’or tintaient aux poutres, mais seul un pauvre tabouret de bois occupait une place centrale, au fond. À l’approche des Espagnols, des femmes que rien ne couvrait, excepté quelques bijoux et peintures corporelles, avaient couru se réfugier dans un coin. Elles jetaient aux conquérants des regards terrorisés, comme si elles attendaient la manifestation d’une immanente justice divine. Finalement, plusieurs indigènes s’étaient présentés, craintifs et respectueux. Ils avaient assisté depuis les fortifications de bois à la déroute de leur roi et ils apportaient avec eux de la nourriture et des présents. Certains même amenaient des femmes qu’ils semblaient prêts à sacrifier aux étranges dieux barbus. Lorsque Quesada et ses hommes avaient démonté, des exclamations de surprise s’étaient échappées. Avoir découvert que les centaures étaient en réalité les dompteurs de ces incroyables daims géants ne diminua en rien la stupéfaction apeurée des Indiens. Lorsqu’il était revenu parmi les siens, entouré de sa garde prétorienne, le cacique avait prêté allégeance au lieutenant général qui lui avait immédiatement rendu l’usage de sa hutte. En visitant l’alcázar, on découvrit aussi un temple, dans lequel on trouva de nombreuses statues d’or franc et surtout, une coupe de terre noire remplie d’émeraudes qui avait causé un vif émoi. La servilité contrainte des Indiens avait semblé aux Espagnols une garantie suffisante quant à leur propre sécurité. Prudent, Gonzalo Jiménez de Quesada avait tout de même ordonné qu’un groupe de soldats campât à l’extérieur afin de surveiller les environs. Une précaution qui se révéla, hélas, insuffisante. La fouille des maisons avait été conduite avec une brutale efficacité. En ces matières, on pouvait compter sur le zèle de Juan de Valenzuela. De tous ceux de la troupe, la chiourme dont s’était entouré le capitaine était composée de crapules de la plus vile extraction. Tous gens de mer, dépravés et voleurs. Des criminels à peine couverts par le verni de la civilisation. Ces hommes ressemblaient à des démons vêtus de peaux de bêtes et prenaient un plaisir trop manifeste à traîner par les cheveux ou pousser sans ménagement les Indiens terrorisés qui se réfugiaient comme ils le pouvaient hors des huttes. Tant de violence ne ramena qu’une batterie d’ustensiles de cuisine et d’outils d’obsidienne ou de silex. Un couteau encore rouge de sang fut trouvé et il n’y eut guère de difficulté pour éta-


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blir qu’il appartenait à l’un des guerriers de la tribu. On s’était assuré de l’homme alors que les piquiers de la troupe contenaient sans effort les indigènes, toujours regroupés sur la place. Homme de loi et de foi, Quesada se refusait à un lynchage ; un procès fut donc organisé. On désigna pour la défense de l’accusé le capitaine Lebrija, le trésorier de l’expédition. C’était un homme honnête et loyal. Discret s’il en fut, d’un courage et d’une probité exemplaires. Il prit son rôle très à cœur, en dépit de son impossibilité à comprendre ce que lui disait l’Indien. Ce dernier fut sans délai reconnu coupable et Quesada, décidant de s’inspirer des méthodes éprouvées de Cortés et d’Alvarado, décréta qu’il serait brûlé vif devant ses congénères. Ainsi, son châtiment servirait-il d’exemple à tous ceux qui nourrissaient pareils desseins. On érigea donc un bûcher en toute hâte. Comprenant enfin le sort qui l’attendait, le guerrier se débattit sans parvenir à se soustraire à la justice des conquérants. Attaché à un poteau, on bouta bien vite le feu aux broussailles entassées à ses pieds. Un vent mauvais balayait la plaine, chassant la fumée du bûcher. Dieu châtiait ainsi l’assassin du doux Pericón en lui refusant la grâce de mourir asphyxié. Longtemps on entendit l’homme hurler, jusqu’à ce que la douleur l’emmenât trop loin de sa conscience. Le présumé meurtrier était un garçon robuste et bien campé. Tout de cette complexion que donne aux hommes la vie sauvage. Quesada se força à regarder se tordre ce corps parfait. Dans son enfer, il tentait de se défaire de ses liens qu’on arrosait régulièrement d’eau afin qu’ils ne s’enflamment pas. Les jambes, d’abord, se couvrirent de cloques qui crevèrent sous la chaleur, avant de noircir comme du charbon. Le jeune homme bandait désespérément ses muscles et Quesada voyait ses épaules noueuses et massives chercher la force de s’arracher à leurs liens. Les cris aigus qui déchiraient sa gorge tendaient son cou à rendre saillantes ses veines. Ses pectoraux, que les flammes ne léchaient pas encore, roulaient sous l’effort. Enfin, le feu s’accrocha au pagne que la décence avait conduit les Espagnols à lui conserver. Le fin coton s’embrasa, s’incrustant dans les chairs, et l’atroce souffrance arracha l’esprit de l’infortuné au monde des sensations. Il n’était plus qu’un pantin, jouet de ce saint enfer, et Quesada contemplait ce corps apaisé dans la mort, proie de la justice divine dont lui, lieutenant général de l’expédition, s’était fait le bras séculier. D’abord, la peau se déforma, puis suinta de la graisse fondant sous la chaleur. Les cheveux s’enflammèrent, auréolant le supplicié d’une couronne infernale.


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Quelques manifestations bruyantes s’étaient propagées dans la foule tenue en respect par les piquiers, mais personne n’avait été assez inconscient pour s’interposer. Les Indiens étaient restés des heures, debout, à subir l’appétissante odeur de chair grillée, avant qu’elle ne vire à celle, âcre, du charbon. Une lueur éteinte dans les yeux, ils regardaient cet homme mourir pour une raison qu’ils ne comprenaient pas. En les contemplant, le lieutenant général ne vit que l’expression d’une indolence qu’on pourrait facilement prendre pour une tare. Comptant sur sa conviction pour s’affranchir des barrières de la langue, c’est à cheval que Quesada s’avança vers eux, son épée à la main, bien décidé à forcer leur entendement. « Voyez ! » De la pointe de sa lame, il désignait le corps noirci de l’homme. « Voyez ce qu’au nom de Son Excellence Charles Quint, nous ferons subir à tous ceux qui refuseront sa grandiose suzeraineté ! Voyez avec quelle exemplaire sévérité nous châtierons tous ceux qui se déroberont à notre juste autorité. » Celui qui a été assassiné était l’un des vôtres, un Indien. Un Indio de Paz, qui avait choisi de se rallier à nous. Il est mort sous vos coups et c’est comme l’un des nôtres que nous l’avons vengé. Car si vous acceptez la sainte autorité de Charles le Cinquième, roi de Castille et d’Aragon et empereur d’Occident, nous serons à vos côtés, par la force du verbe ou celle du fer. Mais si vous nous rejetez, alors il vous faudra nous affronter. Nous châtierons les Indios de Guerra avec toute la force du bon droit que Dieu nous inspirera. Soyez-en sûrs. » Pas plus que le Requerimiento la harangue du conquistador n’éveilla chez les Indiens de réaction. Quesada, faisant pauvrement piaffer sa carne, jaugeait le peu d’effet produit par ses propos. Une foi ridicule en son autorité l’avait conduit à ce piteux échec et, pour dissiper l’étrange gêne née de ces instants, l’idée de donner la charge effleura son esprit. Éperonnant, il préféra tourner bride, confiant à San Martín, le soin de disperser la foule. Cette première démonstration de force leur avait permis d’asseoir leur autorité sur le village et de s’y installer pour quelques jours. Les hommes avaient désespérément besoin de repos. Les bêtes aussi, qui n’iraient plus très loin sans avoir été soignées et surtout ferrées. Faute de mieux, on dut se résoudre à fondre des babioles de mauvais or. Miraculeusement, la troupe n’avait perdu qu’une vingtaine de chevaux dans ce périple, là où six cents hommes étaient tombés.


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Et plus important encore, Quesada avait besoin de temps et d’un lieu pour planifier la conquête de ces hauts plateaux. Lorsqu’ils avaient quitté Santa Marta, voilà presque un an jour pour jour, ce lundi 6 avril de l’an de grâce 1536, ils avaient formé la plus importante expédition jamais lancée à l’intérieur des terres. Ils éclipsaient même celle de Pedro de Alvarado sur le Guatemala. Pas moins de six cents fantassins s’étaient enfoncés au sud, et le jour de Pâques, deux cents soldats supplémentaires avaient embarqué sur cinq brigantins qui devaient gagner l’embouchure du Río Grande de Magdalena. Et c’était à lui, Gonzalo Jiménez de Quesada, licenciado de la ville, que Don Pedro de Lugo avait confié le commandement de cette armée. Il était censé remonter aux sources du fleuve pour rejoindre l’océan Septentrional et ouvrir une route terrestre vers le Pérou. Ni soldat ni meneur d’hommes, il était un nouvel arrivant – un chapetón –, face à des hommes comme Céspedes, San Martín ou Lebrija, vétérans des Indes et loyaux serviteurs de la couronne. Les deux premiers avaient même déjà conduit une entrada sur le Río Grande. Aussi, bien des fois, alors qu’il s’ouvrait une route dans la forêt à coups de machette ou lorsqu’il conduisait la défense de la troupe assaillie par les tribus du fleuve, il en était venu à s’interroger sur les raisons qui avaient motivé le choix du vieil adelantado. Car Quesada n’avait pas tardé à prendre la mesure exacte de la charge qui lui avait été confiée. Avant d’avoir rallié Sompallón, où devait s’opérer la jonction avec les brigantins, cent hommes avaient déjà péri. Le premier était tombé dès le deuxième jour de marche, victime d’un éboulement en longeant la cordillère littorale. Quesada ignorait encore à quel point il avait eu raison d’y voir un mauvais présage. Deux mois plus tard, ils abordaient les zones marécageuses qui annoncent la vallée du Río Grande. La végétation s’était faite si dense que chaque pied se gagnait sur la forêt à la force des bras. L’air moite corrompait tout. En quelques jours, des semaines entières de vivres furent gâtées. Les porteurs que ne prenaient pas les sables mouvants tentaient de s’enfuir à la première occasion. Les lames des machettes rouillaient, s’émoussaient, les casques, lorsque les hommes les ôtaient, laissaient autour de la tête une couronne brune d’oxyde de fer et même les lanières des fouets de la chiourme pourrissaient. Tous étouffaient sous leurs surcots matelassés que l’impénétrable jungle tentait de leur arracher. Les quelques fous qui s’en défaisaient ne tardaient cependant pas à le regretter. Les branches lacéraient cruellement les chairs et, bras nus, l’on s’exposait à bien d’autres dangers. Tombant des branches ou rampant au sol, les atroces cuatronarices à la morsure mortelle prélevèrent un lourd tribut. Les araignées venimeu-


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ses, les « fourmis de feu  », les énormes cucarachas qui s’insinuaient partout, les moustiques, porteurs de fièvres qui vous emportaient en quelques jours, les «  tigres  », les anacondas  ; autant de nuisances continuelles, parfois anodines, souvent funestes. Dès lors, plus un jour ne passait sans qu’on rapporte à Quesada la perte d’un autre homme. Et pourtant, l’enfer n’avait vraiment commencé qu’à partir du mois de juillet, une fois parvenus sur les rives du grand fleuve boueux. Les attaques des Indiens, les bêtes sauvages, jaguars et ours, les alligators qui infestaient les berges du fleuve, mais aussi la bêtise des hommes, avaient fait des ravages. Combien étaient morts d’avoir mangé un lézard au sang vicié, un serpent ou un fruit ? Quesada se souvenait d’avoir vu un solide gaillard simplement s’arrêter de marcher, s’asseoir au pied d’un arbre et attendre la mort. Rien n’y avait fait, ni les coups ni les menaces, le bonhomme avait cessé de vouloir vivre. Il se rappelait aussi des squelettes de ces deux piquiers, découverts un matin, nettoyés pendant la nuit par la marabunta. Ils étaient tellement exténués que le bruit de la colonne de fourmis s’approchant ne les avait pas réveillés. Il y avait eu aussi Pedro Cazalla, cet Andalou vétéran des campagnes italiennes, solide et déterminé, mais de qui la fatigue avait fini par avoir raison. Piqué par une de ces fourmis géantes dont la morsure éveille la plus atroce des douleurs, il avait commencé par ne plus marcher qu’avec difficulté. Il avait appelé fray de Las Casas, qui progressait alors sur l’arrière-garde, et il lui avait demandé les derniers sacrements. Le moine était, déjà à cette époque, trop habitué à l’horrible routine de sa tâche pour tenter de l’en dissuader. Son âme remise à Dieu, Cazalla avait continué, jusqu’à ce qu’il tombe d’inanition pour ne plus jamais se relever. Le jeune lieutenant général avait gagné le respect de ses hommes tout au long de ces épreuves. Marchant d’abord en tête, puis aux côtés des plus faibles, prenant son tour dans les rangs des macheteros et toujours gardant droit le cap fixé par son maître, Don Pedro de Lugo. Un an avait passé et il était désormais temps pour les hommes de prendre un peu de repos et de recueillir les fruits de leurs efforts. Ils n’avaient pas connu de campement fixe depuis qu’ils avaient quitté La Tora, à la fin du mois de décembre ; ils étaient venus pour l’or et les émeraudes, il fallait leur en donner. Gonzalo Jiménez de Quesada ordonna qu’on dépendît des toits les breloques, qu’on fouille les maisons, mais qu’on y laisse tous les objets relevant à l’évidence du culte. Le reste constituerait les réparations pour la mort de Pericón.


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Resté seul à l’entrée de la maison qu’il s’était octroyée, le conquistador frissonna dans la fraîcheur du soir. Ici, l’air était doux et sec. Froid, même, aux heures les moins clémentes de la nuit. Bien plus que dans son Andalousie natale. Une fois par jour, au moins, une vigoureuse averse lavait le ciel de ses nuages qui se dissipaient sous les rayons timides d’un doux soleil. Les quatre saisons du Vieux Monde défilaient ici en l’espace d’une même journée. Les hommes étaient soulagés et goûtaient aux fruits de cette corne d’abondance. L’herbe était grasse, la campagne giboyeuse prodiguait sa manne et plusieurs daims cuisaient en ce moment à la broche. L’odeur de la chair rôtie était comme une ambroisie retrouvée, un plaisir auquel on se réhabituait facilement. À défaut d’avoir trouvé le Paradis, Quesada savait qu’il avait quitté l’Enfer.

Extrait d'or et d'émeraude  

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