Lamartine et la Flandre

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Lamartine et la Flandre

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Association MĂŠmoire Hondschootoise

Lamartine et la Flandre

2019 3


AVANT-PROPOS

2019 marque l’année des commémorations liées à la disparition d’Alphonse de Lamartine survenue il y a 150 ans.

Diverses manifestations ont ponctué l’année : balade contée, conférence, exposition, concert-lecture… menés et organisés par les municipalités d’Hondschoote et de Bergues ainsi que par les associations locales. Il en est de même pour les travaux menés par notre association qui souhaitait à sa façon honorer l’écrivain, le poète, l’historien et l’homme politique qu’était Alphonse de Lamartine, en remémorant le souvenir Lamartinien et l’héritage laissé par celui-ci sur l’ensemble de notre territoire. Ce souvenir Lamartinien qui n’a guère disparu de nos mémoires collectives puisqu’en 1913 et 1933, on évoque ces souvenirs lors des fêtes Lamartiennes qui se sont déroulées à Bergues. Pour ce faire, nous avons projeté la mise en place d’une brochure lieux de mémoire en se posant la problématique suivante : Que reste-t-il d’Alphonse de Lamartine sur les terres de Flandre ? Très vite, nous avons réalisé un listing des lieux rappelant le passage de ce personnage illustre, de ses dons et parfois même de lieux qu’il a côtoyé lors de ses passages en terre flamande. Mettant ainsi en lumière ces lieux de mémoire, leurs histoires et des anecdotes. Mais aussi le parcours de l’homme politique que rien ne prédestiné à un passage sur nos terres flamandes. C’est par une rencontre entre sa sœur Marie-Eugénie et son mariage avec un jeune officier des armées Bernard Coppens d’Hondschoote stationné en Saône-et-Loire, lors de l’année 1816, que le destin de Lamartine sera étroitement lié à la Flandre. Son premier séjour à Hondschoote datant de 1822. La Flandre est ce que l’on peut considérer comme le berceau de la vie politique de celui qui deviendra tour à tour député du 7e collège du Nord (Bergues) de 1833 à 1837, député du 1er collège de Saône-et-Loire (Mâcon-ville) de 1837 à 1848 et de 1849 à 1851, député des Bouches-du-Rhône de 1848 à 1849 et conseiller général du canton de Mâcon Nord de 1833 à 1851. C’est sa sœur et son beau-frère qui le poussent à s’engager en politique et à se présenter à la députation du 7e collège du Nord, faisant ainsi jouer de leurs relations pour faire connaître le candidat Lamartine. C’est ainsi qu’il put bénéficier du soutien et de l’amitié de Jean Louis Debuyser et par la suite de Caroline Angebert. Malgré les soutiens obtenus, la première candidature de 1831 est un échec. Il est battu de 8 voix. Une défaite qui le laissera amer et qui donnera naissance à la fameuse 4


« Réponse à Némésis » répondant à son détracteur le poète Barthélemy. Il se représente aux élections de 1833 et de 1834 qui seront un véritable succès pour lui. Le 7e collège du Nord s’étend sur le territoire des cantons de Bergues, Bourbourg, Gravelines, Hondschoote, Wormhout. Il n’y a donc rien d’étonnant de retrouver des lieux de mémoire consacrés à Lamartine dans les villes et villages d’Hondschoote, Bergues, Rexpoëde, Esquelbecq, Armbouts-Cappel et même Dunkerque. Lui qui a œuvré également au développement d’un territoire qui pour l’époque est encore en plein développement industriel, rural et commercial. Il défend par exemple à la tribune de l’Assemblée nationale la betterave sucrière, un sujet parfois décrié pour l’époque, certains préférant l’exploitation des sucres coloniaux, ou bien l’approfondissement du canal des Moëres, l’amélioration de la rivière de l’Aa et des canaux de la Colme et de Bourbourg, mais également l’amélioration du port de Dunkerque, ou l’obtention des fonds nécessaires au rétablissement de l’écluse de chasse 56, et l’empierrement des murs de la place et des fortifications de Gravelines. Ce territoire est aussi chargé d’Histoire et Lamartine ne l’oublie pas. En 1847, il sort « l’Histoire des Girondins » où il évoque les faces importantes de la Bataille d’Hondschoote (1793). Une œuvre qui seulement 4 mois après sa sortie est vendue à 25 000 exemplaires. Il n’est donc pas étonnant de retrouver l’extrait dans cette brochure. Nous voulions mettre en lumière via cette brochure certains écrits de Lamartine. Nous voulions également évoqués par l’intermédiaire de celle-ci les illustres personnes qui ont joué un rôle dans la carrière politique et la vie de Lamartine. C’est l’une des raisons pour laquelle nous trouvons des biographies telles que celles consacrées à Jean Louis Debuyser, Caroline Angebert, Bernard Coppens d’Hondschoote, Jean Vaast Delaroière, et évoquons la branche Coppens de Norlandt. Notre souhait aujourd’hui à travers cette brochure est de valoriser ces lieux de mémoire et de donner envie à de nombreuses personnes de se replonger dans un pan de notre histoire locale. Si tel est le cas, nous aurons la légitime satisfaction d’avoir fait besogne utile. Cela nous suffit. En vous souhaitant un agréable moment de lecture et de découverte au travers d’un pan de l’histoire de ce grand personnage.

Jean-François DEBLONDE - SADORGE Président de l’Association Mémoire Hondschootoise

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Dépouillement des votes de l’élection legislative de juin 1834 comptabilisant les voix obtenues par Alphonse de Lamartine. C//1268 - Dossier A113. Archives Nationales de France.

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Sommaire HONDSCHOOTE La maison Coppens Page 8 Église - Tableau «La Prophétie de Siméon» Page 10 Hôtel de ville - Tableau de la Bataille Page 12 Fontaine Lamartine Page 16 Tombe de Bernard Coppens d’Hondschoote Page 18 Tombe de Jean Vaast Delaroière Page 20

REXPOËDE Église - Cloche Lamartine Page 21 Château du Groenhof Page 22

ESQUELBECQ Château Page 23

BERGUES Buste de Lamartine Page 24 Hôtel de la Tête d’Or Page 27 L’Electeur Page 30

ARMBOUTS - CAPPEL Château Coppens de Norlandt Page 31

DUNKERQUE Buste de Caroline Angebert

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BIOGRAPHIES Henri de CAISNE Page 11 Jean Louis DEBUYSER Page 22 Caroline ANGEBERT Page 33

ÉCRITS DE LAMARTINE Bataille d’Hondschoote - Extrait de «l’ Histoire des Girondins» Page 12 «À Némésis» Page 28 7


HONDSCHOOTE

La maison Coppens

Sur la place de la ville d’Hondschoote, nous pouvons

aujourd’hui encore admirer la maison de la famille Coppens. C’est d’ailleurs dans cette habitation aux pignons à pas de moineaux qu’ Alphonse de Lamartine rend visite à sa sœur Eugénie, épouse de Bernard Coppens d’Hondschoote, lors de ces nombreux séjours dans la commune, comme en 1822, année de son premier passage dans la ville.

Pour connaître l’historique de cette habitation, il nous faut remonter en 1560, année durant laquelle les curateurs des biens du comte de Hornes, seigneur d’Hondschoote ont consenti à ce que la ville construise une nouvelle halle aux serges(1), sur l’emplacement de l’ancienne halle et prison de la ville. Cette construction est détruite en 1582, lors du pillage et la destruction de la ville par les troupes françaises(2). Il faut attendre 1584 pour qu’on la restaure. Cependant, on ne sait si cette halle aux serges survit aux nouveaux épisodes de pillage et incendie de la ville survenus lors des années 1657 et 1708.

Maison Coppens, 2019. Cliché Jean-François Deblonde.

Il faut attendre l’année 1750 pour que Jacques Josse Coppens, grand-père de Bernard, seigneur d’Hondschoote depuis 1749, s’intéresse à cet immeuble dont la fonction principale prit fin en 1712, suite à l’arrêt de toute fabrication mais aussi à la vente des plombs et marchandises à la ville de Bruges. Après mesurage et estimation de la maison, bâtiment et terrain, Jacques Josse Coppens obtient de la ville le tout pour la somme de mille douze livres, seize sous et trois deniers à la condition que si le commerce viendrait à reprendre, il restitue l’ensemble des biens à la ville afin que cet immeuble retrouve sa fonction d’origine. Jacques Josse Coppens fait de ce lieu l’une de ses nombreuses demeures, en sachant qu’il demeure principalement dans son château situé dans la rue de Furnes. À sa mort en 1783, cette habitation reste dans sa famille et le restera jusqu’en 1844. C’est en 1844, trois ans après la disparition de Bernard Coppens, qu’Eugénie de Lamartine entreprend les démarches pour que la ville déclare ses droits sur l’habitation défaillie. Finalement, la ville d’Hondschoote redevient propriétaire des lieux et la même année Eugénie quitte la ville pour s’installer de nouveau à Mâcon. 8


En 1866, le conseil municipal donne le nom de rue Coppens d’Hondschoote à cette partie de la place. C’est au cours du XXe siècle que ce nom de rue est transféré à son emplacement actuel remplaçant ainsi les dénominations de rue Neuve et rue du Nord. Collection Jean-François Deblonde.

Quelques marques de fabricants de sayes (1581-1609). Extrait du livre «Histoire d’Hondschoote» de Deblock et Siroen.

Jacques Josse Coppens, seigneur d’Hondschoote de 1749-1783. Cliché Jean-François Deblonde.

(1) À cette époque, la ville d’Hondschoote est réputée pour ses productions d’étoffes de laines, toiles à carreaux blancs, rouges ou bleus, très renommées dans la région et partout en Europe. Ces productions sont communément appelées serges et sayes. Rien qu’en 1581, on dénombre 3 024 fabricants dans la commune. Ce commerce et la fabrication sont à leur apogée dans les années 1623-1630 et on dénombre sur cette période pas moins de 20 000 communiants, 27 brasseries et 53 hôtelleries ou anciens cabarets. C’est à partir de l’année 1373, que la ville d’Hondschoote obtient du comte Louis de Male, comte de Flandre, une charte visant à protéger les productions hondschootoises de toute contrefaçon en accordant aux habitants la franchise de fabriquer des serges avec scel et plomb à ses armes. C’est d’ailleurs dans cette halle aux serges que l’on procède aux contrôles des productions et que l’on y pose un scel sur chaque marchandise produite. (2) Il faut attendre l’année 1668 pour que la ville d’Hondschoote passe définitivement à la France en vertu du Traité d’Aix-la-Chapelle, après avoir appartenu 78 ans à l’Autriche et 113 ans à l’Espagne.

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HONDSCHOOTE Église - Tableau «La Prophétie de Siméon»

En 1838, l’église de la ville d’Hondschoote se voit offrir un tableau peint sur toile qui

fut donné par le Gouvernement de l’époque à la demande de Lamartine.

Cette peinture appelée « Méditation de la Sainte Vierge » mais aussi « Prophétie de Siméon » représente la mère de Dieu méditant la douleur et la joie qu’elle éprouvera un jour. On y voit également figurer à la gauche de la Vierge des anges représentent l’harmonie céleste, et à sa droite d’autres anges représentent les tourments et la douleur. Le Gouvernement fait appel à Henri de Caisne (1799-1852), artiste peintre d’histoire, de genre et de portrait. C’est à ce dernier que l’on doit le portrait d’Alphonse de Lamartine et ses chiens (1839) conservé au Musée de Mâcon. Pour anecdote, ce cadeau fait à l’église occasionnera des frais que le budget de l’époque devra supporter. Lors de la séance du 19 décembre 1838, le conseil municipal vote un crédit de 198,82 francs afin de financer les frais d’emballage, les caisses et les frais de transport afin de rapatrier le tableau de Paris vers Hondschoote. Ce tableau arrive en ville quelques jours plus tôt, le 8 décembre, dans un état fortement endommagé. La municipalité se résout à faire appel à M. Pieters, artiste peintre et doreur de Dunkerque pour restaurer le cadre et placer le tableau dans l’église. Cette nouvelle réalisation oblige le conseil à voter de nouveau un crédit de 165,25 francs afin de financer les réparations. La Prophétie de Siméon La Prophétie de Siméon est un passage de la Bible qui nous renvoie à l’une des sept douleurs de la Vierge. Siméon y est décrit dans le récit de saint Luc comme un homme juste et pieux et qui avait l’Esprit Saint sur lui. Ce dernier venu au temple de Jérusalem afin d’avertir Joseph et Marie que leur fils Jésus est la lumière des nations. Il annonce également à Marie que son âme sera transpercée par une épée au pied de la Croix. Il s’agit là d’une allusion au passage de la passion. L’annonce de Siméon à la Vierge Marie constitue la première douleur de la Vierge, la faisant ainsi pleurer.

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Tableau «La Prophétie de Siméon» par H. de Caisne, 1838. Cliché Jean-François Deblonde.

Portrait d’Alphonse de Lamartine par H. de Caisne, 1839. Musée de Mâcon.

Henri DE CAISNE (1799 - 1852) Peintre

Artiste peintre d’histoire, de genre et de portrait, Henri de Caisne commence dès l’âge de 15 ans à étudier le dessin puis la peinture. L’année de ses 19 ans et sur les conseils de David, il quitte son Bruxelles natal pour s’installer à Paris et rentrer dans l’atelier de Girodot, avant de passer dans celui du Baron Gros. Il obtiendra quelques années plus tard le Grand Prix (1827) et une médaille l’année suivante. On lui doit notamment l’entrée de Charles VII à Rouen (1838) et l’Institution de l’ordre de saint Jean à Jérusalem (1842), tous deux exposés à Versailles, ainsi que le tableau Lamartine et ses chiens (1839), conservé au Musée de Mâcon. Il obtient la Légion d’honneur en 1842 avant de s’éteindre 10 ans plus tard à l’âge de 53 ans.

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HONDSCHOOTE Hôtel de ville - Tableau de la Bataille

Après s’être vu offert le tableau « La Prophétie de Siméon », la municipalité de l’époque

dont le maire n’est autre que Bernard Coppens, beau-frère de Lamartine, exprime sa profonde reconnaissance en adressant un courrier de remerciement au Ministre en date du 19 décembre 1838. Profitant de cette lettre de remerciement, elle émet le souhait d’obtenir une copie du tableau de la bataille d’Hondschoote exposé au musée national de Versailles pour le placer dans son hôtel de ville, comme un monument glorieux pour la ville. La municipalité met également en avant l’impossibilité pour elle d’effectuer cette dépense du fait des nombreux sacrifices et impositions extraordinaires effectués afin d’assurer les travaux de réparation de son église, la confection de chemins vicinaux et la reconstruction de son école communale. Cette demande sera acceptée trois mois plus tard par le Gouvernement grâce à l’intervention de Lamartine en faveur de la ville d’Hondschoote. Deux années plus tard, le conseil municipal vote un crédit de 255 francs afin d’assurer les frais de transport, d’emballage et d’emplacement afin de rapatrier le tableau de Paris vers Hondschoote. Cependant, il faudra attendre 1852 pour que ce tableau arrive dans la commune. Cette œuvre du peintre Hyppolite Bellangé datant de 1840 rappelle le principal théâtre du combat lors de l’effort de Houchard, des représentants et de la gendarmerie contre les troupes autrichiennes de Walmoden ainsi que l’importance de cette victoire pour la France en 1793. L’artiste y développe principalement le combat pour la prise de la redoute du moulin Spinnewyn. Lamartine aura l’occasion quelques années plus tard d’évoquer cet épisode de notre histoire dans l’un des huit tomes de « l’Histoire des Girondins » parus en 1847. Pour anecdote seulement 4 mois après la sortie de cet ouvrage, 25 000 exemplaires ont été vendus dont voici un extrait :

Bataille d’Hondschoote Extrait de «l’Histoire des Girondins», par Lamartine « M. Pitt, ministre de la guerre, qui n’attendait des autres nations européennes aucun effort énergique et sincère, voulut au moins assurer à l’Angleterre un point à la fois maritime et territorial sur

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Tableau «La Bataille d’Hondschoote» par H. Bellangé, 1840. Cliché Jean-François Deblonde. le sol français. Le siège de Dunkerque fut résolu. L’amiral Maxbridge eut ordre de faire préparer une escadre pour foudroyer la place pendant que le duc d’York l’attaquerait par terre. L’armée Anglo-hanovrienne s’avança par Furnes et se divisa en deux corps, dont l’un, sous le commandement du duc d’York, assiégea Dunkerque; l’autre, sous les ordres du maréchal Freytag, occupa la petite ville d’Hondschoote et couvrit ainsi l’armée assiégeante. Ces deux armées comptaient au moins trente-six mille combattants. Elles étaient liées à l’armée du prince de Cobourg par le corps d’armée du prince d’Orange, fort de seize mille combattants. Le général Houchard, qui commandait en chef l’armée française du Nord, reçut de Carnot l’ordre de délivrer Dunkerque à tout prix. Cette place, hors d’état de se soutenir longtemps, faisait des prodiges de patriotisme et de courage pour échapper à l’humiliation de se rendre aux Anglais. Jourdan, chef de bataillon peu de jours avant, aujourd’hui général par l’inspiration de Carnot, commandait un corps de dix mille hommes campés sur les hauteurs de Cassel, à cinq lieues de Dunkerque. Informé des projets de l’ennemi sur cette ville, il y était accouru, avait présidé aux dispositions de défense, et en retournant à sa division de Cassel, il avait laissé le commandement de Dunkerque au général Souham. Un officier, dont le nom ne devait pas tarder à éclater dans nos guerres, Lazare Hoche, assistait le général Souham dans les soins de la défense. Ce jeune homme se signalait au coup d’oeil de Carnot par une ardeur et par une intelligence qui sont le crépuscule des grands hommes. Carnot détacha quinze mille hommes des meilleurs soldats de l’armée du Rhin, et les envoya au général en chef de l’armée du Nord pour donner du nerf aux recrues qui composaient en masse cette armée. Carnot vint lui-même apporter à Houchard l’esprit et le plan des opérations difficiles dont le Comité du Salut public le chargeait.

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Houchard s’avanca à la tête de quarante mille hommes contre la ligne des Anglais. En passant à Cassel, il rallia les dix mille hommes de Jourdan et marcha sur Hondschoote. Le duc d’York et le maréchal Freytag s’étaient fortifiés dans cette position. Leur flanc droit s’appuyait sur Bergues, leur gauche sur Furnes, leur centre sur les moulins, les redoutes, les haies, les murs crénelés dont ils avaient à loisir hérissé Hondschoote. Ils étaient adossés ainsi à l’immense marais des Moëres qui s’étendait entre Hondschoote et la mer. Des chaussées faciles à couper y assuraient leur retraite ou leur communication avec le corps sous Dunkerque. Il semblait impossible d’aborder l’ennemi dans cette position. Le duc d’York, Freytag, Walmoden se reposaient avec une entière sécurité sur la force de cette assiette et sur le nombre de leurs troupes. Ils ne cessaient cependant d’accuser la lenteur de l’amiral Maxbridge à exécuter les ordres de M. Pitt et à conduire devant Dunkerque l’escadre qui devait seconder les assiégeants. Cette escadre ne paraissait pas en mer. Une flotille de chaloupes canonnières françaises, embossées dans la grande rade de Dunkerque, labourait incessamment de ses projectiles les dunes de sable où campait l’armée anglaise. Le 6 septembre, les avant-postes des deux armées se heurtèrent à Rexpoëde, gros village entre Cassel et Hondschoote. Jourdan, dispersant tout ce qui se trouvait devant lui, avait balayé la route et les villages jusque-là, et faisait halte pour passer la nuit. Trois bataillons occupaient le village. Le corps principal de Jourdan campait en arrière, la cavalerie bivouaquait dans les prairies et les jardins. A la chute du jour, le général Freytag et le prince Adolphe, un des fils du roi d’Angleterre, qui précédaient de quelques pas leurs troupes, tombèrent dans ces bivouacs et furent faits prisonniers par les Français. Walmoden occupait Wormhoudt. Informé de la présence des Français à Rexpoëde, il quitta à minuit sa position, fondit sur Rexpoëde, dispersa l’avant-garde des trois bataillons, délivra Freytag et le prince Adolphe, et faillit prendre le général Houchard et les deux représentants du peuple, Delbrel et Levasseur, qui venaient d’arriver et qui soupaient dans ce village. Jourdan, accouru aux coups de fusil, ne put que sauver son général en chef et les représentants. Les trois bataillons engagés dans le village se débandèrent et furent recueillis par le général Collaud qui bivouaquait à Oost-Cappel. Jourdan, après de vains efforts pour rentrer dans Rexpoëde, revint dans la nuit rejoindre Houchard et les représentants à Bambecque. Son cheval criblé de coups de fusil tomba mort sous lui à la porte du village. Walmoden, après cette heureuse rencontre, replia sa division sur Hondschoote, et ranima par ses récits la confiance de l’armée anglaise. Le 7, Houchard groupa ses forces. Il reconnut de plus près la ville et les avant-postes d’Hondschoote. Un excès de prudence l’engagea à détacher une de ses divisions pour observer les vingt mille Anglais campés sous Dunkerque. Il se dissémina et s’affaiblit ainsi. Tous ces généraux vieillis dans la routine oubliaient qu’une victoire donne tout au vainqueur. Le 8, il attaqua. Freytag, blessé l’avant-veille à Rexpoëde, était incapable de monter à cheval. Walmoden commandait. Il avait déployé son armée dans les prairies en avant d’Hondschoote. Du côté des Français, Collaud commandait la droite, Jourdan la gauche, Houchard le centre, Vandamme l’avant-garde. Une redoute de onze pièces de canon couvrait la ville et battait à la fois la route de Bergues. Une autre redoute balayait la route de Warhem. Les abords de ces redoutes étaient inondés. Il fallait les enlever en marchant dans l’eau jusqu’à la ceinture, exposés pendant dix minutes au feu des pièces et des bataillons couverts par des murs et par des taillis. Houchard, qui ménageait ses troupes, usait le feu, et perdait le jour à des attaques chaudes, mais lentes, qui ne permettaient pas à un corps de son armée de dépasser l’autre, et qui, en ne compromettant rien, perdaient tout. Le représentant du peuple Levasseur, militaire ignorant, mais patriote intrépide, ne cessait de gourmander le général, de lui demander compte de chacun de ses ordres, de le menacer de le destituer s’il n’ombtempérait pas à ses observations. A cheval à la tête des colonnes, passant de la gauche au centre et du centre à la droite, Levasseur, revêtu de l’écharpe tricolore et le panache flottant sur son chapeau, faisait rougir les soldats et trembler les généraux. Il montrait d’une main Hondschoote en avant, et de l’autre la guillotine en arrière. La Convention avait ordonné la victoire, la patrie voulait sauver Dunkerque. Levasseur n’admettait pas de discussion, même avec le feu. 14


Au moment où il haranguait au haut d’un tertre une colonne hésitante, engagée et foudroyée dans le chemin creux de Killem, un boulet de canon brise les reins de son cheval. Levasseur tombe, se relève, se fait amener un autre cheval, et s’aperçoit que le bataillon s’est arrêté.- Marchez toujours, dit-il, je serai à la redoute avant vous. - Et il se replace à leur tête. Il rencontre Jourdan blessé, perdant son sang et s’indignant comme lui de l’indécision du général en chef. - Qu’allons-nous devenir avec un pareil chef ? s’écriait Jourdan; il y a deux fois plus de monde pour défendre Hondschoote que nous n’en avons pour l’attaquer.- Jourdan, lui dit Levasseur, vous êtes militaire, dites-moi ce qu’il y a à faire, et cela sera fait. - Une seule chose, dit Jourdan, et nous pouvons vaincre encore; cesser le feu, qui nous décime sans affaiblir l’ennemi, battre la charge sur toute la ligne et marcher à la baïonnette. Levasseur et Delbrel sanctionnent par leurs ordres l’inspiration de Jourdan. Jourdan lui-même, son sang étanché, s’élance en avant de ses colonnes. Un silence plus terrible que la fusillade règne sur toute la ligne française. Elle s’avance comme une vague d’acier sur les retranchements anglais. Quatre mille soldats ou officiers restent blessés ou morts dans les chemins creux, sous les haies, au pied des moulins à vent fortifiés qui entourent les redoutes. Les redoutes elles-mêmes abordées de front s’éteignent sous le sang des canonniers qui les servent. Collaud, Jourdan, Houchard, font avancer des canons et des obusiers à l’entrée des rues dont les retranchements s’écroulent sous les projectiles. Les Hanovriens et les Anglais se replient, en bon ordre, défendant encore la place, l’église, l’hôtel de ville, criblés de boulets. Le vieux château d’Hondschoote, habité par les généraux ennemis, et depuis quelques jours témoin des fêtes de l’état-major anglais et hanovrien, est incendié par les obus. Cet édifice ensevelit sous ses toits, sous les pans des murs et dans ses fossés, des centaines de cadavres et le corps du général Cochenhousen, tué dans le combat. Assailli et forcé de toutes parts, excepté du côté de la Belgique, Walmoden se retire, avec les débris de son armée, sur Furnes. Le duc d’York, qui avait assisté et combattu de sa personne à Hondschoote, se porte au galop à travers les marais des Moëres à son camp de Dunkerque, pour aller lever le siège. Houchard, malgré les observations de Jourdan et des représentants qui le conjuraient d’achever sa victoire et d’en cueillir le fruit en poursuivant les Hanovriens sur la route de Furnes et en coupant ainsi en deux l’armée ennemie, s’endormit deux jours à Hondschoote. Cette manoeuvre, aussi simple que facile, enfermait l’armée assiégeante du duc d’York entre les remparts de Dunkerque et les quarante mille hommes victorieux de Houchard. Pas un Anglais n’eût échappé. La mer était aux Français. Hoche et une garnison intrépide étaient dans Dunkerque. Les dunes de cette place eussent été, en deux heures de marche, les Fourches Caudines de l’Angleterre. Le général ne vit pas ou n’osa pas toute sa fortune. Il laissa l’armée du duc d’York filer en paix le long de la mer, par une langue de sable qui joint Dunkerque à Furnes, et se renouer en Belgique au corps de Walmoden et du prince d’Orange. Houchard, vainqueur, se conduisit en vaincu et regagna Menin au milieu des murmures de son armée.

Estampe «La Bataille d’Hondschoote» par J. Delorge, 1802. Bibliothèque Nationale de France, Paris.

La nouvelle de la victoire d’Hondschoote combla de joie Paris. Toutefois, la Convention reprocha comme une trahison au général victorieux sa victoire. Ses Commissaires à l’armée du Nord, Hentz, Peyssard et Duquesnoy, destituèrent Houchard et l’envoyèrent au Tribunal révolutionnaire. «Houchard est coupable» disaient-ils à la Convention, de n’avoir vaincu qu’à demi ; l’armée est républicaine, elle verra avec plaisir qu’un traître soit livré à la justice et que les représentants du peuple veillent sur leurs généraux. Houchard fut condamné à mort et monta à l’échafaud le 16 novembre 1793.» 15


HONDSCHOOTE

Fontaine Lamartine

Dès

l’année 1809, la municipalité Hondschootoise envisage la construction d’une grande citerne publique afin d’alimenter en eau la population de la commune dans les périodes de sècheresse. Le 6 juillet 1810, on procède à l’ouverture des travaux de construction de cette grande citerne ayant une contenance de 1500 à 1600 hectolitres, récoltant les eaux de pluie de l’église, située à l’est de celle-ci. Escorté d’un détachement de la force armée et précédé d’un certain nombre de musiciens, le conseil municipal se transporte au lieu désigné pour l’exécution des travaux. Là, l’entrepreneur de la construction présente au Général Gigaux, maire de 1804 à 1813, la première pierre à poser dans laquelle se trouve incrustée une médaille de forme circulaire dont les faces portent les inscriptions suivantes « Ville d’Hondschoote, citerne publique construite en 1810 » et « par les soins du Général Gigaux, maire ».

Fontaine Lamartine, 2019. Cliché Jean-François Deblonde.

C’est à cette date que la première pierre est posée à l’angle nord de la citerne sous les acclamations et les applaudissements d’un grand nombre de la population. Il faut attendre l’année 1821 pour que des travaux de charpente et maçonnerie pour la recouvrir soient entrepris. En 1835, Alphonse de Lamartine, alors député du Nord, offre à la ville les pompes de la grande citerne communale. Avant cette date, l’eau était puisée par des seaux. Seul un médaillon posé sur la fontaine portant les inscriptions « Ces pompes ont été données à la ville d’Hondschoote par Alphonse de Lamartine député du Nord. MDCCCXXXV. » nous rappelle cette donation. Médaillon de la fontaine, 2019. Cliché Jean-François Deblonde. 16


Plan d’élévation de la citerne publique, 1809-1812. Archives départementales du Nord, 303O102.

Plan d’élévation de la citerne publique, 1809-1812. Archives départementales du Nord, 303O102. 17


HONDSCHOOTE

Tombe de Bernard Coppens

En

parcourant les allées du cimetière d’ Hondschoote, nous pouvons aujourd’hui encore retrouver la tombe de Bernard Coppens d’Hondschoote. Issu d’une riche famille de négociant occupant une place importante dans la politique municipale, le commerce et les institutions portuaires de la ville de Dunkerque, il voit le jour le 4 février 1787 à Dunkerque. Fils de Bernard Pierre Coppens (1731-1793), licencié en droit, avocat en parlement, écuyer, ancien échevin et bourgmestre de la ville de Dunkerque, chevalier de l’ordre du roi, gouverneur de la ville d’Hondschoote (1766), lieutenant général civil et criminel de l’Amirauté de Flandre, procureur du roi, seigneur d’Hondschoote, d’Hersin-Coupigny et autres lieux (1783-1793), grand bailly des ville et châtellenie de Bergues Saint-Winoc et administrateur du Directoire du district de Bergues, et de Marie Barbe Sabrié dit Naudy, plus connue sous le nom de «Générale Gigaux» (1751-1831). Petit-fils de Jacques Josse Coppens et de Anne Marie Bart, nièce du fameux corsaire.

Tombe de Bernard Coppens époux de Marie-Eugénie de Lamartine. Cliché Jean-François Deblonde.

À l’âge de 6 ans, il est orphelin de père. Sa mère se remarie avec le Général Gigaux, général de brigade à la retraite, commandant le secteur de Bergues et d’Hondschoote et lors de la bataille de 1793. Ce dernier va interpeller l’empereur Napoléon Ier pour que son beau-fils puisse entrer à l’école de Fontainebleau afin de faire son entrée dans les services armées. En 1805, il entre donc au service militaire en qualité de lieutenant dans la 4e Légion du Nord. Il gravira les échelons en devenant capitaine (1808), chef de cohorte (1809), puis capitaine dans les gardes nationales impériales, devenus le 7e régiment de Bataillon attaché au prince de Neufchatel (1813). Il passe au 8e régiment de ligne quelques mois plus tard. C’est ainsi qu’il réalise la campagne militaire au nord de l’Espagne de 1811 à 1812, qu’il intègre également la Grande Armée (1813) et participe au siège de Van Lad (1814). Son parcours militaire lui permet d’être nommé à la Légion de Saône-et-Loire le 9 décembre 1815. En 1816, il fait la rencontre de la jeune sœur d’Alphonse de Lamartine, tombe éperdument amoureux d’elle et l’épouse le 24 août 1816 à Mâcon.

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Sa carrière militaire prend fin en 1831, suite à sa démission pour des raisons de santé, il est à cette date lieutenant-colonel d’État-Major. Son parcours militaire est ponctué par de nombreuses décorations, il est nommé Officier de la Légion d’honneur (1820), Chevalier de Saint-Louis (1822) et Chevalier de l’ordre de Saint-Ferdinand d’Espagne. Avec son épouse, il s’occupe très activement de la carrière politique de son beau-frère qui, après un échec en 1831, est élu en 1833 comme député de Bergues, réélu en 1834 ainsi qu’en 1837. Il est également nommé maire de la Ville d’Hondschoote en 1832, charge qu’il occupera jusqu’à sa mort, et chef de la Garde nationale. Il décède le 12 juillet 1841 à Hondschoote dans sa 54e année, laissant une femme et un fils Auguste Coppens d’Hondschoote (1819-1894) qui occupera la fonction de Directeur Général des contributions directes au Ministère des finances. Localisation de la tombe : Ancien cimetière - Carré D – Allée 4 – Emplacement n° 1.

Marie Barbe Sabrié dit Naudy dite «La Générale Gigaux», tableau exposé dans la salle des mariages de l’Hôtel de ville d’Hondschoote. Cliché Jean-François Deblonde.

Marie-Eugénie de Lamartine épouse de Bernard Coppens. Illustration du livre «Lamartine et la Flandre» d’Henry Cochin, 1911.

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HONDSCHOOTE

Tombe de Jean Vaast Delaroière

En continuant de parcourir les allées du cimetière

d’Hondschoote, nous pouvons y voir la tombe de Jean Vaast Delaroière, proche de Lamartine. Natif d’Hondschoote où il voit le jour le Ier février 1793, il effectue des études de médecine et devient docteur en médecine le 23 avril 1822. Ayant tourné ses études vers la science médicale en même temps qu’il effectue une carrière militaire, il est nommé chirurgien sous-aide de l’hôpital d’instruction du Val de Grâce, où il entre le ler novembre 1816. Très vite, il devient sous-aide major à l’hôpital de la garde royale avant de devenir aide-major au 54e régiment de ligne, avant de donner sa démission et de rentrer dans sa ville natale le 27 septembre 1822. Appelé à de nombreuses reprises à la tête de l’administration municipale où il occupe la fonction de maire d’Hondschoote (1828-1831,1841-1846, 1849-1862), il est également désigné pour le conseil d’arrondissement où il siége de 1833 à 1848, et pour le conseil général du département où il occupe les fonctions de conseiller général sur la période de 1848 à 1855.

Tombe de Jean Vaast Delaroière. Cliché Jean-François Deblonde.

Proche d’Alphonse de Lamartine, il l’accompagne lors de son voyage en Orient en 1832. Amateur de littérature et de philosophie, il publie en 1836 « Un voyage en Orient », ouvrage qu’il dédie à la population Hondschootoise, puis un exposé de la Philosophie physiologique de l’Homme (1843) et un traité analytique de l’Être en général et de l’Homme en particulier en 1863. Membre de la Société dunkerquoise pour l’encouragement des sciences, des lettres et des arts, il se voit publier un chapitre de ce dernier ouvrage «La Liberté et la Fatalité», et des vers écrits du lazaret de Semlim. Même les journaux de l’époque notamment « Le Propagateur » de Lille ont reproduit une partie de ses études sur la Décentralisation, bien que son œuvre la plus importante semble être son Traité analytique qui résume toute une vie d’études et de réflexions sur ce grave sujet. Il décède à Hondschoote le 2 septembre 1865 à l’âge de 72 ans. Localisation de la tombe : Ancien cimetière - Carré Allée – Emplacement n° 74 Bis. 20


REXPOËDE

Église - Cloche Lamartine

Située dans le clocher de l’église édifiée en 1160 et reconstruite en 1557, l’une des cloches datant de l’année 1833 a pour illustre parrain le député Alphonse de Lamartine.

Afin de célébrer la réussite électorale de Lamartine en tant que député de l’arrondissement de Bergues, Jean-Louis Debuyser, ami et fidèle soutien de ce dernier, avec l’appui du maire de l’époque M. Charles Deprey, eu l’idée de faire graver une cloche neuve qui serait inaugurée lors du retour joyeux du parrain. On fait appel à Gorlier, fondeur à Frévent, pour réaliser la cloche et l’inscription suivante : « En l’an 1833, j’ai été nommée : Alphonse – Omer – Charles, par M. AlphonseMarie-Louis de Lamartine, Député du Nord, et Dame Victoire Renée Dekester, épouse de Charles-Auguste Deprey, maire de Rexpoëde. M. Verriele, adjoint. Gorlier, fondeur à Frévent ». Au-dessus de l’inscription est gravé un crucifix au pied duquel est agenouillée sainte Madeleine, à gauche, la Vierge portant l’enfant Jésus, à droite, saint Omer, patron de la paroisse. De l’autre côté de la cloche, on peut y voir l’inscription suivante « J’ai été bénie par M. Louis Marissael, curé dudit lieu ».

Et pourtant la première inscription aurait pu être différente car on proposa à Lamartine de dénommer la cloche « Julia », prénom de sa fille morte au cours de son voyage en Orient, mais ce dernier refusa. Cette cloche est baptisée un an plus tard, en 1834, en présence de l’illustre parrain qui tenait absolument à être présent lors de la cérémonie.

La cloche de Rexpoëde. Illustration du livre «Lamartine et la Flandre» d’Henry Cochin, 1911. 21


REXPOËDE

Château du Groenhof

Situé sur une ancienne parcelle de terrain marécageux encore cultivée au milieu

du XVIIIe siècle, le terrain est acheté le 23 octobre 1767 par M. Michiels, avocat en Parlement, échevin de la ville et territoire de Dunkerque et son épouse qui y font construire une maison et des bâtiments de ferme. Il faut attendre l’année 1810 pour que Jean Louis Debuyser et son épouse achètent la propriété incluant une maison, une ferme et plusieurs hectares de terres pour y établir leur résidence secondaire. À cette époque, la maison est entourée d’un petit jardin et de plans d’eau. C’est d’ailleurs à Debuyser que l’on doit le jardin de style anglais que l’on retrouve encore aujourd’hui. Le couple Debuyser-De Baecque, ami et soutien de Lamartine, le recevra à plusieurs reprises dans cette habitation. Témoin précieux de l’évolution du village et des nombreuses générations d’une même famille qui s’y sont succédées, il est également le témoin des événements liés à la Première Guerre mondiale en accueillant le Quartier Général du Général Anthoine, commandant de la première armée française sur la période de juin-septembre 1917. Après de multiples péripéties, cette propriété appartient aujourd’hui à une Américaine depuis 2018. Jean Louis DEBUYSER (1774 - 1847)

Maire de Les Moëres - Ami de Lamartine Fils de cultivateur originaire de Terdeghem, il épouse le 12 janvier 1804 à Dunkerque Marie-Thérèse de Baecque, fille de négociant Dunkerquois. Il est alors maire des Moëres chargé par la Compagnie des frères Herrewyn des travaux d’assèchement dans la partie française du village de nouveau inondée depuis les événements de 1793. C’est ainsi qu’en 1826, il achève complétement le dessèchement du village qui voit des maisons se grouper autour d’un clocher : le village des Moëres est reconstitué. Il est fait Chevalier de la Légion d’honneur le 30 octobre 1816 et obtient deux ans plus tard du Conseil Général du Nord l’exonération d’impositions durant 20 ans pour tous les propriétaires qui poursuivent l’assèchement de leurs terres. De 1802 à 1847, la population du village passe d’environ 120 à 900 âmes. En 1832, il abandonne ses fonctions de maire et s’installe à Dunkerque mais aussi à Rexpoëde dans sa maison de campagne. Proche de la famille Coppens, il devient un ami de Lamartine et surtout son plus fidèle soutien, jouant de ses relations afin de le faire élire. Il subsiste encore aujourd’hui de nombreuses traces de leurs échanges épistolaires. 22


Château du Groenhof, vers 1913. Collection Jean-François Deblonde.

ESQUELBECQ

Château

Édifié au XV siècle et reconstruit en 1606, le château e

d’Esquelbecq est l’un des derniers vestiges les plus représentatifs de l’architecture flamande en France. Il a conservé son plan médiéval puisqu’il possède encore aujourd’hui la forme d’un quadrilatère flanqué de huit tourelles. Un liseré de pierres blanches le ceinture à mihauteur. Entouré de douves, on y accède par deux ponts. En 1816, ce château et les terres sont achetés par le négociant Charles Louis André Colombier-Batteur. Ce dernier deviendra maire de la commune de 1830 à 1847 et apparaîtra sur la même scène politique que Lamartine candidatant également au poste de député de l’arrondissement de Bergues. Tous deux battus lors de l’élection de 1831, une véritable amitié naît entre les deux. Lamartine viendra régulièrement au château pour rendre visite à Colombier et sa famille, il y sera même herbergé.

Château d’Esquelbecq, au début du XXe siècle. Collection Jean-François Deblonde. 23


BERGUES

Buste de Lamartine

Au cours de l’année 1913, du 80

anniversaire de l’élection de Lamartine, on réfléchit à un moyen de commémorer le souvenir Lamartinien. C’est les prémices des premières fêtes Lamartiniennes. Les secondes fêtes se dérouleront en 1933. e

Très vite, un comité d’action se met en place, prenant le nom de « Comité Lamartine », présidé par M. Henry Sapelier, maire de Bergues. Rapidement de nombreuses personnes viennent adhérer à ce comité : on y retrouve de nombreux élus du secteur et des membres de la famille de celui dont on commémore le souvenir. On crée également un comité d’honneur au sein même de cette société placée sous le haut patronage de M. Deschanel, de l’Académie française et président de la chambre des députés, et de M. Trépont, préfet du Nord. Le comité lance une souscription afin de financer deux monuments commémoratifs : le premier étant le buste que l’on placera sur la façade de l’hôtel de ville, l’autre étant une plaque qui sera placée sur la façade de l’Hôtel de la Tête d’Or, là où Lamartine écrira en partie sa fameuse réponse à Némésis.

Buste de Lamartine. Photographie du journal «L’Illustration» n° 3683 du 27 septembre 1913. CMUA, BRO 978.

Devant l’élan de générosité et l’accueil réservé à ladite souscription, le projet voit le jour. On fait appel à MM. Dameron, architecte, et Croix-Marie, sculpteur, pour réaliser le monument que l’on va incorporer après délibération à la façade de l’hôtel de ville. Le buste en marbre blanc est la reproduction de l’original de David d’Angers, grand ami de Lamartine. L’original est lui réalisé du vivant du poète puisqu’il date de 1830. Ces monuments sont inaugurés le 21 septembre 1913 lors des fêtes Lamartiniennes qui animent la ville. On note la présence de MM. Denys Cochin, de l’Académie française, Auguste Dorchain de la Société des gens de lettres, Henry Cochin, député et auteur du livre « Lamartine et la Flandre » paru en 1912 et Paul Deschanel, président de la chambre des députés, qui prononça un discours, l’un des plus parfaits de sa carrière selon le journal l’Illustration du 27 septembre 1913. 24


Inauguration du buste de Lamartine, 21 septembre 1913. Photographie du journal «L’Illustration» n° 3683 du 27 septembre 1913. CMUA, BRO 978.

Journal de Bergues du 23 septembre 1913 concernant les fêtes Lamartiniennes. Archives municipales de Bergues.

Bulletin de souscription concernant l’érection d’un monument à Alphonse de Lamartine, 1913. Archives municipales de Bergues. 25


Document de présentation consacré à la souscription concernant l’érection d’un monument à Alphonse de Lamartine, 1913. Archives municipales de Bergues. 26


BERGUES

Hôtel de la Tête d’Or

C’est dans l’une des chambres de l’Hôtel de la Tête

d’Or, que le 6 juillet 1831 à la suite d’une défaite électorale Lamartine improvise et écrit sa réponse à Némésis pour répliquer aux attaques du poète Barthélemy. On peut encore lire sur une plaque commémorative apposée sur la façade « Dans cette maison, au soir d’une élection malheureuse, Lamartine improvisa pour répliquer aux attaques du poète Barthélemy l’immortelle réponse à Némésis le 6 juillet 1831 : « j’ai pris la plume et j’écrivis tout d’une haleine ». Cette réponse que l’on dit écrite en une seule nuit sera plusieurs fois remaniée, comme en témoigne plusieurs exemplaires dont le plus ancien est rédigé à Hondschoote. La « Némésis » était une gazette en vers que publiait à Paris le poète Barthélemy. Il reproche à Lamartine d’avilir sa muse poétique en se compromettant avec la politique. Lamartine répond dans un poème ardent qu’il est des moments où il convient d’abandonner le lyrisme individuel pour affirmer les idéaux de liberté et intervenir dans le destin des hommes.

Statue de la façade de l’Hôtel de la Tête d’Or. Cliché Jean-François Deblonde.

Cette ode est imprimée à Dunkerque et on la distribue à une centaine d’exemplaires dont voici l’extrait :

Plaque commémorative posée sur la façade de l’Hôtel de la Tête d’Or en 1913. Cliché Jean-François Deblonde. 27


accable ! Fuis nos villes de boue et notre âge de bruit ! Lamartine Quand l’eau pure des lacs se mêle avec le sable, Le cygne remonte et s’enfuit.»

A Némésis (1831)

Honte à qui peut chanter pendant que Rome Non, sous quelque drapeau que le barde se brûle, range, La muse sert sa gloire et non ses passions ! Non, je n’ai pas coupé les ailes de cet ange Pour l’atteler hurlant au char des factions ! Non, je n’ai point couvert du masque populaire Son front resplendissant des feux du saint parvis, Ni pour fouetter et mordre, irritant sa colère, Changé ma muse en Némésis !

S’il n’a l’âme et la lyre et les yeux de Néron, Pendant que l’incendie en fleuve ardent circule Des temples aux palais, du Cirque au Panthéon ! Honte à qui peut chanter pendant que chaque femme Sur le front de ses fils voit la mort ondoyer, Que chaque citoyen regarde si la flamme Dévore déjà son foyer !

Honte à qui peut chanter pendant que les sicaires D’implacables serpents je ne l’ai point coiffée ; En secouant leur torche aiguisent leurs Je ne l’ai pas menée une verge à la main, Injuriant la gloire avec le luth d’Orphée, Jeter des noms en proie au vulgaire inhumain. Prostituant ses vers aux clameurs de la rue, Je n’ai pas arraché la prêtresse au saint lieu ; A ses profanateurs je ne l’ai pas vendue, Comme Sion vendit son Dieu !

poignards,

Jettent les dieux proscrits aux rires populaires,

Ou traînent aux égouts les bustes des Césars ! C’est l’heure de combattre avec l’arme qui reste ; C’est l’heure de monter au rostre ensanglanté, Et de défendre au moins de la voix et du geste Rome, les dieux, la liberté !

Non, non : je l’ai conduite au fond des solitudes, La liberté ! ce mot dans ma bouche t’outrage ? Comme un amant jaloux d’une chaste beauté ; J’ai gardé ses beaux pieds des atteintes trop rudes Dont la terre eût blessé leur tendre nudité : J’ai couronné son front d’étoiles immortelles, J’ai parfumé mon coeur pour lui faire un séjour, Et je n’ai rien laissé s’abriter sous ses ailes Que la prière et que l’amour !

L’or

pur que sous mes pas semait sa main prospère N’a point payé la vigne ou le champ du potier ; Il n’a point engraissé les sillons de mon père Ni les coffres jaloux d’un avide héritier : Elle sait où du ciel ce divin denier tombe. Tu peux sans le ternir me reprocher cet or ! D’autres bouches un jour te diront sur ma tombe Où fut enfoui mon trésor. Je n’ai rien demandé que des chants à sa lyre, Des soupirs pour une ombre et des hymnes pour Dieu, Puis, quand l’âge est venu m’enlever son délire, J’ai dit à cette autre âme un trop précoce adieu : «Quitte un coeur que le poids de la patrie 28

D’implacables serpents je ne l’ai point coiffée ; Je ne l’ai pas menée une verge à la main, Injuriant la gloire avec le luth d’Orphée, Jeter des noms en proie au vulgaire inhumain.

Prostituant ses vers aux clameurs de la rue,

Je n’ai pas arraché la prêtresse au saint lieu ; A ses profanateurs je ne l’ai pas vendue, Comme Sion vendit son Dieu !

Non, non : je l’ai conduite au fond des solitudes,

Comme un amant jaloux d’une chaste beauté ; J’ai gardé ses beaux pieds des atteintes trop rudes Dont la terre eût blessé leur tendre nudité : J’ai couronné son front d’étoiles immortelles, J’ai parfumé mon coeur pour lui faire un séjour, Et je n’ai rien laissé s’abriter sous ses ailes Que la prière et que l’amour ! Que la liberté monte à ses premiers autels ? Tu crois qu’elle rougit du chrétien qui l’épaule, Et que nous adorons notre honte et nos fers Si nous n’adorons pas ta liberté jalouse Sur l’autel d’airain que tu sers ?


Va, n’attends pas de moi que je la sacrifie

Ni devant vos dédains ni devant le trépas ! Ton Dieu n’est pas le mien, et je m’en glorifie : J’en adore un plus grand qui ne te maudit pas ! La liberté que j’aime est née avec notre âme, Le jour où le plus juste a bravé le plus fort, Détrompe-toi, poète, et permets-nous d’être hommes ! Nos mères nous ont faits tous du même limon, La terre qui vous porte est la terre où nous sommes, Les fibres de nos coeurs vibrent au même son ! Patrie et liberté, gloire, vertu, courage, Quel pacte de ces biens m’a donc déshérité ? Quel jour ai-je vendu ma part de l’héritage, Esaü de la liberté ? Le jour où Jehovah dit au fils de la femme : « Choisis, des fers ou de la mort ! »

Que ces tyrans divers, dont la vertu se joue,

Selon l’heure et les lieux s’appellent peuple ou roi, Déshonorent la pourpre ou salissent la boue, La honte qui les flatte est la même pour moi ! Qu’importe sous quel pied se courbe un front d’esclave ! Le joug, d’or ou de fer, n’en est pas moins honteux ! Des rois tu l’affrontas, des tribuns je le brave : Qui fut moins libre de nous deux ?

Alphonse de Lamartine, vers 1828. Dessin réalisé à Rome.

Fais-nous ton Dieu plus beau, si tu veux qu’on l’adore ; Ouvre un plus large seuil à ses cultes divers ! Repousse du parvis que leur pied déshonore La vengeance et l’injure aux portes des enfers ! Ecarte ces faux dieux de l’autel populaire, Pour que le suppliant n’y soit pas insulté ! Sois la lyre vivante, et non pas le Cerbère Du temple de la Liberté !

Un jour, de nobles pleurs laveront ce délire ;

Et ta main, étouffant le son qu’elle a tiré, Plus juste arrachera des cordes de ta lyre La corde injurieuse où la haine a vibré ! Mais moi j’aurai vidé la coupe d’amertume Sans que ma lèvre même en garde un souvenir ; Car mon âme est un feu qui brûle et qui parfume Ce qu’on jette pour la ternir.

Une du journal «la Némésis», satire hebdmomadaire tenue par le poète Barthélemy de 1830. Bibliothèque Nationale de France. 29


BERGUES

L’Électeur

Le mois de septembre de l’année 1913 est ponctué

par les fêtes Lamartiniennes organisées à l’occasion du 80e anniversaire de l’élection de Lamartine au siège de député de l’arrondissement de Bergues. Cette même année marque la naissance du géant « l’Électeur de Lamartine » aussi appelé « Reuze Berguois ». Ce géant, on le doit à Maurice Ringot, sculpteur Berguois, à qui l’on doit également de nombreux monuments aux morts après le premier conflit mondial, tels que celui de Bergues, Rosendaël, dépositoire de Malo-les-Bains, et à son frère M.J. Ringot, entrepreneur. Mesurant 6,50 m de haut et pesant 250 kilos avec ses accessoires, il représente un électeur de Lamartine, habillé à la mode des années 1830, portant une redingote et un pantalon blanc. Sur la tête, un chapeau de castor appelé « haut-de-forme » qui lui donne un air majestueux. Souriant et malicieux, il porte également une cravate de « trente-six tours » et un parapluie de bourgeois. C’est ainsi qu’on pouvait le voir en 1913.

Défilé du Reuze Berguois, vers 1925. CMUA 13Fi6037.

Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale lui fut fatale. Après-guerre, on fait appel à Arthur Mangin, artiste local, afin de le reconstituer, à la maison Gervais qui a procédé au renouvellement de ses vêtements ainsi qu’à la maison Charpentier qui lui a confectionné un imposant parapluie. Depuis, le Reuze Berguois profite de nombreuses cures de jouvence comme en 2019 où l’on restaure ses vêtements et sa chaise.

L’ Électeur de Lamartine, 2019. Cliché Jean-François Deblonde. 30


ARMBOUTS - CAPPEL Château Coppens de Norlandt

Aujourd’hui

disparu, le château de la famille Coppens de Norlandt se trouvait au nord du village d’Armbouts-Cappel, au lieu-dit le « Castel Houck ». On peut situer son emplacement exact au coin nord-est de l’actuel lac d’Armbouts-Cappel. À l’origine, une propriété du XVIIe siècle appartenant à la famille Pynceville puis à la famille Tugghe à partir de l’année 1722, famille importante de Dunkerque du XVIIe et XVIIIe siècles, qui en fait sa maison de campagne. Cette propriété de 275 mesures passera dans les mains de Laurent Bernard Coppens (1714-1792), avocat en parlement, procureur de l’Amirauté de Dunkerque, vers l’année 1770. Sur la même période, il obtient des lettres de noblesse par le roi Louis XV en date du 4 septembre 1770. C’est la naissance de la branche Coppens dite de Norlandt. Il achète le 22 avril 1780 à M. Pierre Marie François Damplemaere, Seigneur D’Amplemare, officier au régiment des gardes françaises, une terre de 39 mesures à Armbouts-Cappel. La propriété passera ensuite aux mains de son fils Laurent Coppens (1750-1834), avocat, ancien échevin de Dunkerque, procureur du roi à l’Amirauté, président du Directoire du Département du Nord, maire de Steene à partir de l’année 1801, conseiller général et député. Ce dernier fait rebâtir l’ancien château de la famille Tugghe, modifier le verger et fait planter 6000 nouveaux arbres. Pour obtenir une description plus détaillée du domaine de Norlandt, il faut se référer aux écrits de Madame de Lamartine née Roys Françoise Alix. C’est là que le 26 août 1822 en visite préélectorale pour son fils Alphonse, y séjourne en compagnie de sa fille Marie-Eugénie et son beau-fils Bernard Coppens d’Hondschoote, cousin et neveu des Coppens de Norlandt. On apprend que le château avait l’aspect grave, distingué et un peu lourd de plusieurs constructions flamandes du XVIIIe siècle. Mais il était entouré d’un de ces beaux jardins, à forme régulière et d’équerre, où les Flamands du passé aimaient à combiner des dessins si particuliers. On apprend également que la maison est jolie, les jardins particulièrement beaux, des allées superbes, de belles pièces d’eau. Rajoutant « Il y a un air de grandeur qui me plait et me rappelle les lieux où j’allais dans ma jeunesse aux environs de Paris ». Au décès de Laurent Coppens, la demeure passe à son fils Laurent Auguste, avocat. Bien que né à Paris celui-ci y viendra s’installer sur la période de 1839 à 1844. Il fera ajouter une maison au domaine en 1842. Ce fils est également poète et un ami proche de Lamartine. Il publiera notamment les Algues (1836). Il ne reste aujourd’hui qu’une tombe pour nous rappeler le souvenir des Coppens de Norlandt à Armbouts-Cappel, celle du Baron Laurent Coppens et sa seconde épouse Jeanne Pétronille Durin au cimetière communal de la commune. 31


DUNKERQUE

Buste de Caroline Angebert

Le 26 octobre 1913 est inauguré un monument à la mémoire de Caroline Angebert.

C’est grâce à l’initiative de M. Seché, érudit et directeur des annales romantiques, qui un an auparavant fait sortir de l’oubli la fidèle amie et muse de Lamartine en lui consacrant une conférence. Avec l’appui de la Société dunkerquoise pour l’encouragement des sciences, des lettres et des arts et celui de la municipalité de Dunkerque, un comité et une souscription sont lancés pour mener à bien le projet et son financement. Pour ce faire, on fait appel à l’architecte David Bonpain, membre de la Société dunkerquoise et père de celui que l’on connait sous le nom d’Abbé Bonpain, pour la réalisation des plans, à Mlle Hortense Tanvet, statuaire et à M. Montagutelli, fondeur, pour réaliser le buste de bronze qui orne cette stèle. On y retrouve également un médaillon représentant Lamartine, d’après l’original de David d’Angers, qui est encastré dans la pierre.

Buste de Caroline Angebert, vers 1980. CMUA, 13Fi1225.

On installe cet ensemble dans le parc de la Marine devant un jet d’eau au milieu d’un massif de fleur. C’est ainsi qu’on pouvait l’admirer il y a une centaine d’années. Ce lieu n’est pas choisi par hasard car on a placé ce monument dans l’endroit même où Caroline Angebert aima tant se promener. Aujourd’hui encore on peut admirer cette stèle dans le parc de la Marine puisqu’elle échappa à la refonte lors de la Seconde Guerre mondiale.

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Médaillon d’Alphonse de Lamartine, d’après l’original de David d’Angers. Cliché Jean-François Deblonde.


Inauguration du monument à Mme Angebert, 26 octobre 1913. Photographie du journal «Le Nord Illustré» du 1er novembre 1913.

Caroline ANGEBERT (1793 - 1880)

Poètesse - Amie de Lamartine Originaire de la Seine-et-Marne et fille de fermiers du domaine seigneurial du Houssay, à Voulton, elle épouse à l’âge de 15 ans Claude Jacques Angebert, commissaire de la marine, qu’elle accompagne dans ses différentes affectations. C’est ainsi qu’en 1817, elle et son mari s’installent à Dunkerque pour une période de 18 ans. Durant la période où elle est domiciliée à Dunkerque, elle publie régulièrement dans les journaux dunkerquois tels que la Feuille d’annonces et la Dunkerquoise ses compositions. Réunissant autour d’elle un petit cercle d’amateurs de littérature et d’arts, elle fera la rencontre de Marie-Eugénie Coppens – de Lamartine avec qui elle se lie d’amitié. C’est ainsi qu’en 1825, elle fait la rencontre avec Alphonse de Lamartine, son idole, et qu’elle soutiendra lors de ses campagnes électorales en Flandre, même lors de sa défaite de 1831 en lui adressant un poème. Toute sa vie, elle défendra la position et les conditions de vie des femmes et son Alphonse en lançant notamment un appel à la générosité des lecteurs du journal de Provins avec son poème « Jadis en Béthanie » paru en 1858 afin d’aider son idole qui est en détresse financière. 33


Remerciements : Laurent VANDROMME du Centre de la Mémoire Urbaine d’Agglomération - Archives de Dunkerque. Olivier COULON de l’Association les amis de l’histoire de la Châtellenie de Bergues. Patrick DESCAMPS, conservateur du musée Mont de Piété de Bergues. Fabien SADORGE, pour son éternel soutien. Sources, textes, illustrations : Jean-François DEBLONDE - SADORGE Mise en page et couverture : Jean-François DEBLONDE - SADORGE Impression : 100 exemplaires Imprimerie Saxoprint EURL Septembre 2019 ISBN : 978-2-9559876-1-2 © Édité par l’Association Mémoire Hondschootoise Aucune partie de cet ouvrage ne pourra être reproduite ni diffusée sous aucune forme ni aucun moyen électronique, mécanique ou d’autre nature sans l’autorisation écrite des propriétaires des droits et de l’éditeur. 34



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