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C’ ÉTAIT IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS


Introduction

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Mon mémoire. Mes mémoires. Mes envies, mes rêves, mes souvenirs. Ceux des autres, aussi.

Le partage commence par ici. Le reflet de nous même, vague et lointain. Déformés par les nuits, et les années. L’enfance. C’ était il n’y a pas si longtemps. On l’a rêvée. On s’en souvient. Alors on observe. On ressent aussi. On s’en inspire. Des souvenirs, des rêves et des envies. La mémoire, c’est comme la cuisine. Le moindre ingrédient est important. Alors on mélange le tout. Une couleur. Un son. Un goût. Une sensation. Une matière. Le souvenir des cinq sens. L’éveil au pied de l’enfance. Le rêve avant l’acquisition du souvenir. La coïncidence de ces deux parties. Un point de vu personnel s’y prête. Ceux qui m’inspirent, ce qui m’attire. « Je me souviens» Georges Perrec. Ces mots se présentent sous la forme d’un objet intimiste et personnel. Unique et précieux. On se souvient que nous aussi, nous avons joué dans les champs. Et nous nous sommes construits sur des souvenirs. Envies après envies. Les raconter peut être une source de plaisir, et ils nous élèvent encore plus haut. Cependant, d’autres restent délicats. Pourtant, ils existent. Les ré-ouvrir semble être une épreuve. On y a cru, et on les a surmontés. Ils sont peut être plus cauchemars que rêves. Mais les bases sont à présent solides. Comme un enfant qui cache une boite à trésors, qu’il retrouvera peut être, des années après. Comme un journal intime que l’on prend plaisir à relire. Les montagnes d’hier se retrouvent détails d’aujourd’hui.

Première partie : « Souvenirs » C’ était il n’y a pas si longtemps. Seconde partie : « Rêves » Quand j’étais petite, j’y croyais.


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1. C’ ÉTAIT IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS LE SOUVENIR ANNETTE MESSAGER

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JEAN PIERRE LELOIR

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DADA

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LE BALLET MÉCANIQUE

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EDWARD KIENHOLZ

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IRINA WERNING

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DAVID HOCKNEY

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LE PETIT ECHO MALADE

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PHILIPPE DEBOGNIE

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PIERRICK SERVAIS

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RAYMOND DEPARDON

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RAYMOND DEVOS

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TACITA DEAN

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ANNETTE MESSAGER Plasticienne

« Mes trois nuits blanches » - 1990


Une seule nuit blanche parvient à affecter le système immunitaire. Les trois nuits blanches d’Annette Messager est une oeuvre datant de 1990. J’ai choisi d’interpréter cette installation selon mon point de vue. Seulement je présume qu’aucune directive n’est donnée, qu’il est donc possible de comprendre le travail d’ Annette Messager sous différents points de vue. Les trois nuits blanches représentent trois moments importants, liés à la vie intime d’une femme. À la transformation du corps. Les robes sont toutes trois à la fois proches, mais pourtant reflètent différentes étapes. La pureté de la femme est marquée par le blanc des tissus et fait écho au lit, aux draps et à la position allongée. Elles sont à chaque fois associées à de petites indications, rattachées par des ficelles qui tombent en cascade sur les vêtements. Ces indications font office de pensées, d’envies et de rêve à réaliser par la suite.

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se sont réduits, mais le nombre des envies et des rêves a continué de croître avec les années. L’évolution de la vie de femme est traduite à travers ces trois robes en tissus blanc. Le tissu s’enrichi au fur et à mesure des trois ages. Le rêve est traduit par les tissus, les ornements de jupons et dentelles, tandis que les indications qui apparaissent par dessus, touchent le domaine des souvenirs. Cette oeuvre ne ferme aucune porte aux émotions qu’elle propose.

La première nuit blanche est associée à la fin de l’enfance, à la première fois. La robe est la plus simple. Rien que le tissu, sans manche, tombant jusqu’aux chevilles de la femme. Les illustrations qui s’y rapportent, sont accrochées par un fil unique, les unes sous les autres sur toute la longueur. C’est la représentation de la jeunesse, de la pureté, de la légèreté, et de l’insouciance du lendemain. La seconde se raccorde à l’accouchement, le don de la vie. Une nouvelle étape importante. La robe comporte quelques dentelles ainsi qu’un jupon sur le bas. Des manches se sont rajoutées, Elle parait un peu plus ancienne que la précédente. Bien plus de ficelles supportent les indications qui se sont rajoutées en grand nombre par dessus ce deuxième vêtement. La sensation de cette robe rajoute le sérieux de la mère, à la fragilité de la première. La dernière nuit blanche correspond alors au stade de la vieillesse. L’attente sur le lit de mort. La robe est désormais légèrement jaunie par le temps qui a passé. La robe représente la sagesse de la vieillesse. Les manches sont plus larges comme pour cacher d’avantage la nudité tabou de la femme âgée. Les dentelles et jupons sont devenues nombreux, ainsi que les illustrations tenues par les ficelles. Les cadres

POURQUOI ?

Sentiment de légèreté. Facilement identifiables. Tissus de mensonges. Rêverie d’un autre temps. Mélancolique.


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JEAN-PIERRE LELOIR Photographe

Avec le temps... / Avec le temps, va, tout s’en va / Même les plus chouettes souvenirs, ça, t’as une de ces gueules / A la galerie j’farfouille dans les rayons d’la mort / Le samedi soir quand la tendresse s’en va toute seule

« Brel, Férré Brassens » - 1969

Et mon enfance éclata / Ce fut l’adolescence / Et le mur du silence / Un matin se brisa / Ce fut la première fleur / Et la première fille / La première gentille / Et la première peur / Je volais je le jure / Je jure que je volais / Mon coeur ouvrait les bras / Je n’étais plus barbare


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POURQUOI ? Trois artistes. Trois chanteurs Trois poètes. Chansons à textes et brassage de plusieurs générations sous leurs plumes. Sensibilités, souvenirs, certitudes et réalités affirmés. Un état d’esprit partagé, plus de 40 ans après. L’évasion de leurs paroles, prêtes à s’envoler. A rêver d’une liberté commune.

Des bateaux j’en ai pris beaucoup, / Mais le seul qui ait tenu le coup, / Qui n’ai jamais viré de bord, /Mais viré de bord, / Naviguait en père peinard / Sur la grande-mare des canards, / Et s’appelait les Copains d’abord / Les Copains d’abord.


DADA

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Mouvement artistique - 1914 -1924


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- Des mots - Démodé - Des modes - Des maux - Démonté - Démarquer - Des morts - Des motifs - Des mites - Décolorer - Décaper - Décapiter - Démentir les maux - Décourager - Des maladresses - Des mémoires - Décolorer des motifs - Démarquer des maladresses - Démentir les mots - Déchirer les masques - Démonter doucement - Des miracles - Des matelas découragés - Des mouches - Des mots démasqués - Déshabiller - Détourner - Détaler.

POURQUOI ? Le mouvement Dada est un mouvement artistique qui a fait basculer l’histoire de l’art. Détournement d’objet, dérision des artistes envers ce que l’on considérait comme étant de « l’art ». Utilisation de nouveaux supports, afin d’arriver à une certaine ouverture d’esprit sur le monde artistique.


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LE BALLET MECANIQUE Film - Inspiration futuriste, voire dadaïste

- George Antheil et Fernand Léger- 1924

Je me souviens. Un son. Un bruit. Un craquement. Un crissement. Un musique. Un vacarme. Un sonorité. Un symphonie. Un fracas. Un cri. Un crissement. Un silence. C’ était en 1924


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POURQUOI ? SurrĂŠaliste. Excessif. Bruyant.


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EDWARD KIENHOLZ Artiste - installations

« Roxy’s » - 1961

Posture de décadence qui gène. Qui marque. Traces d’empreintes et de souvenirs noirs. Une maison close, où il semblerait que le rêve n’a plus sa place. L’espace d’un semblant de vécu.


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Teint terne. Froideur du corps. Inexistant. Pendue à ces antécédents. Plumes défraîchies qui ne demandaient qu’à voyager. Cage de vie. Vie de grillage. Regard à l’abandon. Prêtée de main en doigts, de doigts en bouches. Soleil électrique. Obscurité qui dévoile. Ombres de larmes. Larme de froid. Chaleur moite. Sourire perdu. Cauchemar qui tente de caresser l’espoir.


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IRINA WERNING Photographe

« Retour vers le futur »

Avoir 9 ans.


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POURQUOI ? Avoir 25 ans. C’est l’accordéon qui a rétréci.

« Mais mon Père disait / C’est le vent du Nord / Qui portera en terre / Mon corps sans âme / Et sans colère » Jacques Brel - Mon père disait


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DAVID HOCKNEY Photographe

« Mother, Bradford Yorkshire » - 1982 Et elle nous raconte : « Je me souviens à l’école. Je me souviens de ces lignes d’écritures interminables. Des lignes de A. Puis des lignes de B. Et rentrer à la maison, la fierté dans le cahier, pensant devenir grand. C’est alors que le lendemain, le même cirque recommençait. C’ était tellement long de grandir. Il y avait 26 lettres à l’alphabet.»


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POURQUOI ? Elle est jeu de juxtaposition. Jeu de construction. Agrandie plusieurs fois, afin de créer une déformation, de la vieille fripée. Que l’on ne regarde plus. Que le temps a passé. Elle est devenue puzzle. Les rides, souvenirs. Chacune d’entre elles, se rappelle. Côte à côte, les carrés la recomposent. Ils signifient un instant heureux. Elle s’en souvient encore. C’était le temps du bonheur.


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LE PETIT ECHO MALADE Travail artistique sur la contrefaรงon

- Vincent Pianina & Lorenzo Papace.


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Définition de souvenir : Revenir à la mémoire. Se rappeler. Avoir de nouveau à l’esprit. Faculté d’évoquer des faits passés. Intérêt ou affection. Rancune ou reconnaissance. Expériences passées qui reviennent à ‘esprit. En mémoire. Narration des souvenirs. Impression qui demeure en tête. Souvenir agréable. Désagréable. Garder quelque chose à l’esprit.

POURQUOI ?

Création d’un monde. Des plus loufoques.


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PHILIPPE DEBOGNIE Illustrateur

« L’enfance, qui peut nous dire quand ça fini, qui peut nous dire quand ça commence.» - Jacques Brel.

J’écrirai le jeudi j’écrirai le dimanche quand je n’irai pas à l’école j’écrirai des nouvelles j’écrirai des romans et même des paraboles je parlerai de mon village je parlerai de mes parents de mes aïeux de mes aïeules je décrirai les prés je décrirai les champs les broutilles et les bestioles puis je voyagerai j’irai jusqu’en Iran au Tibet ou bien au Népal et ce qui est beaucoup plus intéressant du côté de Sirius ou d’Algol où tout me paraîtra tellement étonnant que revenu dans mon école je mettrai l’orthographe mélancoliquement Raymond Queneau - L’écolier.


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POURQUOI ?

L’instant d’un clic. L’instant d’une enfance. Immortaliser le moment présent. Et lui raconter. Des années ont passé. Qu’il est difficile de réaliser que c’ était il y a si longtemps. L’époque d’un enfant.


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PIERRICK SERVAIS Réalisateur

« J’ai vomi dans mes cornflakes » - Court métrage 2004. « Si les enfants veulent tous devenir astronautes, c’est pour se barrer de cette terre où ils devront vivre toute leur vie. Ensuite ils grandissent, oublient la NASA à cause d’un 5 et demie en math. Ils écoutent du blackmétal et vomissent la bière vendue par packs de trente. Ils se haïssent eux-mêmes sans trop savoir pourquoi. Le Lycée leur apprend les modalités de l’échec, de l’humiliation, de la clope, et du suicide. Ceux qui auront leur BAC se ruineront en malibu-coca. Puis, le soleil éclaire un peu plus leur chemin. Ils voient un peu mieux l’avenir parce qu’il n’y en a pas. Ils se psychanalysent eux-mêmes en découvrant que tout ça, ce n’est peut-être pas seulement de leur faute. Alors on se met à faire de la politique. Un autre monde est possible. Le changer serait tellement cool. Ils achètent des T-shirts avec des étoiles rouges, et trouvent le mot «révolution» très beau, ça ressemble à revolver, mais surtout à évolution. Ils arrêtent de manger du MacDo, refusent d’être français, ne regardent plus la météo ; de toute façon demain... Il pleuvra... » Texte et image : Pierrick servais - J’ai vomi dans mes corn flakes.


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POURQUOI ?

Pourquoi faire des théories trop longues. Pourquoi analyser l’adolescence en 3 tomes et 27 chapitres. Trois minutes trente-deux. Et raconter l’évolution. Les images parlent. « Il veut devenir astronaute ».


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RAYMOND DEPARDON Photographe

« La vie moderne » - 2008.


POURQUOI ?

« Quand j’étais petit. Je me souviens. Un matin d’octobre 1936. C’était un jeudi, je crois. Hé, Robert, tu te rappelles, toi? C’était il y a fort longtemps. Ton père n’était même pas né. » Mais eux, ils étaient déjà là.

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« Vers l’âge de douze ans, je passais plus de temps dans les greniers à rêver qu’à aider mes parents aux travaux agricoles. Je n’étais pas doué pour les études, ils s’inquiétaient pour mon avenir sans jamais venir me le reprocher. Pour ne pas leur faire de peine, j’ai le souvenir d’avoir fait un effort afin de réussir au moins mon certificat d’études. Mon frère, lui, était parti travailler à Grenoble : la succession de la ferme était vacante. » Raymond Depardon - Paysans


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RAYMOND DEVOS Humoriste

« Les enfants »


29 Un jour ... je m’apprêtais à traverser la rue et à coté de moi il y avait une dame qui s’apprêtait à le faire aussi qui se tourne vers moi et qui dit : - «Oh le beau petit garçon !» Moi, j’ai cru qu’elle s’adressait à un enfant qui devait se trouver derrière moi ... et que je devais cacher !br> Pas du tout ! C’était de moi qu’il était question ! Elle me dit : -»A ton âge ton papa te laisse sortir tout seul ?» Je lui dis : - «Mais madame il y a longtemps que je n’ai plus mon papa» Elle me dit : «Oh mon pauvre petit ! Donne-moi la main, je vais t’aider à traverser la rue.» Je lui dis : - «Mais madame vous vous méprenez ! Je ne suis plus un enfant ! - «Vraiment ?» - «Mais enfin madame, voyez ma taille ... ma corpulence ... je suis gros !» Elle me dit : - «Oh mais, il y a des petits gros !» Je lui dis : - «Un petit gros il y est gros mais petit. Moi je suis gros mais grand ! « Elle a fini par m’avouer que, comme elle n’avait jamais eu d’enfants, elle ne savait pas ce que c’était ! Je lui dis : - «Enfin, madame à votre âge !» Elle me dit : - «Mais quel âge me donnez-vous donc ?» Moi je lui donnais entre trente et trente-cinq ans ... Elle me dit : - «Je viens tout juste d’en avoir cinq !» Je lui dis : - «Et à ton âge ta maman te laisse sortir toute seule ?» Elle me dit : - «Il y a longtemps que je n’ai plus de maman.» Je lui dis :- «Pauvre petite ... Donne-moi la main !» Puis je l’ai aidée à traverser la rue. De l’autre coté de la rue, comme je lui lêchais la main, elle a pris la mienne et elle m’a accompagnée jusque devant chez moi. Devant chez moi, comme elle me lêchait la main, je l’ai prise par le bras et je l’ai accompagnée jusque devant chez elle. Et ce petit jeu a duré des semaines et des semaines ! Vous me direz : - «A quoi jouiez-vous?» - «Tantôt à la dînette, tantôt au cerceau ... Le plus souvent à la marelle !» Jusqu’au jour ou elle a voulu jouer au papa et à la maman . Là je lui ai dit: - «Ecoute, nous sommes encore un peu jeunes pour jouer à ce jeu-là !» Elle en était toute attristée. Pour la consoler, je lui ai promis que plus tard, quand on serait grand on se marierait ! En attendant je lui offert une poupée, pour qu’elle se familiarise tout doucement ! Alors ... quand on dit qu’il n’y a plus d’enfants ! Des petits peut-être ! Mais des grands ... !!!

POURQUOI ? La douceur des mots.


TACITA DEAN

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Photographe, dessinatrice, et créations d’installations

« The Russian ending »

La fin tragique. Des désastres réels ou supposés. Histoires tristes. D’autres fins mélancoliques. Rappel en chacun. A croire que le malheur nous rapproche.


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POURQUOI ? La douleur des fonds.


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Livret 1 LE SOUVENIR C’ ÉTAIT IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS Mémoire de fin de 1ère année - Mathilde Joly 2012 / 2013


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Mémoire de fin de 1ère année - Mathilde Joly 2012 / 2013

L'enfance - Souvenir  

1. C'était il n'y a pas si longtemps. Mémoire de fin de 1ère année à l'école de l'image.

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