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Condamné - Chapitre 1er Accident de parcours J'ai froid … Terriblement froid. Mon front est tétanisé par un frisson qui déambule tout au long de mon corps. Quand une larme vient à couler de mes yeux humectés par les innombrables larmes de haine et de peur qui en ont coulées, j'ai l'impression qu'il me sera impossible d'appuyer sur la détente. Le tuer serait me démolir moi-même et je ne fais pas référence au sens métaphorique du terme. Pourtant, il faut le faire ou il continuera, et je ne puis le tolérer. Mon fusil braqué sur sa tempe, on dirait désormais un des enfants qu'il a massacré, trucidé, torturé... Il parle, me supplie, me demande pardon, mais rien ne m'empêchera de faire ce que j'ai à faire : il doit disparaître. J'ai juré sur cet insigne que jamais un criminel ne m'échapperait, même s'il me fallait y laisser la vie ! - Pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ? Il ne répond pas, mais sa culpabilité est écrite sur son front! Il est trempé de sueur et de larmes jusqu'aux pieds. Il me regarde, à travers le miroir de la chambre. Tout ce que je vois dans l'ombre, c'est son œil de félin, aussi noir que peut l'être l'ébène et aussi brillant que l'est une perle. Je sais que je ne dois pas faiblir, que je ne dois pas avoir de pitié pour lui car, aussitôt je lui tournerai le dos, il reprendra le contrôle et se servira à nouveau des autres et de moi. Je le regarde alors une dernière fois, je le dévisage de haut en bas, et, j'appuie sur la détente... Comme le disent les rares personnes ayant approchées la Mort de près, ayant vu la faux s'abattre sur leur crâne jusqu'au moment où ils furent finalement sauvés ; toute sa vie, tout son être malsain, obscène et pervers, se reflète aujourd'hui dans ses yeux obstrués de sang, et toute cette réalité, je la vois au travers de son regard, au reflet du miroir, qui me montre, me rappelle, par la même occasion à quelle point mon existence fut futile et minable, cette vie durant laquelle je dut le poursuivre sans relâche, pour finalement arriver jusqu'à aujourd'hui, le jour où tout se finit, défilant dans ma tête comme la rediffusion d'un ancien feuilleton d'une époque lointaine. Ce qui me ramène alors à il n'y a pas moins de trois mois...


2 juillet 2007 18h44 Route 66, Illinois Un soleil de plomb, de plomb comme une balle, une balle comme celle d'un revolver ; un revolver comme celui-ci, ce revolver fourré dans son étui, cette étui de cuir couleur terre accroché à ma ceinture ; ma ceinture noire comme le noir de mon costume, comme le noir de ma cravate, comme le noir de mes chaussures brillantes, à l'inverse de ma chemise blanche, qui se confond avec ma peu pâlit par ce soleil de plomb. Mes cheveux châtains virevoltaient dans cette brise légère, laissant paraître mon front légèrement dégarni à la vison divine de ce monde. Mes yeux gris-bleus, transpercés par le soleil, semblaient de près comme de loin livide et me laissaient paraître sans âme, pourtant l'inverse opposé de ma personne. J'étais là, regardant l'horizon sur cette route où il n'y a pas âme qui vive. À côté de moi, mon partenaire, mon coéquipier, mon ami. Il s'appelait Jack. Il portait exactement le même costume que moi à la différence que le sien était bleu foncé. Il était accroupi, moi debout. Il regardait la voiture calcinée, moi l'horizon. Il cherchait quelque chose pouvant servir à les identifier, moi, je le regardais faire. Tout à coup, en fouillant dans la boite à gants, il trouva un petit carnet de chèque encore en état, ou presque. Pour dire vrai, tout ses bords avaient été noircis par les flammes mais le centre en avait réchappé. Jack lu la face avant du carnet qui tombait en morceaux noircis. Dessus, il y avait écrit en gros, en noir, difficile à remarquer puisque le bleu de fond était devenu d'un gris presque trop sombre, le nom d'une banque, une banque locale, sans importance donc. Juste en dessous se trouvaient deux mots écrits en blanc que je ne distinguais pas. - Elle s'appelait Jenyfer Thomson, affirma Jack en lisant le morceau de papier. Je pris un petit calepin dans la poche intérieur de ma veste, ainsi qu'un stylo à bille. J'écrivis le peu d'information qu'il me dicta. Lui, il s'enfouit dans la carcasse du véhicule et plongea au dessus du corps calciné de la jeune femme. Il regarda autour. Le toit, le sol, l'arrière. Rien. - Tu la vois ? m'écriais-je, impatient. - Non, toujours pas ! Peut-être que ce n'est qu'un banal accident. Ça arrive, tu sais ! - Non ! Il y en a forcément une ! Laisses-moi regarder ! Jack ressortit de la carcasse. Ses cheveux, habituellement d'une couleur d'un blond presque roux, reparurent à moitié blanchis par les cendres. Je mis mes gants blancs et un masque sur mon visage. Lui, il fit l'inverse. Il ne fallait pas laisser de traces. Il se releva et me tendit une lampe torche, de la taille d'un doigt, de la main droite. Je lui pris d'un air renfrogné. - Amuses-toi bien ! me dit-il en souriant, d'un ton ironique. Je n'y prêtai pas attention et m'accroupis. Je mis la lampe de poche entre mes dents et m'engouffrai dans la voiture sombre …


J'étais entré par le côté passager d'où il ne restait qu'un trou béant, la portière, qu'on avait retrouvée plus loin, ayant été arrachée. La femme était là, enfin une partie. En effet son bras était allongé délicatement sur le plafond. Plus loin, il y avait le reste de son corps, sur le siège du conducteur. Son corps était affalé sur le toit tel une larve. Sa tête était collée à la porte et ses jambes trainaient entre les deux sièges. Ses genoux étaient pliés et son corps, de noir était-il recouvert ou peut-être que sa peau était devenue ainsi. Je sortis mon appareil photo de ma poche de gauche et en pris une photographie. Ensuite, je le rangeai. Je regardai le pare-brise, enfin là où il était censé se trouver. Ce n'était pas étonnant mais il n'en restait plus rien. La tableau de bord était en plastique, désormais fondu. Des sièges, il ne restait qu'une carcasse métallique et quelques morceaux de mousse gris-jaune s'y attachant encore. Je regardai derrière ces derniers. Ne voyant rien, je les éclairai de ma lampe. Là bas, le même spectacle s'annonçait. Pourtant, une petite couverture me paru suspecte. Elle était bleue, un bleu pâle et délavé. Je la soulevai mais ce que je vis était si atroce que je le recouvris immédiatement. Un petit cri ressemblant plus à un souffle m'échappa. - T'as trouvé quelque chose ? s'écria mon coéquipier. - Kof kof … Il … il y a un bébé là dedans ! Effectivement, enveloppé sous les draps, un petit être rose recouvert d'un long pyjama bleu et blanc était présent entre le plafond et le siège de la conductrice, sûrement sa mère. Il était de dos mais sa tête était repoussé vers moi à cause du haut du siège. Il ne respirait pas, et avait la bouche grande ouverte. Jack ne m'avait pas répondu. Je m'apprêtais à lui parler quand il intervint de nouveau. - Vivant ? demanda-il comme s'il espérait une autre réponse. - Non - Je pris une profonde inspiration et avalai ma salive à trois reprise sentant une boule douloureuse s'enfouir dans mes entrailles -, on … on dirait qu'il a suffoqué ! Il n'a pas l'air brûlé. Je sortis encore mon appareil et pris l'enfant en photo pour garder une preuve de sa position initiale. Cela pourrait être important. Je le rangeai à nouveau et pris le nourrisson par l'épaule pour le retourner. Je découvris alors qu'il était marqué. En effet, le petit avait chacun de ses membres soigneusement tailladés aux extrémités de son corps. Ainsi, le bambin avait été découpé sur tout le pourtour de ses bras, au niveau des épaules, et de même au niveaux des cuisses et du cou. Mais ce n'était pas ça qui avait en fait attiré mon attention dès le début. C'était son ventre. En effet, son corps semblait teinté de rouge, un rouge vif, un rouge de vie. L'estomac de ce petit avait été complètement découpé … non ! Déchiqueté ! C'était affreux. Voir ces organes ayant encore un semblant de vie, voir ce sang couler là où il ne devrait pas, ce sang, symbole de vie, ou plutôt symbole de mort … Et pourtant, tout cela, me semblant affreux sur le coup, me réjouis … Et oui, il faut le dire franchement. Cela faisait des mois et des mois que je n'avais plus vu cela ! Je dois dire que cela me manquait. Résoudre des énigmes, étudier un profil, arrêter un meurtrier … C'était ma vie ! Désormais, j'en ressentais le besoin plus que n'importe qui d'autre, égoïstement, je le savais bien … En tout cas, c'était excitant ! Il fallait que je la vois. Maintenant ! Je ne pouvais pas les attendre. Je vérifiai alors si le gant blanc en latex, collant à la peau de ma main droite, était bien mit, en tirant dessus dans un bruit d'élastique. Je plongeai alors ma main recouverte dans les entrailles de l'enfant, les boyaux du bambin pâle, les restes de ce petit bonhomme innocent, mort. Gluant, mouillé, dur aussi parfois. J'avais les yeux fixés sur l'intestin grêle et le reste des organes visibles. On aurait dit un pays ravagé par la guerre. Le sang coulant, tout le monde à terre, livide …


Mes gants se teintaient peu à peu du rouge du liquide de cette mer de feu, je le savais. Parmi les organes juvéniles dont les plus énormes ne dépassaient pas la taille d'une pomme, mes doigts avançaient à tâtons. Soudain, caché sous l'estomac, je trouvai enfin ce que je cherchais. Petit, plat, dur, à moitié tordu, recouvert de quelque chose de plastifié. Un sourire glissa sur mes lèvres. Je ressorti ma main du champ de bataille gélatineux. Je tenais, entre mon index et mon pouce de latex, une petit carte blanche et vierge, soigneusement enrobée dans une pochette en plastique légèrement plus grande, trempée dans le sang, pliée sur le dessus et recollée avec un morceau d'adhésif. Je ne pu m'empêcher de laisser sortir de ma bouche asséchée un petit soupir de soulagement, de contentement, presque un rire. - T'as trouvé quelque chose ? s'écria Jack, tapotant du poing une des portières restantes devenue si molle qu'une marque rectangulaire y apparue. Je serrai le petit sachet dans ma main sans vouloir répondre un instant. Agacé, Jack frappa à nouveau la carlingue dans un écho métallique accompagné d'un « Oh ! » accusateur. J'adorais le taquiner un peu, qu'il s'énerve. Question de passer le temps, ça m'amusait. J'attendis encore un peu, juste pour le ré-entendre beugler tandis qu'un long sourire fendait en deux mon visage fatigué. Sous mes yeux globuleux, d'énormes rides étaient apparues depuis quelques semaines. Peut-être était-ce des cernes ? Il est vrai que je ne dormais plus ces temps-ci, trop excité, trop impatient, trop moimême à vrai dire. J'avais toujours été comme ça, durant toute ma carrière. Enfin, jusqu'à que je n'arrive ici, trois ans auparavant … - Je sors, affirmai-je en tournant la tête du côté de la fenêtre arrière, de façon à ce que Jack m'entende. Après avoir entendu l'habituel soupir de celui-ci, je me dégageai du siège arrière en passant entre les deux de devant, évitant au passage de m'appuyer sur la mère, et, serrant le sachet-plastique dans ma main recouverte d'un sang pâle, je sortis de la carcasse du côté passager, où je croyais encore devoir ouvrir la portière. Me voyant, Jack, une cigarette à la main, en prit une grande bouffée et rejeta une fumée grise de ses narines qui m'entoura telle un épais brouillard. J'attendis que celle-ci se dissipe un peu, l'écartant avec la main, pour retirer le masque de mon visage. - T'es sûr que c'est très prudent à côté de cet engin ? lui lançai-je en montrant la voiture d'un sourire en biais. - Elle a déjà explosée non ? ricana-t-il dans une seconde aspiration. Il lança ensuite sa cigarette, dont il ne restait pas plus de deux ou trois centimètres, sur le sol et, dans un autre souffle de fumée, il l'aplatit du pied en tournant du bout de sa semelle dans un grincement de cuir. - Penny m'a dit d'arrêter ! - Tu ferais peut-être mieux de l'écouter, non ? affirmai-je en retirant mes gants, échangeant la petit carte d'une main à l'autre sans la dévoiler. - Peut-être … me dit-il, sortant de la poche intérieur de sa veste un petit paquet cartonné d'où il tira un chewing-gum.


Voyant que je ne semblais pas comprendre, il ajouta : « Chewing-gum à la nicotine ! » et l'enfouit dans sa bouche d'une traite. - Ça doit pas vraiment être utile si t'arrêtes pas ! - Bof ! Du moment qu'elle, elle le pense. - Alors, tu les prends pourquoi ? demandais-je. - « Saveur Menthe Extra-forte », dit-il en me montrant l'avant du paquet avant de le faire disparaître sous sa veste. Faut dire que ça sert ! Il souffla vers moi, comme si j'aurais pu sentir son haleine, sûrement fraîche. En fait, pour dire vrai, je m'en foutais royalement ! Enfin, à cet instant … Je partis en direction de notre voiture de patrouille, dont la porte arrière gauche était ouverte, et ouvris une mallette métallique posé sur le siège. J'y rangeai gants, masque et lampetorche. Soudain, une sonnerie, peut-être une chanson, retentit. Se penchant sur la droite et regardant la poche de son pantalon, Jack fouilla cette dernière comme s'il n'y avait jamais mis un doigt et, au bout de quelques secondes, en sortit un petit téléphone portable qu'il ouvrit et colla contre son oreille. Une petite voix presque inaudible retentit, je fermai la mallette, la portière aussi, et lui, il ferma le clapet de son appareil et le laissa glisser dans sa poche. - Ils arrivent ! - Pas trop tôt ! clamai-je. Entoures le périmètre ! C'est possible qu'il y est beaucoup de … Je ne pus finir ma phrase. Jack s'était avancé vers moi d'un air sceptique, d'un pas nonchalant. Je le regardais en biais pour éviter son regard, pour éviter son jugement. Je sais, c'est un peu trop à dire. « Jugement ». Grand mot. Mais je vous assure que quand on le voit, on se croirait déjà dans un tribunal, là où une bonne dizaine de jurés, le juge et si ce n'est ceux qui assistent à la séance, vous foudroient de regards perçants en tout sens. Je vous assure que quand vous croisiez ces yeux couleur terre, vous pensiez déjà au châtiment quoi que vous ayez fait … - Et alors … ? dit-il en faisant un geste de la tête comme s'il cherchait quelque chose qui se cacherait derrière moi. Il est où ? Et justement, manque de chance, je croisai son regard juste en levant les yeux de quelques centimètres. Et oui, il s'était presque accroupi pour que j'y sois obligé. La petit carte plastifiée qui se trouvait encore et toujours étouffée dans ma main dut s'exhiber au jour. Je la lui montrai, la tenant entre l'index et le majeur, la brandissant au dessus de ma tête telle un trophée. J'entendis un long soupir qui ressemblait au souffle d'un cheval essoufflé après une course. - Crétin, me lança-t-il – Heureusement, j'y étais habitué -, tu pouvais pas attendre que les autres arrivent, hein ? J'aurais presque cru qu'il aurait cracher au sol, histoire de cacher un juron, mais rien. Il s'écarta, contourna la voiture, ouvrit le coffre et en sortit un énorme rouleau de bande jaune et quelques poteaux cylindriques assez petits. Je m'installai moi du côté conducteur, assis en travers, nez et jambes à l'air, la portière ouverte. De façon à sentir la brise fraîche quand je devrais réfléchir à la


question … *** Ma montre affichait désormais les 19 heures et quart passées. Les bruits de moteur retentissaient, quelques sirènes aussi. Des voitures de polices venaient d'apparaître à l'horizon, pas beaucoup à vrai dire, seulement quatre ou cinq, mais, ajoutées à d'autres voitures et fourgonnettes noires, les vitres tintées et arborant un gyrophare bleuté, ainsi qu'aux petites camionnettes des journalistes s'agglutinants derrière les autres, on jurait voir un mouvement de cavalerie. Quelques minutes plus tard, tous étaient arrivés. Des personnes, spécialistes en quelques sortes de choses, munis de gants en latex, de lunettes et de sorte de grandes combinaisons blanches qui les cachaient entièrement s'étaient précipités sur la scène désormais entourée par un cercle de plusieurs mètres de diamètre, dessiné par Jack avec les banderoles jaunes marquées de lettres noires : « Scène de crime – Interdit au public ».Certaines personnes toutes vêtues de noir et, accrochés à leurs ceintures, de badge du FBI, le Bureau Fédéral d'Investigation comme l'un d'eux aimait si bien le rappeler chaque fois qu'un simple policier débarquait, lui collant au nez sa plaque en argent, avaient été autorisées à entrer sur le lieu du crime. Les flashs des appareils photos illuminaient toute cette partie de la route et les journalistes qui couraient en tout sens autour du cercle jaune, un micro à la main devant leurs caméras, produisaient des bruits si violents que j'en avais mal au crâne. J'aurais eu envie de leur crier « Taisez-vous, bandes d'abrutis ! », mais, de quoi aurais-je eu l'air ? - Sortez du périmètre ! C'est au FBI d'intervenir ! Un homme, la vingtaine, plutôt baraqué, le regard sombre et ses cheveux bruns et courts coiffés en bataille, s'était approché de nous sans que nous le voyions : nous fixions les corps que deux personnes, sûrement d'autres « spécialistes », venaient de sortir précautionneusement de la carcasse. Je mis du temps à réagir tout comme Jack. J'avais pensé qu'il s'adressait à un de ces vautours de journalistes qui semblaient essayer d'agripper quelque chose, peut-être quelqu'un, de leurs bras qu'ils laissaient dépassés des barrières. En fait, pas du tout … L'autre dut recommencer. - Hey ! Vous êtes sourds ! s'écria-t-il en s'interposant entre moi et la voiture. Je repris soudain mes esprits comme si on venait de me gifler. Pour dire vrai, je venais de remarquer que j'avais vraiment mal à la joue. Jack m'aurais-t-il foutu un coup de pelle dans la figure ? Apparemment non. Il avait l'air aussi surpris que moi de voir le grand brun, en costume noir. Ce dernier nous regarda de ses yeux exorbités tour à tour. - Vous y aller ou il faut que j'vous y pousse ? nous lança-t-il d'une façon narquoise mais qui semblait plutôt sérieuse aussi. Jack le dévisagea en mâchant son chewing-gum puis s'apprêta à partir mais, il se ravisa quand il vit que je cherchais quelque chose dans ma veste. J'entrouvris effectivement la poche intérieur gauche et en sortis ma plaque de police. Aucun d'eux, ni mon coéquipier ni l'agent fédéral ne semblait comprendre. Je tendis alors la plaque vers l'homme en costume qui semblait vexé, ou plutôt énervé. - Non mais t'as pigé ce que je viens de dire ? Y a que le FBI qui … commença-t-il, en agitant un doigt accusateur.


Il s'était stoppé tout d'un coup comme si ma plaque venait de se transformer en monstre ou quelque chose dans le genre. Jack, lui, ne semblait rien y comprendre. - Euh … hum … je … je suis Alexander Wolfe, ex-agent du département des Sciences du Comportement du FBI, annonçais-je à l'homme qui semblait se ratatiner sur place. - Vous … vous êtes le … « Le Loup » ? bégaya-t-il. Et voilà ! Je savais que je n'aurais pas dû lui montrer ma plaque mais comment aurais-je pu rester ici sans ne rien lui dire ? Je bafouillai un « Non » qui sentait le mensonge à plein nez. À un tel point que l'agent qui ne semblait m'arriver plus qu'au menton maintenant s'enfuit en courant, sûrement pour avertir son supérieur de ma présence ici. Jack me lança un regard interrogatif. - A … Attends, pourquoi tu … pourquoi tu t'es présenté ? Tu … tu n'es plus du FBI ! Silence. Assez long il faut dire. - Juste pour qu'il se ramène avec vingt photos à dédicacer ? Je sais que ça, tu t'en fous complètement, alors … commença, beuglant presque à plein poumons, mais se stoppant net comme s'il ne pouvait pas finir sa phrase. Nouveau silence prolongé, entre nous en tout cas, car j'entendais encore clairement ces foutus vautours de journalistes : « Un petit mot s'il vous plaît ! », « Pour WH1 ! », « Un nouveau meurtre ? », « Juste un accident ? », « Comment elle s'appelait ? » … « Mais vous allez la fermer ! ». Non, ce n'était pas moi. La voix de Jack avait retentie comme une cloche et la moitié des affabulateurs de la gazette étaient tombés comme des dominos ou s'étaient écartés en tonnants des « Abrutis ! », « Cinglés ! », « Flics pourris ! » … Mon coéquipier se retourna vers moi mais son regard avait changé pour diffuser une sensation de peur. - Ne me dis pas que … Mais, heureusement, il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Quel soulagement ! À quoi bon s'éterniser dans des disputes inutiles ? Un homme avait surgi ! Taille moyenne, la quarantaine, des cheveux brun coiffés à la brosse, une paire de lunettes à verres carrés, cachant une paire d'yeux sombres, sur le bout d'un nez aquilin, une bouche creuse surmontant un menton proéminent mais surtout un grand costume bleu-gris. - Alexander Wolfe ? annonça-t-il d'un ton sérieux, dans un mixe exécrable d'accents américain et allemand, en relevant ses lunettes comme s'il avait besoin de lire le dossier beige qu'il tenait entre ses mains frêles. - J'acquiesçai d'un hochement de tête – Agent spécial James Parker. Suivez-moi s'il vous plaît. En voyant tout juste Jack, il ajouta : « Il est avec vous ? », comme s'il parlait d'un soi-disant animal de compagnie en ma possession. Si bien que je répondis machinalement d'un hochement de tête positif et, sans rien ajouter, il se mit en route, moi sur ses talons.


- En fait, je vais y aller ! dit Jack, qui n'avait pas encore bougé, dans un mouvement de la tête. J'ai dit à Penny que je rentrerais juste après Bloomington, et … et ça fait déjà une heure qu'on est là alors … Je ne lui prêtai aucun regard et fit un geste nonchalant du dos de la main pour lui dire d'y aller, ce qu'il fit sans broncher. Un animal de compagnie en effet ! Ravi de l'apprendre. La quarantaine … C'est drôle ! Enfin, pas vraiment mais, je voulais dire qu'il ne faut vraiment pas se fier aux apparences. Le dos voûté, une colonne vertébrale non plus en « S » mais qui ressemblait alors au rails des montagnes russes de la foire qui s'est installé près de du motel où je vivais à ce moment, ou alors aux bosses difformes d'un chameau bien cabossé ! En tout cas, ce n'était pas un dos ! Imaginez-vous plutôt une sorte de décharge où le monde entier aurait balancé un objet quelconque, le tout recouvert d'une bâche de peau sûrement flasque et couverte de rides à en voir celle qui pendouillait encore sur son cou, comme si elle voulait s'accrocher à la chair de toute ses forces. Et tout cela empaqueté à son tour dans une double-couche, sûrement, de tissu. Évidemment, dit comme ça, et c'est pourtant bien ce que je voyais de lui en le suivant pas à pas, on ne pouvait certainement plus croire que Parker avait bien quarante ans, ou bien il aurait fallu qu'il aurait été victime d'une expérience qui aurait mal tournée, mais, ce n'était en rien mentionner dans son dossier. On venait de contourner le bolide en ferraille. Je ne l'avais même pas remarqué ! Et derrière, les agents vêtus de noirs qui avaient débarqués quelques instants plus tôt semblaient discuter en cercle : ils étaient au nombre de six. Parmi eux, je reconnus le jeune homme à qui j'avais montré ma plaque et qui s'était aussitôt enfui. J'envisageai alors que toute la discussion en cour était à mon propos, surtout quand trois d'entre eux, dont le gamin, se tournèrent vers moi, bouches ouvertes. Nous nous avançâmes un peu plus et tous finirent pas se poster en rang devant Parker, un rang ou plutôt un serpentin mouvant. - Bon, tout le monde ! s'écria James en frappant dans ses mains. Voici Alexander Wolfe. Il me désigna des mains et tous me dévisagèrent. On aurait dit une audition où chacun me testait, une longue audition. Parker les passa en revu et le serpentin devint ligne droite. Il se tourna ensuite vers moi en tendant un bras vers le groupe. - Alexander, je vous présente les agents spéciaux Andréa Murphy – il désigna une jeune fille afroaméricaine, assez petite, ses cheveux frisés lui descendants jusqu'au épaules, qui me fit un geste maladroit de la main -, Kelly Brook – une jeune et grande pimbêche aux cheveux blonds et ondulés m'adressa un sourire béat -, Matthew Powel et Harry Hace – il fit une grimace tandis que Powel, le gosse de tout à l'heure, et Hace, un autre jeune homme, prirent la pose tels deux adolescent saouls -, Jenny Johnson – une ravissante jeune femme, légèrement plus vieille que les autres, les cheveux couleur terre lui descendant dans le dos, me fit un signe de tête, l'air sérieuse - et Franck Williams. Ce dernier ne me salua nullement. Il semblait beaucoup plus vieux que les autres. Il avait le visage émacié et des cernes profondes creusées sous ces yeux, ce qui me faisait penser à moi. Il envoya dans l'atmosphère une fumée très épaisse après avoir retirer sa cigarette de sa bouche aux lèvres


abimées. Son nez semblait cassé, peut-être une blessure de guerre me dis-je à ce moment là. Il avait, au dessus de ses yeux gris, d'étranges sourcils extrêmement touffus qui se rejoignaient presque au milieu de son visage. Je remarqua aussi qu'il avait un front légèrement dégarni sous une épaisse masse de cheveux noirs sur le sommet de son crâne. Pourtant, ce que l'on remarquait le plus chez lui, c'était l'énorme balafre sur sa joue droite. C'était comme si on lui avait arraché un énorme carré de peau à cet endroit qui était devenu d'une couleur beaucoup plus sombre. Tout ce que je pouvais dire, c'est qu'il semblait ne pas apprécier ma présence ici. En tout cas, dorénavant, je connaissais toute l'équipe avec qui je passerais ces prochaines semaines, ces prochains mois ... Parker prit un léger recul et, afin de clore ces présentations futiles, il ajouta, comme si personne ne le savait encore : - L'agent Alexander Wolfe va désormais travailler avec nous. Il … Mais, aussitôt, Williams répliqua en décrochant sa cigarette. - Agent ? demanda-t-il, irrité, avant un toussotement à s'en recracher les entrailles. - … J'en ai soupé de la retraite ! Et puis, je veux conclure cette affaire rapidement avant qu'on en est trop sur les bras. J'avais dit cela d'un air sérieux tellement exagéré que je me demandais si les autres n'allaient pas pouffer de rire, mais rien. C'est idiot. Je n'aurais vraiment pas dit ça en tant normal mais, une nouvelle équipe, il fallait que je m'y fasse respecter dès la première minute. Williams se contenta de relâcher un peu de fumée tandis que les glottes de Powell et Hace frémirent d'excitation et que les deux plus jeunes filles, Murphy et Brook, rougirent comme un piment chauffé au gril. - Oui, donc … Alexander intègre l'équipe immédiatement et pour une durée encore indéfini. Alors, si vous voulez lui poser certaines questions avant qu'on commence … continua brièvement Parker. Aucune question. Pas étonnant. James Parker, le capitaine de l'équipe nous mena alors jusqu'à la voiture à côté de laquelle deux corps venaient d'être sortis et allongés sur le sol gelé. La mère, ses cheveux bruns écartés en pagaille sur le sol et son visage blanc comme un linge, portait un jean trop court et un sweat violacé aux manches allongés. On apercevait que ce dernier était coupé de part en part vers son centre et qu'un épais sang livide en avait teinté le tissu en ce point. Je ne l'avais même pas remarqué pendant mon inspection de la voiture, il faut dire que je n'avais pas vraiment fait attention au spectacle de la mère, trop concentré sur celui du fils. Lui, il était allongé à côté, avec pour seule vêtement ce pyjama bleu et blanc teinté lui aussi et ouvert en son centre pour laisser une énorme marque, faite au couteau, sur son ventre rebondi. - Jenyfer Thomson, 28 ans, et son fils, Aaron Roberts âgé de seulement deux mois, de Lincoln. Elle se rendait à Funks Grove où le père en a la garde deux week-ends par moi. Découvert à plus ou moins 18 heures 30 par Alexander et son coéquipier de la police de Water Hill. - Et vous faisiez quoi sur cette route au juste, agent Wolfe ? intervint Williams, d'un ton sarcastique. - On revenais de Bloomington. On est allé voir le septième sur les rails …


- C'est hors de votre juridiction, non ? - Plus maintenant … affirmais-je, tentant de supporter son regard pesant. Il y eu un long silence entre nous deux qui fut soudainement et brutalement interrompu par Parker qui s'interposa entre nous, si bien qu'il m'en fit cligner de l'œil. - Justement, Alexander. Votre nouvelle plaque, annonça-t-il nonchalamment en me tendant un rectangle de cuir noir. Je la saisis et l'ouvris précautionneusement. L'intérieur ne m'était pas inconnu. Si bien que je ne la regardai que très brièvement. C'était la réplique exact de celle qui m'appartenait encore trois années plus tôt, peut-être même m'avait-on donné la même. En tout cas, ce n'était pas l'important. Soudain,deux hommes, sortis tout droit d'une fourgonnette garé un peu plus loin, débarquèrent, chacun un sac mortuaire de couleur noire dans les bras. En quelques secondes, les corps de la mère et du fils en furent recouvert et, après avoir entendu le bruit de la fermeture éclair du sac du petit, Parker intervint de nouveau. - On les emmène à Water Hill. Les légistes feront l'autopsie là-bas. On devrait avoir les résultats d'ici demain, donc en attendant, on devrait se reposer. Les dernière quarante-huit heures ont été assez éprouvantes, annonça-t-il en se tournant vers les six autres. Ils acquiescèrent d'un « Oui » puis tout le monde se dispersa un peu pour donner les consignes aux policier,, au journalistes, et aux autres, tandis que Parker me prenait à part. - Nous … nous avons trouvé ça dans le ventre de la mère. Il sortit un papier blanc et enveloppé de plastique similaire à celui que je gardais dans une poche de ma veste depuis près d'une demi-heure et me le montra. Je compris aussitôt. - Oui. Il y avait celui-là sur le fils, dis-je, en sortant à mon tour la carte plastifiée et en la lui tendant. Il la prit aussitôt et m'adressa un « Merci » dont j'ignorais la raison, lui aussi sûrement, en me tapotant l'épaule. Sans plus tarder, il me proposa aussi de les accompagné dans une de leurs voitures. J'acceptai ; de toute façon, Jack avait pris notre voiture de police. Et puis, Water Hill, c'était ma ville, pas ma ville natale, mais cela faisait quand même trois années entières que j'y vivais, et ça aurait pu durer encore longtemps, très longtemps, vraiment … si seulement l'appel de la justice, l'appel du meurtre, ne m'avait pas réveillé de nouveau, m'entraînant dans ce dernier cauchemar … Mon nom ne vous aurait rien dit, même aujourd'hui, mais certains s'en souvenaient, s'en souviendront, l'admiraient, le haïssaient, pour toutes les choses qu'il avait fait, quelles qu'elles soient, bonnes ou mauvaises … Le Loup, c'est ainsi que l'on m'appelait … Achevé d'écrire le Vendredi 28 août 2009 à 18:28


- Chapitre 2ndLes 8èmes messages

La ville survivait dans l'obscurité … Cette petite ville de Water Hill, inconnue de tous ou presque, ne sombrait pas dans le néant seulement grâce à ce petit quartier de Lune, posté au dessus, dans le ciel noir, illuminant en partie la vallée. La grande municipalité, sous le voile noir de la nuit, semblait être éclairée par un dôme de lumière blanche, descendant tout droit de derrière de gros nuages sombres arpentants le cercle montagneux qui entourait les immeubles de la cité. Water Hill était une ville posée au milieu d'une plaine entourée par une gigantesque clôture de roches qui traçait un cercle de montagnes brunes au milieu du désert. Ainsi, cela donnait l'impression de vivre à l'intérieur d'un énorme cratère pour les résidents de Water Hill. Ainsi avait-elle commencé sa réputation - bien qu'elle s'estompa vite quand, des années, voir des dizaines d'années auparavant, une avalanche d'eau, un véritable déluge de flotte, de grêle, des précipitations comme jamais on en aurait vu depuis longtemps, avait complètement dévasté la petite ville suite à la complète inondation du dit « cratère » … Heureusement, en ce jour, tout était tranquille, pas une seule goutte ne semblait vouloir s'échapper de sa couverture nuageuse … En cette soirée de juillet, la cité venait de s'éteindre depuis quelques heures déjà, laissant les rues vides, les rats gambader dans les caniveaux, l'eau s'y écouler avec écho, les routes et les places désertes, le tout recouvert d'une épaisse purée de pois … Et pourtant, au milieu de tout cela, quelque part dans l'est de la ville, un motel miteux – le « Motel 90's » - s'élevait – pas bien haut à vrai dire – devant un parking des plus désolants, remplis de voiture mal garées ou cabossées. Parmi les fenêtres des chambres qui ronflaient par vingtaines, l'une, elle, semblait plus réveillée que les autres, laissant ses yeux grands ouverts, mais malgré tout, les deux battants de ses paupières de bois ne cessaient de claquer contre ses yeux jaunes avec force comme si elle ne tarderait pas à plonger dans le sommeil – ou peut-être était-ce simplement dû au vent qui soufflait en rafales féroces. La chambre de la dite fenêtre portait un numéro très spécial : le 362. Et, à l'intérieur de celle-ci, une scène plutôt sombre malgré que toutes les lampes y soient allumées, se déroulaient dans la nuit … « C'était les deux huitièmes … Ce sera bientôt terminé. Question de temps à présent … » Il se leva, somnola, dut s'agripper au lit pour ne pas tomber en avant. Se serait-il assis trop


longtemps, ou ne dormait-il pas assez ? En tout cas, dormir était son point faible. Il n'y avait pas assez de temps … Mais peu importe ! Il ne pouvait remédier à cela … pas pour l'instant. Il s'avança un peu plus de l'armoire noire de la chambre en s'agrippant au bord métallique du lit qui, sous le poids, tremblota frénétiquement, faisant bouger toutes la pièce qui en vomissait une poudre blanche de par son plafond. Dans un grincement sonore, l'un des battants de l'armoire s'ouvrit, laissant la lumière de la chandelle, posée au chevet du lit, percer l'obscurité noire et dévoiler des dossiers posés en pagaille. Sa jambe semblait engourdie. Cela faisait quand même trois heures qu'il était tombé dessus. Dans son sommeil si profond, il n'avait même pas remarqué qu'il était tombé du lit et qu'il s'était reposé sur sa jambe droite, son corps gelant sur le parquet frileux. En tout cas, maintenant, il devait s'agripper à l'armoire de tout son poids, surélevant sa jambe, laissant la pièce cracher un nouveau souffle de poussière. Il éternua et ouvrit le second battant dans un tintamarre de grincements sourds et dans un « bang » - « signe précurseur qu'un nouveau coup de ce genre laisserait cette porte s'arracher de ses gonds », songea-t-il – la moitié de porte se plaqua sur le plan du meuble comme si ce dernier était un aimant. Rouges, jaunes, verts, noirs aussi, des tonnes de dossiers multicolores s'entassaient en désordre, sur l'étagère la plus élevée du côté gauche, en une pile haute de quelques dizaines de centimètres donnant le vertige. À droite, des boites en carton - ça ressemblait à des boites à chaussures -, des vieux journaux découpés en parties, du papier et des stylos poussiéreux, ainsi que quelques autres petites babioles devenues grises, quelles qu'elles soient, et cela sur toutes les étagères … Plus haut, accrochées sur des cintres, des chemises et autres vêtements délavés et chiffonnés qui faisaient peine à voir. Dans un effort douloureux, il se pencha, s'accroupit, engouffra sa figure sombre dans le néant du fond du meuble. Ses bras cognèrent quelque part dans le néant, cherchèrent à l'aveuglette, caressèrent une surface visqueuse, cognèrent à nouveau et le trouvèrent … Sa main droite étaient passée entre plusieurs caisses en cartons, d'autres en bois, côtoyants une gélatine gluante - dont la provenance lui était inconnu - et s'était finalement distordu dans ce labyrinthe du fond de l'armoire, quand soudain elle avait touchée la planche du fond, trouée dans le coin gauche. C'était une petit ouverture dans le bois, grossièrement découpé dans la planche, qui ne lui permettait pas d'y laisser entrer plus de trois doigts. Lui, se contenta de deux : l'index et le majeur. Ils les enfouit tous les deux dans le petit trou qui menait à une sorte de double-fond. C'est lui qui avait placé cette planche, lui qui l'avait percé, lui qui avait installé cette énorme ardoise entre celle-ci et le véritable fond, lui qui l'avait enfoui sous tout ce débarras. Ses deux doigts touchèrent le fond dans un « poc ». Il commença à chercher en tout sens malgré que ses doigts étaient trop petits. De plus, pour la chercher, il devait s'appuyer sur sa jambe engourdie, qui lui faisait un mal de chien, afin d'enfouir son bras entièrement dans le bric-à-brac. Pourtant, il parvint finalement à toucher, à faire glisser, à remonter d'entre le trou et le labyrinthe jusqu'au dehors de l'armoire la petite feuille de papier. Il brandit cette dernière devant lui et la regarda, la fixa longuement, la relisant encore et encore. Il attrapa un des stylos, sur une étagère de l'armoire, qui n'était lui pas recouvert de poussière et, plaquant la feuille sur le battant de gauche de l'armoire, il y écrivit quelques chose, deux ou trois mots, pas plus. Aussitôt, il relut la fiche à la lumière de la chandelle et dans un vif mouvement du bras, il replongea ce dernier jusqu'au fond de l'armoire et le ressortit aussitôt, sans papier au bout des doigts. Il se releva avec difficulté dans un craquement de son genoux, referma les battants de l'armoire. « Tuer, tuer, tuer … ».


Il se retourna et s'assit sur une vieille chaise en bois, mitée, près d'un bureau abîmé, une sorte de vieux pupitre. Sur celui-ci, le bois semblait tailladé par endroit, comme si on y avait incrusté à plusieurs reprises un couteau rien que pour le plaisir, tandis que dans un coin était posé un vase de porcelaine rempli d'eau et de deux ou trois fleurs qui semblaient fanées. Il s'assit aussi confortablement que possible, et s'affaissa sur le bureau. Il réfléchissait, tapotant de ses ongles durs la table dans des grands bruits résonnants dans la pièce. « Le huitième … les huitièmes … et le neuvième. Demain … Deux ? Trois ? Trois jours ? Pour trouver la réponse … Ils ne sont pas si idiots. Il faudra s'occuper du onzième dès demain … » Les bruits de ses doigts sur le bois résonnaient de plus en plus, en écho dans la pièce … Douze coups … Encore, encore, et toujours, mais il ne s'arrêtait pas de frapper le bureau tandis que ce son résonnait dans sa tête. « Les huitièmes, le neuvième … douze coups … douze coups … le dixième … douze coups, douze coups ! » Il frappait de plus en plus fort sur la table, il commençait même à frapper du plat de la main. Cette dernière lui faisait si mal, à force, qu'il la releva d'un coup vif, à plusieurs reprises, pour la tordre dans tous les sens. « Douze coups, douze coups … le dixième, le onzième ! Douze coups, douze coups ! » BAM ! Le vase avait disparu du bureau et s'était encastré dans le mur accostant l'armoire dans un fracas tonitruant, mêlant l'impact du vase sur le mur et un cri de rage de celui qui l'avait lancé, suivit de bruits de verre brisé et d'eau s'écoulant sur le parquet. L'homme soupira et s'affala nonchalamment sur le bureau, à nouveau. Un rayon de lumière blanche se coucha sur ses bras, le caressa. Le ciel illuminé d'étoiles resplendissait par cette nuit de pleine Lune. Le lendemain serait un nouveau jour. Mais lui, ce qu'il attendait, c'était la prochaine nuit … « Encore combien de temps pour qu'il comprennent, qu'ils comprennent tous ? Autant qu'il le faudra … N'oublions pas que … je ne le fais que par pur charité … » *** Dring … Dring … Un bruit si connu de tous. Le son d'un réveil en plein travail. Une minute à bosser, c'est pas très long ! Mais tout le monde n'a pas la liberté, la chance, d'être un réveil … Tout le monde n'a pas non plus la possibilité, non pas la chance dans ce cas-là si vous vous y connaissiez mieux que ça, d'être « Le Loup ». Ce n'est pas qu'un nom, un surnom pour quelqu'un de célèbre, non. C'est une responsabilité, et rare sont les personnes qui parviendraient à porter ce fardeau. Moi, Alexander Wolfe, je suis l'une d'elle, ou plutôt je l'étais, et, en cette matinée de juillet, je dormais d'un sommeil sans rêve, le néant total … Dring … Dring … « Pourquoi se lever ? », songeai-je. Autant rester bien au chaud sous ses couettes. « Qui y a-t-il de mieux qu'une agréable et reposante grasse matinée, en pleine journée d'été ? ». Je remontai un peu plus les draps et, m'enfouis encore plus profondément dans mon lit. Fatigué. Je l'étais. Mes cernes n'avaient pas disparues et mon visage était cireux. Pas très beau à voir. La tiédeur du lit me fit lâcher un frisson tandis qu'un frais courant d'air trottinait dans la pièce, sautillant sur mes draps, entré par je ne sais quelle ouverture de la pièce. Je baillai longuement et


me laissai reposer à nouveau sur mon oreiller dur comme une plaque de béton gelée. Dring … Dring … BAM ! Mon poing s'était levé tout seul et avait fracassé la machine à répétition frénétique dont le seul but devait être de m'assourdir, ou alors, de me rendre fou … Quoiqu'en y pensant, cela semblait peu orthodoxe. En tout cas, le réveil n'était non plus sur la table de chevet mais avait voltigé plus loin après plusieurs courbettes et un fracassement sonore dans la porte de la chambre. En fait, mon poing n'avait pas sauté seul hors du lit pour s'attaquer au gamin hurlant à mon chevet – ça m'aurait vraiment fait peur si ça aurait été le cas -, mais mon bras, mon épaule et tout le reste de mon corps avaient suivis comme un troupeau. Si bien que j'avais glissé du lit et m'était retrouvé au sol. Une bonne dose d'adrénaline. Soudain, roulant sur moi-même pour me retrouver à plat ventre et me relever ainsi plus facilement, la peau de mes bras se déchira comme du tissu au contact d'énorme morceau de verre. Apparemment, l'explosion du réveil en avait propulsé jusqu'ici. Avec douleur, les yeux fermés, je m'appuyai sur mes bras pour me relever mais quand je fus enfin debout, mes yeux se rouvrirent d'eux-mêmes. Pourtant, ce n'était pas la chambre où je me trouvais un instant auparavant qui m'apparut, non. J'avais chaud, très chaud. Il était très probable que ce que je sentais couler le long de ma joue soit des gouttes de sueurs et que ce qui me fasse mal au crâne, une simple bosse, et pourtant j'avais un mauvais pressentiment, comme si je savais ce qui allait se passer … Mes yeux ne semblaient pas m'obéir, ni rien d'autre d'ailleurs. En fait, je me demandais ce que je faisais là et aussi ce que je faisais avant et puis, tout devint clair : elles étaient proches, ou ils, dépendant du point de vue que j'avais, celui-ci qui changeait toutes les deux minutes. Non, je ne savais pas. Étais-je venu pour elles, ou pour eux ? « Choisis ce qui compte le plus à tes yeux, le plus important », songeais-je. En effet, c'était elle, le plus important. Et si elle n'était pas là, la balance changerait sûrement de côté. J'avais pris ma décision, je venais pour elle et je repartirais avec elle, sans eux et peut-être aussi sans les autres comme elle. J'avançai d'un pas léger dans le couloir sombre. Je sentais des présences – aucun rapport avec les voix qui provenaient du premier dock du hangar, résonnants en écho dans mes oreilles. Je crois que c'était là, la salle de surveillance du premier. Je m'enfonçai de plus en plus dans ce large couloir tandis qu'une lumière jaunie, provenant de la pièce à la porte entrouverte, illuminait le mur sur ma droite, à quelques mètres devant moi. Je m'approchais jusqu'à en côtoyer la porte de la pièce d'où provenait des éclats de voix, des paroles en rafales, insignifiantes. Le souffle saccadé, je retirai de la poche arrière de mon pantalon sombre un cylindre de ferraille gelée, noir, épais. L'agrippant de la main droite, je le faisais tourner comme un jouet entre mes doigts pour finalement le viser sur mon arme dans un couinement sourd. Le silencieux me serait très utile, je n'en doutais pas. Vous imaginez-vous tirant de votre pistolet nu dans une sorte de grande salle quasi-vide – ce hangar par exemple – tout en parvenant à ne pas faire résonner en écho le bruit de l'arme ? Il aurait vraiment fallu qu'ils soient tous atteints d'une incroyable surdité pour ne rien remarquer. Je ne pensai pas que c'était le cas. En tout cas, à l'intérieur de la pièce, personne de semblait encore avoir remarqué qu'un intrus était à la porte, attendant le bon moment. Je passai mon arme, au canon profondément allongé avec ce nouvel accessoire, dans ma main gauche pour attraper de l'autre le morceau fracturé de miroir qui se terrait au fin fond de ma veste. Il n'était pas plus grand que ma main, fracturé de toute part comme si je venais de l'arracher à une vitre – c'était le cas, si je me souvenais bien. Bien positionné dos au mur, à quelques centimètres de la porte, je tendis le bras pour positionner le miroir face à l'ouverture. Histoire de voir l'intérieur sans risquer de me prendre une balle si jamais l'autre à l'intérieur attendait mon arrivé. On aurait dit un film ! Mon coeur battait très fort, peut-être trop, mais je n'avais pas le temps de compter le nombre de pulsation et je n'aurais sûrement pas été


capable d'en donner une conclusion d'ailleurs. Le miroir semblait prendre position tout seul quand il remarqua que tout ce que j'arrivais à faire refléter sur lui n'était que la lumière de l'ampoule, brillant à l'intérieur et se déversant dans mon œil tel un liquide brûlant. Enfin, je vis l'intérieur. Moi qui pensait devoir affronter cinq ou six grand et gros asiatiques qui m'auraient désarmé et tué d'un simple coup de pied, sans même que je puisse bouger le moindre membre, me retrouva face – ou plutôt dos à un petit homme d'âge moyen, pivotant sur sa chaise, un combiné de téléphone à la main, face à des écrans montrant des pièces du hangar. C'était la salle de surveillance, je venais de le comprendre. Il était seul. Moi aussi d'un sens … Mais j'avais une arme ! Lui de même peut-être. Caché sous sa chaise ou rangé sous sa ceinture, sans doute l'attendait-elle. Mais il ne savait pas que j'étais là, il était de dos, et je n'aurais qu'à tirer. Je ne briserais même pas le silence. - Non mais attends, attends ! Tu sais ce qu'elle m'a dit après ? D'aller me faire foutre, quoi ! Non mais elle se prend pour qui celle-la ! Elle crois quoi ? Qu'elle peut venir chez moi, se tirer, revenir le lendemain et après m'accuser si elle se tape un môme ? s'acharna le petit homme sur le combiné. Silence de mon côté durant que lui semblait marmonner des choses à l'abri du téléphone qui faisait retentir une voix forte. Il ne se doutait sûrement pas que j'étais là. Pourtant, je songeai qu'il était aussi possible qu'il ne comprenait que ce qu'il faisait pour ses employeur était mal. Était-ce possible ? Non, évidemment. Je m'en rends compte plus rapidement, aujourd'hui. Cela ne serait pas dur ! J'entrerais dans la pièce et l'abattrais … avant que lui ne le fasse. Voilà, j'étais décidé. Je rangeai le morceau de miroir dans une poche de ma veste et repris le pistolet de la main droite et, du bout du canon, le plus silencieusement possible, j'ouvris le porte entièrement, éclairant ainsi le couloir d'une lumière fauve. Aucun grincement, rien. « Faudrait que je graisse les gonds des portes avec la même huile à la maison ! ». Je fourrai la tête dans l'ouverture : l'homme était là. Brun, pas très grand, assis sur une chaise tournoyant en tout sens. Il tenait à la main un combiné de téléphone dont le fil s'entortillait en tout sens depuis sa base posée un bureau qui me séparait de lui. Tout en parlant à l'interlocuteur, il regardait distraitement les écrans. Au dessus du dit bureau, une ampoule pendait du plafond par un fil et projetait cette fameuse lumière blonde, si puissante qu'elle submergeait celle des postes de surveillance. C'était trop long. Il fallait attendre qu'il raccroche le téléphone. Si jamais son interlocuteur comprenait qu'il était menacé ou mort, il avertirait sûrement ceux du hangar, et il y avait peu de chance que ce soit juste une personne innocente à l'affaire … « Putain ! Il va rester combien de temps à parler ? », me disais-je. Pourtant, ça ne faisait que quelques secondes et de toute façon, elles n'arriveraient que dans au moins un quart d'heure. - Ouais, ouais ! s'écria-t-il d'un ton las. Bon, tu sais quoi ? Je vais raccrocher. Non, non. Bye bye ! Il finit sa phrase dans un ricanement et reposa le combiné sur la base du téléphone dans une cacophonie d'insultes que prononçait l'interlocuteur. Dans un grincement prolongé provenant de sa chaise à roulettes, il s'étira de tout son long et fit un tour sur lui-même. C'était le moment. De toute façon, je serais entrer dans la pièce en cet instant : à force d'y réfléchir, j'avais enfin décidé, jugé, que réfléchir ne me ferait que perdre du temps. Réfléchir avant d'agir ? Pas dans ce genre de situation ! J'entrai en silence, pointai mon arme sur son dos tandis qu'il laissait ses yeux caresser les


écrans et que sa chaise fredonnait un grincement, tirai le chien de sécurité vers moi d'un geste nonchalant du pouce dans un « clic » que j'avais provoqué uniquement pour qu'il l'entende. Aussitôt, la chaise stoppa son balancement et l'homme, comme s'il avait peur ou que ce n'était pas le bruit du chien qu'il l'avait interrompu, ne fit rien. Au bout d'un court instant, je compris que ses yeux me fixaient au reflet des postes de télévision, et quand lui remarqua que je l'avais remarqué, il se retourna sur sa chaise d'un geste vif, se mit a plat ventre sur le sol et attrapa un fusil à canon scié, planqué sous le bureau, que je n'avais pas remarqué. Aussitôt, il le braqua sur moi mais, sans réfléchir, je tirai. La balle fusa très rapidement jusqu'à atteindre son front et le transpercer comme du beurre, ne laissant à l'endroit de l'impact qu'un trou noir submergé d'un liquide écarlate en grande quantité. Il s'effondra aussitôt sur le sol – il n'avait pas beaucoup de mouvement à faire pour s'y étaler complètement –, son arme, provoquant un fracas de métal, avec lui, et devint inerte, les yeux ouverts, me fixant. Soudain, j'eus l'impression que mes yeux ne pouvaient plus se détourner des siens à présent, ses pupilles grandissant, grandissant, encore et encore, recouvrant la pièce d'un voile noir, m'enveloppant dans une boîte sombre qui rétrécissait à vue d'œil, me plongeant dans la nuit ... J'étais sur le sol, affalé sur le parquet de tout mon long, bavant à moitié sur une dure couche de poussière. Aussitôt que j'eus repris mes esprits, je me levai d'un bond, trempé de sueur, réalisant que je n'étais pas dans une pièce sombre, même pas dans un bureau avec un homme, de rouge enduit, aplati sur le sol. J'étais bien dans cette chambre, vieille chambre, toute petite et simple. Mon arme n'était même pas sur moi. Je m'étais simplement assoupi, apparemment. Je vis alors, posé sur le sol, à, quelque mètres de moi, un réveil en morceau, le cadran de verre brisé, les aiguilles à moitié tordues, qui tentait dans un dernier souffle d'émettre une faible sonnerie. C'est là que tout revint en ma mémoire : je m'appelais Alexander Wolfe, ex-agent du FBI , depuis trois années dans ce que j'appelais « une retraite condamné », et je reprenais du service ce jour – à sept heures du matin pour dire vrai – pour résoudre une enquête des plus complexes. Je dénuda mon bras de la manche de ma veste – je m'aperçus alors que j'étais déjà habillé. Aurais-je dormis ainsi ? - pour voir apparaître une montre à aiguille, en argent, très ancienne, qui ornait mon poignée. Je restai fixé sur l'écran circulaire qui me laissait voir une petite aiguille étroitement serré entre un sept et un huit – plus proche du sept en fait – et sa sœur ainée qui dépassait de quelques millimètres le numéro quatre. Sept heures et vingt-deux minutes ! Sept heures et vingt-deux minutes ? Serait-il possible que « sept heures et vingt-deux minutes » soit une horaire plus tardive que « sept heures et quart » ? J'écarquillai mes yeux si bien que je crus qu'ils sortiraient de leur orbites ! J'étais habillé, pas coiffé – Pas important –, je n'avais pas mon arme sur moi – je l'attrapai dans un tiroir proche –, je n'avais rien mangé – deuxième chose qui ne me servirait à rien sur cette affaire. Sans rien faire de plus, j'ouvris la porte à la volée ! Je sortis de la chambre en la fermant d'un coup vif avec la clé et fourrai cette dernière dans une poche au hasard. Je m'approchai en courant de la voiture de location – une grande automobile, d'un noir un peu pâlot, aux bords arrondis –, semblable à toutes les autres qui s'étaient placées par ci, par là dans le parking. Ainsi, dans un bruit de moteur assourdissant, la voiture recula, avança, recula encore et avança aussi une nouvelle fois, puis, empruntant une petite voie entre les autres bolides qui arpentaient cette dernière, elle s'éloigna de plus en plus de cette ce motel – le « Motel 90's » -, de plus en plus de cette chambre au numéro 365, de plus en plus. Je n'avais plus qu'à y revenir une dernière fois désormais, le soir-même … ***


Sept heures trente-neuf … trente-neuf et quarante-deux secondes … quarante-trois, quarante-quatre, quarante-cinq … Je montai les marches de l'escalier raide quatre à quatre – heureusement, ce dernier n'était pas très haut -, les secondes défilant au rythme de mes inspirations et expirations. « Encore une vingtaine … dizaine … ». Cinquante-six secondes, puis sept, huit, neuf et enfin sept heures et quarante minutes ! Enfin arrivé, j'ouvris la porte à la volée dans un fracas tonitruant qui dut provoquer des angoisses à des étages inférieurs – étant donné que notre vieux poste de police de Water Hill ne dépassait pas les tris étages. Enfin ! - Ah ! Vous voilà enfin ! s'écria une voix quelque part devant, d'un air chaleureux. Apparemment, j'avais effectivement fait un vacarme assourdissant, si bien que tous les regards semblaient peser sur moi, surtout celui de Franck Williams que je reconnu au premier rang d'un petit groupe de personnes qui venaient de sortir d'un bureau. La pièce se trouvait être le bureau commun de la brigade – une sorte de grande pièce ou des bureaux séparés en blocs étaient installés en désordre, avec un policier costumé dans chacun de ces-dernier qui semblait travailler, téléphoner, bavarder et plus loin, sur des bancs – d'ailleurs certains étaient attachés par une paire de menotte à un pied de celui-ci – étaient entassés cinq ou six jeunes voyous aux airs renfrognés et un autre homme, à la grosses bedaine et à la barbe longue, une casquette tombant sur ses yeux sombres, avachi comme sur un sofa. Je reçu alors une tape sur l'épaule et soudainement, tous les policiers et les blancs-becs – sans oublier le vieux qui venait de tomber du banc – semblèrent se remettre à bouger, papoter, stresser, hurler. - Alexander ! Nous avons crus qu'il vous était arrivé quelque chose, me dit Parker de cette même voix chaleureuse et qui ne semblait pas naturelle. Nous vous avons laissés plusieurs messages et nous allions envoyer une patrouille. Que s'est-il donc passé ? Ma première réaction fut de le regarder dans les yeux d'un air dérouté et de songer à une phrase qui pourrait convenir à ce genre de situation à l'exception de quelque chose comme : « Mais c'est quoi cet hypocrite ? » ! Williams aussi sembla vouloir cracher un juron l'air irrité, bougon. Finalement, tout ce que je trouvai à dire fut : « C'est personnel … » d'un air sombre. Trois minutes pour dire ça, et pourtant Parker en semblait joyeux et, comme si de rien n'était, comme si j'étais le premier à être arrivé, il me mena d'un air chancelant et triomphant vers le fond de la salle où était réunis le reste du groupe ainsi que George Krame, un vieil homme, assez bourru, d'une bonne cinquantaine d'années, les cheveux plus blancs que sa peau pâle, qui était aussi mon chef de service – ancien chef de service depuis environ une douzaine d'heures. En entrant dans le grand bureau, dont les quatre murs n'étaient qu'un gros paquet de vitres et de rideaux, – celui du chef, qu'est-ce que vous pensiez ? -, je ne vis pas Jack que j'imaginais plaqué sur la vitre du bureau comme un poisson dans un aquarium. Oui, il commençait sûrement plus tard, ou alors le chef lui avait donné un autre coéquipier et lui avait expliqué la situation … C'était sûrement mieux ainsi. - Bon ! s'écria Parker en frappant joyeusement dans ses mains. Maintenant que vous êtes là Alex – permettez que je vous appelez que je vous appelles Alex ? -, faisons un topo ! - Tu veux parlez du recap qu'on vient de faire ? lança Williams en nous regardant tour à tour Parker et moi. James Parker se contenta de hausser les sourcils et de se retourner vers un grand panneau accroché


au mur, tandis que les Brook, Murphy, Hace et et Powell m'adressaient un sourire et Johnson un signe de tête. C'était un grand pavé de liège – dont on n'en voyait plus qu'un bout dans un coin supérieur – où était disposé, accrochés, épinglés en désordre des photos et des documents de papiers les uns par dessus les autres. L'ensemble était plutôt terrifiant. Apparemment les photos et le reste semblaient triés, classés – s'il était possible de dire cela – en colonne en fonction des numéros, indiqué au dessus, que l'on avait attribué aux personnes qu'elles représentaient. Ainsi, on pouvait apercevoir neuf colonnes blanches, rouges et grises, majoritairement, qui étaient chacune ornée d'un chiffre, de un à neuf et de gauche à droite, qui nous rappelait l'ordre dans lequel on les avait retrouvés … Toutes les photographies semblaient habitées par un sentiment de mort, d'abandon, comme si elles étaient vides – non ! Même la blancheur d'une photo vierge serait plus que rassurante comparé à celles-ci ! Les photos représentaient en général des corps mutilés, en grande partie ensanglantés ou tailladés, inertes, blancs, qui semblaient froid comme la glace … Je reconnus, dans le côté droit, la photo que j'avais moi-même pris du bambin dans la bagnole cabossé et tomba ensuite sur celle de la mère qui avait elle aussi été tailladée, saignée, disposée dans une position grotesque, la bouche ouverte et le nez écrasé sur une portière, sûrement pris en photo par Jack ou par Parker. Entre autres, on voyait aussi un cliché de la voiture noircie complète, d'un autre où le bolide semblait encore en état, des photos des victimes affichées plus haut et de quelques notes épinglées ci et là. - Cinq août, il y a à peine un mois. Henry Peterson trouvé mort sur dans son salon, dans les quartiers sud de Springfield … Il montra du doigt une dizaine de cliché qui montrait sous tous les angles un homme au visage bouffi, plutôt gros, vautré dans un sofa verdâtre face à un poste de télévision, portant au niveau du ventre un énorme cercle comme dessiné au crayon feutre – sauf que l'on aurait laissé tomber une énorme cartouche d'encre rouge sur le dessin –, encadrant une croix grossièrement découpée dans la peau avec une lame et dont le centre avait été sauvagement attaqué. Pour être exact, le cercle était en fait constitué de quarte arcs distincts qui s'étaient espacés au niveau des branches de la croix, le tout resplendissant sur la peau pâle et épaisse du bonhomme. De plus, tout comme le bambin de la veille et sûrement de sa mère aussi, les pourtours de ses épaules et de ses cuisses avaient été tailladés. Et, autour de ce carnage, partout dans la pièce, le même symbole – à l'exception des membres tailladés - avait été dessiné à coups de couteaux dans les rideaux, le canapé, le sol … - … mort d'un coup de couteau à double tranchant dans l'estomac aux alentours de vingt-et-une heures. D'après l'attitude du meurtrier, ajouta-t-il en montrant les symboles multiples sur les clichés –, on peut supposer qu'il ne se contrôle pas, voir qu'il est conscience de ce qu'il fait mais ne peux pas s'en empêcher. Vous savez, comme l'affaire Yoodstok – il adressa un signe de tête aux autres et se pressa d'ajouter « Un vrai psychopathe ! » en voyant que le chef de la police de Water Hill ne semblait pas comprendre. En tout cas, cela semble être son premier meurtre d'après son attitude dévastatrice ! Peut-être un coup d'essai ou … - Et la marque ? demandai-je. C'est quoi ? Un culte ? - Rien de connu en tout cas, s'écria la voix de Murphy, la jeune fille afro-américaine qui recommença à rougir quand je me retourna pour lui faire face. Ça pourrait être n'importe quoi. Autant un dessin mis au hasard ou un très très vieux symbole … - En fait, on s'est dit que c'était peut-être une crois du genre « carte au trésor » ! lança Hace, un rire lui glissant des lèvres, accompagné d'un sourire approbateur de Powell.


- Oui, c'est possible, continuai-je. Une sorte d'indication pour nous dire où chercher. Franck Williams, qui paraissait encore plus absent que Krame, décrocha une clope de son bec d'un coup sec. - Je vois que vous aviez déjà commencer à enquêter, Wolfe … Je ne répondis pas. En fait, je ne me souviens pas avoir compris qu'il m'avait dit quelque chose dans les cinq premières minutes. Un long silence sembla peser jusqu'à ce que Parker reprenne la parole d'un air joyeux, amical. « Hypocrite ! ». - Oui, le message que les légistes de Springfield ont découverts était juste en dessous de la marque, dans un sachet plastique – il montra le ventre en gros plan sur un cliché, puis une autre photographie montrant le sachet fermé avec le papier puis le papier développé, montrant ainsi ce qui y était écris, puis décrocha une feuille épinglé dans un coin et commença à en lire le contenu : « Une histoire se sépare en trois parties : le début où tout va bien, tout comme la fin, et le milieu de l'histoire où là, cela va moins bien. Comprenez donc bien que ce n'est sûrement pas la fin, ni le début d'ailleurs, car, au terme d'un film, l'histoire est accomplie. Ce n'est pas le cas. Vous ne comprenez peut-être pas, moi non plus je crois, mais si ça peut vous être utile, sachez que mon histoire se trouve être la question et le film, la réponse … ». Il était accroché au scotch en plein sur le magnétoscope de Peterson avec ceci – il désigna une autre feuille dans un sachet plastifié beaucoup plus grand que celui représenté sur le cliché de tout à l'heure. - Et c'est quoi ? demandai-je. - La facture de la location d'un film ! s'esclaffa Powell d'un rire sonore. « La mort du crépuscule » ! Il était dans le magnétoscope et provenait d'un magasin de location de l'autre côté de la rue ! - Laissez-moi deviné : vers vingt heures le gérant s'est fait tuer avec une croix sur le ventre ? Hace et Powell pouffèrent de rire tandis que Brook lança un rire aigu sans même ouvrir la bouche. - Exactement ! Les flics de Springfield n'ont même pas compris et dès huit heures du matin, ils ont retrouvés un autre cadavre ! - Ted Merson, 44 ans, planté de la même manière, coupa Parker en désignant des clichés sur la seconde colonne. Retrouvé sur le comptoir du magasin par une des employées … Ainsi, durant plus d'une demi-heure, Parker nous fit un résumé complet des « neufs assassinats » commis par le meurtrier – J'avais une très profonde envie de lui préciser que ce n'était que les « neufs victimes découvertes ». James Parker m'avait déjà tout raconté via le téléphone depuis ces dernières semaines mais je pris plaisir à tout revoir en détail. Le second avait été banal. On avait aussi retrouvé un de ces messages mais là, la police de Springfield était resté encore plus perplexes et c'est à ce moment que l'équipe de Parker avait été appelée pour que l'enquête. Ils n'avaient rien trouvés ! Aucune victime correspondant à leur interprétation du message – Ils n'en dirent pas plus sur le sujet – et quand ils découvrirent enfin la troisième, celle-ci n'avait aucun rapport avec le messages. Admettons ainsi qu'ils en avaient ratés une ! C'était justifié de toute manière car, quand le 3ème – ou plutôt le quatrième message – fut découvert, il était accompagné d'une lettre très détaillée, bourrée d'insultes en tout genre, résumant comment il fallait enquêter ainsi que l'endroit où était la véritable victime numéro trois : un caniveau de Williamsville. À ce


moment, tout le monde s'était tu dans ce qui semblait de la honte … Apparemment, ils avaient ensuite intercalé une colonne de plus entre les autres pour créer la numéro trois bien que découverte plus tard. J'appris que grâce au quatrième papier, ils avaient retrouvés la cinquième victime – enfin, cela pouvait autant être la trentième – et ainsi, grâce à un nouveau message sous forme de plan ou quelque chose dans le genre, ils avaient découverts la sixième ! Finalement, après une « effroyable nuit de recherche », ils avaient découverts que la septième se trouverait à Bloomington, prisonnier des rails d'une ligne ferroviaire ! Ils venaient à peine de le retrouver que le train lui était passé dessus dans un éclat de sang morbide d'après la tête que faisait Mlle Pimbêche ! Peut-être que le tueur avait décidé qu'une course contre la montre serait plus intéressante : ils n'avaient donc pas pu récupérer le septième message, broyé par le TGV … Et c'est ainsi, que, trois heures plus tard, après mon retour de Bloomington pour aller voir ce qui s'y était passé, Jack et moi avions découvert la huitième … les huitièmes, et que j'avais appeler Parker. C'est ainsi que s'était déroulé cette enquête, jusqu'à mon arrivé. James se dirigea vers le bureau de Krame qui s'écarta devant son passage, revint avec une petite boîte. Il l'ouvrit et en sortit deux papiers blancs, enveloppés dans une pochette de plastique étroite, refermé par un morceau d'adhésif. - Voici les deux messages qu'il a laissé hier. - Deux ? s'écrièrent Powell et Hace à l'unisson tandis que Williams tendit l'oreille. Parker regarda me regarda, tour à tour avec Williams et finit par dire : - Oui,on en a découvert un autre sur le bébé après qu'on soit parti, durant l'autopsie, mentit-il. - Je croyais qu'il n'y en avait pas ! dit Williams d'une voix rauque. On a vérifié, non ? - On a dû … le louper. - Mais pourquoi vous nous le dites que maintenant ? demanda Murphy, l'air contrarié. - Tout d'abord, nous avions besoin de repos, et ensuite, il agit d'après un intervalle de trois ou quatre jours entre chaque meurtre donc … - Entre le septième et le huitième il n'y avait même pas un jour ! Répliquai-je. Silence dans la salle. Ils savaient tous que j'avais raison sur ce point, même Williams. Pourtant, il était sûr et certain que Parker l'avait lu et en avait tiré la conclusion qu'on serait tranquille jusqu'à maintenant. - Bon, montrez-nous ce qu'il y a la-dessus, s'il vous plait ! annonçai-je pour reprendre la conversation et parce que je voulais savoir ce qu'il y avait sur le second huitième, étant donné que je connaissais déjà le premier puisque je l'avais lu la veille. Il ne prit aucune paire de gants ni aucune protection. Peut-être les analyses avaient-elles déjà été faites ou peut-être qu'avec le temps il avait enfin compris que notre tueur ne laisserait jamais d'empreintes ? Il sortit ainsi les feuilles de papier de leurs emballages, prit l'une des deux et commença à lire? Je ne savais pas vraiment si c'était ce message là que j'avais eu entre les mains la veille mais, comme une intuition étrange me chuchotait que c'était le cas, comme si je pourrais en découvrir plus de la bouche d'un autre, j'écoutai avec attention :


« Parait-il, à ce que j'ai cru entendre, qu'un nouvel agent de la police avait intégré votre incrédule équipe de sécurité … Je tiens à le saluer, on ne fait pas souvent connaissance avec un de ces gars nommés Wolfe, Alex. » Une boule était descendu le long de mon estomac. C'était bien le message que j'avais lu quelques heures auparavant, après la découvert des huitièmes. Il provenait donc du fils, du bambin. L'entendre à nouveau de m'avais ni surpris ni aidé en quoi que ce soit. Il connaissait mon nom, et savait que je le poursuivrais aussi désormais. Et alors ? Quand aux autres, ils paraissaient aussi perplexes que moi mais on voyait dans les yeux des plus jeunes, Murphy, Powell, Hace et Brook – voir Parker quand on y pensait – une lueur d'espoir, une petite étincelle qui ne demandait qu'à être ravivée, demandait l'aide d'un bon bidon d'essence. Je devais sûrement être le bidon, mais, pour l'instant, j'étais vide … James Parker ne rangea pas le petit morceau de papier et continuait à le lire silencieusement et reprit la parole sans prévenir. Le message du fils – c'était assez douloureux d'utiliser la victime comme propriétaire du message mais pour le moment, il me fallait faire avec n'était pas fini. « La vie commence à l'Anarchie, entre vacarme et pleurs, se déroule entre tristesse et espoir, mais finie apaisée, quand elle vous quitte et qu'on vient enfin vous chercher sur la route sombre qui vous mène au Murmure de la mort. » Rien. Pas un bruit. Seul le souffle porcin et saccadé de Krame qui se blottissait dans un coin sombre de son propre bureau. Chacun semblait en pleine réflexion – chacun sauf Harry Hace et Matthew Powell qui semblait, comme tout bon agent l'aurait fait, regarder le plafond d'un air admiratif comme si à tout moment l'un d'eux se serait écrié : « Hey, vous l'avez acheté où la couleur ? ». Comme pour rompre ce silence, Parker – Ah ! S'il n'étais pas là celui-là ! - remballa le morceau de papier, le reposa dans la boîte en bois, ouvrit le second sachet et déplia la feuille blanche dans un froissement. Il la lu aussitôt à voix haute tandis que j'écoutais les moindres sons qu'il pouvait produire : « Posez-vous une question … Posez-vous la ! La fois prochaine où vous parviendra une nouvelle Lettre, réussirez-vous à sauver cette victime Sous mes griffes ? Ou peut-être encore qu'il fera Le rôle du martyr, que pour vous n'est-ce qu'une partie … Psychologues inutiles ! Juste des hommes ! P.S. : Bonne chance ! » Deux messages … Pas plus d'informations qu'en donnait un seul les fois précédentes ! Personne ne semblait comprendre quelque chose. Le Loup non plus d'ailleurs … Dormais-t-il au fin fond de sa tanière depuis trois ans ? Avait-il perdu son esprit déductif ? Ô malheur ! Si c'était le cas, rien ne serait arrivé … Malheureusement … il a fallu que cela arrive. Comme le disait l'autre,


« Bonne chance ! » vu que maintenant je ne peux rien y changer … Achevé d'écrire le Mercredi 17 septembre 2009 à 17H35 environ.

- Chapitre 3ème Anarchie, route sombre et Murmure Patience, patience … Le silence passait toujours. Au bout d'un moment. Un long moment. Un moment encore plus long, toujours plus long … Tandis que des mouches s'envolaient, s'entrecroisaient, chahutaient et se disputaient, le silence régnait, un silence de marbre ! Parker ne bougeait pas non plus, la feuille de papier étroitement serré entre ces mains si bien que je ne la distinguait que mal. Il avait le regard vitreux, balayant la pièce comme s'il pouvait détecter toute sorte d'idées. Pourtant, à voir à la vitesse à laquelle il se replongea soudainement dans une nouvelle lecture silencieuse, il n'avait rien dû trouver d'intéressant – sauf peut-être Brook qui semblait penser à son prochain shampoing pendant qu'elle s'entortillait les cheveux entre ses doigts. En effet, personne ne semblait vouloir tenter sa chance dans un jeux de devinettes. - C'est bizarre, non ? intervint Murphy sans prévenir. Je veux dire … on dirait que c'est pas la même personne qui a écrit à chaque fois, même dans la première lettre. Comme … comme si … - Il est schizo ! coupa Matthew, accompagné des signes de tête frénétiques de Harry. C'est clair et net ! - Dans la première, il pas a l'air vraiment sérieux au début et puis après … il nous fait son … spitch avec la Mort … lança Brook qui paraissait assez sérieuse pour une fois. C'est comme si ce n'était pas la même personne qui avait écrit les deux parties dans la première. - Schi-zo-phrène ! coupèrent Harry et Matthew en coeur. Personne ne faisait attention aux remarques des deux gamins du coin gauche … - Et dans la deuxième ! Il se paie notre tête ! murmurais-je en regardant le sol plutôt que mes nouveaux coéquipiers qui semblaient me fixer. Je sais pas. Ça lui … - Notre tête ? me coupa Franck, d'une voix rauque, qui ressortait d'un coin d'ombre. Et si on penchais d'abord sur le « Comment il a pu savoir que vous alliez nous rejoindre », Alex ? - L'information a pu filtrer. C'est une petite ville, tout se dit, dit Parker en reposant la lettre dans la boite de bois. - Non, personne ne le savait. Même toi Georges, hein ? annonçais-je en me tournant vers mon ancien capitaine Krame qui bafouilla un « Oui ». Je ne lui ai dit qu'hier matin – repris-je en


balayant les autres du regard -, et je ne l'ais pas encore dit à mon coéquipier. Ça ne vient pas d'ici. - En fait .. je .. je me suis occupé de le dire à … Jack, bégaya Krame. Il lui avait dit. Tant mieux ! Mais en ce moment, ce n'était pas ma principale préoccupation. Si bien que je n'accorda pas un nouveau regard à mon ancien capitaine. - Et alors quoi ? Ça ne peut pas venir d'ici … s'écria Powell. - Bien sûr que non ! cria Parker. Ça fait des semaines que ce transfert est prévu et tout ça est passé par le siège. Ça peut venir de n'importe où ! - Ouais, bon … - Vous pouvez me donner la première lettre ? demandai-je à Parker. Il acquiesça de la tête et se retourna vers sa petite boîte tandis que je m'adossais au mur vitré. Il revint vers moi et me tendit un morceau de papier assez fin qui n'était pas plus grand que sa main. Je la relus trois ou quatre fois et me mis à chuchoter tandis que les filles et Parker semblaient émettre des hypothèses qui sonnaient faux – Ah, l'esprit déductif des fédéraux ! -, que Harry et Matthew papotaient en faisant de grands gestes – Ah, quels gamins ! -, que Franck me fixait comme si j'étais la plus étranges espèce de singe savant qu'il n'aurait jamais vu – Ah, ce qu'il pouvait être énervant ! - et que que Krame se blottissait au fond de la chaise de son bureau en ruminant. - Équipe de sécurité ? Alex … La vie commence à l'Anarchie … route sombre … Murmure de la mort, murmurai-je. Quand Parker l'avait lu, je ne l'avais pas remarqué mais effectivement, les mots « murmure » et « anarchie » semblaient se détacher de par leurs majuscules. En plein milieu d'une phrase ! Et aussi, il n'avait pas écrit mon prénom en entier. C'était juste une abréviation … En quoi ça pouvait gêner ? Ou peut-être était-ce fait exprès ? Un indice … C'était toujours le cas dans ces lettres alors pourquoi pas ? Qu'est-ce qu'il voulait donc ? Me tuer, moi ? Pourquoi aurais-t-il voulu me tuer ? Non, ce n'était pas ça … Après quelques minutes je me rendis compte que je ne tirerais rien de cette piste. Je racontai donc aux autres la place des majuscules sur ces deux mots et leur tendit le morceau de papier tandis que Franck émettait un grognement. Je m'avançai un peu vers le bureau pour agripper la boîte en bois en en extraire le second message : Krame sursauta au moment où je reposai le petit coffret sur son bureau et repartit dans le monde étroit qui se cachait entre ses bras entrecroisés sur le bureau. Ce message-ci ne semblait pas doté de plus d'indication au premier regard. Comme l'avait dit Andréa, la jeune afro-américaine, non seulement les phrases mais aussi l'écriture semblait différente de l'autre. Cela ressemblait presque à un gribouillis sur une vieille serviette en papier. Presque illisible ! Dans ces mots, on voyait une différence avec son habitude. Toutes les autres lettres étaient des indices, une sorte de passe-temps pour lui, une aide malsaine pour nous, alors que là, il nous insultait, sans détour. Même dans le pauvre résumé que j'avais eu du quatrième message – celui-là même ou il s'était tué à expliquer leur job au bureau –, ça ne semblait pas aussi familier. Je trouvais ça plutôt étrange … De plus, à la différence des précédentes lettres, ces deux-là étaient écrites en vers, des vers amateurs, mal formulés. Il était retourné à la ligne sans finir d'écrire jusqu'au bord du mince morceau de papier mais avait commencé chacun de ses « vers » par des


majuscules. Mais ne les avait pas terminé par des points ou des virgules pour autant. C'était évident. Tellement évident. Il voulait qu'on sache ce qui était écrit, comme d'habitude. Il s'arrangeait toujours pour montrer une piste, une vraie piste. Mais là, c'était vraiment évident. Depuis le début de cette histoire, il avait accentué la difficulté de ses messages à chaque victime – n'oublions pas que le premier avait été d'une simplicité déconcertant – alors que dans celui-là, cela semblait irréel. - Là ! m'écriais-je. Certains sursautèrent – je ne saurais dire lesquels. Powell et Hace, tel deux chiens à l'affut, se jetèrent sur mes épaules, Parker lui se pencha à ma droite, les filles se mirent face à moi tandis que ce cher Franck Williams s'approcha avec prudence. - Regardez ! Sur la deuxième, m'écriais-je. C'est un autre message ! - on entendit presque Williams nous sortir un « Bonne déduction, môssieur l'agent » ironique. C'est si évident que c'est impensable qu'il ne l'ait pas fait exprès. Cette lettre est constitué comme un poème, à peu près … Pas de rimes bien sûr, mais un retour à la ligne permanent. Avec – je montrai successivement le début de chaque vers – une majuscule à chaque ligne … Sauf – je pris une soudaine inspiration – à la dernière ! La plupart d'entre eux semblait captivé - « Célébrité quand tu nous tiens … Lâche-moi un peu ! ». - Si on analyse cette lettre, on peut observer - comme nous l'a indiqué … Andréa c'est ça ? - que ce message est totalement différent du premier. Il est trop « sale ». C'est pas le même style que d'habitude. Vous avez vu ? Il ne dit rien. C'est juste des insultes. - Et alors quoi ? répliqua Hace, désorienté. - Ce message n'est rien. Il ne veut rien dire. Il cache juste autre chose – je désignai les mots de chaque vers du doigt. « Une majuscule pour chaque premier mot d'une ligne sauf pour la dernière » - On prends la première lettre à chaque fois ? - Non, mais c'est du pareil au même. Brook semblait perdu – Avait-elle perdu son soudain sérieux – mais Murphy, elle semblait comprendre, et c'était bien la seule, mais elle eut l'air de vouloir me laisser les honneurs. - On prend tout les premiers mots de chaque ligne : « Posez », « La », « Lettre », « Sous », « Le », « Psychologues » et on met « hommes » à part. Pas de majuscule. Ce qui nous fait … - « Posez la lettre sous le psychologues » ? ironisa Franck. Jolie déduction Wolfe. Vous voulez qu'on essaie ? ajouta-t-il, schématisant de poser la lettre sous mes pieds. - Non, justement. On ne l'avait pas remarqué à haute voix, mais si vous observez, non seulement le « P » mais aussi le premier « S » de « Psychologues » sont en majuscules. Apparemment, il avait pas beaucoup d'imagination aujourd'hui. - En même temps, pour sortir « Ps » en début de phrase ! intervint Powell, sarcastique. Une étincelle effleura son œil jusqu'à l'en brûler. Une chaîne d'autre étincelle siffla dans les yeux blancs de nos amis, à l'exception de ceux d'Andréa qui avait déjà eu son déclic, elle. - « Posez la lettre sous le PS » … PS … Postscriptum. Et devinez ce qu'il y a deux lignes en dessous …


Ils sourirent. Moi aussi. Aucun n'avait besoin d'une explication supplémentaire. Powell et Hace se disputèrent la première lettre et, quand Parker fut enfin intervenu, ce dernier plaça minutieusement le premier message sous le postscriptum du second. Quand il jugea sa position parfaite, il s'écarta d'un bond, et tout le monde revint silencieusement vers la table pour s'approcher de la mystique découverte … Mais rien. Pas un bruit. - Et maintenant ? demanda Powell. Les deux messages désormais assembler en un seul laissait place à un tout plutôt incohérent, à mes yeux en tout cas : Posez-vous une question … Posez-vous la ! La fois prochaine où vous parviendra une nouvelle Lettre, réussirez-vous à sauver cette victime Sous mes griffes ? Ou peut-être encore qu'il fera Le rôle du martyr, que pour vous n'est-ce qu'une partie … Psychologues inutiles ! Juste des hommes ! P.S. : Parait-il, à ce que j'ai cru entendre, qu'un nouvel agent de la police avait intégré votre incrédule équipe de sécurité … Je tiens à le saluer, on ne fait pas souvent connaissance avec un de ces gars nommés Wolfe, Alex. La vie commence à l'Anarchie, entre vacarme et pleurs, se déroule entre tristesse et espoir, mais finie apaisée, quand elle vous quitte et qu'on vient enfin vous chercher sur la route sombre qui vous mène au Murmure de la mort. Andréa se retourna un moment, de façon à réfléchir plus tranquillement, les yeux tournés vers le plafond, en murmurant : - Agent … équipe de sécurité … ce gars nommé Alex … Elle répéta ces derniers mots plusieurs fois. « Ce gars nommé Alex … ce gars nommé Alex. » Ce qui fit bien évidemment frémir notre grand Franck Williams. Elle se retourna soudainement, se pencha sur la table jusqu'à ce qu'une croix dorée, accrochée à son cou, retombe sur la feuille, et qu'un postérieur replet rebondissent un peu plus loin. Elle répéta à nouveau, murmurant, en passant le doigt sur les lignes. « Nouvel agent … de sécurité … Alex … » Elle répéta encore, se relevant et tapotant la petite feuille, nous dévisageant chacun notre tour l'air triomphal, les pommettes gonflées.


Water Hill, ILLINOIS, Route 66


Condamné  

Un homme, une légende humaine parmis la police et le FBI. Le Loup. Retiré du service depuis trois années, il reprend du service pour traquer...

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