Place financière KBL ebp et Bil
02 Précisions capitales pour demi-sœurs ► La stratégie des deux banques luxembourgeoises administrées par les Qataris se matérialise, entre synergies et différenciations. ► Le réseau de banquiers privés en Europe s’étend pour KBL. ► La Bil fait le grand écart prudent entre marché local et wealth management international.
KBL epb et Bil sont demi-sœurs, avec pour filiation la société d’origine qatarie Precision Capital. Mais les deux banques demeurent deux entités distinctes avec des politiques et des stratégies différentes. Justement, la question de l’influence qatarie a fait plus d’une fois débat, générant au passage des fantasmes allant de la fusion aux plateformes communes… On n’en est pas là, mais les manœuvres stratégiques sont en cours. Au rayon synergie et symbole, la banque du boulevard Royal, qui souhaite se concentrer sur le private banking, a conclu un accord avec sa consœur de la route d’Esch pour la gestion des comptes retail de ses collaborateurs. Plus dans le registre wealth management, le « i » de Bil a vibré pour l’inauguration, à Dubai, de sa première succursale aux Émirats arabes unis. Le « ministre ambassadeur » des Finances, Pierre Gramegna, le CEO Hugues Delcourt et son prédécesseur (devenu président du CA), François Pauly, ont rappelé que le Luxembourg est le plus important domicile de fonds islamiques en Europe (et occupe la troisième place mondiale, derrière la Malaisie et l’Arabie saoudite). Bil Middle East a pour objectif assumé de « conseiller les familles, chefs d’entreprise et expatriés de la région » en matière de produits et services financiers internationaux, en ce compris des solutions
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de financement tailor made, ou encore des dispositifs de structuration d’investissements immobiliers à travers l’Europe. Le tout avec l’appui de centres de la banque au Luxembourg et en Suisse. Comme Experta Corporate and Trust Services (structuration d’entreprise et d’investissement), Belair House (Family office) ou Bil Manage Invest (société de gestion), trois filiales à 100 % du groupe, installées au Luxembourg. La dynamique internationale s’appuie aussi sur les marchés asiatiques, singulièrement Singapour, que l’actuel CEO connaît bien. « Notre stratégie sera déployée sur des niches et des métiers, en particulier dans la banque privée », commente Hugues Delcourt. Un segment qui représente actuellement quelque 40 % des activités de la Bil. La représentation bruxelloise de la banque semble quant à elle moins prioritaire. De fait, l’Europe est davantage le terrain de chasse de KBL, qui – orientation pour le changement de nom qui se profile ? – agit clairement dans une logique de European private bankers. Yves Stein, Group CEO, souligne : « Dès l’arrivée de Precision Capital, il a été clairement dit que le groupe créait une base pour un développement en Europe. Il faut pour cela, partout où l’on exerce son activité, une masse critique. Nous parlons généralement de 5 milliards
▲ KBL epb s’appuie clairement sur les trois petites lettres de european private bankers.
d’actifs comme seuil pour l’atteindre. » En Belgique, le groupe, via sa filiale Puilaetco Dewaay, a acquis la branche bruxelloise d’UBS (qui était succursale d’UBS Luxembourg). La mise en commun des actifs doit faire passer l’entité de 3 à 10 milliards. Yves Stein voit dans ce deal une confirmation de la volonté affichée par l’actionnaire qatari. « Precision Capital a les moyens et la volonté de jouer la consolidation. Dès le départ, il a été question de renforcer nos structures partout où nous sommes déjà présents en Europe (le groupe est implanté dans neuf pays, avec 42 milliards d’euros d’actifs sous gestion et 41 milliards d’euros d’actifs en conservation au 31 décembre 2013, ndlr). Une équipe a été mise en place, exclusivement pour assurer un screening du marché et suivre toutes les opportunités, qu’il faut être prêt à saisir. » D’autres opérations sont attendues, au moment ad hoc. Cherchant l’effet de levier d’une structure déjà sur place, le groupe se dit particulièrement intéressé par des marchés domestiques comme la France ou l’Espagne.
Et au Luxembourg ? Les rumeurs ramènent régulièrement des craintes de suites à son plan social. Celui-ci court, en fait, dans une formule « ouverte » et donc évolutive, encore pour 2015. Mais, de source proche du comité de direction de KBL, le propos rassure. « Ceux qui veulent en profiter peuvent partir. Mais on a besoin de tout le monde. » La Bil bouge aussi au pays. Son virage IT y a connu un bug : la banque et le fournisseur suisse Avaloq annonçaient une joint-venture créant un BPO (business process outsourcing) pour servir l’ensemble du secteur bancaire, où 400 employés de la Bil auraient pu être transférés. Yves Baguet (ex-CIO Clearstream Services) était virtuellement aux commandes. Mais les deux partenaires ont cessé leur collaboration avant qu’elle ait vraiment commencé. Plus près du front desk, la Bil souhaite aussi renforcer ses parts de marché national. La banque a d’ailleurs nommé un nouveau responsable (Pitt Arens) pour la clientèle résidente. Elle tente du coup une sorte de grand écart entre le haut vol planétaire et l’impact local. ◄ En résumé La Bil et KBL european private bankers ont en commun leur actionnaire qatari Precision Capital. Mais la nouvelle stratégie des deux banques se matérialise entre synergies et différenciations. Réseau de banquiers privés en Europe pour KBL. Grand écart entre marché local et internationalisation assumée pour Bil.
PHOTO : BENJAMIN CHAMPENOIS / MAISON MODERNE
― Texte : Alain Ducat, Thierry Raizer
― Janvier 2015
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