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12 | Migros Magazine 36, 5 septembre 2011

Et si les jeux vidéo rendaient les conducteurs agressifs?

Une étude britannique relance la polémique: les jeux vidéo ne seraient pas si inoffensifs que ça. Dans le collimateur, les courses de voitures virtuelles qui feraient des joueurs des chauffards en puissance sur la vraie route. Tour de chauffe.

L

es voitures rutilantes se donnent la chasse dans une ville nocturne. Quelque part, entre Los Angeles, Londres ou San Francisco. Fond sonore rock sauvage. Accordé au crissement des pneus sur le bitume surchauffé. Le but du jeu: gagner la course, évidemment, en massacrant au besoin ses adversaires, avec missiles, projectiles et autres boules explosives. Bienvenue dans Blur, l’un des racing games les plus prisés des aficionados de la console. Mais ce pourrait être aussi Need for speed, Burnout ou d’autres. Autant de jeux vidéo qui inspirent les Fangios, pressés d’appuyer sur le champignon. En toute impunité et sans conséquences. Vraiment? Pas d’après une récente étude britannique qui laisse entendre que les gamers seraient de mauvais conducteurs au volant. Ce sondage mené par le fabricant de pneus Continental a porté sur 2000 conducteurs, âgés de 17 à 39 ans, dont la moitié étaient des amateurs de jeux vidéo.

Un lien entre jeu et agressivité au volant

Résultat: les joueurs seraient plus enclins à prendre des risques, à brûler des feux rouges et auraient plus d’accidents que les non-joueurs. Un chiffre: 45% des joueurs interrogés montreraient de l’agressivité au vo-

«Sur la vraie route, comment dissocier le virtuel du réel?»

Joachim Maire, fondateur de l’association Les Anges de la route.

lant contre 22% pour les nonjoueurs (voir encadré). Parce que trop sûrs d’eux, ils auraient tendance à surévaluer leurs capacités. Une attitude qui serait corrélée au temps passé devant l’écran: ceux qui jouent plus de huit heures par semaine auraient trois fois plus d’accidents que ceux qui jouent moins d’une heure. Bref, les gamers seraient des chauffards en puissance! Alors, piloter sur écran a-t-il une incidence sur la vraie tenue de route? Démolir sa caisse virtuelle pour un

virage serré a-t-il un effet sur les dépassements autoroutiers, dans la vie réelle? Cette hypothèse ne surprend pas du tout Joachim Maire, 38 ans. Pour ce chauffard repenti, qui a fondé l’association Les Anges de la route, active dans la prévention auprès des jeunes, tout est fait pour entretenir la confusion. «A 16 ans, les jeunes jouent à la Playstation. Et, à 18 ans, ils se retrouvent dans la même configuration, mais sur la vraie route. Comment dissocier le virtuel du réel?» Même volant, mêmes pédales, même levier à vitesses. C’est vrai, l’entourage d’une console ressemble furieusement à celui d’une voiture. Joachim Maire sait de quoi il parle. Avant 30 ans, il lui arrivait

de passer des week-ends entiers devant l’écran avec les copains, sans sortir, à faire des duels de voiture, une caisse de bières posée à côté du fauteuil. «Quand on joue on n’est jamais mort. Psychologiquement, l’image que l’on reçoit de l’écran, le cerveau l’emmagasine et on se met au défi de le refaire après.» Avec ce cocktail explosif qui peut être fatal: «Je pratiquais aussi le sport automobile amateur. Quand je buvais, je ne faisais plus de différence entre le circuit de karting, le virtuel et la route. J’étais Superman!» Jusqu’à un terrible accident, en 2003, qui l’a conduit derrière les barreaux. Un exemple extrême, mais qui résume tous les ingrédients du profil à risques, bien connu des statistiques. En 2009, sur 54 231 délits de la loi sur la circulation routière, 20 144 ont été commis par des hommes de moins de 30 ans. Soit 37% des infractions (chiffres Office fédéral de la statistique). De même, le nombre des retraits de permis