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10 | 27.6.2022 | AGRICULTURE

Ronde de nuit sur l’alpage Prêtant main-forte aux éleveurs, des bénévoles se relaient et montent la garde auprès des moutons. Ce soir-là, au-dessus des Marécottes (VS), trois de ces éco-volontaires se préparent à une éventuelle attaque du loup. Texte: Patricia Brambilla

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Photos: Christophe Chammartin

n petit container bleu et blanc installé dans une gravière. Par la porte ouverte, on aperçoit deux lits de camp et quelques étagères de vivres. Il est 17 heures, les deux bénévoles sont là, ambiance décontractée. Alexis Masson, 34 ans, bouquine, tongs aux pieds, et Alain Germiquet, 48 ans, regarde les alentours, lunettes de soleil sur le nez. Ce sont eux, les gardiens du jour, ou plutôt de la nuit, les bonnes âmes qui vont veiller sur le ruminant cheptel éparpillé sur l’alpage de Planajeur, au-dessus des Marécottes (VS). Pour l’heure, la centaine de moutons belges, race Beltex, pâture nonchalamment sur un

plateau panoramique, entre les hautes herbes et les meilleures cimes. Un enclos électrifié, bardé de spots lumineux, court sur tout le périmètre. Et pas de chiens de garde, à cause de la route très passante, empruntée par les randonneurs et les vététistes, sans parler des parapentistes qui atterrissent souvent au milieu des bêtes. D’où la nécessité pour les éleveurs Éric et Suzanne Jacquier de faire appel à l’association Oppal (lire entretien p. 13) et ses éco-volontaires, formés pour l’occasion. Le binôme, qui vient de faire connaissance, organise sa nuit de veille. Alain a décidé de ne pas dormir et d’assurer des rondes toutes les trente minutes. «La

nuit, c’est mon élément. J’ai été agent de sécurité pendant près de vingt ans», dit-il en préparant son sandwich et ses Red Bull. «D’habitude, on fait chacun la moitié de la nuit, on se relaie vers 2 heures du matin», relève Alexis, qui prend volontiers quelques heures de sommeil. Les deux compères révisent le matériel: talkie-walkie, lunettes de vision thermique, qui permettent de voir les animaux dans la nuit à plusieurs centaines de mètres, lampe torche de 4000 lumens, mais pas de fusil. «Si le loup apparaît à moins de 100 m et manifeste des velléités d’approcher le troupeau, les premières mesures d’effarouchement

consistent à faire du bruit avec les mains, puis avec un sifflet et, au besoin, avec une corne de brume», explique le binôme. Rester à l’affût

Tous deux n’en sont pas à leur première garde. Alain, amoureux de la nature et en recherche d’emploi, a déjà assuré la sécurité du pâturage et s’est inscrit pour plusieurs dates. Et Alexis revient de trois nuits pluvieuses au Marchairuz. Mais ni l’un ni l’autre n’ont vu le loup. Leur motivation? «Je le fais par envie, parce que c’est une cause qui me touche et que j’aimerais apporter ma pierre à l’édifice», répond Alain Germiquet sans hésiter.


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