9 minute read

Économie

Next Article
Saveurs

Saveurs

Tout l’art d’observer la concurrence

Recherche d’informations, analyse, prise de décision. L’intelligence économique constitue le pendant légal de l’espionnage. À la tête d’une agence genevoise spécialisée dans ce domaine, Alexis Pfefferlé estime que cette discipline n’est pas encore assez utilisée en Suisse.

Texte: Laurent Nicolet

Alexis Pfefferlé, qu’entend-on exactement par intelligence économique? Il existe à peu près autant de définitions que d’intervenants, mais, pour faire court, disons que c’est l’ensemble des activités de recherche, de traitement et de diffusion des renseignements utiles aux acteurs économiques. Ces informations concernent le marché, la concurrence, les produits. Et le but est d’obtenir un avantage stratégique et compétitif et d’anticiper les problèmes. Vous laissez entendre que la Suisse ne brille pas beaucoup en intelligence économique. Pourquoi? Cela tient à la composition de notre tissu économique. Le berceau de l’intelligence économique, c’est un peu la France. Nos voisins ont développé cette activité parce que leur tissu économique est composé pour l’essentiel de grandes entreprises ayant des liens avec l’État. Il y a eu donc un glissement des activités de renseignement, qui étaient celles de l’État, vers le secteur privé, pour aider les grands groupes à obtenir des avantages compétitifs sur des marchés étrangers. La Suisse, elle, dispose d’un tissu économique composé majoritairement de PME qui n’ont pas forcément les ressources, ni la connaissance, ni le besoin de pratiquer ce genre d’activité. Nous sommes donc en retard sur ce point. Et c’est grave? Nombre de PME suisses sont des acteurs internationaux. Ce sont en outre des sociétés très compétitives, très innovantes et qui devraient donc consacrer un peu plus de temps et d’énergie à l’intelligence économique, pour pouvoir rivaliser avec leurs concurrents à l’étranger. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) est-il à ce niveau-là d’une aide quelconque?

Contrairement à l’espionnage industriel, l’intelligence économique se base uniquement sur des informations non protégées et donc légales.

Le sacro-saint libéralisme qui règne en Suisse a ses bons et ses mauvais côtés. Le législateur, ainsi, n’a pas souhaité que le service de renseignement, un service étatique, puisse donner un appui à des entreprises privées. Ce n’est donc pas sa mission d’aider le secteur privé à obtenir des avantages sur les concurrents étrangers. On peut le regretter. Il existe quand même une relation. La défense contre l’espionnage économique est en effet bien une des missions du SRC. Il peut donc apporter son aide et son expertise dans ce domaine. Il a d’ailleurs créé un programme, Prophylax, à cet effet. Comment les entreprises suisses se débrouillent-elles néanmoins pour pratiquer l’intelligence économique? Cela dépend de la taille. Une entreprise comme Nestlé est un acteur historique de l’intelligence économique, qui a développé des capacités internes pour cette activité. Les PME peuvent faire appel à des sociétés comme la nôtre. Pour faire de la veille, savoir quelles sont les nouveautés qui sortent dans leur domaine, savoir s’il y a des informations au sujet de la société qui apparaissent sur internet, pour anticiper d’éventuelles crises ou anticiper la réaction des concurrents. Une société peut vouloir s’implanter dans un pays étranger et va commander à une société d’intelligence économique une étude de marché pour connaître quelles sont les parties prenantes, les dangers, ce qu’il faut anticiper en matière de sécurité, de concurrence ou d’environnement législatif. Où se situe la frontière entre intelligence économique et espionnage industriel? La réponse est très simple: l’intelligence économique est une activité commerciale licite, l’espionnage une infraction pénale. La frontière se trouve au niveau de l’information que l’on recherche. Dans une démarche d’intelligence économique, on va rechercher des informations qui sont accessibles au public ou à un professionnel de la recherche, par exemple sur internet. Ce qui va faire la différence, c’est votre capacité d’analyse, de compilation de ces informations. On peut rechercher aussi des informations publiques mais payantes, par exemple des catalogues de décisions de justice. Et l’espionnage? L’espionnage économique consiste à avoir accès à des informations qui sont protégées par l’entreprise. Qui peuvent être protégées soit par le secret des affaires ou par tout autre type de secret. Comme le secret de fonction, le secret professionnel, le secret de l’avocat, le secret médical. À partir du moment où vous violez un secret inscrit dans la loi, vous êtes potentiellement dans une démarche d’espionnage, ou à tout le moins dans une démarche illicite.

«L’intelligence économique est une activité autorisée alors que l’espionnage est une infraction pénale»

Concrètement, comment se passe l’espionnage économique? Il est le fait d’États ou de sociétés peu scrupuleuses qui vont employer des gens pour commettre ces actes illicites. Vous ne trouverez donc pas des sociétés ayant pignon sur rue qui exercent ces activités ouvertement. Mais, comme dans tout métier, il y a des gens qui parfois transgressent. L’espionnage économique, ça peut aussi être le fait d’employés de la société visée, on l’a vu en Suisse avec l’affaire Falciani. Ou d’un tiers volant des informations à une société pour les donner ou les revendre à l’étranger. la personne qui divulgue l’information, où l’on est soit dans le vol de données, soit dans l’espionnage si ces données partent à l’étranger. Par exemple les CD qui avaient été vendus aux länder allemands, contenant les données de clients allemands des banques suisses. Quelles sont les industries les plus exposées en Suisse à l’espionnage économique? Toutes les industries de pointe, de précision ou qui ont des produits uniques et compétitifs. Cela recoupe quand même beaucoup de sociétés. Le message que nous essayons de faire passer aux chefs d’entreprises est de dire que ce n’est pas parce que vous êtes une petite entreprise que ces problématiques ne vous concernent pas. La Suisse compte de nombreuses petites sociétés qui ont des produits de niche très avancés technologiquement. Des PME et des PMI que l’on appelle des pépites parce qu’elles ont des produits uniques, innovants et une ouverture internationale. Plus vous êtes innovant, plus vous êtes soumis à l’espionnage économique. Or, la Suisse se situe dans le top 3 des pays les plus innovants. Donc on peut imaginer qu’elle est aussi dans le top 3 des destinations les plus prisées pour l’espionnage économique. Cela ne concerne donc pas que les industries en lien avec l’armement ou la défense? Cela peut être n’importe quel secteur. Des technologies comme les voitures électriques, les systèmes d’optique, les semiconducteurs, la biotechnologie. On trouve en Suisse beaucoup de sociétés actives dans la biotech, dans les dispositifs médicaux, dans les médicaments. Ce sont des cibles de choix. Pour qui? Des États étrangers ou des entreprises concurrentes? Il doit y avoir un peu des deux. La frontière peut être ténue. Vous pouvez avoir des sociétés étrangères qui sont directement ou indirectement détenues par des États, qui vont donc bénéficier des fruits de cet espionnage. Plus la technologie a une visée de défense ou d’intérêt stratégique, plus vous avez de chances que ce soit un État qui soit à l’origine de l’action d’espionnage. On peut imaginer par exemple que sur des questions de vaccin ou de nouveaux médicaments destinés à lutter contre la pandémie de Covid, des pays soient à la manœuvre, parce qu’il y a une importance stratégique nationale à avoir ou à reprendre l’avantage, ou encore pour combler son retard. S’agissant de questions plus commerciales, l’initiative d’espionnage vient naturellement davantage d’entreprises étrangères. À quel point la numérisation a-t-elle changé les pratiques de l’intelligence économique? À l’époque, on allait dans des foires commerciales, on collectionnait les cartes de visite, on recevait de la documentation de la concurrence, on regardait quelles étaient les publicités faites dans les journaux. Avec la numérisation, la masse d’information a explosé, dans des proportions délirantes. Il faut donc avoir aujourd’hui de nouveaux moyens et de nouveaux outils de collecte et de tri de l’information. La numérisation a aussi étendu le rayon d’action des sociétés. L’intelligence économique s’est ainsi globalisée avec le marché. À l’époque, si vous étiez une société de machines-outils en Suisse allemande, vous faisiez des recherches en France et en Allemagne voisine. Aujourd’hui l’intelligence économique va dire ce que font vos concurrents à Taïwan, en Chine, aux ÉtatsUnis… MM

«Plus vous êtes innovant, plus vous êtes soumis à l’espionnage économique»

Certains vous diront qu’il s’agit de lanceurs d’alerte... C’est une question intéressante. Il y a un cas pendant actuellement devant le Tribunal fédéral: l’affaire 1MDB. La question est de savoir si l’employé qui a fourni des informations est un lanceur d’alerte et donc si les informations qu’il a dérobées sont exploitables en justice. Ou si, au contraire, il s’agit d’espionnage économique, c’est-à-dire si ces informations sont issues d’un crime et donc pas exploitables. Il existe d’autres cas dans lesquels il n’y a pas de doute quant aux motivations de

Bio express

1986: naissance le 17 février. 2011: master en droit, Université de Genève. 2013-2015: conseiller juridique et chef de projet chez LP Services SA / Diligence SARL, Genève. Depuis 2015: directeur et fondateur de Heptagone Digital Risk Management & Security, à Genève, agence spécialisée dans l’intelligence économique. 2016-2017: maître de conférences à UNIL. Depuis 2018: maître de conférences à l’UNIGE. Depuis 2021: enseignant à HEIGVD.

Ça me botte !

TOSCANE - ITALIE

DÈS 995.-

PAR PERSONNE EN CHAMBRE DOUBLE –––

6 JOURS

LA TOSCANE ET SES LIEUX SYMBOLIQUES

Comme une folle envie d’y rester

Partez découvrir une douceur de vivre et un patrimoine culturel de qualité en Toscane. Vous visiterez Lucca, Pise, Sienne, San Gimignano et Florence. Hôtel 4*, demi-pension

POINTS FORTS

• Pise et sa célèbre tour penchée • Dégustation de produits locaux dans un agritourisme • Florence, véritable ville-musée

24 au 29 avril 22 Fr. 995.16 au 21 mai 22 Fr. 995.13 au 18 juin 22 Fr. 995.4 au 9 septembre 22 Fr. 995.20 au 25 septembre 22 Fr. 995.16 au 21 octobre 22 Fr. 995.-

ÎLE D’ELBE - ITALIE

DÈS 995.-

PAR PERSONNE EN CHAMBRE DOUBLE –––

5 JOURS

L’ÎLE D’ELBE

Perle de la Méditerranée, oasis d’exil de Napoléon

Région considérée comme le bijou des archipels toscans ou encore la perle de la Méditerranée. L’île d’Elbe par ses paysages et ses mets locaux vous permettra de profiter sans aucun complexe de son panorama paradisiaque. Hôtel 4*, demi-pension

POINTS FORTS

• Sur les traces de Napoléon à Portoferraio • Balade en bateau le long de la côte des Goélands • Dégustation de produits typiques, un instant de régal

2 au 6 mai 22 Fr. 995.16 au 20 mai 22 Fr. 995.6 au 10 juin 22 Fr. 1’050.5 au 9 septembre 22 Fr. 1’050.26 au 30 septembre 22 Fr. 995.10 au 14 octobre 22 Fr. 995.-

VÉNÉTIE - ITALIE

DÈS 750.-

PAR PERSONNE EN CHAMBRE DOUBLE –––

4 JOURS

Du 19 au 22 mai 2022 SUR LA ROUTE DU PROSECCO

Parce que tout le monde aime les bulles !

Le Prosecco, symbole pétillant de l’art de vivre à l’italienne. Frais, joyeux et léger, il illumine les moments forts de notre existence, grâce à ses bulles perlées qui donnent immédiatement des airs de fête.

Hôtel 4*, demi-pension (+ dîner du 2e jour avec dégustation de vins) POINTS FORTS

• La région de Valdobbiadene, patrie du Prosecco • La Fête du Prosecco, une ambiance qui pétille • Trévise, la mystique et l’élégante

Lieux de départ au plus près de chez vous, depuis les cantons de GE, FR, NE, VD et VS

PRESTATIONS INCLUSES Le coup de fendant Voyage en car 4* tout confort du patron Boissons gratuites à bord du car Accompagnatrice Buchard

RÉSERVEZ

WWW.BUCHARD.CH • 027 306 22 30

This article is from: