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Atlas analytique de la Trame Verte de Marseille Restitution des travaux de recherche rĂŠalisĂŠs dans le cadre du Programme Interdisciplinaire de Recherche Ville Environnement Juin 2012


Équipe scientifique LABORATOIRE POPULATION POPULATI ENVIRONNEMENT DEVELOPPEMENT ELOPPEMENT, UMR 151, UNIVERSITEAIX-MARSEILLE / IRD

- BARTHELEMY CAROLE, MCF Sociologie, Responsable esponsable scientifique - DESCHAMPS-COTTINMAGALI, MCF Ecologie - BERTAUDIERE-MONTES VALERIE, MCF Ecologie - LIZEE MARIE - HELENE, Docteur en Ecologie - BOURDIL CHLOE, M2 Ecologie, Assistante de recherche, Conception onception de l’Atlas

TERRITOIRES, TEMPS, ESPACES, LANGAGES, EUROPE MERIDIONALEMEDITERRANEE,

UMR 6570, UNIVERSITE

DE

PROVENCE/CNRS,

MMSH - CONSALES JEAN-NOËL, MCF Géographie, Urbanisme

ATELIERS

CARTOGRAPHIQUES ET TRAITEMENT DE L’INFORMATION CARTOGRAPHIQUES

GEOGRAPHIQUE

- GOIFFON MARIE, Docteur en Géographie, Géographie Géomaticienne

Personnes ayant participé au projet : MARCO AUDREY, Docteur en Ecologie, Ecologie, MCF Ecole Nationale du Paysage BONNAUD ELSA, Docteur en Ecologie BOSSU ANGELE, Doctorante en Ecologie DANIEL PAVON, Ingénieur d’étude en Botanique


Remerciements Nous tenons à remercier les personnes qui, au sein de la commune de Marseille, de l’Agence

d’urbanisme

de

l’Agglomération

Marseillaise

(AgAM)

et

de

la

Communauté Urbaine de Marseille Provence Métropole, ont, à différents titres, collaboré à ce programme de recherche.

Nous remercions également, l’association La Chevêche, et plus particulièrement Eric Barthélémy, pour sa collaboration à l’étude des communautés d’oiseaux à Marseille ; ainsi que Leslie Lemaire pour sa participation à nos réflexions dans le cadre de son stage de 2ème année de l’Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat. Merci également à Cécile Lizée et Cyril Geneys du bureau d’études C2Psy pour leur investissement dans la réalisation d’une enquête sur les perceptions de la nature à Marseille.

Nous tenons à saluer les membres du conseil scientifique et du comité d’orientation du PIRVE qui, tout au long de nos rencontres, ont porté un regard critique et constructif sur notre recherche.


PRÉFACE Un atlas de la nature à Marseille ? Drôle d’idée ! Qui plus est de la nature dans Marseille. Cet atlas ne traitera point de la garrigue ou des Calanques, point de photographies de la grande bleue et de ses mythiques falaises. L’atlas a résolument tourné le dos à la mer, pour montrer des espaces à caractère de nature imbriqués dans la ville, tellement imbriqués qu’ils en deviennent presque invisibles.

Marseille, ville naturelle, ville verte ? C’est à cette question d’apparence simple et presque incongrue, tant le climat méditerranéen a façonné le paysage marseillais, plutôt sec et minéral, qu’une équipe de chercheurs des laboratoires marseillais et aixois, le LPED et TELEMME, se sont attaqués. Entreprise dans un engouement contemporain pour un rapprochement inédit entre la ville et la nature : villes durables, éco-quartiers, éco-habitats, jardins partagés, gestion différenciée des parcs publics ; la ville ne semble plus pouvoir se dérober à la « green touch ». Et les communautés de chercheurs s’organisent notamment pour répondre à une demande exponentielle d’expertise en la matière. Où est la nature en ville? A quoi ressemble-telle? Comment fonctionne-t-elle ? Et les habitants, comment appréhendent-ils ces espaces, à la fois paysage vert de la ville et composante des milieux de vie ? La simplicité de la question de la nature en ville n’est qu’apparente ; elle soulève des interrogations

majeures

de

la

vie

urbaine

contemporaine

entrelacées

et

interdépendantes. Face à cette complexité chère à Edgard Morin, l’approche scientifique s’est voulue interdisciplinaire ; c’est-à-dire qu’elle a relié les sciences du


vivant via le spécialiste de la nature, l’écologue, aux sciences sociales, en l’occurrence le géographe, l’urbaniste et le sociologue. Car en ville, pouvait-on faire autrement ? Pouvait-on comprendre la structuration du « Vert » sans comprendre les formes urbaines qui en dessinent les contours ? Pouvait-on parler de nature sans parler de la qualité de vie pour l’habitant ? Si les démarches interdisciplinaires entre écologie, sociologie, géographie et urbanisme ne sont pas nouvelles, elles nécessitent pourtant un esprit scientifique soucieux de se renouveler face à de nouveaux objets de recherche qui demandent à dé-segmenter nos approches et de ne plus penser la nature comme l’anti-ville et/ou la ville comme la fin de la nature. Penser les interactions ville-nature suscite depuis quelques années de nombreuses recherches à l’échelle internationale ou nationale. Cet atlas a ainsi été impulsé par un programme national de recherche, le Programme Interdisciplinaire de Recherche Ville Environnement, afin de pouvoir combler de nombreuses lacunes en termes d’écologie urbaine : qu’en est-il de la biodiversité en milieu urbain ? Les formes urbaines permettent-elles une bonne connectivité des espaces et des espèces? Comment les projets d’urbanisme tiennent-ils compte d’une envie de nature croissante ? Comment les élus et les techniciens des services concernés répondent-ils à ces nouvelles exigences ? L’engouement urbain des scientifiques et des acteurs locaux tient enfin à un nouveau mode d’aménagement du territoire au service de la conservation de la biodiversité, que représente la trame verte et bleue. Institutionnalisée dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, la trame verte et bleue est définie comme un «outil d’aménagement du territoire, elle est constituée de grands ensembles naturels et de corridors les reliant ou servant d’espaces tampons… ». Elle repose sur la notion de corridor écologique : « voies de déplacement empruntées par la faune et la flore qui relient les réservoirs de biodiversité ». Visant à reconstituer un réseau écologique cohérent, la trame verte et bleue est déclinée à différentes échelles : nationale,


régionale (avec les Schémas Régionaux de Cohérence Ecologique) et enfin, à l’échelle des collectivités locales et notamment, des villes. Un projet de trame verte est en cours d’élaboration au sein de la commune de Marseille, dont cet atlas se propose d’éclairer certains des aspects. Regarder Marseille à travers sa nature et les potentiels corridors qu’elle pourrait former nous incite à faire de cette ville un laboratoire tel que le définissaient des chercheurs américains au début du 20ème siècle : « Ainsi, indirectement et sans avoir clairement conscience de la nature de son œuvre, en créant la ville, l’homme s’est recréé lui-même, c’est en ce sens et à cet égard que l’on peut considérer la ville comme un laboratoire social » - Robert Ezra Park, 1925, fondateur de l’écologie urbaine de l’Ecole de Chicago.


Carte 1. Marseille : 111 quartiers et 16 arrondissements


SOMMAIRE 1

Présentation générale …………………………………..1

2

L’offre de nature à Marseille …………………………...3 Une démarche : Inverser le regard sur la ville Une trame verte urbaine potentielle à ménager Statut de propriété des Espaces à Caractère de Nature Une nature urbaine largement privative Un paysage façonné par le passage de l’eau Mosaïques paysagères et contextes urbanistiques Deux axes majeurs des mutations urbaines

3

L’écologie dans la ville ……………………………......18 La biodiversité hébergée par les espaces artificialisés à Marseille Quelle biodiversité dans les jardins en milieu urbain ?

4

La ville comme socio-écosystème ………………….26 Lecture sociologique du territoire Une ville en mutation avec des inégalités sociales qui persistent Approche pluridisciplinaire : les inégalités écologiques Des inégalités sociales en matière d’accès à la nature urbaine ?

5

Conclusion et perspectives …………………………..32


PRÉSENTATION GÉNÉRALE

Les enjeux de la « ville durable » réclament aujourd’hui de traiter la question environnementale sans la dissocier des projets d’urbanisme, ni des orientations économiques, culturelles ou sociales de la ville. Il s’agit alors, dans cet atlas analytique, d’aborder la notion de Trame Verte de façon intégrative, en croisant différentes perspectives disciplinaires et ce, à différents niveaux d’analyse. Par une telle approche, notre équipe de recherche propose une lecture pertinente de la ville afin de cerner les enjeux qui émergent dans certains secteurs en termes d’environnement urbain.

Une démarche interdisciplinaire…

1


Tableau 1. Bases de données cartographiques utilisées

Bases de données utilisées-Références cartographiques

Organismes de mise à Sources disposition

Thèmes de l’Atlas

Dates

BD 1000

Offre de nature

20062008

IGN

MPM

BD Carto

Offre de nature

2006

IGN

CRIGE

BD Topo

Offre de nature

2006

IGN

CRIGE

BD Alti

Offre de nature

2001

IGN

CRIGE

Image satellite SPOT 5

Offre de nature

2004

SPOT

IMEP

Offre de nature

2004

Ville de Marseille

Ville de Marseille

Données sociales et fiscales

Sociodémographie

19992008

INSEE

AGAM

Données cadastrales

Morphologies urbaines

2007

MPM

MPM

POS

Morphologies urbaines

2008

AGAM

MPM

Ecologie

20082012

LPED

LPED

Ecologie

20102012

LPED

LPED

Chloroville-DPJ

Inventaire des parcs publics et jardins privatifs Inventaires entomologiques et floristiques


… à différents niveaux d’analyse

Commune

Axe

Espace à Caractère de Nature (ECN)

Diverses données mobilisées

Cet atlas s’appuie sur un ensemble de supports cartographiques qui résultent du traitement, par un Système d’Information Géographique, de données issues de diverses collaborations (tableau 1). Il mêle ainsi des informations relevant des deux approches de la Trame Verte et Bleue préconisées par le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie : l’approche paysagère et l’approche en termes d’aménagement du territoire. Il constitue à ce titre un outil d’aide à la recherche et à la décision pour les collectivités et partenaires.

2


L’OFFRE DE NATURE A MARSEILLE

Une démarche : Inverser le regard sur la ville

A la croisée des disciplines de l’écologie du paysage, de la géographie et de l’urbanisme, cet atlas propose en premier lieu une description de l’organisation spatiale de la nature en ville. Certains auteurs parlent, à ce propos, d’’une écologie des villes, l’urbain étant alors considéré comme un écosystème à part entière, lui qui peut également être considéré comme un des principaux ennemis des paysages naturels (Arrif et al., 2011). Habituellement regardée au travers de son bâti et des infrastructures associées, la ville a d’abord été appréhendée par le non-construit. La carte 2 intitulée « Marseille en négatif » résulte d’une compilation des bases de données mises à disposition par les collectivités locales et tient à rendre compte de l’offre publique de nature à Marseille. Elle présente les espaces à caractère de nature (ECN)1 recensés sur le territoire communal qui, au sein même de l’intra-urbain, se répartissent entre des parcs publics et des jardins privatifs, des alignements d’arbres et des boisements, des friches et autres délaissés. Pour faire face à l’hétérogénéité de ces données, à la fois en termes de figurés et en termes de précision, la composante végétale a été réévaluée sur l’ensemble de la commune, à partir du traitement d’une image satellite via l’outil de télédétection (carte 3). Cette seconde méthode d’investigation a ainsi permis d’apprécier la composition et la répartition spatiale de la végétation de façon homogène sur toute la commune, et d’intégrer également les espaces verts privatifs. 1 L’espace à caractère de nature (ECN) insiste sur la matérialité de l’espace non bâti : le végétal, l’eau, la

topographie, le sol sont des manifestations de cette nature. Toutefois, l’expression à «caractère de nature» signifie bien que ces éléments de nature n’en sont pas forcément : ils en auraient la « couleur » mais pas forcément l’essence. Cette ambiguïté en dit long sur les difficultés à cerner ce qu’est (ou ce que n’est pas) la nature dans la ville, et plus largement dans notre société. (Banzo, 2009).

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Carte 2. Marseille en nĂŠgatif


Véritables objets de débats, de confrontation et de médiation, ces premières cartes mettent en exergue la structure de la nature urbaine « ordinaire2 » et permettent ainsi de révéler une trame verte potentielle à l’échelle communale. La Trame Verte et Bleue (TVB) apparaît dans le cadre du Grenelle de l’Environnement comme une mesure destinée à assurer les échanges biologiques entre les réservoirs de biodiversité au moyen de continuités écologiques, dans le but de lutter contre le déclin de la biodiversité.

Éléments constitutifs (unités écologiques) du paysage Patch ou tâche d’habitat : élément non linéaire surfacique du paysage pouvant jouer le rôle de réservoir de biodiversité Corridor : élément linéaire étroit du paysage reliant des habitats (tâches ou patchs) et favorisant les flux entre ces habitats Matrice : élément du paysage le plus étendu jouant ainsi un rôle dominant dans le fonctionnement du paysage

D’après Burel & Baudry, 1999

2 Selon le rapport Chevassus-au-Louis (2009), on différencie la biodiversité ordinaire (commune,

totale) et la biodiversité remarquable, qui peut être menacée, rare, patrimoniale ou protégée. « L’une, qualifiée de « remarquable », correspondant à des entités (des gènes, des espèces, des habitats, des paysages) que la société a identifiées comme ayant une valeur intrinsèque et fondée principalement sur d’autres valeurs qu’économiques ; L’autre, qualifiée d’« ordinaire », n’ayant pas de valeur intrinsèque identifiée comme telle mais qui, par l’abondance et les multiples interactions entre ses entités, contribue à des degrés divers au fonctionnement des écosystèmes et à la production des services qu’y trouvent nos sociétés. »

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Carte 3. Structure de la végétation


Une trame verte urbaine potentielle à ménager

La carte « Marseille en négatif » (carte 2) fait apparaître une étonnante réalité verte qui tranche avec le paysage très minéral que donne à voir le territoire communal depuis le sol. Bien que Marseille soit plutôt reconnue pour ses espaces naturels et semi-naturels aux portes de la ville, les cartes présentées mettent en exergue une importante végétation intra-urbaine et tendent ainsi à dépasser le cloisonnement usuel qui spatialise la nature hors de la ville dense. Plusieurs gradients de densité et de composition de la végétation se dégagent selon les particularités topographiques, paysagères et urbaines (cartes 2 et 3), donnant lieu à trois unités de structuration du territoire en fonction des relations aux éléments naturels (Consalès et al., soumis).

 La façade littorale détermine les relations de la ville à la mer. Au nord du centre-ville, l’activité portuaire dessine un trait de côte totalement artificiel. En direction du sud, le littoral se pose en véritable gradient de naturalité, partant du centre-ville, passant par le domaine balnéaire et aboutissant au massif des Calanques.

 Les espaces centraux (centre-ville et péricentre) et périphériques déterminent les relations de la ville à la végétation. La structuration de cette dernière semble obéir à une organisation auréolaire fondée sur une augmentation de densité des ECN, depuis le centre vers la périphérie. Le centre-ville et le péricentre, caractérisés par une matrice urbaine dense, offrent peu de couvert végétal. Au sein des espaces centraux, les ECN sont essentiellement composés d’alignements d’arbres liés à la voirie, de jardins publics (parcs et squares) ou privatifs (jardins en cœur d’îlots) et, plus rarement d’espaces résiduels (friches, bois). Au sein des espaces périphériques,

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le maillage d’espaces végétalisés est plus dense, plus complexe (grande diversité de formes) et essentiellement lié au passé agricole de cette partie du territoire.

 Les massifs calcaires périphériques se posent comme des espaces d’une grande naturalité. Ils sont principalement composés de garrigues, ceinturent le territoire marseillais et se dressent en véritables réservoirs de biodiversité communale. Ils font l’objet de protections différenciées. Au nord, les massifs de la Nerthe, de l’Etoile et du Garlaban sont protégés par des outils de planification locaux (POS), tandis qu’au sud la Chaine Saint-Cyr et les massifs de Marseilleveyre et des Calanques relèvent d’une protection institutionnelle (Parc National).

Cette première lecture paysagère met en évidence le rôle fondamental que tient la couronne périphérique dans l’organisation d’une potentielle trame verte à Marseille. Nous voyons en effet se dessiner des « coulées vertes » depuis les piémonts des massifs jusqu’au cœur de la ville. Entre les réservoirs de biodiversité de la périphérie naturelle et les espaces verts de la matrice urbaine dense, elles assurent des continuités paysagères qui pourraient favoriser les déplacements des espèces animales et végétales à travers le paysage urbain (Lizée et al., 2011).

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Statut de propriété des ECN Les modalités de gestion du vaste réseau d’ECN périphérique ont certainement d’importantes incidences quant au maintien et au développement de la nature à Marseille. Mobilisables dans un projet de trame verte urbaine, ces espaces de nature posent alors questions notamment en termes de stratégies d’appropriation et de gestion, au niveau local. Relèvent-ils d’une gestion publique collective reposant sur le principe de bien commun, ou d’une responsabilité individuelle s’appuyant sur la propriété privée ?

Le travail cartographique a conduit, à partir des données cadastrales, à différencier les ECN selon leur statut de propriété (cartes 4 et 5) : - Les parcs et jardins, certaines friches, les alignements d’arbres, les Espaces Boisés Classés acquis par la commune, les forêts domaniales et communales, relèvent d’une intervention publique (collectivités territoriales, Etat). - Les jardins privatifs, inscrits dans le tissu urbain, déterminent des relations intimes avec l’habitant et sont liés au domaine privé.

Une nature urbaine largement privative Relever le statut public ou privée des espaces végétalisés marseillais permet de mettre en exergue la prépondérance de la propriété privée au sein d’un tissu urbain faiblement doté en parcs et jardins publics (carte 5). A Marseille, le jardin privatif participe de la sphère de l’intime, de l’espace personnel, familial ou micro-social. Il ne se donne donc pas à voir, restant coupé de l’extérieur par des clôtures ou des murs impénétrables. Il se révèle néanmoins, si l’on prend de la hauteur, tant au

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Cartes 4 et 5. Végétation en gestion publique et Végétation en gestion privée

Carte 4

Carte 5


centre de la ville, où il s’immisce en cœur d’îlot, qu’au sein de la couronne périurbaine, où il structure les cités d’habitat collectif et les lotissements pavillonnaires. Objets d’une intervention publique, certains espaces périphériques semi-naturels ou artificialisés (Parc des Bruyères, Parc Pastré, etc ; carte 4) pourraient, du fait de leur surface conséquente et d’une gestion raisonnée, être source de biodiversité urbaine.

L’armature d’une potentielle trame verte à l’échelle communale semble alors devoir se fonder non seulement sur la mobilisation des quelques éléments paysagers situés sur le domaine public (plantations de voies de circulation, boisements, parcs et jardins, etc), mais encore sur l’important maillage d’ECN privatifs qui les séparent.

Dans un souci de cohérence territoriale, la prise en compte du rôle écologique des parcs et jardins dans l’aménagement de l’espace urbain pose la question de l’applicabilité d’une politique environnementale au-delà de l’espace public. Face à une demande sociale de plus en plus forte exprimée par une population qui tend à considérer la nature - déclinée sous toutes ses formes et toutes ses acceptions (arbres, pelouses, fleurs, jardins et parcs) - comme un patrimoine commun, des réflexions pourraient être engagées pour que des politiques cohérentes liant les collectivités et les propriétaires (Compagnon, 2008 ; Boutefeu, 2009) se mettent en place. Ainsi, la ville ne serait plus un lieu où les pratiques individuelles se confrontent à la planification des aménageurs, mais bien un lieu où l’habitant est coacteur de son territoire (Ollagnon, 2006).

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Carte 6. RĂŠseau hydrographique et patrimoine bastidaire


Un paysage façonné par le passage de l’eau

Une lecture paysagère plus fine des cartes 2 et 3 permet de comprendre que l’organisation de la végétation à Marseille est en partie inféodée au réseau hydrographique du territoire. La basse vallée du fleuve côtier de l’Huveaune, le ruisseau des Aygalades et le bassin versant de la rivière du Jarret, reliés entre eux par le canal de Marseille, s’imposent comme des éléments structurants du maillage d’ECN de la couronne périphérique (carte 6 et figure 1). Ils se posent, en effet, en véritable trame bleue dont les nombreuses dérivations déterminent un riche maillage de continuités vertes associées.

Au-delà de ces facteurs topographiques déterminants, la structuration de la végétation à Marseille résulte de facteurs historiques et urbanistiques. Le canal de Marseille qui ceinture la ville et les bastides qu’il dessert constituent un patrimoine bâti, qui a contribué à façonner le paysage marseillais (Roncayolo, 1996 ; Arrif et Hayot, 1995). En tant que sous-unité territoriale spécifique au sein de la ville (Riani, 2000), les domaines bastidaires présentent une signature paysagère particulière. Bien que prenant différentes formes selon le milieu social du propriétaire3 (maisons de campagne ou bourgeoises, pavillons ou cabanons) ces domaines sont le plus souvent liés à un jardin adjacent et offrent ainsi des paysages verdoyants.

A l’échelle du territoire, l’armature végétale de la trame verte urbaine semble se dessiner autour de deux axes de continuités paysagères. Le premier appelé « axe 3Il

est à noter que ces habitations reflètent une importante différenciation sociale. D’après

l’observateur Ardouin-Dumazet : « Le riche commerçant possède une somptueuse habitation dans la verdoyante et fraîche vallée de l’Huveaune ou sur les pentes transformées de la Corniche : le petit-bourgeois, le boutiquier, le commis se contentent du cabanon. » (Chamboredon, 1996).

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Nord », structuré de part et d’autre par le Jarret et le ruisseau des Aygalades, par du centre urbain dense pour atteindre le nord-est de la ville, où il s’évase au niveau de la forte présence d’espaces végétalisés dans les quartiers périphériques. Le second axe appelé « Vallée de l’Huveaune » suit le fleuve côtier du même nom. Ainsi à Marseille, trames vertes et bleues relèvent-elles bien d’un même système territorial articulé autour de ces deux sous-ensembles, qui ne relèvent pourtant pas des mêmes enjeux.

1 - Port autonome 2 - Centre 3 - Péricentre 4 - Petites collines, pentes, piémonts, plateaux 5 - Massifs calcaires

Figure 1. Structuration du territoire par rapport aux éléments naturels

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Mosaïques paysagères et contextes urbanistiques

Les

évolutions

urbaines

contemporaines

(croissance

de

la

population,

accroissement et recomposition des tissus urbains, développement des réseaux de transport) concourent à de profondes modifications des mosaïques paysagères (Foley et al., 2005 ; EEA, 2011). L’agglomération marseillaise illustre cet état de fait : l’urbanisation, générée par une forte demande sociale en termes d’habitat individuel, s’étend sur les espaces périphériques de l’ancien terroir agricole. Dans un contexte de désindustrialisation et de développement de l’activité tertiaire (création de vastes zones commerciales d’activités dans la périphérie) la recomposition urbaine tend à restructurer la nature associée. A la recherche d’un équilibre entre les espaces bâtis et les espaces de nature, l’intégration récente de la dimension naturelle dans l’environnement urbain renouvelle les formes urbaines et les modes d’habiter les territoires, en offrant de nouvelles configurations paysagères aux abords des centresvilles (Blanc, 2010). Or, la structure des mosaïques paysagères, résultant des différents usages et non-usages par l’Homme des espaces et des espèces (Coreau, 2008), joue un rôle fondamental sur les dynamiques de la biodiversité (Burel & Baudry, 1999 ; cf Chapitre 3 « L’écologie dans la ville »). C’est pourquoi, au-delà de l’interprétation spatiale de l’organisation du « vert » à Marseille (cf Chapitre 2 « L’offre de nature à Marseille »), notre équipe de recherche a également questionné les relations entre biodiversité, espaces et sociétés en milieu urbain.

A la croisée des regards de l’écologue et du géographe-urbaniste, l’analyse paysagère menée à l’échelle de la commune de Marseille s’est recentrée sur deux axes territoriaux aux enjeux singuliers et aux dynamiques particulières : l’Axe «Nord-bassin versant du Jarret» (carte 7) et l’Axe «Vallée de l’Huveaune» (carte 8).

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Carte 7. Mosaïque paysagère de l’axe « Bassin versant du Jarret »


Niveau territorial pertinent pour l’élaboration d’une trame verte et bleue intraurbaine, l’échelle de l’axe permet de conduire des réflexions fines sur le rapport entre les processus d’urbanisation, les logiques de planification et la place occupée par les espaces non construits que représentent les ECN. Ainsi, grâce aux possibilités de focus qu’offrent les systèmes d’information géographique, une étude de la morphologie des mosaïques paysagères a pu être établie à l’échelle des deux axes, à partir d’une interprétation de la répartition des éléments de nature (ECN) au sein du tissu urbain (cartes 7 et 8).

Deux axes majeurs des mutations urbaines

La définition des deux axes d’étude et la structure de leurs mosaïques paysagères font échos à l’histoire relativement récente du « terroir marseillais » (cité par Donzel, 1998).

Ancienne banlieue agricole devenue résidentielle durant les Trente Glorieuses, le bassin versant du Jarret (Axe Nord) témoigne d’une urbanisation lâche et discontinue laissant une large part aux espaces non construits (carte 7). A l’échelle de ce bassin versant, la complexité de la mosaïque paysagère se fonde non seulement sur les éléments hydrographiques et topographiques conditionnant le processus d’urbanisation, mais encore sur des facteurs socio-historiques qui ont façonné les faciès des paysages agricoles au 19ème siècle, ou sur l’organisation en radiale du réseau routier qui contribue à l’étalement urbain dans la « ville-campagne » (cité par Roncayolo, 1996 ; Halleux, 2004). Ainsi, la végétation se répartit selon un gradient auréolaire, la densité augmentant depuis les espaces centraux jusqu’aux contreforts

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Carte 8. Mosaïque paysagère de l’axe « Vallée de l’Huveaune »


du massif de l’Etoile. Vestiges de l’ancienne matrice agricole maraichère et laitière ou héritages des domaines bastidaires, de nombreux ECN résiduels persistent encore dans cette périphérie. C’est le cas notamment dans la ZAC du Technopôle de Château Gombert, où l’ancienne occupation du sol (agriculture) explique aujourd’hui la présence de friches et autres délaissés végétalisés, caractéristiques du « Tiers paysage » (cité par Clément, 2007), c'est-à-dire du paysage de la nature ordinaire et « invisible ». Aux larges abords du Jarret et de ses affluents, se présente donc une grande variété d’ECN (friches, parcs et jardins, ripisylves, boisements, talus de bords de routes) qui s’agencent sous forme de tâches d’habitat et de potentiels corridors écologiques, constituant un maillage végétal au sein de la matrice urbaine (Consalès et al., soumis). Cependant, en tant qu’axe privilégié de l’urbanisation marseillaise, ce bassin versant du Jarret est marquée par de fortes mutations foncières et paysagères, qui ignorent et affectent la complexité de l’ensemble de sa mosaïque paysagère sur un secteur écologiquement riche. L’urbanisation ici à l’œuvre, marquée par les lotissements pavillonnaires et les petits collectifs en résidences fermées sécurisées (Dorier-Apprill et al., 2008), pourrait ainsi renforcer, sur le long terme, la fragmentation sociale et écologique, dans une périphérie urbaine en pleine recomposition.

Tout comme le bassin versant du Jarret, la basse vallée de l’Huveaune (carte 8) située au sud de la commune, est liée au passé agricole de la périphérie marseillaise. Jadis dominant, ce caractère agricole a cependant laissé place, à partir du XIXème siècle, à une forte industrialisation du lit mineur du cours d’eau, déconnectée des conditions et des potentialités naturelles du site. Territoire composite, la basse vallée de l’Huveaune est, de ce fait, aujourd’hui un lieu de contrastes entre les paysages naturels des massifs des Calanques et du Garlaban, et les paysages façonnés par

13


l’Homme qui relèvent à la fois des caractères de la campagne marseillaise, d’une industrie déclinante (usines, friches industrielles) et d’un secteur tertiaire dominant (zones commerciales) (Atlas des paysages des Bouches-du-Rhône4, 2007). Ici, la végétation suit une organisation en bande qui s’étend de part et d’autre du lit du fleuve côtier. Cette organisation spatiale se fonde sur un réseau d’ECN composé de parcs publics aménagés ainsi que de parcs de bastides, d’Espaces Boisés Classés, de fragments de ripisylve et de lambeaux de champs, aux marges d’une urbanisation marquée, contrainte par le relief environnant (carte 8). Aujourd’hui en phase de désindustrialisation, la basse vallée de l’Huveaune laisse également apparaître un certain nombre de friches industrielles et d’espaces résiduels agricoles au sein d’une mosaïque paysagère mitée par l’habitat pavillonnaire et les immeubles collectifs. Les quartiers périphériques se transforment en secteurs résidentiels, au fur et à mesure que les classes moyennes aisées remplacent les ouvriers et que les anciens bâtiments industriels sont remplacés par des immeubles résidentiels (Dell-Umbria, 2008). Le lit du fleuve constitue, par ailleurs, un axe de communication majeur (autoroute A 50). Il apparaît, à ce titre, comme une rupture spatiale dans la structure de la végétation à Marseille, ce qui amène à sa poser la question de la connectivité des ECN alentours.

Au sein de la couronne périphérique marseillaise, les mosaïques paysagères des deux axes présentés rendent compte d’un potentiel écologique varié qui s’inscrit dans des contextes urbains distincts. Alors que le bassin versant du Jarret appelle à des projets de ménagement de la grande diversité de sa nature ordinaire (Marié,

La réalisation en 2007 de l’Atlas des paysages des Bouches-du-Rhône a été coordonnée par la DREAL PACA et le Conseil Général 13. 4

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1985 ; Mougenot, 2003), la basse vallée de l’Huveaune (comme celle des Aygalades) appelle, dans le cadre des réflexions sur la trame verte et bleue, à des logiques d’aménagement d’une nature plutôt rare et morcelée (Consalès et al., soumis). Aux différentes échelles du territoire, la trame verte et bleue apparait donc comme un outil de mise en cohérence des politiques d’aménagement et de préservation de la nature avec les logiques locales de planification et d’urbanisme. Elle ménage ainsi des possibilités pour inscrire les interdépendances écologiques, sociales et culturelles au cœur d’un projet de territoire (Thompson et al., 2011).

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Carte 9. Part de logements neufs construits entre 1999 et 2006 et surface de friche en gestion municipale


Une construction de la ville durable selon des logiques urbaines paradoxales

En écho aux changements structurels qui affectent la population, de fortes logiques foncières s’expriment sur le territoire marseillais à l’égard de la nature ordinaire. A ce titre, la périphérie composée de collines et plateaux en piémont du massif de l’Etoile relève d’un enjeu particulier. C’est en effet ici, au sein d’une matrice urbaine de faible densité qu’un ensemble de friches, délaissés végétalisés et jardins privatifs participent à la structuration d’une potentielle armature verte et bleue pour le futur PLU. Colonisées par la végétation spontanée, ces friches, que l’écologie urbaine identifie comme un habitat favorable au maintien d’une biodiversité optimale (Lizée et al., 2011), sont cependant soumises à un phénomène récent de densification urbaine périphérique, car elles apparaissent comme le support foncier privilégié de l’urbanisation (Consalès et al., 2010). La carte 9 laisse ainsi apparaître un véritable secteur à enjeu : le 13ème arrondissement. Situé au Nord-Est de la ville, il est caractérisé à la fois par la plus grande surface de friches (en gestion par les services municipaux) et par l’un des plus fort taux de construction de logements neufs. Cette dynamique urbaine massive met en évidence les injonctions paradoxales qui affectent le territoire communal. Entre logique de valorisation environnementale et consommation foncière, le 13ème arrondissement laisse entrevoir une certaine « schizophrénie du vert » de Marseille (Consalès et al., soumis). Les friches deviennent, de fait, des points d’ancrage de nouveaux espaces résidentiels et d’aires récréatives (Sénécal, 1996), symboles spatiaux de la reconquête de la ville par les classes moyennes. Ainsi, dans le cadre de la révision des documents de planification territoriale (transformation du POS en PLU), l’urbanisation à l’œuvre semble s’assujettir à un cadre paysager

16


composé d’espaces à caractère de nature qu’elle contribue à dégrader. Pourtant, devant une demande grandissante de nature en ville et face aux évolutions récentes en matière d’urbanisme environnemental5, ces friches, perçues pour certains comme une dépréciation paysagère, pourraient constituer, au sens où l’entend Olivier Soubeyran, de véritables espaces de

projet garants d’une recomposition

environnementale de qualité (Soubeyran, 1992).

5

L’urbanisme environnemental peut se définir comme le développement de modes durables de

conception du milieu urbain (modes d’habiter), qui entraine un nouveau rapport entre l’urbain et la nature (Arrif et al., 2011).

17


L’ÉCOLOGIE DANS LA VILLE La biodiversité hébergée par les espaces artificialisés à Marseille

Même si elles ne constituent pas des lieux prioritaires de conservation pour les espèces rares et menacées, les zones urbanisées sont loin d’être dépourvues de biodiversité. Les recherches en écologie urbaine se concentrent pour beaucoup sur les fragments d’habitats semi-naturels épargnés par l’urbanisation (friches, fragments forestiers, etc). Cependant, les parcs et jardins, et en particulier les jardins privatifs, définissent de nouveaux espaces à caractère de nature (ECN) qui façonnent les mosaïques urbaines et génèrent une biodiversité encore méconnue, bien qu’ayant fait l’objet de travaux récents (Smith et al., 2006 ; Young, 2008 ; Marco et al., 2008 ; Goddard et al., 2010).

De manière complémentaire à l’approche spatiale proposée par la géographie à l’échelle communale (cartes 2 et 3), il convient à l’écologie du paysage de mettre en relation la configuration du paysage et les processus écologiques. Ainsi, ce chapitre s’intéresse à la notion de trame verte urbaine en tant que nouvelle manière de considérer la nature en ville, en prenant en compte son aspect dynamique et fonctionnel, à travers l’idée des continuités écologiques qui visent à assurer les échanges biologiques entre les zones refuges de biodiversité (Opdam et al., 2006).

Afin de comprendre quels sont les facteurs qui conditionnent les assemblages d’espèces végétales et animales en milieu urbain et périurbain, des inventaires entomologiques (papillons ; Lizée, 2011) et floristiques ont été réalisés dans les jardins privatifs (Bossu, 2011). A ces inventaires réalisés chez les particuliers s’ajoutent des inventaires entomologiques et ornithologiques réalisés dans des parcs

18


Cartes 10 et 11. Parcs publics et Jardins privatifs inventoriĂŠs en 2010 et 2011

Carte 10

Carte 11


publics (Lizée et al., 2011 ; Barthélémy, 2011). Les cartes 10 et 11 présentent respectivement la localisation des 60 jardins privatifs et des 24 parcs publics échantillonnés en écologie, le long du gradient d’urbanisation centre-périphérie.

Les différents contextes d’urbanisation à Marseille - le centre urbain, densément bâti, est caractérisé par des maisons ou des logements collectifs mitoyens avec des jardins de devanture et d'arrière-cour d’une superficie moyenne inférieure à 200 m². - la zone d'extension urbaine est définie par des habitations pavillonnaires accompagnées de jardins d’une superficie moyenne de 600 m². - la couronne périphérique avec une faible densité de bâti est composée de villas construites sur d'anciennes terres agricoles avec des jardins de grande superficie, généralement supérieure à 1000 m².

Compte tenu de la place importante de ces ECN (parcs et jardins) parmi l’ensemble des espaces végétalisés à Marseille, l’écologie s’est ainsi attachée à caractériser leur biodiversité afin de saisir de quelle manière ils participent à la biodiversité communale.

Pour chaque jardin privatif, plusieurs descripteurs écologiques caractérisant la flore ont été calculés puis traduits le long du gradient d’urbanisation: -

la richesse totale en espèces végétales et la densité moyenne d’espèces par

unité de surface jardin (en m²) ;

19


-

la contribution en espèces cultivées et en espèces spontanées dont le rapport

permet de calculer un indice de naturalité traduisant le caractère naturel ou artificiel de la végétation ; -

la contribution en espèces végétales exotiques et natives dont le rapport

permet de calculer un indice de méditerranéité permettant d’appréhender « l’identité » floristique régionale; -

la similarité floristique moyenne entre les jardins, qui rend compte du

potentiel de diversité de ces espaces.

A l’échelle des parcs publics et de quelques jardins privatifs, il a été choisi d’aborder la biodiversité animale via l’étude des Lépidoptères Rhopalocères (papillons de jour) dont la composition et l’organisation générale des communautés ont été décrites en fonction des 3 contextes d’urbanisation. Dès lors, le questionnement a été le suivant: la situation des parcs et jardins le long du gradient d’urbanisation et/ou leur régime d’entretien favorisent-ils le maintien de certaines espèces plutôt que d’autres ?

20


Pourquoi s’intéresser aux papillons ? Les

Lépidoptères

rhopalocères

(papillons de jour) représentent un groupe d’invertébrés parmi les plus connus en France, et qui est très apprécié du grand public. Sur 257

espèces

présentes

sur

le

territoire national, Marseille, avec ses 44 espèces recensées dans les seuls parcs publics, présente une

richesse

biologique

intéressante. Agents pollinisateurs, proies

pour

les

oiseaux,

les

batraciens ou les chauves-souris, les papillons de jour jouent un rôle écologique important. Tout au long de leur cycle de développement, ils utilisent plusieurs espaces de vie (parade, développement larvaire, nourrissage des chenilles et adultes, passage de la mauvaise saison). Ainsi, la présence ou l’absence d’une espèce permet non seulement d’évaluer la qualité d’un habitat, mais aussi la qualité de la mosaïque d’habitats. Etant très sensibles aux perturbations environnementales, ils sont par conséquent considérés comme de bons indicateurs de la dégradation des écosystèmes (Angold et al., 2006).

21


Cartes 12 à 14. Indices de similarité, de méditerranéité et de naturalité des jardins privatifs

Carte 13

Carte 12

Carte 13

Carte 14

Carte 14


Quelle biodiversité dans les jardins en milieu urbain ? La flore des jardins

A Marseille, le jardin privatif se révèle comme un espace à caractère de nature à la flore riche et hétérogène. Cette richesse provient d’assemblages originaux d’espèces spontanées et cultivées, qui différent selon le contexte d’urbanisation (Bossu, 2011). Alors que la diversité végétale des jardins augmente du centre-urbain vers la couronne périphérique, les petits jardins de ville abritent une densité d’espèces plus élevée. Composée en grande majorité d’espèces cultivées dont le caractère exotique domine, la flore qui verdit ces jardins de l’urbain dense est à relier à des choix individuels de plantation, d’aménagement et d’entretien. Cela se traduit par une faible similarité floristique entre les jardins (carte 12), leur aménagement variant en fonction des pratiques individuelles et de l’encombrement spatial (présence ou absence de l’habitat pelouse), les conditions de milieu imposées à la végétation (expositions contrastées, amplitude thermique variable, substrats différents, etc) étant très variables. Dans les zones d’extension urbaine et périphérique, la plus faible densité de bâti laisse place à des jardins moins artificialisés où le caractère méditerranéen et naturel de la végétation est plus marqué (cartes 13 et 14). Les espèces natives et spontanées issues de la banque de graine du sol y sont plus abondantes et confèrent une plus grande uniformité floristique.

La faune des jardins

Les observations faites dans le cadre de nos travaux de recherche montrent que l’urbanisation induit des changements dans la structure des communautés de

22


Cartes15 et 16. DiversitĂŠ et abondance en papillons dans les parcs publics et les jardins privatifs

Carte 15 (parcs publics)

Carte 16 (jardins privatifs)


papillons de jours. A l’échelle des espaces à caractère de nature (ECN), on observe une diminution de la diversité et de l’abondance des papillons depuis les parcs et jardins situés en périphérie vers ceux du centre-ville (cartes 15 et 16). Ce résultat apparaît lié à l’augmentation de la densité du bâti en direction du centre-urbain et à l’isolement croissant des parcs vis-à-vis des massifs semi-naturels périphériques, envisagés comme des réservoirs de biodiversité (Lizée et al., 2011). En contexte urbain, la survie des communautés de papillons dépend donc, en partie, de leurs capacités à se déplacer non seulement depuis des zones sources de population situées en marge de la ville, mais aussi entre des tâches d’habitat clairsemées dans une matrice paysagère bâtie (Lizée et al., 2012). Une étude sociologique menée auprès des agents communaux en charge de l’entretien des espaces verts à Marseille a permis de monter que les pratiques d’entretien des parcs publics urbains diffèrent selon le contexte d’urbanisation (Bourdil, 2010). Les parcs situés en centre-ville, où la densité de bâti est importante, bénéficient d’un entretien plus intensif que ceux situés en périphérie de la commune, où s’expriment plus librement les dynamiques spontanées de la végétation. Ainsi, en se superposant aux facteurs paysagers, la gestion et l’entretien des parcs (facteurs locaux) conditionnent fortement les communautés de papillons. De manière évidente, elles sont très sensibles à l’intensification de l’entretien qui altère la qualité des habitats nécessaires à l’accomplissement des différentes phases de leur cycle de vie. La disponibilité en plantes hôtes et nectarifères, qui fournissent les ressources nourricières pour les larves et les adultes, varie entre les parcs suivant les différents niveaux de gestion. Dans les parcs gérés de manière extensive, la présence de zones enherbées peu tondues favorise le maintien d’une flore spontanée locale, exploitable par de nombreuses espèces méditerranéennes. En remplaçant cette flore native par des plantes ornementales et des gazons tondus régulièrement, les parcs de centre-

23


Cartes17 et 18. Contribution des espèces généralistes, méditerranéennes et de Cacyreusmarshalli à la richesse en papillons dans les parcs publics et les jardins privatifs

Carte 17 (parcs publics)

Carte 18 (jardins privatifs)


ville gérés de manière plus intense, ne constituent plus une zone refuge pour ces espèces spécialistes incapables d’exploiter cette nouvelle ressource. A Marseille, ceci se traduit par une perte en centre-ville d’espèces typiquement méditerranéennes, parfois rares ou à forte valeur patrimoniale, au profit d’espèces plus généralistes, voire exotiques dans le cas du Brun des Pelargonium (Cacyreus marshalli), absent des milieux naturels mais largement favorisé en milieu urbain (carte 17). Il est à noter que cette espèce est plus largement représentée dans les jardins privatifs que dans les parcs publics (cartes 17 et 18) ; les chenilles de cette espèce se nourrissant uniquement sur des végétaux horticoles (Pelargonium sp.) abondamment plantés dans les jardins privatifs. De tels changements dans la composition des communautés animales le long du gradient d’urbanisation sont également observés pour d’autres modèles biologiques, et notamment les oiseaux (Lizée et al., 2011).

Conclusion

En sélectionnant certaines espèces capables de coloniser et de se maintenir en milieu urbain, le phénomène d’urbanisation et l’artificialisation des espaces verts induisent une recomposition de la biodiversité et conduisent progressivement à une homogénéisation de certaines communautés animales et végétales avec d’une part, une perte d’espèces locales et/ou spécialistes, et d’autre part une introduction d’espèces exotiques. Avec la raréfaction des milieux semi-naturels, le rôle des fragments d’espaces végétalisés urbains dans le maintien des communautés animales et végétales devient aujourd’hui de plus en plus important. Dès lors, un aménagement et une gestion raisonnés des espaces de nature artificialisés qu’offrent

24


les parcs et jardins, tant publics que privatifs, apparait nécessaire à la préservation de la biodiversité dans les zones urbanisées.

25


LA VILLE COMME SOCIO-ÉCOSYSTEME

Lecture sociologique du territoire

Marseille, en termes sociodémographiques, n’est plus à décrire. La dichotomie géographique fondatrice entre le port et sa ville, ainsi qu’entre le Nord industriel et ouvrier, et le Sud résidentiel et bourgeois, est un fait bien connu et commenté (Donzel, 1998, 2005). Pour autant, il nous a semblé nécessaire de cartographier certaines données, notamment face aux changements structurels contemporains qui ont affecté la population marseillaise au cours des trente dernières années. Alors que celle-ci ne cessait de décroître depuis les années 1970, la ville a connu ces dernières années un essor démographique important, qui pose évidemment question en termes de logiques foncières, de préservation de la nature en territoire urbain et de projet de ville durable. De plus, compte-tenu de l’approche interdisciplinaire souhaitée, réaliser l’atlas de la trame verte à Marseille ne consistait pas seulement à tenir compte des espaces à caractère de nature et de leur répartition dans la ville, mais également à intégrer la composante humaine via l’étude de données sociodémographiques. Ceci afin de produire une analyse complète du fonctionnement de cet environnement urbain, et d’envisager les traductions possibles des dynamiques sociales sur la structure des mosaïques paysagères et de la biodiversité. Ce dossier cartographique, réalisé à partir de l’analyse de variables statistiques de source INSEE, s’attache à révéler les principaux traits d’organisation socio-spatiale de la ville, afin d’en comprendre la complexité sociale. L’échelle d’analyse retenue ici est l’arrondissement ou l’IRIS6.

6

Les communes d'au moins 10 000 habitants et la plupart des communes de 5 000 à 10 000 habitants sont découpées en IRIS. Ce découpage, maille de base de la diffusion de statistiques infra-

26


Cartes 19 et 20. DensitÊ de population en 2008 Et Évolution de la population entre 1999 et 2006

Carte 19

Carte 20


Une ville en mutation avec des inégalités sociales qui persistent

Au-delà de l’influence du facteur topographique, la singularité de l’organisation urbaine et du réseau d’axes routiers semble déterminer de forts contrastes en termes de densités de population et de bâti, entre les quartiers centraux attractifs (de 200 à 1000 habitants à l’hectare) et ceux situés en périphérie (souvent moins de 100 habitants à l’hectare) (carte 19). Aux vues du taux de variation annuelle de la population, le secteur Nord (13ème, 14ème et 15ème arrondissements), qui abrite plus d’un quart des habitants marseillais, constitue le principal noyau de la croissance démographique de la ville (carte 20). La répartition par tranche d’âge vient accentuer cette différenciation socio-spatiale Nord-Sud, révélant un glissement de la population en fonction de l’âge à travers : une concentration des moins de 20 ans dans les arrondissements du Nord de la ville (carte 21), une concentration des 20-39 ans en secteur Centre (carte 22), une répartition plus nuancée des 40-59 ans sur l’ensemble du territoire (carte 23), une répartition préférentielle des plus de 60 ans sur les secteurs privilégiés du Sud et de l’Est de la ville comme les 7 ème, 8ème et 12ème arrondissements (carte 24). A cette opposition Nord-Sud, s’ajoute une seconde opposition entre le centre et la périphérie. Ainsi, les cartes de la part des 0-19 ans (carte 21) et celle de la part des demandeurs d’emploi (carte 27) mettent en évidence un secteur Nord-Ouest jeune et en situation économique précaire et un secteur NordEst jeune mais à l’abri de l’insécurité économique.

communales, constitue une partition du territoire de ces communes en "quartiers" dont la population est de l'ordre de 2 000 habitants (INSEE).

27


Cartes 21 Ă  24. Age des MĂŠnages par arrondissement en 2006

Carte 21

Carte 22

Carte 23

Carte 24


Sous le double effet de la désindustrialisation et de la progression des activités tertiaires, la structure sociale de Marseille et de son agglomération se transforme, mais de grandes disparités persistent au sein de la population, en termes de revenus, de statuts d’emploi et de conditions de vie (Donzel, 2005). Le traitement cartographique du niveau de revenu moyen et médian par unité de consommation (cartes 25 et 26) atteste des grands traits d’organisation spatiale de la ville, en présentant une nette opposition entre les arrondissements du Nord caractérisés par les revenus les plus faibles, et ceux du Sud et de l’Est regroupant les plus forts revenus. Par ailleurs, c’est au sein du secteur Nord, dynamique d’un point de vue démographique et accueillant une population plus jeune, que l’on compte la plus grande part des demandeurs d’emploi (carte 27). Longtemps dépendante des activités industrielles et portuaires, Marseille a été fortement marquée par l’évolution de sa structure socio-professionnelle. La progression des emplois de services a conduit à une croissance importante, au sein de la population active, des cadres supérieurs et des professions intermédiaires, au détriment de la catégorie ouvrière (26% de la population active en 1990 et 19% en 2006). En cela, Marseille suit une tendance commune à toutes les grandes villes de France. De plus, alors que 28% des habitants vivent avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté, la ville figure aussi, après Paris, Neuilly et Nice, à la quatrième place des villes de France pour la collecte de l’impôt sur la fortune (cf lamarseillaise.fr). Cette différenciation accrue des statuts d’emplois s’est faite selon une répartition géographique largement inégale qui tend à creuser les écarts sociaux au sein de la commune (cartes 28 à 33) : les cadres et professions intermédiaires sont essentiellement concentrés dans les pôles de renouvellement urbain de la périphérie Est et Nord-Est de la ville (cartes 32 et 33), les plus aisés choisissent les quartiers Sud, et les quartiers « populaires » du Nord sont le principal lieu de travail des ouvriers

28


Cartes 25 à 27. Revenus médian et moyen par Unité de Consommation en 2006 Et Part des demandeurs d’emplois en 2008

Carte 25

Carte 26

Carte 27


(cartes 29 et 30). Le centre urbain dense est plus hétéroclite, entre population pauvre, jeune et aisée. Ces grandes disparités de niveau de vie au sein de la population marseillaise génèrent des logiques inégalitaires dans l’organisation et la production de l’espace urbain. Un des traits majeurs concerne les politiques de rénovation urbaine, qui visent aujourd’hui à drainer les catégories socio-économiques moyennes et supérieures dans les quartiers périphériques et résidentiels d’urbanisation récente (Dorier-Apprill et al., 2008) ; mais également dans les quartiers Sud, renforçant le côté « privilégié ». De nombreux projets de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) affectent, dans le même temps, les quartiers Nord, suscitant parfois des mouvements d’opposition de la part des habitants.

Approche pluridisciplinaire : les inégalités écologiques

Dans une ville à la fois bien dotée en espace de nature et caractérisée par des inégalités sociales spatialement ancrées, l’accès à la nature urbaine mérite d’être questionné au regard du mouvement contemporain de la ville durable (Barthélémy & Lizée, 2012). Par son offre de nature de proximité et par ses particularités sociodémographiques, Marseille semble bien se prêter à la notion d’inégalités écologiques7. Afin de comprendre comment les dynamiques sociales interagissent avec les dynamiques naturelles sur le territoire marseillais, il a été envisagé d’explorer les corrélations possibles entre l’organisation spatiale de la nature et la

7

« La notion d’inégalité écologique peut être définie comme une forme spécifique d’inégalité sociale

qui concerne soit l’exposition aux pollutions ou aux risques soit l’accès à la nature ou aux aménités urbaines ou rurales » (Theys, 2007)

29


Cartes 28 à 33. Les Catégories Socio-Professionnelles à Marseille en 2008 (Echelle IRIS)

Carte 28

Carte 30

Carte 32

Carte 29

Carte 31

Carte 33


morphologie sociale de la ville : la répartition des ECN est-elle liée à la segmentation socio-spatiale ? Le dialogue pluri-disciplinaire entre écologie et sociologie fait écho à un cadre de travail développé par Cadenasso et al. (2006) pour appréhender la complexité des systèmes socio-écologiques urbains. Il repose sur une lecture croisée, à l’échelle de l’IRIS, de certains indicateurs de la répartition et de la composition de la végétation, avec les données sociodémographiques (cartes 34 à 37). Il s’agit donc, dans cette dernière partie de l’Atlas, d’utiliser les données INSEE pour dégager des caractéristiques sociales participant à l’existence d’éventuelles inégalités écologiques au sein de la commune.

Des inégalités sociales en matière d’accès à la nature urbaine ?

La tentative proposée de confronter la densité de végétation par IRIS (carte 34) à la répartition des revenus médians de la population marseillaise (carte 35) montre une relative adéquation entre des revenus médians élevés et une forte densité de végétation. Plusieurs secteurs se dégagent : les quartiers au Sud de la ville bordés par le massif des Calanques, le Nord-Est de la vallée de l’Huveaune, et la pointe NordEst de la ville. A l’inverse, le centre urbain dense et son extension vers le Nord-Ouest de la ville correspondent aux secteurs les plus pauvres et les moins pourvus en espaces végétalisés. Aux inégalités sociales se superposent des inégalités en termes de densité et de composition de la végétation. Une nette opposition se dessine entre le centre-ville et la périphérie, à laquelle se superpose des disparités entre les quartiers au Nord, représentatifs des milieux ouverts herbacés (carte 36), et ceux au

30


Cartes 34 et 35. Densité de végétation et Revenus médians par ménage

Carte 34

Carte 35


Sud de la ville, qui comportent plus de milieux arborés liés à des jardins et des parcs plus anciens (carte 37). Par contre, un secteur situé au Nord-Ouest contredit le principe des inégalités écologiques : si ces quartiers sont majoritairement occupés par des individus de milieux populaires, ils proposent une certaine diversité végétale. Ainsi, certains quartiers populaires bénéficient-ils d’une diversité d’espaces naturels, liée aux milieux ouverts herbacés, au sein de notre axe « Nord ». Ce résultat tend ainsi à nuancer le principe des inégalités écologiques ; il s’agit de clairement identifier non pas la quantité d’espaces verts potentiels mais également leur qualité. Leur agencement, leur diversité ou au contraire, leur homogénéité produisent des paysages urbains de nature différents qui dans l’idéologie de la ville durable, devraient pouvoir être le « luxe » de chacun des habitants.

31


Cartes 36 et 37. Densité de végétation arborée et de végétation herbacée

Carte 36

Carte 37


CONCLUSION ET PERSPECTIVES

L’atlas analytique de la Trame Verte de Marseille a permis d’aborder la complexité des interactions entre la Ville et la Nature. Le recensement et l’analyse écologique des espaces à caractère de nature, leur mise en relation avec les morphologies urbaines et la situation sociodémographique de la ville concourent à dégager certains résultats structurants majeurs :  L’urbanisation participe au processus d’homogénéisation de la biodiversité en sélectionnant les espèces exotiques et généralistes au détriment des espèces méditerranéennes,  Les formes d’urbanisation ont une influence sur les patrons floristiques et faunistiques observés,  En tenant compte de cette contrainte majeure pour les espèces, les espaces à caractère de nature (ECN) susceptibles de composer une potentielle trame verte se concentrent majoritairement, à Marseille, en périphérie de la ville, c’est à dire entre le centre urbain dense et les massifs collinaires, 

Ces espaces représentent une grande diversité d’habitats potentiels :

jardins privés, parcs publics, délaissés, friches… rendant compte d’une richesse en termes de paysages de nature urbains, 

La diversité n’est pas seulement écologique ; elle offre aux habitants ce

que nous appelons une « trame de qualité de vie », une potentielle connexion avec des milieux différents qui peuvent accueillir des usages, des pratiques, des lieux de respiration.

La temporalité dans laquelle s’inscrit notre recherche revêt une grande importance. Les espaces potentiellement mobilisables pour une trame verte, que notre recherche met en exergue aussi bien au niveau écologique qu’au niveau social, sont actuellement le fait d’une urbanisation intense. Notre lecture descriptive et

32


analytique du territoire communal en termes de Trame Verte peut aider les acteurs territoriaux à dépasser les injonctions paradoxales de la ville durable au regard de la nécessité de développement et de la conservation de la biodiversité, et ainsi leur permettre d’imaginer des politiques environnementales et d’aménagement du territoire renouvelées. Une réponse que peut apporter la recherche est de pouvoir s’inscrire dans un temps long ; ainsi, un Observatoire Pluridisciplinaire de l’Environnement Urbain (piloté par le Laboratoire Population Environnement Développement, UMR Aix-Marseille Université/IRD) est en cours de construction et est élaboré comme un outil potentiellement mobilisable par les acteurs locaux dans la compréhension des interactions entre la ville et la nature.

33


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Atlas analytique de la trame verte de Marseille